Pourquoi la construction des villages JO de Paris 2024 fut une réussite

Source: The Conversation – in French – By Geneviève Zembri-Mary, Professeure en Urbanisme et Aménagement, CY Cergy Paris Université

La construction des villages et du centre aquatique olympique ainsi que les aménagements urbains ont coûté 4,5 milliards d’euros, dont 2 milliards apportés par le secteur privé. AntoninAlbert/Shutterstock

Le village des athlètes et le village des médias ont été livrés à temps. Ils trouvent aujourd’hui une seconde vie avec des habitations, des commerces et des entreprises. Comment l’expliquer ? En partie grâce à la loi de 2018 relative à l’organisation des Jeux olympiques et paralympiques. Ce sont également des bâtiments bas carbone et étudiés pour être réversibles, en particulier dans le cas du village des athlètes.


Le contrat de ville hôte signé entre Paris 2024 et le Comité international olympique (CIO) pour accueillir les Jeux olympiques et paralympiques (JOP) a prévu de réaliser seulement trois ouvrages nouveaux : le village des médias, le village des athlètes et le centre aquatique olympique. Ces constructions devaient être durables, avec une empreinte carbone réduite, et faire partie de l’héritage des JOP.

Les Jeux olympiques et paralympiques ont pu être critiqués par des mouvements citoyens en raison de leur coût, de l’absence de garantie gouvernementale sur les risques des projets ou de leur empreinte carbone liée aux déplacements des visiteurs et à la construction de nouvelles infrastructures. Le CIO a donc établi des recommandations pour limiter le nombre de nouveaux sites olympiques et leur empreinte carbone avec l’agenda olympique.

Cela implique pour la ville hôte d’agir dans deux domaines :

  • Faire en sorte que la réalisation des infrastructures et des projets urbains rencontre le moins d’incertitudes pour être livrée à temps.

  • Construire des infrastructures sportives et des projets urbains durables avec une empreinte carbone réduite pour la phase « Héritage ».

Pour quel bilan de ces ouvrages olympiques ? Avec quelles innovations ? Dans notre étude, nous analysons tout particulièrement les nouveautés juridiques du droit de l’urbanisme mises en œuvre pour les JOP de Paris et la réversibilité des ouvrages olympiques.

Livrer à temps

Le contrat de ville hôte oblige à livrer le centre aquatique olympique, le village des athlètes et le village des médias pour la date des JOP. La Société de livraison des ouvrages olympiques (Solideo) a été en charge de cette mission.

Les JOP bénéficiant d’une couverture médiatique mondiale, les enjeux financiers liés aux droits de retransmission télévisés perçus par le CIO sont particulièrement importants. Ces droits ont atteint 3,107 milliards de dollars pour Tokyo 2020. Une ville hôte cherche quant à elle à se mettre en valeur à l’échelle internationale, en étant sensible à tout risque réputationnel. Livrer à temps était une nécessité pour la SOLIDEO et les acteurs privés impliqués dans la construction.

L’organisme public a dû faire face aux incertitudes liées à ces projets d’infrastructures. Le village des médias a fait l’objet de deux recours par deux associations locales pour des raisons environnementales. La construction des ouvrages a été exposée à l’arrêt et au ralentissement de l’activité pendant la pandémie de Covid-19. D’autres incertitudes pouvaient impacter le planning, comme des délais allongés pour obtenir les permis de construire ou exproprier.

Mégaprojets urbains

Le village des athlètes de Saint-Denis, de Saint-Ouen et de l’Île-Saint-Denis, et le village des médias de Dugny, en Seine-Saint-Denis, sont les deux projets urbains des JOP. Le village des athlètes a pu accueillir 15 000 athlètes. Le village des médias a pu loger 1 500 journalistes et techniciens.

Les bâtiments deviennent aujourd’hui des logements, bureaux, services et commerces. Ils sont considérés comme des mégaprojets urbains. La zone d’aménagement concerté du village des athlètes a une surface de 52 hectares et accueillera 6 000 nouveaux habitants et 6 000 salariés, une fois l’ensemble des travaux de transformation terminés en 2025, et en fonction du rythme de vente. Les ventes sont en cours.

La zone d’aménagement concerté du village des médias compte 70 hectares, et 1 400 logements à terme. Elle est desservie par la gare du tramway T11 de Dugny-La Courneuve et le RER B du Bourget. Elle bénéficiera, comme le village des athlètes, de la desserte des futures lignes 16 et 17 du Grand Paris Express. Des parcs, des commerces, des équipements publics sont aussi réalisés. La construction des villages et du centre aquatique olympique, ainsi que les aménagements urbains ont coûté 4,5 milliards d’euros, dont 2 milliards apportés par le secteur privé.

Loi olympique et paralympique de 2018

Aussi pour faire face aux incertitudes pouvant affecter habituellement la réalisation des projets urbains et les livrer à temps, la Solideo a intégré par anticipation une marge au planning. La réalisation des villages et du centre aquatique olympiques a également bénéficié d’une loi olympique et paralympique votée en 2018. Elle a permis de réduire les délais et de sécuriser juridiquement la réalisation des projets pour la date des JOP par rapport aux procédures habituelles du code de l’urbanisme. Ont été mis en place :

  • Une procédure d’expropriation d’extrême urgence, qui a permis à la Solideo d’exproprier plus rapidement que la procédure classique, les propriétaires des terrains et immeubles des zones de construction des équipements olympiques. Les expropriations essentiellement faites pour le village des médias et le village des athlètes ont été peu nombreuses.

  • Des consultations publiques par voie électronique dans le cadre de la concertation. Ces consultations électroniques ont supprimé de fait les réunions publiques de discussion sur le projet, plus longues à mettre en place dans le cadre d’une concertation classique.

  • L’innovation juridique du permis de construire à double état. En une seule fois, il confie au maire le droit de donner un permis de construire pour les deux usages des bâtiments des villages : (i) la construction des logements des athlètes et des logements des journalistes de la phase Jeux et (ii) leur transformation en quartier d’habitations, de bureaux et de commerces classique lors de la phase Héritage des JOP.

  • La cour administrative de Paris, censée être plus rapide pour statuer, devait juger les éventuels recours contre les trois projets, en remplacement du tribunal administratif. Cela évitait que la réalisation des équipements olympiques ne prenne de retard par rapport à la date des JOP. La Cour administrative d’appel de Paris a eu notamment à statuer sur les deux recours contre le village des médias en avril 2021. Ces recours ont occasionné un retard d’un mois du début de la construction du projet.

Réversibilité bas carbone

La réversibilité consiste à concevoir un bâtiment pour que son usage puisse changer plusieurs fois dans le temps. Par exemple, le village des athlètes a été conçu pour :

  • Intégrer des chambres et des sanitaires lors de la phase Jeux pour les athlètes.

  • Transformer les espaces en logements familiaux lors de la phase Héritage. Par exemple, les réseaux d’arrivée d’eau et d’électricité pour les futures cuisines des logements ont été prévus lors de la construction, ainsi que la modification des cloisons.

Le village des médias, le village des athlètes et le centre aquatique olympique ont été conçus avec des principes de construction circulaire et bas carbone pour limiter leur impact environnemental. La construction circulaire permet par exemple de récupérer une partie des matériaux pour les réutiliser pour d’autres constructions après la phase Jeux.

Les sites olympiques devaient aussi avoir une empreinte carbone réduite. Dans le cas de Paris 2024, celle-ci est divisée par deux grâce à une conception bioclimatique des bâtiments, une bonne isolation, des protections solaires, la récupération d’énergie, le réemploi des matériaux, la construction bois et béton bas carbone, le transport fluvial des matériaux, le recyclage de ces derniers.

La réversibilité est en cours d’achèvement au village des athlètes où elle est la plus importante par rapport au village des médias. La vente des appartements, des bureaux et des commerces est en cours. Elle connaît cependant un ralentissement et une baisse des prix de vente au village des athlètes liée en partie au ralentissement plus général du marché.

The Conversation

Geneviève Zembri-Mary a reçu des financements de Cergy Paris université pour cette recherche.

ref. Pourquoi la construction des villages JO de Paris 2024 fut une réussite – https://theconversation.com/pourquoi-la-construction-des-villages-jo-de-paris-2024-fut-une-reussite-257414

Les leçons marketing d’un chef-d’œuvre télévisuel, « Mad Men »

Source: The Conversation – in French – By Albéric Tellier, Professeur Agrégé des Universités en sciences de gestion, Université Paris Dauphine – PSL

Le surnom « _mad men_ » était donné aux dirigeants et créatifs des agences de publicité situées sur Madison Avenue à New York. Dans la série, les pérégrinations des personnages féminins mettent en évidence les permanences et les transformations des rapports entre femmes et hommes au cours des années 1960. AMC/Arte

Si vous ne l’avez vu, vous pouvez découvrir gratuitement sur Arte une série majeure de la dernière décennie : « Mad Men ». Ses personnages évoluent dans une agence de publicité new-yorkaise dans les années 1960. Au-delà de la fiction, que nous dit cette série sur le monde de la publicité et du marketing ?


Depuis la rentrée, Arte propose gratuitement l’intégrale de la série Mad Men. L’occasion idéale de (re)voir une série acclamée par la critique et d’en apprendre beaucoup sur l’histoire du marketing, ses évolutions et ses dérives.

Créée par Matthew Weiner, Mad Men propose aux spectateurs de suivre les destins croisés des membres de l’agence de publicité new-yorkaise Sterling Cooper et de leurs proches, tous confrontés aux transformations profondes, rapides et parfois brutales de la société américaine. Les 92 épisodes, regroupés en sept saisons, offrent une véritable plongée dans une décennie marquante pour les États-Unis : la séquence inaugurale nous emmène dans un bar de Manhattan en mars 1960, tandis que celle qui clôture la saga se déroule à la fin de l’année 1970 sur les hauteurs d’une falaise californienne. Entre ces deux dates, les personnages devront faire face à de nombreux changements politiques, sociaux, technologiques et culturels, impactant à la fois leurs situations personnelles et leurs activités professionnelles.

Au-delà de ses indéniables qualités qui ont fait l’objet de nombreuses analyses, cette immersion dans l’univers des professionnels chargés de vendre le rêve américain, notamment le directeur de la création Don Draper et la rédactrice-conceptrice Peggy Olson, nous offre une occasion idéale de comprendre l’essor du marketing, ses évolutions récentes et ses travers. Pour cela, les concepteurs se sont appuyés sur des faits et des cas réels, ou tout au moins crédibles. Tout au long des épisodes, les membres de Sterling Cooper travaillent pour des marques comme Chevrolet, Heineken, Heinz, Honda, Kodak, Lucky Strike, Playtex, etc.

Une saga pour comprendre l’essor du marketing…

La décennie couverte par Mad Men est une période charnière pour le marketing, celle où il s’impose définitivement comme une discipline sophistiquée qui doit impérativement être enseignée, et une fonction centrale dans l’entreprise au même titre que la production ou la finance. On assiste ainsi au fil des saisons à la transformation d’un domaine essentiellement pratique, largement nourri des expériences de terrain et des expérimentations des directions commerciales, à un corps de connaissances formalisées, enrichi de travaux de recherche dédiés et des apports d’autres sciences sociales comme la psychologie, la sociologie ou l’économie.




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Dans ce contexte, les agences de publicité ne peuvent plus se contenter de concevoir des campagnes et de vendre des espaces publicitaires. Elles doivent se convertir en agences « à service complet », capables de prendre à leur compte des activités d’études de marché et de tests de produits afin de mettre au jour les attentes, freins et motivations d’un consommateur qui n’est pas toujours rationnel. Mais chez Sterling Cooper, la transformation n’est pas aisée car ses responsables ont débuté leur carrière au moment où la communication était avant tout affaire d’intuition et de « génie créatif ».

… et ses transformations

Bien entendu, depuis les années soixante, le marketing a connu d’importantes transformations, avec des contraintes qui s’additionnent, et qui peuvent être résumées en trois grandes périodes :

  • le marketing transactionnel (1950-1980)

  • le marketing relationnel (1980-2000)

  • le marketing expérientiel (2000-…).

Au sein de Sterling Cooper, l’accent est essentiellement mis sur la transaction. Il faut multiplier les ventes en maximisant la valeur de la prestation que le client obtiendra dans l’échange. Dans les années 1980 cependant, les priorités changent. La transaction reste déterminante, mais on cherche à construire des relations durables avec les clients et à conserver leur confiance sur le long terme. Enfin, au début des années 2000, le marketing devient « expérientiel ». Le consommateur est désormais plus individualiste et volatile. Il veut se sentir accompagné, voire choyé, tout au long du processus qui va le mener à l’achat et attend de la consommation qu’elle soit une activité agréable, divertissante mais aussi cohérente avec ses valeurs.

À la lecture de ce découpage chronologique, une question vient immédiatement à l’esprit : la série Mad Men se déroulant dans les années 1960, peut-on l’utiliser pour cerner les évolutions les plus récentes du marketing ?




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Des anachronismes bien utiles pour cerner les pratiques du marketing contemporain…

La série a été unanimement saluée pour l’exceptionnelle qualité de sa restitution de l’Amérique des sixties. Pour autant, les concepts et méthodes de marketing qui sont évoqués sont souvent plus en phase avec les connaissances et pratiques actuelles. Paradoxalement, ces anachronismes ajoutent un intérêt supplémentaire à la série.

Les personnages de Mad Men raisonnent et agissent souvent comme le feraient aujourd’hui de nombreux responsables marketing. Dans le dernier épisode de la première saison, Don Draper s’appuie sur le sentiment de nostalgie pour concevoir une campagne de communication, une approche très rare à l’époque mais désormais courante. Plus tard (saison 6, épisodes 1 et 2), il se montrera très en avance sur son temps en proposant aux responsables d’une chaîne hôtelière une approche typique du marketing expérientiel que nous évoquions plus haut :

« Ce que j’ai vécu était très différent des [vacances habituelles]. On ne doit pas vendre une destination géographique. On va vendre une expérience »

Un projet tellement novateur qu’il ne sera pas retenu… Sous la houlette de ce directeur de la création à la fois fascinant et détestable, les équipes de Sterling Cooper seront également amenées à travailler dans des contextes de plus en plus variés et à imaginer des actions inédites pour l’époque mais habituelles aujourd’hui. C’est ainsi que la série Mad Men permet d’aborder le marketing de l’innovation, le marketing social, le marketing public et territorial ou le marketing viral, alors qu’ils n’existaient qu’à un état embryonnaire dans les années 1960.

… mais aussi ses dérives

Loin d’être des « génies » du marketing, les membres de l’agence font parfois des erreurs, n’utilisent pas très bien les méthodes à leur disposition, et sont même parfois guidés par des intentions fort discutables. Quand nous faisons connaissance avec Don Draper, il est à la recherche des moyens qui permettraient au cigarettier Lucky Strike d’éviter une législation jugée trop contraignante et ne semble avoir aucun scrupule à manipuler les clients. Quand nous le retrouvons dans la quatrième saison, en train de tenir un discours engagé et percutant devant les membres d’une association de lutte contre le tabac, nous comprenons rapidement que son intention véritable est de trouver de nouveaux clients au moment où l’agence vit une période bien délicate.

Ainsi, la série Mad Men est un formidable support pour montrer la puissance du marketing mais aussi ses dérives. Celles-ci ne doivent pas être relativisées. Cependant, qu’on veuille critiquer les finalités et pratiques du marketing, les mettre à profit, ou les renouveler pour participer à l’essor d’un marketing responsable, il est nécessaire dans tous les cas de les comprendre. Un objectif que le visionnage de l’intégralité de Mad Men permet d’atteindre.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Les leçons marketing d’un chef-d’œuvre télévisuel, « Mad Men » – https://theconversation.com/les-lecons-marketing-dun-chef-doeuvre-televisuel-mad-men-265031

Quand Dexter inspire Shein : comment les antihéros transforment la publicité

Source: The Conversation – in French – By Frédéric Aubrun, Enseignant-chercheur en Marketing digital & Communication au BBA INSEEC – École de Commerce Européenne, INSEEC Grande École

L’ambiguïté d’un personnage comme Dexter pose des problèmes quand elle devient un moteur de la publicité.

C’était fatal : le succès de séries mettant en avant des antihéros amoraux infuse dans la communication des entreprises, et notamment dans la publicité. Mais ce qui peut être accepté dans une série mettant en exergue l’ambiguïté humaine peut-il être acceptable quand il est manipulé par des publicitaires ?


Dexter Morgan (Dexter, 2006-2013), le tueur en série « éthique », Walter White (Breaking Bad, 2008-2013), le professeur devenu baron de la drogue, ou Joe Goldberg (You, 2018-2025), le stalker (harceleur) romantique… Ces personnages fascinent les téléspectateurs depuis deux décennies. Mais leur influence dépasse aujourd’hui l’écran : elle transforme les codes publicitaires.

« Je ne suis pas en danger, Skyler. Je suis le danger »

Cette réplique de Walter White dans Breaking Bad illustre parfaitement le succès des antihéros sériels : des personnages moralement ambigus qui franchissent les lignes rouges : ils tuent, trafiquent, harcèlent. Leur particularité ? Ils se présentent comme des justiciers suivant leur propre code moral – distinct des règles sociales et religieuses traditionnelles – tout en nous faisant éprouver de l’empathie pour eux. Désormais, cette nouvelle grammaire narrative inspire aussi certaines marques.

L’art de la transgression assumée

Un des exemples frappants est celui de Shein en 2025. Face aux critiques sur la fast-fashion et à un projet de loi français pénalisant sa promotion, la marque n’a pas choisi la discrétion. Sa campagne « La mode est un droit, pas un privilège » transforme la contrainte en opportunité narrative, se présentant comme victime d’une élite voulant priver les classes populaires d’accès à la mode.

Cette stratégie rappelle directement celle de Dexter Morgan et son fameux « code » : une ligne de conduite personnelle qui justifie ses meurtres en ne s’attaquant qu’aux méchants. Comme Shein avec sa défense de la démocratisation de la mode, Dexter se présente comme un justicier suivant des règles éthiques strictes.




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Mais le parallèle va plus loin. Dexter, malgré son code, cause régulièrement des « dommages collatéraux » – des victimes innocentes qui échappent à sa logique initiale. De même, Shein brandit son éthique de l’accessibilité tout en générant des externalités négatives : pollution, conditions de travail précaires, surconsommation.

Les réactions sur les réseaux sociaux à la campagne Shein illustrent cette tension. L’analyste digitale Audrey Lunique (ATaudreylunique) a décortiqué cette stratégie sur X :

Détourner l’attention au nom d’un pseudo-code moral

Cette analyse révèle exactement le mécanisme de l’antihéros : utiliser un code moral (démocratisation de la mode) pour détourner l’attention des « dommages collatéraux » (exploitation, pollution). Comme Dexter qui justifie ses meurtres par sa lutte contre les « méchants », Shein présente ses pratiques destructrices pour l’environnement et les conditions de travail comme un combat pour la justice sociale.

D’autres marques adoptent ce genre de posture transgressive, comme, par exemple, Balenciaga, qui s’était approprié des codes de l’antihéros avec ses campagnes controversées de 2022. La maison de luxe avait provoqué un tollé en diffusant des photographies montrant des enfants tenant des sacs en forme d’ours équipés d’accessoires BDSM.

Attaquer puis se victimiser

Face aux accusations de sexualisation de mineurs, le directeur artistique Demna s’est d’abord défendu :

« Si j’ai voulu parfois provoquer à travers mon travail, je n’ai jamais eu l’intention de le faire avec un sujet aussi horrible que la maltraitance des enfants. »

Cette défense révèle le même schéma narratif : d’abord revendiquer un « code » artistique supérieur, puis admettre les dégâts quand la pression devient trop forte. Comme les antihéros de fiction, Balenciaga s’est positionné en incomprise, victime d’une société incapable de saisir sa vision créative.

Burger King illustre une version plus subtile de cette logique avec sa campagne « Moldy Whopper » (2020), qui montre délibérément un burger en décomposition. Comme Dexter qui expose la vérité crue de ses victimes, Burger King révèle la réalité de son produit sans conservateurs artificiels. La marque assume la laideur apparente (moisissure) pour revendiquer une supériorité éthique (naturalité).

Trois mécanismes de transfert culturel

Cette appropriation des codes de l’antihéros s’explique par trois phénomènes.

La saturation culturelle d’abord. Les plateformes de streaming ont démocratisé l’accès aux séries, créant un référentiel culturel partagé. Les publicitaires puisent dans ce répertoire pour créer une connivence immédiate avec leurs audiences.

La fatigue de l’authenticité performée ensuite. Après des années de communication corporate lisse, les consommateurs se méfient des discours trop parfaits. L’antihéros publicitaire apparaît paradoxalement plus crédible parce qu’il assume ses défauts. Ce phénomène s’inscrit dans une évolution plus large de la publicité face aux nouvelles technologies, où les marques cherchent constamment de nouveaux codes pour maintenir l’attention.

La légitimation par association culturelle enfin. En adoptant les codes d’œuvres « de prestige », les marques opèrent un transfert de légitimité. Si Walter White peut être fascinant malgré ses crimes, pourquoi Shein ne pourrait-elle pas être acceptable malgré ses controverses ?

L’empathie trouble au service du commerce

Le psychologue Jason Mittell a théorisé la notion d’« empathie trouble » que nous développons envers ces personnages complexes. Cette « empathie trouble »désigne notre capacité à nous attacher à des personnages (ou ici des marques) dont nous désapprouvons les actes. Nous savons que Walter White détruit sa famille, mais nous comprenons ses motivations initiales. Cette ambivalence émotionnelle, fascinante en fiction, devient manipulatoire quand elle sert des intérêts commerciaux dans la réalité.

Le succès durable de Dexter en témoigne : huit saisons initiales, puis New Blood (2021), Original Sin (2024) et Resurrection (2025).

Cette multiplication s’étend aux séries anthologiques comme Monsters (2022-2025), explorant les psychés de tueurs historiques.

Mais cette empathie devient problématique quand elle s’applique aux marques. La fiction nous apprend à suspendre notre jugement moral ; la publicité exploite cette suspension.

Vers un marketing de la transgression ?

Cette tendance soulève des questions cruciales pour l’avenir de la communication commerciale. La normalisation de la transgression publicitaire risque de déplacer les limites de l’acceptable, créant une spirale de surenchère provocatrice.

Les professionnels du marketing doivent développer une réflexivité critique. L’efficacité à court terme d’une campagne provocante doit être mise en balance avec ses externalités sociales : normalisation de comportements problématiques, érosion de la confiance, contribution à un climat de transgression généralisée.

Les séries nous ont appris à accepter la complexité morale. Mais quand cette leçon s’applique aux marques, elle peut devenir un outil de manipulation redoutable. À l’heure où 71 % des consommateurs attendent des marques qu’elles s’engagent sur des sujets de société, cette fascination pour la transgression interroge notre rapport à l’éthique commerciale.

The Conversation

Frédéric Aubrun ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Quand Dexter inspire Shein : comment les antihéros transforment la publicité – https://theconversation.com/quand-dexter-inspire-shein-comment-les-antiheros-transforment-la-publicite-264504

Concilier rentabilité et émission de carbone, c’est possible

Source: The Conversation – in French – By Ethan Eslahi, Professeur de finance, spécialisé en économie et finance de l’énergie et de l’environnement, et en modélisation prédictive, IÉSEG School of Management

Un marché de quotas carbone est un système d’échange de droits d’émissions de gaz à effet de serre, de crédits carbone et de quotas carbone. AndriiYalanskyi/Shutterstock

Pour que le prix du carbone, et le principe du « pollueur-payeur », soient pleinement efficaces, il ne suffit pas d’agir sur le marché lui-même, mais sur la manière dont les entreprises définissent la notion même de performance… environnementale, financière ou les deux.


Le système d’échange de quotas d’émission de l’Union européenne (SEQE-UE), fondé sur le principe « pollueur-payeur », vise à inciter les entreprises à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre en augmentant le coût de ces émissions. Dès 2005, ce mécanisme a constitué le cœur de la stratégie climatique de l’Union européenne.

Pour les entreprises, le prix du carbone a un double visage : il peut encourager les investissements verts, mais il alourdit aussi la facture des plus gros émetteurs. Alors, les entreprises réagissent-elles toutes pareillement à ce signal-prix ?

Dans notre étude, nous montrons que l’effet concret de ce signal dépend de la manière dont la performance est définie en interne – c’est-à-dire selon que l’on accorde plus ou moins de poids aux résultats financiers, environnementaux, ou à une combinaison des deux.

Définir sa performance

Les entreprises sont de plus en plus appelées à évaluer leur exposition aux risques liés au climat, par exemple via un prix interne du carbone utilisé dans leur planification stratégique. La manière dont elles définissent leur performance conditionne leur capacité à anticiper les coûts futurs du carbone et à ajuster leurs décisions en conséquence.

Cet enjeu de définition de la performance se traduit déjà dans certaines pratiques. En avril 2023, Getlink (ex-groupe Eurotunnel) a introduit une « marge de décarbonation ». Cet indicateur financier mesure la capacité de l’entreprise à s’adapter à la hausse des coûts carbone en soustrayant les coûts futurs d’émissions au résultat opérationnel (EBITDA).

Cette initiative illustre l’importance croissante de relier directement les dimensions financière et environnementale.

Rentabilité et émissions

Notre étude porte sur environ 3 800 entreprises soumises au SEQE-UE dans 28 pays européens, sur la période 2008–2022. Il s’agit d’un échantillon représentatif des entreprises couvertes par ce système, issues de secteurs comme l’énergie, l’acier, le ciment, la chimie, la papeterie ou l’aviation, qui déclarent chaque année leurs émissions vérifiées. À partir de ces données, nous construisons pour chaque entreprise un indicateur composite de performance combinant deux dimensions : la rentabilité opérationnelle (mesurée par la marge d’EBITDA) et les émissions de gaz à effet de serre.




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Nous proposons un cadre d’analyse multidimensionnel : au lieu de traiter la performance financière et la performance environnementale comme des dimensions distinctes ou opposées, nous les combinons dans un indice unique. Nous faisons varier le poids relatif accordé à chacune des deux dimensions pour générer plusieurs profils types d’entreprises, allant d’une vision 100 % financière à une vision 100 % environnementale de la performance.

Nous analysons ensuite, à l’aide d’une modélisation prédictive, alimentée par le Stochastic Extreme Gradient Boosting, un outil avancé d’apprentissage automatique, dans quelle mesure le prix moyen du quota carbone d’une année peut prédire l’évolution de cette performance composite l’année suivante. Cela nous permet d’évaluer si – et pour quels profils – le signal-prix du carbone est effectivement pris en compte par les entreprises dans leurs décisions stratégiques.

Performance conditionnelle au prix du carbone

Nos résultats montrent que l’effet du prix du carbone dépend fortement de la pondération accordée aux deux dimensions de performance. Lorsque la performance est définie principalement selon la rentabilité financière, une hausse du prix du carbone a un effet négatif significatif sur la performance globale. Cela s’explique par le fait que les coûts supplémentaires induits par les quotas érodent la marge opérationnelle.

À l’inverse, lorsque la performance est définie en mettant davantage l’accent sur la réduction des émissions, le lien entre le prix du carbone et la performance devient beaucoup plus faible, voire inexistante. Ce résultat suggère que les entreprises ayant déjà intégré une logique de réduction des émissions peuvent être moins sensibles aux variations du prix du carbone – soit parce qu’elles ont déjà accompli l’essentiel des efforts, soit parce qu’elles réagissent davantage à d’autres types d’incitations (réglementaires, normatives ou réputationnelles).

Incitations alignées

Les investisseurs financiers peuvent intégrer ce type d’indice composite financier environnemental dans leur évaluation des entreprises. Cela leur permettrait d’identifier celles qui sont les plus vulnérables à une hausse du prix du carbone, ou au contraire les plus aptes à aligner performance économique et objectifs climatiques.

Pour les régulateurs du système d’échanges de quotas d’émissions (SEQE-UE), nos résultats confirment l’importance d’accompagner le signal-prix d’un cadre plus structurant : publication obligatoire d’indicateurs intégrés dans le cadre de la directive européenne Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD), mise en place de corridors de prix pour assurer la prévisibilité du marché, ou encore le soutien ciblé aux entreprises qui prennent des risques environnementaux sans retour immédiat sur la rentabilité.

Les citoyens peuvent également jouer un rôle actif en soutenant les initiatives qui rendent visibles les compromis entre rentabilité et réduction des émissions. Par exemple, ils peuvent exiger que les entreprises publient des indicateurs combinés permettant de suivre simultanément leur performance financière et environnementale.

The Conversation

Ethan Eslahi ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Concilier rentabilité et émission de carbone, c’est possible – https://theconversation.com/concilier-rentabilite-et-emission-de-carbone-cest-possible-258423

VIH : les Africains âgés, grands oubliés des soins et de la recherche

Source: The Conversation – in French – By Francesc Xavier Gomez-Olive Casas, Research Manager at MRC/Wits Agincourt Research Unit, University of the Witwatersrand

Pendant des décennies, les efforts de santé publique en Afrique subsaharienne se sont concentrés sur les campagnes de prévention, de dépistage et de traitement du VIH chez les enfants et les femmes en âge de procréer. Les personnes âgées, elles, sont largement oubliées.

Aujourd’hui, les campagnes de traitement antirétroviraux (ARV) connaissent un grand succès. Elles s’accompagnent d’efforts continus pour atteindre les objectifs les objectifs 95-95-95 de l’Onusida en matière de VIH. Autrement dit, 95 % des personnes séropositives doivent connaître leur statut, 95 % doivent suivre un traitement. Et, 95 % doivent avoir une charge virale indétectable. Grâce à ces efforts, l’écart en matière de traitement du VIH s’est réduit dans beaucoup de pays africains.

L’une des conséquences de cette évolution est que l’épidémie de VIH touche de plus en plus les personnes âgées. En raison de l’augmentation de l’espérance de vie de la population vivant avec le VIH, l’épidémie a connu un processus de vieillissement.

Cependant, la plupart des programmes et des études sur le VIH continuent de négliger la population âgée de plus de 50 ans. La conséquence immédiate est que les personnes âgées, en particulier les femmes ayant dépassé l’âge de procréer, sont souvent invisibles dans les données de surveillance, négligées dans les messages de prévention et sous-représentées dans les stratégies de soins.

Peu d’interventions liées au VIH sont adaptées à ce groupe, même s’il est confronté à des risques particuliers. Cette lacune a de graves conséquences sur la santé et le bien-être de cette population vulnérable et en constante augmentation.

Au cours des dernières années, nous avons travaillé à mieux comprendre le processus de vieillissement de l’épidémie de VIH, non seulement en ce qui concerne le nombre croissant de personnes vivant avec le VIH, mais aussi en expliquant les risques de nouvelles infections par le VIH chez les personnes âgées.

Pour répondre ce manque de données, nous avons étudié les changements dans l’épidémie de VIH chez un groupe de personnes âgées au cours de deux phases de collecte de données (2013-2016 vague 1 ; 2019-2022 vague 2) et sur près d’une décennie.

Cette étude, qui s’inscrit dans le cadre de l’étude AWI-Gen en Afrique, a suivi plus de 7 000 adultes âgés de 40 ans et plus dans quatre endroits différents. Trois d’entre eux se trouvaient en Afrique du Sud : la zone urbaine de Soweto, dans le cœur industriel du pays, la zone rurale de Bushbuckridge, dans le nord-est du pays, et Dikagale, Mamabolo et Mothiba, dans le nord. Le quatrième site était situé dans les bidonvilles de Nairobi, au Kenya.

Ces sites permettent de comparer l’Afrique orientale et l’Afrique australe, les deux régions africaines où la prévalence du VIH est la plus élevée. En même temps, cela permet une comparaison entre les milieux ruraux et urbains.

Nous avons pu évaluer le nombre de personnes vivant avec le VIH, le nombre de nouvelles infections et les facteurs sociaux à l’origine de la transmission du VIH. Pour ce faire, nous avons effectué des tests de dépistage du VIH et demandé aux participants s’ils avaient déjà été testés pour le VIH, s’ils connaissaient leur statut sérologique et s’ils recevaient un traitement antirétroviral.

Nous avons constaté qu’un adulte sur cinq (22 %) participant à l’étude vivait avec le VIH (c’est-à-dire qu’il était infecté par le VIH). Ce taux est resté élevé aux deux moments de l’étude. Nous avons également observé que de nouvelles infections se produisaient dans cette population plus âgée, en particulier chez les veuves, les habitants des zones rurales et les personnes sans instruction formelle.

Cela montre que, même si l’accès au traitement s’est amélioré, des disparités importantes persistent. Et les personnes âgées continuent de contracter le VIH, souvent parce qu’elles sont exclues des campagnes publiques de sensibilisation au VIH.

La conclusion que l’on peut tirer de nos résultats est que le monde doit cesser de considérer le VIH comme une « maladie des jeunes ». Le discours doit changer, tout comme la réponse. Vieillir avec le VIH est désormais une réalité de santé publique mondiale, en particulier en Afrique subsaharienne, et la réponse au VIH doit évoluer pour refléter cette réalité.

Les mythes qui mettent les personnes âgées en danger

L’une des idées fausses les plus répandues que nous avons rencontrées est que les personnes âgées, en particulier celles qui sont veuves ou ménopausées, ne sont plus exposées au risque de contracter le VIH. Beaucoup pensent que si l’on ne risque plus de tomber enceinte, on ne risque plus d’être infectée.

En conséquence, l’utilisation du préservatif diminue, le dépistage est retardé et les personnes entament de nouvelles relations plus tard dans leur vie sans connaître le statut de leur partenaire.

Il y a aussi la stigmatisation. Les personnes âgées ont grandi à une époque où le VIH était associé au silence et à la honte. Beaucoup ressentent une profonde gêne ou une peur de se faire dépister, de révéler leur statut ou même de discuter de leur santé sexuelle avec les professionnels de santé. Certains ne croient tout simplement pas que cela puisse leur arriver.

Lors de notre première phase de collecte, seulement 55 % des personnes séropositives ont correctement déclaré leur statut. Cela entraîne des retards dans le traitement, un risque accru de transmission et une remise en cause de la planification de la santé publique.

Sur une note positive, nous avons observé une augmentation de 77 % des déclarations correctes lors de la deuxième vague, ce qui pourrait améliorer l’accès au traitement antirétroviral et la suppression virale chez les personnes âgées à l’avenir.

Facteurs déterminants des taux d’infection

L’un des facteurs de protection les plus importants que nous avons identifiés est l’éducation formelle. Les personnes âgées n’ayant pas suivi d’études formelles étaient près de quatre fois plus susceptibles de contracter le VIH que celles ayant suivi des études secondaires ou supérieures. L’éducation améliore les connaissances en matière de santé, incite les personnes à se faire soigner et permet de mieux comprendre la transmission et la prévention du VIH.

De même, les personnes vivant dans les zones rurales, en particulier les femmes, présentaient des taux de VIH plus élevés que leurs homologues urbains. Il ne s’agit pas simplement de différences comportementales. Elles reflètent des inégalités systémiques : accès limité au dépistage, insuffisance des soins de santé, faible niveau de communication ciblée sur la prévention et stigmatisation profondément ancrée.

Le fait d’être marié, d’avoir un emploi ou d’être financièrement stable était également associé à un risque plus faible, ce qui confirme que le risque de VIH chez les personnes âgées dépend autant des structures sociales que du comportement individuel.

Ce qui doit changer

À mesure que les personnes âgées vieillissent avec le VIH, elles sont de plus en plus nombreuses à souffrir d’autres maladies chroniques telles que le diabète, l’hypertension ou l’arthrite. Pourtant, les systèmes de santé traitent souvent ces maladies de manière cloisonnée. Une personne âgée peut être amenée à se rendre dans la même clinique à des jours différents ou à se rendre dans différents établissements de santé pour recevoir des médicaments contre le VIH, un traitement contre l’hypertension et le diabète, et un soutien en matière de santé mentale, si elle a accès à ces trois services.

Les structures de santé et les décideurs politiques doivent développer des services de soins plus intégrés et adaptés aux personnes âgées. Parmi les autres interventions, cela impliquerait notamment :

  • proposer un dépistage systématique du VIH aux adultes de plus de 50 ans

  • intégrer les services liés au VIH au dépistage des maladies non transmissibles

  • former les prestataires de soins de santé à répondre aux besoins spécifiques et aux réalités vécues par les personnes âgées

  • investir dans des messages de santé sans stigmatisation et adaptés à la culture, qui incluent et autonomisent les personnes âgées.

Il existe déjà des modèles prometteurs dans certains contextes africains, tels que les agents de santé communautaires qui délivrent des médicaments et effectuent des contrôles de santé en une seule visite, ou les groupes de soutien par les pairs pour les personnes âgées vivant avec le VIH, et l’intégration du VIH et des maladies non transmissibles dans les systèmes de soins de santé primaires. On en trouve des exemples dans certaines régions d’Afrique du Sud. Mais ils restent minimes et sous-financés. Leur développement à plus grande échelle nécessite une volonté politique et un engagement financier.

Pourquoi les personnes âgées sont-elles importantes pour les objectifs 95-95-95 ?

Si les personnes âgées ne sont pas incluses dans la gestion de la pandémie de VIH, les objectifs 95-95-95 de l’ONUSIDA ne seront pas atteints. Et les risques liés à l’inaction sont de plus en plus importants.

Alors que le financement international de la lutte contre le VIH est sous pression, notamment en raison des coupes budgétaires dans le Pepfar et d’autres programmes mondiaux, ce sont souvent les plus marginalisés qui sont les plus touchés. Cela inclut les femmes âgées des villages ruraux qui pensent que le VIH ne les concerne pas et qui sont exclues des tests de dépistage. Le Pepfar (Plan d’urgence du président américain pour la lutte contre le sida) a permis d’éviter des millions d’infections par le VIH et a aidé plusieurs pays à maîtriser l’épidémie de VIH.

Il est donc temps de réécrire le scénario.

La réponse au VIH doit tenir compte du fait que les personnes âgées sont touchées par la maladie. Cela implique d’investir dans la recherche locale, de concevoir des services adaptés à tous les âges et de reconnaître que les personnes âgées ont une vie sexuelle, des besoins en matière de santé et des droits. Il faut aussi écouter leurs récits et déconstruire les mythes qui les réduisent au silence.

Ignorer cette population risque de réduire à néant des décennies de progrès. Mais agir dès maintenant (services adaptés, messages inclusifs et innovations menées par l’Afrique) peut combler les lacunes, sauver des vies et mettre en place une riposte au VIH plus équitable pour l’avenir.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. VIH : les Africains âgés, grands oubliés des soins et de la recherche – https://theconversation.com/vih-les-africains-ages-grands-oublies-des-soins-et-de-la-recherche-265124

Aún podemos salvar al salmón atlántico de la extinción

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Daniel García Souto, Investigador postdoctoral en Genética, Instituto de Investigaciones Marinas (IIM-CSIC)

Ejemplar de salmón atlántico (‘Salmo salar’). Paul Abrahams/Shutterstock

El salmón atlántico es una especie prácticamente extinta en España, un riesgo que se lleva advirtiendo desde hace ya años. En la recién finalizada campaña de pesca de 2025 apenas se ha sobrepasado un centenar de ejemplares: 129 en Asturias, 7 en Galicia (muy por debajo de la cuota anual permitida por el Gobierno Autonómico) y apenas 1 en Cantabria, mientras que en Navarra el Gobierno Foral ha instaurado una interrupción indefinida de la pesca deportiva del salmón para evitar el colapso de sus poblaciones. Números que contrastan con las más de 10 000 capturas anuales que se hacían a mediados del siglo pasado en España.

En el río Sella, por ejemplo, se contaban más de 1 000 salmones hace apenas tres décadas, el Eo superaba holgadamente las 400 capturas en 1980 y cuencas como la del Nalón-Narcea y el Cares-Deva registraban miles cada año.

Sin embargo, ríos emblemáticos para la pesca del salmón como el Ulla, con una larga tradición de festejos ligados a su captura hasta bien entrado el siglo XX, han cerrado la campaña de este año sin un solo ejemplar. Otros, como el río Lérez, en la provincia de Pontevedra, llevan más de dos décadas sin registrar retornos significativos, lo que ha motivado el cierre permanente de sus cotos de pesca debido a la persistente ausencia de la especie. Todo ello a pesar de los continuos esfuerzos de repoblación impulsados por la Xunta de Galicia. Todo ello apunta a que, tras décadas de declive sostenido, podríamos estar asistiendo a la extinción local del salmón en la mayoría de los grandes ríos del país donde eran endémicos.




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Conservación frente a tradición

Las causas de este declive son múltiples y complejas: la fragmentación fluvial por presas y azudes que impiden el remonte, la contaminación industrial y agrícola que degrada los ecosistemas fluviales, la sobrepesca y, ahora, de manera cada vez más evidente, el cambio climático, que altera caudales y temperaturas del agua.

No se trata sólo de un problema biológico, sino también social y cultural, que requiere tanto de mayor entendimiento de este declive como de una regulación inmediata. Ante esta situación cabe pues preguntarse: ¿aceptaríamos batidas anuales de caza del lince ibérico, otra especie emblemática y en peligro, bajo la justificación de mantener una “tradición”?

Con el salmón atlántico, sin embargo, se mantienen campañas de pesca deportiva en ríos al borde del colapso. La paradoja es evidente: mientras invertimos grandes esfuerzos en conservar al lince o al oso pardo, ignoramos la extinción silenciosa de esta icónica especie.

La clave está en la diversidad

Ante este escenario, los estudios genéticos abren una ventana al pasado, presente y futuro de las poblaciones de salmón atlántico. Por ejemplo, al comparar ADN de escamas históricas con muestras más recientes, se ha constatado una pérdida notable de diversidad local y riqueza genética entre los años 1950 y la década de 1990 en ríos españoles, exhibiendo cuellos de botella genéticos en varias cuencas. Tal disminución evidencia que, cada año, los salmones retornados son genéticamente menos diversos.

También permiten estimar el tamaño de sus poblaciones y evaluar posibles mezclas con salmones procedentes de repoblaciones o piscifactorías, lo cual es clave para diseñar programas de conservación que eviten la pérdida de adaptaciones locales. Este conocimiento permite valorar la salud genética de las poblaciones, ya que una pérdida de variabilidad o el colapso genético alertan sobre vulnerabilidades frente a enfermedades, cambios ambientales o efectos demográficos no deseados.




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En busca de salmones prehistóricos

No obstante, la historia del salmón en la península ibérica va mucho, mucho más atrás. Al final de la última glaciación, cuando nuestros antepasados y neandertales habitaban cuevas como Atapuerca o El Mirón, ya consumían salmón atlántico. Los análisis de ADN antiguo han mostrado que los salmones presentes en la península ibérica hace entre 16 000 y 40 000 años poseían una estructura genética ancestral hoy casi desaparecida.

Por otro lado, el ADN sedimentario recuperado en la cueva de El Mirón confirma la presencia de fauna diversa, aunque todavía no se ha buscado salmón en los sedimentos. Estos avances abren además nuevas vías para rastrear la presencia de peces en épocas remotas y comprender cómo se adaptaron sus poblaciones a grandes cambios ambientales.

Ese paralelismo histórico resulta revelador. Entonces, como en la actualidad, el salmón formaba parte de redes ecológicas y culturales complejas, presionado tanto por el clima como por la acción humana. Conocer la diversidad genética de aquellas poblaciones –por ejemplo, cuán diverso era su genoma, qué tamaño tenían sus poblaciones, cómo cambiaron tras la glaciación y qué adaptaciones locales desaparecieron– puede ayudarnos a dimensionar la magnitud de la pérdida actual.




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Encontrar en el pasado las soluciones del futuro

Volver la mirada al pasado no ha de ser un ejercicio de arqueología gratuita. Los restos de salmones consumidos por nuestros antepasados nos revelan un legado genético que hoy apenas sobrevive en la Península. Estos “recuerdos genéticos”, accesibles gracias al análisis de ADN antiguo, pueden guiar políticas de conservación modernas, recordándonos que proteger al salmón no significa solo mantener un número mínimo de ejemplares, sino preservar su diversidad genética, sus adaptaciones locales y su importancia cultural milenaria.

Al igual que hace miles y miles de años el salmón resistió un cambio climático global durante la última glaciación, hoy se enfrenta a otro, de origen humano. Y su futuro dependerá de nuestra capacidad para aprender de la historia y actuar con decisión. Conservar al salmón atlántico no es solo un reto ecológico, sino también una responsabilidad con nuestro propio pasado y con las generaciones que vendrán.

The Conversation

Daniel García Souto está contratado a cargo de proyecto a través de un proyecto ATRAE financiado por el Ministerio de Ciencia Innovación y Universidades, Agencia Estatal de Investigación, (ATR2023-144170, Análisis de los cambios genómicos temporales en poblaciones de peces explotadas mediante ADN antiguo y ambiental) dirigido por Sofía Consuegra.

ref. Aún podemos salvar al salmón atlántico de la extinción – https://theconversation.com/aun-podemos-salvar-al-salmon-atlantico-de-la-extincion-263967

Moralización de la obesidad: cuando creemos (erróneamente) que el peso refleja el carácter de una persona

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Alejandro Magallares, Profesor Titular del Departamento de Psicología Social y de las Organizaciones, UNED – Universidad Nacional de Educación a Distancia

Representación de la gula en la ‘Mesa de los pecados capitales’ (1500), de El Bosco Museo del Pardo/Wikimedia Commons, CC BY

El Museo del Prado es una de las pinacotecas más visitadas del mundo. Una de las salas más apreciadas por los amantes de la pintura es la que contiene la colección de obras de El Bosco. El espectador no debería marcharse de Madrid sin antes admirar la maravillosa Mesa de los Pecados Capitales.

En esta pieza, el artista flamenco representa con gran maestría los siete pecados que son principio y fuente de otros de acuerdo con la tradición cristiana. En uno de los “radios” de la “rueda” (la obra tiene forma circular) aparece plasmada la gula mediante un señor con obesidad que come desaforadamente sentado en una silla, mientras que un niño pequeño, también con sobrepeso, le reclama al adulto que comparta el festín.

La obesidad en el arte a lo largo del tiempo

Este cuadro es un buen ejemplo de una representación negativa de la obesidad en el arte. Es importante mencionar que, antiguamente, el exceso de peso era un símbolo de fertilidad, como atestigua la famosa Venus de Willendorf, que podemos ver en el Museo de Historia Natural de Viena. Sin embargo, con el trascurrir de los siglos, esa percepción se fue transformando paulatinamente.

Así, lo que en los albores de la humanidad era una característica física positiva, asociada a la fecundidad, con el paso del tiempo se acabó convirtiendo en un rasgo denostado. Es fundamental recalcar que ese juicio va más allá de su dimensión corporal, para acabar valorando también el carácter de la persona con exceso de peso.

Un ejemplo: el doble rasero de la semaglutida

El proceso por el cual la obesidad deja de ser vista como un mero problema de salud para ser percibida también como un estado moralmente reprobable (asociado a defectos como la pereza, la falta de autocontrol o la irresponsabilidad) es lo que conocemos en psicología como “moralización de la obesidad”. Es decir, estamos “moralizando” a un individuo cuando creemos que una característica física externa (el peso) es un indicador fiable del carácter.

Un buen ejemplo actual de este fenómeno lo encontramos con la semaglutida. Este fármaco, comercializado con nombres como Ozempic o Wegovy, ayuda a reducir los niveles de azúcar en la sangre y a disminuir el hambre al promover la sensación de saciedad. Al inicio lo tomaban principalmente pacientes con diabetes tipo 2, pero pronto se vio que este compuesto también funcionaba muy bien para la pérdida de peso.




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El éxito abrumador de la semaglutida produjo que a finales del año 2022 hubiera una escasez del producto en todo el mundo. ¿Quiénes eran los culpables de que este milagroso fármaco estuviese agotado? Según algunos usuarios, los obesos estaban “robando” los medicamentos a la pobre gente afectada por diabetes tipo 2. Es decir, mientras que los diabéticos necesitaban su remedio, las personas con obesidad simplemente podían perder peso sin medicarse, ya que al fin y al cabo el peso es supuestamente una pura cuestión de voluntad.

La teoría de los fundamentos morales

Una reciente investigación ha examinado precisamente cómo afecta esa moralización al prejuicio que se siente hacia las personas con sobrepeso. El estudio, realizado en la Universidad Nacional de Educación a Distancia (UNED) por los autores del presente artículo, trata de analizar cómo influyen algunos de los valores que forman parte de la conocida teoría de los fundamentales morales de Jonathan Haidt en la gordofobia.

Este profesor de la New York University Stern School of Business, autor del libro divulgativo de La mente de los justos, postula que la moralidad humana se basa en una serie de fundamentos universales. Entre ellos estarían el cuidado (es decir, la preocupación por proteger a otros de sufrir daño y la capacidad de sentir empatía) y la pureza (enfocada en evitar la contaminación, la degradación o la suciedad).

Nuestra investigación ha encontrado que resaltar los beneficios sociales de la pureza aumentaba la moralización de la obesidad e intensificaba el estigma relacionado con el peso. Es decir, los participantes que creían que las sociedades más “puras” disfrutaban de un mayor bienestar y felicidad, moralizaban más la obesidad y, por tanto, rechazaban más a las personas con sobrepeso.

Campañas contra la gordofobia

Estudios de este mismo año, 2025, ponen de manifiesto la dificultad que existe en hacer entender a las personas que el peso no depende exclusivamente de la voluntad personal. Por esa razón, las campañas para luchar contra la gordofobia que apelan meramente a argumentos racionales tienen problemas en hacer cambiar las creencias de la gente.

Nuestros hallazgos sugieren que para reducir el estigma relacionado con el peso es necesario enfatizar valores morales como la empatía o la compasión (el fundamento moral de cuidado) en los mensajes de salud pública, con el fin de fomentar actitudes más inclusivas hacia los cuerpos no normativos.

Uno de los carteles de la campaña lanzada por el Collectif National des Associations d'Obèses francés.
Uno de los carteles de la campaña lanzada por el Collectif National des Associations d’Obèses francés.
CNAO

En el ámbito internacional, recientes campañas a favor de las personas con obesidad inciden precisamente en esta idea. Por ejemplo, el Collectif National des Associations d’Obèses francés ha lanzado una serie de carteles enfatizando precisamente que “el peso de las palabras” en muchas ocasiones tiene un efecto más negativo sobre la persona con obesidad que la enfermedad en sí misma.

Por lo tanto, tratar de lograr que las personas con normopeso se pongan en el lugar de los obesos puede evitar que acabemos moralizándolos.

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

ref. Moralización de la obesidad: cuando creemos (erróneamente) que el peso refleja el carácter de una persona – https://theconversation.com/moralizacion-de-la-obesidad-cuando-creemos-erroneamente-que-el-peso-refleja-el-caracter-de-una-persona-264998

La risa también tiene nombre de mujer

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Doina Repede, Profesora de Lengua española, Universidad de Granada

La cómica Henar Álvarez en un momento del programa de RTVE ‘Al cielo con ella’, del que es presentadora. RTVE

A lo largo del tiempo, la risa ha sido mucho más que un gesto. Ha sido compañía y refugio cuando más falta hacía. Desde las butacas del cine hasta los escenarios de teatro y las pantallas de televisión, el humor ha formado parte del día a día de los españoles.

Pero hablar de la historia del humor en España es hablar, durante mucho tiempo, de una risa escrita, interpretada y controlada por hombres. Eran ellos quienes ocupaban el centro del escenario. Las mujeres, en cambio, quedaban reducidas a un segundo plano o, directamente, convertidas en la diana del humor.

Evolución de la participación de hombres y mujeres en la historia del humor en España.
Extraído de Humcor.

De la alcahueta a los papeles de hombres

Cuando el teatro se consolidó como la gran máquina de entretenimiento popular, en los siglos XVI y XVII, la mujer ocupó sobre todo papeles cómicos muy definidos. Era la criada entrometida, la celosa desbordada, la beata hipócrita o la vieja alcahueta. Estos personajes funcionaban a la perfección para arrancar la risa del público, pero casi nunca se escapaban a la caricatura.

Aparte, las mujeres actuaban bajo una mirada de desconfianza social. Su presencia en escena estaba condicionada a normas estrictas. Debían estar casadas, tenían prohibido representar personajes masculinos y se las vigilaba con un fuerte control moral. Aún así, hubo mujeres que lograron imponerse con su talento en los corrales de comedias. Es el caso de María Calderón, Juana Orozco o Manuela Escamilla.

Otras fueron todavía más allá. Se lanzaron a hacer teatro de forma independiente, desafiando las normas sociales. Jusepa Vaca, Francisca Baltasara, María de Navas o Bárbara Coronel incluso se atrevieron a interpretar papeles masculinos. Esa valentía, sin embargo, les trajo más de un problema: escándalos públicos, escritos difamatorios e incluso castigos como el destierro o el encierro en conventos.

Pero el legado que dejaron hizo que otras mujeres pisaran con más fuerza las tablas.

El lento reconocimiento

Almanaque de los chistes.
Doina Repede/Humtext, CC BY-NC

En el siglo XIX, el teatro permitió que ellas siguiesen estando presentes en el escenario, aunque no dejaba de ser un terreno dominado por los hombres. Además, cualquier intento por parte de las mujeres de salirse de lo establecido solía convertirse en motivo de burla. Al fin y al cabo, la sociedad no veía con buenos ojos que ellas aspirasen a ocupar un lugar que, según las normas de la época, no les correspondía.

A pesar de las trabas, las mujeres consiguieron abrir algunas puertas. Seguían representando personajes típicos de la vida diaria –como la chulapa madrileña, la vecina curiosa o la criada ingeniosa–, pero sus actuaciones, cargadas de un humor pícaro y popular, no se limitaban a entretener: servían como una forma de crítica hacia la burguesía, los políticos y las estrictas normas sociales. También trataban temas como las relaciones y el amor con ingenio, recurriendo al doble sentido y a un tono juguetón.

A través de los papeles encarnados por Balbina Valverde, Luisa Campos, María Tubau o Rosario Pino la mujer no solo se convirtió en protagonista en el escenario, sino también en figura pública reconocida.

De vuelta al papel secundario

En los años 30 del siglo XX, la mujer seguía presente en el teatro, aunque cada vez tenía menos libertad en sus papeles. La dictadura y la censura limitaron enormemente el humor, y con ello la presencia femenina. Los personajes que solían interpretar eran, en su mayoría, los de siempre: vecinas chismosas, suegras entrometidas o madres arquetípicas.

En la radio tenían su espacio. Se las oían en seriales y adaptaciones de obras o radionovelas, pero su papel no era diferente y seguía reflejando normas tradicionales. En Matilde, Perico y Periquín, por ejemplo, Matilde, la madre, encarnaba el estereotipo de mujer preocupada por la casa, la familia y las apariencias sociales, aunque también podía ser protagonista de situaciones divertidas.

En la cultura popular surgieron figuras capaces de conquistar al público. Lina Morgan, con su humor gestual y su papel de pueblerina pícara e ingenua, llegó a convertirse en un auténtico icono del humor.

Junto a ella, se remarcaron otras figuras femeninas como Gracita Morales y Rafaela Aparicio. Interpretaban a criadas que llegaban del pueblo y que no sabían desenvolverse en la ciudad y rara vez tenían la oportunidad de encarnar personajes más serios o complejos.

Del papel de ingenua al de objeto sexual

Con la llegada del humor televisivo a los hogares españoles, apareció también un fenómeno muy visible: la hipersexualización de la mujer.

Un hombre bajito y con boina lleva en brazos a una chica en pantalón y bikini.
Un fotograma de la serie Arévalo y CIA (1994).

Durante décadas, incluso ya entrados los años 2000, era común ver personajes femeninos representados con poca ropa: enfermeras con batas muy ajustadas o empleadas del hogar con faldas demasiado cortas. Y si la empleada se subía a una escalera, el instante servía, aún más, para hacer reír a carcajadas. Pero no dejaban de ser imágenes que reforzaban estereotipos muy arraigados en la sociedad.

Y no solo pasaba en la televisión: también en revistas y periódicos se repetía la imagen de la mujer hipersexualizada. Era un objeto de deseo, siempre al servicio del hombre, incluso cuando él no cumplía con los mismos estándares de belleza que se le pedían a ella.

Dibujo de un hombre bajito que habla con una chica despampanante y que le dice que la ha contratado para que le suba el ego.
Viñeta publicada en la revista El Jueves en 2009.

Con la hipersexualización de la mujer llegó también el humor abiertamente machista, que solo buscaba la carcajada fácil. Los ejemplos abundan: “¿Ves ese coche estacionado torcido? Seguro que lo aparcó una mujer”, “El hombre mantiene, la mujer gasta”, “Las secretarias son bonitas, los jefes son inteligentes”, “A las mujeres no hay que entenderlas… hay que aguantarlas a golpes”.

Durante mucho tiempo, la violencia y la desigualdad pudieron disfrazarse de humor y sentirse a gusto.

A por el papel protagonista

Mientras abundaban chistes donde la mujer era objeto de burla o de violencia normalizada, había quienes daban la vuelta a las normas sociales. Es el caso de Rosa María Sardá en Ahí te quiero ver. La mujer ya no era la mandona pesada o la torpe doméstica. Ella era la esposa dominante, elegante y sarcástica. Y él, el esposo anulado, casi mudo.

Con la aparición del dúo cómico femenino Las Virtudes, a finales de los 80, cambió también la manera de mirar a la mujer en la comedia. Ellas recurrían a la exageración y el absurdo para sorprender al público y burlarse de las convenciones sociales. Además, quedó claro que las mujeres también podían contar chistes, y con mucho éxito, como Paz Padilla o Pilar Sánchez. El humor podía ser crítico, inteligente y con sello femenino. Ya no era cosa solo de hombres.

Una risa con nombre de mujer

Pero el verdadera cambio llegó, sobre todo, con la expansión de los monólogos. Eva Hache, Ana Morgade, Carolina Noriega o Virginia Riezu rompieron la lógica del humor tradicional. Ya no se trataba de encarnar personajes escritos por otros, sino de hablar en primera persona, con su propio guion, su propio estilo y su propia mirada crítica.

Hoy, las mujeres humoristas no solo nos hacen reír, sino que cuestionan estereotipos de género, se ríen de la vida cotidiana desde una perspectiva femenina. Y, muchas veces, utilizan el humor como herramienta de reivindicación. Aunque todavía hay menos mujeres que hombres, su papel ya no es secundario. Como demuestran los casos (y el éxito) de Eva Soriano o Henar Álvarez, son creadoras con voz propia. El camino no ha sido fácil, pero la risa, esa forma tan poderosa de resistencia y libertad, hoy suena cada vez más plural.

Porque si, como defendía el escritor francés François Rabelais en el prólogo de su obra Gargantúa (1534), “reír es propio del hombre”, usemos la primera acepción de la palabra de la RAE y digamos sí, es propio del hombre y de la mujer por igual.

The Conversation

Doina Repede no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. La risa también tiene nombre de mujer – https://theconversation.com/la-risa-tambien-tiene-nombre-de-mujer-263879

¿Pueden las víctimas de la lancha venezolana reclamar justicia internacional? Explicamos el embrollo legal tras el incidente

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Tulio Alberto Álvarez-Ramos, Profesor/Investigador Instituto de Investigaciones Jurídicas de la Universidad Católica Andrés Bello. Jefe de Cátedra de Derecho Constitucional de la Universidad Central de Venezuela, Universidad Católica Andrés Bello

Captura del vídeo difundido por Estados Unidos tras el ataque.

El 2 de septiembre de 2025, una lancha rápida que zarpó desde San Juan de Unare (Estado Sucre, Venezuela) fue destruida por una nave de guerra estadounidense en aguas del Caribe. El ataque, según el secretario de Estado Marco Rubio, fue ejecutado contra una embarcación “operada por una organización designada como narcoterrorista”.

Por su parte, Donald Trump afirmó: “Literalmente destruimos un barco, un barco que transportaba drogas, mucha droga”. Y agregó: “Muchas cosas están saliendo de Venezuela, así que lo eliminamos”.

Nicolás Maduro respondió calificando el hecho como una “pena de muerte marítima”. En su programa, Con Maduro+, afirmó: “Lo que hizo el gobierno de Estados Unidos fue una confesión pública de un crimen injustificable, sin derecho a la defensa, sin juicio, sin ley, sin respeto al derecho internacional”. Además, acusó a Washington de utilizar inteligencia artificial para fabricar el vídeo y advirtió que Venezuela se encuentra “bajo amenaza directa de agresión militar”.

Protocolo de acción

Existe un protocolo internacional en el caso de embarcaciones sospechosas de narcotráfico. Conforme a la Convención de las Naciones Unidas sobre el Derecho del Mar (CONVEMAR) y al Convenio para la Represión de Actos Ilícitos contra la Seguridad de la Navegación Marítima (SUA), los Estados pueden abordar buques sin nacionalidad o con autorización del Estado de bandera si existen sospechas fundadas de tráfico ilícito.

La Marina de los Estados Unidos también sigue un protocolo de interdicción marítima que prioriza la identificación, verificación y abordaje seguro de embarcaciones sospechosas de narcotráfico o piratería en aguas internacionales.

Este procedimiento se rige por el Maritime Operational Threat Response (MOTR), que establece coordinación interagencial entre Defensa, Seguridad Nacional, DEA y el Departamento de Estado. Antes de cualquier acción letal, se exige la confirmación de la nacionalidad del buque, advertencias previas, uso proporcional de la fuerza y preservación de evidencia.

La destrucción de una embarcación solo se justifica si representa una amenaza directa e inminente que no puede ser neutralizada por otros medios.

Más allá del derecho internacional

Este caso no solo desafía los límites del derecho internacional, sino que obliga a revisar cómo las democracias enfrentan amenazas transnacionales sin erosionar sus propios principios. También nos sitúa ante un escenario donde se instrumentaliza la lucha contra el narcotráfico como arma política y se evidencian las grietas estructurales del derecho internacional.

El Tribunal Supremo estadounidense ha sido claro en establecer que el debido proceso no puede ser suspendido por voluntad política. Específicamente, en cuanto al alcance extraterritorial de dicho debido proceso, la Corte reconoció en el caso Wong Wing vs United States, 163 U.S. 228 (1896) que también los extranjeros tienen derecho a un juicio justo antes de ser castigados.

El evento que analizamos se sitúa en un terreno aún más complejo: ¿pueden las víctimas –presuntamente extranjeras y fuera del territorio estadounidense– reclamar justicia en cortes federales? El Alien Tort Statute (ATS), codificado en 28 U.S.C. § 1350, permite que los extranjeros demanden a Estados Unidos por violaciones al derecho internacional. Pero esta doctrina fue limitada en el caso Sosa vs Alvarez-Machain, 542 U.S. 692 (2004), donde se instruyó a los tribunales a ejercer tal jurisdicción con extrema prudencia, y solo en casos que involucrasen normas internacionales claramente definidas.

Más recientemente, en el caso Nestlé USA, Inc. vs Doe, 593 U.S.(2021), la Corte negó jurisdicción bajo el ATS –sistema que rastrea a viajeros con visas de inmigrantes– a víctimas de esclavitud infantil en África, al considerar que los actos lesivos ocurrieron fuera del territorio estadounidense y que la conducta doméstica alegada era insuficiente.

¿Y si fue una ejecución extrajudicial?

El Torture Victim Protection Act (TVPA), promulgado en 1991, permite acciones judiciales por tortura o ejecución extrajudicial, independientemente de la nacionalidad de la víctima. Pero su aplicación exige que el acto haya sido cometido bajo autoridad oficial y que exista una vía procedimental para identificar al responsable. En el caso de la lancha, no hay cadena de mando clara, solo declaraciones políticas que justifican la acción como parte de una “guerra contra el crimen transnacional”.

En EE. UU. se han reconocido excepciones al debido proceso en tiempos de guerra. En el caso In re Yamashita, 327 U.S. 1 (1946) se juzgó al general japonés por crímenes de guerra, y la mayoría de la Corte sostuvo que los enemigos beligerantes no tienen derecho a un juicio ordinario. Pero la minoría, encabezada por los jueces Wiley Blount Rutledge y Frank Murphy, advirtió que “no puede existir en nuestro sistema un poder tan irrestricto para tratar a cualquier ser humano sin proceso alguno”.

En Johnson vs Eisentrager, 339 U.S. 763 (1950) se reafirmó que los enemigos extranjeros no residentes no tienen acceso a los tribunales en tiempos de guerra. Pero también se reconoció que la jurisdicción judicial depende de la presencia territorial del individuo.

Sin verdad y sin justicia

El debido proceso no puede ser suspendido por conveniencia política. La forma en que fue destruida la lancha impide conocer la verdad. ¿Eran todos traficantes? Si hubieran sido detenidos podrían haber sido juzgados por tribunales federales de EE. UU., como ocurre regularmente en casos de narcotráfico o piratería. Pero se ejecutó una acción letal, más cercana a una declaración política que a un acto de justicia.

La destrucción total de los elementos probatorios –la embarcación, la carga, los cuerpos– convierte este episodio en un crimen sin expediente, donde el poder militar sustituye al poder judicial. Cuando no hay verdad no puede haber justicia. Y aquí la verdad quedó sepultada bajo el mar.

The Conversation

Tulio Alberto Álvarez-Ramos no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. ¿Pueden las víctimas de la lancha venezolana reclamar justicia internacional? Explicamos el embrollo legal tras el incidente – https://theconversation.com/pueden-las-victimas-de-la-lancha-venezolana-reclamar-justicia-internacional-explicamos-el-embrollo-legal-tras-el-incidente-264841

Cuestiones a tener en cuenta antes de ‘irse de Erasmus’

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Fernando Díez Ruiz, Professor, Faculty of Education and Sport, Universidad de Deusto

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Cada vez es más común que los universitarios y estudiantes de secundaria deciden cursar parte de su formación en el extranjero. El auge de programas como Erasmus –creado en 1987 por la Unión Europea con el objetivo de estrechar lazos entre jóvenes de distintos países– ha dado lugar a una experiencia que, para muchos, cambia vidas. La popularidad del programa es tal que puede llegar a darse por hecho que pasar un año “de Erasmus” es lo normal, sin que nos paremos a pensar por qué y para qué lo hacemos.

¿Es una oportunidad real de crecimiento personal y académico, o se ha convertido en una vitrina de Instagram o vídeos virales de TikTok? ¿Se eligen destinos exigentes académicamente o, por el contrario, en función de otras consideraciones no académicas?

Si queremos ser fieles al concepto de “viaje de estudios”, hay una serie de cosas que deberíamos plantearnos para no pensar en el Erasmus como unas vacaciones disfrazadas de mérito académico.

Salir para mirar dentro

Estudiar en el extranjero ofrece una experiencia transformadora. Conocer otras culturas, convivir con personas de diferentes orígenes, enfrentarse a un idioma distinto o aprender a gestionar lo cotidiano sin el respaldo familiar obliga a crecer. Lo que parecía una simple movilidad académica se convierte en una prueba de madurez. En esa distancia física con el país de origen, muchos encuentran una forma inesperada de acercarse a sí mismos.

Los estudiantes que regresan suelen ser más autónomos, más resilientes y con una visión del mundo menos centrada en su propio país. Han ampliado su red de contactos, se han enfrentado a retos imprevistos y, en muchos casos, han descubierto vocaciones o inquietudes que no habrían surgido sin esa experiencia.

Ahora bien, ¿hasta qué punto ese crecimiento es realmente académico y no solo vivencial?

El riesgo de la superficialidad

Numerosas publicaciones en redes sociales nos devuelven la imagen de un Erasmus edulcorado: viajes de fin de semana, fiestas interminables, romances fugaces y pocas referencias al estudio. No faltan quienes ven en ello una oportunidad para presumir más que para aprender. El mensaje no es “mira lo que aprendo”, sino “mira lo bien que me lo paso”.

¿No estaremos, sin darnos cuenta, convirtiendo una herramienta educativa en un producto aspiracional más, medido en likes y stories?




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No hay que olvidar que el programa Erasmus nació con una visión profundamente política: crear una generación de europeos que se conozcan entre sí, que compartan aulas, valores y proyectos. En tiempos de tensiones nacionalistas, el Erasmus sigue siendo una herramienta poderosa de integración y cohesión.

Cómo elegir el destino y sacarle verdadero partido

Si bien no existen datos que midan el “compromiso ético” de los estudiantes con el espíritu del Programa Erasmus, sí es posible ayudarles a tomar decisiones más conscientes y provechosas. Estas serían algunas de las pautas a tener en consideración para una experiencia plena de movilidad internacional:

  1. No elegir sólo por el clima o las fiestas. Un destino cálido o de moda no garantiza una buena experiencia académica o personal. ¿Qué quiero aprender? ¿En qué quiero mejorar? ¿Qué ciudad o universidad me lo facilita?

  2. Investigar la calidad docente. Deberíamos revisar el ranking de la universidad y su posicion en nuestra área de estudios (si es buena o no). Algunos rankings que hacen esto son el QS Top Universities, Times Higher Education (THE) World University Rankings, Academic Ranking of World Universities (ARWU)-Ranking de Shanghái, U-Multirank o CWUR–Center for World University Rankings. También las asignaturas ofertadas, el nivel de idioma requerido, las metodologías de enseñanza que utilizan o si hay programas de apoyo a estudiantes internacionales. Es muy útil preguntar a personas que hayan estado allí antes.

  3. Tener en cuenta el contexto cultural. Ir a una ciudad donde se hable un idioma que no dominamos o donde la cultura sea muy distinta puede parecer arriesgado, pero también es una oportunidad única de salir de nuestra zona de confort y crecer.

  4. Ser honesto con uno mismo. ¿Buscar un Erasmus para descansar de la presión academica o para reinventarnos? Los dos objetivos son válidos, pero es importante tenerlos claros para no frustrarnos ni idealizar la experiencia.

  5. Prepararse antes de llegar. Aprender lo básico del idioma local, informarse sobre el coste de vida, el transporte, el alojamiento y las costumbres son cuestiones vitales. Cuanto más preparados vayamos, más autonomía ganaremos.

  6. Llevar un diario, blog o proyecto personal. Muchos estudiantes valoran haber documentado sus aprendizajes, sus cambios o sus decisiones durante la estancia. Puede ser en forma de vídeo, diario, blog o portafolio.

  7. Implicarse. Participar en actividades culturales, deportivas, tutorías, programas de voluntariado o asociaciones estudiantiles nos puede ayudar a sacar el máximo partido. Cuanto más demos, más recibiremos.

Es importante también tener en cuenta que el período para apuntarse suele ser desde noviembre a enero del curso anterior. Se tienen en cuenta las notas de los candidatos y su nivel de idioma de destino (se solicitan certificados oficiales). Lo normal es establecer para la elección de destino un orden del mejor posicionado al peor.

Más que una experiencia

Irse fuera a estudiar puede ser una oportunidad de oro para conocerse mejor, ampliar horizontes y crecer como persona. Pero no garantiza nada si no se vive con intención. Depende de cada uno aprovechar la experiencia para algo más que acumular fotos.

El programa Erasmus no es –ni debe ser– solo una aventura juvenil. Es mucho más que vivir una experiencia. Es una inversión en ciudadanía, en madurez y en construcción de puentes. Quienes la viven con autenticidad, difícilmente regresan siendo los mismos.

Elegir bien el destino, reflexionar sobre el propósito real de la estancia y no huir de la exigencia académica puede marcar la diferencia entre una experiencia significativa y una simple escapatoria.

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

ref. Cuestiones a tener en cuenta antes de ‘irse de Erasmus’ – https://theconversation.com/cuestiones-a-tener-en-cuenta-antes-de-irse-de-erasmus-256246