Écouter Phnom Penh : ce que les cultures urbaines disent du Cambodge contemporain

Source: The Conversation – France in French (3) – By Laurent Pordié, Anthropologue, chercheur au CNRS, Centre national de la recherche scientifique (CNRS)

Capture d’écran du compte @TheSkateNomad sur YouTube « SKATE IN CAMBODIA | Inside The Capital PHNOM PENH »

Dans les rues de Phnom Penh, le Cambodge se vit au présent. Entre deux figures de skate sur le bitume du Wat Botum et un freestyle rap griffonné sur un téléphone, Sovann, Visal et leurs pairs bricolent leur quotidien avec ce qui leur tombe sous la main : des références venues d’ailleurs, des amitiés de quartier, des galères d’argent et des rêves d’avenir. Leur Phnom Penh n’est ni Angkor ni les Khmers rouges – c’est une ville où l’on s’invente une place, planche sous le pied ou micro à la main, dans un pays qui n’a jamais été aussi jeune.


À la tombée du jour, l’esplanade du Wat Botum, à Phnom Penh, se remplit progressivement. Situé près du Monument de l’Indépendance, cet espace public est devenu l’un des principaux lieux de rassemblement de la scène skateboard de la capitale cambodgienne. Les familles viennent y prendre l’air lorsque la chaleur retombe. Les vendeurs ambulants s’installent le long des trottoirs. Les adolescents discutent par petits groupes. Puis les skateurs apparaissent.

Parmi eux, Sovann et Visal passent sans cesse d’un univers à l’autre : ils sont sur leurs skateboards en fin d’après-midi, puis discutent de leurs derniers morceaux de rap autour d’un téléphone que l’on se passe de main en main. Sovann improvise parfois quelques rimes en freestyle, évoquant amours et ruptures dans un registre introspectif. Autour de lui, d’autres commentent les dernières productions diffusées sur les réseaux sociaux ou les nouveaux tricks (figures de skateboard) réussis par un ami. Skateboard, musique et sociabilités s’entremêlent ainsi dans un même univers de pratiques et de références.

Omniprésents dans les représentations du Cambodge à l’étranger, les Khmers rouges sont très rarement évoqués dans les conversations ordinaires de ces jeunes. Pour de nombreux observateurs, le pays reste pourtant associé à deux images dominantes : les temples d’Angkor – emblème national d’un passé prestigieux – et le génocide qui a coûté la vie à près de deux millions de personnes entre 1975 et 1979.

Cette histoire, si elle demeure présente dans la société cambodgienne, n’y occupe toutefois pas la place centrale que lui accordent les regards extérieurs. Dès la fin des années 1980, puis de manière croissante au cours des décennies suivantes, la notion de « traumatisme psychique » s’est imposée dans les travaux sur les réfugiés cambodgiens et les survivants du régime, au risque de réduire le pays aux seules séquelles du génocide. L’anthropologue Anne-Yvonne Guillou nous invite à déplacer cette perspective en montrant notamment que les relations entretenues avec le passé passent aussi par des lieux, des rituels et des pratiques religieuses qui permettent aux vivants de poursuivre leur existence. Le passé ne disparaît pas ; il est continuellement réélaboré.

Cette possibilité d’habiter le temps autrement que sous le signe du traumatisme s’exprime clairement dans les nouvelles cultures urbaines. Le passé national est certes connu, mais il ne structure pas les horizons d’attente et les préoccupations des jeunes habitants de Phnom Penh. Leur regard est tourné vers ce qui donne forme à leur existence quotidienne : l’avenir, le travail, l’amour, l’argent, l’amitié, la réussite ou l’échec.

Ce constat n’est pas anecdotique : le Cambodge est une société jeune, avec un âge médian d’environ 26 ans et dont près de la moitié de la population est âgée de moins de 24 ans. S’intéresser à cette génération, c’est observer une composante centrale de la société. Cette dynamique est particulièrement visible à Phnom Penh, où convergent investissements, industries créatives et réseaux internationaux. Depuis trois décennies, la circulation des capitaux, des personnes et des idées transforme la capitale. L’essor des cultures urbaines s’inscrit dans ce mouvement et témoigne de la manière dont la jeunesse cambodgienne se réapproprie ces circulations globales.

Skate et rap au Cambodge

Le skateboard et le rap occupent une place particulière parmi ces cultures urbaines. Le rap est aujourd’hui l’une des formes musicales les plus populaires auprès de la jeunesse, comme l’illustre l’ouvrage de Darathtey Din (2024) consacré à la culture populaire et à l’industrie musicale, ou encore l’émission The Rapper Cambodia, diffusée depuis 2023. Le skateboard, plus marginal, bénéficie quant à lui d’une forte image de modernité et d’ouverture sur le monde.

Cet article s’appuie sur plusieurs années de fréquentation de skateurs et de rappeurs de Phnom Penh, ainsi que sur la traduction d’une trentaine de morceaux de rap cambodgien. Les deux univers ne se confondent pas. Sovann et Visal, qui oscillent de l’un à l’autre, incarnent l’un des points de rencontre entre deux scènes par ailleurs distinctes. Ce qui les relie tient moins à leurs acteurs qu’à leur contribution commune à l’émergence d’un Cambodge urbain et ancré dans le présent.

Leur Phnom Penh est une ville en mouvement, où les immeubles poussent vite et où les réseaux sociaux connectent quotidiennement les habitants au reste du monde. Les plus chanceux, comme Sovann et Visal, voyagent à l’étranger – Japon, Thaïlande, Europe – et reviennent avec le désir de faire grandir la scène cambodgienne, sans jamais se détacher de leur environnement local.

En accompagnant des skateurs dans la ville, on découvre une autre manière de lire l’espace urbain. Là où la plupart des habitants voient un escalier ou un muret, le skateur perçoit une trajectoire, un défi technique. Les surfaces de béton entourant certains temples bouddhistes deviennent ainsi des lieux d’entraînement, sans que les usages religieux ou résidentiels ne disparaissent pour autant.

Ces pratiques reposent aussi sur des infrastructures discrètes. Côté skateboard, skateshops, skateparks, l’organisation Skateistan et la Fédération cambodgienne de skate jouent un rôle clé dans l’organisation de la scène. Côté rap, des structures comme Tiny Toones, KlapYaHandz ou B-Side ont permis l’émergence de nouvelles générations d’artistes et multiplié les échanges internationaux.

Les horizons d’une jeunesse urbaine

Ce qui frappe est moins la différence entre skateurs et rappeurs que la proximité de leurs préoccupations. Les parcours et les pratiques divergent, mais les questions qu’ils se posent sont souvent les mêmes : trouver sa place, construire un avenir, gagner sa vie, entretenir ses relations ou saisir les occasions qui se présentent. À travers ces expériences se dessine un même rapport à la société.

La question de l’avenir revient souvent, ainsi que la nécessité de créer ses propres opportunités dans une économie incertaine. Cette aspiration traverse le rap cambodgien, dont l’exemple le plus connu est « Time to Rise » du rappeur VannDa : aux côtés du maître Kong Nay, figure du chapei dang veng (luth traditionnel khmer), il invite la jeunesse à croire en ses capacités et à construire l’avenir du pays. Le clip, visionné plus de 134 millions de fois sur YouTube, doit son succès à ce dialogue entre héritage culturel et création contemporaine : le patrimoine n’y est ni un poids ni une blessure, mais un socle pour imaginer l’avenir.

Mais l’avenir n’est qu’une partie des conversations. Les soucis financiers – dettes familiales, difficulté à gagner sa vie – reviennent aussi fréquemment que les tensions relationnelles. La santé mentale s’y invite aussi, par petites touches plutôt que par grandes déclarations : peine à trouver un travail stable, fatigue de ne jamais savoir de quoi demain sera fait. La pandémie a laissé des traces inégales, certains évoquant des périodes d’isolement ou d’angoisse. Le regard des autres compte également : les réseaux sociaux amplifient les jugements, et les discussions sur les vêtements, les marques ou les styles expriment des enjeux de reconnaissance et d’appartenance.

Les apparences ne disent jamais tout. Dans Wall, l’un des titres de l’album Reflexion, Vin Vitou, figure reconnue de la scène rap cambodgienne, évoque la détresse psychique, le doute, l’isolement, l’endettement et la difficulté à demander de l’aide. Dans Phum II, l’artiste 4T5 raconte l’écart entre son image publique et les difficultés personnelles de son parcours. Ni l’un ni l’autre n’évoque l’histoire nationale : ils parlent d’identité, de reconnaissance et de trajectoire personnelle.

Depuis le printemps 2025, une question nouvelle s’est imposée dans ces conversations : celle des tensions récurrentes à la frontière thaïlandaise. C’est dans ce contexte que le passé tragique du pays peut refaire surface. Ni censuré ni impossible à évoquer, il reste peu présent dans le cours habituel des échanges et surgit lorsqu’une situation du présent lui redonne une actualité. Les jeunes parlent alors de la guerre qui a meurtri le Cambodge et des souffrances qu’ont connues leurs parents ou leurs grands-parents. Plusieurs expliquent ne pas vouloir voir leur pays replonger dans un conflit, précisément parce que les générations précédentes en ont déjà payé le prix. Le passé apparaît alors moins comme un objet de mémoire que comme une raison collective d’exiger la paix : il ne s’agit pas tant de regarder en arrière que de rappeler ce qu’il convient d’éviter.

Le monde, version Phnom Penh

Le skateboard et le rap sont, bien sûr, nés loin du Cambodge. Leur circulation n’a toutefois pas abouti à une simple reproduction de modèles venus d’ailleurs : les jeunes de Phnom Penh mobilisent ces pratiques pour raconter leurs propres expériences. Les références circulent mondialement, mais les significations demeurent profondément locales. Le cadre est global, ce qui s’y dit est résolument cambodgien.

Cette réappropriation apparaît aussi dans les stratégies de représentation des artistes. Lors de la cérémonie de clôture des JO de Paris 2024, VannDa choisit d’apparaître dans une tenue mettant en avant l’identité khmère : loin d’effacer les références locales, son inscription dans un univers musical mondialisé devient un moyen de les rendre visibles à l’international.

Les cultures urbaines racontent ainsi le Cambodge, non parce qu’elles seraient plus représentatives que d’autres univers sociaux, mais parce qu’elles rendent audibles des dynamiques qui traversent aujourd’hui la société : intensification des circulations, affirmation identitaire, importance des réseaux numériques, réappropriation locale de références globales.

Lorsque les planches sont rangées et que les groupes se dispersent sur l’esplanade du Wat Botum, les conversations ne s’arrêtent pas. Les yeux restent rivés sur les téléphones, puis chacun reprend le chemin de son quartier. Les échanges se poursuivront le lendemain, dans les mêmes lieux, sur les mêmes écrans. Ces scènes ordinaires racontent peut-être quelque chose d’essentiel. Elles rappellent qu’au-delà des récits qui continuent de définir le Cambodge à travers Angkor ou les Khmers rouges, il existe aussi un Cambodge du présent : jeune, urbain, connecté au monde, traversé de tensions et d’inégalités, mais aussi de projets, de créations et d’imaginaires tournés vers l’avenir.

The Conversation

Laurent Pordié ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Écouter Phnom Penh : ce que les cultures urbaines disent du Cambodge contemporain – https://theconversation.com/ecouter-phnom-penh-ce-que-les-cultures-urbaines-disent-du-cambodge-contemporain-286369

No basta con reducir emisiones: el cambio climático y las olas de calor exigen planes que protejan vidas

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Sergio Hoyas Calvo, Catedrático de Ingeniería Aeroespacial, Universitat Politècnica de València

Capturing Images/Shutterstock

El calor de este verano no es como el de siempre. Según AEMET, entre 1975 y 2025 se registraron 78 olas de calor en España, pero su evolución es lo más relevante: entre 1975 y 1984 había de media tres días al año en situación de ola de calor; entre 2016 y 2025, la media fue de 22. Ahora son más frecuentes, afectan a más provincias, duran más días y son más intensas.

La pregunta incómoda es: ¿están nuestros planes climáticos preparados para el clima que ya tenemos o siguen diseñados para el clima que dejamos atrás?

Mitigar y adaptarse: las dos caras de la acción climática

Cuando se habla de política climática, suele pensarse en reducir emisiones para mitigar el aumento de las temperaturas. Es imprescindible: cuanto más se caliente el planeta, más frecuentes e intensas serán las olas de calor. El Panel Intergubernamental sobre el Cambio Climático (IPCC), el organismo científico de Naciones Unidas encargado de evaluar el conocimiento disponible sobre este tema, concluye que muchos fenómenos extremos ya han aumentado por la influencia humana y seguirán haciéndolo con más calentamiento.

Pero reducir emisiones no protege por sí solo frente a los impactos que ya están ocurriendo. También hay que adaptarse: preparar ciudades, hospitales, viviendas, infraestructuras, agricultura, agua y protección social para un clima más extremo.

Mitigar evita que el problema empeore; adaptarse reduce los daños presentes. Una política climática eficaz necesita ambas cosas.

Qué son las NDC y por qué importan

Cada país presenta ante Naciones Unidas sus planes climáticos nacionales, conocidos como Contribuciones Determinadas a Nivel Nacional o NDC, por sus siglas en inglés. Son los compromisos que los países formulan dentro del Acuerdo de París.

Las NDC nacieron centradas en la mitigación, es decir, la reducción de emisiones, pero cada vez incorporan más adaptación: cómo proteger a la población, la economía y los ecosistemas frente a los impactos climáticos. Muestran, en resumen, cómo un país entiende la emergencia climática.

En un estudio reciente publicado en Nature Communications, analizamos las 158 NDC disponibles de los 195 países registrados ante Naciones Unidas. Hemos usado inteligencia artificial (IA) y validación humana para ver cómo conectan sus planes climáticos con los Objetivos de Desarrollo Sostenible(ODS).

En nuestro estudio, la IA no sustituye el juicio experto: ayuda a analizar documentos largos, heterogéneos y difíciles de comparar. Las NDC de cada país usan lenguajes, prioridades y niveles de detalle distintos, y la IA permite detectar patrones comunes, conexiones implícitas y ausencias relevantes.

Más de la mitad de los países analizados no mencionan explícitamente los ODS en sus planes climáticos, aunque muchas conexiones aparecen en el significado del texto. Analizar solo palabras clave puede ocultar relaciones importantes entre clima, salud, energía, agua, agricultura, biodiversidad o adaptación. El resultado es claro: los países no están planeando la transición climática de la misma manera.

De hecho, el hueco es notable: apenas el 1 % del texto de las NDC desarrolla explícitamente cómo la acción climática y el desarrollo sostenible se refuerzan mutuamente. La mayoría de los países tratan ambas agendas como si avanzaran por separado, cuando en realidad se necesitan.

Un mundo que planifica de forma desigual

Los países de renta alta suelen poner el acento en la salud, la transición energética o la transformación industrial. Muchos países de renta baja y media, en cambio, priorizan necesidades más inmediatas: agua, alimentos, energía, agricultura, recursos naturales y biodiversidad.

No es que unos entiendan mejor el cambio climático que otros; es que lo viven desde posiciones distintas. Para algunos, la transición significa electrificación, eficiencia o innovación. Para otros, está más ligada a sequías, inseguridad alimentaria y acceso básico a agua y energía.

Hay, sin embargo, un punto ciego que comparten ricos y pobres por igual: la educación y la igualdad de género apenas aparecen en los planes climáticos, sea cual sea el nivel de renta del país. Es una ausencia preocupante, porque sin personal cualificado para anticipar desastres y sin políticas que tengan en cuenta el impacto distinto del cambio climático sobre hombres y mujeres, cualquier plan de adaptación se queda corto.

La conclusión es clara: no existe una receta universal. Un buen plan climático debe partir de la realidad de cada país, pero integrar siempre mitigación, adaptación y desarrollo sostenible.

El peligro de las políticas en silos

Una de las ideas centrales de nuestro estudio es que las políticas climáticas pueden generar sinergias, pero también conflictos. Rehabilitar viviendas, por ejemplo, puede reducir emisiones, mejorar la salud y proteger frente al calor. En cambio, una infraestructura mal planificada puede dañar ecosistemas, comunidades locales o recursos hídricos.

Por eso no basta con diseñar políticas aisladas. Las olas de calor muestran bien esa interdependencia: no son solo un fenómeno meteorológico, sino también un problema de salud, vivienda, urbanismo, energía, empleo y desigualdad. La OMS advierte de que el calor extremo aumenta la mortalidad y agrava problemas cardiovasculares, respiratorios y renales, especialmente entre mayores, niños, embarazadas y personas con menos recursos.




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En una ciudad con poco arbolado, mucho asfalto y viviendas mal aisladas, el calor no afecta a todos por igual. Adaptarse al cambio climático es, por tanto, también una cuestión de justicia social.

Y, hablando de justicia social, la deuda. Setenta y nueve países atraviesan dificultades de deuda, sesenta de ellos vulnerables al clima. Pagar intereses deja poco margen para invertir en resiliencia. Los canjes de deuda por naturaleza o clima podrían aliviar ambos problemas, pero siguen siendo la excepción.

Planificar el clima que viene

El momento es especialmente importante. Las NDC se revisan cada cinco años y la nueva ronda, programada para el 2030, debe orientar los compromisos climáticos hasta 2035. Lo que los países decidan ahora condicionará emisiones, infraestructuras, inversiones y modelos de desarrollo. Por eso, la ambición climática no debería medirse solo en toneladas de CO₂ evitadas, sino también en la capacidad de anticipar riesgos, reducir desigualdades y evitar nuevos problemas sociales, económicos o ambientales.

España necesita reducir emisiones, pero también adaptarse rápidamente a un clima más extremo, porque el calor no espera a que los planes sean perfectos y, probablemente, este sea uno de los veranos más fríos que veremos en el resto de nuestra vida.

The Conversation

Sergio Hoyas Calvo recibe fondos del Gobierno de España (CIN/AEI/10.13039/501100011033) y la Generalitat Valenciana (CIPROM/2024/35) para sus estudios en Aerodinámica y Turbulencia

J. Alberto Conejero recibe fondos de la Generalitat Valenciana, proyecto PROMETEO CIPROM/2022/21.

Ricardo Vinuesa recibe fondos de ERC, NSF and DOD.

ref. No basta con reducir emisiones: el cambio climático y las olas de calor exigen planes que protejan vidas – https://theconversation.com/no-basta-con-reducir-emisiones-el-cambio-climatico-y-las-olas-de-calor-exigen-planes-que-protejan-vidas-286498

Centres de données dans l’espace : ni écologiques, ni économes

Source: The Conversation – France in French (2) – By François Graner, Directeur de recherche CNRS, Université Paris Cité

Faudra-t-il envoyer un astronaute pour faire une mise à jour ou remplacer un composant défectueux dans un data center ? (ici, un astronaute en sortie extravéhiculaire autour de la station spatiale internationale en 2006) Nasa

Les centres de données et de calcul, ou data center, permettent de stocker, traiter et distribuer des volumes considérables de données. Les annonces de construction se multiplient, notamment autour de l’essor de l’IA, mais ils commencent à rencontrer des oppositions, car ils entrent en compétition avec d’autres usages de l’eau et de l’électricité. Des propositions récentes, émanant des big techs (Google, Elon Musk…) et d’autres acteurs, est d’éviter ces conflits d’usage en envoyant des centres de données dans l’espace, ce qui créerait de nouveaux problèmes. Pour évacuer la chaleur qu’ils génèrent, il faudrait des infrastructures spéciales et de très grandes tailles.


La puissance de calcul des centres de données est exprimée en watt : cette unité de mesure de la consommation énergétique instantanée est bien révélatrice de la taille de ces supercalculateurs. Ainsi, le centre de données parisien de Telehouse, qui a été un noyau central pour plus de 80 % du trafic Internet direct en France depuis les années 80, a une puissance de vingt millions de watts (20 mégawatts).

Aujourd’hui, plusieurs projets promettent de changer d’échelle. Le Campus IA, en Seine-et-Marne, qui devait initialement atteindre plus d’un milliard de watts (1 gigawatt), vise désormais trois gigawatts. Le japonais SoftBank annonce de son côté construire cinq gigawatts répartis en trois centres dans les Hauts-de-France.

Comprendre les échelles en jeu pour appréhender les problèmes des centres de données terrestres

Un gigawatt d’électricité correspond à la consommation de deux millions de foyers. Pour le fournir, il faut mobiliser un réacteur nucléaire (environ). Chacun des nouveaux gros projets de centre de données devrait donc voir en miroir émerger une production équivalente d’électricité (nucléaire ou non), ou un changement drastique de la répartition actuelle de la consommation électrique, ce qui peut provoquer des « conflits d’usage » : lorsqu’une certaine quantité d’énergie utilisable est produite, préfère-t-on alimenter un centre de données ou des habitations ?

Par ailleurs, il faut souligner que la puissance électrique qui fait fonctionner les machines finit toujours en chaleur. Pour un centre de données d’un gigawatt, il faut in fine évacuer un gigawatt de chaleur. En pratique, l’évacuation de la chaleur se fait grâce à un fluide qui circule au plus près de la zone à refroidir, capte sa chaleur et l’évacue vers l’atmosphère. Ce fluide peut être de l’eau, avec ici aussi des difficultés liées à l’allocation des ressources, surtout en été. Une alternative est d’utiliser de l’air pour le refroidissement, ce qui nécessite d’énormes ventilateurs et génère des nuisances sonores.

Des projets de centres de données dans l’espace

D’où l’idée d’envoyer ces centres de données dans l’espace : Suncatcher de Google, AI1 d’Elon Musk ou encore Sophia Space.). Mais ce n’est pas si vert, ni si simple.




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Au-delà du problème bien réel de générer suffisamment d’électricité pour alimenter un centre de données, il y a le problème du refroidissement. En effet, dans le vide de l’espace, il n’y a pas d’eau ni d’air à disposition. Le transport de la chaleur au loin ne peut se faire que par le rayonnement, c’est-à-dire grâce à la lumière émise par tout objet. C’est ce que font des braises chaudes : elles rayonnent de la lumière qui réchauffe leur environnement (et finissent par se refroidir). Car selon une loi classique de la physique, le rayonnement croît très fortement avec la température : à la puissance 4 (au carré, et encore au carré) de celle-ci.

Pour évacuer la chaleur produite par les composants internes d’un satellite, il faut capter cette chaleur (de l’air ou de l’eau par exemple), pour l’amener vers des panneaux qui vont la rayonner vers l’espace. Afin d’éviter des déformations mécaniques, ces panneaux ne doivent pas être trop chauds. Or, en fonctionnant à une température « raisonnable », leur efficacité est faible et il faut une grande surface pour évacuer une puissance thermique donnée.

En pratique, comment marche le refroidissement dans l’espace ?

Les entreprises communiquent peu sur le refroidissement de leurs centres de données, sur Terre comme dans l’espace. Pour se faire une idée, nous pouvons nous référer à un cas où les données sont publiques : celui de la Station spatiale internationale (ISS).

Les machines de l’ISS consomment une puissance électrique moyenne de 126 kilowatts. Pour éviter que l’intérieur de l’habitacle ne ressemble à une serre tropicale, il faut évacuer la chaleur produite. Les concepteurs de l’ISS l’ont donc dotée de 645 mètres carrés de panneaux rayonnants, dont la masse totale est d’environ 10 tonnes. Dans chacun circule de l’ammoniac liquide à environ -40 °C (ce fluide a d’excellentes performances pour les installations de réfrigération aussi puissantes) jusqu’aux panneaux de refroidissement qui rayonnent vers l’espace par leurs deux faces.

À titre indicatif, extrapolons la capacité de rayonnement des panneaux de l’ISS (195 watts pour chaque mètre carré de panneau) aux projets de centres de données orbitaux. Pour rayonner un gigawatt de puissance thermique, il faudrait une surface un peu supérieure à cinq kilomètres carrés, soit 730 terrains de foot, ou la superficie du XVIIe arrondissement de Paris. On pourrait éventuellement diminuer cette surface par deux ou trois en augmentant la température du fluide jusqu’à 20 °C en remplaçant l’ammoniac.

Du poids en orbite

Un mètre carré de panneau de refroidissement dans l’ISS pèse 15 kilogrammes, soit 15 000 tonnes par kilomètre carré, soit 75 000 tonnes pour nos cinq kilomètres carrés. C’est supérieur à toute la masse mise en orbite par l’humanité depuis le premier Sputnik !

Avec le plus gros lanceur actuel (le Starship de SpaceX, qui n’est pas encore opérationnel mais devrait pouvoir envoyer environ 100 tonnes en orbite basse à chaque lancement), il faudrait 750 tirs pour mettre en orbite les panneaux de refroidissement. Il resterait ensuite à envoyer l’essentiel : les processeurs informatiques, les panneaux solaires, câbles, tuyaux, caissons…

À la demande de la Commission européenne, l’agence Carbone 4 a déterminé que placer un centre de données dans l’espace multiplie par dix son empreinte carbone, essentiellement à cause du lancement. Cette étude précise bien qu’elle ne considère pas les nombreux effets secondaires ni les impacts écologiques autres que le CO2. Or le pire effet est l’impact des particules fines, émises tant au lancement qu’à la rentrée dans l’atmosphère, à la fois sur le climat et sur la couche d’ozone.

Renouvellement du matériel

Autre sujet de préoccupation : on ne peut pas envoyer des réparateurs dans l’espace à chaque panne. Or le matériel, soumis à des radiations et des contraintes, s’y dégrade plus rapidement que sur Terre.

Indépendamment, comme les différentes caractéristiques des ordinateurs évoluent fortement sur une échelle de deux ans environ, pour garder le centre de données compétitif en termes de capacités, il faut le renouveler fréquemment. Suite à ces remplacements, que deviennent les anciens processeurs ? Il y a deux options : soit on laisse les déchets en orbite, soit on les laisse tomber sur la Terre.

La première option pose le problème des débris spatiaux, démultiplié par l’énorme surface des panneaux de refroidissement, qui rend les centres de données vulnérables aux débris spatiaux. Comme toute collision engendre à son tour de nouveaux débris, ce cercle vicieux est un verrou majeur au déploiement de grandes structures dans l’espace selon la NASA. La seconde option est la désorbitation, une famille de techniques pour provoquer la chute des débris, avec des succès variables, toujours selon la NASA, et des pollutions de la haute atmosphère.

Que faire ?

Compte tenu de ces ordres de grandeur, s’il faut vraiment des centres de données, il semble plus sage de remiser dans le fond d’un tiroir cette idée de les envoyer dans l’espace. D’un point de vue écologique, la moins mauvaise solution serait d’assumer sur Terre leurs nombreux inconvénients : ressources d’eau et d’électricité privatisées de facto, nuisances sonores pour la population locale, et baisse de la biodiversité.

Plus généralement, sur une Terre aux ressources finies, il faut faire des choix. En l’occurrence, entre multiplier les centres de données, ou décroître massivement nos consommations d’énergie et de matériaux pour préserver l’habitabilité de notre planète.


Cet article a bénéficié de discussions avec François Briens (économiste et ingénieur systèmes énergétiques), Aurélien Ficot (formateur et ingénieur sciences environnementales), Jean-Manuel Traimond (auteur et conférencier).

The Conversation

François Graner est membre de l’association « Les amis de la Décroissance »

Carine Douarche, Emmanuelle Rio et Roland Lehoucq ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. Centres de données dans l’espace : ni écologiques, ni économes – https://theconversation.com/centres-de-donnees-dans-lespace-ni-ecologiques-ni-economes-286074

Le rythme des abysses, ou comment les créatures qui vivent dans une nuit perpétuelle se repèrent dans le temps

Source: The Conversation – France in French (2) – By Juliette Ravaux, Maître de conférences, Sorbonne Université

Une hydroméduse (Crossota), observée juste au-dessus du fond marin, le long de la paroi ouest du canyon de Mona. Cet animal a été observé à plus de 3 900 mètres de profondeur. NOAA Photo Library, CC BY

La majorité des êtres vivants sur Terre — plantes, animaux et micro-organismes — vit sous l’influence du rythme imposé par l’alternance du jour et de la nuit. Les fonctions biologiques essentielles sont soumises à des cycles de 24 heures, entretenus par une horloge interne qui se synchronise avec des signaux externes de l’environnement, dont le plus puissant est la lumière.

Qu’en est-il des espèces des profondeurs, qui vivent dans la nuit perpétuelle ? Ont-elles même la notion du temps ?


Dans la zone crépusculaire, entre 200 et 1000 mètres de profondeur, pénètre encore un peu de lumière. La lumière résiduelle, qui vient du Soleil mais aussi de la Lune, y est suffisante pour synchroniser des fonctions biologiques. Ainsi, la reproduction de certains oursins, étoiles de mer, anémones et coraux de cette zone est synchronisée avec le cycle lunaire, ce qui se traduit par une libération de larves intervenant massivement à la pleine lune, ou à la nouvelle lune, selon l’espèce.

Mais au-delà de 1000 mètres, on ne détecte plus cette lumière cyclique. Il n’est pas évident de savoir si les fonctions biologiques adoptent un rythme à ces grandes profondeurs, notamment car il est difficile d’obtenir des individus vivants en provenance de ces zones.

Néanmoins, la dizaine d’études de « chronobiologie » sur les rythmes physiologiques des espèces de l’océan profond démontrent clairement que ces espèces reçoivent des signaux en provenance de la surface, et que la vie dans les grands fonds peut être rythmée par la lune, le soleil et les saisons… mais pas directement à cause de la lumière.

Au rythme de la lune… sans sa lumière

Si la lumière solaire disparaît, il existe d’autres repères temporels perceptibles dans l’environnement profond. Ces « donneurs de temps » sont appelés Zeitgebers, d’après le terme allemand.

Le cycle lunaire impose ainsi le rythme des marées en surface, avec des variations de courant perceptibles jusqu’à de grandes profondeurs, comme l’ont montré des analyses utilisant des courantomètres déployés sur le fond.

Mais à quoi bon garder le rythme dans les profondeurs ? L’existence d’une alternance sommeil-éveil a été explorée chez deux poissons : le grenadier Coryphaenoides armatus et l’anguille de haute mer Synaphobranchus kaupii.

Un grenadier (Coryphaenoides armatus) observé au dessus du plafond océanique du mont sous-marin Asterina, à 3 790 mètres de profondeur.
NOAA Ocean Exploration, 2021 North Atlantic Stepping Stones, CC BY

Des spécimens ont été pêchés dans l’Atlantique nord-est entre 1000 et 4800 mètres tout au long de la journée et de la nuit afin de suivre leur production de mélanine. Cette hormone participe à la régulation des cycles de sommeil, et sa sécrétion suit un rythme circadien avec un minimum dans la journée et une augmentation en début de nuit, qui contribue à l’endormissement. Les taux de mélanine mesurés chez les grenadiers et les anguilles montreraient des signes d’une périodicité de l’ordre de la demi-journée, ce qui suggère une influence du cycle lunaire et des courants de marée.

Une autre étude, utilisant un réseau de caméras disposées sur le fond marin à proximité de sources hydrothermales de la dorsale est-pacifique, situées à 2170 mètres de profondeur, a révélé l’activité rythmique de certaines espèces. Ainsi, à la suite d’une période d’observation de vingt-trois jours, elle a montré que le ver tubicole Ridgeia piscesae aurait une activité synchronisée avec les marées : le nombre d’individus qui déploient leur panache branchial hors du tube varie en effet selon une période de six heures.

Une ver tubicole, au nord du Golfe du Mexique.
NOAA Photo Library, CC BY

Une autre espèce hydrothermale s’est révélée avoir un rythme similaire, la moule Bathymodiolus azoricus. Elle montre non seulement une périodicité dans son comportement d’ouverture et de fermeture des valves de la coquille, mais aussi une rythmicité jusqu’au niveau moléculaire, puisqu’environ 10 % de ses gènes ont un profil d’expression dans le temps qui suit un rythme cyclique calé sur celui des marées.

Une expression rythmique des gènes, selon un cycle de 12 heures, a également été détectée chez la crevette hydrothermale Rimicaris leurokolos.

À ces profondeurs extrêmes, les Zeitgebers sont les variations rythmiques de courant et de température générées par les marées internes de l’océan, un phénomène complexe qui résulte de l’interaction entre les marées de surface et la topographie du fond. Alors que la lumière solaire est le signal dominant pour rythmer la vie des espèces à la surface du globe, les marées internes semblent être le repère temporel essentiel pour les espèces de l’océan profond.

Le soleil aussi rythme indirectement les profondeurs

D’autres signaux peuvent dans une moindre mesure imposer un rythme. Ainsi, il semblerait que l’on ne mange pas en continu dans les profondeurs ! Des rythmes ont été détectés dans la prise alimentaire de crustacés avec une démarcation entre le jour et la nuit, dont l’origine n’est pas encore connue. L’analyse du contenu de leur estomac sur une période de 24 heures a montré que les crabes Geryon longipes se nourrissent préférentiellement à l’aube, tandis que la crevette dorée Plesionika martia étale sa prise alimentaire sur la matinée.

crevettes blanches sur une sortie hydrothermale
Des crevettes hydrothermales dans le point chaud de biodiversité du champ hydrothermal de Von Damm.
NOAA Ocean Exploration, Mid-Cayman Rise Expedition 2011, CC BY

Des indices similaires de rythme alimentaire quotidien ont été observés pour trois espèces de poissons osseux, prélevées au-delà de 1 000 mètres en Méditerranée occidentale, le grenadier méditerranéen (Coryphaenoides mediterraneus), l’alépocéphale à bec et le moro de méditerranée (Lepidion lepidion). Sachant que ces trois espèces se nourrissent principalement de proies actives, il est possible dans ces cas-là que les mouvements et la disponibilité de ces proies dans la journée dictent le rythme. L’une des explications est que les proies elles-mêmes migrent dans la colonne d’eau, remontant à la surface la nuit et descendant dans la zone crépusculaire au-delà de 200 mètres pendant la journée. Leurs prédateurs profonds sont contraints d’attendre qu’elles descendent pour les capturer, et leur rythme alimentaire est donc indirectement calé sur le soleil.

Au rythme des saisons

Au-delà de ces rythmes quotidiens synchronisés indirectement par la lune et le soleil, des signaux saisonniers peuvent aussi influencer la vie en profondeur.

Bien qu’on ait longtemps pensé que la reproduction des espèces profondes se déroulait en continu, plusieurs études, menées à partir des années 1960 sur différents groupes animaux (étoiles de mer, isopodes, bivalves, crustacés…) échantillonnés à intervalles réguliers au cours du temps, ont montré qu’ils produisaient leurs gamètes à certaines périodes de l’année plutôt qu’à d’autres.

étoiles de mer
Une grande concentration d’étoiles de mer (Brisingida) lors de l’expédition Hohonu Moana en 2016.
NOAA Office of Ocean Exploration and Research, CC BY

Cette production de gamètes, très coûteuse, est ainsi synchronisée entre individus, optimisant les chances de fécondation. Cette période de reproduction intervient pendant, ou juste après, une période de productivité intense dans les eaux de surface, marquée par exemple par les efflorescences de phytoplancton, ces proliférations massives de microalgues et de cyanobactéries qui surviennent au printemps et à l’été dans de nombreuses régions océaniques, et sont parfois visibles depuis l’espace. Cette matière organique chute ensuite vers les profondeurs sous forme de neige marine, fournissant un apport nutritif capital aux adultes pour la production des gamètes et aux larves pour leur développement.

Reproduction continue et saisonnière peuvent même co-exister chez un même groupe selon la disponibilité des nutriments. Ainsi, chez les crabes de la famille des Bythogréidés, les espèces vivant dans les eaux très pauvres en nutriments du gyre subtropical du Pacifique sud, où les efflorescences sont très rares, présentent une reproduction plutôt continue, tandis que les espèces de la ride est-pacifique où les efflorescences sont fréquentes, ont une reproduction saisonnière.

Rythme lié au cycle jour-nuit, à la lune, ou aux saisons, divers Zeitgebers fournissent des repères temporels aux organismes des profondeurs, qui ne vivent donc pas hors du temps. L’étude de la chronobiologie dans l’océan profond en est encore à ses balbutiements, guère aidée par les difficultés à collecter et observer, mais il y a peu de doutes qu’elle nous réserve de nombreuses découvertes.


Pour explorer d’autres aspects de la vie sous-marine, découvrez l’ouvrage des auteurs, « Secrets de l’océan profond », publié aux Éditions Quae, et dont nous avons reproduit des bonnes feuilles.

The Conversation

Sébastien Duperron a reçu des financements de l’ANR, de la région Ile de France, et du CNRS.

Juliette Ravaux ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Le rythme des abysses, ou comment les créatures qui vivent dans une nuit perpétuelle se repèrent dans le temps – https://theconversation.com/le-rythme-des-abysses-ou-comment-les-creatures-qui-vivent-dans-une-nuit-perpetuelle-se-reperent-dans-le-temps-286690

Marchés financiers africains : les leçons de la crise russo-ukrainienne pour mieux gérer les risques

Source: The Conversation – in French – By Florent Kanga Gbongue, Enseignant-Chercheur, Université Félix Houphouët-Boigny. Cocody, Côte-d’Ivoire

La guerre russo-ukrainienne a agi comme un test de résistance grandeur nature pour les marchés financiers africains, révélant leur exposition accrue aux chocs mondiaux et une sous-estimation persistante des risques extrêmes.

À partir de résultats empiriques couvrant l’essentiel de la capitalisation boursière du continent, cet article appelle les décideurs à refonder les cadres de surveillance et de gestion des risques financiers pour renforcer durablement la stabilité financière.

Mes travaux portent principalement sur le risque souverain, les marchés financiers africains, l’actuariat et le financement du développement. Dans une récente étude, j’ai analysé l’impact de lacrise russo-ukrainienne sur les marchés financiers africains.

Quand l’Afrique découvre qu’elle n’est plus périphérique

La guerre russo-ukrainienne a mis en lumière un paradoxe souvent sous-estimé : bien que les marchés financiers africains demeurent faiblement intégrés, au sens strict, aux grandes places financières internationales, ils ne sont plus protégés des chocs mondiaux.

En 2022, la flambée des prix de l’énergie et des céréales, la volatilité extrême des taux de change et la montée généralisée de l’aversion au risque des investisseurs internationaux, matérialisée par une hausse des primes de risque et des sorties de capitaux des marchés émergents et en développement, ont provoqué en quelques semaines des secousses significatives sur les places financières africaines.




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Cette réaction rapide ne relève pas d’une simple nervosité conjoncturelle. Elle met en évidence des vulnérabilités structurelles profondes, liées à la dépendance persistante aux matières premières, à l’exposition indirecte aux flux financiers mondiaux et à l’étroitesse de la base des investisseurs domestiques.

En s’appuyant sur un cadre analytique rigoureux, notre étude montre que la crise a marqué un basculement durable du régime de risque. L’étude couvre sept marchés africains représentant près de 87 % de la capitalisation boursière du continent (Union économique et monétaire ouest-africaine, Nigéria, Afrique du Sud, Kenya, Botswana, Égypte, Maroc) et deux marchés internationaux (Union Européenne, États-Unis).

La volatilité extrême n’est plus un événement rare : elle devient un paramètre structurant du fonctionnement des marchés africains. L’enjeu dépasse donc largement l’épisode géopolitique lui-même et pose la question fondamentale de la refondation de la gestion des risques financiers en Afrique.




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Un choc de volatilité qui a dévoilé les zones de fragilité

Au cours de la période 2022-2023 du conflit russo-ukrainien, les marchés financiers africains ont connu des mouvements de prix nettement plus aigus et désordonnés qu’en période normale, révélant une hausse brutale du risque de pertes extrêmes. Les outils classiques de gestion du risque, fondés sur l’hypothèse de fluctuations relativement régulières des marchés, se sont révélés incapables d’anticiper l’ampleur réelle des pertes possibles lors d’un choc mondial.

En tenant explicitement compte des épisodes extrêmes et des interactions entre les marchés africains et internationaux, nos estimations montrent que les scénarios de pertes les plus sévères ont été largement sous-évalués au plus fort de la crise. Cette sous-estimation apparaît clairement dans les pires configurations de marché.

À titre illustratif, le risque de pertes extrêmes a été multiplié par plus de six au Nigéria, tandis qu’il a été multiplié par plus de treize au Maroc. Ces constats indiquent que la crise n’a pas seulement amplifié la volatilité existante, mais qu’elle a profondément transformé la nature même du risque auquel sont exposés les marchés africains.

À l’inverse, certains marchés moins intégrés aux flux financiers internationaux, comme la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) – institution sous régionale qui regroupe huit États : Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo –, ont enregistré des hausses de risque plus contenues. Cela suggère une résilience relative liée à leur structure de financement et à une moindre exposition aux capitaux volatils.

La crise a ainsi joué le rôle d’un test grandeur nature, mettant en lumière des fragilités systémiques longtemps masquées et soulignant l’urgence d’intégrer durablement l’analyse des risques extrêmes au cœur de la surveillance et de la gouvernance des marchés financiers africains.




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Les canaux de transmission

La propagation de la crise russo-ukrainienne aux marchés africains s’est opérée par l’interaction de trois canaux majeurs.

Le premier est celui de la dépendance aux matières premières. Les variations brutales des cours mondiaux ont affecté les équilibres macroéconomiques, les marges des entreprises cotées et les anticipations des investisseurs, générant une instabilité financière rapide.

Le deuxième canal est celui des taux de change. Les dépréciations observées dans plusieurs pays ont amplifié le risque sur les actifs financiers, renchéri le coût des importations et accéléré les sorties de capitaux, transformant un choc géopolitique externe en choc financier interne.

Le troisième canal est structurel : la faiblesse de la base d’investisseurs locaux, la liquidité limitée et l’absence d’acteurs financiers stabilisateurs puissants rendent les marchés africains particulièrement sensibles aux arbitrages des investisseurs internationaux.

Cette combinaison crée un mécanisme d’amplification où les chocs externes se traduisent localement par des mouvements de prix disproportionnés, même lorsque les fondamentaux économiques ne se sont pas immédiatement détériorés.




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Transformer la fragilité en intelligence du risque

La crise russo-ukrainienne livre plusieurs enseignements essentiels pour les décideurs et les acteurs des marchés financiers.

D’abord, la gestion du risque doit évoluer pour intégrer pleinement les scénarios de crise majeure. L’analyse des événements rares, la mesure de l’impact simultané de plusieurs chocs et les simulations de crises financières doivent devenir des outils standards de surveillance pour les autorités économiques.

Ensuite, la taille d’un marché ne garantit pas sa résilience : certains marchés les plus importants du continent (Nigéria, Maroc, Égypte, etc.) ont été parmi les plus exposés, tandis que des marchés de taille intermédiaire, mais structurellement moins dépendants des flux volatils, ont mieux résisté (BRVM de l’UEMOA et Bourse du Botswana).

La crise révèle également le degré élevé d’intégration financière de l’Afrique, confirmant que la notion de périphérie n’a plus de sens dans un système financier globalisé.

Enfin, elle rappelle que la fragilité financière est indissociable de la fragilité économique : des économies faiblement diversifiées exposent mécaniquement leurs marchés financiers à des chocs répétés et intenses. Dans ce contexte, les politiques économiques et financières doivent être pensées de manière conjointe.

Un agenda de transformation pour construire des marchés résilients

Construire des marchés capables d’absorber les chocs extrêmes suppose un agenda de transformation pragmatique mais ambitieux. La diversification des instruments financiers est une priorité, notamment à travers le développement de marchés dérivés réglementés permettant de couvrir les risques liés aux matières premières, aux taux de change et aux taux d’intérêt.

Le renforcement de la base domestique d’investisseurs constitue le deuxième pilier : fonds de pension, assurances, fonds souverains et épargne collective peuvent jouer un rôle stabilisateur décisif en période de crise, à condition de l’existence d’un cadre réglementaire et fiscal adapté.

L’intégration financière régionale représente un troisième levier stratégique, en favorisant la mutualisation de la liquidité, l’harmonisation des règles et le renforcement des infrastructures de marché.

Enfin, aucune réforme financière ne sera pleinement efficace sans transformation économique. La diversification productive vers des secteurs à plus forte valeur ajoutée est une condition essentielle de la résilience financière à long terme.

Faire des marchés africains des amortisseurs de crises

La crise russo-ukrainienne a démontré que les marchés financiers africains ne peuvent plus compter sur la distance géographique pour se protéger des chocs mondiaux. Elle a mis en évidence des vulnérabilités réelles, mais aussi un potentiel de transformation considérable.

En refondant la gestion du risque autour des événements extrêmes, en élargissant la base d’investisseurs locaux, en accélérant l’intégration régionale et en soutenant la diversification économique, l’Afrique peut transformer ses marchés financiers en véritables amortisseurs de crises.

La prochaine crise mondiale est inévitable. La question décisive est de savoir si les choix stratégiques posés aujourd’hui permettront au continent de la traverser avec stabilité, confiance et crédibilité.

The Conversation

Florent Kanga Gbongue does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Marchés financiers africains : les leçons de la crise russo-ukrainienne pour mieux gérer les risques – https://theconversation.com/marches-financiers-africains-les-lecons-de-la-crise-russo-ukrainienne-pour-mieux-gerer-les-risques-287978

¿Cómo hablar de pornografía con nuestros hijos?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By María José Vázquez Figueiredo, Profesora del área de Psicología Básica. Especializado en la prevención de la violencia, comportamientos antisociales y delictivos, Universidade de Vigo

Kleber Cordeiro/Shutterstock

Un día, en casa, escuchamos un comentario sobre sexo de nuestros hijos, todavía ni siquiera adolescentes, que nos sorprende. “En mi clase dicen que hay una página donde salen personas haciendo cosas de mayores. ¿Tú sabes cuál es?”. O quizá preguntan: “¿Qué es el porno?”. Pero lo pasamos por alto: al fin y al cabo no tiene importancia, aún son muy jóvenes para tener interés real o ni siquiera entenderlo.

Y así, el tema desaparece del escenario, trasladando el diálogo y las cuestiones que le causan curiosidad a nuestros hijos a otros contextos (los amigos, las redes sociales) que, con bastante probabilidad, no sean los más oportunos para ofrecerles la orientación que están buscando.

En cambio, si en ese momento, en lugar de pasarlo por alto, le respondemos de manera sincera y cercana, sin eludir las partes incómodas pero sin darle tampoco mayor importancia (“Es una buena pregunta. ¿Qué es lo que te genera curiosidad?” o “Si quieres, podemos hablar”), sus preguntas aparecerán sin miedo, y nos darán la posibilidad de crear, en nuestro hogar, un espacio seguro para hablar estos temas. Validaremos y normalizaremos así la búsqueda de información sobre la sexualidad: el sexo y todo lo que lo rodea habrá dejado de ser un tema tabú.

Crear el espacio de confianza

No siempre, ni para todos los padres o madres, es fácil sacar estos temas y acompañar y apoyar a los hijos e hijas. Por eso aprovechar una oportunidad que surge, de manera relajada, es tan importante. Estos son los momentos que crean la confianza: a partir de ahí, el espacio se va creando y aparece el diálogo: intermitente, en ocasiones aisladas y no necesariamente con un tratamiento exhaustivo. Es la oportunidad de cuestionar y dialogar de forma crítica sobre los contenidos falsos o sesgados, las imágenes violentas y la banalización de las conductas de riesgo a los que pueden estar expuestos sin que lo sepamos.

Cuidar y favorecer esta comunicación y nuestra relación con ellos es una de las pocas medidas con las que podemos contar para reducir su consumo de pornografía y lograr que su educación sexual sea saludable.




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¿Cómo hablar de sexo con nuestros hijos?

A continuación ofrecemos unas pautas para aquellos padres y madres que quieran aprovechar momentos, de manera orgánica y sin imponer, para hablar de temas de sexo y pornografía con los hijos e hijas:

  1. Prepararse para transmitir seguridad. Esto implica formarse y actualizarse recurriendo a guías y materiales elaborados por instituciones y organizaciones especializadas, como Save the Children o Pantallas Amigas que ofrecen orientaciones y explicaciones prácticas adaptadas a las distintas edades para abordar la sexualidad y la pornografía desde el diálogo, sin recurrir al miedo ni a la prohibición.

    No se trata de ser expertos en sexualidad, sino de ser una fuente de información fiable y un espacio seguro al que sepan que siempre pueden acudir.

  2. Mantener conversaciones sobre sexualidad antes de que se produzca la primera exposición a la pornografía, y no únicamente cuando ésta se haya producido. Los estudios señalan que el primer contacto con el porno se produce a edades cada vez más tempranas, habitualmente en torno a los 12 años, aunque algunas investigaciones describen exposiciones incluso entre los 8 y los 10 años. Casi la mitad han visto este tipo de contenidos antes de los 13 años.

    La sexualidad puede hablarse con naturalidad en la primera infancia. Por ejemplo, dialogando sobre cuentos y libros que abordan este tema, siempre acordes con la edad. Algunos cuentos y libros que tocan estos temas son Tu cuerpo es tuyo (editorial NubeOcho), desde los 5 años, El porno no mola (Montena), a partir de los 11, y Eso no es sexo (Crossbooks), a partir de los 13.

  3. Llevar a cabo una supervisión digital activa. No limitarse al control parental tecnológico, sino acompañar el uso de internet hablando con ellos sobre lo que ven e interesándonos por sus gustos, además de establecer normas de uso en familia. De lo que se trata no es de vigilar en secreto ni de controlar constantemente, sino de construir acuerdos con ellos sobre el uso de internet: hablar de lo que hacen en la red, establecer normas conjuntamente, interesarse por sus experiencias y generar confianza para que puedan transmitirnos si encuentran algo que les incomoda.

  4. Prevenir el consumo excesivo de pornografía. No siempre es necesario preguntar directamente si nuestros hijos o hijas ven porno. A menudo resulta más útil aprovechar conversaciones cotidianas, una noticia, una escena de una serie o un comentario que hagan, para preguntarles qué saben o qué han oído sobre este tema, favoreciendo un diálogo abierto y sin juicios. Cuando un menor reconoce haber visto pornografía, se recomienda evitar el castigo o la culpabilización. Se debe aprovechar la situación como una oportunidad educativa. Y abordar los contenidos sexuales explícitos desde una perspectiva educativa y de salud.




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La pornografía miente: por qué no sirve para aprender


Los temas clave

Cuando una conversación sobre sexo, sexualidad o pornografía surge espontáneamente, además de mostrarnos abiertos y sinceros, podemos aprovechar para introducir temas especialmente importantes:

  1. El consentimiento y el establecimiento de límites. El consentimiento está presente en distintas esferas de nuestra vida y, por tanto, no se debe enseñar exclusivamente aplicado al sexo. Si enseñamos a que aprendan a establecer límites y a mostrarse asertivos estaremos potenciando que también lo emplee en sus relaciones afectivas y sexuales. Reconocer el derecho a la privacidad, en su vida en general, es otra de las cuestiones que se deben potenciar, así como el derecho a decidir sobre su propio cuerpo y a su forma de expresarse.

  2. Discernir entre la información real y la falsa. Desarrollar el pensamiento crítico para identificar las representaciones irreales de la pornografía, cuestionar los estereotipos y contrastar la información con fuentes fiables. La enorme distancia entre la realidad y las representaciones pornográficas puede generar insatisfacción corporal y sexual, afectando a la autoestima y a la calidad de las relaciones; por esta razón es muy importante incidir en la diversidad corporal, así como en el autocuidado y la aceptación de uno mismo y los demás.

  3. Ayudarles a identificar cuándo están viendo demasiada pornografía, describiéndoles señales de alerta: sentir que no pueden dejar de verla, que cada vez necesitan consumirla con más frecuencia o que está afectando a sus estudios, sus relaciones o su bienestar emocional. Es importante que conozcan a qué personas adultas o recursos pueden acudir para solicitar ayuda.




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La base de una sexualidad sana

Cuando en el hogar existe una cultura abierta y una comunicación sincera y fluida en torno a estos temas, los menores desarrollan más herramientas para afrontar su sexualidad de forma saludable.

La comunicación familiar y la educación afectivo-sexual de calidad son las dos vías más importantes de alfabetización pornográfica con que cuentan los niños y adolescentes para desarrollar la capacidad de analizar críticamente los contenidos sexuales y pornográficos que encuentran fácilmente en redes sociales e internet y afrontar con mayor seguridad la presión del grupo. Todo ello contribuye a que puedan tomar decisiones más informadas y responsables sobre su sexualidad.

Sobre todo si en el ámbito escolar también existe un apoyo a la labor familiar, tanto a través de las asociaciones de padres y madres como de la propia organización del centro, con la implantación de programas y espacios seguros para abordar una necesidad básica de todo ser humano: su sexualidad.

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

ref. ¿Cómo hablar de pornografía con nuestros hijos? – https://theconversation.com/como-hablar-de-pornografia-con-nuestros-hijos-286784

Más control, menos acogida: así ha cambiado la política migratoria de la UE

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Juan Carlos Velasco, Profesor de Investigación. Grupo "Filosofía Social y Política" (FISOPOL). Jefe del Departamento de Filosofía Teórica y Práctica, Instituto de Filosofía (IFS-CSIC)

Tricani Alessio/Shutterstock

En espacios geopolíticos, como la Unión Europea, donde la flexibilización, la relativización e incluso el desmantelamiento de las fronteras estatales ha sido más rotundo, las fronteras interiores se han ido liberalizando en la misma proporción que se reforzaban y endurecían los bordes exteriores.

Las fronteras europeas ya no están solo en tierra

La llamada “fortaleza Europa” –una suerte de “balneario acorazado” en medio de un mundo inestable– es mucho más que un socorrido recurso retórico: se trata de una realidad tangible, diseñada para asegurar un área de prosperidad e intentar contener la propagación de la indigencia planetaria en su interior.

Apenas transcurridas tres décadas desde que se desmanteló el telón de acero, se vuelven a levantar nuevas barreras, no menos reales, en los mismos márgenes de la Unión: un telón de alambre de espino.

Este cambio de política tiene un protagonista central: la Agencia Europea de la Guardia de Fronteras y Costas, más conocida como Frontex. Creada en 2004 para coordinar las fronteras exteriores del espacio Schengen, su papel se ha ampliado de forma notable hasta convertirse en el actor más relevantes de la política migratoria europea.

Hoy no solo coordina operaciones de vigilancia y control, sino que también desempeña un papel clave en la proyección de las políticas migratorias de la Unión Europea hacia terceros países.

10 000 efectivos para 2027

Tras la ambiciosa reforma aprobada en 2019 –dirigida a superar su función meramente coordinadora y dotarla de capacidad operativa con un cuerpo propio de agentes uniformados y armados–, y con la previsión de alcanzar unos 10 000 efectivos en 2027, se están sentando los cimientos de un auténtico cuerpo policial para las fronteras exteriores de la Unión.

Su misión consiste, fundamentalmente, en vigilar e interceptar flujos migratorios irregulares en alta mar, lo que implica desplazar las fronteras aguas adentro, así como gestionar los procedimientos de retorno de las personas migrantes interceptadas.

Este proceso de transformación ha ido acompañado de un crecimiento muy significativo en presupuesto, funciones y capacidad operativa. Si en 2005 su presupuesto fue de algo más de seis millones de euros, en 2025 supera ya los 1 000 millones, lo que refleja la creciente centralidad del control fronterizo en la agenda europea.

Este desarrollo no puede entenderse sin tener en cuenta el contexto global. En los últimos años, los desplazamientos forzados han aumentado de forma significativa. Según ACNUR, a finales de 2024 había más de 120 millones de personas desplazadas en el mundo.

Ante este escenario, la gestión de las migraciones se ha situado en el centro del debate político europeo. No obstante, la respuesta de la Unión Europea no ha priorizado el refuerzo de los mecanismos de acogida o protección, sino el endurecimiento del control de sus fronteras.

De un reto humanitario a un problema de seguridad

En esta misma dirección, los recientes desarrollos normativos vinculados al nuevo Pacto Europeo de Migración y Asilo –aprobado en 2024 y cuya plena aplicación está prevista para 2026– refuerzan los procedimientos acelerados en frontera, amplían los supuestos de detención y consolidan las políticas de retorno y externalización del control migratorio. Lejos de atenuar o matizar la tendencia descrita, estas medidas la profundizan.

De este modo, se ha ido imponiendo una lógica claramente securitaria. Frontex opera desde este enfoque, que concibe las migraciones como un factor de riesgo, más que como una realidad con un componente humanitario. Como consecuencia, las personas migrantes pasan a ser presentadas como potenciales amenazas, lo que legitima el uso intensivo de herramientas policiales, militares y tecnológicas para gestionar su movilidad.

Es lo que puede denominarse un proceder securitario: una forma de actuación basada en la vigilancia, la anticipación y el control. En paralelo, han disminuido significativamente las operaciones de salvamento marítimo, especialmente en el Mediterráneo.

Frontex ocupa, pues, una posición central en este modelo. Su crecimiento ha ido acompañado de una mayor implicación en operaciones de vigilancia marítima, control fronterizo y cooperación con países externos a la Unión Europea. Sin embargo, este protagonismo también ha venido acompañado de polémicas.

En los últimos años, diversas investigaciones han señalado posibles vulneraciones de derechos humanos y delitos de denegación del deber de auxilio, lo que ha generado críticas tanto a la agencia como al enfoque general de la política migratoria europea.

Cómo define Europa quién merece protección

No está escrito que Unión Europea tenga que proceder siempre de este modo. De hecho, la respuesta europea a la guerra de Ucrania ha demostrado que es posible gestionar desplazamientos masivos de refugiados respetando los derechos humanos y guiándose por el principio de solidaridad, lo que pone en cuestión el funcionamiento habitual de Frontex y sugiere posibles sesgos en la aplicación de las políticas de acogida.

Por ello, cabe preguntarse si estos problemas son casos aislados o si responden a cuestiones más profundas. En particular, es relevante analizar hasta qué punto están relacionados con la propia lógica securitaria que guía la acción de Frontex en detrimento del enfoque humanitario, así como con desigualdades interestatales, relaciones de poder entre el norte y el sur globales y posibles sesgos institucionales en la gestión de la movilidad.




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Esto plantea, además, interrogantes sobre la idoneidad de tratar los movimientos migratorios con herramientas propias de la lucha contra el crimen transfronterizo o el terrorismo internacional, especialmente cuando se trata de personas en situación de vulnerabilidad, así como sobre los riesgos de su creciente colaboración con actores como la OTAN.

En este sentido, más que un actor neutral, Frontex aparece como una pieza clave de un modelo de gestión de fronteras que plantea importantes interrogantes sobre el equilibrio entre seguridad, soberanía y derechos humanos en la Europa actual.

The Conversation

Juan Carlos Velasco no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá de sus funciones como Investigador Principal del Proyecto “Desigualdades, privilegios y justicia global – PRIVILEGIA” (PID2022-136448OB-I00), financiado por el Plan Estatal de I+D del Ministerio de Ciencia, Innovación y Universidades.

ref. Más control, menos acogida: así ha cambiado la política migratoria de la UE – https://theconversation.com/mas-control-menos-acogida-asi-ha-cambiado-la-politica-migratoria-de-la-ue-287143

De vender innovación a vender resultados: el nuevo modelo de negocio de los gigantes de IA

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Antonio Pita Lozano, Profesor de Ciencia de Datos e Inteligencia Artificial, UOC – Universitat Oberta de Catalunya

Usar IA en la empresa no garantiza sin más un aumento de producción o mejores resultados. Compagnons / Unsplash, CC BY

Durante los dos últimos años, hemos hablado mucho de productividad. Productividad del programador, del abogado, del médico, del consultor, del financiero, del profesor e, incluso, del alumno. La promesa era sencilla: deme una herramienta de inteligencia artificial y haré más cosas en menos tiempo.

Es verdad que un empleado con acceso a un buen modelo generativo puede escribir más rápido, resumir mejor, programar con ayuda o preparar informes en menos tiempo. Sin embargo, muchas empresas están descubriendo una verdad incómoda: mejorar la productividad individual no siempre mejora la eficiencia de la organización.

Usar mucha IA no significa más beneficios para la empresa

Una compañía puede tener cientos de empleados usando IA todos los días y, aun así, no haber cambiado sus procesos. Puede pagar licencias, APIs –siglas de Interfaz de Programación de Aplicaciones: un conjunto de reglas que permite que diferentes aplicaciones de software se comuniquen entre sí– y proyectos piloto, y seguir sin saber qué gana con eso. Puede tener mucha actividad y muchas demostraciones… pero poco impacto en la cuenta de resultados.

Ahí empieza el cambio. Los grandes laboratorios de IA están entendiendo que el negocio no está solo en vender modelos, sino en conseguir que estos produzcan valor dentro de las empresas.

En este contexto, por otro lado, la IA generativa tiene una característica poderosa, pero desigual: amplifica las capacidades de quien sabe utilizarla. Sin embargo, para alguien sin criterio, método o contexto, puede convertirse en ruido, dependencia o falsa productividad.

Ese mismo efecto se traslada a las empresas. Tener una suscripción no transforma una organización. Tener un chatbot no mejora automáticamente la experiencia de usuario. Para que eso ocurra, hacen falta conocimiento del negocio, integración con procesos, rediseño organizativo, medición del impacto y capacidad de ejecución.

Por eso, el modelo de negocio de las grandes plataformas como OpenAI empieza a cambiar. La primera etapa de la IA generativa se basó en cobrar por acceso: una suscripción mensual, un precio por usuario, un coste por token –modelo de tarificación utilizado en inteligencia artificial y modelos de lenguaje (como GPT-4, Claude o Llama), donde se paga de forma exacta y variable por la cantidad de texto que se procesa–. Tenía sentido: la tecnología era nueva y las empresas querían experimentar. La pregunta era: “¿qué podemos hacer con esto?”.

Ahora la pregunta es distinta: “¿qué problema de negocio resuelve y cuánto valor genera?”. La empresa no quiere pagar simplemente por consumir tokens –componentes básicos del texto que procesan los modelos de lenguaje–. Quiere pagar por reducir costes, aumentar ingresos, acelerar procesos, mejorar el servicio o disminuir errores. No busca “un modelo lingüístico avanzado”, sino una solución de selección que reduzca el tiempo de cribado, un sistema de atención 24/7 o un asistente que prepare propuestas comerciales personalizadas.

La unidad económica ya no es el token, sino el resultado

En las oficinas actuales, la IA ha dejado de ser ocasional y se ha convertido en una capa cotidiana del trabajo. Aunque el coste por token baje, el coste total puede crecer con consultas más complejas y más automatizaciones. Por otro lado, muchas empresas quieren invertir en IA, pero no siempre saben convertir esa inversión en retorno. Encima, cada vez hay más modelos, herramientas y proveedores entre los que elegir. Lo que ayer parecía extraordinario, mañana puede ser una funcionalidad estándar.

En este escenario, los sistemas de IA generativa se están convirtiendo progresivamente en una commodity: una pieza imprescindible, pero cada vez menos diferenciadora por sí misma. Su valor añadido ya no está solo en la inteligencia del modelo, sino en su capacidad para insertarse en la realidad operativa de una organización: sus datos, procesos, restricciones legales, sistemas heredados, cultura y métricas.

El valor sale del laboratorio al mundo real

Por estas razones, el proveedor tecnológico está empezando a transformarse en partner operativo. El primero vende acceso a una herramienta. El segundo se compromete con un resultado: habla de tiempos de respuesta, costes de operación, satisfacción del cliente, reducción de errores, cumplimiento normativo y retorno de la inversión.

Este salto acerca a los gigantes tecnológicos al terreno de la consultoría de negocio, porque la adopción empresarial de la IA ya no es un problema puramente técnico, sino una cuestión de transformación organizativa. Exige identificar casos de uso, priorizarlos, integrarlos, medirlos, gobernarlos y escalarlos. Es necesario saber dónde la IA crea valor y dónde solo crea apariencia de modernidad.

Y eso no es sencillo. La IA en una demo suele ser limpia, pero en una empresa suele ser desordenada. Los datos no están donde deberían. Los sistemas no siempre se hablan entre sí. Los procesos tienen excepciones. La regulación impone límites. El éxito no depende solo de que el modelo responda bien, sino de que el sistema completo funcione.

También cambia la lógica de producto. Un producto de IA puede venderse a muchas empresas con pequeñas variaciones. Pero una solución que transforma un proceso necesita adaptarse al sector, al tamaño de la compañía, a su madurez digital, a sus datos y a sus objetivos. Cuanto más concreta sea la solución, mayor será el valor percibido.

Este cambio afecta, también, a los perfiles profesionales. Junto a los programadores, ganarán protagonismo quienes convierten modelos en soluciones reales: personas capaces de hablar con un equipo técnico y con un director de operaciones, de diseñar un flujo, medir un resultado y ajustar el sistema a la necesidad del cliente.

Soluciones tangibles para las empresas

La gran paradoja es que los laboratorios de IA han creado una tecnología horizontal, pero necesitan capturar valor vertical. Un modelo de aprendizaje automático puede servir para casi cualquier cosa. Pero una empresa paga de verdad cuando ese “casi cualquier cosa” se convierte en “esto concreto que mejora mi negocio”.

Si la inteligencia artificial generativa empezó vendiéndose como una herramienta para hacer más cosas más rápido, su madurez empresarial dependerá de una promesa mucho más exigente: hacer que las organizaciones funcionen mejor.

Quizá, por eso, el futuro de los laboratorios de IA no se parezca tanto al de una empresa de software tradicional, sino a una mezcla compleja de infraestructura, consultoría, integración y operación. OpenAI y Anthropic ya han comenzado esta transformación. En ese tránsito de proveedor tecnológico a partner operativo, puede estar naciendo el verdadero modelo de negocio de la inteligencia artificial.

The Conversation

Antonio Pita Lozano no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. De vender innovación a vender resultados: el nuevo modelo de negocio de los gigantes de IA – https://theconversation.com/de-vender-innovacion-a-vender-resultados-el-nuevo-modelo-de-negocio-de-los-gigantes-de-ia-285889

¿Quién debe pagar por eliminar los microcontaminantes del agua?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Jorge Rodríguez-Chueca, Profesor Titular de Universidad, Universidad Politécnica de Madrid (UPM)

Instalaciones de depuración de aguas. dongfang/Shutterstock

Durante las últimas décadas, la depuración de aguas residuales ha sido una de las grandes historias de éxito ambiental en España. La Directiva europea sobre tratamiento de aguas residuales urbanas de 1991 supuso la construcción de miles de kilómetros de redes de saneamiento y cientos de estaciones depuradoras, lo que mejoró notablemente la calidad del agua en ríos, lagos y aguas costeras. Actualmente, alrededor del 95 % de la población española dispone de esos servicios.

Las depuradoras que transformaron la calidad de las aguas del continente europeo fueron diseñadas para resolver los problemas ambientales que preocupaban a finales del siglo XX. Entre ellos, la contaminación orgánica, los sólidos en suspensión o el exceso de nutrientes. Sin embargo, hoy el desafío es diferente.

Los avances científicos de las últimas décadas han permitido detectar sustancias presentes en el agua en concentraciones extremadamente bajas pero que pueden afectar a los ecosistemas acuáticos. Se conocen como microcontaminantes y entre ellos se encuentran restos de medicamentos, productos cosméticos, pesticidas y otros compuestos químicos de uso cotidiano.

Aunque su concentración suele medirse en microgramos (millonésimas partes de un gramo) o nanogramos (milmillonésimas partes de un gramo) por litro, estos compuestos han despertado una creciente preocupación científica. El motivo no es solo su toxicidad potencial. También preocupa su persistencia en el medio ambiente, así como su capacidad para acumularse. La exposición prolongada puede provocar efectos sobre los organismos acuáticos.




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Las depuradoras actuales ya no son suficientes

La nueva Directiva europea sobre tratamiento de aguas residuales urbanas, aprobada en 2024, responde precisamente a este reto, incorporando por primera vez la eliminación de microcontaminantes entre sus objetivos regulatorios. Además, prevé la implantación progresiva de tratamientos avanzados en las depuradoras de mayor tamaño.

Pero estas tecnologías tienen un coste elevado. Adaptar las infraestructuras existentes requerirá inversiones millonarias y un incremento de los costes de explotación de las plantas. La pregunta, por tanto, ya no es si debemos eliminar estos contaminantes, sino quién debe pagar por hacerlo. En este punto entra en juego una de las medidas más novedosas y controvertidas de la nueva directiva: la responsabilidad ampliada del productor. Se trata de un mecanismo que trasladará una parte importante de estos costes a los fabricantes de medicamentos y productos cosméticos.

El problema invisible: los microcontaminantes

Muchos de los microcontaminantes que hoy preocupan a científicos y reguladores proceden de actividades cotidianas. Un ejemplo son los medicamentos. Cuando consumimos un fármaco, nuestro organismo solo metaboliza una parte. El resto es excretado y acaba llegando al sistema de saneamiento. Y lo mismo ocurre con numerosos compuestos presentes en productos de higiene personal o limpieza doméstica.

El problema es que estas sustancias presentan características muy distintas de las de los contaminantes para los que fueron diseñadas las depuradoras actuales. Son compuestos químicos muy estables y están presentes en concentraciones extremadamente bajas. Además, en muchos casos resisten los procesos biológicos convencionales.

Las estaciones depuradoras construidas durante las últimas décadas han sido muy eficaces para eliminar contaminantes convencionales. Sin embargo, no fueron concebidas para retener estas moléculas complejas.

Por este motivo, la eliminación de microcontaminantes exige nuevas etapas de tratamiento basadas en tecnologías avanzadas, como la ozonización o la adsorción con carbón activo, entre otras. La buena noticia es que estas soluciones ya existen y han demostrado su eficacia. El desafío no es tecnológico, sino económico: ¿cómo financiar la transformación de unas infraestructuras diseñadas para resolver los problemas ambientales del siglo XX y adaptarlas a las exigencias del siglo XXI?




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La solución técnica tiene un precio

La eliminación de microcontaminantes en las aguas residuales es técnicamente posible. Durante los últimos años se han desarrollado tratamientos avanzados capaces de reducir significativamente la presencia de estas sustancias en las aguas residuales.

El desafío es que estas tecnologías son considerablemente más complejas y costosas que los tratamientos convencionales utilizados en las depuradoras. Su implantación exige nuevas infraestructuras, un mayor consumo energético y personal especializado. También requiere programas analíticos capaces de detectar compuestos presentes en concentraciones extremadamente bajas.

Además, la eliminación de microcontaminantes rara vez depende de una única tecnología. Con frecuencia es necesario combinar varios procesos para alcanzar los niveles exigidos por la nueva normativa. Todo ello incrementa los costes de inversión, operación y mantenimiento.

La nueva apuesta europea: la responsabilidad ampliada del productor

Para financiar esta nueva generación de tratamientos, la Unión Europea ha recurrido a un instrumento que ya se aplica en otros ámbitos ambientales. Se trata de la responsabilidad ampliada de productor (RAP).

Este principio parte de una idea sencilla. Si un producto genera impactos ambientales a lo largo de su ciclo de vida, quienes lo fabrican o comercializan deben asumir parte de los costes de su gestión. Este modelo no es nuevo. Desde hace años se aplica a ámbitos como los envases, las baterías o los residuos de aparatos eléctricos y electrónicos.

La novedad es que, por primera vez, este enfoque se traslada al ámbito de las aguas residuales urbanas. La directiva impone nuevas obligaciones a los productores de medicamentos de uso humano y productos cosméticos. En concreto, deberán financiar hasta el 80 % de los costes asociados a la eliminación de microcontaminantes en las estaciones depuradoras.

La lógica de la medida es doble. Por un lado, aplica el principio de “quien contamina paga”, evitando que la totalidad de los costes recaiga sobre los municipios, los operadores del agua y, en última instancia, los ciudadanos. Por otro, pretende generar incentivos para que la industria desarrolle productos más sostenibles y reduzca, cuando sea posible, la presencia de sustancias problemáticas para el medio ambiente.

Sin embargo, trasladar este principio al ciclo urbano del agua también abre un debate complejo sobre cómo repartir de forma justa y eficiente los costes de la protección ambiental.




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¿Es la responsabilidad ampliada del productor la mejor solución?

La incorporación de la responsabilidad ampliada del productor al ciclo urbano del agua representa un cambio de paradigma en la gestión de la contaminación. Por primera vez, se trasladan, al menos en parte, a quienes ponen en el mercado los productos que contribuyen a su presencia en el medio ambiente.

A pesar de las ventajas de este modelo, su aplicación práctica plantea algunos interrogantes. La contaminación por microcontaminantes es un fenómeno complejo y difuso, en el que intervienen múltiples fuentes y millones de usuarios. Determinar qué sectores deben asumir los costes, en qué proporción y con qué criterios resulta especialmente complejo. Además, parte de estos costes podría trasladarse al precio final de los productos y repercutir indirectamente sobre los consumidores.

También existe el debate sobre si la financiación de los tratamientos avanzados debe recaer únicamente sobre determinados sectores productivos. Al fin y al cabo, toda la sociedad se beneficia de una mejor calidad de las aguas. Por ello, algunos sostienen que una parte de los costes debería seguir siendo asumida de forma colectiva.

Más allá de estas cuestiones, la nueva directiva evidencia que proteger los ecosistemas acuáticos frente a los microcontaminantes tiene un coste. La verdadera discusión ya no gira en torno a la necesidad de actuar, sino sobre cómo repartir de forma justa y eficiente la responsabilidad de hacerlo.

Una nueva etapa para la depuración del agua

Durante las últimas décadas, Europa ha realizado un enorme esfuerzo para reducir la contaminación visible de ríos, lagos y zonas costeras. La nueva directiva de aguas residuales urbanas abre una nueva etapa. Pone el foco en los microcontaminantes, uno de los grandes desafíos ambientales del siglo XXI.

La responsabilidad ampliada del productor no resolverá por sí sola este problema. Sin embargo, ha abierto un debate necesario sobre quién debe financiar la protección de nuestros recursos hídricos en un contexto de crecientes exigencias ambientales. Y esa discusión, probablemente, será tan importante como las propias tecnologías que permitirán eliminar estos contaminantes.

The Conversation

Jorge Rodríguez-Chueca recibe fondos de para el desarrollo de proyectos de investigación sobre el desarrollo de procesos de tratamiento de aguas a través de la Agencia Estatal de Investigación.

ref. ¿Quién debe pagar por eliminar los microcontaminantes del agua? – https://theconversation.com/quien-debe-pagar-por-eliminar-los-microcontaminantes-del-agua-286104

La interpretación de Sam Neill en ‘Parque Jurásico’ inspiró a toda una generación de paleontólogos

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Nic Rawlence, Associate Professor in Ancient DNA, University of Otago

Universal/Getty Images

La repentina muerte del actor Sam Neill ha provocado homenajes por parte de colegas y admiradores de todo el mundo. Pero la noticia también ha tenido un gran impacto entre muchos paleontólogos, para quienes el personaje de Neill en Parque Jurásico, el Dr. Alan Grant, fue una inspiración fundamental a la hora de elegir su carrera.

“Me estaba preparando para una charla sobre fósiles el día que me enteré de que el Dr. Grant nos había dejado”, cuenta la paleontóloga de la Universidad de Montana (Estados Unidos) Kallie Moore. “Cuando dediqué la charla a Sam –conteniendo las lágrimas–, muchos padres asintieron con tristeza. Es increíble el impacto que tuvo un personaje de ficción en la paleontología, porque para nosotros, los niños de los 90, el Dr. Grant no era solo un personaje: se convirtió en un colega”.

Moore es solo una de las muchas paleontólogas de todo el mundo que respondieron a nuestra llamada cuando les preguntamos cómo les había influido Neill –y su famoso personaje–. La colega ficticia de Alan Grant, la Dra. Ellie Sattler, interpretada en la película por Laura Dern, también tenía un hueco en sus recuerdos.

Las paleontólogas Sally Hurst y Adele Pentland vestidas como la Dra. Ellie Sattler y el Dr. Alan Grant de Parque Jurásico durante la excavación anual ‘Dinosaur Dreaming’ en Victoria, Australia.
Sally Hurst

La paleontóloga y divulgadora científica australiana Sally Hurst contestó así: “En todas las excavaciones de dinosaurios en las que he participado, desde las rocas del Cretácico de Inverloch (Australia) hasta las Badlands de Canadá o los desiertos de Mongolia, siempre hay un día en el que yo misma u otra persona encarnamos a la paleobotánica Ellie Sattler y al Dr. Alan Grant. Para muchos de los que ahora nos dedicamos a esta profesión, fueron ellos quienes nos mostraron por primera vez que ser paleontólogo era un trabajo de verdad”.

Esto plantea una pregunta interesante: ¿puede una película inspirar realmente carreras científicas? Contar con dinosaurios con efectos especiales de última generación siempre ayuda. Pero en este caso, creemos que va más allá de eso.

Un científico con el que es fácil identificarse

Cuando el Dr. Grant llegó a los cines en 1993, era diferente a los científicos de ficción que habían llegado antes o aparecerían después. No se le retrataba como un genio excéntrico, un académico socialmente torpe o alguien cuya brillantez se lograba a costa de su humanidad.

El Dr. Grant de Sam Neill era auténtico, normal y resultaba fácil identificarse con él. Era curioso, paciente y poseía un profundo conocimiento, pero también era accesible. Era humano. Su entusiasmo por los dinosaurios parecía genuino.

Incluso cuando el ficticio Parque Jurásico se sume en el caos, Grant sigue siendo reconocible como un paleontólogo que intenta comprender a esos animales extraordinarios.

“La interpretación que hizo Sam Neill del Dr. Alan Grant resultó bastante satisfactoria para aquellos de nosotros que conocíamos lo que se sabía sobre los dinosaurios en aquel momento”, afirma el paleozoólogo y autor británico Darren Naish. “El Dr. Grant estaba claramente al tanto de todo lo que sucedía en el mundo de los dinosaurios, y Sam lo interpretó muy bien. Es sabio y paciente, pero también apasionado”.

De hecho, el propio Neill escribió sobre el atractivo de Grant en sus memorias:

“En los treinta años transcurridos desde la primera película de Parque Jurásico, Alan Grant se ha convertido en un personaje muy querido. No es un superhéroe, no tiene poderes mágicos. Un hombre que se desmaya al ver por primera vez a un braquiosaurio no es más que un hombre. Un tipo corriente, que hace lo mejor que puede en circunstancias extremas”.

Para los muchos millones de niños que vieron en el cine Parque jurásico, era la primera vez que contemplaban a un científico cuyo trabajo parecía emocionante. En lugar de pasarse todo el día en un laboratorio, Grant estaba al aire libre, sobre el terreno, observando dinosaurios vivos. Para un número significativo de paleontólogos actuales, esto fue importante.

“Antes de Parque Jurásico, los dinosaurios se representaban en el cine como bestias torpes”, afirma la canadiense Kathryn Abbot, productora ejecutiva del documental ¿Por qué los dinosaurios?. “Alan Grant nos enseñó que eran animales dinámicos e inteligentes, con comportamientos reales y funciones ecológicas”.

Los niños son extraordinariamente buenos a la hora de detectar cuándo los adultos se preocupan de verdad por algo. Neill nunca daba la impresión de estar fingiendo ser un científico. Parecía alguien que amaba su trabajo.

No hay duda de que Parque Jurásico inspiró un extraordinario aumento del interés por los dinosaurios, los museos y el mundo natural en general. Y para muchos, Alan Grant demostró que ser paleontólogo podía ser una profesión de verdad.

“La interpretación de Sam Neill marcó el rumbo de mi vida”, afirma Jake Kotevski, paleontólogo de la Universidad Monash de Melbourne. “Desde que tengo uso de razón, quise ser paleontólogo, ser Alan Grant. Pero también quería compartir sus valores: inteligencia serena, capacidad de asombro, sangre fría y ser un padre (o una figura paterna) protector. Parque Jurásico me ha acompañado siempre, en los buenos y en los malos momentos. No habría ningún Dr. Kotevski sin el Dr. Grant”.

Inspirando a generaciones de niños

Los paleontólogos que reflexionan sobre la vida de Sam Neill recuerdan algo más que su película favorita. Recuerdan el momento en que se dieron cuenta de que la ciencia era algo a lo que podían dedicarse.

“Crecí viendo Parque Jurásico una y otra vez”, afirma el paleontólogo, autor y presentador de televisión británico Dean Lomax. “No sabría decirte cuántas veces le he citado en los últimos 30 años, incluso hasta el día de hoy. Ahora esas citas tendrán más significado. Creo que una de las dificultades para asimilar la pérdida de Sam es darse cuenta de que uno de los héroes de tu infancia ha fallecido. Sin duda, el Alan Grant de Sam influyó en mi decisión de dedicarme a la paleontología, al igual que lo hizo para muchos otros. Y por eso, le doy las gracias. En mi opinión, el Dr. Grant podría considerarse el paleontólogo más influyente de la historia”.

Pocos actores pueden afirmar haber influido en toda una profesión. Sam Neill lo hizo, sin lugar a dudas, y seguirá haciéndolo, dado el estatus que tiene la película. No porque Alan Grant corriera más rápido que los dinosaurios, sino porque hizo que la búsqueda del conocimiento pareciera emocionante, significativa y real.

“Si consigues que un niño se interese por los dinosaurios, puedes hacer que se interese por la ciencia, las disciplinas STEM, por usar su cerebro y por ser creativo”, afirma Kathryn Abbot.

Mucho después de que Parque Jurásico revolucionara el cine, las generaciones de paleontólogos que realizan nuevos descubrimientos para dar forma a nuestra comprensión del mundo prehistórico pueden acabar siendo su legado más duradero.

Las últimas palabras son de la paleontóloga estadounidense y autora de libros infantiles Ashley Hall.

“La brillante interpretación de Sam Neill avivó mi pasión por la paleontología como carrera profesional, pero también me llevó a conocer a mi actual marido, también paleontólogo, quien me pidió matrimonio vestido como Alan Grant –con el anillo de compromiso en la garra de un raptor y todo–. Echaremos mucho de menos a Sam Neill, y mi más sentido pésame va dirigido a su familia, amigos y a todas las personas cuyas vidas tocó. Gracias, Sam”.


El autor agradece la contribución del paleontólogo, escritor, productor y divulgador científico Michael Mills, director creativo de Heaps Good Productions y Heaps Good Music, por su investigación y la coautoría de este artículo.


The Conversation

Nic Rawlence recibe financiación del Fondo Marsden de la Real Sociedad de Nueva Zelanda.

ref. La interpretación de Sam Neill en ‘Parque Jurásico’ inspiró a toda una generación de paleontólogos – https://theconversation.com/la-interpretacion-de-sam-neill-en-parque-jurasico-inspiro-a-toda-una-generacion-de-paleontologos-288000