L’intersection des haines : un magma d’idéologies au service de causes communes

Source: The Conversation – in French – By Ophélie Lacroix, Étudiante au doctorat en communication et études féministes, Université du Québec à Montréal (UQAM)

Des militants aux positions a priori incompatibles — conservateurs chrétiens, conspirationnistes anti-vaccins et ethno-nationalistes — marchent aujourd’hui côte à côte, relaient les mêmes contenus et se mobilisent pour des causes communes. Comment l’expliquer ?


Aux États-Unis, la Conservative Political Action Conference (CPAC), principal rassemblement annuel de la droite, offre une vitrine particulièrement visible de ces recompositions : s’y côtoient désormais des acteurs issus de traditions idéologiques hétérogènes — conservatisme religieux, libertarianisme de la tech et populisme nationaliste — incarnés notamment par J. D. Vance, Elon Musk et Steve Bannon.

Cette cohabitation se manifeste également dans les dynamiques électorales récentes. Lors de la campagne de Donald Trump en 2024, des segments aussi divers que des réseaux évangéliques, des figures issues de la tech critiques de la régulation étatique et des figures de proue des mouvances complotistes ont convergé autour d’un agenda commun, malgré des désaccords de fond.




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On parle parfois « d’hybridation idéologique », comme si ces alliances formaient un tout cohérent. À l’inverse, les réduire à une simple « convergence » donne l’impression d’un rapprochement superficiel. Quant à la métaphore du « buffet idéologique », où chacun pigerait à la carte selon ses préférences, elle échoue à rendre compte d’un fait essentiel : ces rapprochements ne sont ni aléatoires ni superficiels.

Malgré leurs profondes divergences, ces mouvements semblent graviter autour d’un même noyau. C’est peut-être là que réside la clé de compréhension : moins dans ce qui les unit explicitement que dans ce qui les aligne implicitement. Derrière l’hétérogénéité apparente, une structure commune se dessine, encore mal nommée, mais déjà bien réelle.

Ce noyau, nous proposons de le nommer autrement : ce n’est pas un programme politique, mais un faisceau de haines partagées. Nous appelons ce mécanisme l’intersection des haines. Le terme, esquissé notamment par l’historienne française Christine Bard et repris dans le débat public états-unien après l’élection de 2016, mérite d’être théorisé plus systématiquement.




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Les haines qui unissent

Ce qui soude des militants aussi différents idéologiquement, ce ne sont pas des valeurs communes, mais des ennemis communs. Les femmes féministes, les personnes racisées et immigrées, les personnes LGBTQ+, les pauvres décrits comme assistés : autant de cibles autour desquelles des ressentiments distincts se renforcent mutuellement. Parfois, une haine prédomine et sert de point d’ancrage. Dans nos travaux, l’antiféminisme conservateur — soit la critique ou le rejet des revendications féministes au nom de valeurs familiales, religieuses ou traditionnelles — a joué ce rôle de creuset.

L’attaque perpétrée en mai 2026 contre l’Islamic Center of San Diego en offre une illustration tragique. Selon les premiers éléments rapportés, les deux assaillants, radicalisés en ligne et nourris par des références suprémacistes blanches, ne visaient pas seulement les personnes musulmanes : leurs écrits exprimaient aussi une hostilité envers les personnes juives, noires, LGBTQ+ et les femmes. Ce type de passage à l’acte rappelle que les violences réactionnaires ne reposent pas toujours sur une haine isolée, mais sur un faisceau d’hostilités qui se renforcent mutuellement.

Ce mécanisme fonctionne comme un miroir inversé de l’intersectionnalité féministe. Là où celle-ci met en lumière le cumul des oppressions subies par les personnes marginalisées, l’intersection des haines montre comment les hostilités se cumulent et se coordonnent contre elles. Il ne s’agit pas simplement d’additionner des préjugés : ces discours s’articulent, se renforcent mutuellement et finissent par former un bloc cohérent.

Le mouvement antiavortement au Québec : un laboratoire éclairant

Pour construire et tester ce cadre théorique, nous nous appuyons sur l’enquête Quand le consensus vacille : État des lieux du mouvement contre l’avortement au Québec, à laquelle deux d’entre nous ont contribué en tant que chercheures. Celle-ci combine des groupes de discussion avec des professionnelles de la santé, des observations participantes lors d’activités organisées par des militants et militantes du mouvement et une collecte de données en ligne. Ce corpus offre un laboratoire particulièrement éclairant pour observer ces recompositions idéologiques.




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Au sein du mouvement étudié, il est possible d’observer la coexistence de discours qui devraient a priori s’exclure. Certains se réclament du féminisme pour « défendre les femmes contre l’avortement ». D’autres mobilisent des récits complotistes sur l’usage de cellules fœtales dans les vaccins. D’autres invoquent la survie de la nation québécoise, de la langue française ou encore des principes conservateurs religieux.

Mais la diversité ne tient pas seulement aux arguments avancés : elle traverse les cadres idéologiques eux-mêmes, qui peuvent entrer en tension — qu’il s’agisse du rapport au religieux, du rôle de l’État ou de la place des libertés individuelles. Loin d’être perçues comme contradictoires, ces positions cohabitent sans frictions apparentes. Ce n’est pas de l’incohérence, mais l’expression d’une flexibilité stratégique mise au service d’un noyau antiféministe structurant.


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Moins radical, plus violent

Cette plasticité idéologique invite à repenser notre compréhension de la radicalité. Dans le langage courant, le terme est souvent synonyme d’extrémisme ou de violence. Mais en philosophie politique, la radicalité désigne plutôt un attachement rigide à des principes et un refus de transiger.

Or, nos observations suggèrent une relation inverse dans certains mouvements contemporains. Moins ces mouvements sont radicaux au sens strict — c’est-à-dire moins ils sont attachés à une doctrine cohérente et exclusive — plus ils semblent enclins à recourir à la violence verbale. La logique est la suivante : en s’ouvrant à des militants et à des discours variés, ils élargissent aussi leur répertoire d’ennemis. Chaque composante apporte ses propres cibles, et la violence devient alors le langage commun qui permet de maintenir l’ensemble.




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Des coalitions fragiles : un levier pour les contrer ?

Ce déplacement a des conséquences importantes. Il rend ces coalitions à la fois plus inclusives à l’interne et plus agressives vers l’extérieur. Mais il les rend aussi intrinsèquement instables. Car derrière la recomposition et l’alignement des discours subsistent des lignes de fracture bien réelles : sur le rôle de l’État ; sur la place du religieux dans l’espace public ; sur les libertés individuelles. Ces tensions ne disparaissent pas, elles sont provisoirement suspendues au profit d’ennemis communs.

Ces coalitions ne sont donc pas unifiées, mais tenues ensemble. Leur cohésion repose moins sur un accord profond que sur un équilibre précaire entre des visions du monde concurrentes. C’est précisément là que réside leur vulnérabilité.

Comprendre ces dynamiques n’est pas un exercice purement théorique. C’est une condition pour saisir les formes contemporaines de mobilisations politiques et les transformations du débat public, mais aussi pour mieux les contester. Identifier les points de friction, les contradictions internes, les désaccords latents peut contribuer à désarticuler le front commun et à affaiblir leur portée mobilisatrice.

Autrement dit, il ne s’agit pas seulement de répondre aux arguments, mais de dévoiler ce qui ne tient pas ensemble. Comprendre ces coalitions, c’est donc aussi apprendre où et comment intervenir pour mieux protéger les droits qu’elles cherchent à restreindre.

La Conversation Canada

Ophélie Lacroix a reçu des financements du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada .

Tristan Boursier a reçu des financements du Centre de recherche interdisciplinaire sur la diversité et la démocratie (CRIDAQ).

Véronique Pronovost a reçu des financements du Secrétariat à la condition féminine afin de mener la recherche sur le mouvement contre l’avortement au Québec (2025).

ref. L’intersection des haines : un magma d’idéologies au service de causes communes – https://theconversation.com/lintersection-des-haines-un-magma-dideologies-au-service-de-causes-communes-279797

Laissons place au management démocratique de l’activité productive face aux mutations du travail

Source: The Conversation – in French – By Julienne Brabet, Professeur émérite en Sciences de Gestion, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC)

L’enjeu est de favoriser une recherche qui part du terrain, avec des expérimentations associant les acteurs de l’activité productive et les étudiants formés par la recherche. SergeyNivens/Shutterstock

Pour échapper à la destruction de la planète ou à des solutions totalitaires accélérées par la digitalisation, une approche renouvelée de l’activité productive humaine et de son management est nécessaire. Il devient indispensable de cocréer et de diffuser des savoirs facilitant l’analyse comparative des pratiques, de leurs objectifs, de leurs effets et de leurs devenirs possibles.


Une grande partie du travail humain a quitté les grandes entreprises industrielles ou de service, du monde dit « développé » où la stabilité de l’emploi constituait la norme. Qu’est-il donc devenu ?

Au travers de digitalisation, de la sous-traitance et de la globalisation, ce travail intellectuel ou manuel s’est déplacé vers les plateformes, a été automatisé ou a migré vers des pays où son coût est compétitif grâce à l’absence de protections légales et environnementales. Il s’agit sans aucun doute d’une grande transformation, d’autant que les phénomènes semblent s’accélérer massivement.

Nous avons exploré, dans un article de la Revue française de gestion, cette situation. Nous y montrons comment les recherches en management peuvent contribuer à un diagnostic approfondi des nouvelles formes de travail et d’emploi et à dessiner les futurs possibles et les conditions toujours multifactorielles et incertaines de leur réalisation.

Nous proposons ainsi un scénario pour échapper à des futurs désastreux : la destruction de la planète, d’une part, et, d’autre part, un totalitarisme algorithmique porté par des États autoritaires et/ou par l’oligarchie des Big Tech américaines ou chinoises. Dans ce scénario très optimiste, qu’envisageait déjà John Meynard Keynes et que promeut aujourd’hui Elon Musk, l’abondance pour tous devenue enfin possible.

Nous avons construit un monde où le travail tel que nous avons pris l’habitude de le concevoir n’occupe qu’un temps très limité. Un monde où les contributions des humains visent leur développement individuel, celui de leurs communautés, de la cité, visent le développement des savoirs et des créations ; avec, en ligne de mire d’une activité productive largement automatisée, l’économie de la vie et la protection de son écosystème.

Partir du travail réel et plus largement de l’ensemble de l’activité productive

Longtemps positionnés dans l’accompagnement d’une relative stabilité, la recherche et l’enseignement en management sont interpellés. Si leur rôle est d’éclairer la société, ils doivent maintenant changer de focale : partir du travail réel, dans ses pratiques d’aujourd’hui et ses transformations à l’horizon. Il leur faut, corrélativement, renoncer aux solutions d’une boîte à outils plaqués sur des problèmes mal formulés.

Au-delà des techniques auxquelles on l’a trop longtemps cantonné, le management peut être conçu comme le pilotage d’une action collective organisée, située et finalisée, traversée de tensions entre efficacité et justice, autonomie et contrôle, performance et soutenabilité. La reconnaissance de la complexité dynamique de l’action collective organisée et de son pilotage constitue la toile de fond d’une approche de la recherche nécessairement généalogique, multiniveau, multidisciplinaire, multiacteurs et privilégiant la recherche empirique.

Micro, meso et macro

Une approche généalogique, car la représentation du travail et de l’emploi contemporaine est relativement récente et susceptible d’évolutions majeures. Cette généalogie permet de comprendre comment se sont progressivement imposées les catégories qui structurent aujourd’hui nos débats –, compétition, performance, agilité, responsabilité – et comment elles ont été rendues « naturelles » par des dispositifs légaux ou gestionnaires, des indicateurs, des discours. C’est aussi saisir que ces catégories peuvent être reconfigurées, que d’autres formes d’organisation et de reconnaissance des contributions productives sont possibles.




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Une approche multiniveau s’impose, car on ne peut comprendre les formes actuelles et futures de l’activité productive humaine et de son management sans reconnaître qu’elles se déploient à des échelles étroitement interconnectées. Au niveau macrosocial, elles s’inscrivent dans les grandes dynamiques géopolitiques, socioéconomiques et sociotechniques : bouleversements technologiques, rapports de force, régulations et dérégulations, conflits, coopérations, répartition des richesses et effets des systèmes productifs sur les écosystèmes.

Au niveau microsocial, elles transforment les identités collectives et individuelles, les manières de travailler, de consommer, d’éduquer ou de se projeter, rappelant que le système des activités humaines ne s’arrête pas à la porte des organisations. Entre ces deux pôles, le niveau méso, celui des entreprises et des différents types d’organisation, constitue le lieu d’interstructuration où se rejouent en permanence les tensions entre stabilité et changement.

La recherche empirique

Cette conception suppose une ouverture des sciences de gestion aux autres disciplines et un dialogue avec les acteurs du terrain. Les chercheurs, spécialistes du management de l’activité productive humaine, ne peuvent isolément produire des connaissances réellement utiles à l’action. Cette coopération entre disciplines s’impose, mais elle ne se décrète pas : elle suppose de repenser les priorités et les formes d’organisation de la recherche et de l’enseignement.

Il s’agit de favoriser une recherche empirique et des expérimentations associant les acteurs de l’activité productive et les étudiants formés par la recherche, mais aussi de mieux communiquer et de susciter les débats et les controverses. Ces démarches demeurent difficiles, en raison de la fragmentation institutionnelle des savoirs, des cloisonnements entre recherche et action, et des temporalités divergentes entre monde académique et monde professionnel. Elles sont pourtant indispensables pour comprendre les logiques à l’œuvre et éclairer les choix collectifs.

Associer recherche et enseignement

Insistons, l’enseignement ne saurait être dissocié de la recherche, car c’est de leur articulation que dépend la capacité de tous, futurs cadres, dirigeants, cols bleus et cols blancs et chercheurs, mais plus largement citoyens, politiques… à comprendre la complexité du monde productif contemporain et à le transformer.
Enseigner sans recherche, c’est risquer de transmettre des recettes déjà obsolètes, des modèles « naturalisés » déconnectés des réalités du terrain et des choix de société qu’ils incarnent implicitement. Dans un contexte où les formes d’organisation de l’activité productive se recomposent rapidement, l’université et les écoles doivent devenir des espaces où l’on apprend à observer, à expérimenter et autant à problématiser qu’à agir.

Manager l’activité productive n’est pas un slogan mais une boussole. Elle invite l’État, les dirigeants, les parties prenantes et le monde académique à déplacer leurs priorités et à écrire ensemble le futur du travail. Face aux crises écologiques, sociales, géopolitiques et technologiques, le management démocratique de l’activité productive peut devenir un instrument d’émancipation collective : une manière de produire, d’apprendre et de vivre ensemble autrement.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Laissons place au management démocratique de l’activité productive face aux mutations du travail – https://theconversation.com/laissons-place-au-management-democratique-de-lactivite-productive-face-aux-mutations-du-travail-281381

De Groquik à monsieur Malabar : pourquoi les marques ont-elles tué les héros de notre enfance ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Sophie Renault, Professeur des Universités en Sciences de Gestion et du Management, Université d’Orléans

Que sont devenues les mascottes d’antan ? Longtemps, les marques de grande consommation ont eu recours à des personnages destinés à les identifier et à créer un lien affectif avec le public. Peu à peu, certaines figures populaires ont disparu sous l’effet d’évolutions sociétales. Retour sur ces icônes déchues, de Groquik à monsieur Malabar, en passant par Uncle Ben’s.


Il fut un temps où un clown nous accueillait dans un fast-food, un grand blond nous offrait des chewing-gums et le visage rassurant d’un oncle afro-américain ornait nos paquets de riz. Ces figures ancraient les marques dans notre quotidien. Qu’il s’agisse de créatures imaginaires ou de personnages réalistes, elles servaient de trait d’union affectif entre les marques et leurs communautés.

Aujourd’hui, une promenade dans les rayons d’une grande surface révèle une transformation radicale. Comme dans la nature, l’environnement des marques a changé (nouvelles normes sanitaires, morales et sociales) et seules les espèces capables de s’adapter survivent. Les mascottes qui ne mutent pas sont condamnées à l’extinction.

La littérature en marketing souligne d’ailleurs que les mascottes évoluent dans un environnement qualifié de « darwinien », où seules les plus adaptables perdurent. Pour échapper à la sélection naturelle du marché, ces icônes ont dû évoluer face à quatre sources de pressions environnementales : la santé publique, les évolutions des normes sociales, les exigences de cohérence stratégique des marques et leur quête de visibilité médiatique.

La fin de l’embonpoint

Le premier facteur d’évolution est sanitaire, du moins symboliquement. Dans les années 1970-1980, l’embonpoint d’une mascotte était encore un signe de générosité, d’abondance et de gourmandise. Désormais, dans un écosystème attentif à la lutte contre l’obésité, le sucre et la malbouffe, cela est devenu un handicap mortel.




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Le cas d’école est celui de Groquik, la mascotte de Nesquik. Ce personnage fictif et bedonnant était parfaitement adapté à l’ère de la consommation de masse décomplexée. Il incarnait un plaisir régressif, proche du doudou. Mais lorsque le climat s’est durci sur la question du sucre, il est devenu inadapté.

Nestlé a donc opéré une mutation drastique en le remplaçant en 1990 par Quicky, un lapin svelte et hyperactif. Le message a changé de nature : la poudre chocolatée ne sert plus au plaisir passif (qui fait grossir), mais à l’énergie active (le sport, la performance, le dynamisme). Les appels à son retour, régulièrement portés par des pétitions ou des mobilisations nostalgiques, n’y ont jusqu’ici rien changé. Mais qui sait ? Dans un contexte où le marketing joue de plus en plus avec la nostalgie, Groquik pourrait bien, un jour, retrouver une place dans l’écosystème de la poudre chocolatée.

Cette logique se retrouve dans plusieurs catégories alimentaires. Tony le Tigre, mascotte des Frosties, a lui aussi progressivement évolué vers une figure plus athlétique, associée au dépassement de soi et au sport. La gourmandise n’est plus revendiquée, elle est requalifiée en carburant.

Les personnages publicitaires qui n’ont pas su ou pas pu évoluer à temps, comme Joe Camel (la mascotte de cigarettes trop séduisante pour les enfants), ont été éliminés par le prédateur ultime : le législateur. Ici, l’évolution n’est plus symbolique mais juridique. En effet, lorsque le risque sanitaire devient trop élevé, la mascotte cesse d’être un outil marketing pour devenir une preuve à charge.

Mascotte ou stéréotypes ?

Sociale, la deuxième pression touche spécifiquement les figures humaines qui ont tendance à figer les préjugés de leur époque de naissance. Or, à mesure que la société évolue vers davantage d’inclusivité, ces fossiles publicitaires deviennent des marqueurs d’un passé problématique.

C’est ici que se joue le sort d’Uncle Ben’s (devenu Ben’s Original) et d’Aunt Jemima (désormais Pearl Milling Company). En 2020, face au mouvement Black Lives Matter, ces marques ont admis que leurs mascottes, des archétypes de domestiques voire d’esclaves noirs du sud des États-Unis, n’étaient plus viables. Même si l’intention initiale était de créer une figure rassurante et familiale, la symbolique sociale associée était devenue difficile à ignorer.

Or, il est impossible de faire « évoluer » un stéréotype raciste sans le déconstruire entièrement. La seule solution pour que ces marques survivent au tumulte ambiant a été le retrait pur et simple du visage humain. D’autres figures ont connu des trajectoires similaires. La marque Banania a progressivement abandonné son célèbre tirailleur sénégalais et son slogan « Y’a bon », symboles d’une époque révolue.

S’agissant de monsieur Malabar, l’évolution a pris une autre voie. Le grand blond aux muscles d’acier incarnait un idéal viriliste et ethnique, daté, des années 1980. Dans un environnement diversifié et sensible aux questions de représentativité, ce mâle dominant standardisé ne passait plus. La marque a donc appliqué une stratégie classique d’effacement des marqueurs identitaires. Il s’est agi de remplacer l’homme par un chat noir appelé Mabulle. L’animal est une espèce passe-partout, c’est-à-dire sans ethnie, sans âge, sans classe sociale. Il permet à la marque de s’adapter à tous les publics sans risque de polémique. On observe ici un mouvement de « déshumanisation stratégique » : plus une figure est humaine, plus elle est exposée aux débats identitaires ; plus elle est abstraite ou animale, plus elle est perçue comme universelle.

Se cacher pour survivre

Enfin, certaines espèces ne disparaissent pas, mais se cachent pour survivre. C’est la stratégie de retrait adoptée lorsque la mascotte devient incompatible avec le nouveau positionnement de la marque. McDonald’s en est l’exemple le plus visible. L’enseigne a opéré un déplacement vers un univers plus sobre et plus qualitatif, centré sur le design et l’expérience client (décor en bois, cafés, bornes, service à table). Dans cet environnement, le clown criard apparaît en décalage. À cela s’ajoute un changement culturel. En effet, la figure du clown, autrefois festive, est désormais parfois perçue comme inquiétante.

Pour préserver sa respectabilité, Ronald McDonald n’a pas été supprimé mais invisibilisé, laissant place à une communication centrée sur le produit et le design. Cette logique de discrétion se retrouve chez Michelin. Bibendum n’a pas disparu, mais il a été fortement institutionnalisé. Moins burlesque, plus patrimonial, il accompagne aujourd’hui un discours d’expertise, de sécurité et de gastronomie. La mascotte survit, mais sous une forme compatible avec une marque premium et technologique.

D’autres marques choisissent la segmentation plutôt que l’effacement. Chez Kellogg’s, les mascottes restent cantonnées aux produits pour enfants, tandis que les gammes « santé » adoptent des packagings épurés. La mascotte devient alors écologiquement inadaptée à certains univers de consommation, notamment ceux associés à la maîtrise de soi, à la nutrition ou au prestige. Dans tous les cas, la logique est identique : la mascotte n’est plus seulement évaluée sur sa seule sympathie, mais sur sa cohérence avec l’expérience de marque proposée. Quand l’univers évolue vers un positionnement adulte, responsable ou premium, la mascotte devient un facteur de dissonance stratégique.

Qu’ils soient effacés, mutés ou camouflés, les destins de ces personnages publicitaires illustrent la loi du plus fort ou plutôt du plus agile. Les marques ne peuvent dès lors plus se contenter d’être sympathiques, elles doivent prouver qu’elles sont compatibles avec les valeurs de leur époque.

Mettre en scène la disparition

Pour autant, les mascottes n’ont jamais totalement disparu. Elles se transforment et trouvent de nouveaux terrains d’expression, notamment dans les environnements numériques. Les réseaux sociaux offrent aujourd’hui un écosystème particulièrement favorable à ces figures anthropomorphisées, capables d’interagir, de raconter des histoires et de tisser un lien direct avec les consommateurs. Certaines mascottes, comme la chouette Duo de Duolingo devenue virale sur TikTok, illustrent cette capacité à s’approprier les codes culturels contemporains. D’autres vont encore plus loin : le personnage d’Aleksandr Orlov, créé pour Compare the Market, a progressivement dépassé sa fonction publicitaire pour devenir une figure populaire, générant récits et produits dérivés.

Cette capacité d’adaptation passe également par une mise en scène assumée de leur propre disparition. Certaines marques orchestrent la mort ou le retrait temporaire de leurs mascottes comme un levier de visibilité. En 2020, Mr. Peanut, figure emblématique de Planters, est ainsi « tué » dans une campagne virale avant de renaître quelques jours plus tard.

De manière comparable, en 2023 dans un contexte de controverses autour d’une supposée « wokisation » de ses mascottes, M&M’s annonce leur remplacement par Maya Rudolph, avant de les réintroduire quelques semaines plus tard lors du Super Bowl.

Dans ces cas, la disparition devient un outil stratégique, une suspension narrative destinée à relancer l’attention et à renforcer l’attachement. La mascotte ne survit plus seulement en s’adaptant à son environnement ; elle survit en jouant avec sa propre disparition.

The Conversation

Sophie Renault ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. De Groquik à monsieur Malabar : pourquoi les marques ont-elles tué les héros de notre enfance ? – https://theconversation.com/de-groquik-a-monsieur-malabar-pourquoi-les-marques-ont-elles-tue-les-heros-de-notre-enfance-280047

Pourquoi les chercheurs français ne créent que peu d’entreprises

Source: The Conversation – France (in French) – By Rhouma Drine, Maître de conférence, Le Mans Université

La culture universitaire française valorisant stabilité, recherche fondamentale et publication dans des revues scientifiques peut diminuer la propension des chercheurs à entreprendre. Ensim-lemans

Pourquoi certains chercheurs franchissent le pas de l’entrepreneuriat, et d’autres non ? Une étude menée à l’Université du Mans identifie les blocages qui expliquent pourquoi l’entrepreneuriat académique reste limité en France.


Dès 1999, la loi Allègre donne la possibilité aux chercheurs de créer ou de participer à une entreprise valorisant leurs travaux, tout en conservant un lien avec leur établissement. La loi Pacte de 2019 renforce cette dynamique en visant une simplification et une accélération des parcours de valorisation.

Ces évolutions s’inscrivent dans la stratégie d’innovation portée par France 2030. Doté de 54 milliards d’euros, le plan fixe un cap pour les start-up issues de la recherche : atteindre 500 créations « deep tech » par an d’ici 2030, et favoriser l’émergence de 100 licornes, ces entreprises valorisées à plus d’un milliard d’euros. Le concept de deep tech caractérise des start-up innovantes basées sur des découvertes scientifiques et des ruptures technologiques. Selon Bpifrance, 2 800 start-up deep tech sont actives en France.

Notre étude analyse les déterminants de l’intention entrepreneuriale des chercheurs et leur propension à valoriser leurs travaux par la création d’entreprise. Au moyen de questionnaires, puis d’entretiens, nous avons interviewé des chercheurs publics – doctorants, postdoctorants, enseignants-chercheurs et ingénieurs de recherche – sur trois dimensions : leurs motivations et craintes (comportement), leurs compétences perçues et leur formation (compétence), ainsi que l’environnement institutionnel et le soutien de leur entourage (contexte).

Quatorze hypothèses à vérifier

Dans notre étude, nous avons sollicité 156 chercheurs affiliés à l’université du Mans, sur 660 personnes (en 2023). La taille « intermédiaire » de l’Université du Mans – trois facultés, deux Instituts universitaires de technologie (IUT) et une école d’ingénieurs pour 13 000 étudiants – constitue un cas d’étude représentatif des universités régionales françaises.

Pour ce faire, nous avons émis quatorze hypothèses réparties en déterminants liés au comportement, à la compétence, au contexte et des variables comme l’âge, le genre ou la nationalité. Nous les avons testées dans un questionnaire envoyé aux 156 chercheurs, pouvant répondre de « tout à fait d’accord » à « pas du tout d’accord ».

L’auto-efficacité désigne la croyance qu’a la personne sondée en sa capacité à atteindre un objectif.

Aversion au risque

Logiquement, les chercheurs qui perçoivent la création d’entreprise comme un risque financier, social ou personnel majeur sont beaucoup moins enclins à se lancer. Cette crainte s’explique par la culture universitaire qui valorise la stabilité, la recherche fondamentale et la publication dans des revues scientifiques. L’entrepreneuriat apparaît comme un pari risqué, incompatible avec une carrière académique traditionnelle.

À l’inverse, le désir d’agir constitue le moteur le plus puissant de l’intention entrepreneuriale comme le souligne la thèse de Krueger et Brazeal. Les chercheurs qui perçoivent l’entrepreneuriat comme une opportunité de donner un impact concret à leurs travaux et qui sont convaincus de l’intérêt de leurs résultats pour le marché développent une forte intention de créer une entreprise.

Conflit entre chercheur et entrepreneur

La grande majorité des chercheurs interrogés ne considèrent pas la création d’entreprise comme faisant partie de leur rôle professionnel. Cette perception limite fortement les vocations entrepreneuriales.

Les chercheurs qui intègrent l’entrepreneuriat à leur identité professionnelle sont au contraire beaucoup plus enclins à créer une entreprise. Entreprendre n’est pas perçu comme une alternative à la recherche, mais plutôt comme une opportunité complémentaire pour valoriser leurs compétences.

Cette question révèle un conflit entre deux conceptions du métier de chercheur. Pour certains, la mission s’arrête à la production et à la diffusion de connaissances scientifiques. Pour d’autres, elle inclut la transformation de ces connaissances en innovations concrètes via l’entrepreneuriat.

Compétences financières

Les chercheurs qui se sentent capables de gérer les aspects financiers d’une entreprise et de développer une stratégie claire manifestent une intention entrepreneuriale plus élevée. Cependant, ces compétences jouent un rôle secondaire par rapport à la motivation. Un chercheur fortement motivé cherchera à acquérir les compétences qui lui manquent ou à s’entourer de personnes compétentes.

À l’inverse, un chercheur qui maîtrise parfaitement la gestion financière, mais qui n’a pas envie d’entreprendre ne créera pas d’entreprise.

Les formations en entrepreneuriat et les expériences professionnelles antérieures renforcent l’intention entrepreneuriale, mais seulement chez les chercheurs déjà motivés. Ces formations permettent d’acquérir des compétences essentielles à la création et à la gestion d’entreprises, tandis que les expériences professionnelles aident à développer un réseau d’investisseurs, de mentors et d’acteurs de l’écosystème.

Un écosystème d’accompagnement qui sécurise sans convaincre

La France dispose d’un écosystème dense de structures d’accompagnement. Les treize sociétés d’accélération du transfert de technologies (SATT) gèrent la valorisation de la recherche publique, les services de valorisation au sein des universités. Elles ont permis la création de plus de 900 start-up créées dans la deep tech. Comme au Mans, ces structures ne sont pas présentes sur tout le territoire.

Les incubateurs académiques et les pôles de compétitivité mettent en réseau chercheurs et industriels. Les chercheuses Bénédicte Aldebert, Rani Jeanne Dang et Amandine Maus soulignent le manque d’appui des grands groupes qui apporteraient une « légitimité corporate ».

Ces dispositifs jouent un rôle important, mais indirect. Ils sécurisent le parcours entrepreneurial en offrant un soutien financier, des conseils en propriété intellectuelle et des possibilités de partenariats industriels. Ces dispositifs amplifient une intention entrepreneuriale préexistante mais ne la créent pas.

Un chercheur qui n’a pas envie d’entreprendre ne sera pas convaincu par la seule existence d’un incubateur. En revanche, ces structures facilitent le passage à l’acte pour les chercheurs déjà motivés.

Quatre recommandations pour débloquer l’entrepreneuriat académique

Créer un « congé valorisation »

Inspiré du congé pour projet pédagogique et du congé pour recherches déjà accordés aux enseignants-chercheurs, ce dispositif offrirait une dispense temporaire d’enseignement et de responsabilités administratives pour développer un projet entrepreneurial sans rupture de carrière. Cette mesure réduirait le risque perçu en permettant un retour possible à la recherche académique.

Faire évoluer les critères d’évaluation des carrières académiques

Les activités de transfert de technologie, de création d’entreprise et de valorisation devraient être reconnues au même titre que les publications scientifiques dans les promotions et les qualifications. Cette reconnaissance institutionnelle légitimerait l’entrepreneuriat comme composante du métier de chercheur.

Programmes de sensibilisation dès le doctorat

Ils combineraient rencontres avec des chercheurs-entrepreneurs, immersions en start-up deep tech et mentorat. L’objectif est de cultiver le désir d’entreprendre et de normaliser l’entrepreneuriat comme débouché possible d’une carrière scientifique.

Cibler l’accompagnement sur les chercheurs manifestant déjà une intention entrepreneuriale

L’idée : renforcer l’appui sur les dimensions juridiques, financières et stratégiques. Plutôt que de multiplier les dispositifs génériques, il faut adapter le soutien aux besoins spécifiques des chercheurs motivés.

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Rhouma Drine est membre du Conseil national de l’ordre des experts-comptables.

Abderrahmane Jahmane et Ezzeddine Boussoura ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. Pourquoi les chercheurs français ne créent que peu d’entreprises – https://theconversation.com/pourquoi-les-chercheurs-francais-ne-creent-que-peu-dentreprises-272847

Pour un management éclairé de l’activité productive face aux mutations du travail

Source: The Conversation – France (in French) – By Julienne Brabet, Professeur émérite en Sciences de Gestion, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC)

L’enjeu est de favoriser une recherche qui part du terrain, avec des expérimentations associant les acteurs de l’activité productive et les étudiants formés par la recherche. SergeyNivens/Shutterstock

LB : TITRE PAS ASSEZ INCITATIF. Si la formule choisie est importante pour les auteurs, la basculer dans le chapo et trouver un titre plus accessible stp

Pour échapper à la destruction de la planète ou à des solutions totalitaires accélérées par la digitalisation, une approche renouvelée de l’activité productive humaine et de son management est nécessaire. Il devient indispensable de cocréer et de diffuser des savoirs facilitant l’analyse comparative des pratiques, de leurs objectifs, de leurs effets et de leurs devenirs possibles.


Une grande partie du travail humain a quitté les grandes entreprises industrielles ou de service, du monde dit « développé » où la stabilité de l’emploi constituait la norme. Qu’est-il donc devenu ?

Au travers de digitalisation, de la sous-traitance et de la globalisation, ce travail intellectuel ou manuel s’est déplacé vers les plateformes, a été automatisé ou a migré vers des pays où son coût est compétitif grâce à l’absence de protections légales et environnementales. Il s’agit sans aucun doute d’une grande transformation, d’autant que les phénomènes semblent s’accélérer massivement.

Nous avons exploré, dans un article de la Revue française de gestion, cette situation. Nous y montrons comment les recherches en management peuvent contribuer à un diagnostic approfondi des nouvelles formes de travail et d’emploi et à dessiner les futurs possibles et les conditions toujours multifactorielles et incertaines de leur réalisation.

Nous proposons ainsi un scénario pour échapper à des futurs désastreux : la destruction de la planète, d’une part, et, d’autre part, un totalitarisme algorithmique porté par des États autoritaires et/ou par l’oligarchie des Big Tech américaines ou chinoises. Dans ce scénario très optimiste, qu’envisageait déjà John Meynard Keynes et que promeut aujourd’hui Elon Musk, l’abondance pour tous devenue enfin possible.

Nous avons construit un monde où le travail tel que nous avons pris l’habitude de le concevoir n’occupe qu’un temps très limité. Un monde où les contributions des humains visent leur développement individuel, celui de leurs communautés, de la cité, visent le développement des savoirs et des créations ; avec, en ligne de mire d’une activité productive largement automatisée, l’économie de la vie et la protection de son écosystème.

Partir du travail réel et plus largement de l’ensemble de l’activité productive

Longtemps positionnés dans l’accompagnement d’une relative stabilité, la recherche et l’enseignement en management sont interpellés. Si leur rôle est d’éclairer la société, ils doivent maintenant changer de focale : partir du travail réel, dans ses pratiques d’aujourd’hui et ses transformations à l’horizon. Il leur faut, corrélativement, renoncer aux solutions d’une boîte à outils plaqués sur des problèmes mal formulés.

Au-delà des techniques auxquelles on l’a trop longtemps cantonné, le management peut être conçu comme le pilotage d’une action collective organisée, située et finalisée, traversée de tensions entre efficacité et justice, autonomie et contrôle, performance et soutenabilité. La reconnaissance de la complexité dynamique de l’action collective organisée et de son pilotage constitue la toile de fond d’une approche de la recherche nécessairement généalogique, multiniveau, multidisciplinaire, multiacteurs et privilégiant la recherche empirique.

Micro, meso et macro

Une approche généalogique, car la représentation du travail et de l’emploi contemporaine est relativement récente et susceptible d’évolutions majeures. Cette généalogie permet de comprendre comment se sont progressivement imposées les catégories qui structurent aujourd’hui nos débats –, compétition, performance, agilité, responsabilité – et comment elles ont été rendues « naturelles » par des dispositifs légaux ou gestionnaires, des indicateurs, des discours. C’est aussi saisir que ces catégories peuvent être reconfigurées, que d’autres formes d’organisation et de reconnaissance des contributions productives sont possibles.




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Une approche multiniveau s’impose, car on ne peut comprendre les formes actuelles et futures de l’activité productive humaine et de son management sans reconnaître qu’elles se déploient à des échelles étroitement interconnectées. Au niveau macrosocial, elles s’inscrivent dans les grandes dynamiques géopolitiques, socioéconomiques et sociotechniques : bouleversements technologiques, rapports de force, régulations et dérégulations, conflits, coopérations, répartition des richesses et effets des systèmes productifs sur les écosystèmes.

Au niveau microsocial, elles transforment les identités collectives et individuelles, les manières de travailler, de consommer, d’éduquer ou de se projeter, rappelant que le système des activités humaines ne s’arrête pas à la porte des organisations. Entre ces deux pôles, le niveau méso, celui des entreprises et des différents types d’organisation, constitue le lieu d’interstructuration où se rejouent en permanence les tensions entre stabilité et changement.

La recherche empirique

Cette conception suppose une ouverture des sciences de gestion aux autres disciplines et un dialogue avec les acteurs du terrain. Les chercheurs, spécialistes du management de l’activité productive humaine, ne peuvent isolément produire des connaissances réellement utiles à l’action. Cette coopération entre disciplines s’impose, mais elle ne se décrète pas : elle suppose de repenser les priorités et les formes d’organisation de la recherche et de l’enseignement.

Il s’agit de favoriser une recherche empirique et des expérimentations associant les acteurs de l’activité productive et les étudiants formés par la recherche, mais aussi de mieux communiquer et de susciter les débats et les controverses. Ces démarches demeurent difficiles, en raison de la fragmentation institutionnelle des savoirs, des cloisonnements entre recherche et action, et des temporalités divergentes entre monde académique et monde professionnel. Elles sont pourtant indispensables pour comprendre les logiques à l’œuvre et éclairer les choix collectifs.

Associer recherche et enseignement

Insistons, l’enseignement ne saurait être dissocié de la recherche, car c’est de leur articulation que dépend la capacité de tous, futurs cadres, dirigeants, cols bleus et cols blancs et chercheurs, mais plus largement citoyens, politiques… à comprendre la complexité du monde productif contemporain et à le transformer.
Enseigner sans recherche, c’est risquer de transmettre des recettes déjà obsolètes, des modèles « naturalisés » déconnectés des réalités du terrain et des choix de société qu’ils incarnent implicitement. Dans un contexte où les formes d’organisation de l’activité productive se recomposent rapidement, l’université et les écoles doivent devenir des espaces où l’on apprend à observer, à expérimenter et autant à problématiser qu’à agir.

Manager l’activité productive n’est pas un slogan mais une boussole. Elle invite l’État, les dirigeants, les parties prenantes et le monde académique à déplacer leurs priorités et à écrire ensemble le futur du travail. Face aux crises écologiques, sociales, géopolitiques et technologiques, le management démocratique de l’activité productive peut devenir un instrument d’émancipation collective : une manière de produire, d’apprendre et de vivre ensemble autrement.

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Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Pour un management éclairé de l’activité productive face aux mutations du travail – https://theconversation.com/pour-un-management-eclaire-de-lactivite-productive-face-aux-mutations-du-travail-281381

Quand l’intelligence artificielle fragilise le crédit bancaire qu’elle est censée sécuriser

Source: The Conversation – France (in French) – By Hamdi Jbir, Researcher – Lecturer, Université Bretagne Sud (UBS)

L’intelligence artificielle (IA) est souvent présentée comme un outil d’amélioration de la gestion des risques bancaires. Toutefois, notre analyse des banques de la zone euro met en évidence un effet ambigu : si l’IA renforce certains indicateurs de liquidité, elle est aussi associée à une hausse des prêts non performants, suggérant une augmentation des vulnérabilités bancaires.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Le secteur bancaire européen vit une révolution silencieuse. Derrière les écrans, des algorithmes remplacent désormais les analystes pour décider, en quelques secondes, si un crédit est accordé ou non. Cette transformation n’est plus une option, elle est devenue un moteur central de la compétitivité. Pourtant, cette course à l’efficacité suscite des inquiétudes au plus haut sommet.




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Dès septembre 2024, Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne (BCE), alertait sur les risques systémiques liés à ces technologies, notamment lors d’un discours devant le Comité européen du risque systémique. Si l’essor de la fintech est bien documenté, l’usage réel de l’IA dans les grandes banques reste difficile à mesurer.

Dans ce contexte, nous analysons les rapports financiers trimestriels des huit principales banques systémiques de la zone euro entre 2020 et 2025. En quantifiant la fréquence du vocabulaire lié à l’intelligence artificielle, nous avons construit un indicateur permettant d’estimer son usage réel dans chaque banque, puis de le comparer à leur niveau de risque.

Pourquoi ce résultat est-il important ?

Nos résultats révèlent un paradoxe dans l’usage de l’IA par les banques étudiées. Si ces technologies améliorent la gestion de la liquidité, elles peuvent être associées à une dégradation de la qualité des crédits.

Nous observons qu’une hausse de l’usage de l’IA est associée à une augmentation de 7 points de pourcentage du ratio de couverture de liquidité et à une hausse de 0,35 point de pourcentage du ratio de prêts non performants, soit près de 14 % de son niveau moyen.

Ce constat suggère que si l’automatisation optimise les processus financiers, elle peut aussi encourager une prise de risque accrue ou affaiblir la sélection des emprunteurs. Ce fait s’explique par la manière dont l’IA transforme l’évaluation du risque. Les algorithmes s’appuient principalement sur des données quantitatives, faciles à standardiser et à traiter automatiquement, mais peinent à intégrer des informations plus qualitatives, comme le contexte spécifique d’un emprunteur, souvent difficiles à formaliser. Cela peut conduire à valider des dossiers en apparence solides, mais plus fragiles en pratique.

Dans cette veine, des travaux montrent que l’intelligence artificielle améliore la précision des modèles de scoring de crédit, mais soulignent également des limites importantes liées à la qualité des données et à l’interprétabilité des décisions. Un autre enjeu majeur tient à l’homogénéisation des comportements des institutions financières. L’adoption croissante de ces technologies peut amener les banques à utiliser des modèles similaires, conduisant à des décisions convergentes. En cas de choc, ce comportement grégaire peut amplifier les déséquilibres au lieu de les atténuer.

Au final, l’intelligence artificielle peut améliorer la performance du secteur bancaire, tout en contribuant à sa fragilité.

Quelle suite à cette recherche ?

Au-delà du secteur bancaire, cette dynamique pourrait avoir des répercussions négatives sur l’économie réelle. En effet, l’accumulation de prêts non performants associée à l’usage de l’IA pourrait entraîner un durcissement des conditions de financement du secteur privé, pénalisant ainsi la demande globale. Ces résultats ouvrent ainsi des enjeux importants pour la régulation. Bien que l’Union européenne encadre déjà ces pratiques avec l’AI Act, en classant le scoring de crédit parmi les activités à haut risque, ce cadre reste encore largement centré sur les risques individuels.

Or, l’enjeu des prochaines années sera d’intégrer plus pleinement les risques collectifs liés à l’usage généralisé d’algorithmes similaires, notamment en termes de comportements convergents et de vulnérabilités systémiques. Il devient donc essentiel de rendre les algorithmes plus explicables et transparents afin que le régulateur puisse superviser les décisions de crédit prises.

De même, il faudra tester le comportement de ces IA en situation de crise, à travers des stress-tests algorithmiques, comme cela existe déjà pour la solidité financière des banques. L’objectif serait de révéler des vulnérabilités invisibles en période normale et d’anticiper des réactions amplifiées en cas de choc.

Enfin, l’automatisation ne peut pas remplacer entièrement le jugement humain, en particulier lorsqu’il s’agit d’évaluer des situations complexes. Sans cela, une technologie conçue pour maîtriser le risque pourrait devenir un vecteur silencieux d’instabilité financière.


Tout savoir en trois minutes sur des résultats récents de recherches, commentés et contextualisés par les chercheuses et les chercheurs qui les ont menées, c’est le principe de nos « Research Briefs ». Un format à retrouver ici.


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Hamdi Jbir ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Quand l’intelligence artificielle fragilise le crédit bancaire qu’elle est censée sécuriser – https://theconversation.com/quand-lintelligence-artificielle-fragilise-le-credit-bancaire-quelle-est-censee-securiser-280950

Ataque a una mezquita en San Diego: las interpretaciones racistas de la historia europea están inspirando a los extremistas

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Ibrahim Al-Marashi, Adjunct Professor, IE University; California State University San Marcos

El Centro Islámico de San Diego el 18 de mayo, pocas horas después del tiroteo. Leonard LMT/Wikimedia Commons, CC BY

El lunes 18 de mayo, dos agresores, de 17 y 18 años, atacaron el Centro Islámico de San Diego, donde se encuentran una mezquita y una escuela, y mataron a tres adultos. Los agresores llevaban insignias de las SS nazis y tenían las palabras “guerra racial” escritas en sus armas.

El ataque pone de relieve la importancia central de la historia europea en el discurso y la ideología de la extrema derecha mundial. Fue la última manifestación mortal del uso de la historia europea como arma para justificar la violencia en Estados Unidos.

Pero esto no es solo un problema de EE. UU. La historia de Europa también se mencionó explícitamente en el manifiesto del autor del tiroteo de Christchurch de 2019 en Nueva Zelanda. El ataque de Christchurch se inspiró a su vez en el ataque de Anders Breivik de 2011 en Noruega, motivado principalmente por una violenta cosmovisión nacionalista blanca.

Todos estos atacantes se inspiraron en Adolf Hitler y las SS para justificar la violencia tanto antisemita como islamófoba. Pero en el imaginario nacionalista blanco, la historia europea comienza mucho antes. Se remonta a visiones de una raza blanca pura en las épocas griega y romana, y a la idolatría de figuras históricas como Carlos Martel, el líder franco que derrotó a un ejército musulmán en Tours en 732.




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También se apoya en gran medida en las imágenes de las Cruzadas europeas para reconquistar Tierra Santa, que comenzaron en el siglo XII. Los Caballeros Templarios –la orden de monjes guerreros cristianos de la época de las Cruzadas– han cautivado la imaginación popular de la extrema derecha en Europa y Estados Unidos, especialmente entre la derecha alternativa o alt-right.

Los actores políticos de todo el espectro invocan el pasado para otorgar legitimidad al presente y sugerir inevitabilidad en el futuro. Pero para los líderes de extrema derecha, la historia europea es especialmente fácil de instrumentalizar. Proporciona un conjunto ya preparado de memes, metáforas, imágenes y tropos que legitiman el discurso de odio –y los delitos de odio– en nombre de la protección de los europeos cristianos frente a la amenaza percibida de los invasores judíos y musulmanes.




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Señales de alerta

En 1992, pisé por primera vez el Centro Islámico de San Diego. Como estudiante universitario en la UC San Diego, estaba allí para anunciar que nuestra Asociación de Estudiantes Musulmanes estaba recaudando fondos para los primeros refugiados musulmanes bosnios que llegaban a nuestro condado. Tuvimos que celebrar esta reunión porque la mayoría de los feligreses de la mezquita ni siquiera sabían que hubiera musulmanes en la antigua Yugoslavia.

Avancemos hasta mayo de 2026: dos agresores utilizaron una cámara para grabar su masacre en el centro y la retransmitieron en la plataforma Discord, con las palabras “guerra racial” grabadas en sus pistolas. La costumbre de escribir en las armas de fuego no es un incidente aislado en la historia de los ataques islamófobos, ni tampoco lo es grabarlos en vídeo.

En marzo de 2019, un hombre nacido en Australia atacó dos mezquitas en Christchurch, Nueva Zelanda. Mató a 51 personas y filmó su ataque, retransmitiéndolo en Facebook. El vídeo sigue circulando por internet a día de hoy.




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El atacante de Christchurch utilizó cinco armas grabadas con los nombres de diversas figuras históricas europeas y batallas contra los musulmanes, así como el insulto racistakebab remover” (“eliminador de kebab”), un siniestro eufemismo para referirse a la limpieza étnica que está vinculado a la guerra civil bosnia de 1991-1995.

La frase es un homenaje al líder serbobosnio Radovan Karadžić, el mismo señor de la guerra cuyos crímenes contra la humanidad llevaron a tantos refugiados bosnios a huir del país –y muchos de los que llegaron a EE. UU. se establecieron en San Diego–. Fue Karadžić quien asoció los “kebabs” con los musulmanes bosnios. “Eliminar el kebab” sigue siendo un meme islamófobo entre la extrema derecha europea, donde las omnipresentes tiendas de kebabs del continente se equiparan a menudo con la inmigración musulmana.

El atacante de Nueva Zelanda también grabó batallas de las Cruzadas en sus armas, y en su manifiesto en línea nombró a Anders Breivik como su héroe. Breivik detonó una bomba en el centro de Oslo en 2011, matando a 8 personas antes de masacrar a otras 69. Breivik estaba obsesionado con las Cruzadas medievales, y se disfrazó de caballero templario en su propio manifiesto.

El ataque del neocruzado neozelandés inspiró dos atentados en Estados Unidos al mes siguiente. En abril de 2019, tres miembros de una milicia de Kansas que se autodenominaba “Los Cruzados” fueron detenidos antes de que pudieran llevar a cabo un complot para poner una bomba en un complejo de apartamentos donde vivían familias musulmanas somalíes y una mezquita.

Ese mismo mes, un estudiante de 19 años entró en una sinagoga del norte del condado de San Diego y abrió fuego contra los fieles que conmemoraba el último día de la Pascua judía, matando a una mujer de 60 años e hiriendo a otras tres personas. Este mismo agresor había intentado anteriormente incendiar una mezquita local, inspirado por el tiroteo de Christchurch.

Este agresor era estudiante de Enfermería en la Universidad Estatal de California en San Marcos, donde yo imparto clases, y estudiaba en un edificio justo enfrente de mi Departamento de Historia. Les dijo a los estudiantes que admiraba a Hitler, y sus compañeros lo denunciaron a nuestra administración, que no actuó ante las advertencias de que estaba utilizando la historia como arma.




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La historia utilizada como arma legitima la violencia

Siguiendo los pasos del tirador de Nueva Zelanda y del de la Universidad Estatal de California en San Marcos, los dos tiradores de la mezquita de San Diego llevaron a cabo su mortífero ataque con el fin de motivar futuros ataques imitativos.

Según se informa, sus manifiestos conciben su tiroteo como una “cruzada”. Incluso se autodenominaron los “hijos” del atacante de Nueva Zelanda.

El 24 de abril de 2026, regresé al Centro Islámico, no como estudiante, sino como profesor de Historia para impartir una conferencia comunitaria. Y, como historiador, estaba especialmente cualificado para advertirles de que, basándome en mi estudio de la historia de la islamofobia pasada en nuestra zona y a nivel mundial, existía un riesgo creciente de ataques violentos, incluso contra el propio centro. Trágicamente, mi temor se hizo realidad apenas unas semanas después.

En esa conferencia, lamenté que, mientras que la historia de las Cruzadas es omnipresente, ni en mi campus ni en toda la zona de San Diego existe una sola asignatura o programa dedicado a la historia tanto de los musulmanes estadounidenses como de los árabes estadounidenses. Esta es una asignatura por la que he estado presionando y luchando desde 2012, cuando me mudé definitivamente a la zona.

Podemos combatir la radicalización que se deriva de una versión racista y fantaseada de la historia europea. Podemos hacerlo no solo impartiendo clases sobre las conquistas militares y las cruzadas de Europa, sino también sobre la rica y larga historia de los musulmanes y árabes corrientes que llegaron tanto a EE. UU. como a Europa, tratando de construir un futuro mejor tanto para sus hijos como para sus nuevos países de acogida.

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Ibrahim Al-Marashi no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Ataque a una mezquita en San Diego: las interpretaciones racistas de la historia europea están inspirando a los extremistas – https://theconversation.com/ataque-a-una-mezquita-en-san-diego-las-interpretaciones-racistas-de-la-historia-europea-estan-inspirando-a-los-extremistas-283604

La conversación docente: ¿libres para enseñar?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Eva Catalán, Editora de Educación, The Conversation

file uoknl CarlosBarquero/Shutterstock

“Buenas tardes, estimados pasajeros, les habla el comandante de este vuelo con destino X. En unos segundos alcanzaremos la altitud de crucero, situándonos a unos 10.000 metros con una velocidad media de unos 850 km/hora y una temperatura exterior de menos 50 grados celsius…”

¿Le ha pasado alguna vez que, a bordo de un avión que acaba de despegar, escucha estas palabras del piloto y piensa: “No necesito saberlo”? Yo lo pienso a menudo. Y no soy la única. El cómico estadounidense Harry Seinfeld tenía un chiste en uno de sus monólogos clásicos en el que respondía a esta información del piloto con un: “Vale, genial, muy bien, no hace falta que me lo cuente… Haga lo que tenga que hacer para llevarme a mi destino”. En otras palabras: cumpla usted su papel de llevarnos mientras nosotros, los pasajeros, pensamos en otras cosas y no en que estamos a más de 10 km de distancia del suelo.

Me he acordado de este chiste estos días, en los que los medios en general y nosotros en particular hemos hablado de la huelga del profesorado en las comunidades autónomas de Cataluña y Valencia. Además de mejoras salariales, ratios (número de alumnos por docente) más pequeños y apoyos para atender a la neurodiversidad (que está cada vez más presente en las aulas consecuencia, en parte, de los objetivos de inclusión de la nueva ley educativa); los docentes piden que se rebaje su carga de trabajo administrativo o burocrático.

¿En qué consiste esta burocracia? En una gran proporción, se trata de cumplimentar formularios en los que se rinden cuentas y justifican las decisiones tomadas, por ejemplo, a la hora de evaluar a los alumnos. Es decir, los profesores dedican mucho tiempo de su jornada a dar explicaciones muy especializadas, subdivididas en baremos y competencias diferentes, de las decisiones que toman. ¿Es imprescindible? ¿Habría alguna manera de alcanzar un equilibrio mejor entre rendir cuentas y no verse abrumado de informes?

¿Podríamos confiar en el criterio de los profesores y profesoras como hacemos con los pilotos del avión? Dejarles que conduzcan a los estudiantes como saben y quieren, y confiar en los resultados –es decir, un aterrizaje no demasiado accidentado en el mundo adulto y el mercado laboral–?

Muchas son las cuestiones colaterales que hace falta tener en cuenta para responder a esta pregunta: ¿reciben una formación adecuada para desarrollar esta autonomía? ¿Son las pruebas de acceso a la profesión el filtro óptimo? ¿Cómo evaluar el buen hacer y evitar injusticias o negligencias? Y así nos lo han explicado las seis expertas educativas a las que hemos pedido respuesta, en su artículo Libertad para enseñar: ¿hace falta más autonomía docente?

En esta quincena también hemos publicado artículos sobre por qué no son justos, ni útiles, los detectores de inteligencia artificial; sobre cómo la humildad intelectual y reconocer errores puede fomentar la participación en clase; cómo elegir estudios sin estresarse ni tomar decisiones precipitadas; si el famoso test de Cooper que se usa en Educación Física para determinar la salud cardiorrespiratoria de los escolares es un sufrimiento innecesario; y por qué, si queremos de verdad preparar a las nuevas generaciones a la sociedad adulta que les espera, es fundamental que entiendan cómo funciona la inteligencia artificial.

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ref. La conversación docente: ¿libres para enseñar? – https://theconversation.com/la-conversacion-docente-libres-para-ensenar-283179

Hongos que dan luz: la solución viva al consumo energético

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Sergio Fuentes Antón, Profesor de Didáctica de las Ciencias Experimentales, Universidad de Salamanca

_Armillaria gallica_ es uno de los hongos capaces de producir luz de forma autónoma. Dan Molter / Wikimedia Commons., CC BY-SA

El papel de los hongos en el desarrollo de la civilización parece no tener fin. Lejos de ser unos simples organismos que aparecen en primavera o en otoño y que muchos recolectan para comérselos, el potencial de estos seres vivos va mucho más allá.

Más allá de su papel en la cultura popular en múltiples leyendas y mitos, sabemos del potencial que tienen algunas setas como alimento del futuro, en la lucha contra el cáncer o el desarrollo biotecnológico.




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Pero quizá ignoremos que una de sus propiedades más fascinantes podría ayudar a reducir el consumo energético de las grandes ciudades, además de ser una solución a la contaminación lumínica.

Setas y hongos, al rescate

No cabe duda de que el reino Fungi es un continuo de sorpresas, con propiedades y características que los hacen únicos en muchos aspectos.

Estos seres vivos pueden vivir en cualquier hábitat del planeta (ya sean desiertos, cumbres heladas o el mismo océano). Son capaces de destruir contaminantes como petróleo o residuos nucleares. Incluso, son una fuente de proteína sostenible.




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Ahora, gracias a investigaciones llevadas a cabo por científicos suizos, parece que los hongos también podrían a ayudar a regular el problema energético al que nos estamos viendo sometidos.

Las ciudades cada vez son más grandes para atender a la población que sigue creciendo. Tenemos cada vez edificios más altos, además de extensiones mucho mayores dedicadas a vivienda, lugares de ocio o producción de alimentos, sin dejar de lado el transporte.

Todas estas nuevas infraestructuras que se van creando necesitan energía para poder funcionar: ascensores, iluminación, calefacción… electricidad, al fin y al cabo, que debe generarse, utilizarse y pagarse.

Su precio, en muchas ocasiones, está sometido a los altibajos políticos y situaciones de conflictos armados, como se ha visto en la reciente guerra de Ucrania.

Además, a los inherentes problemas de contaminantes que todos conocemos, se suma un tipo de contaminación a la que no suele prestarse mucha atención: la contaminación lumínica.

Hongo bioluminiscente Mycena roseoflava.
Joseph Pallante / Wikimedia Commons., CC BY-SA

Organismos capaces de producir luz

Seguramente, si mencionamos a las luciérnagas, vengan a nuestra cabeza pequeños insectos voladores que emiten luz en las noches de verano. Aunque parezca extraño, esta propiedad luminosa en la naturaleza es más común de lo que pensamos.

Este fenómeno llamado bioluminiscencia es mucho más frecuente en las profundidades del mar, donde hay organismos que viven ajenos a la luz del Sol.

En respuesta, muchos peces abisales, invertebrados y ciertas algas son capaces de emitir luz para atraer presas, comunicarse, defenderse o atraer parejas.

El mecanismo se basa en una serie de reacciones químicas mediante las cuales unos compuestos llamados luciferina y luciferasa interaccionan para producir luz en presencia de oxígeno.

Y, aunque sea evidente que el curioso nombre de estas moléculas proviene de Lucifer, lejos de asemejarlo a una naturaleza demoníaca, en latín significa “portador de luz”.

Hongo bioluminiscente Roridomyces roridus.
Eric Brunschwiler / Wikimedia Commons., CC BY-SA

El papel del oxígeno en la luminiscencia

Ciertos hongos pueden emitir e iluminarse igual que los habitantes marinos mencionados (entre 70 y 100 especies aproximadamente).

Más importante aún, los estudios que realizó Robert Boyle con hongos bioluminiscentes en el siglo XVII demostraron que, en ausencia de oxígeno, estos dejan de emitir luz, lo que permitió identificar el papel del oxígeno en dicho fenómeno.

Los géneros principales con esta capacidad son Armillaria, Omphalotus y Mycena. Prácticamente, todos ellos se desarrollan sobre madera y, curiosamente, Armillaria y Omphalotus son especies parásitas.

Ciudades del futuro bioiluminadas

Basándose en estas propiedades luminiscentes de ciertos hongos y su facilidad para crecer sobre madera, algunos investigadores proponen una innovadora solución al consumo energético.

Un equipo de los Laboratorios Federales Suizos de Ciencia y Tecnología de Materiales (EMPA), en conjunto con investigadores de la Escuela Politécnica Federal de Lausana (EPFL), ha conseguido crear madera luminiscente que brilla en la oscuridad.

El hallazgo ha sido posible gracias a técnicas de biotecnología que introducen el micelio –parte vegetativa y viva– de hongos como Desarmillaria tabescens y Panellus stripticus en madera. Luego, estos son cultivados bajo condiciones de humedad y temperatura para su desarrollo.

Muestras de madera cultivadas con micelio del hongo Desarmillaria tabescens.
EMPA., CC BY

Una vez el hongo se establece en la madera y crece, al entrar en contacto con el oxígeno del aire, emite la ya conocida luz verdosa, resultado de la reacción entre la luciferina y la luciferasa.

Madera que brilla sin electricidad

Por este medio, se ha conseguido madera que brilla de manera autónoma durante 10 días, llegando en algunos casos a 90, lo cual es un avance considerable para reducir el consumo energético.

Aunque por el momento se encuentra en una fase experimental, la creación de senderos y mobiliario urbano que se base en esta tecnología, en conjunto con la luz LED, podría ser el sistema de iluminación de las próximas ciudades del futuro.

Una vez más, los hongos se postulan como la solución a problemas modernos. Sin ellos, nuestra vida sería, probablemente, más complicada.

The Conversation

Sergio Fuentes Antón no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Hongos que dan luz: la solución viva al consumo energético – https://theconversation.com/hongos-que-dan-luz-la-solucion-viva-al-consumo-energetico-283156

Un nuevo estudio confirma que el calor debido al cambio climático aumenta el riesgo de partos prematuros en 13 países

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Dominic Royé, Investigador Ramon y Cajal, Consejo Superior de Investigaciones Científicas (CSIC)

EugeneEdge/Shutterstock

Piense en un día de verano sofocante. Ahora imagine esa situación para una embarazada de ocho meses. El calor no es solo una incomodidad: para muchas mujeres, puede ser el desencadenante de un parto que llega demasiado pronto. Un bebé prematuro –nacido antes de las 37 semanas de gestación– se enfrenta a un riesgo significativamente mayor de mortalidad y a complicaciones de salud que pueden acompañarle durante toda la vida.

Durante décadas, las investigaciones han documentado la relación entre la exposición al calor y los partos prematuros. Sin embargo, la mayoría de los estudios se habían limitado a una sola ciudad o país, empleando métodos distintos y obteniendo resultados difíciles de comparar.

¿Cuántos partos prematuros se deben realmente al calor en distintas partes del mundo? ¿Son todas las embarazadas igual de vulnerables? Nuestro nuevo estudio, publicado en Environment International, ofrece las respuestas más completas hasta la fecha.

Un análisis de 36 millones de nacimientos en 13 países

Hemos analizado 36,6 millones de nacimientos ocurridos durante el verano en 250 ciudades de 13 países (Australia, Brasil, Canadá, Chile, Ecuador, Estonia, Israel, Italia, Japón, Paraguay, España, Suiza y Estados Unidos) entre 1979 y 2019. Es el análisis multicéntrico más extenso realizado sobre este tema hasta el momento.

Para estimar la relación entre la temperatura y el riesgo de parto prematuro utilizamos modelos estadísticos de vanguardia que permiten capturar efectos retardados y no lineales de la exposición al calor en los días previos al parto.

El resultado es claro: el calor aumenta el riesgo de parto prematuro de forma lineal a medida que aumentan las temperaturas. En días de calor moderado, dicho riesgo se incrementa un 2,8 %. En días de calor extremo, el aumento llega al 3,8 %.

855 partos prematuros por millón de nacimientos

Traducir estos riesgos relativos a cifras concretas permite entender mejor la magnitud del problema. Estimamos que el 1,41 % de todos los partos prematuros ocurridos durante el verano son atribuibles al calor. En términos absolutos, eso equivale a 855 partos prematuros por cada millón de nacimientos.

La magnitud es comparable a la de otros factores bien establecidos. Por ejemplo, supera ampliamente la contribución del tabaquismo materno en países de renta baja y media, y se aproxima a la del paludismo. No es un efecto menor: el calor es ya un factor de riesgo ambiental de primer orden para la salud reproductiva.

Las diferencias entre países son también reveladoras. Paraguay registra la carga más alta, con 1 347 partos prematuros por millón, mientras que Suiza presenta la más baja, con 628. España se sitúa en valores intermedios-altos, con 1 080 por millón. Esta variabilidad sugiere que el clima, el nivel de desarrollo socioeconómico y la capacidad de adaptación de cada país modulan significativamente la vulnerabilidad de las embarazadas.

No todas las embarazadas corren el mismo riesgo

Uno de los hallazgos más relevantes de nuestro estudio apunta a que el calor podría no afectar por igual a todas las mujeres. Las madres jóvenes, con menor nivel educativo, en situación de vulnerabilidad socioeconómica y sin pareja podrían presentar un mayor riesgo de parto prematuro inducido por el calor. Los fetos femeninos también parecen ser más susceptibles que los masculinos. Sin embargo, la mayoría de estos análisis de subgrupos no alcanzaron significación estadística, por lo que se necesita más investigación para confirmarlo.

Detrás de estas diferencias hay mecanismos concretos. Las personas en situación de desventaja económica tienen más probabilidades de vivir en zonas especialmente calurosas, el denominado efecto isla de calor urbana, de trabajar en exteriores y de carecer de acceso a aire acondicionado u otros medios de protección frente al calor. La desigualdad social y la desigualdad climática se solapan, y las embarazadas más vulnerables pagan el precio más alto.




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El calor adelanta el parto incluso en embarazos a término

Quizás el hallazgo más sorprendente de nuestra investigación es que el efecto del calor no se limita a los partos prematuros. También hemos observado un aumento significativo del riesgo de parto en embarazos que se considerarían clínicamente normales, entre las semanas 37 y 42. En concreto, el calor extremo incrementa el riesgo de parto en la semana 37-38 en un 3,66 %, y en embarazos de 39 semanas o más en un 2,97 %.

Esto implica que el calor puede actuar como desencadenante del parto en fetos que, en otras circunstancias, habrían seguido desarrollándose con normalidad. La ventana gestacional más sensible se extiende desde la semana 31 hasta la 40, lo que abarca tanto los partos prematuros tardíos como los tempranos a término.

¿Por qué ocurre esto?

Los mecanismos biológicos son múltiples. El calor puede elevar la temperatura corporal materna y desencadenar contracciones uterinas. La deshidratación que produce el calor altera el equilibrio electrolítico y reduce el flujo sanguíneo hacia la placenta. Además, favorece procesos inflamatorios y de estrés oxidativo que pueden comprometer el desarrollo fetal y acelerar la maduración del cuello uterino.

Las embarazadas son especialmente vulnerables porque su cuerpo ya genera más calor de lo normal debido al crecimiento fetal y, al mismo tiempo, tiene una capacidad reducida para disipar ese calor por el aumento de peso.




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Una amenaza que crecerá con el calentamiento global

Estos resultados adquieren una dimensión especialmente preocupante en el contexto del cambio climático. Las olas de calor serán más frecuentes, más intensas y más largas en las próximas décadas. Si no actuamos, la carga de partos prematuros atribuibles a las altas temperaturas no hará más que crecer, erosionando décadas de avances en salud neonatal e infantil.

La respuesta requiere actuar en varios frentes. En el ámbito clínico, los sistemas de salud deben incorporar el calor como factor de riesgo en el seguimiento del embarazo, especialmente en mujeres socialmente vulnerables. En el ámbito urbano, es urgente desarrollar estrategias de adaptación –zonas verdes, refugios climáticos, sistemas de alerta temprana– que protejan a las embarazadas durante los episodios de calor extremo. Y en el ámbito político, estos datos deben trasladarse a objetivos ambiciosos de reducción de emisiones.

El calor extremo ya no es solo un problema de confort. Es un problema de salud pública, de equidad social y de justicia climática. Y las embarazadas están en primera línea.

The Conversation

Dominic Royé esta financiado por el programa Ramón y Cajal (RYC2023-042824-I) y la GAIN-Xunta de Galicia.

Ana M Vicedo-Cabrera recibe fondos de Swiss National Foundation, Mobiliar Cooperative, Wellcome Trust, Federal Office of the Environment (Switzerland).

Coral Salvador recibió fondos de la Xunta de Galicia y, actualmente, recibe fondos del Fondo Nacional Suizo para la Investigación Científica (Swiss National Science Foundation, SNSF)

Aurelio Tobias y Carmen Íñiguez no reciben salarios, ni ejercen labores de consultoría, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del puesto académico citado.

ref. Un nuevo estudio confirma que el calor debido al cambio climático aumenta el riesgo de partos prematuros en 13 países – https://theconversation.com/un-nuevo-estudio-confirma-que-el-calor-debido-al-cambio-climatico-aumenta-el-riesgo-de-partos-prematuros-en-13-paises-283401