La « parentalité bienveillante » est-elle allée trop loin ?

Source: The Conversation – in French – By Jean Clinton, Clinical Professor, Psychiatry, McMaster University

Être ou ne pas être un parent bienveillant ? Telle est la question. L’éducation bienveillante suscite aujourd’hui beaucoup de controverses. Qu’est-ce que c’est, et qu’est-ce que ce n’est pas ?

De récentes manchettes canadiennes et internationales ont relaté, sur un ton provocateur, l’histoire d’un tout-petit qui a retardé un vol parce qu’il refusait de s’asseoir à sa place et de boucler sa ceinture de sécurité.

S’agit-il d’un cas de « gentle parenting » qui a mal tourné, ou simplement d’un enfant en proie à une véritable crise de panique ? Qui sait, mais cela a certainement stimulé l’imagination et suscité un débat intense, notamment chez les parents.

À la base, la véritable « éducation bienveillante » est un modèle qui allie une grande chaleur affective à l’établissement de limites claires.

Cette approche s’appuie fermement sur le cadre psychologique du style parental démocratique. Mais qu’est-ce que cela signifie ?

Des décennies de recherches approfondies sur le développement démontrent que les enfants élevés par des parents qui trouvent un équilibre entre la chaleur affective et des limites claires et cohérentes s’épanouissent. Ils obtiennent des résultats nettement supérieurs en matière de développement émotionnel, d’autorégulation ainsi que de développement social et cognitif.

Trouver l’équilibre entre chaleur humaine et limites

Pour bien comprendre ce concept, il faut le replacer dans son contexte historique. L’idée selon laquelle être parent consiste en une tâche active, orientée vers un résultat, est relativement récente. Comme la professeure de psychologie Alison Gopnik l’explore brillamment dans son livre de 2016, The Gardener and the Carpenter, l’éducation des enfants était autrefois considérée simplement comme une activité que l’on exerçait. Elle se déroulait naturellement, avec le soutien massif de la communauté au sens large.




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Cependant, vers les années 1970, l’évolution de la dynamique du marché du travail et les changements sociétaux ont transformé l’éducation des enfants en une activité active et source de forte pression.

C’est alors qu’ont fait leur apparition les guides rédigés par des experts, qui ont fait évoluer la mentalité collective de nombreux parents : plutôt que de se fier à leur instinct en tant qu’adultes réactifs, ceux-ci ont commencé à croire, avec anxiété, que l’éducation des enfants devait être menée d’une manière bien précise.

D’un point de vue biologique et historique, les humains ont évolué dans un écosystème où la responsabilité d’élever un enfant était partagée collectivement, un phénomène connu sous le nom d’« alloparentalité » et d’« allomaternité ». Aujourd’hui, ce soutien communautaire s’est largement effrité, laissant de nombreux parents isolés, privés de sommeil et inquiets vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

L’absence de limites inquiète les enfants

D’après des décennies de recherche occidentale sur le développement, ce dont les enfants ont besoin pour s’épanouir, c’est d’un mélange de grande réactivité et de structure bien définie. Les enfants ont besoin de limites prévisibles.

Lorsqu’on laisse un enfant de quatre ans prendre les rênes – en le laissant décider de l’heure à laquelle il va se coucher, s’il doit boucler sa ceinture de sécurité ou négocier constamment les routines quotidiennes –, cela le perturbe profondément.

Les limites prévisibles doivent être connues et discutées, mais elles ne doivent jamais faire l’objet de négociations lorsqu’il s’agit de sécurité. Parallèlement à ces limites fermes, la validation émotionnelle revêt une importance capitale. Les enfants ont besoin de se sentir entendus dans ce qu’ils vivent. Cela suppose de ne pas balayer leurs peurs d’un « N’aie pas peur » ni de leur faire honte lorsqu’ils expriment leur colère par un « Ne te comporte pas ainsi ».




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La signification de la « corégulation »

Cet équilibre est le fondement de la corégulation. Le système nerveux d’un enfant est fondamentalement immature, et c’est ce système nerveux qui déclenche l’activation cérébrale à l’origine du comportement. Par conséquent, les jeunes enfants ont besoin d’un adulte calme qui leur « transmette littéralement son calme », afin de stabiliser leur système physiologique.

L’un des meilleurs conseils parentaux qui soient est de prendre conscience de son propre état intérieur avant de dire le moindre mot à un enfant en état de dérégulation.

Les preuves empiriques à l’appui de cette approche sont substantielles. Dans les années 1960, la psychologue Diana Baumrind a mené des études fondatrices suivant les résultats à long terme de différents styles parentaux.

Elle a opposé les parents autoritaires – que l’autrice Barbara Coloroso a par la suite illustrés de façon frappante comme la famille rigide du « mur de briques » – aux parents permissifs (dont le style s’apparente à : « Ne mets pas le chat dans le micro-ondes, d’accord, chéri ? ») et à l’éducation carrément négligente.

À maintes reprises, le style qui donne les meilleurs résultats tant pour les parents que pour les enfants est le style parental démocratique : des limites fermes associées à une réactivité chaleureuse et à un profond respect de l’autonomie de l’enfant.

L’accompagnement émotionnel

De même, les excellentes recherches menées il y a 30 ans par le psychologue John Gottman mettent en évidence le pouvoir de l’accompagnement émotionnel. Ses travaux démontrent que lorsque les parents nomment et valident les émotions, aident les enfants à résoudre les problèmes en période de détresse tout en maintenant des limites fermes et équitables, cela réduit considérablement le stress physiologique des enfants et favorise le développement d’une compétence émotionnelle à long terme.

Ces interactions empathiques ne rendent pas les enfants faibles. Au contraire, elles forgent les connexions neuronales essentielles à toutes leurs relations futures et à leur développement cognitif.

Grâce à la corégulation, les enfants intériorisent progressivement une résolution pacifique des conflits. Ils vivent des moments où ils se sentent mal et déstabilisés, remarquent qu’un adulte calme intervient pour laisser l’émotion s’exprimer tout en encadrant le comportement, et apprennent qu’ils peuvent retrouver leur équilibre en toute sécurité.

C’est grâce à cette sensibilité prévisible que se construisent les attachements sécurisants, qui reposent en grande partie sur le cycle sain de rupture relationnelle suivie d’une réparation significative.

L’éducation permissive

Aujourd’hui, certains experts en comportement de l’enfant estiment que ce à quoi nous assistons parfois n’est pas une véritable « éducation bienveillante », mais plutôt une dérive anxieuse vers « l’éducation permissive »

Certains chercheurs établissent un lien entre les problèmes de comportement à l’école ou les difficultés en classe et des approches parentales permissives – par exemple, lorsque les enfants s’attendent à des négociations sans fin parce que la notion fondamentale d’autorité adulte a été abandonnée.

L’idée fausse selon laquelle l’autorité des adultes serait intrinsèquement problématique exige des parents une maîtrise de soi surhumaine. Certains experts en santé publique ont établi un lien entre les attentes irréalistes des parents concernant les stratégies parentales, entre autres facteurs, et les rapports faisant état d’un épuisement parental intense.

Les « parents assez bons »

Nous avons désespérément besoin de revenir aux sages conseils du psychanalyste Donald Winnicott, qui a introduit le concept libérateur « du parent assez bon ».

Le discours culturel sensationnaliste selon lequel l’éducation bienveillante pourrait ruiner ou gâter les enfants est fondamentalement faux ; c’est plutôt l’interprétation erronée et angoissée de ce concept qui cause du tort. Mais, bien sûr, une vérité nuancée ne fait pas un titre aussi accrocheur.


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En fin de compte, un adulte ne peut pas demander à un enfant de se réguler lui-même alors que l’adulte est lui-même complètement dérégulé. Si le système nerveux d’un enfant est en pleine crise, il est important que les parents sachent qu’ils ne peuvent pas le convaincre de s’en sortir par la parole. Les enfants ont besoin de pouvoir s’appuyer sur le système nerveux stable et ancré de leurs parents pour retrouver leur équilibre.

En stabilisant son propre état et en transmettant son calme, un parent offre à l’enfant le plus beau cadeau qu’il puisse lui faire.

Car, en fin de compte, au-delà des manuels d’experts, des guides pratiques et des débats en ligne, chaque enfant mérite ce que la romancière Toni Morrison a si judicieusement décrit : au moins un adulte dont les yeux s’illuminent lorsque l’enfant entre dans la pièce.

La Conversation Canada

Jean Clinton ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. La « parentalité bienveillante » est-elle allée trop loin ? – https://theconversation.com/la-parentalite-bienveillante-est-elle-allee-trop-loin-292093

Para comprender lo que leemos, necesitamos comprender lo que escuchamos: el lenguaje oral y los resultados de PISA

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Auxiliadora Sánchez Gómez, Doctora e investigadora en adquisición de la lectura y logopedia. Logopeda en la Escuela pública andaluza, Universidad de Málaga

PeopleImages/Shutterstock

Los resultados de PISA 2025 han vuelto a encender las alarmas. España obtiene 451 puntos en lectura, 23 menos que en 2022 y diez por debajo de la media de la OCDE. Mientras analizamos posibles causas, nos fijamos en el uso de pantallas o redes sociales, la pérdida del hábito lector, la falta de atención, la pandemia y, ahora también, la inteligencia artificial, lo que da a entender que es un problema multifactorial. Sin embargo, en este debate estamos pasando por alto algo fundamental: para comprender el lenguaje escrito, primero hay que comprender el lenguaje oral.

Cuando hablamos de comprensión lectora, tendemos a mirar hacia la lectura, como si fuera ahí donde se construye toda la capacidad de comprender un texto. Pero una parte esencial de esa capacidad se desarrolla mucho antes de que un niño aprenda a leer: en la comprensión del lenguaje oral.

El vocabulario, el conocimiento de las estructuras gramaticales y la capacidad para relacionar ideas y construir significados se desarrollan desde la infancia, a través de la cantidad y la calidad de las experiencias lingüísticas, y continúan evolucionando durante toda la escolaridad. Aprender a leer nos permite acceder al texto escrito; comprenderlo exige mucho más que saber leer sus palabras.




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De decodificar palabras a construir significados

Esta distinción es precisamente el punto de partida del Modelo Simple de Lectura, formulado hace cuatro décadas. Este modelo explica que la comprensión lectora se apoya en dos habilidades fundamentales. De un lado, la decodificación, que permite reconocer las palabras escritas. Y del otro, la comprensión lingüística, esto es, la capacidad de entender el significado del lenguaje, que se desarrolla primero de forma oral, escuchando y hablando, mucho antes de que el niño aprenda a leer.

Al inicio de la lectura, aprender a decodificar resulta crucial. El niño debe dominar el principio alfabético y aprender a reconocer las palabras escritas con creciente precisión y fluidez.

Pero conforme esa capacidad se automatiza, leer las palabras deja de ser el principal obstáculo para comprender un texto. El reto pasa a ser construir su significado: conocer el vocabulario, interpretar las estructuras gramaticales, relacionar las ideas y realizar inferencias.

Habilidades que nacen con el lenguaje oral

Esas habilidades no nacen precisamente con la lectura, sino que tienen su base en el lenguaje oral, cuyo desarrollo debe continuar y enriquecerse a medida que el niño se enfrenta a textos cada vez más complejos. En un estudio longitudinal con niños hispanohablantes, identificaron que la contribución específica de las habilidades lingüísticas a la comprensión lectora pasó del 27 % en primero de primaria al 43 % en tercero, mientras que la de la decodificación descendió del 24 % al 2 %.

Es decir, al principio, lo que más diferencia a unos niños de otros es su agilidad para decodificar las palabras. Pero en cuanto esa mecánica se automatiza y deja de ser un obstáculo, lo que empieza a explicar mejor por qué unos comprenden más que otros es su habilidad lingüística: el vocabulario, el conocimiento gramatical y su comprensión del lenguaje oral.

Otro trabajo reciente profundiza en la idea del lenguaje oral como base del desarrollo lector. Concluye que el lenguaje oral no es un componente paralelo a la decodificación, sino la raíz de la que crecen ambos. Las mismas habilidades lingüísticas que primero permiten aprender a decodificar son las que después sostienen la comprensión lectora. Y aportan evidencia de intervención: programas de estimulación temprana del lenguaje muestran efectos que persisten años después, tanto en decodificación como en comprensión lectora.

No dar por supuesto las habilidades lingüísticas

La implicación educativa es clara: el desarrollo del lenguaje no puede darse por supuesto ni quedar relegado a los años previos a la alfabetización. Debe ser un objetivo explícito y sistemático de enseñanza a lo largo de la escolaridad.

¿Cómo se refleja esta necesidad en el currículum? En España, por ejemplo, se reconoce la importancia del lenguaje oral desde los primeros años de escolarización, pero no se ofrece una progresión suficientemente detallada que oriente al profesorado sobre qué enseñar en cada momento, qué nivel de dominio esperar y cómo avanzar hacia aprendizajes más complejos.

En Inglaterra e Irlanda, dos países con resultados superiores a España en lectura en PISA, los currículos concretan con mayor detalle el desarrollo de las habilidades lingüísticas a lo largo de la escolaridad.

El currículo inglés distingue explícitamente el reconocimiento de palabras de la comprensión como dos objetos de enseñanza distintos. Y especifica que la comprensión “se nutre del conocimiento lingüístico –en particular de vocabulario y gramática– y del conocimiento del mundo”.

Irlanda, por su parte, organiza el lenguaje oral en un continuo de ocho niveles de progresión, con ejemplos concretos de lo que un niño debería ser capaz de hacer en cada uno.

El tiempo de lectura no basta

Ante las dificultades de comprensión lectora, una de las medidas que nuestra legislación mantiene es la obligación de dedicar diariamente un tiempo a la lectura en primaria. Esta medida, presente desde 2006, puede favorecer el hábito lector pero, como ocurre con el abordaje del lenguaje oral, tampoco concreta cómo aprovechar ese tiempo para enseñar a comprender.

Leer un texto y responder después algunas preguntas, una práctica habitual, no equivale a enseñar a comprender. Comprender exige construir una representación coherente del significado del texto: activar e integrar conocimientos previos, establecer relaciones entre ideas, realizar inferencias y distinguir la información esencial de la secundaria.




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Estas habilidades necesitan una enseñanza explícita y progresiva, no solo oportunidades para ponerlas a prueba. Sin una secuencia de enseñanza y orientaciones que ayuden al profesorado a desarrollar estos procesos, reservar tiempo para leer no garantiza que los niños aprendan a comprender mejor.

Una base de lenguaje oral

Numerosas investigaciones muestran que es posible mejorar las habilidades lingüísticas y la comprensión lectora mediante una enseñanza explícita y sistemática. La respuesta, por tanto, no consiste solo en dedicar más tiempo a leer, sino en enseñar desde infantil y a lo largo de toda la escolaridad las habilidades que permiten comprender lo que escuchamos y lo que leemos.

Para ello, necesitamos currículos que concreten qué enseñar en cada etapa y orientaciones que ayuden al profesorado a llevarlo al aula. La comprensión lectora no se improvisa en la adolescencia: se construye durante años sobre una base de lenguaje oral que la escuela debe enseñar, no dar por supuesta.

The Conversation

Auxiliadora Sánchez Gómez no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. Para comprender lo que leemos, necesitamos comprender lo que escuchamos: el lenguaje oral y los resultados de PISA – https://theconversation.com/para-comprender-lo-que-leemos-necesitamos-comprender-lo-que-escuchamos-el-lenguaje-oral-y-los-resultados-de-pisa-291797

Les exportations de cobalt de la RDC contiennent de l’uranium non déclaré : notre étude évalue le risque nucléaire mondial

Source: The Conversation – in French – By Ryan A. Manzuk, Research Fellow, University of Wisconsin-Madison

La région sud de la République démocratique du Congo (RDC) est connue sous le nom de Ceinture de cuivre, en raison de ses riches gisements de cuivre et d’autres minerais.

Cette région a notamment fourni l’uranium utilisé pour fabriquer les premières armes nucléaires américaines construites dans le cadre du projet Manhattan (1942 à 1947) aux États-Unis. Deux bombes atomiques ont ensuite été larguées sur les villes japonaises d’Hiroshima et Nagasaki en 1945.

La principale source d’uranium du projet Manhattan était la mine de Shinkolobwe, située dans la région de la Ceinture de cuivre, dans le sud-est de la RDC. Elle est officiellement fermée à l’exploitation depuis 2004.

La RDC n’a officiellement déclaré aucune exportation d’uranium depuis des décennies.

Cependant, nos récentes recherches montrent que des quantités importantes d’uranium non déclarées sont probablement en train de quitter le pays aujourd’hui. Je suis géologue spécialisé dans l’analyse des données relatives à la composition chimique et minérale des roches. Je travaille principalement avec des données géographiques et des données spatiales comme les statistiques régionales sur le cobalt, et j’en tire des conclusions.

Nos recherches sont les premières à prendre systématiquement en compte deux facteurs cruciaux :

  • la présence géologique naturelle de l’uranium et du cobalt

  • leur comportement similaire lors du traitement chimique.

L’uranium et le cobalt coexistent dans les roches et réagissent de la même manière aux traitements chimiques, ce qui rend leur séparation difficile.

Nous avons ainsi pu établir une estimation unique de la quantité d’uranium en jeu lors de l’extraction et de l’exportation du cobalt.

Très peu de données sur les concentrations d’uranium dans les minerais ou sur les étapes chimiques de préparation du cobalt avant son expédition sont accessibles au public. Il existe également très peu de données sur les étapes chimiques de préparation du cobalt avant son expédition. Nous avons obtenu nos estimations en utilisant des cartes géologiques pour modéliser les teneurs probables en uranium dans les minerais de cobalt.

Nous avons combiné ces teneurs avec la quantité de minerai traitée dans chaque usine de la Ceinture de cuivre. Nous y avons ajouté un modèle du comportement de l’uranium au cours des traitements chimiques préalables à l’expédition.

Le résultat final établit un lien entre la production de cobalt et les exportations probables d’uranium. Nos calculs montrent que, dans les scénarios les plus plausibles, 2 000 à 5 000 tonnes d’uranium naturel auraient été exportées depuis la RDC dans des cargaisons d’hydroxyde de cobalt entre 2000 et 2024.




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Moins de 10 % de ces matières semblent avoir été déclarées publiquement à l’Agence internationale de l’énergie atomique. Cette agence est chargée de la comptabilité et des garanties relatives à l’uranium. La majeure partie de ces matières a été exportée vers la Chine, qui domine le marché mondial du cobalt.

D’après nos calculs, cette quantité d’uranium pourrait être transformée en matière suffisante pour fabriquer environ 600 à 1 500 armes nucléaires. Elle pourrait également alimenter un réacteur nucléaire à eau légère standard pendant 10 à 25 ans.

Nos conclusions mettent en évidence une faille importante. Elle touche la comptabilité nucléaire et la surveillance environnementale au sein d’une chaîne d’approvisionnement en minéraux critiques. Dans les semaines qui ont suivi la publication de notre étude en juillet 2026, la RDC a lancé une campagne de vérification analytique de la teneur en uranium des cargaisons de cobalt destinées à l’exportation. Les autorités congolaises consulteront également l’Agence internationale de l’énergie atomique.

Mais il faut aller plus loin.

Assembler les pièces du puzzle

Le risque spécifique lié aux exportations d’uranium en tant que sous-produit du cobalt ne relève pas d’un accès clandestin aux gisements ni de la contrebande. Il découle d’une coïncidence géologique.

Le cobalt est essentiel à de nombreux équipements et technologies modernes, tels que les smartphones et les ordinateurs portables. Le sud de la RDC est la source de 70 % du cobalt mondial. Les minerais qui approvisionnent cette production de cobalt se trouvent à proximité de plusieurs gisements d’uranium à forte concentration, comme celui de Shinkolobwe, qui parsèment la région.

Ces gisements se sont formés il y a environ 600 millions d’années. C’était avant que les premiers animaux ne marchent sur la terre ferme. Depuis quelques millions d’années, l’eau de pluie a emporté l’uranium de ces gisements. Il s’est ensuite répandu dans toute la Ceinture du cuivre. L’hétérogénite est le principal minéral qui fournit le cobalt. Elle peut adsorber — c’est-à-dire retenir — cet uranium lorsqu’il passe à proximité.

Il en résulte que les mêmes minéraux qui constituent la majeure partie de l’approvisionnement mondial contiennent souvent des quantités élevées d’uranium.

Nous avons passé en revue plusieurs études antérieures. Elles montrent que l’uranium et le cobalt présentent des comportements chimiques similaires traitement des minerais pratiqué en RDC.

Ainsi, une grande partie de l’uranium extrait du sol lors de l’exploitation des minerais de cobalt peut rester dans le produit final prêt à l’exportation.

Les raffineries peuvent suivre des procédés bien définis pour éliminer l’uranium du cobalt. Les discussions sur ces techniques n’ont véritablement commencé que ces dernières années, à partir de 2020 environ. Elles ne sont pas courantes. Nous avons compilé les registres d’importation de la RDC concernant les produits chimiques nécessaires à l’élimination de l’uranium. Nous avons constaté que seules trois des 31 exploitations que nous avons étudiées semblaient mettre en œuvre de manière systématique des mesures d’élimination de l’uranium.

Nous avons élaboré un modèle tenant compte de la présence simultanée de l’uranium et du cobalt ainsi que de leurs comportements similaires dans les processus chimiques de traitement. Cela nous a permis d’établir une estimation unique de la quantité d’uranium concernée. Le résultat final établit un lien entre la production de cobalt et les exportations probables d’uranium.




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Les risques

L’ampleur même de l’industrie du cobalt en RDC pose un problème de comptabilisation de l’uranium, quelles que soient les teneurs en uranium des minerais ou les stratégies de séparation. Le pays a exporté plus de 200 000 tonnes de cobalt en 2024.

Chaque cargaison devrait faire l’objet d’un contrôle de radioactivité à son arrivée dans les ports ou lors du passage des frontières. Elle devrait être signalée si un compteur Geiger — qui détecte et mesure les rayonnements — affiche un niveau trop élevé. Cependant, ce système nécessite une utilisation systématique d’instruments de mesure sensibles. Or, on sait que des cargaisons à forte teneur en uranium échappent au contrôle réglementaire.

Même si les mines de la RDC mettaient systématiquement en œuvre des stratégies d’élimination de l’uranium afin de maintenir les produits à base de cobalt dans les limites internationales de radioactivité applicables au transport maritime, une quantité d’uranium suffisante pourrait atteindre la Chine pour permettre la fabrication d’environ 12 armes nucléaires par an. Ce chiffre repose sur nos calculs et sur la taille de l’industrie du cobalt en RDC.




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Ce flux d’uranium non déclaré représente un risque évident pour la sécurité mondiale. Nos résultats mettent également en évidence un risque plus large pour les populations et les écosystèmes situés à proximité de ces mines.

Les travailleurs sont exposés à cet uranium lorsqu’ils travaillent dans les mines. Nous estimons que 1 000 à 4 000 tonnes d’uranium ont été rejetées sous des formes très mobiles dans des bassins de résidus miniers, des sites où sont stockés les matériaux issus de l’exploitation minière. Cela représente un risque pour la santé et la sécurité environnementale des communautés voisines.

Des études antérieures ont montré que certaines populations de mineurs et de communautés vivant à proximité des mines en RDC présentaient des signes d’exposition à l’uranium. Ces signes apparaissent dans des analyses de sang et d’urine. Nos recherches montrent que ce risque doit être pris en compte sur l’ensemble de la Ceinture de cuivre.

Ce qu’il faut faire maintenant

Il faut d’abord mesurer systématiquement la teneur en uranium des produits à base de cobalt. C’est une première étape essentielle pour instaurer la transparence. Cela impliquerait qu’un organisme indépendant prélève des échantillons représentatifs des cargaisons de cobalt et mesure la quantité précise d’uranium présente afin d’établir un registre commun.

Outre l’analyse des cargaisons sortantes, nous recommandons également de surveiller l’exposition aux rayonnements des travailleurs de l’industrie du cobalt en RDC. Nos résultats indiquent que même les minerais présentant des teneurs modestes en uranium constituent un risque d’exposition potentiel. En effet, ils peuvent finir par atteindre des concentrations élevées au cours du traitement.

Des politiques sont également nécessaires pour imposer le traitement des produits à base de cobalt afin d’en retirer l’uranium. Elles doivent ensuite imposer son stockage sous des formes stables dans des zones de résidus isolées des réseaux publics d’approvisionnement en eau.

The Conversation

Ryan A. Manzuk does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

– ref. Les exportations de cobalt de la RDC contiennent de l’uranium non déclaré : notre étude évalue le risque nucléaire mondial – https://theconversation.com/les-exportations-de-cobalt-de-la-rdc-contiennent-de-luranium-non-declare-notre-etude-evalue-le-risque-nucleaire-mondial-292497

Présidentielle 2027 : qui peut rassembler la gauche sociale-écologique ?

Source: The Conversation – in French – By Pierre-Nicolas Baudot, Maître de conférences, Université de Rouen Normandie


L’ESSENTIEL

  • Un premier débat télévisé réunissant les candidats à la primaire socialiste a été marqué, mercredi 23 septembre, par des tensions sur la question de l’alliance avec La France insoumise.

  • À l’issue de cette primaire (du 9 au 18 octobre), le candidat désigné devra d’abord rassembler un camp « social écologique » morcelé pour créer une dynamique.

  • Le favori de cette primaire, Raphaël Glucksmann, se tournera-t-il vers les électeurs du centre et les déçus du macronisme s’il l’emporte ?


En juillet dernier, Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste (PS), a été mis en minorité dans le parti qu’il dirige. Il proposait une primaire « ouverte », où tout sympathisant de gauche aurait pu participer – prélude à une potentielle candidature « unitaire » de la gauche non-mélenchoniste. Grâce à l’union des deux autres courants du parti, c’est l’option d’une primaire destinée aux candidats du « pôle socialiste » qui l’a emporté. Celle-ci a ouvert la voie à Raphaël Glucksmann (Place publique), qui s’est effectivement déclaré candidat – comme les députés Emmanuel Maurel (Gauche républicaine et socialiste) et Jérôme Guedj ainsi que Ségolène Royal et Olivier Faure.

En 2011, la primaire socialiste avait rassemblé plus de deux millions de votants. Inaugurant une dynamique, elle avait propulsé son vainqueur, François Hollande, vers la victoire. En 2027, la perspective socialiste pourrait être nettement moins rose, alors que le parti n’a rassemblé qu’à peine plus de deux millions de voix en 2017, puis seulement 600 000 en 2022.

Cet outil suscite également de nombreux débats. Si elle peut donner un élan populaire à une candidature et faciliter l’accès à l’agenda médiatique, elle expose aussi à un risque de divisions. Sur une scène politique déjà fortement conflictuelle, le « narcissisme des petites différences » auquel invite cet exercice attise les rivalités. Quoi qu’il en soit, la primaire traduit l’adaptation des partis aux exigences d’une élection présidentielle très fortement personnalisée.

Une candidature à légitimer

Le PS a longtemps bénéficié d’une forme de rente électorale, c’est-à-dire d’un électorat qu’aucune offre sur sa gauche ou au centre n’arrivait à détourner durablement. Aujourd’hui, dans un contexte où la fidélité partisane s’est amenuisée, la situation est inverse : le PS, marginalisé lors des derniers scrutins présidentiels, doit bâtir une offre et sélectionner une incarnation qui lui permette de s’assurer le vote d’électeurs hétérogènes, fortement convoités par de proches concurrents.

Une récente étude du politiste Jean-Yves Dormagen confirme la présence d’un pôle électoral « social-écologiste ». Il se situe pour l’essentiel sur le versant « progressiste » du clivage culturel et se montre soucieux de la réduction des inégalités économiques, de la transition écologique ou du soutien à la santé et à l’éducation. Il est aussi parcouru par de fortes tensions concernant les instruments permettant d’opérationnaliser ces politiques et les conséquences qu’ils impliquent – notamment concernant la fiscalité et la gestion du déficit.

Il existe ainsi un continuum de positions allant d’une volonté de transformation radicale, qui le rapproche de la gauche mélenchoniste, à des changements plus graduels et une orientation néolibérale, qui le rapprochent du bloc central. Alors qu’une trop grande tempérance profiterait à une offre plus radicale sur la gauche, la candidature sociale-écologique peut craindre qu’un projet de transformation profonde ne lui aliène les électeurs centristes attachés à la stabilité et à l’orthodoxie économique.

Cette hétérogénéité a longtemps fait la force du PS, à une période où les offres sur sa gauche ou au centre n’étaient pas en position de contester son hégémonie. Aujourd’hui, la base électorale de la social-démocratie demeure, mais elle est fortement disputée. Ce constat n’est pas propre à la France, et se retrouve plus largement pour la social-démocratie européenne souvent écartelée entre des offres de gauche radicale ou écologiste d’un côté et centristes de l’autre.

L’étude citée précédemment indique ainsi que, parmi les électeurs sociaux-écologistes, aucun candidat ne dispose de la majorité des suffrages envisagés. Là où un bulletin Jean-Luc Mélenchon serait choisi par l’immense majorité des votants de gauche radicale, le bloc social-écologiste pourrait se répartir entre les candidatures socialistes, écologistes et centristes. L’enjeu pour le vainqueur de la primaire est donc, avant tout, d’apparaître comme le candidat légitime aux yeux de son propre camp. Cela est cependant encore loin d’être acquis, à sept mois de l’élection.

Un pas vers le centre ?

Outre le vote écologique, un candidat social-démocrate peut espérer cueillir des voix au centre. L’analyse que proposent Youssef Souidi et Thomas Vonderscher au niveau des bureaux de vote entre les européennes de 2019 et 2024 indique que la progression de Raphaël Glucksmann se fait essentiellement dans les bureaux de vote les plus aisés (où il réalisait déjà ses meilleurs scores).

Comme d’autres, les auteurs proposent d’y voir la capacité du candidat PS-Place publique (PP) à capter une partie des électeurs de la coalition présidentielle. Le vote PS-PP, comme pour Les Écologistes, se rapproche socialement de celui du bloc central, là où le vote pour La France insoumise (LFI) croît à mesure que l’on descend dans l’échelle des revenus. Alors que les insoumis peuvent espérer une réserve électorale chez les abstentionnistes, le candidat PS-PP pourrait donc chercher à ouvrir son offre vers le centre.

S’il existe un potentiel électoral pour la gauche sociale-écologique, la question que pose la primaire est celle de la meilleure incarnation pour concrétiser cette hypothèse. Avec l’incarnation se pose également la question de la ligne politique à adopter. Or, l’hétérogénéité de cet espace social-démocrate rend l’équation complexe.

Par exemple, une plus grande taxation des successions, susceptible de satisfaire les exigences de redistribution d’une partie de l’électorat de gauche, risquerait d’éloigner la part de l’électorat centriste rétive aux hausses d’imposition et attachée à son héritage. À l’inverse, des concessions sur le financement ou sur l’âge de départ à la retraite, de nature à plaire à d’anciens macronistes, pourraient précipiter certains suffrages écologistes dans l’escarcelle insoumise.

Cette complexité explique que la question des alliances électorales continue de diviser les candidats à la primaire, comme l’a indiqué le premier débat télévisé.

Comme Jérôme Guedj, Raphaël Glucksmann refuse toute alliance avec LFI à l’avenir. Cependant, aucun parti n’est pour l’heure en position de gagner l’élection seul. Si elle ne se fait pas sur sa gauche, l’alliance du PS devra donc se faire sur sa droite. Cela vaut d’autant plus que la division de la compétition politique en trois blocs – la tripartition – se maintiendra une fois passée l’élection présidentielle. Les alliances à l’Assemblée nationale redeviendront donc un enjeu de premier plan.

Des partis en crise

LFI a réussi à s’imposer comme une force hégémonique au sein de la gauche radicale. Surtout, elle est parvenue à imposer la candidature de Jean-Luc Mélenchon comme une évidence. En dépit des critiques qui ont pu lui être adressées, ce dernier parvient à rassembler son camp. Qui plus est, la machine insoumise s’est étoffée ces dernières années. Une génération de cadres a été formée et promue, en renforçant la crédibilité du parti à gouverner. Ses effectifs militants se sont également accrus, de même que sa présence sur les réseaux sociaux. Le travail programmatique s’est également prolongé, tout en maintenant la cohérence du projet insoumis.

À l’inverse, la dispersion de l’électorat du pôle social-écologique s’explique par son hétérogénéité, donc, mais également par la faiblesse des partis qui s’y trouvent. Le PS comme Les Écologistes n’apparaissent en mesure ni d’imposer une candidature ni de lui garantir une dynamique électorale. Le PS a, depuis plusieurs années, perdu l’électorat captif dont il bénéficiait jadis, ainsi qu’en témoignent ses oscillations électorales.

De plus, en 2011, les principaux animateurs de tendance s’étaient présentés à la primaire. En 2026, malgré presque dix ans à la tête du parti, la candidature d’Olivier Faure, premier secrétaire, ne s’est pas imposée. Il s’est déclaré à la rentrée, mais avait été mis en minorité quelques mois avant. Ses deux courants d’opposition ne sont quant à eux pas parvenus à faire émerger de candidatures et leurs animateurs – Boris Vallaud, député, et Nicolas Mayer-Rossignol, maire de Rouen – se sont rangés derrière une candidature externe, celle de Raphaël Glucksmann.

Par ailleurs, le parti a également montré de grandes difficultés à assurer une forme de discipline. Jérôme Guedj, député, a ainsi pu lancer sa candidature sans en avoir informé son premier secrétaire et avant que la question de la primaire ne soit tranchée. Karim Bouamrane, maire PS de Saint-Ouen, maintient quant à lui la sienne en refusant de passer par la primaire, sans toutefois avoir jusqu’à présent fait l’objet de réprobations, sinon de sanctions. Il en va de même chez Les Écologistes, où Yannick Jadot, candidat du parti en 2022, s’est rallié à Raphaël Glucksmann, alors même que Marine Tondelier est toujours officiellement candidate.

Enfin, rien n’assure que la primaire socialiste parvienne réellement à fixer la candidature du camp social-écologique. François Hollande, qui ménage le suspense sur sa candidature, a refusé d’y prendre part, mais pourrait se lancer en décembre.

Le PS, affaibli, demeure un outil indépassable

Pour autant, l’existence même de la primaire témoigne du rôle que conserve le parti. La manière dont s’est faite la candidature Raphaël Glucksmann en est elle-même un bon révélateur. En annonçant en mai 2026 se donner trois mois pour livrer sa décision, Raphaël Glucksmann pouvait espérer que se lève une dynamique qui le dispenserait d’en passer par une primaire et de lier son destin à celui du PS.

En 2016, Emmanuel Macron s’était bien lancé victorieusement à l’élection sans autre structure que le tout jeune parti qu’il venait de créer. Cependant, le futur président jouissait d’une expérience gouvernementale, comme ministre de l’économie, et de soutiens financiers et médiatiques.

Sans ressources comparables, Raphaël Glucksmann a sans doute estimé qu’il ne pourrait conduire sa campagne à son terme sans bénéficier de l’étiquette socialiste et, surtout, des parrainages, des finances, du réseau d’élus et des militants qui vont avec. Sclérosé par ses luttes internes et affaibli par une interminable hémorragie militante – un peu moins de 25 000 votants au dernier congrès – le PS conserve donc néanmoins son rôle dans la sélection des candidats et l’animation de la campagne. Il continue, en cela, d’être prisé par des responsables accusant un déficit de notoriété et de ressources permettant de maintenir une candidature.

The Conversation

Pierre-Nicolas Baudot ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Présidentielle 2027 : qui peut rassembler la gauche sociale-écologique ? – https://theconversation.com/presidentielle-2027-qui-peut-rassembler-la-gauche-sociale-ecologique-291179

Au Brésil, l’affaire Banco Master fait trembler le monde politique et éclabousse la campagne présidentielle

Source: The Conversation – in French – By Guilherme Casarões, Associate Professor of Brazilian Studies, Florida International University


L’ESSENTIEL

  • Le Brésil est secoué par le scandale Banco Master, une vaste affaire de fraude bancaire aux ramifications politiques et judiciaires.

  • L’affaire met en lumière les profondes tensions entre la présidence, le Congrès et la Cour suprême.

  • À quelques semaines de la présidentielle, le scandale pèse sur la campagne et fragiliser encore la démocratie brésilienne.


Dans la nuit du 17 novembre 2025, des agents de la police fédérale brésilienne ont interpellé le banquier Daniel Vorcaro sur le tarmac de l’aéroport de Guarulhos, à São Paulo, alors qu’il s’apprêtait à monter à bord d’un jet privé. D’abord placé en détention en raison d’un risque de fuite, il a été arrêté quelques mois plus tard et inculpé de plusieurs chefs de fraude bancaire, de corruption et de blanchiment d’argent. Il est aujourd’hui dans l’attente de son jugement.

À moins d’un mois des élections nationales au Brésil, qui auront lieu les 4 et 25 octobre 2026, ce que l’on appelle désormais la « crise de Banco Master » menace d’ébranler la démocratie du pays jusque dans ses fondements.

À première vue, il ne s’agissait que d’un scandale financier. Peu après l’interpellation de Vorcaro, la Banque centrale du Brésil a ordonné la liquidation de sa banque, Banco Master, avec des pertes d’une ampleur inédite, estimées à 47,3 milliards de réaux (environ 8 milliards d’euros). Près de 90 % de cette somme a été remboursée aux titulaires de comptes et aux actionnaires par le Fonds de garantie des crédits (FGC) – l’équivalent brésilien du Fonds de garantie des dépôts et de résolution (FGDR) français » –, soit le plus important remboursement de l’histoire de cette institution.

Le système financier brésilien a été mis sous pression. Depuis 2018, Banco Master avait signé des contrats pour gérer les fonds de retraite d’États et de municipalités et fournir des services à des établissements bancaires. Si Vorcaro était reconnu coupable, il serait loin d’être le premier escroc brésilien en costume de banquier. Mais les enquêtes ont révélé des méthodes aussi inventives que brutales.

Pour soustraire les activités de Banco Master au regard du public, Vorcaro aurait constitué un vaste réseau d’économistes, d’influenceurs, de hauts fonctionnaires, de responsables politiques et de juges. Certains auraient été recrutés pour se porter garants de la banque ; d’autres auraient, selon les procureurs, été ouvertement soudoyés afin de laisser passer des transactions douteuses. Lorsque cette stratégie échouait, Vorcaro aurait eu recours à l’intimidation et au chantage contre ses détracteurs, notamment des journalistes et des responsables publics, allant jusqu’à envisager de leur porter physiquement atteinte.

Après dix mois d’enquête, l’affaire Banco Master laisse penser que Vorcaro est parvenu à prendre en otage le système politique du pays. Le banquier semble avoir compris que le Brésil ne comptait plus trois pouvoirs se contrôlant mutuellement, mais trois centres de pouvoir distincts dont il était possible d’acheter séparément le droit de veto.

En s’achetant des relais au sein des trois pouvoirs, Vorcaro pouvait se prémunir contre toute intervention de l’État. Mais il n’a pu mettre en place un tel système que parce que la politique brésilienne était devenue de plus en plus dysfonctionnelle au cours de la décennie précédente.

Le bras de fer institutionnel au Brésil

Au Brésil, le Congrès décide de l’affectation des dépenses publiques presque autant qu’il légifère. La Cour suprême se substitue au législateur lorsque les parlementaires sont dans l’impasse, allant parfois jusqu’à revenir sur les décisions du Congrès. Quant au président, affaibli, confronté à une dette publique considérable et soumis aux pressions des deux autres pouvoirs, il ne dispose que de faibles marges de manœuvre pour faire avancer ses politiques. Ce bras de fer est devenu l’une des caractéristiques de la vie politique brésilienne contemporaine.

Le renforcement du pouvoir du Parlement remonte à 2016. Lors de la procédure de destitution de la présidente Dilma Rousseff, Eduardo Cunha, alors président de la Chambre des députés, a compris que cette fonction pouvait cesser d’être un simple poste procédural pour devenir une véritable épée de Damoclès suspendue au-dessus de la présidence. Les enveloppes budgétaires réservées aux parlementaires sont devenues obligatoires et sont passées de 12,9 milliards de réaux (2,2 milliards d’euros) en 2017 à 61 milliards (10,3 milliards de dollars) en 2026, soit environ un quart de l’ensemble des dépenses discrétionnaires de l’État fédéral. Le président ne peut désormais plus bloquer leur versement pour maintenir la discipline au sein de sa coalition.

L’intervention de la justice dans le champ politique s’est accentué sous la présidence de Jair Bolsonaro. Les affrontements permanents entre l’ancien président, aujourd’hui emprisonné, et la Cour suprême sur la gestion de la pandémie, la désinformation et la liberté d’expression ont conduit les juges à endosser un rôle politique qu’ils n’ont jamais véritablement abandonné. Si la Cour a incontestablement joué un rôle essentiel dans la protection de la démocratie brésilienne face à la tentative de coup d’État de Bolsonaro en 2022, son intervention dans le champ politique a depuis longtemps dépassé les limites du fonctionnement démocratique habituel.

Et même si l’actuel président, Lula da Silva, est revenu au pouvoir en 2023 en promettant de restaurer la démocratie brésilienne, le déséquilibre institutionnel n’a fait que s’aggraver. Le gouvernement Lula a soutenu la condamnation par la Cour suprême de centaines de participants à l’assaut du 8 janvier 2023 à Brasília et n’a pas caché sa satisfaction lorsque Bolsonaro et ses proches ont été incarcérés. Mais les récentes attaques coordonnées de la Maison-Blanche de Donald Trump et d’élus d’extrême droite au Congrès américain n’ont fait que confirmer que la présidence constitue le maillon faible de la politique brésilienne.

La toile d’influence de Vorcaro

C’est dans ce contexte qu’est entré en scène un banquier confronté à des problèmes de liquidités et dont le pragmatisme l’emportait largement sur les convictions idéologiques. Les enquêteurs ont mis au jour un réseau d’influence remarquable non seulement par son ampleur, mais aussi par sa capacité à transcender les clivages politiques.

À droite, Vorcaro aurait offert de coûteux avantages et versé de l’argent à plusieurs responsables politiques, parmi lesquels Ciro Nogueira, ancien ministre de Bolsonaro et dirigeant de la coalition de droite. L’argent de Vorcaro a également servi à financer Dark Horse, le biopic consacré à Bolsonaro : selon les rapports de l’unité brésilienne de renseignement financier, quelque 12,3 millions de dollars auraient été versés au fonds texan chargé de gérer le budget du film, dont 1,6 million en septembre 2025 à la demande de Flávio Bolsonaro, fils de l’ancien président, sénateur et candidat à la présidentielle.

Il y a quelques semaines, des messages vocaux provenant du téléphone de Vorcaro ont fuité. Ils semblaient révéler que Nikolas Ferreira, jeune figure montante de l’extrême droite brésilienne et député au Congrès, avait sollicité l’aide du banquier pour obtenir certains avantages..

À gauche, la police fédérale affirme que Jaques Wagner, sénateur de l’État de Bahia et alors chef de file de Lula au Sénat, aurait reçu un appartement à Salvador ainsi que 3,5 millions de réaux (600 000 euros). L’enquête a également montré que, dès 2018, Rui Costa, alors gouverneur de Bahia et devenu par la suite chef de cabinet de Lula, avait favorisé les affaires de Vorcaro en autorisant les fonctionnaires à souscrire des prêts à taux élevés liés à Banco Master.

Reste enfin le pouvoir judiciaire, où les accusations sont les plus graves et les éléments de preuve les plus délicats à manier. Le juge de la Cour suprême Dias Toffoli s’est dessaisi de l’enquête sur Banco Master en février, après que la presse a révélé qu’au moins 35 millions de réaux (6 millions d’euros) provenant de fonds liés à Vorcaro avaient été versés à un complexe hôtelier du Paraná dans lequel il détenait une participation. Toffoli nie toute malversation.

Le fils d’un autre juge de la Cour suprême, Kássio Nunes Marques, a quant à lui perçu 281 600 réaux (47 600 euros) par l’intermédiaire d’un cabinet de conseil rémunéré par la banque, selon l’enquête.

Alexandre de Moraes, juge à la Cour suprême souvent présenté comme la bête noire de Bolsonaro, fait face à l’accusation la plus explosive : le cabinet d’avocats de son épouse, Viviane Barci de Moraes, a signé un contrat de 131 millions de réaux (22 millions d’euros) avec Banco Master. La police a retrouvé sur le téléphone de Vorcaro des échanges avec le juge Moraes, qui laissent entrevoir une proximité inhabituelle entre les deux hommes, même si aucun élément tangible ne prouve que Moraes ait donné suite à une quelconque demande du banquier.

Les informations concernant les échanges entre Moraes et Vorcaro proviennent d’un rapport de police commandé – puis rendu public – par un autre juge de la Cour suprême, André Mendonça, qui a repris l’enquête sur Banco Master au début de l’année. Avant sa nomination à la Cour suprême en 2022, Mendonça avait été le principal conseiller juridique du gouvernement fédéral puis ministre de la Justice sous Bolsonaro. Il se trouve désormais en première ligne d’une guerre ouverte entre factions rivales au sein de la Cour, dont celle menée par Moraes.

Des détracteurs de Mendonça à gauche l’accusent d’instrumentaliser l’enquête sur Banco Master pour affaiblir Moraes et ses alliés au profit des intérêts de la famille Bolsonaro. Ce faisant, Mendonça contribue à affaiblir davantage la légitimité de la Cour – précisément ce que l’extrême droite brésilienne cherche depuis longtemps à obtenir.

Le scandale s’invite dans les élections

L’ironie est que les responsables politiques les mieux placés pour faire campagne sur le discrédit de la Cour suprême sont aussi ceux que les mêmes dossiers mettent le plus en cause. Flávio Bolsonaro continue de réclamer la démission de Moraes, mais il n’a toujours pas expliqué comment il a pu bénéficier de l’argent de Vorcaro qui était censé financer le biopic consacré à son père. (La destination réelle de cet argent reste inconnue.)

Dans le même temps, Mendonça, lui-même fervent chrétien évangélique, est devenu une figure presque vénérée dans les rassemblements d’extrême droite. En concentrant toute son attention sur les possibles agissements répréhensibles de Moraes – tout en fermant les yeux sur les autres acteurs politiques qui ont franchi certaines limites au profit d’un banquier qui s’est enrichi aux dépens des retraités, des fonctionnaires et des petits investisseurs –, il semble offrir à Flávio Bolsonaro une bouée de sauvetage dans ce qui s’annonce comme l’une des élections présidentielles les plus serrées de l’histoire du Brésil.

Lula, de son côté, dispose d’une marge de manœuvre limitée. Même s’il ne semble pas impliqué dans le système mis en place par Vorcaro, il a longtemps gardé le silence pour éviter de se retrouver entraîné dans une crise institutionnelle qui concernait avant tout les deux autres pouvoirs. Il ne s’est exprimé qu’il y a quelques jours, lorsque les divisions au sein de la Cour suprême ont éclaté au grand jour et que la situation est devenue intenable. Il a alors demandé que toutes les pièces du dossier Banco Master soient rendues publiques.

Mais il est peut-être déjà trop tard pour s’emparer de ce nouveau scandale de corruption qui secoue le Brésil en pleine campagne électorale. Son soutien aux enquêtes ne devrait guère lui permettre de progresser dans les sondages. En revanche, celles-ci pourraient déboucher sur de nouvelles révélations et rebattre les cartes de la présidentielle.

Mais l’élection présidentielle brésilienne est encore loin d’être jouée. Si Lula, affaibli, est réélu en octobre, son défi ne sera pas seulement de préserver la démocratie. Il devra aussi, pour son quatrième mandat, tenter de réparer un système politique de plus en plus dysfonctionnel, répondre aux mécontentements qui s’accumulent et éviter que de nouveaux scandales ne fragilisent encore davantage les institutions du pays.

Si Flávio Bolsonaro l’emporte, le scandale Banco Master pourrait au contraire être étouffé – mais sans doute pas avant qu’il ait cherché à obtenir la destitution de ses adversaires à la Cour suprême. Le remplacement de juges en exercice par des alliés idéologiques est l’une des stratégies utilisées par l’extrême droite pour prendre le contrôle des institutions, de la Hongrie aux États-Unis.

Dans ce cas, le banquier n’aura pas seulement contribué à la déstabilisation des institutions brésiliennes : il aura aussi ouvert la voie à un profond recul démocratique.

The Conversation

Guilherme Casarões ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Au Brésil, l’affaire Banco Master fait trembler le monde politique et éclabousse la campagne présidentielle – https://theconversation.com/au-bresil-laffaire-banco-master-fait-trembler-le-monde-politique-et-eclabousse-la-campagne-presidentielle-292846

Que révèlent la devise et les armoiries du pape Léon XIV ?

Source: The Conversation – in French – By Virginia Raguin, Distinguished Professor of Humanities Emerita, College of the Holy Cross

Un vitrail du XVIIᵉ siècle représentant saint Augustin. Tobias Müller, 1622. Michel M. Raguin / Princeton University Art Museum, Princeton NJ, U.S.

L’ESSENTIEL

  • La devise et les armoiries de Léon XIV rappellent son appartenance à l’ordre de Saint-Augustin.

  • Dans l’art, Augustin est souvent représenté comme un savant conscient des limites de son savoir.

  • En se référant à lui, le nouveau pape met en avant l’humilité et l’unité.


Peu après son élection en mai 2025, le pape Léon XIV a dévoilé sa devise et ses armoiries. Le choix de ces mots et de ces symboles s’inscrit dans une longue tradition chez les évêques, les cardinaux et les papes : il reflète le parcours de chacun.

Son blason est divisé en diagonale. Dans la partie supérieure figure un lys blanc sur fond bleu ; dans la partie inférieure, l’emblème de l’ordre de Saint-Augustin, auquel il appartient. Sa devise, « In Illo uno unam », peut se traduire par « Dans l’Unique, nous sommes un ». Elle reprend des mots de saint Augustin, tirés de son commentaire du psaume 127 : « Les chrétiens avec leur chef qui est monté aux cieux, ne forment qu’un seul Christ. Il n’est point seul, et nous plusieurs ; mais quoique plusieurs, nous sommes un en lui seul. »

En choisissant cette devise, Léon XIV fait également figurer sur ses armoiries le symbole associé à saint Augustin : un cœur transpercé d’une flèche.

Un blason dont la partie supérieure montre un lys blanc sur fond bleu et la partie inférieure un cœur transpercé d’une flèche, posé sur un livre rouge
Armoiries du pape Léon XIV.
Avec l’aimable autorisation du Bureau de presse du Saint-Siège

Historienne de l’art, je m’intéresse à la façon dont les artistes de la Renaissance ont représenté l’humilité de saint Augustin, et ce que le choix de cette devise peut révéler du nouveau pape.

L’ordre de Saint-Augustin

Augustin a vécu à la fin du IVe siècle. Il a été évêque d’Hippone, en Afrique du Nord, pendant 34 ans. L’ordre de Saint-Augustin a été fondé en 1244, après que plusieurs communautés d’ermites établies en Toscane, en Italie, eurent demandé au pape Innocent IV de les réunir au sein d’un même ordre. Le pape leur donna pour règle de vie la Règle de saint Augustin, qui leur enjoignait de « ne rien appeler vôtre, mais de tout mettre en commun » et de « ne pas rechercher les choses vaines et terrestres ».

Érudit, théologien et administrateur, Augustin est un saint que les artistes ont souvent représenté. Il apparaît par exemple sur un vitrail commandé par un prêtre en 1622, tenant son emblème, un cœur transpercé d’une flèche, posé sur un livre ouvert sur ses genoux.

Cette image renvoie à une phrase des Confessions d’Augustin : « Vous aviez blessé mon cœur des flèches de votre amour ; et je portais dans mes entrailles vos paroles qui les traversaient. »

Sur ce vitrail, le saint s’adresse à un enfant. Une traduction de 1483 de la Légende dorée, recueil de vies de saints, raconte qu’Augustin, alors qu’il peinait à rédiger son traité De la Trinité, se promenait au bord de la mer lorsqu’il aperçut un enfant qui remplissait d’eau un petit trou creusé dans le sable.

Lorsque l’enfant lui expliqua qu’il voulait faire entrer la mer dans ce trou, Augustin lui reprocha l’absurdité de son entreprise. L’enfant lui répondit qu’il parviendrait plus vite à y verser toute l’eau de la mer qu’Augustin à comprendre, avec son intelligence humaine limitée, le mystère de la Trinité. Dans la foi chrétienne, la Trinité désigne un Dieu unique en trois personnes – le Père, le Fils et le Saint-Esprit – partageant une même nature divine et éternelle.

Cette leçon d’humilité a été représentée à de nombreuses reprises au fil des siècles. Dans un retable de 1482, le peintre et sculpteur Michael Pacher figure ainsi Augustin avec un enfant tenant une cuillère à ses pieds.

L’œuvre savante d’Augustin

Augustin a laissé une œuvre considérable. Outre les Confessions, l’un des livres les plus lus au Moyen Âge et au début de l’époque moderne, et De la Trinité, elle comprend de nombreux autres textes, dont La Cité de Dieu, un ouvrage monumental de plus de 1 000 pages.

Un homme vêtu de blanc et d’ocre, assis à une table, tient un livre ouvert et regarde devant lui
Fresque représentant saint Augustin.
Sandro Botticelli, via Wikimedia

Dans sa fresque de 1480 représentant Augustin dans son cabinet de travail, Sandro Botticelli montre le saint interrompant son écriture, en quête d’une pensée plus claire.

Vêtu simplement d’une longue robe blanche et d’une cape, Augustin a posé sa mitre d’évêque : un autre signe d’humilité. Son cabinet est rempli de livres. À droite, derrière sa tête, un ouvrage est ouvert sur une étude de géométrie.

Sur la gauche, Botticelli a placé une représentation du cosmos conforme aux conceptions de l’époque : la Terre est au centre de l’univers, tandis que le Soleil, la Lune, les planètes et les étoiles tournent autour d’elle. Nous savons aujourd’hui que ce modèle est erroné. Aussi brillant soit-il, Augustin ne pouvait pas tout savoir.

Léon XIV a lui aussi été enseignant et pasteur. Il a enseigné le droit canonique et la théologie des premiers siècles du christianisme au séminaire San Carlos y San Marcelo, au Pérou. À l’image du fondateur de son ordre, il a fait preuve d’humilité lors de sa première messe en tant que pape. Il a décrit sa nomination comme « une croix et une bénédiction » et évoqué la responsabilité que les cardinaux et lui portent dans le monde.

The Conversation

Virginia Raguin ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Que révèlent la devise et les armoiries du pape Léon XIV ? – https://theconversation.com/que-revelent-la-devise-et-les-armoiries-du-pape-leon-xiv-292795

De Rome aux messes dans les stades : comment la dévotion envers le pape a changé au fil des siècles

Source: The Conversation – in French – By Anna Peirats, Catedrática de Humanidades, Universidad Católica de Valencia

Le pape Léon XIV devant les fidèles venus l’attendre au Vatican, comme chaque semaine. Marco Iacobucci Epp/Shutterstock

L’ESSENTIEL

  • Pendant des siècles, les fidèles se rendaient à Rome pour voir le pape.

  • La radio, la télévision puis les voyages ont rapproché les papes des foules.

  • Les réseaux sociaux prolongent aujourd’hui cette proximité jusque sur les téléphones des fidèles.


Le 7 juin 2026, des centaines de milliers de personnes étaient appelées à se rassembler sur la place de Cibeles, à Madrid, pour assister à la messe célébrée par Léon XIV à l’occasion de la Fête-Dieu. C’était la première visite de ce pape en Espagne.

Aujourd’hui, une telle scène n’a rien d’étonnant. Pourtant, pendant des siècles, ceux qui voulaient voir le souverain pontife devaient se rendre en pèlerinage sur la tombe de Pierre. Pour comprendre ce contraste, il faut remonter aux origines de la papauté.

« Sur cette pierre, je bâtirai mon Église »

Aux premiers siècles du christianisme, la vénération se concentrait sur la figure de saint Pierre. Rome prit de l’importance parce que, selon la tradition, c’est là qu’il avait été martyrisé et enterré. La basilique que Constantin fit construire sur sa tombe, au IVe siècle, devint l’un des grands lieux de pèlerinage de la chrétienté.

À cette époque, les papes ne quittaient Rome que dans des circonstances exceptionnelles. L’exemple le plus connu est celui de Léon Iᵉʳ le Grand : en 452, il alla à la rencontre d’Attila, dont les Huns avançaient dans le nord de l’Italie, et parvint à empêcher leur marche sur la ville. La légende y ajouta un épisode, que Raphaël immortalisa dans une fresque au Vatican : derrière le pape seraient apparus les apôtres Pierre et Paul, l’épée à la main.

La Rencontre entre Léon Iᵉʳ le Grand et Attila
La Rencontre entre Léon Iᵉʳ le Grand et Attila, selon Raphaël.
Art Renewal Center/Wikimedia

Le nom choisi par Léon XIV rappelle ainsi l’une des plus anciennes images de la papauté : celle du pontife qui protège son peuple face au danger.

Les papes se déplaçaient pour gouverner : négocier avec les rois, réformer l’Église ou mobiliser la chrétienté, comme le fit Urbain II lorsqu’il prêcha la première croisade en 1095. Pour les fidèles, le mouvement se faisait en sens inverse : c’étaient eux qui se rendaient à Rome.

Le premier Jubilé, proclamé par Boniface VIII en 1300, attira à Rome des centaines de milliers de pèlerins auxquels était promise la rémission de leurs péchés. Mais, pour l’immense majorité des fidèles, le pape demeurait une figure lointaine. Au cours des siècles suivants, ce schéma ne changea guère.

Prisonnier du Vatican

La vénération du pape s’intensifia au XIXe siècle. Le 20 septembre 1870, les troupes du royaume d’Italie entrèrent dans Rome et mirent fin à plus de mille ans de souveraineté pontificale sur la ville. Pie IX se retira au Vatican, se déclara « prisonnier » et mourut huit ans plus tard sans en être ressorti.

Pie X
Gravure représentant le pape Pie IX.
Bibliothèque nationale de France

Dans ces mêmes années, le concile Vatican I, réuni sous son pontificat, proclama le dogme de l’infaillibilité pontificale. Le pape avait perdu un État, mais son autorité spirituelle se trouvait renforcée. Une nouvelle forme de vénération de sa personne se développa : la presse catholique diffusa son portrait, et les images à son effigie se multiplièrent dans les foyers catholiques.

Son successeur, Léon XIII, exerça cette autorité dans un domaine nouveau. Avec l’encyclique Rerum novarum (1891), il posa les fondements de la doctrine sociale de l’Église. Cette autorité renforcée trouva bientôt un moyen inédit de se faire entendre : avant que le pape ne parcoure le monde, sa voix voyagea.

Le 12 février 1931, Pie XI inaugura Radio Vatican, construite par Guglielmo Marconi, en prononçant le premier message radiodiffusé d’un pape. Pour la première fois, ses paroles pouvaient être entendues simultanément aux quatre coins du monde.

Pie XII alla plus loin encore. Son message du 24 août 1939, à la veille de la Seconde Guerre mondiale – « Rien ne se perd avec la paix ; tout peut être perdu avec la guerre » – donna à la parole pontificale une portée mondiale. En 1949, il fut aussi le premier pape à apparaître à la télévision. La voix et le visage du pape franchissaient désormais les frontières, mais lui-même restait à Rome. Il lui restait à aller à la rencontre des fidèles.

Au-delà de Rome

Paul VI.
Le pape Paul VI au balcon du monastère franciscain du mont Thabor, face à la vallée de Jezréel et aux monts Guilboa.
David Eldan/National Photo Collection of Israel

C’est Paul VI qui franchit ce pas. En janvier 1964, il se rendit en Terre sainte : c’était le premier voyage international d’un pape en avion. L’année suivante, il s’envola pour New York, où il prononça un discours devant l’Assemblée générale des Nations unies et célébra une messe dans un stade. Il visita les cinq continents, ce qui lui valut le surnom de « pape pèlerin ».

Jean-Paul II fit des voyages un élément central de son pontificat et devint le premier pape à rassembler de telles foules. Il parcourut plus de 1 200 000 kilomètres (près de trente fois le tour du monde) au cours de 104 voyages internationaux dans 129 pays. Il se rendit cinq fois en Espagne. En 1985, il institua les Journées mondiales de la jeunesse, qui attirèrent des foules immenses : à Manille, en 1995, plusieurs millions de personnes assistèrent à une seule messe. Sur les places, on scandait un slogan qu’aucun pape n’avait encore entendu avec une telle ferveur et qui reste gravé dans la mémoire collective : « Jean-Paul II, tout le monde t’aime. »

Ses funérailles, en 2005, attirèrent à Rome plus de quatre millions de pèlerins et des délégations de plus de 80 pays. Cette ferveur populaire a fait naître une comparaison souvent reprise à propos des papes récents : celle de la rock star. Dans la London Review of Books, le critique Terry Eagleton décrivit Jean-Paul II comme une sorte de « rock star spirituelle ». L’image rend compte de l’ampleur médiatique du phénomène, mais laisse de côté un élément essentiel : la papauté s’appuie sur une tradition et une mémoire façonnées depuis près de deux millénaires.

Du tombeau de Pierre à l’écran du smartphone

Un autre changement survint ensuite, sans passer cette fois par les stades : l’arrivée du pape sur les réseaux sociaux. En décembre 2012, Benoît XVI créa sur Twitter le compte @Pontifex, devenant le premier pape à utiliser ce réseau social.

Il s’était auparavant rendu trois fois en Espagne : à Valence en 2006 ; à Saint-Jacques-de-Compostelle et Barcelone en 2010 ; puis à Madrid en 2011. Dans la capitale espagnole, il présida les Journées mondiales de la jeunesse, qui rassemblèrent plus d’un million de jeunes. Plusieurs événements eurent lieu sur la place de Cibeles, où Léon XIV devait à son tour se rendre.

Lorsque François ouvrit son compte Instagram en mars 2016, il atteignit le million d’abonnés en douze heures. Un an plus tôt, le magazine Vogue l’avait déjà décrit comme une rock star d’Internet. La comparaison employée à l’époque de Jean-Paul II passait ainsi des stades aux téléphones portables.

Avec les réseaux sociaux, le pape François entra dans le quotidien des fidèles : plus besoin de se rendre en pèlerinage à Rome ni d’attendre une apparition à la télévision. Il pouvait désormais surgir chaque jour sur l’écran d’un smartphone, dans une actualité, une vidéo ou un mème.

En 2020, ses messages totalisèrent 27 milliards de vues. En pleine pandémie, le 27 mars 2020, François donna depuis Rome la bénédiction Urbi et Orbi, sous la pluie et presque seul. La cérémonie fut retransmise à la télévision, sur Internet et à la radio. Sans fidèles physiquement présents sur la place Saint-Pierre, le pape accompagnait, par écrans interposés, des millions de personnes dans le monde.

Léon XIV hérite de cette dimension technologique de la papauté. Son élection, le 8 mai 2025, fut la première à l’ère de TikTok. Son arrivée sur Instagram suscita le même engouement que celle de François : il dépassa le million d’abonnés en moins d’une journée. Aujourd’hui, les différents comptes du pape réunissent à eux tous des dizaines de millions d’abonnés.

L’histoire de la dévotion envers les papes est aussi celle des moyens par lesquels ils se rendent présents auprès des fidèles. Lorsque Léon XIV célébrera la messe sur la place de Cibeles, plusieurs époques se rejoindront : celle des pèlerinages médiévaux, celle des grandes célébrations du XXe siècle et celle de la diffusion numérique au XXIe siècle. Les formes, les médias et les mots ont changé, mais cette dévotion répond toujours à un désir ancien : voir de près le successeur de Pierre.

The Conversation

Anna Peirats ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. De Rome aux messes dans les stades : comment la dévotion envers le pape a changé au fil des siècles – https://theconversation.com/de-rome-aux-messes-dans-les-stades-comment-la-devotion-envers-le-pape-a-change-au-fil-des-siecles-292793

Ce que « Le Semeur », tableau lumineux de Van Gogh, révèle du message de Léon XIV

Source: The Conversation – in French – By Virginia Raguin, Distinguished Professor of Humanities Emerita, College of the Holy Cross

« Le Semeur au soleil couchant », de Vincent van Gogh. Vincent van Gogh/ Kröller-Müller Museum via Wikimedia Commons, CC BY-NC-SA

L’ESSENTIEL

  • Lors de sa première audience générale, Léon XIV avait évoqué « Le Semeur au soleil couchant » de Van Gogh pour parler d’espérance, un tableau peint dans le pays qu’il visite cette semaine.

  • Le tableau fait écho à la parabole du semeur : la graine semée peut porter ses fruits, même si le résultat n’est pas immédiatement visible.

  • Le semeur rappelle aussi la dignité du travail, un thème cher à Léon XIII, dont le nouveau pape a choisi le nom.


Lors de sa première audience générale à Rome en mai 2025, le pape Léon XIV avait évoqué le tableau de Vincent van Gogh Le Semeur au soleil couchant, qu’il a présenté comme un symbole d’espérance. Un soleil éclatant illumine un champ, tandis qu’un paysan avance vers la droite du tableau en semant des graines.

Léon XIV faisait alors référence à la parabole du semeur, récit de l’Évangile qui invite à accomplir de bonnes actions. « Chaque parole de l’Évangile est comme une graine semée dans le sol de notre vie », a-t-il déclaré. Ce sol, a-t-il précisé, n’est pas seulement « notre cœur », mais aussi « le monde, la communauté, l’Église ».

« Derrière le semeur, Van Gogh a peint des épis déjà mûrs », a fait remarquer Léon XIV. Il y voit une image d’espérance : d’une manière ou d’une autre, la graine a porté ses fruits. Van Gogh a peint Le Semeur au soleil couchant en 1888, alors qu’il vivait à Arles (Bouches-du-Rhône). À l’époque, il travaillait aux côtés de son ami Paul Gauguin et envisageait l’avenir avec enthousiasme. Le tableau reflète cet optimisme.

L’inspiration de Van Gogh

En novembre 1888, Van Gogh écrit à son frère Théo, auquel il se confie souvent, au sujet du Semeur au soleil couchant. Il en décrit les couleurs : « Immense disque jaune citron pour le soleil. Ciel jaune vert avec des nuages roses. Le terrain est violet, le semeur et l’arbre bleu de Prusse. »

Le Semeur (Millet)
« Le Semeur (Millet).
Museum of Fine Arts, Boston via Wikimedia

Van Gogh s’est inspiré du tableau « Le Semeur », peint en 1860 par l’artiste français Jean-François Millet. Mais il en a transformé la composition : chez Millet, une silhouette sombre et solitaire domine la scène ; Van Gogh, lui, place le semeur au cœur d’un paysage métamorphosé par le soleil.

D’autres artistes ont représenté explicitement la parabole du semeur, comme le Norvégien Emanuel Vigeland. Dans une série de vitraux réalisés pour une église d’Oslo, celui-ci illustre les différentes étapes du récit et leur signification. Tandis que le semeur travaille, des graines tombent au bord du chemin et les oiseaux les mangent aussitôt : elles représentent ceux qui entendent la parole de Dieu sans l’écouter.

« La Parabole du semeur » vue par l’artiste norvégien Emanuel Vigeland, 1917-1919, église luthérienne de Borgestad, en Norvège.
Virginia Raguin

Certaines graines tombent sur un sol pierreux et ne peuvent s’y enraciner : elles symbolisent ceux qui manquent de persévérance. D’autres tombent parmi les ronces et sont étouffées. Vigeland associe à ce passage l’image saisissante d’un avare comptant des piles de pièces, dont la vie est étouffée par l’appât du gain.

À la fin de la parabole, les graines tombées dans la bonne terre produisent une récolte au centuple. Vigeland représente une moisson abondante, à côté d’un homme assis par terre, tenant un enfant sur ses genoux.

Ce que ce tableau révèle de Léon XIV

Le tableau de Van Gogh fait écho à plusieurs idées exprimées par le nouveau pape au début de son pontificat. Léon XIV a ainsi expliqué : « Au centre du tableau, il y a le soleil, et non le semeur. Cela nous rappelle que c’est Dieu qui fait avancer l’histoire, même lorsqu’il semble absent ou lointain. C’est le soleil qui réchauffe les mottes de terre et fait mûrir la semence. »

L’image du semeur absorbé par son travail physique évoque aussi la dignité du travail, un thème lié au choix du nom du pape. Léon XIV a expliqué avoir choisi ce nom « principalement parce que le pape Léon XIII, dans son encyclique historique Rerum novarum, a abordé la question sociale dans le contexte de la première grande révolution industrielle ». Léon XIII dénonçait notamment l’injustice économique qui laissait aux ouvriers de maigres revenus, alors que les propriétaires tiraient d’importants profits de l’industrialisation.

Comme dans l’œuvre de Vigeland, le pape voit dans le semeur de Van Gogh un message d’espérance. Ce message rejoint, à ses yeux, le thème de l’espérance choisi pour l’année jubilaire proclamée par son prédécesseur, François. Léon XIV a également exprimé l’espoir que l’écoute de Dieu conduise les hommes à se mettre au service des autres.

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Virginia Raguin ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Ce que « Le Semeur », tableau lumineux de Van Gogh, révèle du message de Léon XIV – https://theconversation.com/ce-que-le-semeur-tableau-lumineux-de-van-gogh-revele-du-message-de-leon-xiv-292794

L’IA dans la campagne électorale au Québec : l’œuvre de citoyens davantage que des politiciens

Source: The Conversation – in French – By Catherine Régis, Professeure titulaire, Faculté de droit, Chaire en IA Canada-CIFAR, Mila et Chaire en diplomatie scientifique et gouvernance mondiale de l’IA (Fonds de recherche du Québec), Université de Montréal

L’utilisation de l’intelligence artificielle peut influencer, un peu partout, les tendances en matière de politique. Quelle place occupe-t-elle dans la campagne électorale en cours au Québec ?


Les usages de l’intelligence artificielle (IA) posent des risques pour l’intégrité des processus électoraux, pourtant essentiels à la pérennité des démocraties. Or depuis l’avènement de l’IA générative (dont ChatGPT) de nombreux exemples, un peu partout dans le monde, témoignent des risques que présente cette technologie pour les élections. Pensons aux appels automatisés imitant la voix de Joe Biden lors des primaires américaines de 2024 ; aux cinq femmes candidates victimes d’hypertrucages pornographiques lors des élections municipales de 2024 au Brésil ; ainsi qu’à l’hypertrucage viral du premier ministre Mark Carney avec Jeffrey Epstein peu après les dernières élections fédérales.

La propagande et les fausses informations ne sont pas des phénomènes nouveaux. Ce qui l’est, c’est l’accessibilité et la facilité avec lesquelles se déploient des outils de manipulation extrêmement performants et réalistes rendus possibles par les systèmes d’IA. L’IA permet en effet de générer des hypertrucages, des communications trompeuses, des messages destinés à des électeurs ciblés avec une précision inégalée, ainsi que des campagnes de désinformation à grande échelle.

Bien sûr, l’IA peut aussi renforcer les institutions démocratiques, notamment en favorisant la participation citoyenne, en bonifiant la prestation des services publics, ou en permettant de détecter si des acteurs politiques font des usages préjudiciables de l’IA. Néanmoins, ces effets bénéfiques n’enlèvent pas la nécessité d’en contrecarrer les risques.




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En tant que professeure de droit, directrice de l’innovation sociale et des politiques internationales à IVADO et chercheuse à Mila, j’ai exploré ces questions, conjointement avec différents chercheurs, ainsi qu’Amélie Côté, qui travaille en mobilisation des connaissances chez IVADO.

L’engagement des partis

Lors de cette première élection générale à l’ère de l’IA générative, le Québec a fait preuve de leadership en matière d’utilisation responsable de l’IA. Quatre des cinq partis politiques siégeant à l’Assemblée nationale ont adhéré au Code de conduite pour l’utilisation responsable de l’IA proposé par des experts d’IVADO et le CEIMIA. Cette initiative, l’engagement des partis signataires, de même que le refus du parti réfractaire (le Parti conservateur du Québec), ont été relatés dans les médias.

De mars 2026 à aujourd’hui, la couverture médiatique sur le Code a démontré l’importance de ce quatrième pouvoir pour consolider l’adhésion des partis et sensibiliser l’électorat aux enjeux que soulève l’IA en contexte électoral. Ce Code volontaire ne se substitue pas à une loi, mais il traduit un engagement collectif clair quant à la façon dont les partis politiques recourent aux systèmes d’IA, tant dans leurs communications que dans les outils employés pour cerner les préoccupations des citoyens et façonner leurs plates-formes électorales.

Les partis doivent ainsi en faire un usage responsable et transparent, et veiller à la sécurité et à la gouvernance des systèmes d’IA qu’ils utilisent. De surcroît, ils s’engagent à sensibiliser et former leur personnel et leurs bénévoles à sa mise en œuvre, une mission à laquelle IVADO a contribué en offrant des formations aux partis signataires.

La campagne électorale bat son plein depuis le 27 août. Bien que nous n’ayons pas pu recenser l’ensemble des communications politiques diffusées par les candidats dans les 127 circonscriptions, nous constations, à trois semaines du scrutin, qu’aucun parti ne semblait avoir fait un usage trompeur de l’IA sur ses comptes officiels.

Un code de conduite… qui n’arrête pas les trolls

Les images ou les vidéos créées et diffusées avec l’aide de l’IA l’ont été, selon nos observations, par des citoyens, lesquels ne sont pas tenus de se conformer au Code de conduite. Ils visent en général, avec ces contenus synthétiques, à passer des messages politiques à l’aide de la satire et la caricature. Mais certains agissent véritablement comme des trolls, publiant des contenus qui perturbent pour provoquer des réactions, et qui peuvent s’avérer dénigrants et préjudiciables.

Bien que ces publications ne proviennent pas des partis eux-mêmes, elles ont un impact dans l’environnement numérique, informationnel et politique qui méritera d’être étudié plus en profondeur.

Il est encore prématuré d’en tirer une analyse exhaustive, mais une tendance se dessine. Les hypertrucages dégradants qui circulent semblent toucher davantage les femmes que les hommes. À titre d’exemple, la chef de la CAQ et première ministre sortante Christine Fréchette a été représentée dans des vidéos générées avec l’IA en train de danser à la barre verticale (pole dance) ou, celle-ci largement diffusée, d’embrasser le premier ministre du Canada. Cibler ainsi les femmes peut les décourager à occuper des fonctions publiques, tel qu’observé à l’échelle internationale




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D’autres publications imitent le style visuel des médias traditionnels, par exemple en représentant des débats politiques entre candidats, ou des résultats de sondages trompeurs. Ces contenus en apparence crédibles peuvent devenir viraux, ne serait-ce qu’un instant, et brouiller la distinction entre le vrai et le faux.

Des débats qu’il faudra tenir

Parallèlement, tout au long de cette campagne électorale, les appels à ralentir, voire à interrompre le développement de l’IA, en particulier celui de la superintelligence artificielle, perçue comme une menace pour l’humanité, ont fait les manchettes mondiales et sont discutés dans les plus hautes instances internationales, comme l’ONU. Et ici, l’utilisation croissante de l’IA, ses répercussions sociales, notamment sur le travail et l’environnement, comptent parmi les préoccupations de nombreux citoyens appelés à voter le 5 octobre prochain.

Or ces enjeux, pourtant déterminants pour l’avenir de nos sociétés, n’ont presque pas été abordés par les partis politiques depuis le début de la campagne. Pourtant, une approche conjuguant encadrement réglementaire, technologique et éthique s’impose. Les partis et les candidats doivent s’en saisir afin que les citoyens puissent exercer un choix éclairé.


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Enfin, il conviendra, une fois le scrutin passé, de mener des études approfondies sur l’incidence des usages de l’IA au cours de cette campagne, de manière à mettre en place des mesures adéquates et coordonnées à différents niveaux. L’actuel Code de conduite, à mettre à jour au besoin, offre une protection pertinente, mais il faudra en ajouter d’autres afin de mieux répondre aux risques que pose l’IA pour nos institutions et processus démocratiques.

Parmi ces mesures, sur le plan législatif, on peut penser à des lois-cadres sur l’IA qui limitent ses risques démocratiques, comme le EU AI Act, de même qu’à divers autres moyens proposés par un groupe d’experts internationaux, tels des mises à jour des lois électorales, une meilleure préparation des gouvernements et des autorités électorales pour prévenir les perturbations électorales causées par l’IA, et des protocoles internationaux en cas d’ingérence électorale attribuable à l’utilisation de l’IA.

Chose certaine, les processus électoraux à travers le monde doivent s’adapter rapidement à cette nouvelle réalité.

La Conversation Canada

Catherine Régis reçoit des financements des Fonds de recherche du Québec, des IRSC, du programme des Chaires en IA de CIFAR et d’IVADO.

Amélie Côté ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. L’IA dans la campagne électorale au Québec : l’œuvre de citoyens davantage que des politiciens – https://theconversation.com/lia-dans-la-campagne-electorale-au-quebec-loeuvre-de-citoyens-davantage-que-des-politiciens-292080

El escándalo bancario que sacude la política brasileña y las elecciones presidenciales previstas para octubre

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Guilherme Casarões, Associate Professor of Brazilian Studies, Florida International University

La noche del 17 de noviembre de 2025, agentes federales brasileños detuvieron al banquero Daniel Vorcaro en la pista del aeropuerto de Guarulhos, en São Paulo, cuando se disponía a embarcar en un jet privado. Inicialmente fue retenido por riesgo de fuga y detenido unos meses más tarde por múltiples cargos de fraude bancario, corrupción y blanqueo de capitales. Actualmente se encuentra a la espera de sentencia.

Ahora, a menos de un mes de las elecciones nacionales en Brasil, la denominada “crisis del Banco Master” amenaza con sacudir la democracia del país hasta sus cimientos.

A primera vista, se trataba solo de un escándalo financiero. Poco después de la detención de Vorcaro, el Banco Central de Brasil ordenó la liquidación de su banco, el Banco Master, con unas pérdidas sin precedentes estimadas en 47 300 millones de reales (unos 8 000 millones de euros). Alrededor del 90 % de esta suma fue reembolsada a los titulares de cuentas y a los accionistas por el Fondo de Garantía de Créditos (FGC) –el equivalente brasileño de la Corporación Federal de Seguros de Depósitos (FDIC) de Estados Unidos o el Fondo de Garantía de Depósitos (FGD) en España–, lo que supuso el mayor desembolso de la historia de la institución.

El sistema financiero brasileño se vio sometido a una gran presión. Desde 2018, el Banco Master había firmado contratos para gestionar y prestar servicios a fondos de pensiones estatales y municipales, así como a entidades bancarias. Aunque Vorcaro, de ser declarado culpable, difícilmente se convertiría en el primer estafador brasileño vestido de banquero, las investigaciones han revelado que sus métodos eran tan creativos como brutales.

Para proteger las operaciones de Master del escrutinio público, Vorcaro habría creado una enorme red de economistas, personas influyentes, burócratas, políticos y jueces. A algunos se les contrató para que respaldaran al banco; a otros, según la fiscalía, se les sobornó abiertamente para que permitieran que se llevaran a cabo transacciones turbias. Cada vez que la estrategia fallaba, supuestamente intimidaba y chantajeaba a sus detractores, incluidos periodistas y funcionarios, llegando incluso a planear causarles daño físico.

Tras diez meses de investigaciones, el caso del Banco Master apunta a que Vorcaro logró tomar como rehén al sistema político del país. Al parecer, el banquero se dio cuenta de que Brasil ya no contaba con tres poderes del Estado que se controlaban entre sí, sino con tres puntos de veto que podían adquirirse por separado.

Comprar acceso a esos tres poderes permitió a Vorcaro protegerse frente al Estado. Pero solo pudo lograrlo porque la política brasileña se había vuelto cada vez más disfuncional durante la década anterior.

El tira y afloja institucional de Brasil

En Brasil, el Congreso ejecuta el presupuesto tanto como legisla. El Tribunal Supremo legisla siempre que los legisladores se encuentran en un punto muerto, llegando en ocasiones a revocar decisiones del Congreso. Un presidente debilitado, ahogado por la deuda pública y presionado por los otros poderes, tiene poca influencia para impulsar políticas. Este tira y afloja se ha convertido en un sello distintivo de la política brasileña contemporánea.

El aumento de los poderes legislativos se remonta a 2016. Durante el juicio político contra la entonces presidenta Dilma Rousseff, el entonces presidente de la Cámara de Diputados, Eduardo Cunha, descubrió que la presidencia de la Cámara podía pasar de ser un cargo de carácter procedimental a convertirse en una espada que se cernía sobre la presidencia. Las asignaciones presupuestarias del Congreso pasaron a ser obligatorias y aumentaron de 12 900 millones de reales (alrededor de 2 200 millones de euros) en 2017 a 61 000 millones de reales (algo más de 10 000 millones de euros) en 2026, lo que supone aproximadamente una cuarta parte de todo el gasto federal discrecional. Un presidente ya no puede retenerlas para disciplinar a una coalición.

El activismo judicial se intensificó durante el mandato del presidente Jair Bolsonaro. El conflicto permanente del expresidente –ahora encarcelado– con el Tribunal Supremo en torno a la política frente a la pandemia, la desinformación y los derechos de libertad de expresión empujó a los magistrados a asumir un papel político al que nunca han renunciado. Si bien es innegable que el tribunal desempeñó un papel clave a la hora de salvaguardar la democracia brasileña frente al intento de golpe de Estado de Bolsonaro en 2022, la política judicial lleva mucho tiempo traspasando los límites de la normalidad democrática.

Y aunque el actual presidente, Lula da Silva, volvió al poder en 2023 con la promesa de restaurar la democracia en Brasil, el desequilibrio institucional no ha hecho más que agravarse. El Gobierno de Lula apoyó la condena por parte del Tribunal Supremo de cientos de participantes en el asalto a Brasilia del 8 de enero de 2023 y no ocultó su entusiasmo cuando Bolsonaro y sus colaboradores fueron encarcelados. Pero los recientes ataques coordinados desde la Casa Blanca de Donald Trump y por parte de miembros de extrema derecha del Congreso no han hecho más que demostrar que la presidencia es el eslabón más débil de la política brasileña.

La red de influencias de Vorcaro

En este entramado entró en escena un banquero con problemas de liquidez y cuyo pragmatismo pesaba más que la ideología. Los investigadores han trazado una red de influencias notable no solo por su tamaño, sino también por su ecumenismo.

En la derecha política, se dice que Vorcaro ofreció ventajas de lujo y dinero en efectivo a varios políticos, entre ellos un exministro de Bolsonaro y líder de la coalición de derecha, el senador Ciro Nogueira. El dinero de Vorcaro también llegó a Dark Horse, la película biográfica sobre Bolsonaro: los informes de la unidad de inteligencia financiera de Brasil rastrean aproximadamente 12,3 millones de dólares hasta el fondo de Texas que gestiona el presupuesto de la película, incluidos 1,6 millones enviados en septiembre de 2025 a petición de su hijo, Flávio Bolsonaro, senador y candidato presidencial.

Hace unas semanas, la filtración de mensajes de voz del teléfono de Vorcaro parecía mostrar al “niño prodigio” de la extrema derecha brasileña, el diputado Nikolas Ferreira, poniéndose en contacto con el banquero para lo que parecían ser favores políticos.

En la izquierda política, la Policía Federal alega que el senador de Bahía, Jaques Wagner, entonces jefe de grupo de Lula en el Senado, recibió un piso en Salvador y 3,5 millones de reales (592 550 millones de euros). Las investigaciones también revelaron que, ya en 2018, el gobernador de Bahía, Rui Costa –que más tarde ocupó el cargo de jefe de gabinete de Lula–, favoreció los negocios de Vorcaro al permitir que los funcionarios públicos obtuvieran préstamos a altos tipos de interés vinculados al Banco Master.

Y luego está el Poder Judicial, donde las acusaciones son más graves y las pruebas más comprometedoras. El magistrado del Tribunal Supremo Dias Toffoli se recusó de la investigación sobre el Banco Master en febrero, después de que la prensa revelara pagos por valor de al menos 35 millones de reales (5,9 millones de euros) procedentes de fondos vinculados a Vorcaro a un complejo turístico de Paraná en el que él tenía una participación. Toffoli niega haber cometido ninguna irregularidad.

El hijo de otro magistrado del Tribunal Supremo, Kássio Nunes Marques, recibió 281 600 reales (unos 48 000 euros) a través de un contrato de consultoría pagado por el banco, según revela la investigación.

Por su parte, el juez del Tribunal Supremo Alexandre de Moraes, a quien a menudo se considera el némesis de Bolsonaro, se enfrenta a la acusación más explosiva: el bufete de abogados de su esposa, Viviane Barci de Moraes, firmó un contrato de 131 millones de reales (22,2 millones de euros) con el Banco Master. La policía recuperó la parte de las conversaciones de Vorcaro con el juez Moraes, lo que sugiere un grado inusual de intimidad entre ambos, aunque no haya pruebas contundentes de que Moraes actuara a petición de nadie.

La información sobre las conversaciones de Moraes con Vorcaro procede de un informe policial encargado (y hecho público) por otro magistrado del Tribunal Supremo, André Mendonça, quien se hizo cargo de las investigaciones sobre el Banco Master a principios de este año. Antes de ser nombrado miembro del Tribunal Supremo en 2022, Mendonça ocupó los cargos de fiscal general y ministro de Justicia de Bolsonaro. Ahora se encuentra al frente de una guerra sin cuartel dentro de la facción rival del Tribunal, liderada por Moraes.

Los críticos de la izquierda han acusado a Mendonça de utilizar la investigación sobre el Banco Master como arma para debilitar a Moraes y a sus aliados en defensa de los intereses de la familia Bolsonaro. Al hacerlo, Mendonça socava aún más la legitimidad del tribunal, que es precisamente lo que la extrema derecha brasileña anhela.

El escándalo se extiende a las elecciones nacionales

La ironía es que los políticos mejor posicionados para hacer campaña a costa de la deshonra del Tribunal Supremo son precisamente los más expuestos por esos mismos expedientes. Aunque Flávio Bolsonaro no deja de pedir la dimisión de Moraes, hasta ahora no ha logrado explicar cómo se las arregló para quedarse con el dinero de Vorcaro que debería haber financiado la película biográfica de su padre (aún no está claro cuál fue su destino real).

Mientras tanto, Mendonça, un cristiano evangélico, se ha convertido en una figura de culto en los mítines de extrema derecha. Su atención exclusiva en las posibles irregularidades de Moraes –mientras hace la vista gorda ante todos los demás actores políticos que se han saltado las normas para beneficiar a un banquero que se ha enriquecido a costa de pensionistas, funcionarios públicos y pequeños inversores– parece ser el salvavidas de Flávio Bolsonaro en lo que se perfila como una de las campañas presidenciales brasileñas más reñidas hasta la fecha.

Lula, por su parte, tiene las manos atadas. Aunque no parece estar implicado en la trama de Vorcaro, guardó silencio durante mucho tiempo para evitar verse arrastrado a una crisis institucional que afectaba principalmente a los demás poderes del Estado. Solo rompió el silencio hace unos días, cuando la división en el Tribunal Supremo se hizo evidente e insostenible, y exigió que se desclasificaran todos los expedientes del caso del Banco Master.

Quizá sea demasiado tarde para que Lula se pronuncie sobre otro escándalo de corrupción más que sacude a Brasil en plena campaña electoral. Aunque el apoyo de Lula a las investigaciones difícilmente mejorará sus resultados en las encuestas, podría dar lugar a nuevas revelaciones que cambien el panorama de la contienda.

Pero la presidencia brasileña sigue en juego. Si un Lula debilitado resulta reelegido en octubre, se enfrentará a un reto mayor que el simple mantenimiento de la democracia en Brasil. Su misión en un cuarto mandato será arreglar un sistema político cada vez más disfuncional, abordando el creciente malestar social y evitando que nuevos escándalos socaven aún más la política brasileña.

En caso de que Flávio Bolsonaro resulte elegido, es probable que el escándalo del Banco Master se barra bajo la alfombra, pero solo después de que consiga impulsar la destitución de sus oponentes en el Tribunal Supremo. Sustituir a los magistrados en activo por aliados ideológicos ha sido una parte integral de la estrategia autoritaria de la extrema derecha, desde Hungría hasta Estados Unidos.

En ese caso, el banquero no solo habrá financiado la caída institucional de Brasil, sino que habrá sembrado las semillas de un auténtico retroceso democrático.

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Guilherme Casarões no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. El escándalo bancario que sacude la política brasileña y las elecciones presidenciales previstas para octubre – https://theconversation.com/el-escandalo-bancario-que-sacude-la-politica-brasilena-y-las-elecciones-presidenciales-previstas-para-octubre-292262