Le cyprès de l’Atlas, unique au Maroc, en danger critique d’extinction

Source: The Conversation – in French – By Thierry Gauquelin, Professeur émérite, Institut méditerranéen de biodiversité et d’écologie marine et continentale (IMBE), Aix-Marseille Université (AMU)

Majestueux mais en danger, le cyprès de l’Atlas marocain subit à la fois le réchauffement climatique et la pression locale des activités humaines. Thierry Gauquelin/Aix Marseille Université, Fourni par l’auteur

Alors qu’on ne le trouve que dans une unique vallée au Maroc, le cyprès de l’Atlas est aujourd’hui menacé par l’exploitation humaine et a été durement touché par le séisme qui a frappé le Maroc en septembre 2023. Pourtant, cette espèce, protégée et plantée dans d’autres régions, résiste particulièrement bien au réchauffement climatique.


Le bassin méditerranéen est l’un des 36 points chauds de biodiversité d’importance mondiale en raison de sa grande biodiversité, souvent propre à la région. Il est en effet riche de plus de 300 espèces d’arbres et d’arbustes contre seulement 135 pour l’Europe non méditerranéenne. Parmi ces espèces, un certain nombre sont endémiques, comme le genévrier thurifère, le chêne-liège, plusieurs espèces de sapins mais aussi le remarquable cyprès de l’Atlas.

Décrit dès les années 1920, ce cyprès cantonné dans une seule vallée du Haut Atlas, au Maroc, a intéressé nombre de botanistes, forestiers et écologues, qui ont étudié cette espèce très menacée, mais aussi potentielle réponse au changement climatique.

Un arbre singulier et endémique de sa vallée

Le premier à faire mention en 1921 de la présence de ce cyprès dans la vallée de l’oued N’Fiss, dans le Haut Atlas, est le capitaine Charles Watier, inspecteur des eaux et forêts du Sud marocain. Mais c’est en 1950 que Henri Gaussen, botaniste français, qualifie ce conifère de cyprès des Goundafa, l’élève au rang d’espèce et lui donne le nom scientifique de Cupressus atlantica Gaussen.

C’est à l’occasion de son voyage au Maroc en 1948 qu’il a constaté que cet arbre, dont la localisation est très éloignée de celles des autres cyprès méditerranéens, est bien une espèce distincte. En particulier, son feuillage arbore une teinte bleutée et ses cônes, que l’on appelle familièrement des pommes de pin, sont sphériques et petits (entre 18 et 22 mm) alors que ceux du cyprès commun (Cupressus sempervirens), introduit au Maroc, sont beaucoup plus gros (souvent 3,5 cm) et ovoïdes.

Le cyprès de l’Atlas se développe presque uniquement au niveau de la haute vallée du N’Fiss, région caractérisée par un climat lumineux et très contrasté.

Paysage de ma vallée du N’Fiss au Maroc, avec une population de Cyprès. Au premier plan, quelques arbres en forme de flèche
Une population de cyprès dans la vallée.
Thierry Gauquelin/Aix Marseille Université, Fourni par l’auteur

On a aujourd’hui une bonne estimation de la superficie couverte par cette espèce dans la vallée du N’Fiss, qui abrite donc la population la plus importante de cyprès de l’Atlas. : environ 2 180 hectares, dont environ 70 % couverts de bosquets à faible densité. Dans les années 1940 et 1950, elle était estimée entre 5 000 et 10 000 hectares. En moins de cent ans, on aurait ainsi perdu de 50 à 80 % de sa surface ! Malgré les imprécisions, ces chiffres sont significatifs d’une régression importante de la population.

Des cyprès aux formes très diverses

Dans ces espaces boisés, la densité des arbres est faible et l’on peut circuler aisément entre eux. Les couronnes des arbres ne se rejoignent jamais et, hormis sous celles-ci, le soleil frappe partout le sol nu.

L’originalité de cette formation est que cohabitent aujourd’hui dans cette vallée de magnifiques cyprès multiséculaires aux troncs tourmentés, des arbres plus jeunes, élancés et en flèche pouvant atteindre plus de 20 mètres de hauteur et des arbres morts dont ne subsistent que les troncs imputrescibles. Ce qui est frappant, et que signalait déjà le botaniste Louis Emberger en 1938 dans son fameux petit livre les Arbres du Maroc et comment les reconnaître, c’est que la majorité des arbres « acquièrent une forme de candélabre, suite à l’amputation de la flèche et à l’accroissement des branches latérales ».

Des cyprès en forme de candélabre. Ce sont les branches sur l’extérieur de l’arbre qui continuent à se développer.
Thierry Gauquelin/Aix Marseille Université, Fourni par l’auteur

Une pression humaine ancienne et toujours forte

L’allure particulière de ces arbres et la proportion importante d’arbres morts sont avant tout à imputer à l’être humain qui, depuis des siècles, utilise le bois de cyprès pour la construction des habitations et pour le chauffage. Il coupe aussi le feuillage pour nourrir les troupeaux de chèvres qui parcourent la forêt.

En plus de ces mutilations, les arbres rencontrent des difficultés pour se régénérer, en lien avec le surpâturage, toutes les jeunes régénérations des arbres étant systématiquement broutées. La pression anthropique est ainsi une composante fondamentale des paysages de forêt claire de cyprès de l’Atlas.

Un bosquet d’arbre dans la vallée, près d’un village, avec une chaîne de montagnes dans le fond
La présence humaine a façonné le paysage de la forêt claire de cyprès de l’Atlas marocain.
Thierry Gauquelin/Aix Marseille Université, Fourni par l’auteur

Cette dégradation des arbres et la régression de la population de cyprès ne sont sans doute pas récentes. La vallée du N’Fiss est le berceau des Almohades, l’une des plus importantes dynasties du Maroc, qui s’est étendue du Maghreb à l’Andalousie, du XIIe au XIIIe siècle. La mosquée de Tinmel, joyau de l’art des Almohades, s’imposait au fond de cette vallée, témoin de la fondation de cette grande dynastie. Et il est fort à parier que c’est du bois local, donc de cyprès, qui a été utilisé à l’origine pour la toiture de cette monumentale construction.

Pourquoi aller chercher bien loin du cèdre, comme certains historiens l’ont suggéré, alors qu’une ressource de qualité, solide et durable, existait localement ? L’étude anatomique de fragments de poutres retrouvées sur le site devrait permettre de confirmer cette hypothèse, les spécialistes différencient facilement le bois de cyprès de celui des autres essences de conifères. Dans tous les cas, il est certain que lors de cette période, le cyprès a subi une forte pression, du fait de l’importance de la cité qui entourait ce site religieux.

On notera enfin, confortant les relations intimes entre le cyprès et les populations locales, les utilisations en médecine traditionnelle : massages du dos avec des feuilles imbibées d’eau ou encore décoction des cônes employée comme antidiarrhéique et antihémorragique.

Le séisme du 8 septembre 2023

Le 8 septembre 2023, le Maroc connaît le séisme le plus intense jamais enregistré dans ce pays par les sismologues. Les peuplements de cyprès se situent autour de l’épicentre du séisme. Ce dernier affecte la vallée du N’Fiss et cause d’importants dégâts matériels, détruisant des habitations et des villages et causant surtout le décès de près de 3 000 personnes. Le séisme a également endommagé le patrimoine architectural, et notamment la mosquée de Tinmel, presque entièrement détruite, qui fait, depuis, l’objet de programme de restauration.

Malgré son intensité (6,8), le séisme ne semble pas avoir eu d’effets directs sur les cyprès par déchaussements ou par glissements de terrain, bien que cela soit difficile à apprécier. Ceux-ci ont néanmoins subi des dégâts collatéraux.

Lors du réaménagement de la route principale, des arbres ont été abattus, notamment un des vieux cyprès (plus de 600 ans) qui avait pu être daté par le Pr Mohamed Alifriqui, de l’Université Cadi Ayyad de Marrakech. De plus, des pistes et des dépôts de gravats ont été implantés au sein même des peuplements, à la suite d’une reconstruction rapide, et évidemment légitime, des villages. Cela a cependant maltraité, voire tué, de très vieux cyprès.

Une arbre coupé au sol
Très vieux cyprès abattu lors de la reconstruction d’une route.
Thierry Gauquelin/Aix Marseille Université, Fourni par l’auteur

Protéger une espèce en danger critique d’extinction

Malgré la distribution restreinte de l’espèce et l’importante dégradation qu’elle subit, une forte diversité génétique existe encore dans cette population. Cependant, il existe un risque important de consanguinité et de perte future de biodiversité au sein de cette vallée. Ainsi, C. atlantica est classé par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) parmi les 17 espèces forestières mondiales dont le patrimoine génétique s’appauvrit.

Une autre menace est celle du changement climatique qui affecte particulièrement le Maroc et ses essences forestières. Les six années de sécheresse intense que cette région du Maroc a subies n’ont sans doute pas amélioré la situation, même si l’impact sur les cyprès semble moins important que sur les chênes verts, sur les thuyas ou sur les genévriers qui montrent un dépérissement spectaculaire.

Pour toutes ces raisons, l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a classé le cyprès de l’Atlas comme étant en danger critique d’extinction. Il faut alors envisager des stratégies à grande échelle afin d’assurer la survie voire la régénération des forêts de cyprès. Cela passe à la fois par la fermeture de certains espaces, afin d’y supprimer le pâturage, et par l’interdiction des prélèvements de bois.

Tout ceci ne sera cependant possible qu’en prévoyant des mesures compensatoires pour les populations locales.

Replanter dans la vallée, mais aussi dans le reste de la région

Il est aussi nécessaire de replanter des cyprès, ce qui nécessite la production de plants de qualité, même si les tentatives menées par le Service forestier marocain ont pour le moment obtenu un faible taux de réussite.

Le cyprès de l’Atlas, adapté à des conditions de forte aridité, pourrait d’ailleurs constituer une essence d’avenir pour le Maroc et pour le Maghreb dans son ensemble face au changement climatique. Dans le bassin méditerranéen, le réchauffement provoque en effet une aridification croissante et notamment une augmentation de la période de sécheresse estivale. Henri Gaussen disait déjà en 1952 :

« Je crois que ce cyprès est appelé à rendre de grands services dans les reboisements de pays secs. »

Et pourquoi ne pas penser au cyprès de l’Atlas pour les forêts urbaines ? Un bon moyen de préserver, hors de son aire naturelle, cette espèce menacée.

Conservation, reboisements et utilisation raisonnée nécessitent ainsi des investissements financiers importants. Richard Branson, le célèbre entrepreneur britannique, s’est particulièrement investi dans le développement de la vallée du N’Fiss et est notamment venu au secours de ses habitants à la suite du séisme meurtrier d’il y a deux ans. Si son but est d’améliorer la vie et le futur des habitants de la vallée, espérons qu’il saura aussi s’intéresser à cet écosystème particulier, et que d’autres fonds viendront soutenir les efforts de conservation.

The Conversation

Thierry Gauquelin ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Le cyprès de l’Atlas, unique au Maroc, en danger critique d’extinction – https://theconversation.com/le-cypres-de-latlas-unique-au-maroc-en-danger-critique-dextinction-257688

La culture rave et ses multiples dimensions

Source: The Conversation – in French – By Cristina Pérez-Ordóñez, Profesora e investigadora, Universidad de Málaga

Une scène de rave-party au Maroc dans le film _Sirat_, d’Oliver Laxe, lauréat du Prix du jury à Cannes en 2025. FilmAffinity

À l’origine illégales, les raves se voulaient des espaces d’expérimentation musicale et communautaire, aux marges de la société. Si certaines ont aujourd’hui été récupérées par l’industrie des festivals, d’autres persistent dans l’ombre, portées par une culture alternative aux codes bien établis. Un phénomène où musique électronique, spiritualité, engagement politique et contestation sociale se rencontrent.


« Notre état émotionnel est l’extase, notre nourriture est l’amour, notre addiction la technologie, notre religion la musique. Notre choix pour l’avenir, c’est la connaissance et, pour nous, la politique n’existe pas. »

C’est ainsi que débute ce que l’on appelle le Manifeste rave, publié au milieu des années 1990 sur le forum Alt.Rave. Ce texte est né en réaction à une campagne médiatique de dénigrement qui s’abattait alors sur ces fêtes. Il s’inspire des propos d’un DJ new-yorkais Frankie Bones, figure majeure de l’introduction de la culture rave aux États-Unis. L’essence de la philosophie du mouvement se résume en quatre mots : paix, amour, unité et respect (plus connus sous l’acronyme PLUR, pour Peace, Love, Unity, Respect).

Qu’est-ce qui pousse des millions de personnes à vouloir participer à ce type de fêtes ?

Le terme « rave » signifie « délire » en anglais. Ces fêtes permettent, à travers une musique manipulée électroniquement, de transcender l’individualité au profit du collectif. C’est ce que le sociologue Émile Durkheim appelait « l’effervescence collective », un phénomène également observable dans d’autres événements de musique live.

De l’esprit libertaire aux fêtes capitalistes

Les raves sont nées dans les années 1980. Les toutes premières étaient des fêtes illégales organisées dans des entrepôts désaffectés de Londres. Influencées par les free festivals et les new travellers (deux mouvements libertaires liés aux festivals artistiques et musicaux), ces free parties s’étiraient alors jusqu’à l’aube, au son du hip-hop, du groove puis, de plus en plus, de la house et de la techno venues de Chicago et Détroit.

Foule autour de monuments prehistoriques
Free Festival à Stonehenge (Grande-Bretagne) en 1989.
Salix alba/Wikimedia, CC BY-SA

En 1989, le Royaume-Uni connaît ce que l’on appellera le « Second Summer of Love ». Cette période est marquée par des fêtes clandestines où la jeunesse célèbre le collectif à travers la musique électronique et l’expérimentation psychotrope. Peu après, en mai 1992, le collectif Spiral Tribe organise une rave illégale d’ampleur à Castlemorton, réunissant quelque 20 000 personnes.

Malgré la répression policière et les tentatives d’interdiction par le gouvernement de Margaret Thatcher, le phénomène est déjà enraciné dans les pratiques festives de la jeunesse.

Rapidement, de nombreux clubs et discothèques britanniques intègrent des soirées électroniques à leur programmation. Légalement encadrées, ces soirées marquent l’émergence d’un second modèle de raves : les raves institutionnalisées. Elles se diffusent ensuite à travers l’Europe et le reste du monde, connaissant un véritable essor et devenant peu à peu un produit du capitalisme culturel : des fêtes commercialisées, mondialisées et peu différenciées les unes des autres.

Danseurs dans une discothèque au milieu des années 1990
Rave au Sanctuary Music Arena de Milton Keynes, au Royaume-Uni, en 1994.
Altlondon/Wikimedia, CC BY-SA

Le cas de l’Espagne

Ce modèle inspire, par exemple, un mouvement emblématique de l’Espagne des années 1990 : la Ruta del Bakalao, un ensemble d’une dizaine de discothèques géantes à Valence. Ces clubs – Barraca, Espiral, NOD, ACTV, The Face, Spook, Puzzle, Heaven ou Chocolate – ouvrent quasiment en continu durant soixante-douze heures lors du week-end, accueillant des milliers de jeunes amateurs de musique mákina.

Comme au Royaume-Uni, la Ruta sombre dans l’oubli au milieu des années 1990. Mais avec la prolifération des festivals musicaux, les raves commerciales reviennent en force.

En Espagne, elles occupent désormais une place centrale dans les programmations, voire en deviennent l’élément principal, comme c’est le cas des festivals Dreambeach, Monegros, Medusa ou Sónar.

Quant aux raves clandestines, elles attendent le début du XXIe siècle pour gagner en popularité en Espagne. On en trouve notamment à Madrid (dans le tunnel de Boadilla ou au monastère de Perales del Río), en Andalousie (Grenade, Almería) ou en Catalogne.

Intro du court-métrage documentaire Cultura rave andaluza (2024), d’Alexia Rodríguez Pérez.

De plus en plus de « ravers » ?

Plus largement, depuis le début du XXIe siècle, particulièrement depuis la pandémie de Covid-19, le mouvement raver ne cesse de gagner des adeptes. Ses partisans sont attirés par sa forme de loisir contre-culturelle et hédoniste, aux accents parfois rituels, voire quasi religieux.

Aujourd’hui, les deux grandes tendances coexistent : les raves commerciales (intégrées à la culture clubbing et festivalière) et les clandestines, ou free parties. Ce sont ces dernières qui suscitent le plus de controverses. Organisées par des collectifs appelés sound systems, elles sont secrètes, autogérées, non lucratives (les recettes servent à financer la fête), durent souvent plusieurs jours et se tiennent à l’écart des centres urbains pour éviter les conflits.

Elles exigent une logistique importante : tours de haut-parleurs, générateurs, essence, câblages, décors et éclairages sophistiqués. Ces fêtes ont toujours intégré une dimension visuelle et scénique forte.

Elles constituent aussi des espaces communautaires en rupture avec la vie quotidienne : des hétérotopies ou zones liminales où l’amour, la paix, l’unité et le respect sont les règles du vivre-ensemble. Elles se veulent des espaces sûrs, non violents, où les femmes sont respectées et non sexualisées.

Cette philosophie s’étend aussi à la défense de l’environnement comme en témoigne la parade berlinoise Rave The Planet, à la justice sociale comme lors des manifestations de Beyrouth en 2019, ou à l’engagement contre les conflits armés comme les raves organisées dans le désert israélien en protestation contre l’occupation de la Palestine.

Et ce, malgré la consommation de drogues associée à ces événements, où le cannabis et l’ecstasy – liés à la danse et à la fusion avec la musique – sont préférés au tabac, au LSD, à la cocaïne ou à l’alcool, dont la consommation peut parfois être mal vue.

Rave the Planet, à Berlin en juin 2023
Rave the Planet (Berlin, juin 2023).
Leonhard Lenz/Wikimedia

Sur le plan sociologique, les raves se distinguent par leur hétérogénéité et leur diversité. Selon leur style musical prédominant (techno, hardtechno, électronique, house, psychedelic trance, breakcore), elles attirent qui des clubbers, qui des punks, qui des hippies ou encore d’autres tenants de subcultures urbaines contemporaines. Et comme l’indique le Manifeste rave, tout le monde y est le bienvenu :

« Nous sommes une entité massive, un village tribal, global, qui dépasse toutes les lois établies par l’homme, ainsi que la géographie et le temps lui-même. Nous sommes innombrables. Nous sommes un. »

The Conversation

Cristina Pérez-Ordóñez ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La culture rave et ses multiples dimensions – https://theconversation.com/la-culture-rave-et-ses-multiples-dimensions-258491

La Syrie post-Assad : se reconstruire à travers l’art

Source: The Conversation – in French – By Albane Buriel, Associate lecturer, Université Rennes 2

Debout sur la statue renversée de Hafez Al-Assad, qui surplombait la ville de Deir Atiyeh, dans le Qalamoun (ouest du pays)… _La Chute_, de Mohamad Khayata, installation-photo. Mohamad Khayata, Fourni par l’auteur

À l’issue d’un récent séjour sur le terrain, Albane Buriel, chercheuse spécialisée en science de l’éducation, dresse un portrait ethnographique de la scène artistique syrienne depuis la chute du régime de Bachar Al-Assad en décembre 2024. Des initiatives et des collectifs émergent, de Damas à Alep en passant par Homs. Les artistes se réapproprient les lieux, les visages et les souvenirs, pour rendre hommage aux victimes du régime. L’art s’impose comme un outil essentiel sur le chemin vers la reconstruction.


Ce séjour était mon troisième en Syrie, mais le premier dans un contexte de bascule. Entre mai et juin 2025, j’ai mené un terrain ethnographique à Damas, Homs et Alep, dans un pays suspendu entre chute autoritaire et recomposition fragile. La chute du régime Assad, survenue le 8 décembre 2024, ouvre une période de recomposition politique marquée par la libération du pays. J’ai tenté de comprendre ce que signifie « reconstruire une société » après quatorze ans de guerre.

J’ai vu un pays traversé par des dynamiques discrètes de recomposition, où l’art, la mémoire et la parole réinventent des formes de vie et de justice. À travers les gestes et les récits d’artistes et de collectifs, j’ai observé la réémergence d’une parole publique, fragile, mais puissante, souvent située dans les interstices du politique et du sensible.

De la révolution confisquée aux mots qui cherchent de l’espace

Pour comprendre l’effervescence actuelle, il faut revenir sur le long silence imposé dans le pays. Avant 2011, la scène artistique syrienne était vivante, mais étroitement surveillée. Quelques artistes formulaient des critiques feutrées, mais les lignes rouges du régime bridaient l’expression.

En 2011, la révolution change tout : slogans, banderoles, vidéos clandestines, théâtre de rue surgissent. L’art sort dans l’espace public. Très vite, la répression est brutale. L’expression devient un acte de survie. Les lieux culturels ferment, l’exil s’intensifie. Une scène artistique se recompose, souvent hors du pays.

Depuis la chute du régime, un souffle de liberté traverse l’espace public. Certains parlent enfin sans peur, circulent librement, exposent. Mais la libération reste fragile. Les blessures sont vives, les récits dissonants, les attentes multiples. Cette libération s’accompagne d’un appel à la reconnaissance : il s’agit de faire en sorte que la Syrie soit regardée autrement, non comme une terre d’exil ou de ruines, mais comme une société vivante, en quête de dignité. L’art redevient espace de deuil, de projection, de partage.

Réinvestir les lieux : mémoire populaire et héritage révolutionnaire

Lors de mon séjour, l’ancienne gare de Hijaz à Damas a accueilli une exposition consacrée aux célèbres pancartes de Kafranbel, ville du Nord-Ouest syrien devenue, dès 2011, le cœur visuel de la révolution.

Chaque vendredi, jour des manifestations, des habitants y créaient des affiches illustrées, drôles et acérées, appelant à la liberté et à la justice. Kafranbel était un véritable laboratoire de créativité populaire. L’exposition, conçue par de jeunes artistes syriens, proposait une relecture scénographiée de ces slogans iconiques. Présentés dans un espace patrimonial, les messages ne sont ni figés ni dépolitisés, mais restitués dans toute leur force. L’exposition affirmait ainsi un attachement à la mémoire populaire de la révolution, en permettant aux passants de la capitale de la redécouvrir dans un cadre poétique et accessible.

Exposition des banderoles de Kafranbel, gare de Hijaz, Damas.
Albane Buriel, CC BY

Autre lieu, autre geste. Au Musée national de Damas, l’exposition « Les détenus et les disparus », portée par la plateforme Mémoire créative de la révolution syrienne, retrace quatorze années de créations nées du soulèvement et de l’oppression : affiches, pancartes, slogans calligraphiés, poèmes, vidéos, peintures murales et visuels militants.

Une scénographie chronologique donne à voir les imaginaires politiques d’une révolution confisquée, depuis les slogans révolutionnaires jusqu’aux récits des détentions, des formes de résistance, des disparitions forcées, puis des procès de 2020 pour crimes contre l’humanité, engagés en Allemagne.

La photographie The Fall (la Chute), de Mohamad Khayata, clôt l’exposition comme elle clôt une époque (image présentée en tête de l’article, ndlr). Elle montre la statue renversée de Hafez Al-Assad, qui a longtemps surplombé la ville de Deir Atiyeh, dans le Qalamoun (ouest du pays). Sur le visage de la statue renversée, une femme se tient debout enveloppée dans une couverture traditionnelle. Cela ne s’apparente pas simplement à une fin, mais à un basculement d’imaginaire. Comme si cette énorme figure de béton, écrasée dans les gravats, laissait enfin place à autre chose.

En juin dernier, à la suite de cette exposition, l’artiste syrienne Rania Al-Najdi a présenté Origami Birds : For Those Who Will Not Be Forgotten (Oiseaux en origami : Pour ceux qui ne seront pas oubliés), une installation de 1 500 oiseaux de papier en hommage aux disparus syriens.

Ancienne prisonnière politique en 2013, Rania a conçu cette œuvre comme un acte de mémoire et de justice, en collaboration directe avec des familles des détenus. Chaque oiseau représente une vie volée, un inconnu de la liste du rapport « César ». Publié en 2014, il rassemble 55 000 photos exfiltrées par un déserteur de la police militaire syrienne, documentant la torture et l’exécution de milliers de détenus dans les prisons du régime Assad. Une absence devenue présence. L’exposition mêle éclairages sensibles, témoignages, sons et vidéos.




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L’exposition a réuni familles, citoyens et représentants d’institutions en quête de vérité. Rania rappelle :

« Ils ne sont pas que des prénoms. Nous devons rendre justice aux martyrs et aux détenus. »

Des familles syriennes brandissent les portraits de leurs proches disparus, pour que leurs visages ne tombent pas dans l’oubli.
Ali Hajsuleiman, CC BY

Des collectifs pour une mémoire vivante

Si ces expositions réinvestissent des lieux centraux, d’autres gestes se déploient en marge, dans les villes ou les interstices de l’institutionnel.

À Damas et Alep, la fondation MADAD, fondée par l’artiste Buthayna Ali, transforme des lieux abandonnés en scènes contemporaines. Depuis la chute du régime Assad, MADAD déploie des projets artistiques plus audacieux, visibles dans l’espace public et porteurs de récits longtemps refoulés.

L’exposition « Path » (avril 2025) est présentée dans le bâtiment abandonné Massar Rose à Damas. Elle réunit 29 artistes autour des thèmes de la mémoire, du pardon et du retour. Certaines œuvres – comme une épée d’argile fichée dans le sol ou des lettres brûlées – évoquent l’abandon de la violence et la transmission interrompue. Une volonté explicite de traiter les blessures du conflit dans un espace urbain reconquis.

« Embed », de Rala Tarabishi, rassemble 300 épées suspendues en argile. Elles symbolisent les émotions violentes et les blessures.
Ahmad Shhibar, CC BY

Aujourd’hui, MADAD prolonge cette démarche avec Unseen, un concours destiné aux jeunes artistes du nord du pays, explique Kinana Alkoud, une artiste investie dans le processus de sélection. L’exposition finale, prévue dans un hammam restauré à Alep, explorera ces choses que l’on voit sans regarder : gestes quotidiens, souvenirs enfouis, peurs silencieuses.

Homs : créer malgré l’instabilité

Homs, marquée par les destructions et les fractures communautaires, reste une ville à vif, où la mémoire divise encore.

Depuis 2020, le Harmony Forum développe des projets artistiques de consolidation de la paix. Son programme Beyond Colors 3 (2023–2024) a réuni vingt jeunes issus de confessions diverses. Peinture, installation, performance : les œuvres produites explorent la perte, l’exil, la reconstruction intime. Présentées dans une tente sur une place centrale, ces créations ont touché de nombreux visiteurs. Une artiste se souvient :

« Les gens racontaient leurs propres histoires. Leurs souvenirs faisaient écho à ce que nous avions voulu dire. »

Harmony Forum
Vue de l’installation « Un rêve temporaire », de Layla Al-Hashemy et Mario Butrus, dans la première tente.
Harmony Forum, CC BY

À Homs, un volontaire décrit un basculement depuis décembre 2024. Faute de sécurité suffisante, les expositions publiques ont laissé place à des films documentaires. Deux projets sont en cours : Revival, sur la mémoire de Homs et de sa campagne, et Fanjan, consacré au café arabe comme symbole de paix et de transmission. Une manière discrète, mais profonde de continuer à tisser du lien, malgré l’instabilité. Là où se réunir autour de la mémoire peut encore être perçu comme un risque.

Madaniya : pour une mémoire politique de la transition

Dans un registre plus explicitement politique, le collectif syrien Madaniya, fondé en 2023, en exil à l’époque, réunit artistes, chercheurs, militants et écrivains autour d’un même refus : celui d’une normalisation qui ne s’accompagnerait pas de justice rendue aux victimes. Ils défendent une reconstruction centrée sur la vérité, la mémoire et la réparation, où la culture devient un levier citoyen.

Leur programme, « Dialogue syrien sur la justice, la vérité et la réparation », multiplie les ateliers mêlant artistes, survivants et juristes pour penser les contours d’une justice post-conflit enracinée dans l’écoute et la vérité. Théâtre-témoignage, installations, archives visuelles : autant d’outils pour penser une justice sensible, partagée, en dehors des cadres classiques.

En mai dernier, à Damas, une veillée rendait hommage à Bassel Shehadeh, un jeune documentariste et journaliste tué en mai 2012 à Homs, devenu aujourd’hui l’un des symboles de la révolution. L’événement, conçu sous forme de veillée-performance, mêlait lectures poétiques, projection de vidéos d’archives, exposition de portraits et moment de silence collectif.

Témoignages des proches de Bassel Shehadeh durant la soirée-hommage.
Albane Buriel, CC BY

À travers cette diversité d’actions, Madaniya entend maintenir vivante une mémoire politique des soulèvements de 2011, et rappeler que la reconstruction ne peut se limiter à des infrastructures ou à des accords diplomatiques. Le collectif propose ainsi une vision critique et profondément incarnée de la transition, dans laquelle l’art devient un acte de résistance, de reconnaissance, et d’avenir.

Dans les marges, un futur à inventer

Ces exemples ne prétendent pas représenter toute la Syrie. Une large part de la population reste à distance : peur, précarité, silence. L’accès inégal à l’expression, la censure ou l’indifférence creusent les fractures. Ces dynamiques restent localisées, fragiles. Et pourtant, dans les marges, quelque chose se dit. Là où les institutions manquent, des gestes surgissent. L’art ne reconstruit pas un pays, mais il ouvre des brèches : pour dire, pour pleurer, pour résister. Il ne remplace ni les procès ni les réparations, mais offre un espace pour réhabiter le présent, comme en témoigne, par exemple, Romain Huët dans ses « Chroniques d’Ukraine : L’art face à la guerre » (The Conversation, 2022).

Dans un article publié en juin 2025 sur Al-Jumhuriya, un site d’analyse politique, Yassin al-Haj Saleh, écrivain et opposant politique au régime de Bachar Al-Assad, appelait à une justice existentielle. Il mettait en garde : sans vigilance, la transition pourrait favoriser une culture aseptisée, coupée de la mémoire du conflit.

Mais, selon lui, un apprentissage politique souterrain s’est tissé dans les ruines – une maturation lente qui pourrait fonder les bases d’une justice réparatrice, non seulement juridique, mais aussi culturelle et symbolique. Raison de plus pour prêter attention à ces signaux faibles. Sur les murs d’Alep, dans les ateliers de Homs ou les galeries de Damas, une autre Syrie se dessine – une Syrie qui tente, par fragments, de faire récit ensemble.

Mais ces signes d’ouverture restent ambivalents. Le nouveau régime, issu d’une matrice sécuritaire et militaire, tolère certaines formes d’expression artistique – tant qu’elles ne remettent pas en cause les équilibres fragiles du moment : cohésion communautaire, contrôle des récits sur la guerre, image de stabilité à l’international. La surveillance persiste, les lignes rouges demeurent floues, et les artistes pratiquent souvent une autocensure prudente, sans connaître clairement les limites à ne pas franchir. Les dénonciations explicites des crimes passés restent rares, et les récits sur les exactions commises par les différents camps – y compris ceux aujourd’hui au pouvoir – peinent à trouver leur place dans l’espace public. La mémoire, en Syrie, reste un terrain miné.

The Conversation

Albane Buriel ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La Syrie post-Assad : se reconstruire à travers l’art – https://theconversation.com/la-syrie-post-assad-se-reconstruire-a-travers-lart-260652

Communautés en ligne : (re)connecter les personnes en quête de perte de poids et les professionnels de santé

Source: The Conversation – in French – By Steffie Gallin, Professeur Assistant, Montpellier Business School

Les personnes désireuses de perdre du poids se rassemblent de plus en plus dans des communautés en ligne. À l’heure où certains influenceurs font la promotion de méthodes amaigrissantes risquées allant jusqu’à l’usage détourné de médicaments, ces espaces numériques pourraient – s’ils étaient encadrés par des professionnels de santé – devenir un complément utile à l’accompagnement médical traditionnel.


Un Français sur deux est en situation de surpoids ou d’obésité. Pour tenter de perdre du poids, les personnes concernées ne font plus seulement appel aux professionnels de santé.

Il existe notamment des communautés en ligne consacrées au soutien à la perte de poids, qui proposent d’échanger avec des « pairs », des personnes « comme nous », qui rencontrent la même problématique.

Des communautés en ligne, sur les réseaux, entre patients…

Tantôt rattachées à une marque (à l’image de la très connue communauté Weight Watchers), tantôt lancées à l’initiative d’internautes sur des sites de santé généralistes (par exemple, Doctissimo) ou sur des réseaux sociaux, disposant parfois d’un comité scientifique composé de médecins (à l’image de certaines communautés entre patients, par exemple Carenity), ces communautés perdurent et continuent d’attirer de nouveaux membres.

Comment expliquer leur succès ? Peuvent-elles constituer un levier vers des comportements alimentaires plus équilibrés ? Comment concilier leur approche avec la prise en charge proposée par des professionnels de santé ?

La place prise par les influenceurs autour des régimes amaigrissants

La perte de poids est un parcours du combattant. C’est ce qui ressort des témoignages recueillis dans notre étude. De nature qualitative, elle a été menée auprès de 25 utilisateurs de communautés en ligne.

Annie, 43 ans, indique par exemple :

« J’aime bien la bonne cuisine, mais je me reprends en main du coup. Je pense que ce régime, ce sera jusqu’à la fin de ma vie, ça m’a aidée à prendre conscience que le surpoids se gère, mais c’est une attention de tous les jours. »

Différentes stratégies sont mises en œuvre pour perdre du poids : par exemple, se rendre dans le cabinet d’un professionnel de santé ou entreprendre un régime hypocalorique à l’instar du célèbre programme Weight Watchers (la marque a cessé ses activités en France fin 2024).

Mais désormais, certaines personnes qui souhaitent maigrir suivent des influenceurs santé/bien-être sur les réseaux sociaux. Cela témoigne d’une nouvelle ère pour les régimes dans laquelle les influenceurs sont particulièrement écoutés.

Les risques liés à la promotion d’usages détournés de médicaments

Actuellement, les influenceurs font une large promotion des sémaglutides tels que l’Ozempic, hors de tout contrôle médical, ce qui présente des risques contre lesquels les autorités de santé ont alerté. Ozempic est en effet un médicament contre le diabète qui est détourné de manière illégale de son usage initial parce qu’il induit une perte de poids.

À noter qu’il existe désormais une version de la même molécule, commercialisée sous le nom de Wegovy, indiquée cette fois pour traiter l’obésité dans des situations très précises. Ce nouveau médicament n’est disponible que sur ordonnance et les prescriptions sont très encadrées.




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Des « communautés de soutien » avec des personnes qui « nous ressemblent »

De nombreuses personnes se tournent également vers des communautés pour partager leur parcours de perte de poids et s’entraider.

Sabah, 35 ans, témoigne :

« Juste le fait de partager nos difficultés, je pense que ça fait quelque chose. Ça peut remonter le moral. »

Ces communautés aident à maintenir sa motivation, au travers des échanges avec des personnes qui ont le même vécu.

Lise, 53 ans, explique :

« Il y a une chose qui m’a toujours paru assez difficile, c’est d’être conseillée pour maigrir par des personnes qui sont filiformes. Quelque part, est-ce qu’elles savent vraiment ce que c’est qu’un régime et le vécu d’un régime ? […] Il y a une compréhension dans ces communautés qu’on n’a pas forcément avec un professionnel. »

Le corps médical ne peut donc plus omettre l’existence de ces lieux de rassemblement, de même que l’écoute et l’empathie dont les patients ont besoin et que ces professionnels n’ont pas toujours le temps de donner.

Ces communautés en ligne créées pour perdre du poids sont désignées par les participants comme des « communautés de soutien ». Le partage est au cœur de ces communautés.

Estelle, 32 ans, analyse :

« Je pense que quand on fait cette démarche-là d’aller sur les forums, on cherche à partager, à se soutenir. »

Ce soutien peut être de nature informationnelle, lorsque les utilisateurs échangent des conseils et des astuces, mais aussi de nature émotionnelle.

Jennifer, 22 ans, rapporte :

« Ça fait plaisir quand on dit qu’on a perdu du poids ou qu’on a fait un excès. C’est bien de se voir écrire “Continue, courage”. »

Les participants cherchent à échanger avec des personnes et « des profils qui [leur] ressemblent ». « Dans la même galère », « des personnes qui sont comme moi », « se trouver des points communs » constituent autant de façons de faire référence à des personnes que l’on pense être comme nous, auxquelles on s’identifie.

Un espace de partage pour manger mieux ?

Notre seconde étude, quantitative, menée auprès de 335 utilisateurs de communautés, montre que plus l’utilisateur se sent soutenu, plus il s’identifie aux membres de la communauté. Cependant, dans tout rassemblement social, des règles doivent être respectées pour que les échanges soient les plus sereins et profitables possibles.

Les règles ou normes qui régissent les communautés sont nombreuses : ne pas juger les autres, afficher sa perte de poids chaque semaine, être sincère, afficher ses menus, ne pas suivre de régime restrictif, participer tous les jours à la communauté ou encore se fixer un objectif précis.

Notre étude montre que plus les participants se conforment à ces règles, plus leur auto-efficacité augmente, ce qui se traduit notamment par une plus grande consommation de fruits et légumes, conformément aux recommandations officielles et à la littérature scientifique. Cette stratégie est reconnue comme efficace pour perdre du poids.

Claude, 70 ans, lorsqu’elle parle d’un partage de recettes sur la communauté, indique également :

« C’était un gratin de pâtes au saumon. Avec un poisson. Ça m’a donné une idée, car je n’ai pas l’habitude de faire ça. »

Myriam, 32 ans, ajoute :

« J’ai intégré le chocolat par exemple dans mon régime alimentaire alors que je ne mange pas du tout de chocolat de base. Je suis plutôt grignotage salé. Le fait d’avoir intégré le chocolat, je me rends compte que ça m’aide à tenir le coup sur une journée. C’est un petit moment de plaisir et ça, c’est un conseil que j’ai eu sur les forums. »

Un accompagnement supplémentaire pour les patients

Alors qu’une de nos précédentes recherches menée auprès de 23 experts en nutrition avait montré la défiance des professionnels de santé vis-à-vis de ces communautés en ligne (informations erronées possibles, trop de croyances, incitation à entreprendre des régimes restrictifs par exemple), ces experts pourraient en tirer parti pour une prise en charge multidimensionnelle du surpoids et de l’obésité.

Le recours à ces communautés pourrait constituer un accompagnement complémentaire dans le contexte actuel, dans lequel l’accent est mis sur le traitement des causes, et non seulement des conséquences de l’obésité, en faisant appel à des experts en nutrition mais aussi à des psychologues, des cardiologues et d’autres professionnels.

Alternatives aux communautés qui prônent des régimes décriés pour leur côté restrictif, des communautés développées, alimentées et encadrées par des professionnels de santé pourraient être source de bien-être psychologique pour leurs patients.




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Il reste encore du chemin à parcourir pour mieux (re)connecter patients et professionnels de santé. Le soutien doit être au cœur de la prise en charge du surpoids et de l’obésité, car il permet d’atteindre plus facilement ses objectifs.

The Conversation

Laurie Balbo a reçu des financements de l’ANR.

Marie-Christine Lichtlé et Steffie Gallin ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. Communautés en ligne : (re)connecter les personnes en quête de perte de poids et les professionnels de santé – https://theconversation.com/communautes-en-ligne-re-connecter-les-personnes-en-quete-de-perte-de-poids-et-les-professionnels-de-sante-255233

Voir la planète respirer depuis l’espace, ou comment mesurer les gaz à effet de serre par satellite

Source: The Conversation – France in French (2) – By Carole Deniel, Responsable des programmes de composition atmosphérique et Climat, Centre national d’études spatiales (CNES)

Les activités humaines dégagent du CO<sub>2</sub>. Mais les arbres, les tourbières et les autres écosystèmes sont aussi capables d’en rejeter ou d’en stocker. ©CNES/ill. Oliver Sattler, 2021, Fourni par l’auteur

La quantité de CO2 dans l’atmosphère varie à cause des activités humaines, mais aussi en réponse au fonctionnement des écosystèmes, comme les arbres, qui absorbent et émettent du CO2 en respirant.

Grâce aux satellites, on peut ainsi voir la planète « respirer ». La nouvelle mission MicroCarb du Cnes doit décoller le 25 juillet de Guyane et vient rejoindre d’autres programmes pour suivre de près ce facteur important du changement climatique.


Les satellites sont devenus des outils indispensables pour suivre l’évolution du climat. En effet, les mesures denses et continues de la teneur en CO2 permettent d’identifier les sites d’émission ou au contraire d’absorption par les écosystèmes et les activités humaines.

Avec le lancement de la mission MicroCarb, qui est consacrée à la mesure précise de la concentration du CO2 atmosphérique, la France va apporter une contribution inédite à l’amélioration de notre connaissance du cycle du carbone.

Le rôle du CO₂ dans l’effet de serre

Le dioxyde de carbone (CO2) est le principal moteur du changement climatique actuel. Sa concentration dans l’atmosphère a fortement augmenté depuis le début de l’ère industrielle, à cause de la combustion des énergies fossiles et des changements d’usage des terres (en particulier la déforestation).

Ce gaz joue un rôle fondamental dans l’effet de serre, le phénomène naturel par lequel certains gaz atmosphériques absorbent une partie du rayonnement infrarouge émis par la Terre. Le CO2 contribue ainsi à réchauffer la surface. Si cet effet est indispensable à la vie sur notre planète, son amplification par les activités humaines entraîne les modifications du climat dont nous ressentons déjà les conséquences et qui vont encore s’accentuer.




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Le changement climatique entraîne déjà des impacts majeurs : élévation du niveau des mers, intensification des événements extrêmes, réduction des glaciers, modification des régimes de précipitations, et bouleversements pour les écosystèmes et les sociétés humaines.

Le cycle du carbone : des mécanismes d’échange entre les écosystèmes déstabilisés par les émissions issues des activités humaines

Mais au-delà de son rôle moteur du changement climatique, le CO2 intervient aussi dans des rétroactions complexes au sein du cycle du carbone.

Malheureusement, les perturbations sur le cycle du carbone interrogent. Aujourd’hui, environ 55 % des émissions de CO2 sont absorbés naturellement par les océans (où il se dissout) et par la végétation terrestre (via la photosynthèse), qui jouent le rôle de « puits de carbone ». Cette absorption atténue partiellement l’accumulation du CO2 dans l’atmosphère. Or, ces puits de carbone (océan et végétation) sont sensibles au changement climatique lui-même, ce qui conduit donc à des « rétroactions » entre climat et cycle du carbone.

foret et zone humide
Les forêts et les tourbières absorbent et stockent le dioxyde de carbone, mais le changement climatique affecte leur capacité à mitiger ainsi l’effet de ce gaz à effet de serre.
Juan Davila, Unsplash, CC BY



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Par exemple, quelles seront les conséquences s’ils deviennent moins efficaces du fait, par exemple, de la sécheresse récurrente qui atténue la capacité d’une forêt à absorber le carbone, ou d’autres impacts négatifs du changement climatique sur les écosystèmes ? De même, le réchauffement climatique entraîne des conditions favorables aux incendies, qui peuvent ainsi devenir des sources additionnelles et significatives de CO2 vers l’atmosphère.

Les États signataires de l’accord de Paris (2015) se sont engagés à réduire leurs émissions dans le but de limiter le réchauffement climatique à moins de 2 °C, et même de rester aussi proche que possible de 1,5 °C. En 2024, les objectifs apparaissent difficiles à atteindre car, même si les émissions de certains pays ont commencé à décroître, les émissions continuent de croître globalement.

Dans ce cadre, il apparaît nécessaire, d’une part, de disposer d’un système indépendant pour suivre les émissions de CO2 aux échelles nationales et, d’autre part, de suivre l’évolution des flux naturels en réponse au changement climatique. Cela passe par une observation dense et continue des concentrations atmosphériques de CO2.

Mesurer les absorptions et émissions de carbone à l’échelle planétaire est un défi technique

Aujourd’hui, on mesure la concentration atmosphérique de CO2 proche de la surface, sur une centaine de stations très inégalement réparties sur la Terre. La série de données la plus iconique est celle de Mauna Loa, au sommet d’une des îles de l’archipel d’Hawaï, qui décrit la composition atmosphérique en continu depuis 1958. Depuis, plusieurs réseaux d’observation ont été mis en place et regroupés pour l’Europe dans le programme ICOS en 2015.

Quelques campagnes de mesures spécifiques apportent, par ailleurs, une description résolue sur la verticale depuis la surface jusqu’à près de 30 kilomètres d’altitude.

Malgré ces observations, la densité d’observations reste très insuffisante pour les objectifs scientifiques et sociétaux décrits ci-dessus. C’est pourquoi les satellites apportent un complément nécessaire, avec une mesure certes moins précise que celles des observations in situ, mais avec une densité très largement supérieure.

décollage de Véga-C
Le lanceur léger européen décollera dans la nuit du 25 au 26 juillet 2025 du Centre spatial guyanais pour placer en orbite les satellites d’observation français MicroCarb et CO3D (ici pris en photo lors du décollage avec la mission Biomass à bord).
©CNES/ESA/Optique Vidéo CSG/S. Martin, 2025, Fourni par l’auteur

Une dynamique internationale depuis quinze ans

Dans les rapports internationaux intergouvernementaux GEO (intergovernmental Group on Earth Observations) ou des agences spatiales du CEOS (Committee on Earth Observation Satellites), les groupes d’experts sont unanimes pour reconnaître le besoin de mesure de CO2 depuis l’espace.

Ainsi, la Jaxa (Japon) puis la Nasa (États-Unis) se sont lancé, dès 2009, dans la mesure du CO2 depuis l’espace.

Depuis quelques années, la Chine dispose également d’un programme spécifique ambitieux, avec de nombreux capteurs utilisant diverses technologies déjà en orbite, mais dont malheureusement les données restent très peu distribuées à la communauté internationale (communication entre agences).

En Europe, la Commission européenne a étendu son programme spatial de surveillance environnementale opérationnelle (appelé Copernicus, dont l’implémentation a été confiée à l’Agence spatiale européenne, l’ESA) – dont les missions de surveillance du CO₂ atmosphérique sont une priorité. Ainsi, les données de la mission européenne CO2M sont attendues d’ici fin 2027 pour permettre de mieux surveiller depuis l’espace les émissions anthropiques de CO2 grâce à une résolution spatiale de quatre kilomètres carrés et une fauchée de plus de 200 kilomètres permettant d’obtenir une image des panaches issus des émissions intenses localisées.

Avec le lancement prévu cet été de sa mission MicroCarb, développée en collaboration avec l’Agence spatiale du Royaume-Uni et la Commission européenne, le Centre national d’études spatiales (Cnes) va ouvrir la voie en Europe à des données précises de concentration de CO2.

La mission MicroCarb

MicroCarb est un microsatellite d’environ 200 kilogrammes équipé d’un spectromètre. Celui-ci mesure le rayonnement solaire réfléchi par la surface terrestre, après une double traversée dans l’atmosphère. La mesure à très haute résolution spectrale permet d’identifier les raies d’absorption du CO2, dont les intensités peuvent être reliées à la quantité de CO2 dans l’atmosphère.

Avec des outils sophistiqués qui prennent en compte l’ensemble de la physique de l’interaction entre le rayonnement solaire et les molécules de l’atmosphère, on peut en déduire une estimation de la concentration atmosphérique de CO2 avec une précision d’environ 0,25 % sur une surface d’environ 40 kilomètres carrés.

simulation du mode exploratoire pour observer les villes
Le satellite Microcarb va tester un nouveau mode de fonctionnement, qui permet de zoomer fortement pour avoir une résolution de l’ordre de 2 x 2 kilomètres carrés. Cette fonctionnalité est dite exploratoire.
©CNES, Fourni par l’auteur

Le satellite est sur une orbite héliosynchrone pour faire des mesures autour de midi, ce qui permet d’avoir un éclairement solaire d’une intensité nécessaire à la mesure. Cette mission va donc assurer une continuité avec les missions précédentes, en particulier celle de la Nasa dont la poursuite semble fortement compromise suite au budget prévisionnel du gouvernement Trump pour 2026, notamment pour les sciences de la Terre.

Par ailleurs, le spectromètre de MicroCarb est fondé sur un concept optique innovant par sa compacité permise par l’utilisation d’un seul détecteur pour l’ensemble des canaux de mesures et d’une bande spectrale inédite pour l’amélioration de la précision de mesure. En fonction des performances de MicroCarb, ces innovations pourraient être reprises pour les prochaines missions déjà en préparation.

The Conversation

Carole Deniel travaille à l’Agence Spatiale Francaise, le CNES.

François-Marie Bréon est Responsable Scientifique de la mission MicroCarb. Il est professeur invité au Collège de France sur l’année universitaire 2024-2025. Par ailleurs, il a une implication citoyenne en tant que vice-président et porte-parole de l’Association Française pour l’Information Scientifique (Afis).

ref. Voir la planète respirer depuis l’espace, ou comment mesurer les gaz à effet de serre par satellite – https://theconversation.com/voir-la-planete-respirer-depuis-lespace-ou-comment-mesurer-les-gaz-a-effet-de-serre-par-satellite-260931

There is no known cure for ALS, but medical tourism exploits desperation for profit

Source: The Conversation – Canada – By Judy Illes, Professor, Neurology, University of British Columbia

Amyotrophic lateral sclerosis (ALS) is a devastating neurological disorder of unknown cause, in which motor nerve cells of the brain and spinal cord that transmit signals to muscles progressively degenerate. This weakens limbs and affects speech, swallowing and ultimately the ability to breathe, resulting in death, typically within just a few years.

Each year in Canada, approximately two people per 100,000 are diagnosed with ALS, amounting to about 1,000 cases based on the current population. In British Columbia, where we are located, the rate is estimated at just over three per 100,000 or roughly 190 new cases per year.

This equates to approximately 4,000 Canadiansand 400 British Columbians — living with ALS at any given time.

Rigorous ALS research is underway locally, nationally and internationally to slow — and ideally reverse — the relentless progression of this disease. Significant advances in understanding the genetic and environmental drivers of ALS are providing genuine hope that motor neuron diseases will one day be defeated.

As experts in neurology and ethics, we are committed to delivering the best available health care and information throughout B.C. and across Canada. Trust in science and informed hope are essential to achieving the best possible outcomes and the longest possible trajectories in enjoying life when facing the overwhelming odds of ALS.

A disturbing case

In June, CBC’s The National reported on the case of Geoff Sando, a person living with ALS who pursued an unproven intervention for his condition. Sando travelled to Moose Jaw, Sask., to seek treatment at a clinic that claims to provide a cure for ALS.

CBC’s The National reports on a Saskatchewan clinic claiming to offer ALS treatments.

The ALS Society of Saskatchewan and the provincial New Democrat Party allege the clinic attended by Sando and several other patients is a form of medical tourism — travelling elsewhere to seek treatment — that can prey on the most vulnerable in society: those whose quality of life is deteriorating, and whose futures are tragically cut short.

Medical tourism for a wide variety of other health-related conditions is not new. For example, treatments for cancer, strokes and orthopedic conditions have been available abroad for decades.

In the United States and Mexico, unfounded stem cell interventions for ALS have been advertised for years. But until recently, it had been unusual to find such offerings in Canada. Their emergence speaks to the need for Health Canada to revisit its guidance on both regulated health and unregulated wellness products, including all forms of treatments, medications and device-based approaches.




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We understand the urgency and desire to pursue any thread of hope in the face of desperation, but claims of dramatic improvement or cures from ALS by unregulated clinics that seem too good to be true are likely just that.

Before investing in alternative treatments, we recommend that patients conduct their due diligence by consulting with their health-care team and their provincial ALS society for guidance. Ineffective interventions can jeopardize not only recipients, but also caregivers, especially when financial resources are drained.

Trusted sources

Developing approved therapies for ALS has been painfully slow, as evidenced by the failure of more than 95 per cent of ALS clinical trials in the past 28 years. Only three drugs — riluzole, edaravone and tofersen — have been approved by Health Canada and the U.S. Food and Drug Administration.

Although riluzole and edaravone are only modestly effective, they remain the only widely approved pharmacological options for all forms of ALS. Tofersen is the first gene therapy recently approved to treat hereditary ALS caused by SOD1 gene abnormalities. Other treatments are being evaluated worldwide.

This marks only the beginning of such treatment approaches to not only hereditary ALS but also non-hereditary ALS, which makes up about 90 per cent of all cases.




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For those affected by ALS and their families, ample resources are provided by various organizations, including ALS Canada and related provincial organizations, including the ALS Society of BC.

Future hope

Canadians generally trust science and scientists more than citizens of other countries and, on the whole, value science and believe in our government’s support for the work that scientists do.

But in this time of geopolitical upheaval, vast incursions of disinformation and reversals of prior evidence-based human and health rights abroad means keeping up this level of trust — trust that leads to hope — will only become more challenging.

The disproportionate suffering and impact on people who are marginalized by serious health conditions will only grow if dubious treatment offerings become normalized in Canada.

The Conversation

Erik P Pioro consults for MT Pharma, which manufactures edaravone (Radicava) and for Biogen, which manufactures tofersen (Qalsody). He has received funding support for ALS research from the ALS Association and the National Institutes of Health.

Judy Illes does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. There is no known cure for ALS, but medical tourism exploits desperation for profit – https://theconversation.com/there-is-no-known-cure-for-als-but-medical-tourism-exploits-desperation-for-profit-261057

Voyage en réalité virtuelle : un substitut au tourisme réel ou un impératif écologique ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Adel Ben Youssef, A. Professor, Université Côte d’Azur

L’Unesco a mis en place, en 2021, des visites virtuelles immersives de musées ou de sites touristiques patrimoniaux afin notamment de soulager les infrastructures locales et de les préserver. GroundPicture/Shutterstock

Parcourir le monde sans quitter son salon : c’est désormais possible grâce au tourisme virtuel. Mais ces expériences numériques sont-elles une incitation au voyage réel ou pourraient-elles s’y substituer durablement, notamment face aux contraintes écologiques   ?


Il y a trente ans tout pile, Nintendo sortait l’ancêtre du casque de réalité virtuelle (VR), le Virtual Boy. Si à l’époque, l’équipement a fait un flop, trois décennies plus tard ces casques redessinent les contours de pans entiers de l’économie… comme le tourisme.

Le tourisme virtuel désigne l’ensemble des expériences touristiques réalisées à distance, via des médias numériques. La littérature économique et en gestion propose de définir le tourisme virtuel comme « l’ensemble des activités des personnes qui, pour apprendre ou se divertir, s’immergent dans une réalité virtuelle (VR) afin d’avoir l’illusion de changer de lieu ». Ce tourisme dématérialisé s’oppose au tourisme in situ, c’est-à-dire le voyage physique sur place, avec son lot de déplacements, de rencontres et de sensations réelles.

En 2020-2021, confinements et restrictions ont empêché des millions de personnes de voyager. Faute de pouvoir se déplacer, beaucoup ont découvert les visites virtuelles pour satisfaire leur envie d’évasion. La demande pour ces expériences a explosé. Le musée du Louvre a enregistré plus de 10 millions de visites virtuelles en deux mois seulement. Aujourd’hui, ces offres numériques continuent d’attirer les utilisateurs, devenant une part intégrante du paysage touristique. Une question demeure : le tourisme virtuel est-il devenu une option sérieuse pour la durabilité du tourisme ?

Amuse-bouche numérique

L’arrivée d’une nouvelle vague de technologies numériques appelées Industrie 4.0 au début des années 2010 a permis l’éclosion d’applications sérieuses en matière de tourisme virtuel. Ces applications permettent, sans quitter son salon, de voyager de manière immersive dans divers endroits du monde réservés jusque là aux touristes « in-situ ». La question s’est alors imposée d’elle-même : dans quelle mesure le tourisme virtuel remplacerait les vacances réelles ?

Pour beaucoup de voyageurs, la réalité virtuelle reste surtout un moyen séduisant de découvrir une destination avant d’y aller physiquement, une sorte d’amuse-bouche numérique. Et cela fonctionne particulièrement auprès des jeunes générations. En 2023, 34 % des personnes âgées de 16 à 24 ans et 35 % des 25‑34 ans utilisaient la réalité virtuelle. À l’inverse, certaines circonstances précises – contraintes écologiques, frein financier ou raisons sécuritaires – poussent une partie des utilisateurs à envisager la réalité virtuelle en substitution au vrai voyage.

Coût des équipements

Nous sommes encore loin de confondre tourisme virtuel et réel. La réalité virtuelle, même immersive, reste privée des sensations physiques et des rencontres spontanées qui font la richesse d’un vrai voyage. Aucune simulation ne restitue complètement les sensations réelles, telles que les parfums, les goûts ou les rencontres spontanées, éléments essentiels qui font tout le charme d’un vrai séjour touristique.




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Un autre handicap à l’heure actuelle concerne les coûts des équipements. En France, l’Apple Vision Pro est vendu à partir de 3 999 euros. Ces coûts, jugés prohibitifs, ne permettent pas la démocratisation des usages. Cependant, de nouveaux casques associés aux smartphones, générant des expériences immersives de moindre qualité, arrivent massivement sur le marché. Des modèles autonomes comme le Meta Quest 3, à environ 549 euros, ou sa version plus abordable, le Meta Quest 3S, à environ 329 euros, rendent déjà la réalité virtuelle plus accessible au grand public. Leurs prix devraient encore baisser, comme pour toutes les technologies émergentes.

Gain écologique

Le vrai gain du tourisme virtuel se situe sur le plan écologique et environnemental. Le tourisme virtuel s’impose de nos jours comme une option durable pour limiter les impacts écologiques du tourisme. Une étude récente montre que le tourisme virtuel contribue à la réalisation de 12 des 17 des Objectifs de développement durable (ODD) et de 42 de leurs 169 cibles (25 %).

Remplacer un vol long-courrier par un voyage en réalité virtuelle représente un gain évident : aucun déplacement physique, c’est une empreinte carbone quasiment nulle par rapport au tourisme traditionnel. Par exemple, selon l’Agence de la transition écologique (Ademe), un seul vol aller-retour Paris-New York génère environ 1,7 tonne de CO₂ par passager, soit l’équivalent des émissions moyennes annuelles d’un Français pour le chauffage de son logement.

Eau de Venise limpide

Cette dimension a été mise en lumière lors des confinements, entre janvier et avril 2020, la réduction mondiale des émissions de CO2 a atteint environ 1 749 millions de tonnes, soit une baisse de 14,3 % par rapport à 2019. Elle est principalement due au secteur des transports (58 %).

À Venise, l’arrêt soudain du trafic touristique a rendu l’eau exceptionnellement limpide, permettant d’observer à nouveau les poissons dans les canaux.

Le tourisme virtuel apparaît comme une piste pour un tourisme plus durable et une réponse concrète au surtourisme dans des lieux très fréquentés ou fragiles comme le Machu Picchu 5pérou), Pompéi (Italie) ou la tour Eiffel à Paris. L’Unesco a lancé, dès 2021, des visites virtuelles immersives sur le Machu Picchu afin de détourner une partie du public, de soulager les infrastructures locales et de préserver ce site emblématique.

Ces voyages virtuels démocratisent l’accès à des lieux lointains ou difficiles d’accès. Les personnes à mobilité réduite (16 % de la population mondiale, selon l’Organisation mondiale de la santé), les familles à budget modeste ou les seniors qui ne peuvent plus prendre l’avion, peuvent découvrir le monde depuis chez eux. Cette accessibilité accrue, combinée à l’absence de frais de transport et d’hébergement, fait du tourisme virtuel une option bien plus économique pour le voyageur moyen. Cette dimension sociale est encore faiblement explorée.

Visite virtuelle avant le voyage

Des agences de voyage intégraient des visites immersives de leurs séjours, et des compagnies aériennes expérimentaient la réalité virtuelle en vol pour divertir leurs passagers. La compagnie aérienne allemande Lufthansa propose depuis plusieurs années des casques de réalité virtuelle dans ses salons d’aéroport, permettant aux voyageurs d’explorer virtuellement leurs futures destinations avant de monter à bord.

Pour la plupart, le virtuel ne remplace pas le voyage physique, il le complète. Le Club Med, déjà en 2016, proposait des visites immersives de ses villages aux Maldives (océan Indien). Des initiatives économiques sont apparues. Katie Wignall, une guide londonienne, a proposé des visites interactives permettant à des centaines de participants de découvrir depuis chez eux des lieux emblématiques de la capitale britannique, comme Buckingham Palace, ou des quartiers méconnus.

Vers une cohabitation du réel et du virtuel

À l’arrivée, faut-il opposer tourisme virtuel et tourisme in situ ? Plutôt que des rivaux, on peut y voir des formes complémentaires, appelées à coexister.

Les expériences numériques offrent un aperçu précieux, une manière d’apprendre, de préparer ou de prolonger un voyage. Elles permettent aussi de voyager autrement, de façon plus respectueuse de l’environnement ou plus accessible à ceux qui ne peuvent pas partir. D’un autre côté, le voyage physique demeure une aspiration profonde pour beaucoup : découvrir de ses propres yeux un paysage lointain, sentir l’atmosphère d’une ville, entrer en contact direct avec une autre culture – ce que le virtuel n’émule pas entièrement.

Les progrès rapides de l’intelligence artificielle (IA) pourraient changer la donne. Des agents intelligents capables de créer des expériences virtuelles sur mesure, immersives et dynamiques, rapprochent peu à peu le virtuel du réel, offrant des sensations inédites. Mais ces avancées posent aussi une question plus profonde : Jusqu’où accepterons-nous de confier notre désir d’évasion à des univers numériques générés par l’IA ?

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Voyage en réalité virtuelle : un substitut au tourisme réel ou un impératif écologique ? – https://theconversation.com/voyage-en-realite-virtuelle-un-substitut-au-tourisme-reel-ou-un-imperatif-ecologique-257416

Imaginary athletes: Creating make-believe teammates, competitors and coaches during play

Source: The Conversation – USA – By Tracy Gleason, Professor of Psychology, Wellesley College

What would an imaginary companion add to a child’s solo practice? Elkhophoto/iStock via Getty Images Plus

The coach, the specialized equipment, the carefully tailored exercise regimen – they’re all key to athletic performance. But imagination might be an unexpected asset when it comes to playing sports.

The idea that athletic achievement depends on the mind isn’t new. Sport psychologists have known for years that working with an athlete on their mental game – visualizing the skill, kinesthetically feeling the swing – has a positive impact on actual performance. But these mental simulations draw only upon mental imagery – seeing and feeling the physical goals in the mind’s eye. Imagination offers a much wider range of possibilities.

What if your game could be helped by an imaginary friend?

In a recent retrospective study of college students, we discovered that imagination comes in handy in athletics in ways that are surprisingly social. The creation of what we termed imaginary athletes – a person or being that a child imagined in the context of athletics – enabled and motivated athletic play, especially for children between the ages of about 6 and 12. Imaginary athletes also provided companionship during athletic play.

boy on empty playground holds basketball looks like he's about to shoot
An imaginary teammate or competitor might help improve a child’s game.
NoSystem images/E+ via Getty Images

Remembering childhood imaginary athletes

The most basic form of an imaginary athlete might be a wall, fence or even tree that makes a good opponent in a pinch. For a child or adolescent practicing a sport alone, a surface that provides a ball return or a steady target for a throw gives opportunities for practice usually requiring other players.

Is it any wonder, then, if the branches of the tree start to resemble a wide receiver’s arms, or an invisible goalie emerges in front of the fence? Solitary play might be a lot more fun if a make-believe teammate could provide an assist, or an invisible coach could appear and shout instructions during practice.

The college students in our study reported that such support, even if imaginary, made them play a little longer or try a little harder as kids.

About 41% of our sample of 225 college students reported creating at least one imaginary athlete at some point in middle childhood or early adolescence. Most, but not all, of these beings fell into three categories based on their characteristics.

The first we called placeholders, such as ghost runners. They are typically generic, amorphous, imaginary teammates created by groups of children when not enough real players are available.

The second type functioned as what we named athletic tools. They helped kids focus on their performance and improve their skills, usually by providing a worthy competitor, sometimes based on an admired professional athlete. The skills of athletic tools were often just above those of the child, drawing out the desire to be better, stronger, faster.

Social relationships, our name for the third kind of imaginary athlete, primarily served emotional functions, relieving loneliness and providing the child or adolescent with a sense of belonging, safety or companionship as they engaged in their sport.

Students who remembered imaginary athletes differed from their peers in two ways. First, more men than women reported creating these imaginary beings, possibly owing to the greater investment in and importance of athletics among boys versus girls. Second, people with imaginary athletes scored higher than those without on a current-day measure of predilection for imagination, but they were not more likely to report having created a make-believe friend or animal as a child.

Imagination is a valuable power

Creating an imaginary other might seem like a quirky, perhaps even childish, addition to sports practice. But actually, this behavior is entirely logical. After all, imagination is the core of human thought. Without it, we couldn’t conceptualize anything outside of the present moment that wasn’t already stored in memory. No thinking about the future, no consideration of multiple outcomes to a decision, no counterfactuals, daydreams, fantasies or plans.

Why wouldn’t people apply such a fundamental tool of day-to-day thought in athletic contexts? Participation in sports is common, especially among school-age kids, and many college students in our study described drawing upon their imaginations frequently when playing sports, especially when doing so in their free time.

girl about to kick a soccer ball
Imagination is a core part of being human – it’s not a surprise it comes out on the sports field.
Erik Isakson/Tetra images via Getty Images

The creation of imaginary athletes is also unsurprising because it’s one of myriad ways that imagination enhances people’s social worlds throughout their lives. Above all else, social relationships are what matter most to people, and using imagination in thinking about them is common. For instance, people imagine conversations with others, particularly those close to them, sometimes practicing the delivery of bad news or envisioning the response to a proposal of marriage.

In early childhood, kids create imaginary companions who help them learn about friendship and other’s perspectives. And in adolescence, when people focus on developing their autonomy and their own identities, they create parasocial relationships that let them identify with favorite celebrities, characters and media figures. Even in older age, some widows and widowers imagine continued relationships with their deceased spouses. These “continuing bonds” are efforts to cope with loss through imaginary narratives that are fed by and extrapolate upon years of interactions.

At each point in their developmental trajectory, people might recruit imagination to help them understand, manage, regulate and enjoy the social aspects of life. Imaginary athletes are merely one manifestation of this habit.

Because so many children and adolescents spend a lot of time engaged in sports, athletics can be a major environment for working on the developmental tasks of growing up. As children learn about functioning as part of a group, forming, maintaining and losing friendships, and mastering a range of skills and abilities, imaginary athletes provide teammates, coaches and competitors tailored to the needs of the moment.

Of course, an imaginary athlete is but one tool that children and adolescents might use to address developmental tasks such as mastering skills or negotiating peer relationships. Children who aren’t fantasy-prone might create complex training regimens to practice their skills, and they might manage their friendships by talking through problems with others.

But some report that turning inward generated real athletic and social benefits. “I got confidence out of my [imaginary athletes],” reported one participant. “If I could imagine beating someone, and [winning], then I felt like I could do anything.”

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Imaginary athletes: Creating make-believe teammates, competitors and coaches during play – https://theconversation.com/imaginary-athletes-creating-make-believe-teammates-competitors-and-coaches-during-play-254879

Methane leaks from gas pipelines are a hidden source of widespread air pollution

Source: The Conversation – USA (2) – By Younes Ben Zaied, Full Professor in Finance, EDC Paris Business School

Gas pipelines can be dangerous to human health even if people don’t damage them by digging. Jim West/UCG/Universal Images Group via Getty Images

The Trump administration is decreasing the attention federal regulators pay to pipeline leaks. But leaks from natural gas pipelines don’t just waste energy and warm the planet – they can also make the air more dangerous to breathe. That air pollution threat grows not just in the communities where the leaks happen but also as far as neighboring states, as our analysis of gas leaks and air pollution levels across the U.S. has found.

For instance, in September 2018 the Merrimack Valley pipeline explosion in Massachusetts, which released roughly 2,800 metric tons of methane, damaged or destroyed about 40 homes and killed one person. We found that event caused fine-particle air pollution concentrations in downwind areas of New Hampshire and Vermont to spike within four weeks, pushing those areas’ 2018 annual average up by 0.3 micrograms per cubic meter. That’s an increase of about 3% of the U.S. EPA’s annual health standard for PM2.5. Elevated air pollution then showed up in New York and Connecticut through the rest of 2018 and into 2019.

In our study, we examined pipeline leak data from the U.S. Pipeline and Hazardous Materials Safety Administration from 2009 to 2019 and data about the state’s level of small particulate matter in the air from Columbia University’s Center for International Earth Science Information Network. We also incorporated, for each state, data on environmental regulations, per-capita energy consumption, urbanization rate and economic productivity per capita.

In simple terms, we found that in years when a state – or its neighboring states – experienced more methane leak incidents, that state’s annual average fine-particle air pollution was measurably higher than in years with fewer leaks.

A pile of wood and rubble sits next to a basketball hoop.
A 2018 natural gas leak and explosion in Massachusetts destroyed and damaged homes, killed one person and increased air pollution over a wide area.
John Tlumacki/The Boston Globe via Getty Images

Methane’s role in fine‑particle formation

Natural gas is primarily made of methane, a powerful greenhouse gas. But methane also helps set off chemical reactions in the air that lead to the formation of tiny particles known as PM2.5 because they are smaller than 2.5 micrometers (one ten-thousandth of an inch). They can travel deep into the lungs and cause health problems, such as increasing a person’s risk of heart disease and asthma.

The role of methane in exacerbating air pollution is well researched. In short, when methane is released into the atmosphere, it reacts with other chemicals that are already there, such as nitrogen oxides and volatile organic compounds. Often, sunlight triggers these reactions, which then form a type of fine particulate matter called “secondary organic aerosols,” which make up between 20% and 50% of total ambient PM2.5 mass.

So, when natural gas leaks, energy is wasted, the planet warms and air quality drops. These leaks can be massive, like the 2015 Aliso Canyon disaster in California, which sent around 100,000 metric tons of methane into the atmosphere.

But smaller leaks are also common, and they add up, too: Because the federal database systematically undercounts minor releases, we estimate that undocumented small leaks in the U.S. may total on the order of 15,000 metric tons of methane per year – enough to raise background PM2.5 by roughly 0.1 micrograms per cubic meter in downwind areas. Even this modest increase can contribute to health risks: There is no safe threshold for PM2.5 exposure, with each rise of 1 microgram per cubic meter linked to heightened mortality from cardiovascular and respiratory diseases.

On a flat piece of ground with some pipes emerging from it, a cloud of vapor escapes from a pipe.
Even relatively small methane leaks, like this one in 2022 in Pennsylvania, affect both the climate and air pollution levels that damage people’s health.
Pennsylvania Department of Environmental Protection via AP

Preventing leaks to protect climate and health

The most direct way to reduce this problem is to reduce the number and quantity of methane leaks from pipelines. This could include constructing them in ways or with materials or processes that are less likely to leak. Regulations could create incentives to do so or require companies to invest in technology to detect methane leaks quickly, as well as encourage rapid responses when a leak is identified, even if it appears relatively small at first.

Reducing pipeline leaks would not just conserve the energy that is contained in the methane and reduce the global warming that results from increasing amounts of methane in the atmosphere. Doing so would also improve air quality in communities that are home to pipelines and in surrounding areas and states.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Methane leaks from gas pipelines are a hidden source of widespread air pollution – https://theconversation.com/methane-leaks-from-gas-pipelines-are-a-hidden-source-of-widespread-air-pollution-257786

One of the biggest microplastic pollution sources isn’t straws or grocery bags – it’s your tires

Source: The Conversation – USA (2) – By Boluwatife S. Olubusoye, Ph.D. Candidate in Chemistry, University of Mississippi

Most tires are made of synthetic rubber that sheds particles of microplastics over time. Rapeepong Puttakumwong/Moment via Getty Images

Every few years, the tires on your car wear thin and need to be replaced. But where does that lost tire material go?

The answer, unfortunately, is often waterways, where the tiny microplastic particles from the tires’ synthetic rubber carry several chemicals that can transfer into fish, crabs and perhaps even the people who eat them.

We are analytical and environmental chemists who are studying ways to remove those microplastics – and the toxic chemicals they carry – before they reach waterways and the aquatic organisms that live there.

Microplastics, macro-problem

Millions of metric tons of plastic waste enter the world’s oceans every year. In recent times, tire wear particles have been found to account for about 45% of all microplastics in both terrestrial and aquatic systems.

Tires shed tiny microplastics as they move over roadways. Rain washes those tire wear particles into ditches, where they flow into streams, lakes, rivers and oceans.

Along the way, fish, crabs, oysters and other aquatic life often find these tire wear particles in their food. With each bite, the fish also consume extremely toxic chemicals that can affect both the fish themselves and whatever creatures eat them.

Some fish species, like rainbow trout, brook trout and coho salmon, are dying from toxic chemicals linked to tire wear particles.

Researchers in 2020 found that more than half of the coho salmon returning to streams in Washington state died before spawning, largely because of 6PPD-Q, a chemical stemming from 6PPD, which is added to tires to help keep them from degrading.

A small jar with liquid containing tiny black flecks.
Most tire particles are tiny.
Saskia Madlener/Stacey Harper/Oregon State University, CC BY-SA

But the effects of tire wear particles aren’t just on aquatic organisms. Humans and animals alike may be exposed to airborne tire wear particles, especially people and animals who live near major roadways.

In a study in China, the same chemical, 6PPD-Q, was also found in the urine of children and adults. While the effects of this chemical on the human body are still being studied, recent research shows that exposure to this chemical could harm multiple human organs, including the liver, lungs and kidneys.

In Oxford, Mississippi, we identified more than 30,000 tire wear particles in 24 liters of stormwater runoff from roads and parking lots after two rainstorms. In heavy traffic areas, we believe the concentrations could be much higher.

The Interstate Technology and Regulatory Council, a states-led coalition, in 2023 recommended identifying and deploying alternatives to 6PPD in tires to reduce 6PPD-Q in the environment. But tire manufacturers say there’s no suitable replacement yet.

What can communities do to reduce harm?

At the University of Mississippi, we are experimenting with sustainable ways of removing tire wear particles from waterways with accessible and low-cost natural materials from agricultural wastes.

The idea is simple: Capture the tire wear particles before they reach the streams, rivers and oceans.

In a recent study, we tested pine wood chips and biochar – a form or charcoal made from heating rice husks in a limited oxygen chamber, a process known as pyrolysis – and found they could remove approximately 90% of tire wear particles from water runoff at our test sites in Oxford.

Biochar is an established material for removing contaminants from water due to its large surface area and pores, abundant chemical binding groups, high stability, strong adsorption capacity and low cost. Wood chips, because of their rich composition of natural organic compounds, have also been shown to remove contaminants. Other scientists have also used sand to filter out microplastics, but its removal rate was low compared with biochar.

A man places flexible tubes filled with biochar under a storm drain.
Boluwatife S. Olubusoye, one of the authors of this article, positions a filter sock filled with biochar under a storm drain.
James Cizdziel/University of Mississippi

We designed a biofiltration system using biochar and wood chips in a filter sock and placed it at the mouth of a drainage outlet. Then we collected stormwater runoff samples and measured the tire wear particles before and after the biofilters were in place during two storms over the span of two months. The concentration of tire wear particles was found to be significantly lower after the biofilter was in place.

The unique elongated and jagged features of tire wear particles make it easy for them to get trapped or entangled in the pores of these materials during a storm event. Even the smallest tire wear particles were trapped in the intricate network of these materials.

Using biomass filters in the future

We believe this approach holds strong potential for scalability to mitigate tire wear particle pollution and other contaminants during rainstorms.

Since biochar and wood chips can be generated from agricultural waste, they are relatively inexpensive and readily available to local communities.

Long-term monitoring studies will be needed, especially in heavy traffic environments, to fully determine the effectiveness and scalability of the approach. The source of the filtering material is also important. There have been some concerns about whether raw farm waste that has not undergone pyrolysis could release organic pollutants.

Like most filters, the biofilters would need to be replaced over time – with used filters disposed of properly – since the contaminants build up and the filters degrade.

Plastic waste is harming the environment, the food people eat and potentially human health. We believe biofilters made from plant waste could be an effective and relatively inexpensive, environmentally friendly solution.

The Conversation

Boluwatife S. Olubusoye received partial funding from the Center for Biodiversity and Conservation Research (CBCR) at the University of Mississippi

James V Cizdziel received funding from the National Science Foundation (MRI Grant #2116597) for the instrument used to analyze samples for microplastics.

ref. One of the biggest microplastic pollution sources isn’t straws or grocery bags – it’s your tires – https://theconversation.com/one-of-the-biggest-microplastic-pollution-sources-isnt-straws-or-grocery-bags-its-your-tires-259440