Élection présidentielle en Centrafrique : un scrutin à haut risque

Source: The Conversation – in French – By Alexandra Lamarche, PhD Candidate | Doctorante, Université de Montréal

Les Centrafricains éliront leur président, le 28 décembre 2025, dans un contexte toujours fragile, où l’insécurité persiste et où le spectre des groupes armés continue de peser lourdement sur le processus électoral. L’élection présidentielle s’annonce sous haute tension, avec la candidature du président sortant Faustin-Archange Touadéra, mais aussi de figures comme Anicet-Georges Dologuélé ou l’ancien Premier ministre Henri-Marie Dondra. La chercheuse Alexandra Lamarche jette un éclairage sur les principaux risques entourant le processus électoral en Centrafrique, et évoque les actions prioritaires et nécessaires pour prévenir des violences post-électorales.


Quels sont, selon vous, les principaux risques entourant l’élection du 28 décembre ?

L’élection présidentielle du 28 décembre en République centrafricaine (RCA) se déroule dans un climat d’insécurité marqué par la présence persistante de groupes armés et les tensions avec les Forces armées centrafricaines (FACA). Cette situation fait planer un risque réel de violences et d’affrontements. Dans de nombreuses régions, les électeurs pourraient être confrontés à des intimidations venant tant des forces nationales que des groupes armés. Certains combattants issus d’anciennes coalitions dissoutes ont rejoint de nouvelles factions.

Bien que les membres de certaines milices aient été intégrés aux forces nationales, cette intégration présente des lacunes et bon nombre d’anciens combattants pourraient ne pas se montrer loyaux envers l’État en cas de conflit. Cela accroîtrait encore les risques liés au scrutin. Cette insécurité, combinée à une profonde frustration politique et à un désengagement, suggère que le taux de participation sera faible.

Le référendum du 30 juillet 2023 — boycotté par l’opposition et largement perçu comme un « coup d’État constitutionnel » – a supprimé la limitation du nombre de mandats présidentiels. Il permet à l’actuel chef de l’Etat, Faustin-Archange Touadéra, de demeurer au pouvoir indéfiniment. Cette situation renforce l’impression que les règles du jeu démocratique sont biaisées.

Enfin, les difficultés persistantes pour de nombreux citoyens musulmans à obtenir une carte d’identité nationale risquent de les exclure du scrutin. Elles exacerbent les frustrations communautaires et sapent davantage la crédibilité du processus électoral.

Quel rôle jouent les groupes armés et les acteurs étrangers dans ce scrutin ?

Les groupes armés demeurent des acteurs centraux, surtout dans les zones où ils peuvent perturber les opérations électorales, restreindre l’accès des électeurs ou interrompre le vote afin de préserver leur influence locale ou de se positionner pour d’éventuelles négociations post-électorales.

À leurs côtés, les acteurs étrangers jouent un rôle tout aussi déterminant. La Russie, via ses instructeurs et sociétés militaires alliées, sécurise certaines zones tout en renforçant l’avantage du pouvoir en place. Le Royaume-Uni accuse même Moscou d’envisager de réprimer des voix politiques et de mener des campagnes de désinformation pour influencer le débat électoral.

Le Rwanda, pour sa part, soutient activement le président Touadéra afin de consolider sa présence militaire et protéger un réseau croissant d’investissements dans les secteurs minier, commercial et de la construction, tout en étendant son influence régionale. Cette dynamique s’ajoute à l’appui que la Russie, notamment via Wagner, accorde à Touadéra pour sécuriser leurs propres intérêts miniers et maintenir un régime favorable à son implantation stratégique en Afrique centrale.

Si la force de maintien de la paix onusienne, la Minusca, tente de promouvoir un processus plus crédible, sa marge de manœuvre reste limitée par la fragmentation territoriale et les alliances politiques du régime. Parallèlement, le gouvernement de Touadéra apparaît de plus en plus dépendant de ses partenaires étrangers, au détriment de la souveraineté de la RCA.

Comment la situation des déplacés affecte-t-elle la crédibilité du vote ?

La situation des déplacés internes et des réfugiés centrafricains compromet sérieusement la représentativité du scrutin. Alors que les réfugiés — majoritairement musulmans — avaient pu voter en 2015-2016, ils en sont désormais exclus par le gouvernement, malgré les appels des Nations Unies en faveur de leur inclusion et les offres de soutien pour faciliter ce processus. Cette exclusion prive l’élection de milliers de voix. À l’intérieur du pays, de nombreuses personnes déplacées, de toutes confessions et d’origines ethniques, vivent dans des zones isolées ou se cachent pour échapper aux violences et peuvent hésiter à se rendre aux bureaux de vote par peur d’être ciblées.

Cette combinaison d’exclusion administrative et de contraintes sécuritaires crée un processus électoral qui laisse de côté certaines des populations les plus affectées par le conflit, remettant en doute l’inclusivité et, par conséquent, la légitimité globale du scrutin.

Quelles actions prioritaires sont nécessaires pour prévenir des violences post-électorales ?

Prévenir les violences post-électorales nécessiterait une action anticipée et coordonnée, mais j’ai peu d’espoir que ce soit possible. Même si les bulletins de vote sont déposés, si une partie importante de la population se sent exclue ou contrainte, le résultat pourrait déclencher un retour à la violence.

Bien que le mandat de la Minusca ait été renouvelé année après année, celle-ci ne dispose pas des fonds ni des effectifs nécessaires pour mener à bien sa mission ambitieuse. L’une des principales priorités est de travailler en étroite collaboration avec l’Autorité nationale des élections (ANE). Bien que celle-ci fasse de nombreux efforts positifs, notamment sur les plans technique et logistique, elle n’est probablement pas encore en mesure de garantir que tous les risques majeurs (sécurité, portée, légitimité) soient atténués.

Les élections ne sont qu’une étape. Le véritable test consistera à déterminer si l’État sera capable d’exercer son autorité après les élections de manière à renforcer la paix plutôt qu’à accentuer la polarisation.

La protection des civils doit être assurée de manière impartiale, notamment par un déploiement ciblé de la MINUSCA dans les zones sensibles afin d’éviter l’usage excessif de la force par les FACA ou leurs alliés étrangers.

Il est également crucial de décourager tout discours identitaire inflammatoire et de garantir un accès rapide à la justice pour enquêter sur les violences, protéger les témoins et poursuivre les auteurs, quel que soit leur camp. Cette combinaison de prévention, de transparence et de responsabilité est indispensable pour réduire les risques de violences après le scrutin.

The Conversation

Alexandra Lamarche receives funding from the Social Sciences and Humanities Research Council (SSHRC) of Canada.

ref. Élection présidentielle en Centrafrique : un scrutin à haut risque – https://theconversation.com/election-presidentielle-en-centrafrique-un-scrutin-a-haut-risque-270575

Voici pourquoi les pays africains ne profitent pas de leur richesse en minerais

Source: The Conversation – in French – By Bonnie Campbell, Professeure émérite en économie politique. Département de science politique de l’Université du Québec à Montréal., Université du Québec à Montréal (UQAM)

Les activités d’extraction d’or ont récemment repris dans le complexe de Loulo-Gounkoto, dans l’ouest du Mali, après plusieurs mois d’interruption. En janvier, le gouvernement malien a commencé à bloquer les exportations de la mine appartenant à la société canadienne Barrick Mining (anciennement Barrick Gold).

Le gouvernement a bloqué les exportations et saisi trois tonnes de lingots d’or à la suite d’un différend avec Barrick Mining concernant des impôts prétendument impayés.

Ce cas particulier est trop complexe pour être abordé ici. Cependant, les conflits concernant la distribution des revenus soulèvent des interrogations majeures quant à la façon dont les nations dotées de ressources naturelles tirent profit de leurs richesses.

Selon le Fonds monétaire international, l’évasion fiscale pratiquée par les multinationales minières priverait les pays africains de 470 à 730 millions de dollars américains de recettes fiscales par an.

Pour améliorer leurs infrastructures et leurs services de santé, ainsi que pour atteindre leurs objectifs de développement social, l’apport des recettes publiques générées grâce à la taxation de leurs ressources naturelles est d’une importance critique pour les pays d’Afrique subsaharienne.

Plusieurs raisons expliquent pourquoi les pays d’Afrique riches en ressources minérales ne tirent pas suffisamment profit de leurs ressources.




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Déséquilibres de pouvoir, revenus insuffisants

Le Forum intergouvernemental sur l’exploitation minière et l’Organisation de coopération et de développement économiques ont recensé différents obstacles à la perception de recettes minières, notamment une législation défaillante, des prix de transfert abusifs et d’autres mécanismes de transferts de bénéfices artificiels.

De plus, les incitations fiscales régulièrement accordées pour attirer des investissements miniers, telle qu’une réduction significative des taux d’imposition et de redevances, sont rarement justifiées au regard de la perte de recettes publiques qu’elles entraînent.

Malgré ses importantes ressources minérales, le continent est en proie à un mécontentement généralisé, à la pauvreté et au sous-développement en raison des concessions excessives obtenues par les sociétés minières étrangères. Cette situation a été condamnée par les dirigeants de tout le continent.

En réponse, la Vision minière pour l’Afrique de l’Union africaine et les politiques qu’elle a inspirées, notamment la réforme des codes miniers, visent à garantir une contribution plus durable des ressources minérales du continent.

Or, les déséquilibres de pouvoir entre les entreprises étrangères et les gouvernements africains persistent et orientent les négociations relatives aux codes miniers, aux contrats et aux pratiques.

Bien que la situation varie d’un pays, d’un secteur et d’un site à l’autre, des recherches ont été menées pour déterminer les principaux obstacles à l’augmentation des recettes minières des États.

L’inégalité d’influence dans le cadre des négociations, qui favorise les sociétés minières, entraîne de nombreuses irrégularités. On peut citer, par exemple, la prolongation des clauses de stabilité malgré les réformes réglementaires, ou encore la priorité accordée aux contrats miniers par rapport aux cadres réglementaires nationaux plus larges.

Les pratiques du régime commercial international, les privilèges tarifaires à l’importation et les conventions bilatérales constituent de puissants facteurs dissuasifs à l’échelle internationale qui empêchent les États africains de mettre en œuvre des politiques profitables aux collectivités.

Code minier du Mali

Le secteur minier est un pilier de l’économie malienne. En 2022, il représentait 9,2 % du produit intérieur brut (PIB), 76,5 % des recettes d’exportation et 34,8 % des recettes publiques.

Comme dans d’autres pays du continent, la nouvelle législation minière vise à remédier aux dommages environnementaux et aux recettes minières décevantes qui sont l’héritage du passé. Le code minier de 2023 propose des réformes qui ont pour but d’améliorer les retombées nationales du secteur, à l’instar des mesures prises en Tanzanie, en Zambie et en République démocratique du Congo.

Ces réformes comprennent des exigences plus importantes en matière de participation de l’État (généralement de 10 à 30 %), des redevances et des taux d’imposition plus élevés, des exigences concernant le contenu et les emplois locaux, des dispositions plus strictes relatives à la responsabilité environnementale et sociale, ainsi que des obligations accrues en matière de développement communautaire.

Le code de 2023 vise à renforcer la souveraineté du Mali sur ses ressources et à garantir une répartition plus équitable des bénéfices.

Le régime fiscal a notamment été réformé pour supprimer certaines exonérations dont bénéficiaient les sociétés minières. Le nouveau code met aussi fin à l’allégement fiscal de 25 % accordé par les codes précédents pour une durée de 15 ans. Il introduit également une redevance de 10 % sur la production excédant les prévisions.

Par ailleurs, le Mali a créé plusieurs fonds pour répondre aux besoins du secteur et favoriser l’inclusion sociale.

Une autre innovation importante est la Loi relative au contenu local dans le secteur minier. Elle vise à encourager la participation d’entreprises et de travailleurs nationaux à ce secteur.

Comme d’autres pays riches en minerais, le Mali a dû faire face à une forte résistance, notamment de la part des entreprises les plus importantes et les plus influentes. Cela a conduit à une escalade de conflits plutôt qu’à des solutions négociées.

Il convient de noter que plusieurs sociétés, comme Robex Resources, ont conclu des accords avec le gouvernement malien. L’entreprise britannique Endeavour Mining a négocié avec le gouvernement des conditions d’exploitation dans le cadre du nouveau code minier.


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Deux autres producteurs d’or ont également signé des accords pour exercer leurs activités en vertu du nouveau code minier : Faboula Gold et Bagama Mining.

Bien que moins importants en termes d’investissement, ces projets illustrent la possibilité de mener à bien des initiatives conformément au nouveau code. Ils offrent aussi de nombreuses possibilités d’emploi dans les zones rurales.

Une souveraineté accrue

Certains analystes du secteur ont critiqué les pays riches en minerais pour avoir adopté une approche de « nationalisme des ressources ». Des études montrent toutefois que des revenus miniers bien gérés, transparents et stables pourraient contribuer à améliorer l’accès aux soins de santé et aux services sociaux au Mali et au Sénégal.

Le fait d’exercer une plus grande souveraineté sur les ressources naturelles afin d’assurer le bien-être de la population d’un pays pourrait en fait être salué comme un nationalisme responsable.

Le Mali et ses voisins sont confrontés à d’importantes menaces militaires et sécuritaires. L’industrie minière peut jouer un rôle clé dans la lutte contre ces problèmes en générant des revenus et des emplois.

Pour ce faire, elle devra respecter les réglementations nationales et contribuer de manière équitable aux recettes fiscales. En fin de compte, la rentabilité et la responsabilité sociale de l’industrie sont étroitement liées à la stabilité sociale du pays ainsi qu’au bien-être sanitaire, social et économique de sa population.

La Conversation Canada

Bonnie Campbell a reçu des financements du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH) et du Centre de recherches pour le développement international (CRDI) du Canada.

Moussa Doumbo ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Voici pourquoi les pays africains ne profitent pas de leur richesse en minerais – https://theconversation.com/voici-pourquoi-les-pays-africains-ne-profitent-pas-de-leur-richesse-en-minerais-269766

What five years of evidence on hybrid working tells us about the future of employment

Source: The Conversation – UK – By Jane Parry, Associate Professor of Work and Employment, University of Southampton

insta_photos/Shutterstock

The COVID pandemic accelerated remote and hybrid working practices across the world. It also provided evidence that these approaches could work for a wide variety of jobs.

The UK has been at the forefront of the shift to hybrid working and its sustainability as a work practice in future. This year, the Global Survey of Working Arrangements calculated that the typical UK worker averaged 1.8 days of remote working per week, only just behind the more rural Canada (1.9 days).

Along with colleagues, I observed this adaptation in a research project called Work after Lockdown, which followed organisations through lockdowns and examined what they learned around hybrid working. And our subsequent research for the conciliation service Acas looked at post-pandemic working across various industries in the UK.

The employment rights bill, with its proposals to simplify decision-making around flexible working, may also prompt workers to formalise their hybrid working patterns.

At a time when working practices have been transformed for millions of employees, there is real value in drawing together what has been learned over the past five years. This should enable organisations to thrive as hybrid employers.

The House of Lords has now done this – pulling this information together in its special inquiry on homeworking in the UK. The inquiry has recently reported on its ten-month investigation Is Working from Home Working?.

Since September 2024, I have been seconded to parliament to work for three days a week as thematic research lead for business, economics and trade. This is part of an Economic and Social Research Council project to enhance the use of academic evidence in parliament.

During this time, I have supported the home-based working inquiry and observed how a range of select committees and special inquiries work. The committee on home-based working was one of four special inquiries that the Lords stage each year.

A huge volume of academic evidence was submitted, with the report providing a synthesis of the emerging evidence base. Now the inquiry’s findings can help employers make informed decisions about their own hybrid management.

What the inquiry found

First, hybrid working’s impact on productivity appears to be limited. The inquiry concluded that it’s best to assess hybrid work on a case-by-case basis, looking at what is suitable in particular industries, jobs and personal circumstances.

On the other hand, remote and hybrid working shows real benefits in terms of raising employment rates, particularly for those who find it difficult to commit to full-time site-based working. This could include disabled people and parents of young children, for example.

Giving evidence to the inquiry, one employment expert estimated that hybrid working offered a potential labour supply gain of 1-2%, with real potential to enhance UK productivity. This is relevant to the government’s commitment to address economic inactivity, set out in its Get Britain Working white paper.

Another area where hybrid working could benefit employers is in terms of retention and recruitment. In the report, it was estimated that this could save employers between £7 billion and £10 billion every year. But there was an important exception to this. New starters can benefit from more in-person time at their workplace during inductions.

The inquiry also observed that employers’ main concern was losing opportunities for staff collaboration. But this misses an important point. Well-managed hybrid work – which coordinates so-called “anchor days” when teams get together in person – offers exactly these opportunities for workplace relationships to thrive.

And perhaps it can even do so better than full-time office work, when these interactions could be ad hoc and irregular. The inquiry pointed to the “best of both worlds” offer that hybrid working made to organisations. It noted that the potential for technology to support collaboration is under-used. As digital platforms continue to evolve, it seems likely that hybrid working can become increasingly effective.

But given that organisations appear to be concerned about collaboration, they could use this to acknowledge and incentivise employees. For example, appraisals could recognise the collaborative work (such as mentoring) that often goes unnoticed within organisations.

The inquiry also took an interest in headline-grabbing return-to-office mandates. It found that the codification of office days in mandates (along the lines of “staff must be in the office four days a week”) represented a trade-off by employers between collaborative benefits and staff satisfaction. Blanket mandates fail to address the gap between employees’ and employers’ office preferences – and the reasons underpinning these. Unaddressed, this could cause employment relations problems.

modern office space with breakout room with sofas
Smart office design can still allow for collaboration space in smaller workplaces.
shulers/Shutterstock

On a practical note, after the COVID disruption some organisations have rethought their workplace needs, with the result that they now have insufficient space for genuine collaboration. Colleagues and I are finding in our ongoing research that seat-booking systems can leave workers unable to sit with their teams when they attend the office. This clearly negates the benefits of in-person days.

A more forward-looking approach is to redesign offices in a way that better reflects the needs of collaborative work. This could include creating bespoke meeting places, more differentiated individual working spaces, and the development of hybrid policy alongside inclusive office design.

The inquiry has taken into account the views of a wide range of people, providing an important and accessible review of the evidence at a key time when many organisations are reviewing their hybrid work policy. It offers a wealth of insight as to how employers can adapt and refine their hybrid working practice to achieve both productivity and happy workers.

The Conversation

Jane Parry receives funding from the ESRC.

ref. What five years of evidence on hybrid working tells us about the future of employment – https://theconversation.com/what-five-years-of-evidence-on-hybrid-working-tells-us-about-the-future-of-employment-270319

Frida Kahlo’s record-breaking painting El Sueño positions death as a roommate

Source: The Conversation – UK – By Benedict Carpenter van Barthold, Lecturer, School of Art & Design, Nottingham Trent University

Frida Kahlo’s 1940 self-portrait, El Sueño (La Cama), or The Dream (The Bed), has sold for US$54.7 million (£41.4m) at Sotheby’s New York. It is now the most expensive Latin American artwork in history, and has set the auction record for a female artist.

Kahlo’s canvas was the standout lot in a collection titled Surrealist Treasures. The painting appears to be a quintessential surrealist nightmare: a skeleton stalking a sleeping woman. But there is more to Kahlo’s work than the surrealist label might imply.

The painting (which is 74×98 cm) shows a four-poster bed floating in a cloudy sky. The perspective is disquieting. The bed tilts away from the viewer, as though seen from below. The upper part of the painting, where the skeleton lies, is light and airy. Its elbow almost touches the upper edge of the canvas, suggesting the structure is floating upward. The bottom tier, occupied by Kahlo, appears heavier. The cloudy backdrop is more threatening and the palette is earthier.

a young Frida Kahlo with hair smoothed back in a centre parting
Frida Kahlo as photographed by her father in 1926.
Wiki Commons

Kahlo sleeps under a blanket covered with a plant motif, something like a thorned and blossomless rose. The vines escape the confines of the blanket to surround her head. Curling roots can be seen at her feet. Implicitly, her body is anchored, like the plant, in cycles of growth and decay, a theme familiar from other paintings.

The two figures, death and life, mirror each other. Their heads face the same way, with two pillows under each. The skeleton is covered with wired explosives, mimicking the twining stems and roots. He holds a bouquet of flowers in his left hand, like a suitor.

The skeleton is not a surreal invention. It is a Judas figure, a painted papier-mâché “guy”, a real object from Kahlo’s collection.

In Mexico, these figures are personifications of evil that are burned or exploded on Holy Saturday, the day before Easter Sunday, in a symbolic triumph over evil. Their destruction, a brief spin of sparks, ends in an almighty bang. This Judas figure also resembles a calaca, a skeleton from the Mexican Day of the Dead. Its apparently bizarre placement on the canopy of Kahlo’s colonial-era four-poster bed is how it was displayed in her home. This is death as a roommate.

The composition reminds me of a “double-decker” late medieval cadaver tomb. These European tombs show the deceased, recumbent on the top layer as in life, and below, their skeleton or rotting corpse. Here, in an inversion of that layering, death appears to be an escape: from earth, to foliage, to flower, to sky. Furthermore, the way the bed imposes a grid on the painting is structurally similar to a Mexican retablo or “miracle painting”.

These typically depict a moment of miraculous recovery, or rescue from danger, accompanied by a dedication to an intervening saint. Kahlo adapts this format by substituting the saint with the Judas figure, moving from the reality of her body to a world of tradition, signs, symbols.

Art and death

Art and the body are often linked in Kahlo’s life, which was short and traumatic (she died in 1954 aged 47).

She contracted polio aged six, which left her with a stunted leg. At 18, she was terribly injured when the bus she was riding collided with a tram. An iron bar pierced her lower back and exited through her abdomen, damaging her spine and several organs. She required more than 30 operations throughout her life. Yet this incident was also her birth as an artist. Confined to bed for months, her body in a plaster corset, as stiff and white as the skeleton in this painting, she began to paint.

A young girl with a large bow in her hair
Frida Kahlo aged 11, five years after contracting polio.
Museo Frida Kahlo

In addition to physical anguish, her marriage to the celebrated muralist Diego Rivera was fraught. She suffered multiple failed pregnancies. The pair separated for a year when she discovered his infidelity with her younger sister, Cristina.

The bed, a site of convalescence and recovery, is a frequent motif in Kahlo’s work. Her constant physical and psychological pain is a central subject in her art. But this doesn’t come from dreams, conjured from automatic drawing, or psychological play as it was for many of the surrealists. Her art reflects a life defined by events that exceed the human norm of what is tolerable. In El Sueño, the Judas figure is a symbol of incipient pain – a double, a lover and a complex form of promised escape. She is asleep, but he’s awake.

This context firmly distances her work from the European surrealists. Kahlo herself had a difficult relationship with the movement. André Breton, the “pope of surrealism”, lauded her, saying that “the art of Frida Kahlo is a ribbon around a bomb”. But Kahlo found the surrealists fake, complacent and badly organised. In a ferocious 1939 letter to the photographer Nickolas Muray, she stated:

I would rather sit on the floor in the market of Toluca and sell tortillas, than have anything to do with those ‘artistic’ bitches of Paris … they live as parasites of the bunch of rich bitches who admire their ‘genius’ of ‘Artists’. Shit and only shit is what they are.

Years later, she was more measured: “They thought I was a surrealist, but I wasn’t. I never painted dreams. I painted my own reality”. Kahlo’s work, combining realism with myth and cultural specificity, is better described as the marvellous real: experience grounded in her own culture of Mexico – and experience of pain.


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The Conversation

Benedict Carpenter van Barthold does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Frida Kahlo’s record-breaking painting El Sueño positions death as a roommate – https://theconversation.com/frida-kahlos-record-breaking-painting-el-sueno-positions-death-as-a-roommate-270728

A suburban sexual awakening – what to watch and see this week

Source: The Conversation – UK – By Naomi Joseph, Arts + Culture Editor, The Conversation

Bromley has never struck me as an exciting place – perhaps because I spent part of my teenage years loitering in its aggressively grey 1980s shopping centre, The Glades. I always found it bizarre that it was technically London; it felt too stiflingly suburban to belong to any city. So it’s not a setting I ever expected for a queer BDSM (bondage and discipline, dominance and submission, and sadism and masochism) story. And yet, it turns out to be the perfect backdrop for Pillion’s main character.

Colin (Harry Melling) is a timid gay man living with his parents and working a dead-end job as a traffic warden. His drab world is changed when he meets Ray (Alexander Skarsgård), a magnetic, leather-clad member of a local biker gang. It’s a seemingly implausible pairing. But Ray clearly sees something in mild-mannered Colin.

They agree to meet outside Bromley Primark on Christmas Day. What begins as a rough, transactional alleyway hook-up escalates quickly into a strict BDSM relationship. A willing “slave”, Colin finds himself living in Ray’s house and carrying out to his every command – whether sexual or domestic.

As our reviewer, Chantal Gautier – an expert in sex therapy – observes, the film explores power, eroticism, masculinity and identity:

“For Colin, the dominant-submissive slave journey becomes a path of self-discovery, allowing him to recognise what he wants, what he excels at – his ‘aptitude for devotion’ – and ultimately who he is.”

The result is a surprisingly funny, tender film about a man who finds his way out of drudgery and towards self-actualisation. It just happens he does so through BDSM.

Pillion is in cinemas now




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Pillion: what a sex therapy expert thinks of this domination-themed queer rom-com


Pillion holds plenty of surprises – including an unexpectedly Christmassy vibe. It’s not a straight Christmas movie (pun intended), but it’s Christmassy in the way Bridget Jones is. As the holiday season approaches, we’d love to know which “accidentally Christmassy” film you think makes the best festive viewing. Cast your vote in our poll, and feel free to reply to this email with any favourites we’ve missed.

Ongoing good yarns

For a more family-friendly option, Zootropolis 2 arrives in cinemas today – and our reviewer, Laura O’Flanagan, found it a delight. Sequels to beloved films often stumble, as we explored in last week’s email about Wicked: For Good. Only a few match the magic of the original, and an even smaller handful surpass it. Judging by your poll responses, Paddington 2 still reigns as readers’ favourite second outing.

Zootropolis 2 doesn’t stumble, according to O’Flanagan, joyously returing with the laugh-out-loud animal charm that made the first film such a hit. Bunny detective Judy Hopps is back, now partnered with reformed fox-turned-cop Nick Wilde. Their latest case involves a slippery reptile suspect, a stolen journal and a mystery that leads them straight into the heart of Zootropolis.

Zootropolis 2 is in cinemas now




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Zootropolis 2: this funny, heartfelt crowd-pleaser is a worthy sequel with something to say


If you want to stay at home this weekend, then you can hunker down with volume one of the final season of Stranger Things. The rag-tag team of gangly teens are set for a showdown where only one reality can survive: the real world of Hawkins or the monstrous mirror world of the villain Vecna, known as the Upside Down.

The story of Stranger Things has spun out in bursts over nine years, and fans had to wait three and a half for this final instalment. In this piece, psychologist Edward White explains the grip this ode to 80s nostalgia and sci-fi storytelling has had on people – the answer is hauntology, which is the use of elements from the past.

Stranger Things season five, volume one is available to stream on Netflix now




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Stranger Things has kept our attention through clever use of ‘hauntology’ – a psychologist explains


New takes on heritage art

BBC Civilisations has long been a landmark BBC series. First commissioned in 1969 by Sir David Attenborough to showcase the new medium of colour television, its original run followed art historian Kenneth Clarke as he traced western culture from the fall of Rome to the Romantics. It then got a second outing in 2018, fronted by historians Mary Beard, David Olusoga and Simon Schama.

Now the series returns with four expansive episodes on the collapse of major civilisations: the Roman Empire, the Ptolemaic dynasty, the Aztecs and Edo Samurai of Japan. The BBC again experiments with format, blending high-tech docudrama, expert commentary and artefacts from the British Museum. We asked four specialists – one for each civilisation – to assess the episodes and suggest further reading. Their verdicts were mixed, but the series offers plenty to think about.

Civilisations Rise and Fall is airing on BBC One every Monday




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Does BBC Civilisations get its four stories of collapse correct? Experts weigh in


If you’re in Paris this winter, don’t miss the exquisite exhibition now on at the Petit Palais. Paname brings together Bilal Hamdad’s serene, contemporary visions of Paris, displayed alongside the museum’s grand masters – a pairing that captivated our reviewer Anna-Louise Milne. In this dialogue between old and new, the past feels refreshed and the present gains unexpected gravitas.

The show features three new commissions created with the permanent collection in mind. Across Hamdad’s large-scale canvases, you can see how deeply he has absorbed the city’s artistic heritage. His works are at once human, modern, and timelessly Parisian. Milne was especially struck by one painting that subtly echoes Édouard Manet’s Un bar aux Folies Bergère.

Bilal Hamdad’s Paname is on at the Petit Palais in Paris from October 17 2025 to February 8 2026




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Bilal Hamdad’s paintings of Paris life show the thrill of new art when embedded within the grandeur of the old



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The Conversation

ref. A suburban sexual awakening – what to watch and see this week – https://theconversation.com/a-suburban-sexual-awakening-what-to-watch-and-see-this-week-270844

Weight-loss drug doesn’t reduce risk of Alzheimer’s – new studies

Source: The Conversation – UK – By Rahul Sidhu, PhD Candidate, Neuroscience, University of Sheffield

Vitalii Vodolazskyi/Shutterstock.com

Semaglutide, the drug behind the blockbuster weight-loss jabs Ozempic and Wegovy, does not slow cognitive decline in people with early-stage Alzheimer’s, according to two large new studies. The results close the door, for now, on hopes that a treatment for diabetes and obesity might also help protect the brain.

The evoke and evoke+ trials tracked nearly 3,800 people aged 55 to 85 with mild cognitive impairment or early Alzheimer’s for two years. Those taking daily semaglutide did no better on tests of memory, thinking skills or day-to-day functioning than those given a placebo.

The drug used was Rybelsus, an oral version of semaglutide normally prescribed for type 2 diabetes. Like Ozempic and Wegovy, it contains the same active ingredient.

Scientists had reason to be hopeful: earlier lab work and studies in people with diabetes suggested semaglutide might offer multiple routes to protecting the brain, from calming inflammation to helping neurons function more efficiently.

Those early hints didn’t hold up in patients. Despite encouraging shifts in some biological markers of the disease, the drug failed to slow overall cognitive decline.

The trials were global, randomised and placebo-controlled – the gold standard for testing drugs in people. The main test they used was the Clinical Dementia Rating Sum of Boxes, a score that reflects both thinking ability and how well someone manages everyday tasks.

Researchers also checked memory, behaviour and levels of Alzheimer’s-related proteins in cerebrospinal fluid. Although some biological markers improved slightly in people taking the drug, their overall decline was no different from that of those on the placebo.

A bottle containing Rybelsus pills, with an Ozempic injector pen on the side.
Rybelsus contains the same active ingredient as Ozempic and Wegovy.
KK Stock/Shutterstock.com

Scientists have been excited about GLP-1 drugs like semaglutide because they appeared to tackle several processes involved in Alzheimer’s.

Animal studies showed they might reduce inflammation, improve how the brain responds to insulin, support the cell’s “power stations” (mitochondria) and limit the build-up of amyloid plaques and tau tangles. Observational studies in people with diabetes even hinted that those on GLP-1 drugs declined more slowly.

GLP-1 is a hormone released after eating that helps regulate blood sugar. Semaglutide mimics it, triggering insulin release, calming hunger signals and slowing digestion. In the brain, semaglutide activates GLP-1 receptors on neurons and support cells, dampening inflammation, protecting cells from damage and helping them manage energy and metabolism.

Lab experiments have also shown it can reduce the build-up of amyloid and tau. These overlapping effects made semaglutide look like a strong candidate for Alzheimer’s – but brain biology often behaves very differently in real patients than in a petri dish or in mice.

Why it might have failed

The negative results may have several explanations. Treatment could have come too late, as drugs that protect brain cells may work best before symptoms appear.

Alzheimer’s is a complicated disease, and targeting inflammation or metabolism on their own may not be enough once amyloid and tau have already built up. Also, shifts in blood markers of disease don’t always lead to real-world improvements that patients or families can notice, especially over only two years.

The drug’s safety looked similar to what’s already been seen when it’s used for diabetes or weight loss. But with no sign of benefit, Novo Nordisk is dropping plans to extend the study for another year. The full results will be shared at Alzheimer’s conferences in 2026, giving researchers a chance to dig into subgroups and additional findings that haven’t been released yet.

The headline results give the main answer but leave a lot of details unclear. Researchers will want to see whether any smaller groups of patients reacted differently, how steady the biological changes were, and whether any of the additional cognitive tests showed small effects.

For now, the message is clear: promising biology does not guarantee a working treatment. Semaglutide does influence processes linked to Alzheimer’s, but these trials suggest it does not slow symptoms once they begin. For families hoping for progress, it’s another reminder of how hard it is to turn experimental promise into real-world gains.

The news had immediate financial fallout. Novo Nordisk’s share price dropped sharply, reflecting just how much expectation had built around a potential breakthrough. The results may also shape how pharmaceutical companies approach future trials of weight-loss and diabetes drugs for brain diseases.

For now, though, semaglutide looks unlikely to become an Alzheimer’s treatment. Researchers will need to explore other strategies to see if the mechanisms observed in cells and mice can ever translate into meaningful cognitive benefits.

The Conversation

Rahul Sidhu does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Weight-loss drug doesn’t reduce risk of Alzheimer’s – new studies – https://theconversation.com/weight-loss-drug-doesnt-reduce-risk-of-alzheimers-new-studies-270578

How visible displays of wealth make people support higher taxes – new study

Source: The Conversation – UK – By Milena Tsvetkova, Associate Professor of Computational Social Science, London School of Economics and Political Science

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In the middle of the ongoing cost of living crisis, exorbitant displays of wealth are back. Since the beginning of his term in January, US president Donald Trump has been literally bringing the gilded age back to the White House.

In April, Katy Perry spent 11 minutes in space for an undisclosed price, reportedly as much as US$28 million (£21.4 million). In June, billionaire Jeff Bezos closed part of Venice, Italy, for his lavish private wedding party.

In news, entertainment media and fashion, luxury is becoming louder. But what are the consequences? Could daily reminders of inequality lead to collective action and social change? A new study my colleagues and I conducted provides a clue.

Social scientists like to measure inequality with the Gini coefficient – a metric that describes how wealth is distributed among a group of individuals (a high coefficient means large inequality). It is well known that people have a poor understanding of the actual distribution of wealth in the society they live in, as well as their own position in that distribution.

The reason is that people tend to associate with others who are in a similar financial position. And that can make the Gini coefficient seem lower – giving the impression of more equally distributed wealth than is actually the case. In particular, the rich are more likely to underestimate inequality than others.

It’s understandable that people don’t think in Gini coefficients. In daily life, we perceive and act on inequality through social comparison.

When we decide how much to invest in sending our children to university, what to buy, where to go on holiday, or whether to ask for that pay raise, we typically compare ourselves to those we know well. And that may include neighbours, colleagues and cousins as well as influencers or celebrities.

Social comparison, more than any national statistics, helps us understand our place in society and moulds our life ambitions, ideological preferences and even political decisions.

Attitudes to wealth distribution

In our new study, we tested whether the composition of our social comparison group dictates our preferences for wealth redistribution.

We used online game experiments to simulate mini-societies where 1,440 people were randomly chosen to be born rich or poor. They each observed the wealth of a small social circle, and voted for a tax rate in a referendum, where the median vote won and the respective tax was collected and redistributed equally among all.

These were idealised, direct democracies with unrealistic 100% tax compliance and government efficiency. Still, they allowed us to create a multiverse of different worlds where voters’ social circles differed by wealth.

In some worlds, the poor were completely segregated from the rich. In other worlds, the poor were more visible to all – think, for instance, of rough sleepers or persistent news reports about families in need. In yet other worlds, the rich were more visible, for instance via celebrity gossip about the lifestyle of the wealthy, glitzy party and ballroom gala revellers spilling out on the streets.

What we found was that wealth segregation is inequality’s best friend. It keeps the status quo by keeping the poor apathetic. In contrast, observing the rich increases support for redistribution and reduces inequality.

View from inside of a homeless tent. Man in dark dirty cloths sitting by the entrance looking at rich high value district houses.
Inequality benefits from segregation.
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It should be mentioned that the rich in our experiment were not at all susceptible to social information; they always wanted the same low tax rate. It was the poor who voted for higher redistribution when they saw more rich people around them. Nearly 20% of them voted for 100% taxation. This means that redistribution preferences start to polarise in the society with stark disagreements between the rich and poor.

More disturbingly, in universes with a higher selected tax rate, the poor were better off by comparison but the least happy: they reported that they were not satisfied with their own final score and that the scores were not fairly distributed overall. In other words, observing the rich may increase support for redistribution and reduce inequality, but it also increases polarisation and discontent, presenting an inherent trade-off.

Recently, there has been a surge in popular films and TV shows portraying the life and tribulations of the ultra-rich: from celebrations (Crazy Rich Asians) to dark satires (Parasite, Triangle of Sadness, Succession, The White Lotus) and even slasher horrors.

We can speculate that this is indicative of a brewing discontent with inequality, an imminent breaking point for a maturing generation that has been burdened with educational debt, robbed of home ownership and deprived of parenthood. Dissatisfaction and polarisation might be necessary for social change in a highly unequal society.

The Conversation

Milena Tsvetkova receives funding from the European Research Council.

ref. How visible displays of wealth make people support higher taxes – new study – https://theconversation.com/how-visible-displays-of-wealth-make-people-support-higher-taxes-new-study-270629

Why Rachel Reeves chose to disappoint voters with her budget

Source: The Conversation – UK – By Patrick Diamond, Professor of Public Policy, Queen Mary University of London

In walking the political tightrope of her own budget this week, Rachel Reeves had to broadly satisfy three critical audiences. There were her own MPs in the parliamentary Labour party, business and financial markets and, of course, voters who ultimately determine whether the Labour government is re-elected three or four years from now.

Pleasing all three simultaneously is hardly straightforward given the UK’s precarious fiscal predicament. Reeves could have attempted to appease the markets and voters with fiscal discipline that avoided significant tax rises. But if she antagonised her own MPs, her position as chancellor would quickly become untenable.

The chancellor might have produced a package welcomed by voters and Labour parliamentarians, featuring higher spending and tax giveaways. But that risked unleashing a ferocious reaction from financial markets, as former PM Liz Truss and her chancellor, Kwasi Kwarteng, found to their cost.

In the end, Reeves delivered a budget viewed favourably by Labour MPs and the markets. The danger for the government is that she did not focus sufficiently on the preferences of the electorate.

Forging any coherent strategy around this budget was challenging, to say the least. The political hype was unprecedented, amplified by leaking and briefing of proposed measures for what seemed like an age. In the background, the impression given was of chaos and instability, with the Treasury no longer in control of events.

Conservative politicians claimed that businesses and consumers were postponing investment and purchasing decisions as a result, further crippling already anaemic economic growth. That the Office for Budget Responsibility published the details of the budget before the chancellor had even got to her feet in the House of Commons hardly increased confidence.

Winning over MPs

There is little doubt that the budget was effective in winning the support of Reeves’s parliamentary colleagues, as well as many trade unions and left-leaning thinktanks.

This was a traditional Labour budget, raising taxes to levels not seen in Britain since the 1970s. By the end of the decade, taxes will have risen to their highest level as a share of national income. The influential Tribune Group of “soft left” MPs not surprisingly gave the budget their warm endorsement.

The array of tax-raising measures delighted the party, notably the levies on dividends and gambling, and of course, the so-called mansion tax on the most expensive homes. The more significant measure was freezing income tax thresholds, a burden borne predominantly by “working people”.

All in all, the size of the British state has increased by 5% of national income over the last decade, a dramatic rise in historical terms.

What made this a distinctive Labour budget is that taxes have increased to raise welfare benefits by £10 billion, notably abolishing the two-child limit. Redistribution is firmly back on the agenda. Another popular measure was a further hike in the national minimum wage, warmly applauded by Labour MPs.

Reeves and Keir Starmer have decided to unashamedly embrace the politics of “tax and spend”, enabling them to draw clear dividing lines with their political opponents.

How will voters respond?

On voters, the picture is much less certain. The chancellor’s calculation is that “median voters” – those on middle to higher incomes who often live in marginal seats that determine the outcome of UK elections – care more about avoiding a further round of public sector austerity than rising personal taxation. This budget will test that political assumption.

At the last election, Labour promised to pay for public services by growing the economy rather than resorting to higher taxes.

But in a fractious environment where the public finances have deteriorated significantly and there is an appetite to impose new levies on wealth, Reeves was compelled to raise taxes to retain the support of her colleagues. Without this, she ran the risk of imperilling her own cabinet position if dissatisfied Labour MPs demanded change at the Treasury.

The obvious danger is that too many voters disagree with her choices. As the Institute for Fiscal Studies highlighted, the prospects for average living standards in this decade appear “truly dismal”, a less than ideal backdrop for raising taxes, even by stealth.

According to the latest British Social Attitudes Survey, a shift is underway in views of taxation and government spending: “The proportion of people who support reducing tax and public spending has reached its highest level on record (15%), while support for increasing tax and spending is at its lowest point in a decade (40%).”

Although there is strong backing for extra spending on the NHS, increasing welfare benefits are not a priority for many voters. For Labour MPs, however, it is a necessity – eradicating poverty is held to be a core belief that goes back to the party’s origins.

Reeves should be wary of what political scientists call a “thermostatic effect”: attitudes to taxation and public expenditure among voters respond to government action and follow a broadly cyclical pattern. As the state gets larger, support for increasing taxation and spending often declines.

Ministers can try to steer public opinion by making a political argument, convincing voters that removing the two-child limit is necessary to reduce child poverty, extending opportunity for the next generation. Yet, the chancellor will be keenly aware that the government has, in all probability, reached the limit of how far it can increase the size of the state.

Overlooking the concerns of voters is an error few governments can afford to make. Ultimately, Reeves decided it was worth taking the risk of not putting the electorate’s concerns front and centre, no doubt hoping that only 18 months into this parliament, there is time to recover. Yet many of the proposed tax rises do not take effect until 2028-29 – perilously close to when the next election must take place.

The Conversation

Patrick Diamond is a member of the Labour Party and the Fabian Society.

ref. Why Rachel Reeves chose to disappoint voters with her budget – https://theconversation.com/why-rachel-reeves-chose-to-disappoint-voters-with-her-budget-270898

L’effet ChatGPT : comment, en trois ans, l’IA a redéfini les recherches en ligne

Source: The Conversation – France in French (2) – By Deborah Lee, Professor and Director of Research Impact and AI Strategy, Mississippi State University

En trois ans ChatGPT a bouleversé les usages. Kiichiro Sato/AP Photo

Le 30 novembre 2022, OpenAI rendait accessible à tous ChatGPT, l’intelligence artificielle générative sur laquelle elle travaillait depuis sept ans. En trois ans, un geste du quotidien s’est déplacé : au lieu de taper une requête dans Google ou de chercher un tutoriel sur YouTube, des millions de personnes ouvrent désormais ChatGPT pour poser leur question. Ce réflexe nouveau, qui s’impose dans les usages, marque un tournant majeur dans notre rapport à la recherche d’information en ligne.


Il y a trois ans, lorsqu’il fallait réparer un robinet qui fuit ou comprendre l’inflation, la plupart des gens avaient trois réflexes : taper leur question sur Google, chercher un tutoriel sur YouTube ou appeler désespérément un assistant vocal à l’aide.

Aujourd’hui, des millions de personnes adoptent une autre stratégie : elles ouvrent ChatGPT et posent simplement leur question.

Je suis professeure et directrice de la recherche et de la stratégie en matière d’IA à la Mississippi State University Libraries. En qualité de chercheuse spécialisée dans la recherche d’informations, je constate que ce changement dans l’outil vers lequel les gens se tournent en premier pour trouver des informations est au cœur de la manière dont ChatGPT a transformé nos usages technologiques quotidiens.

Près de 800 millions de personnes utilisatrices hebdomadaires

Le plus grand bouleversement n’est pas la disparition des autres outils, mais le fait que ChatGPT soit devenu la nouvelle porte d’entrée vers l’information.

Quelques mois après son lancement, le 30 novembre 2022, ChatGPT comptait déjà 100 millions d’utilisateurs hebdomadaires. Fin 2025, ce chiffre était passé à 800 millions. Cela en fait l’une des technologies grand public les plus utilisées au monde.

Les enquêtes montrent que cet usage dépasse largement la simple curiosité et qu’il traduit un véritable changement de comportement. Une étude réalisée en 2025 par le Pew Research Center (Washington) indique que 34 % des adultes états-uniens ont utilisé ChatGPT, soit environ le double de la proportion observée en 2023. Parmi les adultes de moins de 30 ans, une nette majorité (58 %) l’a déjà testé.

Un sondage AP-NORC rapporte qu’aux États-unis, environ 60 % des adultes qui utilisent l’IA déclarent l’utiliser pour rechercher des informations, ce qui en fait l’usage le plus courant de l’IA. Ce taux grimpe à 74 % chez les moins de 30 ans.

Un bouleversement des usages

Les moteurs de recherche traditionnels restent le socle de l’écosystème de l’information en ligne, mais la manière dont les gens cherchent a, elle, considérablement changé depuis l’arrivée de ChatGPT. Les utilisateurs modifient tout simplement l’outil qu’ils sollicitent en premier.

Pendant des années, Google était le moteur de recherche par défaut pour tout type de requête, de « Comment réinitialiser ma box Internet » à « Expliquez-moi le plafond de la dette ». Ce type de requêtes informatives de base représentait une part importante du trafic. Mais ces petites questions du quotidien, rapides, clarificatrices, celles qui commencent par « Que veut dire… », sont désormais celles que ChatGPT traite plus vite et plus clairement qu’une page de liens.

Et les internautes l’ont bien compris. Une enquête menée en 2025 auprès de consommateurs américains a montré que 55 % des personnes interrogées utilisent désormais les chatbots ChatGPT d’OpenAI ou Gemini AI de Google pour des tâches qu’ils confiaient auparavant à Google Search, avec des taux encore plus élevés au Royaume-Uni.

Une autre analyse portant sur plus d’un milliard de sessions de recherche montre que le trafic issu des plateformes d’IA générative augmente 165 fois plus vite que les recherches classiques, et qu’environ 13 millions d’adultes, aux États-Unis, ont déjà fait de l’IA générative leur outil de prédilection pour explorer le web.

Les atouts de ChatGPT

Cela ne signifie pas que les gens ont cessé d’utiliser Google, mais plutôt que ChatGPT a capté les types de questions pour lesquelles les utilisateurs veulent une explication directe plutôt qu’une liste de résultats. Vous voulez connaître une évolution réglementaire ? Vous avez besoin d’une définition ? Vous cherchez une manière polie de répondre à un email délicat ? ChatGPT offre une réponse plus rapide, plus fluide et plus précise.

Dans le même temps, Google ne reste pas les bras croisés. Ses pages de résultats n’ont plus la même allure qu’il y a trois ans, car le moteur a intégré directement son IA Gemini en haut des pages. Les résumés « AI Overview », placés au-dessus des liens classiques, répondent instantanément à de nombreuses questions simples parfois avec justesse, parfois moins.

Quoi qu’il en soit, beaucoup d’utilisateurs ne descendent jamais plus bas que ce résumé généré par l’IA. Ce phénomène, combiné à l’impact de ChatGPT, explique la forte hausse des recherches « zéro clic ». Un rapport fondé sur les données de Similarweb révèle que le trafic envoyé par Google vers les sites d’information est passé de plus de 2,3 milliards de visites à la mi-2024 à moins de 1,7 milliard en mai 2025, tandis que la part des recherches liées à l’actualité se soldant par zéro clic a bondi de 56 % à 69 % en un an.

La recherche Google excelle dans la mise en avant d’une pluralité de sources et de points de vue, mais ses résultats peuvent paraître brouillons et davantage conçus pour générer des clics que pour offrir une information claire. ChatGPT, à l’inverse, fournit une réponse plus ciblée et conversationnelle, privilégiant l’explication au classement. Mais cette approche se fait parfois au détriment de la transparence des sources et de la diversité des perspectives qu’offre Google.

Côté exactitude, les deux outils peuvent se tromper. La force de Google réside dans le fait qu’il permet aux personnes qui utilisent ChatGPT de recouper plusieurs sources, tandis que l’exactitude de ce dernier dépend fortement de la qualité de la requête et de la capacité de l’utilisateur à reconnaître quand une réponse doit être vérifiée ailleurs.

Enceintes connectées et YouTube

L’impact de ChatGPT dépasse le cadre des moteurs de recherche. Les assistants vocaux comme les enceintes Alexa et Google Home restent très répandus, mais leur taux de possession recule légèrement. Une synthèse des statistiques sur la recherche vocale aux États-Unis pour 2025 estime qu’environ 34 % des personnes âgées de 12 ans et plus possèdent une enceinte connectée, contre 35 % en 2023. La baisse n’est pas spectaculaire, mais l’absence de croissance pourrait indiquer que les requêtes plus complexes se déplacent vers ChatGPT ou des outils similaires. Lorsqu’on souhaite une explication détaillée, un plan étape par étape ou une aide à la rédaction, un assistant vocal qui répond par une phrase courte paraît soudain limité.

En revanche, YouTube reste un mastodonte. En 2024, la plateforme comptait environ 2,74 milliards de personnes utilisatrices, un chiffre en progression constante depuis 2010. Aux États-Unis, près de 90 % des adolescents déclarent utiliser YouTube, ce qui en fait la plateforme la plus utilisée dans cette tranche d’âge. Cependant, le type de contenu recherché est en train de changer.

Les internautes ont désormais tendance à commencer par ChatGPT, puis à se tourner vers YouTube si une vidéo explicative est nécessaire. Pour bon nombre de tâches quotidiennes – « Comprendre mes avantages sociaux », « M’aider à rédiger un email de réclamation » –, ils demandent d’abord à ChatGPT un résumé, un script ou une liste de points clés, puis consultent YouTube uniquement s’ils ont besoin de visualiser un geste ou un processus concret.

Cette tendance se retrouve aussi dans des domaines plus spécialisés. Les développeurs, par exemple, utilisent depuis longtemps les forums comme Stack Overflow pour obtenir des conseils ou des extraits de code. Mais le volume de questions a commencé à chuter fortement après la sortie de ChatGPT, et une analyse suggère que le trafic global a diminué d’environ 50 % entre 2022 et 2024. Lorsqu’un chatbot peut générer un extrait de code et une explication à la demande, moins de gens prennent le temps de poster une question dans un forum public.

Alors, où va-t-on ?

Trois ans après son lancement, ChatGPT n’a pas remplacé l’écosystème technologique, mais il l’a reconfiguré. Le réflexe initial a changé. Les moteurs de recherche restent indispensables pour les explorations approfondies et les comparaisons complexes. YouTube demeure la plateforme incontournable pour voir des personnes réaliser des actions concrètes. Les enceintes connectées continuent d’être appréciées pour leur côté mains libres.

Mais lorsqu’il s’agit d’obtenir rapidement une réponse à une question, beaucoup commencent désormais par l’utilisation d’un agent conversationnel que par une requête dans un moteur de recherche. C’est là le véritable effet ChatGPT : il n’a pas simplement ajouté une application de plus sur nos téléphones, il a discrètement transformé notre manière de chercher de l’information.

The Conversation

Deborah Lee ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’effet ChatGPT : comment, en trois ans, l’IA a redéfini les recherches en ligne – https://theconversation.com/leffet-chatgpt-comment-en-trois-ans-lia-a-redefini-les-recherches-en-ligne-270896

le viager : une solution pour mieux consommer l’avant-dernière demeure

Source: The Conversation – France (in French) – By Arnaud Simon, Professeur des Universités en Géographie, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC)

La vente et l’achat en viager restent relativement peu pratiqués en regard des nombreux avantages qu’offre cette forme de transmission de la propriété pour les deux parties concernées, mais aussi pour les collectivités publiques qui pourraient trouver là un levier de politique territoriale. Que dit la relativement faible appétence pour le viager de notre manière de consommer le logement ?


Longtemps considéré comme un simple support d’habitation ou d’investissement, l’immobilier est aujourd’hui au cœur des dynamiques contemporaines de consommation. Il constitue un poste de dépense majeur, freine l’accès à d’autres formes de consommation pour les plus jeunes, et devient lui-même un objet de consommation : location de courte durée, plateformes d’échange, ou optimisation patrimoniale. Dans ce contexte, interroger le viager, comme manière de « consommer » l’avant-dernière demeure, permet de reposer autrement la question de notre rapport au logement, à la propriété et à la finitude.

Parmi ces usages de l’immobilier, le viager occupe une place singulière. À la fois marginal et porteur d’enjeux sociaux, patrimoniaux et territoriaux, il reste étonnamment absent du débat public. Cet article propose de le penser, non pas seulement comme un produit financier, mais comme un acte de consommation au sens fort : un usage final de son patrimoine, à l’intersection du privé, du social et du symbolique.

Une fausse évidence ?

C’est dans cette perspective que l’on peut relire autrement la formule de « dernière demeure ». À l’heure où les pratiques d’incinération se développent, réduisant la prise à bail de la tombe ou du caveau, on pourrait s’attendre à ce que l’avant-dernière habitation – celle du vivant – suive le même mouvement. Le viager, en tant que moyen de consommer son patrimoine – certains penseront consumer – devrait ainsi être une évidence. Pourtant, il n’en est rien. L’avant-dernier logement ne s’avère consommable qu’avec beaucoup de difficultés.




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Consommer un logement peut se faire pour un propriétaire par la jouissance locative qu’il en retire en y vivant, ou en le louant (droit d’usage et d’habitation). Il est cependant aussi possible de consommer les murs, telle la maison en pain d’épices de Hansel et Gretel, en réalisant une vente en viager. Ici, le propriétaire occupant cède à un vendeur les murs, tout en conservant le droit de vivre dans son bien. En échange, l’acquéreur lui verse une somme à la signature du contrat (le bouquet) et des mensualités durant tout le reste de sa vie (la rente). Au décès du vendeur, l’acheteur récupère la pleine propriété du bien. Par ce mécanisme, la richesse immobilisée dans l’actif immobilier, dans les murs, devient mobilisable et consommable.

Marché potentiel, marché actuel

Si, en France, la richesse en logement détenue par les retraités dépasse les 1000 milliards d’euros, les biens effectivement « viagérisés » ne représentent eux que 2,5 milliards d’euros. De plus, alors que la richesse immobilière des retraités est moins concentrée territorialement que la richesse immobilière totale, et constitue donc un facteur d’équilibre spatial, la richesse « viagérisée » s’avère par contre particulièrement concentrée. Plus de 50 % de la valeur sous contrat viager est localisée dans cinq départements : Paris pour 30 %, les Hauts-de-Seine et les Yvelines, et autour de la Côte d’Azur.

La carte ci-dessous représente le marché potentiel du viager, c’est-à-dire la richesse immobilière des retraités (en % de la richesse immobilière départementale, et en valeur). Comme on le voit, son potentiel est réel dans de nombreux départements.


Fourni par l’auteur

Source : Coulomb, Languillon, Simon (2021)

La rentabilité de ce produit serait-elle alors mauvaise en dehors de ces cinq départements (et peut-être des cœurs urbains des métropoles) ? Il n’en est rien. Dans presque tous les départements, la rentabilité est positive et substantielle. Elle peut même atteindre des niveaux élevés dans des départements où le marché viager n’existe pourtant presque pas (Ain, Tarn-et-Garonne, Landes, Vendée).

Des retraités largement propriétaires

Alors, peut-être, le viager ne servirait-il qu’à satisfaire des besoins marginaux, peu fréquents ? Nous laissons au lecteur le soin d’en juger, dans un univers où le financement des retraites représente pour la nation un enjeu si important. Pour un retraité propriétaire (75 % des retraités le sont, contre 58 % en moyenne globale), le viager permet d’accroître ses revenus disponibles. Ceux-ci peuvent être utilisés pour financer la consommation courante, les loisirs, la dépendance lorsque celle-ci survient, ou encore l’entretien de l’habitation et l’amélioration de ses performances écologiques.

Le viager permet aussi de protéger le conjoint survivant avec la réversion de la rente, ou encore de transmettre de son vivant une partie de sa richesse immobilière pour aider ses enfants et ses petits enfants dans leur vie (un bien hérité post-mortem est souvent revendu car il représente fréquemment plus d’ennuis que d’avantages).

Du point de vue de la commercialisation, lorsqu’un bien est difficile à vendre en viager, la proportion de rente par rapport au bouquet tend à augmenter. On peut aussi noter une inégalité genrée, au détriment des hommes : toutes choses égales par ailleurs, les hommes extraient moins de richesse de leur bien, et ils doivent consentir plus de rabais sur la valeur de marché estimée de leur bien. Les hommes retraités célibataires jeunes doivent aussi consentir des baisses de prix significatives s’ils souhaitent obtenir des bouquets plus élevés (par rapport aux femmes retraitées célibataires jeunes, et aux couples de jeunes retraités).

Un levier territorial puissant mais ignoré

Du point de vue de la politique territoriale, le viager possède beaucoup d’avantages. Il tend à renforcer la consommation, localement, et à favoriser les circuits courts (les soins de santé par exemple). Il permet une reterritorialisation de la politique vieillesse. Il pourrait aussi participer aux politiques d’aménagement locales.

Imaginons par exemple qu’une mairie ou un organisme affilié se porte acquéreur d’un bien. Durant la vie du contrat, elle soutiendrait le niveau de vie d’une personne retraitée. Au décès, lorsque le bien est récupéré, la mairie pourrait soit « renaturer » la parcelle (objectifs ZAN), soit développer du logement social, soit revendre la parcelle à un promoteur si celle-ci est fortement valorisée afin d’équilibrer financièrement son opération viagère globale.

Une politique qui encouragerait le viager ne reposerait pas sur des transferts monétaires coûteux, comme c’est le cas pour la plupart des politiques d’aide à l’immobilier, mais sur la mobilisation d’une richesse déjà existante. Cela serait en particulier d’intérêt pour les zones rurales fragilisées par le vieillissement des populations et le désengagement de la puissance publique comme des acteurs privés, mais qui possède encore une certaine richesse immobilière. En arrière-plan, il s’agirait alors de passer d’une politique immobilière gouvernementale très voire exclusivement orientée en faveur des métropoles, à une politique immobilière territoriale et régionale

BFM 2025.

Une obligation morale intergénérationnelle

Dernier point, qui n’est pas des moindres, le viager s’inscrit dans la grande thématique de la soutenabilité et de l’égalité des générations quant à l’accès au logement. Les classes d’âges aujourd’hui retraitées ont eu accès au logement et à la propriété dans des conditions bien plus favorables que les suivantes. Les fameux « baby-boomers » ont ainsi fait exploser les prix immobiliers entre 1996 et 2008 de par leur nombre, leur solvabilité et leur volonté de bien préparer leur retraite en devenant propriétaires (le taux de propriétaires passe de 50 % à 58 % à cette occasion).

Ce faisant, ils ont créé une barrière à l’entrée, à savoir le prix, pour les gens qui venaient après eux. Le phénomène se poursuit à l’heure actuelle. Si l’on compare la progression du nombre de retraités, à la progression du capital immobilier qu’ils détiennent, entre 2012 et 2022, on obtient pour la France : +3,68 % de retraités, mais +5,19 % de capital logement. Au niveau départemental : +6,80 % versus +14,28 % pour la Guadeloupe, +5,60 % versus +12,37 % pour le Morbihan, +2,90 % versus +8,12 % pour l’Ille-et-Vilaine. Cette surappropriation de la richesse immobilière n’est pas sans poser question quant à la solidarité entre les générations.

Devant tous ces éléments, si favorables au viager, pourquoi est-il comme banni de la réflexion publique ? Pas forcément tant du côté des vendeurs, qui n’y sont pas aussi réticents que l’on pourrait le penser, que du côté des acheteurs et des investisseurs. Ne pas consommer l’avant-dernier bien immobilier n’empêchera pas la vie de se consumer ? Faut-il y voir une dénégation de la mort, où l’on s’accrocherait mordicus à l’avant-dernier bien, par crainte du dernier et de l’après ? Alors, remettre de son vivant sa richesse dans le mouvement et la vie ne serait-il pas un moyen de vivre au-delà de soi, en pensant à la succession des générations ?


Cet article fait partie du dossier « https://dauphine.psl.eu/eclairages/dossier/au-dela-de-lachat-les-nouveaux-territoires-de-la-consommation » par Dauphine Éclairages, le média scientifique en ligne de l’Université Paris Dauphine – PSL.

The Conversation

Arnaud Simon ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. le viager : une solution pour mieux consommer l’avant-dernière demeure – https://theconversation.com/le-viager-une-solution-pour-mieux-consommer-lavant-derniere-demeure-270813