Au-delà du bassin de Washington : sauver les lacs et les littoraux en déclin grâce aux nanobulles d’oxygène

Source: The Conversation – France (in French) – By Gang Pan, Professor of Environmental Sustainability, York St John University

Utilisées dans le bassin du mémorial de Lincoln à Washington pour rendre ses eaux limpides, les nanobulles d’ozone pourraient aussi aider à restaurer des lacs et des mers asphyxiés par le manque d’oxygène. Une technologie prometteuse, mais encore confrontée à de nombreux défis.


Pour les festivités du 250e anniversaire de la Déclaration d’indépendance des États-Unis, un système de nanobulles d’ozone a été utilisé pour maintenir limpide le bassin réfléchissant du mémorial de Lincoln à Washington.

Quelques mois plus tôt, le bassin avait pourtant fait l’objet d’un vaste nettoyage. Mais malgré cette opération, une prolifération d’algues avait coloré l’eau d’un vert éclatant. Pour remédier au problème, ce dispositif de nanobulles d’ozone qui a coûté 1,7 million de dollars (environ 1,5 million d’euros) a injecté des bulles microscopiques dans le bassin.

Les nanobulles sont des bulles de gaz extrêmement petites, le plus souvent composées d’oxygène, d’air ou d’ozone, capables de rester en suspension dans l’eau bien plus longtemps que des bulles classiques. Dans un bassin, les nanobulles d’ozone agissent comme un puissant oxydant : elles détruisent les algues et dégradent la matière organique.

Mais l’enjeu dépasse largement le nettoyage d’un bassin monumental. Cette technologie de pointe pourrait-elle aider à résoudre l’un des plus grands défis de la restauration des écosystèmes aquatiques : réoxygéner les profondeurs des lacs, des réservoirs et des zones côtières, où le manque d’oxygène entraîne un dépérissement progressif des milieux ?

Nettoyer le bassin Lincoln

Le célèbre bassin réfléchissant du mémorial de Lincoln, à Washington, est peu profond, doté d’un fond artificiel et dépourvu de sédiments naturels, contrairement à un lac. L’objectif, ici, est avant tout esthétique : conserver une eau parfaitement limpide. Dans ce contexte, les nanobulles d’ozone peuvent se révéler efficaces, à condition que l’eau soit brassée artificiellement et que le traitement soit appliqué en continu.

La situation est bien différente dans un milieu naturel, où les causes de la dégradation sont souvent moins visibles et beaucoup plus difficiles à traiter.

Dans un lac ou une mer eutrophisés, c’est-à-dire saturés en nutriments comme le phosphore et l’azote, les proliférations d’algues ne sont que la partie visible d’un problème bien plus profond. Lorsque ces algues meurent, elles coulent au fond. Les bactéries qui les décomposent consomment alors l’oxygène dissous. Les eaux profondes deviennent hypoxiques (pauvres en oxygène), voire anoxiques (presque totalement privées d’oxygène). Dans ces conditions, les sédiments relarguent des nutriments, qui alimentent à leur tour le processus d’eutrophisation.

À son stade le plus avancé, ce phénomène provoque d’importantes proliférations d’algues, pouvant entraîner la mort des poissons et la formation de véritables « zones mortes » dans le lac. Un cercle vicieux s’installe alors : les proliférations d’algues épuisent l’oxygène, le manque d’oxygène libère davantage de nutriments, et ces nutriments favorisent de nouvelles proliférations.

C’est pourquoi l’apport d’oxygène est si crucial. L’enjeu n’est pas simplement d’en injecter quelque part dans un lac ou une mer, mais de l’acheminer précisément jusqu’à la fine couche de sédiments située au fond, là où le phosphore est libéré, où le méthane est produit et où se déroulent de nombreux processus chimiques et biologiques.

On distingue ainsi deux grandes approches utilisant les nanobulles. La première repose sur des nanobulles dispersées dans toute la masse d’eau grâce à des dispositifs de diffusion. Cette méthode est efficace dans les réservoirs, les installations aquacoles, les stations d’épuration, les piscines ou les petits plans d’eau, où l’eau peut être brassée en permanence.

Mais dans les grands milieux aquatiques naturels, cette approche atteint rapidement ses limites. Les équipements doivent fonctionner en continu, tandis que la répartition de l’oxygène dépend d’un réseau de pompes, de canalisations et de câbles. À l’échelle d’un grand lac ou d’un bassin marin, cela se traduit par une forte consommation d’énergie, sans garantie que l’oxygène atteigne effectivement les fonds.

La seconde approche repose sur les nanobulles interfaciales d’oxygène. Celles-ci sont fixées à la surface et dans les pores de particules solides, comme des argiles modifiées ou d’autres matériaux naturels poreux. Chargées en oxygène, ces particules coulent jusqu’au fond et acheminent directement l’oxygène à l’interface entre l’eau et les sédiments, là où il est le plus nécessaire.

Mais dans les grands milieux aquatiques naturels, cette approche atteint rapidement ses limites. Les équipements doivent fonctionner en continu, tandis que la répartition de l’oxygène dépend d’un réseau de pompes, de canalisations et de câbles. À l’échelle d’un grand lac ou d’un bassin marin, cela se traduit par une forte consommation d’énergie, sans garantie que l’oxygène atteigne effectivement les fonds.

La seconde approche repose sur les nanobulles interfaciales d’oxygène. Celles-ci sont fixées à la surface et dans les pores de particules solides, comme des argiles modifiées ou d’autres matériaux naturels poreux. Chargées en oxygène, ces particules coulent jusqu’au fond et acheminent directement l’oxygène à l’interface entre l’eau et les sédiments, là où il est le plus nécessaire.

Cette méthode pourrait réduire les besoins énergétiques tout en évitant une partie des perturbations écologiques provoquées par le brassage artificiel à grande échelle.

Les bénéfices potentiels sont considérables. Si l’oxygène peut être apporté aux sédiments de surface à un coût raisonnable, il pourrait limiter le relargage interne de phosphore, freiner la production de méthane et, plus largement, rétablir des conditions plus favorables à la vie au fond des lacs et des zones côtières. Autant de mécanismes déterminants pour permettre à un écosystème aquatique dégradé de se régénérer.

Cette approche repose sur une logique d’ingénierie très différente : il ne s’agit plus d’oxygéner l’ensemble d’un lac, mais de cibler précisément la zone où l’oxygène peut avoir le plus d’effet.

En revanche, si les rejets d’eaux usées ou le ruissellement d’engrais se poursuivent, aucune technologie d’oxygénation ne pourra, à elle seule, résoudre le problème.

L’objectif de cette stratégie de restauration des lacs est d’agir sur plusieurs fronts : éliminer les algues et l’excès de nutriments présents dans l’eau, piéger ces nutriments dans les sédiments du fond, puis oxygéner la surface de ces sédiments afin d’empêcher qu’ils ne soient à nouveau relargués dans le milieu.

Le projet de la mer Baltique

L’intérêt de cette approche ciblée apparaît encore plus clairement avec l’exemple de la mer Baltique, l’un des cas les plus emblématiques au monde de « zone morte » due au manque d’oxygène.

La Baltique est naturellement vulnérable, car les échanges d’eau avec l’océan sont très limités en raison de ses détroits étroits. Elle présente en outre une forte stratification, avec des eaux profondes et des eaux de surface qui se mélangent peu. Les nutriments sont ainsi continuellement relargués par les sédiments vers la colonne d’eau, ce qui contribue à une chute spectaculaire des niveaux d’oxygène.

Ce projet, lancé en 2009, a montré à quel point il est difficile de résoudre durablement le problème.

Le pompage permet certes d’augmenter les concentrations d’oxygène, mais il nécessite des infrastructures lourdes et peut modifier l’hydrologie ainsi que le fonctionnement écologique de l’ensemble d’un lac ou d’une mer. De nombreuses questions restent par ailleurs en suspens concernant les coûts, la consommation d’énergie, la maintenance, les effets sur les écosystèmes et d’autres impacts environnementaux.

Dans un bassin artificiel peu profond dont le fond est imperméable, l’efficacité des nanobulles se mesure avant tout à la limpidité de l’eau. En revanche, les nanobulles d’oxygène fixées sur des particules poreuses pourraient devenir un nouvel outil de restauration des lacs et des mers, même si cette approche présente encore des limites.

Leur principal intérêt environnemental pourrait être d’acheminer l’oxygène jusqu’à cette fine couche de sédiments, sombre et souvent négligée, où se forment les « zones mortes » au fond des lacs et des mers. Un objectif prometteur, mais qui reste techniquement complexe et potentiellement coûteux.

The Conversation

Gang Pan ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Au-delà du bassin de Washington : sauver les lacs et les littoraux en déclin grâce aux nanobulles d’oxygène – https://theconversation.com/au-dela-du-bassin-de-washington-sauver-les-lacs-et-les-littoraux-en-declin-grace-aux-nanobulles-doxygene-287004

Pourquoi Nigel Farage démissionne de son mandat de député britannique… pour mieux se représenter

Source: The Conversation – in French – By Tim Bale, Professor of Politics, Queen Mary University of London

Depuis le siège du parti anti-immigration Reform UK, à Londres, Nigel Farage a annoncé mardi 7 juillet 2026 qu’il démissionnerait de son mandat de député de Clacton (Essex)… pour se représenter aussitôt dans la même circonscription. L’homme politique est accusé de ne pas avoir déclaré d’importants dons reçus peu avant son élection comme député en 2024, ce qui soulève des questions sur le respect des règles encadrant les financements des parlementaires. Farage a évoqué ces accusations dans son message et assuré n’avoir « rien fait de mal ». Il semble toutefois que les autres grands partis ne présenteront pas de candidat face à lui, dans ce qui est déjà qualifié de « cirque médiatique » et de « projet d’ego ». Trois universitaires analysent les motivations de cette manœuvre.


L’apitoiement sur soi et l’obsession de soi

Tim Bale, professeur de science politique, Queen Mary University of London.

« Dans ce qui figure sans doute parmi les discours politiques les plus empreints d’apitoiement et d’égocentrisme entendus depuis les innombrables tentatives de Boris Johnson pour se justifier en 2022, Nigel Farage n’a surpris absolument personne en provoquant une élection législative partielle après avoir démissionné de son siège de député. Il affirme vouloir affronter l’establishment lors de ce scrutin en se représentant immédiatement afin de laver son honneur.

Même si la colère de Farage face à l’intrusion des médias était sincère, son message vidéo enregistré paraissait malgré tout un peu fabriqué. Et je doute que l’opinion éprouve beaucoup de sympathie pour un responsable politique qui nous explique non seulement qu’il est immensément riche grâce à toutes sortes d’activités annexes, mais aussi qu’il pourrait l’être davantage encore s’il quittait le Parlement. Quant à ses propos absurdes présentant le Royaume-Uni comme un pays « brisé » – voire « communiste » – où « les hommes ne peuvent plus porter de montre et les femmes plus porter de bijoux » dans la rue, ils visaient sans doute un public américain. Enfin, sa promotion de ses conseils en investissement, censés rapporter des rendements impressionnants, relevait de l’escroquerie opportuniste dans ce qu’elle a de plus caricatural. »

Le « faragisme » à l’état pur

Parveen Akhtar, maîtresse de conférences en science politique et relations internationales, Aston University.

« La démission de Nigel Farage de son mandat de député de Clacton, suivie de l’annonce de sa candidature à sa propre succession afin de « laisser le peuple britannique décider » de son avenir plutôt que “les médias” ou l’establishment, s’interprète sans doute le mieux à travers le prisme du faragisme. Comme le montrent mes récents travaux, le faragisme ne se réduit pas à la politique d’un seul homme : il constitue un projet politique qui construit un récit populiste présentant le Royaume-Uni comme une nation entravée par les élites politiques et des institutions sourdes aux attentes des citoyens. Dans cette logique, l’establishment est décrit comme faisant obstacle à l’expression de la volonté démocratique du peuple.

Le déroulement des événements autour de la déclaration de Farage reflète parfaitement cette stratégie. À midi, il a publié sur X : « Je ferai une déclaration sur mon avenir dans la vie publique à 14 heures. » En l’espace de deux heures, ce message avait été vu environ 4,4 millions de fois, illustrant sa capacité sans équivalent à capter l’attention du public et à imposer ses thèmes dans le débat politique.

Plutôt que de laisser les accusations dont il fait l’objet occuper le devant de la scène, Farage a cherché à présenter cet épisode comme un nouvel épisode d’un affrontement plus large contre les élites politiques et médiatiques. Il s’est présenté comme un homme prêt à assumer un coût politique personnel au nom de ce qu’il décrit comme l’intérêt national et de sa mission consistant à « réparer » un Royaume-Uni qu’il juge en ruine.

C’est une caractéristique du faragisme. Le débat politique est déplacé : au lieu de porter sur le comportement d’un individu, il est reconfiguré comme un affrontement plus vaste entre un mouvement insurgé et un establishment corrompu. Ce faisant, Farage renforce l’opposition populiste entre « le peuple » et ceux qu’il présente comme cherchant à priver ce dernier de sa légitimité politique.

Cet épisode montre également pourquoi Reform UK reste si étroitement associé à la personne de Nigel Farage. Bien que le parti soit devenu beaucoup plus professionnalisé et structuré ces dernières années, sa capacité à capter l’attention du public repose encore très largement sur l’autorité politique singulière de Farage. C’est à la fois la plus grande force de Reform UK… et sa principale faiblesse.

Une mise en récit populiste

Lone Sorensen, professeure associée en communication politique, Université de Leeds.

« Nigel Farage s’appuie sur une véritable mise en récit et a consacré une grande partie de son discours à façonner son propre personnage, celui d’une victime. Il a dénoncé la diabolisation constante dont il ferait l’objet de la part de la presse – « la manière dont j’ai été traité » – et s’est présenté comme la personnalité la plus attaquée par les médias de l’histoire contemporaine. Il a également évoqué des agressions et des menaces dont il dit avoir été victime, notamment une foule s’en prenant à sa voiture.

Dans le même temps, il s’est aussi mis en scène en sauveur : selon lui, s’il n’avait pas “fait ce qu’il a fait”, le Brexit n’aurait jamais eu lieu. En cherchant à délégitimer la position du Parti travailliste, en soulignant qu’Andy Burnham est appelé à devenir premier ministre [NDT : le député travailliste est le seul candidat déclaré au poste après la démission de Keir Starmer] sans avoir été élu à cette fonction, Farage a cherché à installer un récit manichéen opposant les « gentils » aux « méchants ».

Ce qui est particulièrement intéressant, c’est la manière dont Farage fusionne les médias traditionnels et l’establishment politique en une seule et même entité qu’il présente comme partiale. Il a déclaré : “Ce ne sont pas seulement les médias, cela vaut aussi pour les autres partis politiques”, comme si les médias constituaient eux-mêmes un parti politique. Il s’agit d’un procédé populiste bien identifié, illustré par exemple par la célèbre formule de Donald Trump sur les « fake news ». Les dirigeants populistes ont tendance à s’en prendre aux médias établis, aux médias historiques et, tout particulièrement, aux médias de service public, tout en développant leur propre écosystème médiatique, qu’ils contrôlent davantage.

En présentant les médias comme l’ennemi, tout article critique devient un argument supplémentaire au service de leur récit. Toute procédure judiciaire fondée sur les règles de droit, ou tout contrôle exercé par le Parlement à leur encontre, est alors assimilé à une attaque partisane et politiquement motivée.

Tout cela donne l’impression d’une stratégie très calculée, qu’il a probablement testée dans les sondages et sur laquelle il se sent en terrain sûr. Il continuera sans doute à présenter cette élection partielle comme une élection nationale en miniature – le peuple contre l’establishment –, à l’image de la campagne menée par Andy Burnham à la législative partielle de Makerfield. »

The Conversation

Parveen Akhtar a bénéficié par le passé de financements de l’ESRC, de la British Academy et du Leverhulme Trust.

Lone Sorensen et Tim Bale ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. Pourquoi Nigel Farage démissionne de son mandat de député britannique… pour mieux se représenter – https://theconversation.com/pourquoi-nigel-farage-demissionne-de-son-mandat-de-depute-britannique-pour-mieux-se-representer-287084

Les nanobulles ont nettoyé le bassin du mémorial de Lincoln : elles pourraient aussi sauver des mers et des lacs en train de mourir

Source: The Conversation – France (in French) – By Gang Pan, Professor of Environmental Sustainability, York St John University

Utilisées dans le bassin du mémorial de Lincoln à Washington pour rendre ses eaux limpides, les nanobulles d’ozone pourraient aussi aider à restaurer des lacs et des mers asphyxiés par le manque d’oxygène. Une technologie prometteuse, mais encore confrontée à de nombreux défis.


Pour les festivités du 250e anniversaire de la Déclaration d’indépendance des États-Unis, un système de nanobulles d’ozone a été utilisé pour maintenir limpide le bassin réfléchissant du mémorial de Lincoln à Washington.

Quelques mois plus tôt, le bassin avait pourtant fait l’objet d’un vaste nettoyage. Mais malgré cette opération, une prolifération d’algues avait coloré l’eau d’un vert éclatant. Pour remédier au problème, ce dispositif de nanobulles d’ozone qui a coûté 1,7 million de dollars (environ 1,5 million d’euros) a injecté des bulles microscopiques dans le bassin.

Les nanobulles sont des bulles de gaz extrêmement petites, le plus souvent composées d’oxygène, d’air ou d’ozone, capables de rester en suspension dans l’eau bien plus longtemps que des bulles classiques. Dans un bassin, les nanobulles d’ozone agissent comme un puissant oxydant : elles détruisent les algues et dégradent la matière organique.

Mais l’enjeu dépasse largement le nettoyage d’un bassin monumental. Cette technologie de pointe pourrait-elle aider à résoudre l’un des plus grands défis de la restauration des écosystèmes aquatiques : réoxygéner les profondeurs des lacs, des réservoirs et des zones côtières, où le manque d’oxygène entraîne un dépérissement progressif des milieux ?

Nettoyer le bassin Lincoln

Le célèbre bassin réfléchissant du mémorial de Lincoln, à Washington, est peu profond, doté d’un fond artificiel et dépourvu de sédiments naturels, contrairement à un lac. L’objectif, ici, est avant tout esthétique : conserver une eau parfaitement limpide. Dans ce contexte, les nanobulles d’ozone peuvent se révéler efficaces, à condition que l’eau soit brassée artificiellement et que le traitement soit appliqué en continu.

La situation est bien différente dans un milieu naturel, où les causes de la dégradation sont souvent moins visibles et beaucoup plus difficiles à traiter.

Dans un lac ou une mer eutrophisés, c’est-à-dire saturés en nutriments comme le phosphore et l’azote, les proliférations d’algues ne sont que la partie visible d’un problème bien plus profond. Lorsque ces algues meurent, elles coulent au fond. Les bactéries qui les décomposent consomment alors l’oxygène dissous. Les eaux profondes deviennent hypoxiques (pauvres en oxygène), voire anoxiques (presque totalement privées d’oxygène). Dans ces conditions, les sédiments relarguent des nutriments, qui alimentent à leur tour le processus d’eutrophisation.

À son stade le plus avancé, ce phénomène provoque d’importantes proliférations d’algues, pouvant entraîner la mort des poissons et la formation de véritables « zones mortes » dans le lac. Un cercle vicieux s’installe alors : les proliférations d’algues épuisent l’oxygène, le manque d’oxygène libère davantage de nutriments, et ces nutriments favorisent de nouvelles proliférations.

C’est pourquoi l’apport d’oxygène est si crucial. L’enjeu n’est pas simplement d’en injecter quelque part dans un lac ou une mer, mais de l’acheminer précisément jusqu’à la fine couche de sédiments située au fond, là où le phosphore est libéré, où le méthane est produit et où se déroulent de nombreux processus chimiques et biologiques.

On distingue ainsi deux grandes approches utilisant les nanobulles. La première repose sur des nanobulles dispersées dans toute la masse d’eau grâce à des dispositifs de diffusion. Cette méthode est efficace dans les réservoirs, les installations aquacoles, les stations d’épuration, les piscines ou les petits plans d’eau, où l’eau peut être brassée en permanence.

Mais dans les grands milieux aquatiques naturels, cette approche atteint rapidement ses limites. Les équipements doivent fonctionner en continu, tandis que la répartition de l’oxygène dépend d’un réseau de pompes, de canalisations et de câbles. À l’échelle d’un grand lac ou d’un bassin marin, cela se traduit par une forte consommation d’énergie, sans garantie que l’oxygène atteigne effectivement les fonds.

La seconde approche repose sur les nanobulles interfaciales d’oxygène. Celles-ci sont fixées à la surface et dans les pores de particules solides, comme des argiles modifiées ou d’autres matériaux naturels poreux. Chargées en oxygène, ces particules coulent jusqu’au fond et acheminent directement l’oxygène à l’interface entre l’eau et les sédiments, là où il est le plus nécessaire.

Mais dans les grands milieux aquatiques naturels, cette approche atteint rapidement ses limites. Les équipements doivent fonctionner en continu, tandis que la répartition de l’oxygène dépend d’un réseau de pompes, de canalisations et de câbles. À l’échelle d’un grand lac ou d’un bassin marin, cela se traduit par une forte consommation d’énergie, sans garantie que l’oxygène atteigne effectivement les fonds.

La seconde approche repose sur les nanobulles interfaciales d’oxygène. Celles-ci sont fixées à la surface et dans les pores de particules solides, comme des argiles modifiées ou d’autres matériaux naturels poreux. Chargées en oxygène, ces particules coulent jusqu’au fond et acheminent directement l’oxygène à l’interface entre l’eau et les sédiments, là où il est le plus nécessaire.

Cette méthode pourrait réduire les besoins énergétiques tout en évitant une partie des perturbations écologiques provoquées par le brassage artificiel à grande échelle.

Les bénéfices potentiels sont considérables. Si l’oxygène peut être apporté aux sédiments de surface à un coût raisonnable, il pourrait limiter le relargage interne de phosphore, freiner la production de méthane et, plus largement, rétablir des conditions plus favorables à la vie au fond des lacs et des zones côtières. Autant de mécanismes déterminants pour permettre à un écosystème aquatique dégradé de se régénérer.

Cette approche repose sur une logique d’ingénierie très différente : il ne s’agit plus d’oxygéner l’ensemble d’un lac, mais de cibler précisément la zone où l’oxygène peut avoir le plus d’effet.

En revanche, si les rejets d’eaux usées ou le ruissellement d’engrais se poursuivent, aucune technologie d’oxygénation ne pourra, à elle seule, résoudre le problème.

L’objectif de cette stratégie de restauration des lacs est d’agir sur plusieurs fronts : éliminer les algues et l’excès de nutriments présents dans l’eau, piéger ces nutriments dans les sédiments du fond, puis oxygéner la surface de ces sédiments afin d’empêcher qu’ils ne soient à nouveau relargués dans le milieu.

Le projet de la mer Baltique

L’intérêt de cette approche ciblée apparaît encore plus clairement avec l’exemple de la mer Baltique, l’un des cas les plus emblématiques au monde de « zone morte » due au manque d’oxygène.

La Baltique est naturellement vulnérable, car les échanges d’eau avec l’océan sont très limités en raison de ses détroits étroits. Elle présente en outre une forte stratification, avec des eaux profondes et des eaux de surface qui se mélangent peu. Les nutriments sont ainsi continuellement relargués par les sédiments vers la colonne d’eau, ce qui contribue à une chute spectaculaire des niveaux d’oxygène.

Ce projet, lancé en 2009, a montré à quel point il est difficile de résoudre durablement le problème.

Le pompage permet certes d’augmenter les concentrations d’oxygène, mais il nécessite des infrastructures lourdes et peut modifier l’hydrologie ainsi que le fonctionnement écologique de l’ensemble d’un lac ou d’une mer. De nombreuses questions restent par ailleurs en suspens concernant les coûts, la consommation d’énergie, la maintenance, les effets sur les écosystèmes et d’autres impacts environnementaux.

Dans un bassin artificiel peu profond dont le fond est imperméable, l’efficacité des nanobulles se mesure avant tout à la limpidité de l’eau. En revanche, les nanobulles d’oxygène fixées sur des particules poreuses pourraient devenir un nouvel outil de restauration des lacs et des mers, même si cette approche présente encore des limites.

Leur principal intérêt environnemental pourrait être d’acheminer l’oxygène jusqu’à cette fine couche de sédiments, sombre et souvent négligée, où se forment les « zones mortes » au fond des lacs et des mers. Un objectif prometteur, mais qui reste techniquement complexe et potentiellement coûteux.

The Conversation

Gang Pan ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les nanobulles ont nettoyé le bassin du mémorial de Lincoln : elles pourraient aussi sauver des mers et des lacs en train de mourir – https://theconversation.com/les-nanobulles-ont-nettoye-le-bassin-du-memorial-de-lincoln-elles-pourraient-aussi-sauver-des-mers-et-des-lacs-en-train-de-mourir-287004

Une découverte inattendue : des traces de séismes anciens dans le Bassin parisien

Source: The Conversation – France in French (2) – By Stéphane Baize, Géologue des tremblements de terre, Directeur de Recherches, ASNR

Le site de Beauvais, où les failles ont été observées dans le niveau archéologique, se trouve à proximité de la grande structure tectonique du Pays de Bray, qui parcourt le Bassin parisien sur plus de 100 kilomètres. Stéphane Baize, Fourni par l’auteur

En 1993, lors de fouilles archéologiques préventives pour la construction d’une route à Beauvais, dans l’Oise, des géologues et des archéologues ont mis au jour un site paléolithique exceptionnel. Occupé par des néandertaliens il y a environ 60 000 ans, il révèle bien plus que des outils en silex ou des ossements d’animaux, de mammouths, de rennes et de rhinocéros laineux.

En effet, nous avons identifié un réseau de failles traversant les dépôts sédimentaires récents et les restes archéologiques associés ainsi que le substrat rocheux (ici, la craie). Dans notre étude publiée ce mois-ci dans les Comptes Rendus Géoscience, nous proposons une nouvelle interprétation à ces déformations : elles seraient d’origine sismique.

Les failles que nous observons présentent des décalages verticaux cumulés jusqu’à 25 centimètres (pour comparaison, c’est significativement plus grand que celles mesurées après le séisme de magnitude proche de 5 qui a secoué et endommagé les communes du Teil, de Viviers et Saint-Thomé en Ardèche, le 11 novembre 2019).

Ces failles ne peuvent pas être expliquées par des phénomènes comme l’effondrement liés à la dissolution de la craie (le « karst »), ni par le gel et le dégel de sols riches en glace (appelé « pergélisol », ni enfin par l’activité humaine…

C’est pourquoi l’hypothèse la plus plausible est une origine tectonique, c’est-à-dire que le déplacement soit lié aux mouvements de la croûte terrestre pendant un ou plusieurs séismes. Cette origine devra être confirmée par des études complémentaires, notamment par des explorations du sous-sol, ou la recherche d’autres indices similaires par d’autres fouilles dans la même zone.

Le site de Beauvais, où les failles ont été observées dans le niveau archéologique, se trouve à proximité de la grande structure tectonique du Pays de Bray. Celle-ci court au milieu du Bassin parisien sur plus de 100 kilomètres. Sur la figure présentée ici, on reconnaît, dans le Bassin parisien, les couches datant de l’ère Jurassique dans les tons bleus, celles du Crétacé dans les tons verts et celles du Tertiaire en jaune et orangé. Le Bassin parisien est entouré du Massif armoricain, un vieux massif constitué de roches de l’ère primaire (tons rouges, roses et couleurs foncées), et des massifs des Ardennes et des Vosges constitués de roches équivalentes. Le fond géologique est celui de la carte géologique à 1/1 000 000 du BRGM. On indique également les principaux séismes connus d’après les archives historiques (base de données SISFRANCE) et analysés par Manchuel et al. (2018).
Stéphane Baize, Fourni par l’auteur

Les structures que nous avons observées sont cohérentes avec l’expression superficielle de ruptures sismiques profondes, qui seraient liées au grand pli et à la faille du Pays de Bray, une des structures géologiques majeures du Bassin parisien, qui s’enracine à plusieurs kilomètres dans la croûte terrestre.

Si les failles observées à Beauvais sur le site du lieu-dit « La Justice » sont bien liées à un séisme ancien, leur taille et leur décalage suggèrent un événement d’une magnitude d’au moins 5,5.

Pourquoi cette découverte est-elle importante ?

Le Bassin parisien est traditionnellement considéré comme une région peu sismique, avec une activité tectonique quasi nulle depuis des millénaires. On n’y connaît guère que quelques séismes historiques, comme celui de Veules-les-Roses, dans l’actuelle Seine-Maritime, en 1769 (magnitude estimée proche de 5), qui a causé des dégâts localement.

La découverte de Beauvais modifie notre perception du « danger » sismique dans la zone. Elle suggère, par l’ampleur des déformations observées, qu’il n’est pas négligeable et que des séismes forts ont pu se produire sur des failles il y a seulement 50 000 à 60 000 ans, une période géologiquement récente.

Une autre conséquence est qu’on peut maintenant considérer la faille du Pays de Bray comme potentiellement active. Ce changement d’appréciation du degré d’activité de cette faille rejoint celui qui avait suivi l’occurrence du séisme du Teil en 2019, en Ardèche, sur une faille alors inconnue pour être active.

Ces deux exemples supportent le même constat : les failles « intraplaques » (situées à l’intérieur des continents, loin des limites de plaques tectoniques) peuvent produire des séismes forts avec ruptures en surface, même dans des régions réputées stables. C’est ce qu’ont connu, par exemple, le centre du continent australien en avril dernier et le nord-est des États-Unis en 2020.

Quelles suites pour ces recherches ?

Cette découverte soulève des questions cruciales : la faille du Pays de Bray, longue de près de 100 kilomètres, est-elle toujours active et capable de causer des séismes importants dans un futur proche ? Quelle est la probabilité de séismes futurs dans cette zone densément peuplée et industrialisée, et avec quelle magnitude peuvent-ils survenir ? Comment affiner les modèles d’aléa sismique en conséquence, pour cette région comme pour les zones intraplaques comparables ?

Pour répondre à ces interrogations, il faut poursuivre les investigations sur le terrain autour du site fouillé, notamment utiliser des méthodes géophysiques de haute résolution et non invasives, pour sonder et cartographier précisément les failles enterrées, à des profondeurs allant de quelques dizaines à plusieurs centaines de mètres. Il faudrait ensuite étendre les fouilles pour dater d’éventuelles traces de séismes passés et estimer leur fréquence (ce qu’on appelle l’analyse paléosismologique).

Un autre enjeu est de renforcer la collaboration interdisciplinaire : les traces de séismes passés dans les sols sont, dans le contexte français de tectonique lente, souvent masquées ou abîmées par l’érosion ou les activités humaines. Il est donc nécessaire de combiner les approches des archéologues, des géologues et des géophysiciens.

Au-delà des recherches proprement dites, l’objectif est de mettre à jour et de compléter la base de données des failles actives et des séismes préhistoriques connus, publiée il y a bientôt dix ans.

Enfin, ces résultats seront pris en compte dans l’évaluation des risques, qui est, par exemple, périodiquement mise à jour à l’échelle de l’Europe. Cette étude souligne que, même dans des zones réputées stables, le risque sismique ne doit pas être sous-estimé, même si les causes des séismes y restent encore débattues.


Tout savoir en trois minutes sur des résultats récents de recherches, commentés et contextualisés par les chercheuses et les chercheurs qui ont menées ces dernières, c’est le principe de nos « Research Briefs ». Un format à retrouver ici.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Une découverte inattendue : des traces de séismes anciens dans le Bassin parisien – https://theconversation.com/une-decouverte-inattendue-des-traces-de-seismes-anciens-dans-le-bassin-parisien-286398

La respiration nous permet de communiquer avec nous-mêmes, avec les autres et avec les robots

Source: The Conversation – France in French (2) – By Thomas Similowski, Professeur de pneumologie, directeur de l’unité de recherche UMRS1158 (Neurophysiologie Respiratoire Expérimentale et Clinique), spécialiste des interactions entre système respiratoire, système nerveux, et société, Sorbonne Université

Les œuvres d’art et les robots peuvent aussi respirer ! UMRS 1158, Fourni par l’auteur

La respiration n’a pas comme unique fonction de nous apporter de l’oxygène et d’éliminer du dioxyde de carbone. Loin de là. Elle sert aussi à communiquer de multiples manières. Avec les autres, explicitement et implicitement ; avec soi-même ; et même avec des robots ou des œuvres d’art. Cette faculté est propre à la respiration : on ne communique avec son cœur ou ses tripes qu’au figuré.


Parmi les fonctions vitales, la respiration possède deux grandes particularités. La première est que nous pouvons en prendre temporairement le contrôle. Comment est-ce possible ? Parce que l’automatisme respiratoire ne vient pas des poumons eux-mêmes, comme c’est le cas pour les automatismes du cœur et de l’intestin, mais d’ailleurs : du système nerveux central. Pour respirer, il faut contracter des muscles « squelettiques » (qui font bouger des os), dont le plus connu est le diaphragme, la coupole musculaire qui sépare thorax et abdomen. Ces muscles respiratoires sont commandés par des neurones de la moelle épinière. Notre cortex cérébral y a accès pour en faire ce que nous voulons, en court-circuitant temporairement les structures automatiques qui assurent le rythme respiratoire (des oscillateurs neuronaux du tronc cérébral). Ce phénomène n’existe pour aucune autre fonction vitale.

Pour parler (ou chanter, ou siffler, ou jouer d’un instrument à vent), il faut pouvoir arrêter la respiration automatique, prendre une grande inspiration pour une voix forte ou une phrase longue, segmenter son souffle pour moduler sa prosodie. Une fois dit, cela paraît évident. Mais aviez-vous vraiment conscience que sans contrôle de la respiration, c’est le silence ?

Respirer, c’est communiquer

Deuxième particularité de la respiration : elle se voit et elle s’entend. Nous pouvons communiquer impatience, lassitude, colère, fatigue, soulagement, surprise, ou peur par des soupirs expressifs. Mais il y a plus subtil.

La respiration est branchée sur notre état physiologique (le sommeil ou l’effort), notre santé, nos émotions. Tous ces sentiments caricaturés explicitement par les soupirs appuyés, la respiration les traduit implicitement par des modifications de son amplitude et de sa fréquence, et des sons de notre « soufflet ».

Respiration lente, régulière et profonde de l’apaisé qui somnole. Respiration superficielle, rapide, monotone de la crise d’anxiété. Respiration saccadée, irrégulière de la joie et de l’excitation. Que nous en ayons conscience ou pas (plus souvent « pas », d’ailleurs), nous envoyons aux autres un flux continu d’information sur nous-mêmes par le simple fait de respirer. C’est d’ailleurs une source d’alliance : la synchronisation respiratoire, implicite ou explicite, peut créer un lien, favoriser la coopération. Nous avons même chacun notre signature motrice respiratoire : en effet, la façon dont notre poitrine se gonfle et se dégonfle nous est propre, comme l’est notre démarche.

Par ailleurs, notre cerveau est bombardé en permanence de milliers de messages qui proviennent de notre appareil respiratoire. Il se sert de ces messages comme d’un échafaudage pour coordonner des aires cérébrales impliquées dans de multiples fonctions cognitives : mémoriser ou décider, par exemple. Des recherches ont montré que nous enregistrons mieux une image si elle nous est présentée pendant l’inspiration que pendant l’expiration.

Ainsi, par la respiration, nous communiquons avec nous-mêmes. Et nous pouvons agir sur notre cerveau, en particulier l’apaiser, en changeant notre façon de respirer, une propriété largement mise à profit par la plupart des approches psychocorporelles.

Faire respirer les robots

Mais revenons à cette respiration qui se voit et qui s’entend, qui renseigne sur vous, qui dit en fait « Regarde, écoute, je suis vivant », et ce, dès notre tout premier cri, jusqu’à notre dernier souffle.

Pour savoir si quelque chose est vivant, les enfants utilisent trois indices : ça bouge ; ça respire ; ça grandit (mais celui-ci demande du temps). Donc pour savoir tout de suite si c’est vivant, même si cela ne bouge pas : est-ce que cela respire ?

Au laboratoire de physiopathologie respiratoire de l’unité de recherche UMRS 1158 Inserm-Sorbonne Université, et en collaboration avec l’Institut des systèmes intelligents et de robotique de Sorbonne Université, nous avons mobilisé ce concept pour l’appliquer à une problématique très spécifique, celle des interactions humains-robots.

Le robot Pepper animé pour donner le sentiment d’une respiration.

Est-ce qu’un robot qui « respire » est plus « engageant » qu’un robot « normal » ? Ceci avait déjà été observé par d’autres chercheurs qui avaient animé un bras mécanique de mouvements cadencés ressemblant à une respiration. Les humains, qui travaillaient avec le robot sur une chaîne de coproduction humains-machines, avaient trouvé le « bras respirant » plus « vivant », plus « humain », plus « intelligent », plus « aimable » et plus « rassurant », selon un outil d’évaluation très utilisé en robotique (le questionnaire « Godspeed »). Mais notre question s’adressait davantage à ces robots humanoïdes qui seront peut-être nos compagnons, nos interlocuteurs de demain. Faire respirer un robot déjà très attractif par sa morphologie, est-ce mieux ? Ou au contraire, est-ce dérangeant ?

Pour tester cela, nous avons programmé deux robots « Pepper » (un petit humanoïde bourré de capteurs qui ressemble à un enfant d’une dizaine d’années) pour qu’ils puissent converser avec des humains. Nous en avons animé un de petits bruits et mouvements aléatoires que l’on injecte souvent dans le comportement des robots pour les rendre plus « vivants ». Nous avons animé l’autre d’un mouvement associant redressement du torse et rotation des épaules (comme ce qui se passe lorsque nous inspirons) ainsi que d’un discret souffle. Le résultat a été probant. Alors que la plupart des participants ne réalisaient pas consciemment que l’un des deux robots respirait, ils trouvaient celui-ci « plus vivant » et « plus intelligent ».

Surtout, l’interaction changeait : les participants passaient davantage de temps à regarder la tête et le visage du robot (« temps de regard ») et l’échange durait plus longtemps. Statistiquement, deux facteurs seulement étaient significativement associés au temps de regard : la respiration du robot d’une part et le niveau de sollicitude empathique de son interlocuteur de l’autre.

Un humain s’implique plus dans une interaction avec un robot si le robot « respire ». Donc, la respiration est un vecteur de communication même avec le « non-vivant ». Une piste si l’on souhaite humaniser toujours plus robots, intelligences artificielles et autres agents virtuels ?

Quand l’art respire

Réespiration.
Samuel Bianchini

C’est selon ce principe d’animéité respiratoire que notre unité de recherche s’est intégrée à une équipe multidisciplinaire, réunie par Samuel Bianchini, artiste et enseignant-chercheur à l’École nationale supérieure des arts décoratifs, équipe dont les efforts ont convergé vers la création d’une œuvre d’art respirante.

Réespiration combine création artistique, robotique souple, ingénierie mécanique, intelligence artificielle, physiologie, design textile, design sonore, et bien d’autres choses encore, en une entité qui respire comme un humain (grâce à l’entraînement d’un algorithme spécialisé et qui peut synchroniser son rythme respiratoire à celui de son spectateur, voire l’influencer. Les réactions du public et les premières données de recherche montrent qu’en présence de Réespiration, les corps se détendent, les cerveaux s’apaisent. Ils vagabondent même, en chemin vers un état modifié de conscience.

Les robots respirants en général, et Réespiration en particulier, auront-ils des applications médicales ? Apaiseront-ils l’anxiété, aideront-ils à soulager la souffrance des patients atteints de maladies respiratoires chroniques ? C’est la prochaine question…

The Conversation

L’UMRS 1158 et le projet Réespiration sont soutenus par la Fondation du Souffle, www.lesouffle.org

ref. La respiration nous permet de communiquer avec nous-mêmes, avec les autres et avec les robots – https://theconversation.com/la-respiration-nous-permet-de-communiquer-avec-nous-memes-avec-les-autres-et-avec-les-robots-286715

Avec ou sans synapses ? Le singulier système nerveux des cténophores, ou comment un débat scientifique vieux de 100 ans refait surface

Source: The Conversation – France in French (2) – By David Stroebel, Ingénieur de recherche hors classe CNRS dans l’équipe Récepteurs du glutamate et synapses excitatrices, Institut de biologie, École normale supérieure (ENS) – PSL

Un cténophore (*Leucothea multicornis*, à gauche) et une méduse, ou cnidaire (*Aequorea sp.*, à droite), se ressemblent beaucoup mais n’ont pas – du tout ! – le même type de système nerveux. Alexander Semenov/Flickr, CC BY-NC-SA

Dans les livres de biologie, on apprend que le système nerveux se compose de neurones connectés par des synapses, indispensables à nos capacités de cognition. Jusqu’à très récemment, les synapses étaient un élément incontournable de tous les systèmes nerveux connus. Mais voilà que des chercheurs ont observé un système différent, sans synapses, chez d’intrigants animaux marins, les cténophores. Cette avancée suscite les débats chez les scientifiques.


Aux prémices de la neurobiologie moderne, au début du XXᵉ siècle, une rivalité d’anthologie opposa Camillo Golgi, médecin italien, pionnier et figure tutélaire de la microscopie cellulaire, et l’Espagnol Santiago Ramón y Cajal, génie de la neuroanatomie. L’Italien avançait que le système nerveux formait un réseau unique et continu : un syncytium. L’Espagnol y voyait plutôt un réseau discontinu, fait de cellules indépendantes se contactant par des synapses.

photos historiques
Les co-lauréats du prix Nobel de physiologie ou médecine en 1906 ont deux visions bien différentes du système nerveux des êtres vivants : Santiago Ramón y Cajal, à gauche, penchait pour un réseau avec des synapses qui connectent les neurones entre eux, tandis que Camillo Golgi (à droite) avait imaginé un système nerveux continu, le « syncytium ».
Wikimédia, CC BY

Cent vingt ans après l’attribution du même prix Nobel de physiologie aux deux scientifiques, le succès de Cajal apparaît total : les synapses constituent une pièce maîtresse de notre compréhension actuelle du fonctionnement du système nerveux. De fait, ces structures submicrométriques innombrables dans le cerveau (près d’un demi-million de milliards de synapses chez l’humain) forment le support des capacités de computation, d’apprentissage et de mémorisation.

Mais si, envers et contre l’histoire de la neurobiologie moderne, Golgi avait pu aussi avoir raison ? Et si le système nerveux d’un organisme pouvait également fonctionner en syncytium ?

C’est précisément ce que des chercheurs ont découvert en 2023, en imageant un cténophore par tomographie électronique. Les cténophores sont des créatures marines translucides, familières de presque tous les environnements marins, qui se distinguent par de délicates ondulations irisées à leur surface. Certains cténophores peuvent sembler, à première vue, être de proches cousins des méduses. Cependant, l’étude publiée en 2023, dans la revue Science, révèle que la partie centrale du réseau neural de cténophore est continu, un cas sans équivalent dans le monde vivant.

Le syncytium neural de Golgi se trouvait en fait… dans les mers.

deux schémas
Un système synaptique shématique, à gauche, contenant des neurones distincts – de couleurs différentes – qui se connectent au niveau de synapses, correspondant ici à des petits renflements sphériques. Les lignes colorées représentent les axones d’autres neurones voisins. À droite, un système syncytial, sous forme de réseau continu sans synapses, schématisé d’après les images de microscopie électronique de tissu neural sub-épithélial de cténophore.
David Stroebel, Fourni par l’auteur

Les cténophores n’en sont pas à leur première originalité

Contredisant leur apparente ressemblance, l’étude du génome des cténophores indiquait déjà en 2013 qu’ils sont plus éloignés des cnidaires (méduses) que ces dernières ne le sont de nous. Plusieurs études scientifiques placent désormais le groupe des cténophores comme ancêtres des animaux (on appelle le groupe des animaux les « Métazoaires »), avant même les éponges ! Mais ce classement reste encore aujourd’hui très débattu.

Pourquoi une telle querelle entre spécialistes ? Parce que l’ancestralité des cténophores chez les animaux (Métazoaires) complexifie le scénario d’émergence du système nerveux.

En effet, les classifications du vivant considéraient jusque-là que notre ancêtre commun, Eumétazaoire, a acquis un système nerveux après la séparation du groupe des éponges, qui, elles, seraient demeurées dépourvues de système nerveux. Le repositionnement des cténophores dans l’arbre du vivant bouscule complètement ce scénario : il impliquerait l’émergence multiple et séparée de systèmes nerveux potentiellement différents, couplée ou non à la disparition du système nerveux chez certaines espèces (par exemple, chez les éponges).

L’état actuel des recherches ne permet d’exclure aucun des deux scénarios. Le scénario initial a pour lui une grande simplicité (on parle de scénario « parcimonieux »), permettant aisément d’envisager un assemblage progressif de la complexité du système nerveux. Le scénario nouvellement remanié est porté par l’évolution exceptionnelle des données de séquençage de génome et des outils d’analyse bio-informatique. Ce nouveau scénario a le bénéfice et l’attrait de la nouveauté. Mais, pour convaincre, il lui reste encore à élaborer un mécanisme évolutif convaincant de formation du système nerveux.

C’est là qu’intervient la découverte de la singularité du système nerveux des cténophores, appuyant l’originalité biologique de ces discrets organismes marins parmi les animaux (Métazoaires). Si, à ce stade, elle ne permet pas formellement de trancher entre les deux théories, cette découverte offre un aperçu des possibilités insoupçonnées d’organisation du système nerveux dans le vivant. Par là même, elle ouvre les chemins des possibles évolutifs, ceux qui faisaient défaut aux scénarios complexes de co-émergence de systèmes nerveux.

Les cténophores déterrent le débat entre Golgi et Cajal

Mais revenons à l’autre débat, celui d’il y a plus de cent ans, entre Cajal et Golgi – ou, désormais transposé à la biologie marine, la distinction d’organisation neurobiologique entre cténophores et cnidaires. Que peut bien apporter une organisation neurale en syncytium par rapport à celle bien connue basée sur des synapses (et vice versa) ?

Pour l’instant, on ne sait encore presque rien du fonctionnement de ce syncytium neural des cténophores, seulement qu’il connecte les cellules excitables sensorielles et motrices de l’animal. En attendant les résultats de futures investigations, nous en sommes aujourd’hui juste réduits à spéculer sur ce qu’un tel réseau pourrait procurer : une économie d’énergie ? Un gain de rapidité de réponse ?

Le rôle des synapses, des méduses aux humains

Dans les organismes neuraux, les synapses constituent la base des capacités d’encodage complexe du signal au sein du réseau. L’importance de leur capacité d’adaptation (appelée aussi plasticité) et l’étendue de leur diversité constituent des champs d’investigation actifs de la neurobiologie actuelle. Plusieurs décennies de recherche intensive nous ont appris que, selon leur type et leur environnement cellulaire, les synapses modulent la force, la dynamique et même la nature des signaux transmis au neurone qu’elle contacte.

Ces propriétés sont vraisemblablement à l’origine des possibilités d’expansion et de complexification des réseaux neuronaux des organismes à synapses, comme chez nous autres Vertébrés. In fine, ce sont cette expansion et cette complexification qui ont permis de supporter le développement de comportements et d’apprentissages élaborés, jusqu’aux prouesses des transmissions culturelles humaines.

Embrasser la complexité du vivant

Alors, système à syncytium ou à synapses ?

Si juger (neurobiologiquement) de l’efficacité relative d’organisations si différentes n’a guère de sens, un regard sur les chiffres de population des espèces concernées révèle une profonde asymétrie. Seule une centaine d’espèces de cténophores est référencée alors qu’il existerait plus d’un million d’espèces d’animaux neuraux. Le succès évolutif des organismes à synapses – à la fois en termes de diversité que de biotopes occupés – est aussi incontestable que la postérité de Cajal.

Pourtant, après 600 millions d’années marquées par plusieurs extinctions massives, les cténophores continuent de cohabiter avec les autres espèces peuplant nos océans. La sélection naturelle n’a pas tranché entre système à syncytium et à synapses.

Et les cténophores, tels des clins d’yeux facétieux aux modèles de Golgi, persistent à tourner en dérision nos schémas simplistes, du fonctionnement neural au scénario de nos origines.

The Conversation

David Stroebel est un agent du CNRS, France. Il a reçu des financements de l’ANR (Agence Nationale pour la Recherche, France) ainsi que de la FRM (Fondation pour la recherche médicale).

ref. Avec ou sans synapses ? Le singulier système nerveux des cténophores, ou comment un débat scientifique vieux de 100 ans refait surface – https://theconversation.com/avec-ou-sans-synapses-le-singulier-systeme-nerveux-des-ctenophores-ou-comment-un-debat-scientifique-vieux-de-100-ans-refait-surface-284361

Les astronomes cherchent-ils vraiment des extraterrestres ? Oui, mais pas comme dans les films

Source: The Conversation – France in French (2) – By Quentin Kral, Astrophysicien à l’observatoire de Paris-PSL, CNRS, Sorbonne Université, Université Paris Cité

La recherche de vie ailleurs que sur Terre n’est pas de la science-fiction, mais un domaine très sérieux de recherche : l’exobiologie. Découvrez les techniques qui pourraient permettre, un jour, une rencontre du troisième type.


Sommes-nous seuls dans l’Univers ? Pendant longtemps, cette question relevait surtout de la philosophie. Chacun pouvait avoir son intuition. Kant disait même qu’il parierait toute sa fortune sur l’existence d’une vie ailleurs dans l’Univers. Il ne prenait pourtant pas un très grand risque : à son époque, il était impossible de tester cette hypothèse.

Aujourd’hui, la situation a profondément changé. Grâce aux progrès de l’astronomie, de la biologie, de la chimie et de la géologie, la recherche de la vie extraterrestre est devenue une véritable discipline scientifique : l’exobiologie. Des milliers de chercheurs tentent désormais de répondre expérimentalement à une question qui semblait encore hors de portée il y a quelques décennies.

Plusieurs approches sont explorées. L’idée est d’apprendre ce que l’on peut du cas terrestre avant d’extrapoler à d’autres mondes. Ainsi, certaines équipes cherchent à comprendre comment la vie est apparue sur Terre afin d’identifier les ingrédients indispensables à son émergence. D’autres étudient son évolution vers des organismes plus complexes.

Les astronomes, eux, s’intéressent à une autre question : si la vie existe ailleurs, comment pourrions-nous la détecter ?

Deux grandes stratégies se dessinent. La première consiste à rechercher des biosignatures, c’est-à-dire des traces laissées par des organismes vivants. La seconde vise les technosignatures, des indices qui pourraient révéler l’existence d’une civilisation suffisamment avancée pour développer une technologie détectable.

Chercher la vie dans le système solaire

La façon de rechercher la vie dépend avant tout de la distance. Dans notre système solaire, nous pouvons envoyer des sondes pour analyser directement des roches, des glaces ou des océans cachés sous la surface. Autour d’autres étoiles, en revanche, nous sommes condamnés à observer les planètes à distance et à interpréter la faible lumière qui nous parvient.

Mars reste l’une des cibles les plus étudiées. Le rover Perseverance ne cherche pas à photographier d’éventuels organismes vivants, mais à identifier des biosignatures fossiles : des traces chimiques ou géologiques qui indiqueraient qu’une vie microbienne a existé lorsque Mars possédait des lacs et des rivières il y a plusieurs milliards d’années. Les échantillons qu’il collecte devraient être rapportés sur Terre dans les prochaines décennies – sûrement avec beaucoup de retard à cause de coupes budgétaires sévères de l’administration Trump – afin d’être analysés avec les instruments les plus performants.

D’autres mondes suscitent également beaucoup d’espoir. Les lunes glacées Europe, autour de Jupiter, et Encelade, autour de Saturne, abritent un océan d’eau liquide sous leur croûte de glace. Encelade projette même dans l’espace des panaches d’eau provenant de son océan, offrant une occasion unique d’en analyser directement la composition. Les missions Europa Clipper et Juice, actuellement en route, permettront de mieux comprendre si ces océans réunissent les conditions favorables à l’apparition de la vie.

Au-delà du système solaire, cette approche directe devient impossible. Les astronomes doivent alors rechercher les traces que la vie pourrait laisser dans l’atmosphère ou à la surface des exoplanètes.

Les biosignatures : rechercher les empreintes laissées par la vie

Sur Terre, les êtres vivants modifient profondément leur environnement. Certaines bactéries produisent de l’oxygène, d’autres du méthane. Les plantes absorbent certaines longueurs d’onde de la lumière pour réaliser la photosynthèse. Toutes ces activités laissent des signatures qui pourraient, en principe, être détectées à des dizaines d’années-lumière.

On pourrait croire qu’il suffit de détecter de l’oxygène dans l’atmosphère d’une exoplanète pour conclure à la présence de vie. Malheureusement, la nature sait produire de l’oxygène sans intervention biologique. Il existe de nombreux mécanismes dits abiotiques capables d’imiter certaines signatures du vivant.

On recherche donc des indices plus subtils : des déséquilibres chimiques. Sur Terre, par exemple, l’oxygène et le méthane coexistent alors qu’ils devraient rapidement réagir entre eux pour former du dioxyde de carbone. S’ils restent présents simultanément, c’est parce que les organismes vivants les renouvellent en permanence. Une telle combinaison constitue une biosignature beaucoup plus convaincante qu’une seule molécule prise isolément.

L’actualité récente illustre parfaitement cette difficulté. En 2025, des observations réalisées avec le télescope spatial James-Webb sur l’exoplanète K2-18 b ont révélé la présence possible de molécules comme le sulfure de diméthyle (DMS), un composé qui, sur Terre, est principalement produit par le phytoplancton marin. L’annonce a suscité un immense enthousiasme, mais aussi de nombreuses réserves : les données restent limitées et les conclusions ont sans doute été tirées un peu trop rapidement. De plus, il est possible que ces molécules puissent être produites par des processus non biologiques. Cette étude rappelle qu’aucune molécule, à elle seule, ne peut aujourd’hui être considérée comme une preuve de l’existence de la vie. Il faudra réunir plusieurs indices indépendants et convergents avant de pouvoir revendiquer une détection crédible.

Une autre approche consiste à observer directement la lumière réfléchie par une planète. Sur Terre, les végétaux absorbent fortement la lumière rouge pour alimenter la photosynthèse, puis réfléchissent très efficacement le proche infrarouge. Cette transition brutale, appelée le « bord rouge » de la végétation (vegetation red edge), est visible lorsqu’on observe notre planète depuis l’espace. Si une biosphère extraterrestre exploitait elle aussi l’énergie de son étoile grâce à un processus analogue, elle pourrait laisser une signature similaire, même si ses organismes étaient très différents des plantes terrestres.

Aucune de ces observations ne suffira, à elle seule, à démontrer l’existence de la vie. Les astronomes devront croiser plusieurs indices : la composition de l’atmosphère, la présence éventuelle d’eau liquide, la nature rocheuse de la planète, son champ magnétique ou encore les propriétés de son étoile. Comme dans une enquête policière, c’est l’accumulation de preuves indépendantes qui permettra de construire un scénario crédible.

Les technosignatures : rechercher des civilisations plutôt que des microbes

On pourrait penser que les astronomes devraient concentrer tous leurs efforts sur la recherche de vie microbienne, probablement beaucoup plus abondante que les civilisations technologiques. Pourtant, les deux approches sont complémentaires.

Les biosignatures sont sans doute plus fréquentes, mais souvent ambiguës. Les technosignatures, elles, seraient probablement beaucoup plus rares, mais aussi beaucoup plus difficiles à expliquer autrement. Si nous recevions un signal radio contenant les décimales du nombre π ou une suite de nombres premiers, le doute serait permis bien moins longtemps.

Depuis les années 1960, les recherches regroupées sous le nom de SETI (Search for Extraterrestrial Intelligence) scrutent le ciel à la recherche de signaux radio artificiels. L’idée est qu’une civilisation pourrait chercher à communiquer avec d’autres ou laisser s’échapper involontairement des émissions, comme nos propres transmissions radio et télévisées fuient dans l’espace depuis près d’un siècle.

À ce jour, aucune détection n’a été confirmée. Le célèbre « signal Wow ! », enregistré en 1977 par un radiotélescope de l’Ohio State University, est une émission radio de 72 secondes très intense et de bande étroite provenant de la constellation du Sagittaire. Son caractère inhabituel a suscité de nombreuses spéculations, mais son origine demeure inconnue. Surtout, l’absence de toute nouvelle détection similaire empêche d’y voir une preuve convaincante d’une civilisation extraterrestre.

Aujourd’hui, des chercheurs explorent un éventail beaucoup plus large de technosignatures. Une planète couverte d’éclairages artificiels pourrait produire une émission lumineuse inhabituelle. Une civilisation très avancée pourrait construire d’immenses infrastructures destinées à exploiter l’énergie de son étoile, comme les sphères de Dyson, un hypothétique immense ensemble de satellites collecteurs répartis autour de l’étoile pour en récupérer une grande partie de l’énergie. Il est également envisageable de rechercher des polluants industriels impossibles à produire naturellement, des faisceaux laser utilisés pour communiquer, voire des constellations de satellites semblables au réseau Starlink.

Une quête qui ne fait que commencer

Le télescope spatial James-Webb inaugure une nouvelle ère en permettant de sonder les atmosphères d’exoplanètes avec une précision jamais atteinte. Mais les instruments actuels restent encore limités.

La prochaine révolution viendra probablement de l’Extremely Large Telescope (ELT), actuellement en construction au Chili. Avec son miroir de 39 mètres de diamètre, il pourra analyser en détail l’atmosphère de petites planètes rocheuses situées autour d’étoiles proches. Les futurs observatoires spatiaux iront encore plus loin. Ensemble, ils permettront de tester des biosignatures toujours plus subtiles et d’éliminer progressivement les explications alternatives.

La découverte d’une vie extraterrestre ne prendra probablement pas la forme d’une photographie spectaculaire ou d’un unique signal mystérieux. Elle résultera plutôt d’une accumulation patiente d’indices, confrontés pendant des années à toutes les explications possibles.

Pour la première fois de l’histoire, la question « Sommes-nous seuls dans l’Univers ? » n’appartient plus seulement à la philosophie. Elle est devenue une question scientifique. Et les prochaines décennies pourraient enfin nous apporter les premiers éléments de réponse.


Pour en savoir plus sur cette quête de la vie extraterrestre, vous pouvez consulter le livre de Quentin Kral, Les Astronomes à la recherche de la vie extraterrestre, aux éditions Ellipses, 2025.

The Conversation

Quentin Kral est l’auteur de l’ouvrage : « Les astronomes à la recherche de la vie extraterrestre » aux éditions ellipses.

ref. Les astronomes cherchent-ils vraiment des extraterrestres ? Oui, mais pas comme dans les films – https://theconversation.com/les-astronomes-cherchent-ils-vraiment-des-extraterrestres-oui-mais-pas-comme-dans-les-films-286502

El tamaño de la Vía Láctea es mayor de lo que pensábamos

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Óscar del Barco Novillo, Profesor Ayudante Doctor. Departamento de Física (área de Astronomía y Astrofísica), Universidad de Murcia

Recreación artística de nuestra galaxia, la Vía Láctea, observada desde la parte superior o en visión perpendicular al disco galáctico. La imagen muestra la estructura de galaxia en espiral con cuatro brazos principales. NASA/JPL-Caltech/R. Hurt (SSC/Caltech., CC BY

Nuestro planeta dista mucho de ser el centro del Universo, tal como proclamaban en la antigüedad sabios como Aristóteles o Ptolomeo. Nos encontramos en la zona exterior de una galaxia en espiral con cuatro brazos característicos llamada Vía Láctea.

Al estar inmersos en el plano galáctico, no disponemos de la perspectiva necesaria o vista de pájaro para conocer su aspecto preciso, así como tampoco es fácil determinar con exactitud su tamaño. Afortunadamente, con los datos disponibles de la misión europea Gaia y observando otras galaxias parecidas a la nuestra, podemos concretar con bastante detalle su forma y estimar de forma eficaz su tamaño.

En este sentido, un equipo de astrónomos ha encontrado recientemente que los brazos espirales exteriores de la Vía Láctea podrían extenderse un 10 % más allá de lo que se pensaba.

Para llegar a esta conclusión, los investigadores realizaron mediciones precisas de las distancias a nubes de polvo en los brazos espirales de nuestra galaxia, utilizando datos de los observatorios de rayos X Chandra de la NASA y XMM-Newton de la Agencia Espacial Europea (ESA).

La estructura de la Vía Láctea

Se estima que la Vía Láctea alberga entre 100 y 400 mil millones de estrellas. Tiene forma de espiral con tres regiones principales bien diferenciadas: el bulbo central, el disco galáctico con brazos espirales y el halo, una esfera que rodea completamente el disco y el bulbo.

La Vía Láctea observada desde dos perspectivas distintas. Desde la parte superior o vista de pájaro (imagen izquierda) se aprecian con detalle el bulbo central y el disco galáctico, que contiene los brazos característicos de una galaxia en espiral. Obsérvese la ubicación del sistema solar en un brazo secundario (brazo de Orión) a las afueras de nuestra galaxia. En una perspectiva de canto o perfil (imagen derecha), se pone de manifiesto el escaso grosor del disco, en comparación con la longitud total del mismo.
ESA., CC BY

El disco tiene un diámetro aproximado de unos 100 mil años luz y es muy delgado, con tan solo 1000 años luz de grosor. No es totalmente plano, sino que posee una forma ligeramente curvada. Nuestro sistema solar está ubicado en uno de los brazos exteriores del disco, a unos 26 mil años luz del agujero negro supermasivo Sagitario A*.




Leer más:
Qué es un agujero negro y por qué es importante que hayan fotografiado el nuestro


Una galaxia con cuatro brazos espirales

Posiblemente, la característica más bella de este tipo de galaxias sea la existencia de brazos espirales en su disco.

Estas estructuras son zonas de gran concentración de gas y materia estelar con tonos más azulados que el resto del disco. Esto indica que las estrellas que los componen son extremadamente masivas y muy jóvenes, por lo que están quemando su gran reserva de combustible nuclear a un ritmo acelerado. Como consecuencia, los brazos espirales están asociados a regiones activas donde se están formando continuamente estrellas.

En particular, la Vía Láctea consta de dos brazos principales (Escudo-Centauro y Perseo) y dos brazos secundarios prominentes (Norma y Sagitario). Además, nos encontramos con el brazo de Orión, un ramal secundario ubicado entre los brazos de Sagitario y Perseo, donde está ubicado nuestro sistema solar.

Recreación artística de la Vía Láctea incluyendo los nombres de los cuatro brazos característicos de nuestra galaxia.
NASA/JPL-Caltech/R. Hurt (SSC/Caltech)., CC BY

Ahora, con los resultados de esta novedosa investigación, las distancias entre los brazos más externos y el centro galáctico han cambiado de forma significativa. ¿Cómo es esto posible?

Los ecos de tres intensas explosiones extragalácticas

La clave estuvo en el estudio de las ondas de rayos X que rebotaron en las nubes de polvo situadas en los brazos espirales más externos. Esta radiación tan intensa proviene del exterior de la Vía Láctea y tiene su origen en fenómenos extremadamente violentos, como el colapso de estrellas masivas o la fusión de estrellas de neutrones (los denominados “estallidos de rayos gamma” o GRB por sus siglas en inglés).

Los ecos de rayos X tienen estructura de anillo y sus diámetros, observados por el telescopio espacial Chandra, permiten determinar la distancia a la Tierra. Así, los anillos de mayor tamaño corresponden a nubes de polvo más cercanas a nosotros.

Anillos de rayos X generados por un estallido de rayos gamma (y rebotados en las nubes de polvo de los brazos externos de la Vía Láctea) registradas por el telescopio espacial Chandra.
X-ray: NASA/CXC/INAF/B. Vaia et al.; Optical: Pan-STARRS; Image processing: NASA/CXC/SAO/N.Wolk & P.Edmonds., CC BY

Concretamente, los investigadores analizaron tres fuentes de esta potente radiación, denominadas GRB 031203, GRB 160623A y la más reciente, GRB 221009A (el nombre de cada estallido indica el año, mes y día de observación, en este orden).

Un tamaño mayor del que ya conocíamos

Al analizar estos tres estallidos de rayos gamma, los investigadores calcularon las distancias a tres brazos espirales de la Vía Láctea –en orden de distancia creciente desde el centro galáctico: el brazo de Perseo, el brazo exterior y el brazo exterior de Escudo-Centauro–.

En la dirección de uno de los GRBs, los astrónomos descubrieron que tanto el brazo Exterior como el brazo Exterior de Escudo-Centauro se encuentran aproximadamente un 10 % más lejos de lo que se pensaba hasta ahora.

Recreación artística de la Vía Láctea donde se detallan los cambios en las distancias entre los brazos más externos de nuestra galaxia (imagen izquierda, las dimensiones de la Vía Láctea con los datos empleados hasta la fecha; imagen derecha, las nuevas dimensiones a partir del nuevo estudio).
NASA/CXC/A. Hobart., CC BY

Esta forma de calcular distancias se basa en la geometría, mientras que la mayoría de los demás métodos dependen de suposiciones sobre cómo rota la Vía Láctea, con alto grado de incertidumbre en las regiones exteriores.

Inconvenientes y un futuro prometedor

Sin embargo, aunque esta original técnica mejoró significativamente la precisión en la medida del tamaño de nuestra galaxia, no podrá utilizarse de forma sistemática para obtener futuras mediciones. El problema radica en que los estallidos de rayos gamma intensos visibles a través del plano galáctico son muy poco frecuentes. Y sin ellos, no es posible el estudio de los ecos de rayos X.

Aún así, el conocimiento sobre la Vía Láctea seguirá creciendo durante los próximos años.

No solo serán fundamentales los datos cada vez más detallados del observatorio Gaia, sino también la futura aportación de NewAthena, el observatorio de rayos X de nueva generación de la ESA, que permitirá a los científicos explorar ecos de rayos X mucho más tenues en las regiones periféricas de nuestra galaxia.

The Conversation

Óscar del Barco Novillo no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. El tamaño de la Vía Láctea es mayor de lo que pensábamos – https://theconversation.com/el-tamano-de-la-via-lactea-es-mayor-de-lo-que-pensabamos-286774

“Caso Balogun”: el indulto pedido por Trump y concedido por la FIFA se ajusta al derecho deportivo

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Juan Ramón Liébana Ortiz, Profesor Titular de Derecho Procesal, Facultad de Derecho, UNIR – Universidad Internacional de La Rioja

Victor Velter/SHutterstock

El futbolista estadounidense Folarin Balogun fue expulsado por tarjeta roja directa durante la eliminatoria de dieciseisavos contra Bosnia-Herzegovina del Mundial 2026. La expulsión fue efectiva después de que el árbitro, avisado por el VAR, considerase una acción imprudente el pisotón del delantero estadounidense al bosnio Tarik Muharemovic.

La polémica estalló cuando la FIFA levantó la tarjeta roja a Balogun, permitiéndole disputar el siguiente encuentro de octavos de final con su selección. Y arreció cuando el Presidente Trump confirmó en una conferencia de prensa en el Despacho Oval que había llamado a Gianni Infantino, presidente de la FIFA, para pedirle la revisión de la sanción.

Por su parte, el Presidente de la FIFA, que también reconoció dicha conversación, ha defendido la autonomía de los órganos judiciales de la FIFA, “pues su independencia es esencial para la credibilidad e integridad del fútbol”.

Cabe preguntarse: ¿está arbitrando la Casa Blanca el mundial de fútbol? La respuesta es no. Desde la perspectiva de la justicia deportiva, el procedimiento cumple la normativa de la FIFA. Esta prevé la posibilidad de levantar una sanción tan grave como una tarjeta roja cuando así se estime oportuno. Es más, existen algunos ejemplos cercanos en el tiempo y otros idénticos a este. Cuestión distinta es si resulta estético y qué impacto pueda llegar a tener en la competición.

¿Se ha aplicado correctamente la normativa FIFA?

De acuerdo con el artículo 7.1 del Reglamento de la Copa Mundial de la FIFA 26, las infracciones disciplinarias se tratarán según estipule el Código Disciplinario de la FIFA vigente. Por su parte, el artículo 27 del Código Disciplinario de la FIFA, en vigor desde 2023, habilita a los órganos judiciales “a suspender total o parcialmente la aplicación de una medida disciplinaria”, sometiendo “al sancionado a un periodo de prueba, con una duración de entre uno y cuatro años”. Además, el artículo 25.1 del Código establece que los órganos judiciales “determinan el tipo y la extensión de las medidas disciplinarias que proceda imponer”.

¿Cómo funciona la justicia en el Mundial de Futbol?

En el “indulto a Balogun” lo que ha ocurrido es que la Comisión Disciplinaria de la FIFA, en función de los elementos objetivos y subjetivos de la infracción, ha considerado oportuna la suspensión de la sanción de un partido. La ejecución queda así pospuesta “a prueba” durante un año.

Por esta razón, el futbolista estadounidense pudo disputar el partido que enfrentó a su selección contra Bélgica correspondiente a la ronda de octavos de final, donde fue eliminada.

El recurso contra la decisión de levantar la tarjeta roja a Folarin Balogun y, por tanto, de permitirle disputar el encuentro contra Bélgica, tan sólo podría haberse combatido, una vez agotadas todas las vías de recurso de la FIFA, solicitando un arbitraje ante el Tribunal de Arbitraje Deportivo (TAS) conforme al Código de Arbitraje en Materia Deportiva del TAS

El Tribunal de Arbitraje Deportivo ha establecido una cámara ad hoc que estará vigente del 11 de junio al 19 de julio de 2026, y que garantiza la resolución rápida e independiente de los recursos contra las decisiones de la FIFA relacionadas con el torneo. Dicha instancia ofrece procedimientos de arbitraje acelerados para los casos susceptibles de apelación ante el TAS. Esta fórmula viene funcionando con éxito en todas las citas olímpicas desde los Juegos Olímpicos de Atlanta 1996.

https://theconversation.com/como-funciona-la-justicia-olimpica-165508

¿Es el indulto a Folarin Balogun un caso único?

Existen muchos otros casos similares en la historia del los mundiales de fútbol.

Cristiano Ronaldo fue expulsado, tras propinarle un codazo al irlandés O’Shea, en el encuentro de fase de grupos del Mundial 2026, que enfrentó a Portugal con Irlanda el 13 de noviembre de 2025. El artículo 14.1.i) del Código Disciplinario de la FIFA establece que, en casos de agresión (codazos, puñetazos, patadas o mordiscos, escupir o golpear a un adversario), la sanción mínima debe ser de tres partidos.

Sin embargo, la Comisión de Disciplina de la FIFA, aunque mantuvo el partido de suspensión ya cumplido, dejó en suspenso los otros dos partidos reglamentarios de sanción en función del comportamiento del luso, teniendo en cuenta que Cristiano Ronaldo no tenía antecedentes disciplinarios en sus 225 apariciones internacionales previas. Con ello se permitió que la estrella de la selección lusa pudiera participar en todos los partidos de la fase final de la Copa Mundial de la FIFA 2026, hasta que finalmente su selección perdió en octavos de final contra la de España.

Pero la historia del fútbol ha visto muchos más casos de jugadores sancionados con tarjeta roja que terminaron disputando el Mundial. El defensa francés Laurent Koscielny y el croata Mario Mandžukić en 2014, el centrocampista neerlandés Phillip Cocu en 2006, el japonés Makoto Hasebe en 2010 y Mané Garrincha en 1962 recibieron un trato similar.

El caso de Mané Garrincha, la gran estrella de Brasil en ese mundial tras la lesión de Pelé, es paradigmático. Ante una patada por detrás a un futbolista chileno, el juez de línea avisó al árbitro del partido, que expulsó al extremo brasileño en la semifinal de la Copa del Mundo de Chile 1962.

La participación en la final del Mundial del mejor jugador brasileño se convirtió en una cuestión de Estado. Hasta el presidente de Brasil, Joao Goulart, envió un telegrama al de la FIFA, el británico Stanley Rous, para pedir el indulto de un jugador ejemplar.

Aunque no se pudo aplicar la normativa actualmente vigente (no es que no existiera un Código de Disciplinario, es que ni siquiera existían las tarjetas rojas o amarillas, que se implementaron en el Mundial de México 1970), Mané Garrincha no fue suspendido puesto que el juez de línea no se presentó a ratificar su versión ante el Comité Disciplinario de la FIFA. Garrincha jugó la final de 1962 que Brasil ganó 3-1 a Checoslovaquia.

The Conversation

Juan Ramón Liébana Ortiz no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. “Caso Balogun”: el indulto pedido por Trump y concedido por la FIFA se ajusta al derecho deportivo – https://theconversation.com/caso-balogun-el-indulto-pedido-por-trump-y-concedido-por-la-fifa-se-ajusta-al-derecho-deportivo-286997

¿Ajustan sus cuentas las empresas del sector de la defensa?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Francisco José Callado Muñoz, Profesor Titular de Universidad. Departamento de Economía Financiera y Contabilidad, Universidad de Alicante

En un contexto en el que las tensiones globales y la seguridad nacional ocupan el centro del debate político, la industria de defensa ha pasado a primer plano. Para los países de la Alianza Atlántica (OTAN), cuya cumbre 2026 se celebra estos días en Ankara (Turquía), lleva siendo objeto de discusión el aumento del gasto militar hasta el 5 % del PIB que intenta impulsar Estados Unidos.

Es un hecho que las cifras crecen: en 2025, el gasto en defensa a nivel global fue de casi 3 billones de dólares en 2025, un aumento del 2,9 % con respecto a 2024.

La UE se rearma

En la UE, el plan ReArmar Europa / Preparación 2030, lanzado en marzo de 2025, busca movilizar cerca de 800 000 millones de euros en los próximos cuatro años para fortalecer la seguridad europea.

Este aumento del gasto militar, e iniciativas como el documento Libro blanco para la defensa europea o la simplificación de los procesos de preparación en defensa, favorecen el crecimiento de la industria armamentística de la región.

Todos estos factores han incrementado el interés por el funcionamiento y los resultados del sector en los países europeos.

Vender una imagen

En un estudio reciente hemos analizado la gestión de resultados (contabilidad creativa, maquillaje contable o earnings management) en empresas de defensa españolas entre 2011 y 2020. Nuestra intención era determinar si dichas empresas buscan proyectar, a través de sus informes financieros, una imagen determinada tanto al Estado español (su principal cliente) como a los inversores y la sociedad.

La gestión de resultados engloba prácticas contables y decisiones cuyo objetivo es presentar una cifra de resultados distinta de la real, ya sea con fines estratégicos o informativos. Estas prácticas no implican desviarse de la normativa ni incurrir en fraude, pues la normativa contable permite cierta discrecionalidad de la que las empresas pueden valerse para dirigir sus resultados.

Cuando las empresas utilizan estos ajustes, la calidad de la información financiera puede verse disminuida, lo que puede dificultar su interpretación correcta por parte de las partes interesadas (opinión pública, prestamistas, inversores, clientes).

Al diferenciar entre proveedores de defensa actuales, proveedores potenciales y empresas no relacionadas con la defensa, demostramos que la gestión de resultados contables aparece en años con ventas en el sector de la defensa.

Contratación en defensa y gestión de resultados

En concreto, Nuestro análisis muestra que las empresas que dependen fuertemente de los contratos de defensa emplean estrategias diferentes según su situación particular.

De un lado, las compañías con restricciones financieras –por ejemplo, con poca liquidez o un endeudamiento elevado– tienden a ajustar sus resultados al alza para proyectar una imagen de solvencia. Esto es relevante porque, según la legislación española, las empresas pueden ser excluidas de las licitaciones públicas si están en riesgo de insolvencia o quiebra. Al intentar parecer más rentables y estables de lo que realmente son, estas compañías buscan mejorar la percepción del Estado sobre su solidez financiera para asegurarse contratos futuros.

Por otro lado, las empresas más rentables suelen gestionar sus resultados a la baja para parecer menos exitosas. Así, reducen estratégicamente sus beneficios contables para disminuir su visibilidad y evitar costes políticos: el escrutinio de los medios de comunicación y los grupos de presión antimilitaristas, o que el Estado exija condiciones económicas más estrictas en contratos posteriores a estas empresas.

Empresas que no venden al Estado

Aplicar el mismo análisis en compañías que nunca han obtenido contratos en el sector de la defensa muestra que estas últimas gestionan menos sus resultados. Esto sugiere que las empresas hacen gestión de resultados, sobre todo, cuando facturan a la Administración pública.

En los países desarrollados, tener al Estado como cliente implica un menor riesgo, pues la posibilidad de impago es mínima y los contratos suelen ser duraderos. Por ello, las empresas buscan mantener estas relaciones para mejorar su rentabilidad y acceder a financiación en mejores condiciones.

Sin embargo, nuestro resultado contrasta con los de investigaciones similares realizadas en Estados Unidos, donde los contratos gubernamentales mejoran la calidad de la información financiera. No obstante, hay que tener en cuenta que los trabajos sobre gestión del resultado y contratación pública centrados en EE. UU. analizan contratos públicos de adquisición en distintos sectores y no solo en el de la defensa.

¿Por qué esa diferencia?

Dos razones pueden explicar estas diferencias:

  1. Las particularidades del sector de la defensa, que se caracteriza por la complejidad de sus productos. Además, en el caso de las empresas españolas, el ministerio es su principal, y en algunos casos único, cliente. Esto incrementa los incentivos para que actúen estratégicamente y ajusten sus resultados para conseguir o mantener un contrato.

  2. La distinta capacidad de supervisión institucional. En este sentido, las agencias gubernamentales estadounidenses parecieran contar con una mayor capacidad de monitorización que el ministerio de Defensa español. Aunque en los últimos años ha intentado mejorar sus mecanismos de control, no parece que los planes de racionalización y centralización de la gestión hayan sido suficiente para evitar el incentivo de las empresas contratistas a incurrir en prácticas de gestión del resultado. Esto puede deberse a factores como las limitaciones de personal público o la gran cantidad de nuevos programas de defensa nacionales y europeos.

Mejorar la transparencia

Desde una perspectiva de política económica, el estudio subraya la necesidad de reforzar los sistemas de supervisión gubernamental para garantizar la transparencia y mejorar la calidad de la información financiera. Un marco de control más sólido reduciría los incentivos de las empresas a gestionar estratégicamente sus resultados cuando perciben que su supervivencia, su reputación o su relación con el Estado pueden verse afectadas. Esto redundaría en un mayor control de las inversiones y en un uso más eficiente del presupuesto público.

En un contexto de un fuerte aumento del gasto de defensa y de ambiciosos planes europeos, el desarrollo y la consolidación de estos sistemas de control resultan aún más relevantes. Además, una mejora de los mecanismos de supervisión podría contribuir a reducir el riesgo de escrutinio y, con ello, los incentivos de las empresas a gestionar los resultados para disminuir su visibilidad o su exposición pública.

Esto podría favorecer no solo una mayor transparencia, sino también una relación más fluida entre el sector, el Estado y la opinión pública. Todo ello es especialmente importante en una industria estratégica para la seguridad nacional, el desarrollo económico y la innovación tecnológica.

The Conversation

Francisco José Callado Muñoz recibe fondos de Ministerio de Ciencia, Innovación y Universidades (MICIU) (proyecto PID2022-138003NB-I00/ MICIU / AEI / 10.13039/501100011033/FEDER, UE)

José Yagüe Guirao recibe fondos de la Agencia Nacional de Investigación (proyectos PID2023-148790NB-I00 y PID2021-125317NB-I00) y de la Fundación Cajamurcia.

Juan Pedro Sánchez Ballesta recibe fondos de la Agencia Nacional de Investigación (proyecto PID2023-148790NB-I00).

Natalia Utrero González no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. ¿Ajustan sus cuentas las empresas del sector de la defensa? – https://theconversation.com/ajustan-sus-cuentas-las-empresas-del-sector-de-la-defensa-279357