Dermatose nodulaire : comprendre les raisons de la mobilisation agricole

Source: The Conversation – in French – By Frédéric Keck, Anthropologie, EHESS, CNRS, Laboratoire d’anthropologie sociale, Collège de France, Auteurs historiques The Conversation France

La dermatose nodulaire, rarement mortelle mais très contagieuse, flambe depuis quelques semaines dans les élevages bovins français. Face à sa diffusion rapide, les autorités ont recours à l’abattage et à la vaccination. La contestation de l’abattage systématique par les éleveurs révèle des tensions profondes dans un monde agricole déjà en crise.


La dermatose nodulaire contagieuse (DNC), maladie infectieuse qui touche les bovins, a beaucoup fait parler d’elle au cours des dernières semaines. Le virus qui la cause, Capripoxvirus lumpyskinpox, se diffuse dans le sang des animaux et provoque de fortes fièvres et des nodules douloureux pour les animaux. La mortalité est faible, de 1 à 5 % environ des animaux infectés, mais le problème principal tient à sa contagiosité. Les insectes piqueurs (mouches stomoxes, moustiques, taons…) et les tiques transmettent ce virus d’un troupeau à un autre. Le virus peut également survivre plusieurs mois dans les croûtes des animaux, qui se conservent dans les environnements peu éclairés.

Historiquement présente en Afrique, la DNC a été observée en Afrique du Nord dès juin 2024, puis s’est propagée en Europe. La DNC a été détectée en France pour la première fois le 29 juin 2025 en Savoie. Pour contrôler la propagation de la maladie, les autorités se sont à la fois appuyées* sur une politique d’abattage (environ 1 000 bovins) et de vaccination (environ 300 000 doses).

Mais la colère gronde chez les agriculteurs, qui s’opposent désormais aux abattages massifs. Le 10 décembre 2025, des éleveurs dans l’Ariège se sont opposés à l’abattage de 200 bovins touchés par la DNC et ont lancé un mouvement social d’occupation des autoroutes qui a gagné une large part du sud-ouest de la France. Pour limiter ce mouvement, la ministre de l’agriculture Annie Genevard a engagé le financement de la vaccination d’un million de bovins.




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L’enjeu : limiter le risque de transmission à l’humain

Pour comprendre cette mobilisation, il faut d’abord rappeler la distinction entre les zoonoses et les épizooties.

Les zoonoses, tout d’abord, sont des maladies infectieuses qui se transmettent des animaux sauvages aux animaux domestiques, puis aux humains. Elles font l’objet de mesures sanitaires sévères pour éviter la transmission aux humains de pathogènes dont les conséquences immunitaires sont inconnues.

Le chien viverrin aurait été l’un des vecteurs du SARS-CoV-2 vers l’espèces humaine.
Animalia.bio, CC BY-SA

La grippe aviaire, hautement pathogène, et le Covid-19 sont deux exemples de zoonoses. La première a été transmise par les oiseaux sauvages aux volailles domestiques, avec une mortalité de 60 % lorsqu’elle se transmet aux humains. Le second l’aurait été par l’intermédiaire des chauves-souris et notamment les chiens viverrins, avec une mortalité de 0,5 % lorsqu’elle se transmet aux humains.

Dans ce contexte, l’abattage préventif peut faire partie de l’arsenal déployé par les autorités sanitaires :

On peut noter que ces deux virus zoonotiques (H5N1 et SARS-CoV-2) sont venus de Chine, dont les fortes populations animale et humaine connectées par les marchés aux animaux vivants sont favorables à l’émergence de nouveaux virus depuis une trentaine d’années.




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De l’autre côté, les épizooties sont des maladies infectieuses transmises par les animaux sauvages aux animaux domestiques, mais sans se transmettre aux humains.

Ces deux maladies infectieuses ont été découvertes dans les années 1930 en Afrique de l’Est. En effet, les colonisateurs anglais ont implanté dans cette partie du continent les techniques d’élevage industriel qui avaient été développées en Europe au cours du siècle précédent. Or, pour des petits élevages pastoraux de cochons ou de vaches, les épizooties ont peu de conséquences. Mais dans les élevages industriels, elles causent des ravages.

Ainsi, la première grande épizootie dans l’histoire de la médecine vétérinaire est la peste bovine, qui a ravagé l’Europe au XIXᵉ siècle du fait du commerce international du bétail, en commençant par l’Angleterre puis l’Afrique de l’Est au début du XXᵉ siècle. Elle est aujourd’hui considérée comme la maladie du bétail la plus meurtrière de l’histoire.

C’est pour contrôler la peste bovine qu’a été crée l’Office international des épizooties (OIE) à Paris en 1920. La maladie a été maîtrisée grâce à des politiques d’abattage et de vaccination qui ont conduit à son éradication en 2001. En 2003, l’organisation intergouvernementale a été renommée Organisation mondiale de la santé animale.




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Les virus ignorent la distinction faite par les humains entre épizootie et zoonose. Un virus comme celui de la grippe peut devenir épizootique ou zoonotique selon les circonstances, en fonction de ses mutations. Or, une épizootie est gérée comme un problème économique, par le ministère de l’agriculture, alors qu’une zoonose est gérée comme un problème sanitaire par le ministère de la santé.

Pourquoi les politiques d’hier sont inacceptables aujourd’hui

Le contrôle des épizooties est essentiel pour garantir les prix sur le marché international de la viande. En effet, un État indemne d’une épizootie qui circule dans d’autres pays peut vendre ses animaux (vivants ou morts) à un prix plus élevé que ses concurrents s’ils sont infectés.

Mais reste la question de fond : pourquoi cette politique, qui a fonctionné pour d’autres épizooties passées, ne semble-t-elle plus acceptable aujourd’hui ? La mobilisation des éleveurs du sud-ouest de la France s’inscrit dans un triple contexte politique.

  • D’une part, les négociations entre l’Union européenne et le Mercosur concernant les produits agricoles sont perçues par les éleveurs français comme préjudiciables à leurs intérêts. Autrement dit, la DNC survient dans un contexte déjà tendu et a, en quelque sorte, constitué « la goutte d’eau qui fait déborder le vase ».

  • D’autre part, les dernières élections syndicales dans le milieu agricole ont été favorables à la Confédération paysanne et à la Coordination rurale et défavorables au syndicat majoritaire, la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA). Or, le protocole sanitaire actuel a été négocié par le gouvernement avec ce syndicat majoritaire, ce qui a conduit à une alliance inédite entre les deux syndicats minoritaires, situés respectivement à la gauche et à la droite de l’échiquier politique.

  • Enfin, la période des vacances de Noël est favorable à une démonstration de force de la part du monde agricole afin d’obtenir rapidement la fin des abattages et la vaccination de tous les bovins de la part d’un gouvernement fragilisé par l’absence de budget national.

« Dermatose nodulaire des bovins : les agriculteurs basques en colère », France 3, Le 19-20, 12 décembre 2025.

Depuis début décembre 2025, les médias français se sont emparés de ce sujet en diffusant des images spectaculaires d’occupations d’espaces publics et de blocages de routes et de voies ferrées notamment par des agriculteurs venus avec leurs tracteurs et leurs vaches.




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Des vaches abattues ramenées à un statut de marchandises

Résultat : le débat politique sur les modes d’élevage des animaux, entre un modèle industriel tourné vers l’exportation et un modèle de plus petite taille tourné vers la consommation locale, se tient désormais dans l’urgence. Il aurait pourtant pu avoir lieu lors des Assises du sanitaire animal qui se sont tenues au niveau national en septembre 2025.

Le nœud du problème ? Le gouvernement demande aux éleveurs de respecter « la science » sans établir les conditions pour une démocratie sanitaire et technique des maladies animales. Il s’agirait de mettre tous les acteurs de l’élevage autour de la table pour évaluer les différentes méthodes scientifiques garantissant la santé de leurs élevages.

Les maladies animales, qu’elles soient épizootiques (comme la DNC) ou zoonotiques, montrent que les animaux ne sont pas seulement des marchandises que les humains peuvent détruire lorsqu’elles ne satisfont plus aux conditions du marché. Ce sont des êtres vivants avec lesquels se sont constitués des savoirs (notamment génétiques) et des affects.

Cet écart entre l’animal-marchandise et l’animal-être vivant s’exprime de diverses façons :

  • Pour les zoonoses, les consommateurs ont peur d’être tués par la viande qu’ils mangent : on a pu parler ainsi de « vache folle » dans les années 1990 ou de « poulets terroristes ».

  • En cas d’épizootie, lorsqu’un éleveur doit faire abattre pour des raisons sanitaires un troupeau qui n’a pas atteint la maturité : on parle alors de « dépeuplement », comme si le « repeuplement » n’était qu’une mesure technique.

  • Le traitement médiatique de la crise de la « vache folle » a ainsi donné lieu à des images bien plus spectaculaires que lors de la crise de la fièvre aphteuse, médiatisée au début des années 2000. La différence tient au fait que l’encéphalopathie spongiforme bovine passe aux humains en causant la maladie de Creutzfeldt-Jakob, alors que la fièvre aphteuse ne se transmet pas aux humains. Les abattages massifs réalisés pour contenir la fièvre aphteuse, elle aussi très contagieuse mais peu létale, semblent inacceptables aujourd’hui.

Les gouvernements savent s’appuyer sur des savoirs virologiques et épidémiologiques pour anticiper les déplacements des populations d’humains, d’animaux et de vecteurs qui vont causer les maladies infectieuses actuelles et à venir. Le réchauffement climatique favorise ainsi la persistance en décembre des mouches porteuses de la DNC.

Mais les autorités ne peuvent pas prédire les réactions des éleveurs et de ceux qui les regardent sur les réseaux sociaux pleurer la mort de leurs vaches. C’est bien ce rapport à l’animal qui se joue dans la crise agricole déclenchée par la dermatose nodulaire contagieuse.

The Conversation

Frédéric Keck ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Dermatose nodulaire : comprendre les raisons de la mobilisation agricole – https://theconversation.com/dermatose-nodulaire-comprendre-les-raisons-de-la-mobilisation-agricole-272363

Comment naît l’esprit de compétition ?

Source: The Conversation – in French – By Inge Gnatt, Psychologist, Lecturer in Psychology, Swinburne University of Technology

En fonction de notre personnalité, nous sommes plus ou moins enclins à avoir l’esprit de compétition, mais l’influence de l’environnement est décisive.


Si vous avez déjà assisté à une rencontre sportive chez les moins de 12 ans, vous savez que certains enfants ont un esprit de compétition très fort, tandis que d’autres sont juste là pour créer des liens. Au travail, deux collègues peuvent réagir différemment à une critique : l’un va se donner à fond pour prouver sa valeur, tandis que l’autre va facilement passer à autre chose.

Et nous savons tous ce qui se passe lors des soirées Monopoly en famille, qui nous rappellent définitivement que le goût de la compétition peut mettre à rude épreuve même les relations les plus proches. Être plus ou moins compétitif présente des avantages et des inconvénients, qui dépendent entièrement du contexte.

Mais qu’est-ce qui détermine réellement ces différences, et pouvons-nous les modifier ?

Comment définir l’esprit de compétition ?

L’esprit de compétition ne se résume pas à vouloir gagner. Il s’agit d’une tendance complexe à vouloir surpasser les autres et à évaluer ses succès en se comparant à son entourage. Certains de ses aspects sont appréciables, la satisfaction provenant à la fois de l’effort fourni et des bons résultats obtenus.

Un comportement compétitif peut être lié à la motivation de s’améliorer soi-même et de réussir. Si nous sommes très motivés pour gagner, améliorer nos résultats et nous évaluer par rapport aux autres, nous sommes alors plus enclins à être très compétitifs.

D’un point de vue évolutif, cela nous a également aidés à survivre. En tant qu’espèce sociale, notre sens de la compétition nous permet d’acquérir des ressources, un statut et, surtout, des relations.

L’extraversion et le fait d’être consciencieux sont des traits de personnalité plus marqués chez les personnes qui ont un esprit de compétition plus développé. Ces traits sont liés à la volonté d’atteindre un objectif, à la persévérance et à la détermination, autant de qualités indispensables à la compétitivité.

Nous pouvons donc être prédisposés à avoir plus ou moins l’esprit de compétition selon nos traits de personnalité qui, dans une certaine mesure, sont déterminés par la génétique.

Cependant, le sens de la compétition ne dépend pas uniquement de la biologie. Son intensité est également liée à notre environnement.

Votre culture a un impact sur votre sens de la compétition

Les familles, les salles de classe ou les lieux de travail compétitifs peuvent intensifier les sentiments de rivalité tandis que les environnements plus coopératifs peuvent les réduire.

Par exemple, des recherches ont montré qu’une implication et des attentes parentales plus élevées peuvent avoir une influence positive sur les résultats scolaires, mais peuvent également rendre les enfants plus enclins à la compétition.

La compétitivité s’interprète et s’exprime différemment aussi selon les cultures. Les cultures traditionnellement individualistes peuvent être plus compétitives en apparence, tandis que les cultures collectivistes peuvent être plus indirectement compétitives dans le but de préserver la cohésion du groupe.

Si vous êtes indirectement compétitif, cela peut se traduire par le fait de cacher des informations utiles aux autres, de vous comparer souvent à eux ou de surveiller de près la réussite de vos pairs.

Pouvons-nous mesurer l’esprit de compétition ?

Les recherches suggèrent que la compétitivité est multiforme et que différentes évaluations mettent l’accent sur différents processus psychologiques.

Bien qu’il existe plusieurs questionnaires permettant de mesurer l’esprit de compétition d’une personne, le débat reste ouvert quant aux dimensions sous-jacentes à prendre en compte.

Par exemple, une étude réalisée en 2014 a mis au point une mesure comportant quatre dimensions : l’esprit de compétition en général, la dominance, les affects liés à la compétition (le plaisir que la personne éprouve à entrer en compétition) et le développement personnel.

En outre, une autre tentative publiée en 2018 a révélé que le plaisir de la compétition (motivation et valeur perçue) et la rigueur professionnelle (être assertif) étaient les dimensions les plus importantes à mesurer.

Tout cela montre que l’esprit de compétition ne tient pas à un trait de personnalité unique. Il s’agit plutôt d’un ensemble de motivations et de comportements associés.

Quels sont les avantages et les inconvénients d’avoir un fort esprit de compétition ?

Avoir l’esprit de compétition est associé à des avantages tels qu’une haute performance, de la motivation et des réussites. Mais cela a aussi un coût.

Des études suggèrent que les personnes qui accordent davantage d’importance à leur rang social et qui s’évaluent défavorablement sont plus susceptibles de présenter des symptômes de dépression et d’anxiété. En fait, une dynamique de compétition et de comparaison sociale est systématiquement associée à une mauvaise santé mentale.

Il a également été démontré que la compétitivité à l’école était liée à une augmentation du stress et de l’anxiété.




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Dans un contexte de performance individuelle, rivaliser avec une personne plus performante peut faire progresser, selon une étude dans laquelle les participants ont été invités à passer un test neurocognitif. Cependant, la coopération, même avec un partenaire moins performant, était associée à des niveaux de réussite équivalents.

De plus, cette étude a révélé que la compétition était associée à une augmentation de la stimulation physiologique et du stress, contrairement à la coopération.

Peut-on agir sur l’esprit de compétition ?

Bien que nous n’ayons aucun contrôle sur certains traits de personnalité, nous pouvons agir d’une certaine manière sur notre esprit de compétition. Adopter un comportement plus prosocial en coopérant davantage, en partageant et en aidant les autres, peut le réduire.

De plus, revoir la manière dont nous nous évaluons et dont nous nous percevons peut contribuer à développer un rapport plus équilibré et plus flexible à la compétition. Une thérapie d’acceptation et d’engagement ou une thérapie centrée sur la compassion peut être utile pour accompagner ces changements.

En fin de compte, la recherche dans ce domaine est complexe, et il reste encore beaucoup à apprendre. Si un niveau raisonnable de compétition peut être bénéfique, il est important d’en évaluer le coût.

Réfléchissez à vos objectifs : êtes-vous prêt à tout pour gagner ? ou préférez-vous faire de votre mieux et vous faire des amis ?

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Comment naît l’esprit de compétition ? – https://theconversation.com/comment-nait-lesprit-de-competition-272190

L’Afrique subsaharienne, nouvel eldorado pour l’État islamique ?

Source: The Conversation – in French – By Pierre Firode, Professeur agrégé de géographie, membre du Laboratoire interdisciplinaire sur les mutations des espaces économiques et politiques Paris-Saclay (LIMEEP-PS) et du laboratoire Médiations (Sorbonne Université), Sorbonne Université

Vidéo publiée par des djihadistes, au Burkina Faso, en 2019, pour affirmer leur allégeance à l’organisation État islamique. Longwarjournal.org

Le djihadisme international, en recul au Moyen-Orient, est revitalisé depuis plusieurs années dans plusieurs régions d’Afrique – essentiellement dans les zones frontalières entre États affaiblis où vivent des populations marginalisées. De la région des trois frontières entre le Burkina Faso, le Niger et le Mali à l’est de la République démocratique du Congo, en passant par le lac Tchad, des dynamiques similaires sont à l’œuvre.


Le djihad global incarné par le groupe État islamique (EI) est incontestablement en recul au Moyen-Orient. L’EI a perdu la grande majorité de son éphémère califat et les pertes que lui a infligées la coalition internationale s’avèrent difficilement remplaçables. L’enracinement du groupe dans les sociétés moyen-orientales a lui aussi décliné significativement au cours de ces dernières années : l’EI se retrouve éclipsé par des groupes qui prônent un djihad d’abord régional voire national et qui, bien que salafistes, renoncent au terrorisme international, à l’image du groupe Hayat Tahrir Al-Cham (HTC) en Syrie ou des talibans en Afghanistan.

À l’inverse, l’EI semble particulièrement gagner du terrain sur le continent africain : au Nigeria, Boko Haram connaît une spectaculaire ascension depuis son allégeance à l’EI en 2015 tandis que les Forces démocratiques alliées (ADF), groupe djihadiste d’Afrique centrale rallié en 2017 à l’EI, s’implantent durablement au nord de la RDC dans la région du Nord-Kivu.

Le Sahel s’inscrit lui aussi dans cette dynamique globale puisque le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin, JNIM), affilié à Al-Qaida, ne parvient pas à supplanter totalement la filiale de l’EI dans la région, l’État islamique dans le Grand Sahara, qui gagne du terrain au Mali, au Niger comme au Burkina Faso.

Au vu de cette régression de l’EI au Levant et de son ascension en Afrique, il serait pertinent de repenser la relation centre/périphérie dans le monde du djihad global. Le continent africain devient peu à peu l’épicentre de l’EI, qui pourrait renoncer aux rêves de réaliser le Sham (un État regroupant les sunnites de la région) en Orient au profit d’un califat en terre africaine.

Quelles opportunités stratégiques le continent africain offre-t-il à l’EI ? Le groupe pourrait-il installer son sanctuaire en Afrique, inaugurant ainsi un nouvel âge dans l’histoire du djihad ?

L’émergence de sanctuaires transfrontaliers propices au djihad

L’implantation de l’EI en Afrique répond à une logique géographique récurrente : le groupe s’enracine dans des espaces transfrontaliers où les djihadistes utilisent les frontières internationales comme un refuge leur permettant d’échapper aux offensives des armées conventionnelles qu’ils affrontent. Le cas de la zone dite des « trois frontières » entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger est de ce point de vue emblématique.

Prévention et réduction de la conflictualité dans les régions frontalières du Mali, du Burkina Faso et du Niger (zone des trois frontières/Liptako Gourma).
aha-international.org

Dans cette zone transfrontalière à cheval sur les trois pays, les djihadistes de l’État islamique dans le Grand Sahara peuvent échapper aux offensives de l’armée nigérienne en se réfugiant au Mali ou au Burkina Faso, les armées conventionnelles étant, à l’inverse des groupes terroristes, contraintes de respecter les frontières internationales et la souveraineté des pays voisins. D’autant que les trois pays ne parviennent plus à coordonner leurs efforts militaires contre les djihadistes, comme le montre l’échec cuisant du G5 Sahel.

Créé à l’initiative de la France et des pays du Sahel dans le contexte de l’opération Barkhane, le G5 Sahel se voulait une réponse au djihad transnational régional. L’organisation devait permettre la coopération des armées burkinabée, nigérienne et malienne, censées agir de façon concertée des trois côtés de la zone de frontière afin d’acculer les djihadistes et de les priver d’opportunités de replis. Le départ, en 2022, de la France, qui était à l’origine de cette initiative militaire, suivie par le retrait du Mali et du Burkina Faso la même année puis du Niger en 2023, a mis fin à toute forme de coordination transnationale efficace dans la région.

L’Alliance des États du Sahel (AES), créée en 2023 pour remplacer le G5 Sahel, n’a pas débouché sur des actions militaires transfrontalières concrètes tandis que les miliciens russes de l’Africa Corps, certes implantés au Mali, au Niger comme au Burkina Faso, enchaînent les revers militaires notamment depuis leur défaite face aux Touaregs à l’été 2025 dans la région de Kidal et n’ont jamais repris le contrôle de la zone des trois frontières.

Cette situation n’est pas sans rappeler le rôle qu’a joué la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan pendant l’occupation américaine de l’Afghanistan : comme les terroristes au Sahel, le réseau Al-Qaida avait pu survivre à l’incroyable effort des États-Unis et de leurs alliés en se réfugiant au Pakistan en 2005, dans les zones tribales, là où l’armée américaine ne pouvait pas se déployer sans risquer de déstabiliser complètement son allié pakistanais.

L’« effet refuge » de la frontière entre l’Ouganda et la République démocratique du Congo (Source : Screenshot at PM).
Fourni par l’auteur

Cette configuration géographique « à l’afghane » concerne aussi les deux autres foyers du djihad en Afrique : la région du lac Tchad et le Nord-Kivu en République démocratique du Congo (RDC).

Dans cette dernière région, les djihadistes des ADF exploitent particulièrement l’« effet refuge » de la frontière entre l’Ouganda et la RDC. À l’origine, les ADF constituent un groupe djihadiste purement ougandais en lutte contre le gouvernement du pays. Mais à la fin des années 1990, les offensives répétées de l’armée ougandaise ont obligé le mouvement terroriste à migrer en direction de la RDC, où se situe désormais son sanctuaire, depuis lequel les djihadistes déstabilisent non seulement le Kivu mais aussi l’Ouganda, tout en échappant autant à l’armée congolaise qu’aux forces ougandaises.

Comme dans la zone des trois frontières, la frontière entre l’Ouganda et la RDC restreint les manœuvres des troupes conventionnelles, mais reste complètement ouverte aux groupes terroristes puisqu’elle sépare des États faillis qui n’ont pas les moyens d’assurer un véritable contrôle frontalier. D’autant que le Kivu comme la zone des trois frontières constituent de véritables zones grises, périphériques, où la présence de milices, la faiblesse des infrastructures, la distance par rapport aux centres du pouvoir rendent la présence de l’autorité régalienne pour le moins superficielle.

Des périphéries marginalisées en voie de devenir des terres de djihad

Screenshot at PM.
Fourni par l’auteur

En plus d’être des espaces transfrontaliers, les nouveaux sanctuaires de l’EI en Afrique s’apparentent à des territoires marginalisés politiquement, économiquement et, parfois, culturellement. Éloignés des métropoles qui polarisent l’activité économique, peuplés d’ethnies minoritaires, ces territoires sont touchés par un rejet de l’État central, un régionalisme voire un sécessionnisme que l’EI exploite pour grossir ses rangs.

Le cas du Lac Tchad, territoire à cheval sur le Nigeria, le Niger, le Tchad et le Cameroun, est emblématique de ce lien entre marginalisation des territoires et développement de l’EI. Le groupe Boko Haram, affilié à l’EI depuis 2015, s’y appuie sur le sentiment d’abandon que nourrissent les ethnies musulmanes Haoussa et Kanouri peuplant le nord du pays, à l’encontre d’un État nigérian dominé par les ethnies chrétiennes du sud, comme les Yorubas.

D’autant que Boko Haram peut élargir son recrutement aux populations précarisées par l’assèchement du lac Tchad, qui basculent dans une économie de prédation à défaut de pouvoir produire de quoi se nourrir. Dans son ouvrage L’Afrique sera-t-elle la catastrophe du XXIe siècle ?, Serge Eric Menye avait déjà bien montré le lien entre marginalisation économique de certains territoires ruraux africains privés de débouchés économiques d’une part et développement du djihadisme d’autre part. Dans ces territoires, des activités criminelles, à l’image des « coupeurs de routes » autour du Lac Tchad, s’installent afin de pallier le recul de l’économie productive et créent un terreau particulièrement fertile pour le développement des groupes djihadistes.

Ces territoires offrent aux djihadistes la possibilité de développer leur classique discours de propagande appelant au djihad dit « défensif ». Au Kivu comme au nord du Nigeria, les musulmans constituent une minorité nationale, dominée par des pouvoirs exercés par (ou assimilés à) des populations chrétiennes. Cette réalité culturelle et politique sert le narratif de l’EI qui consiste souvent à mobiliser les musulmans pour protéger un « Dar al-Islam » menacé par un État « mécréant ». L’objectif proclamé – défendre des musulmans « opprimés » par un État « infidèle » – pourrait drainer des combattants de l’ensemble de l’Oumma, et il ne fait aucun doute que l’EI tentera de jouer cette carte à mesure que les marges musulmanes du Nigeria ou du Congo s’enfonceront dans la violence ou subiront les représailles des armées conventionnelles ou des milices locales non musulmanes comme les Maï-Maï au Kivu.

De ce point de vue, les territoires les plus prometteurs dans l’optique djihadiste sont ceux qui se trouvent à la frontière de l’Afrique chrétienne et de l’Afrique musulmane, comme la RDC ou le Nigeria.

Les freins à l’explosion du djihad africain

Même si le Kivu, le lac Tchad ou la zone des trois frontières tendent à devenir des sanctuaires de l’EI, l’analyse de ces territoires laisse apparaître plusieurs obstacles à l’implantation des djihadistes en Afrique.

Les mouvements djihadistes, tels qu’Al-Qaida en Irak puis son successeur l’EI, devaient leur succès au rejet par les populations locales d’une occupation étrangère : la filiale irakienne d’Al-Qaida s’était d’abord construite comme un mouvement de résistance à l’occupation américaine dans les villes du triangle sunnite au printemps 2003. Or, depuis le départ des Français du Mali, aucune puissance internationale (hormis la Russie) n’est présente dans les territoires touchés par le djihadisme, ce qui empêche les mouvements djihadistes africains de se présenter en force de résistance luttant contre une occupation étrangère.

Au lieu de s’opposer à des forces d’occupation, les djihadistes maliens, nigérians ou congolais se retrouvent souvent face à des milices locales comme les Maï-Maï au Congo ou les dozos au Mali : en Afrique, contrairement au Moyen-Orient, l’esprit local de résistance, bien loin de profiter aux djihadistes, joue clairement contre eux.

D’autant que la guerre contre les « musulmans déviants », autre moteur du djihad tel que le conçoit l’EI, ne semble pas trouver en Afrique un terreau favorable. En effet, quel que soit le pays considéré, la grande majorité des musulmans africains demeurent sunnites, malgré un essor récent du chiisme en Afrique de l’Ouest, si bien que les djihadistes de l’EI ne pourront pas transformer leur combat en une fitna (révolte) tournée contre les chiites, contrairement à leurs prédécesseurs irakiens ou syriens.

Privés du ressentiment antichiite ainsi que de l’esprit de résistance qui ont poussé tant d’Irakiens à rejoindre Al-Qaida en Irak puis l’État islamique, les djihadistes africains ne peuvent pas non plus s’appuyer sur la radicalité des populations locales. Majoritairement malikite, l’islam subsaharien reste moins exposé aux progrès de l’intégrisme que les territoires du Moyen-Orient dans lesquels l’approche hanbalite de l’islam permet des transferts plus faciles vers l’extrémisme.

Ainsi, le lac Tchad, la zone des trois frontières ou le Nord-Kivu pourraient, en théorie, devenir un « nouvel Afghanistan » pour reprendre les termes de Seidik Abba dans son ouvrage Mali-Sahel, notre Afghanistan à nous. Ces territoires présentent des caractéristiques géopolitiques communes : constitution d’un sanctuaire transfrontalier autour de périphéries marginalisées politiquement, culturellement et économiquement.

L’État islamique semble parfaitement conscient des opportunités que lui offre le continent africain, comme le montre l’essor de Boko Haram au Nigeria ou celui des ADF au Congo. Pour autant, aucune des trois provinces africaines de l’EI ne s’est pour l’instant substituée au berceau irako-syrien, malgré les défaites militaires de l’organisation au Levant.

Sans doute faut-il voir ici, entre autres facteurs explicatifs, l’effet des réticences des djihadistes à l’idée de déplacer l’épicentre du djihad du monde arabe vers les périphéries du monde musulman. Néanmoins, cet univers mental djihadiste où le monde arabe constitue encore le centre semble de plus en plus en décalage avec la réalité géographique du djihad dont l’Afrique subsaharienne tend à devenir l’épicentre.

The Conversation

Pierre Firode ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’Afrique subsaharienne, nouvel eldorado pour l’État islamique ? – https://theconversation.com/lafrique-subsaharienne-nouvel-eldorado-pour-letat-islamique-271040

Au-delà du QI et de la stigmatisation des personnes avec déficience intellectuelle, repensons l’intelligence

Source: The Conversation – in French – By Quesne Julien, Chercheur post-doctorant en sociologie, Université Paul Valéry – Montpellier III

Réduire l’intelligence au QI se révèle stigmatisant pour les personnes qui vivent avec une déficience intellectuelle. Cela ne rend pas compte de la diversité de l’intelligence qui reste façonnée par le contexte social, éducatif, culturel et politique.


Dans le débat public comme en psychologie, le quotient intellectuel (QI) tient une place particulière. On l’interprète souvent comme une mesure neutre, scientifique, objective – un outil honnête d’évaluation cognitive des capacités humaines. Mais derrière les nombres qu’il distribue, le QI produit une véritable charge sociale : celui d’une classification, d’une hiérarchisation, d’une normalisation.

Pour les personnes chez qui a été diagnostiquée une déficience intellectuelle
– entre 2 et 3 % de la population générale – le QI peut devenir un outil d’assignation, de stigmatisation ou encore d’exclusion qui produit socialement du handicap. Si le DSM-5 (manuel diagnostique de référence en santé mentale) marque un progrès en rappelant que l’intelligence ne se réduit pas à un score et doit être appréciée à partir des capacités d’adaptation dans la vie quotidienne, son évaluation par la mesure est très loin de disparaître.

La récente affaire Jean Pormanove a tristement permis de mettre en lumière la permanence et l’intensité des maltraitances handiphobes en France. Le décès en direct, en août dernier, du streamer Raphaël Graven (alias Jean Pormanove) faisait suite à des mois d’humiliation à l’écran de plusieurs personnes en situation de handicap invitées à l’émission « Questions pour un golmon » sur la plateforme Kick et moquées pour leur supposée faiblesse d’esprit.




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Ce drame fait directement écho à nos imaginaires collectifs où l’intelligence est encore considérée comme un attribut fixe, voire naturel, mais surtout mesurable. Ainsi, ceux et celles possédant un « bon » QI sont valorisés ; ceux et celles qui sont en dessous d’un seuil arbitraire – souvent autour de 70 – sont pathologisés, médicalisés, étiquetés et stigmatisés par la société.

Cette logique ne date pas d’hier : elle puise notamment ses racines dans l’histoire de la psychométrie, portant l’empreinte d’idéologies plus anciennes, coloniales et modernes, qui ont entériné de nouvelles hiérarchies de la vie humaine.

L’héritage d’une science pas si neutre

L’histoire du QI ne peut pas être racontée sans évoquer son lien avec les idées eugénistes ou coloniales de la modernité occidentale. Les premiers travaux européens sur le crâne datant du XIXe siècle, cherchaient à établir des différences « naturelles » d’intelligence entre les groupes (notamment pour justifier l’invention de la race) en se fondant sur des mesures du crâne ou du cerveau. Ces croyances pseudoscientifiques ont servi à légitimer des politiques de domination, d’exclusion et de violence envers les esclaves, les femmes, les enfants ainsi que les personnes en prise avec une déficience intellectuelle.

Au début du XXe siècle, les psychologues français Alfred Binet et Théodore Simon voulaient, avec la création du QI, repérer et aider les enfants ayant besoin d’un accompagnement scolaire spécifique. Le QI se résume alors à un score obtenu à des tests qui mesurent certaines capacités mentales et cognitives, comme la mémoire, le raisonnement ou la compréhension des mots.

Son score moyen est fixé à 100, là où une part importante de la population mondiale possède aujourd’hui un score généralement compris entre 85 et 115.

Plus tard, la psychométrie moderne – avec des psychologues comme Charles Spearman (1904) ou plus tard Anne Anastasi (1954) – développe des tests psychomoteurs très sophistiqués, dont certains visent à capturer et naturaliser ce que Spearman désignera comme le « facteur g », c’est-à-dire une intelligence générale censée être universelle. Mais cette universalité masque l’influence prépondérante de valeurs très contextuelles et politiques dans l’évaluation de l’intelligence : des cultures, des langages, des environnements éducatifs et des positions sociales et historiques qui n’ont rien de fixe.

Le piège de la mesure et de son seuil

Le diagnostic de déficience intellectuelle repose encore largement sur un seuil de QI (par exemple, ≈ 70). Lorsqu’une personne passe en dessous, elle peut être considérée comme ayant un déficit cognitif, même si sa vie quotidienne, son autonomie, ses compétences sociales ou émotionnelles ne peuvent pas être résumées à un simple nombre.

Or, ce seuil arbitraire ne tient pas suffisamment compte de la diversité des expériences humaines : certaines personnes avec un QI faible sont très autonomes dans certains aspects de la vie, d’autres ont des compétences très différentes (mémoire visuelle, créativité artistique, etc.). Réduire les personnes vivant avec une déficience intellectuelle à un score, c’est invisibiliser leur singularité, leur histoire, mais c’est surtout les délier de leur humanité en les ramenant à de simples fonctions productives et économiques.

Cette catégorisation peut conduire à ce que la société attende moins de ces individus – ou pire, les considère comme moins dignes d’autonomie et de participation pleine à la vie sociale. Cette idée d’absence ou de perte constante d’autonomie suggère aussi celle d’un stade de développement inachevé des personnes vivant avec une déficience intellectuelle.

On tombe alors dans un piège : la mesure prétendue objective devient un outil de marginalisation voire de stigmatisation qui enferme souvent ces personnes dans une sorte d’enfance chronique.

L’intelligence, un bien collectif

Pour changer cette dynamique, il est urgent de repenser l’intelligence non pas comme un bien individuel (à maximiser, à hiérarchiser), mais comme un bien collectif et pluriel en rupture avec sa logique productiviste actuelle. Plusieurs chercheur·es, dans des domaines variés tels que la psychologie critique, les études sur le handicap, la philosophie, suggèrent que l’intelligence se joue dans les échanges, les relations, les environnements. Elle ne se limite pas aux tâches abstraites définies par les tests.

L’intelligence existe dans les gestes, dans la créativité, dans la façon d’apprendre autrement et est, à ce titre, plurielle tant elle est influencée et façonnée par le contexte social, éducatif, culturel et politique.

Reconnaître cela, c’est admettre qu’un QI ne peut pas tout dire, qu’il ne définit pas la richesse d’une personne. Au contraire, il s’agit pour nous de comprendre la fonction politique et sociale d’un tel outil pour l’organisation de la société. Pourquoi a-t-on besoin de mesurer l’intelligence ? Et dans quel but ?

Changer les normes sociales

Il faut repenser les valeurs que nous associons à l’intelligence : performance, productivité, rentabilité. Il est important de défendre une vision de la dignité qui ne passe pas par la mesure, mais par la reconnaissance de chaque être humain dans sa singularité, et dans une démarche critique de retournement voire de destruction des valeurs imposées par l’idéologie capitaliste.

Ainsi, c’est une démarche populaire autour de la dignité politique qu’il faut bâtir, avec, par et pour les personnes concernées, et qui dépasserait les stratégies trop souvent inefficaces de visibilité, de reconnaissances ou d’inclusion.

Quelques idées reçues à déconstruire




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En finir avec un modèle limité de l’intelligence

Parce que repenser l’intelligence est plus qu’un enjeu académique : c’est une urgence sociale. À l’heure où les inégalités cognitives – et la neurodiversité – deviennent de plus en plus visibles (mais encore trop incomprises), maintenir un modèle limité de l’intelligence revient à reproduire les exclusions et l’infantilisation des personnes vivant avec une déficience intellectuelle.

Nous devons contraindre les institutions (école, travail, santé, services sociaux, etc.) à évoluer et rompre avec ces pratiques discriminantes de classement de la vie humaine. La dignité des personnes concernées par une déficience intellectuelle ne peut pas être subordonnée à un score obtenu à un test : elle réside dans leur capacité à être reconnues, entendues et soutenues depuis leur humanité tout en luttant contre leur invisibilisation.


Cet article est publié dans le cadre de la Fête de la science (qui a eu lieu du 3 au 13 octobre 2025), dont The Conversation France est partenaire. Cette nouvelle édition porte sur la thématique « Intelligence(s) ». Retrouvez tous les événements de votre région sur le site Fetedelascience.fr.

The Conversation

Quesne Julien ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Au-delà du QI et de la stigmatisation des personnes avec déficience intellectuelle, repensons l’intelligence – https://theconversation.com/au-dela-du-qi-et-de-la-stigmatisation-des-personnes-avec-deficience-intellectuelle-repensons-lintelligence-271910

Comment rendre nos discussions politiques en famille moins conflictuelles ?

Source: The Conversation – in French – By Antoine Marie, Chercheur post-doctorant, École normale supérieure (ENS) – PSL

Les recherches sur les processus de résolution de conflits signalent que, pour susciter la confiance, il est utile de paraître rationnel et autonome par rapport à son « camp » politique. Gorodenkoff

Pendant les fêtes de fin d’année, les échanges se crispent souvent sur des questions politiques. Des recherches en psychologie et en sciences politiques éclairent les mécanismes qui alimentent ces conflits et ceux qui permettent de les désamorcer.


Nombreux sont ceux qui redoutent les discussions de famille sur les sujets politiques : écologie, immigration, conflit israélo-palestinien, relations entre les sexes et les générations… Celles-ci sont souvent tendues, et peuvent créer de l’autocensure ou du ressentiment.

Des recherches en psychologie et en sciences politiques, de nature aussi bien qualitative qu’expérimentale, offrent un éclairage sur les mécanismes qui causent ces tensions. Elles identifient également de bonnes pratiques susceptibles de faire de nos discussions politiques des lieux d’apprentissage et d’échange plus cordiaux et respectueux, tout en permettant l’influence idéologique et sans nier la légitimité des désaccords politiques.

La tendance à présumer de mauvaises intentions

Notre esprit est configuré pour surdétecter l’hostilité chez autrui – un mécanisme qui a vraisemblablement protégé nos ancêtres dans leurs environnements évolutionnaires, mais qui nous induit souvent en erreur aujourd’hui. En surdétectant l’hostilité, nous nous prémunissons du risque de maltraitance, mais nous risquons de présupposer de l’agressivité quand elle est absente.

Or, dans nos sociétés modernes et démocratiques, riches et condamnant largement la violence verbale et physique, la plupart de nos concitoyens n’ont qu’exceptionnellement des intentions négatives. L’un des effets psychologiques majeurs d’un environnement social plus riche et moins violent est en effet la diminution de l’impulsivité et de l’agressivité individuelle.

Les citoyens peuvent, bien sûr, être en désaccord politique vivace, et légitime, sur ce qu’il convient de faire pour rendre la société meilleure. Et la société est indéniablement parcourue de rapports de pouvoir et d’inégalités entre groupes. Mais la plupart des citoyens souhaitent des changements qu’ils pensent sincèrement susceptibles d’améliorer la société. L’impression qu’un interlocuteur est hostile ou stupide provient souvent de la distance entre ses croyances et les nôtres, acquise auprès de sources médiatiques et de fréquentations sociales très différentes, plutôt que de défaillances morales fondamentales.

Les pièges rhétoriques qui empoisonnent les échanges

Les travaux philosophiques sur l’argumentation ont identifié de longue date plusieurs procédés rhétoriques, souvent inconscients, qui empoisonnent facilement nos échanges. Comme mettent en garde les chercheurs Peter Boghossian et James Lindsay dans leur livre How to Have Impossible Conversations (2019), deux d’entre eux apparaissent particulièrement souvent dans les discussions politiques.

L’« homme de paille » (ou strawman) consiste à caricaturer la position de l’autre pour la rendre facile à contrer. Les recherches montrent que ce procédé est un produit naturel de notre esprit en contexte de désaccords moraux et qu’il empêche d’entrer réellement en dialogue.

L’interlocuteur perçoit, à raison, une absence d’effort pour comprendre ce qu’il dit dans toute sa finesse, ce qui génère une impression d’être pris pour un idiot. Il en résulte une impression de fermeture à son point de vue, de mépris pour son intelligence, qui retire toute marge de manœuvre pour la persuader.

À l’inverse, la pratique de « l’homme d’acier » ou steel man
– reformuler la position de l’interlocuteur de la manière la plus charitable possible, dans des termes dans lesquels la personne se reconnaît – permet de signaler son respect. Il est très rare que le discours idéologique soit en déconnexion totale avec les faits (fake news mises à part). La construction d’un steel man force chaque interlocuteur à adopter un minimum la perspective de l’autre, ce qui enrichit la compréhension mutuelle et produit une impression de bienveillance.

De même, notre tendance à poser de « faux dilemmes » apparaît souvent contre-productive. Ces derniers réduisent des questions nécessairement complexes à deux alternatives simplistes, mutuellement exclusives : soit nous acceptons une immigration incontrôlée, soit nous vivons dans une république raciste ; soit c’est la culture, soit c’est la biologie qui explique les différences psychologiques entre les sexes, etc.

La tendance à réduire une question sociale complexe à un faux dilemme constitue presque un réflexe lorsqu’on possède de fortes convictions morales sur le sujet. Cela amène les personnes à se comporter comme si elles avaient un message à délivrer, qu’elles affirmeront avec rigidité jusqu’à ce qu’elles aient le sentiment d’avoir été « entendues » – quitte à dénier toute nuance et toute validité aux observations pertinentes du point de vue opposé.

L’importance de reconnaître les extrémistes dans son propre camp

Les recherches qualitatives et expérimentales sur la négotiation et la résolution de conflit – dialogues intercommunautaires entre Israéliens et Palestiniens – suggèrent qu’un enjeu important pour susciter la confiance dans les situations conflictuelles est de paraître rationnel et autonome par rapport à son « camp » politique.

La reconnaissance du fait que dans son propre camp aussi, certaines personnes défendent des positions excessives, commettent des violences verbales ou physiques, ou nient certains faits scientifiques, constitue un signal d’autonomie. Cette attitude démontre qu’on n’est pas totalement aveuglé par la loyauté partisane, établit plus de confiance et peut ouvrir des voies d’influence.

Les bénéfices d’une posture d’apprentissage

La pratique de l’enquête de terrain ethnographique montre que même face à quelqu’un dont les idées nous indignent ou nous inspirent l’incrédulité (croyants en la théorie de la Terre plate), il est possible d’apprendre, avec empathie, sur sa vision du monde.

De même, il est utile d’envisager son partenaire de discussion politique comme le membre intéressant d’une tribu lointaine, qui mérite le respect, plutôt que comme le soutien d’un parti politique que l’on est tenté de mépriser.

Garder ses inférences sous contrôle

Les travaux sur la pragmatique linguistique montrent que les discussions politiques sont faites d’échanges de répliques au sujet desquelles les participants font des inférences (tirent des conclusions à partir de ce qu’ils entendent) qui vont souvent au-delà du sens que les locuteurs ont réellement voulu donner à leurs phrases. Cette pratique consistant à inférer ce que la personne serait en train de dire à partir de ce qu’elle a littéralement dit nous sert à compenser le caractère inévitablement vague de la parole.

Le problème est que ces inférences sont souvent biaisées par des stéréotypes qui négligent les subtilités des opinions individuelles, et par la peur d’entendre quelqu’un dire des choses dont on craint qu’elles aient des conséquences « dangereuses ».

Ces inférences peuvent alors conduire à « accuser » nos interlocuteurs de défendre des positions qu’ils n’ont jamais défendues ni même pensées, simplement parce que leurs phrases ressemblent à des opinions qui nous effraient. Par exemple :

« Les discriminations systémiques sont partout » : cet énoncé peut être perçu comme relevant d’une idéologie de gauche radicale, ce qui irritera nombre de personnes de droite. Mais il peut aussi simplement constater que certaines inégalités persistent au-delà des intentions individuelles, sans imputer de culpabilité collective ni nier les progrès réalisés.

« La sécurité doit redevenir une priorité » : ce type d’énoncé peut être associé, à gauche, à des positions sécuritaires, autoritaires ou à une stigmatisation des minorités. Mais il peut aussi exprimer une préoccupation légitime pour les victimes de criminalité dans certains quartiers, sans impliquer de solutions répressives disproportionnées.

Les motivations sociales au-delà de la recherche de vérité

Il importe aussi de garder en tête que nos discussions politiques sont influencées par des motivations sociales, souvent inconscientes, comme paraître moral et bien informé pour se donner une bonne image, et mobiliser les autres autour de nos causes.

Le problème est que ces préoccupations, bien qu’adaptatives dans nos cercles sociaux, nous poussent souvent vers l’exagération et la mauvaise foi. Par exemple, l’exagération d’une menace sociale – impact de l’immigration, imminence du changement climatique – ou le déni d’un progrès – déclin du sexisme, de la pauvreté – peuvent permettre de signaler sa loyauté envers un « camp » politique et de mobiliser l’engagement autour de soi.

Mais lorsque notre audience n’est pas politiquement alignée, exagération et mauvaise foi peuvent faire passer les membres de son propre camp politique comme refusant la nuance sur des sujets complexes. Cela peut endommager le lien de confiance avec ses interlocuteurs, et retire alors toute perspective d’influence.

Ces principes de base qui, lorsqu’ils sont appliqués, peuvent permettre aux discussions politiques de devenir des lieux d’influence et d’apprentissage plutôt que de confrontation stérile entre des thèses caricaturales. Sans non plus nier la légitimité de nos différences d’opinions.

The Conversation

Antoine Marie ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Comment rendre nos discussions politiques en famille moins conflictuelles ? – https://theconversation.com/comment-rendre-nos-discussions-politiques-en-famille-moins-conflictuelles-271662

Que deviennent les gares rurales quand les trains disparaissent ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Burcin Yilmazer, Doctorante en aménagement de l’espace, urbanisme et géographie, Cerema

En France, les fermetures de gares ou de lignes ferroviaires sont légion dans les espaces ruraux. Pourtant, ces dernières années, certaines petites gares retrouvent une nouvelle vie en se transformant en épicerie, en pôle santé ou encore en bureau. Pour quel bilan ?


Le 31 août 2025, la fermeture de la ligne ferroviaire Guéret–Busseau–Felletin a suscité de vives émotions. Ce cas est loin d’être isolé. En février 2025, ce sont 200 personnes qui se sont ainsi réunies en gare d’Ussel (Corrèze) afin de manifester pour la réouverture de la ligne ferroviaire à l’appel de la CGT-Cheminots de Tulle-Ussel.

Bien que les années s’écoulent depuis les fermetures, les territoires gardent un attachement fort au train et continuent de se mobiliser pour son retour. L’une des raisons tient à la rareté des transports en commun. Huit actifs sur dix habitant les espaces peu denses déclarent ne pas disposer d’alternatives à la voiture. Cet attachement a permis la naissance de plusieurs projets de valorisation de petites gares, comme celles d’Aumont-Aubrac, Sèvremoine ou encore Hennebont.

Des projets de recherches sont aujourd’hui menés pour penser à l’avenir des petites lignes ferroviaires. C’est le cas du projet du train léger innovant (TELLi), qui vise à développer un matériel roulant adapté à ces lignes. Le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema), partenaire de ce projet, mène des recherches en sciences sociales afin de déterminer les conditions de réussite des systèmes ferroviaires légers.

Ma thèse s’intéresse aux petites gares rurales, point d’entrée du réseau ferroviaire. L’une des hypothèses défendues : les expérimentations locales d’aménagement participent au renforcement du lien entre le territoire et le train.

Petites lignes, grandes difficultés

Cela fait plusieurs années que ces petites lignes ferroviaires sont sur la sellette, menacées par des limitations drastiques de vitesse ou par l’arrêt total des circulations. Mais comment ce réseau ferroviaire secondaire, qui maille finement le territoire, a peu à peu été délaissé ?

Cette situation s’explique par la forte concurrence de l’automobile qui a réduit de façon significative la fréquentation de certaines lignes. Faute d’alternatives crédibles, 80 % des déplacements dans ces territoires s’effectuent aujourd’hui en voiture. L’entretien de ce réseau ferroviaire secondaire étant devenu trop coûteux, la politique de l’opérateur SNCF a privilégié les investissements sur le réseau dit structurant, ainsi que sur les lignes à grandes vitesses.

Les petites lignes ferroviaires représentent 7 600 kilomètres du réseau ferroviaire national. Le rapport élaboré par le préfet François Philizot estime que 40 % de ce réseau de proximité est menacé faute d’entretien. Ce même rapport estime les investissements nécessaires au maintien de ces lignes ferroviaires à 7,6 milliards d’euros d’ici à 2028.

Le vieillissement de ces lignes, faute d’investissements, entraîne une dégradation du service plus ou moins importante. Dans les territoires ruraux, 70 % des petites lignes ferroviaires accueillent moins de 20 circulations par jour. Or comme le rappelle le maire de Felletin, dont la ligne a été fermée cette année en raison de la vétusté de l’infrastructure, « c’est le service qui fait la fréquentation, et non l’inverse ».

Transformer une gare en épicerie, c’est possible

Les territoires refusent de voir disparaître leurs gares ; ils se les réapproprient et les transforment en réponse aux besoins locaux.

Depuis 2023, la gare d’Aumont-Aubrac en Lozère a été transformée en épicerie, nommée Le Re’peyre. Le bâtiment de la gare, fermé aux voyageurs depuis 2015, a retrouvé un second souffle. Des produits artisanaux et locaux y sont en vente, contribuant à un commerce éthique porté par les initiateurs du projet.

Cette transformation de la gare en épicerie est permise par le programme Place de la gare de SNCF Gares & Connexions (filiale de SNCF Réseau). Celui-ci favorise l’implantation de nouvelles activités et services par de la location au sein de plusieurs gares. L’objectif principal est de permettre l’occupation de locaux vides en gare, en leur donnant une nouvelle fonction et ainsi éviter leur dégradation.

Le Re’peyre à Aumont-Aubrac, en Lozère.
Tourisme-Occitanie

D’autres projets ont vu le jour. La gare de La Roche-en-Brenil (Côte-d’Or) a été transformée en un pôle santé, ou celle de la ville de Briouze (Orne) en tiers-lieu.

Ces projets favorisent le développement d’activités économiques dans des lieux bénéficiant naturellement de visibilité. Ils participent à la redynamisation à l’échelle des quartiers de gare, en attirant une clientèle diversifiée au-delà des seuls voyageurs. La gare se retrouve davantage intégrée dans la vie communautaire grâce aux échanges et aux interactions qui se créent entre voyageurs et autres usagers.

Co-construction avec les habitants de projet en gare

Au-delà de la simple réaffectation des bâtiments, certains projets menés dans des gares rurales choisissent de donner une dimension participative en associant usagers du train et citoyens dans le processus.

Communication de la commune de Sèvremoine (Maine-et-Loire) pour l’appel à projet visant à occuper la gare.
Wikimedia, CC BY-SA

C’est le cas de la gare de Sèvremoine (Maine-et-Loire), propriété de la commune qui a décidé de la moderniser en repensant les espaces publics environnants. Pour le bâtiment de gare, il a été souhaité d’y créer de nouveaux équipements favorisant l’animation sociale entre habitants et associations.




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Quatre concertations citoyennes ont permis le recueil des besoins des habitants avant le lancement d’un appel d’offres. Le projet Open Gare proposé par deux habitantes de la commune a été retenu. Ce tiers-lieu, axé sur la transition écologique et sociale, propose plusieurs services, tels qu’un service de restauration, un espace de travail partagé et une boutique d’artisans locaux.

Tout au long du projet, des réunions ont été organisées pour informer et recueillir les retours des citoyens. Gouverné par une coopérative d’intérêt collectif et l’association Open Gare, ce lieu co-construit ouvrira ses portes dès 2027, après une période de travaux.

Des acteurs associatifs qui prennent la casquette SNCF

Certaines initiatives vont encore plus loin en intégrant l’ensemble du quartier.

C’est ce que montre l’exemple de l’association Départ imminent pour l’Hôtel de la Gare à Hennebont (Morbihan), qui a réhabilité le bâtiment de l’Hôtel de la Gare, situé à quelques pas de la gare elle-même. L’objectif : revitaliser de la gare et de son quartier.

Tavarn Ty Gar à Hennebont, près de Lorient.
Lorientbretagnesudtourisme

Cette association occupe également le bâtiment voyageur grâce au programme programme Place de la gare. Désormais, il est possible de retrouver divers services tels que des bureaux, des logements en location, un café et un atelier. L’association, désormais devenue la société coopérative d’intérêt collectif Tavarn Ty Gar assure l’accueil et les services aux voyageurs au rez-de-chaussée de la gare. Une expérimentation de plus qui souligne le dynamisme de ces territoires et de ses habitants.

The Conversation

Burcin Yilmazer a reçu des financements du Gouvernement dans le cadre du plan France 2030 opéré par l’ADEME

ref. Que deviennent les gares rurales quand les trains disparaissent ? – https://theconversation.com/que-deviennent-les-gares-rurales-quand-les-trains-disparaissent-255524

Suplemento cultural: feliz Navidad

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Claudia Lorenzo Rubiera, Editora de Cultura, The Conversation

Hugh Grant y Martine McCutcheon en _Love Actually_. Netflix

Este texto se publicó por primera vez en nuestro boletín Suplemento cultural, un resumen quincenal de la actualidad cultural y una selección de los mejores artículos de historia, literatura, cine, arte o música. Si quiere recibirlo, puede suscribirse aquí.


“¿Cuál es vuestra película de Navidad, la que os ponéis para indicar que han llegado las fiestas?” escuché –con cierta serendipia– en el pódcast cinematográfico de Kinótico mientras escribía estas líneas. Y mientras rezaba para que alguien diese la respuesta correcta que cerrase el círculo, la primera persona en contestar atendió a mis plegarias y dijo “Love Actually”.

De ella venía yo a hablar. La comedia romántica coral de Richard Curtis de 2003 provoca tantos fervores como odios en este 2025. Hay quien dice que los personajes (masculinos) son tóxicos, abusones e inconexos, y que las historias de amor no tienen ni pies ni cabeza. Pero en estas fechas en las que necesitamos, más que nunca, suspender nuestra incredulidad, alzo la voz para defender Love Actuallycon la evidencia científica en la mano.

¿Y por qué? Pues porque ver películas tiene beneficios psicológicos demostrables, aún mayores cuando hay risas de por medio. Y si encima relatan historias de muchos personajes, abriendo así la posibilidad de que nos identifiquemos con alguno de ellos, nos sientan todavía mejor. Las comedias corales navideñas consiguen combinar todos estos elementos y calentarnos el alma. Pero es que además en Love Actually sale Emma Thompson llorando con Joni Mitchell de fondo en una de las escenas más bellas y tristes del cine popular inglés. ¿A quién no le va a gustar ver a Thompson hacer lo que sea… o a Hugh Grant mover el trasero por Downing Street?

Claro que hay grandes películas, además de la mencionada, que son maravillosas, que merecen nuestra atención y que también son propias de las fechas en las que estamos. Hace unos años le pedimos a varios autores que destacasen cuál es, como decían en Kinótico, su película navideña y nos devolvieron once respuestas no convencionales. Todas ellas merecen la pena.

¿Y cuál es la suya? Las mías son dos: Mujercitas, en la versión de Winona Ryder, y la siempre eterna y esta semana tristemente recordada Cuando Harry encontró a Sally.

Un paquete, por favor

A todos nos gusta dar y recibir. A los romanos también, que esperaban expectantes las celebraciones y los regalos de las saturnales. Había incluso quien fiscalizaba lo que se llevaba a casa y también quien se quejaba –como Marcial, mi protestón romano favorito– por no haber recibido los presentes que creía haber merecido.

En la redacción de The Conversation estamos bien servidos. En este 2025 hemos repetido tradición y nos hemos intercambiado libros en nuestro “amigo invisible” navideño. Han pasado por nuestras manos novelas de Rafael Chirbes, ensayos de Estrella de Diego o éxitos literarios de Tana French. Yo regalé el Carboneras de Aitana Castaño y recibí Lo que viene después… y que te guste, de Abigail Thomas, una autora a la que estoy enganchada desde hace meses.

Si usted también tiene que regalar libros, el año pasado convencimos a un pelotón de autores de que nos contestasen cuáles creían que eran los mejores libros que se habían escrito en español en lo que llevábamos de siglo XXI. De ahí se pueden sacar ideas para dar… y para disfrutar.

Lo de ‘Tacoski’… o Tchaikovsky

Hace unos meses una amiga nos envió un audio. En él le preguntaba a su hija de tres años qué había escuchado aquel día en el colegio. Y con esa vocecita aguda y entusiasta que tienen los chiquillos cuando están emocionados ella contestaba: “¡¡’El vals de las flores’ de ‘Tacoski’!!”. Mi amiga, entonces, insistía: “¿Y qué te gusta más, eso o ‘La morocha’?”. Y ella volvió a decir “¡¡’El vals de las flores’ de ‘Tacoski’!!”.

Y es que los clásicos populares son clásicos y populares por algo. Ir a ver El Cascanueces por Navidad puede parecer uno más de los rituales a los que nos sometemos en estas fechas, algunas veces con más agrado que otras. Pero acudo a mi prescriptora de tres años para insistir en que disfrutar de esta música sí que es una costumbre que merece la pena.

El año del Caballo de Fuego

Y un año más, se acerca también el Año Nuevo chino, el “Festival de la Primavera”. El 17 de febrero de 2026 el actual año de la serpiente dará paso al año del Caballo de Fuego. Pero antes en China celebraciones como el Festival de Laba, el Xiaonian o el Festivo de Chuxi calientan la temporada.

Desde The Conversation queremos desearles unas maravillosas fiestas, un descanso muy merecido, mucho amor, salud y felicidad. Y cultura. Cultura siempre.

The Conversation

ref. Suplemento cultural: feliz Navidad – https://theconversation.com/suplemento-cultural-feliz-navidad-272360

La selección: cómo resistir el estrés, la fatiga, el desinterés y el ‘burnout’ en el trabajo

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Elba Astorga, Editora de Economía, The Conversation

Paper Trident/Shutterstock

Aprovechando que estamos en esos días en los que todos estamos haciéndonos propuestas de mejora para el nuevo año, quiero proponerles una serie de buenos artículos que les pueden ayudar a reflexionar sobre cuál es su relación con el trabajo y cuál les gustaría que fuera: ¿agobiado?, ¿tecnoestresado?, ¿quemado?, ¿desinteresado?

Un experto nos plantea tres preguntas:

  1. ¿Disfrutamos cuando estamos al límite de una fecha de entrega?

  2. ¿Nos gusta trabajar en distintos proyectos, aunque sepamos que muy posiblemente no podremos conseguir las metas?

  3. ¿Solemos poner el trabajo por encima de nuestra salud por las recompensas que ofrece?

Tres respuestas positivas nos acercan peligrosamente al diagnóstico de adicción al estrés.

Aunque pueda darnos una sensación de alerta y emoción y nos haga sentir vivos, esa efervescencia viene dada por el cortisol (la hormona del estrés) que, si permanece constante, puede acabar afectando nuestro corazón y nuestro sistema inmunitario y, además, provocarnos envejecimiento prematuro. ¿Una buena noticia? Actividad física, alimentación sana y un buen patrón de sueño ayudan a desengancharnos.

El entorno laboral puede ser fuente de estrés para muchos. Bien por sobrecarga de trabajo, por tener un jefe o unos compañeros tóxicos o, en el peor de los casos, por todos esos factores juntos. Y los efectos negativos no repercuten solo en el afectado, sino también en la propia empresa pues, en ambientes estresantes, cae la productividad y aumentan las bajas y las ausencias.

Los niveles de estrés en el entorno laboral vienen determinados no solo por las características del trabajo sino también por las de las personas. Las mujeres trabajadoras, que suelen llevar también la carga de la mochila doméstica, se muestran más estresadas que sus compañeros de trabajo que realizan las mismas funciones que ellas.

En 1981, Rubén Blades cantaba: “Te están buscando unos tipos que cuando niños sus mamás no los querían y ahora de adultos viven repartiendo bofetás”.

Fuente : Rubén Blades, YouTube.

Esas bofetás pueden ser literales o figuradas pero, en cualquier caso, son propias de personas tóxicas. Sean compañeros de trabajo o jefes que –bien por inmadurez emocional, envidia, competitividad mal gestionada o problemas en el diseño y organización de las funciones– hacen comentarios hirientes, critican, acosan y no apoyan ni ayudan cuando se les necesita.

¿Cómo afrontar esta fuente de estrés laboral?: poniendo límites, buscando el apoyo de otros colegas que no sean tóxicos, reconociendo y poniendo en valor las cosas buenas que pueda tener el trabajo, hablando de lo que está pasando con gente cercana (amigos, familiares) o con profesionales de la salud mental. Y aferrándose a la tríada prodigiosa para el control del estrés: movimiento, buena alimentación, buen patrón de sueño.

La buena noticia es que hay jefes que ejercen un liderazgo positivo en sus equipos. Y esos favorecen la salud física y mental de las personas trabajadoras y, además, mejoran la satisfacción laboral (lo que redunda en positivo en la productividad y en el compromiso con la empresa).

También las máquinas pueden producirnos estrés (tecnoestrés) en el trabajo. ¿Por qué? Aquí intervienen diversos factores: porque nos genera inseguridad aprender a usar tecnologías que no conocemos, porque nos parecen artefactos complejos o porque sentimos que han venido a invadir nuestra vida laboral, por ejemplo.

El burnout, o síndrome de estar quemado, es el agotamiento físico, emocional y mental causado por el estrés crónico. Quienes lo padecen no sienten energía física ni mental y están irritados, frustrados y sin fuerzas. Para sobrellevarlo, las personas necesitan aprender a poner límites con el trabajo (incluida la desconexión digital) y a no descuidar su vida personal. Deben moverse, alimentarse bien e intentar dormir mejor, y también tienen que hablarlo (con personas cercanas o expertos en salud mental).

Pero las empresas también tienen el deber de tomar medidas que favorezcan el bienestar de los trabajadores. Como equilibrar las cargas de trabajo, promover estilos de liderazgo positivos y motivadores, ofrecer programas de capacitación y desarrollo profesional, establecer políticas de comunicación claras y fomentar entornos laborales respetuosos y relaciones laborales cooperativas.

Una cosa es el crepitar del estrés. Pero otra es percibir el trabajo como una labor sin sentido, que genera mucho movimiento y pocos resultados. La situación recuerda a la de Sísifo empujando la roca infinitamente y sin ninguna finalidad. Este desgaste no surge necesariamente por exceso de trabajo sino por la percepción de que el esfuerzo es inútil.

¿Cómo combatir esta desesperanza? Aquí se necesita el compromiso personal de encontrarle un nuevo sentido al trabajo, intentar no dejar procesos y proyectos abiertos o pendientes, eliminar los esfuerzos inútiles, superfluos o que no aportan valor. Y a través del autocuidado: moverse, comer bien, dormir mejor y hablar. Con alguien cercano o, si se considera necesario, con un experto en salud mental.

Hace 50 años una psicóloga suiza acuñó el término personalidad resistente. Tras estudiar a directivos sometidos a altos niveles de estrés, vio que algunos sufrían menos sus consecuencias físicas y emocionales. Así, entendió que el secreto está en las herramientas vitales con las que se cuenta para afrontar los obstáculos y dificultades: el compromiso (tanto en la vida personal como la profesional), el control (la creencia de que las acciones propias influyen en los resultados externos reduce la sensación de indefensión) y la disposición a enfrentarse a retos (viéndolos como lecciones de vida y no como amenazas). ¿Lo mejor de todo? Que la personalidad resistente puede entrenarse.

The Conversation

ref. La selección: cómo resistir el estrés, la fatiga, el desinterés y el ‘burnout’ en el trabajo – https://theconversation.com/la-seleccion-como-resistir-el-estres-la-fatiga-el-desinteres-y-el-burnout-en-el-trabajo-272423

How the ‘slayer rule’ might play a role in determining who will inherit wealth from Rob Reiner and his wife

Source: The Conversation – USA – By Naomi Cahn, Professor of Law, University of Virginia

Michele Singer Reiner and Rob Reiner pose with their children, Jake, Romy and Nick, far right, at a 2014 gala. Michael Loccisano/Getty Images

The fatal stabbings of filmmaker and actor Rob Reiner and his wife, the photographer and producer Michele Singer Reiner, have sparked widespread grieving. This tragedy, discovered on Dec. 14, 2025, is also increasing the public’s interest in what happens when killers could inherit wealth from their victims. That’s because Nick Reiner, their son, was charged with two counts of first-degree murder four days after the couple’s deaths at their Los Angeles home.

What’s the ‘slayer rule’?

All states have some form of a slayer rule that prevents killers from inheriting from their victims. While the rules differ slightly from state to state, they always bar murderers from profiting from their own crimes.

Simply put, if you’re found guilty of killing someone or plead guilty to their murder, you can’t inherit anything from your victim’s estate.

In some states, this might go beyond inheritance and apply to jointly held property, insurance policies and other kinds of accounts.

Most of these slayer rules, including California’s, apply only to “felonious and intentional” killings, meaning that they don’t apply if you accidentally kill someone. Although there doesn’t have to be a guilty verdict by a judge or a jury, or a guilty plea from the accused, there must be some finding by a criminal or civil court of an intentional and felonious killing.

These rules, known as slayer rules, have a long history in the United States. They became more prominent following an 1889 murder case in New York state, in which a 16-year-old boy poisoned his grandfather to get an inheritance that was written into his grandfather’s will.

How often are slayer rules invoked?

It’s hard to say for sure. As far as we know, nobody’s tried to keep track.

Slayer rules come into play whenever someone who would otherwise inherit assets from an estate is convicted of or found liable for murder, and the slayer is entitled to inherit from the victim.

These tragic cases almost always involve murders committed by relatives. Many of the high-profile ones have been tied to murders that occurred in California.

Famous disinherited murderers include Lyle and Erik Menendez, the Californians known as the Menendez brothers. In 1996, a jury found them guilty of the first-degree murder of their parents, José and Mary Louise “Kitty” Menendez. The Menendez brothers’ parents, who were killed in 1989, had a fortune that today would be worth more than $35 million.

The brothers, who became eligible for parole but were denied it in 2025, have been in prison ever since.

Once there has been a finding of an intentional and felonious killing, even if the slayer is later released on parole – or even if they serve no prison time at all – they would still not inherit anything.

In practical terms, that means if one or both of the Menendez brothers were to win parole in the future, they would still be ineligible to inherit any of their parents’ wealth upon their release from prison.

California’s slayer rule also meant that salesman Scott Peterson, who was convicted of killing his pregnant wife, Laci Peterson, in 2002, couldn’t collect the money he would otherwise have been due from her life insurance policy.

Peterson has been in prison since 2005.

Two young men, wearing prison garb, sit in a courtroom.
Erik Menendez, left, and Lyle Menendez, seen standing trial for their parents’ murders, in 1994. They were convicted in 1996.
Ted Soqui/Sygma via Getty Images

What can block its application?

In the absence of a murder conviction, the slayer rule may not apply. For example, a conviction for a lesser criminal offense, such as manslaughter, might allow the accused – or their lawyers – to argue that the killing was unintentional.

This exception could be relevant to the prosecution of the Reiners’ murders if it were to turn out that Nick Reiner’s defense can show that substance abuse or schizophrenia rendered him insane when he allegedly killed his parents at their Los Angeles home.

On the other hand, under California law, even if there is no conviction the probate court administering the murder victim’s estate could still separately find that the killing was intentional and felonious. That civil finding would bar the slayer from inheriting without a criminal conviction.

Rob Reiner holds a microphone next to a young man with a banner for the movie 'Being Charlie' visible in the background.
Rob Reiner and his son Nick, seen in 2016 speaking about ‘Being Charlie,’ the movie about a young man’s struggle with substance use that they made together.
Laura Cavanaugh/FilmMagic via Getty Images

Does this only apply to families with big fortunes?

Slayer rules apply to anyone who kills one or more of their relatives, whether their victims were rich, poor or in between.

When large amounts of money are at stake, cases tend to garner more attention due to media coverage during the criminal trial and subsequent inheritance litigation.

Who will inherit Rob Reiner’s and Michele Singer Reiner’s wealth?

It’s too soon for both the public and the family to know who will inherit ultimately from the Reiners.

Wills are typically public documents, although the Reiners may have also engaged in other types of estate planning, such as trusts, that do not typically become public records. And celebrities with valuable intellectual property rights, such as copyrights from the Reiners’ many film and television properties, tend to establish trusts.

Assuming that, like many parents, the Reiners left most of their fortune – which reportedly was worth some US$200 million – to their children, including Nick, then California’s slayer statute may come into play. The couple had two other children together, Romy and Jake.

Rob Reiner also had another daughter, Tracy Reiner, whom he adopted after his marriage to his first wife, the actor and filmmaker Penny Marshall.

It’s also likely that the Reiners included charitable bequests in their estate plans. They were strong supporters of many causes, including early childhood development.

Might the slayer rule apply to Nick Reiner?

It’s much too soon to know.

It is important to emphasize that the wills and other estate planning documents of Rob Reiner and Michele Singer Reiner have not yet been made public. That means what Nick Reiner might stand to inherit, if the slayer rule were to prove irrelevant in this case, is unknown.

Nor, with the investigation of the couple’s deaths still underway, can anyone make any assumptions about Nick’s innocence or guilt.

And, as of mid-December 2025, an unnamed source was telling entertainment reporters that Nick Reiner’s legal bills were being paid for by the Reiner family.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. How the ‘slayer rule’ might play a role in determining who will inherit wealth from Rob Reiner and his wife – https://theconversation.com/how-the-slayer-rule-might-play-a-role-in-determining-who-will-inherit-wealth-from-rob-reiner-and-his-wife-272171

The celibate, dancing Shakers were once seen as a threat to society – 250 years later, they’re part of the sound of America

Source: The Conversation – USA (3) – By Christian Goodwillie, Director and Curator of Special Collections and Archives, Hamilton College

In the Shakers’ early years, dance was one of the most distinct aspects of the Christian group’s worship. Bettmann via Getty Images

Director Mona Fastvold’s new film, “The Testament of Ann Lee,” features actor Amanda Seyfried in the titular role: the English spiritual seeker who brought the Shaker movement to America. The trailer literally writhes with snakes intercut amid scenes of emotional turmoil, religious ecstasy, orderly and disorderly dancing – and sex. Intense and sometimes menacing music underpins it all: the sounds of the enraptured, singing their way to a fantastic and unimaginable ceremony.

The trailer is riveting and unsettling – just as the celibate Shakers were to the average observer during their American emergence in the 1780s.

I sit on the Board of Trustees of Hancock Shaker Village in Massachusetts, where some of the film was shot, though I have not seen the film, which is due to be released on Christmas Day. I was the curator at Hancock from 2001 to 2009 and have studied the Shakers for more than 25 years, publishing numerous books and articles on the sect.

Fascination with the Shakers is enduring, as are they. The sect once had several thousand members; today, three Shakers remain, practicing the faith at their village in Sabbathday Lake, Maine, as they have since 1783.

Mona Fastvold’s film depicts the group’s early years in North America.

Many characteristics of Shaker life and belief set them apart from other Protestant Christians, but their name derives from one of the most obvious. Early Shakers manifested the holy spirit that they believed dwelled within them by shaking violently in worship. While they called themselves “Believers,” observers dubbed them “Shakers.” Members eventually adopted the name, although officially they are the United Society of Believers in Christ’s Second Appearing.

The Shakers developed unique worship practices in both music and dance that expressed their faith. Until the 1870s, Shaker music was monophonic, with a single melodic line sung in unison and without instrumental accompaniment. Many of their melodies, Shakers said, were given to them by spirits. Some of these charmed and haunting strains have permeated through broader American musical culture.

New form of family

The Shakers first began to organize in Manchester, England, in 1747. By 1770, they came to believe that the spirit of Christ had returned through their leader, “Mother” Ann Lee. However, “Mother Ann was not Christ, nor did she claim to be,” the Shakers state. “She was simply the first of many Believers wholly embued by His spirit, wholly consumed by His love.”

In 1774, Lee led eight followers to North America, settling near what is now Albany, New York. As is still true today, Shakers held their property in common, following the model of the earliest Christians that is recorded in the Bible’s Book of Acts. At its height, the movement had 19 major communities.

A sepia-toned image of a man in a white shirt, dark vest and straw hat standing under a hilltop tree overlooking many houses.
A stereograph card shows a man looking over the Shaker settlement in Mount Lebanon, N.Y.
Digital Collections, Hamilton College Library

Shakers work out their salvation each day by physical and spiritual labor. They do not subscribe to the common Christian doctrine that Jesus’ death atoned for the sins of mankind. And Shakers are celibate – one of the practices that most startled their neighbors in 18th- and 19th-century America. Lee taught that humanity could not follow Christ in the work of spiritual regeneration, or salvation, “while living in the works of natural generation, and wallowing in their lusts.” For Shakers, celibacy is one way people can reunite their spirits with God, who they believe is dually male and female.

Almost every Shaker, therefore, joined the faith as a convert, or the child of converts. Families who joined their communities were effectively dissolved: Husbands and wives became brothers and sisters; parents and children the same. Early accounts report that, in extreme instances, children publicly denounced their parents and pummeled their genitals in an effort to subdue the flesh and its earthly ties.

Shaking with the spirit

The Shakers of Lee’s day – now seen as American as apple pie – were regarded as a fundamental threat to society. In part, that stemmed from their perceived dissolution of families. But many outsiders were also alarmed by their ritual dances, whose intensity and emotion demonstrated a physicality seemingly incongruous with their celibacy.

In the early years, Shaker worship was an unbridled individual expression of spiritual enthusiasm. Eventually, it transformed into highly choreographed dances. At first, these were agonizingly slow and laborious series of movements designed to mortify the flesh – to help the spiritual overcome the physical – and instill discipline and union among the members.

Historians and reenactors have recreated some Shaker dances.

What kind of music accompanied such striking movements? The earliest Shaker songs, including ones attributed to Lee, have no intelligible language. Rather, they were sung using vocalized syllables or “vocables,” such as lo-de-lo or la-la-la or vi-vo-vum. Shakers invented a new form of notation to record their songs, using letters adorned with a variety of hashmarks to denote pitch and rhythm.

Early observers of the Shakers noted the effects of their unique musical practice:

They begin by sitting down and shaking their heads in a violent manner, … one will begin to sing some odd tune, without words or rule; after a while another will strike in; … after a while they all fall in and make a strange charm … The mother, so called, minds to strike such notes as makes a concord, and so form the charm.

The Shakers were meticulous recordkeepers regarding every aspect of community life. Music was no exception. More than 1,000 volumes of Shaker music survive in manuscript: tens of thousands of songs dating from Lee’s day to the mid-20th century.

Scholars, musicians and researchers have extracted treasures from this repertoire. Most notably, composer Aaron Copland adapted Elder Joseph Brackett’s famous 1848 tune “Simple Gifts” for “Appalachian Spring”: the ballet that won Copland a Pulitzer in 1945. Hidden gems must still abound in the remaining unplumbed depths of Shaker manuscript songbooks.

In contrast, the Shakers left few detailed instructions for their dance. But eyewitness accounts abound, and scholars have made careful and respectful reconstructions.

Living faith

Fastvold’s film evokes the chaotic, violent world of the first Shakers in America, who converted farm families along the New York-Massachusetts border during the Revolutionary War. Some outsiders regarded the sect as an English plot to neutralize the populace with religious fervor, opening the way for a British reconquest of New England.

A balding man in a red sweatshirt bends down to nuzzle a white sheep.
Brother Arnold, one of the three Shakers now living at Sabbathday Lake, Maine, scratches a ram after shearing in 2024.
Gregory Rec/Portland Press Herald via Getty Images

The director’s vision, incarnated by Seyfried’s bewitching presence and voice, invokes the uncanny atmosphere of early Shakerism. However, Shakerism is a living, ever-changing faith, whose presence in America is older than the country itself. The fact is, Shakers have not regularly danced in worship since the 1880s – or less than half of the total time the sect has endured.

Outsiders judged and named the Shakers in reaction to their external qualities in worship. The movement’s endurance and core, however, lies in its spiritual teachings. As the Believers asserted in their 1813 hymn “The Shakers,” “Shaking is no foolish play.”

The Conversation

Christian Goodwillie is the Director and Curator of Special Collections and Archives at Hamilton College in Clinton, NY. He was Curator of Collections at Hancock Shaker Village from 2001-2009, where he now sits on the Board of Trustees and is a paid consultant. Three songs from his 2002 book Shaker Songs, co-authored with Joel Cohen, were used as sources for music in the The Testament of Ann Lee. Portions of the Testament of Ann Lee were filmed at Hancock Shaker Village.

ref. The celibate, dancing Shakers were once seen as a threat to society – 250 years later, they’re part of the sound of America – https://theconversation.com/the-celibate-dancing-shakers-were-once-seen-as-a-threat-to-society-250-years-later-theyre-part-of-the-sound-of-america-265828