Quand « L’Odyssée » d’Ulysse éclaire les migrations contemporaines

Source: The Conversation – France (in French) – By Geneviève Guétemme, Maîtresse de conférences en Arts plastiques, Université d’Orléans

Capture d’écran du film documentaire de Nathalie Loubeyre. No comment, Nathalie Loubeyre, avec l’autorisation de la réalisatrice.

Le film documentaire No comment, réalisé à Calais en 2008 par la cinéaste Nathalie Loubeyre, est l’un des premiers films français sur ce que la presse et les politiques ont appelé la « crise migratoire ». Et l’Odyssée d’Homère apparaît dès l’introduction pour soutenir un questionnement humain et filmique sur les mouvements de population.


No comment, comme son nom l’indique, est un film sans commentaires, sans voix off, sans interview, et sans « personnages ». Il commence par un plan fixe sur le rivage. La mer est plate, les vagues sans force – comme après la tempête – puis, en surimpression, apparaît un texte extrait de l’Odyssée (V, v. 445-459) :

« Écoute-moi, seigneur, dont j’ignore le nom ! je viens à toi, que j’ai si longtemps appelé, pour fuir hors de ces flots Poséidon et sa rage ! Les immortels aussi n’ont-ils pas le respect d’un pauvre naufragé venant, comme aujourd’hui je viens à ton courant, je viens à tes genoux, après tant d’infortunes. » (traduction V. Bérard, Paris, Belles Lettres, 1972)

Ce vers célèbre évoque le rite grec ancien de la supplication rituelle ou Iketeia (l’ἱκετεία) qui « était d’une importance primordiale pour les relations publiques et privées à l’âge archaïque ». Ce rite) traditionnellement utilisé pour accompagner une demande d’hospitalité ou d’asile, garantissait une certaine protection aux exilés et aux fugitifs – la catégorie sociale la moins protégée dans le monde grec. Il est au cœur des textes d’Eschyle (Les Euménides), d’Euripide (Les Suppliantes), de Sophocle (Œdipe-Roi), etc. De nombreux artistes ont continué à le représenter, sachant qu’il serait identifié par les générations baignées de culture classique. Ainsi Jupiter et Thétis par exemple, peint par Jean-Auguste-Dominique Ingres en 1811, montre clairement le geste rituel du suppliant qui consistait à toucher les genoux ou le menton du dieu en reprenant à la lettre le premier chant de l’*Iliade * :

« Elle s’assit devant lui, embrassa ses genoux de la main gauche, lui toucha le menton de la main droite et, le suppliant… »

Jupiter et Thétis, Dominique Ingres, 1811.
Wikimedia

Ulysse s’adresse au fleuve, dont il rejoint « le courant ». Une autre traduction dit : « je viens à vos eaux […] comme à un fleuve, comme à un dieu ».

Dans le film de Loubeyre, les suppliants sont Afghans, Irakiens, Kurdes, Palestiniens, Erythréens, Somaliens, Soudanais. Ils ont suivi des chemins différents, et survivent grâce aux associations caritatives en espérant traverser la Manche. Les volontaires du secours catholique n’ont pas le pouvoir de les faire passer en Angleterre et les gestes de supplication ne leur sont donc pas spécifiquement « adressés », mais le motif des mains apparaît plusieurs fois dans le film : tendues vers le feu, du pain, un ticket. Et les migrants sont toujours reçus avec respect parce que, « On révéroit les suppliants, et on ne permettoit pas qu’on les touchât. Cela se voit partout dans l’histoire, soit aux asiles, soit aux temples, soit aux palais, soit aux statues des princes ». (Racine – OEuvres, t. VI). Le texte d’Homère répète ce geste à chaque étape du parcours d’Ulysse.

Ce commentaire du texte d’Homère par le jeune Racine précise en effet que les suppliants sont à la merci des hommes et des éléments – ils sont vulnérables et sacrés.

Posture héroïque des vaincus

La supplication se reconnaît aussi, de loin, dans les restes d’étoffes qui s’étalent dans les broussailles, en lien avec le rameau des suppliants : branche d’olivier sacré, entourée de bandeaux de laine blanche symbolisant la protection du dieu (Plutarque, Vies, t. I).

Loubeyre sait que ce geste immémoriel, antérieur à l’Histoire et aux mots, n’est pas réalisé de manière consciente par les migrants parce que les codes de l’antiquité se sont perdus, mais aussi parce que les migrants n’ont pas vraiment le droit de faire des demandes et que leurs appels au secours ne seront pas écoutés. Elle relie toutefois le motif homérique de la supplication, à d’autres récits, comme celui des Bourgeois de Calais dont elle filme le monument, un ensemble sculpté par Rodin, sous différents angles.

Le parallèle avec d’autres figures vaincues et humiliées, devenues l’emblème de la ville, rappelle que la guerre a soumis d’autres hommes aux caprices des puissants et que ces hommes (en sculpture) se sont retrouvés mouillés, gelés et sans abri, tout comme les migrants. Il révèle la posture héroïque – ni esthétique, ni misérabiliste – des vaincus dont le silence dénonce une situation impossible à contenir dans la narration et une analyse, impossible à comprendre. Le geste silencieux des mains tendues et le film sans commentaire présentent un espace saturé par les non-dits de celles et ceux qui, sans identité civile, s’absentent. Ils existent en dehors des mots tout en affirmant leur présence, leur vitalité et leurs rêves.

L’empathie des Calaisiens

À la fin du film, les migrants viennent en centre-ville, accompagnés par les volontaires du secours catholique, mais aucun échange n’a lieu. En effet, là où les Grecs anciens avaient l’obligation de répondre à un devoir sacré, les clients du tabac glissent sans un regard. Les migrants de la jungle sont en effet à Calais sans y être. Ils ont d’ailleurs été expulsés depuis.

Le film, les migrants, et avec eux le spectateur restent en dehors des boulangeries, des restaurants, des parcs. Les boutiques sont filmées uniquement de l’extérieur et les ferries, cadrés avec des barrières au premier plan, glissent au loin. Mais ces scènes ne signifient pas que les Calaisiens sont indifférents.

L’association Amnesty International a mené l’enquête auprès de 600 Calaisiens en novembre 2019, et indique sur son site :

« L’empathie est très présente. Les Calaisiens nous disent ne pas pouvoir rester insensibles au parcours des personnes exilées et aux difficultés qu’elles rencontrent. Ils sont particulièrement affectés lorsqu’il s’agit de famille, d’enfants ou d’adolescents isolés. Pourtant, beaucoup expriment aujourd’hui un profond découragement face à leur présence, principalement parce qu’ils ont le sentiment d’être face à un problème qui leur semble insoluble et sans fin. »

Dans le film, des cartons rapportent des informations factuelles : « un ticket », « pour une douche », « aux abris », « vers la jungle », « sous le soleil », ou bien des paroles de migrants : « France no good », « Dieu nous bénisse » ou encore des concepts généraux « flux », « migration ». Il s’agit de se concentrer sur les suppliants et sans jamais parler à leur place. Sans rien revendiquer.

Le film ne raconte pas l’histoire d’Ulysse, mais la référence à l’Odyssée d’Homère renvoie à tous les mouvements humains tendus entre la vie et la mort, la foi et l’aliénation, le désir et l’espoir. Elle donne au film une épaisseur philosophique qui résonne avec une tragédie intemporelle en permettant de s’approcher de ce qui résiste.

La référence permet aussi d’adresser directement l’appel des migrants au spectateur en révélant explicitement l’impuissance, l’angoisse, la fatigue et l’humanité des victimes. Ici, les mains suppliantes appellent d’autres mains, à la fois soutenantes, agissantes, citoyennes. Le rappel implicite de codes longtemps oubliés est une réponse éthique qui transforme le film en plaidoyer silencieux pour ceux dont la voix reste inaudible.

Le dernier plan du film contient d’ailleurs tout entier cet effort pour capter l’énergie et la dignité de tous ces hommes coincés à Calais avec un visage silencieux qui hésite l’espace d’une seconde à regarder la caméra, puis relève les yeux et regarde celles et ceux qui ont le pouvoir de comprendre et de modifier le sens de son existence.

Ce regard nous invite à nous confronter à l’idée de l’exil et à la réalité du rejet qui peut s’imposer à tous.

The Conversation

Geneviève Guétemme ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Quand « L’Odyssée » d’Ulysse éclaire les migrations contemporaines – https://theconversation.com/quand-lodyssee-dulysse-eclaire-les-migrations-contemporaines-285885

Se faire attacher pour résister aux Sirènes : ce que le choix d’Ulysse révèle du droit

Source: The Conversation – France (in French) – By Olivier Lasmoles, Associate Professor in Law – Skema, SKEMA Business School

Ulysse et les Sirènes, John William Waterhouse, 1891. Wkipédia

Vous n’aviez jamais vu Ulysse sous cet angle. D’abord parce que, soixante-dix ans après le film de Mario Camerini avec Kirk Douglas, L’Odyssée de Christopher Nolan porte l’épopée d’Homère à l’écran avec les moyens d’un blockbuster mondial. Ensuite parce que, sans le savoir, vous avez lu au chant XII de l’Odyssée la plus ancienne description du mécanisme du droit : un homme lucide qui se lie aujourd’hui pour ne pas céder demain.


La scène se joue au chant XII de l’Odyssée. Prévenu par la magicienne Circé, Ulysse sait ce qui l’attend : le chant des Sirènes, auquel nul homme ne résiste, et qui conduit les navires sur les récifs. Il sait aussi autre chose, de plus troublant : c’est qu’il voudra y céder. Alors il calcule. Il bouche de cire les oreilles de ses compagnons, se fait attacher au mât, et donne un ordre paradoxal : si je vous supplie de me détacher, serrez plus fort.

Tout est joué avant la première note. Dès que les Sirènes chantent, Ulysse supplie effectivement qu’on le libère, et ses marins, sourds à ses cris comme au chant, resserrent les liens. Le navire passe. Ulysse a entendu ce que nul n’avait entendu sans en mourir.

Ce qui frappe ici, ce n’est pas la ruse, Ulysse en a d’autres. C’est la structure temporelle de la décision. À l’instant t, un homme de sang-froid accepte un inconvénient limité – être ligoté, humilié devant son équipage – pour éviter, à l’instant t+1, son sang-froid disparu, un dommage supérieur : le naufrage. Il ne parie pas sur sa force de caractère. Il parie sur sa faiblesse, et il s’organise en conséquence.

La rationalité imparfaite selon Jon Elster

C’est cette structure que le philosophe et politiste norvégien Jon Elster a placée au centre de son livre Ulysse et les Sirènes (1979). Sa thèse tient en une formule : nous ne sommes pas des êtres parfaitement rationnels, mais nous sommes capables de savoir que nous ne le sommes pas et d’agir sur ce savoir. Elster appelle cela la « rationalité imparfaite ».

L’être parfaitement rationnel n’aurait pas besoin de corde : il écouterait les Sirènes et resterait de marbre. L’être irrationnel se jetterait à l’eau. Ulysse incarne une troisième figure : celui qui, ne pouvant se fier à son moi futur, le neutralise par avance. Le fumeur qui jette ses cigarettes, l’épargnant qui bloque son argent sur un compte inaccessible, l’écrivain qui se coupe d’Internet pour achever son chapitre relèvent du même geste, que la philosophie et l’économie nomment le préengagement.

Le calcul est économique au sens strict : payer aujourd’hui un coût faible et certain pour éviter demain un coût élevé et probable. La corde est un investissement.

Le droit fonctionne exactement ainsi

Or ce calcul est aussi celui du droit, non d’une branche particulière, mais du droit en tant qu’il lie. Chaque fois qu’un sujet de droit s’engage, il reproduit le geste d’Ulysse : il restreint volontairement sa liberté future parce qu’il y trouve avantage.

Le contrat en est la figure la plus pure. Signer, c’est renoncer par avance au droit de changer d’avis : celui qui s’engage à livrer, à payer, à ne pas concurrencer se lie au mât ; la force obligatoire du contrat joue le rôle des marins sourds, qui exécuteront l’engagement même contre les supplications ultérieures du signataire. Sans cette corde, aucune promesse ne vaudrait, et aucun échange dans le temps ne serait possible.

Les États raisonnent de même. Un État qui ratifie un traité – la Convention de Montreux sur les détroits, la Convention des Nations unies sur le droit de la mer – renonce par avance à des marges de manœuvre futures, précisément parce qu’il sait que la tentation viendra de s’en servir. Une constitution rigide procède du même calcul : en rendant sa propre révision difficile, le constituant protège les principes fondamentaux contre les passions des majorités à venir.

Il arrive enfin que l’on confie la garde de la corde à un tiers. Un Conseil constitutionnel chargé de censurer la loi, une banque centrale indépendante chargée de résister aux demandes de monnaie facile : autant d’équipages institutionnels, dont toute la fonction est de rester sourds aux supplications du capitaine. L’indépendance de ces gardiens n’est pas une anomalie démocratique : c’est la cire dans leurs oreilles.

Certains droits vont plus loin encore. La Loi fondamentale allemande contient une « clause d’éternité » qui soustrait à toute révision la dignité humaine et les principes essentiels de l’État de droit : non seulement l’État s’est lié, mais il s’est rendu définitivement sourd à ses propres contre-ordres.

L’aveu d’Elster et la réponse du droit

L’honnêteté oblige à dire qu’Elster lui-même a fini par douter de sa métaphore. Dans Ulysses Unbound, paru en 2000 (non traduit en français, NDLR), il relève une différence de taille : Ulysse se lie lui-même, tandis qu’une assemblée constituante lie surtout les générations suivantes, qui n’ont rien signé. Ce que l’on présente comme une auto-contrainte serait alors, du point de vue des vivants, une contrainte exercée par des morts.

L’objection est sérieuse mais le droit y répond par une fiction qui lui est familière : la continuité de l’État. C’est parce que la France de 2026 est réputée être la même personne juridique que celle de 1958, ou que celle qui signa Montreux en 1936, que ses engagements tiennent malgré les alternances et les générations. L’analogie d’Ulysse boite, mais c’est en boitant qu’elle éclaire : le droit repose sur le pari qu’un « nous » persiste à travers le temps, et qu’il peut se faire des promesses à lui-même.

Ulysse voulait entendre

Reste le plus beau. Relisons la scène : Ulysse aurait pu, comme ses marins, se boucher les oreilles de cire. Il ne l’a pas fait. Son calcul n’était pas seulement défensif ; c’était une ruse pour jouir du chant sans en mourir, pour s’offrir le risque sans en payer le prix.

Le droit, lui aussi, ne sert pas seulement à nous protéger de nos passions : il nous permet de nous en approcher. L’assurance maritime n’est pas née pour empêcher les hommes de prendre la mer, mais pour qu’ils osent la prendre ; le contrat n’existe pas pour brider l’échange, mais pour le rendre possible entre inconnus. La corde n’est pas le contraire de l’aventure, elle en est la condition.

C’est peut-être cela que le spectateur retiendra en sortant du film de Nolan : le héros aux mille ruses n’a jamais été aussi libre qu’attaché à son mât.

The Conversation

Olivier Lasmoles ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Se faire attacher pour résister aux Sirènes : ce que le choix d’Ulysse révèle du droit – https://theconversation.com/se-faire-attacher-pour-resister-aux-sirenes-ce-que-le-choix-dulysse-revele-du-droit-287612

Gibraltar, 2026: el Brexit ha abierto la frontera que prometió cerrar en 2016

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Armando Alvares Garcia Júnior, Profesor de Derecho Internacional y de Relaciones Internacionales, UNIR – Universidad Internacional de La Rioja

Framalicious/Shutterstock

La apertura del paso terrestre entre Gibraltar y La Línea de la Concepción en la medianoche del 15 de julio inicia la aplicación provisional del acuerdo entre la Unión Europea y el Reino Unido respecto de Gibraltar, que reorganiza la movilidad, los controles y la cooperación en torno al Peñón.

Con frontera pero sin verja

La frontera no desaparece, solo cambia de forma y de efectos cotidianos. Según el Consejo de la Unión Europea, los controles físicos sistemáticos se extinguen en el paso terrestre mientras los controles exteriores se concentran en el puerto y el aeropuerto de Gibraltar, con controles gibraltareños o británicos y controles Schengen españoles.

La paradoja política es evidente: el Brexit prometía recuperar los controles fronterizos para las autoridades británicas, pero en Gibraltar el resultado visible es una circulación más fluida con España. El Peñón salió de la UE junto con el Reino Unido pese a que el 95,9 % de los votantes gibraltareños apoyó en 2016 permanecer en la Unión. Diez años después, el nuevo régimen busca corregir esos efectos.

En el plano jurídico, el acuerdo no resuelve la disputa de soberanía. España mantiene su reclamación histórica y el Reino Unido su posición, como recuerda la Cámara de los Comunes. La novedad reside en la gestión funcional –movilidad, aduanas, cooperación policial y vida cotidiana–, que el Parlamento Europeo describe como un régimen complejo de gobernanza entre la UE, el Reino Unido, España y Gibraltar. Una disputa territorial puede seguir abierta mientras se pactan soluciones útiles para ambos lados.

Una frontera vigilada, pero abierta

No conviene imaginar una frontera sin vigilancia. Gibraltar ha anunciado nuevas medidas de seguridad –más cámaras, reconocimiento facial, lectura automática de matrículas y nuevo vallado en zonas sensibles–, dejando abierta solo una franja de unos 150 metros en el paso peatonal habitual.

La clave está en los trabajadores transfronterizos. Según Reuters, hay unos 15 000 cruzan a diario entre España y Gibraltar, para los que la frontera significa colas, retrasos e incertidumbre laboral y familiar. El Gobierno español sostiene que el acuerdo favorecerá a unos 300 000 habitantes del Campo de Gibraltar mediante más conectividad e inversión, expectativas aún pendientes de verificación práctica.

Además de los efectos presentes, también la memoria histórica explica la emoción de la jornada. Durante años, la Verja fue sinónimo de separación familiar, obstáculo laboral y símbolo de presión política. La frontera fue cerrada totalmente por el franquismo en 1969, reabierta para peatones en 1982 y plenamente para el tráfico en 1985.

Un laboratorio de integración

Gibraltar puede leerse así como un pequeño laboratorio de integración fronteriza. Las investigaciones sobre los efectos de las fronteras, muestra que las dificultades de paso (burocráticas y administrativas) reducen el comercio y la movilidad pese a la cercanía territorial. John McCallum formuló esta idea en National Borders Matter, James Anderson y Eric van Wincoop la desarrollaron en Gravity with Gravitas, y John Helliwell en How Much Do National Borders Matter?. Aplicada al Campo de Gibraltar, la conclusión es: una frontera más previsible reduce los costes de coordinación.

La dimensión económica será decisiva: la nueva fluidez fronteriza presumiblemente reducirá costes invisibles pero reales, como colas, retrasos e incertidumbre para las empresas. La OCDE identifica los obstáculos administrativos como una limitación clave para el desarrollo de las zonas fronterizas, sobre todo en cuestiones como el empleo, la seguridad social y el transporte.

Para el Gobierno británico este acuerdo es una garantía del futuro económico de Gibraltar.

Un reto de lado y lado

El reto será convertir esa ventaja en desarrollo equilibrado. El Gobierno español presenta el tratado como oportunidad para los andaluces. El Gobierno británico lo vincula con estabilidad y empleo, y el Consejo de la Unión Europea lo sitúa en la protección del mercado único, Schengen y la unión aduanera. Esa convergencia no elimina las asimetrías. De hecho, Gibraltar parte de una posición económica comparativamente más fuerte que La Línea y buena parte de Andalucía.

Por eso, la apertura terrestre debe acompañarse de políticas que atraigan inversión, mejoren infraestructuras y protejan a los trabajadores transfronterizos, evitando tensiones en vivienda y fiscalidad. La visión británica destaca un modelo aduanero específico, y esa complejidad deberá traducirse en reglas comprensibles.

La verdadera prueba económica no estará en la foto histórica de la Verja, sino en indicadores concretos: menos tiempo de cruce, más empleo estable, mayor actividad empresarial y una capacidad real del Campo de Gibraltar para capturar parte del valor generado por su proximidad al Peñón.

¿Tendrán los gobiernos implicados la voluntad política de convertir esa fluidez en mejoras reales para el pueblo que vive y trabaja a ambos lados de la Verja?

The Conversation

Armando Alvares Garcia Júnior no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. Gibraltar, 2026: el Brexit ha abierto la frontera que prometió cerrar en 2016 – https://theconversation.com/gibraltar-2026-el-brexit-ha-abierto-la-frontera-que-prometio-cerrar-en-2016-287597

Cómo proteger nuestra privacidad cuando jugamos a videojuegos

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Marta Beltrán, Jefa del Área Científica de la Agencia Española de Protección de Datos; profesora titular de Universidad en excedencia, Universidad Rey Juan Carlos

shutterstock Zoran Zeremski/Shutterstock

Miles de millones de personas se entretienen jugando a videojuegos, entre ellos millones de niños, niñas y adolescentes. Pero, detrás de cada partida, cada logro desbloqueado o cada compra dentro del juego, hay algo más: nuestros datos personales.

Los creadores y distribuidores de videojuegos recogen, analizan y comparten con otras empresas información sobre los jugadores: el nombre de usuario, el comportamiento en el juego, la ubicación o los hábitos de consumo (cuántas horas, qué horas, y a qué juegos prefieren jugar cada uno de estos usuarios).

¿Cuáles de estos datos se pueden utilizar y para qué? ¿Cómo puede llegar a afectarnos a los jugadores? ¿Qué podemos hacer los usuarios para protegernos?

¿Quiénes forman esta industria?

Cuando hablamos de la industria de los videojuegos nos estamos refiriendo a distintos tipos de empresas, desde los fabricantes de consolas, mandos, etc., hasta las plataformas desde las que jugamos, pasando quienes diseñan la tecnología o las que comercializan, distribuyen y, en ocasiones, “producen” los juegos.

Aunque no todos los videojuegos usan la misma cantidad de datos ni de la misma manera. Los juegos de un solo jugador offline solo tienen acceso al progreso en la partida y el dato se almacena en el dispositivo. Pero los juegos en línea, sobre todo con jugadores múltiples, especialmente aquellos que ganan dinero a través de las microtransacciones o la publicidad recogen muchos más datos y se controla peor lo que pasa con ellos.

En los países de la Unión Europea, hay un Reglamento General de Protección de Datos (RGPD), pero no es fácil perseguir su cumplimiento.




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¿Cómo se recolectan los datos?

Hay tres maneras básicas de utilizar los datos privados de los jugadores.

  • A través de la creación y mantenimiento de cuentas. El correo electrónico, el nombre de usuario o, en algunos casos, información de pago se utiliza para identificar al usuario, gestionar su perfil y permitirle acceder a sus progresos desde diferentes dispositivos. No todos los juegos son transparentes sobre qué datos recogen durante el registro y con qué finalidad. Algunos solicitan permisos excesivos, como el acceso a la lista de contactos del teléfono o a la ubicación.

  • Recolectando los datos en tiempo real sobre el uso del juego, lo que se llama telemetría: son datos sobre el rendimiento del dispositivo, los errores del software, el comportamiento del jugador (sus acciones, el tiempo de juego o las interacciones sociales), en principio para equilibrar la dificultad, diseñar niveles más atractivos, ofrecer recompensas y misiones adaptadas a las preferencias de cada jugador. Pero a veces el tratamiento de datos va más lejos o no se informa claramente al usuario sobre ello, como cuando se recogen datos biométricos (como el ritmo cardíaco o neurodatos a través de wearables).

    Por ejemplo, en los modelos free-to-play, la telemetría puede ayudar a identificar a los jugadores con mayor probabilidad de realizar compras dentro del juego (se les conoce como “ballenas” o “whales”). Esto permite dirigirles ofertas específicas e, incluso, explotar sus vulnerabilidades o sesgos.

  • La tercera manera de recopilar datos es la que sirve para hacer inferencias (o deducciones) de comportamiento. Mediante técnicas de análisis predictivo, muchas veces basadas en inteligencia artificial, se clasifica a los jugadores en función de su habilidad, personalidad o su estado emocional. Esos perfiles se pueden vender a terceros.

    Para hacernos una idea, se puede suponer que un usuario es menor de edad basándose en su patrón de juego o en las compras que realiza, incluso si este ha proporcionado una fecha de nacimiento falsa. O se puede detectar que alguien tiene tendencias adictivas y, en lugar de alertarle, utilizar esta información para mantenerle enganchado al videojuego con recompensas variables (un mecanismo similar al de las máquinas tragaperras).




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Las amenazas: lo que puede salir mal

En primer lugar, un ciberatacante puede robar a estas empresas los datos que almacenan sobre los usuarios: contraseñas, direcciones de correo electrónico, datos de pago o datos biométricos.

Pero es que además, es posible seguir a un jugador específico en distintos juegos o plataformas. Combinando los datos de sesiones, cuentas y transacciones que se realizan, por ejemplo, desde una misma IP –la dirección de red de cada dispositivo– se puede rastrear o vigilar nuestra actividad digital en general. A esta manera de “singularizar” a un jugador se le llama vinculación. Incluso se podría averiguar la identidad real del jugador aunque no haya dado su nombre real en el juego.

Otro riesgo es el doxing (o “doxeo”), que ocurre cuando alguien comparte públicamente información privada de un jugador, como su nombre real, el colegio al que va o su dirección, sin su permiso.

¿Qué se puede hacer?

Aunque la obligación recae en los responsables de los diferentes tratamientos de datos personales, las personas que juegan también pueden tomar medidas para proteger sus derechos:

  • Leer las políticas de privacidad y la información que se proporciona. Si algo no nos convence, consideremos no utilizar ese servicio. Seamos críticos: ¿de verdad tenemos que conectar el juego con nuestras redes sociales? ¿O activar ese chat de voz?

  • Ajustar la configuración de privacidad. Muchos juegos y plataformas permiten limitar la recolección de datos o desactivar ciertas funciones de telemetría e inferencia.

  • Usar contraseñas seguras y autenticación en dos pasos. Esto reducirá el riesgo de que nuestra cuenta sea “secuestrada” y de que suplanten nuestra identidad.

  • Tener cautela con los datos que compartimos. Es mejor no proporcionar información sensible (como dirección física, datos de pago, biometría), a menos que sea absolutamente necesario.

  • Informarnos y concienciarnos (y concienciar a otros). También es útil leer las recomendaciones de las autoridades de protección de datos personales o de otras instituciones de confianza (educativas, del sector de la salud, comunidades profesionales de juego, etc.).

Solo siendo conscientes de nuestros derechos y tomando estas medidas podremos proteger nuestra privacidad: es el momento de revisar qué datos recoge nuestro juego favorito.


Este artículo es una versión resumida y simplificada del original.

The Conversation

Marta Beltrán no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. Cómo proteger nuestra privacidad cuando jugamos a videojuegos – https://theconversation.com/como-proteger-nuestra-privacidad-cuando-jugamos-a-videojuegos-287033

Les équipes nord-africaines de la Coupe du monde ont montré ce qui fonctionne… et ce qui ne fonctionne pas

Source: The Conversation – in French – By Mahfoud Amara, Associate Professor in Sport Policy & Management, Qatar University

On a assisté à une augmentation spectaculaire du nombre de pays qualifiés pour la phase finale de la Coupe du monde de football masculin de 2026. Sur les 48 équipes qualifiées, la Fifa, l’instance mondiale du football, a décidé d’attribuer neuf places à l’Afrique. Cette nouvelle formule a servi d’expérience naturelle à l’Afrique du Nord en lui permettant d’observer les effets de cette réforme sur ses équipes.

Quatre équipes de la région ont participé à ce tournoi élargi : le Maroc (classé 7e avant la Coupe du monde), l’Algérie (28e), l’Égypte (29e) et la Tunisie (46e). Ces quatre pays voisins partagent une solide culture du football, mais ont fait des choix institutionnels différents, qui ont conduit à des résultats contrastés.

Le Maroc a consolidé sa place parmi les meilleures équipes du monde, l’Égypte a réalisé une percée, l’Algérie a essuyé des déconvenues et la Tunisie a vécu un tournoi décevant. Ces résultats mettent en lumière des modèles de développement du football concurrents et relancent un vieux débat : qui devrait entraîner les équipes nationales africaines ?

Je suis un chercheur dont les travaux portent sur les liens entre le football, la politique, les affaires et la société, en mettant l’accent sur l’Afrique du Nord. Il est clair que l’émergence de la région comme la plus performante d’Afrique lors de la Coupe du monde reflète bien plus qu’une simple réussite sportive. Elle offre des enseignements précieux sur les stratégies de développement du football à long terme, la gouvernance, les parcours des talents et les modèles d’investissement.

Le Maroc : vainqueur sur le terrain et en dehors

Le parcours historique en demi-finale en 2022 a été qualifié de « conte de fées ». Le tournoi de 2026 a démontré qu’il s’agissait en réalité de l’aboutissement d’un système.

Les Lions de l’Atlas ont tenu tête au Brésil, ont survécu à une séance de tirs au but contre les Pays-Bas, puis ont éliminé le Canada, co-organisateur pour atteindre un deuxième quart de finale consécutif. Leur parcours s’est achevé par une défaite face à la France lors de la phase à élimination directe.




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Deux aspects de cette consolidation retiennent particulièrement l’attention. Le premier est la continuité au niveau de l’encadrement. Mohamed Ouahbi, un entraîneur marocain qui s’est forgé une réputation grâce à la formation des jeunes, a été promu après avoir mené l’équipe nationale des moins de 20 ans du pays au titre de championne du monde. Cette nomination illustre la confiance de la Fédération royale marocaine de football dans son propre vivier d’entraîneurs, tout en témoignant d’une stratégie fondée sur la continuité, la valorisation des compétences nationales et une vision de développement à long terme.

Le deuxième élément est la composition de l’équipe. Des talents issus du vivier national ont été associés à des joueurs de la diaspora. Parmi ces stars nationales figurait Azzedine Ounahi, né à Casablanca, un pur produit de l’Académie de football Mohammed VI, soutenue par l’État.

Il ne s’agissait pas simplement d’une « équipe de la diaspora », mais d’un modèle hybride conçu de manière réfléchie. Il allie un investissement soutenu dans la formation des joueurs nationaux au recrutement stratégique de talents d’élite possédant la double nationalité. Ayyoub Bouaddi incarne parfaitement ce dernier cas de figure.

Formé en France au sein du centre de formation et du centre de jeunes de Lille, ce milieu de terrain de 18 ans a choisi le Maroc en 2026 après de longues négociations. Ses débuts impressionnants en Coupe du monde ont démontré la capacité du Maroc à attirer certains jeunes talents les plus prometteurs d’Europe.

L’enjeu dépasse désormais le simple recrutement de joueurs. Il s’agit de bâtir un projet suffisamment performant, stable et attractif pour convaincre les meilleurs talents binationaux de s’y inscrire durablement.




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Égypte : des étapes décisives sous la houlette d’une légende nationale

L’Égypte est arrivée sans avoir remporté la moindre victoire en Coupe du monde lors de ses trois précédentes participations. Sous la houlette de l’entraîneur Hossam Hassan – véritable icône nationale et choix résolument local –, les étapes marquantes se sont enchaînées. Une toute première victoire, contre la Nouvelle-Zélande ; une première qualification pour les huitièmes de finale ; puis une première victoire en huitièmes de finale, contre l’Australie.

Ce parcours remarquable s’est achevé par une défaite en quarts de finale face à l’Argentine. Mais l’Égypte a clairement démontré une compétitivité grandissante sur la scène internationale.

Cette percée a été en grande partie le fruit d’un élan interne. Emam Ashour, auteur de deux buts, est issu d’Al Ahly et de la Premier League égyptienne. Il est la preuve que le championnat national le plus fort de la région peut encore produire des talents de niveau Coupe du monde sans passer d’abord par l’Europe.

Algérie : le plafond de verre persiste

Le retour de l’Algérie après 12 ans d’absence s’est une nouvelle fois soldé par une absence de victoire en phase à élimination directe. Un match nul contre l’Autriche a été suivi d’une défaite face à la Suisse. L’ironie était de taille : l’entraîneur de l’Algérie Vladimir Petković a dirigé l’équipe de Suisse pendant sept ans, et son ancienne équipe a facilement dominé celle qu’il entraîne aujourd’hui. Ce résultat a relancé un débat récurrent en Algérie : un encadrement technique étranger, coûteux, est-il rentable ? Ou bien des entraîneurs nationaux, mieux ancrés dans la culture du pays, pourraient-ils obtenir de meilleurs résultats ?

L’Algérie continue d’attirer de jeunes talents exceptionnels. Prenons l’exemple d’Ibrahim Maza, ou « Mazadona » pour les supporters algériens. Ce meneur de jeu du Bayer Leverkusen, âgé de 20 ans et né à Berlin, a terminé la phase de poules en tant que meilleur dribbleur du tournoi, après avoir choisi l’Algérie plutôt que l’Allemagne.

Le défi ne consiste donc pas à repérer les talents, mais à mettre en place des structures. L’Algérie devra renforcer ses centres de formation nationaux, ses filières d’encadrement et ses clubs professionnels, tout en continuant à attirer les joueurs d’élite ayant la double nationalité.

La Tunisie : un exemple à ne pas suivre

Une défaite 5-1 face à la Suède lors du match d’ouverture a poussé la Tunisie à limoger son sélectionneur Sabri Lamouchi. Hervé Renard a été nommé à la hâte, mais le pari a échoué. Les défaites face au Japon et aux Pays-Bas ont conclu une phase de poules au cours de laquelle la Tunisie a encaissé 12 buts. Renard a démissionné après 18 jours, devenant ainsi le septième sélectionneur nommé par la fédération depuis le début des qualifications.




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L’effondrement de la Tunisie tient moins aux joueurs qu’aux institutions : le renouvellement incessant des sélectionneurs, une atmosphère toxique et le réflexe de se tourner vers un sauveur étranger – à un coût financier considérable – témoignent d’un échec de gouvernance qu’aucune nomination ne saurait, à elle seule, réparer.

Sans une plus grande stabilité institutionnelle et une stratégie footballistique cohérente à long terme, la Tunisie risque de gaspiller un vivier de talents qui a toujours été l’un des plus solides d’Afrique.

Ce que cette tendance suggère – et ce qu’elle ne suggère pas

Les deux équipes dirigées par des sélectionneurs nationaux se sont qualifiées ; les deux entraînées par des sélectionneurs étrangers ont été éliminées. Quatre cas ne suffisent pas à établir une règle, et la nationalité du sélectionneur est étroitement liée à d’autres facteurs, notamment la stabilité de la fédération, les investissements dans les centres de formation et la stratégie à l’égard des binationaux. Mais ce tournoi remet en cause l’idée, longtemps admise, selon laquelle le recours à une expertise technique européenne constituerait une condition préalable au succès des sélections africaines.




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La leçon la plus importante concerne les modèles de développement. Le modèle hybride « centres de formation-diaspora » du Maroc a permis d’atteindre deux quarts de finale consécutifs et a révélé les jeunes joueurs les plus convoités du tournoi. L’Égypte montre qu’un championnat national solide reste une base viable. L’Algérie démontre que les talents issus de l’émigration, sans continuité institutionnelle, se heurtent à un plafond. Quant à la Tunisie, elle met en évidence les limites d’un projet sportif qui peine aujourd’hui à offrir une vision claire et durable.

Les fédérations de la région disposent ainsi de quatre études de cas instructives sur les conditions qui permettent à un pays de devenir – ou de ne pas devenir – une grande nation du football.

À mon sens, le fossé entre l’immense potentiel du football africain et l’irrégularité de ses résultats sur la scène internationale s’explique de plus en plus par des facteurs institutionnels plutôt que techniques. Les trajectoires contrastées des équipes d’Afrique du Nord lors de cette Coupe du monde suggèrent que la prochaine percée du continent reviendra moins à la nation disposant des meilleurs joueurs qu’à celle qui aura su bâtir l’écosystème footballistique le plus solide.

The Conversation

Mahfoud Amara does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

– ref. Les équipes nord-africaines de la Coupe du monde ont montré ce qui fonctionne… et ce qui ne fonctionne pas – https://theconversation.com/les-equipes-nord-africaines-de-la-coupe-du-monde-ont-montre-ce-qui-fonctionne-et-ce-qui-ne-fonctionne-pas-287732

« En tout cas, ce n’était pas une licorne… » Des sociologues ont interrogé 130 chasseurs de Bigfoot

Source: The Conversation – in French – By Jamie Lewis, Lecturer in sociology, Cardiff University

L’image 352 du film de Patterson et Gimlin sur Bigfoot, tourné en 1967, est centrale dans le développement de la communauté des bigfooters. Wikipedia

Les Bigfooters ne sont pas seulement des amateurs de légendes. Deux sociologues qui ont étudié cette communauté expliquent qu’constitue offre un laboratoire fascinant pour comprendre comment se construisent la crédibilité, l’expertise et les frontières entre science et croyance.


C’est l’image qui a donné naissance à une icône de la culture populaire. En 1967, dans une forêt du nord de la Californie, une créature de plus de deux mètres de haut, couverte d’une épaisse fourrure noire, ressemblant à un grand singe et marchant debout, est filmée. À un moment, elle se retourne et fixe la caméra. Cette séquence a été reproduite à l’infini dans la culture populaire – au point d’inspirer un emoji. Mais que montre-t-elle vraiment ? Un canular ? Un ours ? Ou la preuve de l’existence d’une mystérieuse espèce connue sous le nom de Bigfoot ?

Ce film a été analysé et réanalysé à d’innombrables reprises. Si la plupart des observateurs estiment aujourd’hui qu’il s’agit d’un canular, certains soutiennent qu’il n’a jamais été définitivement réfuté. Fascinés par cette énigme, des passionnés, surnommés les « Bigfooters », sillonnent les forêts de l’État de Washington, de Californie, de l’Oregon, de l’Ohio, de la Floride et d’ailleurs, à la recherche de la moindre trace de cette créature légendaire.

Mais pourquoi ? C’est la question que se sont posée les sociologues Jamie Lewis et Andrew Bartlett. Ils voulaient comprendre ce qui pousse cette communauté à consacrer autant de temps, d’énergie et d’argent à la recherche d’une créature dont l’existence est, au mieux, hautement improbable. Pendant les confinements liés au Covid, Lewis a mené des entretiens avec plus de 130 « Bigfooters » – ainsi qu’avec quelques universitaires – pour recueillir leurs points de vue, leurs expériences et leurs pratiques. Ce travail a abouti à leur récent ouvrage, Bigfooters and Scientific Inquiry : on the Borderlands of Legitimate Science (« Bigfooters et enquête scientifique : aux frontières de la science légitime », non traduit).

Ils reviennent ici sur cette enquête menée au cœur d’un phénomène aussi fascinant qu’insaisissable.

Qu’est-ce qui vous a tant intrigués dans la communauté des Bigfooters ?

Lewis : Tout a commencé lorsque je regardais Discovery Channel ou Animal Planet et que j’ai vu la bande-annonce de l’émission Finding Bigfoot. Je voulais comprendre pourquoi un tel programme était diffusé sur une chaîne qui, à l’époque du moins, avait la réputation de proposer des documentaires sérieux et rigoureux sur la nature. Au départ, nous pensions simplement analyser ces émissions de télévision, mais cela nous a vite semblé insuffisant. C’était pendant les confinements liés au Covid ; ma femme était enceinte et alitée à cause de fortes nausées. Il fallait bien que j’occupe mon temps.

Bartlett : Lorsque Jamie et moi partagions un bureau à Cardiff, j’ai travaillé sur une étude sociologique consacrée aux physiciens marginaux. Il s’agit de personnes qui, le plus souvent en dehors des institutions universitaires, cherchent malgré tout à faire de la science. Je les ai interviewées, j’ai assisté à leurs conférences. De là, il n’y avait finalement qu’un pas vers le Bigfoot. Mais c’est l’intérêt de Jamie pour le sujet qui m’a véritablement amené à travailler sur ce terrain.

Parle-t-on d’une grosse communauté ?

Lewis : Il est très difficile d’en estimer la taille. On distingue généralement deux grands courants. D’un côté, les apers, qui pensent que Bigfoot est simplement un primate encore inconnu de la science. De l’autre, ceux que leurs détracteurs appellent les woo-woos, convaincus que Bigfoot est une sorte de voyageur interdimensionnel, voire une forme de vie extraterrestre. Au total, on parle de plusieurs milliers de personnes. Mais parmi elles, seules quelques centaines sont véritablement investies dans cette quête, et je pense en avoir interrogé au moins la moitié.

Leurs idées trouvent aussi un écho plus large. Une enquête YouGov, réalisée en novembre 2025, indiquait qu’environ un quart des Américains pensent que Bigfoot existe, ou estiment au moins que son existence est probable.

Vos interlocuteurs se méfiaient-ils de vos intentions ?

Lewis : Oui, je pense qu’ils craignaient surtout d’être caricaturés. On me demandait souvent : « Est-ce que vous croyez au Bigfoot ? » Andy et moi avions convenu d’une réponse commune : selon la science institutionnelle, il n’existe absolument aucune preuve convaincante de l’existence de Bigfoot. Nous n’avons donc aucune raison de remettre en cause ce consensus. En revanche, en tant que sociologues, ce qui existe bel et bien, c’est une ou plusieurs communautés de passionnés du Bigfoot. Et c’est cela qui nous intéresse.

Bartlett : D’ailleurs, après la publication du livre, quelques personnes ont réagi à la manière dont nous avions formulé cette idée. Sur la quatrième de couverture, nous écrivons en substance que « Bigfoot existe, sinon comme créature biologique réelle, du moins comme objet autour duquel des centaines de personnes organisent leur vie ». Certains y ont vu une forme de mépris à leur égard. Ce n’était absolument pas notre intention.

Ces personnes ont-elles des traits de personnalité ou des caractéristiques communes ?

Lewis : La communauté est très majoritairement composée d’hommes blancs, vivant en milieu rural et issus des classes populaires – souvent d’anciens militaires. Je pense que le nombre de femmes intéressées par le Bigfoot augmente, mais l’image dominante reste celle du « chasseur viril qui s’aventure dans la forêt en pleine nuit ».

Bartlett : Aux États-Unis, il y a tout simplement beaucoup d’anciens militaires dans la population. Mais je pense aussi que cela tient à la manière dont ces personnes souhaitent se présenter. Lorsqu’on s’appuie sur des témoignages, il faut apparaître comme un témoin crédible. Pouvoir dire : « J’ai servi dans l’armée » ou « J’étais militaire » renforce cette crédibilité. Cela suggère au moins qu’on n’est pas du genre à prendre un élan pour un monstre.

Une représentation de Bigfoot au parc Natural Bridge of Arkansas
Une représentation de Bigfoot au parc Natural Bridge of Arkansas.
Logan Bush/Shutterstock

Qu’est-ce qui vous a le plus surpris chez eux ? Ont-ils bousculé certains stéréotypes ?

Lewis : Certains étaient extrêmement éloquents, ce qui m’a un peu surpris. C’est sans doute le reflet de mes propres préjugés. J’ai aussi été frappé par leur ouverture : je m’attendais à ce qu’ils refusent de me parler de leurs prétendues rencontres avec Bigfoot. Or, un bon nombre l’ont fait. Beaucoup souhaitaient même être cités nommément dans le livre. J’ai également été surpris par la quantité de données empiriques qu’ils recueillent, ainsi que par les efforts qu’ils déploient pour les analyser et leur donner un sens. Enfin, ils étaient tout à fait capables de reconnaître qu’une piste relevait de la supercherie ou du canular. Je pensais qu’ils chercheraient coûte que coûte à défendre des preuves fragiles.

Bartlett : Nous reproduisons plusieurs témoignages de ce type dans le livre. Des personnes disent par exemple : « Pendant des années, je me suis laissé tromper par ces empreintes. Je les croyais authentiques, puis j’ai découvert de nouveaux éléments qui m’ont fait changer d’avis. » Cela m’a surpris, moi aussi.

Le fait qu’ils recueillent des données empiriques signifie-t-il que leur démarche relève de la science ?

Bartlett : Dans la recherche institutionnelle, on travaille pour obtenir des financements, publier dans des revues de qualité et faire progresser ses travaux au sein d’une communauté scientifique. Si l’on souhaite associer son nom à une idée, cela passe par des articles évalués par les pairs et par le travail mené avec des doctorants qui poursuivront ensuite leurs recherches dans d’autres laboratoires. Chez les Bigfooters, en revanche, on trouve surtout des livres autoédités, des conférences consacrées au Bigfoot, des chaînes YouTube, des podcasts et d’autres formats du même genre. Or, ce ne sont pas forcément des moyens fiables de produire et de mettre à l’épreuve des connaissances. C’est l’un des aspects qui distinguent le plus clairement le Bigfooting de la science académique.

Ce qui était intéressant, lorsque j’étudiais les physiciens marginaux, c’était d’identifier ce qui les éloignait, de manière récurrente, de la pratique scientifique. Le point commun était une forme d’individualisme : l’idée qu’une personne seule peut recueillir et évaluer des preuves de façon totalement indépendante de toute communauté. Les physiciens que j’ai rencontrés considéraient souvent que le consensus scientifique était une menace. Or, dans les faits, le consensus, la continuité des travaux et le fonctionnement collectif constituent le socle même de la science.

Quelle est la forme de preuve la plus courante au sein de cette communauté ?

Lewis : Les témoignages. Sans les récits de personnes affirmant avoir vu Bigfoot, le phénomène des Bigfooters n’existerait tout simplement pas. Une grande partie de leur activité consiste à recueillir ces témoignages et à tenter de leur donner un sens. Ils comprennent mal pourquoi ces récits ont si peu de valeur aux yeux de la science institutionnelle. Ils font souvent le parallèle avec la justice, où un témoignage peut, à lui seul, conduire à une condamnation extrêmement lourde, voire à la peine de mort dans certains pays. Ils ne voient donc pas pourquoi les témoignages sont considérés comme des preuves aussi faibles en science.

Au-delà des témoignages, les empreintes de pas constituent sans doute l’indice matériel le plus célèbre et le plus fréquemment invoqué.

Photographie d’une prétendue empreinte de Bigfoot, prise à Hoopa (Californie) en septembre 1962 et publiée dans un article du Humboldt Times
Photographie d’une prétendue empreinte de Bigfoot, prise à Hoopa (Californie) en septembre 1962 et publiée dans un article du Humboldt Times.
wikipedia

Bartlett : Si les empreintes occupent une place aussi importante, c’est notamment en raison de l’héritage des recherches sur le yéti et des empreintes qui lui étaient attribuées. À une époque, ces indices avaient paru suffisamment convaincants pour amener certains scientifiques à penser qu’il existait effectivement quelque chose d’inconnu dans l’Himalaya. Par ailleurs, les deux principaux universitaires qui ont défendu l’hypothèse du Bigfoot, le regretté Grover Krantz à partir des années 1970, puis Jeffrey Meldrum dans les années 1990, ont eux aussi été persuadés par les empreintes.

Lewis : Aujourd’hui, les Bigfooters utilisent également des pièges photographiques, des enregistreurs audio, voire des analyses ADN sur des poils ou d’autres échantillons. Ils enregistrent des sons inhabituels et obtiennent souvent des images floues. Certains pensent que Bigfoot communique grâce aux infrasons, même si cette hypothèse est loin de faire l’unanimité au sein de la communauté. On assiste donc à une diversification des types de preuves recherchées.

Comment savoir si une image ou un son renvoie réellement à Bigfoot ?

Bartlett : Les Bigfooters se rendent en forêt, enregistrent un son, par exemple, puis le comparent à des bases de données de chants d’oiseaux et de cris d’autres animaux. Il arrive qu’ils ne trouvent aucune correspondance. Si ce n’est ni une voiture, ni une personne, ni un ours, ni un élan, alors ils estiment qu’il reste une possibilité : Bigfoot. Le raisonnement est, dans une certaine mesure, le même pour les images.

Diriez-vous que cette manière d’interpréter les indices constitue la principale faiblesse de leur démarche ?

Lewis : Elle leur permet de ménager une place pour Bigfoot. Si un son ou une image ne peut être attribué à autre chose, alors, se demandent-ils, qu’est-ce que cela pourrait être ? Ils partent d’une absence d’explication pour en déduire une présence. À leurs yeux, c’est un raisonnement scientifique. Ce qui est intéressant, c’est que les Bigfooters invoquent souvent d’autres créatures légendaires pour renforcer l’hypothèse du Bigfoot. Il y a une phrase que j’entends régulièrement : « It ain’t no unicorn » (« En tout cas, ce n’était pas une licorne. »).

Jeffrey Meldrum
Jeffrey Meldrum.
wikipedia

Comment s’organise la hiérarchie au sein de cette communauté ? Qui occupe le sommet ?

Lewis : Les figures les plus respectées sont généralement celles qui ont un lien avec le monde universitaire. Andy a déjà évoqué Jeff Meldrum. Il est malheureusement décédé très récemment, mais il incarnait, pour les Bigfooters, un pont avec la recherche académique contemporaine. Lors des conférences, si Jeff Meldrum intervenait, il était systématiquement programmé en dernier, comme tête d’affiche. Les personnalités de télévision, comme les animateurs de Finding Bigfoot ou d’Expedition Bigfoot, font également partie de cette catégorie de premier plan. En dessous, on trouve différents groupes plus ou moins influents, dont la Bigfoot Field Researchers Organization, qui est probablement l’organisation la plus connue.

Que pourraient apprendre les Bigfooters des scientifiques, et inversement ?

Lewis : Avant de commencer cette recherche, en lisant des ouvrages et en discutant avec d’autres personnes, j’avais l’impression que les Bigfooters étaient hostiles à la science. Ce n’est pas ce que nous avons constaté. Dans notre livre, nous soutenons qu’ils ne sont pas anti-science. J’irais même jusqu’à dire que beaucoup d’entre eux sont favorables à la science, mais se méfient des institutions scientifiques. À mon sens, le monde universitaire gagnerait à les considérer comme une forme de science citoyenne. Leur activité peut constituer une porte d’entrée intéressante pour mieux connaître son environnement local.

Par exemple, grâce à un piège photographique, ils ont observé un animal – je crois qu’il s’agissait d’une martre des pins – qui n’était pas censé être présent dans cette région. Ils accumulent donc une grande quantité de données. Ils ne sont pas irrationnels. Leur démarche est différente de celle des chasseurs de fantômes, car elle ne suppose pas l’existence d’un phénomène entièrement surnaturel. L’hypothèse est simplement qu’un animal inconnu de la science vivrait quelque part. C’est très improbable, certes, mais pas impossible. En revanche, ce qui leur manque, c’est la discipline propre à la recherche académique : n’importe qui peut se déclarer Bigfooter.

Avez-vous entendu un témoignage qui vous a particulièrement marqué ou semblé convaincant ?

Lewis : Est-ce que je me suis parfois laissé emporter par le récit ? Bien sûr. Un peu comme lorsqu’on regarde un film. Si vous êtes plongé dans le noir devant un film d’horreur, vous continuez à y penser pendant un moment avant de reprendre vos esprits. Il m’est souvent arrivé d’aller me coucher encore électrisé par ce que je venais d’entendre, en me disant : « Je ne sais pas ce que c’était, mais quelle histoire ! » Au fond, c’étaient d’excellents récits. Avec le temps, j’ai appris à faire la distinction entre l’entretien lui-même et ce que j’en pensais ensuite.

Si vous croisiez Bigfoot dans une forêt, comment vous y prendriez-vous pour convaincre les autres ?

Lewis : Beaucoup de Bigfooters commencent leur récit par des précautions du type : « Mon père ne croit pas au Bigfoot » ou « J’ai passé des années à remettre en question ce que j’avais vu. » Ils cherchent ainsi à se présenter comme des personnes rationnelles et raisonnables. Cela créait une forme de proximité entre eux et moi. Et, au fond, je pense que je ferais probablement la même chose.

Bartlett : Si je rencontrais Bigfoot, je mobiliserais sans doute tous les procédés qui permettent de convaincre que l’on est une personne crédible, lucide et rationnelle – exactement comme le font les témoins que nous avons étudiés. Je m’attendrais à ce que personne ne me croie. J’insisterais donc sur le fait que je mets en jeu ma crédibilité d’universitaire. En plus de décrire la rencontre elle-même, j’utiliserais tous ces ressorts rhétoriques auxquels les Bigfooters ont recours pour tenter de convaincre leur auditoire.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. « En tout cas, ce n’était pas une licorne… » Des sociologues ont interrogé 130 chasseurs de Bigfoot – https://theconversation.com/en-tout-cas-ce-netait-pas-une-licorne-des-sociologues-ont-interroge-130-chasseurs-de-bigfoot-287204

À quoi servent les grosses boules orange suspendues aux lignes électriques ?

Source: The Conversation – in French – By Rui Bo, Associate Professor of Electrical and Computer Engineering, Missouri University of Science and Technology

La visibilité préside au choix de la couleur de ces boules. MdE/Wikimedia, CC BY

Ces sphères orange que l’on aperçoit au-dessus des lignes à haute tension ne transportent pas l’électricité. Elles constituent en réalité un dispositif de sécurité aérienne aussi simple qu’efficace, conçu pour protéger les pilotes, leurs passagers et les personnes au sol.


Vous est-il déjà arrivé, sur l’autoroute, de lever les yeux et d’apercevoir ces grosses boules orange suspendues aux lignes électriques ? On dirait d’immenses perles enfilées sur les câbles à haute tension. Mais que font donc ces ballons de basket géants perchés là-haut ?

Je suis professeur et mes recherches portent sur les réseaux électriques, ces vastes infrastructures qui acheminent l’électricité des centrales jusqu’à nos maisons, nos écoles et nos entreprises.

Ces grosses boules orange ne servent ni à transporter l’électricité ni à améliorer le fonctionnement des lignes à haute tension. En revanche, elles remplissent une mission essentielle. Officiellement appelées « balises aéronautiques sphériques » ou « sphères de balisage », elles permettent aux pilotes de repérer les lignes électriques afin d’éviter que des avions ou des hélicoptères ne les percutent.

En quelque sorte, ce sont de grands panneaux d’avertissement suspendus dans le ciel, destinés à protéger les pilotes, leurs passagers et les personnes au sol.

De grands panneaux d’avertissement dans le ciel

Depuis un avion ou un hélicoptère, les lignes électriques peuvent être très difficiles à distinguer, en particulier lorsque les pilotes volent à basse altitude. Les câbles métalliques, très fins, se fondent facilement dans le paysage. Les boules orange rendent ces lignes beaucoup plus visibles. On peut les comparer aux bandes réfléchissantes d’un vélo : un dispositif simple, mais qui permet de repérer un danger avant qu’il ne soit trop tard.

Le choix de la couleur orange n’a rien d’un hasard. Cette teinte très vive est particulièrement visible pour l’œil humain et se détache nettement des couleurs plus discrètes de l’environnement, qu’il s’agisse du bleu du ciel, du vert des arbres ou du gris des nuages.

Il arrive que ces sphères soient rouges, blanches ou même rayées, mais l’orange reste la couleur la plus répandue, car elle offre une excellente visibilité dans la plupart des conditions d’éclairage.

Les règles de sécurité aérienne de nombreux pays précisent les couleurs à utiliser afin que les pilotes puissent identifier rapidement les obstacles. Aux États-Unis, par exemple, la Federal Aviation Administration publie des recommandations détaillant le balisage des obstacles situés à proximité des trajectoires aériennes.

Des techniciens préparent une sphère de balisage avant son installation
Des techniciens préparent une sphère de balisage avant son installation.
Lisa Meiman/Western Area Power/Flickr, CC BY

Depuis le sol, ces sphères peuvent sembler à peine plus grosses que des balles de ping-pong. En réalité, la plupart sont beaucoup plus imposantes : elles mesurent environ 60 centimètres à 1 mètre de diamètre, soit la taille d’un gros ballon de plage.

Chacune pèse entre 4,5 et 11 kilogrammes, l’équivalent d’un grand sac à dos rempli de livres. Elles sont généralement fabriquées en plastique très résistant ou en fibre de verre, des matériaux également utilisés pour les bateaux ou les équipements d’aires de jeux. Elles peuvent ainsi résister pendant des années au soleil, à la pluie, à la neige, au vent… et même aux oiseaux qui viennent s’y poser de temps à autre.

Même si elles sont fixées sur des lignes transportant d’énormes quantités d’électricité, ces sphères ne sont pas elles-mêmes sous tension. Elles sont fabriquées à partir de matériaux isolants, qui ne laissent pas passer le courant électrique.

Pourquoi y a-t-il autant de câbles dans notre ciel ?

Les lignes à haute tension sont les autoroutes de l’électricité : elles acheminent le courant depuis les centrales où il est produit jusqu’aux lieux où il est consommé.

Les câbles sont suspendus entre de solides pylônes métalliques ou des poteaux en bois de grande hauteur. L’objectif est de maintenir ces lignes à haute tension suffisamment éloignées du sol pour garantir la sécurité des personnes qui circulent ou vivent à proximité. Certains pylônes de transport d’électricité, notamment ceux qui supportent les lignes à très haute tension, peuvent atteindre la hauteur d’un immeuble de 15 étages.

Si vous observez attentivement une ligne à très haute tension, vous verrez souvent trois gros câbles, parfois surmontés d’un quatrième, plus fin, appelé câble de garde. Placée au point le plus élevé, cette ligne est la plus susceptible d’être frappée par la foudre. Elle protège ainsi les autres câbles contre les surtensions susceptibles d’endommager les équipements ou de provoquer des coupures d’électricité. Relié à la terre, le câble de garde permet au courant de la foudre de s’écouler en toute sécurité le long du pylône jusqu’au sol.

Les trois principaux câbles fonctionnent ensemble pour transporter l’électricité selon un système triphasé. En répartissant le courant sur trois conducteurs plutôt qu’un seul, le réseau peut acheminer davantage d’énergie tout en limitant les pertes, ce qui améliore son efficacité.

Comment les boules sont-elles fixées aux câbles ?

L’installation des sphères de balisage aéronautique est réalisée par des équipes spécialement formées, qui interviennent souvent depuis un hélicoptère. Dans la plupart des cas, la ligne électrique reste sous tension pendant les travaux, ce qui exige des procédures de sécurité très strictes et une préparation minutieuse.

La sphère est constituée de deux demi-coques qui se referment autour du câble avant d’être solidement boulonnées l’une à l’autre.

Une fois en place, ces balises peuvent rester en service de 10 à 15 ans, selon les conditions météorologiques et leur environnement. Elles nécessitent peu d’entretien, mais les gestionnaires des réseaux les inspectent régulièrement afin de vérifier qu’elles ne sont ni fissurées ni trop décolorées.

Toutes les lignes électriques n’ont pas besoin de ces balises. Elles sont principalement installées dans les zones où les aéronefs sont susceptibles de voler à basse altitude, par exemple à proximité des rivières, des vallées, des aéroports ou des couloirs empruntés par les hélicoptères. Les lignes de distribution qui alimentent les quartiers sont généralement trop basses pour nécessiter un tel balisage.

La prochaine fois que vous apercevrez ces points orange dans le ciel, vous saurez donc qu’il ne s’agit pas d’un équipement destiné au transport de l’électricité, et que leur couleur n’a rien d’un hasard. Ces sphères sont des dispositifs simples mais ingénieux, conçus pour rendre le ciel un peu plus sûr.

The Conversation

Rui Bo ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. À quoi servent les grosses boules orange suspendues aux lignes électriques ? – https://theconversation.com/a-quoi-servent-les-grosses-boules-orange-suspendues-aux-lignes-electriques-287203

Botticelli : une nouvelle étude relance le mystère de la mort de son célèbre modèle

Source: The Conversation – in French – By Paolo Pozzilli, Honorary Professor of Diabetes and Clinical Research, Queen Mary University of London

Simonetta Vespucci aurait prêté ses traits au sujet principal de « La Naissance de Vénus » de Botticelli, l’un des chefs-d’œuvre les plus célèbres de l’histoire de l’art. Sandro Botticelli, Public domain, via Wikimedia Commons

En croisant l’analyse des portraits de Botticelli, des lettres contemporaines et les connaissances médicales actuelles, des chercheurs proposent un nouveau diagnostic pour expliquer la mort de Simonetta Vespucci. Une hypothèse qui montre comment la médecine peut éclairer les énigmes de l’histoire.


Simonetta Vespucci est sans doute l’une des femmes les plus représentées dans la peinture de la Renaissance italienne. On considère généralement que Sandro Botticelli s’est inspiré d’elle pour peindre Vénus, et elle apparaît, transformée et idéalisée, dans plusieurs de ses œuvres les plus célèbres.

Elle meurt en 1476, à seulement 23 ans. Pendant des siècles, les historiens ont estimé que la tuberculose en était la cause : la maladie était fréquente, souvent mortelle, et correspondait au destin d’une jeune femme dépérissant rapidement.

En 2019, mes collègues et moi avons proposé une autre explication. Nous avons étudié les portraits attribués à Botticelli ainsi que les descriptions écrites de l’époque afin de déterminer si le visage de cette même femme évoluait d’une œuvre à l’autre d’une manière pouvant révéler une maladie sous-jacente.

Nous avons mis en évidence une transformation progressive de ses traits au fil de plusieurs tableaux : de légères modifications de la mâchoire, des arcades sourcilières et des tissus mous du visage. Ce sont précisément le type de changements que l’on observe chez les patients atteints d’un adénome hypophysaire, une tumeur de l’hypophyse, cette petite glande située à la base du cerveau qui contrôle la production des hormones.

Plus précisément, nous avons émis l’hypothèse d’une tumeur sécrétant à la fois de l’hormone de croissance et de la prolactine. Un excès de ces hormones peut modifier progressivement les contours du visage et, dans certains cas, provoquer une production de lait inattendue. Or, une figure allégorique dans l’une des œuvres de Botticelli semble précisément représenter ce symptôme.

Simonetta Vespucci
Simonetta Vespucci.
Wikimedia, CC BY-SA

Notre article de 2019 se voulait prudent. Nous ne prétendions pas apporter une preuve, mais proposer une interprétation médicale crédible des indices visuels, en croisant l’histoire de l’art et l’endocrinologie clinique.

Aujourd’hui, dans un nouvel article publié dans Endocrinology, Diabetes and Metabolism, mon équipe et moi allons plus loin. Nous estimons que la mort même de Simonetta – soudaine, rapide et spectaculaire selon les récits contemporains – est compatible avec une urgence médicale bien précise : une apoplexie hypophysaire, c’est-à-dire une hémorragie ou un infarctus survenant au niveau d’une tumeur de l’hypophyse.

L’apoplexie hypophysaire survient lorsqu’une tumeur de l’hypophyse saigne ou augmente brutalement de volume. Elle provoque généralement un violent mal de tête, des troubles de la vision, un état confusionnel, puis une dégradation rapide de l’état du patient à mesure que le système de régulation hormonale de l’organisme s’effondre.

Nous avançons que cette hypothèse permet d’expliquer un élément que la seule tuberculose peine à rendre compte : comment une jeune femme jusque-là en bonne santé apparente a pu passer, en très peu de temps, d’un état normal à la mort. Les infections chroniques comme la tuberculose entraînent en général une détérioration plus lente et plus visible de l’état de santé.

Trois faisceaux d’indices

Notre hypothèse repose sur trois faisceaux d’indices. Le premier concerne les transformations physiques visibles d’un portrait à l’autre. Botticelli l’a peinte à plusieurs reprises, des années 1470 jusqu’à La Naissance de Vénus (1482-1485), réalisée après sa mort. Ces évolutions suggèrent qu’une tumeur s’est développée progressivement au fil des mois, voire des années.

Le deuxième tient aux symptômes rapportés dans les chroniques de sa dernière maladie, notamment les lettres échangées entre Piero Vespucci et Laurent de Médicis. Elles décrivent son malaise lors d’un bal, puis les violents maux de tête, les hallucinations, les vomissements et la fièvre qui ont suivi – un tableau clinique qui correspond étroitement à celui d’une apoplexie hypophysaire.

Le troisième faisceau d’indices repose sur deux événements documentés survenus dans les mois précédant sa mort : son effondrement après une danse particulièrement intense lors d’un bal, et une altercation violente présumée avec Alphonse II d’Aragon, duc de Calabre. Ces deux épisodes ont pu, de manière plausible, déclencher une hémorragie ou une augmentation brutale du volume de la tumeur.

Rien de tout cela ne constitue une certitude. Il n’existe ni prélèvement de tissu datant de 1476, ni examen d’imagerie, ni aucun moyen d’étudier directement Simonetta. Il ne nous reste que des tableaux, des lettres et un raisonnement clinique appliqué cinq siècles après les faits.

Ce que nous pouvons affirmer, en revanche, c’est qu’une tumeur capable de remodeler progressivement le visage d’une personne peut aussi, si elle se rompt, entraîner une mort rapide. Pris ensemble, les portraits et les sources historiques racontent une histoire plus complète que chacun ne le ferait isolément.

Nous espérons que cette hypothèse incitera historiens et médecins à réexaminer des cas comme celui de Simonetta. Les connaissances médicales peuvent parfois apporter des réponses à des questions auxquelles les seules sources historiques ne permettent pas de répondre. À l’inverse, certaines énigmes historiques peuvent conduire la médecine à repenser la manière dont les maladies évoluent dans l’organisme au fil du temps.

The Conversation

Paolo Pozzilli ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Botticelli : une nouvelle étude relance le mystère de la mort de son célèbre modèle – https://theconversation.com/botticelli-une-nouvelle-etude-relance-le-mystere-de-la-mort-de-son-celebre-modele-287697

Pourquoi respire-t-on surtout par une seule narine ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Adam Taylor, Professor of Anatomy, Lancaster University

Contrairement aux apparences, nous ne respirons presque jamais de façon égale par nos deux narines. Cette alternance, orchestrée par le cerveau, est indispensable au bon fonctionnement du nez, même si certaines maladies ou allergies peuvent la perturber.


L’un des aspects les plus pénibles d’un rhume ou des allergies saisonnières est d’avoir le nez bouché. Respirer par les narines devient alors difficile, voire impossible.

Mais même lorsque vous n’êtes pas malade, vous avez peut-être remarqué qu’en inspirant profondément, une seule de vos narines semble vraiment laisser passer l’air. Pas d’inquiétude : avant de croire que vous êtes en train de tomber malade, sachez qu’il s’agit en réalité d’un phénomène tout à fait normal de votre organisme.

Plusieurs fois par jour, sans même que nous nous en rendions compte, nos narines alternent naturellement : l’une laisse passer davantage d’air que l’autre. Ce phénomène, appelé cycle nasal, joue un rôle essentiel dans le bon fonctionnement de notre nez.

Lorsque nous sommes éveillés, cette alternance peut se produire toutes les deux heures environ. Elle est moins fréquente pendant le sommeil, car notre respiration ralentit et le volume d’air que nous inspirons et expirons diminue.

Le cycle nasal repose sur deux phases principales : la congestion et la décongestion. Pendant la phase de congestion, le flux d’air diminue dans une narine, tandis que l’autre est décongestionnée, ce qui permet à davantage d’air d’y circuler. Mais cette narine « dominante » finit par se fatiguer : le passage continu de l’air l’assèche et l’expose davantage aux agents pathogènes. C’est précisément pour cette raison que les rôles des deux narines s’inversent régulièrement.

Cette alternance est entièrement automatique. Elle est régulée de manière inconsciente par l’hypothalamus, une région du cerveau. Certaines personnes ne présentent toutefois pas de cycle nasal, notamment celles souffrant d’un trouble de l’hypothalamus. Des travaux suggèrent également que la narine gauche est plus souvent dominante, en particulier chez les droitiers.

Des études sur la respiration nasale suggèrent aussi que lorsque la narine droite est dominante, l’organisme se trouverait dans un état de vigilance ou de stress. À l’inverse, lorsque la narine gauche prend le relais, le corps tendrait à être dans un état plus détendu.

Le cycle nasal remplit plusieurs fonctions essentielles.

La première est de protéger la muqueuse du nez et l’ensemble des voies respiratoires. Chaque jour, au moins 12 000 litres d’air traversent le nez, qui constitue ainsi une première ligne de défense contre les agents pathogènes. L’alternance entre les deux narines limite les risques de lésions et permet aux tissus nasaux de conserver toute leur efficacité pour se défendre contre les microbes.

Le nez a également besoin de temps pour se reposer et se réparer. L’air qui y circule assèche progressivement les muqueuses. Sans ces périodes de récupération, les tissus seraient plus vulnérables aux infections et à l’inflammation. La phase de congestion s’accompagne également d’une augmentation du flux sanguin dans les vaisseaux du nez. Cet afflux de sang permet de maintenir les muqueuses bien hydratées, favorisant ainsi leur réparation et leur régénération. Il contribue aussi à réchauffer et humidifier l’air lorsqu’il traverse la narine.

Quand le cycle nasal est perturbé

De nombreux facteurs peuvent perturber le fonctionnement normal du cycle nasal. Les infections respiratoires, comme le rhume ou la grippe, entraînent une augmentation de la production de mucus, ce qui gêne l’alternance naturelle entre les deux narines.

Les allergènes, comme le pollen ou les acariens, peuvent également provoquer une forte inflammation des tissus du nez, perturbant à leur tour le bon déroulement du cycle nasal. Certains médicaments, notamment ceux prescrits contre l’hypertension, peuvent également irriter la muqueuse nasale. En effet, ils agissent sur les vaisseaux sanguins dans tout l’organisme, y compris ceux du nez.

L’utilisation excessive de décongestionnants nasaux (plus de cinq jours d’affilée) peut provoquer une rhinite médicamenteuse, une forme de congestion causée par ces médicaments eux-mêmes. Le gonflement brutal des tissus nasaux perturbe alors le fonctionnement normal du cycle nasal.

Chez d’autres personnes, ce sont des anomalies anatomiques qui perturbent le cycle nasal. Les polypes nasaux, présents chez environ 4 % de la population, sont des excroissances de la muqueuse qui se développent généralement dans les deux narines. Ils réduisent le passage de l’air, ce qui rend le cycle nasal moins efficace et donne l’impression que les deux narines sont en permanence bouchées.

Une déviation de la cloison nasale – lorsque la paroi de cartilage et d’os qui sépare les deux narines n’est pas centrée – peut également provoquer une sensation persistante de nez bouché. Dans certains cas, une intervention chirurgicale est nécessaire pour améliorer la respiration et la qualité du sommeil.

Même des facteurs aussi simples que le fait de s’allonger ou de s’avachir peuvent influencer le cycle nasal. En position allongée, le sang afflue davantage vers les tissus du nez. Sous l’effet de la gravité, le contenu des sinus se déplace également vers la narine la plus proche de l’oreiller. Celle-ci peut alors se boucher, ce qui rend la respiration plus difficile et perturbe le fonctionnement normal du cycle nasal.

Si vous avez le nez bouché, les infections respiratoires, comme le rhume ou la grippe, sont le plus souvent en cause. La congestion peut mettre jusqu’à deux semaines à disparaître. En cas de sinusite, c’est-à-dire d’infection des sinus, les symptômes peuvent persister jusqu’à quatre semaines.

Les allergies au pollen sont elles aussi une cause fréquente de perturbation du cycle nasal. Les symptômes peuvent durer plusieurs semaines, selon l’allergène en cause. Pendant la saison des pollens, la prise régulière d’antihistaminiques peut contribuer à soulager les symptômes et à réduire la congestion.

En revanche, si une narine reste bouchée de façon persistante pendant plus de deux semaines, il est préférable de consulter un médecin, surtout si vous présentez un écoulement nasal inhabituel ou des sécrétions dont l’aspect vous semble anormal.

The Conversation

Adam Taylor ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Pourquoi respire-t-on surtout par une seule narine ? – https://theconversation.com/pourquoi-respire-t-on-surtout-par-une-seule-narine-287205

Duelo de pronombres en la final del Mundial: ¿por qué en Argentina se usa ‘vos’ y en España ‘tú’?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Paula Albitre Lamata, Profesora ayudante doctora, experta en lengua española, Universidad Complutense de Madrid

Una aficionada argentina y una española celebran las victorias de sus respectivos equipos durante el Mundial 2026. Carolina Jaramillo y Eugerrigo/Shutterstock

La del domingo será la primera final de habla hispana del campeonato mundial de fútbol desde la que disputaron Argentina y Uruguay en 1930. En esta ocasión, entre ambas selecciones mediará un océano y, a través de la distancia, también dos variedades del español diferentes, especialmente a la hora de expresar el trato de confianza. Porque justo antes del encuentro, un español le gritará a Lamine Yamal “¡tú puedes!” mientras que un argentino apelará a Messi diciendo “¡vos podés!”.

¿Por qué? ¿Cuál es la razón de que en Argentina usen vos y en España tú? Lejos de ser un mero capricho geográfico, la utilización de estos pronombres es el resultado de un largo y complejo proceso de evolución histórica, gramatical y social.

El origen del duelo tú vs. vos: del latín al Siglo de Oro

Para comprender la distribución actual, es imprescindible remontarse a las raíces latinas de nuestro idioma. El latín contaba con el pronombre tú para dirigirse a un solo individuo y vos para referirse a la pluralidad. Sin embargo, la cortesía pronominal se transformó cuando, como respuesta al nos mayestático –empleado tradicionalmente en documentos papales y del discurso de las altas dignidades civiles y eclesiásticas, como reyes o emperadores–, el pronombre vos adquirió un valor de “pluralidad ficticia” dirigido a un único interlocutor al que se le debía reverencia.

Durante la Edad Media y gran parte del Siglo de Oro español, el pronombre vos se empleaba de manera generalizada para dirigirse tanto a un individuo como a varios. En el trato en singular, se utilizaba entre nobles o personas de igual rango, mientras que el tú quedaba reservado para dirigirse a inferiores (como los sirvientes) o para situaciones de extrema intimidad y familiaridad.

Con el tiempo, el uso del vos se extendió tanto en la escala social que se devaluó: perdió su prestigio y dejó de ser una forma distintiva para el trato de respeto hacia y entre las altas esferas sociales. Precisamente para llenar ese vacío de deferencia, a partir del siglo XVI se crearon nuevas formas de tratamiento compuestas, entre las que destacó vuestra merced. Debido a su uso frecuente, se fue desgastando fonéticamente a través de los siglos (vuesarced, vuasted, vusted) hasta convertirse en el actual pronombre usted.

El español peninsular: el triunfo de tú

A partir de los siglos XVI y XVII, los sistemas de tratamiento de nuestra lengua se reorganizaron. En la España peninsular, el pronombre vos terminó por desaparecer casi por completo del habla cotidiana. De esta forma, el sistema europeo se simplificó dejando tú como la forma habitual para el trato de confianza, en clara oposición al usted, que asumió el rol de respeto.

Asimismo, para eliminar la ambigüedad etimológica del plural, se consolidó el pronombre vosotros, empleado exclusivamente en la confianza plural, en oposición a ustedes. Sin embargo, esta distinción entre confianza y respeto en el plural no se aplica en todo el territorio español; en las islas Canarias y en la Andalucía occidental se suprimió esta oposición al emplearse únicamente la forma ustedes para designar a la segunda persona del plural.

Hoy en día, el único vestigio del vos en el español peninsular es el denominado “voseo reverencial”. Este uso queda muy restringido a actos ceremoniales, contextos litúrgicos o documentos oficiales dirigidos a altas dignidades. Además, gramaticalmente, el voseo reverencial difiere del americano: presenta formas verbales diptongadas (por ejemplo, vos sabéis, vos tenéis) y concuerda con los pronombres átonos de segunda persona del plural (os) y el posesivo “vuestro”.

El español rioplatense: el triunfo de vos

La historia tomó un rumbo muy distinto en el continente americano. Las corrientes colonizadoras y las posteriores divisiones sociopolíticas forjaron un mapa dialectal donde el vos pervivió con vitalidad como trato de familiaridad en la región del Río de la Plata.

Esta distribución no fue casual: las áreas americanas que hoy son mayoritariamente tuteantes, como México y Perú, coinciden con las regiones donde se asentaron los virreinatos y mantuvieron un contacto más estrecho con la metrópoli. En estas zonas se impuso la norma peninsular que acabó desplazando al vos en favor del tú.

Por el contrario, la región rioplatense se caracterizó por un menor trato con la administración central. Esta lejanía permitió que el voseo, libre de la presión normativa de los centros virreinales, sobreviviera y evolucionara hasta convertirse en el pilar de la identidad lingüística que hoy define a los hablantes de esta región.

Sin embargo, esto no siempre fue así. Durante mucho tiempo, el voseo rioplatense estuvo estigmatizado. Gramáticos ilustres del siglo XIX y XX, como Andrés Bello o Rufino José Cuervo, lo consideraron un vulgarismo o un “rígido arcaísmo”, y las instituciones educativas intentaron erradicarlo en favor del tuteo. No obstante, el arraigo social del voseo fue más fuerte. En la actualidad, es la única forma de tratamiento de confianza en la Argentina, empleada por todas las clases sociales y en todos los registros, un hecho que fue refrendado oficialmente por la Academia Argentina de Letras en 1982.

Desde el punto de vista morfológico, el voseo rioplatense presenta una serie de rasgos distintivos. En el ámbito pronominal, vos funciona como sujeto (vos sabés) y como término de preposición (con vos, para vos), pero toma prestado del paradigma del tú el pronombre átono (te) y el posesivo (tu, tuyo).

En lo verbal, se caracteriza por las llamadas desinencias monoptongadas en el presente de indicativo (cantás, tenés, partís), que surgieron por la contracción de las antiguas desinencias de segunda persona del plural (-ádes > –áes > –ás y –édes > –ées > –és), aunque en el español europeo se perdieron hacia mediados del siglo XVI. Además tuvo lugar la omisión de la –d final en el imperativo (cantá, tené, partí).

A esto se suma que, en gran parte del continente americano, el pronombre vosotros se perdió y se conservó ustedes como la única forma para el plural, tanto para el trato de confianza como de respeto.

En resumen, la camiseta roja y la albiceleste no serán el único rasgo identitario que se reflejará en la final del domingo: el uso de los pronombres de segunda persona también diferenciará a argentinos y españoles, como viene siendo habitual desde hace siglos.

The Conversation

Paula Albitre Lamata recibe financiación del proyecto de I+D IMCORDIS II (PR27/25-32466) de la Universidad Complutense de Madrid.

Rubén Conde Rubio no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. Duelo de pronombres en la final del Mundial: ¿por qué en Argentina se usa ‘vos’ y en España ‘tú’? – https://theconversation.com/duelo-de-pronombres-en-la-final-del-mundial-por-que-en-argentina-se-usa-vos-y-en-espana-tu-287715