Comment l’agriculture peut-elle s’adapter aux étés de plus en plus secs ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Juan David Dominguez Bohorquez, Ingénieur de recherche en sciences de l’eau, Inrae

Alors que la France connaît, en cet été 2026, une situation exceptionnelle de sécheresse, les cultures agricoles souffrent. Dans le même temps, la loi d’urgence agricole, votée au Sénat le 21 juillet dernier, a entériné le doublement des objectifs de stockage de l’eau à usage agricole à l’horizon 2035.

C’est là tout le paradoxe : avec le changement climatique, les cultures auront de plus en plus besoin d’eau. Mais celle-ci se raréfie dans les nappes phréatiques, les lacs, les rivières. Alors que faire ? Stocker davantage d’eau dans des retenues est-il le seul levier disponible ? Le type d’agriculture pratiqué et la façon d’irriguer restent des moyens puissants pour limiter la demande en eau et maximiser les usages de cette dernière. État des lieux.


Lorsque vient l’été, les pluies se font plus rares sur une grande partie du territoire français. Les cultures sont alors souvent en manque d’eau. Pour assurer leur développement, elles puisent l’eau nécessaire dans le sol, mais lorsque cette ressource est épuisée, l’irrigation peut prendre le relais et permettre de sécuriser les rendements de certaines cultures.

Mais ce n’est pas le seul levier d’action possible : la sélection d’espèces adaptées et des pratiques agricoles appropriées peuvent aussi améliorer la résilience de l’agriculture face au risque de sécheresse.

Une agriculture responsable de plus de la moitié des consommations d’eau

L’irrigation est réalisable grâce à des prélèvements dans les hydrosystèmes (nappes, rivières, lacs). Actuellement, elle représente de 7 à 12 % des prélèvements d’eau en France, mais environ 60 % des consommations.

Comment se fait-il que ces deux chiffres diffèrent ? Tout simplement parce que l’eau qui est prélevée pour les cultures ne retourne pas immédiatement aux rivières ou aux nappes. Elle s’évapore ou est absorbée par les plantes. À l’inverse, pour d’autres usages, comme le refroidissement des centrales électriques, l’eau prélevée est en grande partie restituée aux hydrosystèmes.

Ce n’est pas le cas pour l’irrigation. Elle peut atteindre 90 % de la consommation en période estivale dans certaines régions (zone méditerranéenne, sud-ouest de la France), alors même que les débits des cours d’eau sont au plus bas. Cela entraîne des concurrences fortes entre les différents usages de l’eau et la part d’eau à laisser à la nature.

De moins en moins d’eau disponible et des besoins en hausse

Avec le changement climatique, cette situation va empirer. Pour chaque degré de réchauffement supplémentaire, l’évaporation augmente d’environ 7 %, ce qui accentue à la fois la raréfaction de l’eau disponible et la pression sur les nappes et rivières.

L’agriculture se trouve alors devant un paradoxe : les besoins en eau des cultures augmenteront avec les températures, tandis que les ressources en eau dans les hydrosystèmes diminueront dans plusieurs régions du fait de sécheresses plus fréquentes et plus longues.

Face à cette double pression, l’enjeu devrait être de diminuer les prélèvements agricoles dans les hydrosystèmes en diminuant les besoins en eau de cultures et en favorisant l’infiltration et le stockage de l’eau dans les sols.




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Sélectionner des espèces adaptées

Pour cela, une première piste consiste à choisir des espèces adaptées au stress hydrique ou des variétés tolérantes à la sécheresse pour réduire les besoins en eau des cultures. Toutefois, entre capacité à résister au manque d’eau et maintien d’un bon rendement, il faut trouver le bon compromis.

En effet, lorsqu’une plante manque d’eau, elle peut investir davantage de ressources dans le développement de ses racines pour explorer un plus grand volume de sol et trouver de l’eau. Mais ces ressources ne sont alors plus disponibles pour la croissance des parties récoltées, ce qui peut entraîner une baisse du rendement.




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La capacité des sols à infiltrer et stocker l’eau

Une autre piste, complémentaire et essentielle, repose sur la capacité des sols à stocker l’eau. Elle dépend d’abord de ses propriétés propres, notamment de sa texture (c’est-à-dire sa proportion de sable, de limon et d’argile) et de sa teneur en matière organique, issue des résidus végétaux, des racines et de l’activité des organismes du sol. Ces éléments influencent la quantité d’eau que le sol peut retenir et la manière dont elle y circule.

Mais le stockage de l’eau est également influencé par la capacité du système de culture, au travers des pratiques mises en œuvre, à favoriser l’entrée de l’eau dans le sol par infiltration et à limiter ses pertes vers l’atmosphère.

Certaines pratiques agricoles peuvent en effet favoriser une bonne structuration des sols, c’est-à-dire une organisation favorable des pores qui permet à l’eau de pénétrer et de circuler. Ceci favorise l’infiltration de l’eau dans le sol, limite le ruissellement et donc augmente la quantité d’eau disponible pour les plantes.

L’agroécologie pour un meilleur stockage de l’eau dans le sol

Les pratiques agricoles visant à préserver les ressources naturelles – dont l’eau – sont au cœur de l’agroécologie. Cette approche cherche à concevoir et à mettre en œuvre une agriculture durable, fondée sur des principes écologiques.

Couvert végétal entre des vignes.
Jefunky/WikiCommons., CC BY-SA
  • Parmi ces pratiques, on trouve, par exemple, le fait de ne pas laisser la terre nue entre deux cultures successives, en maintenant une couverture végétale qui protège la surface du sol et limite l’évaporation de l’eau. L’utilisation de couverts végétaux permet également d’apporter de la matière organique au sol (racines, feuilles, tiges), qui, en se décomposant, augmente sa capacité à retenir l’eau et améliore sa structure, c’est-à-dire l’organisation des pores permettant à l’eau de pénétrer et de circuler.

  • Les rotations de cultures, en alternant différents espèces de plantes, modifient, elles, les types de racines et de résidus laissés dans le sol, ce qui stimule la vie du sol (vers de terre, microorganismes) et améliore progressivement sa structure et donc sa capacité à laisser infiltrer et stocker l’eau.

Un travail superficiel (10-12 cm de profondeur) post-récolte dans un champ de maïs.
Fourni par l’auteur
  • D’autres pratiques, comme la réduction du travail du sol, notamment la suppression du labour, permettent également de préserver sa porosité et de faciliter l’infiltration de l’eau.

  • Enfin, l’introduction d’arbres (l’agroforesterie) modifie le microclimat en apportant de l’ombrage et en réduisant l’effet du vent, ce qui limite les pertes d’eau par évaporation. Bien que les arbres consomment eux aussi de l’eau, leurs racines explorent généralement des couches du sol plus profondes que celles exploitées par les cultures. Ils peuvent ainsi mobiliser une partie de l’eau présente en profondeur tout en améliorant les conditions de croissance des cultures en surface.

  • Au-delà de la parcelle, l’agroécologie s’intéresse également à la gestion du paysage – selon le climat, les caractéristiques des sols, la topographie et le type d’aménagement mis en place –, qui peut contribuer à retenir l’eau. Par exemple, la mise en place d’infrastructures paysagères (haies, terrasses, fossés) peut ralentir les flux d’eau vers l’aval, d’où une réduction du ruissellement et de l’érosion et un meilleur stockage de l’eau sur place.




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Des pratiques qui se complètent

Ces pratiques sont souvent mobilisées conjointement par les agriculteurs. C’est le cas par exemple des couverts végétaux permanents, de la réduction du travail du sol et de la diversification des rotations, qui constituent les piliers de ce qu’on appelle l’agriculture de conservation des sols.

Le programme de recherche BAG’AGES, centré sur les grandes cultures du bassin Adour-Garonne, s’y est intéressé. Ce partenariat entre chercheurs, organismes techniques et agriculteurs a associé des exploitations agricoles et des sites expérimentaux.

Les travaux menés confirment que ces pratiques peuvent modifier durablement le fonctionnement hydrique des sols avec une meilleure infiltration de l’eau, une augmentation du réservoir d’eau utile de l’horizon de surface du sol de 10 à 15 % par rapport à des sols régulièrement travaillés par un labour et une réduction du ruissellement.

Toutefois, ces effets varient selon les types de sols et peuvent nécessiter plusieurs années avant d’être pleinement observables, le temps que les propriétés physiques et biologiques du sol évoluent.

En systèmes irrigués, lorsqu’un pilotage adapté de l’irrigation est mis en œuvre, l’ensemble de ces pratiques, en améliorant la conservation de l’eau dans le sol et en limitant les pertes, peut réduire les besoins en eau d’irrigation. Et donc permettre de diminuer les prélèvements dans les nappes souterraines, les lacs et les cours d’eau.

Repenser le rôle de l’irrigation

Mais l’irrigation reste nécessaire dans de nombreux contextes, notamment pour certaines productions à forte valeur ajoutée ou fortement sensibles au stress hydrique, comme le maraîchage ou l’arboriculture, ainsi que dans des contextes climatiques marqués par des sécheresses fréquentes et intenses.

Il n’est donc pas envisageable de chercher à se passer systématiquement et complètement de l’irrigation, mais plutôt de reconsidérer son usage au regard de l’apport qu’elle peut avoir dans une transition agroécologique des systèmes agricoles.

C’est une des préoccupations du projet baptisé TAI-OC (pour Transition agroécologique et irrigation en Occitanie), financé depuis fin 2022 par l’Inrae et la Région Occitanie pour une durée de cinq ans.

La mise en place et l’étude d’expérimentations en agroécologie sur différents systèmes de culture (grandes cultures, viticulture et maraîchage) ainsi que la conduite d’enquêtes chez des irrigants engagés dans des démarches agroécologiques ont permis de mettre en évidence la notion d’« irrigation multiservice ». Il s’agit d’une irrigation qui ne se limite pas à un usage productif immédiat, mais qui contribue à renforcer les fonctions écologiques des agroécosystèmes en transition.

Quitte à devoir irriguer, il s’agit de maximiser les usages bénéfiques à long terme de l’eau utilisée. Par exemple, irriguer pour installer des arbres qui demanderont moins d’eau par la suite ou des plantes qui servent à éloigner les ravageurs des cultures, à favoriser la présence de pollinisateurs ou à enrichir le sol en azote et en nutriments.

Certains couverts végétaux, comme ici le trèfle, sont appréciés des pollinisateurs.
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Une irrigation multiservice peut également permettre d’irriguer des couverts végétaux entre deux cultures successives pour qu’ils produisent plus et restituent davantage de matière organique dans le sol. Dans ces exemples, des services écosystémiques (fertilité des sols, stockage de carbone et d’eau, régulation des ravageurs) sont permis ou amplifiés par l’irrigation, ce qui peut, à terme, réduire la dépendance globale à l’eau.

Au-delà de ce constat qualitatif, les recherches en cours dans le cadre de ce projet s’attachent à mieux quantifier l’effet de cette irrigation multiservice. L’enjeu est de savoir à quel horizon et avec quelle ampleur l’irrigation multiservice permettra à un agriculteur de limiter ses prélèvements dans les ressources en eau.




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Vers un nouveau modèle de gestion de l’eau ?

Toutes ces pratiques agroécologiques commencent à être intégrées dans certains projets territoriaux de gestion de l’eau (PTGE), qui visent à construire collectivement, à l’échelle des bassins versants, un équilibre durable entre les usages de l’eau, la disponibilité de la ressource et la qualité des milieux aquatiques face au changement climatique.

Cela illustre que la gestion quantitative de l’eau et la transformation des systèmes agricoles peuvent, et doivent, être pensées conjointement afin de mieux s’adapter aux sécheresses futures. Dans cette perspective, les approches agroécologiques doivent constituer un critère majeur des arbitrages collectifs relatifs à la gestion de la ressource en eau.

Les solutions de stockage dans des retenues ne devraient ainsi être envisagées qu’au terme d’une évaluation comparative de l’ensemble des leviers disponibles (évolution des systèmes de culture, économies d’eau, amélioration de l’efficience des usages, recharge des nappes ou stockage). L’enjeu étant de retenir la combinaison de solutions la plus pertinente au regard des enjeux locaux. Cela ouvre ainsi la voie à un nouveau modèle de gestion de l’eau.


Ce texte a été élaboré à l’initiative de la chaire Eau, agriculture et changement climatique et bénéficie des recherches menées dans le cadre du projet TETRAE Transition agroécologique et irrigation en Occitanie (TAI-OC). Les membres de ces deux collectifs ayant soutenu et/ou collaboré à cet article : Gilles Belaud (Institut Agro, Chaire EACC), Laurène Casal (MAELAB), Johan Coulomb (Montpellier, Méditerranée Métropole), Fabien Groud (CCE&C), Marie-Christine Huau (Véolia), Vincent Kulesza (SCP), Ludovic Lhuissier (Rives et Eaux du Sud Ouest), Alexandre Mathieu (INRAE, Maraichage), Renaud Misslin (MAELAB), Pierre Rouault (Institut Agro), Stéphane Ruy (INRAE, Carnot Eau et Environnement), Paul Vandôme (HSTI) et Claire Wittling (INRAE, G-EAU).

The Conversation

Lionel Alletto a reçu des financements de l’Agence nationale de la recherche (ANR) et de la Commission Européenne dans le cadre de projets de recherche du programme Horizon 2020.

Delphine Leenhardt, Juan David Dominguez Bohorquez et Sami Bouarfa ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. Comment l’agriculture peut-elle s’adapter aux étés de plus en plus secs ? – https://theconversation.com/comment-lagriculture-peut-elle-sadapter-aux-etes-de-plus-en-plus-secs-286702

L’administration Trump veut sanctionner ceux qui jugent : un aveu de la force du droit international

Source: The Conversation – France in French (3) – By Didier Bigo, Chair professor emeritus, Sciences Po


L’ESSENTIEL

  • En juillet 2026, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a affirmé sa volonté de « démanteler » la Cour pénale internationale.

  • Cette offensive s’inscrit dans une série d’attaques contre les juridictions internationales, notamment à travers des sanctions visant leur action et leurs acteurs.

  • Si de telles sanctions ont vocation à affaiblir ces institutions, elles témoignent également de la force persistante du droit. Elles montrent que le langage juridique demeure incontournable et révèlent la crainte que suscite l’effet durable de la qualification des crimes.


Dans l’Automne du patriarche (Gabriel García Márquez, 1975), le vieux dictateur ne se réjouit que d’une chose : voir ses anciens collègues déchus jouer aux cartes dans la salle qui est réservée à leur exil et se délecter de leur dénuement et de leur obséquiosité. La mise en scène du pouvoir vieillissant, obsédé par sa propre survie et par le spectacle de la déchéance de dirigeants jadis intouchables, saisit la peur du moment où la puissance cesse de protéger ceux qui l’ont exercée.

Les attaques contemporaines contre la Cour pénale internationale (CPI) et les mécanismes internationaux d’enquête sur les violations des droits humains font écho à cette temporalité, à cette crainte, et font émerger la force du droit. Les sanctions états-uniennes visent moins ce que ces institutions sont capables de faire aujourd’hui que ce qu’elles pourraient déclencher demain : en sus d’un mandat d’arrêt, d’une qualification juridique préliminaire et d’une procédure, un jugement et une condamnation.

L’acharnement des États-Unis contre la justice internationale n’est donc pas le signe d’une souveraineté tranquille et sûre d’elle-même. Il trahit, au contraire, la crainte que les mots du droit survivent aux protections politiques du moment, et que ceux qui se croyaient protégés par la puissance puissent être à tout moment rattrapés par la qualification juridique de leurs actes.

Fin juillet 2026, l’offensive américaine contre la justice internationale a franchi un seuil. Il ne s’agit plus seulement de sanctions ponctuelles contre des responsables de la CPI ou contre des figures isolées des Nations unies. À la mi-juillet, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a annoncé une campagne diplomatique visant explicitement à « démanteler » la CPI, accusée d’empiéter sur la souveraineté des États-Unis et de menacer leurs agents, responsables politiques et militaires.

Cette annonce prolonge le décret présidentiel 14203 adopté par Donald Trump en février 2025, qui déclarait une « urgence nationale » face aux actions prétendument « illégitimes et infondées » de la Cour visant les États-Unis et leur proche allié israélien. Depuis, le régime de sanctions s’est étendu : magistrats de la CPI, rapporteurs spéciaux des Nations unies, organisations palestiniennes de défense des droits humains et acteurs de la société civile impliqués dans la documentation de possibles crimes internationaux ont été visés ou menacés.

Au cœur de ce régime de sanctions se trouve Gaza. Les sanctions américaines, qui ont explicitement vocation à sanctionner les individus « directement impliqués dans le ciblage illégitime d’Israël », se sont intensifiées à mesure que la CPI, certains mécanismes des Nations unies et des organisations de défense des droits humains documentaient et qualifiaient juridiquement les crimes commis à Gaza et, plus largement, dans les territoires palestiniens occupés.

L’enquête de la CPI sur la situation en Palestine, les mandats d’arrêt visant Benyamin Nétanyahou et Yoav Gallant, les rapports des Nations unies et le travail d’ONG palestiniennes ou internationales constituent autant de démarches de qualification juridique des crimes que l’offensive américaine cherche à délégitimer.

Faire des juges les accusés : l’inversion de l’accusation

Le trait le plus frappant de cette séquence est l’inversion de l’accusation. Celles et ceux qui enquêtent sur des crimes internationaux deviennent les accusés. Les juges, procureurs, rapporteurs et ONG ne sont plus présentés comme des acteurs cherchant à établir des responsabilités, mais comme des menaces envers la souveraineté, la sécurité nationale ou la neutralité politique.

Le déplacement est décisif. Au lieu de demander si des populations ont été bombardées, affamées, déplacées, persécutées ou privées des conditions élémentaires de survie, le débat est redirigé vers ceux qui formulent ces questions : le procureur aurait-il outrepassé son mandat ? Le rapporteur serait-il militant ? La Cour serait-elle biaisée ? Les organisations qui documentent les crimes seraient-elles politiquement motivées ?

Cette stratégie d’inversion fabrique ce que l’on pourrait appeler une « faute de juger ». Les sanctions américaines transforment l’acte d’enquêter, de qualifier et de demander des comptes en conduite suspecte, hostile et punissable. Ce renversement ne passe pas seulement par le discours. Il s’inscrit dans des mesures concrètes : gels d’avoirs, restrictions de visas, interdictions de transactions, pression sur les institutions qui coopèrent ou entrent en relation avec les personnes ou entités visées.

La personne qui nomme le crime devient celle autour de laquelle s’organise le risque et la gestion du risque.

Ce que la sanction reconnaît malgré elle

Il serait tentant de voir dans ces sanctions la preuve de l’impuissance du droit international. C’est en fait l’inverse. Si la CPI, les rapporteurs spéciaux de l’ONU ou les ONG de documentation étaient insignifiants, il ne serait pas nécessaire de les sanctionner.

La sanction est, en ce sens, un aveu involontaire. Elle reconnaît que les rapports, mandats d’arrêt, qualifications juridiques, avis consultatifs et enquêtes internationales conservent une capacité à blesser l’impunité. Leur force ne réside pas toujours dans une coercition immédiate. La CPI ne dispose pas d’une police mondiale ; les rapporteurs spéciaux ne rendent pas de jugements exécutoires. Mais leurs mots circulent et entrent dans les archives, les médias, les mobilisations, les procédures nationales, les débats diplomatiques, et les mémoires collectives.

Ce qui est redouté n’est donc pas seulement la condamnation judiciaire, mais la sédimentation d’une qualification. Le fait qu’une violence soit durablement inscrite comme crime, et non comme simple opération militaire, nécessité sécuritaire ou dommage collatéral regrettable.

Cela ne signifie pas qu’il faille idéaliser la justice internationale. Elle a toujours été traversée par des rapports de puissance et des héritages impériaux. Mais les sanctions actuelles ne contestent pas ces biais, au contraire. Elles les instrumentalisent pour empêcher que certains puissants, ou leurs alliés, soient nommés et jugés par des institutions qu’ils ne contrôlent pas.

Quand le droit est utilisé contre le droit

L’aveu de la force du droit réside également dans le fait que les États-Unis ne répondent pas seulement par une menace extralégale pour menacer la justice internationale. Ils produisent du droit : décrets présidentiels, listes de sanctions, procédures administratives, obligations de mise en conformité. Des instruments conçus pour lutter contre le terrorisme, la prolifération, le blanchiment ou le financement illicite sont redirigés vers des magistrats, des enquêteurs, des rapporteurs ou des organisations de défense des droits humains.

L’attaque contre la justice internationale se présente donc elle-même dans les formes de la légalité. À ceci près que la logique n’est évidemment pas celle d’un procès contradictoire, avec preuves, débat public et motivation détaillée. Elle est celle de l’inscription sur liste : une personne ou une entité est désignée comme risquée, menaçante ou prohibée. Cette désignation déclenche ensuite des effets en chaîne.

La différence est essentielle. Le jugement suppose une procédure, une contradiction, une motivation, un dossier qui peut être contesté. La sanction administrative ne condamne pas juridiquement au sens classique. L’inscription sur liste impose un autre fonctionnement : elle nomme un risque et laisse les infrastructures administratives, financières et numériques en tirer les conséquences.

Cette logique est d’autant plus efficace qu’elle repose sur la diligence des intermédiaires. Banques, plateformes numériques, compagnies aériennes, hôtels, universités, ONG, assureurs ou prestataires de services n’ont pas toujours besoin d’être directement contraints. Il leur suffit d’anticiper le risque.

Punir par les infrastructures ordinaires

Ces sanctions ne doivent pas être comprises seulement comme des mesures symboliques visant des responsables prestigieux. Leur force se déploie dans les infrastructures ordinaires de la vie et du travail.

Des cas déjà documentés font état de cartes bancaires annulées, de comptes numériques fermés, de services Google ou Amazon interrompus, de difficultés à réserver un hôtel, de relations bancaires perturbées, de financements ralentis ou bloqués. La sanction ne modifie pas seulement ce que la personne ciblée peut faire ; elle modifie ce que les autres sont prêts à faire avec elle. Faut-il maintenir cette invitation ? Rembourser ce déplacement ? Héberger cette conférence ? Coopérer avec cette ONG ? Financer ce programme ? Le risque est contagieux.

Pris isolément, chaque incident peut sembler mineur. Ensemble, ils dessinent une forme de punition infrastructurelle. Or, la justice internationale dépend aussi de conditions très prosaïques : vols, visas, hôtels, bases de données, abonnements numériques, outils de communication sécurisée, remboursements institutionnels, services bancaires, traductions, archives, collaborations universitaires et associatives. Interrompre ces circuits, c’est tenter d’interférer avec la possibilité même d’enquêter, d’écrire un rapport, de préparer un mandat d’arrêt ou de soutenir des victimes.

Cette tentative peut être couronnée de succès puisque, dans un environnement de sanctions, les institutions préfèrent souvent exclure trop largement plutôt que de risquer d’être accusées de ne pas avoir assez exclu. Le faux positif coûte moins cher que le faux négatif : autrement dit, la prudence leur paraît moins coûteuse que la contestation.

Au-delà des juges, l’autorité tierce visée

L’offensive états-unienne contre la CPI et contre les acteurs de la justice internationale ne vise donc pas seulement une institution particulière. Elle vise la possibilité même d’une autorité tierce : une instance capable de décrire la violence autrement que dans les mots des États qui l’exercent ou la soutiennent.

Le discours de la souveraineté joue ici un rôle central. Il présente la CPI comme une intrusion étrangère, alors même que la Cour est fondée sur le Statut de Rome, adopté par des États souverains, et qu’elle n’exerce sa compétence que dans des conditions limitées. Comme l’a rappelé l’ONU en juillet 2026, la CPI demeure un « rouage essentiel » de la lutte contre l’impunité pour les crimes les plus graves.

Ce qui se joue est moins une opposition simple entre souveraineté et droit international qu’une lutte pour savoir qui peut qualifier la violence. Les États les plus puissants acceptent volontiers le droit international lorsqu’il vise leurs adversaires. Ils le rejettent lorsqu’il prétend s’appliquer à eux-mêmes ou à leurs alliés.

Un droit international devenu totalement inoffensif ne susciterait pas un tel acharnement. Ce que ces sanctions révèlent n’est pas la mort du droit international, mais l’intensité de la lutte autour de ce qu’il peut encore faire : nommer un crime, conclure à une responsabilité, maintenir ouverte la possibilité qu’une violence d’État soit jugée autrement que par ceux qui la justifient.


La revue Cultures & Conflits consacrera, en 2027, un numéro entier aux enjeux soulevées par les sanctions. Il fera suite au numéro 2025-2 sur la force symbolique du droit, disponible sur Cairn. Les propositions d’articles et témoignages autour des sanctions internationales sont à envoyer dès maintenant à Cultures & Conflits redactionagc@gmail.com.

The Conversation

Didier Bigo est co-éditeur au sein des revues Cultures et Conflits (CAIRN-CECLS) et Political Anthropological Research on International Social Sciences (PARISS).

Rebecca Mignot-Mahdavi co-dirige le projet AI-NODES (dans le cadre du cluster PostGenAI@Paris) bénéficiant d’une aide de l’État gérée par l’Agence Nationale de la Recherche au titre de France 2030 portant la référence ANR-23-IACL-0007.

ref. L’administration Trump veut sanctionner ceux qui jugent : un aveu de la force du droit international – https://theconversation.com/ladministration-trump-veut-sanctionner-ceux-qui-jugent-un-aveu-de-la-force-du-droit-international-288756

Voici pourquoi la diplomatie scientifique doit tenir compte des savoirs autochtones

Source: The Conversation – in French – By Hugo Asselin, Professeur titulaire, Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT)

Les décisions politiques et les relations diplomatiques sont basées sur le partage d’informations.

Or, ces informations peuvent être fausses. Quand il n’y a pas de mauvaises intentions, il s’agit de mésinformation. Lorsqu’au contraire, il y a intention de nuire, c’est de la désinformation. Autre cas de figure : le partage d’informations authentiques sorties de leur contexte à des fins manipulatoires. On parle alors de malinformation.

Pour désigner l’effet combiné de ces trois menaces à la prise de décision éclairée, la professeure de communication de l’Université Cornell, Claire Wardle, et le chroniqueur irano-canadien, Hossein Derakhshan, ont emprunté au vocabulaire de la psychologie clinique pour inventer le terme « trouble de l’information » (information disorder).

Pour faire face à ce trouble de l’information, la diplomatie scientifique s’appuie sur la collaboration entre les nations pour résoudre des problèmes communs et établir des partenariats constructifs fondés sur la connaissance. La diplomatie scientifique est nécessaire pour affronter des problèmes complexes qui transcendent les frontières, comme la lutte aux changements climatiques ou l’encadrement de l’intelligence artificielle.

Dans un texte publié récemment sur The Conversation, l’ex-politicien et ambassadeur Stéphane Dion, diplomate en résidence à l’Université de Montréal, affirmait que le Canada a besoin d’une diplomatie scientifique « unifiée et efficace ». Son appel mérite d’être entendu alors qu’on assiste à une montée du populisme, qui tourne le dos aux faits et à l’analyse critique au profit des opinions et des intuitions.

Pour être efficace, la diplomatie scientifique doit donc s’appuyer sur les connaissances les plus à jour issues des recherches de pointe. Mais ça ne suffit pas. Pour être unifiée, la diplomatie scientifique doit aussi tenir compte des savoirs autochtones, qui sont complémentaires aux savoirs scientifiques.

On parlera alors de diplomatie scientifique autochtone. En tant que chercheurs et chercheuse en études autochtones, nous venons d’entreprendre un programme de recherche sur la question.




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Quelle place pour les Autochtones dans la diplomatie scientifique ?

La diplomatie au sens strict concerne principalement les relations entre les États. Mais les gouvernements « infranationaux » (provinces, territoires, peuples autochtones) doivent pouvoir s’exprimer sur la scène internationale sur les sujets qui les concernent.

C’est ce qu’on appelle la « paradiplomatie ». À l’échelle provinciale, la doctrine Gérin-Lajoie en est un exemple éloquent. Elle stipule que « dans tous les domaines qui sont complètement ou partiellement de sa compétence, le Québec entend désormais jouer un rôle direct, conforme à sa personnalité et à la mesure de ses droits ».

Les diplomaties autochtones sont un autre exemple de paradiplomatie. Selon l’article 18 de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones (DNUDPA), ces derniers « ont le droit de participer à la prise de décisions sur des questions qui peuvent concerner leurs droits, par l’intermédiaire de représentants qu’ils ont eux-mêmes choisis conformément à leurs propres procédures ».

Une chaire pour étudier la participation autochtone à la diplomatie scientifique

Comment réussir l’arrimage entre les savoirs scientifiques et autochtones ? C’est ce qui sera au cœur des travaux de la nouvelle Chaire de recherche en diplomatie scientifique autochtone, dont nous faisons partie. Cette chaire, financée en partie par le Fonds de recherche du Québec, s’intéressera autant aux mécanismes de la diplomatie scientifique autochtone qu’à ses retombées concrètes.

Du côté des mécanismes, il conviendra de se demander si – et comment – les perspectives autochtones sont prises en compte au sein des instances diplomatiques. On peut penser ici à l’importance, dans les pratiques de gouvernance autochtone, des solidarités intergénérationnelles, de l’équité entre les genres, des valeurs d’équilibre entre les différentes sphères de la vie, de respect des autres et du territoire, ainsi que d’humilité face à notre compréhension partielle des problématiques complexes.

Jérôme Dupras est debout devant un micro, avec des affiches à l’arrière-plan
Le scientifique en chef du Québec, Jérôme Dupras, a succédé à Rémi Quirion en juin 2026. Il conseille le gouvernement en matière de science et d’innovation.
(Scientifique en chef du Québec | Facebook), CC BY

La Chaire s’attardera aussi aux retombées à l’échelle nationale des décisions d’instances diplomatiques internationales. En effet, plusieurs accords internationaux – comme ceux sur la biodiversité, les changements climatiques et les droits des peuples autochtones – relèvent du « droit souple » (soft law) et ne sont pas juridiquement contraignants. Pour que des effets concrets en découlent, ces accords doivent se traduire par des lois et des politiques aux échelles nationale et infranationale.

Comment les savoirs autochtones sont-ils pris en compte dans l’élaboration des politiques publiques ? Comment les décisions prises à l’international affectent-elles les peuples autochtones ? Nous nous intéresserons particulièrement aux enjeux liés à la gestion des risques associés aux bouleversements environnementaux (feux de forêt, sécheresses, inondations), ainsi qu’à la sécurité culturelle des pratiques de santé pour éliminer les préjudices et mettre en valeur une approche holistique.

Des délégations autochtones actives

Il y a déjà plus de 15 ans, un rapport de l’ONU mentionnait que « Le mouvement autochtone est l’un des interlocuteurs les plus actifs de la société civile auprès des Nations unies depuis 1945 ». Leur travail se poursuit aujourd’hui. Par exemple, à l’été 2025, une délégation de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador a sollicité l’appui de l’ONU pour faire respecter les droits autochtones face aux industries extractives.


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Au printemps 2026, l’Instance permanente des Nations unies sur les questions autochtones en a appelé à décoloniser la notion de santé. La présidente de l’Instance, la leader Inuk Aluki Kotierk, a ainsi rappelé que pour les peuples autochtones, « la santé et le bien-être vont bien au-delà de la santé physique et mentale. Ils sont indissociables de notre culture, de notre spiritualité, de nos langues, de nos terres et de notre environnement ».

Le principe 22 de la Déclaration de Rio sur l’environnement et le développement, adoptée il y a plus de 35 ans, stipule que les « États devraient reconnaître (aux peuples autochtones) leur identité, leur culture et leurs intérêts, leur accorder tout l’appui nécessaire et leur permettre de participer efficacement à la réalisation d’un développement durable ».

Pour y arriver, la diplomatie scientifique doit aussi être autochtone.

La Conversation Canada

Hugo Asselin a reçu des financements du Fonds de recherche du Québec et de la Fondation de l’UQAT pour soutenir les activités de la Chaire de recherche en diplomatie scientifique autochtone.

Sébastien Brodeur-Girard est membre de la Chaire de recherche en diplomatie scientifique autochtone qui a reçu des financements du Fonds de recherche du Québec et de la Fondation de l’UQAT pour soutenir ses activités.

Suzy Basile a reçu des financements du Ministère de la santé, du Secrétariat à la condition féminine du Québec, de la Commission de la santé et des services sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador et de la Fondation de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue pour soutenir ses projets de recherche.

ref. Voici pourquoi la diplomatie scientifique doit tenir compte des savoirs autochtones – https://theconversation.com/voici-pourquoi-la-diplomatie-scientifique-doit-tenir-compte-des-savoirs-autochtones-286896

¿Por qué ha sido tan destructivo el terremoto de Colombia?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Ryan Hoult, Senior Lecturer, Structural and Earthquake Engineering, University of Newcastle

Los habitantes y las autoridades de Colombia han puesto en marcha una operación masiva de búsqueda y rescate para localizar a los supervivientes de un potente terremoto que sacudió las cercanías de San José del Palmar, en el departamento del Chocó, y que ha causado graves daños en las ciudades de Cali, Manizales y Pereira.

Ya se han confirmado 132 fallecidos, cifra que se prevé que aumente significativamente en las próximas horas y días. Según los informes, miles de viviendas se han derrumbado o han sufrido daños.

El Servicio Geológico de Estados Unidos ha indicado que el terremoto, de magnitud 7,4, se produjo principalmente debido a una falla de desplazamiento lateral a una profundidad de aproximadamente 110 kilómetros. En términos sencillos, un terremoto de desplazamiento lateral se produce cuando dos bloques de la corteza terrestre se deslizan horizontalmente uno sobre otro, en lugar de moverse hacia arriba o hacia abajo.

Esto ocurre apenas un mes después de los terremotos en Venezuela, que podrían haber destruido o dañado más de 58 000 edificios y se cobraron la vida de miles de personas.

Es demasiado pronto para saber si el terremoto de Colombia está relacionado con el de Venezuela. Sin embargo, existen algunas pruebas procedentes de Australia de que las fallas sísmicas cercanas pueden “comunicarse” entre sí. Un deslizamiento sísmico en una falla puede, en la práctica, transferir la tensión a otra falla cercana, provocando un terremoto.

Llevo años realizando ensayos experimentales con estructuras de hormigón armado, algunas diseñadas específicamente según las prácticas constructivas colombianas. Mi investigación sugiere que no debería sorprendernos que tantos edificios se derrumbaran en esta catástrofe, y también que deberíamos preocuparnos por las muchas otras regiones del mundo donde se aplican prácticas similares.

Prácticas de construcción en Colombia

En los edificios, las losas, las vigas y los pilares proporcionan resistencia a las cargas gravitatorias. Sin embargo, se necesitan muros de hormigón armado para resistir las cargas laterales del viento y, en casos excepcionales pero extremos, de los terremotos.

Pero en Colombia muchos edificios tienen muros de hormigón delgados, normalmente de entre 7 y 10 centímetros de espesor. Solo cuentan con una única capa de armadura de acero –por lo general, malla de alambre electrosoldada–, que es muy frágil y se rompe rápidamente.

El escaso espesor de los muros también implica que el “confinamiento” –consistente en colocar aros de acero en los bordes de un muro para ayudar a evitar el aplastamiento del hormigón– es prácticamente imposible de aplicar durante la construcción. Tampoco es un requisito de las normas de construcción.

Pruebas en edificios colombianos

Junto con colegas de tres universidades colombianas, realicé pruebas a escala real en el Laboratorio de Ingeniería Sísmica y Dinámica Estructural de la Escuela Federal de Tecnología de Lausana (Suiza), en muros de hormigón construidos según las prácticas habituales de la construcción colombiana. Queríamos averiguar cómo se comportan estos muros cuando se ven sacudidos de la misma forma en que un terremoto sacude un edificio.

Los resultados eran preocupantes incluso antes del terremoto del lunes.

Cuando un seísmo sacude un edificio, lo ideal es que se formen muchas pequeñas grietas en la base de un muro armado con acero. Esto distribuye la tensión.

Empieza el día con noticias basadas en datos contrastados.

Si se forma una única grieta grande debido a la escasa cantidad de acero, la tensión se concentra. Esto provoca que las barras de refuerzo se rompan y que el muro ceda.

Pero los muros de estos edificios son tan delgados que, aunque hubiera suficiente refuerzo de acero, seguirían siendo propensos a fallar durante un terremoto. Nuestras pruebas experimentales demostraron que esos muros simplemente no tienen la resistencia suficiente para soportar sacudidas sísmicas importantes.

Por desgracia, esto no parece ser una elección de diseño poco común o aislada: es una práctica habitual en toda la región latinoamericana.

Una encuesta de 2018 realizada en nueve edificios de Cali, una de las ciudades afectadas por el terremoto del lunes, reveló que el 90 % tenía muros con una sola capa de armadura, y que el 30 % contaba con muros de 100 mm de espesor o menos.

The Conversation

Ryan Hoult no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. ¿Por qué ha sido tan destructivo el terremoto de Colombia? – https://theconversation.com/por-que-ha-sido-tan-destructivo-el-terremoto-de-colombia-289532

Comment l’Éthiopie peut faire de la COP32 un sommet qui tienne réellement ses promesses

Source: The Conversation – in French – By Lisa Sachs, Director, Columbia Center on Sustainable Investment, Columbia University

Les gouvernements du monde entier se rendront à Addis-Abeba fin 2027 pour la COP32, le premier sommet sur le climat organisé en Afrique depuis cinq ans. L’Éthiopie assure la présidence au nom de l’Union africaine, l’organisation continentale. Addis-Abeba a l’occasion de montrer ce qu’une Conférence des parties (COP) peut apporter. Mais pour cela, il faut se mettre au travail dès maintenant.

Au Columbia Center on Sustainable Investment, nous travaillons avec les gouvernements, les institutions multilatérales et les coalitions de bailleurs de fonds sur la planification, les investissements, les politiques et l’architecture financière nécessaires à la réalisation des objectifs en matière de climat et de développement. Les enseignements tirés de cette collaboration nous permettent de mieux cerner ce qu’il faut pour organiser une COP32 réussie.

La Conférence des parties (COP) est la réunion annuelle des 198 parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, adoptée en 1992. L’approche conventionnelle de ces conférences consiste, pour les États membres, à préparer des textes de négociation, à examiner les engagements, à prendre des engagements et à adopter de nouvelles décisions.

Presque tous les pays s’engagent à lutter contre le changement climatique. Néanmoins, trois décennies de COP n’ont pas permis de mettre en place une action mondiale à l’échelle et au rythme requis.

La raison tient aux limites structurelles de la Convention et des COP. Celles-ci expliquent l’écart persistant entre ce qu’exige la science, ce qui est réalisable et ce qui a été accompli.

Comprendre ces limites est une condition préalable à l’organisation d’une COP efficace. Cela place l’Afrique en position d’accueillir une conférence qui aura un impact. Elle peut y parvenir en redéfinissant le rôle d’un pays hôte dans l’organisation d’une COP. Il s’agirait de présenter les solutions mises au point par l’Afrique avec des partenaires volontaires et d’inviter le reste du monde à les adopter et à les déployer à grande échelle.

Ces solutions devraient notamment porter sur les moyens de :

  • construire et financer des systèmes énergétiques régionaux intégrés

  • réformer l’évaluation des risques et réduire le coût du capital

  • financer des systèmes alimentaires résilients

  • restaurer la nature à grande échelle.

Chacune de ces initiatives peut être portée par des coalitions d’institutions dotées des mandats, des capacités et des instruments nécessaires pour les mener à bien.

Si l’Afrique parvient à mener à bien ce travail avant que les dirigeants ne se réunissent à Addis-Abeba, la COP32 sera l’occasion de reconnaître, de financer et de déployer ces initiatives à grande échelle.

Pourquoi la COP est-elle importante ?

La Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et sa COP annuelle restent essentielles car les réunions de la COP :

  • rassemblent tous les pays autour d’une même table pour discuter du climat

  • inscrivent la réponse internationale dans les principes d’équité et de responsabilités communes mais différenciées

  • donnent aux nations vulnérables une voix reconnue dans l’élaboration des politiques internationales.

Grâce à la convention sur le climat et à ses COP, la communauté internationale a obtenu de réelles avancées. L’Accord de Paris est le premier traité universel et juridiquement contraignant sur le changement climatique. Il engage la quasi-totalité des pays à limiter le réchauffement climatique.

Le Fonds pour les pertes et dommages est le premier mécanisme multilatéral dédié à l’indemnisation des pays vulnérables pour les préjudices climatiques dont ils ne sont pas responsables. Le bilan mondial est la seule instance au sein de laquelle la communauté internationale évalue collectivement les progrès accomplis vers les objectifs de l’Accord de Paris.

Pour l’Afrique, la COP revêt une importance particulière. C’est également le seul espace où les priorités de l’Afrique en matière d’adaptation, de pertes et de dommages, et de financement ont le même poids que les priorités des grandes économies en matière d’émissions et de marchés.

Néanmoins, les engagements de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques restent inappliqués. L’architecture de la convention a favorisé la participation, la conclusion de traités et la création de fonds. Elle n’a toutefois pas permis d’apporter la réponse que requièrent les crises planétaires et humaines. Les émissions continuent d’augmenter malgré les engagements universels visant à les réduire. Le réchauffement est en passe de dépasser 1,5 °C alors même que tout le monde s’accorde à dire qu’il ne doit pas en être ainsi. Le financement de l’adaptation ne représente qu’une infime fraction des besoins estimés. Et cela, malgré des décennies d’engagement à aider les pays vulnérables à s’adapter.

Trois limites structurelles expliquent cette situation.

Les limites

La première limite est que la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques traite un défi mondial comme la somme des engagements nationaux. Les contributions déterminées au niveau national, c’est-à-dire les engagements de chaque pays à réduire ses émissions et à s’adapter aux impacts climatiques, fragmentent la réponse en promesses nationales. Cela repose sur le principe selon lequel si chaque pays s’engage suffisamment, le total permettra d’atteindre l’objectif requis.

Les marchés du carbone vont plus loin, en considérant les émissions comme fongibles : une réduction déclarée dans un pays est censée compenser une émission dans un autre.

Mais la somme des engagements nationaux n’a jamais correspondu à ce qu’exige la science. Et les marchés du carbone comptabilisent les réductions d’une juridiction à l’autre tandis que la concentration atmosphérique de gaz à effet de serre continue d’augmenter. Les émissions d’un pays ne sont pas compensées par les réductions d’un autre. Chaque tonne émise s’ajoute au total, et chaque secteur et chaque économie, partout dans le monde, doit se décarboner.

La décarbonisation des systèmes mondiaux et la réduction de la concentration totale de gaz à effet de serre, tant ceux émis que ceux piégés dans l’atmosphère, nécessitent une planification coordonnée. Cette planification doit être menée aux niveaux mondial, régional et sectoriel. Elle ne peut pas se limiter aux entités nationales ni aux frontières nationales. Or, l’architecture actuelle de la CCNUCC n’est pas conçue pour favoriser ce type de coordination.

La deuxième limite réside dans le fait que les décisions négociées reflètent ce que les parties les plus réticentes sont prêtes à accepter. Sur les questions les plus cruciales, elles se sont systématiquement révélées insuffisantes par rapport à ce qu’exigent la science et les besoins évalués.

Les grandes décisions de la dernière décennie portent la marque de ces compromis :

  • les engagements sur les combustibles fossiles édulcorés sous la pression des principaux producteurs

  • les objectifs de financement de l’adaptation affaiblis ou inversés

  • les programmes d’atténuation bloqués par des désaccords sur leur portée

  • les financements pour les pertes et dommages promis à hauteur d’une fraction seulement des besoins évalués.

La troisième limite réside dans le fait que bon nombre des institutions qui déterminent si les plans peuvent être mis en œuvre se situent en dehors de la convention et des processus de la COP. Le coût du capital est fixé par les agences de notation, les banques multilatérales de développement et les bailleurs de fonds privés.

La dette souveraine est traitée par le Fonds monétaire international, le Club de Paris et les créanciers privés. Les systèmes industriels et commerciaux sont façonnés par l’Organisation mondiale du commerce et les organismes sectoriels.

Les systèmes énergétiques décarbonés nécessitent une planification par des groupements régionaux d’électricité, s’appuyant sur les analyses de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables et de l’Agence internationale de l’énergie.

Ces institutions disposent de l’expertise, des connaissances techniques approfondies, des mandats et des instruments nécessaires pour concevoir et mettre en œuvre des approches efficaces. Ce n’est pas le cas des négociateurs de la COP. La réforme nécessite donc une collaboration directe avec chacune de ces institutions, tant pour la conception que pour la mise en œuvre des solutions.

Une approche utile

L’article 4.19 de l’Accord de Paris encourage les États à formuler des stratégies de développement à long terme à faibles émissions. C’est plus pertinent que les contributions déterminées au niveau national. Cela oriente l’action vers des résultats véritablement décarbonés et cohérents avec les objectifs nationaux de développement.

Mais pour y parvenir correctement, il faut recourir à la modélisation technique de scénarios. Même la planification d’un système énergétique optimisé à l’échelle nationale nécessite le plus souvent une planification et une coordination régionales. Ces scénarios régionaux à long terme constituent la base analytique d’une planification et d’une prise de décision éclairées, tant au niveau régional que national.

Ces scénarios peuvent définir la voie de décarbonisation la moins coûteuse, y compris le mix énergétique, les corridors de transport d’électricité et les politiques de gestion de la demande énergétique, sur la base d’hypothèses spécifiques, par exemple concernant les coûts des technologies et des combustibles.

Ces scénarios montrent quels investissements sont possibles, quel sera leur coût et quel impact ils pourraient avoir. Ils illustrent comment l’augmentation de la demande énergétique, résultant par exemple de l’électrification des transports, des centres de données ou de l’industrialisation, peut façonner la planification du système énergétique et être elle-même façonnée par celle-ci.

Ils précisent quels investissements sont les plus déterminants, dans quel ordre ils doivent être mis en œuvre et selon quelles spécifications techniques. Ils facilitent l’analyse des coûts d’investissement, tant pour les gouvernements que pour les investisseurs et les citoyens, ainsi que la manière dont ces coûts sont influencés par des considérations financières et réglementaires.

Le même processus rigoureux — comprendre les besoins, planifier en conséquence et s’attaquer aux obstacles qui les entravent — s’applique à l’adaptation, à la transformation industrielle, aux minéraux critiques, à la transition juste et à la nature. Rien de tout cela ne peut aboutir sans une planification éclairée et une collaboration entre les entités qui façonnent ces résultats.

Des réformes concrètes peuvent être mises en œuvre dès maintenant. Les institutions régionales peuvent faire progresser la planification énergétique intégrée au-delà des frontières. Les mécanismes régionaux d’adaptation peuvent identifier les domaines d’intervention prioritaires. Une coordination continentale sur les chaînes de valeur des minéraux peut accélérer le développement des capacités de production régionales.

Les banques multilatérales de développement, les agences de notation et l’architecture réformée des institutions financières internationales peuvent faire avancer les travaux techniques visant à réduire le coût du capital. Cela inclut la réforme des méthodologies de notation et des cadres d’évaluation de la viabilité de la dette, ainsi que l’extension du recours aux garanties.

L’Organisation des Nations unies pour le développement industriel peut faire progresser les voies de décarbonisation industrielle pour l’acier, le ciment et les produits chimiques. Elle peut intégrer ses travaux à la planification des systèmes énergétiques régionaux, aux mécanismes de financement innovants qui répartissent les risques entre les parties les mieux à même de les supporter, aux engagements du côté de la demande et aux cadres politiques que chacun de ces éléments requiert.

Rien de tout cela ne nécessite le consensus de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Cela nécessite des solutions techniquement fondées et une coordination entre des institutions pragmatiques.

Addis-Abeba, un moment de leadership africain

En tant que continent qui contribue le moins aux émissions mondiales tout en supportant les coûts les plus élevés, l’Afrique a besoin d’un cadre qui traduise un problème mondial en une réponse mondiale à la hauteur de celui-ci. Les solutions sont tout à fait à notre portée ; l’obstacle n’est ni le capital ni la technologie, mais l’architecture nécessaire à leur mise en œuvre.

À l’approche de la COP32, les pays africains devraient s’attacher à élaborer des solutions concrètes et reproductibles dans ces domaines et dans d’autres où les approches conventionnelles ont atteint une impasse.

La présidence éthiopienne, au nom du continent, a l’occasion de mobiliser ces efforts, de les organiser et de les présenter au monde entier.

Si l’Afrique se présente à Addis-Abeba avec des plans prêts, des coalitions formées et des réformes spécifiques déjà en cours, la COP32 deviendra le moment de la reconnaissance, du financement et de la mise à l’échelle. Le travail commence dès maintenant.

The Conversation

Lisa Sachs does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Comment l’Éthiopie peut faire de la COP32 un sommet qui tienne réellement ses promesses – https://theconversation.com/comment-lethiopie-peut-faire-de-la-cop32-un-sommet-qui-tienne-reellement-ses-promesses-289193

Pendant les vagues de chaleur, pourquoi faut-il être particulièrement vigilant avec les intoxications alimentaires ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By María Soledad Ascaso Sánchez, Técnico Especializado de Investigación, Instituto de Salud Carlos III

L’été, et en particulier lors des vagues de chaleur et canicules, les aliments doivent être conservés au frais et sortis du réfrigérateur juste avant leur consommation. Natalia Deriabina/Shutterstock (no reuse)

L’ESSENTIEL

  • Les intoxications alimentaires sont notamment provoquées par des bactéries qui se développent dans des aliments laissés à température ambiante.

  • Ces maladies sont favorisées par les températures estivales élevées, autour de la Méditerranée, mais désormais aussi ailleurs en Europe, du fait des vagues de chaleur qui se multiplient.

  • À partir de données madrilènes, des chercheurs espagnols ont estimé le risque accru d’hospitalisation pour intoxication alimentaire au-delà de certaines températures.


C’est surtout pendant l’été que nous avons l’habitude de consommer des aliments en plein air, que ce soit lors de pique-nique, sur les terrasses des restaurants, dans des lieux de loisirs ou dans d’autres situations à l’extérieur de nos habitations. Dans ces circonstances, les aliments restent exposés pendant un certain temps à la température ambiante, qui est généralement élevée à cette période de l’année, ce qui augmente le risque d’intoxications alimentaires.

Les maladies d’origine alimentaire constituent un problème de santé majeur en Europe. L’Espagne figure parmi les pays comptant le plus grand nombre de cas enregistrés ; elle occupe la sixième place.

Quand les températures ambiantes sont élevées, ce type de maladies se multiplie, en particulier celles causées par des bactéries, telles que Salmonella, Campylobacter et Escherichia coli. Cela s’explique en grande partie par le fait que des facteurs, comme la chaleur, l’humidité, la pluie ou le vent, favorisent la prolifération de ces microorganismes.

De plus, le changement climatique aggrave cette situation. La multiplication des phénomènes extrêmes, tels que les vagues de chaleur – de plus en plus fréquentes et intenses en Europe, notamment dans la région méditerranéenne –, crée des conditions idéales pour que ces bactéries se multiplient plus rapidement.

Hospitalisations dues à des intoxications alimentaires

Face à ce constat, nous avons cherché à déterminer si les températures élevées, et en particulier les vagues de chaleur, avaient une incidence sur le nombre d’admissions d’urgence à l’hôpital liées à ces infections. Notre étude a récemment été publiée dans la revue Science of The Total Environment.

Dans un premier temps, nous avons calculé que la température au-delà de laquelle le nombre d’admissions à l’hôpital pour des maladies d’origine alimentaire augmentait était de 12 °C.

Afin de déterminer l’impact des vagues de chaleur, nous avons utilisé le seuil défini par le ministère de la santé espagnole (2022) pour définir une vague de chaleur. Pour la période analysée (2013-2018), ce seuil a été fixé pour une température maximale quotidienne de 34 °C.

Au cours de ces six années, d’après les données relatives aux hospitalisations issues du Registre de l’activité des soins spécialisés (RAE-CMBD) de la communauté de Madrid, 5 091 admissions ont été recensées pour les principales maladies bactériennes d’origine alimentaire. Parmi celles-ci, 3 160 étaient dues à la salmonellose, 1 769 à la campylobactériose et 182 à une infection à Escherichia coli.

Risque accru d’intoxications

Nous avons ainsi constaté que, pour chaque degré d’augmentation de la température maximale quotidienne au-delà du seuil de 12 °C, le risque d’hospitalisation pour une intoxication alimentaire d’origine bactérienne augmentait de 3,59 %.

Concernant les journées de canicule estivales, nous avons constaté que, pour chaque degré d’augmentation de la température maximale au-delà de 34 °C, le risque d’hospitalisation pour des maladies d’origine alimentaire augmentait de 12,21 %.

Cela signifie que 208 cas peuvent être attribués à cette cause, qui est liée aux températures élevées observées lors des vagues de chaleur. En d’autres termes, 9,3 % du nombre total de cas d’intoxications alimentaires survenus pendant les mois d’été dans la région de Madrid entre 2013 et 2018 pourraient être attribués à l’effet de la température lors des vagues de chaleur.

L’importance de la réfrigération

Les températures ambiantes élevées constituent un facteur de risque qui favorise l’augmentation des admissions à l’hôpital liées aux principales infections d’origine bactérienne transmises par les aliments. Selon nos estimations, c’est pendant les vagues de chaleur que l’impact est le plus important.

Les résultats de notre étude peuvent servir de base à la mise en œuvre de stratégies préventives. Il est important de maintenir les aliments à la bonne température tout au long de la chaîne alimentaire, de la production jusqu’au moment de la consommation. Il est toutefois essentiel de sensibiliser la population aux mesures de conservation à la dernière étape, en conservant les aliments au frais jusqu’au moment qui va immédiatement précéder leur consommation, en particulier lors des vagues de chaleur.

The Conversation

Cristina Linares Gil a reçu des financements de l’Instituto de Salud Carlos III.

Julio Díaz a reçu des financements de l’Instituto de Salud Carlos III.

José Antonio López Bueno, María Soledad Ascaso Sánchez et Miguel Ángel Navas Martín ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. Pendant les vagues de chaleur, pourquoi faut-il être particulièrement vigilant avec les intoxications alimentaires ? – https://theconversation.com/pendant-les-vagues-de-chaleur-pourquoi-faut-il-etre-particulierement-vigilant-avec-les-intoxications-alimentaires-288986

¿Usar ChatGPT perjudica al cerebro? Lo que sabemos, y lo que no, sobre la ‘deuda cognitiva’

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Madalin Marian Deliu Dumitru, Docente en la Facultad de Ciencias de la Salud, Universidad Católica de Ávila; Universidad de Salamanca

Octavian Lazar/Shutterstock

La especie humana ha creado herramientas para resolver problemas desde tiempos inmemoriales. Pero el ritmo de los avances se vuelve cada vez más vertiginoso. En menos de 100 años hemos pasado de la calculadora electrónica de mano a la inteligencia artificial generativa. Usamos tanto estas herramientas que casi se han convertido en una extensión del ser humano.

Pensémoslo: ¿sabríamos calcular la raíz cuadrada de 2209 o improvisar un cuento para niños? Si el primer impulso es preguntarle a la IA, es porque nuestra mente intenta aligerar su carga externalizando recursos. En realidad, este fenómeno ya fue descrito por la literatura científica de los últimos 30 años como delegación cognitiva, memoria externa o mente extendida.

Sin embargo, muchos científicos, expertos del ámbito clínico y educadores están cada vez más preocupados sobre cómo la IA impactará a largo plazo.

El estudio del MIT

Para averiguar de qué manera nos afecta cognitivamente el uso de herramientas como la inteligencia artificial, investigadores del Massachusetts Institute of Technology (MIT) estudiaron qué ocurre en el cerebro al usar la IA para redactar. Durante tres sesiones, midieron la actividad cerebral de 54 jóvenes y puntuaron la calidad de sus textos. Un tercio de ellos se ayudaron de ChatGPT, otro de Google y el resto solo contó con su cerebro.

Quienes usaron ChatGPT rindieron peor que el resto a nivel neuronal, lingüístico y en la calidad de sus textos. Además, recordaban peor y se sentían menos conectados a las ideas escritas.

Así, plantearon que depender repetidamente de ChatGPT reemplaza el esfuerzo cognitivo para el pensamiento independiente. Esto podría generar una acumulación de lo que llamaron “deuda cognitiva”, con costes cerebrales a largo plazo.




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Limitaciones y viralización de los resultados

Aunque algunas voces señalaron las limitaciones del estudio, múltiples medios de comunicación sugirieron a partir de estos resultados que usar la IA genera inevitablemente una deuda cognitiva. Esto es, una pérdida progresiva de capacidades mentales no visible a corto plazo.

Pero esa repercusión no se ha visto reflejada en trabajos empíricos: la evidencia brilla por su ausencia. La mayoría de los artículos científicos que se publican siguen siendo teóricos, o incluso prescriptivos, aconsejando cómo prevenir los efectos cerebrales del uso continuado de la IA. Los resultados en este campo aún son limitados y preliminares.

¿Por qué recurrimos a la IA?

En cambio, podemos analizar el impacto de la IA en la salud cerebral desde otro prisma. Hace una década, los investigadores Evan Risko y Sam Gilbert desarrollaron un modelo cognitivo para explicar por qué usamos sistemas externos antes que nuestro propio cerebro. En otras palabras, ayudaron a explicar qué procesos mentales seguimos cuando, por ejemplo, decidimos buscar algo en Google o preguntárselo a la inteligencia artificial.

Estos expertos plantearon que el impacto cognitivo depende de los objetivos que perseguimos al utilizar estos sistemas. Así, podemos recurrir a ellos para evitar esforzarnos cognitivamente o porque creemos que mejorarán nuestro rendimiento.

Árbol de autorreflexión sobre los posibles efectos cognitivos de delegar en la IA generativa al realizar una tarea educativa o laboral. Los resultados representan posibilidades teóricas y no efectos inevitables ni diagnósticos sobre la competencia cognitiva.
Elaboración propia a partir del modelo metacognitivo de delegación cognitiva de Risko y Gilbert (2016) y la evidencia preliminar sobre el uso de IA generativa.

Por ejemplo, podemos pedir a ChatGPT que escriba una redacción porque no nos vemos capaces. O bien porque queremos contrastar ideas y buscar nuevas perspectivas que potencien nuestro escrito. Por tanto, para comprender las consecuencias cerebrales de la delegación cognitiva será esencial preguntarse primero por qué delegamos. Este es un aspecto que el estudio del MIT no exploró en absoluto.

Recursos cognitivos ahorrados

Más allá de por qué usamos ChatGPT, importa saber qué hacemos con los recursos “ahorrados”. Es decir, si nos ha costado menos tiempo o esfuerzo terminar una tarea cognitiva (un resumen, una redacción, un esquema, una idea)… ¿qué hacemos con el tiempo y la energía que hemos ahorrado? ¿Simplemente nos dedicamos a la deriva mental? ¿O los destinamos a nuevos aprendizajes?

Estudios sobre el uso de Google indican que, cuando lo usamos para potenciar otros aprendizajes, como dónde localizar la información útil, nuestra habilidad en la tarea puede mejorar. Lo mismo ocurre con la inteligencia artificial: usarla de manera deliberada para potenciar el entrenamiento cognitivo, o para dialogar sobre conceptos en lugar de simplemente pedir la respuesta a una tarea, puede mejorar nuestro aprendizaje estratégico.




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El propio estudio del MIT que comentábamos al principio del artículo ofrece evidencia al respecto: los autores invitaron a sus participantes a una cuarta sesión donde los que habían usado ChatGPT ya no podrían hacerlo. En cambio, los que usaron Google o su propio cerebro ahora tenían acceso a la IA. Los primeros siguieron mostrando menor actividad cerebral y rendimiento, mientras que los segundos aumentaron en ambos resultados. Esto indica que usar la IA podría tener beneficios en ciertos escenarios (por ejemplo, cuando integramos nuestras ideas con las sugerencias de ChatGPT), potenciando procesos mentales como la atención y la memoria.

Por esta razón es tan importante, especialmente en el contexto educativo, definir con cuidado qué tareas podrían automatizarse con ayuda de la IA y qué otras más significativas podrían reforzarse con el tiempo y esfuerzo liberados.

No todo es deuda cognitiva

En definitiva, la deuda cognitiva que puede generar el uso continuado de IA es una realidad posible pero aún incierta. El estudio del MIT es prometedor y abre la puerta a un mundo todavía desconocido. Sin embargo, aún estamos lejos de saber cómo la IA afecta a las capacidades mentales a largo plazo.

La citada investigación inició una oleada de conclusiones catastróficas sobre la deuda cognitiva, pero no definió qué formas de uso pueden ser perjudiciales y cuáles, incluso, beneficiosas. Observar cómo y para qué usamos estas herramientas (como puede verse en el árbol de autorreflexión que acompaña a este artículo), ayuda a diseccionar tales condicionantes antes de caer en interpretaciones apocalípticas.

The Conversation

Patricia Alzola Bordón recibe fondos de Ministerio de Ciencia, Innovación y Universidades (Ref: FPU22/02012).

Madalin Marian Deliu Dumitru no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. ¿Usar ChatGPT perjudica al cerebro? Lo que sabemos, y lo que no, sobre la ‘deuda cognitiva’ – https://theconversation.com/usar-chatgpt-perjudica-al-cerebro-lo-que-sabemos-y-lo-que-no-sobre-la-deuda-cognitiva-287613

Eclipses a la luz de la razón

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Gema Hebrero Domínguez, Doctora en historia de la ciencia, física y astrofísica. Profesora Fisicoquímica, Ciencias Experimentales y Didáctica de las Ciencias, Universidad Camilo José Cela

Un filósofo dando una lección sobre el planetario (1766), del pintor inglés Joseph Wright, refleja la idea ilustrada de un universo regido por leyes matemáticas. Se exhibe en el Derby Museum and Art Gallery (Inglaterra). Wikimedia commons, CC BY

José Miguel de Sarasa mira al cielo con preocupación. Las nubes amenazan con impedir la observación del fenómeno celeste previsto para ese día. El profesor de Astronomía Teórica del Real Observatorio de Madrid ha planificado todo minuciosamente junto a José Ramón de Ibarra, encargado desde 1805 del departamento del gran telescopio de Herschel.

Vista del conjunto del Observatorio Astronómico de Madrid hacia 1847.
Francisco Javier Parcerisa. Museo de Historia de Madrid., CC BY

Para sus cálculos ha utilizado las tablas matemáticas elaboradas por el astrónomo austriaco Johann Tobias Bürg y las del francés Jean-Baptiste Joseph Delambre, de las mejores de su época. Sin duda, la elevación del Observatorio respecto a los terrenos circundantes del Paseo del Prado y del Buen Retiro en Madrid facilitará la contemplación minuciosa del evento.

Sin embargo, ese 16 de junio de 1806 la meteorología parece ensombrecer la observación de una de las efemérides más admiradas –y en ocasiones temidas– por la humanidad: un eclipse, en este caso parcial, de Sol.

La razón mira al cielo

Contemplados con miedo y fascinación desde tiempos remotos, los eclipses, tanto de Sol como de Luna, totales o parciales, figuraban también entre los acontecimientos astronómicos que mayor asombro despertaban en el periodo ilustrado. Sin embargo, al igual que ocurría con otros eventos como los tránsitos de Venus, en este tiempo comenzaron a resignificarse a la luz de las ideas ilustradas de razón y utilidad.

En esta línea de pensamiento, los eclipses tenían una explicación que se sustentaba en las nuevas teorías newtonianas, la mecánica celeste y el cálculo infinitesimal. Era una de las pruebas de que las ideas vislumbradas por Galileo y consolidadas por Newton, Laplace y Lagrange describían el movimiento de los astros como si de una máquina bien engrasada se tratara.

A lo largo del siglo XVIII, la mecánica encontró su hogar en el firmamento y su principal apoyo en la astronomía observacional: los datos obtenidos durante los eclipses servían para confirmar con éxito lo predicho por la mecánica celeste.

Eclipses en la prensa ilustrada

Los eclipses, lejos de ser un asunto exclusivo de los astrónomos, también formaron parte del discurso público dieciochesco, en un tiempo en el que la ciencia comenzaba a abrirse a la población. Sin embargo, al igual que otras ideas ilustradas, circularon en espacios y comunidades muy diferentes que convivieron, unas veces en tensión, otras armoniosamente, con antiguas creencias aún en vigor.

La prensa periódica especializada, dirigida a una élite interesada y culta, defendía ideas como la razón, el progreso y la educación, y acercaba a sus lectores los últimos avances científicos y los descubrimientos astronómicos más significativos.

Europa lleva la ciencia a la sociedad

Un ejemplo de este tipo de prensa lo encontramos en Espíritu de los mejores diarios literarios que se publican en Europa. Entre 1787 y 1791, sus páginas reflejaron una selección de noticias y novedades científicas y culturales con la intención de acercar al público las ideas que circulaban por el continente europeo.

El ejemplar del [16 de junio de 1788] se hizo eco de la observación de un eclipse parcial de Sol realizada por el ingeniero Antonio Guilleman junto a su hijo Fernando en presencia del entonces príncipe Carlos, quien en pocos meses reinaría como Carlos IV, junto a su esposa y el infante don Gabriel. Sin duda, se trataba de una muestra del interés que este tipo de acontecimientos suscitaba en las élites ilustradas incluyendo a la propia familia real.

La observación fue realizada mediante la proyección de la imagen del Sol en una superficie. Guilleman utilizó dos tipos de mapas y un reloj de gran calidad –prestado por el príncipe Carlos– con el fin de medir el tiempo de las diferentes fases del eclipse con mayor precisión. De esta manera, pudo comparar los datos obtenidos observacionalmente con los teóricos reflejados en los mapas.

Astronomía en la plaza pública: almanaques y calendarios

Frente a este tipo de publicaciones, los almanaques y calendarios de la época reflejaban contenidos astronómicos junto a otros relacionados con la cultura popular o la astrología. Auténticos best-sellers de su tiempo, eran baratos y muy accesibles para todo tipo de públicos, y solían leerse en voz alta en plazas y cafés para llegar así a una población que, dada la alta tasa de analfabetismo, apenas sabía leer y escribir.

Uno de los autores de almanaques más famoso del Setecientos fue el salmantino Diego de Torres Villarroel, quien supo combinar en un mismo producto información, entretenimiento y literatura. Entre sus pronósticos más célebres destaca el dedicado al eclipse del 13 de junio de 1760, en el que combinaba datos astronómicos con predicciones de índole astrológica. En él anunciaba que el eclipse provocaría todo tipo de calamidades, como tempestades y granizadas violentas que producirían grandes pérdidas en las cosechas y el ganado. También las personas sufrirían sus efectos, manifestándose un aumento de múltiples dolencias y enfermedades, como hidropesía, fiebres, anginas, disentería, epilepsia o melancolía.

Este pronóstico ya suscitó una gran controversia en su época, siendo objeto de crítica e intenso debate, lo que reflejaba las tensiones que aún pervivían entre las nuevas ideas astronómicas y las más tradicionales basadas en la astrología.

Razón y tradición se unen

A finales del siglo XVIII y principios del XIX, el Real Observatorio de Madrid también contribuyó a la circulación de los saberes astronómicos a través de periódicos y diversas publicaciones.

José Miguel de Sarasa pudo observar finalmente el eclipse parcial de Sol del 16 de junio de 1806 a pesar de las dificultades meteorológicas y lo difundió en los dos periódicos oficiales de la época: la Gazeta de Madrid y el Mercurio de España.

Ya con anterioridad, José Chaix, miembro también de la misma institución y uno de los mejores astrónomos de su tiempo, había publicado en los Anales de Ciencias Naturales de 1801 los datos de la observación, con un telescopio de 50 aumentos, del eclipse lunar del 2 de octubre de 1800.

Por otra parte, desde 1795, el [Estado encargó al Observatorio la elaboración del Calendario]. En un intento de llegar a un público más amplio, estos calendarios supieron combinar datos astronómicos y científicos –como las fases de la Luna, el movimiento de los planetas o los eclipses lunares y solares– con informaciones prácticas sobre costumbres y creencias populares, incluidos los días de misa obligada, ayuno, festivo y témporas. Esta mezcla de ciencia y tradición hacía que fueran más cercanos y comprensibles para un público más diverso y no necesariamente experto, constituyéndose como un puente entre la cultura popular y la ciencia.

The Conversation

Gema Hebrero Domínguez no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Eclipses a la luz de la razón – https://theconversation.com/eclipses-a-la-luz-de-la-razon-277099

Llegó el día de sentir el eclipse: ciencia y experiencia en la bahía de Santander

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Alberto Coz Fernández, Director de área de Comunicación Científica, Universidad de Cantabria

Preparativos para el eclipse en la bahía de Santander

Hay acontecimientos que creemos comprender mucho antes de vivirlos y, sin embargo, cuando llegan, consiguen sorprendernos como si los viéramos por primera vez. Podemos calcularlo con una precisión extraordinaria, conocer de antemano cada una de sus fases y explicar perfectamente por qué ocurre. Pero cuando la luz empieza a desaparecer en pleno día, el cuerpo reacciona antes que la razón. Cambia la temperatura, el ambiente se vuelve extraño, el paisaje sonoro se modifica. Durante unos segundos, la experiencia es directa, casi primitiva. No necesitamos comprender la mecánica celeste para sentir el asombro.

Precisamente por eso, el 12 de agosto de 2026, la bahía de Santander será uno de los lugares privilegiados para vivir esa experiencia. Contemplarla desde el mar puede convertir ese momento en un recuerdo difícil de olvidar. El Sol se encontrará muy bajo sobre el horizonte, creando un escenario poco habitual y especialmente espectacular.

La ciencia del eclipse

Sin embargo, el eclipse no es una experiencia completamente inmediata. Sabemos que es el resultado de una alineación precisa entre el Sol, la Luna y la Tierra. Un eclipse total se produce cuando la Luna se interpone exactamente entre ambos astros y llega a cubrir por completo el disco solar. Entonces se hacen visibles estructuras que normalmente permanecen ocultas por el intenso brillo de la fotosfera: fenómenos fugaces como las perlas de Baily o el llamado anillo de diamante y la corona solar.

Esa precisión geométrica permite saber con exactitud dónde será visible la totalidad y anticipar cada una de sus fases casi al segundo. Según el Instituto Geográfico Nacional, el eclipse parcial comenzará a las 19:31:17 (hora oficial), la totalidad empezará a las 20:26:52, alcanzará su máximo apenas 31 segundos después y terminará a las 20:27:55. El parcial se cerrará a las 21:20:03.

El clímax llegará bajo, muy bajo, y la totalidad apenas superará el minuto. En el máximo, el Sol estará a unos 9 grados sobre el horizonte, hacia el oeste-noroeste. No ocurrirá en lo alto del cielo, sino cerca de la línea del mar. Si extiende el brazo y coloca la palma de su mano frente a la cara, su altura equivale aproximadamente a esos 9 grados. Si el dedo meñique coincide con el horizonte, el Sol quedará aproximadamente sobre el índice.

No veremos simplemente un Sol oscurecido, sino una de sus capas más esquivas: la corona, la atmósfera externa solar, normalmente oculta por el intenso resplandor de la fotosfera. Las estructuras que observamos en ella están modeladas por los intensos campos magnéticos del Sol, que dan forma a un plasma de millones de grados. Su aspecto tampoco es siempre el mismo, sino que varía con el ciclo de actividad solar, de modo que ningún eclipse muestra una corona idéntica a otra. Durante apenas un minuto, el brillo de la fotosfera dejará de ocultarla por completo y podremos contemplarla a simple vista.

La luz cambiará de cualidad, la temperatura podrá descender ligeramente y el paisaje adquirirá una extrañeza que no es solo visual, sino también corporal. Aunque la totalidad constituye el momento culminante, el oscurecimiento progresivo del Sol durante casi una hora forma también parte del espectáculo.

Precisamente porque ese resplandor permanece visible durante todas las fases en las que el Sol no está completamente cubierto, el eclipse también exige precaución. Solo es seguro observar el Sol con filtros o gafas homologadas mientras permanezca visible cualquier parte de su superficie brillante.

La mediación simbólica

¿Por qué, entonces, un fenómeno cuya explicación conocemos tan bien sigue produciendo una emoción tan intensa?

La respuesta puede encontrarse en lo que se denomina mediación simbólica. Es el proceso por el cual la experiencia no se produce de forma inmediata, sino a través de sistemas de símbolos –como el lenguaje, las imágenes, las normas o las narrativas– que organizan y dan sentido a lo que vivimos.

Contemplar un eclipse nunca está completamente libre de esa mediación. Llegamos sabiendo cuándo ocurrirá, por qué sucede y qué veremos. Nuestra experiencia está atravesada por la ciencia, las previsiones y las expectativas culturales. Sabemos demasiado para enfrentarnos al fenómeno como si fuera la primera vez.

Pero durante la totalidad ocurre algo interesante. La explicación no desaparece, aunque deja de ocupar el primer plano. Durante unos segundos, el cuerpo recupera el protagonismo y la experiencia precede a la interpretación.

El símbolo y el mar

Quizá por eso el mar sea uno de los lugares privilegiados para asistir a un eclipse total. Frente al horizonte abierto, la densidad simbólica del mundo parece disminuir. No hay fachadas ni pantallas que fragmenten la mirada. Solo la línea entre el mar y el cielo, el ritmo constante de las olas y, por supuesto, las gafas homologadas.

El mar no elimina la mediación simbólica –seguimos sabiendo que asistimos a un fenómeno perfectamente calculado–, pero modifica nuestra disposición. Nos sitúa en una escala más corporal que conceptual. La experiencia se ensancha y el lenguaje tarda un poco más en alcanzarla.

Antes de comprender, sentimos

Algo parecido sucede en la danza y el teatro físico. Estas disciplinas conmueven porque activan mecanismos primarios de percepción y empatía corporal. Antes de comprender, sentimos. Antes de interpretar, el cuerpo responde. El movimiento y el ritmo no necesitan traducirse en palabras para producir un efecto.

En la danza y el teatro físico existe un menor grado de mediación simbólica. La experiencia del espectador descansa en la percepción sensorial y en la resonancia corporal. No es que carezcan de significado, sino que este no pasa necesariamente por la narración ni por el lenguaje articulado. Como señala María Carolina Escudero, la necesidad de lenguaje aparece sobre todo cuando intentamos traducir aquello que ya sabemos por experiencia.

El teatro más narrativo incrementa ese grado de mediación. La emoción se canaliza mediante personajes, tramas y palabras. El espectador ya no solo percibe: interpreta, reconstruye una historia y descifra metáforas.

Con el eclipse ocurre algo similar. Nunca dejamos de saber qué estamos viendo, pero durante ese breve minuto la explicación retrocede. La luz cambia sobre el agua, las sombras se vuelven extrañas, el horizonte se oscurece lentamente y el cuerpo percibe la alteración antes de que el pensamiento la convierta en relato. Quizá esa sea la auténtica singularidad de un eclipse total: que, incluso en una época en la que podemos calcularlo todo, todavía consigue que, durante unos instantes, el cuerpo siga adelantándose a la razón.

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

ref. Llegó el día de sentir el eclipse: ciencia y experiencia en la bahía de Santander – https://theconversation.com/llego-el-dia-de-sentir-el-eclipse-ciencia-y-experiencia-en-la-bahia-de-santander-277515

La guerra ha separado a muchas familias ucranianas y reunificarlas no es fácil

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Irina Kuznetsova, Associate Professor in the School of Geography, Earth and Environmental Sciences, University of Birmingham

La guerra en Ucrania ha provocado la mayor crisis migratoria forzosa en Europa desde la Segunda Guerra Mundial. A fecha de 2026, aproximadamente 4,4 millones de refugiados procedentes de Ucrania gozan de un estatuto de protección temporal en la UE. Alrededor de 4,6 millones más se encuentran desplazados internos.

Cientos de miles de familias del país han quedado separadas y muchos familiares llevan años sin verse. Los hombres sujetos al servicio militar obligatorio no pueden salir de Ucrania, mientras que las personas mayores y aquellas con problemas de movilidad se enfrentan a muchas dificultades para poder evacuar. Otros simplemente han optado por quedarse en sus hogares.

Viajar por Ucrania no es seguro y los viajes al extranjero son caros y, en ocasiones, están restringidos. Ni siquiera la comunicación digital es siempre posible, sobre todo para las familias que ahora se encuentran separadas entre Rusia y Ucrania, ya que las autoridades rusas han bloqueado el acceso a las plataformas de redes sociales extranjeras.

Mudarse a Rusia se ha convertido en una realidad para muchos ucranianos. Más de un millón huyeron a Rusia entre 2014 y 2015, cuando Rusia comenzó a orquestar las hostilidades en las regiones de Donetsk y Lugansk, en el este de Ucrania. Se cree que un número similar ha cruzado la frontera rusa desde la invasión a gran escala de 2022.

Entre 2016 y 2018, llevé a cabo una investigación sobre los ucranianos desplazados en Rusia. Descubrí que algunas personas habían optado por trasladarse allí en lugar de reubicarse en otras partes de Ucrania porque temían que la crisis en su país natal se agravara. Mucha de la gente con la que hablé tenía amigos en Rusia o solía trabajar allí.

Cuando comenzó la invasión a gran escala, huir a Rusia era a menudo la única opción que tenían las personas que vivían cerca de la línea del frente para escapar con vida, ya que la guerra hacía extremadamente difícil viajar desde las zonas situadas detrás de las líneas rusas a otras regiones de Ucrania. El Departamento de Estado de EE. UU. afirma que cientos de miles de civiles ucranianos de los territorios ocupados, entre ellos decenas de miles de niños, también han sido trasladados a la fuerza a Rusia durante la guerra.

Un mapa que muestra los territorios ocupados por Rusia en el este de Ucrania.
Muchos civiles ucranianos han sido trasladados a la fuerza desde las zonas ocupadas a Rusia durante la guerra.
magr80 / Shutterstock

Reunificación familiar

Los casos de reunificación familiar han sido escasos, sobre todo para las familias que ahora se encuentran divididas entre Rusia y Ucrania. Las fronteras de Ucrania con Rusia llevan cerradas desde 2022 y la entrada de ciudadanos ucranianos se limita al aeropuerto de Sheremétievo, en Moscú. Incluso en ese caso, la entrada solo es posible tras viajar a través de terceros países, como Turquía.

Además, la admisión dista mucho de estar garantizada. Un estudio reciente realizado por Women Building Bridges, una iniciativa formada por activistas de Ucrania y Rusia, detalla los obstáculos a los que se enfrentan las familias ucranianas separadas. Las decisiones sobre si los ciudadanos ucranianos pueden entrar en Rusia las toman las unidades de control fronterizo sin ninguna transparencia.

A menudo se deniega la entrada durante largos periodos, los recursos son en gran medida ineficaces y los motivos del rechazo no se revelan ni se comunican con antelación. El riesgo de que se impongan prohibiciones de entrada a Rusia tras una denegación también ha llevado a muchos ciudadanos ucranianos a abstenerse de viajar. Como comentó a los autores del estudio una mujer que se trasladó a Rusia mientras su hija se quedaba en Ucrania:

“Ahora imponen prohibiciones de 20 o incluso 50 años. Si yo enfermara gravemente y mi hija tuviera que convencer a los agentes fronterizos de Sheremétievo para que la dejaran entrar, mostrando documentos médicos… Dios no lo quiera. Si le deniegan la entrada, ningún documento servirá de nada después”.

Los ciudadanos ucranianos que llegan a Sheremétievo también han denunciado haber sido sometidos a interrogatorios y cacheos por parte de los guardias fronterizos, así como a registros de sus teléfonos y ordenadores portátiles. Algunos han permanecido detenidos durante días sin motivos jurídicos claros ni plazos definidos, mientras que otros afirman haber sufrido amenazas, presión psicológica y actos de violencia.

Mientras tanto, a los ucranianos que viven actualmente en los territorios ocupados por Rusia les resulta increíblemente difícil acceder a los servicios consulares de Ucrania o de la UE. Los trámites presenciales, como la renovación del pasaporte, obligan a las personas a salir de las zonas ocupadas y desplazarse a la parte de Ucrania controlada por el Gobierno o a las embajadas ucranianas en terceros países. Esto crea dificultades adicionales a la hora de reunificar a las familias separadas.

Aviones rodando por la pista en el aeropuerto de Sheremétievo, en Moscú.
El aeropuerto de Sheremétievo, en Moscú, es la única vía legal por la que los ciudadanos ucranianos pueden entrar actualmente en Rusia.
Telsek / Shutterstock

Construir la paz

La reunificación familiar no es solo una cuestión humanitaria, sino que también constituye una parte importante de una construcción de la paz y una reconciliación exitosas. Según un informe de 2019 del Comité Internacional de la Cruz Roja, la angustia psicológica que supone que las familias permanezcan separadas puede extenderse “a lo largo de generaciones”. Esto puede dejar una huella en la historia y el tejido social de comunidades enteras y, según el informe, obstaculizar la sanación colectiva.

Sin embargo, la separación familiar es actualmente un punto ciego en los instrumentos de paz. La base de datos Language of Peace, que recoge 252 instrumentos de paz interestatales y ha sido desarrollada por investigadores de la Universidad de Cambridge, revela que solo unos pocos mencionan a las familias. Entre ellos se encuentran los Acuerdos de Paz de París, cuyo objetivo era establecer un alto el fuego oficial en Vietnam, así como el Acuerdo de Nairobi de 1999 entre Sudán y Uganda.

Las familias de Chipre quedaron separadas por una frontera infranqueable tras la invasión turca de 1974 y, hasta que se abrieron los pasos fronterizos en 2003, rara vez se reunían con sus familiares del otro lado. Y más de 70 años después de la división de la península de Corea, miles de coreanos han fallecido sin haber tenido la oportunidad de ver a sus seres queridos.

Solo cabe esperar que las familias ucranianas no tengan que esperar tanto tiempo para volver a estar juntas.

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Irina Kuznetsova no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. La guerra ha separado a muchas familias ucranianas y reunificarlas no es fácil – https://theconversation.com/la-guerra-ha-separado-a-muchas-familias-ucranianas-y-reunificarlas-no-es-facil-288114