Blocage du détroit d’Ormuz : le risque d’un choc industriel pour l’Europe ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Patrice Geoffron, Professeur d’Economie, Université Paris Dauphine – PSL

Les frappes israélo-états-uniennes sur l’Iran et la réaction de ce dernier déstabilisent profondément le Moyen-Orient, mais aussi l’économie mondiale. En effet, l’Iran maîtrise le détroit d’Ormuz, un point clé du trafic d’énergie et de matières premières. Que sait-on de l’impact économique que pourrait avoir le blocage de la porte d’entrée du Golfe persique ? Quels sont les secteurs les plus exposés ? Pourquoi l’Europe y est-elle particulièrement sensible ?


Dès l’amorce des frappes américano-israéliennes sur l’Iran le 28 février 2026, les grands armateurs mondiaux ont suspendu leurs opérations dans le détroit d’Ormuz, passage essentiel du commerce international, d’hydrocarbures en premier lieu. Dans un tel contexte, vue d’Europe, la question centrale n’est pas réellement de savoir si une pénurie de pétrole ou de gaz s’annonce à court terme (à la différence de la crise énergétique 2022, au début de la guerre en Ukraine), mais de comprendre comment un choc de prix, une désorganisation logistique et une rupture d’approvisionnement en intrants se propagent dans le tissu industriel. Et, au sein d’une Europe convalescente, dans quelle mesure cette nouvelle crise révèle une vulnérabilité que les politiques conduites depuis 2022 n’auraient fait que déplacer géographiquement, sans les réduire structurellement.

Des précédents au détroit d’Ormuz

La menace de fermeture d’Ormuz prend racine dans les chocs des années 1970, lorsque l’embargo de 1973 révèle avec brutalité que le contrôle des routes énergétiques confère un pouvoir considérable, à un moment où la dépendance extérieure pétrolière des Européens atteignait 97 %. Le second choc pétrolier de 1979 renforce cette prise de conscience : l’Iran, devenant République islamique, dispose d’un levier exceptionnel, avec la rive nord du détroit d’Ormuz, désormais point de friction structurel dans la géopolitique de l’énergie.

La guerre Iran–Irak (1980–1988) transforme le détroit en théâtre d’opérations. Durant la « guerre des tankers », les deux belligérants attaquent les navires pour affaiblir l’ennemi et tenter d’internationaliser le conflit. La réponse américaine pose le principe d’une sécurisation d’Ormuz comme intérêt de premier rang : Washington déploiera, dès lors, une flotte pour garantir la liberté de navigation.




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Dans les décennies suivantes, la fermeture du détroit devient un instrument récurrent de la diplomatie iranienne de crise – pour les négociations nucléaires, comme levier face aux sanctions… En 2011, des exercices navals iraniens dans le détroit suffisent à faire monter les primes d’assurance et à déclencher le déploiement d’une flottille occidentale en réaction. En 2019, deux pétroliers attaqués dans le golfe d’Oman produisent des effets équivalents. Même lors de la guerre israélo-iranienne de juin 2025, Téhéran avait finalement renoncé à fermer le détroit, en partie sous la pression de Pékin, dont la moitié des importations pétrolières transitent par ce même passage.

Une tension permanente

Cet historique révèle une tension permanente : fermer Ormuz est une arme à usage effectif auto-limitant, parce que l’Iran en paierait lui-même le prix économique et diplomatique. Mais la situation de mars 2026 modifie le calcul : acculé, le régime peut percevoir la fermeture du détroit comme un dernier levier de dissuasion, plutôt que comme un acte suicidaire.

L’Agence internationale de l’energie (AIE) permet de prendre la mesure de la menace en indiquant qu’« environ 20 % des approvisionnements mondiaux en pétrole et en gaz naturel liquéfié transitent par le détroit d’Ormuz, un passage maritime stratégique ». D’autant que les pipelines contournant le détroit ne peuvent acheminer collectivement plus de 40 % des barils destinés à l’export.

Plus critique encore, le gaz est totalement prisonnier derrière le verrou d’Ormuz, sans autre option logistique, alors que les installations de liquéfaction nécessitent un flux continu pour maintenir leurs systèmes opérationnels. Sans rotation de navires, le Qatar et les Émirats arabes unis pourraient être contraints de réduire, voire d’interrompre, leur production.

Enfin, autre problématique majeure, Ormuz est aussi sur une route d’import-export de produits industriels, souvent sur des marchés en croissance et à haute valeur ajoutée.

Trois canaux de transmission à l’industrie mondiale

La fermeture ou la perturbation durable du détroit d’Ormuz affecte les chaînes de valeur industrielles selon trois canaux distincts. Le premier est celui des prix de l’énergie : une interruption du trafic pétrolier et gazier se répercute immédiatement sur les cours du pétrole brut, du gaz naturel et, par ricochet, sur les prix de l’électricité.

Le deuxième canal concerne les intrants non énergétiques. Une perturbation d’Ormuz touche également les matières premières – minéraux, produits chimiques, engrais – dont dépend étroitement l’industrie européenne, fragilisant ainsi la continuité de ses processus de production.

Le troisième canal est celui de la désorganisation logistique : si les tensions à Ormuz se doublent de perturbations dans la mer Rouge (sous la pression des rebelles houthistes (Yémen), alliés de l’Iran, comme entre 2023 et 2025), le trafic maritime est dévié par le cap de Bonne-Espérance (Afrique australe). Cela allongerait les délais de transit de quinze à vingt jours, induirait des surcoûts de plusieurs centaines de milliers de dollars par voyage en raison de la consommation additionnelle de carburant, et s’accompagnerait d’une explosion des primes d’assurance pour les « risques de guerre ».

La chimie en première ligne

La chimie et la pétrochimie européennes constituent le secteur le plus directement exposé. Doublement frappée par le canal des prix du pétrole et par celui du gaz, cette industrie voit sa compétitivité-coût structurellement sous pression depuis 2022 en Allemagne, aux Pays-Bas, en Belgique et en France. Le rapport Draghi documente cet écart : le prix du gaz industriel en Europe est deux à cinq fois supérieur à celui pratiqué aux États-Unis, et l’écart avec les producteurs du Golfe est encore plus marqué. Le chimiste allemand BASF a déjà engagé des réductions de capacités européennes et réorienté ses investissements vers les États-Unis et la Chine. Un nouveau choc amplifiant le différentiel de coût peut rapidement rendre non compétitives des lignes de production entières, menaces d’impulser des décisions de délocalisation jusqu’ici différées.

La sidérurgie subit un double choc lors de toute crise énergétique majeure : hausse directe des coûts de production – hauts-fourneaux, aciéries électriques à arc vulnérables à un pic du prix de l’électricité – et contraction de la demande dans les secteurs utilisateurs (automobile, construction, machines). Environ 30 % de la production d’aluminium primaire européenne est suspendue depuis 2021, et la demande industrielle d’énergie a reculé de 6 % en volume en 2022, puis à nouveau de 6 % en 2023. Fragilisé par la concurrence des aciéries chinoises subventionnées et par les investissements requis pour la transition bas carbone, ce secteur ne disposerait pas des marges pour absorber un choc supplémentaire sans nouvelles réductions de capacités.

L’agroalimentaire frappée par ricochet

La filière des engrais azotés illustre la complexité des mécanismes de propagation. Grande consommatrice de gaz naturel et importatrice de soufre et d’ammoniac depuis le Golfe, elle avait déjà réduit ou arrêté sa production lors de la flambée du gaz de 2022. Un choc d’Ormuz reproduit ce scénario dans un contexte agricole fragilisé, avec des effets en cascade sur l’agroalimentaire – premier employeur industriel de l’Union européenne (UE) avec 4,2 millions de salariés directs – et une spirale inflationniste atteignant les prix alimentaires à la consommation, vecteur politiquement sensible en contexte post-inflationnaire.

Le ciment, le verre et les matériaux à haute température, dont les processus requièrent jusqu’à 1 550 °C et restent peu électrifiables à court terme, sont denses en PME à faibles marges. Un arrêt de four étant industriellement lourd et coûteux à inverser, ces secteurs sont à risque d’arrêts durables lors d’un choc prolongé.

Enfin, l’industrie automobile, premier secteur exportateur de l’UE, est exposée simultanément à la hausse des matières premières (acier, aluminium, plastiques), aux perturbations logistiques et à la contraction de la demande. Les équipementiers de rang 1 et 2 – souvent des PME en Allemagne, France, Espagne et Italie – ne peuvent absorber longtemps une hausse simultanée des coûts et une contraction du chiffre d’affaires, comme l’a démontré la crise des semi-conducteurs de 2020–2021.

Des facteurs aggravants ?

La situation au début du conflit de 2026 présente plusieurs facteurs aggravants par rapport à 2022, avec notamment des stocks de gaz historiquement bas. Avec environ 46 milliards de mètres cubes fin février 2026, contre 60 et 77 milliards les deux exercices précédents, la marge d’amortissement est plus limitée en entrée en crise.

Par ailleurs, les directions industrielles ayant intégré la leçon de 2022 peuvent anticiper une durée prolongée du choc et accélérer les décisions de réduction de capacité avant sa pleine matérialisation – d’autant que la Banque de France rappelle que les effets sur les ratios financiers durent deux à trois ans, rendant les entreprises, à peine sorties de la première dégradation, particulièrement vulnérables à une seconde vague.

Des marges de soutien budgétaire réduites

Et, en soutien, les marges budgétaires publiques sont plus réduites : les dispositifs d’amortissement de 2021 à 2023 ont représenté plusieurs centaines de milliards d’euros pour les États membres, creusant des déficits non entièrement résorbés, singulièrement en France. Certes, l’UE a tiré des enseignements du choc de 2022, mais l’architecture institutionnelle européenne restait incomplète.

À la fin de 2025, les points de contact sectoriels nécessaires à une réponse coordonnée aux crises industrielles liées à l’énergie n’étaient pas encore totalement opérationnels. À ce contexte déjà fragilisé s’ajoute le chaos des tarifs douaniers de l’administration Trump. Cette double exposition – choc énergétique et choc commercial simultanés – est inédite depuis la stagflation des années 1970.

France 24, mars 2026.

Décarboner pour sécuriser

La réponse structurelle est la décarbonation industrielle, entendue non comme contrainte réglementaire mais comme stratégie de sécurité économique. Électrifier les processus industriels là où la technologie le permet, développer l’hydrogène bas carbone pour les procédés à haute température non électrifiables, améliorer drastiquement l’efficacité énergétique de la production : ces leviers réduisent mécaniquement l’exposition de l’industrie aux chocs fossiles exogènes récurrents.

Le Clean Industrial Deal adopté par la Commission européenne en 2025 articule explicitement décarbonation et résilience industrielle, reconnaissant que réduire la dépendance aux hydrocarbures importés est à la fois un objectif climatique et un levier de compétitivité et de sécurité. Le général Tom Middendorp, président du Conseil militaire international sur le climat et la sécurité, formule l’objectif en termes sécuritaires :

« Développer une énergie propre et sûre au niveau national n’est pas une politique climatique, c’est une réduction stratégique des risques. »

Sortir d’un faux dilemme

Cette perspective permet de recadrer le faux dilemme entre compétitivité de court terme et transition énergétique. Dans un environnement géopolitique structurellement instable, chaque investissement dans l’efficacité énergétique ou l’électrification d’un processus industriel constitue aussi une réduction de l’exposition aux prochains chocs d’Ormuz… ou à ceux qui pourraient provenir de pressions sur l’UE du fournisseur américain de GNL. La valeur de cette assurance, systématiquement omise dans les calculs de rentabilité industrielle conventionnels, est considérable et croissante à mesure que l’instabilité géopolitique s’installe dans la durée.

La crise d’Ormuz de 2026 n’est pas une anomalie imprévisible. L’histoire du détroit – de la guerre des tankers aux crises de 2011, de 2019 et de 2025 – confirme que cette menace est centrale dans la géopolitique de l’énergie mondiale et doit être intégrée comme hypothèse normale dans toute planification industrielle européenne.

La crise de mars 2026 le révèle sans ambiguïté : la diversification post-Ukraine n’a pas résolu le problème fondamental, elle l’a simplement déplacé de la Russie vers le Golfe et les États-Unis, zones géopolitiquement « sismiques »… Chimie, sidérurgie, engrais, automobile – aucun secteur ne peut neutraliser à court terme son exposition à un choc géopolitique lointain. La sécurité industrielle de l’Europe exige non seulement de diversifier les fournisseurs d’hydrocarbures, mais aussi de réduire structurellement la quantité d’énergie fossile que son industrie doit importer.

The Conversation

Patrice Geoffron est membre fondateur de l’Alliance pour la Décarbonation de la Route. Il siège dans différents conseils scientifiques: CEA, CRE, Engie.

ref. Blocage du détroit d’Ormuz : le risque d’un choc industriel pour l’Europe ? – https://theconversation.com/blocage-du-detroit-dormuz-le-risque-dun-choc-industriel-pour-leurope-277628

« Les Hauts de Hurlevent », un roman irrigué par la poésie gothique d’Emily Brontë

Source: The Conversation – France (in French) – By Claire O’Callaghan, Senior Lecturer in English, Loughborough University

Au départ, le roman les Hauts de Hurlevent a déconcerté les lecteurs, qui l’ont trouvé étrange. Mais pour en comprendre la genèse, il faut se pencher sur les poèmes de son autrice, Emily Brontë, dans lesquels tous ses thèmes de prédilection sont déjà présents.


Ses premiers lecteurs le trouvaient « sauvage » et « confus », dépeignant un « amour à demi non civilisé ». Pourtant, en 1850, le poète et critique Sydney Dobell en a reconnu l’originalité et la puissance, louant la qualité poétique distinctive du roman. Pour Dobell, « la réflexion » derrière de nombreux passages dénotait « le chef-d’œuvre d’une poétesse, plutôt que la création hybride d’une romancière ».

Avant que Heathcliff et Cathy ne hantent les landes, Emily Brontë exerçait en effet sa magie littéraire dans des vers obsédés par la mort, imprégnés de chagrin et débordants de passion et de spectres. Ces motifs constituent le cœur battant et l’atmosphère singulière des Hauts de Hurlevent ; sans la poésie gothique de l’autrice, son célèbre roman n’aurait peut-être jamais vu le jour. Et, bien que ce roman lui soit définitivement associé, elle fut avant tout une poétesse.

Parmi tous ses poèmes, « Remembrance » (« Souvenance » (1845) se distingue comme l’ancêtre direct des Hauts de Hurlevent. La narratrice y pleure un amour perdu depuis « Quinze décembres farouches ». Le poème est rempli d’images de tombes gelées et de corps glacé « froid dans la terre », préfigurant l’enterrement de Cathy. La neige annonce également la désolation hivernale qui règne sur les Hauts de Hurlevent.

Dans « Written in Aspin Castle » (1842-43), l’errance spectrale de Lord Alfred dans la demeure familiale (Aspin Castle) n’est pas sans rappeler le retour de la petite Cathy fantomatique dans la maison de son enfance à Wuthering Heights (Yorkshire).

En réalité, les « fenêtres spectrales » d’Aspin anticipent la fenêtre qui perturbe le sommeil de M. Lockwood, gêné par ce qu’il suppose être une branche qui la frappe contre.

« “Il faut pourtant que je l’arrête !”, murmurai-je. J’enfonçai le poing à travers la vitre et allongeai le bras en dehors pour saisir la branche importune ; mais, au lieu de la trouver, mes doigts se refermèrent sur les doigts d’une petite main froide comme la glace ! »

Les fenêtres en forme de portails gothiques fascinaient manifestement Emily, une fascination que l’on retrouve clairement dans un dessin qu’elle réalisa en 1828, alors qu’elle n’avait que dix ans.

Dans « The Prisoner (A Fragment) » (1845-46), l’héroïne captive – tout comme M. Lockwood dans les Hauts de Hurlevent – est tourmentée par des visites nocturnes dans sa « crypte-donjon » où un messager spirituel incarné par le vent lui envoie des « visions » qui la « tuent de désir », ce qui ressemble beaucoup aux angoisses du personnage de Heathcliff dans le roman.

Le froid de la terre

La question centrale de « Remembrance » est toutefois de savoir si « la vague du temps qui tout désunit » a brisé le lien des amants, ce qui préfigure directement la question obsédante que Cathy lance à Heathcliff : « M’oublierez-vous ? Serez-vous heureux quand je serai sous terre ? » Cathy tourmente longuement Heathcliff sur ce point, lui demandant si « dans vingt ans », il dira :

« Voilà la tombe de Catherine Earnshaw. Je l’ai aimée, il y a longtemps, et j’ai été bien misérable quand je l’ai perdue ; mais c’est fini. »

Cependant, alors que le narrateur du poème trouve un moyen de vivre avec le souvenir douloureux de l’amour perdu, Heathcliff n’y parvient jamais. La mort est pour lui une catastrophe psychologique, et il reste prisonnier de son chagrin, incapable d’exister « sans [sa] vie » : Cathy.

« Remembrance » est né dans le monde imaginaire de Gondal, un royaume fantastique et poétique qu’Emily a créé avec sa sœur Anne pendant son enfance et sur lequel elle a continué à écrire à l’âge adulte. Située sur une île du Pacifique Nord, Gondal était une terre d’intrigues politiques et de passions destructrices, gouverné par des femmes redoutables, telles que l’énigmatique A. G. A. – un personnage profondément lié aux forces de la nature, tout comme Heathcliff.

Gondal a donné à Emily la liberté d’explorer les thèmes qui ont ensuite éclaté dans les Hauts de Hurlevent. Et bien avant d’être révisé pour être publié sous le titre « Remembrance » en 1846, le premier jet de ce poème peut être lu dans un texte se déroulant à Gondal, écrit en 1845. La narratrice de cette œuvre antérieure est le personnage féminin R. Alcona qui s’adresse à son amant décédé, Julius Brenzaida. Seuls des fragments de la saga Gondal ont survécu, mais on pense que R. Alcona est Rosina d’Alcona, un personnage puissant, et Julius le prince (plus tard empereur) de Gondal.

Poèmes de Gondal, dans un carnet d’Emily Brontë
Poèmes de Gondal, dans un carnet d’Emily Brontë.
Wikimedia

Dans un autre poème s’adressant à Rosina comme à sa « reine despotique », Julius la présente comme le tyran de son âme. La rendant responsable de son emprisonnement spirituel, il se lamente d’être pris au piège de sa « beauté hautaine », trouvant que ses yeux « brillent, mais pas de la même flamme que les miens ». L’angoisse et les accusations qu’il adresse à Rosina font écho aux reproches torturés qu’Heathcliff adresse à Cathy dans les Hauts de Hurlevent, en particulier lorsqu’il lui dit qu’elle a brisé son propre cœur (« et en le brisant, tu as brisé le mien »).

Carnets secrets

Le parcours poétique d’Emily a commencé en secret. Sa sœur, Charlotte Brontë, a écrit dans sa Biographie d’Ellis et Acton Bell comment, en 1845, elle est « tombée par hasard » sur un carnet de poèmes écrits de la main de sa sœur. Ce qu’elle découvrit la stupéfia : il ne s’agissait pas « d’effusions banales », réfléchit-elle, mais de poèmes qui possédaient « une musique particulière », « sauvage, mélancolique et exaltante ».

Bien qu’Emily ait été furieuse de cette intrusion dans sa vie privée, Charlotte a insisté sur le fait que ces poèmes méritaient d’être lus. De ce moment de tension est né un projet de publication commune et, en 1846, Emily a publié 21 poèmes dans un recueil commun avec ses sœurs. Écrit sous le pseudonyme d’« Ellis Bell » (qui reprend les initiales d’Emily Brontë), le volume Poèmes, par Currer, Ellis et Acton Bell ne s’est vendu qu’à deux exemplaires, selon Charlotte, lors de sa première impression.

Quelques critiques perspicaces ont toutefois souligné « l’esprit » des vers d’Emily, y percevant un « pouvoir » poétique extraordinaire qui pourrait un jour « atteindre des sommets jamais atteints ».

The Conversation

Claire O’Callaghan ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. « Les Hauts de Hurlevent », un roman irrigué par la poésie gothique d’Emily Brontë – https://theconversation.com/les-hauts-de-hurlevent-un-roman-irrigue-par-la-poesie-gothique-demily-bronte-277279

Les emprunts aux langues étrangères appauvrissent-ils les pratiques linguistiques des jeunes ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Anne Gensane, Chercheuse en sciences du langage, Université d’Artois

Les trois langues auxquelles les jeunes empruntent le plus de mots sont l’anglais, l’arabe et le rromani. Adam McCoid/Unsplash, CC BY

Peut-être avez-vous entendu des adolescents parler de leur « crush », d’un style « old money » ou de leur ami qui a « glow-up », tout en utilisant « wesh » telle une virgule ? Cette jeunesse ne saurait-elle plus parler français ?


L’idée revient régulièrement dans les débats publics : la langue française serait menacée par l’invasion de mots étrangers. L’anglais notamment s’imposerait partout, et les arts et médias contemporains accéléreraient la dégradation d’un patrimoine linguistique. Chaque « smile », mais aussi chaque « wesh » prononcé dans une cour d’établissement scolaire ou dans un morceau de rap constituerait une entaille supplémentaire dans l’intégrité de la langue. Cette représentation repose en partie sur un présupposé : celui selon lequel emprunter signifierait remplacer ou dénaturer.

Mais l’observation des pratiques langagières contemporaines chez les jeunes (encore faudrait-il se mettre d’accord sur ce que sont « les jeunes ») incite à renverser cette perspective. Les emprunts, au lieu de supprimer des mots français, ne pourraient-ils pas s’ajouter à eux ?

Une peur ancienne : l’illusion de la langue pure

Ces inquiétudes ne sont pas nouvelles. Au XVIe siècle déjà, durant la période de la Renaissance, certains dénonçaient avec ferveur l’afflux de mots italiens (« balcon », « sonnet »…), dénonçant une véritable menace. Il s’avère que le français s’est historiquement construit par strates successives d’emprunts.

Y a-t-il lieu, par ailleurs, de parler d’« une » langue française ? Pendant des siècles, le territoire était traversé par une grande diversité de dialectes dont aucun ne détenait naturellement le monopole de la légitimité. Ce n’est que progressivement qu’a été imposée l’idée d’un français « standard ». Comme l’ont montré de nombreux linguistes et historiens des langues (Henriette Walter, Alain Rey, ou Erik Orsenna et Bernard Cerguiglini avec leur ouvrage vulgarisant les Mots immigrés en 2022) : la « pureté » linguistique relève davantage du mythe que de la réalité historique. Ce qui change aujourd’hui, ce n’est pas l’existence des emprunts, mais leur visibilité et la rapidité de leur circulation.

Plusieurs répertoires mobilisés

Pour comprendre ce qui se joue dans la néologie argotique contemporaine, il est utile de mobiliser la notion de « répertoire linguistique », développée en sociolinguistique. Un locuteur ne dispose pas d’une seule variété de langue, homogène et stable, mais d’un ensemble de ressources plus ou moins varié qu’il active selon son milieu social et les situations de communication : du registre formel au familier, du lexique professionnel aux expressions locales…

En d’autres termes, l’emprunt à une langue étrangère que fait un jeune locuteur n’efface pas un mot existant ; il endosse un rôle qui est nouveau pour un même signifié. « Dédicacer à » n’a pas disparu parce que « shout-out » est employé. Les termes coexistent, mais ne sont pas interchangeables en toutes circonstances. Plutôt que de parler de remplacement, il serait donc plus juste de parler de spécialisation : ils peuvent enrichir le spectre expressif sans nécessairement réduire celui des formes existantes.

Ces usages néologiques argotiques renforcent l’idée répandue que les jeunes parlent une langue difficile à comprendre.

Ces mots peuvent parfois refléter le contact avec d’autres langues connues ou entendues autour d’eux et surtout, aussi, servir à marquer l’appartenance à un groupe, à créer une forme de complicité. Il y a également une dimension ludique, voire crypto-ludique : on joue avec les mots, et le plaisir vient en partie du fait que seuls certains en saisissent le sens. L’effet d’exclusion d’un tiers n’est pas toujours une fin en soi, mais cela devient une conséquence de ce jeu de reconnaissance entre pairs.

Tous les emprunts, cependant, ne relèvent pas des mêmes processus, n’ont pas la même histoire.

Trois langues étrangères privilégiées chez les jeunes

Si l’emprunt est un phénomène ancien, son intensité actuelle tient à des facteurs contemporains. Les réseaux sociaux, la circulation nationale et internationale des productions culturelles accélèrent la diffusion des formes. Un terme popularisé dans un morceau de rap ou par le biais de l’algospeak (pratiques linguistiques stratégiques pour contourner la modération algorithmique sur les plateformes numériques) peut être repris en quelques jours dans des conversations.

L’anglais occupe une place centrale dans les parlers des jeunes, porté par la mondialisation culturelle depuis bien longtemps (le français a aussi énormément nourri l’anglais) : musique, séries, jeux vidéo, plateformes numériques… Des termes comme « flex » (crâner, mettre en avant ses atouts, notamment la richesse), ou « crush » (ressentir une attirance pour quelqu’un) circulent avec des connotations spécifiques, une charge notable. Ils ne désignent pas seulement des réalités : ils importent aussi un imaginaire, tout comme les emprunts à l’arabe qui sont particulièrement présents également. Si le contact avec le monde arabe médiéval a laissé des traces durables (« zéro », « sucre »…), les nouveaux emprunts s’expliquent pour leur part par une immigration plus récente, avec des expressions comme « khalass » (payer) ou « hess » (misère).

Enfin, on trouve en troisième place d’un trio privilégié dans les emprunts contemporains, la langue rromani avec des mots en « -ave » (à ne pas confondre avec le javanais qui est un argot à clé français encore productif aujourd’hui) comme « poucave » (mouchard), ou d’autres expressions comme les « lovés » (argent).

On observe également des emprunts aux créoles, au nouchi ivoirien, à l’espagnol… Ils sont moins nombreux mais très utilisés. Ce processus rappelle un fait souvent mentionné en histoire de la langue : le gaulois n’a laissé qu’un nombre limité de mots en français, mais certains d’entre eux (« chemin », « charrue »…) sont d’un usage fréquent et incontournable…

Une diversification plus qu’un appauvrissement

Si les emprunts aux langues étrangères connaissent aujourd’hui une progression rapide et très visible, ils ne constituent pas les seuls procédés à l’œuvre dans les parlers jeunes. D’autres formes de modifications (sémantiques ou formelles) sont en effet utilisées, tout à fait nouvelles ou héritées. C’est le cas par exemple de créations en « -zer » (tu « senzer » < tu « descends »), de suffixations en « -ax » (« stylax » < « stylé »), de siglaisons (la « D » < la « détermination »), ou encore de troncations (le « bat » < le « bâtiment »)… À cela s’ajoute le célèbre verlan : aujourd’hui peut-être moins spectaculaire que les emprunts, il continue d’être très productif.

La combinaison de ces différents procédés (emprunts récents et formes argotiques plus ancrées) peut accentuer, pour un observateur extérieur, l’impression d’envahissement et d’hermétisme.

Il est sans nul doute plus pertinent de reconnaître leur existence dans des répertoires multiples, que les locuteurs activent selon les situations, les motivations. Les parlers jeunes et/ou argotiques ne constituent évidemment pas un système concurrent destiné impérativement à remplacer le français « standard » ; ils en sont des actualisations situées, reconnues très souvent pour être porteuses d’innovations… et de jeu.

L’histoire des langues montre que nombre d’éléments autrefois étrangers finissent par être pleinement intégrés, au point que leur origine devienne invisible. Rien ne permet d’affirmer que les emprunts actuels suivent un autre destin. Certains disparaîtront, d’autres se stabiliseront ; ce qui rappelle que la langue française n’est ni figée ni homogène, mais bien un ensemble de pratiques fluctuantes.

« Défenseur de la langue française » à l’époque où sa légitimité littéraire était encore à construire (une langue si vulgaire face au latin ou au grec !), il est intéressant de noter que Joachim Du Bellay (1522-1560) affirmait :

« Ce n’est point chose vicieuse, mais grandement louable : emprunter d’une langue étrangère les sentences et les mots pour les approprier à la sienne. »

The Conversation

Anne Gensane ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les emprunts aux langues étrangères appauvrissent-ils les pratiques linguistiques des jeunes ? – https://theconversation.com/les-emprunts-aux-langues-etrangeres-appauvrissent-ils-les-pratiques-linguistiques-des-jeunes-276216

IA et cancer de la thyroïde : demain, la fin des traitements standardisés ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Cyril Voyant, Research Director – Renewable Energy Forecasting & Applied Physics, Mines Paris – PSL

En couplant intelligence artificielle et modélisation mathématique, un consortium français d’équipes de recherche développe un outil pour, à terme, administrer, en fonction du profil de chaque patient, les doses d’iode radioactif utilisées pour traiter certains types de cancers de la thyroïde. Mais le chemin est encore long avant de voir émerger cette médecine quantitative, prédictive et personnalisée.


La radiothérapie métabolique par iode radioactif repose encore sur des protocoles standardisés qui ignorent la variabilité biologique des patients. (Appelée aussi radiothérapie interne vectorisée, la radiothérapie métabolique consiste à administrer les sources radioactives pour traiter les tumeurs par voie orale ou par perfusion intraveineuse, ndlr.)

En combinant intelligence artificielle prédictive et modélisation mathématique, une équipe française propose une approche radicalement plus précise : un traitement réellement personnalisé, ajusté patient par patient.

Un même traitement, des résultats radicalement différents

Prenons un exemple fictif. Sophie, 52 ans, et Thomas, 48 ans, partagent le même diagnostic : un cancer différencié de la thyroïde avec métastases. Tous deux reçoivent le protocole standard : 3,7 gigabecquerel (GBq) d’iode radioactif (iode 131) administré par voie orale en une seule injection. Six mois plus tard, le contraste est saisissant. Chez Sophie, les marqueurs tumoraux ont chuté de 90 % et les métastases régressent. Chez Thomas, aucune amélioration : sa tumeur continue de croître, insensible au traitement. Il est devenu réfractaire à l’iode radioactif.

Cette injustice biologique n’est pas une fatalité. Elle révèle l’un des défis majeurs de la cancérologie moderne : l’immense variabilité interindividuelle dans la réponse aux traitements. Un défi que la combinaison de l’intelligence artificielle et de la modélisation mathématique commence enfin à relever.

Le problème : surtraiter certains malades, en sous-traiter d’autres

Aujourd’hui, les protocoles de radiothérapie métabolique par iode radioactif reposent essentiellement sur des schémas standardisés, établis empiriquement depuis des décennies. Ces protocoles « taille unique » ignorent une réalité biologique fondamentale : tous les cancers ne se comportent pas de la même manière.

La différence entre Sophie et Thomas tient à un paramètre invisible à l’œil nu mais déterminant : le temps de doublement tumoral sous traitement (TD). Chez les répondeurs comme Sophie, le TD est long, parfois plusieurs mois ou années. Les cellules cancéreuses se divisent lentement. L’iode radioactif a le temps d’agir, de s’accumuler dans les cellules thyroïdiennes et de les détruire par irradiation interne. Des activités modérées souvent suffisent pour y arriver à bout.

Chez les non-répondeurs comme Thomas, le TD est court, quelques semaines seulement. Les cellules prolifèrent rapidement et peuvent même exprimer des mécanismes de résistance malgré une captation d’iode. Le schéma standard n’est pas adapté et les délais inter-cures trop longs, laissent à la tumeur tout le loisir de progresser entre les traitements.

L’enjeu est double : pour Sophie, éviter le surtraitement qui entraîne toxicités inutiles et risques de séquelles radio-induites (c’est-à-dire induites par la radiothérapie, ndlr) ; pour Thomas, intensifier et fractionner le traitement pour donner une chance à sa thérapie de fonctionner.

La solution hybride : quand l’IA prédit et la simulation optimise

C’est précisément ce défi que relève un consortium de recherche français inédit. Leur approche marie deux mondes habituellement séparés : l’intelligence artificielle prédictive et la simulation mathématique directe.

Dès les premières semaines suivant un traitement initial, l’intelligence artificielle (IA) analyse les trajectoires de thyroglobuline, un marqueur sanguin reflétant l’activité de la tumeur. En croisant ces données avec l’historique clinique, les paramètres biologiques et les résultats d’imagerie, l’IA apprend à identifier les profils de patients. Son rôle consiste à prédire en amont le temps de doublement tumoral ainsi que les paramètres cellulaires clés : taux de captation de l’iode, vitesse de prolifération, sensibilité à l’irradiation.

Ces prédictions, impossibles à obtenir jusqu’à présent autrement qu’en procédant à des biopsies répétées ou en faisant appel à des techniques d’imagerie médicale lourdes (scintigraphie corps entier à l’iode 131, tomographie par émission de positons – tomodensitométrie, TEP-TDM – au FDG, ou TEP à l’iode 124, complétées par des séquences IRM spécifiques), deviennent le socle d’une médecine véritablement personnalisée.

Une fois le profil biologique du patient établi par l’IA, intervient la modélisation par équations différentielles. Il ne s’agit plus de statistiques mais de physique et de biologie : le modèle simule, en temps réel, les dynamiques couplées entre la décroissance radioactive de l’iode injecté, l’évolution de la population de cellules tumorales et les variations du marqueur sanguin qui reflète l’activité de la tumeur (la thyroglobuline).

Grâce à ce « jumeau numérique hybride » (IA et modélisation déterministe) du patient, le clinicien peut tester virtuellement des dizaines de scénarios thérapeutiques en quelques secondes : faut-il augmenter ou réduire l’activité injectée ? Vaut-il mieux une injection unique ou plusieurs doses fractionnées ? Quand administrer la dose suivante pour maximiser l’effet tout en limitant la toxicité ? Le résultat est un schéma thérapeutique sur mesure, optimisé pour chaque patient.

Les enjeux : au-delà de la technique

Bien que de nombreux patients atteints de cancer thyroïdien pourraient être traités avec des doses moindres sans perte d’efficacité, certains ne répondent pas aux protocoles standards et deviennent réfractaires à l’iode. Pour ces derniers, chaque mois perdu en traitement inefficace est un mois où la tumeur progresse. Identifier précocement ces profils et adapter rapidement le protocole peut changer le pronostic.

L’outil en cours de développement, RAIR-Sim, n’est pas une boîte noire. Il restera sous contrôle médical total. Le médecin nucléaire pourra explorer les simulations, ajuster les hypothèses, confronter les résultats à son jugement clinique. L’IA et la simulation ne remplacent pas le médecin : elles augmentent sa capacité de décision.

Perspectives : vers une médecine quantitative

Ce projet illustre une tendance de fond en oncologie : le passage d’une médecine empirique vers une médecine quantitative, prédictive et personnalisée. Mais le chemin reste long. Des essais prospectifs sont nécessaires pour prouver l’intérêt clinique à grande échelle. Il faut intégrer ces outils dans les logiciels hospitaliers existants et former les oncologues et les médecins nucléaires à ces approches. Les outils d’aide à la décision par IA doivent également obtenir les marquages CE et autorisations sanitaires.

Les opportunités sont immenses : extension à d’autres cancers comme ceux du sein, de la prostate ou les lymphomes, couplage avec l’imagerie fonctionnelle, intégration de biomarqueurs moléculaires. L’alliance de l’IA et de la modélisation mathématique n’est pas qu’un exploit technique. C’est un changement de paradigme : chaque patient devient unique, chaque traitement devient une décision éclairée par des données, des prédictions et des simulations.

Sophie et Thomas ne devraient plus recevoir le même traitement. Grâce à une entente pluridisciplinaire, ils ne le recevront bientôt plus. La médecine personnalisée sort des laboratoires. Elle entre dans les services de médecine nucléaire, une équation à la fois.


Ce travail est mené par un consortium interinstitutionnel français réunissant l’Université de Corse (Mme Marie Fusella Giuntini et le professeur Laurent Capocchi), l’Université d’Aix-Marseille et l’Inserm (le professeur Dominique Barbolosi), l’École des Mines-PSL (le professeur Cyril Voyant) ainsi que l’Hôpital de la Timone à Marseille (le professeur David Taieb).

Le logiciel RAIR-Sim sera prochainement en accès libre. Les premières versions de test sont disponibles ici.

The Conversation

DT is a cofounder, stakeholder, and the chief medical officer (CMO) of SILON Therapeutics and reports receiving advisory board honoraria from Novartis.

Cyril Voyant, Dominique Barbolosi et Marie Fusella-Giuntini ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. IA et cancer de la thyroïde : demain, la fin des traitements standardisés ? – https://theconversation.com/ia-et-cancer-de-la-thyro-de-demain-la-fin-des-traitements-standardises-274352

Stérilet, spéculum, pilule… Retour sur l’histoire mouvementée du Planning familial en cinq objets

Source: The Conversation – France in French (3) – By Bibia Pavard, Maîtresse de conférences en histoire contemporaine, Université Paris-Panthéon-Assas

Le Planning familial fête cette année ses 70 ans. En promouvant l’accès à des contraceptifs modernes, l’association a tout au long de son histoire accompagné une des révolutions majeures de notre époque : la liberté de maîtriser sa fécondité. De la pilule au stérilet en passant par le spéculum, retour en cinq objets sur l’histoire matérielle de cette institution. Elle nous raconte une aventure politique bien plus complexe que celle d’un progrès linéaire vers la liberté des femmes.


Dès la fondation de l’association Maternité Heureuse, le 8 mars 1956, autour de la gynécologue Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé, 23 pionnières défient la loi de 1920 qui interdit toute propagande anticonceptionnelle. En devenant le Mouvement français pour le planning familial (MFPF) en 1960, l’association promeut l’accès à des contraceptifs modernes et est rejointe par des gynécologues hommes et femmes. L’objectif est d’éviter les grossesses non désirées, fléau pour la santé et même la vie des femmes, qui en viennent à l’avortement clandestin et ses dangers, et de permettre l’équilibre de la famille en espaçant les naissances. La liberté pour les femmes de disposer de leur corps n’est pas encore d’actualité.

Le stérilet : entre autonomie et contrôle (années 1950-1960)

Les couples pratiquent déjà le coït interrompu ou la méthode des températures, mais il s’agit de leur donner accès à des méthodes plus efficaces, au départ les diaphragmes et les gels spermicides. Le dispositif intra-utérin (DIU), baptisé « stérilet » par le docteur Pierre Simon au début des années 1960, est ensuite le symbole de cette recherche du contraceptif idéal.

L’insertion d’un objet dans l’utérus pour empêcher les naissances est une technique ancestrale. Elle a été améliorée depuis les années 1930 et fait l’objet de nombreuses recherches à partir des années 1950-1960 pour promouvoir le planning familial dans le monde dans un but de réduction des naissances. Le plastique remplace le métal, plusieurs formes sont expérimentées. Mis en place pour une période prolongée, le stérilet libère les femmes de la nécessité de prendre des précautions contraceptives au moment des rapports sexuels.

Spirales de Margulies, Centre des archives du féminisme, Fonds Pierre Simon, 17AF52. Le gynécologue Lazar Margulies est un des pionniers de l’invention des stérilets en thermo-plastique. Il met au point sa boucle et un inserteur en facilitant la pause, en 1960.
Fourni par l’auteur

Mais cette autonomie a son revers, car le stérilet devient aussi un instrument de contrôle médical : devant être mis en place par un médecin, il peut être inséré sans consentement (sans que la femme en ait connaissance à l’occasion d’un examen gynécologique). Il est rapidement privilégié pour les femmes jugées incapables d’utiliser des méthodes où elles doivent être actives : les femmes pauvres, migrantes ou en situation de handicap, notamment.

En outre, si l’Hexagone reste dominé par une politique nataliste, ces dispositifs sont promus à La Réunion et en Guadeloupe par des agents de l’État pour limiter une « surpopulation » jugée indésirable. Le stérilet est ainsi une « technologie politiquement versatile », porteuse de valeurs féministes comme de leur contraire, pour reprendre l’expression de la chercheuse Chikako Takeshita.

La pilule : un choix sous contrainte (années 1960)

Le Mouvement français pour le planning familial s’étend dans les années 1960 et devient une fédération d’associations départementales – il y en a déjà presque 30 en 1962. Il s’appuie sur les militantes et les militants de divers horizons : milieux laïques, francs-maçons, socialistes, protestants notamment. Des centres de planning, animés par celles qu’on appelle alors des hôtesses d’accueil, sont ouverts dans les grandes villes pour recevoir les femmes et les couples, dispenser un conseil conjugal et prescrire des contraceptifs.

L’invention de la pilule contraceptive en 1956 modifie durablement les méthodes contraceptives.

Les gynécologues du mouvement promeuvent ainsi un nouveau contraceptif auprès des couples mariés avant même qu’il soit légal : la pilule, mise au point par Grégory Pincus en 1956. Constitué d’hormones de synthèse, le médicament inhibe l’ovulation. Pris quotidiennement par les femmes, il les libère de la peur des grossesses non désirées.

Ce nouveau contraceptif, son efficacité, son innocuité occupent le centre des débats au moment où le député gaulliste Lucien Neuwirth dépose sa proposition de loi pour autoriser la vente de contraceptifs.

Le vote de la loi Neuwirth en décembre 1967, grâce aux voix de la gauche, est une victoire pour le Planning familial même si son texte est très restrictif (pas de remboursement des contraceptifs, autorisation parentale nécessaire pour les mineures) et se révèle long à être appliqué.

Archives Ina : la loi du 27 décembre 1967 relative à la régulation des naissances, dite « loi Neuwirth », autorise la vente des produits contraceptifs en pharmacie.

Progressivement à partir des années 1980, un « pilulocentrisme » s’impose en France, comme l’a montré la sociologue Alexandra Roux. Ce mode de contraception devient prépondérant, il place les femmes au centre et implique la fixation d’une « norme gynécologique », définie par Aurore Koechlin, qui impose d’aller consulter annuellement un ou une gynécologue pour obtenir la prescription et prévenir tout risque, tout au long de sa vie. Cette hégémonie n’est remise en cause qu’avec la crise des pilules de 3ᵉ et 4ᵉ génération en 2012.




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Le Mouvement français pour le planning familial a d’abord accompagné cette norme puis s’en est détaché, dans un effort constant de faire connaître la diversité des contraceptifs, destinés aux femmes et aux hommes, à travers des campagnes d’affichage et des brochures afin de permettre à chacun et à chacune de faire un choix éclairé.

La méthode Karman : l’avortement au-delà de la légalité (années 1970)

Un spéculum, de fines canules souples reliées à une seringue en plastique pour faire le vide : ces quelques objets promus par le psychologue californien Harvey Karman rendent l’avortement par aspiration, dans les premières semaines de la grossesse, simple, rapide et peu coûteux.

La technique arrive en France en 1972, via des réseaux féministes, au moment où le mouvement pour l’avortement libre et gratuit bat son plein.

La méthode Karman devient un instrument pour défier l’interdit. Aux mains de militantes et militants du Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception (MLAC), de Choisir ou du Planning familial, la méthode permet de proposer des avortements gratuitement aux femmes qui le demandent et s’ajoutent à des voyages collectifs en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas où l’avortement est possible. Elle joue un rôle central dans la mise à l’agenda parlementaire de la libéralisation de la loi sur l’avortement, qui aboutit finalement à la loi Veil de 1975.

L’année 1973 marque une rupture pour le MFPF : une partie des militantes et des militants, notamment des gynécologues impliqués de longue date, quittent le mouvement qui prône désormais l’avortement libre et plus seulement la contraception.

Simone Iff incarne ce virage. Hôtesse d’accueil depuis les années 1950, puis présidente de l’association départementale de Paris, proche du Mouvement de libération des femmes et membre fondatrice du MLAC, devient la présidente de la fédération, c’est la première fois qu’une non-médecin obtient ce poste. Le MFPF embrasse alors les luttes des femmes avant de faire entrer officiellement le féminisme dans ses statuts en 1983. Il continue à défendre le droit à l’avortement grâce à de nombreuses campagnes au niveau national et international, pour pérenniser les acquis et renforcer la loi, jusqu’à la constitutionnalisation de la liberté d’avorter en 2024.




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Le Mouvement s’investit aussi pour permettre un accès sur tous les territoires grâce à des consultations, un numéro d’information mis en place en 2015, l’accompagnement des femmes en délai dépassé à l’étranger, etc. Cela lui vaut d’être pris pour cible par les collectifs anti-avortement qui dégradent ses locaux ou attaquent le Planning en justice. Ces attaques ont conduit à la loi Neiertz de 1993, définissant un délit d’entrave à l’interruption volontaire de grossesse (IVG), aujourd’hui élargi au numérique.

Le préservatif masculin (années 1980 et 1990) : protéger toutes les sexualités

Ce petit capuchon a une histoire longue. D’abord réalisé en tissu et en boyaux d’animaux et réservé à une élite, il se massifie avec le commerce du caoutchouc au XIXᵉ siècle. Marketé comme un objet viril, il est associé à une sexualité vénale ou extra-conjugale, et ainsi peu utilisé au sein des couples légitimes. Sa vente est autorisée principalement pour des raisons prophylactiques : la lutte contre les maladies vénériennes.

L’épidémie du VIH-Sida marque sa banalisation à partir des années 1980. D’abord promu auprès du public homosexuel, dans un premier temps le plus touché par l’épidémie, il devient le symbole des mobilisations de patients dans des associations comme Aides et Act’up, qui font du lobbying auprès de l’industrie pharmaceutique et dénoncent l’inaction des pouvoirs publics.

Il entre alors dans l’arsenal des objets promus par le Planning familial, qui s’investit dans la lutte contre les maladies sexuellement transmissibles et s’ouvre à l’accompagnement de toutes les sexualités. Depuis les années 2000 s’y ajoute une réflexion sur l’inclusivité des publics : de tous les genres, de tous les âges et de toutes les origines.

Le spéculum en plastique : connaître le corps des femmes (des années 1950 à nos jours)

Drôle d’objet que ce bec de canard en métal impudique, utilisé pour mieux voir à l’intérieur du vagin. D’abord cylindrique et en étain, le spéculum est associé à l’invention moderne de la gynécologie au XIXᵉ siècle. Permettant d’accéder au col de l’utérus pour différents usages thérapeutiques, il est d’emblée associé au contrôle des corps des femmes, notamment des prostituées, soumises à des visites médicales obligatoires en France ou les femmes esclaves sur lesquelles expérimente James Marion Sims.

Et pourtant, à partir des années 1970, il est aussi associé au self-help féministe, c’est-à-dire à un mouvement de lutte contre l’ignorance et de réappropriation collective des savoirs sur leur corps par les femmes elles-mêmes. L’auto-observation du col de l’utérus à l’aide d’un spéculum en plastique moins froid, d’un miroir et d’une lampe de poche en sont une pratique privilégiée.

Cette ambivalence des objets médicaux se retrouve dans l’histoire du Mouvement français pour le planning familial. Dès sa création, il se donne pour mission d’éduquer le public à la contraception et de former les professions médicales et les hôtesses d’accueil à l’anatomie, à la psychologie affective et sexuelle et au fonctionnement des contraceptifs. À partir de 1967, le Planning se déclare mouvement d’éducation populaire et permanente et entend toucher tous les publics, en particulier les classes populaires.

Depuis les années 1980 et 1990, l’éducation à la sexualité devient l’un de ses domaines d’action privilégiés, notamment en milieu scolaire. Il est ainsi un lieu de diffusion et de réappropriation des savoirs sur le corps. Divers objets sont utilisés pour contribuer à cette pédagogie. Finie la planche anatomique, désormais il s’agit de représenter le corps en 3D : le clitoris ou la « chatte en mousse » créée en 2022 par une militante du Planning de Marseille permettent de visualiser avec précision tous les organes.

Le spéculum, lui aussi, fait l’objet d’une réappropriation : évoquant la douleur de l’examen gynécologique et l’absence de consentement, il est l’objet de critiques après #MeToo et la dénonciation des violences gynécologiques et obstétricales. Au Planning, on invite au contraire à s’en emparer pour revendiquer une auto-insertion. Le spéculum devient ainsi le symbole de ces soixante-dix ans d’histoire du Planning familial : un objet disputé qui, entre domination et choix, raconte la conquête inachevée de l’autonomie des femmes sur leur propre corps.

En 2026, les combats pour l’accès à la contraception, à l’avortement, à une éducation affective et sexuelle inclusive sont toujours d’actualité et rencontrent de nouveaux obstacles, que ce soit la réduction budgétaire ou le renouveau des oppositions au niveau national et international. L’histoire du Planning familial n’a pas fini de s’écrire.


Alors que le Mouvement français pour le planning familial fête ses 70 ans en 2026, une exposition retracera son histoire à l’Hôtel des pénitentes d’Angers (Maine-et-Loire), de septembre 2026 à janvier 2027. Imaginée par Bibia Pavard, Chrystel Grosso, Pauline Mortas et Laura Tatoueix et coordonnée par l’Association pour un musée des féminismes (Afémuse), elle reviendra sur sept décennies de luttes et de pratiques, à travers les objets.

The Conversation

Bibia Pavard a reçu des financements de l’Institut Universitaire de France

ref. Stérilet, spéculum, pilule… Retour sur l’histoire mouvementée du Planning familial en cinq objets – https://theconversation.com/sterilet-speculum-pilule-retour-sur-lhistoire-mouvementee-du-planning-familial-en-cinq-objets-277513

Solar power in rural Zimbabwe hasn’t reduced women’s unpaid work: can policy do better?

Source: The Conversation – Africa – By Ellen Fungisai Chipango, Senior Research Associate, University of Johannesburg

Zimbabwe’s 2019 renewable energy policy envisions a transition to green energy in which women and men participate equally and benefit equitably.

But the real test of this promise lies in whether women and men have equal access to renewable energy and are able to use it for the tasks they most need to accomplish in their everyday lives.

As an energy justice researcher, I wanted to find out how residents, government officials and energy non-governmental organisations view gender (in)equality in the move to green energy.

I chose to interview people from Zingondi (a rural area in the Manicaland province of Zimbabwe) because this area offers a clear case of how renewable energy policy plays out in low-income, rural areas that are not connected to the national grid.




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I asked the people I interviewed what a truly equal and equitable energy policy would look like in practice. By equal, I mean giving women and men the same opportunities and access to energy. By equitable, I mean recognising that they often start from unequal social and economic positions, and that women may therefore need additional support (funds, training, or extra decision-making powers) to reach the same level of energy access and benefit as men.

There are about 39 households living in Zingondi. They are not connected to the national electricity grid. To cook, they use fuelwood and what’s left after crops are harvested (biomass). Many families live in thatched mud houses. When I visited, I saw that all families used solar lanterns. Some also had solar panels to charge phones and radios.

My research found that having such limited access to electricity did nothing to change traditional gender roles where women do a lot more unpaid work around the house than men. For example, women remained primarily responsible for cooking on fire. They also had very little control over new forms of solar energy (what to buy and how to fix it if it broke) as these decisions and actions were controlled by the men in the families.

Overall, women saw little change in their economic or decision-making power even though clean forms of energy had come into their lives.




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My findings show that even new renewable energy is never neutral. It is shaped by power: who controls resources, who captures the benefits, and who remains excluded. Achieving gender equality in energy transitions needs more than introducing small solar devices or promising future grid access.

Zimbabwe’s energy policies must move beyond promises of gender equality in energy access and deliver real transformation on the ground. The country’s renewable energy policy commits to gender equality and women’s participation, but pays less attention to whether this is taking place.

If this change does not happen, new energy initiatives will simply prop up existing gender hierarchies which leave women at the bottom, rather than transforming women’s lives.

Solar power in rural Zingondi

Zingondi is a resettlement area (where land was redistributed under the fast-track land reform programme to small-scale farmers) whose households have three hectares of land each.

Most families there depend on small-scale farming to grow food. But they face problems of insecure land rights (they only have temporary licences to occupy the land), political disputes, and limited access to resources to develop their farms.




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At first glance, the solar lanterns in every home, purchased by the residents, indicate that universal access to affordable, reliable and modern energy is being achieved. But when I asked women how solar energy had improved their lives, their responses were cautious.

First, many women were still cooking with firewood, because small solar devices can’t power electric stoves. One female participant observed:

When I am cooking using semi-dried wood, no one can even enter the kitchen because of the smoke. It is like a prison cell!

Second, they had little decision-making power over energy:

Solar gives men more power to control us in the home … if it’s not the money to buy the gadgets, such as solar lanterns, it’s how to use them, or it’s about when and where to buy a replacement.

Third, the quality of solar lanterns varied. Families that received remittances from relatives working in South Africa were able to afford higher-quality appliances. But poorer households could not. Cheap solar lanterns often overheated and “blew” after a short time. Paying for replacements placed financial strain on many women.

Fourth, having light at night made the working day for these rural women even longer:

Having a light bulb (solar lantern) means more work to cover, not to relax. The reason is: I am a woman!

Women also reported that their husbands did not allow them to travel to renewable energy meetings where they could learn more about solar power.

Some women hid small amounts of money from their husbands to avoid conflict or to retain some financial autonomy for buying electricity later – known in ChiShona as kusungirira mari muchiuno (“to tie money around the waist”). But because these savings were hidden, the women couldn’t spend them on larger or more reliable solar energy systems.

What needs to happen next

Zimbabwe’s energy transition must make sure that women are not just passive recipients of energy infrastructure but active participants in shaping how energy is accessed, used and managed.

Women begin from unequal positions. So energy policies must tackle the question of the power relations that shape who controls resources within households and communities.




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Zimbabwe’s energy policy emphasises women’s inclusion and solar entrepreneurship. However, its largely market-driven approach means that only women who can afford solar systems benefit, leaving off-grid and marginalised communities like Zingondi excluded.

To make the policy truly transformative, the government could take these steps:

  • introduce targeted subsidies, micro grants or low-interest loans for rural women

  • support community-shared solar schemes

  • set quotas for women in resettlement areas to participate in renewable energy schemes

  • convene training in local areas where childcare is provided, so that women can participate

  • set up mentorship programmes to strengthen women’s leadership and decision-making

  • implement regular monitoring to ensure that women not only participate but also gain meaningful control over energy resources.

This is happening in other countries. In rural Bangladesh, women have been trained as solar technicians, and in Nepal, women have taken on leading roles in managing tiny, micro hydro plants.




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In India, government‑linked schemes such as the Ministry of New and Renewable Energy’s Women in Renewable Energy initiative provide training and business support that expand women’s participation in the energy sector.

Unless these changes are made, solar energy infrastructure will expand in rural Zimbabwe without expanding equality.

The Conversation

Ellen Fungisai Chipango does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Solar power in rural Zimbabwe hasn’t reduced women’s unpaid work: can policy do better? – https://theconversation.com/solar-power-in-rural-zimbabwe-hasnt-reduced-womens-unpaid-work-can-policy-do-better-276287

What does a house mean to you? We asked some women who head households in South Africa

Source: The Conversation – Africa – By Mziwandile Sobantu, Professor, University of Johannesburg

Wikimedia Commons

South Africa’s new democratic government inherited a 1.5 million housing backlog in 1994, which it has been struggling to close. The current national deficit stands at 2 million.

The 2025 White Paper for Human Settlements records that government has delivered 5.2 million houses and housing opportunities (units or subsidies) since 1994. But rapid urbanisation, population growth and the pace of housing provision by government have meant that there’s still a shortfall.

Many of the people who face housing challenges are women who bear full responsibility for childcare and families. In two of the province’s main metropolitan areas, Ekurhuleni and Johannesburg, four in ten families are headed by women. Many have to resort to inadequate housing in informal settlements and backyard dwellings.

We are social work research academics who recently explored what housing means to female-headed households living in a low-income community in Kathrada Park, Johannesburg. Rather than treating housing only as shelter or physical asset, the study examined how women experience and interpret their homes in the context of their everyday lives.

The findings show that housing is not just about having a roof overhead. It is also about dignity, control, emotional security and belonging. These meanings are shaped by women’s life histories, including migration, widowhood, divorce and caregiving roles. They also challenge narrow policy definitions of what constitutes adequate housing.

Understanding housing through people’s lived experiences is critical in a country where women increasingly shoulder the responsibility of sustaining families.

Housing is a basic right and human need which is enshrined in South Africa’s 1996 constitution. The International Bill of Rights cites adequate housing as a measure of social progress as well as a commitment to build the economy.

Women in Kathrada Park

In urban areas such as Kathrada Park in Johannesburg, women head households under conditions shaped by gender inequality, economic precarity and social responsibility. Unemployment, particularly for Black women, remains very high in the country.

Kathrada Park.

Our study was based on interviews with eight female heads of households aged between 37 and 71. Qualitative research with smaller samples allows researchers to gain in-depth descriptions of whatever they are studying. All were single women heading households, had lived in Kathrada Park for at least two years, had their own accommodation, and were engaged in either formal or informal livelihood activities. Some were supporting children, adult dependants or grandchildren.

Rather than focusing only on material conditions, we asked a simple but powerful question:

What does a house mean to you?

Their responses revealed three closely connected themes: dignity and self-worth, safety and security, and livelihood.

Theme 1: Housing as dignity and self-worth

For many participants, having a house, however modest, was a source of pride. In a society where women heading households may be stigmatised or blamed for poverty, a home symbolised responsibility, achievement and resilience. One woman explained:

…you get dignity when you live in a house.

For her, housing was not only about protection from the elements, but also about being respected by her children and by others in the community.

Small acts of homemaking such as painting walls, planting a garden or keeping the space orderly carried deep emotional meaning. These practices were ways of asserting identity and self-worth in contexts marked by exclusion and hardship. Housing was not only about ownership or tenure; it was about being able to say: I am a capable woman, providing for my family.

All participants emphasised that, despite raising children on their own, their families had shelter and a home, could use flushing toilets, and had access to water and electricity. These basic services, often taken for granted elsewhere, gave them a strong sense of pride and self-respect.




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Theme 2: Housing as safety for women and children

Safety emerged as a central concern in participants’ lives. South Africa experiences high levels of crime and gender-based violence. Participants spoke about fear of break-ins, violence and insecurity while also describing their homes as offering some degree of protection.

As one woman put it:

It’s a pity that our community is not safe. You just have to live and pray that nothing will happen to you till the next day. A good house is very important here.

For these women, housing represented a fragile but crucial buffer against exposure to danger. It provided a place where children could sleep behind locked doors, where families could retreat from public risk, and where a sense of control, however limited, could be maintained.

This highlights an important reality: even poor-quality housing can improve safety and wellbeing compared to homelessness or informal living arrangements. For female-headed households, the home often functions as the primary line of defence against vulnerability.

Theme 3: Housing as livelihood

Housing was also closely linked to livelihood and economic survival. Several participants used their homes to grow vegetables, support small-scale food production, or supplement household income in other ways.

One woman explained:

This garden is helping us so much. At least my kids at the creche get to eat greens every day, which is good. And it keeps us busy.

Her home enabled both food security and daily activity. Other participants highlighted the importance of location. Being close to schools, transport routes, or informal work opportunities made daily survival possible.

Housing was therefore not only a place to live, but a base from which women sustained their families economically. This reinforces the idea that housing cannot be separated from broader questions of poverty, care and economic inclusion.




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Women and disadvantage

Across many societies, women remain disadvantaged in three interrelated dimensions: limited access to education, lower economic returns for heavier workloads, and persistent barriers to socioeconomic mobility. These inequalities have direct consequences for housing outcomes, often resulting in inadequate housing or, in some cases, the absence of stable shelter altogether.




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For many female-headed households in South Africa, housing is the difference between vulnerability and survival. It is a place of safety in an often-unsafe world, a space of autonomy following loss or separation, and a foundation from which women care for children, elders and themselves. Yet access to quality housing and property has long been skewed against women in many developing societies, undermining not only their right to shelter but also their access to safety, security, piped water, electricity and sanitation.

Our findings show that for women who head households, housing is not simply about shelter. It’s about the possibility of belonging in a society marked by inequality and uncertainty.

Contributor Lydia Mmola was a postgraduate student when this study was conducted.

The Conversation

Mziwandile Sobantu works the University of Johannesburg, Auckland Park Campus

Emmison Muleya does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. What does a house mean to you? We asked some women who head households in South Africa – https://theconversation.com/what-does-a-house-mean-to-you-we-asked-some-women-who-head-households-in-south-africa-275012

Faith leaders joined the fight against woman abuse in the DRC. Did it help?

Source: The Conversation – Africa – By Meg A. Warren, Professor of Management, Western Washington University

Can pastors, imams and rabbis be allies to women and children and help stop gender-based violence?

Many wars have been fought in the name of religion. Much pain and dehumanisation has been inflicted on women and girls in the name of religious culture. So, it wouldn’t be surprising for there to be cynicism about the question.

But, in fact, a growing body of research shows that faith leaders can be powerful allies against social ills like gender-based violence.

As a social-organisational psychologist, I research how people use their strengths and the strengths of their culture to assist those who are suffering in their society.




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My colleagues, Karen Torjesen and Grace Ngare, and I set out to study the impacts of a year-long intervention by religious leaders in the Democratic Republic of Congo (DRC). The religious leaders had initiated a programme that they hoped would contribute to social change when it came to gender-based violence within marriage, gender roles in the family, and male allyship in the community.

Our study found that faith leaders could indeed be activated as champions of positive social change. They can activate entire communities – men and women – to come together to address gender-based violence. We found that the ripple effect can endure and extend well beyond initial efforts.

A history of violence

The Second Congo War (1998–2003) was one of Africa’s deadliest civil wars, claiming as many as 3 million lives.

Systematic rape was wielded as a weapon of war. The DRC earned the unfortunate label of “rape capital of the world”. Internally displaced women and girls were viewed by armed militia as soft targets.

From the 2000s, boys in the DRC who had been recruited as child soldiers were returning home as young adults. They had been taught that women were no more than “spoils of the war”.

Without the support of therapy, they had to reintegrate into their families and live among their mothers, aunts and sisters, and start their own families. Predictably, gender-based violence was rampant.

Ending it was a clear goal for the health and stability of civil society.




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At the same time, women were reluctant to report the men who raped them. In addition to cultural norms of silence and shame around sexual violence, they did not want to have their brothers, sons and husbands locked up in prison. The community had to find another means to restore women’s safety and well-being while also protecting the fabric of their society.

In a context of crumbling infrastructure, the people who truly understood the extent of the rape and violence against women were not the police or other authorities. Rather, it was the quiet presence of the church pastors and the wives of the imams that the women confided in.

The pastors and imams decided to use their influence to teach congregants about healthy interpersonal relationships – where respect, gender equity, nonviolence and empowerment were key.

The Tamar Campaign

In 2013, their three-year initiative, the Tamar Campaign, was delivered directly and through spin-off efforts to more than 30,000 people across multiple cities and villages in the DRC. Participants each attended the programme for about a year.

Created by the Fellowship of Christian Councils and Churches in the Great Lakes and the Horn of Africa, this was an interfaith, inter-organisational effort to combat gender-based violence through the use of scriptures and the engagement of communities. It was named after the story of the rape of Tamar in the Old Testament – a common thread across Christianity, Islam and Judaism – in which a daughter of King David was raped by her brother.

Because of toxic gender norms around what it meant to be a man, the men returning from war had not learned how to identify their own emotions, how to speak about their emotions, or how to see the emotions of others and work with them.




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The goal was to use stories from scripture as the entry point to teach men how to be better allies to women and girls. In the story of Tamar, for example, rape combines elements of incest, domestic violence and the conspiracy of men. When Tamar sought help after being raped, she was told to be quiet. This displays the culture of silence around such acts.

In each monthly session run by the faith leaders, scriptural stories were introduced as an entry point to openly discuss gender-based violence within a mixed-gender setting. They lifted the shroud of silence in a sacred and safe space, often a house of worship. Next, participants discussed gender-based violence in their own families and the community. They talked about how they could become agents of change.

In the process, in monthly group sessions of 25 or so people, the programme sought to teach socio-emotional skills, detoxify notions of masculinity, deepen understanding between men and women, strengthen their relationships, and develop action plans for healing, repair and allyship.

The study

My research team evaluated the effectiveness of this intervention four years later. In a field study, a survey was given to Tamar participants, and matching control groups in North and South Kivu.

We found that those in the programme had a 50%-85% lower incidence of violence, with larger drops in violence in North Kivu compared to South Kivu. It was a dramatic success story.

This tremendous drop in violence happened after many earlier interventions to address the problem had failed. Typical advocacy-based interventions failed because women worried that even if they became better at advocating for themselves, the fabric of society would disintegrate – the women would be beaten, ousted from their community, and lose their children. Their only choice seemed to be silence – unless the intervention wasn’t about the women at all, but about turning the men into their allies.

My team studied the results, including the effects on the participants’ marital relationships. We found, amazingly, that their relationships were better than when women had remained silent. There were accounts of women and men communicating and dealing with emotional issues with respect, rather than derision.




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Long after the funding had ended, other groups and communities who had heard about the programme borrowed the Tamar curriculum, with positive results. The allyship was still spreading and still having an impact. Community members were intervening when they saw violence occur among their neighbours or their extended family. They were being allies out in the world, not just for their own partner or immediate families.

This offers one example of how cultural phenomena like religion can be a resource to combat large, complex and entrenched societal problems. Congolese participants were drawing on their strength, building relationships, prioritising healing, and thinking in the long term to shift a toxic culture from the inside out.

The Conversation

This study was made possible by research funding from Norwegian Church Aid.

ref. Faith leaders joined the fight against woman abuse in the DRC. Did it help? – https://theconversation.com/faith-leaders-joined-the-fight-against-woman-abuse-in-the-drc-did-it-help-277270

How Denver’s Northeast Park Hill community reduced youth violence by 75%

Source: The Conversation – USA – By Beverly Kingston, Director and Senior Research Associate, Center for the Study and Prevention of Violence, University of Colorado Boulder

The neighborhood had nearly double the youth arrest rate of the other 76 Denver neighborhoods combined. Royalty-free/Getty Images

Northeast Park Hill, a Denver neighborhood, has a long history of violence. During Denver’s summer of violence in the early 1990s, it was considered ground zero for gang conflict.

From the late 1990s through 2014, violent crime in Northeast Park Hill declined from its peak in the early ’90s but remained persistently higher than city averages. In 2016, Northeast Park Hill recorded 1,086 youth arrests per 100,000 young people. The arrest rate for the combination of the other 76 Denver neighborhoods was 513.

With a population of approximately 9,600, 19% of families in the neighborhood lived below the federal poverty line, 39% of residents identified as Black, and 27% identified as Hispanic.

Yet, Northeast Park Hill is also a community defined by collective action. In 2013, residents started organizing in response to a series of violent events. They laid the foundation for an emerging movement committed to rebuilding community safety.

Building on these community strengths, researchers at the University of Colorado Boulder’s Center for the Study and Prevention of Violence partnered with local leaders to implement Communities That Care in 2016. The program is a science-based prevention process designed to help communities use data, evidence and collective action to reduce youth violence.

As a sociologist and director of the Center for the Study and Prevention of Violence, my work examines the root causes of youth violence. I study how community-led, data-driven prevention efforts can reduce risk and build supports that help young people stay safe and connected. Working alongside leaders and residents in Northeast Park Hill, I’ve seen firsthand what’s possible and what their remarkable success can teach all of us.

A welcome change

After just five years, the youth arrest rate in Northeast Park Hill fell to 276 per 100,000 – a 75% reduction.

This drop in youth arrests reflects a decades-long nationwide trend. Across the country as a whole, juvenile arrests peaked in 1996 and then began a steady decline.

But not all neighborhoods benefited equally. To measure the impact of local prevention work in Northeast Park Hill, we compared its arrest rate to a carefully constructed “look-alike” community made up of similar Denver neighborhoods that did not receive the intervention. We found Northeast Park Hill saw a sharper and earlier decline than its comparison community – pointing to an impact beyond national trends and tied to the local interventions.

Impacts of youth violence

Youth violence is a major cause of harm.

This is especially true for urban communities that have endured decades of chronic disinvestment. That includes neglected infrastructure, deteriorating housing and long-standing environmental and health inequities. Such environments often lack the opportunities, resources and support that are essential for healthy youth development.

In the 1960s, Park Hill became a burgeoning mecca for affluent Black families. Redlining, a federal practice that deemed certain minority neighborhoods “hazardous” and denied those residents mortgages and insurance, changed the community. A 9News report looks back at how redlining defined Park Hill.

Young people in these neighborhoods are more likely to face increased exposure to violence and daily challenges associated with navigating violent communities, such as witnessing shootings near their homes and schools. They also face ongoing experiences of marginalization and discrimination. Many young people move through daily life in a constant state of vigilance. Some youth withdraw, carry weapons for protection or turn to substances to cope with chronic anxiety.

Building a prevention infrastructure

As part of Communities That Care, the community formed a prevention coalition of approximately 25 members, known as Park Hill Strong, to guide the work.

Three Black leaders, Troy Grimes, Jonathan McMillan and Dane Washington Sr., who grew up in the neighborhood and experienced the violence of the 1990s firsthand, chaired the coalition.

Following the Communities That Care model, they began by creating a community profile. They used local data, including youth and parent surveys, and neighborhood indicators, such as access to safe parks, after-school programs and healthy foods. The data helped the coalition identify the biggest sources of risk and what protective supports were available in the community.

That data pointed to several factors that increase the likelihood of youth violence. Many youth felt disconnected from their community and had limited supervision or inconsistent support at home. The data also highlighted early and persistent problem behaviors among youth, including aggression and defiance, which can place young people on a pathway toward later violence.

The data also revealed protective supports to build on. It showed that opportunities for young people to participate in positive activities were limited. Community recognition of youths’ healthy and constructive contributions was also low — highlighting important areas for improvement.

Once the profile was complete, the coalition developed a community action plan describing the community prevention strategies the coalition would use to address their prioritized risk and protective factors.

Community-level prevention strategies

The coalition selected three community-level prevention strategies.

First, a youth-led media campaign called the Power of One (PO1) addressed the risk factor of low neighborhood attachment. The campaign challenged the idea that young people themselves are the cause of violence, instead highlighting how decades of redlining, concentrated poverty and limited access to quality schools and jobs have shaped the conditions they are navigating. The campaign also highlighted positive stories about young people and their communities. The Power of One has reached more than 3,000 youth and adults through social media and hosted six community block parties.

Power of One campaign teaser.

Second, the coalition selected Promoting Alternative Thinking Strategies, known as PATHS. This evidence-based program aims to reduce early and persistent problem behaviors. It was implemented in all three of the elementary schools in Northeast Park Hill. PATHS helps students learn social and emotional skills, including managing strong emotions by recognizing when they are feeling angry and using calming strategies before reacting. Strengthening these competencies is associated with lower rates of aggression.

Third, pediatric health care providers identified youth at risk for carrying out future serious violence through the violence, injury protection and risk screening tool. Youth identified as high or medium risk after completing a 14-item screening tool that assesses violence and victimization history and other risk factors are referred to appropriate services. A total of 222 youth ages 10 to 14 were screened between 2016 and 2021.

Funding is in jeopardy

For more than two decades, the Centers for Disease Control and Prevention has funded the National Academic Centers of Excellence in Youth Violence Prevention, which includes programs like ours. But recent CDC funding cuts threaten the continuation of this work.

Since 2000, these efforts have contributed to reductions in violence in communities across the nation, including Chicago; Denver; Flint, Michigan; Richmond, Virginia; and Youngstown, Ohio.

In Flint, community groups mowed and removed trash from vacant lots between 2009 and 2013. The surrounding areas saw 40% fewer assaults and violent crimes between the months of May and September compared to areas surrounding unmaintained lots.

Likewise, in Youngstown, during the summer months from 2016 to 2018, violent crime fell at twice the rate on streets surrounding vacant lots transformed into gardens and play spaces by community residents than on streets where professional mowers did the greening.

Funding for programs like these is critical for neighborhoods where resources are already scarce and the burden of violence has been concentrated for generations. Without continued investment, communities risk losing hard-won gains and the capacity to create safe and supportive environments for young people.

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The Conversation

Beverly Kingston receives funding from the Centers for Disease Control and Prevention’s National Centers of Excellence in Youth Violence Prevention under Cooperative Agreement Number, 5 U01 CE002757. The findings and conclusions are those of the author and do not necessarily represent the official position of the Centers for Disease Control and Prevention.

ref. How Denver’s Northeast Park Hill community reduced youth violence by 75% – https://theconversation.com/how-denvers-northeast-park-hill-community-reduced-youth-violence-by-75-265943

Operational secrecy kept the US from making evacuation plans – and that means Americans in the Mideast could wait days

Source: The Conversation – USA – By Donald Heflin, Executive Director of the Edward R. Murrow Center and Senior Fellow of Diplomatic Practice, The Fletcher School, Tufts University

Canceled flights due to the Iran war have made it difficult for Americans to leave countries in the Middle East. Marcin Golba/NurPhoto via Getty Images

As the U.S. and Israel launched strikes on Iran, American citizens living in or visiting the Middle East found themselves stranded in countries facing bombing attacks by Iran. The State Department on March 2, 2026, urged Americans in 14 Middle Eastern countries to leave via “available commercial transportation, due to serious safety risks.” But commercial air travel and airports were shut down in many of those places and the U.S. wasn’t offering to evacuate its citizens.

Media reports featuring frustrated and frightened Americans stuck in places where danger was mounting, as well as growing criticism that the U.S. hadn’t handled the situation well or according to normal procedure, led the State Department to scramble and send charter flights to evacuate U.S. nationals from a handful of countries.

The Conversation’s politics editor Naomi Schalit interviewed former ambassador Donald Heflin, a veteran diplomat who now teaches at Tufts University’s Fletcher School, to understand how such situations are normally handled – and how the current situation diverged from longstanding practices.

A Facebook post with a message from the State Department on March 3, 2026, urging 'Americans to DEPART NOW' from the countries listed.
A Facebook post from the U.S. State Department on March 3, 2026, urging ‘Americans to DEPART NOW’ from the countries listed.
Facebook

What is the customary way that the United States and the State Department deal with U.S. nationals who are abroad in an area that becomes dangerous?

Over my 35-year career, I was ambassador to a small country and I worked a lot on African affairs. But most of my time was spent in consular affairs, which is the part of the State Department that does this work. And over the last 20 or 30 years, we’ve made a lot of progress. We’ve developed a model that works pretty well.

When you’re in a country with instability, what you want to do is to get the population of Americans down as small as you can. So the first thing that happens is you have some instability, and you tell Americans, “Listen, we advise against traveling here.” See if you can discourage everybody except missionaries or people whose employers really want them to go there to make money or people visiting family members, but get rid of the casual tourist.

Then, a little more time goes by and things start to get bad, and you say, “You should consider leaving.” And then, a little while later, the embassy gives its own employees and their families what they call “authorized departure,” which is, “It’s OK for you to go back to the U.S., and in fact we’ll help pay for it.” And we tell the public that, and we hope that that’ll help spur more people to leave.

And the step after that?

Next step: We order departure, where we tell parts of the embassy, “You’ve got to go home. You can’t make the decision to stay here, you and your kids go home.” And we tell the public that, and hopefully that makes the number of Americans remaining in the country smaller and smaller.

Then – and it doesn’t always happen – the last step is we evacuate. We say, “We’re getting our people out of here on planes, we’ve got space for you on the planes, you should have listened to us before.”

That’s the standard model. Unfortunately, it didn’t get followed very well this week.

What did you see this week, and how did it diverge from the normal procedure?

We went from zero to 60 very quickly. Look, the Mideast is unstable on a good day, but there had not been a new instability where people should be getting scared and going home. And then what happened was we launched the attack, and all of a sudden there was that instability.

Logically, you would think, there were two places that Americans should be getting out of. One was Iran, where we’ve told people not to be for many years. The other was Israel, because Israel is going to be attacked.

But no, the Iranians attacked over half a dozen countries. So now, all of a sudden, you’ve got Americans who feel unsafe in places that have never really been considered unsafe, like Oman, Cyprus or Turkey.

So now you have a long list of countries where you want to encourage Americans to leave and where they want to leave. There’s some demand, and you haven’t got that drawdown, where it makes things smaller, and also you haven’t done anything about arranging charter flights or military flights to get them out. So they’re going to have to stay where they are and feel unsafe for X number of days.

That’s when this started generating news stories.

This led to lot of people calling a member of Congress, a lot of people talking to the press, saying, “We got to get us out of here.” That’ll continue until the evacuation is arranged. There’s a bit of an analogy to COVID. When COVID first took off, we had a lot of Americans stuck overseas. They wanted to get home to their families. They figured U.S. health care to be the best that’s available, and it took us awhile to arrange charter flights. It was a very expensive process to get everybody home. They just kind of had to hunker down. That’s where we are right now.

On March 3, 2026, the State Department’s recorded message said the U.S. couldn’t help evacuate nationals in the Mideast; a more helpful message appeared the next day.

Do you think this problem that’s being faced by Americans in the Middle East now should have been anticipated by the State Department?

Yes and no. I think a big part of the problem here was that the Trump administration kept the knowledge of the impending attack to a very small circle of people for operational security reasons. You can’t launch a surprise attack if half of Washington knows about it.

You can see a scenario by which a very trusted State Department officer has to eventually talk to a charter plane company about chartering a whole bunch of planes. They’re going to figure out pretty quickly what’s going to happen, and then you’ve got a security leak.

At the same time, I think going back weeks and months, maybe people should have been arranging charter flights and military flights, kind of on spec so that you could flip the switch and get that going right away. They’re kind of starting from scratch this week.

You’ve got people who are stranded, afraid and can’t get on with their lives. What should happen next?

All these Iranian strikes, the casualty numbers aren’t high. So objectively speaking, I think that very few of the Americans over there are in actual, real danger.

But casual tourists do get afraid, and they don’t travel overseas that much. This may be their first time in the Mideast, and all of a sudden this is happening. They want out bad. They’re scared, whether, objectively speaking, they have a good reason to be scared or not. And it’s better for everybody – the U.S. embassy, the host country, for people in Washington – if we get them out of there and get them home.

This will sort itself out. There will be planes, we’ll get all the people out who want to get out, but it’s going to take at least a few days, maybe a week.

The Conversation

Donald Heflin does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Operational secrecy kept the US from making evacuation plans – and that means Americans in the Mideast could wait days – https://theconversation.com/operational-secrecy-kept-the-us-from-making-evacuation-plans-and-that-means-americans-in-the-mideast-could-wait-days-277578