Huit conseils pour améliorer son réseau professionnel quand on est introverti

Source: The Conversation – France (in French) – By Maura McAdam, Professor of Management, Dublin City University

Pression sociale, fatigue, petites conversations : le réseautage peut sembler éprouvant pour les introvertis. Nicoleta Ionescu/Shutterstock

Le réseautage n’est pas réservé aux extravertis. En s’appuyant sur leurs forces naturelles, les introvertis peuvent créer des relations professionnelles solides et durables, sans se transformer.


Le réseautage est souvent présenté comme une bonne occasion de démontrer ses qualités professionnelles – poignées de main assurées et échanges rapides dans des salles bondées. Pourtant, pour beaucoup de personnes, en particulier les introvertis, ces situations sont davantage épuisantes que stimulantes.

Nouer des contacts et créer des opportunités de cette manière peut donner l’impression que les extravertis y sont naturellement plus à l’aise. Mais cette idée, et son pendant, à savoir que les introvertis seraient de ce fait désavantagés, est trompeuse.

Le networking n’implique pas nécessairement d’être la personne que tout le monde remarque dans la pièce. Il peut simplement consister à construire des relations de manière authentique et durable. Dans mes recherches sur les femmes entrepreneures, notamment à travers les entretiens menés pour mon nouveau livre, Permission Granted (non traduit en français), j’ai observé que les introverties s’épanouissent lorsqu’elles s’appuient sur leurs forces naturelles plutôt que de jouer les extraverties.

Bien sûr, les hommes peuvent eux aussi être concernés et se heurter aux mêmes idées reçues. Quel que soit votre profil, et où que vous en soyez dans votre carrière, voici mes principaux conseils pour faire de votre introversion une force professionnelle.

1. Comprendre ses forces d’introverti

L’introversion n’est ni de la timidité ni un manque de confiance en soi. Elle renvoie à la manière dont une personne traite l’énergie et l’information. Beaucoup d’introvertis sont des penseurs profonds, de bons auditeurs et des communicants réfléchis – des qualités qui favorisent des relations professionnelles solides et durables.

Inutile de chercher à « faire le tour de la salle ». Se concentrer sur une ou deux conversations plus approfondies est souvent bien plus efficace que de disperser son énergie. Lorsqu’ils abordent le réseautage avec curiosité plutôt que comme une performance, les introvertis y trouvent souvent quelque chose de plus naturel – et de bien plus efficace.

2. Comprendre pourquoi le réseautage est plus difficile pour les introvertis

Dans l’ensemble de mes recherches, approfondies dans mon livre, j’insiste sur un point : le networking est un travail. Il mobilise de l’énergie cognitive et émotionnelle.

Les environnements animés peuvent être excessivement stimulants, et les conversations superficielles épuisantes. Quant à l’injonction à « performer » socialement, elle crée une pression bien avant même que l’événement ne commence.

3. Redéfinir le réseautage

Au fond, le réseautage consiste à créer du lien. Lorsqu’on le voit comme une occasion d’apprendre des autres plutôt que de les impressionner, la pression retombe. Un échange sincère peut marquer bien plus durablement qu’une série de présentations expédiées.

Les gens sont sensibles à la chaleur humaine, à l’attention et à l’intérêt authentique.

4. Tenir compte de son tempérament

La préparation est l’un des grands atouts des introvertis en matière de réseautage. Savoir clairement pourquoi vous participez à un événement permet d’orienter l’expérience et de limiter le sentiment de débordement.

Repérer à l’avance une ou deux personnes que vous aimeriez rencontrer peut aussi aider à se sentir plus ancré. Et prévoir quelques amorces de conversation – par exemple autour du thème de l’événement ou d’intérêts communs – facilite les échanges. Une simple présentation en une phrase suffit souvent pour engager la discussion, sans avoir à forcer les choses.

5. Choisir des environnements qui vous conviennent

Tous les contextes ne conviennent pas à tous les tempéraments. Les introvertis s’épanouissent souvent dans des formats plus structurés ou plus intimes : tables rondes, ateliers en petit comité, petits-déjeuners professionnels ou même échanges en tête-à-tête autour d’un café.

Les grands espaces informels peuvent être déstabilisants ; privilégier des alternatives n’est pas un évitement, c’est une stratégie.

6. Assurer le suivi à sa manière

Les introvertis excellent souvent dans cette phase plus discrète et réflexive de la relation : le suivi. Un message personnalisé sur LinkedIn ou une brève invitation à poursuivre l’échange peuvent faire toute la différence.

Cette manière posée et attentive d’entretenir des relations professionnelles est souvent l’un de leurs atouts – même s’ils n’en ont pas toujours conscience.

7. Protéger son énergie

Le réseautage mobilise une énergie bien réelle. Se sentir vidé après coup n’est pas un défaut, c’est biologique. Prévoir des temps de pause avant et après les événements, limiter leur nombre dans la semaine et s’accorder des respirations pendant les moments les plus denses permet de préserver son équilibre.

Les introvertis ont besoin de gérer leur énergie : intégrer des temps de récupération, protéger ses moments de calme et s’autoriser à se reposer est essentiel pour inscrire le réseautage dans la durée.

8. La profondeur plutôt que le volume

La culture professionnelle valorise souvent la voix la plus forte dans la pièce. Pourtant, les relations durables se construisent par l’écoute, la curiosité et la présence – autant de qualités que les introvertis apportent naturellement. C’est un point central de mes recherches : nul besoin de dominer une pièce pour créer des liens significatifs. Il suffit de réseauter d’une manière qui vous correspond.

Commencez modestement. Protégez votre énergie. Faites confiance à vos forces plus discrètes. C’est dans la profondeur, et non dans le volume, que les introvertis excellent.

The Conversation

Maura McAdam ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Huit conseils pour améliorer son réseau professionnel quand on est introverti – https://theconversation.com/huit-conseils-pour-ameliorer-son-reseau-professionnel-quand-on-est-introverti-281261

Les lecteurs, nouveau comité éditorial ? Le cas de « Shy Girl »

Source: The Conversation – in French – By Stéphanie Parmentier, Chargée d’enseignement à Aix-Marseille Université (amU), docteure qualifiée en littérature française et en SIC et professeure documentaliste. Chercheuse rattachée à l’IMSIC et au CIELAM, Aix-Marseille Université (AMU)

Bibliothèque publique de la ville de New York, à Manhattan. George Hodan

L’arrivée de l’intelligence artificielle bouleverse profondément le monde de l’édition. Des auteurs n’hésitent plus en effet à y recourir pour écrire, redéfinissant les conditions d’accès au marché du livre. Devant une telle mutation, les lecteurs ne sont plus de simples consommateurs : leur avis devient déterminant dans les choix éditoriaux, au point de faire reculer certains éditeurs. Faut-il les informer de l’usage de ces outils ? Et comment savoir ce qui, dans un texte, relève potentiellement de l’IA générative ?


Ce débat, loin d’être théorique, s’est récemment invité dans l’actualité éditoriale avec l’annonce de la publication du roman d’horreur Shy Girl de l’écrivaine américaine Mia Ballard, prévue au printemps 2026 par le groupe Hachette. Initialement auto-édité en 2025 et fort de presque 2 000 ventes, l’ouvrage avait en effet été repéré par Hachette Group Book pour rejoindre la collection Orbit.

Cependant, une partie des lecteurs a soupçonné que le livre avait été généré par l’intelligence artificielle, déclenchant une vive controverse en ligne qui a conduit l’éditeur a renoncé à sa publication. Le roman a également été retiré des sites de commerce en ligne comme celui d’Amazon et n’a plus été distribué au Royaume-Uni, malgré une première publication en novembre 2025.

Bien que l’autrice nie avoir utilisé l’IA dans la rédaction de son livre, évoquant plutôt le potentiel recours à ces outils par un prestataire lors de son circuit en auto-édition, cette situation met en lumière un phénomène inédit : les lecteurs sont-ils les nouveaux détecteurs d’IA, se substituant au traditionnel comité éditorial, à défaut d’outils fiables pour scruter minutieusement les manuscrits ? Comment expertisent-ils les publications susceptibles d’avoir été générées par IA, au point d’influencer la décision d’un grand éditeur, prêt à sacrifier des ventes pour préserver sa crédibilité aux yeux de son lectorat ?

L’ochlocratie, ou le pouvoir de la communauté littéraire

Shy Girl, originellement auto-édité, a déclenché le mécontentement d’une partie du lectorat en accédant à l’édition traditionnelle. Des internautes témoignent en effet de leurs doutes sur l’authenticité de la prose humaine de Mia Ballard. Sur le réseau social Reddit, plus de 300 commentaires ont été comptabilisés, évoquant son écriture « machinique ». L’avis d’une internaute sur ce sujet a enregistré plus de 1 400 votes positifs.

Reddit n’est pas le seul espace où ce roman est critiqué. Des passionnés du livre se sont aussi exprimés sur YouTube. Dans une vidéo, intitulée « Je suis presque sûr que ce livre est une daube générée par l’IA », publiée en janvier 2026 sur sa chaîne « Un grand lecteur sans ami », le youtubeur Frankie’s Shelf consacre presque trois heures à décortiquer tant la forme que le fond de Shy Girl. Sa vidéo, qui dépasse le million de vues, cherche à indiquer aux lecteurs les caractéristiques de l’écriture « IAgénique ». Ces remarques faisant le buzz, Hachette, confrontée à une telle ochlocratie (du grec « okhlos », qui signifie « foule », et « kratos », « pouvoir », NDLR) a finalement annulé sa publication, illustrant le nouveau pouvoir des foules littéraires dans les dynamiques éditoriales.

Le recours à l’IA lors de la composition d’un livre dans le circuit de l’auto-édition n’est pas un épiphénomène. Son utilisation semble courante, particulièrement sur la plateforme Kindle Direct Publishing d’Amazon. Ouvert à tous et sans filtre éditorial, ce canal de publication permet à des ouvrages générés par IA de franchir facilement les portes du marché du livre. Devant une telle situation, les éditeurs traditionnels s’inquiètent. Guillaume Husson, délégué général du Syndicat de la librairie française, alerte : « Des centaines de milliers de faux livres circulent sur Amazon. » Et Coralie Piton, présidente directrice générale des éditions du Seuil, en analyse les conséquences : « Ils (les livres auto-édités générés par IA) occupent de l’espace numérique, et c’est de l’espace en moins pour les autres. »

Les éditeurs ne sont pas les seuls à s’alarmer. De nombreux auteurs s’inquiètent aussi devant la vitesse d’écriture de tels robots, capables de générer une multitude de textes en quelques prompts. Le journaliste Frank Landymore cite par exemple la romancière Coral Hart qui utilise Claude, l’IA d’Anthropic, pour produire des romans d’amour à la chaîne : « À travers 21 pseudonymes différents, Hart affirme avoir produit plus de 200 romans d’amour l’an dernier [2025] et les avoir auto-édités sur Amazon », note-t-il. Or, si jusqu’ici la plupart des livres auto-édités, générés en tout ou partie par IA, restaient cantonnés sur les plateformes d’auto-édition, ce n’est pas le cas de Shy Girl.

Autopsie d’un corps littéraire

Il n’existe pas encore d’outils fiables capables de détecter avec certitude le recours à l’IA dans l’écriture d’un roman. Si quelques logiciels sont présents sur le marché, leurs résultats sont souvent approximatifs et donc insuffisamment précis pour constituer une preuve solide.

Comment des internautes, généralement non spécialistes en IA, parviennent-ils à déterminer le degré d’IA présente dans un texte, quand les détecteurs automatiques eux-mêmes peinent encore à l’identifier ?

La plupart des internautes sur Reddit sont des lecteurs, des auteurs et quelques éditeurs, éloignés du monde professionnel des technologies qui sont à l’origine des IA génératives. Si certains reconnaissaient commenter sans avoir lu le livre, d’autres, à l’inverse, ont, sans outils rigoureux ni véritable méthodologie, décortiqué chaque paragraphe et dégagé des similitudes récurrentes.

Plusieurs internautes soulignent que Shy Girl aurait pu être facilement identifié par un comité éditorial scrupuleux. Selon eux, l’empreinte de l’IA serait en effet perceptible dès la première phrase du roman : « “Je porte une robe rose, du genre qui promet de la douceur et n’en donne aucune.” Cette première ligne, c’est du pur ChatGPT », souligne @lucxf, en évoquant aussi les structures de phrases réplétives et artificielles qu’il a pu détecter.

D’autres critères reviennent fréquemment comme « les répétitions, l’absence d’intrigue et le style très cliché » indique @KRwriter8, ou encore « l’usage excessif de comparaisons », comme l’écrit @cosmicsprouts, mais aussi « des tics linguistiques, l’absence d’imperfection grammaticale et l’absence de phrases longues et complexes » selon @r/horrorlit.

Au-delà de l’analyse stylistique, le recours à certains signes typographiques, pourtant courant dans la langue française comme l’usage du tiret cadratin, devient aussi un indice suspect comme l’explique @cstrdmnd. Cependant, cette autopsie du texte met en évidence le caractère largement subjectif des critères mobilisés.

Dans ces circonstances, un auteur maladroit ou au style non sophistiqué doit-il pour autant être assimilé à une production d’IA ? Plus largement, faut-il retirer de la vente un livre ayant suscité un réel intérêt en auto-édition, enregistrant une moyenne de 3,51 étoiles sur 5 sur Goodreads en mars 2026, au même titre qu’on retirerait la photo d’un mannequin sous prétexte qu’il serait photoshopé ?

Malaise chez les auteurs

Au-delà du cas de Shy Girl, cette situation questionne plus largement la question de l’authenticité des écrits. Devant le risque d’une forme de paranoïa éditoriale, les éditeurs, mais aussi désormais les auteurs, s’inquiètent : comment prouver qu’un texte est d’origine humaine ? Une telle question ne s’était sans doute jamais posée dans l’histoire littéraire.

Pour affronter une telle situation, certains écrivains évoquent la nécessité d’archiver leurs traces scripturales. Il ne s’agit plus seulement d’archiver pour conserver les différentes étapes littéraires mais d’archiver pour prouver l’origine humaine d’une publication, ainsi que le suggère @Abcdella. D’autres vont encore plus loin dans la démarche, n’hésitant pas à recourir aux bons vieux cahiers manuscrits afin de documenter l’ensemble du processus créatif de leur travail en cas d’accusation, comme le préconise @trashov. Dans ce contexte, une question demeure : « Verra‑t‑on un jour les auteurs déposer en bibliothèque les prompts relatifs à leurs manuscrits afin que l’on puisse par la suite reconstituer la genèse de leurs écrits ? ». Il s’agit là d’un renversement de situation inédit. Ce ne sont plus les machines qui tentent d’imiter les écrivains, mais les écrivains qui doivent désormais prouver qu’ils ne sont pas des machines.

Reste à savoir jusqu’où ira cette méfiance, car à force de traquer les signes d’une écriture artificielle, le risque est de voir s’installer un climat de suspicion généralisée, où chaque style, chaque tournure, chaque singularité pourrait devenir une preuve à charge. Est-ce qu’à terme un éditeur se verra obliger d’enfermer ses auteurs dans un lieu déconnecté lors de la rédaction d’un manuscrit ?

L’enjeu n’est alors plus seulement de distinguer l’humain de la machine, mais de préserver ce qui fait la valeur même de l’écriture humaine, sa liberté.

The Conversation

Stéphanie Parmentier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les lecteurs, nouveau comité éditorial ? Le cas de « Shy Girl » – https://theconversation.com/les-lecteurs-nouveau-comite-editorial-le-cas-de-shy-girl-279697

La curiosité des managers n’est pas un problème. Voici pourquoi…

Source: The Conversation – in French – By Benoît Meyronin, Professeur senior à Grenoble Ecole de Management, GEM

Mais pourquoi la curiosité n’est-elle jamais mise en avant comme une valeur positive du management ? Peut-être parce que la notion est ambiguë et peut renvoyer à l’indiscrétion, voire à des comportements intrusifs, quand la curiosité est, d’abord et avant tout, intérêt pour autrui. Décryptage d’une notion qui gagnerait à être davantage mobilisée et vécue dans les entreprises. Par les directions, les managers et les autres…


Un collègue rencontre des difficultés dans sa vie personnelle, ou bien la mission qui lui a été confiée dépasse ses capacités. Peu importent les raisons de ces difficultés, deux postures sont possibles : la « dictature du jugement », ou la curiosité (chercher à comprendre pourquoi il en va ainsi).

En effet, « on jugera que tel ou tel collaborateur ne fait pas correctement son travail, qu’il n’est pas sérieux, qu’il se laisse aller, mais à aucun moment on ne s’interrogera sur les raisons d’un tel comportement ».

À l’inverse, la curiosité est cet élan qui nous fait aller au-delà des apparences, pour rechercher les motifs, et, ce faisant, créer les conditions d’une résolution. Ce n’est jamais une garantie. Mais le fait de juger et de condamner a-t-il jamais démontré sa performance ?

Prendre soin

La curiosité est aussi une manière d’incarner une forme de prendre soin, tout autant qu’une condition. Il est intéressant de noter ici qu’il existe un lien ontologique entre la notion de care et la curiosité : « Son sens premier, selon Littré, c’est soin, souci », rappelle Jean-Pierre Martin. Elle « procède d’une attention affectueuse au monde. Le curieux, c’est d’abord celui qui s’inquiète, et qui a grand soin. Curieux et curé ont la même racine latine : cura. Être curieux, avoir cure ».

On peut ainsi considérer que la_ curiosité procède d’une vision humaniste du management_, vision qui se fonde sur le postulat suivant : « Tous les hommes ont, par nature, le désir de connaître ».

Du personnel à l’organisationnel

Que la curiosité relève ou non d’une posture personnelle, elle doit aussi pouvoir figurer au rang des pratiques culturelles promues par l’entreprise : être tout à la fois cultivée en soi, et développée à l’échelle de l’organisation comme une pratique managériale.

Or, si 38 % des managers révèlent un niveau élevé de curiosité, 43 % appartiennent à la catégorie modérée, et 18 % semblent faire preuve d’un faible niveau de curiosité. Ce sont là les résultats d’un score développé par Todd KASHDAN, professeure à George Mason University : le Curiosity Index, pour lequel près de 2.000 managers, dans six pays, ont été interrogés (en dehors de la France).

Elle stimule la créativité, favorise la coopération entre les services ou encore la satisfaction et l’engagement des collaborateurs : elle témoigne aussi d’un climat de confiance et de sécurité psychologique avérés.

De multiples bénéfices

Pour Francesca Gino, professeure à Harvard, elle est un puissant levier de transformation, car elle aide à rendre plus agiles les organisations. Bien plus, elle nous invite à ne pas faire de suppositions relativement aux autres (qui sont-ils vraiment ?), à oser explorer des alternatives : ne pas simplement rechercher les informations qui valident nos croyances, mais quêter tout autant celles qui viennent les contredire.

Dans cet article, elle fait ainsi état d’une étude portant sur dix centres de relation client qui montre que les nouveaux collaborateurs les plus curieux, sont aussi ceux qui sont les plus performants dans la relation client. En effet, ils n’hésitent pas, par exemple, à solliciter leurs collègues plus anciens pour mieux maîtriser leur nouveau métier, en leur posant des questions.

Sans curiosité, nous sommes face à ces silos que déplorent les organisations : « Nous vivons dans des mondes cloisonnés et incurieux les uns des autres », écrit Jean-Pierre Martin, membre honoraire de l’Institut Universitaire de France. Le philosophe évoque ainsi les ravages de l’incuriosité. Car la curiosité est, selon lui, « une passion pour les autres. […] C’est un antidote à l’indifférence. […] C’est le désir de connaître le monde de l’autre […] l’amour de l’altérité. […] C’est aller vers l’autre ».

Une valeur d’entreprise ?

Encouragez vos équipes à poser des questions, lors des séminaires et réunions. Lors de ces mêmes temps, sollicitez leurs avis et leurs idées en vous montrant sincèrement curieux de leurs retours et suggestions. À l’occasion d’une tournée terrain, posez-leur des questions plutôt que de parler. Favorisez les temps d’exploration, idéalement de façon formelle (libérez du temps pour la veille, des projets connexes ou annexes à l’activité professionnelle, comme l’a fait 3M, l’inventeur du post-it).

Vous pouvez aussi mesurer la maturité de votre organisation et bâtir un plan d’action spécifique, en intégrant la curiosité parmi les valeurs de votre organisation. Vous pouvez reconnaître les efforts, même (et surtout) s’ils n’aboutissent pas (une forme de droit à l’erreur). Vous pouvez organiser des Why ? Days pour encourager les équipes à poser des questions qu’elles n’osent peut-être pas évoquer ordinairement. Vous pouvez, enfin, ritualiser des Vis ma vie et des benchmarks pour explorer d’autres réalités. Encouragez les modalités d’enrichissement des connaissances.

Mieux recruter

Faites de la curiosité un critère de recrutement comme le font déjà de grandes marques.

Faites-en, pour finir, un critère d’évaluation. La curiosité doit ainsi devenir une pratique valorisée dans l’organisation, une posture vécue et observable, ritualisée : un élément du langage managérial.

Nombre d’organisations pratiquent le rituel des cinq pourquoi, afin d’inviter leurs équipes à réinterroger leurs pratiques – pourquoi faites-vous cela ? Quel sens cela a-t-il pour nos clients ? Etc. Se poser ces questions, c’est par essence se montrer curieux. Elle est donc déjà présente, sans être nommée, dans des méthodes de gestion et dans de nombreuses organisations.

Comprendre le travail du terrain

C’est le cas chez SNCF Réseau, où l’un des marqueurs de l’entreprise consiste à ritualiser des visites de terrain, comme nous l’a indiqué Christel PUJOL, la DGRH de l’entreprise, lors d’une interview. C’est une formidable opportunité pour se montrer curieux des équipes, de leurs métiers, en assumant le fait de ne pas tout connaître, en soulignant à l’inverse son désir de mieux savoir.

En allant eux-mêmes sur le terrain, via des tournées dûment préparées et débriefées, les dirigeants ont donc la possibilité de se montrer curieux des réalités du travail et de leurs équipes. L’authenticité perçue de la rencontre et de la disponibilité fera le reste – ou non.

De nombreux freins existent pourtant. L’application stricte des procédures, des règles, des processus peut générer une culture de la soumission à l’existant, une obéissance aveugle, une atrophie de l’attention. Ensuite, il y a la peur : pour un dirigeant, cela peut être perçu comme une marque de faiblesse (« Comment ? Il ne sait pas ? »).

Si l’on reconnaît à ces derniers un rôle d’exemplarité, alors il devient difficile d’envisager une telle culture au sein d’une organisation si eux-mêmes ne questionnent pas leurs propres croyances.

Concluons cet article par une histoire vraie : « L’idée de l’appareil photo instantané Polaroid est née d’une question posée par un enfant de trois ans. La fille de l’inventeur Edwin Land était impatiente en effet de voir une photo que son père venait de prendre. Lorsqu’il lui expliqua que la pellicule devait être développée, elle s’interrogea à voix haute : « Pourquoi devons-nous attendre la photo ? »

The Conversation

Benoît Meyronin ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La curiosité des managers n’est pas un problème. Voici pourquoi… – https://theconversation.com/la-curiosite-des-managers-nest-pas-un-probleme-voici-pourquoi-280068

Why being called ‘detail-oriented’ can stall a woman’s career

Source: The Conversation – Canada – By Samantha Dodson, Assistant Professor, Organizational Behaviour and Human Resources, University of Calgary

Since women began entering the modern workforce in large numbers, support roles — or those who help someone else do their work, like administrative assistants and paralegals — have been predominantly occupied by women. The people in the higher ranking positions these roles support, such as executives, lawyers and surgeons, have been predominantly men.

Women still face barriers to reaching senior positions with decision-making authority in organizations. Only 21 per cent of Canada’s top publicly traded companies are led by female CEOs. By contrast, 92 per cent of executive assistants are women.

Even within the same job role, research consistently shows women are less likely to be assigned promotable tasks — high-visibility decisions that get noticed and rewarded — than men. They are more likely to be assigned administrative tasks or “office housework”: the kind of labour that keeps an organization running but rarely leads to a raise or a promotion.

A stereotype hiding in plain sight

My recent study, co-authored with Rachael D. Goodwin, Cheryl J. Wakslak, Kristina A. Diekmann and Jesse Graham, examined gendered expectations about how men and women think. We tested these expectations across six experiments.

When we examined the segregation of men into high-power roles and women into lower-power ones, we noticed an interesting pattern.

Support roles often involve developing efficient processes and paying close attention to detail. Leadership roles tend to involve tasks like identifying and creating values, strategies and visions. Women are more likely to occupy the first type, which calls for what we term a “concrete mindset.” Men are more likely to hold roles requiring big-picture, or “abstract,” thinking.

Both abstract and concrete thinking are valuable, but they tend to be associated with different kinds of work.

We found that people broadly hold three related beliefs regarding concreteness and abstraction: that women are more detail-oriented and specific than men; that women are less big picture-oriented than men; and that women are less visionary than men.

These beliefs arose spontaneously in our first experiment and were confirmed explicitly by respondents in two follow-up studies. We found women tend to hold these beliefs more deeply than men, and the stereotypes arose across 48 occupations and industries.

What LinkedIn reveals

These stereotypes have real-world consequences that might help explain why women are overrepresented in administrative roles.

In one experiment, we analyzed nearly 550,000 LinkedIn recommendations across a range of industries and occupations. Connections were more likely to use words such as “detailed and exact” to describe women and “visionary and farsighted” to describe men.

Research confirms LinkedIn recommendations can affect hiring outcomes, so the language used in them is influential.

Consider two project managers who received positive LinkedIn recommendations (names changed for privacy):

“John is an asset to any team he joins. He regularly looks for opportunities to turn ideas into action, inject creativity into every touch point, and develop strategies for innovation. He adds value by evaluating the big-picture and volunteers recommendations that increase efficiency and cost savings.”

“Jill is a very detail-oriented, motivated, analytical individual. She executes every task or project given to her in a timely manner. Multi-tasking and planning come easily to her. If you give Jill an end goal, you can depend on her to deliver results that exceed expectations.”

Both recommendations are positive, but John is cast as someone who generates ideas and shapes direction while Jill is cast as someone who reliably executes them.

If a hiring manager reads John as strategic and forward-thinking, he is more likely to be seen as a leader. And if a manager reads that Jill is detail-oriented, this could increase her chances of being selected for administrative roles, but might block her advancement to leadership.

The cycle and how to break it

In our final experiment, we found that gender stereotypes increased the likelihood of women being assigned detailed, low-promotability tasks, such as filing paperwork and proofreading, on top of their existing workload. This perpetuates gender roles and organizational inequity.

Occupational stereotypes and task segregation reinforce each other, and that cycle is difficult to break from inside an organization. Managers and organizations must consciously engage in equitable practices and policies to break the cycle in which women are disqualified from advancement.

Our study suggests two ways that managers can do this. The first is distributing low-value, detailed work equitably. Tasks such as taking notes in meetings, planning birthday parties and taking lunch orders can disproportionately fall to women. A rotating assignment system prevents any one person from getting pigeonholed into assignments that don’t contribute to their career progression.

The second is highlighting the value of detail orientation in leadership roles. Job postings and descriptions that emphasize detail orientation as a leadership trait could expand the pool of women who apply for and are seriously considered for senior roles.

The Conversation

Samantha Dodson receives funding from the Social Sciences and Humanities Research Council (SSHRC).

ref. Why being called ‘detail-oriented’ can stall a woman’s career – https://theconversation.com/why-being-called-detail-oriented-can-stall-a-womans-career-277936

Rougeole : Le retour inquiétant d’une maladie que l’on croyait faire partie du passé

Source: The Conversation – France in French (3) – By Julia Dina, Maître de Conférence des Université Praticien Hospitalier, Université de Caen Normandie

Selon l’Organisation mondiale de la santé, 120 pays présentent un risque élevé de résurgence de la rougeole (sur ce cliché, micrographie électronique à transmission colorée d’une particule, en rouge, du virus de la rougeole). CDC/NIAID/Wikimedia Commons

Après des années de faible circulation, la rougeole fait un retour notable en France. On imagine souvent que cette infection virale n’est qu’une simple « maladie de l’enfance », pourtant, elle doit être prise très au sérieux, car ses complications peuvent être graves. Or, ces dernières années, la couverture vaccinale s’est réduite. Si cette dernière reste élevée, elle ne l’est pas assez pour stopper la circulation du virus.


Chaque année, le virus de la rougeole tue encore plus de 140 000 personnes dans le monde, majoritairement des enfants de moins de 5 ans. En effet, si les symptômes de cette maladie virale – fièvre, toux, conjonctivite, puis éruption cutanée – semblent banals, ses complications sont fréquentes. Elles peuvent se traduire par des pneumonies, des inflammations du cerveau (encéphalites), une diminution de l’immunité ; et, parfois, mener au décès.

En outre, la rougeole est l’une des infections les plus contagieuses que nous connaissions : une personne malade peut en contaminer jusqu’à 20 autres si ces dernières ne sont pas vaccinées. Le virus, dont l’unique réservoir est l’être humain, se transmet par voie aérienne, et reste actif plusieurs heures dans l’air d’une pièce fermée.

Ces dernières années, la France voit un retour marqué de la rougeole alors même que le taux de couverture vaccinale reste globalement élevé. Pourquoi ?

En France, une augmentation du nombre des cas

Quinze cas en 2022, 117 en 2023, 483 en 2024 (dont près du tiers hospitalisés) : depuis quelques années, le nombre de cas de rougeoles dans notre pays augmente régulièrement. Cette tendance s’est poursuivie en 2025, puisque 873 cas de rougeole ont été recensés en France l’an passé.

Si l’on examine les chiffres dans le détail, 71 départements (70 %) ont rapporté au moins un cas de rougeole, parmi lesquels 4 cas rapportés en Outre-Mer, à La Réunion. Les cinq principaux départements où les nombres de cas déclarés ont été les plus élevés sont le Nord (15 % des cas déclarés), les Bouches-du-Rhône (6 %), l’Aude (6 %), la Haute-Savoie (5 %) et l’Isère (5 %). En outre, 14 % des cas étaient des cas d’importation, liés à un séjour à l’étranger.

Le tribut prélevé par le virus cette même année s’est avéré particulièrement élevé dans notre pays, puisque 314 (soit 36 % des cas déclarés) personnes ont été hospitalisées (dont 12 en réanimation), 121 cas (14 %) ont présenté une complication, dont 70 pneumopathies et 2 encéphalites. Quatre décès attribuables à la rougeole ont aussi été rapportés, tous chez des patients immunodéprimés.

Les analyses révèlent que la grande majorité des cas concernaient des personnes non – ou mal – vaccinées. Parmi les cas signalés en 2025 pour lesquels le statut vaccinal était renseigné (soit 620 cas sur 873), 416 (67 % du total des cas déclarés) concernaient des personnes non vaccinées ou insuffisamment vaccinées, 194 (31 %) des personnes ayant reçu deux doses, et 9 cas (1 %) des personnes vaccinées sans précision sur le nombre de doses administrées.

Les catégories de la population les plus touchées sont les jeunes enfants – l’incidence la plus élevée étant observée chez les nourrissons, la première dose de vaccin étant administrée à 12 mois, et la seconde entre 16 et 18 mois –, les adolescents et les adultes à partir de 30 ans. Ceci s’explique par le fait que la vaccination contre la rougeole a été introduite en France en 1983, puis a ensuite évolué avec le passage à un schéma à deux doses en 1996.

Soulignons que la résurgence de la rougeole n’est pas uniquement française. En Europe, plusieurs pays connaissent des flambées, notamment la Roumanie. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que plus de 120 pays présentent un risque élevé de résurgence. Au Canada et aux États-Unis, la rougeole fait aussi son retour.

Pourquoi un tel rebond maintenant ?

Le rebond actuel de la rougeole en France survient dans un contexte où la couverture vaccinale est globalement élevée, notamment grâce à l’obligation instaurée en 2018. Cette situation peut sembler paradoxale, mais elle s’explique par plusieurs facteurs.

Le premier concerne les perturbations liées à la pandémie de Covid-19. Pendant la crise, les consultations médicales et donc les rappels de vaccination ont parfois été retardés, créant des décalages dans certains calendriers vaccinaux.

Il faut savoir que le vaccin contre la rougeole nécessite deux doses pour être complet. Or, les rappels non effectués diminuent la couverture vaccinale nécessaire pour éliminer la circulation du virus. Un décalage du calendrier vaccinal peut, de la même façon, créer des poches de personnes susceptibles.

Le vaccin contre la rougeole est sûr, disponible et, après deux doses, confère une protection élevée, estimée à plus de 95 %, contre la maladie. Grâce à l’obligation vaccinale, en France, la majorité des enfants atteignent cette couverture avant l’âge de 2 ans.

Un autre point expliquant la recrudescence actuelle est la baisse de vigilance observée après la pandémie. La circulation de la rougeole avait fortement diminué grâce aux mesures barrières. Combiné aux retards de vaccination évoqués plus haut, cela a conduit à une accumulation d’enfants et d’adolescents non ou insuffisamment vaccinés, qui n’ont donc jamais été protégés contre le virus et forment aujourd’hui un réservoir de personnes susceptibles de contracter la maladie.

Enfin, la persistance de la défiance vaccinale est un troisième facteur expliquant le retour de la rougeole. Elle reste présente dans certaines communautés ou tranches d’âge, surtout parmi les générations nées avant 2018, non concernées par l’obligation.

En 2024 et en 2025, les deux tiers des cas signalés concernaient des personnes insuffisamment vaccinées, ce qui confirme que le déficit de vaccination reste le moteur principal de la résurgence.

Le vaccin, une arme efficace mais sous-utilisée

En France, la politique d’obligation vaccinale a permis d’atteindre un niveau de protection élevé et, sans doute, d’éviter une flambée épidémique bien plus massive. Malgré tout, la couverture reste insuffisante.

Si 95 % des enfants reçoivent la première dose, moins de 85 % complètent la deuxième dose, indispensable pour une protection durable. Or, la couverture vaccinale nécessaire pour permettre l’élimination de la rougeole est de 95 % pour deux doses, au niveau de l’ensemble de la population. Elle n’est donc toujours pas atteinte. Et ce, d’autant moins que persistent dans notre pays des poches de populations non ou mal vaccinées, en particulier chez les adolescents, jeunes adultes et certaines populations vulnérables, éloignées du système de santé.

En France hexagonale, la couverture vaccinale déclarée par les 18-35 ans est estimée à environ 90 %, avec d’importantes disparités régionales. Au niveau mondial, la couverture vaccinale stagne également : 83 % pour la première dose, 74 % pour la seconde. Elle reste bien trop faible pour pouvoir enrayer la circulation du virus.

La rougeole est ainsi devenue un indicateur de la fragilité des systèmes de santé et de l’adhésion aux politiques vaccinales.

Rappelons que certaines personnes ne peuvent pas bénéficier de ce vaccin vivant atténué : nourrissons de moins de 12 mois (sauf exception), femmes enceintes ou personnes dont le système immunitaire est affaibli (patients sous chimiothérapie, greffés d’organes ou porteurs de déficits immunitaires). Or, ces populations sont particulièrement vulnérables à la rougeole et ces complications.

Pour les protéger, il faut compter sur l’immunité collective : lorsque suffisamment de personnes sont vaccinées dans la population, le virus ne trouve plus assez de personnes susceptibles pour circuler, ce qui protège indirectement ces personnes vulnérables. Une couverture vaccinale de 95 % est donc aussi, et surtout, une façon de protéger ceux qui ne peuvent pas être protégés par la vaccination.

Des complications lourdes, pour les malades comme pour le système de santé

Les complications de la rougeole restent graves, et sont parfois mortelles. Chaque cas de rougeole mobilise fortement les services de santé, car il faut non seulement isoler les malades, mais aussi tracer leurs contacts et mettre en place des campagnes de vaccination d’urgence.

Parmi les complications possibles, la pneumonie est la première cause de décès lié à la rougeole. Elle survient dans 6 % des cas environ et est responsable de 60 % des décès. Les complications respiratoires sont plus fréquentes dans certaines situations : chez les nourrissons de moins d’un an, en particulier lorsque la mère n’était pas immunisée, chez les personnes immunodéprimées ainsi que chez celles souffrant de dénutrition ou atteintes d’une maladie respiratoire chronique.

Par ailleurs, un patient sur 1 000 environ développera une encéphalite aiguë (inflammation cérébrale). Celle-ci peut survenir chez n’importe quel malade, pendant ou juste après la phase aiguë de la maladie. Dans ce cas, le système immunitaire réagit de façon excessive et attaque le tissu cérébral. Si la mortalité ne dépasse pas 15 %, les séquelles neurologiques sont fréquentes (40 % des cas).

Au nombre de celles-ci figurent des troubles cognitifs, des problèmes de mouvement, des épilepsies (après une encéphalite postinfectieuse, les patients ont une susceptibilité sept fois supérieure à la population générale de présenter des crises épileptiques), des troubles émotionnels et des difficultés de langage.

Les malades immunodéprimés peuvent quant à eux être victimes d’encéphalites à inclusions (MIBE), une affection rare mais gravissime. Dans ce cas, le cerveau est directement infecté par le virus lui-même, qui se réplique dans les neurones sans que le système immunitaire, affaibli, puisse le contrôler. Cette affection, dont les symptômes surviennent trois à six mois après la maladie, est mortelle.

Des complications tardives peuvent aussi survenir, comme la panencéphalite subaiguë sclérosante (PESS), pour laquelle il n’existe aucun traitement. Cette complication, qui survient entre quatre et dix ans après la rougeole, est inéluctablement fatale. La PESS est due à la persistance du virus de la rougeole dans le système nerveux central (l’ensemble formé du cerveau et de la moelle épinière). Elle se caractérise par une dégradation intellectuelle progressive, associée à des mouvements cloniques (mouvements involontaires soudains) caractéristiques. La PESS survient dans 1 cas sur 100 000 lorsque la rougeole a été contractée après l’âge de 5 ans, mais ce risque peut monter jusqu’à 18 cas pour 100 000 lorsque la rougeole a été contractée dans la première année de vie.

Étant donné qu’il n’existe pas de traitement curatif spécifique pour les complications de la rougeole, la prévention par la vaccination reste le seul moyen de les éviter.

Par ailleurs, lorsqu’elle touche des femmes enceintes, la rougeole peut être à l’origine de risques pour la mère (fausse couche, prématurité) et pour le fœtus (dysfonctionnement du placenta entraînant la mort in utero). Si l’infection survient en fin de grossesse, une rougeole congénitale peut survenir et s’avérer mortelle. En outre, les rougeoles congénitales et néonatales sont associées à un risque accru de PESS.

Une maladie qui provoque une « amnésie immunitaire »

Hormis ces risques de complications, la rougeole entraîne une immunodépression transitoire, qui accroît la vulnérabilité aux autres infections pendant plusieurs semaines. Le virus de la rougeole agit sur le système immunitaire de deux façons : il épuise le stock de lymphocytes B mémoire et perturbe le renouvellement des lymphocytes B naïfs.

Des études ont montré que la rougeole élimine entre 11 et 73 % du répertoire d’anticorps présents avant l’infection. Non seulement certains anticorps ne sont plus représentés, mais la quantité d’anticorps contre de nombreux pathogènes est aussi considérablement réduite. Les individus qui ont la rougeole redeviennent ainsi vulnérables à de nombreux pathogènes.

Ce phénomène est connu sous le terme d’« amnésie immunitaire ». Les défenses immunitaires sont affaiblies beaucoup plus rapidement que lors d’une infection par le VIH (le virus responsable du sida), mais elles se reconstruisent aussi plus vite, à mesure que le patient est de nouveau exposé à des agents pathogènes.

Cette amnésie ne se produit pas avec la vaccination. Chez des enfants vaccinés contre la rougeole, aucune diminution d’anticorps n’a été détectée, ni en diversité ni en quantité.

Comment se protéger ?

La recette pour maîtriser le virus de la rougeole est connue, mais elle demande une mobilisation collective.

Il s’agit en premier lieu de renforcer la vaccination, afin d’atteindre le seuil de 95 % de couverture avec deux doses à l’échelle de la population, qui permettra de stopper la circulation du virus. Pour cela, il est notamment essentiel de cibler les rattrapages, en particulier les adolescents et les jeunes adultes ainsi que les zones à faible couverture.

Il faut également améliorer la surveillance, en procédant à des diagnostics rapides, confirmés par des analyses biologiques. Le suivi génomique du virus doit également être effectué, car il permet d’identifier les chaînes de transmission, de distinguer les souches endémiques des souches d’importation, et de documenter l’interruption de la transmission dans les régions où l’élimination du virus est visée. Les séquences obtenues sont comparées à des bases de données internationales, comme la Measles Nucleotide Surveillance (MeaNS), permettant de suivre la circulation des souches à l’échelle mondiale.

En France, la surveillance de la rougeole repose sur un système de déclaration obligatoire (MDO) géré par Santé publique France, appuyé par le Centre national de référence (CNR) des virus de la rougeole, des oreillons et de la rubéole, qui assure notamment le génotypage des souches. Le CNR assure le génotypage des virus et contribue à l’investigation des cas groupés et des chaînes de transmission.

Ce système a cependant montré ses limites, et la fragilité du système de signalement par les professionnels de santé constitue un point de vigilance. En effet, depuis le début de la pandémie de Covid-19, Santé publique France a constaté une augmentation importante des délais de signalement des cas suspects de rougeole aux agences régionales de santé.

Ces retards sont problématiques au regard de la contagiosité extrême du virus de la rougeole, qui impose une réaction quasi immédiate autour de chaque cas. L’enjeu est moins budgétaire que comportemental : la surveillance ne fonctionne bien que si chaque professionnel de santé signale les cas suspects dès l’étape clinique, avant que la confirmation biologique ne soit obtenue par analyse.

Enfin, pour lutter contre le virus, il est important de combattre la désinformation, en valorisant les professionnels de santé et les relais de confiance (médecins généralistes, pédiatres, pharmaciens, sages-femmes, infirmiers).

La rougeole n’est pas une maladie du passé. Il ne s’agit pas uniquement d’un problème infectieux : c’est aussi le reflet de notre rapport collectif à la vaccination, à la confiance et à la solidarité en santé. Elle revient aujourd’hui nous rappeler une leçon de base en matière de santé publique : tant que la vaccination ne sera pas universelle, les épidémies persisteront.

Deux doses de vaccin suffisent à protéger un enfant à vie. Ne pas saisir cette chance, c’est prendre le risque de voir resurgir une maladie que nous avons pourtant les moyens de faire disparaître.

The Conversation

Julia Dina est responsable du Centre national de référence des virus de la rougeole, rubéole et oreillons.

ref. Rougeole : Le retour inquiétant d’une maladie que l’on croyait faire partie du passé – https://theconversation.com/rougeole-le-retour-inquietant-dune-maladie-que-lon-croyait-faire-partie-du-passe-227476

Rougeole : Aux États-Unis, l’immunité collective fléchit dans certains comtés

Source: The Conversation – France in French (3) – By Kar-Hai Chu, Associate Professor of Public Health, University of Pittsburgh

Les personnes non vaccinées ont un risque 140 fois supérieur aux personnes vaccinées d’être infectées par le virus de la rougeole. Sarah L. Voisin/The Washington Post/Getty Images

Alors que le risque lié à la circulation de la rougeole demeure une préoccupation aux États-Unis, l’immunité collective dans le comté d’Allegheny, en Pennsylvanie, fléchit. Selon des données obtenues par le Washington Post en janvier 2026, dans ce comté, durant l’année scolaire 2023-2024, un élève de maternelle sur trois était scolarisé dans une classe où la couverture vaccinale était trop faible pour empêcher une flambée de rougeole. Quelles pourraient être les implications futures en matière de santé publique d’une baisse des taux de vaccination ?

Kar-Hai Chu, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Pittsburgh, et Maggie Slavin, responsable de programme de recherche au sein du département Sciences du comportement et de la santé communautaire, font le point pour The Conversation.


Contrairement aux écoles publiques, les écoles privées et confessionnelles du comté d’Allegheny se situent sous le seuil d’immunité collective. Comment expliquer cet écart ? Faut-il s’en inquiéter ?

Les travaux de recherche montrent que l’écart de couverture vaccinale entre les écoles privées ou confessionnelles et les écoles publiques tient au fait que les premières enregistrent des taux plus élevés de dispenses de vaccination pour motifs moraux ou religieux.

À l’échelle locale, les taux de vaccination dans les écoles du comté d’Allegheny sont en recul et se situent en dessous du niveau requis pour enrayer la propagation de la rougeole, estimé à 95 %. Entre les années scolaires 2023-2024 et 2024-2025, les écoles publiques ont affiché une baisse globale de leur couverture. Les écoles privées et confessionnelles ont, quant à elles, vu la leur progresser globalement, avec cependant une plus grande variabilité d’un établissement à l’autre.

Quel que soit le type d’établissement, les enfants doivent disposer d’un schéma vaccinal complet et à jour afin non seulement de se protéger eux-mêmes, mais aussi de protéger la collectivité. En effet, même de faibles baisses des taux de vaccination peuvent favoriser la propagation de la maladie.

Qu’appelle-t-on « vaccins combinés » ? Depuis quand sont-ils utilisés ?

Ce terme désigne des vaccins qui protègent contre plusieurs maladies, tout en étant administrés en une seule injection. Utilisés depuis les années 1940, les vaccins combinés comptent parmi les outils les plus efficaces de l’histoire de la santé publique.

Parmi les vaccins combinés les plus courants figurent, par exemple, le vaccin contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche ou le vaccin contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (ROR). Aux États-Unis, le vaccin ROR est homologué depuis 1971. Il a contribué à l’élimination de la rougeole dans le pays en 2000. Au cours de la décennie qui a suivi son introduction, le nombre de cas de cette maladie a diminué de 80 % .

Pourquoi certains responsables gouvernementaux réclament-ils la dissociation de ces vaccins combinés ?

Les responsables états-uniens qui prônent la dissociation des vaccins combinés invoquent des allégations infondées établissant un lien avec l’autisme ainsi que des inquiétudes quant au nombre de vaccins administrés simultanément.

Ces allégations contredisent des décennies de données scientifiques attestant l’innocuité et l’efficacité des vaccins combinés.

Qui détermine les recommandations vaccinales aux États-Unis ?

Depuis 1964, l’Advisory Committee on Immunization Practices (ACIP, comité consultatif sur les pratiques vaccinales) formule des recommandations vaccinales fondées sur les données probantes. Ce comité est composé d’experts en médecine et en santé publique bénévoles, nommés par le secrétaire à la santé et aux services sociaux (Secretary of Health and Human Services). Leurs mandats, échelonnés, durent quatre ans.

Ces experts examinent les données scientifiques tout au long de l’année et actualisent les recommandations en conséquence. La mise en œuvre de ces recommandations relève cependant de la compétence de chaque État. Sous l’administration actuelle, les recommandations vaccinales ont été politisées, ce qui les nimbe d’une sorte de flou.

En juin 2025, le secrétaire à la santé Robert F. Kennedy Jr, qui a un long passé de promotion de désinformation en matière de vaccins, a pris une mesure sans précédent : il a révoqué les 17 membres du comité consultatif sur les pratiques vaccinales, puis a nommé 12 nouveaux membres, aux qualifications contestables et présentant des conflits d’intérêts. Cette décision peut être considérée comme une rupture fondamentale avec le processus fondé sur les preuves qui protégeait la santé publique depuis plus de soixante ans.

Les représentants du ministère de la santé de Pennsylvanie et le gouverneur actuel de l’État, Josh Shapiro, ont déclaré qu’ils continuaient d’adhérer aux recommandations vaccinales fondées sur les données probantes émanant des principales associations médicales nationales, telles que l’American Academy of Pediatrics (Académie américaine de pédiatrie), l’American Academy of Family Physicians (Académie américaine des médecins de famille) et l’American College of Obstetricians and Gynecologists (Collège américain des obstétriciens et gynécologues).

Quelles sont les conséquences concrètes de la mésinformation et de la désinformation vaccinales ?

Nous en avons un exemple éloquent sous les yeux : la rougeole se propage de nouveau aux États-Unis. En 2025, 2 255 cas ont été confirmés, soit près du double du pic de 1 274 cas enregistré en 2019.

Si, pour l’année 2026, aucun cas de rougeole n’a encore été confirmé dans le comté d’Allegheny, le ministère de la santé de Pennsylvanie a annoncé que des cas ont en revanche été signalés dans le comté de Lancaster le 3 février. Il a été établi que les personnes concernées n’étaient pas vaccinées.

Les personnes non vaccinées présentent un risque 140 fois plus élevé de contracter la rougeole que les personnes vaccinées. Plus de 90 % des cas survenus aux États-Unis en 2025 concernaient des personnes non vaccinées, ou dont le statut vaccinal était inconnu.

Lorsque des responsables gouvernementaux deviennent eux-mêmes des vecteurs de mésinformation, le risque croît de façon exponentielle. L’Organisation mondiale de la santé classe l’hésitation vaccinale parmi les plus grandes menaces pour la santé mondiale.

Comment préserver les politiques vaccinales fondées sur les preuves ?

Selon l’Académie américaine de pédiatrie, les politiques mises en œuvre au niveau des États pourraient offrir une meilleure réactivité pour faire face aux besoins rencontrés aux échelles locales, tout en continuant à respecter les standards de la médecine fondée sur les preuves.

Le renforcement des politiques étatiques joue un rôle déterminant pour garantir l’accès à la vaccination. En Louisiane, par exemple, le fait de présenter la vaccination comme un geste de protection envers ses voisins s’est avéré un levier efficace en matière de sensibilisation des communautés locales. Dans le Dakota du Sud, les défenseurs de la vaccination interpellent les chefs d’entreprise en mettant en avant les bénéfices économiques qu’elle génère. L’Oregon a élaboré un modèle de financement permettant aux prestataires de soins et aux cliniques d’accéder aux vaccins sans avance de frais : ils ne remboursent l’État qu’une fois que les assureurs les ont dédommagés.

Les citoyens peuvent aussi agir en soutenant les organisations qui privilégient les décisions fondées sur des données scientifiques plutôt que sur des témoignages anecdotiques. Ils peuvent exiger que les politiques publiques soient élaborées de façon transparente, et se former pour être capables de faire la distinction entre un débat scientifique légitime et des pratiques de désinformation coordonnées. Ces étapes sont essentielles pour protéger les politiques vaccinales. Pour finir, rappelons que les recommandations 2026 de l’American Academy of Pediatrics ont été jugées fiables par douze organisations de professionnels de santé différentes, qui représentent plus d’un million de spécialistes en pédiatrie.

The Conversation

Kar-Hai Chu reçoit des financements des NIH.

Maggie Slavin ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Rougeole : Aux États-Unis, l’immunité collective fléchit dans certains comtés – https://theconversation.com/rougeole-aux-etats-unis-limmunite-collective-flechit-dans-certains-comtes-283245

Les survivants d’Ebola peinent à retrouver une vie normale : ce que j’ai découvert en Sierra Leone et au Libéria

Source: The Conversation – in French – By Kevin J.A. Thomas, Distinguished Professor of Sociology, Rice University

Pendant l’épidémie d’Ebola de 2014 à 2016, Musu, une habitante de Monrovia, au Libéria, a contracté le virus Ebola, tout comme son mari, ses cinq fils et sa fille.

Quelques semaines plus tard, six membres de sa famille sont décédés. Musu et son plus jeune fils ont survécu. Depuis lors, leur vie n’est plus la même. Son mari était le seul soutien de famille. Désormais veuve et mère célibataire, Musu a du mal à joindre les deux bouts. Comme elle le dit elle-même :

Il n’y a personne ici pour m’aider, à part Dieu. Pas de petit ami. Pas de père. Je suis le père, la mère, l’oncle et le frère. Dans le logement que nous louons, nous ne trouvons même pas de quoi manger.

Musu fait partie des nombreux survivants qui se sont remis de la plus grande épidémie d’Ebola au monde. L’épidémie a commencé par une flambée locale dans le village de Meliandou, en Guinée, mais s’est propagée aux pays voisins, le Libéria et la Sierra Leone.

En l’espace de trois ans, la maladie a infecté 28 600 personnes. Environ 11 000 d’entre elles sont décédées tandis que 17 000 ont survécu.

Le 9 juin 2016, l’Organisation mondiale de la santé a annoncé la fin officielle de l’épidémie d’Ebola au Libéria.

Contrairement à la couverture médiatique massive dont l’épidémie a fait l’objet à ses débuts, les reportages sur ses conséquences ont été limités. Par conséquent, très peu de gens savent que les survivants d’Ebola ont eu du mal à reprendre le cours de leur vie depuis la fin de l’épidémie.

Parmi ces survivants figurent des veuves comme Musu, des orphelins désormais sans abri et des milliers de personnes désormais aveugles ou souffrant de troubles visuels permanents.

Je suis démographe social et j’étudie les tendances en matière de santé et de population. Mon dernier ouvrage, Life After Epidemics: Ebola Survivors and the Social Dimensions of Recovery (La vie après les épidémies : les survivants d’Ebola et les dimensions sociales du rétablissement), rend compte de bon nombre de ces expériences. À partir d’entretiens menés auprès de 250 survivants d’Ebola au Libéria et en Sierra Leone, j’ai cherché à comprendre pourquoi de nombreux survivants vivent dans des conditions pires qu’avant l’épidémie, et ce qui les empêche de retrouver une vie normale.

Comprendre ces enjeux constitue une première étape vers l’élaboration de solutions aux problèmes auxquels sont actuellement confrontés les survivants d’Ebola. Apprendre de leurs expériences peut permettre d’éviter que ces problèmes ne se reproduisent chez les survivants de futures épidémies.

Réponses médicales et réponses sociales aux épidémies

Pour déterminer ce qui n’a pas fonctionné, il faut d’abord comprendre la différence entre deux types de réponses aux épidémies.

La première est la réponse médicale, qui met l’accent sur l’utilisation de la médecine clinique pour sauver des vies et soigner les patients infectés.

La seconde est la réponse sociale, qui aborde des questions telles que l’accès aux moyens de subsistance durables, le soutien aux orphelins et l’intégration des survivants dans leurs communautés.

Les décideurs politiques ont accordé une plus grande priorité aux réponses médicales à court terme face aux conséquences de l’épidémie d’Ebola qu’aux réponses sociales à long terme.

L’objectif principal de ma recherche est d’examiner comment les survivants d’Ebola ont été affectés par cette priorité. J’ai utilisé des informations issues d’entretiens et d’autres sources pour évaluer comment leur santé, leurs moyens de subsistance et leur vie familiale ont changé depuis la fin de l’épidémie.

Cette recherche apporte des preuves de la manière dont le manque d’investissement dans les réponses sociales continue d’affecter négativement la vie des survivants.

Par exemple, il n’existe aucun programme leur offrant un accès complet aux soins de santé, alors que beaucoup d’entre eux sont aveugles, souffrent de troubles musculo-squelettiques, présentent des troubles neurologiques ou vivent avec d’autres effets secondaires à long terme du virus.

Elle décrit également les expériences d’agriculteurs en mauvaise santé, qui ne peuvent plus cultiver leurs terres, et de chasseurs qui ne voient plus. Ils font partie des nombreux survivants qui exerçaient auparavant une activité indépendante mais ont perdu leurs moyens de subsistance.

Compte tenu des investissements limités dans les mesures sociales, la stigmatisation liée à Ebola persiste au sein des communautés locales. En conséquence, les interactions sociales des survivants d’Ebola sont souvent marquées par la méfiance envers ceux qui les perçoivent comme toujours infectés. Ces craintes ont conduit des commerçants à perdre des clients et ont contribué à la rupture de mariages.

De nombreux survivants ne reçoivent plus d’invitations à des événements sociaux tels que les mariages et les cérémonies de baptême. Dans certains cas, leurs enfants ont également perdu leurs camarades de jeu après que les voisins leur ont interdit de jouer avec les enfants des survivants d’Ebola.

Les organisations humanitaires ont joué un rôle majeur dans la lutte contre la propagation de la maladie pendant l’épidémie. Certaines de leurs politiques ont toutefois eu des conséquences imprévues qui ont aggravé les problèmes des patients ayant survécu.

Par exemple, la pratique consistant à brûler les effets personnels des patients infectés pour empêcher la propagation du virus a aggravé les difficultés économiques de nombreux survivants.

Le processus d’incinération a entraîné des pertes financières pour les survivants qui gardaient leurs économies sous leur matelas, qui ont perdu leurs outils agricoles et ont dû payer pour le matériel emprunté à leurs voisins qui a également été détruit.

Certains des messages diffusés dans les campagnes de santé publique visant à contenir la propagation du virus pendant l’épidémie ont également eu des conséquences imprévues. Ces campagnes invitaient le public à éviter de toucher les personnes infectées afin d’empêcher la transmission de la maladie, car il n’existait aucun remède contre Ebola. Depuis la fin de l’épidémie, de nombreux membres des communautés locales continuent d’éviter tout contact avec les survivants. Ils se demandent comment les survivants peuvent affirmer qu’ils ne sont plus atteints d’Ebola, alors qu’on leur a dit que la maladie était incurable.

Pourquoi les survivants d’Ebola se sentent abandonnés

En écoutant les récits des survivants, il est apparu clairement que beaucoup d’entre eux se sentaient abandonnés. Les visites des responsables communautaires ont cessé. Les soins spécialisés qu’ils recevaient dans les hôpitaux ont été interrompus. Bon nombre des promesses des dirigeants politiques qui avaient affirmé qu’ils fourniraient des ressources pour soutenir leur rétablissement sont restées lettre morte. Une partie des ressources fournies par les donateurs a été détournée par la fraude.

Pendant ce temps, les survivants d’Ebola continuent de subir les conséquences des pertes irréversibles qu’ils ont subies il y a dix ans. Ces épreuves et l’indifférence persistante à l’égard de leur situation sociale continuent de définir leur vie.

Les décideurs politiques devront accorder une attention égale aux questions médicales et sociales lorsqu’ils feront face à de futures épidémies. Cela nécessitera des investissements soutenus pour améliorer les conditions de vie des survivants, bien au-delà des célébrations qui marquent la fin des épidémies.

The Conversation

Kevin J.A. Thomas a bénéficié d’un financement du programme Andrew Carnegie Fellows dans le cadre de la réalisation de l’étude décrite dans cet article.

ref. Les survivants d’Ebola peinent à retrouver une vie normale : ce que j’ai découvert en Sierra Leone et au Libéria – https://theconversation.com/les-survivants-debola-peinent-a-retrouver-une-vie-normale-ce-que-jai-decouvert-en-sierra-leone-et-au-liberia-283204

Gut health: why food alone won’t fix childhood stunting

Source: The Conversation – Africa (2) – By Thulani P. Makhalanyane, Professor of Microbiology, Stellenbosch University

South Africa has a paradox when it comes to food availability. Its supermarkets are overflowing. But it continues to record high levels of stunted growth.

This seems to be a global problem. Data suggest that the world has produced more food in the last two decades and more wealth. Yet, roughly 150 million children under five remain stunted (too short for their age).

Stunted growth and poor cognitive development often stem from the same early-life problems, like poor nutrition, illness and unhealthy environments. These impediments to a child’s learning ability and physical growth have been shown to have serious long-term consequences for health and future economic prospects.

More concerning is that it appears that putting calories into mouths is not enough to prevent stunting. The science points to the role played by our intestinal microbiome – the trillions of microscopic organisms, including bacteria, viruses and fungi, that live in and on us – and the inability to digest nutrients.

We – a microbiologist and a health economist – recently published a paper in which we outline emerging evidence demonstrating that poverty affects children’s physiology – the way their bodies work – not merely their access to resources. Addressing childhood stunting therefore requires moving beyond single interventions such as providing food. What’s needed are integrated approaches that simultaneously tackle sanitation, infection control, nutrition quality and early childhood stimulation.

Our findings support the growing scientific evidence that both physiological and environmental factors must be addressed together to break the intergenerational cycle of poverty and developmental impairment. Nutrition is not the full story. The gut microbiome plays a complementary role by breaking down complex carbohydrates that our bodies cannot digest on their own, converting them into forms that may be absorbed and used for growth and development.

Diet provides the essential raw materials, while the microbiome helps unlock their nutritional value, thereby contributing to growth and development. There is also strong evidence that the environment shapes the microbiome’s ability to carry out these functions.

Gut microbes, poverty and stunting

Children’s growth is affected not only by what they eat, but also by how well their bodies can process and absorb nutrients.

Children living in informal settlements, where sanitation is generally poor, are exposed to microorganisms through dirt, toxic dust and sewage. This exposure may lead to a condition called environmental enteric dysfunction. This is when an inflamed intestine impairs the absorption of nutrients, including fats, proteins and vitamins.

The result is stunting. This may remain undiagnosed but can affect health negatively across a lifetime.

The prevalence of environmental enteric dysfunction in South Africa remains unclear. One reason is that there are no easily administered diagnostic tests. The other is the lack of large scale coordinated national studies.

Evidence from studies in Asia supports the potential role of the microbiome as a central contributor to stunting. These studies suggest that gut microbial communities of healthy children tend to follow predictable developmental milestones during the first two years of life. Failure to achieve these milestones may compromise the microbiome’s capacity to process food efficiently, with important implications for child growth and development.

In contrast, children with severe acute malnutrition often carry an immature gut community that does not mature in response to food or interventions focused on water, sanitation and hygiene services alone.




Read more:
South African policy isn’t connecting child nutrition and sanitation


In a study done in Malawi, scientists transplanted gut bacteria from malnourished children into young animals and showed that the animals developed growth deficits. Conversely, microbes from healthy children could restore growth.

These studies show that an unhealthy gut community may be a cause – not just a consequence – of poor growth. Although the concept of a “healthy” microbiome has been the subject of extensive debate, there is increasing consensus that healthy microbiomes are typically characterised by high microbial diversity, the absence of dominance by a single organism, the capacity to remain stable, resilience and the ability to maintain essential functions even when community composition changes or is subject to environmental disturbance.

Studies that look directly at the small intestine have found that many stunted children have bacteria from the mouth growing in the wrong part of the gut. These bacteria may interfere with how the body absorbs fat, creating a direct link between the makeup of gut microbes and poor growth.

Other studies show that what really matters is what the microbes do – their ability to make vitamins and other building blocks – not just which species are present.

Put simply, the microbiome can help determine whether the food a child eats is used to grow body tissue or is wasted.

Knowledge gaps

Progress in tackling stunting has been slow for a number of reasons.

Firstly, traditional interventions focused on food provision and sanitation without understanding the underlying biological damage that impairs how nutrients are absorbed.

Secondly, the evidence base relies on studies from high-income contexts where nutrition alone may be the primary constraint. In lower and middle income countries the biological mechanisms driving stunting involve multiple interacting pathways.

Part of the answer is geography of research. Many of the early groundbreaking studies come from Asia and south Asia and from a few sites in east Africa and Malawi. Large multicountry cohorts such as the MAL-ED project and several studies in Bangladesh have provided strong evidence about enteric pathogens and their links to growth.

But sub-Saharan Africa remains under represented in longitudinal microbiome studies despite carrying a large burden of stunting. That gap has real world consequences. We know that the gut microbiome varies considerably and is influenced by several factors including diet and geography.

Children in different places have different diets, different exposures and different baseline microbes. Interventions that work in one region may fail in another.

The answers

What’s needed is African led research that samples African children across geography to understand what will work on the continent.

This requires a change in approaches to policy and research.

First, policy makers must stop treating food availability as synonymous with nutritional success. Food security matters but it is not sufficient.

Secondly, routine growth must be monitored better at primary healthcare level so stunting is not missed in communities where short stature looks normal to the eye.

Third, studies must measure gut function – not only weight and height. This will show who is failing to extract the benefit of food.

Fourth, water, sanitation and hygiene must be integrated.

Finally, build African capacity for this work, and fund African research.

Where the science could lead

Research into the microbiome can shift strategies from treating hunger to restoring lifelong health.

For example, it may be possible to identify new microbes that block fat absorption or those that degrade essential vitamins. We may begin to map how early disruptions in gut function influence metabolism and increase the risk of non-communicable diseases later in life.

We may also learn to use simple stool or blood markers to identify children who, despite having enough food, will not grow without gut-directed therapy.

The Conversation

Thulani P. Makhalanyane receives funding from the South African National Research Foundation, The European Union Horizon 2020 Program, and the Human Frontier Science Program.

Ronelle Burger receives funding from the South African Research Foundation, the DG Murray Trust, the South African Medical Research Council, and the Department of Science, Technology and Innovation for research on child stunting and housing.

ref. Gut health: why food alone won’t fix childhood stunting – https://theconversation.com/gut-health-why-food-alone-wont-fix-childhood-stunting-273395

Animaux sacrés et royaux du Cameroun : la littérature et la prospective peuvent-elles les sauver ?

Source: The Conversation – in French – By Kenneth Nsah Mala, Expert in Environmental Humanities, Sustainability Science, Foresight and Futures Studies, University of Cologne

Dans les prairies et les hautes terres de l’ouest du Cameroun, certains animaux sont considérés comme sacrés. Au sein des royaumes autochtones (fondoms, chefferies) de la région, bon nombre de ces animaux sont également considérés comme royaux. Il s’agit notamment des félins sauvages (comme les guépards, les léopards et les lions), des buffles, des éléphants, des porcs-épics, des cauris (coquillages marins utilisés comme objets symboliques et monétaires) et d’un oiseau aux couleurs vives appelé « touraco de Bannerman ».

Ces espèces occupent une place centrale dans les systèmes symboliques, culturels et spirituels. Elles servent, par exemple, à parer les membres de la famille royale (rois, reines et reines mères) ou pour décerner des distinctions royales à des personnes méritantes. Certaines parties de leur corps peuvent servir à fabriquer des couronnes, de la literie, des repose-pieds cérémoniels, des bracelets ou des colliers pour la royauté. Les plumes rouges du touraco de Bannerman sont utilisées pour distinguer les guerriers et les chasseurs.

Un oiseau aux plumes somptueuses perché dans un arbre, avec une touffe rouge vif sur la tête, des extrémités d'ailes rouges et une queue bleue.
Turaco de Bannerman.
Henrik Grönvold

Ici, les pratiques culturelles autochtones peuvent à la fois préserver et menacer la biodiversité. Les noms de certains de ces animaux, en particulier les félins sauvages, sont utilisés comme noms honorifiques pour les rois. Mais la coutume exige que, lorsque ces animaux sont repérés, ils doivent être tués et emmenés au palais en guise de tribut.

La plupart sont soit éteints localement, soit en danger critique d’extinction. À l’exception des cauris et des porcs-épics, tous ces animaux figurent sur la Liste rouge des espèces menacées de l’Union internationale pour la conservation de la nature.

La perte de biodiversité causée par l’activité humaine s’accélère à l’échelle mondiale. Cela touche notamment les zones de grande biodiversité telles que le bassin du Congo en Afrique centrale, dont le Cameroun fait partie. Des milliers d’espèces ont été identifiées dans ce bassin, dont 30 % sont endémiques (indigènes).

Je suis un chercheur interdisciplinaire et mes travaux couvrent les disciplines suivantes : les arts, la littérature et les études culturelles, les humanités environnementales, les sciences de la durabilité, la gouvernance anticipative et les générations futures, la prospective stratégique et les études du futur.

Dans une étude récente, j’ai exploré comment la créativité littéraire, combinée à des ateliers de prospective, pourrait contribuer à transformer le regard porté sur ces animaux. Pourraient-ils offrir un avenir plus prometteur à ces espèces uniques ?

Le rôle de la littérature

Les textes littéraires tels que les pièces de théâtre, les poèmes et les romans offrent des perspectives sur la manière de relever les défis climatiques et écologiques dans le bassin du Congo. (Même dans le cas d’espèces moins populaires mais très importantes, comme les insectes.)

C’est le cas dans de nombreux textes d’auteurs camerounais anglophones, comme Athanasius Nsahlai, Kenjo Jumbam, J.K. Bannavti et John Nkengasong.

Leurs récits ont le pouvoir de mettre en garde contre la destruction des animaux royaux et sacrés. Ils peuvent également contribuer à façonner de nouvelles visions pour l’avenir de la conservation de la biodiversité.

Dans mon étude, je m’appuie sur l’écocritique postcoloniale (la relation entre la littérature, la culture, l’environnement et l’histoire) et de la prospective narrative (ce que les récits peuvent révéler sur l’avenir). J’analyse la manière dont ces textes abordent les animaux royaux et sacrés en remettant en question des pratiques culturelles nuisibles à l’environnement, et comment ils proposent de nouvelles formes de relations entre les humains et les autres animaux.

La nouvelle de Jumbam, Lukong et le léopard, par exemple, raconte l’histoire d’un jeune homme appelé Lukong. Fils d’un paria du royaume de Nso, il aide à capturer un léopard. À la surprise générale, le roi exige qu’on le lui amène vivant à son palais. Alors que Lukong s’apprête à être décoré par le roi, son père s’introduit discrètement dans la cour. Craignant pour la vie de son fils, il libère le léopard.

D’une certaine manière, cette histoire remet en question l’ancienne pratique culturelle consistant à tuer les animaux royaux. Elle invite les lecteurs à changer leur façon de voir ces animaux et d’interagir avec eux afin de mieux les protéger.

Les ateliers

Des histoires comme celle-ci peuvent ensuite être intégrées à des sessions d’ateliers de prospective. La prospective narrative, associée à la participation collective, donne naissance à ce que l’on appelle la prospective participative. Des participants et des parties prenantes d’horizons divers sont réunis pour explorer des scénarios futurs, les défis qui les façonnent et les dynamiques de changement.

Dans le cadre de mes recherches, j’ai organisé une journée d’ateliers de prospective participative sur #CongoBasinFutures et #RoyalAnimalsFutures à Yaoundé, au Cameroun.

Plus de 30 participants de tous âges, sexes et d’horizons divers se sont réunis. Parmi eux figuraient des enseignants, des chercheurs, des écologistes, des agriculteurs, des infirmiers, des écrivains, des cinéastes, des musiciens, des journalistes, des étudiants, des acteurs de la société civile, des décideurs politiques et des rois autochtones (fons).

À l’aide d’outils de prospective, les participants ont été invités à discuter de leurs motivations ainsi que des obstacles historiques tout en imaginant un avenir plus prometteur pour les animaux royaux et sacrés. Ces ateliers intègrent des récits littéraires sur la situation de ces animaux.

Ils se sont appuyés sur les tendances actuelles et les signaux de changement, tels que le changement climatique, la perte de biodiversité et les pratiques culturelles autochtones. Ils ont imaginé de nouveaux avenirs, puis ont proposé collectivement plusieurs interventions politiques susceptibles d’apporter des solutions concrètes.

Élaborer de meilleures politiques

Le Cameroun dispose certes de lois environnementales visant à protéger la biodiversité, mais leur mise en œuvre reste insuffisante. Mon étude – ainsi que notre atelier – vise à compléter ces lois et à contribuer à leur application effective sur le terrain. Parmi les idées issues de l’atelier, on peut citer :

  • Les arts créatifs et l’éducation devraient être utilisés pour sensibiliser à la protection des animaux royaux et de la biodiversité. Cela pourrait inclure des programmes tels que notre atelier, des concours créatifs et la mise à jour des programmes scolaires.

  • Au lieu de récompenser ceux qui tuent, les chasseurs locaux devraient être récompensés lorsqu’ils repèrent et signalent la présence d’animaux royaux à des fins de surveillance et de préservation. L’utilisation de substituts artificiels aux parties d’animaux pour les cérémonies traditionnelles devrait être encouragée.

  • Les politiques devraient encourager la recherche sur l’élevage contrôlé d’animaux royaux et sacrés menacés d’extinction, ainsi que la promotion de l’écotourisme autour de ces animaux. Des parcs et réserves spéciaux pourraient associer les arts et les animaux royaux pour attirer les touristes. Les recettes pourraient améliorer les moyens de subsistance, préserver les cultures et promouvoir la protection de l’environnement.

  • La réglementation environnementale devrait être renforcée grâce à la collaboration avec toutes les parties prenantes, y compris les autorités autochtones et les communautés locales. La chasse de certains animaux pourrait être réglementée. Des saisons de chasse et des quotas pour certaines espèces pourraient être mis en place. Les dirigeants et les communautés autochtones pourraient être impliqués pour adapter et moderniser les pratiques culturelles à l’ère de l’effondrement environnemental.

Mais nous devons passer des recommandations à l’action. Sinon, les idées issues d’études comme celle-ci resteront lettre morte, comme la plupart des lois environnementales au Cameroun. Et les animaux royaux, comme d’autres espèces, continueront d’être menacés d’extinction.

The Conversation

Kenneth Nsah Mala receives funding from the University of Cologne (Germany), the British Council, and the School of International Futures (SOIF).

ref. Animaux sacrés et royaux du Cameroun : la littérature et la prospective peuvent-elles les sauver ? – https://theconversation.com/animaux-sacres-et-royaux-du-cameroun-la-litterature-et-la-prospective-peuvent-elles-les-sauver-282796

Ebola strain spreading in Congo and Uganda has no approved vaccine

Source: The Conversation – USA (3) – By Klinger Soares Faico Filho, Professor da Disciplina de Clínica Médica e Medicina Laboratorial, Universidade Federal de São Paulo (UNIFESP)

A man washes his hands before being screened to enter Kyeshero Hospital in Goma, Congo, on May 18, 2026. Jospin Mwisha/AFP via Getty Images

As a deadly outbreak of Ebola virus spreads in the Democratic Republic of Congo and Uganda, the U.S. Centers for Disease Control and Prevention said on May 17, 2026, that it is transferring “a small number of Americans” who were in Congo and who were exposed to the virus.

Some of these exposures are classified as high-risk, and among them is an American doctor who has been evacuated to Germany, health officials said.

On May 18, the U.S. also announced a ban on people who have recently traveled to Ebola-affected countries from entering the country.

The World Health Organization declared the outbreak to be an international health emergency on May 17. However, the CDC says the risk to the United States remains low.

As an infectious disease scientist who has studied multiple epidemics around the world, I agree that this reassurance is justified. But one key aspect of this outbreak is highly concerning: There is more than one Ebola virus, and this outbreak is caused by one for which the world has no vaccine.

On May 17, 2026, the World Health Organization declared the Ebola outbreak a “public health emergency of international concern.”

A familiar name, an unfamiliar virus

First identified in 1976, Ebola viruses have caused dozens of outbreaks across Africa.

The group of viruses that cause the disease, called orthoebolaviruses, consists of six known species, but three cause most large outbreaks: Zaire, Sudan and Bundibugyo. The tools the world developed over the past decade – the licensed vaccine Ervebo and monoclonal antibody treatments – were designed against the Zaire species, which is by far the most common.

The current outbreak, by contrast, is caused by the Bundibugyo virus, first identified in 2007 in Uganda. It is only the third documented Bundibugyo outbreak on record – and the largest.

There are no approved vaccines or therapeutics for the Bundibugyo virus. That’s because its genetic makeup differs significantly from other orthoebolaviruses. When the Bundibugyo virus was first described, scientists warned that this divergence would complicate efforts to design diagnostics and vaccines against it. An immune response to the Zaire species, elicited by a vaccine, is unlikely to protect against Bundibugyo.

An outbreak that grew in the dark

The most worrying feature about the current outbreak is not the virus itself but how large it already was when it was recognized.

It took the WHO until May 15 to identify the Bundibugyo strain as the cause of the outbreak. By May 16, the health organization had identified 246 suspected cases and 80 deaths in the DRC’s Ituri province. Recent Zaire outbreaks were often declared with only a handful of community deaths.

One reason for the delay is technical: The rapid field tests used for screening are calibrated for the Zaire species and often miss Bundibugyo. Early samples in this outbreak tested negative for Ebola; only genomic sequencing at a reference laboratory in Kinshasa identified the species. An outbreak that spreads invisibly is far harder to contain because contact tracing is always one step behind.

Geography compounds the danger – and explains why the WHO moved so fast after identifying the cause of the outbreak to declare it an emergency. Ituri has porous borders with Uganda and South Sudan as well as a highly mobile population. It is also in the grip of a humanitarian and security crisis due to prolonged armed conflict in eastern Congo.

A person in protective gear checks the temperature of people in a white van.
A visitor has their temperature checked at a checkpoint before entering Kyeshero Hospital in Goma, Congo, on May 18, 2026.
Jospin Mwisha/AFP via Getty Images

The outbreak’s hot spots include mining towns with constant worker turnover, and cases have already reached Kampala, Uganda’s capital city, where more than 1.5 million people are connected to the world by an international airport. That is the international community’s central fear: not the remote village, but the virus reaching dense, highly connected urban hubs from which it can travel along trade and air routes across borders.

An outbreak that stays rural can be contained; one that reaches the transit network – as seems to be the case now – becomes everyone’s problem.

How Ebola spreads – and why health workers’ risk is high

There is also a less intuitive route. After recovery, the virus can persist for months in sites such as the testes, eyes and central nervous system, which infectious disease experts call “immune-privileged” sites. This means they don’t tend to experience strong responses from the immune system when they are invaded by foreign substances.

For the Zaire species, this has produced documented cases of sexual transmission from male survivors whose blood had long since cleared the virus. This is why the WHO now advises male survivors to abstain from sex or use condoms until semen tests negative twice.

How far this applies to Bundibugyo is not yet established, but it is one more reason that a “contained” outbreak is rarely the end of the story.

A revealing detail of the current outbreak: Among the first identified cases were four health workers, who died within days. This points to transmission inside health facilities, a classic pattern when protective equipment and infection control fall short.

What this outbreak is really testing

With no specific vaccine or antiviral, the response depends entirely on classic public health measures: early detection, case isolation, contact tracing, safe burials, infection control and community engagement. These work, but they are labor-intensive and fragile in a conflict zone.

The encouraging news is that early supportive care – fluids and blood-pressure and oxygen management – saves lives even without a targeted drug. Experimental Bundibugyo vaccines have also shown promise in primates, though they are not yet proved in humans.

There is a final point that should resonate in the United States: Some epidemiologists have raised the question of whether cuts to global health programs contributed to the delay in this outbreak’s detection. Whatever the answer, the lesson is the same: With the existing Ebola vaccine, the world built a narrow defense against one species of a virus that comes in several.

The Americans now being flown out of Congo are a reminder that in an interconnected world, no outbreak is ever entirely someone else’s problem.

The Conversation

Klinger Soares Faico Filho is the founder and editor in chief of InfectoCast, a medical education platform on infectious diseases based in Brazil offering a podcast, courses, a subscription-based app, events, and content aimed at healthcare professionalsInfectoCast had no role in the preparation, review, or publication of this article

ref. Ebola strain spreading in Congo and Uganda has no approved vaccine – https://theconversation.com/ebola-strain-spreading-in-congo-and-uganda-has-no-approved-vaccine-283221