Avec son encyclique sur l’IA, Léon XIV ne pense plus l’église comme une citadelle assiégée

Source: The Conversation – France in French (3) – By Jacques-Benoît Rauscher, Enseignant-chercheur en théologie morale sociale, UCLy (Lyon Catholic University)

L’encyclique du pape Léon XIV consacrée à l’intelligence artificielle, « Magnifica humanitas », signée le 15 mai 2026, inaugure pour le Vatican une nouvelle manière de prendre la parole dans l’espace public. Le souverain pontife part d’abord de la conception biblique de l’être humain et du but de son existence, revenant à des « fondamentaux » spirituels, à distance d’un catholicisme pensé comme « contre-modèle » sociétal. L’histoire de la « doctrine sociale de l’Église » permet de mieux saisir l’importance de cette évolution.


C’est un paradoxe plusieurs fois commenté. Ces dernières semaines, les discussions concernant l’intelligence artificielle (IA) ne viennent pas des annonces d’une start-up de la Silicon Valley, mais du Vatican. Une des plus vieilles institutions de la planète se penche sur la mutation technologique du moment. Le contraste entre ces deux cadres, couplé au relatif silence qui entoure l’IA explique sans doute la curiosité de nombre d’analystes pour l’encyclique papale (lettre solennelle du pape adressée à l’ensemble de l’Église catholique, ndlr) « Magnifica Humanitas ».

Mais, au-delà du contenu et du contexte, une évolution importante a moins été notée à propos de ce texte pontifical. Léon XIV y adopte une posture qui tranche avec celle de ses prédécesseurs quand ceux-ci traitent, dans le cadre de la « doctrine sociale de l’Église », de questions économiques, sociales et politiques.

De fait, de Léon XIII à Léon XIV, de 1891 à nos jours, se pencher sur les textes sociaux des papes, c’est être témoin d’un bouleversement à bas bruit des rapports de l’Église catholique avec la sphère publique.

À l’origine de la doctrine sociale : un contre-modèle catholique

La première encyclique sociale, « Rerum novarum », publiée le 15 mai 1891, place les papes sur un terrain nouveau : celui de la défense de la condition ouvrière dans un contexte d’industrialisation massive du monde occidental. Si Jean Jaurès souligne l’importance de ce texte et que le curé de campagne de Bernanos fait un éloge de Léon XIII, son influence ne se limite pas à quelques élites. Elle consacre l’émergence d’un courant de démocratie chrétienne et de syndicalisme d’inspiration catholique partout en Europe. En ce sens, on pourrait y lire une adaptation du catholicisme à un pluralisme politique, à la suite des mouvements révolutionnaires des XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles.

Pourtant, si l’on se penche plus précisément sur « Rerum novarum » on voit que ce texte est aussi marqué par une certaine nostalgie du rôle autrefois dévolu au catholicisme dans les sociétés non laïcisées. Léon XIII souligne ainsi combien les maux liés à l’industrialisation pourraient être réparés si les mœurs chrétiennes étaient adoptées, recommencées sur nouveaux frais. En 1931, son successeur Pie XI se placera dans une même perspective en appelant de ses vœux, sous l’égide d’universités catholiques, l’émergence d’une science sociale catholique.

Alors que les sociétés choisissent la voie d’une séparation institutionnelle avec le catholicisme, la doctrine sociale de l’Église cherche donc à promouvoir, jusque dans le premier XXᵉ siècle, l’émergence d’un contre-modèle catholique.

Années 1960 : le Saint-Siège mise sur les institutions internationales

Cette perspective change assez radicalement à partir des années 1960, en raison d’évolutions qui affectent tant l’intérieur que l’extérieur de l’Église catholique.

En interne, cette période est, en effet, marquée par le concile Vatican II (1962-1965) qui cherche à enterrer résolument la hache de guerre dans le conflit qui oppose le catholicisme au monde moderne depuis la fin du XIXᵉ siècle. En ce sens, les textes de doctrine sociale catholique de cette époque cherchent à se placer sur un terrain qui refuse explicitement une posture de surplomb.

Mais ce mouvement interne au catholicisme s’inscrit aussi dans une évolution globale qui place les questions sociales à un niveau mondial. Celle-ci est marquée par l’émergence d’institutions internationales dotées d’une structure et d’une influence encore jamais vues dans l’histoire de l’humanité (Organisation des Nations unies, etc.). Cette évolution est également lisible dans le mouvement de décolonisation qui déplace les problématiques sociales du prisme occidental qui les avait caractérisées jusqu’alors.

La doctrine sociale de l’Église épouse cette dynamique. Elle trouve ainsi dans l’internationalisation des questions de société un allié inattendu pour porter son discours. D’abord, le caractère international de la structure catholique lui permet de mettre en avant une expertise et des réseaux d’influence dans nombre de pays émergents. Ensuite, les institutions internationales donnent à sa parole un écho particulier. C’est dans cette perspective que l’on peut lire le soutien très prononcé des papes aux Nations unies auprès desquelles le Saint-Siège – qui y est observateur permanent – ne se prive pas d’intervenir.

Alors que la baisse de la pratique cultuelle marque les sociétés occidentales et que les sociologues du début du XXᵉ siècle avaient prévu un effondrement des références religieuses, c’est sur la scène internationale que l’importance de ces dernières se fait sentir. Le catholicisme n’échappe pas à ce mouvement qualifié de « revanche de Dieu ». Dans un contexte de sécularisation, les papes trouvent ainsi, auprès des institutions internationales, la possibilité de jouer leur partition propre.

L’IA, Babel et Jérusalem

Depuis les années 2000, cette deuxième période semble définitivement close. Tout d’abord, les institutions internationales jouissent d’un poids moindre et leur perte d’influence rejaillit conséquemment sur la doctrine sociale de l’Église. Ensuite, la matrice catholique la plus classique qui pouvait encore structurer la vie intellectuelle de la seconde moitié du XXᵉ siècle est plus fortement érodée.

Dans les sociétés occidentales, le mouvement de sécularisation a laissé place à une « exculturation » du catholicisme qui ne constitue plus le socle de références (même implicite) des débats (pour reprendre l’expression de la sociologue Danièle Hervieu-Léger). Parallèlement, des revendications (souvent minoritaires mais très visibles) cherchent à arrimer une pensée politique conservatrice à une culture catholique affichée.

Dans ce contexte, la méthode retenue par le pape Léon XIV dans sa première encyclique apparaît significative : « Magnifica humanitas » s’ouvre ainsi sur deux récits bibliques qui servent de guide à sa réflexion sur la technique. D’emblée, le pape l’affirme :

« Pour répondre à ces questions et discerner comment vivre de manière responsable à l’ère de l’intelligence artificielle, je voudrais évoquer deux images bibliques : la construction de la tour de Babel (Cf. Gn 11, 1-9) et la reconstruction des murs de Jérusalem […] Le choix ne se situe pas entre un “oui” ou un “non” à la technologie, mais entre bâtir Babel ou reconstruire Jérusalem ; entre un pouvoir qui prétend dominer le ciel et un peuple, qui, en présence de Dieu, se met à travailler de manière unie pour relever les murs de la cohabitation fraternelle. »

Léon XIV montre que l’être humain décrit par la Bible porte en lui une volonté bonne de construire, de transformer le monde par ses aptitudes. Mais ces capacités peuvent lui faire perdre de vue la nécessité d’accueillir cette autre caractéristique humaine essentielle qu’est la fragilité.

Être fragile consiste, pour le pape, à ne pas se rêver tout-puissant, à ne pas considérer que les limites humaines sont uniquement des problèmes pour lesquels existent des solutions techniques. La fragilité permet à l’être humain de mesurer combien il a besoin des compétences spécifiques de ses semblables pour venir compléter ce qu’il accomplit.

L’IA pourrait donner l’illusion d’avoir des solutions immédiates à tout problème. Celui qui l’utilise peut se sentir tout-puissant. Se développer en refusant la fragilité et l’altérité qu’elle implique, c’est la « tentation de Babel ». À l’inverse, se développer en se reconnaissant interdépendant, c’est la « reconstruction des murs de Jérusalem ». Autrement dit, quand il traite d’IA, Léon XIV part d’abord de la conception biblique de l’être humain et du but de son existence avant de se saisir des questions politiques liées aux mutations technologiques.

Un catholicisme qui ne se pense plus comme une citadelle assiégée

Le pape, la Bible : on pourrait objecter que ce couple n’a rien de mal assorti et qu’entendre le pontife citer l’Écriture relève de l’évidence… Pourtant, jusqu’alors, la doctrine sociale de l’Église traitait souvent plus de philosophie sociale ou de droit international que de récits bibliques longuement médités.

Ce registre qui consiste à prendre une certaine hauteur pour traiter d’un phénomène actuel consonne avec le refus exprimé par Léon XIV de s’engager dans la reconquête d’une influence perdue par l’Église. Il s’accompagne surtout d’une autocritique très originale de la position de l’Église sur plusieurs thématiques. En particulier, on voit le pape indiquer que la recherche de la vérité qu’il prône n’a pas toujours été le fort des catholiques. Il note ainsi que c’est grâce à l’intervention de journalistes (et non aux efforts de structures ecclésiales) que certains faits criminels ont pu éclater au grand jour au cœur de l’Église :

« Les communautés chrétiennes doivent s’engager à communiquer de manière transparente et à rechercher fidèlement les faits […] Nous avons assisté avec honte à la pénible découverte de vérités douloureuses concernant également des membres de l’Église et des réalités ecclésiales. En particulier, certains journalistes passionnés par la vérité ont joué un rôle fondamental dans la mise en lumière d’injustices et d’abus. »

Indiquer qu’une presse indépendante est indispensable au cœur de toute institution peut être lu comme un coup envoyé aux courants qui voudraient voir dans le catholicisme une citadelle assiégée, imperméable à toute critique et apte à fonder un éventuel ordre politique nouveau. S’écartant donc tant du modèle contre-culturel du XIXᵉ siècle que de celui du dialogue centré sur les institutions internationales des années 1960, Léon XIV place ainsi son propos à un niveau plus spirituel qu’institutionnel. Si, ce faisant, il cherche toujours une influence sur la réflexion publique, la manière de l’acquérir apparaît radicalement nouvelle.

Quelle que soit l’appréciation que l’on peut porter sur ce positionnement, il s’agit bien d’une évolution de l’expression pontificale sur la sphère publique qui n’a que peu d’équivalents chez les papes précédents (à part sans doute le pape François et son encyclique « Laudato si’ »).

Il est sans doute trop tôt pour mesurer ses conséquences éventuelles. Mais cette nouvelle posture marque un tournant qui montre qu’est profondément entérinée la laïcisation des sociétés contemporaines, la perte d’influence des institutions internationales et qu’émerge un mode d’expression papal mettant très directement en avant les fondements de la foi. Cependant, cette évolution-là, moins visible que celle de l’intelligence artificielle, n’en est pas moins significative pour ceux qui s’intéressent à la place des religions (et du catholicisme en particulier) dans l’espace public.

The Conversation

Jacques-Benoît Rauscher ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Avec son encyclique sur l’IA, Léon XIV ne pense plus l’église comme une citadelle assiégée – https://theconversation.com/avec-son-encyclique-sur-lia-leon-xiv-ne-pense-plus-leglise-comme-une-citadelle-assiegee-284760

Le travail domestique des enfants : une réalité invisible et des inégalités tenaces

Source: The Conversation – France (in French) – By Irène Berthonnet, Maîtresse de conférences en économie, Université Rennes 2

La question du travail domestique est abordée dans le débat public sous l’angle de l’inégale répartition des tâches entre femmes et hommes. Mais qu’en est-il des tâches ménagères prises en charge par les enfants ? Bien que l’on ne présente pas leur participation au ménage, à la cuisine ou au rangement, comme un véritable travail, ces tâches représentent une moyenne de 44 minutes par jour.


Si l’on a pris conscience aujourd’hui de l’inégale répartition des tâches ménagères dans les couples hétérosexuels, la prise en charge du travail domestique par les enfants reste peu connue. On sait que l’arrivée d’un ou de plusieurs enfants dans un ménage a pour effet d’augmenter la quantité globale de travail à réaliser et de creuser l’écart entre le temps qu’y consacrent les femmes et les hommes.

Mais une fois le bébé devenu enfant, celui-ci ou celle-ci fait-il ou fait-elle une partie du ménage ? Concrètement, quelle est la participation des enfants aux lessives ? Contribuent-ils et elles à la préparation des repas ?

Un travail domestique invisible et tabou ?

Depuis les années 1930 environ, la représentation occidentale de l’enfance repose sur son caractère nécessairement improductif, le travail rémunéré des mineurs étant interdit, sauf dans certains cas spécifiques.

Cette habitude empêche de percevoir le travail domestique non rémunéré des enfants comme un véritable travail, car poser la question du travail domestique soulèverait aussi celle du travail rémunéré, dont l’interdiction est constitutive du statut de mineur.

La sociologue Viviana Zelizer, dans un livre récemment traduit en français ainsi que l’historienne Anne-Marie Praz ont montré que ce phénomène datait en gros du tournant du XXᵉ siècle aux États-Unis et en Europe. Toutes deux considèrent que, à partir des années 1930, les enfants sont considérés comme des ressources affectives par leurs parents, et non plus comme des ressources économiques dont le travail participerait à l’économie domestique.

Depuis lors, les enfants occidentaux sont rarement considérés comme des travailleurs, leur implication dans le monde socioéconomique se limitant à un rôle de consommation ou d’objet du travail domestique et parental.

Quand le problème du travail domestique apparaît dans le débat public grâce au mouvement féministe des années 1960-1970, celui-ci est traité principalement sous l’angle de l’oppression domestique des femmes. Le mouvement féministe conceptualise alors la maternité comme creuset de l’oppression patriarcale, et le travail domestique des enfants ne fait pas trop l’objet de discussions, ces derniers étant plutôt vus comme les bénéficiaires de ce travail.

Cette histoire fait que l’on conceptualise rarement aujourd’hui ces activités enfantines comme du « travail » : de la même manière que les stages et statuts d’alternants ne sont pas pensés comme des emplois mais comme des moments de formation, le travail domestique des enfants est vu comme une « participation » à la vie familiale et/ou comme un apprentissage de la vie d’adulte.

Comme ce fut le cas pour le travail domestique des femmes avant les mouvements féministes, les activités réalisées pour autrui par les enfants dans le cadre domestique sont invisibles en tant que « travail », du fait du statut subalterne de ces derniers.

Le tournant de l’entrée des femmes dans le salariat

Dans les années 1980-1990, l’entrée massive des femmes dans le salariat entraîne une prise de conscience de ce biais adultiste dans le traitement du travail domestique.

De nouvelles hypothèses surgissent alors, par exemple celle de savoir si les enfants vont prendre en charge une partie du travail que les femmes ne pourraient plus faire du fait de leur emploi salarié. Plusieurs recherches incluent alors la présence ou non d’enfants dans les facteurs susceptibles d’expliquer la répartition des tâches ménagères entre les adultes.

Le partage des tâches ménagères (INA Société, 2021).

Dans le même temps, l’augmentation des divorces et des nouveaux modèles familiaux pose la question de la façon dont ces familles organisent le travail domestique des enfants. De nouveaux travaux documentent alors les caractéristiques du travail domestique des moins de 18 ans, montrant plusieurs résultats récurrents :

  • les enfants filles réalisent plus de travail que les enfants garçons ;

  • le travail domestique augmente avec l’âge ;

  • les aînées et aînés sont généralement plus impliqués que les cadets ;

  • enfin, le travail domestique décroît à mesure que le niveau d’éducation parental s’accroît, les parents les plus diplômés donnant plus d’importance aux activités scolaires ou aux loisirs des enfants.

Le sens que les parents attribuent à ce travail fait aussi l’objet d’investigations, révélant que ceux-ci considèrent qu’assigner un certain nombre de tâches aux enfants qui vivent avec eux les forme à leur future vie d’adulte et leur permet d’acquérir un sens des responsabilités et des devoirs envers le groupe.

Près de 44 minutes de travail ménager par jour

Depuis les années 2010, plusieurs recherches empiriques sur le temps de travail et les tâches réalisées par les enfants ont été menées, de l’Italie à la Mongolie, en passant par le Danemark.

Pour le cas des enfants résidant en France, les principaux résultats actuellement disponibles sur la base des enquêtes de l’Insee montrent que les enfants de 11 à 18 ans font en moyenne 44 minutes de travail ménager par jour, soit 60 minutes pour les filles et 29 minutes pour les garçons.

Garçons et filles ne font pas les mêmes tâches, mais la division des tâches entre les enfants ne rejoint pas exactement celle des adultes. Les garçons ne font pas de tâches « longues » : aucune des tâches réalisées par les garçons ne leur prend autant de temps que ce qu’elle prend aux filles. En moyenne, les garçons consacrent au maximum 7 minutes consécutives à une tâche domestique, tandis que les filles y consacrent 12 minutes.

Certains travaux identifient une division entre les tâches relevant du self-care (effectuées plutôt par les garçons) et celles relevant du family-care (faites par les filles.).

Les enfants et les tâches ménagères, reportage en Loire-Atlantique (France 3 Pays de la Loire, 2019).

Les enfants consacrent en moyenne un tiers du temps de travail domestique des adultes à ce travail, et leur temps domestique augmente à mesure qu’ils grandissent, même si quasiment tous les enfants de 10 ans mettent et/ou débarrassent la table, rangent leur chambre et s’occupent des éventuels animaux domestiques.

La place dans la fratrie influence également fortement le rôle dans le travail domestique, tout comme la classe sociale des parents. En effet, les jeunes des classes populaires réalisent davantage de travail domestique et ce constat est d’autant plus vrai pour les filles des classes populaires, la participation aux tâches ménagères des enfants diminuant à mesure que le niveau scolaire et social des parents s’accroît, la répartition du travail entre filles et garçons devenant alors également plus égalitaire.

Les données agrégées sur le travail domestique des enfants montrent des inégalités entre garçons et filles dans le temps consacré à cette activité, mais il n’y a pas nécessairement des garçons et des filles dans toutes les familles, alors que signifie cette inégalité ? Quelle est la parte des rôles sexués qui est transmise dans l’enfance par la mise au travail ?

L’émergence récente des childhood studies, en proposant une nouvelle vision des capacités d’action des enfants, permettra-t-elle de sortir les enfants des marges des sciences sociales ?

The Conversation

Irène Berthonnet ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Le travail domestique des enfants : une réalité invisible et des inégalités tenaces – https://theconversation.com/le-travail-domestique-des-enfants-une-realite-invisible-et-des-inegalites-tenaces-283906

Face à l’IA, l’encyclique « Magnifica Humanitas » rappelle une idée parfois oubliée : travailler n’est pas seulement produire

Source: The Conversation – France (in French) – By Hugo Gaillard, Maître de conférences HDR en sciences de gestion, Le Mans Université

Hâtivement présentée comme une prise de position contre l’intelligence artificielle, l’encyclique (lettre solennelle du pape adressée à l’ensemble de l’Église catholique) « Magnifica Humanitas » de Léon XIV, publiée en mai 2026, s’inscrit dans une longue tradition de réflexion catholique sur le sens à donner au travail humain. De cette façon, elle revient aussi sur la place à donner à la technique.


Alors que la publication récente de l’encyclique « Magnifica Humanitas » (mai 2026) intervient au moment où l’intelligence artificielle nourrit promesses et inquiétudes, le texte opère un recadrage inattendu, voire inespéré. L’intelligence artificielle nous aidera probablement à produire plus vite. Mais produira-t-elle encore des travailleurs ?

Derrière les promesses de gains de productivité et d’automatisation, une question au moins : que devient le travail lorsque certaines activités intellectuelles qui le constituaient sont progressivement confiées à des systèmes artificiels ?

Travailler ne consiste pas uniquement à obtenir un résultat ; c’est aussi une expérience qui façonne notre jugement, notre autonomie et nos relations aux autres, mais aussi au monde.

Une question ancienne derrière une révolution nouvelle

Les débats sur l’intelligence artificielle sont généralement formulés dans les termes de la performance : quelles tâches pourraient être automatisées ? Quels gains de productivité peut-on espérer ? Comment intégrer l’IA dans le business pour l’optimiser ? Depuis deux siècles d’ailleurs, les innovations techniques sont principalement pensées à travers leurs effets sur l’organisation et l’efficacité de la production.




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Or, l’histoire des transformations du travail montre aussi une succession de déplacements techniques qui ont progressivement modifié les conditions de l’activité humaine. Le XIXᵉ siècle a été marqué par la mécanisation des gestes ; le XXᵉ siècle par leur rationalisation. Le XXIᵉ siècle semble désormais engagé dans une automatisation partielle des opérations cognitives elles-mêmes.

Une unique représentation du travail à travers les siècles

Derrière cette continuité historique, une constante : chaque révolution technique tend à réactiver une même représentation du travail, réduit à sa seule fonction productive. Et plus encore, par cette réduction, l’intensifier encore, lui ajouter des couches et des strates, qui nous le rendent invisible et lointain.

De même, la démultiplication des possibilités techniques a ajouté à cette fonction productive une condition de la production : l’accélération, à tel point que célérité et instantanéité de la production sont devenues des maîtres mots dans le modèle capitaliste.

Une question fondamentale reste dans l’ombre : qu’est-ce que travailler veut dire et signifie de notre humanité ?

Sortir d’une vision restrictive du travail : une vieille histoire

Cette interrogation n’est pourtant pas nouvelle pour l’Église qui a mis historiquement des conditions au déploiement de la technique. Dès la fin du XIXe siècle, alors que la révolution industrielle bouleverse les rapports sociaux, « Rerum novarum » définissait le travail comme « l’entretien de la vie elle-même », de telle sorte qu’il participe aux conditions mêmes de l’existence humaine, qui ne sont pas seulement économiques.

Quelques décennies plus tard, « Laborem exercens » nuançait cette réflexion face aux transformations technologiques du XXᵉ siècle indiquant que « la technique est indubitablement une alliée de l’homme », mais aussi que « comme sujet du travail, et quel que soit le travail qu’il accomplit, l’homme, et lui seul, est une personne ».

À rebours d’un Aristote qui considérait le travail comme avilissant ou du plus récent Paul Lafargue et son Droit à la paresse, l’encyclique nouvellement parue postule que « le travail n’est pas un simple instrument, mais [qu’] il exprime et renforce la dignité de notre vie ». L’intelligence artificielle, en automatisant une part de la vie humaine, favorise-t-elle la dignité de l’humanité ?

Ce que l’IA fait au travail lui-même

Nous l’avons dit, les « bénéfices » présentés de l’IA sont nombreux : alléger certaines tâches répétitives, accélérer le traitement des informations ou faciliter certaines prises de décision. Certainement d’ailleurs, l’IA a pu émanciper ou sortir de l’aliénation du travail certains travailleurs.

Mais l’enjeu ne concerne plus uniquement l’automatisation de certaines tâches matérielles ; il touche désormais des activités traditionnellement associées au travail intellectuel : écrire, analyser, sélectionner, synthétiser ou interpréter. Mais une interrogation persiste : que devient le travail lorsque l’individu délègue progressivement une partie de l’activité cognitive qui contribuait jusqu’alors à sa propre construction ?

Le travail s’entend, d’un point de vue sémantique, de deux manières. La première acception est celle de l’accouchement (on parle en maternité de « salle de travail », de « déclenchement du travail », etc.). La seconde réside dans l’activité réalisée en vue de subvenir, principalement, aux nécessités vitales. Dans les deux cas, c’est la vie humaine qui est centrale, comme si le terme même de travail était indissociable d’une part de la nature humaine, et donc des activités et des tâches de l’être humain.

Le risque d’une substitution des actions humaines par celles de l’IA ne réside probablement pas seulement dans une substitution des tâches humaines par des systèmes techniques, car il concerne également les effets anthropologiques plus discrets susceptibles d’accompagner cette délégation.

La pertinence n’est pas une question de probabilité

Travailler ne consiste pas uniquement à atteindre un objectif. Le travail participe aussi à la formation du jugement, à l’apprentissage, à la socialisation et au développement d’une autonomie individuelle. Or les modèles actuels d’intelligence artificielle reposent largement sur des mécanismes statistiques et probabilistes. Leur efficacité provient de leur capacité à identifier des régularités et à produire des réponses plausibles à partir d’immenses volumes de données.

Mais cette logique comporte une limite : ce qui apparaît comme pertinent correspond souvent à ce qui est le plus probable. Cela conduit irrémédiablement à confondre le probable et le vrai, le possible et le réel. Aux questions, « Quel salaire vais-je toucher à la fin du mois ? », ou à celle « Comment dois-je accomplir cette tâche ? », ou encore « Avec quelle personne dois-je collaborer pour atteindre le résultat attendu ? », le travailleur n’attend pas une réponse statistique ou probable… mais bien la réalité du revenu qu’il va percevoir, la méthode ou le processus, le nom de la personne concernée. Il en est de même pour toute interrogation : le probable ne saurait se substituer au caractère certain d’une réponse.

Le risque n’est donc pas seulement celui de l’erreur. Il pourrait être celui d’une uniformisation progressive des pratiques et des raisonnements, où l’efficacité immédiate l’emporte sur l’interprétation, la créativité ou l’exercice du jugement, où la réponse médiane et relative l’emporte sur l’attraction vers la certitude.

Que voulons-nous encore que le travail fasse de nous ?

L’enjeu n’est pas de condamner la technique ni d’opposer a priori l’humain et l’intelligence artificielle. L’histoire montre au contraire que les innovations peuvent constituer des facteurs puissants d’émancipation. La question est aussi ailleurs, et participe d’un regard éthique (et donc critique) sur l’IA : quelles dimensions du travail souhaitons-nous préserver ?

Cette interrogation concerne notamment et, à titre d’exemple, le monde de l’enseignement. Si certaines compétences techniques deviennent partiellement automatisables, la fonction pédagogique pourrait progressivement se déplacer vers ce qui demeure difficilement substituable : former le jugement, développer l’esprit critique, donner du sens aux connaissances et inscrire les apprentissages dans une compréhension plus large des réalités humaines et sociales.

Babel ou Jérusalem ?

Les débats contemporains sur l’intelligence artificielle portent principalement sur ce que les machines pourront faire demain. Une question plus fondamentale demeure pourtant ouverte : au-delà de ce que nous demanderons aux machines, que voulons-nous encore que le travail fasse de nous ?

Dans « Magnifica Humanitas », Léon XIV mobilise deux figures bibliques que sont Babel et Jérusalem, comme grille de lecture des transformations contemporaines liées à l’intelligence artificielle. Plus qu’une opposition religieuse, elles représentent deux manières d’envisager l’organisation de la vie collective et, par extension, du travail lui-même. Le texte précise ainsi que « le premier choix ne se situe pas entre un “oui” ou un “non” à la technologie, mais entre bâtir Babel ou reconstruire Jérusalem ».

La première renvoie à une logique de Babel : recherche d’une efficacité absolue, uniformisation des pratiques, concentration croissante des capacités de décision et logique de puissance. Comme l’écrit l’encyclique, Babel est une œuvre « soutenue par une uniformité qui élimine la diversité » et qui « sacrifie la dignité des personnes à l’efficacité ». Dans cette perspective, la valeur du travail tend à se mesurer essentiellement à sa vitesse, sa quantité ou sa performance. Dans le récit biblique, la verticalité de la tour de Babel apporte finalement l’horizontalité de l’humanité en répartissant celle-ci sur toute la terre.

Le Huff Post 2026.

À l’inverse, Jérusalem, dans la Bible, apparaît comme une œuvre collective fondée sur une responsabilité partagée. L’encyclique décrit une reconstruction du travail qui naît « non pas grâce à l’initiative d’une seule personne, mais grâce à la responsabilité partagée de tout le peuple ». Le travail n’y est pas envisagé uniquement comme une production de résultats, mais comme une activité par laquelle les individus se construisent eux-mêmes avec les autres. La signification est alors aux antipodes de celle portée par Babel : l’humanité se verticalise en unifiant toutes les personnes qui la composent.

Et maintenant ?

L’encyclique souligne encore que l’intelligence artificielle « n’est pas neutre, car elle prend le visage de ceux qui la conçoivent, la financent, la régulent et l’utilisent ». Reste que le texte, bien qu’affirmant l’absence de neutralité de cette technologie et, conséquemment, les implications de celle-ci dans le monde du travail, ne se positionne pas sur cette neutralité et laisse le monde du travail dans un certain embarras.

Si l’intelligence artificielle devait devenir encore davantage un outil central de l’activité professionnelle, plusieurs questions concrètes – auxquelles l’encyclique ne répond pas – apparaissent alors comme autant de garde-fous possibles : comment préserver des espaces réels d’exercice du jugement ? Comment maintenir une autonomie autre que purement formelle ? Comment protéger les relations humaines au travail lorsque certaines interactions deviennent médiées par des systèmes techniques ? Comment permettre encore l’expérience de l’apprentissage, de l’incertitude et du sens ? En quoi ce que nous favorisons pour ces objectifs de production, aura de conséquences ce que nous sommes et devenons en dehors ?

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Face à l’IA, l’encyclique « Magnifica Humanitas » rappelle une idée parfois oubliée : travailler n’est pas seulement produire – https://theconversation.com/face-a-lia-lencyclique-magnifica-humanitas-rappelle-une-idee-parfois-oubliee-travailler-nest-pas-seulement-produire-284738

Comment les IA génératives grand public influencent le langage des publications académiques

Source: The Conversation – France (in French) – By François Rastier, Directeur de recherche, Centre national de la recherche scientifique (CNRS)

L’usage des Large Language Model (LLM) d’IA s’est répandu dans le monde académique. À quel prix ? Hamonazaryan1/Pixabay, CC BY

Le langage des intelligences artificielles, IA, génératives reste encore peu étudié, mais l’on peut déjà observer « à l’œil nu » des conséquences inattendues de l’usage de ces IA sur les discours scientifiques et académiques.


Si l’intelligence artificielle (IA) générative imite le langage humain, son usage croissant et souvent quotidien conduit à rendre cette imitation réciproque. Ainsi, une étude de chercheurs du Max-Planck Institute; parue en juillet 2025, en analysant un corpus de 740 000 heures d’exposés académiques, de vidéos YouTube et de podcasts a décelé, entre 2017 et 2024, un usage croissant de mots privilégiés par les chatbots, comme « delve », « comprehend », « boast », « swift » et « meticulous » (approfondir, comprendre, se vanter, rapide et méticuleux).

Il reste difficile de démêler influence et substitution : les corpus oraux étudiés peuvent ne s’appuyer qu’en partie sur des textes générés par IA. En tout état de cause, l’apparition croissante de ces mots affecte les discours relevant de la technologie, du business et de l’éducation – mais non ceux qui traitent de religion ou de sport ; il ne s’agit donc pas d’une évolution générale de la langue, car ce processus affecte les domaines où l’IA est la plus utilisée.

Dans le domaine académique, l’influence de l’IA générative peut aller jusqu’à la substitution. Consacré à la détection de la fraude scientifique, le site Academ-AI liste, par centaines, les articles, communications et chapitres de livres qui contiennent des formules caractéristiques des IA génératives, comme « selon ma dernière mise à jour ». En voici quelques-unes :

« Veuillez fournir plus d’informations… »

« Absolument ! Voici quelques points supplémentaires qui peuvent être abordés dans l’article scientifique. »

« Je m’excuse pour la confusion, mais en tant que modèle de langage IA, je n’ai pas accès à des articles spécifiques. »

« À la date de ma dernière mise à jour (septembre 2021), je ne disposais d’aucune information. »

La confiance dans l’IA est telle que les auteurs n’ont pas pris la peine de relire les articles qu’ils ont signés. Peu importe au demeurant, si les rédactions des revues s’en sont aussi dispensées. Cette nonchalance est d’autant moins anecdotique qu’avant publication des éditeurs commencent à réécrire par IA les manuscrits qui leur sont soumis.

Cela n’est pas sans conséquence. Par exemple, quand des chercheurs ont demandé à ChatGPT5 de « polir » (« please polish ») le premier paragraphe de l’article fondateur de Turing « Computing Machinery and Intelligence » (1950). Là où Turing, pour répondre à la question « Can machines think? », rejette comme dangereuse (« dangerous ») l’idée de s’en remettre au sens usuel de « machine » et de « think », le chatbot remplace « dangerous » par un simple « risky » (risqué), passant de l’affirmé et de l’avéré au possible.

Une banalisation du langage

Les algorithmes des IA génératives ne sont pas déterministes, mais probabilistes, et privilégient donc ce qui est le plus fréquent dans leur corpus d’apprentissage.

Ce choix entraîne deux conséquences majeures. D’une part, les mots rares dans ce corpus (mais qui peuvent être endémiques dans des corpus spécialisés) se raréfient encore, voire disparaissent. Et il en résulte une restriction du dicible – voire du pensable, selon le principe énoncé par Winston, le commissaire politique du roman 1984 de George Orwell (« Ne voyez-vous pas que le véritable but du novlangue est de restreindre les limites de la pensée ? À la fin, nous rendrons littéralement impossible le crime par la pensée, car il n’y aura plus de mots pour l’exprimer. »)

D’autre part, comme la génération de texte s’opère par le calcul des probabilités d’occurrence contextuelle, pour chaque mot, les mots qui voisinent le plus fréquemment dans ses contextes d’emploi se voient privilégiés. Dès lors, les phraséologies, les expressions toutes faites et les clichés envahissent le discours, avec le conformisme qu’elles concrétisent – et radicalisent.

De longue date, les fréquences lexicales ont été étudiées en linguistique de corpus. On ne retient pas les fréquences les plus élevées, car elles intéressent pour l’essentiel les mots grammaticaux, et comme elles restent analogues en tout corpus, elles ne sont pas caractérisantes. Généralement, on s’appuie sur les mots de fréquence moyenne, pour différencier des textes ou des sous-corpus.

Cependant, et bien qu’ils soient le plus souvent négligés faute de poids statistique, les mots de faible fréquence sont très caractérisants et même individualisants : tel hapax, comme « ptyx », renverra uniquement à un sonnet célèbre de Mallarmé. Au-delà, on oublie les mots de fréquence zéro. Or, ces mots absents, que l’on peut inventorier en contrastant des textes ou des sous-corpus, restent hautement révélateurs, car un discours ne signifie pas moins par ce qu’il énonce que par ce qu’il tait, même s’il use d’une langue stéréotypée.

Or, les IA décrivent un monde de ce qui est (ou du moins devrait être) conforme à leurs biais. Ce positivisme paradoxal, qui crée le monde auquel il prétend référer, ne laisse aucune place à l’implicite et reste cependant réputé permettre un discours de connaissance.

La disparition de l’implicite découle d’une loi de moindre effort : l’utilisateur n’a pas à interpréter les discours de son IA, il lui suffit de les écouter ou de les déchiffrer pour les comprendre. Il n’a jamais à établir une distance critique pour en juger, et cette facilité obéit aux principes de la relation client : un langage simplifié et univoque devrait contribuer à son confort et entretenir la connaissance du connu.

De moins en moins de termes spécifiques

Relevons enfin une dernière forme d’adultération (falsficiation) du discours scientifique et technique : la multiplication des termes qui ne sont pas spécifiques au domaine considéré. Or, dans certaines disciplines le rapport entre termes spécifiques et termes généraux s’est soudain inversé, en deux ans à peine.

La proportion des termes non spécifiques diminue drastiquement et ils l’emportent désormais sur les termes pertinents. Cela s’accorde avec le projet d’une IA dite générale, qui pourrait bien favoriser les généralités. Elle multiplie du moins des termes passe-partout et donc fréquemment employés – sauf quand on a quelque chose de précis à dire. Ainsi, des termes favorisés par ChatGPT, comme « delves », « showcasing », ou « underscores » (explore, présentant, souligne), ont vu leur fréquence s’accroître.

En 2023, première année d’usage de ChatGPT, le nombre des mots non spécifiques, jusqu’alors faible, a triplé par rapport à 2022, pour représenter la moitié des occurrences, mais l’année suivante, ils furent multipliés par huit.

Une hypothèse charitable voudrait que ce soit par mimétisme – à moins que ce même logiciel n’ait été un rédacteur clandestin, ce que semble attester la multiplication des « hallucitations », terme maintenant convenu pour désigner les citations « hallucinantes » forgées par les chatbots.

Parallèlement, les évaluations des revues scientifiques ont connu des dérives lexicales analogues, et par exemple des adjectifs comme « commendable », « meticulous », ou « intricate » (louable, méticuleux, complexe), ont vu leur fréquence augmenter dramatiquement, soit respectivement pour la seule année 2024, de 9,8 fois, 34,7 fois, et 11,2 fois.

Un cycle se dessine : certains appels d’offres semblent déjà générés avec l’aide de l’IA ; puis les projets soumis sont évalués de même (ils l’étaient déjà auparavant par la détection automatisée de répétitions de mots-clés). Des articles financés par ces projets de recherche sont ensuite produits, puis évalués par les revues scientifiques au moyen des mêmes logiciels. On peut douter que ces multiples médiations et les biais qu’elles introduisent favorisent les découvertes scientifiques et les innovations techniques.

Standardisation lexicale et tonalité euphorisante

On manque encore d’études comparatives d’ampleur sur l’incidence linguistique de l’IA. Toutefois, en évaluant l’évolution de l’Internet d’août 2022, tel qu’il est consigné alors dans l’Internet Archive, et celui de mai 2025, et en identifiant les textes générés par IA au moyen du logiciel Pangram v3, Jonas Dolezal et ses collègues de Stanford ont montré qu’en 33 mois seulement, 35 % des sites ont été générés automatiquement.

En outre, selon une autre étude, 36 % des sites restants en portent des traces. Si ces chiffres peuvent être relativisés en tenant compte des faux négatifs et positifs, les résultats restent solides et Dolezal et ses collègues ont dégagé deux tendances lourdes.

Ils ont souligné, en premier lieu, la chute de la diversité linguistique et notamment la standardisation lexicale. C’est là sans doute une rançon inévitable de l’industrialisation en cours – et, en persiflant un peu, cela rapprocherait le langage de l’IA de cette critique, formulée voici presque deux siècles, par Alexis de Tocqueville, contre le langage administratif de l’Ancien Régime :

« Le style est également décoloré, coulant, vague et mou. La physionomie particulière de chaque écrivain s’y efface et va se perdant dans une médiocrité commune. »

Ils ont également noté la prévalence d’une tonalité euphorisante, évaluée par des méthodes classiques d’analyse des émotions, qui reflète sans doute les biais algorithmiques qui flattent et retiennent le client roi. Annoncé de longue date par le triomphe américain de la méthode Coué et la positivité prescrite par le secteur du développement personnel, l’optimisme généralisé se trouve à présent prescrit et renouvelé par l’idéologie de la tech – en deçà même de la désinformation.

Un indice ne trompe pas : un ami a fait discuter entre eux quatre chatbots, et au bout de dix minutes, ils se couvraient réciproquement de flagorneries. Un univers de discours dystopique se profile ainsi, avec une standardisation du langage (et donc de la pensée), et un effacement des contradictions de la vie sociale par un optimisme industrialisé.

The Conversation

François Rastier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Comment les IA génératives grand public influencent le langage des publications académiques – https://theconversation.com/comment-les-ia-generatives-grand-public-influencent-le-langage-des-publications-academiques-281586

Le Tchad met l’arabe sur un pied d’égalité avec le français dans les écoles : les enjeux politiques de cette décision

Source: The Conversation – in French – By Helga Dickow, Associate Researcher at the Arnold Bergstraesser Institut, Freiburg Germany, University of Freiburg

Dans la plupart des pays africains multilingues, la politique linguistique est un sujet très sensible et controversé. Elle touche à l’identité régionale, à la religion et au pouvoir politique – comme on le voit clairement au Tchad, en Afrique centrale.

Environ 130 langues sont parlées au Tchad, pays multiethnique et multiconfessionnel. Les deux langues officielles sont l’arabe standard et le français. Aucune des deux n’est originaire du pays et aucune n’est la langue maternelle de la majorité de la population.

L’arabe a façonné l’identité de la plupart des groupes ethniques du nord du Tchad pendant plusieurs siècles, tandis que le français l’a fait pendant un peu moins d’un siècle, principalement dans le sud du pays.

En me basant sur mes études sur les conflits ethniques et religieux au Tchad, il apparaît que cette nouvelle approche dépasse le cadre scolaire.

Le nouveau ministre de l’Éducation, Mahamat-Ahmat Alhabo, a publié une circulaire en avril 2026 exigeant qu’à partir de la prochaine année scolaire, l’arabe standard se voie accorder le même statut que le français en tant que langue d’enseignement et d’examen.

Cette circulaire met en lumière la situation politique au Tchad, tant sur le plan national qu’international.

Sur le plan national, donner immédiatement un statut égal aux deux langues semble être une initiative délibérée pour favoriser l’élite économique et politique arabophone. Ce sont les francophones, dont est issue la majeure partie de l’opposition politique, qui en feront les frais.

Cela traduit un éloignement progressif de l’ancienne puissance coloniale, la France, et une tentative du régime actuel dirigé par Mahamat Idriss Déby de nouer des liens plus étroits avec le monde arabe, en particulier les Émirats arabes unis.

Arabe et français : islamisation et héritage colonial

L’arabe et le français ont des racines historiques différentes dans le pays. On pense que l’arabe est arrivé dans le nord de l’actuel Tchad dans le cadre du processus d’islamisation entre le VIIIe et le XIe siècle.

Comme dans d’autres pays, parallèlement à l’arabe standard, une langue familière distincte, connue sous le nom d’arabe tchadien, s’est développée, enrichie par le vocabulaire des langues locales régionales.

Aujourd’hui, l’arabe standard est la langue dans laquelle le Coran est enseigné et récité. Il est parlé par une petite élite aisée, majoritairement musulmane et instruite, qui entretient des liens étroits avec les pays arabophones, souvent par le biais de migrations temporaires pour les études ou le travail. La majorité de ceux qui se disent arabophones parlent généralement l’arabe tchadien local.

La domination coloniale française de 1900 à 1960 a imposé le français comme langue de culte et d’enseignement dans les régions du sud du pays.

L’emploi dans l’administration coloniale exigeait la connaissance du français. Le sud du Tchad a davantage adopté la langue française. Cependant, le nord islamisé l’a largement rejetée et s’est appuyé sur ses propres écoles.

L’arabe tchadien et le français servent désormais de langues véhiculaires dans tout le pays, en particulier dans les centres urbains. Cependant, ils continuent de représenter des origines et des religions différentes : les musulmans du nord et les chrétiens du sud.

À cela s’ajoutent des rapports de force politique : une partie de l’élite musulmane détient les rênes du pouvoir depuis plus de 40 ans.

Le bilinguisme : nécessité et défi

Comme de nombreux autres États, le Tchad indépendant a adopté le système éducatif français et le français comme langue officielle sous la direction de son président francophone, Ngarta Tombalbaye.

Bien que l’arabe ait été reconnu comme langue nationale en 1962, le français est resté la seule langue officielle de l’administration et de l’enseignement. En conséquence, au cours des premières décennies qui ont suivi l’indépendance, la fonction publique et le pouvoir politique ont été dominés par une élite francophone.

Après des années de guerre civile, en 1978, le pouvoir a été transféré du sud majoritairement chrétien vers le nord majoritairement musulman.
Cela s’est traduit par la reconnaissance de l’arabe comme deuxième langue officielle. Le président Félix Malloum, qui n’était au pouvoir que quelques mois, s’est mis d’accord avec son Premier ministre, Hissène Habré, qui allait diriger le Tchad d’une main de fer de 1982 à 1990, pour que l’arabe soit également inscrit dans la Constitution.

Après la prise du pouvoir par Idriss Déby en 1990, la Conférence nationale de 1993 a cherché à construire un Tchad plus démocratique et plus uni. La conférence a abordé la question de la langue. Cependant, le débat ne portait plus sur l’arabe ou le français. Les délégués venus de tout le pays ont convenu que l’objectif devait être le bilinguisme. La question était : l’arabe standard ou l’arabe tchadien local ? L’arabe standard a été choisi.

Ce choix a créé un immense défi pour un système éducatif déjà fragile pendant les décennies qui ont suivi. Depuis lors, il y a un manque criant d’enseignants et de matériel pédagogique en arabe.

En conséquence, peu de cours ont été dispensés, ce qui a entraîné un faible niveau de maîtrise de l’arabe dans les écoles publiques. Même les universités où les cours sont dispensés en arabe se plaignent de devoir commencer par l’alphabétisation de base. Le bilinguisme dans les écoles tchadiennes est encore loin d’être une réalité.

De plus, une grande partie de la population francophone considère l’arabe standard comme un outil d’oppression politique et refuse de l’apprendre.

La langue en tant que force politique et économique

Selon la circulaire, l’arabe standard doit être enseigné à partir de la prochaine année scolaire avec le même nombre d’heures de cours que le français. Il deviendra également une matière d’examen pour le baccalauréat avec effet immédiat.

Cela ne profitera qu’aux enfants des élites. Ils peuvent améliorer leurs compétences grâce aux écoles privées, de plus en plus nombreuses, qui proposent des cours d’arabe de grande qualité, ou en étudiant à l’étranger.

Dans la pratique, les groupes qui ont acquis leur richesse sous le régime d’Idriss Déby conserveront leur influence et leur statut.

En revanche, l’ancienne élite francophone sera politiquement et économiquement marginalisée.

Conclusion

Le passage à l’arabe standard reflète l’orientation actuelle de la politique étrangère du Tchad. Le pays a mis fin à sa coopération militaire avec la France et cherche à resserrer ses liens avec le Moyen-Orient, en particulier avec les Émirats arabes unis.

Depuis la mort d’Idriss Déby, les Émirats sont intervenus à plusieurs reprises pour apporter un généreux soutien financier. Mais ce soutien s’accompagne de conditions, telles que le soutien du Tchad à Hemedti dans la guerre civile du Soudan voisin, ce qui risque d’impliquer le Tchad dans le conflit.

En résumé, la politique linguistique du régime tchadien n’est pas sans risque. Priver une grande partie de la population de l’espoir d’un avenir meilleur pourrait conduire à des conflits impossibles à résoudre pacifiquement.

The Conversation

Helga Dickow does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Le Tchad met l’arabe sur un pied d’égalité avec le français dans les écoles : les enjeux politiques de cette décision – https://theconversation.com/le-tchad-met-larabe-sur-un-pied-degalite-avec-le-francais-dans-les-ecoles-les-enjeux-politiques-de-cette-decision-284614

Le plus grand danger des entreprises qui se penchent sur leur passé ? S’écarter d’une « juste mémoire » pour instrumentaliser leur histoire

Source: The Conversation – in French – By Fatima Regany, Maître de conférences, LUMEN (ULR 4999), Université de Lille

Comme ce crocodile Lacoste scintillant dans un parking, de nombreuses entreprises ont un passé avec ses zones d’ombre. AkuraYochi/Shutterstock

L’histoire des entreprises appartient à tout le monde. Autant aux communicants férus de récits fédérateurs pour leurs clients et leurs collaborateurs qu’aux historiens qui prônent l’honnêteté sur les zones d’ombre. Pour éviter la réécriture du passé, des chercheurs appellent à promouvoir une éthique de la mémoire organisationnelle.


La construction du passé des organisations n’est jamais anodine ; elle est le produit d’un travail collectif, négocié, parfois conflictuel, entre des acteurs aux intérêts divergents. Par exemple, Lacoste passe sous silence la décennie des années 1990 traversée de conflits internes. De nombreux exemples illustrent les questions éthiques que la société et les entreprises commencent tout juste – au mieux – à formuler.

Dans nos recherches, publiées dans le Journal of Business Ethics et Décisions Marketing, nous nous intéressons à la façon dont ces récits se fabriquent concrètement, qui les négocie, qui cède, qui résiste à ces constructions, et également à ce que ces pratiques révèlent de la responsabilité des organisations envers leur passé.

Nos conclusions nous ont conduits à plaider pour l’émergence d’une nouvelle éthique de la mémoire organisationnelle centrée sur le dialogue, la responsabilité des entreprises, des espaces de délibération et un certain courage face aux potentielles heures sombres des organisations.

« Histoire rhétorique »

Musées d’entreprise, expositions itinérantes, livres commémoratifs, campagnes publicitaires saturées de sépia et de références aux origines… pour les organisations, le patrimoine historique est devenu un actif à part entière, géré, valorisé, monétisé. Hermès met en scène ses archives dans un concept store parisien, Michelin propose une expérience immersive à Clermont-Ferrand, la Vache qui rit a ouvert une maison-musée sur le site même de sa naissance en 1921.

Ce mouvement a suscité, depuis le milieu des années 2000, un courant de recherche en sciences de gestion autour des « usages du passé ». Les chercheurs Andrew Popp, Roy Suddaby, Mads Mordhorst et Daniel Wadhwani ont montré que l’histoire n’est pas simplement ce qui s’est passé, mais ce que les organisations choisissent d’en faire. Roy Suddaby parle d’« histoire rhétorique » : le passé peut-être un outil de persuasion, de légitimation, de différenciation.

C’est dans ce champ que s’inscrit notre recherche, avec une question que ses fondateurs ont peu explorée : celle des enjeux éthiques. Car une marque dotée de racines profondes, d’un savoir-faire transmis de génération en génération, acquiert une forme d’autorité morale difficile à contester. La légitimité historique est une valeur marchande de premier ordre.

Mais qui, précisément, fabrique cette histoire ?

Honnêteté sur les zones d’ombre

Derrière chaque récit de marque se cache un réseau d’acteurs hétérogènes externes ou non à l’organisation : des historiens universitaires engagés pour des missions ponctuelles, des consultants spécialisés dans le « branding patrimonial », des responsables d’archives internes, des directeurs artistiques, des scénographes ou des responsables marketing.

Nous avons mené des entretiens avec ces différents professionnels et étudié six grandes entreprises françaises – Air France, Hermès, Lacoste, La Vache qui Rit, Michelin, SNCF – pour mieux comprendre comment deux logiques principales s’affrontent, rarement harmonieusement.

D’un côté, les historiens qu’ils soient universitaires ou spécialisés dans le conseil, défendent une déontologie fondée sur la rigueur des sources, l’exhaustivité du récit et l’honnêteté sur les zones d’ombre. L’un d’eux a refusé de signer un ouvrage commandé par une grande banque, dont le texte avait été expurgé de toute référence à l’Occupation :

« Vous me donnez mon argent et vous publiez ce que vous voulez. Mais sans mon nom. »

De l’autre côté, les équipes marketing et communication raisonnent surtout en termes de cohérence narrative, de positionnement de marque et d’attractivité pour les consommateurs. Le passé est avant tout un matériau à façonner au service d’une stratégie présente et d’un récit fédérateur. Certains le reconnaissent sans détour : ils cherchent dans les archives ce qui conforte le récit souhaité, pas nécessairement ce qui est le plus représentatif de la réalité historique.

« Les films Inside Chanel sont un cas d’école qui subliment l’histoire de la fondatrice. Mais c’est aussi une réécriture maîtrisée : les sujets qui dérangent sont soigneusement effacés, loin de ce que révèlent les recherches historiques sérieuses », souligne un consultant en patrimoine de marque.

Entre ces deux professions, les compromis se négocient, parfois dans la tension. Les rôles se brouillent : l’historien conseille sur les « actifs marketing », la direction marketing tranche sur l’interprétation du passé. Ce que l’un juge inacceptable, l’autre l’appelle choix éditorial, chacun répondant aux impératifs de son métier.

Ces usages du passé peuvent ainsi donner lieu à des abus de mémoire.

Abus de mémoire

Les abus de mémoire dépassent les seules entreprises qui les pratiquent. Ils touchent à la mémoire collective. Les grandes marques sont des actrices culturelles puissantes, dont les récits circulent dans les campagnes publicitaires, les musées ou les expositions.




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Quand une entreprise industrielle se raconte rétrospectivement comme pionnière de la transition écologique, quand une maison de luxe se donne l’apparence d’avoir une tradition ininterrompue, elles écrivent une histoire dont elles contrôlent les termes tout en en tirant profit. Le problème n’est pas ce qu’elles racontent de leur passé, mais que cette narration se donne pour ce qu’elle n’est pas, reversant dans le sens commun des récits possiblement trompeurs :

« Les consommateurs ne peuvent pas identifier ce qui est vrai et ce qui est faux », nous a confié un historien-consultant.

Mémoire réprimée, manipulée ou forcée

Pour comprendre ces tensions, nous avons mobilisé dans l’un de nos articles le philosophe Paul Ricœur, dont l’ouvrage la Mémoire, l’histoire, l’oubli (2000) distingue trois types d’abus pensés pour les sociétés politiques. Ces catégories s’appliquent avec une acuité troublante au monde des organisations.

Mémoire réprimée. C’est le silence sur ce qui dérange, celui des conflits sociaux, des compromissions avec des régimes peu recommandables ou des scandales de gouvernance. L’institution financière qui efface son implication dans le financement de plantations esclavagistes au XIXᵉ siècle ne commet pas seulement une omission commercialement gênante, elle dissimule des responsabilités historiques potentiellement lourdes.

Nos interlocuteurs s’accordent sur ce point : une organisation ne devrait pas mentir sur son passé. Ils divergent sur ce qui constitue un mensonge. Pour certains, l’omission est acceptable, voire nécessaire. Pour d’autres, elle équivaut à une censure.

Mémoire manipulée. C’est la mémoire la plus répandue et la plus insidieuse ; on ne supprime pas les faits, on les réinterprète pour leur faire dire ce qu’ils n’ont jamais dit. Un historien travaillant pour une grande entreprise nous a rapporté la position inconfortable suivante : en 1996, celle-ci avait lancé un test technologique dicté par des impératifs de performance, sans aucune préoccupation environnementale. Des années plus tard, ce test est présenté comme la preuve que l’entreprise était « pionnière en matière d’écologie ».

Le procédé est courant. Une exposition non chronologique crée une continuité artificielle qui efface les ruptures. Son efficacité tient précisément à son mélange de vrai et de fabriqué (archives authentiques, objets réels, témoignages sincères, etc.) ce qui la rend difficile à déconstruire pour un public non averti.

Mémoire forcée. Il s’agit de l’excès inverse, celui d’un devoir de mémoire transformé en outil de communication. Anniversaires hors années jubilaires, fondateurs érigés en figures mythiques, événements nationaux captés pour renforcer une identité de marque, etc. Un responsable de communication patrimoniale nous décrivait avec ironie cet art de surfer sur « la vague rétro, l’enthousiasme pour la nostalgie et l’authenticité ».

La mémoire collective d’une profession, d’un territoire, d’une époque finit par être capturée au profit d’une seule marque, qui en tire une légitimité disproportionnée.

Éthique de la mémoire organisationnelle

Face à ces constats, que faire ?

À l’heure où transparence et cohérence sont exigées des entreprises, la gestion de la mémoire ne peut plus être laissée aux seuls communicants.

Construire des récits historiques est un acte éthique. Sélectionner, omettre, mettre en valeur ou dissimuler, toutes ces décisions engagent la façon dont une organisation accepte ou refuse d’assumer ses responsabilités.

Cela implique aussi de structurer le dialogue entre acteurs pour qu’archivistes, historiens, équipes communication ou direction travaillent main dans la main. Des espaces de délibération réels, où rigueur historique, objectifs et impératifs de narration se négocient de façon transparente, seraient un premier pas dans cette voie.

Cela suppose d’admettre que certaines vérités inconfortables peuvent devenir une ressource. Les organisations qui ont assumé des pans difficiles de leur histoire ont souvent constaté que cette honnêteté renforçait, à terme, la confiance de leurs publics.

Le passé n’appartient à personne en propre. Il est un bien commun, fragmentaire, toujours en cours d’interprétation. Les entreprises qui en font usage ont une responsabilité à la hauteur de l’influence qu’elles exercent. Paul Ricœur parlait de « juste mémoire » ; ni obsession du passé ni amnésie confortable. C’est à cette exigence que les organisations devraient, elles aussi, être tenues.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Le plus grand danger des entreprises qui se penchent sur leur passé ? S’écarter d’une « juste mémoire » pour instrumentaliser leur histoire – https://theconversation.com/le-plus-grand-danger-des-entreprises-qui-se-penchent-sur-leur-passe-secarter-dune-juste-memoire-pour-instrumentaliser-leur-histoire-282165

Malgré un engouement qui ne démord pas, les clubs de football professionnels féminins français n’ont toujours pas trouvé leur modèle économique

Source: The Conversation – in French – By Patrice Bouvet, Maitre de conférences HDR en économie et management du sport, Université de Poitiers

Les OL Lyonnes et la section féminine du Paris Saint-Germain font rayonner le championnat féminin français en Europe. Victor Velter/Shutterstock

Malgré des affluences record dans les stades et devant les postes de télévision, les clubs de football féminins français ne sont pas tous à l’équilibre sur le plan financier. Comment l’expliquer ? Et surtout, quelles solutions mettre en place pour résoudre ces difficultés ?


Le 5 avril 2026, Pierre-Henri Deballon, propriétaire du Dijon Football Côte-d’Or, rappelle qu’avec « l’effondrement des droits TV sur lesquels reposait le développement du football professionnel féminin, [la] section féminine [qu’il dirige] est déficitaire à hauteur de 1,5 million d’euros pour la seule saison 2025/2026 ».

Comme le souligne l’économiste du sport Wladimir Andreff en 2023, un constat s’impose en France : faute de revenus de transferts, le modèle économique du football féminin n’est pas à l’équilibre pour tous les clubs. Uniquement quinze équipes européennes voient leurs revenus cumulés augmenter de 35 % et seule la section féminine du PSG fait partie du classement avec 4,6 millions d’euros pour la saison 2024/2025.

Pourtant, la Fédération française de football comptabilise 733 672 téléspectateurs lors de la phase aller de la Première Ligue féminine (saison 2025/2026). Des audiences en hausse de plus de 79 % par rapport à 2024/2025.

Comment l’expliquer ? Que risque-t-il d’advenir des clubs de football féminin français ? Qui pourra survivre ?

Le phénomène n’est pas nouveau pour la planète football ; une réalité que j’étudie depuis 1996.

Championnat féminin créé en 1974

Environ un tiers des footballeuses licenciées dans le monde se trouve aux États-Unis. L’Europe compte presque 1,5 million de licenciées ; 250 000 jouent en France. Le championnat de France féminin est créé en 1974. Seize équipes jouaient alors dans quatre groupes régionaux. Le format est ensuite modifié à quatre reprises pour conduire au format actuel avec 12 équipes évoluant dans l’Arkema Première Ligue féminine.

Au début des années 2000, presque tous les clubs sont amateurs. Les sections féminines sont aujourd’hui majoritairement détenues par des clubs professionnels masculins, 21 des 24 clubs dans les deux premières divisions. Ils évoluent le plus souvent dans une grande ville. Contrairement au football masculin, pour lequel la Direction nationale du contrôle de gestion publie tous les ans un rapport d’activité, peu de données sont disponibles pour le football féminin.

Selon les chercheurs Luc Arrondel et Richard Duhautois, les difficultés économiques sont le produit d’une combinaison de facteurs historiques (l’exclusion institutionnelle), sociopolitiques (retard de l’émancipation féminine), économiques (faiblesse des revenus et des droits TV) et structurels (professionnalisation tardive, carrières précaires).

Peu d’argent rentre dans les caisses

À l’exception des clubs qui peuvent compter sur leurs riches actionnaires et/ou participent régulièrement aux coupes européennes, comme l’OL Lyonnes de Michele Kang, les revenus restent insuffisants.




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Pendant de nombreuses années, les sections féminines de clubs professionnels masculins ont pu bénéficier de revenus de transferts issus des droits TV perçus par les sections masculines. La diminution de ces droits – d’une valeur de plus de 1 000 millions d’euros pour la période 2020/2021 et d’une valeur de moins de 500 millions d’euros pour la période 2024/2029 – limite grandement cette possibilité.

Les produits d’un club de football féminin sont conditionnés à la vente de droits – droits TV, droits d’exposition, droits d’entrée et droits d’appellation. Pour les saisons 2023-2024 à 2028-2029, le montant annuel total des droits TV de l’équipe de France féminine et de la D1 Arkema est estimé à 5,3 millions d’euros par saison, soit presque 100 fois moins que ceux du football masculin.

En 2019, la Coupe du monde masculine distribuait 400 millions de dollars (344,68 millions d’euros) de primes, contre seulement 30 millions (25,8 millions d’euros) pour la compétition féminine

Près de 2,9 millions d’euros de dépenses pour 1,4 million d’euros de recettes

Certaines charges sont en revanche incompressibles. Le poste de dépenses le plus important reste la rémunération des joueuses, en hausse depuis la création, en 2004, de la Ligue de football féminin professionnel ; elle atteint 750 00 euros brut mensuel pour les meilleures joueuses. Les frais de déplacement, l’organisation des matchs et le coût de fonctionnement des centres de formation complètent ces charges.

Dans ces conditions, il n’est pas surprenant que la majorité des clubs féminins connaissent des difficultés économiques. Pour la section féminine du Dijon Football Côte-d’Or, le budget est d’un peu moins de trois millions d’euros. Il n’est pas intégralement financé par les recettes dégagées par l’équipe féminine. Les dépenses sont de l’ordre de 2,9 millions contre 1,4 million de recettes.

Quasiment aucune joueuse fait l’objet de transferts (internationaux) avec paiement d’indemnités, ce qui limite certaines charges (amortissements, mutations et honoraires d’intermédiaires), mais prive les sections féminines de possibilités de faire du trading joueuses, susceptible de limiter les déficits.

Trois catégories de club

En analysant la situation actuelle des clubs évoluant en Arkema Première Ligue et dans le championnat de France féminin de football de deuxième division, trois situations peuvent être distinguées :

  • les clubs qui, forts de leur histoire et/ou de leur situation au regard des variables précédentes, peuvent regarder l’avenir avec optimisme : OL Lyonnes, Paris Saint-Germain, Olympique de Marseille ;

  • les clubs qui bénéficient d’un important soutien populaire : RC Lens, AS Saint-Étienne, FC Nantes. Lors de la phase aller 2024/2025, Nantes possède la meilleure affluence moyenne (5 776 spectateurs) sur la phase aller, devant l’OL Lyonnes (5 001) et le RC Lens (4 277).

  • les clubs qui, a priori, peuvent compter sur la puissance financière de leur riche actionnaire (fonds de pension ou individus fortunés) : Paris FC, RC Strasbourg, Montpellier HSC.

À l’avenir, ces clubs devraient constituer le « noyau dur » de la ligue 1 féminine. En fonction de leurs performances, celle-ci devrait être complétée par les clubs suivants : FC Fleury 91, Dijon FCO, Le Havre FC, Toulouse FC, Lille OSC, OGC Nice.

Il est aujourd’hui nécessaire de réfléchir à l’avenir du football professionnel féminin en Europe. Une solution d’avenir pourrait être la création d’une ligue fermée ou semi-fermée réunissant les équipes disposant des moyens suffisants pour y participer parallèlement à l’organisation de championnats nationaux, moins exigeants économiquement, permettant aux sections féminines des « petits clubs » de s’y maintenir.

The Conversation

Patrice Bouvet ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Malgré un engouement qui ne démord pas, les clubs de football professionnels féminins français n’ont toujours pas trouvé leur modèle économique – https://theconversation.com/malgre-un-engouement-qui-ne-demord-pas-les-clubs-de-football-professionnels-feminins-francais-nont-toujours-pas-trouve-leur-modele-economique-281770

Le système mondial d’observation des océans est en danger : sans les États-Unis, l’Europe et l’Asie doivent jouer un rôle global

Source: The Conversation – France in French (2) – By Sabrina Speich, Professeure en océanographie et sciences du climat, École normale supérieure (ENS) – PSL

Arrêter de financer le système global de mesure de l’océan met en danger nos capacités de prévisions météorologiques et d’anticipation – ce qui coûterait au final bien plus cher que ce système lui-même.


Peu de pays sont à même de surveiller les océans, et l’arrangement mondial qui a prévalu jusqu’ici, duquel nous dépendons, montre aujourd’hui des signes de faiblesse. L’Europe et l’Asie doivent désormais décider si elles laissent ce système perdre de sa force ou si elles reprennent la main ensemble.

À l’heure actuelle, dans tous les bassins océaniques de la planète, un réseau mondial d’instruments mesure l’état de la mer.

Des navires de recherche sillonnent les océans en suivant des lignes imaginaires, les « transects », de façon répétée, pour accumuler des données de la surface aux fonds marins. Des bouées ancrées surveillent les océans tropicaux, à la recherche des premiers signes d’El Niño ou de cyclones tropicaux, et prennent le pouls de la circulation thermohaline.

Quelque 4 000 flotteurs autonomes plongent tous les dix jours à 2 000 mètres de profondeur avant de remonter pour transmettre la température et la salinité aux stations au sol par satellite. Des planeurs sous-marins patrouillent les marges continentales, et des bouées dérivantes flottent à la surface dans les eaux les plus reculées. Des centaines d’éléphants de mer portent des capteurs miniaturisés sous la banquise polaire…

Ce réseau produit des informations inestimables qui nous permettent d’anticiper l’évolution des conditions océaniques et météorologiques, d’y réagir, et de protéger l’océan.

Néanmoins, le réseau de surveillance des océans est fragile, bien plus que ne le réalisent la plupart des gens et la plupart des gouvernements – notre nouvelle étude, publiée dans Nature Climate Change, a mesuré pour la première fois à quel point.

Le résultat est alarmant. Si les observations d’un seul contributeur majeur, les États-Unis, étaient retirées du Système mondial d’observation de l’océan (GOOS), les erreurs dans notre estimation de la vitesse de réchauffement de l’océan augmenteraient de 163 %. C’est pire que de perdre au hasard 80 % de toutes les données océaniques mondiales. La raison est d’ordre géographique : les instruments américains couvrent tous les bassins océaniques et comblent des lacunes qu’aucun autre pays n’est en mesure de pallier actuellement.

Il ne s’agit pas d’une préoccupation théorique. Les coupes proposées au budget de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) et de la Fondation nationale pour la science aux États-Unis (NSF) menacent aujourd’hui la contribution états-unienne au GOOS.

La situation n’est guère meilleure de l’autre côté de l’Atlantique ; et les pressions ne se limitent pas à l’Occident. En Chine, scientifiques et décideurs s’efforcent de mettre en place une contribution nationale plus résiliente à l’observation des océans, mais sans les ressources que la situation exige.

Le système de surveillance marine sur lequel le monde s’appuie est mis à rude épreuve presque partout dans le monde.

Un système d’observation dont chaque composante répond à des questions auxquelles les autres ne peuvent pas répondre

Les débats publics sur l’observation des océans se concentrent souvent sur les flotteurs Argo.

Conçus pour surveiller les conditions océaniques, les flotteurs Argo font partie d’un programme international qui recueille des données sur la salinité, la température et les courants à l’aide d’une flotte d’instruments robotisés qui dérivent et se déplacent verticalement entre la surface et les couches intermédiaires de l’eau.
D. Luquet, IMEV, Fourni par l’auteur

Chaque flotteur Argo est essentiellement un cylindre étanche contenant des composants électroniques sous pression, doté d’une chambre de flottabilité ingénieuse : il se remplit d’eau de mer pour couler et se vide pour remonter à la surface. Les sciences de l’océan ont été, proprement, révolutionnées par l’utilisation de ces robots autonomes au cours du siècle écoulé.

Cependant, Argo n’est qu’un élément du GOOS et la complémentarité de ses composantes est essentielle.

  • Argo profile les deux kilomètres supérieurs de l’océan ouvert ;

  • les navires de recherche descendent plus profondément : les campagnes GO-SHIP effectuent des relevés de la surface au fond marin le long de transects (traversées) répétés sur de longues distances, fournissant des mesures de référence de haute précision qui permettent d’étalonner tous les autres instruments et aident à valider les modèles climatiques ;

  • les bouées ancrées fournissent des séries chronologiques continues essentielles pour surveiller El Niño, la circulation méridionale de retournement de l’Atlantique, ainsi que les conditions dans lesquelles se forment les cyclones tropicaux …

  • les planeurs sous-marins mesurent les courants côtiers, les tourbillons et les marges continentales que les flotteurs ne peuvent pas détecter ;

  • les éléphants de mer transportent des capteurs dans les zones sous-glaciaires des océans polaires, inaccessibles à tout autre instrument.

En somme, chaque plateforme répond à des questions auxquelles les autres ne peuvent pas répondre.

Si l’on supprime l’un de ces éléments, la capacité du système d’observation à fournir des informations fiables se dégrade non pas proportionnellement au volume de données perdues, mais proportionnellement à l’endroit où apparaissent les lacunes.

Ce que ce réseau apporte réellement

Le Système mondial d’observation des océans est trop souvent décrit comme un « système de surveillance du climat », mais son rôle est bien plus vaste.

Toutes les prévisions météorologiques opérationnelles s’appuient sur ces données. Les systèmes de prévision numérique météo, gérés par le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme, par Météo France et par tous les autres grands services météorologiques, intègrent des observations océaniques plusieurs fois par jour.

Sans elles, les prévisions perdent rapidement leur fiabilité.

De même, les nouveaux systèmes de prévision fondés sur l’intelligence artificielle Pangu-Weather et GraphCast, malgré leurs performances impressionnantes, s’appuient entièrement sur ce même flux d’observations. L’IA ne remplace pas les observations : elle en dépend.

Les prévisions subsaisonnières à saisonnières, qui aident à anticiper les saisons de récolte, la demande en énergie et la disponibilité en eau plusieurs semaines, voire plusieurs mois, à l’avance dépendent de manière cruciale des connaissances sur la chaleur et la salinité sous-marines.

Les prévisions de trajectoire et d’intensité des cyclones tropicaux, essentielles aux décisions d’alerte précoce et d’évacuation, dépendent de la connaissance de la chaleur contenue dans les couches sous-marines de l’océan, et pas seulement de la température de surface de la mer. En effet, les ouragans tirent leur énergie explosive des couches chaudes situées jusqu’à au moins 200 mètres de profondeur.

Les alertes de vagues de chaleur marines, désormais utilisées couramment par les gestionnaires des pêcheries du monde entier, sont impossibles sans une observation soutenue des couches sous-marines.

Les projections du niveau de la mer utilisées pour concevoir les infrastructures côtières nécessitent des décennies de mesures cohérentes, et la salinité apporte les informations de densité indispensables pour déterminer tous les courants océaniques, y compris l’Atlantic Meridional Overturning Circulation (AMOC), le grand « courant de retournement » de l’Atlantique.

En bref, le GOOS est le pilier des services opérationnels, des alertes de tempête de demain aux plans d’adaptation du siècle prochain. Le GOOS n’est pas un luxe mais une nécessité.

Pourquoi les modèles et l’IA ne peuvent à eux seuls nous sauver

Il existe une idée fausse persistante, amplifiée par l’essor de l’intelligence artificielle (IA), selon laquelle des modèles suffisamment avancés pourraient se substituer aux observations directes. Ce n’est pas le cas.

Tout modèle de prévision, qu’il soit traditionnel ou fondé sur l’IA, repose sur l’assimilation des données : un ajustement continu de la simulation par rapport aux mesures du monde réel. Un modèle d’IA entraîné sur un passé riche en observations sera peu performant dans un présent où les observations sont rares. Dans un monde où les phénomènes extrêmes se multiplient et où l’état des océans évolue, les tendances historiques deviennent moins fiables.




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Une observation non effectuée est perdue à jamais. Les mesures satellitaires de la surface de la mer ne peuvent pas nous dire ce qui se passe à des centaines ou des milliers de mètres de profondeur, là où la chaleur s’accumule, où les courants se réorganisent et où se forment déjà les précurseurs de la météo de la saison suivante. Pour voir sous la surface, nous avons besoin d’instruments dans l’eau.

L’assurance la moins chère dont nous disposons

L’argument selon lequel l’observation des océans est trop coûteuse s’effondre face aux chiffres.

Le coût annuel total du système mondial, toutes plateformes et tous personnels confondus, s’élève à environ un milliard d’euros à l’échelle mondiale. La part européenne n’en représente qu’une fraction.

Les phénomènes météorologiques extrêmes liés aux conditions océaniques ont causé des dizaines de milliards d’euros de dégâts à travers l’Europe rien qu’en 2024.

Une seule saison d’ouragans majeure dans l’Atlantique Nord peut coûter des centaines de milliards de dollars aux États-Unis. Les vagues de chaleur marines ont anéanti des pêcheries valant des milliards et provoqué un blanchissement massif des coraux sur tous les récifs de la planète. Les prévisions saisonnières erronées ont des répercussions en cascade sur l’agriculture, l’énergie et l’aide humanitaire, avec des conséquences rarement chiffrées.

Chaque euro dépensé pour l’observation des océans rapporte plusieurs fois sa valeur. C’est l’un des investissements publics les plus rentables qui soient.

Le choix de l’Europe

L’Europe doit considérer l’observation des océans comme une infrastructure critique, au même titre que la navigation par satellite ou les services météorologiques. Cela implique un financement stable et pluriannuel pour l’épine dorsale opérationnelle du système : les bouées, les navires, les amarrages, les planeurs sous-marins et les centres de données qui traitent et diffusent les données.

La France possède la deuxième plus grande zone économique exclusive (ZEE) du monde. Présente dans les océans Atlantique, Pacifique et Indien, la France compte cinq départements et régions ainsi que sept collectivités d’outre-mer, qui abritent 2,7 millions de citoyens français. Pourtant, la France ne contribue qu’à environ 5 % des données mondiales sur le profil de température des océans.

La contribution de l’Australie est plus de trois fois supérieure.

L’Union européenne y contribue à hauteur d’environ 12 %, soit moins d’un quart de la part américaine. L’Europe et la France en particulier devraient augmenter considérablement leur contribution.

OceanObs’29, la conférence internationale décennale qui se tiendra en Chine en 2029, est l’occasion de négocier un système mondial plus équilibré, reflétant les capacités économiques et les intérêts maritimes plutôt qu’un accident de l’histoire.

La coopération scientifique entre l’Europe et la Chine devrait s’intensifier, car leurs zones d’observation sont largement complémentaires. Ensemble, elles couvriraient une grande partie des océans mondiaux.

Une opportunité qui se referme si on laisse le réseau se dégrader

Le danger réside dans l’érosion progressive des informations dont dépend désormais une part croissante de l’activité humaine et de l’économie bleue.

Les alertes cycloniques deviennent moins fiables, les prévisions saisonnières moins précises, les projections sur le niveau de la mer moins exactes. Chaque perte est peut-être tolérable individuellement. Ensemble, elles reviennent à avancer à l’aveuglette vers la transformation la plus lourde de conséquences du climat de la planète de toute l’histoire de l’humanité.

Le système d’observation des océans est un service public planétaire, construit au fil des décennies par de nombreuses nations. La France et l’Europe possèdent les institutions, l’expertise et l’intérêt maritime nécessaires pour jouer un rôle bien plus important.

Ce qui manque, c’est la décision politique d’agir, tant que le système peut encore être maintenu. La perte de la collaboration entre les nations imposerait une reconstruction bien plus difficile et coûteuse qu’un investissement soutenu dans ce qui fonctionne déjà.

The Conversation

Sabrina Speich a reçu des financements de l’ERC, EU Horizon 2030, CNES TOSCA et l’ANR. Elle est présidente du comité d’experts du “Ocean Observations for Physics and Climate” des programmes UN GOOS et GCOS.

John Abraham, Kevin Trenberth et Lijing Cheng ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. Le système mondial d’observation des océans est en danger : sans les États-Unis, l’Europe et l’Asie doivent jouer un rôle global – https://theconversation.com/le-systeme-mondial-dobservation-des-oceans-est-en-danger-sans-les-etats-unis-leurope-et-lasie-doivent-jouer-un-role-global-284870

El acuerdo de paz podría poner fin a la guerra con Irán, pero ¿qué han conseguido realmente Estados Unidos e Israel?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Amin Saikal, Emeritus Professor of Middle Eastern Studies, Australian National University; The University of Western Australia; Victoria University

Tras semanas de negociaciones intermitentes, el presidente de EE. UU., Donald Trump, parece haber alcanzado finalmente un acuerdo con el régimen iraní para poner fin a la guerra que ha sacudido la región –y los mercados energéticos mundiales– desde finales de febrero.

Sin embargo, es probable que los detalles del acuerdo sigan siendo objeto de controversia hasta que se firme el próximo viernes, tal y como está previsto.

Impulsado por el primer ministro israelí, Benjamin Netanyahu, Trump inició la guerra el 28 de febrero con el objetivo de derrocar al régimen iraní y conseguir que Teherán capitulara, tal y como había hecho en Venezuela.

Sin embargo, no pudo alcanzar este objetivo ante la sólida respuesta defensiva de Teherán. Bajo una enorme presión nacional e internacional, Trump decidió finalmente que tenía que recurrir a la solución diplomática que tenía a su alcance para poner fin al conflicto lo antes posible.

El “memorándum de entendimiento” que Washington y Teherán acaban de anunciar es una confirmación de esta realidad.

Dejará a Irán en una posición más fuerte que antes de la guerra, a EE. UU. con mucho menos peso en la región y a Israel en la estacada. El acuerdo también impulsará a los Estados árabes del golfo Pérsico a reevaluar sus alianzas de seguridad con EE. UU. y a aceptar a Irán como un actor regional influyente.

Pocos puntos de acuerdo aparentes

Fuentes iraníes y estadounidenses han proporcionado versiones diferentes del acuerdo.

Ambas partes parecen haber pactado permitir que se reanude el tráfico en el estrecho de Ormuz y levantar el bloqueo naval estadounidense de los puertos iraníes. Las negociaciones sobre el programa nuclear de Irán también continuarán durante los próximos 60 días.

Más allá de esto, las dos partes parecen estar muy alejadas en otras cuestiones.

Según los medios iraníes, el acuerdo pondría fin a los combates en todos los frentes, incluido el bombardeo israelí del Líbano, y reabriría el estrecho de Ormuz en un plazo de 30 días “bajo las condiciones de Irán”.

También exige la liberación de 24 000 millones de dólares en activos iraníes congelados durante las 60 jornadas de negociaciones, y obliga a EE. UU. y a sus aliados a presentar planes de reconstrucción para Irán por un valor de al menos 300 000 millones de dólares.

Sin embargo, según el medio de comunicación estadounidense Axios, el acuerdo exige que el estrecho se reabra inmediatamente sin peajes. Un funcionario estadounidense declaró a Axios que, tras la reapertura, se concederían a Irán “exenciones temporales de las sanciones” para permitirle vender petróleo.

Trump tampoco hizo ninguna referencia al Líbano en su anuncio del acuerdo en Truth Social, aunque los mediadores pakistaníes afirmaron que estaba incluido en el acuerdo.

También quedan por resolver muchas cuestiones polémicas relacionadas con el programa nuclear de Irán. Entre ellas se incluyen el futuro de las reservas iraníes de uranio altamente enriquecido y si se debería permitir al país enriquecer uranio a un nivel acordado con fines pacíficos.

El fin de una guerra sin sentido

Cuando Trump y Netanyahu iniciaron la guerra, su objetivo era derrocar al Gobierno de Irán, destruir su programa nuclear y su capacidad de lanzar misiles, y romper sus vínculos con sus aliados regionales: Hezbolá en el Líbano, los hutíes en Yemen, las milicias chiitas iraquíes y Hamás y la Yihad Islámica en Palestina.

El objetivo general era alterar el orden regional en beneficio de EE. UU. e Israel. Esto permitiría a Netanyahu alcanzar su tan ansiado objetivo de convertir a Irán en una entidad débil y perseguir su visión de un “Gran Israel” en Oriente Medio, una región estratégicamente vital y rica en petróleo.

Sin embargo, a pesar de su naturaleza autoritaria y de todos los retos de política interior y exterior a los que se enfrenta, el sistema islámico iraní ha demostrado que está hecho para sobrevivir. Ha resistido la decapitación de su liderazgo, el bombardeo militar masivo de Estados Unidos e Israel y el posterior bloqueo estadounidense de los puertos iraníes.

Es cierto que Irán ha sufrido graves daños en su infraestructura y economía, así como víctimas civiles. Pero el régimen fue capaz de responder de formas que han resultado muy costosas para EE. UU., sus aliados árabes del Golfo e Israel.

Su control sobre el estrecho de Ormuz, algo que Teherán nunca había tenido antes de la guerra, ha desencadenado una crisis mundial de energía y fertilizantes y ha proporcionado a Teherán una enorme ventaja.

Trump, por su parte, se enfrentaba a una creciente oposición interna a la guerra, combinada con la escasez en el suministro de interceptores de defensa aérea (como los misiles Patriot) y la falta de apoyo entre los aliados tradicionales de EE. UU. Considerando todo esto, Trump tenía buenas razones para no permitir que el conflicto se prolongara demasiado, especialmente en un año electoral.

El acuerdo debe de ser muy desalentador para Netanyahu, cuya determinación de debilitar fundamentalmente a Irán se está desmoronando.

Es posible que aún intente socavar el acuerdo de paz continuando con los ataques contra el Líbano y, tal vez, anexionando formalmente Gaza y Cisjordania. Pero dada la dependencia de Netanyahu de EE. UU. para sus operaciones militares y su supervivencia política, Trump tiene mucha influencia para obligarle a él y a los ministros de extrema derecha de su gabinete a que se sometan a sus dictados.

Si se firma un acuerdo de paz definitivo, este podría allanar el camino para algún tipo de acercamiento entre Irán y EE. UU. como requisito previo para un Oriente Medio más estable y pacífico. Pero aún no es momento para lanzar las campanas al vuelo.

Ambas partes ya han pasado por esto antes. Llevaban meses negociando un acuerdo sobre el programa nuclear de Irán antes de que empezara el ataque el pasado 28 de febrero. Según los mediadores omaníes, un acuerdo estaba “al alcance de la mano” cuando comenzaron a caer las bombas.

Esto significa que cualquier alto el fuego que se alcance ahora podría ser muy frágil. También plantea la pregunta de qué sentido tenía, en primer lugar, esta guerra, librada sin tener en cuenta el derecho internacional ni la aprobación del Congreso estadounidense.

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Amin Saikal no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. El acuerdo de paz podría poner fin a la guerra con Irán, pero ¿qué han conseguido realmente Estados Unidos e Israel? – https://theconversation.com/el-acuerdo-de-paz-podria-poner-fin-a-la-guerra-con-iran-pero-que-han-conseguido-realmente-estados-unidos-e-israel-285266

Israel y el coste de vivir en guerra permanente: siete frentes abiertos y ningún final a la vista

Source: The Conversation – (in Spanish) – By David Alvarado, Associate professor, Universidade de Vigo

Bombardeo de una aldea del sur del Líbano por parte de Israel el pasado 6 de abril. mahdi313/Shutterstock

El Estado de Israel no entró en guerra en octubre de 2023. Sus conflictos con los vecinos se remontan a 1948, a la contienda de 1967 y a la presencia militar continuada en Cisjordania y Gaza desde entonces, así como a la invasión del sur del Líbano entre 1982 y 2000.

Lo que cambió con el ataque de Hamás del 7 de octubre fue la escala. Desde entonces el país combate de forma simultánea en varios frentes sin un acuerdo a la vista en ninguno de ellos.

Sin objetivo final

Esa manera de entender la seguridad tampoco es nueva. Benjamin Netanyahu la expuso hace más de tres décadas en A Place Among the Nations, publicado originalmente en 1993 y reeditado en 2000 como A Durable Peace, donde abogaba por una paz apuntalada en la disuasión y la fuerza, nunca en la reconciliación. La guerra prolongada no es otra cosa que la aplicación coherente de aquella idea.

Pero toda guerra necesita un endgame, el objetivo final que define en qué consiste ganar y cuándo es conveniente detenerse. Israel libra sus campañas sin ese criterio. Yossi Mekelberg, investigador sénior para Oriente Medio y Norte de África de Chatham House, identifica hasta siete frentes activos.

  • Gaza, sometida a un alto el fuego precario desde octubre de 2025 mientras el ejército amplía unilateralmente el control territorial.

  • Líbano, con la reciente toma del castillo de Beaufort y el avance al norte del río Litani hacia Nabatieh.

  • Irán, bajo bombardeo desde el 28 de febrero con una tregua frágil que Tel Aviv no deja de vulnerar

  • Siria, avanzando posiciones dentro del territorio tras la caída de Bashar al-Asad.

  • Cisjordania, sometida a una expansión acelerada de asentamientos y violencia de colonos

  • Yemen, en conflicto con los hutíes.

  • Irak, donde se enfrenta a milicias proiraníes.

Una democracia en retirada

Los índices de referencia cuestionan hasta qué punto Israel sigue siendo una democracia. En 2024, el Instituto V-Dem le retiró la categoría de “democracia liberal” por primera vez en más de medio siglo y lo reclasificó como “democracia electoral”, un régimen donde se vota pero los derechos civiles y la igualdad ante la ley dejan de estar protegidos.

En su último informe, sitúa al país entre los 44 Estados en fase de autocratización, tendencia global en la que la censura de los medios es una herramienta extendida por las autoridades.

Freedom House rebajó hasta ocho puntos su calificación, constatando un franco deterioro de las libertades civiles durante la última década y situando al Estado hebreo al nivel de Namibia o Brasil. Un hito de este menoscabo continuado fue la reforma judicial de 2023, que pretendía anular el control del Tribunal Supremo sobre el Parlamento y desató las mayores protestas de la historia del país.

La deriva autoritaria se explica en parte por aquellos que sostienen al Gobierno: la coalición de Netanyahu se apoya en su partido, el Likud, y en dos formaciones de extrema derecha. La primera es Poder Judío (Otzma Yehudit), del ministro de Seguridad Nacional Itamar Ben Gvir, heredero del movimiento kahanista fundado por Meir Kahane. Ben Gvir se mantiene en el cargo a pesar de su racismo antiárabe y las continuas polémicas que protagoniza.

La segunda fuerza ultraderechista aliada de Netanyahu es Sionismo Religioso (HaTzionut HaDati), de Bezalel Smotrich, el titular de Finanzas. Surgido del movimiento de colonos religiosos de Cisjordania, personifica la agenda anexionista.

Completan el bloque dos partidos ultraortodoxos, Shas y Judaísmo Unido de la Torá (Yahadut HaTorah). Para un primer ministro procesado por corrupción, esa alianza es la condición de su permanencia en el poder, pero incluso de su libertad personal. La dependencia de los socios más radicales condiciona cada decisión, desde la política penitenciaria hasta una salida en cualquiera de los frentes abiertos.

La hegemonía de los socios ultra se proyecta sobre la minoría árabe. El sociólogo Sammy Smooha describió a Israel como modelo prototípico de democracia étnica, un sistema que combina instituciones democráticas con la dominación de un grupo que se mantiene inalterable a condición de hurtar cualquier alternativa política a las minorías. Los ciudadanos árabes israelíes, algo más del 21 % de la población, ocupan esa posición.

La ley de pena de muerte para palestinos condenados por matar israelíes, así como la asimetría entre el 99,74 % de casos que terminan en condenas para los encausados árabes por tribunales militares y tan solo un 3 % contra colonos –según datos de la organización israelí de derechos humanos Yesh Din– ilustran esa jerarquía. B’Tselem no dudó en calificar de apartheid ya en 2021 el “régimen de supremacía judía entre el río Jordán y el Mediterráneo”.

La sociedad que no ve la guerra

El deterioro de la libertad de prensa, el pluralismo mediático y la independencia editorial han hecho caer a Israel del puesto 86 en 2022 al 116 en 2026 que anualmente elabora Reporteros Sin Fronteras. El Instituto Reuters documenta con detalle cómo la televisión israelí apenas muestra imágenes de la destrucción en Gaza y análisis independientes dan cuenta de un silencio sin precedentes en los grandes medios israelíes.

El gobierno de Netanyahu sancionó económicamente al periódico en hebreo Haaretz y también se endureció la censura militar de coberturas informativas hasta niveles inéditos.

Los israelíes padecen las consecuencias de conflictos que no llegan a ver, si bien no toda la sociedad acepta este marco. Las manifestaciones antigubernamentales han ganado fuerza con los ataques contra Irán y se multiplican las protestas contra la guerra. Encabezada por Yair Lapid y Yair Golan, la oposición denuncia la deriva iliberal y exige una comisión de investigación sobre los sucesos el 7 de octubre de 2023.

Las dinámicas en curso preceden a la actual coalición gubernamental. Omer Bartov, profesor de Estudios del Holocausto en la Universidad de Brown (Estados Unidos) y nacido en un kibutz, indaga cómo el sionismo, nacido como movimiento de emancipación de la minoría judía perseguida en Europa, derivó en ideología etnonacionalista y de dominación. Bartov se pregunta cómo un Estado fundado con apoyo internacional tras el Holocausto opera hoy con impunidad frente al mismo orden jurídico que aquel crimen contribuyó a construir.

La expansión de asentamientos en Cisjordania –más de 700 000 colonos frente a apenas 10 000 en 1972– y las órdenes de arresto de la Corte Penal Internacional son la expresión más reciente de un proceso que arranca décadas antes de que Netanyahu llegara al poder y que ningún gobierno israelí anterior interrumpió.

138 000 millones de dólares en conflictos

El coste de la guerra permanente es también material. El gobernador del Banco de Israel, Amir Yaron, cifró en 405 000 millones de shekels (unos 120 000 millones de euros) el coste total de los conflictos desde el 7 de octubre hasta finales del pasado mes de abril, que representa más del 17 % del PIB.

El economista Esteban Klor, de la Universidad Hebrea de Jerusalén, considera que los israelíes “pagan dos veces” por la guerra: la deuda pública, que pasó del 60 % al 69 % del PIB desde 2022; y los recortes en gasto social, sanidad e infraestructuras. El turismo, que antes del 7-O generaba alrededor del 3 % del PIB, registró entre enero y mayo de 2026 apenas 356 400 llegadas internacionales, frente a las 565 300 del mismo período de 2025, lo cual representa una caída del 37 %.

Fractura económica y política confluyen en un mismo punto: la exención del servicio militar de los ultraortodoxos, en torno al 13 % de la población, tensiona la coalición que mantiene a Netanyahu en el poder. El Banco Central estima en 10 000 millones de shekels (unos 2 500 millones de euros) anuales el coste de esa no incorporación.

Al desgaste interno se suma un creciente aislamiento exterior. Francia, Reino Unido, España y Canadá han reconocido formalmente el Estado palestino y una docena de países ha aprobado un embargo de armas contra Israel.

España, Irlanda, Eslovenia, Países Bajos e Islandia se retiraron de Eurovisión 2026 por la participación israelí, episodio precedido por las protestas contra el equipo ciclista Israel-Premier Tech en La Vuelta Ciclista a España.

Israel evidencia elevadas capacidades militares mientras su sistema democrático se degrada y su cohesión se fractura. Un Estado fundado tras el Holocausto con el mandato de garantizar seguridad y dignidad al pueblo judío ocupa territorios de terceros países, afronta acusaciones de genocidio, aprueba penas de muerte discriminatorias y erosiona los derechos de sus propios ciudadanos. Es la paradoja de una potencia militar que libra guerras sin objetivo definido ni amparo en el derecho internacional, con una sociedad partida cada vez más sola en el mundo.

The Conversation

David Alvarado no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Israel y el coste de vivir en guerra permanente: siete frentes abiertos y ningún final a la vista – https://theconversation.com/israel-y-el-coste-de-vivir-en-guerra-permanente-siete-frentes-abiertos-y-ningun-final-a-la-vista-284376