L’abondance impuissante : quand l’emballage prend sa revanche

Source: The Conversation – France (in French) – By Benoît Heilbrunn, Professeur de marketing, ESCP Business School

L’incertitude persistante autour du conflit sur le détroit d’Ormuz n’affecte pas seulement le prix de l’énergie. Les matières plastiques directement issues du pétrole sont concernées. Avec un effet inattendu : des pénuries annoncées, notamment pour les produits d’emballage. Ce qui pose une question paradoxale : quel avenir pour le contenu si le contenant n’est plus ? Une question économique, mais aussi philosophique.


Nous croyons vivre dans une civilisation de la production, idée qui flatte notre vieux goût métaphysique pour les profondeurs. L’essentiel serait à l’intérieur : substance, matière, produit ; le reste ne serait qu’apparence, enveloppe, cosmétique. Or, c’est souvent l’accessoire qui finit par faire trébucher les empires.

Au printemps 2026, au plus fort de l’escalade entre les États-Unis et l’Iran, plusieurs alertes venues d’Asie ont montré qu’une économie pouvait être menacée non parce qu’elle n’avait plus de produits, mais parce qu’elle risquait de manquer de naphta, un intrant indispensable à la pétrochimie et donc à une partie des plastiques d’emballage. En Corée du Sud, on craignait ainsi des tensions sur les poches médicales, les seringues, les sacs et divers conditionnements. Comme quoi le problème n’est pas toujours l’absence de contenu mais la raréfaction du contenant.

Le paradoxe du contenant

Que devient alors le lait sans brique ou le médicament sans blister (coque de plastique transparent sur une base en carton, ndlr) ? La substance demeure, mais elle ne peut plus accéder à sa pleine existence marchande. Elle existe physiquement, mais pas encore socialement ni culturellement.

La séquence que nous traversons éclaire crûment la logique des chaînes de valeur mondiales. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) rappelle qu’une large part du commerce international s’inscrit dans des chaînes globales où matières premières, composants, services et produits intermédiaires traversent les frontières à plusieurs reprises.

Dans un tel système, la marchandise est le résultat d’un empilement de médiations. Or, l’emballage appartient précisément à cette catégorie de médiations que l’on voit peu, mais dont l’absence paralyse tout.




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La forme avant la substance

Pour comprendre ce paradoxe, il faut déconstruire une opposition trop simple entre le contenu qui serait essentiel et le contenant qui ne serait qu’un support. La philosophie classique nous invite à penser autrement. L’hylémorphisme aristotélicien conçoit les êtres concrets comme des composés de matière et de forme : la matière n’existe pas vraiment comme chose pleinement déterminée sans la forme qui l’actualise.

Transposée à l’univers marchand, cette vieille leçon nous rappelle qu’un produit n’existe pas comme simple matière économique ; il n’existe qu’en tant qu’il est déjà pris dans une forme qui le rend visible, maniable, stockable, différenciable, transportable.

L’emballage n’habille pas le produit après coup. Il lui donne un mode d’existence. Il le fait passer de l’état de substance à l’état d’objet désirable et circulable.

Six cents millions d’euros d’investissements annuels

D’ailleurs, dans de nombreux univers, le packaging concentre parfois davantage de valeur économique et symbolique que le contenu lui-même. Selon les catégories, l’emballage peut représenter jusqu’à 30 à 40 % du coût du produit. Pour les boissons, l’Association nationale des industries alimentaires (ANIA) souligne qu’il peut représenter jusqu’à 50 % du bilan carbone sur l’ensemble du cycle de vie.

Quant au verre d’emballage, sa fédération européenne rappelle qu’il mobilise aujourd’hui plus de 150 projets de décarbonation et plus de 600 millions d’euros d’investissements annuels. Le contenant n’est donc pas un simple supplément esthétique ni un potentiel déchet : il constitue un poste économique majeur, parfois la partie la plus sensible du coût total. Là où le contenu est pauvre en valeur matérielle immédiate – eau, jus, produits dilués, biens fortement standardisés –, le pack peut devenir la partie décisive de la valeur marchande finale.

L’emballage comme frontière symbolique

Mais la portée de l’emballage ne s’épuise pas dans l’économie des coûts. Elle est aussi anthropologique.

L’anthropologue Mary Douglas a montré dans De la souillure (1967) que les sociétés organisent le monde à travers des frontières symboliques, entre le pur et l’impur, le propre et le sale, ce qui est à sa place et ce qui ne l’est pas. L’emballage contemporain peut être lu comme un petit dispositif de cette police symbolique. Il sépare physiquement le dedans du dehors mais symboliquement l’intègre du souillé. Le blister scellé, l’opercule intact, la bouteille transparente, le sachet stérile ou le carton inviolé sont des techniques, certes, mais aussi des gestes de purification matérielle.

L’emballage ne conserve pas seulement ; il garantit que le contenu est encore dans l’ordre, qu’il n’a pas été corrompu, touché, altéré. Il rejoue à petite échelle une grande opération anthropologique : mettre une chose à part pour la rendre acceptable.

C’est pourquoi l’on se trompe lorsqu’on dit qu’un emballage n’est qu’un support. Nous ne consommons presque jamais une substance nue mais une mise en scène. Nous consommons une substance déjà élevée à l’état de signe. Et c’est ici qu’il faut rappeler la formule célèbre de Claude Lévi-Strauss selon laquelle les nourritures « bonnes à manger » sont d’abord « bonnes à penser ».

La blancheur d’un pack de yaourt évoque la santé, la transparence d’une bouteille suggère la vérité, la texture d’un emballage fait déjà croire à la qualité de ce qu’il contient. Le marketing ne vend donc pas seulement des propriétés objectives ; il organise une dramaturgie perceptive où chaque détail matériel devient le support d’une croyance. Le produit séduit d’abord par son contenant. Et d’ailleurs, dans bien des secteurs, on consomme plus le pack que la substance.

Le contenant comme opérateur de culture

L’idée d’une crainte de pénurie de naphta aurait sans doute ravi Lévi-Strauss parce qu’elle met en jeu une inversion structurale entre le principal et le secondaire. Le structuralisme consiste, rappelons-le, à regarder les relations entre les termes et non leur évidence immédiate. Dans Mythologiques, et en particulier dans le tome 1, le Cru et le Cuit (1964), on voit comment des oppositions apparemment simples – cru et cuit, nature et culture, intérieur et extérieur – se compliquent dès qu’on les replace dans un système.

LCP, 2026.

Ici se joue une opposition du même genre : contenu et contenant. Spontanément, nous attribuons la valeur au contenu et nous reléguons le contenant au rang d’enveloppe extérieure. Or la crise inverse cette hiérarchie : c’est le contenant qui devient décisif, c’est lui qui commande l’existence sociale du contenu. Le terme supposé périphérique devient central ; le supposé accessoire devient la condition du nécessaire. Le packaging apparaît alors comme une sorte de cuisson sémiotique : il fait passer une substance du monde à l’état de marchandise.

Or, comme le rappelle l’anthropologue Philippe Descola, la séparation entre nature et culture n’est pas une évidence universelle mais un montage propre au naturalisme occidental. Le packaging peut alors être compris comme l’un des opérateurs ordinaires de la culturalisation de la nature. Une eau, un fruit transformé, un lait, un jus, une crème ne circulent pas comme de simples fragments du monde. Ils doivent être nommés, protégés, codés, mis en forme. Le packaging accomplit précisément cette opération. Il ne détruit pas la nature ; il la traduit dans un ordre de visibilité, de normes, de signes et de circulation. Il fait passer une substance dans un régime de culture. En ce sens, le pack est l’emblème discret d’une modernité qui ne se contente pas d’exploiter la nature mais de la reformater.

De la bouteille au conteneur

On peut d’ailleurs étendre cette logique au suremballage ultime que représente le conteneur maritime standardisé. Dans The Box, Marc Levinson (2006) montre comment cette simple boîte d’acier a transformé la géographie économique, bouleversé les ports, réduit les coûts de manutention et rendu possible une mondialisation beaucoup plus fluide des marchandises.

Nouvelle preuve du fait que les civilisations ne se transforment pas seulement par les idées qu’elles proclament, mais par les formats qu’elles standardisent. De la bouteille au conteneur, même logique : faire tenir, faire circuler, faire arriver. Petite boîte, grande boîte, toujours la même puissance du contenant.

The Conversation

Benoît Heilbrunn ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’abondance impuissante : quand l’emballage prend sa revanche – https://theconversation.com/labondance-impuissante-quand-lemballage-prend-sa-revanche-280938

L’oxygène, cette molécule paradoxale, base de la vie et poison mortel : comment les microorganismes y font face

Source: The Conversation – France in French (2) – By Alexandre Desparmet, Doctorant en Biologie Marine, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN)

Les humains ainsi que bon nombre d’espèces vivantes ont besoin d’oxygène pour vivre. Pourtant cette molécule est chimiquement dangereuse, elle provoque ce que l’on appelle le « stress oxydant » (une altération des constituants de nos cellules comme les protéines ou l’ADN). Il faut donc pouvoir l’utiliser, mais également s’en protéger. Une nouvelle étude éclaire ces processus chez des microalgues.


La relation entre la vie et l’oxygène est loin d’être simple. Pour la comprendre, il faut remonter aux origines de la vie sur Terre, à l’époque archéenne (entre -4 milliards et -2,5 milliards d’années). Les océans existaient déjà, mais l’atmosphère contenait très peu, voire pas du tout, d’oxygène libre.

Certaines bactéries réalisaient déjà une photosynthèse dite anoxygénique qui, contrairement à celle des plantes et des algues actuelles, ne libère pas d’oxygène mais produit des composés soufrés.

Il y a environ 2,4 milliards d’années survient un tournant majeur : la Grande Oxygénation. L’oxygène commence à s’accumuler dans l’atmosphère grâce à l’activité de bactéries photosynthétiques (les cyanobactéries) capables de réaliser la photosynthèse oxygénique, le même processus que celui utilisé aujourd’hui par les plantes et les algues.

Cette accumulation d’oxygène transforme profondément la biosphère. Pour la première fois, une molécule extrêmement réactive est produite en grande quantité par des organismes vivants. L’oxygène peut oxyder et endommager les structures cellulaires des organismes qui n’y sont pas adaptés. La vie se trouve alors confrontée à un paradoxe : devoir composer avec une molécule qu’elle produit elle-même mais qui représente un danger pour la majorité des formes de vie existantes.

Cette transition provoque une crise biologique majeure. De nombreuses espèces anaérobies sont repoussées vers des milieux pauvres en oxygène, comme les sédiments ou les profondeurs marines. Parallèlement, certaines lignées développent des mécanismes capables de neutraliser l’oxygène, puis de l’utiliser comme source d’énergie. La respiration oxygénique, bien plus efficace que les métabolismes anaérobies, permet ainsi l’émergence de formes de vie plus complexes.

Illustration des changements observés dans une colonne de Winogradsky installée à la station marine de Concarneau (Finistère). La colonne a été réalisée à partir de vase prélevée dans les viviers de la station. Les deux tiers de la colonne ont été remplis de vase, et le dernier tiers d’eau de mer provenant du site. Du carbone a été ajouté au fond de la colonne sous forme de petits morceaux de papier. L’objectif du projet est d’illustrer l’incroyable diversité des microorganismes et de proposer un parallèle entre les changements observés dans la colonne et certaines étapes de l’histoire évolutive de la vie sur Terre.
Cédric Hubas, CC BY

Le paradoxe de l’oxygène

Bien que souvent associé à la vie, l’oxygène demeure chimiquement dangereux et peut provoquer ce que l’on appelle le stress oxydant. En effet, le dioxygène peut générer des espèces réactives de l’oxygène (ERO) – superoxyde, peroxyde d’hydrogène ou radical hydroxyle – capables d’endommager protéines, lipides et ADN.

Tous les organismes aérobies (y compris les humains) possèdent donc des systèmes enzymatiques permettant de neutraliser ces molécules : superoxyde dismutases, catalases ou peroxydases. Sans ces mécanismes de défense, l’oxygène serait rapidement létal. La vie moderne repose ainsi sur un équilibre délicat : utiliser l’oxygène pour produire de l’énergie tout en limitant ses effets toxiques.

Longtemps considérées uniquement comme des sous-produits nocifs impliqués dans le vieillissement ou certaines maladies, les ERO sont aujourd’hui reconnues comme des molécules de signalisation participant à la régulation de nombreux processus cellulaires (prolifération cellulaire ou régulation de certains gènes par exemple). Leur rôle exact reste cependant encore largement inexploré.

Le stress oxydant dans les environnements naturels

Le stress oxydant ne concerne pas seulement les organismes humains : il affecte l’ensemble du vivant. Il apparaît lorsque la production d’ERO dépasse les capacités de défense de la cellule. Ce phénomène est particulièrement marqué dans des environnements soumis à de fortes variations de conditions physiques ou chimiques.

Ces milieux extrêmes comme la mer morte, le désert du Sahara ou certains déserts d’altitude recevant un fort rayonnement solaire, possèdent des conditions très salées, très sèches ou fortement irradiées, mais abritent pourtant une biodiversité étonnante. Des organismes spécialisés, appelés extrêmophiles, y prospèrent grâce à des adaptations physiologiques remarquables. La notion d’environnement extrême dépend donc toujours de l’organisme considéré.

Même des milieux plus familiers peuvent imposer des contraintes importantes. Nos zones côtières, par exemple, connaissent des fluctuations rapides de lumière. L’intensité lumineuse y varie fortement au cours de la journée, ce qui influence directement l’activité photosynthétique.

Les organismes photosynthétiques sont particulièrement exposés à ce problème, car la capture d’énergie lumineuse favorise la formation d’espèces réactives de l’oxygène. Ainsi, si la lumière est indispensable à la photosynthèse, un excès d’énergie lumineuse peut perturber l’équilibre cellulaire et favoriser la formation d’ERO. Les organismes doivent donc exploiter la lumière tout en se protégeant de ses effets potentiellement toxiques.

Les adaptations des microalgues aux variations journalières de lumière

Les diatomées, microalgues très abondantes dans les sédiments marins, ont développé plusieurs stratégies pour faire face à ces variations lumineuses. Des pigments protecteurs, notamment les xanthophylles, limitent la formation de radicaux libres. Les cellules peuvent également modifier l’organisation de leur appareil photosynthétique afin d’optimiser la capture de lumière tout en réduisant les dommages.

Ces microalgues possèdent aussi des photorécepteurs capables de détecter les variations lumineuses et de déclencher des réponses physiologiques rapides, comme l’activation de mécanismes de photoprotection ou l’expression de certains gènes.

L’une de leurs adaptations les plus remarquables est leur migration verticale dans le sédiment. Lorsque la lumière est modérée, les diatomées remontent vers la surface afin de maximiser la photosynthèse. Lorsque l’intensité devient trop forte, elles s’enfoncent légèrement dans le sédiment, comme pour se mettre à l’ombre. Ces déplacements sont synchronisés par une horloge circadienne interne qui permet d’anticiper les cycles jour-nuit.

ERO et diatomées : un dialogue plus complexe qu’on ne le croyait

Des travaux récents suggèrent que les espèces réactives de l’oxygène pourraient jouer un rôle plus actif qu’on ne le pensait. Au-delà de leur caractère potentiellement toxique, elles pourraient agir comme signaux déclenchant certaines réponses comportementales.

Notre dernière étude montre que les ERO participent notamment au contrôle de la migration verticale des diatomées, alors que l’on pensait jusqu’à présent que ces migrations servaient principalement à limiter leur production et leur accumulation au niveau cellulaire.

Deux mécanismes semblent donc se combiner : la migration permet de réduire l’exposition à des conditions génératrices d’ERO, mais ces mêmes molécules pourraient également agir comme signaux déclenchant la réponse lorsque leur concentration dépasse un certain seuil.

Ce système fonctionnerait ainsi comme un véritable dispositif de surveillance interne. Les variations du stress oxydant reflètent rapidement les changements de l’environnement et permettent aux cellules d’ajuster leurs réponses physiologiques et comportementales.

Les diatomées étant très diversifiées et largement distribuées à l’échelle globale, il est probable que ces capacités de détection, de traitement de l’information et de mise en place de réponses varient selon les espèces et le contexte environnemental. Cette diversité confère aux diatomées une forte capacité d’adaptation, jouant un rôle essentiel dans leur survie.

Photographie de diatomées (Pleurosigma strigosum) au microscope optique.
Alexandre Desparmet, Fourni par l’auteur

Ce travail montre, à travers un exemple frappant, que le vivant n’a pas seulement appris à se défendre contre l’oxygène et ses dérivés toxiques : il a aussi appris à les utiliser. Des déchets métaboliques oxygénés, autrefois considérés comme uniquement dangereux pour les cellules, peuvent devenir de véritables outils biologiques.

Cela rappelle que le rôle des ERO reste complexe et encore largement méconnu. Loin d’être de simples agents de stress, elles apparaissent aujourd’hui comme des molécules ambivalentes : des messagers subtils intégrés à des mécanismes fins de communication, d’adaptation cellulaire et de perception de l’environnement, notamment chez les diatomées.

Et comme souvent en sciences, ces découvertes ouvrent surtout de nouvelles questions… qui restent encore à explorer.


Nous remercions l’école doctorale DIVONA, la station marine de Concarneau (Finistère) et le laboratoire BOREA.

The Conversation

Alexandre Desparmet a reçu des financements de l’institut de l’Océan de l’Alliance Sorbonne Université.

Cédric Hubas a reçu des financements de l’institut de l’Océan de l’Alliance Sorbonne Université.

ref. L’oxygène, cette molécule paradoxale, base de la vie et poison mortel : comment les microorganismes y font face – https://theconversation.com/loxygene-cette-molecule-paradoxale-base-de-la-vie-et-poison-mortel-comment-les-microorganismes-y-font-face-278706

Contre le glioblastome, la tumeur cérébrale la plus fréquente, la piste du cytomégalovirus

Source: The Conversation – France in French (3) – By Gaëtan Ligat, Maître de Conférences, Université de Toulouse; Inserm

Le glioblastome, cancer rare mais agressif, résiste aux traitements. La recherche a mis en évidence la présence du cytomégalovirus, CMVH, un virus fréquent chez l’humain, dans les cellules tumorales. Le CMVH ne serait pas à l’origine de ce cancer mais en modulerait l’agressivité, selon l’hypothèse retenue actuellement. Et l’étude des interactions entre les cellules tumorales du glioblastome et le CMVH ouvre de nouvelles perspectives thérapeutiques.


Le glioblastome est la tumeur cérébrale la plus fréquente et aussi l’une des plus agressives chez l’adulte.

C’est un gliome (c’est-à-dire une tumeur qui se développe dans le cerveau ou la moelle épinière) à croissance rapide. Il se développe à partir de cellules gliales, ces « cellules de soutien » des neurones en forme d’étoile, appelées astrocytes et oligodendrocytes.

Un cancer rare mais agressif qui résiste aux traitements

Cette agressivité explique pourquoi, même en combinant des traitements lourds, comme la chirurgie, la radiothérapie et la chimiothérapie, les résultats restent souvent limités. Cette difficulté thérapeutique se reflète dans les chiffres : bien que relativement rare (environ 2 à 5 cas pour 100 000 personnes dans le monde), le glioblastome est associé à un pronostic très sombre, avec une survie moyenne d’environ dix-huit mois après le diagnostic.

Ainsi, sa gravité et l’efficacité encore insuffisante des traitements en font un enjeu majeur de santé publique. Depuis une vingtaine d’années, des chercheurs explorent une piste intrigante : un virus très courant dans la population, le cytomégalovirus humain, pourrait être présent dans ces tumeurs. Il pourrait influencer leur évolution et contribuer à leur résistance aux traitements classiques. Une hypothèse qui suscite beaucoup d’intérêt et qui ouvre la voie à de nouvelles approches thérapeutiques.

Cytomégalovirus humain : le virus qui manipule nos cellules

Le cytomégalovirus humain (CMVH) appartient à la grande famille des virus de l’herpès, comme ceux responsables de l’herpès labial ou de la varicelle.

C’est un virus très répandu : dans de nombreux pays, plus d’un adulte sur deux y a déjà été exposé. Après la première infection, souvent sans symptôme, le virus ne disparaît pas. Il reste présent dans l’organisme sous une forme « endormie », notamment dans certaines cellules du sang. Il peut se réactiver plus tard, surtout lorsque le système immunitaire est affaibli.

Ce qui rend le CMVH particulièrement intéressant, c’est sa capacité à influencer le fonctionnement des cellules qu’il infecte. Il peut stimuler leur division, les aider à échapper à la mort programmée des cellules et modifier la réponse immunitaire locale. Autant d’effets qui, en théorie, pourraient favoriser le développement d’une tumeur et contribuer à sa résistance aux traitements. Le CMVH est aussi la principale cause d’infection transmise de la mère au bébé pendant la grossesse.

Détection du cytomégalovirus dans les glioblastomes

Les premières observations suggérant un lien entre le CMVH et les glioblastomes remontent au début des années 2000. Des équipes de recherche ont alors détecté de l’ADN viral ainsi que des protéines spécifiques du virus dans des échantillons de tumeurs cérébrales. Ces résultats ont ouvert une nouvelle perspective : le glioblastome, déjà très complexe sur le plan biologique, pourrait aussi être influencé par un virus courant et persistant.

Depuis ces premières découvertes, de nombreuses équipes ont confirmé la présence du CMVH dans des glioblastomes. La quantité de virus détectée reste faible comparée à une infection active, mais même à ces niveaux, il peut produire des protéines capables d’influencer le comportement des cellules tumorales.

La présence du CMVH ne signifie pas pour autant qu’il soit à l’origine de la tumeur. Bien qu’une étude ait montré la transformation de cellules humaines greffées dans le cerveau de souris, la majorité des données suggère plutôt que le virus agit comme un « oncomodulateur » : il ne déclenche pas la formation de la tumeur, mais peut en modifier l’agressivité, certaines caractéristiques biologiques et amplifier la résistance aux traitements.

Le rôle indirect du CMVH dans la progression du glioblastome : « l’oncomodulation »

Le CMVH ne semble pas être à l’origine du glioblastome, mais pourrait en moduler l’agressivité par un phénomène appelé « oncomodulation ». Contrairement aux virus oncogènes classiques qui rendent les cellules cancéreuses, il n’induit pas directement la transformation cancéreuse d’une cellule saine. Les données expérimentales suggèrent plutôt qu’il agit sur l’environnement tumoral et sur certains mécanismes clés de la biologie cellulaire.

L’infection par le CMVH peut favoriser la formation de nouveaux vaisseaux sanguins, permettant à la tumeur de recevoir davantage de nutriments. Elle peut également inhiber l’apoptose, processus naturel d’élimination des cellules anormales, et interférer avec des régulateurs majeurs du cycle cellulaire.

Par ailleurs, le virus modifie le métabolisme cellulaire au profit de la survie tumorale et contribue à instaurer un microenvironnement immunosuppresseur, c’est-à-dire qui réduit l’efficacité des défenses de l’organisme.

Ensemble, ces observations pourraient renforcer la croissance et la résistance des glioblastomes. Elles ouvrent aussi de nouvelles perspectives de recherche et de stratégies thérapeutiques en ciblant non seulement la tumeur, mais aussi ses interactions virales.

Implications thérapeutiques

La découverte du CMVH dans les glioblastomes a rapidement conduit à explorer des interventions antivirales comme piste thérapeutique complémentaire. Des études pilotes ont testé le valganciclovir, un traitement antiviral déjà utilisé contre les infections à CMVH, chez des patients atteints de glioblastome. Bien que les résultats restent préliminaires, certains patients ont montré une amélioration relative de la survie, suggérant que limiter l’activité du virus pourrait freiner la progression tumorale.

En parallèle, la recherche se tourne vers des approches immunothérapeutiques ciblant le CMVH. L’objectif est de stimuler le système immunitaire pour qu’il reconnaisse et attaque spécifiquement les cellules exprimant des protéines virales, offrant ainsi une nouvelle voie pour traiter un cancer qui reste difficile à combattre avec les traitements classiques.

L’intérêt de ces stratégies dépasse les glioblastomes : le concept de virus « oncomodulateur » pourrait s’appliquer à d’autres cancers, y compris certains cancers pédiatriques comme le médulloblastome, soulignant le rôle possible de l’infection congénitale (infection transmise au bébé avant sa naissance, pendant la grossesse, par sa mère) dans la modulation de la tumeur. De plus, le CMVH a été classé en 2025 comme « probablement cancérogène pour l’humain » (groupe 2B) par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC/IARC), renforçant l’attention scientifique portée à ses effets sur le développement et la progression tumorale.

Enfin, afin de pallier l’émergence de résistances et à la toxicité des traitements classiques contre le CMVH, de nouvelles stratégies antivirales innovantes sont en cours d’exploration. Par exemple, de petits peptides conçus pour bloquer l’interaction entre deux protéines virales essentielles peuvent inhiber la réplication du CMVH. Cette approche pourrait compléter, ou même remplacer, les antiviraux classiques.

Un virus discret qui influence une tumeur agressive

Le CMVH illustre parfaitement comment un virus discret et très répandu peut influencer la biologie d’une tumeur agressive. Dans les glioblastomes, son rôle d’« oncomodulateur » ne consiste pas à déclencher la maladie, mais à amplifier son agressivité.

Étudier cette interaction ouvre de nouvelles perspectives pour mieux comprendre et traiter ces cancers difficiles, et montre le potentiel d’une approche intégrative mêlant virologie et oncologie.

Le glioblastome reste un défi majeur, mais la recherche sur le CMVH révèle que même des virus apparemment silencieux peuvent aider à décrypter la complexité des maladies humaines et offrir de nouvelles stratégies thérapeutiques.

The Conversation

Gaëtan LIGAT est membre de la section virologie de la Société Française de Microbiologie. Il est également administrateur et responsable du comité scientifique de l’association « Des étoiles dans la mer, vaincre le glioblastome ». Il a reçu des financements de : la Ligue contre le cancer, l’Association pour la Recherche sur les Tumeurs Cérébrales (ARTC), Des étoiles dans la mer, vaincre le glioblastome, la Fondation Flavien, FONROGA, Grandir sans cancer, Eva pour la vie ; Raphaël cœur chocolat, 111 Des Arts Toulouse, la région Occitanie, Défi clé CeBBOc, GEMSI.

ref. Contre le glioblastome, la tumeur cérébrale la plus fréquente, la piste du cytomégalovirus – https://theconversation.com/contre-le-glioblastome-la-tumeur-cerebrale-la-plus-frequente-la-piste-du-cytomegalovirus-281280

Libéraux et conservateurs ont-ils raison de s’attaquer à l’assistanat et à l’État social ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Érik Neveu, Sociologue, Université de Rennes 1 – Université de Rennes

Les révolutions conservatrices et libérales ont reconfiguré l’action publique à l’origine des États-providence. Prétendant résoudre les phénomènes supposés d’assistanat et d’essor bureaucratique, les nouvelles formes d’action publique ont surtout déplacé les dysfonctionnements sociaux. Le volontarisme individuel ne saurait répondre à des problèmes d’ordre systémique.


L’expression « culture des problèmes publics » a été proposée par le sociologue états-unien Joseph Gusfield. Il désigne par là ce qui était devenu dans l’après-guerre une manière de sens commun quant aux façons d’identifier et de gérer dossiers et enjeux devenus assez saillants pour apparaître comme des problèmes à traiter. Si elle plonge ses racines dès le XIXᵉ siècle et les mobilisations autour de la « question sociale », cette culture va triompher avec les Trente Glorieuses (1945-1975, ndlr).

Elle se condense dans un schéma simple. Une situation, un rapport social est constitué – souvent par des mobilisations – comme injuste et problématique, et ainsi perçu par une large part de l’opinion. L’État est invité à y répondre. Il le fait par un double processus. D’une part, par la reconnaissance d’un « droit à » : la protection contre les accidents du travail, l’interruption volontaire de grossesse, la formation continue… D’autre part, par la désignation ou la création d’un corps d’agents publics pour répondre au problème ainsi reconnu. On pensera à la création des inspecteurs du travail, plus tard des travailleurs sociaux, ou encore d’agents surveillant les atteintes à l’environnement.

Une culture en actes

Cette culture des problèmes publics a donné naissance à des « institutions-cathédrales » (comme la sécurité sociale), contribué à protéger de nombreux risques, limité une partie des inégalités que produit une société sans régulations. On peut aussi la lire comme une police d’assurance contre des changements sociaux radicaux. À l’image de ce que souligne Martin Lipsky dans un ouvrage classique sur le travail des « bureaucrates de terrain », il est moins contraignant de doter un quartier pauvre d’un foyer socioculturel, d’un dispensaire et d’un poste de police avec leurs fonctionnaires que de réduire les inégalités scolaires, celles de revenus et de patrimoines.

Cette culture des problèmes publics s’est incarnée dans des variantes de l’État social, tributaires des histoires et des singularités nationales. Si Bismarck a donné son nom au système « bismarckien » d’État-providence, c’est que dans le dessein de contrer les socialistes allemands, il a dans les années 1880 combiné au bâton de la répression un système basé sur des cotisations, d’abord d’assurances maladie et accident, puis de retraite. Aux États-Unis, ce sera davantage la question de la protection des anciens combattants de la guerre de Sécession et de leurs familles qui suscitera de premières lois sociales.

Le politiste danois Gøsta Esping-Andersen a proposé une typologie de ces États sociaux. On peut ainsi identifier parmi eux un système libéral, qui met le marché au centre (notamment via un système d’assurances volontaires). Celui-ci cible aussi les aides publiques sur les plus démunis, dans des conditions qui peuvent les stigmatiser, comme le symbolise la catégorie du « cassos » en France, ou le mythe de la « Welfare Queen » aux États-Unis.

Dans le modèle « conservateur corporatiste », la place de l’État est centrale, mais les droits sociaux sont initialement dépendants du statut de salarié (longtemps largement masculin), avant de s’élargir via un financement par l’impôt après 1945.

Enfin, le modèle social-démocrate d’Europe du Nord offre à des bénéficiaires nombreux une large palette de garanties et de services publics, financés par l’État sur la base d’un impôt très progressif. Si l’étendue des droits reconnus ainsi que la place dévolue aux marchés et acteurs privés varient, la formule génératrice de ces modèles est, elle, fixe : reconnaissance d’un problème – traduction en un « droit à » protecteur – déploiement d’une réglementation et de professionnels spécifiques pour sa mise en œuvre.

Le procès de l’État-providence

Avec les révolutions conservatrices des années Reagan-Thatcher, c’est le noyau de ce sens commun qui est remis en cause. On reproche aux « bureaucraties » du « Welfare State » (l’équivalent en anglais de l’expression « État-providence ») d’être peu productives. Elles seront bientôt soumises au « New Public Management » qui, encadrant toute activité dans un réseau de hiérarchies plus fermes et de mesures statistiques, promet d’objectiver et de conforter la productivité.




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On reproche aussi aux « bureaucrates » une tendance à identifier sans fin de nouveaux problèmes et besoins d’intervention, qui ont pour effet d’élargir leur juridiction et leurs effectifs. Un adage ironique disait des missionnaires : « Ils vinrent faire le bien. Ils restèrent et s’en trouvèrent bien. » Il vaudrait ainsi pour les agents de l’État social qui – c’est un aspect du rapport « vocationnel » qu’elles et ils ont souvent à leur travail – se penseraient comme les porte-paroles de leurs « gens à problèmes ».

C’est encore la multiplication des causes et des revendications (minorités, environnement, santé publique) et des progrès techniques faisant passer certaines situations de contraintes fatales à la possibilité d’agir (comme l’infertilité avec la procréation médicalement assistée, par exemple) qui aboutiraient à une incessante inflation des effectifs et des budgets publics.

Dans la veine de ce qu’Hirschman a identifié comme les invariants d’une rhétorique réactionnaire, l’argument est aussi de souligner que les politiques destinées à conjurer les problèmes publics en créent de nouveaux : sous prétexte de lutter contre la ségrégation scolaire on ferait baisser le niveau global, les programmes de lutte contre la pauvreté auraient davantage fait croître le nombre des « assistés » qu’ils n’auraient réduit celui de malheureux.

Ce virage critique, alimenté par des visions conservatrices et néolibérales, en vient aussi à questionner le statut des bénéficiaires des aides publiques. Ont-ils ou font-ils des problèmes ? Seraient-ils toujours fondés à jouer de la plainte si l’obésité vient de comportements alimentaires malsains, si traire l’État-providence est une stratégie pour ne pas travailler ? Un trop de compassion et de « droits à… » aurait-il engendré le « cancer de l’assistanat » ?

Répondre aux problèmes en les individualisant

Si la critique de la culture des problèmes publics a pu aboutir à réduire des droits et des prestations, il serait injuste de soutenir qu’elle se réduit à l’obsession du moins de droits et de coûts, au déni de tous les malaises sociaux. Cette dernière propose surtout de répondre à ces problèmes en les individualisant.

Selon elle, c’est d’abord par un travail sur eux-mêmes que celles et ceux qui font face à des difficultés en sortiront. Aux femmes d’acquérir par des formations ou thérapies psychiques d’empowerment la confiance en elles-mêmes ou d’apprendre à optimiser leurs « atouts féminins ». Aux demandeurs d’emploi de sortir de l’assistanat en acceptant plus de mobilité spatiale et des emplois moins rémunérateurs. Alors ministre de l’économie, Emmanuel Macron avait ainsi expliqué les problèmes d’emploi d’ouvrières bretonnes du secteur sinistré de la volaille par leur « illettrisme »… auquel pourrait remédier un stage bien choisi.

Dans cette nouvelle culture, la solidarité n’est plus un droit inconditionnel, la réglementation n’est plus la voie royale des solutions. Priment désormais la logique contractuelle-conditionnelle, et un maillage d’incitations (les fameux nudges, « coups de coude » en anglais) qui n’ont pas forcément besoin d’État pour se structurer.

Un RSA ? Oui, mais le A soulignant une solidarité « active », il pourrait s’accompagner de l’obligation contractuelle de fournir des heures de service. Une allocation chômage ? Certainement, mais associée à la preuve d’un comportement actif et à l’impossibilité de refuser des offres décalées des expériences antérieures. Une politique de lutte contre la malbouffe qui engendre l’obésité ? Bien sûr, mais sans réglementation liberticide puisque s’affichent des Nutri-Scores et des injonctions à consommer cinq fruits et légumes par jour, et que même Coca-Cola incite ses consommateurs à faire du sport. Faut-il encore consacrer d’énormes ressources à une politique du trafic urbain quand il suffit de s’équiper de l’application Waze pour se jouer des bouchons ?

Renouveler la « nouvelle » culture des problèmes publics

Si la critique de la culture des problèmes publics a pu en souligner des inefficacités, des points aveugles, elle a également généré davantage de problèmes qu’elle n’a pu en résoudre. La pathologie du chiffre qui a consommé un temps croissant en production de statistiques a, par exemple, amené les policiers à remplacer du temps de terrain par du temps devant un clavier, et à ne pas enregistrer certaines plaintes pour ne pas avoir de mauvais chiffres.

La prise en charge des problèmes publics par le privé engendre elle-même de nouveaux problèmes : contourner l’État, c’est aussi se priver de ses agents quand il faut systématiquement vérifier le respect des règles. La complexité de certains dossiers et mécanismes de conditionnalité ont fait par ailleurs croître ce qu’on nomme le « non-recours » à des droits ou services. Si les finances publiques y gagnent, la justice moins.

La nouvelle culture des problèmes publics est, enfin, dépolitisante. Renvoyant à la responsabilité individuelle la genèse de bien des malaises, elle suggère l’oxymore du problème public privé. Mais les causes du réchauffement climatique, les réponses qu’il exige n’ont-elles pas une dimension plus structurelle que des négligences individuelles, toutes comparables ? Si 20 % des États-Uniens souffrent de difficultés relationnelles majeures, n’y aurait-il pas là le symptôme d’un dysfonctionnement social dont la solution n’est peut-être pas un open-bar d’anxiolytiques ? Cette culture promeut ainsi le chacun pour soi, et une vision du monde où – au-delà du caritatif – l’agir ensemble ne serait qu’énergie et argent gaspillés, voire probabilité de catastrophes liberticides.

Les économies radicales sur l’action publique ont, enfin, un coût – expansion de la pauvreté, déclin de la santé publique, canalisation des naufragés de l’État-providence vers des économies souterraines ou criminelles.

Mais si la nouvelle culture des problèmes publics peut être contestée sur ses résultats pratiques, elle doit tout autant l’être par les débats qu’elle rend impossibles ou biaisés en diabolisant tout ce qui est « public » et en faisant de l’initiative et du volontarisme individuels les seuls outils légitimes de réponse à des problèmes qui restent, quant à eux, obstinément systémiques.

The Conversation

Érik Neveu ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Libéraux et conservateurs ont-ils raison de s’attaquer à l’assistanat et à l’État social ? – https://theconversation.com/liberaux-et-conservateurs-ont-ils-raison-de-sattaquer-a-lassistanat-et-a-letat-social-272291

Affaire Grasset : la relation auteur-éditeur, une ressource précieuse et menacée

Source: The Conversation – France in French (3) – By Olivier Bessard-Banquy, Professeur des universités, spécialiste du livre et de l’édition période contemporaine, Université Bordeaux Montaigne

Le limogeage d’Olivier Nora, à la tête de la prestigieuse maison d’édition Grasset depuis vingt-six ans, a entraîné le départ concerté de 200 auteurs, choqués par le séisme provoqué par Vincent Bolloré. Si le couple auteur-éditeur a traversé deux siècles d’histoire du livre, en France, il n’avait jamais encore affronté une telle mise à l’épreuve.

(Déclaration d’intérêts : Didier Pourquery, président de l’association The Conversation France, fait partie des auteurs ayant déclaré qu’ils quittaient Grasset à la suite du limogeage d’Olivier Nora.)


Le départ de plus de 200 auteurs – signant la fin du label fondé par Bernard Grasset en 1907 – dit assez le choc que constitue le limogeage d’Olivier Nora, démis de ses fonctions par les dirigeants du groupe Hachette, sous la coupe de Lagardère que contrôle Vincent Bolloré par l’intermédiaire de Vivendi, mais aussi le lien fort qui unit l’éditeur à ses auteurs.

Tout a été dit déjà sur les causes de cette démission forcée et sur la façon dont ce nouveau capitalisme aux puissants ressorts idéologiques entend imposer son logiciel non pas seulement au cœur d’une maison reprise – Fayard qui a publié, depuis, Marion Maréchal-Le Pen –, mais bien à l’ensemble du groupe Hachette, le premier de l’édition française, dont on vient de célébrer le bicentenaire.

C’est qu’un éditeur n’est pas du tout aux yeux de ses auteurs un simple industriel au service de leur œuvre, comme le rappelle Anthony Glinoer dans son livre Être éditeur. Il est leur premier lecteur, celui qui les aide à perfectionner leurs pages, mais il est aussi celui qui les protège, qui les défend et qui, en leur permettant de trouver place au cœur d’un catalogue, riche d’une histoire qui en impose, leur donne une force de groupe.

S’inscrire dans une descendance

Qu’y a-t-il de plus prestigieux pour un jeune auteur que de démarrer sa carrière dans la collection « Blanche » chez Gallimard, là même où ont été proposées au public les œuvres de Gide, Proust, Malraux, Saint-Exupéry, Sartre ou Camus, parmi tant d’autres ?

Tous ceux qui ont été accueillis chez Grasset par Olivier Nora ont pu, eux aussi, s’inscrire dans une descendance, prolonger la longue histoire d’une fabrication d’événements littéraires de premier ordre, depuis le lancement de Raymond Radiguet dans les années 1920, les réussites éclatantes avec la révélation d’auteurs, comme Irène Némirovsky, et toutes les parutions heureuses de Jean Cocteau, d’Henry de Monfreid ou de Bruce Chatwin sans oublier les classiques Lettres à un jeune poète, de Rilke, ou le Nom de la rose d’Umberto Eco, parmi tant d’autres, comme l’a rappelé Pascal Fouché dans sa tribune au Monde.

De François Mauriac à Charles Bukovski, l’évolution de la maison Grasset a pu surprendre. Mais elle est restée une maison généraliste, pluraliste, où toutes sortes de sensibilités, littéraires ou politiques, ont pu s’exprimer. Olivier Nora poussé dehors, c’est la garantie de cette diversité qui disparaît – et, avec elle, tout le professionnalisme d’équipes dévouées pour assurer le plus grand rayonnement à l’œuvre des créateurs.

Le couple auteur-éditeur, indissociable de l’histoire de l’édition

Depuis le XIXᵉ siècle et l’affirmation de la figure de l’éditeur, ce professionnel au carrefour de la culture et de l’économie n’a cessé de nouer des liens toujours plus forts avec ses auteurs. Quand les espérances de vente ont pu devenir plus importantes, quand les plumes ont eu le légitime espoir de réussir à percer grâce au travail des maisons qui les ont portées, les écrivains n’ont pas tardé à saisir tout l’intérêt de lier leur destinée à celle d’un patron capable de transformer la valeur littéraire en valeur marchande.

Ernest Renan a été l’un des premiers à saluer l’action efficace de son éditeur, Michel Lévy ; toute l’histoire du livre est riche de ces couples légendaires que sont Gracq et Corti, Beckett et Lindon ou Perec et POL, après Verne et Hetzel ou Céline et Denoël.

Le soutien sans faille des auteurs Grasset en faveur d’Olivier Nora suffit à dire combien ce patron charismatique a su les publier au mieux – de ce point de vue la tribune publiée par Vincent Bolloré dans le JDD du 19 avril paraît tout aussi peu recevable que choquante. Peu d’éditeurs eussent fait mieux que le patron limogé à la tête de Grasset quand on sait qu’il a eu à affronter la séduction plus flamboyante que jamais de la NRF, la débrouillardise étonnante d’Albin Michel, la force d’attraction du Seuil toujours vive, dans un contexte de tassement des lectures ou de montée en puissance de l’occasion au détriment du livre neuf.

Recherche de rentabilité

Sans nul doute, au fur et à mesure des rachats de maisons au fil des ans, après 1945, tantôt par Hachette, tantôt par Gallimard ou le Groupe de la Cité, les auteurs ont-ils appris à distinguer la figure de l’editor, chargé de les suivre au sein de la maison, du publisher, présidant aux destinées de la marque.

Mais la très forte dimension personnelle du lien auteur-éditeur, rappelée par Sylvie Perez dans son livre Un couple infernal, a sans doute longtemps occulté la question pourtant devenue prégnante du capital tapi derrière le label. La parution de l’Édition sans éditeurs, d’André Schiffrin, en 1999 a fait prendre conscience des mutations en cours dans un contexte de concentration accrue dans le monde des médias et de la recherche furieuse de rentabilité maximale au sein des conglomérats du livre au détriment de toute logique éditoriale.

La brutalité avec laquelle les maisons du groupe Hachette sont sommées de s’adapter à ce qu’est l’idéologie qui doit animer l’ensemble des marques récupérées bouleverse toute l’édition, car il apparaît évident que la relation auteur-éditeur aujourd’hui ne peut plus être déconnectée des risques qui peuvent peser sur les maisons demain, quand elles seront peut-être reprises par des intérêts inconnus aux projets insondables.

La question de la clause de conscience que de plus en plus d’auteurs appellent de leurs vœux mérite assurément d’être étudiée – quand bien même elle demeure en l’état difficile à mettre en œuvre s’il s’agit de rendre tous les catalogues des maisons virtuellement vides en cas de départ des auteurs. C’est toute une nouvelle réflexion juridique qui doit être envisagée, débouchant peut-être sur de nouvelles dispositions légales afin que des équilibres soient trouvés. Pour donner toute forme de liberté possible aux auteurs sans vider les marques de leurs richesses.

Les petites maisons d’édition dans ce dispositif ont-elles une carte à jouer ? Sont-elles moins concernées que les grandes par ces menaces de mise au pas politique ? On peut le croire à première vue, car on voit mal de belles marques, comme Le Temps qu’il fait, comme L’Échappée, comme Allia, se vendre à de nouveaux propriétaires susceptibles de suivre la voie de la « trumpisation » de la culture.

Mais les malheurs de quelques maisons, vendues puis revendues, tombées de Charybde en Scylla, montre que tout est possible. La NRF dans les années 1980 n’a-t-elle pas été à deux doigts d’être reprise par Bouygues ?.

Bien malin qui peut dire ce que l’avenir du livre réserve aux maisons généralistes d’aujourd’hui sans le moindre projet politique. Car le livre comme la presse demeurent des secteurs attirants pour de grands argentiers qui pensent ainsi pouvoir faire triompher leurs idées et manipuler l’opinion. Il s’agissait jadis d’investissement, il s’agit désormais d’influence. Personne n’est à l’abri nulle part. Minuit, Bourgois, POL ont pu glisser dans le portefeuille des Gallimard, sans dommage, mais qu’en sera-t-il demain ?

Les rapports entre auteurs et éditeurs en sont forcément modifiés. Non qu’ils ne puissent plus se nouer dans la confiance. Mais s’ils sont idylliques le lundi, qu’est-ce qui prouve que la donne capitalistique ou idéologique ne s’en trouvera pas modifiée le mardi ?

The Conversation

Olivier Bessard-Banquy ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Affaire Grasset : la relation auteur-éditeur, une ressource précieuse et menacée – https://theconversation.com/affaire-grasset-la-relation-auteur-editeur-une-ressource-precieuse-et-menacee-281443

Gazprom et les stratégies de l’artwashing et du sportwashing

Source: The Conversation – France in French (3) – By Oriana Jimenez, Doctorante en études slaves, Université Bordeaux Montaigne

Publicité de Gazprom mettant en avant son association avec la Ligue des champions de football, 2020. Capture d’écran issue d’un spot publicitaire de Gazprom

L’« artwashing » et le « sportwashing » représentent deux formes contemporaines de soft power. Ces stratégies, dont les dénominations sont inspirées du plus fréquent « greenwashing », consistent à mobiliser l’art, la culture ou le sport afin d’améliorer l’image d’acteurs étatiques ou économiques controversés. L’entreprise Gazprom, géant russe du gaz, s’est largement impliquée dans ce genre d’activités au cours des vingt dernières années pour tenter de donner à la Russie la réputation d’un État moderne, bienveillant et constructif. Des efforts auxquels l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022 a mis fin presque partout en Occident, mais qui ont depuis été réorientés vers les pays des BRICS.


Depuis quelques années, les notions d’artwashing et de sportwashing se sont imposées dans le débat public pour désigner de nouvelles stratégies d’influence. Ces pratiques consistent à mobiliser l’art, la culture ou le sport afin d’améliorer l’image d’acteurs étatiques ou économiques – souvent dans un contexte de controverses politiques ou éthiques. Elles s’inscrivent dans une logique de soft power, en agissant non sur les gouvernements, mais directement sur les opinions publiques.

L’artwashing désigne une utilisation de l’art, de la culture ou du mécénat artistique pour améliorer l’image publique d’un acteur. Le terme apparaît sous la plume de Mel Evans, dans Artwash : Big Oil and the Arts (2015), où il est employé pour dénoncer les liens entre une compagnie pétrolière (BP) et le financement de la culture (le musée Tate de Londres). Le sportwashing, quant à lui, renvoie à l’usage du sport comme outil de communication et de légitimation politique. Il s’agit, pour un État ou une entreprise, d’associer son image aux valeurs positives du sport. Selon Stephen Crossley et Adam Woolf, la première mention du terme daterait de 2012.

L’analyse de ces campagnes met en lumière un élément central : elles reposent sur une représentation précise du public visé. Chaque opération suppose une connaissance fine des imaginaires sociaux, culturels ou moraux mobilisables pour susciter l’adhésion. L’artwashing s’adresse principalement à un public plus restreint. Le sportwashing, à l’inverse, s’adresse à un public de masse. Ces deux logiques ne s’opposent pas, elles se complètent. Ensemble, elles forment les deux faces d’un même projet : redéfinir l’image d’une entreprise ou d’un État dans un langage accessible à tous.

C’est dans cette perspective que le cas de Gazprom, leader mondial du gaz naturel, mérite une attention particulière.

Gazprom et le « sportwashing »

L’industrie gazière Gazprom – abréviation de Gazovaïa Promychlennost – est contrôlée par le « clan Poutine » depuis le début des années 2000. L’État russe en détient une participation majoritaire et lui a accordé le monopole de l’exportation de gaz. Dans le domaine sportif, l’entreprise a multiplié les investissements stratégiques. En 2012, elle signe d’abord un contrat avec l’UEFA (Union des associations européennes de football, ndlr) jusqu’en 2015, estimé à 40 millions d’euros annuels, pour sponsoriser la principale compétition continentale de clubs : la Ligue des champions. Cet accord a été renouvelé à plusieurs reprises jusqu’à sa rupture en 2022, au lendemain de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en février 2022.

En finale de la Ligue des champions 2017, le Croate Mario Mandžukić marque un but spectaculaire pour la Juventus de Turin contre le Real Madrid, qui sera finalement victorieux 4-1. Derrière le gardien du Real Keylor Navas, les panneaux publicitaires de Gazprom sont parfaitement placés.
Uefa.com

L’année suivante, Gazprom conclut un accord avec la Fifa (Fédération internationale de football association, ndlr) pour la période 2015-2018. Ces investissements constituent à la fois un moyen de compenser une image dégradée par l’annexion de la Crimée et un outil de promotion dans la lignée de l’expansionnisme russe du XIXᵉ siècle. En sponsorisant ces compétitions internationales, Gazprom devient une « entreprise-monde », captant une partie de la valeur symbolique des événements sportifs auxquels son nom est accolé. L’un des rapports publics de la compagnie sur son financement de la Coupe du monde 2018 ne laisse pas de doute sur l’efficacité de cette campagne publicitaire. Elle se reflète dans les enquêtes d’opinion menées par Gazprom : plus de la moitié des Européens interrogés perçoivent Gazprom comme un fournisseur de gaz fiable, notamment parmi les amateurs de football.

À l’échelle locale, Gazprom développe dès 2005 un lien étroit avec le Zénith Saint-Pétersbourg – club situé à proximité du point de départ du gazoduc Nord Stream, à Vyborg – dont le stade est d’ailleurs renommé Gazprom Arena. En 2007, elle devient le sponsor principal du club allemand Schalke 04 de Gelsenkirchen (Rhénanie-du-Nord-Westphalie) pour environ 9 millions d’euros par an – un prix bien supérieur à la moyenne du marché. Ainsi, Schalke se place au sixième rang des clubs les mieux financés, juste après des géants comme l’AC Milan, Chelsea ou encore le Real Madrid – ce qui ne correspond pas à son niveau sportif ni à sa notoriété. Ce choix est symbolique : Gelsenkirchen est l’un des centres historiques du marché énergétique allemand.

Depuis 2010, Gazprom sponsorise aussi l’Étoile rouge de Belgrade, sauvant le club de la disparition, à une époque où le gazoduc South Stream – depuis, abandonné – était en négociation. Ce gazoduc devait traverser sept pays européens, dont la Serbie – alliée historique de la Russie. South Stream s’inscrivait dans la stratégie russe de consolidation d’alliances régionales. Un document officiel du gouvernement serbe de 2025 détaille l’intention de Belgrade de renforcer les liens économiques avec la Russie, notamment dans le domaine de l’énergie. Ainsi, la stratégie de Gazprom semble porter ses fruits. L’accord a été maintenu en dépit de l’invasion de l’Ukraine.

Depuis février 2022, après avoir perdu de nombreux contrats, l’entreprise cherche de nouveau à étendre son réseau d’influence sportive, notamment en Hongrie, où le FC Ferencváros était visé. Cependant, l’accord n’a pas été officiellement conclu, et la récente défaite électorale du premier ministre Viktor Orban – l’un des rares dirigeants européens à soutenir ouvertement Vladimir Poutine et sa politique – ne semble pas laisser présager un quelconque rapprochement entre le géant russe et le club de Budapest.

Gazprom et l’« artwashing »

Parallèlement, Gazprom possède un vaste groupe médiatique, Gazprom-Media, qui contrôle des dizaines de chaînes de télévision, de radios, de plateformes numériques et de salles de cinéma. L’entreprise finance également expositions, festivals et projets artistiques en Russie et à l’étranger.

Gazprom fut notamment mécène, au côté d’Engie, de l’exposition Pierre le Grand, un tsar en France. 1717 au château de Versailles en 2017. Le PDG de Gazprom France déclarait alors que, si les énergies fossiles venaient un jour à disparaître, les grandes institutions culturelles demeureraient et conserveraient le nom de leurs bienfaiteurs. Ce mécénat s’inscrivait dans un contexte diplomatique précis : malgré les sanctions liées à l’annexion de la Crimée, la France et la Russie ont affiché une volonté de rapprochement, incarnée par cette exposition à laquelle Emmanuel Macron et Vladimir Poutine ont assisté côte à côte.

Depuis 2022 et l’exclusion de la Russie des grandes compétitions sportives internationales, Gazprom semble avoir réorienté ses investissements.

À l’étranger, les projets culturels de Gazprom se concentrent désormais majoritairement sur la Chine, les pays des BRICS et le Sud global – une telle initiative qui traduit une volonté de construire de nouveaux relais symboliques hors du cadre occidental.

En 2025, Gazprom-Media a soutenu le film russe Groupe sanguin, présenté au China Film International Festival. Ce film, consacré à la mémoire de la Seconde Guerre mondiale, participe à une relecture historique valorisant la souffrance soviétique et créant des parallèles avec la mémoire chinoise. Cette démarche s’est inscrite dans une stratégie plus large de rapprochement entre la Russie et la Chine, dans un contexte de recomposition géopolitique et de volonté de dissociation du monde occidental.

Du mécénat au soft power

Ces pratiques illustrent l’émergence d’une nouvelle forme de diplomatie qui ne s’adresse plus seulement aux gouvernements, mais directement aux publics.

Le père fondateur du soft power, Joseph Nye, définit celui-ci comme la « capacité d’influencer par l’attraction plutôt que par la contrainte », tandis que Nicholas Cull évoque une « nouvelle diplomatie publique » impliquant entreprises, institutions culturelles et médias. Cependant, comme le rappelle Maxime Audinet, cette diplomatie reste historiquement liée à des formes de propagande.

L’artwashing et le sportwashing apparaissent ainsi comme des avatars contemporains de cette diplomatie du public. Ils mobilisent les émotions et les valeurs culturelles pour influencer les perceptions internationales, tout comme les nouvelles formes de déstabilisation employées par le Kremlin. Ils sont un moyen innovant de faire basculer l’opinion publique sur certains sujets. Ce fonctionnement n’est pas sans rappeler les récentes stratégies d’influence et d’ingérence employées par le Kremlin après 2022, comme celle des étoiles de David peintes en région parisienne, suggérant une démultiplication des stratégies d’influence.

La frontière entre diplomatie culturelle, soft power et propagande demeure cependant fragile. Derrière la valorisation de l’art ou du sport se cachent souvent des objectifs économiques et politiques, soulevant des enjeux éthiques majeurs.

Gazprom apparaît ainsi comme un acteur innovant en matière d’influence et de diplomatie. Le géant russe a été l’un des premiers acteurs étatiques à financer massivement le football européen moderne, ciblant notamment des zones stratégiques liées aux infrastructures énergétiques. Depuis 2022, l’entreprise semble accorder une certaine importance au mécénat culturel et aux collaborations artistiques pour continuer à façonner l’opinion publique étrangère, établissant des ponts émotionnels et culturels qui échappent aux canaux gouvernementaux traditionnels et s’adressant directement aux populations. L’année 2022 marque ainsi un tournant pour Gazprom et la Russie, avec un réajustement stratégique orienté vers de nouvelles opportunités, en particulier la Chine, les BRICS et leurs rares alliés européens.

The Conversation

Oriana Jimenez ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Gazprom et les stratégies de l’artwashing et du sportwashing – https://theconversation.com/gazprom-et-les-strategies-de-lartwashing-et-du-sportwashing-278615

Kenya’s Sawe breaks the 2-hour barrier: what’s next for the men’s marathon world record?

Source: The Conversation – Africa – By Simon D. Angus, Professor, Department of Economics & SoDa Laboratories, Monash Business School, Monash University

Well, well. Kenyan marathon runner Sabastian Sawe has officially broken through the fabled “sub-2-hour” marathon barrier.

On a reportedly perfect Sunday, 26 April 2026 in London, the 31-year-old Sawe ran through the finish gate on the Mall in front of Buckingham Palace’s gilded architectural flourishes in an official marathon time of 1 hour 59 minutes and 30 seconds.

This betters the marathon world record by a whopping 65 seconds, the largest single improvement since 2018. The previous world record was held by the late Kelvin Kiptum, also of Kenya. Kiptum’s 2 hours and 35 seconds, set in Chicago in 2023, now somehow seems an entire era away.

In fact, saying Sawe broke 2 hours is something of an understatement. Such was the brilliance of the moment, that Sawe pushed the second-placed Yomif Kejelcha of Ethiopia below the sub-2-hour mark as well, just 11 seconds behind Sawe.

But as we absorb all of this, it’s hard not to wonder, “What next?”

My interest as a data scientist and economist (and fellow runner) lies in analysing the historical progression of the men’s and women’s world marathon records.

If sub-2 was the driving force behind the marathon in the last decade, what’s left to aim for?




Read more:
Marathon under 2 hours is closer than ever – scientist shows how Kenya’s Kiptum tests human limits


Humanity seems obsessed with the limits of human creativity, ingenuity and performance. We award extravagant prizes for world firsts and remember the greatest achievements through bronze statues in prominent squares the world over.

But can we actually calculate these limits? Is there a “maths” of human endeavour?

Historical world record progression

Back in 2018, the legendary Eliud Kipchoge of Kenya ran 2 hours 1 minute and 9 seconds in the official Berlin Marathon. At the time, many dared to dream Kipchoge could be the one to take the men’s marathon below 2 hours.

In fact, a year later, Kipchoge appeared to do just that – running a phenomenal 1 hour 59 minutes and 40 seconds in a tightly orchestrated “breaking 2” display in Vienna.

However awe-inspiring, the Vienna effort would never make it into the official marathon books. The run was contrived in a number of ways, fully understood and acknowledged by Kipchoge and the organisation around him. This was never about the record, but instead, it was, he said, about proving that limits are there to be broken.

Around the same time, I had been working on a statistical approach to modelling the progression of marathon world records over the last few decades. I was intrigued to apply learnings from technological change in economics to the question of human performance.

There are all kinds of factors that feed into a world-record marathon performance. These range from training methods, nutrition, supplementation and biometrics, to performance analysis, and of course, clothing and shoe technology.

However, my approach, drawn from the economics of innovation, is founded on the idea that while performance gains can be made in any of these areas at any time – providing innovation rates stay steady over time – then the next world record marathon performance should be somewhat predictable.

Back then, I estimated that the official men’s marathon would break the sub-2 barrier around May 2032. That is, assuming a pretty rare 1-in-10 chance on any given marathon day of it happening.

Since then, we’ve had Kipchoge himself break his own record at Berlin in 2022, then Kiptum in Chicago in 2023, and now Sawe in London.




Read more:
Eliud Kipchoge broke the men’s marathon record by 30 seconds. How close is the official sub-2 hour barrier now?


At each point, I’ve adjusted my predictions, since the model can use the new world record marks to improve its accuracy.

My most recent prediction, made in October 2023 for a runner similar to Kiptum, would be that the official sub-2 would go down in March 2027. From the perspective of a prediction exercise starting with data from the 1960s, Sawe was just a touch early!

How likely was Sawe’s run?

Using my original modelling framework, if we include data only up to Kiptum’s Chicago run in Oct 2023, the likelihood of a sub-2 on 26 April 2026 is estimated to be 1 in 4.29 (just less likely than 1 in 4 odds). In other words, pretty likely!

However, this is the likelihood of a run of just under 2 hours – 1 hour 59 minutes 59 seconds to be precise.

But Sawe went well under 2 hours, so what were the odds of his actual run?

If I use my framework to calculate the odds of Sawe’s actual time on that day, given the sweep of historical world records since 1960, I find the likelihood of 1 hour 59 minutes, 30 seconds on 26 April 2026 to be 1 in 7.4 (around 2 in 15) – that’s pretty rare.

Clearly, a lot of things had to click for the performance that played out in London. And indeed, the backstory already includes:

  • the timing of Sawe’s fitness meshing perfectly with the London event;

  • the importance of getting fuelling and shoe technology right;

  • the “just so” conditions in London on Sunday (something that was absent in Berlin during Sawe’s previous attempt on the record); and, of course,

  • the competitive environment that saw Sawe pushed by the second-best-of-all-time Kejelcha until the final few hundred metres.

So then what’s next?

My statistical framework uses an assumption that, over time, performance gains get harder and harder to achieve. Any of us who have aimed to improve on our local park run time will know all too well how hard it becomes to eke out more performance gains after the initial euphoria of the first week or two’s improvements is over.

In my model, if we follow the improvement process out for very long time periods, we can estimate the eventual limits of human performance. That is, an estimate of the best possible human marathon time ever. I call it the “limiting” time.

In 2019 when my findings were first published, based on men’s world record times up to and including Kipchoge’s world record of 2 hours 1 minute and 39 seconds set in 2018 in Berlin, the limiting men’s marathon time came out to be 1 hour 58 minutes and 5 seconds.

In 2023 I updated this forecast to include Kipchoge’s next world-record time of 2 hours 1 minute and 9 seconds (also set in Berlin, 2022) and Kiptum’s astonishing Chicago run of 2 hours 35 seconds (2023). At that time, and following the “Kiptum line” – a runner like him closer to the 1 in 4 odds line – the new limiting marathon time dropped to 1 hour 55 minutes 40 seconds.

As I remarked then, Kiptum had given the limits of human performance a real bump.

After Sawe obliterated the men’s 2-hour barrier, rerunning my model sees the limiting time once more drop, but this time, not by quite so much.

The new limit comes out to 1 hour 54 minutes – a full 5 minutes 30 seconds faster than Sawe produced in London. In performance gap terms, there is still around four and a half percent of performance gains to be made.

Naturally, there are a lot of inherent assumptions. And such is the exercise that new data points (new world records) tend to have a significant impact on forecasts. Furthermore, we are talking here about the limits of human endeavour – potentially hundreds of years into the future.

The tiniest deviations in a line of forecast today can have outsize impact on a point thousands of days into the future.

Which is a long way of saying, when Sawe’s Italian coach, Claudio Berardelli, hinted that Sabastian might go faster on a better suited course like Chicago or Berlin, I for one, will not be surprised.

The statistical arc of human endeavour in the marathon keeps bending upwards. There is still much to be inspired by.

The Conversation

Simon D Angus has received funding from the Paul Ramsay Foundation, the Judith Neilson Institute, the Scanlon Foundation, and the Public Interest Journalism Initiative and the Defence, Science & Technology Group (Department of Defence). He is a co-founder of SoDa Laboratories, Monash Business School, and co-founder and the Director of the Monash IP Observatory, Monash University, and co-founder and director of KASPR Datahaus Pty Ltd.

ref. Kenya’s Sawe breaks the 2-hour barrier: what’s next for the men’s marathon world record? – https://theconversation.com/kenyas-sawe-breaks-the-2-hour-barrier-whats-next-for-the-mens-marathon-world-record-281568

Climate change is worsening violent extremism in Kenya – what can be done

Source: The Conversation – Africa (2) – By Dylan O’Driscoll, Professor in Peace and Conflict, Coventry University

Climate change and its associated impacts can worsen security challenges, including those associated with violent extremism.

This is particularly the case in areas that are both vulnerable to the impacts of climate change and characterised by social and political instability.

In north-eastern Kenya, for instance, droughts, flooding and livelihood destruction are unfolding alongside, and worsening, activity by al-Shabaab, a terrorist network headquartered in Somalia. The terror group has evolved from carrying out large-scale attacks in Kenya, such as the Westgate Mall attack (in 2013) and the Garissa University attack (2015), to persistent, low-intensity attacks and broader community engagement in the border region.

Despite these overlapping crises, the understanding of how climate change and violent extremism interact remains limited.

As a multidisciplinary team, we set out to address this gap through workshops with policymakers and practitioners working across relevant policy areas in Nairobi and north-eastern Kenya, as well as focus groups and interviews with community members and leaders in the region.

Our findings highlight how in vulnerable environments, climate change acts as a threat multiplier. It intensifies:

  • economic instability, by damaging and destroying livelihoods

  • social fragmentation, by increasing the strain on social networks

  • psychological strain, through the scale of destruction caused by cumulative climate events

  • institutional weaknesses, by increasing pressure on public services and government access.

These conditions provide increased opportunities for extremists to influence or coerce the local population.

When we spoke with local herders and community leaders in north-eastern Kenya, we found that the impact of climate change left local communities more vulnerable to recruitment by extremists. At the same time, al-Shabaab activities in the area made it harder for communities to adapt to a changing environment. This reinforces a cycle of fragility.

Climate impacts and insecurity are interwoven dynamics that shape everyday life, governance and prospects for stability in north-eastern Kenya.

Our findings challenge the idea that climate change and security can be addressed separately. Effective responses must combine environmental, social and security strategies to build long-term resilience.

Livelihood destruction

For pastoralists in the north-eastern Kenyan counties of Garissa and Wajir, keeping livestock is not just a job. It is their identity, their food security and their children’s future.

However, as droughts and flash floods become more frequent, herds are being decimated. In times of desperation, al-Shabaab positions itself as a provider.

As one community member told us:

When the land dries up, animals die, farms fail, and people go hungry, especially the youth, they become desperate. Al-Shabaab knows this and exploits it. They offer food, money, and what seems like ‘purpose’ to young boys who feel abandoned by their own government.

What we had not anticipated before undertaking this research was the profound emotional toll of climate change and how this is creating ideal conditions for al-Shabaab recruitment. The loss of livestock causes a deep sense of shame among men who can no longer fulfil their role as providers.

A local herder told us:

We are men, supposed to provide, but we found ourselves helpless.

In a culture where “a man without animals is seen as a child, no matter his age”, as one respondent put it, this loss of status leads to depression and hopelessness.

Extremist groups exploit this emotional emptiness. They offer a sense of status to men who feel they have lost everything else.

Increased migration

As water and pasture vanish, herders are forced to travel much further from home, often entering remote, insecure areas where the state has limited presence.

This increased mobility is a necessary survival strategy. But it increases the likelihood of encountering al-Shabaab.

Individuals arriving in new areas with depleted resources and no social contacts are vulnerable to recruitment. In these remote areas, al-Shabaab often steps in to provide assistance, such as protection.

The lack of veterinary services and schooling creates several further vulnerabilities. When children drop out of school to follow herds, they become soft targets for recruiters.

Social breakdown

Beyond individual loss, violent extremism is unravelling social bonds.

In the past, neighbours could count on each other. Now, they are drifting apart because nobody has anything left to give, leading to a profound loss of community dignity.

As one community member put it:

When your neighbour comes asking for milk or sugar, you have nothing to offer. Our economy is not just about money; it is about sharing. When livestock die, that sharing disappears, and we become poorer not only in wealth but also in spirit.

Even the authority of community elders is under pressure. They are losing influence because their traditional wisdom about the seasons is no longer effective. Their status diminishes, creating a leadership vacuum.

Al-Shabaab is quick to attempt to fill this void, offering a new sense of order.

Governance challenges

The reach of the Kenyan state is limited in the remote and arid northern region.

When aid is delayed or distributed unevenly, it fuels grievances about neglect. Al-Shabaab is highly effective at using religious and political language to channel these frustrations against the state. It presents its own ideology as a path to justice.

Furthermore, insecurity prevents the delivery of the services needed for climate adaptation, leaving the most vulnerable populations dependent on anyone who will help. This gives al-Shabaab a clear entry point.

The way forward

Breaking this cycle of vulnerability requires a policy shift that integrates environmental and security strategies. It is necessary to formally recognise climate change as a critical security issue, to trigger the multi-agency coordination necessary for mitigation.

In practice, this means aligning national and county-level plans to prevent and counter violent extremism with climate adaptation strategies. This would enable agencies to share knowledge and pool funding.

Climate adaptation plans must incorporate conflict analyses to ensure aid does not inadvertently fuel grievances.

Most importantly, future interventions must look beyond technical solutions to address the emotional weight of lost dignity and the breakdown of social structures. This will foster resilience in the local economy and the community.

The Conversation

Dylan O’Driscoll receives funding from the British Academy for this research. He is an Associate Senior Fellow at the Stockholm International Peace Research Institute.

Fathima Azmiya Badurdeen receives funding from the British Academy.

Joel Busher received funding from the British Academy for this research.

Wilson Ndenyele receives funding from the British Academy.

Sheila Ronoh does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Climate change is worsening violent extremism in Kenya – what can be done – https://theconversation.com/climate-change-is-worsening-violent-extremism-in-kenya-what-can-be-done-279604

Récord estratosférico en maratón: así rompieron dos atletas una barrera que se creía insuperable

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Mark Connick, Postdoctoral Research Fellow, School of Exercise & Nutrition Sciences, Queensland University of Technology

El 6 de mayo de 1954, el atleta británico Roger Bannister logró lo que se consideraba imposible en el atletismo: corrió una milla (1 609,34 metros) en menos de cuatro minutos.

Este hito fue celebrado en todo el mundo, y no solo por los aficionados al atletismo. En aquel momento se consideró un logro similar a la primera ascensión al Everest, que Sir Edmund Hillary y Tenzing Norgay habían coronado el año anterior.

Este domingo, el keniano Sabastian Sawe y el etíope Yomif Kejelcha lograron una hazaña comparable a la de Bannister hace casi 72 años: correr los 42 kilómetros de una maratón en menos de dos horas.

Analicemos este nuevo hito y averigüemos cómo pudieron conseguirlo.

¿Qué ocurrió en Londres?

Sawe batió el récord mundial masculino por unos asombrosos 65 segundos al ganar la prueba en 1 hora, 59 minutos y 30 segundos.

Kejelcha –quien, sorprendentemente, corría su primer maratón– también cruzó la línea de meta en menos de dos horas (1:59:41).

La carrera fue increíblemente rápida. Incluso el tercer clasificado, Jacob Kiplimo, de Uganda, batió el anterior récord mundial –establecido en 2023 por el keniano Kelvin Kiptum en Estados Unidos– por siete segundos (terminó en 2:00:28).

Sawe corrió cada vez más rápido a medida que avanzaba el maratón, completando la segunda mitad de la carrera en 59:01. Se distanció de Kejelcha tras unos 30 kilómetros y se escapó en solitario en los dos últimos kilómetros.

Tras la carrera, Sawe declaró:

Hoy he hecho historia en Londres y he demostrado a la próxima generación que nada es imposible. Todo es posible, es solo cuestión de tiempo.

El entrenamiento y la nutrición

El equipo del atleta keniano afirmó que entrenaba hasta 240 kilómetros a la semana y se alimentaba antes de la carrera con pan y miel. Es probable que ese volumen de práctica sea un factor importante para correr una maratón en menos de dos horas.

Correr hasta 240 kilómetros a la semana supera lo que la mayoría de los corredores pueden soportar. Pero un volumen de entrenamiento elevado, especialmente cuando gran parte de él se realiza a una intensidad relativamente baja, se asocia con mejores resultados en maratón.

La nutrición durante la prueba también estuvo bien planificada. Una maratón de dos horas se corre a una intensidad tan alta que la ingesta de carbohidratos se vuelve importante para mantener el rendimiento. El cuerpo los almacena en los músculos y el hígado, pero las reservas son limitadas.

Según su equipo de nutrición, Sawe tomó una bebida con carbohidratos y un gel antes de la salida, y luego consumió bebidas y más geles con el mismo nutriente durante toda la carrera. Según sus informes, su ingesta media fue de unos 115 gramos de carbohidratos por hora.

Aunque esto no es recomendable para el corredor aficionado, ayuda a mantener el suministro de energía y el ritmo en las últimas etapas de la prueba a la intensidad necesaria.

La fisiología

Aunque los datos de laboratorio de Sawe y Kejelcha no son públicos, la fisiología necesaria para correr un maratón rápidamente se debe a tres atributos principales:

  • Una capacidad excepcional para absorber y utilizar oxígeno durante la carrera.

  • La aptitud para mantener una alta proporción de esa capacidad durante periodos prolongados.

  • Una economía de esfuerzo formidable, lo que significa utilizar menos oxígeno a una velocidad determinada.

Los resultados excepcionales en maratón también dependen de la resistencia, que es la capacidad de evitar el deterioro de las citadas cualidades a lo largo de la carrera.

¿Y qué hay de las zapatillas?

Sawe y Kejelcha llevaban las zapatillas más ligeras de la historia: las Adios Pro Evo 3 de Adidas, que pesan menos de 100 gramos y pueden mejorar la economía de carrera en aproximadamente un 4 % en comparación con las zapatillas de competición convencionales.

Las Adios Pro Evo 3 combinan varias características comunes en este tipo de calzado de vanguadia: peso muy reducido, espuma gruesa y resistente y una estructura rígida a base de carbono en la entresuela. Según se informa, el grosor del talón es de 39 milímetros, justo por debajo del límite de 40 mm permitido por World Athletics.

Aunque la mayoría de los corredores se benefician de las superzapatillas, el efecto no es el mismo para todos los corredores. Los investigadores han sugerido que esto se debe a dos formas en las que el calzado interactúa con el atleta:

  • En primer lugar, la espuma y el elemento de refuerzo pueden afectar al rebote “elástico” del cuerpo cuando el pie toca y se despega del suelo.

  • En segundo lugar, pueden alterar la forma en que se mueve el corredor, incluyendo cómo funcionan el pie y el tobillo, cuánto tiempo permanece el pie en el suelo y el momento en que se produce el retorno de energía. Por lo tanto, una zapatilla puede ser capaz de almacenar y devolver más energía, pero el atleta aún tiene que interactuar con ella de manera eficaz.




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Running ‘super shoes’ may make you faster – but at what cost?


La ventaja exacta de las Adios Pro Evo 3 sobre otras zapatillas de alto rendimiento no se ha medido de forma independiente, pero es probable que incluso las pequeñas mejoras sean importantes en una maratón.

Tal vez las condiciones en la capital británica también contribuyeran a estos resultados. Si bien el recorrido de Londres se considera relativamente rápido (aunque no tanto como el de Berlín), las condiciones meteorológicas fueron casi ideales: entre 13 y 17 °C durante la carrera, lo que se sitúa en el extremo superior del óptimo teórico para correr una maratón, pero dentro del rango asociado al rendimiento de resistencia rápida.

Una tormenta perfecta

En 2017, se consideraba poco probable que se completara un maratón por debajo de las dos horas en varias generaciones.

La mejor explicación para lo que ocurrió el domingo en Londres es la convergencia de muchos factores, entre los que se incluyen una fisiología excepcional, años de entrenamiento de gran volumen, una biomecánica eficiente favorecida por el uso de calzado avanzado, una alimentación optimizada y unas condiciones meteorológicas favorables.

The Conversation

Mark Connick no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Récord estratosférico en maratón: así rompieron dos atletas una barrera que se creía insuperable – https://theconversation.com/record-estratosferico-en-maraton-asi-rompieron-dos-atletas-una-barrera-que-se-creia-insuperable-281573

Why is water wet?

Source: The Conversation – USA – By Yunyao Li, Assistant Professor of Earth and Environmental Sciences, University of Texas at Arlington

Evaporating water is essential to helping your body cool down. Imgorthand/E+ via Getty Images

Curious Kids is a series for children of all ages. If you have a question you’d like an expert to answer, send it to CuriousKidsUS@theconversation.com.


Why is water wet? – Philip S., age 12, Northville, Michigan


Spring is often a rainy season. If you get caught in a downpour without an umbrella, you will quickly learn what it means to be wet. But what is it about water that makes it wet?

I am an atmospheric scientist, and water is a fundamental part of the atmosphere. I study storms and wildfires, both of which are closely connected to water.

Why water is wet has to do with how water molecules interact with each other and the things around them.

Wet you can see

Imagine you accidentally spill water on your clothes one day. You will notice two things: First, the water spreads out on the cloth, and the wet part sticks to your body more than the dry part does; and second, the wet area feels cool.

Wet clothes stick to your body and water spreads across the fabric because water molecules are strongly attracted to other molecules, a chemical property called adhesion.

One important reason why water molecules are so attracted to other molecules is that they’re polar. Like a microscopic magnet, one end of the molecule carries a small negative charge, while the other end carries a small positive charge.

Diagram of a v-shaped molecule at bent in a 104.5-degree angle, a surrounding cloud in a gradient of red around the oxygen and blue around the hydrogens
Water, also known as H2O, has a slightly negative charge surrounding its oxygen atom and a slightly positive charge around its hydrogen atoms.
Riccardo Rovinetti/Wikimedia Commons, CC BY-SA

Many everyday materials, such as glass, skin and clothing, are also polar. When water touches these surfaces, the electric charges on those materials attract the water molecules and hold them in place. This strong attraction also helps water spread out over surfaces. Whether something feels “wet” to you has to do with how good a liquid is at staying in contact with a surface. Water feels wet because its molecules stick tightly to each other and to your skin.

Compared to water, mercury has much weaker attraction to surfaces. Mercury’s molecules are much more attracted to each other, meaning they have very strong cohesion. As a result, mercury does not easily stick to other surfaces.

The cool feeling of being wet comes from evaporation. Liquids need energy to change into gas because they must overcome the forces holding molecules together before they can float away. They take this energy from their surroundings in the form of heat.

Diagram depicting spherical red molecules in three erlenmeyer flasks, arranged from solid (a packed cube), to liquid (a loose pile of molecules), to gas (a few molecules flying around).
As temperature increases, the adhesion between molecules decreases.
OpenStax, CC BY-SA

When you step out of a pool and the water on your swimsuit evaporates, you might feel cold because it’s taking away heat from your body. Wet things often feel cool because evaporation takes heat away from the skin. Sometimes something that feels cool can trick you into thinking it’s also wet, even if no liquid is actually present.

Evaporative cooling is very useful in daily life, and other liquids can also do it. For example, when you clean a wound with an alcohol wipe, it also feels cool. Like water, alcohol evaporates and carries heat away from your body. Similarly, when sweat evaporates, it removes heat from your body and cools you down.

Wet you cannot see

Sometimes you can feel damp even when you don’t see any water. This is related to the amount of water vapor in the air, also called humidity.

Air can hold only a limited amount of water vapor. When there is already a lot of water vapor in the air, evaporation slows down. This makes it harder for sweat on your skin to evaporate, so you feel sticky and wet.

When air becomes completely full of water vapor, the vapor starts to condense and turn back into liquid water to form dew or fog.

How much water vapor air can hold depends on temperature. Warm air can hold more water vapor, while cold air can hold less. As temperature increases, water molecules gain more energy and can more easily escape their attraction to each other and become a vapor.

This is why dark or shady places often feel damp. These areas get less sunlight, stay cooler and cannot hold much water vapor. As a result, water does not evaporate easily and the area stays wet.

Group of people sitting on a bench under a wooden gazebo in a grassy area surrounded by trees
Shady, cool areas can feel wet even when you don’t see water around.
Ketut Agus Suardika/iStock via Getty Images Plus

A lot of water, but not wet

Because the air’s ability to hold water depends on temperature, sometimes the air can contain a lot of water vapor but you don’t feel wet.

For example, when you are near a fire, the burning process produces water vapor. However, because the temperature is also higher, the air can hold more water vapor. This speeds up evaporation. If there are wet clothes nearby, they may actually dry more quickly.

In weather forecasts, scientists use relative humidity to describe how humid the air feels, rather than the actual amount of water vapor in the air.

Because hot air can hold so much moisture that relative humidity stays low, people are often surprised when I tell them that wildfires release large amounts of water vapor. Fire is the last thing most people associate with being wet.


Hello, curious kids! Do you have a question you’d like an expert to answer? Ask an adult to send your question to CuriousKidsUS@theconversation.com. Please tell us your name, age and the city where you live.

And since curiosity has no age limit – adults, let us know what you’re wondering, too. We won’t be able to answer every question, but we will do our best.

The Conversation

Yunyao Li does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Why is water wet? – https://theconversation.com/why-is-water-wet-279521