Les ONG à bout de souffle : comment réinventer un nouveau modèle d’organisation ?

Source: The Conversation – in French – By Thomas Nobre, Doctorant en Management, Université de Genève

La baisse historique de l’aide publique au développement met les ONG en grande difficulté, alors que les besoins humanitaires continuent d’augmenter. Une étude menée auprès de trois ONG françaises montre que leur principal défi est de trouver le bon équilibre entre contrôle du siège et autonomie des équipes de terrain. L’efficience passe moins par de nouvelles économies que par une meilleure coordination, des innovations collectives et des investissements durables.


Les coupes budgétaires décidées par de nombreux gouvernements, notamment depuis 2024, ont brutalement fragilisé le secteur humanitaire international. Cette chute inédite de l’aide publique au développement, qui était de 23,1 % en 2025 (par rapport à 2024) et qui se poursuit en 2026, concerne en particulier les grands bailleurs comme les États-Unis, l’Allemagne, le Royaume-Uni, le Japon et la France.

Dans les ONG françaises, la baisse des financements entraîne la perte de 10 000 emplois et affecte près de 1 280 projets à travers le monde. La réduction drastique de leurs activités détériore les conditions de vie de 15,2 millions de personnes, notamment en matière d’accès à l’eau, à l’hygiène, à la sécurité alimentaire et aux droits humains. Plusieurs zones géographiques sont directement concernées, en particulier le Sahel, le Soudan, Haïti, l’Afghanistan, Gaza, le Liban et l’Ukraine.

La secousse est d’autant plus forte que les besoins sur le terrain ne cessent d’augmenter. Pour 2026, les Nations unies estiment à 33 milliards de dollars les fonds nécessaires pour assister 135 millions de personnes. Guerres prolongées, déplacements forcés, crises alimentaires, catastrophes climatiques et effondrements économiques composent un paysage humanitaire durablement sous tension.

C’est dans ce contexte que nous avons mené une étude qualitative auprès de trois ONG françaises — Action Contre la Faim, Première Urgence Internationale et Solidarités International — pour comprendre comment elles travaillent à améliorer leur efficience afin de limiter la réduction de leurs actions humanitaires. Nos résultats mettent en relief les spécificités du modèle d’organisation des ONG, leurs multiples contraintes, les mécanismes de coordination et de contrôle utilisés et les opportunités d’innovation.

Un modèle d’organisation face aux coupes budgétaires

La réduction drastique de l’aide gouvernementale de plusieurs pays a agi comme un révélateur brutal de la réalité des ONG : une partie importante du système humanitaire mondial dépend de financements publics concentrés, politiquement exposés et désormais plus incertains.

Pourtant, réduire les restructurations actuelles à une réaction mécanique aux coupes budgétaires serait trompeur. Les ONG internationales ne découvrent pas aujourd’hui la contrainte d’efficience. Elles vivent depuis plusieurs décennies une professionnalisation de leurs pratiques : procédures de coordination et de contrôle, audits, standards sectoriels, obligations de redevabilité, gestion des risques et digitalisation des outils.

Notre recherche montre que la question centrale, pour les ONG, n’est pas seulement d’identifier les coûts qui doivent être réduits. Il s’agit plutôt de décider de la meilleure façon de coordonner et de contrôler les bureaux disposés dans chaque pays où elles sont présentes afin d’organiser des actions humanitaires rapides, responsables et utiles dans un environnement où les ressources se contractent.

Des organisations complexes aux contraintes variées

Les ONG humanitaires sont souvent perçues à travers leur mission morale : secourir, soigner, nourrir, protéger. Mais ce sont aussi des organisations complexes, présentes dans de nombreux pays, employant plusieurs milliers de personnes et gérant des budgets de plusieurs centaines de millions d’euros. Elles doivent agir vite tout en respectant un ensemble dense de contraintes.

La première contrainte est administrative et financière. Les bailleurs demandent une plus grande traçabilité de l’utilisation des fonds. Si cette exigence est légitime, elle crée un paradoxe : plus les financements deviennent rares, plus les bailleurs renforcent les obligations de reporting, ce qui nécessite d’allouer des moyens supplémentaires aux fonctions support.

La deuxième contrainte est programmatique. Les ONG doivent aussi rendre des comptes aux populations dans les pays concernés. Cela suppose d’écouter les communautés, d’adapter les programmes aux besoins locaux, de mesurer la qualité de l’aide et de prévenir les effets indésirables. Or ces dimensions sont plus difficiles à capturer et à mesurer.

La troisième contrainte est sécuritaire. Les ONG opèrent dans des contextes volatiles, parfois marqués par des conflits armés, des restrictions d’accès, des risques de détournement de l’aide ou des menaces contre les équipes locales. Dans ces environnements, l’agilité du terrain est indispensable. Mais plus le risque augmente, plus les sièges des ONG et les bailleurs cherchent à encadrer les décisions.

Enfin, une contrainte de légitimité traverse tout le secteur : il est nécessaire de collaborer davantage avec des organisations sur place, de nationaliser certains postes, de transférer des responsabilités et de reconnaître les compétences locales. Or, les mécanismes de coordination et de contrôle des relations entre le siège et les « bureaux pays » sont peu adaptés à ces nouvelles relations partenariales.

La coordination et le contrôle, la clé de la performance ?

Les entretiens menés dans les trois ONG étudiées font ressortir un chantier central : ajuster l’équilibre entre autonomie des « bureaux pays » et capacité du siège à garantir le mandat, la conformité et la maîtrise des risques. L’enjeu n’est pas d’empiler les procédures, mais d’identifier les points de coordination et de contrôle réellement utiles.

La coordination repose d’abord sur la stratégie des ONG. Les priorités pour chaque pays partent des informations du terrain, puis sont discutées, cadrées et validées avec le siège. Visites, réunions sur les métiers, formations et échanges réguliers entretiennent cet alignement sans effacer les spécificités locales.

Le contrôle s’appuie sur des dispositifs formalisés : reporting financier, suivis budgétaires, procédures logistiques, validations RH, audits internes et indicateurs programmatiques. Ces outils répondent aux exigences des bailleurs et à la gestion du risque, mais ils doivent rester proportionnés : trop peu de contrôle fragilise la redevabilité ; trop de contrôle ralentit les opérations et décourage l’initiative locale.

La performance, enfin, reste un chantier ouvert. Les indicateurs existent, mais ils sont souvent dispersés entre les départements et dominés par la logique financière. Les outils numériques peuvent aider à consolider l’information, à condition de ne pas recentraliser les décisions ni transformer les équipes en producteurs de données. La question devient alors très concrète : quels contrôles garder, lesquels simplifier, et quelle marge laisser au terrain ?

Innover pour faire plus avec moins ?

Dans un secteur où les besoins augmentent et où les ressources se contractent, l’efficience durable passera aussi par des innovations collectives. La mutualisation des ressources constitue une piste majeure, notamment dans la logistique, les achats, le stockage, les transports, les outils numériques ou encore les fonctions support. Des initiatives comme Hulo, coopérative humanitaire de logistique, illustrent cette logique.

Mais l’innovation ne doit pas être comprise comme une injonction à faire plus avec toujours moins. La mutualisation des ressources exige des investissements : formation, interopérabilité des systèmes, gouvernance partagée, financement des fonctions support, capacités d’audit adaptées, temps de coordination et fonds flexibles. Sans ces ressources, l’innovation risque de devenir un discours de légitimation des coupes plutôt qu’un levier d’amélioration.

Notre étude montre qu’il est nécessaire de déplacer le débat. La question n’est pas seulement de savoir combien les ONG peuvent économiser. Elle est de savoir quelles capacités il faut absolument préserver pour maintenir une aide à la fois rapide, responsable et adaptée aux besoins des populations locales. Cela suppose de reconnaître que l’efficience a un coût et qu’elle se construit dans la durée !

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Les ONG à bout de souffle : comment réinventer un nouveau modèle d’organisation ? – https://theconversation.com/les-ong-a-bout-de-souffle-comment-reinventer-un-nouveau-modele-dorganisation-287356

Billes, cartes Pokémon… Pourquoi les enfants aiment faire du troc

Source: The Conversation – in French – By Pascale Ezan, professeur des universités – comportements de consommation – alimentation – réseaux sociaux, Université Le Havre Normandie


L’essentiel

  • Dans les groupes d’enfants, dans les cours de récréation, on s’échange des billes, des cartes à collectionner ou des goûters. Loin d’être anodin, ce troc sensibilise les enfants à la valeur des produits.
  • Par le troc, les enfants découvrent la réciprocité des échanges, la nécessité de faire des arbitrages, de trouver des partenaires…
  • Considérer le troc comme une expérience d’apprentissage nous rappelle que la valeur d’un produit ne se résume pas à un prix sur une étiquette, c’est une reconnaissance et une relation.

Avec la baisse du pouvoir d’achat, la montée des préoccupations écologiques et les incitations répétées à consommer autrement, le troc revient en force dans les pratiques de consommation. Entre vide-dressings et plateformes d’échange entre particuliers, l’idée de donner un objet pour en recevoir un autre semble retrouver une forme de modernité, dans une société saturée par les transactions monétaires.

Pourtant, le troc n’est ni une pratique récente ni une simple réponse à la crise économique. Il constitue une convention sociale ancienne, largement documentée par les sciences humaines et sociales.

Les travaux de Marcel Mauss sur le don montrent combien les échanges non monétaires occupaient une place centrale dans les sociétés dites primitives, en structurant des relations d’obligation, de réciprocité et de reconnaissance.

Le troc : une pratique traditionnellement liée à l’enfance

Il existe un espace où le troc est toujours resté particulièrement vivant : les cours de récréation. Les enfants y échangent cartes à collectionner, billes, bracelets, figurines, goûters ou petits objets. Ces échanges ont vocation à compenser deux limites propres à cette période de la vie : un pouvoir d’achat restreint et une compréhension encore partielle des transactions commerciales. Ne pouvant pas toujours acquérir des produits sans l’aide de leurs parents, les enfants inventent des manières d’accéder aux objets désirés par le troc.

Souvent perçu par les adultes comme anecdotique ou conflictuel, le troc joue, en réalité, un rôle important dans leur apprentissage de la valeur des produits et des services.

En effet, comprendre ce que vaut une chose est une question complexe pour les enfants : le prix, tel qu’il est affiché en magasin, fait figure d’abstraction, impossible à matérialiser chez les jeunes consommateurs avant l’âge de 6 ou 7 ans. Il suppose de comprendre qu’un objet puisse être converti en une quantité d’argent, que cette quantité permet de comparer des produits entre eux, et que cette comparaison est relativement stable quel que soit le contexte d’achat.

Or, avant de pouvoir s’approprier pleinement ces notions monétaires, les enfants apprennent prioritairement la valeur à travers des échanges concrets et à partir d’objets aisément manipulables : je donne quelque chose et je reçois quelque chose.

Accéder à la valeur économique des produits

Le troc familiarise l’enfant aux divers scénarios des transactions marchandes. Il lui permet d’expérimenter, dans un cadre familier, entre pairs, plusieurs dimensions fondamentales de l’échange telles que la réciprocité. Ainsi, pour obtenir quelque chose, il faut accepter de céder autre chose ; posséder un nouvel objet suppose de renoncer à un autre.

Ce renoncement est central dans la socialisation l’enfant consommateur. Il lui apprend que tout désir lié à l’acquisition d’un bien marchand ne peut pas être satisfait sans contrepartie.

Le troc enseigne également l’arbitrage. Lorsque l’enfant possède un nombre limité d’objets échangeables, il doit opérer des choix. Doit-il conserver cette carte rare ou l’échanger contre plusieurs cartes plus communes ? Vaut-il mieux obtenir un objet convoité dans des conditions dégradées ou attendre une meilleure offre ? Faut-il accepter un échange déséquilibré pour compléter sa collection ?

Ces décisions s’apparentent aux arbitrages budgétaires que l’enfant rencontrera lorsqu’il disposera d’argent de poche ou qu’il sera confronté à des étiquettes de prix apposées sur les produits.

Appréhender collectivement la valeur symbolique des objets

À partir de 7 ans ou 8 ans, notamment dans les pratiques de collection, les enfants commencent à hiérarchiser les objets. Ils comparent, classent, évaluent. Ils apprennent peu à peu qu’une carte rare ne vaut pas une carte ordinaire, qu’une bille très recherchée peut valoir plusieurs billes moins prestigieuses, qu’un objet à la mode peut prendre temporairement de la valeur dans la cour de récréation. L’échange devient alors un espace d’apprentissage privilégié de la valeur symbolique des objets.

L’observation des jeux de billes est particulièrement éclairante en la matière. Dans les cours d’école, les enfants établissent de véritables grilles de valeur : une bille ordinaire peut servir d’étalon, tandis que d’autres billes valent deux, trois, voire davantage selon leur taille, leur matière, leur couleur, leur rareté ou leur prestige.

Une bille n’est donc pas seulement une chose matérielle. Elle est enchâssée dans un système de symboles et de règles qui sont élaborés entre enfants. La valeur d’un objet ne dépend pas seulement de ses propriétés visibles, mais aussi de normes partagées par le groupe qui échappe souvent au regard des adultes.

Cela explique pourquoi les phénomènes de mode sont si puissants dans les cours de récréation. Un objet peut être très recherché, puis perdre presque sa valeur quelques semaines plus tard. Les enfants expérimentent alors une dimension fondamentale de la valeur symbolique des biens : sa variabilité. La valeur dépend de la rareté perçue, du désir collectif, de la circulation des objets, du prestige associé à leur possession. Une carte, une bille ou une figurine peut devenir précieuse parce que « tout le monde la veut » dans la cour de récréation.

Accéder à la valeur sociale des choses

La valeur d’un objet ne se décrète pas seule : elle se discute, se teste, se conteste. Un enfant peut estimer que son objet « vaut beaucoup », mais il doit en convaincre les autres. Il apprend ainsi que la valeur n’est pas seulement une qualité intrinsèque de l’objet : elle dépend de l’assentiment des pairs, de la demande, des circonstances et de sa compétence à faire reconnaître cette valeur dans l’échange.

Les disputes qui accompagnent souvent le troc sont constitutives de l’apprentissage. Les enfants débattent pour savoir si l’échange est équitable, si l’un a profité de l’autre, si telle carte vaut vraiment trois ou quatre cartes, si l’accord obtenu peut être révisé. Ils expérimentent ainsi des notions morales inhérentes à la vie en société comme l’équité, la loyauté, la confiance.

Pour troquer, les enfants doivent aussi identifier les bons partenaires, anticiper les désirs des autres, présenter leur objet de manière attractive, négocier, refuser, insister ou se retirer. Ils reproduisent, à leur échelle, des scènes observées dans les magasins, au sein de leur foyer ou dans les interactions entre adultes. En ceci, le troc peut s’apparenter à un territoire social où se jouent le statut, l’influence et l’appartenance au groupe.

En grandissant, l’enfant comprend que le prix permet d’échapper en partie aux fluctuations du troc. Il n’a plus à convaincre un pair que son objet est « cher » ; il doit comprendre qu’un montant affiché rend possible, ou non, l’acquisition du produit désiré. Le prix simplifie l’échange, mais il l’abstrait. Il rend les comparaisons plus faciles, tout en éloignant l’enfant de la matérialité immédiate de la transaction.

À l’heure où le troc revient dans les pratiques adultes, souvent associées à la sobriété, au réemploi ou à la consommation responsable, il est intéressant de le considérer aussi comme une expérience d’apprentissage. Chez les enfants, il constitue une étape dans la compréhension du monde économique et social dans lequel il grandit.

En ce sens, le troc rappelle une caractéristique que les sociétés monétaires tendent parfois à faire oublier : la valeur d’un produit ne se résume pas à son prix. Avant d’être un chiffre sur une étiquette, elle est une négociation, une reconnaissance et une relation.

The Conversation

Pascale Ezan ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Billes, cartes Pokémon… Pourquoi les enfants aiment faire du troc – https://theconversation.com/billes-cartes-pokemon-pourquoi-les-enfants-aiment-faire-du-troc-287039

La théorie de l’évolution est mal comprise : est-ce un problème de langue, de vocabulaire ou de psychologie ?

Source: The Conversation – in French – By Nicolas Gergaud, Docteur en sciences du langage, Université Bordeaux Montaigne

Notre langue « ordinaire » peut-elle de décrire correctement un savoir scientifique et des concepts très précis ? La difficulté s’accroît lorsque l’on utilise des mots qui n’ont pas le même sens dans l’usage courant que dans le champ des sciences. L’exemple de la théorie de l’évolution est particulièrement parlant.


La théorie de l’évolution semble souffrir d’un malentendu : si la biologie dispose d’un vocabulaire spécifique dont la fonction est l’univocité, la langue commune, elle, reste polysémique. C’est précisément dans cet écart, entre unicité et variété, que se logent les représentations qui accompagnent encore notre manière de penser l’évolution.

Mes recherches se situent dans le champ des sciences du langage. C’est en analysant une centaine de productions écrites d’étudiants en sciences de la vie qu’un constat s’est progressivement imposé à moi. Alors que je cherchais à décrire les caractéristiques du discours disciplinaire en anatomie comparée, j’ai rencontré une difficulté qui ne relevait pas uniquement de la maîtrise d’un lexique spécialisé ou d’une méthodologie discursive particulière : elle engageait plus largement la capacité de la langue ordinaire à exprimer des concepts issus de la biologie évolutive.

Les termes spécialisés – acide désoxyribonucléique, tétrapode, xylème, ostéichtyen et autres syncrétismes gréco-latins – remplissent une fonction spécifique. Ils permettent de désigner des objets et des phénomènes de façon univoque. Cependant, lorsque les biologistes mettent le savoir en discours, ils mobilisent nécessairement des mots du quotidien dont le sens déborde forcément du cadre scientifique. La difficulté n’est donc pas seulement de vulgariser un savoir complexe, elle est d’abord de traduire un système conceptuel à travers une langue qui par nature est culturellement marquée. Comprendre ce que disent les groupes de mots « théorie de l’évolution » et « les mammifères se sont adaptés » nécessite une posture particulière.

Le mot « théorie » ne signifie pas toujours la même chose

Le mot « théorie » par exemple, dans l’usage courant, renvoie à une opinion personnelle, parfois à une simple conjecture : on peut entendre des énoncés contenant « ma théorie, c’est… » en lieu et place « à mon avis, c’est… » (de cela devraient se méfier d’ailleurs les complotistes). En sciences expérimentales, le terme « théorie » désigne un cadre explicatif robuste, construit à partir d’observations et de résultats expérimentaux, éprouvés par les faits et toujours susceptible d’être révisé. Une théorie n’est jamais absolument vraie ; pour qu’elle le soit, il faudrait admettre qu’elle englobe tous les faits passés, présents et futurs, « la science serait terminée » enseigne le père de la méthode expérimentale, Claude Bernard.

Quant au verbe « s’adapter », avec son pronom réfléchi, il évoque une action volontaire, une capacité à modifier consciemment son comportement face aux circonstances. Pourtant, le discours de la biologie évolutive exclut toute intentionnalité. En effet, le vivant n’a pas décidé d’être ce qu’il est, et encore moins dans une optique d’adaptation. Dans une même population, les individus montrant certaines caractéristiques avantageuses dans un écosystème donné laisseront davantage de descendants. D’un point de vue évolutif, le vivant ne s’adapte pas : il est adapté.

Ces glissements de sens ne relèvent pas d’un simple malentendu lexical. Ils révèlent une manière spontanée de penser le vivant. Comme le montre la psychologie cognitive, nous sommes enclins à attribuer des intentions à des phénomènes naturels qui n’en possèdent aucune. Nous voyons des projets là où n’opèrent que des mécanismes physiques. Nous prêtons des stratégies à ce qui résulte de processus aveugles. Nous avons des intuitions et nous les prêtons aux choses.

L’anthropomorphisme naît de ce phénomène. Thierry Ripoll, professeur de psychologie cognitive à l’université d’Aix-Marseille, écrit dans son ouvrage Pourquoi croit-on ? (2020) que le système intuitif répond à un besoin de sens immédiat et à l’espoir de ne pas être le produit contingent de phénomènes dépourvus de finalité. Bref, nous aimons nous raconter des histoires pour mieux rêver. L’une des conséquences les plus persistantes de cette disposition cognitive consiste à interpréter l’évolution comme une marche vers le progrès.

Progrès ? Quel progrès ?

Le mythe du progrès sous-tend largement notre manière de penser l’évolution du vivant. Il constitue l’un des cadres interprétatifs à travers lesquels nous donnons intuitivement un sens positif à l’évolution. Pourtant, le progrès est une notion historique, sociale ou technique, il n’est pas une catégorie biologique. On peut parler de progrès scientifique, économique ou politique ; on ne saurait parler d’un progrès de la nature. Si une structure organique (comme l’œil par exemple) demeure dans les populations, c’est parce que l’efficacité fonctionnelle contribue à sa persistance, et non pas parce qu’elle représenterait une amélioration inscrite dans un projet d’ensemble. Nos yeux, nos poumons ou notre cerveau ne sont pas l’aboutissement d’un dessein, ils sont les produits contingents de l’histoire évolutive.

Pourtant, en dépit de la liste de mots à éviter en sciences de l’évolution, notre langage continue d’introduire partout des hiérarchies implicites. Nous parlons encore volontiers d’espèces « primitives », de « fossiles vivants », ce qui revient à parler d’organismes qui seraient « moins » ou « plus » évolués que d’autres (ce qui est erroné, convenons-en). Nous évoquons encore souvent une nature « bien faite », voire qui serait « inventive ».

La métaphore de la « sortie des eaux » fonctionne elle-même comme un récit de promotion où quitter le milieu aquatique reviendrait à franchir un degré supérieur de l’évolution. Mais que dire alors des méduses et des baleines ? Des bactéries ou des champignons ? Des plantes ? À quelle aune mesurerions-nous leur prétendue infériorité ? Ces questions n’ont, du point de vue de la biologie, aucun sens. Elles témoignent seulement de la persistance d’un imaginaire finaliste.

Une question socialement vive

Le savoir lié à l’évolution se heurte toujours à de multiples représentations sociales où se rencontrent croyances et biais épistémologiques. Si le débat scientifique catalysé par Darwin semble réglé, la théorie est loin de faire consensus dans la sphère sociétale : la théorie de l’évolution demeure une question socialement vive. Les difficultés de compréhension de la théorie de l’évolution ne relèvent pas d’une simple confusion terminologique.

Elles traversent l’école, l’université et, plus largement, la société. Récemment, une étude de l’IFOP révèle que 27 % des 18-24 ans sondés adhèrent à une représentation créationniste du monde (« les êtres humains ne sont pas le fruit d’une longue évolution d’autres espèces comme les singes mais ont été créés par une force spirituelle »), tandis qu’un quart des étudiants inscrits en licence ou en master conservent une représentation erronée de l’évolution. Dès lors, l’enjeu dépasse largement le cadre de la biologie : il touche à la manière dont la société s’approprie les connaissances scientifiques. C’est pourquoi la vulgarisation occupe une place décisive. Il ne s’agit pas seulement de rendre le savoir accessible, mais aussi d’éviter que le langage ordinaire ne réintroduise dans la narration des schémas de pensée que la théorie de l’évolution permet pourtant de dépasser.

Un storytelling contre-productif

L’une des images les plus ancrées de l’évolution reste celle d’un continuum linéaire, au travers duquel l’idée du primate « moins évolué » se redresse progressivement jusqu’à devenir un être humain assurément « plus évolué ».

Les documentaires sur la nature sont souvent des invitations au voyage. Mais, là où tout est supposé n’être qu’ordre et beauté, les récits consacrés au vivant sont largement imprégnés d’anthropomorphisme. La nature « invente », les animaux deviennent « ingénieux », les plantes « décident » et possèdent des « superpouvoirs » tandis que l’évolution déploie ses « ruses ». Pris isolément, ces procédés relèvent de nécessités narratives. Accumulés, ils composent cependant une véritable commedia dell’arte du vivant, où les personnages – le progrès, l’intention, le génie de la nature – avancent masqués. Dans ce « storytelling mental » : nous construisons des narrations qui nous procurent le sentiment de comprendre le monde. Ce qui facilite le récit brouille la compréhension de la théorie : il y a du bruit dans la transmission.

Tout cela indique que la vulgarisation peine encore à dépasser l’obstacle à la bonne transmission du savoir. Cela suppose peut-être de soumettre notre langue commune à l’analyse. À la lumière de La Psychanalyse du feu, nous sommes invités à nous interroger sur les images, les intuitions et les valeurs que nous projetons sur le monde. Il nous appartient sans doute d’exercer cette même vigilance à l’égard des mots par lesquels nous racontons le vivant. Pour la connaissance objective, rectifier le discours n’est pas seulement mieux dire la science ; c’est aussi apprendre à mieux la penser.

L’espèce humaine n’occupe aucun sommet par rapport aux autres espèces.
University of Texas

À partir de séquences d’ARN ribosomal, des chercheurs de l’université du Texas fournissent une représentation graphique de la parenté d’environ 3000 espèces actuelles. Cela prend la forme d’un cercle, dont chacun des points se trouve équidistant de l’ancêtre commun universel. Notre position n’y occupe aucun sommet. Homo sapiens partage le même temps évolutif que Gallus gallus(coq doré), qu’un chêne, un champignon ou une bactérie. Les degrés de complexité diffèrent ; le temps évolutif, lui, est identique. Aucune espèce contemporaine n’est plus évoluée qu’une autre.

Cette idée, de se situer au même rang évolutif que tous les êtres vivants, est peut-être l’une des plus difficiles à accepter, tant elle heurte nos intuitions. Elle exige que nous renoncions au récit du progrès pour penser l’histoire du vivant sans direction, sans intention et sans hiérarchie. Il nous faudra sans doute décoloniser notre imaginaire, non pour renoncer à raconter des histoires, mais pour apprendre enfin à raconter celle de l’évolution.

The Conversation

Nicolas Gergaud ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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Peut-on suivre un salarié toutes les dix secondes pour vérifier son temps de travail ?

Source: The Conversation – in French – By Pauline Prépin, Maitre de conférences en droit privé et sciences criminelles, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ) – Université Paris-Saclay

Le 18 mars 2026, la Cour de cassation valide un système de géolocalisation qui suit des distributeurs en continu pendant leur tournée. Comment l’expliquer ? Cette décision fait-elle loi ? Y a-t-il d’autres alternatives ?


Le 18 mars 2026, la chambre sociale de la Cour de cassation, la plus haute juridiction pour les litiges en droit du travail, valide un système de géolocalisation, Distrio, pour une société de distribution, Mediapost. Ce système « enregistre la localisation des distributeurs (d’imprimés publicitaires) toutes les dix secondes au moyen d’un boîtier mobile que les distributeurs portent sur eux lors de leur tournée et qu’ils activent eux-mêmes ».

Le feu vert de la Cour de cassation est conditionné à l’exigence de fiabilité du décompte des heures. Autrement dit, à la démonstration par l’employeur que son système compte les heures de façon fiable.

C’est un syndicat, la fédération Sud-Est des activités postales et des télécommunications, qui avait attaqué le dispositif Distrio (le boîtier de géolocalisation) en le jugeant illégal. La Cour de cassation lui donne tort. L’apport de la décision ne tient pas seulement à ce résultat : il tient à la façon dont les juges articulent leur raisonnement habituel avec un critère venu du droit de l’Union européenne, la fiabilité du décompte des heures de travail.

En consacrant ma thèse au lien de subordination à l’épreuve du numérique, j’ai analysé comment ces dispositifs déplacent la frontière entre contrôle de l’employeur et protection du salarié.

Deux conditions cumulatives

Depuis 2011, la Cour de cassation soumet à deux conditions cumulatives la licéité d’un dispositif de géolocalisation servant au contrôle de la durée du travail des salariés :

  • Ce contrôle ne doit pas pouvoir être fait par un autre moyen, fût-il moins efficace. Par exemple, cela peut être une feuille d’heures remplie à la main, un badge à l’entrée ou un relevé déclaratif ;

  • Le salarié ne doit pas disposer d’une liberté dans l’organisation de son travail. Un salarié commercial qui choisit ses rendez-vous, son itinéraire et ses horaires est libre dans son organisation et ne peut donc pas être suivi par un dispositif de géolocalisation.

Cette grille avait été appliquée à plusieurs reprises. La Cour de cassation a refusé pendant longtemps de valider ce type de dispositif : en 2018 et à deux reprises en 2024.

Faute de preuve, le système de suivi a été invalidé. Dans l’une des affaires, le distributeur réclamait près de 50 000 euros d’heures supplémentaires impayées, un signe de l’importance du décompte des heures. Dès lors qu’un autre moyen, même moins efficace, était admis, il était presque impossible de faire accepter ce type de dispositif.

Protection de la santé des travailleurs

L’arrêt du 18 mars 2026 vient affiner cette position.

La chambre sociale de la Cour de cassation adosse son raisonnement à une décision de la Cour de justice de l’Union européenne. Elle oblige les États membres à imposer aux employeurs un système « objectif, fiable et accessible » de mesure du temps de travail journalier. Pour la Cour de justice, cette obligation vise à garantir l’effectivité du droit au repos et à la protection de la santé des travailleurs.

Le changement de perspective est net. Le contrôle de la durée du travail n’est plus un simple objectif susceptible de justifier une atteinte à la vie privée du salarié. Il devient une obligation à laquelle l’employeur est tenu, pour garantir la santé du salarié.

Concrètement, sans système fiable, un salarié itinérant qui dépasse régulièrement ses horaires ne peut ni faire constater ses heures supplémentaires ni faire respecter ses temps de repos. Mesurer devient une condition pour protéger.

Maintien de conditions strictes

La validation des juges tient toujours à deux conditions.

L’autonomie des distributeurs est jugée « très relative » : ni les documents ni les destinataires ni les parcours ni les dates ne sont à leur main. Seuls les horaires de la journée le sont. Le boîtier est activé volontairement par le salarié en phase de distribution.

Il s’éteint à sa demande et n’enregistre rien pendant les déplacements personnels ou les pauses. Les données transitent par un tiers de confiance, sans suivi en temps réel par l’employeur. L’employeur ne déclenche un échange avec le salarié qu’au-delà d’un écart de 5 % entre temps planifié et temps enregistré sur la semaine.




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La chambre sociale de la Cour de cassation valide la motivation de la Cour d’appel de Lyon, qui avait écarté les alternatives proposées par le syndicat. Celui-ci en avançait plusieurs :

  • Que les salariés déclarent eux-mêmes leurs heures ;

  • Qu’on interroge les habitants sur le passage du distributeur ;

  • Qu’un responsable accompagne les tournées ;

  • Ou encore qu’un badge enregistre débuts et fins de journée.

L’ensemble de ces propositions a été écarté, car aucun de ces dispositifs ne permet, selon les juges, un décompte suffisamment fiable, sans être excessivement onéreux, des heures réellement travaillées.

Quand la fiabilité justifie la surveillance

Sous l’influence du droit de l’Union européenne, le contrôle ne porte plus seulement sur l’existence d’un moyen alternatif, mais sur l’existence d’un moyen alternatif fiable. Autrement dit, tout dispositif moins attentatoire aux libertés du salarié doit prévaloir sur la géolocalisation dès lors qu’il permet, avec un degré de fiabilité suffisant, d’assurer le contrôle de la durée du travail.

Si un système de pointage, sans suivi des déplacements, devenait suffisamment fiable et accessible pour mesurer le temps de travail d’un distributeur, la première condition cesserait alors d’être remplie et la géolocalisation redeviendrait illicite. À l’employeur de démontrer, pour chaque dispositif, qu’aucun autre moyen ne permet un décompte fiable.

The Conversation

Pauline Prépin ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Peut-on suivre un salarié toutes les dix secondes pour vérifier son temps de travail ? – https://theconversation.com/peut-on-suivre-un-salarie-toutes-les-dix-secondes-pour-verifier-son-temps-de-travail-282770

Suplemento cultural: del cine al Mundial

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Claudia Lorenzo Rubiera, Editora de Arte y Humanidades, The Conversation

Imagen de la última adaptación de la _Odisea_, dirigida por Christopher Nolan. Universal Pictures

Una versión de este texto se publicó por primera vez en nuestro boletín Suplemento cultural, un resumen quincenal de la actualidad cultural y una selección de los mejores artículos de historia, literatura, cine, arte o música. Si quiere recibirlo, puede suscribirse aquí.


Hace tres años (¡tres años ya!) el fenómeno conocido como Barbenheimer le dio esperanza y alegría a las taquillas cinematográficas, después de una larga temporada de sequía desde la pandemia. Que se estrenasen el mismo fin de semana dos superproducciones como Barbie, de Greta Gerwig, y Oppenheimer, de Christopher Nolan, tan diferentes en sus planteamientos pero con una clara voluntad generalista, no jugó en contra de ninguna de ellas. Al contrario. La audiencia decidió combinar ambas (y eso que combinar algo con las tres horas de Oppenheimer era complicado) y consiguió que, al acabar su ciclo en salas, entre las dos la recaudación ascendiese a más de dos mil millones de dólares.

Hablamos de dinero y no de calidad porque, aunque aquel año Oppenheimer finalmente le dio a Nolan los premios Óscar tanto tiempo ansiados por él y sus seguidores, con el estreno de La Odisea los analistas no han prestado atención (al menos de momento) a la recepción crítica sino al efecto recaudatorio del filme. Nolan siempre ha sido la gran esperanza para las salas y este fin de semana ha firmado su mejor estreno en la taquilla internacional de la historia.

En este caso, no solo nos hemos encomendado a un cineasta británico que ha conseguido aunar sus obsesiones (muchas de ellas relacionadas con el espacio y el tiempo) con el interés popular. También acudimos a quien, hace tres mil años, relató las aventuras de Ulises. La narración de Homero ha estado con nuestra especie milenios y todos, habiéndola leído o no, nos vemos influidos por ella. No solo la vida del héroe del poema es épica, también nuestra existencia en este mundo responde al patrón de la Odisea.

90 años

Si el viernes fue el día de la épica, el sábado se conmemoraron en España los 90 años del inicio de la guerra civil española, un conflicto que ha marcado profundamente la historia del país.

Recibimos la fecha con el tráiler de La bola negra, la última obra de Javier Ambrossi y Javier Calvo, “los Javis”, y premiada en Cannes. Una película sobre la guerra civil. ¿Otra más? Pero… ¿de verdad se han hecho tantas como dicen algunos? ¿Se han hecho suficientes? ¿Comparamos con otros eventos del siglo XX?

Todavía nos queda mucho por explorar del conflicto, como escribe Jaume Claret. Y no solo historiográficamente. Necesitamos saber más sobre la gente de a pie, por ejemplo sobre todos aquellos exiliados. El Archivo Nacional está haciendo una gran labor de recopilación de cartas y documentos de algunos de los grandes personajes de esa emigración, como cuenta Elena Lázaro.

Sin embargo, hay voces que todavía no han llegado tan lejos como deberían. Entre ellas, las de los niños exiliados, una generación en medio de ninguna parte, criada en el extranjero pero con añoranza de la madre patria. Conocer sus obras, su visión del mundo y sus experiencias probablemente ayudaría a muchos otros chavales que hoy en día se ven obligados a huir de su patria sin que nadie les haya preguntado si quieren hacerlo.

España y Argentina

Y el domingo, el verdadero rival de Christopher Nolan en la taquilla fue la final del Mundial de fútbol masculino.

Cuando escuché, el martes 14 de julio, al comentarista del partido decir “y aquí llega la sinfonía de España” en un momento en el que los jugadores españoles se acercaban a la portería francesa, me dio la risa. Justo el día anterior habíamos publicado este tema de Rubén Conde Rubio en el que proponía, precisamente, dejar de utilizar metáforas bélicas en las narraciones del fútbol y cambiarlas a metáforas musicales. ¿Se leyeron en TVE el artículo de The Conversation antes de que empezase el encuentro?

Tal vez leyesen también el nuevo artículo de Conde Rubio y Paula Albitre Lamata, en el que diseccionan, aprovechando que el Hudson pasa por allí, las diferencias en el trato de confianza entre el español de Argentina y el de España. Es decir, ¿por qué yo digo “tú” y mis amigas argentinas me dicen “vos”? Es un recorrido lingüístico apasionante que desemboca en lo de siempre: las diferencias están llenas de curiosidades que nos enriquecen.

En los palcos de encuentros anteriores hemos visto cómo las cámaras apuntaban a grandes futbolistas, actores y actrices, cantantes, banqueros y empresarios, y todos ellos disfrutan del privilegio que el común de los mortales no tiene. Pero esto tampoco lo ha inventado el siglo XX. Ya los antiguos romanos intentaron hacerlo y… digamos que los ciudadanos tuvieron algo que decir.

Con un pie en la arena…

El Suplemento todavía no se va de vacaciones, aunque poco le queda. Antes de eso, dejamos un texto que repasa la historia del veraneo en España, desde aquel momento en el que solo se podían permitir las vacaciones unos pocos (por tiempo y dinero) hasta los logros sociales que hicieron posible descansar del trabajo y, tal vez, hacerlo lejos de casa (aunque fuese en el pueblo).

Y si están buscando libro para llevarse a la playa o a la montaña, las obras de la arqueóloga Marga Sánchez Romero siempre son una lectura apasionante. Mi compañera Lorena Sánchez la entrevistó para analizar esa manía que tenemos de basar el estudio de la historia en los acontecimientos violentos en vez de las resoluciones de conflictos pacíficas que, aviso, han sido muchas más.

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ref. Suplemento cultural: del cine al Mundial – https://theconversation.com/suplemento-cultural-del-cine-al-mundial-287788

Pourquoi des candidats disparaissent-ils en plein recrutement ? Ce que révèle vraiment le « ghosting »

Source: The Conversation – France (in French) – By Delphine Minchella, Enseignant-chercheur en Management stratégique – Laboratoire Métis EM Normandie, EM Normandie

L’ESSENTIELCliquez pour lire les trois points à retenir
Le ghosting (soit le fait pour un candidat de disparaître pendant un processus de recrutement) traduit une dégradation des relations entre le recruteur et les recrutés.
La recherche montre qu’il existe trois types de motivation à ce comportement.
Les entreprises peuvent agir en améliorant « l’expérience-candidat »
Replier


Dans la plupart des relations professionnelles, disparaître sans explication – ghoster – représente un risque. Les mondes professionnels sont petits, les recruteurs changent d’entreprise et une (mauvaise) réputation peut précéder un candidat durant plusieurs années. Pourquoi, alors, prendre ce risque plutôt que d’envoyer un simple message indiquant que l’on ne souhaite plus poursuivre le processus de recrutement ?

La réponse tient moins à un manque de politesse qu’à la nature de la relation construite au cours du recrutement, voire de la vie professionnelle.

En effet, nos données montrent que le ghosting n’est généralement pas une simple façon d’éviter une conversation inconfortable. Il traduit surtout une volonté de rompre définitivement le lien avec une entreprise (ou son représentant) jugée irrespectueuse, décevante ou toxique. Autrement dit, derrière le silence se cache souvent une forme de rejet.




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Quand la courtoisie disparaît

Le paradoxe est frappant : nombre de candidats que nous avons interrogés disent eux-mêmes avoir souffert d’avoir été ghostés par des recruteurs auparavant. Des semaines sans réponse après un entretien, des processus qui s’interrompent sans explication, des promesses de rappel jamais tenues : ces expériences laissent des traces. Elles alimentent progressivement l’idée que les règles de courtoisie ne s’appliquent plus dans le recrutement.

Le ghosting du candidat apparaît alors comme une forme de réciprocité. Il ne s’agit pas nécessairement de se venger, mais de considérer que l’entreprise a elle-même rompu les règles de la relation. Lorsqu’un recruteur disparaît sans explication, pourquoi le candidat devrait-il continuer à faire preuve d’exemplarité ?

Trois profils

Nos résultats permettent d’identifier trois profils de candidats ghosteurs. Le premier est le « ghosteur régulier » : après avoir accumulé les mauvaises expériences de recrutement, il finit par disparaître presque systématiquement des processus qu’il ne souhaite plus poursuivre. Le ghosting devient alors un mécanisme de protection.

Le deuxième est le « ghosteur occasionnel » : il ne disparaît qu’en réaction à un comportement précis de l’entreprise : manque de respect, pression excessive, promesses non tenues, absence de transparence ou communication défaillante. Ici, ghoster est une réponse à une relation jugée injuste.

Enfin, le « ghosteur accidentel » qui, lui, n’avait pas l’intention de disparaître. Souvent engagé dans de nombreuses candidatures simultanées, il se retrouve dépassé par les sollicitations. Par peur d’annoncer son désistement ou de décevoir un recruteur, il repousse le moment de répondre… jusqu’à ne plus répondre du tout. Ces trois profils rappellent que tous les ghosting ne relèvent pas des mêmes mécanismes psychologiques.

L’impact d’une relation de qualité

Un résultat ressort particulièrement de notre recherche : les candidats disent éprouver beaucoup de difficultés à ghoster un recruteur qu’ils perçoivent comme humain, transparent et honnête. Autrement dit, la qualité de la relation protège contre le ghosting.

BFM Business 2023.

Les entreprises disposent donc de plusieurs leviers d’action. Le premier est le respect des délais de réponse. Même lorsqu’une candidature n’est pas retenue, un retour rapide vaut mieux qu’un long silence. Le deuxième est la transparence. Communiquer dès le début du processus sur la rémunération, les étapes de sélection ou les attentes du poste évite de nourrir des attentes qui seront ensuite déçues. Le troisième consiste à limiter les coûts imposés aux candidats : multiplication des entretiens, batteries de tests peu pertinentes, déplacements inutiles ou procédures interminables peuvent rapidement transformer une expérience positive en expérience frustrante.

Dans bien des cas, le ghosting révèle moins une évolution des comportements individuels qu’une dégradation de la qualité des relations de recrutement. Le silence du candidat devient alors un indicateur de l’expérience qu’il vient de vivre. Autrement dit, si les entreprises veulent réduire le ghosting, elles gagneraient à se demander non pas seulement pourquoi les candidats ghostent, mais ce qui, dans leurs propres pratiques de recrutement, les pousse à le faire.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Pourquoi des candidats disparaissent-ils en plein recrutement ? Ce que révèle vraiment le « ghosting » – https://theconversation.com/pourquoi-des-candidats-disparaissent-ils-en-plein-recrutement-ce-que-revele-vraiment-le-ghosting-277748

Ce que les retraits du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la Cour pénale internationale révèlent de la diffusion autoritaire

Source: The Conversation – in French – By Alène Ngarura Kaneza, doctorante, Université Libre de Bruxelles (ULB)

Le 24 juin, le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont officiellement notifié au secrétaire général des Nations unies leur retrait du traité fondateur de la Cour pénale internationale (CPI). Le geste n’est pas sans précédent. Il rappelle celui du Burundi, premier État à avoir quitté la CPI en 2017, dans un contexte de vives tensions avec la communauté internationale, surtout avec l’annonce du procureur de la CPI d’ouvrir une enquête sur les crimes perpétrés entre 2015 et 2017.

Une double interrogation s’impose. Le retrait de la CPI n’apparaît-il pas comme une pratique qui circule entre régimes autoritaires ? Et lorsque les institutions internationales sont perçues comme appliquant le droit à géométrie variable selon les États, ne fragilisent-elles pas leur propre crédibilité — nourrissant, ce faisant, les discours qui contestent leur légitimité ?

Mes recherches doctorales portent sur les sanctions internationales imposées par l’Union européenne et des organisations régionales et la résilience autoritaire dans les États fragiles, à travers une étude comparative du cas du Burundi. J’y consacre un chapitre à d’autres pays ayant fait l’objet de sanctions.

J’analyse comment le retrait du Burundi de la CPI a créé un précédent susceptible d’avoir inspiré la décision similaire du Burkina Faso, du Mali et du Niger. J’interroge les effets de ces retraits sur la crédibilité de la justice pénale internationale.

Le précédent burundais

Ces questions me sont revenues à l’esprit lors d’un entretien avec un haut fonctionnaire du gouvernement actuel du Burundi, mené dans le cadre de mes recherches sur les sanctions internationales imposées au Burundi entre 2015 et 2022. Interrogé, il m’a confié :

Les sanctions de l’Union européenne ont permis au Burundi de se prendre en charge et de ne pas trop compter sur l’extérieur. Il s’agit là d’un point positif. Je pense que c’est cette même dynamique que nous voyons au Sahel.

La formule est provocatrice — elle n’est pas pour autant dénuée de sens. Le Burundi, souvent classé parmi les États les plus « fragiles » au monde, a pourtant été le premier à quitter la Cour pénale internationale, en pleine crise diplomatique avec l’Occident, alors que le régime de Pierre Nkurunziza était accusé de graves violations des droits humains— accusations qui avaient justifié l’adoption de sanctions de l’UE et des Etats-Unis.

Diffusion autoritaire

Le précédent burundais n’est pas resté isolé. Dans les années qui ont suivi, plusieurs États ont à leur tour remis en cause leur appartenance à la Cour pénale internationale. En 2016, l’Afrique du Sud et la Gambie annoncent leur intention de se retirer, avant de faire marche arrière à la faveur d’évolutions politiques internes. Les Philippines, en revanche, iront jusqu’au bout du processus en se retirant officiellement de la Cour en 2019, après avoir notifié leur décision l’année précédente. Ce retrait est dû à l’ouverture d’une enquête, en février 2018, contre le président Rodrigo Roa Duterte qui aurait ordonné des homicides extrajudiciaires.

Similitudes frappantes

Le rapprochement avec les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) doit toutefois être manié avec prudence. Rien ne permet d’affirmer que le Mali, le Burkina Faso ou le Niger se soient directement inspirés du précédent burundais lorsqu’ils ont annoncé leur retrait de la CPI. En revanche, les contextes présentent des similitudes frappantes.

Dans ces pays, la décision intervient au moment où les relations avec les partenaires occidentaux sont profondément dégradées. L’expérience burundaise a pu apparaître comme la démonstration qu’il est possible de s’affranchir de certaines institutions internationales, tout en assurant sa pérennité politique — singulièrement en contexte de tension diplomatique.

C’est surtout la proximité des justifications avancées par ces régimes qui retient l’attention. Le Burundi et les États de l’Alliance des États du Sahel mobilisent un registre discursif comparable pour légitimer leur retrait de la Cour pénale internationale.

Au moment du retrait burundais, la ministre de la Justice, Aimée Laurentine Kanyana, dénonçait une Cour, devenue selon elle « un instrument de pression politique sur les pays pauvres et un moyen de les déstabiliser ». Le choix du Burundi a été motivé par la conviction que la Cour était à la solde des grandes puissances, remettant en cause l’indépendance de la Cour elle-même.

Dans sa notification de retrait, l’AES reproche à cette instance onusienne basée à la Haye aux Pays-Bas de manquer d’impartialité et de politiser la question des droits humains.

La défiance africaine envers la CPI trouve son origine en 2005, lorsque le Conseil de sécurité des Nations unies saisit la Cour au sujet du Darfour, mais elle se cristallise véritablement avec l’émission des mandats d’arrêt contre le président soudanais Omar el-Béchir entre 2009 et 2010. Elle est ensuite ravivée par l’affaire Laurent Gbagbo, arrêté et transféré à La Haye en 2011 — lui et son épouse Simone étant accusés d’avoir commis des crimes contre l’humanité en Côte d’Ivoire — puis par le transfert de Charles Blé Goudé à la CPI le 22 mars 2014, qui relance la polémique.

La CPI face aux critiques

C’est dans ce contexte de défiance croissante à l’égard de la CPI que le Burundi s’est progressivement inscrit.

Cette lecture invite à prendre au sérieux un phénomène souvent négligé où les régimes autoritaires n’apprennent pas seulement de leur propre expérience. Ce qui circule n’est pas tant une doctrine qu’un répertoire de pratiques et de stratégies des régimes autoritaires face aux pressions internationales.

À mesure que ces précédents se multiplient, ils rendent certaines options politiques plus concevables, plus légitimes et, potentiellement, moins coûteuses. C’est précisément ce type de mécanisme de diffusion qui permet d’articuler le cas du Burundi avec ceux du Mali, du Burkina Faso, du Niger — et d’autres, à venir.

Un instrument contesté

Le retrait de la CPI traduit ainsi une volonté partagée de contester des institutions internationales perçues comme des instruments de l’ordre occidental, voire comme l’expression d’un néocolonialisme contemporain.

Ce discours trouve d’autant plus d’écho que l’actualité internationale comme la guerre à Gaza alimente les accusations de « deux poids, deux mesures » dans l’application du droit international. Alors qu’un mandat d’arrêt de la Cour est émis contre le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, et son ancien ministre de la Défense, c’est au tour du procureur de la CPI d’essuyer des sanctions des États-Unis de Donald Trump.

D’ailleurs, le Royaume-Uni et les États-Unis n’ont jamais eu à répondre devant la Cour des actes de torture allégués en Irak et en Afghanistan.

Les violations des droits humains ne suscitent pas toujours les mêmes réactions selon qu’elles sont imputées à des États du Sud global ou à des puissances occidentales et à leurs alliés. Que ces perceptions soient fondées ou non, elles renforcent la crédibilité des discours souverainistes portés par les régimes autoritaires et facilitent la contestation de la légitimité des mécanismes de justice internationale.

Le précédent burundais rappelle une vérité inconfortable où les institutions internationales ne s’effondrent pas dans le fracas des grandes ruptures, mais s’érodent par petites soustractions successives, chacune rendue un peu plus banale par celle qui l’a précédée. Les annonces de retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger s’inscrivent dans cette dynamique — la démonstration qu’on peut claquer la porte de la justice internationale sans que le plafond ne s’écroule.

Tant que ce constat ne sera pas démenti par les faits, chaque retrait isolé continuera d’alimenter le suivant, et la CPI risque de se retrouver, non pas rejetée frontalement, mais vidée patiemment de sa capacité à incarner une justice universelle.

The Conversation

Alène Ngarura Kaneza does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Ce que les retraits du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la Cour pénale internationale révèlent de la diffusion autoritaire – https://theconversation.com/ce-que-les-retraits-du-burkina-faso-du-mali-et-du-niger-de-la-cour-penale-internationale-revelent-de-la-diffusion-autoritaire-287459

Ces algues qui ne sont pas des plantes… Six faits surprenants sur la flore aquatique

Source: The Conversation – France in French (2) – By Alexander Bowles, Glasstone Research Fellow, Plant Science, University of Oxford

L’utriculaire est une plante carnivore aquatique rare.
Maximillian cabinet/Shutterstock

Des plantes sans racines, d’autres carnivores, certaines capables de fleurir sous l’eau… Les plantes aquatiques ont développé des adaptations spectaculaires qui défient notre vision du monde végétal.


À l’abri des regards, sous la surface des eaux, se déploie un monde végétal d’une étonnante inventivité et parmi les plus importants sur le plan écologique.

Comme je le souligne dans une publication récente, les plantes aquatiques ont développé une extraordinaire diversité d’adaptations pour vivre sous l’eau. Certaines fleurissent sous la surface, d’autres capturent des animaux grâce à d’ingénieux pièges. Voici sept faits qui montrent à quel point ces organismes remarquables bousculent nos idées reçues sur ce qu’est une plante et sur les stratégies qu’elle déploie pour survivre.

1. Les plantes n’en finissent pas de retourner à l’eau

Quand on pense aux plantes, on imagine spontanément les forêts, les prairies ou les champs. Pourtant, au cours de leur histoire évolutive, les plantes sont retournées à de nombreuses reprises dans le milieu aquatique, là même où elles sont apparues. Il y a environ 500 millions d’années, elles ont conquis les terres émergées. Depuis, nombre d’entre elles ont fait le chemin inverse. Les scientifiques estiment que le mode de vie aquatique est apparu indépendamment plus de 100 fois au sein de différents groupes de plantes.

Les nénuphars font flotter leurs feuilles à la surface, les lentilles d’eau dérivent librement et les herbiers marins vivent entièrement immergés dans l’océan. Certains de ces groupes sont retournés à l’eau il y a plus de 100 millions d’années. Cette réapparition répétée des plantes aquatiques constitue l’un des exemples les plus spectaculaires de l’évolution convergente dans la nature.

2. Les plantes qui n’en sont pas

Parmi les organismes les plus visibles sous la surface de l’eau figurent les algues. Elles réalisent la photosynthèse et ressemblent souvent à des plantes sous-marines. Pourtant, malgré les apparences, certaines algues ne sont pas de véritables plantes.

Des algues
Les algues ne sont pas des plantes.
divedog/Shutterstock

Les algues marines appartiennent en réalité à plusieurs lignées d’algues distinctes dans l’arbre du vivant. Les laminaires géantes, qui forment de véritables forêts sous-marines, sont des algues brunes. Le nori et la dulse sont des algues rouges, tandis que la laitue de mer appartient aux algues vertes.

Contrairement aux plantes, elles ne possèdent ni véritables racines, ni tiges, ni feuilles, et ne produisent ni fleurs ni graines. Leur ressemblance avec les plantes rappelle toutefois que l’évolution peut conduire à des formes très similaires chez des organismes pourtant très éloignés, lorsqu’ils sont confrontés aux mêmes contraintes environnementales.

3. Des plantes qui vivent dans les profondeurs

Les plantes ont besoin de lumière pour réaliser la photosynthèse, ce qui les cantonne généralement aux milieux terrestres ou aux eaux peu profondes. Pourtant, certaines mousses aquatiques survivent à des profondeurs étonnantes. La faucillette courbée (Drepanocladus aduncus) a ainsi été observée à 140 mètres sous la surface dans les eaux exceptionnellement limpides de Crater Lake, dans l’État américain de l’Oregon. Il s’agit de la plante aquatique connue poussant aussi sur terre qui vit à la plus grande profondeur, environ la hauteur de la cathédrale de Strasbourg.

Des mousses de grande profondeur ont également été recensées dans des lacs de Nouvelle-Zélande, d’Antarctique et d’autres régions. Elles prospèrent dans des environnements si profonds qu’ils sont presque totalement privés de lumière et où très peu d’animaux peuvent survivre.

4. Des plantes sans racines

Les racines sont l’une des caractéristiques emblématiques des plantes. Elles les ancrent dans le sol et y puisent l’eau ainsi que les nutriments. Pourtant, de nombreuses plantes aquatiques ont considérablement réduit leur système racinaire, et certaines semblent même avoir complètement perdu leurs racines.

La Wolffia est aussi surnommée le « caviar vert » en raison de ses qualités nutritionnelles.
Suphap Donwun/Shutterstock

La vie sous l’eau change les règles du jeu. L’eau et les nutriments dissous entourent directement la plante, rendant les vastes systèmes racinaires beaucoup moins utiles que sur terre. De nombreuses espèces aquatiques absorbent ainsi les nutriments directement par leurs feuilles et leurs tiges.

Les lentilles d’eau en offrent l’un des exemples les plus extrêmes. Certaines espèces ne possèdent qu’une seule racine, contrairement à des parentes comme la grande lentille d’eau, qui en développe plusieurs. Quant aux espèces du genre Wolffia – les plus petites plantes à fleurs du monde –, elles n’ont plus aucune racine et flottent librement à la surface de l’eau. Un individu mesure à peine un millimètre de long et ses fleurs ne dépassent pas 0,3 millimètre.

5. Des plantes carnivores sous l’eau

Toutes les plantes aquatiques ne se contentent pas de la lumière du Soleil et des nutriments dissous dans l’eau. Certaines complètent leur alimentation en capturant et en digérant de petits animaux.

Les exemples les plus spectaculaires sont les utriculaires (Utricularia), un groupe de plantes aquatiques dépourvues de racines que l’on trouve dans les eaux douces du monde entier. Leurs feuilles se sont transformées en minuscules pièges en forme de vessie qui créent un vide en expulsant l’eau contenue dans leur cavité.

Les utriculaires sont un véritable cauchemar pour les minuscules animaux.
JIANG TIANMU/Shutterstock

Lorsqu’un minuscule animal effleure les poils sensitifs situés à l’entrée du piège, une trappe s’ouvre brusquement et la proie est aspirée en moins d’une milliseconde. Les pièges des utriculaires figurent ainsi parmi les mouvements les plus rapides du règne végétal. S’ils capturent le plus souvent de petits invertébrés aquatiques, il leur arrive aussi de piéger des larves de poissons et des têtards.

Ce mode de vie carnivore permet aux utriculaires de prospérer dans des eaux pauvres en nutriments, où la plupart des autres plantes peinent à survivre.

6. Une pollinisation portée par les courants

Quand on pense à la pollinisation des plantes, on imagine volontiers des abeilles butinant de fleur en fleur par une belle journée ensoleillée. Mais sous l’eau, la pollinisation devient beaucoup plus compliquée. Au lieu de compter sur les insectes ou le vent, de nombreuses plantes aquatiques, comme les herbiers marins, utilisent directement les courants pour transporter leur pollen jusqu’à sa destination.

Sur terre, les plantes attirent leurs pollinisateurs en diffusant des parfums dans l’air. Sous l’eau, en revanche, ces signaux volatils sont inefficaces. Cette contrainte a conduit à un changement évolutif : les plantes entièrement aquatiques, comme les herbiers marins, ont perdu les gènes responsables de la production de ces composés odorants. Ne procurant plus d’avantage, ils ont progressivement disparu au cours de l’évolution.

7. Les herbiers marins et les mangroves, de puissants puits de carbone

Les herbiers marins et les mangroves capturent et stockent le carbone dans leurs tissus ainsi que dans les sédiments qui les entourent, ce qui les classe parmi les puits de carbone naturels les plus efficaces de la planète. Ensemble, ils emmagasinent ce que les scientifiques appellent le « carbone bleu » : le carbone piégé dans les écosystèmes côtiers, où il peut rester stocké pendant des siècles, voire des millénaires.

Les mangroves stockent des quantités de carbone insoupçonnées.
Ethan Daniels/Shutterstock

À l’échelle mondiale, ces écosystèmes – herbiers marins et mangroves – stockent 11,5 milliards de tonnes de carbone. Les mangroves représentent à elles seules le plus grand réservoir de carbone bleu, avec 6,5 milliards de tonnes.

Qu’elles capturent leurs proies en quelques fractions de milliseconde, poussent dans une quasi-obscurité ou stockent du carbone pendant des siècles, les plantes aquatiques témoignent de l’extraordinaire capacité du vivant à s’adapter.

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Alexander Bowles a reçu une bourse « Glasstone Fellowship » à l’Université d’Oxford.

ref. Ces algues qui ne sont pas des plantes… Six faits surprenants sur la flore aquatique – https://theconversation.com/ces-algues-qui-ne-sont-pas-des-plantes-six-faits-surprenants-sur-la-flore-aquatique-286882

¿Las personas inteligentes tienen más éxito en la vida?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Javier José Pérez Flores, Profesor del área de Psicobiología de la Universidad de La Laguna, Universidad de La Laguna

Andrii Iemelianenko/Shutterstock

Solemos valorar la inteligencia porque la asociamos con la expectativa de que quien es muy inteligente podrá aprender mejor, tomar buenas decisiones y obtener mayores logros.

Pero ¿hasta qué punto está justificada esa creencia?

Qué es la inteligencia y cómo se mide

La inteligencia no es fácil de definir. En general, se refiere a la capacidad para aprender, razonar, resolver problemas, comprender relaciones y adaptarse a situaciones nuevas.

Las pruebas de inteligencia intentan medir una parte de esas capacidades. Una de ellas es el razonamiento verbal, que se refiere a entender palabras, explicar conceptos y usar el lenguaje para pensar. En la vida diaria, esta capacidad se usa al comprender una noticia, explicar una idea o interpretar bien una instrucción.

Otra es el razonamiento perceptivo o visual. Se refiere a la capacidad para detectar patrones, organizar información visual y resolver problemas sin depender tanto del lenguaje. La usamos, por ejemplo, al montar un mueble siguiendo un esquema, orientarnos en un plano o encontrar la lógica de una imagen.

También se evalúa la memoria de trabajo. Esta permite mantener información en la mente y manipularla. La usamos al calcular mentalmente, recordar una dirección mientras caminamos hacia ella o seguir varios pasos de una receta sin mirar continuamente el papel.

Otra capacidad habitual es la velocidad de procesamiento. Se refiere a la rapidez con la que una persona puede percibir información sencilla, compararla y responder con precisión. En la vida cotidiana interviene al buscar un dato en una tabla, revisar documentos o realizar tareas repetitivas con rapidez y pocos errores.

¿Qué predice la inteligencia?

Sabemos que las puntuaciones en estas pruebas se relacionan directamente con el rendimiento académico, el nivel educativo alcanzado, el tipo de trabajo, el rendimiento laboral y los ingresos.

La relación con la escuela es fácil de entender. Muchas tareas académicas exigen comprender textos, resolver problemas y manejar información compleja. Son habilidades cercanas a las que evalúan muchas pruebas de inteligencia.

Por ejemplo, una estudiante con facilidad para entender instrucciones, relacionar ideas y resolver problemas abstractos parte con ventaja en varias asignaturas. Esa ventaja puede ayudarle a aprender más rápido y a rendir mejor en los exámenes.

No es una ventaja para toda la vida

Sin embargo, para que la inteligencia se convierta en buenos resultados también importan otras cosas, como ser constante, organizarse bien, confiar en las propias posibilidades, tener motivación, cuidar la salud mental, saber relacionarse con otras personas y contar con oportunidades reales.

Dos alumnos con capacidades parecidas pueden tener trayectorias muy distintas. Uno puede contar con apoyo familiar, expectativas altas, buenos hábitos y una escuela que detecta sus necesidades. Otro puede vivir inestabilidad, dificultades económicas, baja motivación o problemas emocionales.




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En ambos casos, la capacidad intelectual puede ser similar. Lo que cambia es el contexto en el que esa capacidad se desarrolla.

Los estudios longitudinales muestran bien esta complejidad. En los llamados estudios de Varsovia, la inteligencia medida en la infancia y la adolescencia predijo años después algunos logros objetivos, como el nivel educativo alcanzado, la ocupación y el bienestar material. Sin embargo, no explicó igual de bien el éxito entendido de forma subjetiva. Además, no se pudo separar completamente el efecto de la inteligencia del efecto del entorno de los participantes.

¿Cuanto más listos, más nivel de estudios?

La idea de que la inteligencia siempre “se abre camino” tampoco se sostiene bien cuando miramos la vida adulta.

Un estudio longitudinal realizado en Suecia evaluó a adolescentes con una alta inteligencia hasta la adultez. Los resultados fueron interesantes y contundentes. Por ejemplo, obtener al menos un máster era casi diez veces más frecuente en el grupo de alta inteligencia que en el grupo de inteligencia media. Sin embargo, la proporción de personas con un coeficiente intelectual elevado que consiguieron este título no era alta: el 13 % de las chicas y el 34 % de los chicos.

¿Qué pasaba con el resto de los adolescentes con una inteligencia alta, los que no estudiaron un máster? ¿Y por qué un 20 % no terminó la educación secundaria superior?

Qué ocurre en la vida adulta

En el mundo laboral, la inteligencia se relaciona con algunos indicadores profesionales, pero su efecto no es igual en todas las personas ni en todos los contextos. En general, las capacidades cognitivas predicen mejor el rendimiento en el puesto, el éxito en procesos de formación y, de forma más indirecta, el nivel de ingresos. Sin embargo, su relación con otros aspectos de la trayectoria profesional, como la satisfacción laboral, la permanencia en una empresa, la promoción interna o la calidad de las relaciones en el trabajo, es más débil.

También es necesario preguntarse qué llamamos “éxito”, y si tener cargos directivos o sueldos elevados es la única manera de medirlo. Sobre todo porque el éxito profesional no siempre se traduce en felicidad. Una persona puede tener éxito profesional y sentirse insatisfecha. Otra puede no destacar académicamente y construir una vida estable, útil y valiosa.




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Los modelos de bienestar subjetivo en la vida adulta señalan factores como la salud física y mental (la autonomía, las relaciones, la salud, el propósito y la participación en la comunidad) como mucho más determinantes de una vida exitosa.

La inteligencia no garantiza nada

La conclusión no debería ser que la inteligencia no importa. Tampoco que lo explica todo.

Una trayectoria vital no depende solo de una capacidad. Depende también del contexto, de las oportunidades, de la educación, de la salud, de la personalidad, de las expectativas y de lo que cada sociedad decide premiar.

Ser inteligente puede abrir puertas, pero no decide cuántas puertas hay, quién puede cruzarlas ni qué apoyos recibe para hacerlo. La inteligencia es una ventaja, no un destino.

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Javier José Pérez Flores no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. ¿Las personas inteligentes tienen más éxito en la vida? – https://theconversation.com/las-personas-inteligentes-tienen-mas-exito-en-la-vida-284399

Si cambiamos nuestro modelo de consumo, no necesitaremos tantos materiales para la transición energética

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Emmanuel Aramendia, Research and Teaching Fellow | Climate Change Mitigation and Ecological Economics, University of Leeds

Más de 40 veces: ese es el aumento de la demanda global de litio anual que prevé la Agencia Internacional de la Energía entre 2020 y 2040 para cumplir con los objetivos del Acuerdo de París de limitar el calentamiento del planeta. Es una de las dificultades claves de la transición energética: las tecnologías de bajas emisiones requieren muchos más materiales (tanto a nivel de diversidad como de cantidades) que los sistemas energéticos a base de combustibles fósiles.

Algunos ejemplos incluyen níquel y cromo para el acero inoxidable de los aerogeneradores; cobalto, litio y níquel para las baterías de los vehículos eléctricos y el cobre para reforzar la red eléctrica y conectar plantas de generación renovables. Por lo tanto, la descarbonización de la economía supondrá en cierta medida un aumento de la demanda de algunos materiales críticos, pero también de materiales de construcción como arena y grava.

La Comisión Europea adoptó en 2023 la Ley Europea de Materias Primas Fundamentales, que plantea diversificar proveedores de materias primas, incrementar la demanda de materiales cubierta por reciclado y aumentar la extracción y transformación de materiales en suelo europeo. Tal incremento de la demanda y extracción de materiales tendrá impactos ambientales y sociales en las zonas de extracción, hoy en día mayoritariamente deslocalizadas.

Si nos centramos en España, ¿se puede realizar una transición energética compatible con los objetivos climáticos y a su vez reducir la demanda de materiales? Esa es la pregunta que investigamos en un reciente estudio publicado en Progress in Energy.

El caso de España

España es un país relativamente avanzado en el despliegue de tecnologías de bajas emisiones en el sector eléctrico, con un 55 % de la generación eléctrica cubierta por fuentes de energía renovable en 2025. Sin embargo, el consumo de combustibles fósiles en otros sectores (por ejemplo, gas en los sectores residencial e industrial, diésel y gasolina en el transporte y en la industria) aún sigue siendo muy elevado.

La Estrategia de Descarbonización a Largo Plazo (EDLP), conjuntamente con el Plan Nacional Integrado de Energía y Clima (PNIEC), prioriza el despliegue de tecnologías de bajas emisiones y la eficiencia energética, sin modificaciones sustanciales en la esfera socioeconómica.

Sin embargo, creciente evidencia científica indica que el crecimiento económico constante, especialmente en países de alta renta per cápita, podría ser precisamente parte del problema. En otras palabras, además de cómo, el qué, el cuánto y el para qué se produce y consume son parte central del problema.

En nuestra investigación, cuantificamos y analizamos, mediante un modelo de simulación, los requerimientos materiales de la EDLP así como de un escenario alternativo de “suficiencia” en el que se aplican políticas de gestión de la demanda. En este último supuesto, la demanda de bienes y servicios se reduce, aunque manteniendo un nivel de consumo compatible con altos niveles de bienestar.




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La necesidad de una política industrial a largo plazo

Mejorar las tasas de reciclado será clave para reducir la extracción de materiales. En particular, las tecnologías de bajas emisiones (como baterías, aerogeneradores o paneles solares) en final de su vida útil generarán un yacimiento de materiales creciente. Por ejemplo, en el caso del níquel, el reciclado de tecnologías de bajas emisiones podría satisfacer hasta un 60 % de la demanda en 2050 (con tasas de reciclado ideales).

Sin embargo, desplegar capacidades de reciclado para tecnologías tan complejas no es trivial. Requerirá una política industrial a largo plazo que apoye el desarrollo de la reutilización y el reciclado, y que fomente normas de ecodiseño y estandarización que faciliten estos procesos.




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La importancia de apostar por estrategias de suficiencia

La gráfica que sigue a este párrafo muestra un aumento muy significativo de los requerimientos de materiales en la EDLP hasta 2050 (la línea discontinua muestra los requerimientos en 2025), sobre todo para aquellos materiales cuya demanda domina el despliegue de tecnologías de bajas emisiones.

Entre 2025 y 2050, la demanda de cobalto se multiplicaría por 14, la de grafito por 11, la de litio por 6 y la de níquel por 2. Para otros materiales, como el aluminio o el cobre, la demanda aumenta, aunque las tecnologías de bajas emisiones representen una parte minoritaria de la demanda total.

Requerimientos materiales en 2050 comparados al año base 2025 en la estrategia de descarbonización (EDLP) y en el escenario de suficiencia (Suf.).
Requerimientos materiales en 2050 comparados al año base 2025 en la estrategia de descarbonización (EDLP) y en el escenario de suficiencia (Suf.).
Los autores, adaptado del estudio en Progress in Energy, CC BY

El escenario de suficiencia reduce significativamente la demanda de materiales comparado con la EDLP. Esa tendencia se explica por una menor demanda de materiales y energía para la producción de bienes y servicios, y por lo tanto un menor despliegue de tecnologías de bajas emisiones.

La siguiente gráfica muestra la evolución de la huella de materiales, que representa el volumen total de materiales extraídos del medio ambiente, y es un indicador del impacto de la extracción de recursos naturales. En el escenario de suficiencia, se logra reducir en un 55 % la huella de materiales de la economía española respecto a 2025, mientras que aumenta en un 51 % en la EDLP.

Huella de materiales en 2050 comparada con 2025 para la estrategia de descarbonización (EDLP) y el escenario de suficiencia (Suf.).
Huella de materiales en 2050 comparada con 2025 para la estrategia de descarbonización (EDLP) y el escenario de suficiencia (Suf.).
Los autores | Adaptado del estudio en Progress in Energy, CC BY-SA

Así pues, nuestro trabajo sugiere que reducir el consumo de bienes y servicios menos esenciales permitiría conciliar un despliegue de tecnologías de bajas emisiones consistente con los objetivos climáticos y reducir la huella de materiales de la economía española, manteniendo a la vez altos niveles de bienestar.

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Emmanuel Aramendia ha recibido financiación de la fundación Leverhulme Trust (RPG-2024-357), y del Research and Innovation Programme de la Unión European a través del proyecto LOCOMOTION (Grant Agreement No. 691287).

Iñigo Capellán-Pérez ha recibido financiación de una ayuda Juan de la Cierva-Incorporación del Ministerio de Economía y Competitividad de España (n.º IJC2020046215-I).

Jaime Nieto Vega ha recibido financiación del Ministerio de Economía y Competitividad a través del proyecto MODESLOW (ECO2017-85110-R).

Óscar Carpintero ha recibido financiación del Ministerio de Economía y Competitividad a través del proyecto MODESLOW (ECO2017-85110-R)

ref. Si cambiamos nuestro modelo de consumo, no necesitaremos tantos materiales para la transición energética – https://theconversation.com/si-cambiamos-nuestro-modelo-de-consumo-no-necesitaremos-tantos-materiales-para-la-transicion-energetica-283708