Des organoïdes cérébraux complexes pour mieux comprendre les cancers du cerveau

Source: The Conversation – in French – By Michele Bertacchi, Chercheur Inserm, Institut de Biologie Valrose, Université Côte d’Azur, Université Côte d’Azur


L’ESSENTIEL

  • Les organoïdes sont des ébauches d’organes qui en reproduisent certaines caractéristiques.

  • Une équipe de recherche travaille sur des organoïdes cérébraux pour étudier le comportement de cellules de glioblastome (cancer du cerveau).

  • Améliorer ces modèles cérébraux pose des questions éthiques : pourraient-ils devenir des « mini-cerveaux » ?


Longtemps, les processus régissant le développement embryonnaire humain aux stades fœtaux précoces ont été difficilement accessibles, pour des raisons techniques et éthiques. Les chercheurs ont donc dû se tourner vers des modèles expérimentaux comme les animaux, utiles certes, mais parfois éloignés de la physiologie humaine. Une révolution a toutefois profondément transformé la biologie du développement ces dernières décennies : l’avènement des organoïdes. Il s’agit d’ébauches d’organes – du grec organon (« organe ») et – oïde (« qui ressemble à ») – c’est-à-dire de structures tridimensionnelles miniaturisées, dérivées de cellules souches pluripotentes cultivées en laboratoire, capables de reproduire certaines caractéristiques structurales et fonctionnelles d’organes humains (intestin, cerveau, rétine, foie, rein, pancréas, poumon et estomac notamment).

Dans le cas du cerveau, les organoïdes cérébraux sont des agrégats 3D de tissu neuronal, au sein desquels des cellules progénitrices génèrent des neurones. Ces neurones se différencient, se disposent en couches rudimentaires et établissent des connexions, formant des réseaux simplifiés. Ces derniers présentent une activité électrique spontanée qui rappelle, dans certaines limites, celle observée au cours du développement cérébral humain précoce (premier trimestre). Il s’agit donc d’une stratégie remarquable pour explorer des fenêtres du développement humain autrement inaccessibles.

Observer le développement cérébral dans une boîte de Petri

Lorsque j’ai rejoint le laboratoire du Dr Michèle Studer à l’Institut de Biologie Valrose (IBV) de l’Université Côte d’Azur, j’ai commencé à développer et utiliser cette approche pour étudier le développement du cerveau. C’est un outil extraordinaire, qui permet de modéliser in vitro, dans une boîte de Petri, des étapes du développement cérébral. Dans le cas de manipulations génétiques, il permet de comprendre comment ces processus précoces, particulièrement délicats, sont perturbés dans des pathologies conduisant à des troubles du neurodéveloppement, comme les troubles du spectre de l’autisme, la déficience intellectuelle ou certaines formes d’épilepsie. Plus simples et accessibles qu’un cerveau humain, ces systèmes facilitent le travail expérimental. Par exemple, pour étudier le rôle d’un gène impliqué dans le développement cérébral, il suffit de comparer des organoïdes dérivés de cellules souches non modifiées, utilisés comme témoins, avec des organoïdes dérivés de cellules souches génétiquement modifiées, par exemple par mutation ou invalidation du gène.

Cependant, une limite apparaît rapidement : ces organoïdes restent très simplifiés par rapport à un cerveau humain. Or, si la simplification est utile, elle ne doit pas occulter des propriétés essentielles de l’organe étudié. La communauté scientifique s’est rendu compte d’un aspect fondamental : les maladies du neurodéveloppement n’affectent presque jamais qu’un seul type cellulaire ou qu’une seule région du cerveau. Elles impliquent souvent plusieurs types cellulaires, plusieurs régions, et les interactions entre ces cellules. C’est dans ce contexte qu’a émergé une nouvelle approche : augmenter la complexité des organoïdes afin de mieux refléter l’organisation du cerveau in vivo.

Augmenter la complexité des organoïdes

Une stratégie consiste à générer séparément des organoïdes avec des identités régionales distinctes – par exemple, correspondants aux parties dorsale et ventrale du cerveau – puis à les fusionner. Ces systèmes, appelés « assembloïdes », reproduisent notamment la migration naturelle de neurones inhibiteurs de la région ventrale vers la région dorsale, où ils s’intègrent aux circuits neuronaux. Ce type de modèle permet ainsi d’étudier, de manière simplifiée, des phénomènes clés du développement, comme la migration neuronale et l’équilibre entre excitation et inhibition, souvent altérés dans des troubles neurodéveloppementaux tels que certaines épilepsies d’origine génétique. Des systèmes encore plus complexes ont été développés, combinant plusieurs régions du système nerveux et même des tissus périphériques. Par exemple, des circuits multiétapes reliant des structures de type cérébral, moelle épinière et muscle ont été reconstitués, permettant d’observer des contractions musculaires en réponse à une stimulation neuronale.

D’autres approches consistent à utiliser des morphogènes, molécules qui reproduisent les signaux chimiques guidant l’organisation du cerveau pendant le développement embryonnaire. Ces signaux fournissent aux cellules des « coordonnées spatiales », leur indiquant où se positionner et comment s’organiser, permettant ainsi un contrôle accru de l’organisation et de la « régionalisation » des organoïdes, c’est-à-dire la formation de plusieurs régions au sein d’un même organoïde, sans qu’il soit nécessaire de les développer séparément puis de les fusionner. Ces modèles restent très simplifiés, mais se rapprochent progressivement de la complexité des systèmes biologiques réels.

Au-delà des neurones, le cerveau comprend une grande diversité de types cellulaires. Parmi eux, les cellules endothéliales forment les vaisseaux sanguins qui irriguent le tissu cérébral et contribuent à la barrière hématoencéphalique, une interface essentielle qui régule les échanges entre le sang et le cerveau et protège ce dernier des agressions extérieures. Les interactions entre neurones et vaisseaux jouent un rôle majeur dans de nombreuses pathologies. Par exemple, dans le glioblastome, les cellules tumorales peuvent migrer le long des vaisseaux sanguins et altérer l’intégrité de la barrière hématoencéphalique. Nous avons récemment développé des organoïdes cérébraux enrichis en cellules endothéliales, permettant de reproduire des structures proches de capillaires au sein du tissu neuronal. Bien qu’il n’y ait pas de circulation sanguine dans ces modèles, la présence de structures vasculaires augmente significativement la complexité et l’hétérogénéité cellulaire, ouvrant la voie à l’étude de nouvelles interactions biologiques.

Mieux comprendre le glioblastome

En collaboration avec le laboratoire du Dr Thierry Virolle, directeur de recherche au sein du même Institut, ces organoïdes ont été utilisés pour étudier le comportement de cellules de glioblastome, notamment leur migration préférentielle vers des structures neuronales ou vasculaires selon leurs caractéristiques. En augmentant la complexité du système, nous avons pu mieux comprendre les dynamiques d’invasion tumorale, notamment en identifiant des interrupteurs moléculaires capables de rediriger les cellules de glioblastome vers différents types cellulaires. En définitive, les organoïdes complexes représentent une nouvelle génération de modèles biologiques, se rapprochant davantage de l’organisation réelle des organes qu’ils reproduisent.

Mais jusqu’où peut-on pousser cette complexité ? Cette question est aujourd’hui au cœur des réflexions du domaine, notamment sur le plan éthique. Les organoïdes constituent déjà une alternative en accord avec les principes éthiques, précieuse face à l’expérimentation animale, tout en étant plus représentatifs de la physiologie humaine. Cependant, à mesure qu’ils deviennent plus complexes et atteignent des niveaux de maturation plus avancés – comparables à certains stades plus tardifs du développement fœtal, notamment au deuxième trimestre – de nouvelles interrogations émergent. S’agit-il toujours de simples modèles expérimentaux, ou de systèmes biologiques dotés de propriétés plus avancées ? Les organoïdes cérébraux complexes seront-ils un jour capables de développer des formes d’activité assimilables à celles d’un cerveau humain miniaturisé ? Si cette perspective reste encore éloignée pour les organoïdes actuels, elle commence néanmoins à être sérieusement discutée au sein de la communauté scientifique.

The Conversation

Michele Bertacchi a reçu un financement du Centre français des 3R – GIS FC3R (Inserm).

Michèle Studer a reçu des financements de l’Institut National du Cancer – INCA (PLBIO-2022) et de la Fondation pour la Recherche Médicale (FRM) en tant que FRM Equipe.

– ref. Des organoïdes cérébraux complexes pour mieux comprendre les cancers du cerveau – https://theconversation.com/des-organo-des-cerebraux-complexes-pour-mieux-comprendre-les-cancers-du-cerveau-286707

Pluralisme et journalisme dans l’audiovisuel : la grande confusion

Source: The Conversation – in French – By Patrick Eveno, Professeur émérite en histoire des médias, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne


L’ESSENTIEL

  • Après l’arrivée d’un chroniqueur de l’hebdomadaire d’extrême droite Valeurs actuelles sur France Inter, les salariés de Radio France se mettent en grève dimanche 13 et lundi 14 septembre.

  • La direction de la radio publique justifie son choix au nom de pluralisme. Mais cette approche du pluralisme, consistant à accumuler des chroniqueurs engagés politiquement, est-elle pertinente ?

  • En Belgique, une autre approche du pluralisme a été promue : les politiciens d’extrême droite peuvent s’exprimer dans les médias publics, mais jamais en direct, afin de permettre aux journalistes de contextualiser leurs propos.


L’arrivée sur France Inter de Charles Sapin, directeur adjoint de l’hebdomadaire d’extrême droite Valeurs actuelles, en tant qu’éditorialiste politique, a déclenché une levée de boucliers chez les salariés de Radio France. Tandis que les médias de droite parlent de « comédie ringarde des frondeurs du service public », Éric Zemmour dénonce « une agence de propagande de la gauche ». La ministre de la culture Catherine Pégard a mis en garde contre « la chasse aux sorcières ».

La Société des journalistes de France Inter rappelle que l’hebdomadaire a été condamné à plusieurs reprises pour injures racistes ou pour provocation à la haine, ce qui constitue pour elle une ligne rouge. Les membres de la rédaction ont constaté que, dans le même temps, le journaliste de Libération Thomas Legrand, était contraint de quitter l’antenne. « Le pluralisme ne peut servir de prétexte à la légitimation des discours de haine, condamnables ou condamnés, sur nos antennes », ont déclaré les salariés de la station lors d’une assemblée générale, qui a voté la grève pour les 13 et 14 septembre.

Céline Pigalle, la directrice de France Inter a répondu qu’il fallait regarder « la photo d’ensemble », « le rôle du service public » étant d’exprimer « le pluralisme » des opinions. Et que ce recrutement s’inscrit dans une volonté « d’organiser la conversation entre toutes les opinions ».

Dans une interview au Monde, la présidente de Radio France Sibyle Veil souligne « qu’il n’y a pas, en cette rentrée, de radio plus pluraliste que France Inter ». Elle justifie son choix par la présence d’autres journalistes aux idées présumées différentes : la journaliste du Figaro magazine Guyonne de Montjou, l’ancien directeur d’Alternatives économiques Christian Chavagneux, l’ancien directeur de Libération Dov Alfon, le secrétaire général de la Fondation Jean-Jaurès Gilles Finchelstein ou Camille Vigogne Le Coat du Nouvel Obs. Elle ajoute : « Nous souhaitons que toutes les sensibilités puissent s’exprimer sur nos antennes. »

Le nouveau casting de France Inter vient compléter la présence de polémistes d’extrême droite dans les médias du service public, après ceux du privé : France 2 embauche la catholique traditionnaliste et conservatrice Eugénie Bastié, star du Figaro et de Cnews. Au-delà, Sonia Mabrouk, venue des médias Bolloré, arrive sur BFM TV ce qui a crispé la rédaction de la chaîne, les syndicats de journalistes l’accusant « d’importer la ligne de CNews ».

La confusion entre journalisme et propagande

Dans cette affaire, la question du pluralisme est un leurre, déployé depuis longtemps par l’extrême droite. Ainsi, dans le dernier numéro (33, été 2012) de la revue Médias, dirigée par Robert Ménard et sa compagne Emmanuelle Duverger, figurait un pseudo sondage, réalisé via Twitter auprès de 105 journalistes (sur 40 000), qui proclamait fièrement que « 74 % des journalistes votent à gauche » (en réalité, les chiffres indiquaient 64 %, mais personne n’est à l’abri d’une erreur). Ce chiffre, présenté comme une vérité révélée, est repris depuis par tous les politiciens de droite et d’extrême droite.

Pourtant, depuis 2012, le paysage médiatique a profondément changé. Dans une étude publiée en 2024, « Médias, à droite toute ? » les chercheurs Nicolas Kaciaf et Enrique Klaus montraient la « montée en visibilité de l’extrême droite dans les médias dominants ». Les anciens de Valeurs actuelles (Alexis Brézet, Guillaume Roquette) ou d’autres médias très conservateurs (Vincent Trémolet de Villers, ancien du Spectacle du monde), ont été blanchis de leur passé extrémiste en passant au Figaro, et s’installent depuis dans les médias audiovisuels publics et privés.

La décision du Conseil d’État, rendue le 13 février 2024 donnant raison à l’ONG Reporters sans frontières, qui accusait la chaîne d’information CNews de manquer de pluralisme, a semé le trouble dans les médias audiovisuels. Elle a entraîné une délibération de l’Arcom (17 juillet 2024) qui élargit l’obligation de pluralisme au-delà du seul personnel politique à l’ensemble des intervenants et des sujets traités. Mais il n’est évidemment pas question des journalistes, car l’Arcom ainsi que tous les conseils de déontologie respectent la liberté éditoriale. Ce sont les intervenants non politiques, « les experts de plateaux », qui développent des commentaires, qui sont concernés, à la différence des journalistes qui parlent de faits.

Le pluralisme, ce n’est pas accueillir toutes les opinions de chroniqueurs, sinon il faudrait aussi recevoir des trotskistes, des royalistes et des bonapartistes, et pourquoi pas des trumpistes et des poutiniens. Le faux équilibre entre une journaliste du Nouvel Obs un jour et un journaliste de Valeurs actuelles un autre jour, résulte de la pression de l’extrême droite, confortée par la commission de Charles Alloncle.

Le pluralisme, c’est accepter que tous les partis représentés dans les assemblées puissent s’exprimer, mais le véritable journalisme d’information du public exige que l’on puisse contextualiser leurs propos, voire les contredire :

« Les faits sont sacrés, les commentaires sont libres. »

– Charles Prestwich Scott, fondateur du Manchester Guardian, 1929

Et ils peuvent être contredits.

Cette confusion entre pluralisme politique et journalisme d’information, qui ne propose pas d’opinions politiques, est la source du malentendu. Dans cette affaire, les éditorialistes et les chroniqueurs ont un statut intermédiaire et entretiennent cette confusion en envahissant les plateaux.

Les commentateurs peuvent bien avoir une carte de presse, ce n’est pas pour cela qu’ils font du journalisme. Sur ce sujet de la confusion entre journalisme et politique, il est intéressant de se pencher sur le cas belge.

En Belgique, le cordon sanitaire

Le « cordon sanitaire » à l’égard de l’extrême droite a été acté en Belgique après les élections du 24 novembre 1991, qui ont vu la percée du parti nationaliste et xénophobe le Vlaams Blok, devenu depuis le Vlaams Belang. Ce code de bonne conduite est un accord tacite entre partis démocratiques et médias pour exclure l’extrême droite de toute alliance politique ou de l’estrade des émissions en direct.

Le cordon politique engage les partis démocratiques à ne pas s’allier ni former de coalition avec les formations d’extrême droite (comme le Vlaams Belang) au niveau communal, régional ou fédéral.

Le cordon médiatique est spécifique à la Belgique francophone : il interdit aux médias audiovisuels publics et régionaux de donner la parole en direct à des représentants de l’extrême droite. Les interventions se font en différé afin de permettre aux journalistes de contextualiser et de contrer immédiatement les propos jugés contraires aux droits humains.

Plusieurs avis du Conseil de déontologie journalistique de Belgique francophone et du Conseil supérieur de l’audiovisuel belge ont estimé que cette pratique n’était pas contraire à la déontologie et au respect du pluralisme puisque toutes les tendances politiques avaient le droit de parole : les politiques d’extrême droite peuvent s’exprimer, mais en différé, et les médias peuvent refuser d’accepter à l’antenne des journalistes qui contreviennent aux règles démocratiques et prêchent la haine.

En Flandre, la percée du Vlaams Belang se maintient, mais il est cantonné dans l’opposition. En Wallonie, les partis populistes restent marginaux ; est-ce grâce au « cordon sanitaire » médiatique ou à l’absence de leader ? Nul ne le sait. Depuis quelques années, le « cordon sanitaire » médiatique est contesté par ceux qui estiment que les réseaux sociaux ont bouleversé la donne de la fabrique de l’opinion. Mais c’est un autre débat.

Tout ceci montre que les journalistes dignes de ce nom font de l’information et non de la propagande, de quelque bord qu’elle soit. C’est aussi le cas en France.

Accumuler des chroniqueurs sous prétexte de pluralisme politique est une erreur, une méprise ou un coup porté à l’audiovisuel public. En effet, les deux solutions qui se présentent maintenant sont néfastes : soit Charles Sapin est maintenu à l’antenne, ce qui signifie que France Inter était précédemment partiale et donne raison à Charles Alloncle ; soit Charles Sapin est retiré de l’antenne, ce qui donne raison à l’extrême droite qui considère que l’audiovisuel public est un repaire de gauchistes. Dans les deux options, en cas de victoire de l’extrême droite en 2027, cela ouvre la porte à la privatisation ou à la mainmise du pouvoir et à « l’assainissement » des rédactions, comme ce fut le cas dans la Hongrie d’Orban ou dans l’Amérique de Trump.

The Conversation

Patrick Eveno ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Pluralisme et journalisme dans l’audiovisuel : la grande confusion – https://theconversation.com/pluralisme-et-journalisme-dans-laudiovisuel-la-grande-confusion-291350

Comment Céline Dion est devenue une icône

Source: The Conversation – in French – By Bernard Jeannot-Guerin, Enseignant chercheur en études culturelles, Université de Lorraine


L’ESSENTIEL

  • Céline Dion entame, samedi 12 septembre, une série de mégaconcerts à la Plenitude Arena (anciennement Paris La Défense Arena).

  • La Québécoise s’est hissée au rang d’icône internationale, portée par une palette vocale hors norme, une capacité à incarner une figure de star accessible et des spectacles grandioses.

  • L’album D’Eux (1995), composé par Jean-Jacques Goldman, a constitué un tournant dans sa carrière francophone.


Ambassadrice de la nouvelle chanson québécoise depuis ses débuts dans les années 1980, Céline Dion incarne tout à la fois un pan du matrimoine chansonnier contemporain et l’universalisation de la francophonie. Sous l’égide de son impresario puis époux René Angélil, celle qu’on appelle familièrement « Céline » est devenue une agente de la promotion du Québec dans le monde.

Forte d’une aura romanesque nourrie par son répertoire, la petite fille native de Charlemagne, près de Montréal, s’est imposée comme une icône internationale et davantage : elle campe un mythe incarné puisque ressuscité sur la tour Eiffel à l’occasion de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris 2024. Retour sur quelques éléments qui l’ont fait accéder à ce statut.

Céline Dion interprète « l’Hymne à l’amour », lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris 2024.

Palette vocale

Révélée en France au début des années 1980 dans une émission de Michel Drucker, elle marque les esprits tant il existe un contraste entre l’adolescente « toute gênée, mal fagotée » et la maturité de son étendue vocale ainsi que la particularité de son timbre, dénotant un certain maniérisme qui rappelle les figures désormais classiques de la chanson française (roulement des –r– à la Mireille Mathieu et vibrato à la Piaf).

Lors de l’émission Champs-Élysées du 29 janvier 1983, Michel Drucker présente Céline Dion qui chante « D’amour et d’amitié ». C’est la première télévision en France de Céline Dion.

Plus de dix ans plus tard, la sortie de l’album D’eux, en 1995, composé par Jean-Jacques Goldman, assoit d’abord le succès francophone de l’artiste. Mais le compositeur lui permet avant tout d’affiner son art vocal : il lui conseille de « déchanter », et Céline Dion se tourne vers une interprétation plus intimiste.

Dans cet album, elle met sa palette vocale au service de styles variés (le blues dans « le Ballet », le gospel dans « Prière païenne » et bien sûr les ballades « Pour que tu m’aimes encore » et « Je sais pas »). Elle y fait entendre ce que la « chanson rive gauche » plébiscitait naguère – la stylistique ciselée d’un texte – sans omettre les qualités orchestrales de la chanson dite de variété.

L’album francophone le plus vendu de l’histoire

Comme le note l’historien Ivan Jablonka dans l’ouvrage qu’il consacre à Jean-Jacques Goldman, ce dernier a inventé « une playlist de nos vies », mais également un miroir de la vie des artistes pour lesquels il écrit. C’est frappant pour l’album composé pour Céline Dion.

D’Eux contribue en effet à nourrir l’historiographie de la chanteuse : le titre de l’album renvoie à la collaboration artistique avec Goldman, mais résonne volontiers comme une allusion à la relation amoureuse entre René Angélil et son égérie (leur mariage en grande pompe est célébré le 17 décembre 1994 en la basilique Notre-Dame de Montréal, au beau milieu de la création de l’album). Autre référence à la vie de Céline Dion, le titre « Vole », qui conclut l’album, est un hommage à sa nièce décédée de la mucoviscidose.

Parallèlement à l’immense succès de cet opus (avec plus de 10 millions d’exemplaires écoulés, c’est l’album francophone le plus vendu de l’histoire), d’autres interprètes québécois gagnent une spectaculaire popularité.

Ainsi, la version de la comédie musicale Starmania, mise en scène par le Montréalais Lewis Furey, sous la direction de Luc Plamondon (Michel Berger décède en 1992), qui occupe en continu les grandes scènes françaises depuis 1993, et surtout la déferlante Notre-Dame de Paris en 1999 (du duo Richard Cocciante et Luc Plamondon), mettent en lumières des artistes émergents (Isabelle Boulay, Garou…) ou confirmés (Daniel Lavoie) issus de la Belle Province, bien après Félix Leclerc, Robert Charlebois ou Diane Dufresne.

La musicologue Catherine Rudent montre d’ailleurs combien les médias ont construit tout un marketing autour des « grandes voix québécoises », une étiquette qui recouvre des réalités musicales différentes.

Comme le relève Frédéric Demers dans Céline Dion et l’identité québécoise, la chanteuse incarne l’ambivalence de l’identité québécoise actuelle, à savoir un grand désir d’ouverture à l’autre mêlé à la volonté de préserver un héritage culturel francophone.

Céline Dion en devient l’agente la plus reconnue : elle revivifie le répertoire de la chanson lyrique francophone en la colorant de flexions vocales héritées de la soul anglosaxonne. Par là même, elle dessine une passerelle entre les deux rives de l’Atlantique.

« L’humble qui s’est élevée »

Ce qui participe de l’iconicité de l’artiste, c’est la manière même dont René Angélil a façonné l’adolescente de 13 ans en vedette puis en diva. De la métamorphose physique à la mise en scène de sa vie de femme, il n’a eu de cesse de peaufiner la représentation de Céline Dion.

Le couple, fusionnel tant dans l’intimité que dans la vie professionnelle, a construit tout une carrière en rapprochant – jusqu’à les confondre – la vie de l’artiste, la figure scénique de Dion et l’instance qui dit « je » dans les chansons (ce que le spécialiste de la chanson française Stéphane Hirschi a théorisé), perpétuant une hagiographie de la chanteuse d’albums en concerts, de reportages en plateaux télé et en films.

Cette ascension peut se rapprocher de la figure archétypale biblique de « l’humble qui s’est élevée », permettant au public de se projeter dans la star, perçue comme proche.

Modèle adulé, elle suscite un rapport d’identification de par ses origines modestes, invitant chacun à se demander « Pourquoi pas moi ? », comme l’analyse Edgar Morin, dès 1957, dans les Stars.

Dans chaque album se joue l’illusion d’une figure artistique fidèle à elle-même (« On ne change pas » dans D’eux), qui partage avec ses fans les mêmes aléas de la vie (« Mon ami m’a quittée », « D’Amour ou d’amitié », dans les Chemins de ma maison, 1983) et qui se distingue par un sens de la performance hors du commun.

Logique promotionnelle

La star joue aussi sur une fictionnalisation d’elle-même. Le documentaire I am: Celine Dion, sorti juste avant les JOP de 2024, s’inscrit dans une logique promotionnelle. Elle s’y montre malade et incertaine de se produire à nouveau
– elle y raconte son combat contre le syndrome de la personne raide (SPR). Puis remonte sur scène à l’occasion de la cérémonie d’ouverture, le 26 juillet 2024, orchestrée par Thomas Jolly, incarnant l’idée de la résurrection de l’artiste.

I Am: Celine Dion – Official Trailer | Prime Video.

Toute de blanc vêtue, dans une robe Dior, et exhumant un « Hymne à l’amour » aux lointains accents de Piaf, elle réalise, sous une pluie battante, son rêve de chanter à la tour Eiffel. Dame de fer et viscéralement debout, elle témoigne d’une performance olympienne. Le mythe Dion touche désormais au mystique : moins de deux ans plus tard, au printemps 2026, l’annonce de ses concerts parisiens passe par une évangélisation médiatique, car la bonne nouvelle s’affiche par fragments de chansons dans les rues de Paris. Céline revient…

Réappropriation très « soul » des chansons de comédies musicales françaises

Si les nombreux albums en anglais lui ont permis de s’américaniser – les albums Falling into You, en 1996, et Let’s Talk About Love, en 1997, dans lequel figure « My Heart Will Go On » (bande original de Titanic, film le plus vu de l’histoire en France), ont été enregistrés comme la plupart des albums en anglais aux États-Unis –, Céline Dion a également permis au spectacle musical français de se tourner davantage vers la scène anglosaxonne, perpétuant dans le sillage de la chanson québécoise une dimension a-nationale de la francophonie.

Sans jamais avoir chanté dans Starmania, elle en interprète néanmoins un titre en anglais pour l’album Tycoon dès 1992 : avec « Ziggy » – « Un garçon pas comme les autres » dans sa version française –, elle universalise cette chanson. Un an auparavant, c’est le fameux « Blues du businessman » qui s’imposait dans l’album Dion chante Plamondon. Cette promotion des chansons phares de l’opéra-rock le plus célèbre de la francophonie a nécessairement contribué à le populariser.

C’est donc tout naturellement qu’on la sollicite pour interpréter en anglais les singles de deux hyperspectacles musicaux français qui ont marqué le tournant des années 2000 : « Vivre » de Notre-Dame de Paris devient « Live (For The One I Love) » et « L’envie d’aimer » des Dix Commandements devient « The Greatest Reward ».

Live (For The One I Love) (Live From Millennium Concert, 1999).

Les deux titres sont réorchestrés pour donner la pleine mesure de son étendue vocale et pour créer de véritables morceaux de bravoure télévisuels comme scéniques. La pompe des arrangements orchestraux, l’usage du belting (voix de poitrine haute), des mélismes ou vocal runs (glissements rapides entre plusieurs notes sur une même syllabe) et des breaking voices (cassures vocales) témoignent d’une réappropriation très soul de ces chansons de comédie musicale.

Concerts en résidence

L’album A New Day Has Come (2002) constitue un tournant majeur dans sa carrière scénique : mis en scène au Colosseum du Caesars Palace de Las Vegas (Nevada), il renouvelle le modèle de concerts en résidence : à défaut de tournées, le spectacle se joue, comme à partir de ce 12 septembre à la Plenitude Arena (anciennement Paris La Défense Arena, ndlr), dans une même infrastructure sur un temps donné.

Du Stade de France au Colosseum du Caesars Palace de Las Vegas, dans des shows réglés comme du papier à musique, Céline Dion s’illustre dans un décorum hyper-esthétisé, et devient l’élément central d’une dramaturgie spectaculaire empreinte de storytelling. D’après la chercheuse en études théâtrale Erin Hurley, qui s’est intéressée aux spectacles de Las Vegas, la chanteuse incarnerait une figure du simulacre tant sa vie est hyperréalisée par la chanson.

Les mégaconcerts que Paris va accueillir, s’ils confirment ce modèle spectaculaire, signent également, après six ans d’absence sur scène, le retour historique d’une artiste désormais élevée au rang d’icône.

The Conversation

Bernard Jeannot-Guerin ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Comment Céline Dion est devenue une icône – https://theconversation.com/comment-celine-dion-est-devenue-une-icone-290948

Climat : Séparer adaptation et atténuation freine-t-il l’action ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Guillaume Simonet-Umaña, enseignant chercheur en adaptation aux changements climatiques, Université de Pau et des pays de l’Adour (UPPA)

A-t-on eu raison de séparer adaptation et atténuation ? Mohamed_Hassan/Pixabay, CC BY

L’ESSENTIEL

  • Depuis les années 1990, on sépare l’atténuation, qui s’attaque aux causes des changements climatiques, et l’adaptation, qui vise à en prévenir les conséquences.

  • Cette opposition demeure source de confusions et peut générer des maladaptations, c’est-à-dire des actions d’adaptation qui augmentent les gaz à effet de serre.

  • Il est donc peut-être temps d’adopter une approche systémique plus en adéquation avec les réalités complexes des échelles locales.


C’est un terme qui ne cesse d’arriver dès qu’il est question des changements climatiques : celui d’adaptation. Il est désormais régulièrement utilisé pour évoquer de nécessaires reconversions agricoles, pour justifier des rénovations thermiques de bâtiments ou à travers l’angle de la gestion des risques financiers.

Si ce mot survient aussi souvent pour désigner des choses aussi variées, ce n’est pas un hasard. Il a été instauré depuis 1992 dans la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) l’a, lui, adopté à partir de son deuxième rapport (1995).

Dans ces deux cas, l’adaptation est le terme choisi pour désigner l’une des deux réponses à mener face à une planète qui se réchauffe. Il s’agit alors de séparer, d’un côté, les actions portant sur les causes du problème en réduisant les émissions de gaz à effet de serre (GES) à travers l’« atténuation », et de l’autre, les actions menées pour gérer les conséquences de ces nouvelles réalités climatiques via l’« adaptation ».

Mais a-t-il été pertinent de séparer ces deux types d’action ?

Une confusion persistante

En tant que chercheur spécialisé sur les questions d’adaptation aux changements climatiques, je constate chaque jour combien cette division génère une certaine confusion.

En 2008, déjà, une grande partie des participants de l’atelier consacré à l’adaptation mis en place lors de l’élaboration du 1er Plan Climat de la ville de Paris me confiaient les difficultés rencontrées au moment de différencier des actions d’adaptation de celles de l’atténuation. Qu’ils aient été chargé de mission développement durable à EDF, architecte au service d’urbanisme de la Ville de Paris ou bien responsable environnement chez Veolia Eau, toutes les personnes interrogées ont été unanimes sur ce point.

J’ai retrouvé ensuite ces mêmes difficultés à différencier l’adaptation de l’atténuation tout au long de mes travaux de recherche sur le terrain, et ce, auprès d’une diversité de profils d’acteurs locaux : associations environnementales, citoyens et responsables municipaux du quartier de Milton-Parc de Montréal (2012), directeurs de service, chefs d’unités environnement et techniciens d’espaces verts de collectivités de taille moyenne (2015) ou encore gestionnaires et professionnels d’établissements sanitaires et médico-sociaux publics et privés (2024)…

À chaque fois, la majorité des interrogés peinait à cerner clairement ce qui caractérise une action d’adaptation. Je ne suis pas le seul à partager ce constat encore récemment relaté sur LinkedIn par un jeune consultant en adaptation climatique qui déplorait de rendre « difficilement palpable et compréhensible par le grand nombre ce qu’on entend réellement par « s’adapter » », précisant observer « des confusions extrêmement récurrentes avec la réduction des émissions de gaz à effet de serre ».

Une dichotomie dépassée ?

Pour comprendre les difficultés que ce duo de mots peut générer, il est important de rappeler le contexte qui les a fait émerger à la fin des années 1990.

À l’époque, les changements climatiques sont avant tout considérés comme un problème technique et décorrélé des autres enjeux. Ainsi, dans la lignée des succès diplomatiques sur la réduction des substances qui altèrent la couche d’ozone (Protocole de Montréal, 1987) et sur la réduction des émissions transfrontières d’oxydes d’azote (Protocole de Sofia, 1988), le raisonnement est posé : « il suffit de s’entendre pour réduire les émissions de GES ».

Dès lors, bien que l’idée d’avoir à gérer les conséquences de la problématique soit timidement avancée, l’atténuation constituait en réalité la réponse prioritaire pour résoudre une problématique climatique encore faiblement comprise et acceptée. S’en suit le Protocole de Kyoto (1997), sa période d’engagement (2008-2012) puis l’échec qu’on lui connaît en termes de réduction des GES.

Pendant tout ce temps, la tangibilité des impacts climatiques n’a cessé de progresser en tous points de la planète, tout comme les avancées scientifiques sur le phénomène, et, en particulier ses interactions avec les multiples autres enjeux qui caractérisent les limites planétaires (crise de la biodiversité, pollutions diverses, altération de cycles biogéochimiques…). Le constat s’est imposé : la résolution des changements climatiques est immensément plus complexe qu’initialement envisagée. Petit à petit, l’adaptation a émergé et son duo avec l’atténuation s’est équilibré.

Mais la mise en pratique à l’échelle locale de cette dichotomie « atténuation – adaptation » continue de se heurter à des barrières concernant leur distinction. Cette difficulté se retrouve dans les plans climat des collectivités, notamment dans leur première génération. Par exemple, est-ce que « développer la végétalisation urbaine » ou « lutter contre la précarité énergétique » sont des actions d’adaptation, comme le mettent en avant certaines collectivités ? Ou bien, comme le proposent d’autres, ce sont des actions qui rentrent dans un volet économique, social, énergétique, de santé, de protection de la biodiversité ou encore d’autonomie alimentaire ? Une recherche rapide d’illustrations censées différencier les deux réponses montre de nombreux chevauchements qui, de toute évidence, freine la mise en place d’actions.

Passer au-delà de l’essor conceptuel sans fin

Les réflexions scientifiques sur les contours à donner à l’adaptation ont également évolué depuis les années 1990, notamment grâce aux retours d’expériences et à l’apport des sciences humaines et sociales. Résultat : dans le glossaire du tome 2 du dernier rapport du Giec (2022), on retrouve 18 (!) définitions qui contiennent le terme « adaptation ». Quatre sont nouvelles (« adaptation fund », « adaptation gap », « adaptation pathways » et « adaptive governance ») tandis que quatre autres ont disparu (« adaptability », « adaptation assessment », « adaptation constraint » et « adaptation opportunity ») par rapport au rapport de 2014.

Cette évolution permet de poser un constat : l’adaptation aux changements climatiques est l’archétype même d’un « problème pernicieux » (wicked problem en anglais), c’est-à-dire qu’elle ne dispose pas de formulation définitive possible.

En pratique, cet effort de vouloir à tout prix différencier atténuation et adaptation freine l’action, comme en témoigne la « maladaptation ». Introduite dans le rapport du Giec de 2001, la maladaptation est redéfinie dans celui de 2022 comme une action d’adaptation qui aggrave « le risque de conséquences néfastes liées au climat… » en y précisant « … y compris par une hausse des émissions de gaz à effet de serre (GES) ». Ce qui n’est pas précisé est l’inverse : est-ce qu’une « bonnadaptation » est une action d’adaptation qui vise à baisser les émissions de GES ?

Sur le terrain, on s’aperçoit bien vite qu’une action relève de l’adaptation selon les enjeux, l’interprétation et les intérêts propres à chaque acteur, ce que résume l’Institut international sur le développement durable (IISD) : « Chaque élément de compréhension de ce qu’est l’adaptation est accompagnée d’un ensemble de définitions et de partis pris qui lui est propre. »

Un Ehpad peut présenter la rénovation de l’isolation thermique de ses bâtiments comme une action d’adaptation en valorisant les gains en termes de confort thermique et de protection pour ses populations résidantes vulnérables. Procédant aux mêmes travaux d’isolation, un autre Ehpad peut tout à fait arguer qu’elle le fait dans l’objectif de réduire ses émissions de GES de par l’économie de climatisation ou chauffage que cela entraîne. Dans ce dernier cas, on peut également qualifier cela d’« adaptation silencieuse » : bien que non désignée comme une action d’adaptation, elle participe pourtant à faire face aux impacts climatiques, dans cet exemple, aux fortes chaleurs et aux grands froids.




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Faudrait-il donc choisir désormais d’autres mots ? C’est ce que suggère Ian Burton. Ce professeur retraité de géographie de l’Université de Toronto a contribué aux premiers rapports du Giec en étant l’un des premiers chercheurs à s’être intéressé à l’adaptation. Voici ce qu’il m’a dit quand j’ai pu l’interroger à ce sujet :

« Je suis convaincu qu’il aurait mieux valu pour la communauté internationale, y compris les autorités locales et nationales ainsi que le secteur privé, que la dichotomie entre atténuation et adaptation ne soit pas instaurée dans le texte de la CCNUCC : il aurait suffi de préconiser une approche intégrée mobilisant toutes les mesures de réponse possibles et de les désigner sous le terme d’ajustements. »

Regret ou souhait ? Toujours est-il qu’il semble important de regarder au-delà des définitions pour encourager l’intégration d’actions climatiques dans les politiques publiques locales. Ce regard peut être élargi en adoptant une focale systémique plutôt qu’une focale strictement climatique, c’est-à-dire en gardant en tête que les changements climatiques s’inscrivent dans une dynamique de changement global qui touche toutes les échelles de la planète de manière continue et progressive.

L’enjeu climatique n’est pas uniquement une question de lexique. La séparation abstraite entre atténuation et adaptation a fait perdre beaucoup de temps et empêche encore de nombreuses initiatives d’émerger ou de gagner en efficacité. Au-delà d’une meilleure communication auprès des acteurs locaux, il semble important d’inciter avant toute chose de mettre en place toute action qui vise à transformer les activités et les territoires en vue de les faire correspondre durablement aux nouvelles réalités climatiques et environnementales qui s’installent.

The Conversation

Guillaume Simonet-Umaña ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Climat : Séparer adaptation et atténuation freine-t-il l’action ? – https://theconversation.com/climat-separer-adaptation-et-attenuation-freine-t-il-laction-291206

Qu’est-ce que le syndrome de mort subite chez l’adulte ?

Source: The Conversation – in French – By David C. Gaze, Senior Lecturer in Chemical Pathology, University of Westminster

Dans le cas du syndrome de mort subite chez l’adulte, c’est généralement le rythme électrique du coeur qui est mis en cause, et non une obstruction. (Tetiana_Kryvous/Shutterstock.com)

Lorsque Mark Hughes, l’ancien entraîneur de Manchester United et de l’équipe nationale du Pays de Galles, a perdu son fils âgé de 38 ans, une enquête a révélé que la cause du décès était le syndrome de mort subite chez l’adulte, ou SADS (sudden adult death syndrome).

Il semblait en bonne santé. Aucune maladie n’était apparente. Pour une famille, cette situation est presque impossible à comprendre. Comment quelqu’un peut-il mourir d’une maladie cardiaque alors que même une autopsie pourrait ne rien révéler d’anormal au niveau de son cœur ?

La réponse commence par un fait qu’on oublie facilement : le cœur n’est pas seulement une pompe ; c’est aussi un organe électrique. Chaque battement cardiaque commence par un signal qui se propage à travers le cœur selon une séquence précise, indiquant à chaque cavité quand se contracter. Dans le cas du syndrome de SADS, la défaillance réside souvent dans ce système électrique, et non dans la structure physique du cœur.

Si le signal devient instable, un rythme anormal — une arythmie — peut se développer. La plupart sont bénignes. Mais certaines, qui prennent naissance dans les ventricules (les cavités inférieures du cœur), peuvent être mortelles. Lors d’une fibrillation ventriculaire, l’activité électrique devient chaotique et le cœur tremble au lieu de pomper. Le sang cesse d’alimenter le cerveau, ce qui entraîne une perte de conscience.




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Sans réanimation cardio-respiratoire (RCR) ni choc délivré par un défibrillateur, la personne peut mourir en quelques minutes. Il s’agit d’un arrêt cardiaque.

Il faut préciser qu’un arrêt cardiaque et une crise cardiaque ne sont pas la même chose, même si ces termes sont souvent utilisés de manière interchangeable. Une crise cardiaque survient lorsqu’une artère obstruée prive une partie du muscle cardiaque de sang. Un arrêt cardiaque survient lorsque le cœur cesse soudainement de pomper le sang dans l’organisme.

Une crise cardiaque peut entraîner un arrêt cardiaque, mais les deux ne sont pas la même chose. Dans le cas du syndrome SADS, c’est généralement le rythme électrique qui est mis en cause, et non une obstruction.

C’est aussi à cause de ce dysfonctionnement électrique qu’il est si difficile d’enquêter sur le syndrome de SADS. Une autopsie permet de détecter les problèmes structurels — une artère obstruée, un muscle endommagé, un cœur hypertrophié. Mais une perturbation électrique ne laisse souvent aucune trace.

Après le décès d’une personne, l’activité qui contrôlait autrefois son rythme cardiaque a tout simplement disparu. Ainsi, un pathologiste peut examiner un cœur qui semble tout à fait normal, même s’il présentait un dysfonctionnement mortel quelques minutes auparavant.

Le SADS est un décès soudain et inexpliqué dû à un arrêt cardiaque. Il fait environ 500 victimes chaque année au Royaume-Uni.

Certains cas sont attribuables à des troubles héréditaires affectant les canaux microscopiques qui permettent le passage des particules chargées électriquement vers et depuis les cellules cardiaques — le mécanisme à l’origine de chaque battement cardiaque.

Parmi les affections associées au syndrome SADS, on retrouve le syndrome du QT long, le syndrome de Brugada et la tachycardie ventriculaire polymorphe catécholaminergique. Ces noms sont compliqués à prononcer, mais ils ont un point commun : ils peuvent déstabiliser le rythme cardiaque sans laisser de trace structurelle.

C’est là que la génétique peut réussir là où une autopsie conventionnelle échoue. L’ADN prélevé après un décès inexpliqué peut être analysé à la recherche de variants associés à des maladies cardiaques héréditaires, une approche parfois appelée « autopsie moléculaire ». Un variant génétique est détecté dans jusqu’à 13 % des cas de SADS.

Déterminer la cause d’un décès ne sert pas seulement à l’expliquer. Cela peut aussi protéger les proches.

Les signes avant-coureurs, lorsqu’ils existent, passent souvent inaperçus. Certaines personnes ont fait de l’exercice, travaillé et mené une vie tout à fait normale jusqu’à leur arrêt cardiaque. D’autres présentaient des symptômes sans en comprendre la signification : des évanouissements inexpliqués, notamment pendant l’exercice, ou des palpitations et des étourdissements récurrents. Un évanouissement causé par un trouble du rythme cardiaque peut même être confondu avec une crise épileptique.




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Facteur génétique

Les antécédents familiaux sont tout aussi importants. Un décès subit inexpliqué chez un parent, un frère ou une sœur ou un enfant — particulièrement à un jeune âge — peut indiquer une affection héréditaire, puisque bon nombre des troubles à l’origine du SADS sont héréditaires. Cela ne signifie pas pour autant que toute personne souffrant de palpitations ou d’étourdissements présente un problème cardiaque grave ; ces symptômes sont courants et généralement bénins. Toutefois, un évanouissement pendant l’exercice physique, ou des symptômes associés à des antécédents familiaux de décès subit prématuré, méritent d’être examinés.

Trois générations d’une même famille
Les tests génétiques permettent de déterminer si le syndrome de SADS est héréditaire.
(Shutterstock)

L’enquête sur un décès ne se limite pas nécessairement à la personne décédée. Comme plusieurs des affections liées au syndrome de SADS sont héréditaires, les proches parents peuvent se voir proposer des examens dans une clinique cardiaque spécialisée. Ceux-ci peuvent inclure un ECG pour vérifier l’activité électrique du cœur, une échographie pour en examiner la structure, un test d’effort, une surveillance du rythme cardiaque et, dans certaines familles, des tests génétiques.

Cette approche donne des résultats. Une étude portant sur 304 familles touchées par la mort cardiaque subite a révélé une maladie cardiaque héréditaire chez 47 % des familles dans l’ensemble, 11 % des proches ayant subi un dépistage ayant reçu un diagnostic définitif. Lorsque le décès initial avait été spécifiquement classé comme un cas de mort cardiaque subite d’origine inconnue (MCSI), l’enquête a tout de même révélé une affection héréditaire dans environ une famille sur cinq.

Une étude plus récente portant sur 686 proches a révélé que la plupart des diagnostics posés au cours des dix années de suivi l’ont été au cours des cinq premières années — ce qui rappelle l’importance d’une évaluation rapide.


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Détecter une personne à risque avant l’apparition des symptômes peut lui sauver la vie. Le traitement dépend de l’affection en cause, et peut inclure des médicaments, des conseils sur l’activité physique ou l’évitement de certaines substances. On peut proposer aux personnes les plus à risque un défibrillateur-cardioverteur implantable, un appareil qui surveille en permanence le rythme cardiaque et qui peut délivrer un choc électrique pour rétablir un rythme normal si nécessaire.

Même le nom de cette affection prête à confusion. Les médias parlent souvent de « syndrome de mort subite chez l’adulte », mais en cardiologie, on préfère le terme « syndrome de mort subite d’origine arythmique », car il décrit ce que les médecins soupçonnent s’être produit : un rythme cardiaque anormal mortel sans cause physique ou médicamenteuse évidente.

Quoi qu’il en soit, le syndrome de mort subite d’origine arythmique n’est pas simplement une étiquette attribuée à un décès que personne ne peut expliquer. Il reflète les limites de ce qu’une autopsie standard peut nous révéler au sujet d’un cœur dont le système électrique a peut-être cessé de fonctionner normalement quelques minutes auparavant.

Ces limites s’amenuisent. En combinant les autopsies réalisées par des experts, les analyses génétiques et les enquêtes menées auprès des proches survivants, il est parfois possible de mettre au jour la maladie cachée à l’origine d’un décès de ce type. Cela ne compensera pas la perte subie par la famille. Mais cela peut changer la suite des événements. Et découvrir pourquoi une personne apparemment en bonne santé est décédée peut révéler que d’autres membres de sa famille sont porteurs du même risque caché, afin de prendre des mesures avant qu’il ne soit trop tard.

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David C. Gaze ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Qu’est-ce que le syndrome de mort subite chez l’adulte ? – https://theconversation.com/quest-ce-que-le-syndrome-de-mort-subite-chez-ladulte-290018

Quels oiseaux pourrait-on voir figurer sur les billets d’euros ?

Source: The Conversation – in French – By Frédéric Archaux, Chercheur, Inrae

Certains des différents graphismes proposés pour les prochaines coupures de billets d’euros. BCE

L’ESSENTIEL

  • Les Européens sont invités à voter en ligne pour choisir la nouvelle illustration graphique des prochains billets d’euros.

  • Parmi les dix propositions retenues, cinq mettent en scène des oiseaux, sur leur recto.

  • L’ornithologue Frédéric Archaux nous aide à analyser les oiseaux choisis.


Dans la lutte sans fin contre les faux-monnayeurs, les banques centrales doivent intégrer toujours plus d’éléments de sécurité dans les billets qu’elles émettent, ce qui impose de les renouveler périodiquement.

Depuis le lancement de l’euro en 2002, la face de nos billets n’a changé qu’à deux reprises mais la Banque centrale européenne (BCE), seule autorité émettrice des pièces et billets de la monnaie unique, souhaite désormais mettre de nouveaux billets en circulation.

« Nature ou culture » ?

Pour les illustrer, au terme d’un long processus citoyen de sélection, elle a identifié deux thèmes possibles : « culture européenne » et « fleuves et oiseaux ». Ce choix n’a rien de surprenant, tant le dualisme nature/culture structure la pensée occidentale de Platon aux travaux contemporains d’anthropologues comme Philippe Descola !

Pour affiner le choix des illustrations des six jeux de coupures, de 5 à 200 euros, la BCE a ouvert un concours auquel ont répondu 1 241 graphistes de toute l’Union européenne (UE). Après plusieurs nouvelles étapes de sélection – pour déterminer notamment les personnalités européennes et les espèces d’oiseaux à représenter –, la BCE a finalement retenu cinq propositions pour chacun des deux thèmes.

Ce sont ces dix propositions pour les six jeux de coupures qui sont ouvertes au vote en ligne jusqu’au 21 septembre.

Un patrimoine commun auxquels les Européens sont attachés

Arrêtons-nous sur le thème « fleuves et oiseaux ». La BCE a mis en exergue plusieurs éléments pour justifier ce choix : ils ne connaissent pas de frontières et rappellent en cela l’espace Schengen ; ils sont un patrimoine commun auxquels les Européens sont attachés ; l’Europe a contribué à leur protection grâce à plusieurs textes ambitieux de protection de l’environnement, comme la directive Oiseaux, adoptée en 1979, la directive Habitats-Faune-Flore, en 1992, et la directive-cadre sur l’eau, en 2000.

À partir de là, quelles espèces d’oiseaux choisir ? Voici ce que la BCE nous apprend sur les critères de sélection. Les espèces d’oiseaux retenues devaient illustrer la diversité des écosystèmes fluviaux, de la source à l’océan. Il fallait également qu’elles soient belles, migratrices, largement réparties en Europe et qu’elles aient bénéficié des mesures de protection adoptées par l’UE.

Enfin, ces espèces ne devaient pas être perçues négativement dans aucun des pays de la zone euro. Mais les propositions mises au vote répondent-elles bien à ce cahier des charges ? C’est ce que nous proposons de voir.

Quelles sont les espèces choisies ?

Du billet de 5 euros à celui de 200 euros, on trouve successivement le tichodrome échelette (Tichodroma muraria), le martin-pêcheur (Alcedo atthis), le guêpier d’Europe (Merops apiaster), la cigogne blanche (Ciconia ciconia), l’avocette élégante (Recurvirostra avosetta) et le fou de Bassan (Morus bassanus).

Sur la première ligne, de gauche à droite : le tichodrome échelette, l’avocette élégante, le guépier d’Europe. Sur la deuxième ligne, de gauche à droite : la cigogne blanche, le martin-pêcheur, le fou de Bassan.
Sur la première ligne, de gauche à droite : le tichodrome échelette, l’avocette élégante, le guépier d’Europe. Sur la deuxième ligne, de gauche à droite : la cigogne blanche, le martin-pêcheur, le fou de Bassan.
Imran Shah, Derek Keats, Andy Morffew, Dcabrilo, Andreas Trepte, Wladyslaw Sojka/Wikimédia, CC BY

Le style est bien différent entre les cinq propositions – trois figurent les oiseaux en monochromie, les deux dernières en couleur. Quatre adoptent des dessins, stylisés ou réalistes ; la dernière a opté pour des photographies.

Ces espèces ne présentent pas de difficulté d’identification et sont donc facilement reconnaissables quelle que soit la proposition, mais la monochromie ne rend pas hommage aux couleurs chatoyantes du martin-pêcheur, du guêpier d’Europe ou du tichodrome échelette.

Regardons maintenant si les critères énoncés par le cahier des charges ont bien été respectés.

Des oiseaux et des fleuves

Commençons par le premier critère : les espèces d’oiseaux retenues devaient illustrer la diversité des écosystèmes fluviaux, de la source à l’océan. Même si on peut les trouver parfois assez loin de rivières, c’est bien le cas du martin-pêcheur, du guêpier et de la cigogne blanche qui nichent, pour les deux premiers, dans des terriers qu’ils creusent dans les berges des rivières ou, pour la cigogne, dans les arbres le long des cours eau.

L’avocette élégante, un échassier côtier au long bec recourbé vers le haut pour capturer de petits invertébrés aquatiques, se reproduit dans les deltas des grands fleuves (comme en Camargue), mais aussi dans les marais. Elle niche en petites colonies qui défendent bruyamment leurs couvées contre leurs prédateurs.

Une avocette pêchant grâce à son bec courbé
Une avocette pêchant grâce à son bec courbé.
Derek Keats/Wikimédia, CC BY

En revanche, les deux dernières espèces ne remplissent pas ce critère. Le fou de Bassan, un oiseau marin du large, niche sur une trentaine d’îles océaniques en Europe, telles que l’archipel des Sept-Îles en Bretagne ou l’île de Bass Rock en Écosse (d’où il tire son nom).

Le tichodrome échelette, quant à lui, se nourrit et se reproduit sur les falaises des hautes montagnes et ne dépend pas particulièrement des torrents. Solidement arrimé à la roche grâce à ses longues griffes, il capture avec son long bec fin les petits insectes qui se terrent dans les anfractuosités.

Une femelle tichodrome en Roumanie
Une femelle tichodrome en Roumanie.
Charles J. Sharp/Wikimedia, CC BY

Des espèces attractives ?

Examinons maintenant le deuxième critère, qui aspire à choisir des espèces dites « attractives ». Le martin-pêcheur et le guêpier figurent parmi les oiseaux les plus colorés d’Europe. Le tichodrome est élégant dans son costume gris et noir, rehaussé de larges plages rouges et de taches blanches aux ailes.

Guêpier d’Europe chassant un papillon en vol
Guêpier d’Europe chassant un papillon en vol.
Giles Laurent/Wikimédia, Fourni par l’auteur

La cigogne blanche, l’avocette élégante et le fou de Bassan ont un plumage globalement noir et blanc, pratique pour une éventuelle impression en monochromie.

Ces choix rappellent notre tendance à préférer les espèces grandes et colorées aux oiseaux petits et moins tape-à-l’œil, mais tout aussi esthétiques pour autant, souvent avec des motifs délicats.

Deux fou de Bassan
Deux fous de Bassan.
Al Wilson/Wikimédia, CC BY

Des espèces migratrices ?

Tâchons de voir à présent si toutes les espèces représentées sont bel et bien migratrices, comme le donne à penser le troisième critère.

Le guêpier d’Europe et la cigogne blanche hivernent effectivement en Afrique. Cependant, c’est de moins en moins vrai pour la cigogne blanche : plusieurs milliers d’oiseaux demeurent aujourd’hui toute l’année en Europe de l’Ouest. Le guêpier se nourrit exclusivement d’insectes aériens. Comme la majorité des oiseaux insectivores, il est obligé de passer l’hiver en Afrique pour se nourrir.

Le fou de Bassan est aussi un grand migrateur, mais il passe le plus clair de son temps au large des côtes où il pêche des poissons dans de spectaculaires plongées. Les populations nordiques de l’avocette élégante descendent, elles, sur nos côtes en automne et rejoignent alors les nicheurs de l’Hexagone essentiellement sédentaires.

En revanche, le tichodrome échelette s’éloigne généralement peu de ses montagnes (il descend essentiellement à plus basse altitude en hiver), même si quelques individus sont notés en plaine chaque hiver sur des « falaises artificielles » que constituent les carrières, les barrages hydrauliques, les cathédrales et les ponts de pierre. Le martin-pêcheur est également essentiellement sédentaire. Mal lui en prend lorsque de fortes gelées le privent durablement des poissons dont il se nourrit : les populations s’effondrent alors et ne se rétablissent que plusieurs années plus tard.

Des espèces largement réparties en Europe ?

Les espèces sélectionnées sont-elles largement réparties en Europe, comme le veut le quatrième critère ?

Le martin-pêcheur, la cigogne blanche, l’avocette élégante occupent une bonne part du territoire de l’UE, bien qu’elles soient très peu présentes, voire absentes, en Scandinavie. Le guêpier d’Europe est une espèce de la moitié sud de l’Europe, le fou de Bassan des côtes maritimes et le tichodrome des hautes montagnes (Pyrénées, Alpes, Apennins, Carpathes et Balkans).

Bref, toutes ne sont pas des figures familières (qui a déjà entendu parler du tichodrome échelette ?) et elles couvrent mal l’Europe du Nord, comme la Finlande qui fait pourtant partie de la zone euro.

Des espèces qui ont bénéficié de la protection de l’UE ?

Ces espèces ont-elles également bénéficié de la protection de l’UE, comme le suggère le dernier critère énoncé ?

Les politiques européennes en faveur des zones humides ont probablement bénéficié au martin-pêcheur, à la cigogne blanche et à l’avocette et peut-être au guêpier d’Europe ; la régulation de la pêche pour reconstituer les stocks de poissons a vraisemblablement profité au fou de Bassan.

En revanche, ces politiques n’ont probablement eu aucun impact sur le tichodrome échelette. Dans l’ensemble, il ne s’agit pas d’espèces pour lesquelles, du moins chez nous, les politiques européennes ont joué un rôle majeur sur l’état de leurs populations.

D’autres choix auraient-ils été plus pertinents ?

Cormoran sur la rivière Regnitz en Allemagne
Cormoran sur la rivière Regnitz en Allemagne.
Reinhold Möller/Wikimedia, CC BY

L’absence de canards, d’oies, de grèbes, de hérons, de cormorans, de cygnes, de sternes, de mouettes, de poules d’eau est étonnante, car ce sont ces espèces-là que l’on croise le plus souvent le long des rivières et des fleuves d’Europe.

Peut-être est-ce parce que certaines sont chassées en Europe et peuvent occasionner des dégâts aux cultures ou aux piscicultures ?

Le fou de Bassan aurait également pu laisser sa place à des espèces qui passent l’essentiel de leur temps en Europe, comme le plongeon imbrin (Gavia immer) qui niche en Scandinavie et hiverne en Europe de l’Ouest ou la grande aigrette (Egretta alba), de la taille d’un héron cendré, mais tout de blanc vêtue, qui a recolonisé l’Europe grâce aux efforts de protection dans l’UE.

Un plongeon imbrin et une grande aigrette
Un plongeon imbrin et une grande aigrette.
John Picken, Calibas/Wikimedia, CC BY

Le cincle plongeur (Cinclus cinclus) aurait été un choix plus pertinent que le tichodrome, car cet oiseau, qui peut évoquer un merle, est véritablement tributaire des torrents de montagne. En effet, il se nourrit sous l’eau des larves d’insectes aquatiques. La délicate bergeronnette des ruisseaux aurait été une autre option (comme son nom l’indique !) tout aussi séduisante.

Un cincle plongeur
Un cincle plongeur.
Dirk-Jan van Roest, CC BY

Enfin, la sélection aurait pu intégrer le balbuzard pêcheur (Pandion haliaetus) ou le pygargue à queue blanche (Haliaeetus albicilla), non seulement parce qu’il s’agit d’un grand rapace pêcheur emblématique en Europe, mais aussi parce que les efforts pour le protéger portent aujourd’hui leurs fruits.

balbuzard pêcheur et pygargue à queue blanche
un balbuzard pêcheur et un pygargue à queue blanche.
lwolfartist, Yathin S. Krishnappa/Wikimedia, CC BY

Que retenir de tout cela ?

Il faut saluer la consultation citoyenne pour choisir le recto de nos futurs billets de banque, en espérant que cela ne soit pas seulement du greenwashing.

Les banques financent encore trop souvent des projets qui concourent à la destruction des écosystèmes naturels. L’UE a elle joué un rôle majeur dans la protection de l’environnement en Europe et elle entend continuer de le faire avec la loi sur la restauration de la nature adoptée en 2024.

Néanmoins, les tergiversations sur le Green Deal et la montée des populismes ces dernières années en Europe n’incitent pas à l’optimisme. Mais ne boudons quand même pas notre plaisir à voir, peut-être, demain des oiseaux orner nos billets de banque !

The Conversation

Frédéric Archaux ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Quels oiseaux pourrait-on voir figurer sur les billets d’euros ? – https://theconversation.com/quels-oiseaux-pourrait-on-voir-figurer-sur-les-billets-deuros-291510

L’épidémie d’Ebola en RDC pourrait être la pire de l’histoire : 4 mesures qui pourraient contribuer à y mettre fin

Source: The Conversation – in French – By Yap Boum, Professor in the faculty of Medicine, Mbarara University of Science and Technology

La lutte contre Ebola en République démocratique du Congo a atteint un point critique. Le pays peut soit intensifier ses efforts pour maîtriser cette dernière flambée, soit risquer de la laisser perdurer et devenir la pire épidémie d’Ebola jamais enregistrée.

Au 1er septembre 2026, plus de 6 186 cas confirmés et 3 007 décès ont été signalés depuis mai 2026 date à laquelle elle a été déclarée pour la première fois. Il s’agit de l’épidémie d’Ebola la plus meurtrière de l’histoire de la RDC. Cette épidémie est causée par la souche Bundibugyo du virus responsable de la maladie d’Ebola. Il n’existe actuellement aucun vaccin homologué ni aucun traitement spécifique contre la souche Bundibugyo.

On estime que l’épidémie a pris naissance à la fin avril 2026 dans la région minière très animée de Mongbwalu, en Ituri (nord-est de la RDC), avant de se propager, via des communautés et des réseaux de santé interconnectés, vers Rwampara et Bunia – des zones de sanité de la province d’Ituri – puis vers l’Ouganda.

La riposte à cette épidémie a été menée au niveau national par le gouvernement de la RDC, avec le soutien du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies, de l’Organisation mondiale de la Santé et d’autres partenaires, qui ont contribué au renforcement de la surveillance, des capacités de laboratoire, des centres de traitement, de la prévention et du contrôle des infections, de la vaccination, de la logistique, de l’engagement communautaire et de l’organisation d’inhumations sûres et dignes.

Des progrès significatifs ont été réalisés, notamment l’interruption de la transmission en Ouganda grâce à un leadership national déterminé et à une étroite collaboration avec les communautés.

Cependant, en RDC, l’insécurité, la mobilité de la population, les retards de dépistage, les lacunes en matière de financement et d’approvisionnement, ainsi qu’une implication insuffisante par les communautés ont continué à entretenir la transmission.

La riposte n’est donc pas encore suffisante pour interrompre la transmission en RDC. Cela souligne la nécessité de rapprocher la surveillance, le dépistage, le traitement, la vaccination et l’engagement communautaire au plus près des villages.

En tant qu’experts en santé publique spécialisés dans le virus Ebola et ayant été en première ligne pour endiguer la dernière épidémie d’Ebola en RDC, nous estimons que des efforts supplémentaires sont nécessaires.

Ces efforts doivent tenir compte des quatre facteurs qui ont rendu cette épidémie difficile à maîtriser :

  • l’environnement géographique et humanitaire difficile de la RDC;

  • la forte mobilité des populations;

  • un faible niveau de confiance et un engagement communautaire insuffisant;

  • l’arsenal scientifique encore incomplet contre le virus de Bundibugyo.




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Les quatre facteurs

Premièrement, cette épidémie se déroule dans un environnement exceptionnellement difficile. Les zones touchées sont vastes, isolées et, en de nombreux endroits, peu sûres. De courts trajets peuvent prendre une journée, voire plus, sur des routes en mauvais état, en particulier pendant la saison des pluies (qui bat actuellement son plein).

Deuxièmement, les populations sont très mobiles. Les communautés minières, le transport à moto, les déplacements de population et les mouvements transfrontaliers relient des villages et des zones de sant& difficiles à surveiller. L’épidémie s’est concentrée dans plusieurs zones interconnectées, notamment en Ituri, à environ 2 886 km de Kinshasa, la capitale de la RDC.

Bunia, le principal pôle urbain de l’Ituri, est reliée aux zones de transmission environnantes. La mobilité des personnes joue un rôle important dans la riposte.

Troisièmement, la confiance et l’engagement communautaire restent des défis. Lorsque les gens ont peur, lorsque les établissements de santé ont fermé après le décès de professionnels de santé, ou lorsque des familles ont été confrontées à Ebola sans constater de riposte efficace, ces dernières peuvent retarder ou éviter de demander de l’aide. Cela affecte directement la surveillance.

Les enquêtes menées actuellement par notre équipe suggèrent qu’une part importante des cas est identifiée en dehors des listes de contacts établies. La riposte ne peut donc pas reposer uniquement sur la recherche traditionnelle des contacts.

Quatrièmement, contrairement au virus Ebola de type Zaïre, le virus Bundibugyo ne fait l’objet d’aucun vaccin homologué ni d’aucun traitement spécifique. La recherche clinique fait donc partie intégrante de la riposte elle-même.

La RDC a lancé une campagne de vaccination contre Ebola à Kisangani. Les premières injections ont été administrées aux professionnels de santé et aux autres intervenants de première ligne. Plus de 50 000 doses ont été reçues.

Le Groupe international de coordination sur l’approvisionnement en vaccins a approuvé l’utilisation de 70 000 doses d’Ervebo dans le pays. Environ 20 000 d’entre elles seront utilisées dans le cadre d’un essai clinique visant à évaluer son efficacité contre la souche Bundibugyo.




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Le bilan de la riposte à ce jour

Il est important de souligner tout ce qui a été accompli en seulement trois mois, entre le 15 mai et le 15 août 2026.

Plus de 20 structures de traitement et d’isolement des patients atteints d’Ebola ont été mises en place ou soutenues. Au plus fort de la crise, fin mai 2026, les capacités de traitement étaient débordées, le taux d’occupation des lits ayant dépassé les 200 %. Fin août, ce taux était tombé à environ 66 %.

Les capacités des laboratoires se sont considérablement développées, avec 22 laboratoires opérationnels répartis dans les cinq provinces touchées. Auparavant, il n’y en avait qu’un seul à Kinshasa capable de détecter le virus Bundibugyo. Cette augmentation du nombbre de laboratoires a permis de réduire le délai entre le prélèvement des échantillons et l’obtention des résultats, qui est passé de plus d’une semaine à quelques heures seulement.

Les enterrements, organisés dans des conditions sûres et dignes, se sont également considérablement améliorés, la grande majorité d’entre eux ayant désormais lieu dans les 24 heures.

Ces progrès sont importants. Ils montrent que la riposte peut inverser la tendance d’une épidémie lorsque les ressources, la coordination et les capacités techniques sont réunies.

Des signaux épidémiologiques encourageants sont également observés. Le taux de reproduction effectif a considérablement baissé par rapport au niveau très élevé (Rt de 4,0) observés en mai. Le nombre moyen de personnes contaminées par chaque cas est passé de quatre à un peu plus d’une.

L’ampleur des ressources mobilisées pour faire face à l’épidémie est considérable, avec environ 1,72 milliard de dollars américains de promesses de dons, dont 118,5 millions engagé par les pays africains. Environ 867 millions de dollars américains (soit près de la moitié des promesses de dons) auraient déjà été débloqués.

Le plan de riposte continental lancé le 27 juin 2026 par le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC) et l’OMS a été conçu autour d’un principe simple : un plan, un budget, une équipe, un cadre de suivi et d’évaluation, en plaçant les communautés au cœur de l’action.

Ce qu’il faut faire

La prochaine phase doit être centrée sur les villages. Les représentants locaux, les agents de santé et les dirigeants doivent devenir des partenaires actifs dans la surveillance, la détection précoce, l’orientation vers des soins spécialisés, la communication des risques et la protection des communautés.

Les outils numériques peuvent y contribuer, mais la technologie doit être au service de la communauté plutôt que s’y substituer.

Les conducteurs de motos-taxis, qui relient les communautés sur de longues distances, doivent être associés à la riposte en tant que partenaires plutôt que d’être simplement considérés comme un risque.

La vaccination doit être rapprochée des communautés. La recherche doit être menée là où l’épidémie sévit. Les essais cliniques de vaccins et de traitements doivent se dérouler avec urgence et rigueur scientifique.

Rétablir la confiance

Les services de santé essentiels doivent se poursuivre parallèlement à la lutte contre Ebola.

Il en va de même pour la réouverture des écoles. Celle-ci doit s’accompagner de mesures de prévention des infections, notamment la formation des enseignants, la mise à disposition d’installations sanitaires, la mise en place de mécanismes d’orientation clairs et l’adaptation de la communication sur l’épidémie à l’intention des écoliers et de leurs familles.

Les interventions humanitaires et celles liées à Ebola doivent également être intégrées. On ne peut pas attendre d’une communauté confrontée à l’insécurité, aux déplacements de population et à la maladie qu’elle navigue entre des systèmes distincts pour chaque crise.

Enfin, Ebola ne respecte pas les frontières. La collaboration entre la RDC et l’Ouganda montre ce que peut être la solidarité régionale. Elle repose sur une surveillance conjointe, le rapprochement des capacités de diagnostic des communautés frontalières, le partage d’informations et une action coordonnée.

Les enseignements tirés de la collaboration entre la RDC et l’Ouganda doivent être étendus au Soudan du Sud, à la République du Congo et aux autres pays voisins, comme convenu à Bangui, en République centrafricaine, à la mi-août.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

– ref. L’épidémie d’Ebola en RDC pourrait être la pire de l’histoire : 4 mesures qui pourraient contribuer à y mettre fin – https://theconversation.com/lepidemie-debola-en-rdc-pourrait-etre-la-pire-de-lhistoire-4-mesures-qui-pourraient-contribuer-a-y-mettre-fin-291399

Panoramas, cosmoramas y dioramas: simuladores de mundos antes de la IA

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Marieta Cantos Casenave, Catedrática de Literatura Española. Instituto de Investigación en Estudios del Mundo Hispánico, Universidad de Cádiz

Fragmento del panorama de la ciudad de Edimburgo de Robert Baker, del siglo XVIII. Wikimedia Commons

¿Ha visitado alguna vez una montaña rusa, o una de esas atracciones familiares que simulan viajes en barco o tren por distintos parajes naturales o urbanos que ofrecen muchos parques temáticos?

El paseo para ver It’s a small world o el viaje en los cohetes del Space Mountain en Disneyland son el resultado de la combinación y actualización de una serie de espectáculos ópticos de ilusión realista, inventados en el siglo XIX. Gracias a ellos, el público podía vivir una experiencia inmersiva que lo situaba en un espacio diferente y, a veces, también en un tiempo distinto al suyo.

El panorama, el cosmorama y el diorama

El panorama, patentado por Robert Barker en 1787, era una pintura gigante de 360 grados que se colocaba en un espacio construido expresamente para ella. El espectador podía tener una vista inmersiva y circular de lo que hubiese sido retratado en el paisaje. Podríamos decir que es el precursor del formato panorámico actual de las fotografías o los vídeos.

El diorama, inventado por Louis Daguerre y Charles Bouton, era un espectáculo parecido al panorama en el que se exhibía un gran lienzo pintado por ambas caras. Sobre él incidía una luz que destacaba unas zonas frente a otras. Ante los ojos del espectador, el paisaje variaba en función del paso de las horas del día y la noche, las estaciones o los efectos provocados por un alud, la erupción de un volcán o un incendio, entre otros casos.

Por su parte, en el cosmorama, invención del abate piamontés Gazzera, las vistas eran contempladas a través de unos vidrios que tenían la propiedad de aumentar y alejar en apariencia los objetos visionados.

Sección transversal de la Rotonda de Leicester Square, donde se exhibió el panorama de Londres (1801).
Sección transversal de la Rotonda de Leicester Square, donde se exhibió el panorama de Londres (1801).
Wikimedia Commons

Empiezan a moverse

Con la idea de dotarlos de mayor realismo, para que el público se sintiera inmerso en una escena genuina, estos espectáculos fueron incluyendo objetos, animales o actores que reprodujesen tridimensionalmente los detalles plasmados en dos dimensiones. Esto ampliaba un efecto que todavía puede disfrutarse, por ejemplo, en los dioramas diseñados por belenistas y pesebristas. En el siglo XIX, el sonido, los juegos de luces y sombras y la narración del exhibidor también eran fundamentales para completar la alucinación del público.

Con frecuencia, espectáculos como los panoramas móviles producían un simulacro de movimiento, un ligero desplazamiento, como si el espectador estuviese asomado a lo que pretendía ser la ventanilla de un tren o un barco. Al igual que en los modernos parques temáticos, la audiencia experimentaba la sensación de estar subiendo una montaña, navegando por un río, adentrándose en un tétrico cementerio o sufriendo los efectos de un terremoto, de una avalancha de nieve o de un gran incendio. A su vez, también podía sumergirse en una famosa batalla o verse colocado en medio de las ruinas de civilizaciones antiguas o exóticas, como Pompeya, Roma, Atenas o Pekín.

El asombro y la sorpresa eran indescriptibles. Sin embargo, en ocasiones, los espectadores salían de ellos con cierta sensación de náusea, vértigo e incluso vómitos, resultado de la experiencia que se vivía como si fuera un viaje real.

La montaña rusa

En 1770 el aristócrata Simon-Gabriel Boutin inauguró en París los jardines del Tívoli. Tras cerrar después de la muerte en la guillotina de su dueño, en 1795 volvieron a abrir sus puertas convertidos en un gran espectáculo. Lo hicieron de la mano del empresario Gérard Desrivières, que decidió incluir entre sus atracciones títeres, equilibrios sobre cuerda, proyecciones de linterna mágica –uno de los antecedentes del cine– y panoramas.

El Tívoli tuvo muchos dueños a lo largo de su historia. Tras Desrivières pasó a ser propiedad de Jean Henri Louis Greffulhe. Y, después de la muerte de este último, en 1826 sus herederos lo alquilaron al físico, aeronauta e ilusionista belga Étienne-Gaspard Robert (conocido profesionalmente como Robertson). Este Nouveau Tivoli contaba con fuegos pirotécnicos, ascensos en globo, y una variedad de espectáculos de linterna mágica y fantasmagorías –así conocidos por su temática y efecto terrorífico–. Pero además, Robertson decidió introducir atracciones mecánicas de velocidad conocidas en la época como montañas rusas.

En los años 60 y 70 del siglo XIX, estos espectáculos se convirtieron en fenómenos de masa, en muchas ocasiones incluidos entre los atractivos de las exposiciones nacionales o internacionales. El público podía sumergirse por unas horas en espacios y tiempos vinculados con los valores de una modernidad que apreciaba aquellas culturas distantes, exóticas o de excepcional valor patrimonial.

Así, podía viajar sin moverse del asiento, y contemplar pequeños mundos que hoy siguen atrayendo a las masas convocadas por los más famosos parques temáticos. El italiano Nicolino Calyó era pintor de panoramas móviles y cosmoramas en los que se ofrecían “viajes a pie quieto”, es decir, un paseo visual por diversos lugares del mundo sin abandonar el local de exhibición. Calyó, después de haber recorrido Europa y América exponiendo sus cuadros, acabó instalándose con su familia en Broadway, donde triunfó con estos espectáculos con acompañamiento de piano.

Al revisar sus creaciones, y las de otros como él, podemos detectar en ellas un antecedente artístico de la utilización de la IA generativa en el cine, que ya se puede ver en obras visuales como PLSTC (Laen Sanches), The Frost (Stephen Parker / Waymark) y Here, de Robert Zemeckis.

Aunque el formato elegido sea diferente, existe un vínculo común en el hecho de combinar el uso de la técnica y las artes. Con ello, estos proyectos buscan crear realidades inexistentes, metaversos dotados de un efecto de ilusión tan potente que el espectador de hoy, como el de siglos atrás, se crea inmerso en un mundo real.


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The Conversation

Marieta Cantos Casenave no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. Panoramas, cosmoramas y dioramas: simuladores de mundos antes de la IA – https://theconversation.com/panoramas-cosmoramas-y-dioramas-simuladores-de-mundos-antes-de-la-ia-261991

Qué tienen en común los países que sí han logrado reducir el suicidio

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Elizabeth Suárez Soto, Doctora en Psicología. Psicóloga Clínica Infanto Juvenil. , Universidad Internacional de Valencia

Terraza en Oslo. A lo largo de los últimos años, las tasas de suicidio han caído significativamente en Noruega. Lunghammer/Shutterstock

La adopción de estrategias nacionales de prevención del suicidio se ha convertido en una prioridad internacional, impulsada por el reconocimiento del suicidio como un problema de salud pública global y por la evidencia que demuestra que las intervenciones aisladas no son suficientes para revertir las tendencias de mortalidad.

Sin embargo, aunque más de 40 países han implementado iniciativas nacionales, entre ellos España, con su Plan de Acción para la Prevención del Suicidio (2025-27), los resultados son marcadamente desiguales. Mientras países como Finlandia, Noruega o Dinamarca han mostrado avances importantes, otros contextos con planes igualmente ambiciosos han observado un impacto limitado o inconsistente.

Esta heterogeneidad obliga a analizar no solo el contenido técnico de las estrategias, sino los procesos que determinan su aplicabilidad, coherencia, sostenibilidad y capacidad de adaptación a contextos socioculturales diversos.

Los elementos que explican la eficacia

Los países que han logrado mayores avances tienen en común algo fundamental: cuentan con estrategias que actúan a varios niveles y que combinan intervenciones universales, selectivas e indicadas, junto con acciones de postvención tras intentos y muertes por suicidio, dentro de un marco de coordinación y gestión coherente.

Las medidas más sólidas incluyen sistemas de vigilancia epidemiológica capaces de integrar información procedente de múltiples fuentes, la restricción del acceso a medios letales y campañas de comunicación que abordan explícitamente el estigma, utilizando enfoques culturalmente adecuados.

Estas acciones no actúan de manera aislada, sino que operan sobre determinantes amplios y modifican actitudes de la población, al tiempo que reducen las barreras estructurales para la búsqueda de ayuda.

Las estrategias más efectivas han priorizado intervenciones dirigidas a grupos específicos –adolescentes, migrantes, minorías étnicas, personas mayores aisladas, comunidades LGBTQ+ o población penitenciaria– mediante modelos comunitarios, redes de apoyo y programas adaptados cultural y lingüísticamente.

La evidencia muestra que la sensibilidad cultural y la adecuación contextual no son elementos accesorios, sino determinantes de la eficacia, especialmente en poblaciones históricamente excluidas de los sistemas o circuitos de ayuda.

Las acciones dirigidas a personas con riesgo elevado o con intentos previos constituyen un punto crítico. Los estudios coinciden en que el seguimiento intensivo tras un intento de suicidio y la incorporación de protocolos estructurados en atención primaria son dos de los mecanismos de mayor impacto. Asimismo, la formación de gatekeepers –personas clave capaces de identificar señales tempranas de riesgo y activar los recursos asistenciales adecuados– en entornos educativos, comunitarios y sanitarios facilita la detección precoz y la activación de circuitos asistenciales eficaces.

El análisis comparado evidencia que la mera existencia de un plan nacional, incluso cuando está basado en recomendaciones internacionales, no garantiza resultados. La diferencia entre estrategias efectivas y estrategias nominales radica en la forma de ponerlas en marcha.

La clave está en una buena coordinación

La coordinación de varios sectores es especialmente determinante: allí donde salud, educación, servicios sociales, justicia y medios operan de manera aislada, las intervenciones pierden coherencia y capacidad de impacto. Por el contrario, los países que han avanzado –como Noruega o Alemania– han desarrollado estructuras estables de gobernanza, con responsabilidades bien definidas, mecanismos de coordinación y sistemas de seguimiento integrados.

La disponibilidad de recursos humanos y financieros es otra variable crítica. Países como India, que aprobó hace pocos años su estrategia nacional, han debido reorientar su plan hacia un modelo de salud mental comunitaria debido a la escasez estructural de profesionales especializados. Este tipo de adaptación, lejos de debilitar la estrategia, la hace más realista y sostenible en contextos de recursos limitados.

A ello se suma la importancia de los sistemas de vigilancia. La obtención de datos fiables –que pueden incluir certificación forense rigurosa; registros multiagencia, es decir, sistemas en los que varias instituciones u organismos comparten y cruzan información sobre un mismo problema, o autopsias psicológicas– permite evaluar con precisión el impacto de las intervenciones y orientar decisiones de política pública.

Las desigualdades territoriales, la fragmentación institucional y el estigma cultural siguen actuando como barreras transversales. En Groenlandia, por ejemplo, la estrategia nacional ha situado la equidad territorial como eje central, reconociendo las distancias geográficas como una barrera estructural para el acceso a la atención.

Canadá, con su Plan Nacional de Acción 2024–2027, ha explicitado por primera vez mecanismos formales de colaboración multisectorial para corregir déficits de coordinación acumulados durante años.

Estas experiencias muestran que las barreras no se superan únicamente con prescripciones técnicas: requieren transformaciones estructurales.

La cuestión fundamental: cómo medir el impacto real

Uno de los desafíos más persistentes en la prevención del suicidio es la dificultad para atribuir descensos de la mortalidad directamente a la implementación de estrategias nacionales. La conducta suicida está influida por muchos factores –cambios sociales, fluctuaciones económicas, reformas sanitarias, dinámicas culturales o variaciones en la disponibilidad de recursos–, lo que complica el aislamiento del efecto específico de un plan [nacional].

Precisamente por ello, los planes más maduros, como los de Suecia, Noruega, Finlandia y Australia, han incorporado sistemas de evaluación continua que permiten monitorear cambios antes de que se observen variaciones en la mortalidad. Estos sistemas incluyen indicadores intermedios como tiempos de acceso a servicios, continuidad asistencial, registro de intentos y medidas poblacionales de estigma. Este enfoque reconoce que la reducción de muertes es un objetivo a largo plazo, y que los indicadores de proceso permiten detectar si la estrategia está modificando los factores que, previsiblemente, acabarán influyendo en la mortalidad.

La capacidad de un país para revisar, ajustar y corregir su estrategia a partir de estos datos constituye un elemento central de efectividad. De hecho, las estrategias más exitosas no son las que acumulan más acciones, sino aquellas que establecen mecanismos explícitos de aprendizaje, retroalimentación y mejora continua, integrando datos procedentes de vigilancia epidemiológica, evaluaciones externas y análisis de desempeño.

No existe un modelo único, pero sí un conjunto de fundamentos que comparten las estrategias más robustas.

En cuanto a experiencias con resultados positivos, destacan los casos de Noruega, que ha logrado reducciones significativas mediante estrategias sostenidas desde 1995; Finlandia y Dinamarca, que combinaron restricciones de medios letales con expansión de servicios; Alemania, cuyo programa NAAD permitió reducir un 24 % los actos suicidas, y Países Bajos, que implementó el modelo SUPRANET Community, articulando gobernanza local y coordinación multisectorial.

Estas experiencias evidencian que la reducción de la mortalidad depende de planes de largo plazo, con objetivos realistas y estructuras de gobernanza capaces de sostener las intervenciones.

Cuando estos elementos se integran –calidad del diseño, coherencia en la implementación, gobernanza estable y evaluación continua–, la reducción del suicidio se convierte en una posibilidad concreta. En un fenómeno tan complejo, la consistencia estratégica y la planificación basada en datos son tan esenciales como las intervenciones específicas orientadas al riesgo.

La experiencia internacional deja, por tanto, una lección clara: prevenir el suicidio no consiste simplemente en acumular intervenciones. Requiere construir sistemas capaces de coordinarlas, sostenerlas, evaluarlas y adaptarlas en el tiempo.

The Conversation

Elizabeth Suárez Soto no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. Qué tienen en común los países que sí han logrado reducir el suicidio – https://theconversation.com/que-tienen-en-comun-los-paises-que-si-han-logrado-reducir-el-suicidio-269682

40 años del asesinato de “Yoyes”: el castigo ejemplarizante de ETA

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Gaizka Fernández Soldevilla, Responsable del Área de Archivo, Investigación y Documentación, Centro Memorial para las Víctimas del Terrorismo

El 10 de septiembre de 1986, María Dolores González Katarain, alias Yoyes, de 32 años, paseaba con su hijo y otro niño de corta edad por Ordizia (Guipúzcoa), su localidad natal, que celebraba una feria agrícola.

El terrorista de ETA José Miguel Latasa Guetaria se la señaló al también terrorista Antonio López Ruiz (Kubati) y luego se alejó de allí. Kubati abordó a la mujer y a los niños en la avenida del Gudari, al lado de unos tractores. “¿Tú eres Yoyes?”, preguntó. Ella contestó que sí. “¿Sabes quién soy yo?”. “No”. “Soy de ETA y vengo a ejecutarte”, anunció Kubati.

Según la sentencia del caso, Yoyes se abalanzó sobre él, pero el pistolero le disparó dos veces, hiriéndole en la pierna y en el tórax. Una vez en al suelo, Kubati remató a su víctima con un tiro en la cabeza.

Portada del diario ‘El Correo’ (11 de septiembre de 1986).
Diario ‘El Correo’., FAL

No era una novedad que ETA asesinase a uno de sus exmiembros. Lo había hecho ya varias veces: Ignacio Olaiz Michelena en octubre de 1978, Jokin Azaola Martínez en diciembre de 1978, Tomás Sulibarria Goitia (Tomi) en junio de 1980, José Luis Oliva Hernández en enero de 1981, Miguel Francisco Solaun Angulo en febrero de 1984… La mayoría de los indicios apuntan a que el primero de la lista fue Eduardo Moreno Bergaretxe (Pertur) en julio de 1976. No obstante, el caso de Yoyes, por su condición de mujer y el papel protagonista que había ejercido, fue el más impactante de todos.

¿Quién era Yoyes?

Militante de ETA desde el curso 1972/1973, pronto participó en atentados. Por ejemplo, en octubre de 1973 su comando colocó 87 kilogramos de dinamita bajo un puente de San Sebastián para que explotara al pasar un autobús de guardias civiles. La carga no se activó porque fue descubierta por un par de niños.

A finales de ese año, una vez identificada por la policía, huyó a Francia, aunque volvió a cruzar la frontera para seguir operando en la clandestinidad. No conocemos al detalle su historial, pero sí algunos episodios. En julio de 1974 colocó una bomba en el automóvil del encargado de una constructora, que iba a estallar a la hora que solía arrancarlo. Dos testigos advirtieron a la Guardia Civil, que evitó el atentado.

En septiembre, Yoyes estaba integrada en un comando que preparaba en Bilbao un atentado con bomba paralelo a la operación contra la cafetería Rolando, en Madrid. No se llevó a cabo porque la Guardia Civil descubrió y detuvo a la mayoría de sus compañeros. Ella consiguió escapar.

El 13 de septiembre de 1974, a la hora de comer, dos miembros del Frente Militar de ETA colocaron una bomba en el interior de la cafetería Rolando. La explosión causó trece víctimas mortales. El Frente Militar no había consultado con la dirección de la banda, que temía que aquel atentado indiscriminado perjudicase su imagen. El debate interno sobre si asumir o no la autoría llevó al cisma de la organización. La mayoría de los integrantes del Frente Militar se escindieron para crear ETA militar (ETAm), rama por la que se decantó Yoyes.

El nuevo grupo renunció a la “lucha de masas” y se centró en la “lucha armada”. Debido a sus inquietudes y dotes intelectuales, Yoyes trabajó en su Oficina Política, llegando a convertirse en una de las colaboradoras más cercanas a su líder, José Miguel Beñaran (Argala). Así, ejerció de representante de ETAm en las reuniones de KAS y de Chiverta.

Cuando Argala fue asesinado en un atentado parapolicial en diciembre de 1978, ella ocupó su puesto al frente del aparato político. No obstante, la deriva ultranacionalista de la banda y su escalada terrorista (si sumamos todas las ramas de ETA, de 12 víctimas mortales en 1977 se pasó a 67 en 1978 y 80 en 1979) hicieron que en 1979 se desvinculara de la organización.

Yoyes emigró a México, donde estudió, trabajó y formó una familia. En 1985 viajó a Europa. Primero a Francia pero, como no consiguió una beca del Gobierno vasco para comenzar su tesis doctoral, decidió regresar al País Vasco. Su vuelta fue publicitada por la prensa, aunque ella se negó a hacer declaraciones.

Marcada como traidora

Eugenio Etxebeste (Antxon), dirigente de ETA refugiado en la República Dominicana, aseguró que “la vida sintética de la ‘Señora Dolores’ significa la muerte de la abertzale Yoyes”. La primera, “el nuevo ser que come y respira”, no era “más que un producto inanimado de la ciencia política imperialista”. Su “máximo castigo habrá de llegarle si antes no actúa la violencia revolucionaria, el día en que su hijo le arroje a su propia cara el desprecio de su traición”.

El colectivo de presos de ETA la “juzgó” y condenó a muerte. No tardaron en aparecer pintadas amenazantes en las que se acusaba a Yoyes de ser “traidora” y “chivata”.

En su diario anotó: “es una injusticia monstruosa la que hacen conmigo, ¡tengo un hijo!, quiero vivir, ¡lo tuve porque quería vivir!”. Acto seguido retrataba moralmente a la sociedad vasca a la que había regresado. “Muchos son culpables de esta injusticia, ¡demasiados! Hay otros que no, pero son impotentes ante ella. Hay también mucho silencio cómplice. Mucho miedo en la gente ante todo, ante su propia libertad…”. A pesar del ambiente hostil, rechazó la protección policial que se le había ofrecido.

¿Por qué la asesinó ETA?

Pese a lo que entonces se dijo, no se había acogido a la reinserción impulsada por el Gobierno, ya que no la necesitaba: carecía de causas pendientes gracias a Ley de amnistía de 1977. Al retornar de su exilio, Yoyes no hizo nada distinto de lo que desde 1976 habían hecho cientos de exintegrantes de la banda.

Cubierta de las memorias de Yoyes: ‘Desde su ventana’.
Editorial Alberdania, FAL

Tampoco era cierto que, como le imputaban sus excompañeros, hubiese optado por “el peor de los caminos, el arrepentimiento, la traición y la colaboración política con los enemigos del pueblo vasco”. No hubo tal colaboración. Se trataba de una simple excusa.

Las razones de su asesinato eran otras. Por un lado, dado el alto cargo que había ocupado en la organización, Yoyes era una figura simbólica de primer orden. En ese sentido, el dirigente del brazo electoral de ETA, la coalición Herri Batasuna,
Iñaki Aldekoa adujo que “cualquier ejército del mundo en un estado de confrontación no puede permitirse que uno de sus jefes de Estado Mayor aparezca paseando por territorio ocupado por el ejército contrario”. Entre otras cosas, porque demostraría que no había guerra alguna.

Por otro lado, como relata en su diario, Yoyes, antes de volver a España, se había reunido con dos dirigentes de ETA para obtener garantías de seguridad, pero solo obtuvo vagas promesas de ellos, uno de los cuales le recomendó quedarse en Francia. Su decisión de cruzar la frontera, la que ejerció como una mujer libre, fue interpretada como un desafío a la cadena de mando (eminentemente masculina).

Por último, la “ejecución” ejemplarizante de Yoyes suponía una advertencia a cualquier miembro de ETA que se plantease aceptar las medidas de reinserción que se habían puesto en marcha hasta entonces: primero, el proceso promovido por el partido Euskadiko Ezkerra y el Gobierno de Unión de Centro Democrático (UCD); y, más adelante, las del Gobierno socialista de Felipe González. El terror aplicado a los propios terroristas abortó aquella vía, que ETA entendía como un peligro para su supervivencia orgánica.

Detenido en 1987, Kubati fue encontrado culpable de trece asesinatos, entre ellos el de Yoyes. Fue condenado a penas que sumaban 1 210 años de cárcel, pero volvió a la calle a finales de 2013. Sigue vinculado a la izquierda abertzale ortodoxa. Por su parte, Latasa se separó de ETA en la cárcel, lo que le hizo objeto del acoso del nacionalismo radical.

The Conversation

Gaizka Fernández Soldevilla no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. 40 años del asesinato de “Yoyes”: el castigo ejemplarizante de ETA – https://theconversation.com/40-anos-del-asesinato-de-yoyes-el-castigo-ejemplarizante-de-eta-291003