« À chaque fois que la défense de la famille revient au premier plan, on stigmatise les célibataires… » Romain Huret et « Les oubliés de la Saint-Valentin »

Source: The Conversation – in French – By Romain Huret, Président de l’EHESS, historien des Etats-Unis, École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS)

Pour combler le manque d’écrits d’hommes célibataires, Romain Huret s’est appuyé sur un stock de photos documentant leur vie, comme celle-ci, prise en 1937 dans le Michigan.
Russell Lee/Public Domain, CC BY

Historien spécialiste des États-Unis, Romain Huret a publié fin janvier « Les oubliés de la Saint-Valentin » (éd. La Découverte), un livre dans lequel il met en lumière des vies de célibataires du XIXe siècle à nos jours. Battant en brèche le cliché du vieux garçon ou de la vieille fille isolée, il montre comment ces trajectoires « à l’ombre du mariage » ont eu un rôle déterminant dans la construction de nos sociétés.


Comment un historien spécialiste des États-Unis en vient-il à s’intéresser aux célibataires ?

Je suis entré dans cette histoire par un mouvement de contestation de la pénalité fiscale imposée aux célibataires, qui surgit dans les années 1960. Mouvement que j’avais étudié dans un autre livre. J’étais alors tombé un peu par hasard sur une pétition massive envoyée aux élus du Congrès, accompagnée d’énormément de lettres. Et en les regardant rapidement, j’avais été frappé des récits de vie que je lisais, des récits qui parlaient de discrimination professionnelle, d’un ras-le-bol vis-à-vis des préjugés sur les célibataires. Quand je suis revenu sur ces textes, j’ai vu tout un monde que je ne connaissais pas, un monde à l’ombre du mariage, qui méritait largement qu’on s’y intéresse.

C’est plutôt un sujet qu’on a l’habitude de voir traité par des démographes…

Oui, globalement il y avait assez peu de choses sur le sujet. Des travaux de démographes, mais qui ont tendance à resserrer le sujet sur celles et ceux qui vivent seuls tandis que moi j’ai voulu rendre la catégorie plus lâche possible. Intégrer toutes les formes d’expérience du célibat définitif, en m’intéressant sans distinction de sexe aux personnes non mariées de 35 ans et plus. Une des découvertes du livre, c’est que si on prend les années 1950 par exemple, 80 % de ces célibataires ne se déclarent pas seuls. Ils vivent avec des membres de leur famille, avec des proches, avec ce qu’ils appellent des « amis », terme un peu ambigu qui renvoie parfois à l’homosexualité.

Et à côté de ces travaux de démographe, il y a ceux des sociologues…

Ils se sont effectivement beaucoup intéressés à la question. Un des livres avec lequel j’ai intimement le plus discuté, c’est la célèbre étude de Pierre Bourdieu, Le Bal des célibataires. Bourdieu a eu tellement de mal avec ce qu’il appelle « l’énigme du célibat » qu’il s’y est repris à trois fois. Il a eu beaucoup de difficultés à comprendre pourquoi les gens restent célibataires dans un monde qui fait du mariage un élément cardinal. Pourquoi ces hommes, dans son Béarn natal, restaient-ils assis, seuls, sur des bancs pendant le bal ? Ils n’allaient pas danser, chercher une compagne. De voir ses amis d’enfance agir ainsi l’a complètement obsédé, avec un mélange d’intimité et de curiosité professionnelle.

Vous ne pouviez pas observer votre sujet au bal. Comment avez-vous travaillé ?

Mon problème, c’était que j’avais beaucoup d’archives concernant les femmes et très peu pour les hommes. Il faut savoir que la sociologie du célibat est très différente : les femmes célibataires ont un capital culturel, des diplômes, des emplois de classe moyenne là où les hommes non mariés ne passent pas par l’université, ont des emplois précaires et écrivent très peu. J’ai même failli arrêter le livre parce que je voyais bien qu’il y avait un écart grandissant entre tout ce que je savais sur les femmes et le peu de choses que j’arrivais à apprendre sur les hommes. J’ai trouvé cinquante journaux intimes. Il y en a 46 qui sont tenus par des femmes. Sur les quatre restants, il y en a un que je mets de côté, qui a été rédigé par un coureur de bois en Alaska au dos de bouteilles de lait, et qui évoque surtout la nature. Donc il ne m’en restait plus que trois. Il est intéressant de noter qu’ils sont tapés à la machine, comme si pour des hommes, écrire un journal intime, c’était un problème. Dans ces journaux, ils ne parlent que de politique. C’est très rare qu’ils parlent d’eux.

Comment vous en êtes-vous sorti ?

J’ai eu recours à d’autres documents, notamment les photographies. Je les ai utilisées pour cartographier la vie de ces hommes. Notamment des photos prises dans les années 1930 par les photographes qui travaillaient pour le New Deal. Un fond qu’on connaît bien par la célèbre photo de Dorothea Lange, Migrant Mother. On y trouve énormément de clichés de célibataires, employés de l’industrie forestière, pétrolière, mineurs, etc.

Vous parliez du combat de certains célibataires contre la pénalité fiscale. Mais ce qu’on lit, c’est également le combat de l’État et de la société contre ces célibataires. Au nom de quoi les condamne-t-on ?

Il y a un corollaire à votre question : au nom de quoi défend-on la famille ? Les deux vont ensemble et l’histoire récente montre que c’est tout sauf fini. On voit très bien que dans les moments de forte défense de la famille et de sa fonction reproductive, on retrouve la dénonciation du célibat comme étant une forme de « dégénérescence personnelle ».

De « dégénérescence personnelle » ?

Oui, c’est le terme qui est utilisé au début du XXe siècle : dégénérescence personnelle, psychologique, psychanalytique. On cherche à expliquer les raisons du non-mariage et donc on va prêter aux célibataires toute une série de tares. Le stéréotype le plus connu, c’est la vieille fille avec ses chats, la Crazy Cat Lady, qui est très ancien et qui a pour but de dénoncer le fait que des femmes et des hommes refusent d’être conformes à cette fonction reproductive du mariage. S’ajoute à cela l’idée que dans des contextes de forte immigration, ils mettent aussi en péril la « race dominante ». Au début du XXe siècle, on pense que les célibataires sont responsables de ce qu’on appelle alors « le suicide de la race blanche », le fait que les populations protestantes pourraient faire de moins en moins d’enfants puisque les femmes ne souhaitent plus se marier.

Et qu’en disent les célibataires ?

Justement, c’est l’incompréhension de leur côté. J’ai vraiment voulu faire un pas de côté dans le livre, ne pas écrire seulement une histoire des représentations, de cette condamnation du célibat, pour montrer ce qu’ils étaient en vérité. Est-ce qu’on a là une bande d’êtres égoïstes, qui ne pensent qu’à eux, qu’à faire la fête ou à dénoncer la famille ? Non ! C’est souvent tout le contraire. Puisque ces célibataires, hommes et femmes, sont très insérés dans leurs propres familles. C’est extrêmement fort pour les femmes. Il y a toujours une fille dans la famille, une femme célibataire, qui va se « sacrifier », comme on disait au début du XXe siècle, pour la famille. Je cite d’ailleurs le cas d’une célibataire qui va être à l’origine de la fête des Mères. Elles ne sont pas du tout dans une hostilité au caractère sacré de la famille, bien au contraire !

Et les hommes ?

Eux aussi jouent un rôle très important puisqu’ils vont souvent être soutiens de famille. Et ils auront une importance cruciale pour assurer l’existence de l’économie capitaliste, en travaillant dans les secteurs les plus durs : le bois, le pétrole, le secteur agricole… Sans ces hommes célibataires, il n’y aurait pas eu d’économie capitaliste. Ce sont les petites mains du capitalisme. Donc cette idée que les célibataires auraient été des personnes dont les décisions auraient été contraires à l’intérêt de l’économie états-unienne est complètement fausse. Et ils en gardent un certain ressentiment.

Vous expliquez que c’est particulièrement vrai après la Seconde Guerre mondiale…

C’est un des pics du ressentiment, oui… Pendant la guerre, les célibataires vont assumer un rôle très important. Les femmes travaillent dans les usines, dans les champs, suppléent les hommes partis au front. Les hommes, même âgés, reprennent du service, par exemple dans les transports ferroviaires. Et à l’issue du conflit, période où la défense de l’ordre matrimonial revient au premier plan à cause de la Guerre froide, on voit réapparaître les stigmates contre les célibataires : les vieilles filles aigries, qui ont des problèmes psychologiques graves, ou les hommes, qui sont des pervers sexuels et des détraqués. Le célibataire le plus célèbre de 1960, il s’appelle Norman Bates. C’est le personnage de Psychose d’Hitchcock. Il vit avec sa mère. Il tue des femmes sous la douche.

Et les célibataires, évidemment, ne comprennent pas ce revirement, puisque beaucoup ont joué un rôle essentiel. Je cite l’exemple de ces femmes qui s’organisent pour créer une fête des vieilles filles, pour inverser le stigmate. Elles disent qu’on ne les célèbre jamais, qu’on ne leur offre pas de cadeaux parce qu’on a l’impression que ce qu’elles font pour la société est normal. C’est le moment pour elles d’avoir une reconnaissance civique de leur action. Il faut noter que les célibataires sont traditionnellement très impliqués dans les tissus associatifs, religieux, militants, notamment parce qu’ils ont plus de temps que les autres.

C’est un combat toujours d’actualité…

J’ai été étonné au moment des gilets jaunes de constater qu’on trouvait sur les ronds-points beaucoup de célibataires dans des configurations assez semblables à celles du livre. Et je pense qu’il y a vraiment un enjeu politique et social. Prenons le cas des aidants dont nous parlons beaucoup aujourd’hui. Ce statut, qui a donné lieu à des mesures politiques récentes, est intéressant parce qu’il est vraiment celui que réclamaient mes célibataires sans le formuler de cette manière-là. La réflexion sur la place des familles atypiques est à mon avis aussi essentielle aujourd’hui si on ne veut pas nourrir une machine à inégalité. Il ne s’agit pas de promouvoir le célibat, mais simplement de bien réfléchir au fait qu’il peut y avoir des inégalités fondées simplement sur le statut matrimonial. Les inégalités de statut ou de reconnaissance sociale expliquent peut-être pourquoi les célibataires sont aussi présents dans des formes de contestation qui peuvent prendre des tournures assez radicales, comme dans le cas des Incels ou des mouvements masculinistes.

Quand J. D. Vance, en 2021, fustige les vieilles filles à chat démocrates, on constate plutôt un retour en arrière sur ces questions…

Depuis une trentaine d’années, on a vu une résurgence très forte du discours conservateur et des attaques conservatrices aux États-Unis. Et depuis l’arrivée de Donald Trump et ses obsessions démographiques sur la fin de la race blanche, on voit ressurgir le stéréotype de la Crazy Cat Lady qui serait responsable de l’effondrement de la natalité et mettrait en péril la nation blanche. Tout ça est à nouveau complètement hors sol puisque beaucoup de ces femmes très éduquées élèvent des enfants, en adoptent, etc. Il ne veut pas voir la réalité de ces familles.

Des critiques qui s’adressent principalement aux femmes célibataires…

Oui, ce qui a changé de manière étonnante, c’est que les conservateurs, il y a 100 ans, n’aimaient pas non plus les hommes. Ils étaient vus comme égoïstes et peu soucieux de l’avenir collectif. Désormais Trump en fait des héros de la nation. Par ailleurs, il célèbre leur absence de diplôme et cela renvoie nettement à la sociologie de ce célibat. Dans l’industrie extractive, beaucoup d’ouvriers sont célibataires, pour des causes qui rappellent l’industrie forestière ou du pétrole au début du XXe siècle. Pensons par exemple à la fracturation hydraulique, une technique qui pousse les entreprises à se déplacer sans cesse, et donc bien peu compatible avec une vie de famille. Trump, aujourd’hui, se nourrit du célibat masculin. Célibat où se développent des mouvements Incels, qui se voient comme des victimes de femmes refusant leur rôle matrimonial. C’est quelque chose de très neuf. Les célibataires de Bourdieu dans le monde rural n’accusaient pas les femmes de ne pas vouloir se marier. Il n’y avait pas d’hostilité à l’égard des femmes, en tout cas, surtout pas d’hostilité alimentée par un dirigeant politique.


Propos recueillis par Laurent Bainier

The Conversation

Romain Huret ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. « À chaque fois que la défense de la famille revient au premier plan, on stigmatise les célibataires… » Romain Huret et « Les oubliés de la Saint-Valentin » – https://theconversation.com/a-chaque-fois-que-la-defense-de-la-famille-revient-au-premier-plan-on-stigmatise-les-celibataires-romain-huret-et-les-oublies-de-la-saint-valentin-275406

Au Moyen Âge, les femmes prenaient (aussi) la plume

Source: The Conversation – in French – By Justine Audebrand, Chercheuse associée au Laboratoire de médiévistique occidentale de Paris (UMR 8589), post-doctorante à l’Institut Historique Allemand, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Miniature extraite de _la Cité des dames_ (1405), de Christine de Pizan (1364-v. 1430). Wikimedia Commons

Au Moyen Âge, l’alphabétisation se décline en une palette de situations : savoir lire ne signifie pas qu’on est capable de composer un texte. Seule une petite élite maîtrise l’écriture. Mais dans cette élite, il y a des femmes. Qui étaient-elles ? Et dans quels types d’écrits se sont-elles illustrées ?


Le Moyen Âge apparaît souvent comme une période sombre pour les femmes : cloîtrées dans d’obscurs monastères ou soumises à leur mari, elles auraient été tenues écartées du pouvoir et de toute forme de culture écrite.

Ce cliché, comme beaucoup d’autres, sur les prétendus temps obscurs, apparaît à la Renaissance et se développe dans l’esprit des Lumières. Or, durant les six siècles qui suivent la fin de l’Empire romain, la condition féminine est très éloignée de cet imaginaire collectif. Dans les sphères du pouvoir ou du savoir, certaines femmes tiennent alors une place éminente, qui n’est pas tout à fait la même que ce que l’on verra entre les XIIᵉ et XVᵉ siècles.

Le Moyen Âge est une longue période et de nombreuses reconfigurations politiques, économiques ou religieuses changent et affectent la condition des femmes : celles de la fin de la période sont plus connues car nous possédons davantage de sources, mais celles du début ont parfois accès à des ressources économiques ou culturelles inattendues.

Les femmes ont aussi pris part à la culture de leur temps, c’est que montrent les recherches mises en avant dans la Vie des femmes au Moyen Âge. Une autre histoire VIᵉ-XIᵉ siècle (Perrin, 2026). À une époque où l’alphabétisation était faible, c’est parfois par les femmes que se transmettait la maîtrise de la lecture et de l’écriture.

Apprendre à écrire

Pour écrire, il faut bien sûr avoir appris le geste technique qui consiste à tracer des lettres sur du parchemin. Aujourd’hui, lecture et écriture s’apprennent ensemble mais, au Moyen Âge, beaucoup de personnes savent lire sans pour autant être capables d’écrire, si ce n’est leur nom.

L’alphabétisation médiévale se pense d’ailleurs comme un spectre : il y a un monde de pratiques entre savoir lire et être capable de composer un texte complexe en latin. De ce fait, la maîtrise complète de l’écriture est réservée à une petite élite, laïque ou ecclésiastique, et de plus en plus à des professionnels de l’écrit comme les notaires qui gagnent en importance à partir du XIIᵉ siècle. Par ailleurs, les laïcs les plus susceptibles d’avoir appris à lire et à écrire disposent aussi de secrétaires : au début du Moyen Âge par exemple, les aristocrates n’écrivent pas eux-mêmes leurs lettres mais les dictent à des secrétaires, voire ne leur donnent que quelques indications.

Les femmes ne sont pas exclues de ces logiques, bien au contraire. Dans l’aristocratie laïque de la première moitié du Moyen Âge, il n’est pas rare qu’elles reçoivent une éducation poussée.

La raison en est simple : elles sont bien souvent elles-mêmes en charge de l’éducation de leurs enfants. La reine Mathilde, épouse du roi de Germanie Henri Ier (919-936), sait par exemple lire et écrire, ce qui n’est pas le cas de son royal époux et, dans la famille ottonienne (du nom de leur fils, le roi puis empereur Otton Ier), ce sont souvent les femmes qui sont les plus lettrées.

Copistes et autrices

Ce n’est pourtant pas chez les laïcs mais au sein des monastères féminins que l’on trouve le plus de femmes qui savent écrire. L’acte le plus courant est la copie de manuscrits : avant l’invention de l’imprimerie, c’est cet inlassable travail qui permet la diffusion des œuvres.

On estime qu’environ 1 % des manuscrits médiévaux ont été copiés par des femmes. Cela peut paraître infime, mais il faut avoir en tête que l’immense majorité des manuscrits ne sont pas signés par leurs copistes et qu’on ne peut donc en réalité que rarement connaître le genre du ou de la copiste. Le travail des moniales est en tout cas loin d’être déconsidéré : à la fin du VIIIᵉ siècle, les nonnes de Chelles sont les principales pourvoyeuses en copies d’Augustin d’Hippone, un des pères de l’Église les plus lus au Moyen Âge. Elles reçoivent notamment des commandes des évêques de Cologne et de Wurtzbourg.

Il est donc logique que ce soit aussi dans les monastères que l’on trouve le plus d’autrices, c’est-à-dire de femmes qui ne se contentent pas de copier des œuvres et en composent de nouvelles. Aucun genre littéraire ne leur est interdit : elles écrivent de l’hagiographie – la vie de saints, hommes et femmes –, des textes annalistiques, des traités, de la poésie et même du théâtre.

La dramaturge et poétesse Hrotsvita, qui vit au monastère de Gandersheim (en Saxe) autour de 960, est ainsi considérée comme la « première poétesse allemande » même si elle écrit, comme la plupart de ses contemporains, en latin.

Une écriture « féminine » ?

Hroswida
Hrotsvita (Xᵉ siècle)
Wikimédia

Ces textes de femmes ont été étudiés de diverses manières par les historiens, d’abord avec un brin de suspicion : quand les œuvres de Hrotsvita ont été redécouvertes au XIXᵉ siècle, d’éminents savants ont douté de leur attribution et ont cherché, en vain, à affirmer que la moniale n’avait jamais existé, ou jamais écrit…

Et ce n’est que dans les années 1980 que les spécialistes du Moyen Âge ont véritablement commencé à s’intéresser aux écrits des femmes médiévales d’avant Christine de Pizan. Ces travaux sont marqués par l’idée que l’écriture des hommes serait différente de celle des femmes. Il ne s’agit pas de l’écriture manuscrite, paléographique, puisque la différenciation genrée n’apparaît qu’au XVIIIᵉ siècle, mais du style.

Les femmes, même au Moyen Âge, parleraient plus facilement de leurs émotions et de leur famille. C’est sans doute vrai dans certains textes mais, en réalité, les textes écrits par des femmes montrent plus de similitudes que de différence avec ceux des hommes. Cela est dû, en partie, au poids des modèles anciens dans l’écriture médiévale : quand la moniale Baudonivie écrit la vie de la sainte reine Radegonde vers 600, elle a en tête le modèle par excellence qu’est la Vie de saint Martin, tout comme son contemporain Venance Fortunat qui consacre aussi un texte à la sainte.

Pour autant, en particulier à partir des XIIᵉ et XIIIᵉ siècles, il semble que l’écriture des femmes soit de plus en plus contrainte et que cela les cantonne parfois à certains types d’écrits. La grande réforme de l’Église connue sous le nom de réforme grégorienne cherche à mieux encadrer les pratiques des fidèles et à redéfinir le lien des femmes au sacré. Le développement des universités – réservées aux clercs et donc aux hommes – exclut aussi les femmes de tout un pan du savoir.

C’est dans ce cadre que fleurissent les femmes mystiques, dont les écrits vantent une proximité particulière avec la divinité. Mais là encore, la réalité est complexe : les visions de ces femmes sont souvent mises par écrit par leur confesseur ou un homme qui peut retravailler la matière transmise par la mystique. Même Hildegarde de Bingen, grande savante et abbesse du XIIᵉ siècle, a recours à un secrétaire. Au Moyen Âge, l’idée d’un auteur ou d’une autrice unique fonctionne rarement, et l’écrit des femmes comme celui des hommes fait souvent appel à une multitude d’intervenants ou intervenantes.

The Conversation

Justine Audebrand ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Au Moyen Âge, les femmes prenaient (aussi) la plume – https://theconversation.com/au-moyen-age-les-femmes-prenaient-aussi-la-plume-273919

René Cassin, un héritage moral très actuel

Source: The Conversation – in French – By Julien Broch, Maître de Conférences HDR en Histoire du droit et des institutions, Aix-Marseille Université (AMU)

La vie et l’œuvre de René Cassin se confondent en un engagement constant pour les droits humains.

Le juriste et diplomate René Cassin, dont on s’apprête à commémorer le cinquantième anniversaire de la disparition, a consacré sa vie à la défense de la dignité humaine et de la paix, alliant idéalisme et réalisme. Résistant et proche de de Gaulle, il a joué un rôle clé au sein de la France libre puis contribué à la création de l’ONU et à l’élaboration de la Déclaration universelle des droits de l’homme en 1948, ce qui lui vaudra le prix Nobel de la paix, vingt ans plus tard. Sa pensée et son action restent aujourd’hui une source d’inspiration pour relever les défis internationaux et renforcer la solidarité entre les peuples.


Le 20 février prochain, cela fera tout juste cinquante ans que disparaissait le juriste internationaliste René Cassin (1887-1976), prix Nobel de la paix 1968.

Alors que nous sommes confrontés à un monde devenu sans boussole autre que la force pour ce qui est de la conduite des relations internationales, il est rafraîchissant de revenir à la pensée et à l’action de cet universitaire passé par les universités d’Aix-Marseille, Lille et Paris, que François Mitterrand présenta comme un « professeur d’espoir » lors de son entrée au Panthéon le 5 octobre 1987.

Espoir, parce que, résilient, il a fait preuve d’optimisme de la volonté lors du déchaînement de l’hitlérisme. Ce grand blessé de la Première Guerre mondiale, qui a dû porter toute sa vie une ceinture abdominale, a cherché à se rendre utile en se faisant l’avocat à la fois idéaliste et réaliste de la dignité humaine et de la paix.

L’œuvre de celui qui a dirigé plusieurs des éminentes juridictions françaises et internationales (Conseil d’État, Conseil constitutionnel, Cour européenne des droits de l’homme…) rappelle assez qu’il est illusoire de croire en la force du droit. Elle n’est qu’une incantation. Le droit n’est fort que lorsqu’il est juste et qu’il se trouve des bonnes volontés pour le défendre.

La paix, grande affaire de tous

Que dit Cassin à nous autres du XXIe siècle ?

D’abord que quand la valeur « paix » cesse d’être la grammaire du monde, il est crucial de la rendre désirable aux peuples. C’est la raison pour laquelle, à la tête de mouvements d’anciens combattants, il s’est attaqué, d’abord officieusement, puis à partir de 1924 officiellement en tant que membre de la délégation française aux assemblées de la Société des Nations, à la « dernière tranchée », celle des droits sociaux, au sein du Bureau international du travail.

Son idée ? Mettre autour de la table les vétérans des ex-pays belligérants pour les faire travailler sur des problèmes concrets, tels que les emplois réservés pour les estropiés, l’accès aux prothèses et aux soins médicaux, la prise en charge des pupilles de la Nation, etc. C’est dire assez qu’il appartient présentement à la société civile de jeter les ponts au-dessus des océans et des autres frontières pour, en dépit du mauvais vouloir de certains grands de ce monde et de leurs idéologues, sauver ce qui peut l’être et bâtir de nouvelles coopérations.

Ensuite, face aux nouveaux « États-Léviathan », qui sont des concentrations de puissance n’ayant d’autre morale que la leur, et qui s’assoient sur le droit international dès lors qu’il s’agit de déchaîner leur force pour acquérir des ressources et des territoires, ou lorsqu’il leur plaît d’imposer sur un mode agressif leur politique commerciale aux pays tiers, il ne faut jamais renoncer à donner de la voix et à agir. Immédiatement après ce grand renoncement qu’ont été les accords de Munich, signés le 29 septembre 1938, Cassin, tout en reprenant son bâton de pèlerin du multilatéralisme et du droit international, en a appelé à la signature de partenariats stratégiques – y compris avec l’URSS – pour tenir en respect le Reich hitlérien. Et d’écrire, vu la tiédeur de certains partenaires de Paris :

« Le sort de la sécurité française est, en premier lieu, dans les mains des Français eux-mêmes. »

Une affirmation qui fait sens au moment où il est question du rétablissement partiel d’une forme de service militaire dans notre pays.

René Cassin interviewé après l’attribution du prix Nobel en 1968, Archive INA.

Qui plus est, l’expérience de la Société des Nations créée par le traité de Versailles en 1919 et des accords de Locarno, ratifiés le 1er décembre 1925, visant à assurer la sécurité collective en Europe, révèle à Cassin que les organismes et mécanismes internationaux, si audacieux soient-ils, restent lettre morte tant qu’ils n’obtiennent pas l’assentiment des opinions publiques nationales.

Face à des dirigeants ayant perdu le sens de la mesure, les peuples, prenant conscience du développement de la solidarité internationale dans les faits – parfois sous les radars de la politique et du droit –, doivent se prendre en main, mais aussi se tendre la main les uns aux autres. Il faut éduquer justement les peuples à la paix et aux droits de l’homme, leur inculquer ce qu’est la dignité humaine, et que les droits et libertés bénéficient à tous sans exception, donner à chacun le sens de ses responsabilités en tant que citoyen et en tant qu’homme ou femme. On comprend dès lors que René Cassin contribuera activement à la mise en place de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco), institution onusienne spécialisée créée le 16 novembre 1945. Ce travail pédagogique est plus que jamais utile aujourd’hui. Il est de la responsabilité de tous, médias compris.

Les deux pôles du monde nouveau : la démocratie et les droits de l’homme

Par ailleurs, René Cassin, enfant des « trois frontières » (Pyrénées, Alpes, Rhin), n’a jamais opposé le patriotisme, qu’il avait chevillé au corps, à l’internationalisme (l’« esprit de Genève »).

La mondialisation des échanges commerciaux et des communications lui a fait augurer que dans le futur ce phénomène déboucherait sur une société mondiale fortement intégrée, dotée d’instances de gouvernement et d’une police commune chargées de punir les gouvernements agresseurs. Il a défendu de toutes ses forces la Société des Nations, ainsi que les traités internationaux sur le recours à l’arbitrage et la mise de la guerre hors-la-loi, en dépit de leurs imperfections. La communauté universelle aurait, selon l’universitaire juriste, un droit de regard sur l’application des droits de l’homme en tous points du globe. Mais il ne doutait pas que c’est au premier chef à chaque État qu’il appartient de garantir l’effectivité des droits fondamentaux. Il n’opposait pas, comme on a tendance parfois à le faire, l’État de droit aux droits du peuple, car il considérait que le premier est au service de la sécurité et du bien-être de tous.

Enfin, premier civil ayant rejoint de Gaulle à Londres en 1940, il a été le juriste du général, travaillant avec les armes du droit, la plume et le micro de Radio Londres à ce que la France libre soit reconnue par les Alliés. Le risque était que, compromis du fait du collaborationnisme, le régime de Vichy soit discrédité au point de signer l’effacement de la France et de ses intérêts de la scène internationale. Il s’agissait donc de garantir la restitution intégrale de son indépendance dans l’avenir.

Les accords Churchill-de Gaulle du 7 août 1940, négociés par Cassin, ont fait de la France libre la seule organisation qualifiée pour représenter la France restée au combat. Restait à convaincre les autres interlocuteurs internationaux, et notamment le président américain F. D. Roosevelt. Le professeur s’est employé pour cela à délégitimer le pouvoir maréchaliste au motif que celui-ci s’était asservi aux nazis et avait trahi les valeurs (la liberté, l’égalité, la fraternité, la justice, la démocratie et la République) et la mission historique (protéger les peuples opprimés) de la France.

Le Comité national français, à Londres, observant une minute de silence en l’honneur des otages exécutés à Nantes et à Bordeaux. De gauche à droite : André Diethelm, Émile Muselier, Charles de Gaulle, René Cassin, René Pleven et Philippe Auboyneau.
Wikimedia

L’embryon de gouvernement qui a trouvé refuge à Londres, à Brazzaville, puis à Alger a fonctionné dans le respect de ces principes éminents, d’où, par exemple, l’Ordonnance du 9 août 1944, portant rétablissement de la légalité républicaine, dont Cassin a été l’un des principaux artisans.

Chargé du portefeuille de la justice et de l’éducation au sein du cabinet gaulliste durant la guerre, il a convié des savants à réfléchir sur la régénération morale du monde une fois que celui-ci aura été libéré, et notamment sur les droits de l’homme, érigés en but de guerre par les Alliés dans la Déclaration des Nations unies du 1ᵉʳ janvier 1942.

La victoire sur les puissances de l’Axe obtenue, ce sera justement le rôle de l’Organisation des Nations unies d’articuler la paix avec les droits de l’homme ainsi que les progrès politiques et sociaux, toutes choses qui n’ont rien d’un luxe ou d’un élément accessoire. Aux côtés d’Eleanor Roosevelt et d’autres, René Cassin a pris une part très active à l’élaboration de la Déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée solennellement à Paris, au Palais de Chaillot, le 10 décembre 1948.

Est ainsi vérifiée la locution qui dit qu’un travail acharné vient à bout de tout. C’est sans doute encore vrai aujourd’hui, quoique les informations qui nous parviennent quotidiennement soient décourageantes. Rendons alors grâce à René Cassin de nous inspirer par toute une vie consacrée aux valeurs de dignité et de solidarité humaines.

The Conversation

Julien Broch ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. René Cassin, un héritage moral très actuel – https://theconversation.com/rene-cassin-un-heritage-moral-tres-actuel-274896

En Mésopotamie, le rôle très important des personnes trans

Source: The Conversation – in French – By Chaya Kasif, PhD Candidate; Assyriologist, Macquarie University

Ce bas-relief du VIIIᵉ siècle avant notre ère présente, à côté du roi d’Assyrie Sargon II, un « ša rēši » imberbe. Un des témoignages du rôle majeur joué par les hauts courtisans royaux durant l’Antiquité. Daderot/Wikimedia Commons/Oriental Institute Museum, University of Chicago. OIM A7366

Loin d’être marginalisées, certaines personnes de genre atypique jouaient un rôle central dans le culte, la politique et l’armée en Mésopotamie, montrant une forme ancienne de reconnaissance sociale.


Aujourd’hui, les personnes trans font face à une politisation de leur vie et à la diabolisation par des politiciens, certains médias et une partie de la société. Mais dans quelques-unes des premières civilisations de l’histoire, ces personnes étaient reconnues et comprises de manière totalement différente.

Dès 4 500 ans avant notre ère, en Mésopotamie dans le Proche-Orient ancien par exemple, des rôles sociaux importants, avec des titres professionnels majeurs, étaient dévolus aux personnes de genre atypique. Notamment les serviteurs cultuels de la grande divinité Ištar, appelés assinnu, et les hauts courtisans royaux appelés ša rēši. Des preuves antiques montrent que ces personnes occupaient des positions de pouvoir en raison de leur ambiguïté de genre, et non malgré elle.

La Mésopotamie

La Mésopotamie est une région qui correspond aujourd’hui principalement à l’Irak et à des régions de la Syrie, de la Turquie et de l’Iran. Faisant partie du Croissant fertile, le mot « Mésopotamie » vient du grec et signifie littéralement « terre entre deux fleuves », l’Euphrate et le Tigre.

Pendant des milliers d’années, plusieurs grands groupes culturels y ont vécu. Parmi eux, les Sumériens, puis plus tard les groupes sémitiques appelés Akkadiens, Assyriens et Babyloniens.

Les Sumériens ont inventé l’écriture en traçant des coins sur des tablettes d’argile. L’écriture, appelée cunéiforme, a été créée pour transcrire la langue sumérienne, mais les civilisations suivantes l’ont utilisée pour écrire leurs propres dialectes de l’akkadien, la plus ancienne langue sémitique.

Qui étaient les assinnu ?

Les assinnu étaient les serviteurs religieux de la grande déesse mésopotamienne de l’amour et de la guerre, Ištar.

Reine des cieux, Ištar a précédé Aphrodite et Vénus.

Cette tablette en argile néo-assyrienne (VIIᵉ siècle avant notre ère) contient 48 lignes en cunéiforme ; la ligne 31 contient un présage concernant les assinnu.
British Museum/Numéro d’inventaire 1197477001, CC BY-NC-SA

Connue des Sumériens sous le nom d’Inanna, cette déesse guerrière détenait le pouvoir politique ultime et conférait leur légitimité aux rois. Elle veillait également sur l’amour, la sexualité et la fertilité. Dans le mythe de son voyage aux Enfers, sa mort entraîne la fin de toute reproduction sur Terre. Pour les Mésopotamiens, Ištar était l’une des plus grandes divinités du panthéon. L’entretien de son culte officiel garantissait la survie de l’humanité.

Ses serviteurs, les assinnu, avaient la responsabilité de la satisfaire et de s’occuper d’elle par le biais de rituels religieux et de l’entretien de son temple. Le titre même d’assinnu est un mot akkadien lié à des termes signifiant « féminin », « homme-femme » ainsi que « héros » et « prêtresse ».

Le vase de Warka (3500–2900 avant notre ère) représente une procession pour Inanna, qui se tient à l’entrée de son temple.
Osama Shukir Muhammed Amin/Musée national d’Irak, Bagdad. IM19606/Wikimedia, CC BY-SA

Leur fluidité de genre leur venait directement d’Ištar. Dans un hymne sumérien, la déesse est décrite comme ayant le pouvoir de :

transformer un homme en femme et une femme en homme,
changer l’un en l’autre,
habiller les femmes avec des vêtements d’hommes,
habiller les hommes avec des vêtements de femmes,
mettre des fuseaux dans les mains des hommes,
et donner des armes aux femmes.

Les assinnu ont d’abord été considérés par une partie des historiens comme un type de travailleur·se religieux·se sexuel·le. Une conception qui repose sur des hypothèses anciennes concernant les groupes transgenres et qui n’est pas fortement étayé par les preuves.

Le titre est aussi souvent traduit par « eunuque », bien qu’il n’existe aucune preuve claire qu’il se soit agi d’hommes castrés. Si le titre est principalement masculin, il existe des preuves d’assinnu féminines. En réalité, divers textes montrent une résistance à la binarité de genre.

Leur importance religieuse leur attribuait des pouvoirs magiques et de guérison. Une incantation dit :

Que ton assinnu se tienne à mes côtés et retire ma maladie. Qu’il fasse sortir par la fenêtre la maladie qui m’a saisi.

Un présage néo-assyrien indique également que des relations sexuelles avec un assinnu pouvaient procurer des avantages personnels :

Si un homme s’approche d’un « assinnu » pour avoir des relations sexuelles, les interdits à son égard seront assouplis.

En tant que dévots d’Ištar, ils exerçaient également une forte influence politique. Un almanach néo-babylonien indique :

le [roi] doit toucher la tête d’un « assinnu », il vaincra son ennemi
et son pays obéira à ses ordres.

Ayant vu leur genre transformé par Ištar elle-même, les assinnu pouvaient marcher entre le divin et le mortel tout en veillant au bien-être des dieux et de l’humanité.

Qui étaient les « ša rēši » ?

Généralement décrits comme des eunuques, les ša rēši étaient des serviteurs du roi. Les « eunuques » de cour ont été recensés dans de nombreuses cultures au fil de l’histoire. Cependant, le terme n’existait pas en Mésopotamie, et les ša rēši avaient leur propre titre distinct.

Le terme akkadien ša rēši signifie littéralement « un de la tête » et désigne les courtisans les plus proches du roi. Leurs fonctions au palais étaient variées, et ils pouvaient occuper plusieurs postes de haut rang simultanément.

Cette scène de chasse au lion royal de Ninive (dans l’Irak actuel) montre des courtisans imberbes dans un char royal.
British Museum/Numéro d’inventaire 431054001, CC BY-NC-SA

Les preuves de leur ambiguïté de genre sont à la fois textuelles et visuelles. Plusieurs textes les décrivent comme infertiles, comme une incantation qui dit :

Comme un « ša rēši » qui n’engendre pas, que ton sperme se dessèche !

Les ša rēši sont toujours représentés imberbes, en contraste avec un autre type de courtisan appelé ša ziqnī (« celui qui a une barbe »), qui avait des descendants. Dans les cultures mésopotamiennes, la barbe symbolisait la virilité ; un homme imberbe allait donc directement à l’encontre de la norme. Pourtant, des bas-reliefs montrent que les ša rēši portaient les mêmes vêtements que les autres hommes royaux, leur permettant ainsi d’afficher leur autorité aux côtés des autres élites masculines.

Une stèle d’un ša rēši nommé Bēl Harran bēlī ușur, provenant de Tell Abta, à l’ouest de Mossoul, en Irak.
Osama Shukir Muhammed Amin/Wikimedia/Musée de l’Ancien Orient, CC BY-SA

L’une de leurs fonctions principales était de superviser les quartiers des femmes dans le palais – un lieu à accès très restreint – où le seul homme autorisé à entrer était le roi lui-même.

Étant si étroitement liés au roi, ils pouvaient non seulement occuper des fonctions martiales comme gardes et conducteurs de char, mais aussi commander leurs propres armées. Après leurs victoires, les ša rēši se voyaient attribuer des biens et la gouvernance de territoires nouvellement conquis, comme en témoigne l’inscription royale en pierre que l’un d’eux s’est fait ériger.

Grâce à leur fluidité de genre, les ša rēši pouvaient transcender non seulement les limites de l’espace genré, mais aussi celles séparant le souverain de ses sujets.

La fluidité de genre comme outil de pouvoir

Alors que les premiers historiens considéraient ces figures comme des « eunuques » ou des « travailleur·ses religieux·ses sexuel·les », les preuves montrent que c’est parce qu’ils vivaient en dehors de la binarité de genre que ces groupes pouvaient occuper des rôles puissants dans la société mésopotamienne.

Reconnaître aujourd’hui l’importance des personnes trans et de genre divers dans nos communautés, est, en quelque sorte, une continuité du respect accordé à ces figures anciennes.

The Conversation

Chaya Kasif ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. En Mésopotamie, le rôle très important des personnes trans – https://theconversation.com/en-mesopotamie-le-role-tres-important-des-personnes-trans-273368

Held captive in their own country during World War II, Japanese Americans used nature to cope with their unjustified imprisonment

Source: The Conversation – USA (2) – By Susan H. Kamei, Adjunct Professor of History and Affiliated Faculty, USC Shinso Ito Center for Japanese Religions and Cultures, USC Dornsife College of Letters, Arts and Sciences

Japanese Americans incarcerated at Heart Mountain concentration camp in Wyoming took art classes at the craft shop, using what they could find. Tom Parker, War Relocation Authority, Department of the Interior, via National Archives and Records Administration

With a stroke of a presidential pen, the lives of Izumi Taniguchi, Minoru Tajii, Homei Iseyama and Peggy Yorita irreparably changed on Feb. 19, 1942. On that day, President Franklin D. Roosevelt issued Executive Order 9066, which set in motion their wartime incarceration along with other people of Japanese ancestry who were forcibly removed from their homes in parts of California, Oregon, Washington and Arizona.

To cope with their fear, anger and loss in the turbulent times, they would have to dig deep into their emotional reservoirs of resolve and ingenuity.

Without bringing charges against them or providing any evidence of disloyalty, the U.S. government detained legal Japanese immigrants and their American-born descendants in desolate inland locations during and after World War II, simply because of their ethnicity. Nearly 127,000 people of Japanese ancestry were incarcerated between 1942 and 1947, according to Duncan Ryȗken Williams, director of The Irei Project, which is compiling a comprehensive list of those detained. My grandparents, parents and their families were among them.

As I describe in my book “When Can We Go Back to America? Voices of Japanese American Incarceration during World War II,” they boarded livestock trucks and World War I-era trains guarded by armed U.S. soldiers for destinations that were not disclosed to them. They could only take what they could carry and what they had within themselves.

When the Japanese Americans arrived at temporary detention facilities, euphemistically called “assembly centers,” hastily constructed on fairgrounds, racetracks and other government property, they were shocked to be body-searched, fingerprinted and interrogated. Thousands discovered their living quarters were animal pens or horse stalls. The ones considered lucky were assigned to poorly built barracks. The barracks had only cots, bare light bulbs hanging from the ceilings, and pot belly stoves in the corners; the interiors lacked any partitions.

People stand and sit near beds in an open space with clothes hanging from hooks on the wooden wall.
Japanese Americans incarcerated at assembly centers were quartered in rough barracks.
Clem Albers, War Relocation Authority, Department of the Interior via National Archives and Records Administration

Immediately they scavenged wood from vegetable crates and construction debris they found nearby to create privacy within the barracks units and to make furniture and other household furnishings. Displaced from their livelihoods, education and social structure, with nothing to do, they also quickly organized a wide range of activities, including sports, as well as arts and crafts of all kinds. Their resourcefulness born out of necessity converged with the Japanese aesthetic to make functional items beautiful as they sought to make their temporary quarters more livable.

When the prisoners were transferred to long-term detention facilities run by the War Relocation Authority later in 1942, they brought with them what Delphine Hirasuna, an author and descendant of people who had been incarcerated during the war, calls the “art of gaman.” “Gaman” is a Japanese word meaning the dignity and grace to bear the seemingly unbearable. With this philosophy, they created objects of both utility and beauty.

Delphine Hirasuna speaks in 2014 about how Japanese Americans endured their incarceration with grace and even creativity.

Finding beauty in branches, rocks and shells

At the Gila River and Poston camps located on tribal land in the Mojave Desert, incarcerees found that desert wood could be carved, filed and polished to make partitions, household objects and works of art.

Armed soldiers guarded the barbed-wire perimeters from lookout towers, but as the war wore on, the incarcerees were allowed to venture beyond the camp fences. Izumi Taniguchi, then 16 years old from Contra Costa County, California, recalled getting permission to walk outside the Gila River camp boundaries to while away the time.

He remembered, that some people used the ironwood for sculpting. Minoru Tajii, then 18 years old from El Centro, California, held at the Poston camp, described ironwood as “an oil-rich wood, so when you polish it up it comes out very nice, so we go out and find that and bring it back.”

The Poston “sculptoring department” advertised in the camp newsletter “Poston Chronicle” on Jan. 20, 1943, that “anyone with ironwood wishing to learn how to make figures and notions may bring their materials to the department, 44-13-D, and work under the guidance of sculptoring teachers.”

A stone teapot and cup.
A teapot and cup made out of slate by Homei Iseyama, decorated with depictions of pomegranates and leaves evoking his connection with nature as a landscape gardener and bonsai master.
Gift of the artist’s family via Smithsonian American Art Museum

Homei Iseyama, from Oakland, California, became known for the exquisite teapots, teacups, candy dishes and calligraphy inkwells he carved out of slate stones he found around the Topaz, Utah, camp. Born in 1890, he attended Waseda University in Tokyo before immigrating to the United States in 1914 with dreams of attending art school.

At the Tule Lake camp, located on an ancient lake bed, the incarcerees discovered thick veins of shells that provided material for making art and jewelry. Fusako “Peggy” Nishimura Yorita got very involved in making shell jewelry. As digging for shells became a popular and competitive pastime for the Tule Lake incarcerees, Yorita enlisted her two teenagers and friends to help dig waist-deep holes at sunrise and sift the sand with homemade wire sieves.

A pin with flowers, leaves and a bow.
Peggy Nishimura Yorita composed the flowers and leaves in this corsage pin from shells she found at the Tule Lake concentration camp.
Courtesy of the Bain Family Collection via Densho Digital Repository

A 33-year-old single mother, Yorita sold her shell jewelry to make a little money. She also enjoyed the creative endeavor. She recalled: “I was just making new things all the time. And to me, it … was … a wonderful outlet.”

As the incarcerees were allowed to leave the camps, they were given $25 and a one-way bus or train ticket to wherever they were going to rebuild their lives. Many took with them their handcrafted objects, reminders of how they overcame the physical and mental harshness of their detention years.

A small wooden chest of drawers.
The author’s grandfather, Ayatoshi Kurose, made this small tansu chest out of crate wood for her teenage mother in the Heart Mountain, Wyo., camp.
Courtesy Susan H. Kamei, CC BY-NC-ND

When my mother entrusted to me the fragile small tansu chest that her father made for her in camp out of crate wood, she told me that her father had felt sorry for her that she didn’t have anyplace to store her belongings. To improve the appearance of the wood, my grandfather placed a hotplate on the pieces to deepen the grain. My mother appreciated the care he took to carve traditional Japanese scenes onto the panels with a pen knife. She said the chest represented to her the depth of her father’s love.

Eight decades after Roosevelt issued Executive Order 9066, researchers are delving into the traumatic intergenerational impact that the incarceration has had on the camp survivors and their descendants. Memorials such as The Irei Project seek to restore dignity to those who suffered unconstitutional injustices. On Feb. 19, known annually as the Day of Remembrance, Americans can honor them by appreciating their “art of gaman,” testaments to their resilient spirit as they found and created beauty in their wartime environments.

The Conversation

The Mellon Foundation has provided funding to the USC Shinso Ito Center for Japanese Religions and Culture, which is one of Susan Kamei’s academic affiliations. Duncan Ryuken Williams is the director of the USC Shinso Ito Center for Japanese Religions and Culture. She is a researcher for The Irei Project and is a member and volunteer of the Japanese American National Museum.

ref. Held captive in their own country during World War II, Japanese Americans used nature to cope with their unjustified imprisonment – https://theconversation.com/held-captive-in-their-own-country-during-world-war-ii-japanese-americans-used-nature-to-cope-with-their-unjustified-imprisonment-272989

The most prevalent disability in classrooms may be FASD — and supporting students is vital

Source: The Conversation – Canada – By Tanya Joseph, PhD Student, Faculty of Education, Queen’s University, Ontario

As I walk into the classroom as a newly graduated teacher, I see children — each with unique abilities, interests and an eagerness to learn. This Ontario classroom was designed to be inclusive — a space where all students, regardless of their needs, can thrive.

Yet, as an educator, I find myself asking: Am I truly prepared to support every child? Have I received the training I need to guide each student on their learning journey including students with disabilities such as Fetal Alcohol Spectrum Disorder (FASD)?

Many teachers entering the classroom after graduating from teacher education programs in Ontario will ask similar questions.

In the past, schooling for students with disabilities was accomplished through segregated education. However, in the last 20 years, Ontario has reformed its educational structure to include all students within the general education classroom.

In accordance with Ontario education policies, classroom teaching must be designed for all students and inclusive approaches must be used to mitigate discrimination and exclusion. One way educators seek to meet the needs of many diverse learners is through implementing frameworks like Universal Design for Learning or “differentiated instruction” in their classrooms.

Yet despite expanded teaching approaches and policy changes, a dual system still exists that involves children with disabilities such as FASD being excluded from the rest of the class.

Fetal Alcohol Spectrum Disorder

FASD is a condition that occurs due to maternal alcohol consumption during pregnancy. As a consequence, children are born with brain damage and delays in neurodevelopment.

FASD may be the most prevalent disability in Canadian classrooms. FASD affects between 1.4 per cent and 4.4 per cent of the population in Canada — a prevalence greater than Autism Spectrum Disorder (ASD), Down Syndrome and Cerebral Palsy combined.

FASD Expert Collaboration Team with the Canada FASD Research Network: Adults with lived experience of FASD speak about their lives and advocacy around FASD.

FASD affects each individual in varied ways, and each person has unique strengths and faces varied challenges. Children with FASD exhibit a range of symptoms and varying degrees of impairment, including difficulties with motor skills, sensory processing, communication, academic achievement, memory, executive functioning, abstract reasoning, hyperactivity and adaptive behaviour.

As children with FASD experience academic difficulties and behavioural challenges, they require multifaceted supports, including instruction tailored to their unique learning profiles, individualized academic interventions and modified curricula aligned with the child’s developmental and ability levels.

Teachers must be responsive to the needs of students with FASD and proactive in providing supports to promote students’ success.

Teacher knowledge of FASD

In teacher education programs, teacher candidates receive training through a combination of coursework and placements. Although courses offered to teacher candidates that reflect special education may be compulsory, explicit instruction on specific disabilities, such as FASD, may be limited.

Currently, there is a lack of research completed in Ontario reflecting how teachers are prepared to support students with FASD. To gain deeper insight into the nature of teacher candidates’ knowledge and understanding of FASD — and their preparedness to teach these students — I collected data using a questionnaire administered to final year teacher candidates graduating in 2024 in a teacher education program accredited by the Ontario College of Teachers (OCT).

In this questionnaire, I examined teacher candidates’ knowledge, confidence in that knowledge, self-efficacy and overall preparedness and readiness to support students with FASD as they enter the profession.




Read more:
The truth about fetal alcohol spectrum disorder


Preliminary findings revealed teacher candidates reported feeling inadequately trained to support students with FASD, and most reported that they had not discussed FASD in their teacher education programs.

Experiences with disabilities were variable and specific knowledge of the needs of students with FASD was limited. While teacher candidates possessed knowledge of strategies to support students with disabilities such as ASD and attention deficit hyperactivity disorder, they were largely unaware of the challenges faced by children with FASD.

Further learning opportunities

Although teacher candidates were familiar with Universal Design for Learning and differentiated instruction, they need to be flexible, prepared to advocate for their students and able to adapt these frameworks to the individual needs of students with FASD.

These teachers may face the challenge of supporting a child with FASD in their first year of teaching.

The assumption that teachers are ready upon entering the classroom with the training they receive must be revised. Additional curricular and/or learning opportunities should be provided that are responsive to teachers’ particular contexts to further develop their knowledge and preparation, including around strategies to support a child with FASD.

Resource to support children with FASD

As teacher candidates continue to prepare to support students with FASD in the classroom, it is necessary to review the curriculum taught in teacher education programs to ensure that FASD is discussed with emphasis on the nature of the condition and best practices to support the child.

A valuable resource for both teacher candidates and current teachers in the classroom is the Canada FASD Research Network, which provides evidence-based information on FASD.

This resource includes past and current research completed in Canada, and provides tools and resources for parents/caregivers, educators and professionals who may support individuals with FASD.

An earlier version of this article was published in the Queen’s University Knowledge Forum.

The Conversation

Tanya Joseph does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. The most prevalent disability in classrooms may be FASD — and supporting students is vital – https://theconversation.com/the-most-prevalent-disability-in-classrooms-may-be-fasd-and-supporting-students-is-vital-272553

February is hard on ‘night owls’ in northern climates, but there are ways to cope

Source: The Conversation – Canada – By Erica Kilius, Assistant Professor of Anthropology, University of Northern British Columbia

In northern climates, February has a particular heaviness. Even though we’ve passed the longest night of year, the days often feel darker, longer and more draining than December ever did. For society’s “night owls,” whose internal clocks naturally run later, this stretch of winter can be especially challenging.

As a biological anthropologist who studies sleep (and a night owl living in the North), I see this unfold every winter, and science offers a clear explanation for it.

The major reason can be found in our circadian system, the body’s internal 24-hour clock, which relies on morning light to stay aligned with the Earth’s day. After months of dim, delayed sunrises, that system is running low on the cues it needs to keep us alert and energized.

To understand this winter misalignment, it helps to look at our evolutionary history. Early human ancestors evolved near the equator, where sunrise and sunset are consistent throughout the year. In this stable environment, daylight serves as a reliable zeitgeber (German for “time giver”), synchronizing our internal clock to the external world.

But at higher latitudes, the light-dark cycle swings dramatically across seasons. Winter brings long nights, weak sunlight and more time indoors, and our internal clocks slowly drift later without that consistent morning light. Many people feel this misalignment as fatigue, irritability, low mood, difficulty waking or even difficulty falling asleep despite exhaustion.

These symptoms can intensify as winter progresses. Seasonal Affective Disorder, a seasonal pattern of depression, is more prevalent in northern regions.

February’s perfect storm

Our chronotype, or our biological preference for mornings (people known as “larks”) or evenings (night owls), can shape how strongly we feel these effects. It’s influenced by genetics, age and environment, and research has found that chronotype shifts later with increasing latitude. In other words, the farther north you live, the more likely you are to be a night owl.

This makes intuitive sense: when sunrise creeps toward 8 a.m., the body’s clock shifts later in response . The problem is that our social schedules don’t shift with it. School and work start times remain rigidly fixed, regardless of daylight hours.

In fact, our society is built around early chronotypes — it’s a lark-centred world — and these larks are often praised as disciplined or productive. In contrast, late chronotypes are often blamed for staying up late or struggling to wake on time.

But from an evolutionary perspective, chronotype variation may have been adaptive. The sentinel hypothesis proposes that having different chronotypes in a group staggers sleep and wake times across the night, thus helping early humans maintain vigilance against night-time threats.

We all had our shift on the night watch — a built-in, rotating system of protection in our species. Yet in the modern world, the strengths of night owls (including increased openness and extraversion) are often overlooked.

What’s important to note is that late chronotypes aren’t choosing a different schedule. They are biologically tuned to a later rhythm. Forcing them into early mornings creates what researchers call social jet lag — the chronic mismatch between biological time and social time.

Social jet lag is strongly associated with increased caffeine use and alcohol use, higher rates of smoking and greater risk-taking behaviours. The chance of being overweight has been found to increase by 33 per cent for every hour of social jet lag.

February creates the perfect storm: while limited daylight affects everyone, late chronotypes face the added burden of social jet lag layered with this circadian misalignment. So what does this mean for health, and in particular, getting through the dark days of February?

Winter strategies for night owls

There are several practical, evidence-based strategies that can help align our circadian rhythms and reduce social jet lag during this last sprint of winter.

First, seek morning light, even if it’s weak. Morning light is the most powerful signal that synchronizes your circadian clock. If you can, get outside within the first hour of waking. If you can’t, use bright, indoor light strategically: bright light therapy in the first 30 minutes of waking can help shift the circadian clock earlier and improve mood.

In the afternoons and evenings, switch to using warm-toned bulbs instead. And avoid blue light from screens in the last hour before going to bed, as it’s a known suppressant of melatonin (the “darkness” hormone).

For late chronotypes, it’s important to keep a consistent schedule. While sleeping in on weekends can help recoup sleep loss, it also unfortunately increases social jet lag. Slowly shifting your bedtime on weekends earlier by around 10-15 minutes can more closely align free- and work-day rhythms.

It’s also critical to work with your biological rhythms, not against them. Try to structure your workday strategically: hold off on cognitively demanding tasks until late morning or early afternoon, when your circadian rhythm (and thus your alertness) is at its peak, and reserve early mornings for simpler tasks.

Lastly, emerging findings suggest that saunas may play a beneficial role in sleep health. Something to consider on cold, snowy days.

February may feel long, but it’s also the turning point; the slow return of light is already underway.

For those who naturally run on later schedules, remember that your chronotype is not a character flaw. Late chronotypes are more common for us northerners, shaped by our genetics and the environment around us. The goal shouldn’t be to force ourselves into someone else’s rhythm, but to find ways to live in better alignment with our own biology and the world we inhabit.

The Conversation

Erica Kilius does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. February is hard on ‘night owls’ in northern climates, but there are ways to cope – https://theconversation.com/february-is-hard-on-night-owls-in-northern-climates-but-there-are-ways-to-cope-275047

Razones y riesgos de la prohibición de la publicidad política en redes sociales

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Francisco Valiente Martínez, profesor de Oratoria y Derecho Constitucional, Universidad Pontificia Comillas

Olemedia/iStock

Desde el pasado mes de octubre, Meta, empresa propietaria de redes sociales como Facebook, Instagram o Threads, y Alphabet, propietaria de Google y YouTube, han implementado restricciones muy significativas a la publicidad pagada sobre temas políticos, electorales y sociales en todo el territorio de la Unión Europea. Se unen así a X, quien ya había venido aplicando estas medidas desde años atrás, cuando aún era Twitter.

Esta decisión es la consecuencia directa de la entrada en vigor del Reglamento (UE) 2024/900 sobre transparencia y segmentación de la publicidad política —también conocido como TTPA, por sus siglas en inglés—, cuyo propósito es lograr la transparencia necesaria para propiciar un debate político y electoral abierto y justo, libre de la manipulación de la información y las injerencias ilícitas que tienen como fin alterar los procesos electorales en el territorio de la Unión.

Depurando responsabilidades

El origen del conflicto se encuentra en el deber de la Unión Europea de velar por la protección integral de sus procesos democráticos, obligación derivada de los artículos 2 y 10 del Tratado de la Unión Europea. Estos procesos se hallan desde hace años expuestos a riesgos significativos de manipulación.

En el corazón del problema están las campañas de desinformación, cuyo modus operandi dependía de la contratación de los servicios de publicidad de las redes sociales con el fin de adulterar el debate público. En este contexto, la mencionada norma obliga a los propietarios de dichas plataformas a asumir una responsabilidad específica en esta materia.

La primera pregunta que habría que hacerse es si existe una amenaza real de que los procesos democráticos se vean adulterados por la desinformación. La respuesta de las autoridades europeas es inequívoca: tal riesgo no sólo existe, sino que ya se ha materializado en procesos como el referéndum del Brexit en 2016 o en las elecciones presidenciales de Rumanía de 2024. Durante los mismos, la microsegmentación algorítmica y el uso masivo de bots publicitarios, entre otras técnicas, permitieron difundir noticias falsas, fomentar discusiones artificiales y desorientar a la opinión pública. Esto nos lleva a las redes sociales, pues fue en estas plataformas donde tales hechos se produjeron de forma generalizada.

Efectos de la microsegmentación algorítmica

Aquí surge la segunda pregunta: ¿qué relación guarda este riesgo con la propaganda política? Si es usted usuario de redes sociales, habrá notado cómo proliferan mensajes publicitarios automáticos, muchos de ellos personalizados gracias a procesos de big data. Estos anuncios son pagados por empresas o entidades, ya sea para aumentar sus ventas o para dar difusión a alguna cuestión.

A nadie escapa que la comunicación política no iba a ser un mercado ajeno a estas técnicas de marketing, pues, por una cantidad relativamente baja, es posible poner en marcha campañas considerablemente efectivas. Esto es lo que preocupa a la Unión Europea, que ahora impone a los propietarios de las redes sociales la obligación de evitar abusos, desinformación, difamaciones y manipulaciones que puedan afectar a la limpieza de los procesos electorales.

La propaganda política como negocio

¿Cuánta publicidad política hay? Según EDMO BELUX 2.0, centro multidisciplinar centrado en combatir la desinformación, durante los meses previos a las elecciones al Parlamento Europeo de 2024, sólo en Meta se publicaron más de 19 000 anuncios de carácter político, que generaron unos ingresos de casi 5,3 millones de euros. Una cantidad que resulta irrisoria comparada con los escalofriantes 164 501 millones de dólares que declaró la compañía en 2024.

Meta y Alphabet consideran que la inversión técnica y administrativa que imponen los estándares exigidos por el nuevo Reglamento —que incluyen la verificación de anunciantes, la revisión humana de contenidos, el registro de bases de datos y la realización de auditorías periódicas— no queda cubierta con los ingresos generados por este tipo de publicidad.

Además, alegan que todas estas medidas no garantizarían evitar elevadas multas si, pese a todo, algún contenido contrario al Reglamento escapase a estos filtros y fuese publicado. Por ello, han tomado una decisión draconiana: prohibir toda publicidad política. Les sale más barato.

Libertad de expresión en juego

Pero esta decisión no es meramente contable. Todo apunta a que estas corporaciones vetarán anuncios procedentes de partidos políticos, candidatos, instituciones públicas, ONG o entidades sociales –incluidas las universidades–, si versa sobre leyes, políticas públicas o abordan con sesgo político temas sensibles como inmigración, educación, minorías, economía, medio ambiente o seguridad. Y todo a juicio de lo que los responsables de estas corporaciones consideren “publicidad política”.

En otras palabras: los usuarios privados podrán seguir publicando sus opiniones si cumplen con las políticas de uso de las plataformas, pero se prohíben expresamente las campañas de publicidad política digital en toda la Unión Europea. Y no solo durante un periodo electoral, sino en general.

Si, para frenar la desinformación, se erradica toda publicidad política en redes sociales, es necesario estudiar esta problemática desde el prisma de los derechos fundamentales, en particular desde la libertad de expresión.

Desde esta perspectiva, surgen otras preguntas: ¿tienen derecho Meta o Alphabet a tomar esta decisión o estamos ante un intolerable ejercicio de censura? Si, como sentenció en 2017 el Tribunal Supremo de Estados Unidos en el caso Packingham v. North Carolina, las redes sociales son “la nueva plaza pública”, ¿puede su legítimo propietario convertirse en un guardia privado con potestades para decidir lo que se puede o no decir en materia política?

¿Abusos de poder?

No debemos olvidar que todo mensaje ilegal siempre estuvo prohibido y que el debate actual es mucho más difuso. En otras palabras, ¿tienen legitimidad las redes sociales para controlar los mensajes políticos de algunos de sus usuarios? La respuesta jurídica quizás cause asombro al lector, pero no debería ser así: a las redes se accede mediante contratos de adhesión, lo que significa que Meta, Alphabet, TikTok o LinkedIN imponen reglas de comportamiento que los usuarios sencillamente aceptamos –las llamadas “condiciones del servicio”–, al crearnos un perfil.

El caso de Meta es paradigmático, pues su cláusula 4.1 dice así: “si no aceptas nuestras condiciones actualizadas […] puedes eliminar tu cuenta en cualquier momento”, lo que significa que Meta no sólo establece las condiciones, sino que se reserva el derecho de modificarlas.

El 1 de julio de 2024, el Tribunal Supremo de Estados Unidos sentenció, al resolver el caso NetChoice, que los propietarios de las redes sociales pueden decidir qué contenido alojar y cómo moderarlo; no tienen un deber de neutralidad, pues lo único constitucionalmente protegido es el acceso a la gran plaza pública. Pero, a este lado del Atlántico, los poderes públicos consideran que un Estado no debe limitarse a no censurar, sino que ha de establecer normas que configuren una opinión pública plural y bien informada.

Ante esta radical decisión de las grandes propietarias de redes sociales, cuesta augurar si la Unión Europea mantendrá el pulso o buscará una solución intermedia. Sea como fuere, el debate sobre el control de la palabra en la era digital está muy lejos de cerrarse.


Una versión de este artículo se publicó en la revista Telos de la Fundación Telefónica.

The Conversation

Francisco Valiente Martínez no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Razones y riesgos de la prohibición de la publicidad política en redes sociales – https://theconversation.com/razones-y-riesgos-de-la-prohibicion-de-la-publicidad-politica-en-redes-sociales-275348

La crisis de Groenlandia y el actor olvidado: el pueblo inuit frente a la rivalidad entre Estados

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Maria Mut Bosque, Profesora agregada Derecho Internacional y de la Unión Europea, Universitat Internacional de Catalunya

Una joven inuit contempla las aguas del fiordo de Ilulissat, en Groenlandia. Michal Balada/Shutterstock

La denominada “crisis de Groenlandia” de 2025 ha suscitado un debate internacional sin precedentes, impulsado por el renovado interés de la actual administración estadounidense en el territorio.

Si bien las conjeturas oscilan entre una posible presión militar y un acuerdo entre Dinamarca y Estados Unidos, la cuestión concierne fundamentalmente a un pueblo con un derecho reconocido a la autodeterminación.

En consecuencia, es poco probable que los enfoques basados exclusivamente en la coerción o en incentivos económicos resulten eficaces. En este contexto, el poder blando o soft power –tal como fue conceptualizado por Joseph Nye, y entendido como la capacidad de influir mediante la atracción y la persuasión, en lugar de la fuerza o la remuneración– puede constituir el principal modo de interacción para los sujetos implicados, incluidos tanto los Estados como las entidades supranacionales. En consecuencia, el pueblo inuit debería estar preparado para un escenario de este tipo.

Más allá de las especulaciones mediáticas –frecuentemente formuladas en términos de rivalidad o negociación interestatal–, el caso de Groenlandia pone de manifiesto una dinámica característica de la política internacional contemporánea: la proyección de influencia política, económica y estratégica sin recurso a la ocupación militar ni al uso directo de la fuerza.

Sin embargo, este encuadre predominantemente estatocéntrico tiende a invisibilizar al actor central del proceso: Groenlandia y su pueblo, presentando a esye territorio principalmente como un objeto de rivalidad estratégica y no como un actor político y jurídico dotado de capacidad propia de decisión y de legitimidad para determinar su estatus y su futuro colectivo.

El gran peso de los inuit

El pueblo inuit –integrado por los kalaallit (inuit del oeste), los tunumi (inuit del este) y los inughuit (inuit del norte)– constituye aproximadamente el 90 % de la población del territorio, que cuenta con unos 57 000 habitantes distribuidos en más de 2,1 millones de kilómetros cuadrados.

La condición de Groenlandia como territorio indígena del pueblo inuit se encuentra reconocida tanto en el plano interno como en el ámbito internacional. El preámbulo de la Ley de Autogobierno de Groenlandia de 2009 afirma expresamente que “el pueblo de Groenlandia es un pueblo en el sentido del Derecho Internacional con derecho a la libre determinación”, afirmación reforzada en el proyecto de Constitución de 2023, que establece que “los inuit son el pueblo indígena de nuestro país”.

Este reconocimiento se inscribe en un marco jurídico internacional consolidado. El derecho a la libre determinación constituye uno de los principios fundacionales del orden jurídico internacional contemporáneo y está expresamente consagrado en el artículo 1, apartado 2, de la Carta de las Naciones Unidas, que establece como uno de los propósitos de la organización el respeto al principio de igualdad de derechos y de la libre determinación de los pueblos.

Este principio fue desarrollado y precisado en la Resolución 2625 (XXV) de la Asamblea General de las Naciones Unidas de 1970, que afirma el deber de los Estados de respetar la autodeterminación y de abstenerse de acciones dirigidas a menoscabarla.

Este marco general se complementa con la protección específica de los derechos de los pueblos indígenas. Dinamarca ha ratificado el Convenio número 169 de la Organización Internacional del Trabajo (OIT) sobre pueblos indígenas y tribales y votó a favor de la Declaración de las Naciones Unidas sobre los Derechos de los Pueblos Indígenas (DNUDPI) cuando fue adoptada en 2007. Aunque la DNUDPI no es jurídicamente vinculante, forma parte del marco de principios políticos que debería tenerse en cuenta en este caso.

Si bien no ha ratificado el Convenio núm. 169, Estados Unidos ha respaldado formalmente los objetivos de la DNUDPI en 2010 y 2014. Además, la Corte Internacional de Justicia ha reconocido el derecho a la autodeterminación como un principio de derecho internacional consuetudinario, reforzando su carácter vinculante con independencia de la ratificación de instrumentos específicos. Adicionalmente, la Corte Internacional de Justicia ha reconocido el derecho a la libre determinación como un principio de derecho internacional consuetudinario, reforzando su carácter vinculante con independencia de la ratificación de instrumentos específicos.

Un pueblo con derecho a la participación efectiva

En este contexto, cualquier iniciativa externa relativa al estatus político, económico o estratégico de Groenlandia no puede evaluarse exclusivamente a la luz del derecho internacional general ni de los equilibrios de poder entre Estados. Resultaría necesario incorporar de forma central los derechos del pueblo inuit como sujeto colectivo de derecho internacional. En particular, su derecho a la participación efectiva y al consentimiento libre, previo e informado, de conformidad con el artículo 19 de la Declaración de las Naciones Unidas sobre los Derechos de los Pueblos Indígenas.

“Libre” excluye la coerción; “previo” exige una participación temprana; e “informado” implica la divulgación plena del alcance, la duración, los riesgos y los impactos de las medidas propuestas, incluida la posibilidad de denegar el consentimiento.

Este requisito se ve reforzado por el reconocimiento de que ni la gobernanza ni la producción de conocimiento son políticamente neutrales: la imposición de estructuras de gobernanza coloniales y de epistemologías occidentales –que presuponen una autoridad estatal exclusiva y una concepción singular de la “verdad”– deslegitima los sistemas indígenas de conocimiento y de gobierno, oscurece sus funciones decisorias y perpetúa patrones asimétricos de integración.

La relevancia jurídica de este marco se intensifica a la luz de la trayectoria histórica de Groenlandia, marcada por un proceso prolongado y desigual de ampliación del autogobierno dentro del Reino de Dinamarca. Dicho proceso no ha estado exento de graves vulneraciones de derechos; principalmente las políticas danesas de control reproductivo aplicadas entre las décadas de 1960 y 1990. Investigaciones recientes han documentado al menos 488 casos de implantación de anticonceptivos sin un consentimiento adecuado, que afectaron a más de 350 mujeres y niñas inuit.

En 2024, aproximadamente 143 mujeres iniciaron acciones judiciales contra el Estado danés, y en 2025 el gobierno de Dinamarca emitió una disculpa oficial. Esta historia resulta central para comprender las sensibilidades contemporáneas en torno a la soberanía, la autonomía y el consentimiento, e informa directamente la legitimidad de cualquier influencia externa actual.

Un precedente particularmente ilustrativo de la capacidad de Groenlandia para afirmar sus propios intereses se encuentra en su relación con las Comunidades Europeas, las organizaciones predecesoras de la UE. Groenlandia pasó a formar parte de las Comunidades en 1973 tras la adhesión de Dinamarca, en un momento de autonomía limitada. Sin embargo, ya en el referéndum de 1972, la mayoría del electorado groenlandés se opuso a la adhesión.

Esta divergencia culminó en el referéndum del 23 de febrero de 1982, en el que Groenlandia optó por retirarse. A petición expresa del territorio, Dinamarca obtuvo modificaciones de los Tratados que permitieron a Groenlandia abandonar la Comunidad a partir del 1 de enero de 1984 y asumir el estatuto de País y Territorio de Ultramar asociado, conforme a la Parte IV del Tratado de Roma. El objetivo principal fue la recuperación del control pleno sobre los recursos pesqueros, en oposición al interés de la Comunidad Europea en mantener el acceso a las cuotas de pesca.

Este episodio confirma que Groenlandia no es una entidad pasiva, sino un sujeto político capaz de articular y defender sus propias prioridades, incluso frente a Estados y organizaciones supranacionales. Al mismo tiempo, pone de relieve cómo los intereses estratégicos, energéticos y de seguridad de actores externos generan incentivos sostenidos para influir en la toma de decisiones groenlandesa mediante medios económicos, diplomáticos o simbólicos.

Sin consentimiento indígena no hay futuro legítimo

Desde esta perspectiva, el derecho internacional ofrece un margen muy limitado para determinar la soberanía o el futuro estratégico de Groenlandia sin la participación y la aprobación del propio pueblo groenlandés.

La autodeterminación indígena no convierte al territorio ártico en jurídicamente inviolable, pero sí hace del consentimiento groenlandés una condición previa necesaria. Ignorar este requisito no solo vulneraría normas fundamentales del orden jurídico internacional, sino que también correría el riesgo de reproducir nuevas formas de colonialismo, imperialismo o paternalismo, incluso cuando se presenten bajo el lenguaje del poder blando, la cooperación o la seguridad.

En última instancia, la crisis de Groenlandia no puede entenderse meramente como un episodio de rivalidad estratégica gestionado mediante instrumentos coercitivos en sentido amplio. Se trata de un caso paradigmático en el que convergen la proyección contemporánea del poder, los límites del análisis estatocéntrico y la necesidad imperiosa de reanclar la evaluación jurídica y política en el reconocimiento efectivo del pueblo inuit como actor central, un actor con derecho a determinar libremente su futuro político, económico y social.

The Conversation

Maria Mut Bosque no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. La crisis de Groenlandia y el actor olvidado: el pueblo inuit frente a la rivalidad entre Estados – https://theconversation.com/la-crisis-de-groenlandia-y-el-actor-olvidado-el-pueblo-inuit-frente-a-la-rivalidad-entre-estados-274712

El mito de los carbohidratos para hacer deporte: ¿cuántos hay que tomar realmente?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By José Miguel Soriano del Castillo, Catedrático de Nutrición y Bromatología del Departamento de Medicina Preventiva y Salud Pública, Universitat de València

Un corredor lleva un gel de carbohidratos. Real Sports Photos/Shutterstock

Durante años, la nutrición deportiva se explicó con una metáfora sencilla: el músculo era un motor; el glucógeno (la forma en que el cuerpo almacena carbohidratos para usarlos como energía rápida), su gasolina; y la fatiga aparecía cuando el depósito se vaciaba. Bajo ese prisma, la estrategia parecía obvia: comer muchos carbohidratos, llenar los depósitos y, si era posible, seguir metiendo combustible durante el ejercicio. Más carbohidratos = mejor rendimiento.

Pero la fisiología del ejercicio rara vez es tan lineal. Una revisión publicada a finales del mes de enero, que integra más de 160 estudios sobre ingesta de carbohidratos, metabolismo y rendimiento, sugiere que el relato clásico se queda corto. El problema no es que los carbohidratos “no sirvan”, sino que su papel principal quizá no sea el que creíamos.

El dogma del músculo que se queda sin energía

El modelo tradicional se centra casi por completo en el músculo y descansa sobre tres supuestos:

  • El músculo trabaja gracias al glucógeno.

  • Cuando el glucógeno se agota, aparece la fatiga.

  • Por tanto, hay que maximizar reservas de glucógeno y aporte de carbohidratos.

Este enfoque tomó fuerza a partir de los años 60, cuando las biopsias musculares permitieron medir el glucógeno antes y después del ejercicio. Se observó que los atletas con más cantidad de este tipo de hidrato aguantaban más tiempo a intensidades moderadas-altas, y de ahí se derivó la recomendación de “carga de carbohidratos” como si fuera una ley universal.

Sin embargo, había un detalle que se contempló menos: qué ocurría con la glucosa en sangre y con el sistema nervioso central cuando esos deportistas se acercaban al agotamiento.

El giro de guion: la sangre, el hígado y el cerebro

La revisión actual pone el foco en algo mucho más pequeño que un músculo, pero muchísimo más crítico: la pequeña reserva de glucosa que circula en la sangre y el papel del hígado para mantenerla estable.

Nuestra sangre contiene solo unos pocos gramos de glucosa en cada momento; no es un depósito, solo un “charco” pequeño pero vital. Y el cerebro depende de ese flujo continuo. Cuando un esfuerzo prolongado hace descender la glucosa sanguínea y el hígado no es capaz de producir suficiente, el organismo interpreta una amenaza: si sigue cayendo, hay riesgo de daño cerebral por hipoglucemia.

¿La respuesta del sistema nervioso? Pisar el freno. El cerebro reduce el reclutamiento de unidades motoras, baja la potencia y nos obliga a aflojar o a parar, incluso aunque el músculo aún tuviera capacidad de seguir contrayéndose.
Desde esta perspectiva, la fatiga no es tanto un “motor que se queda sin gasolina” como un sistema de protección que limita el rendimiento para evitar un accidente mayor.

El “muro”: ¿crisis energética o mecanismo de protección?

Quien haya corrido un maratón o hecho una carrera muy larga conoce la sensación de “chocar contra el muro”. Tradicionalmente, se atribuyó a una crisis energética pura: se acabó el glucógeno, se acabó todo.

La visión moderna matiza ese relato. La mayoría de los estudios que analizan la mejora del rendimiento con la ingesta de carbohidratos repiten un patrón: en el grupo que no los toma, la glucosa en sangre cae progresivamente hasta niveles bajos; mientras que en el grupo que sí los consume, esa caída se atenúa o desaparece, y el rendimiento se mantiene más tiempo.

El beneficio, por tanto, parece estar menos en “alimentar al músculo” y más en mantener la glucosa sanguínea en una zona segura, protegiendo la función del sistema nervioso. El muro sería, en buena medida, la activación de ese freno de seguridad.

Hay un argumento potente a favor de esta interpretación: cuando un músculo se queda realmente sin la molécula ATP (una especie de “moneda energética” que permite las funciones vitales de las células), lo que aparece es una rigidez extrema, similar al rigor mortis. Eso no es lo que se observa en el deportista fatigado: lo que se ve es una caída gradual del rendimiento, no un bloqueo mecánico total.

¿Cuántos carbohidratos hacen falta de verdad?

Si la misión principal de los carbohidratos durante el ejercicio es mantener la glucosa estable y evitar la hipoglucemia, la pregunta deja de ser “cuánto más puedo meter” y pasa a ser “cuál es la dosis mínima efectiva para este contexto”.

Aquí aparece un dato que cuestiona muchas recomendaciones, ya que se planteaba para esfuerzos prolongados suelen sugerir ingestas altas: 60-90 g de carbohidratos por hora (o incluso superiores). Esos rangos pueden ser útiles en contextos muy específicos, como competiciones muy largas y deporte de élite.




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Pero la evidencia actual muestra algo inesperado: en muchas situaciones, cantidades mucho más bajas producen efectos similares. De hecho, el nuevo estudio indica que ingerir 15-30 g/h durante ejercicio prolongado puede aportar beneficios de rendimiento comparables a dosis mucho mayores. La diferencia clave no está tanto en la cantidad absoluta, sino en evitar la caída peligrosa de glucosa en sangre. Una vez que se cumple esa misión, subir la dosis no siempre suma.

Esto cambia por completo la estrategia: en lugar de perseguir dosis cada vez más altas (lo que puede llevar a molestias gastrointestinales, dependencia psicológica del “gel” de carbohidratos y un gasto innecesario), el enfoque práctico se vuelve más fino: encontrar el punto mínimo donde la glucosa se estabiliza y el rendimiento se sostiene.

Además, aumentar la dosis por encima de ciertos rangos puede tener efectos paradójicos: reduce la oxidación de grasa, eleva la insulina y, en algunos estudios, acelera el vaciado del glucógeno muscular en lugar de ahorrarlo. Justo lo contrario de lo que muchos deportistas buscan.

En suma, los carbohidratos actúan como un amortiguador de glucosa, no como un combustible ilimitado. Si ya hemos frenado la caída, añadir más no garantiza un beneficio proporcional.

Atletas “low-carb” y la idea de flexibilidad metabólica

Otra pieza que cuestiona el dogma de “carbohidratos obligatorios” son los atletas adaptados a dietas bajas en estos macronutrientes. En ellos se han medido tasas de oxidación de grasa muy altas, manteniéndose elevadas incluso a intensidades importantes (por encima del 85 % de consumo máximo de oxígeno o VO₂max), con rendimientos similares a los de atletas con dietas ricas en carbohidratos en determinados contextos.

Esto no significa que “la grasa sea mejor siempre”. Significa que el organismo puede adaptarse y usar más grasa como combustible incluso cuando el esfuerzo es intenso. El viejo mantra de que “a alta intensidad solo se tira de carbohidratos” no parece ser tan universal como se pensaba.

El concepto que vertebra esta nueva lectura es la flexibilidad metabólica: la capacidad de cambiar de un combustible a otro según la demanda y la disponibilidad. Una dieta crónicamente muy alta en carbohidratos, sin periodización, podría reducir las señales para usar grasa, favorecer la sensación de dependencia del gel y hacer el metabolismo más rígido.

La alternativa no es un “cero carbohidratos”, sino aprender a periodizar: entrenamientos donde se fuerza al cuerpo a utilizar más grasa y momentos donde se usan carbohidratos como herramienta estratégica.

De la religión del carbohidrato a la dosis mínima efectiva

¿Qué implicaciones prácticas tiene todo esto para quien entrena o compite?

Primero, desmitificar: los carbohidratos no son ni enemigos ni dioses. Son una herramienta. En lugar de pensar “cuánto más, mejor”, conviene preguntarse:

  • ¿Cuál es el objetivo prioritario hoy: rendimiento máximo inmediato o mejorar la flexibilidad metabólica a medio plazo?

  • ¿Cómo responde mi cuerpo? Hambre, bajones, “pájara”, molestias digestivas, sensación de dependencia… son señales valiosas.

Segundo, entender que el límite del rendimiento no se decide solo en las fibras musculares. El cerebro, a través de su vigilancia constante de la glucosa y de otros combustibles, actúa como regulador superior. Cuando percibe que el equilibrio está en riesgo, baja la potencia. Los carbohidratos bien usados ayudan a que ese freno se active más tarde, principalmente manteniendo la glucosa estable, no rellenando sin fin un depósito muscular.

Y tercero, recordar que las recomendaciones generales son solo un punto de partida. Personas con diabetes, tendencia a hipoglucemias o que toman medicación necesitan una individualización cuidadosa, idealmente supervisada por un profesional.

El futuro de la nutrición deportiva no pasa por una dependencia creciente del azúcar, sino por favorecer una maquinaria metabólica flexible, capaz de usar lo que toque en cada momento. Los carbohidratos seguirán teniendo un papel importante, pero cada vez más como dosis mínima eficaz al servicio del cerebro, no como dogma incuestionable al servicio del mito del músculo vacío.

The Conversation

José Miguel Soriano del Castillo no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. El mito de los carbohidratos para hacer deporte: ¿cuántos hay que tomar realmente? – https://theconversation.com/el-mito-de-los-carbohidratos-para-hacer-deporte-cuantos-hay-que-tomar-realmente-274549