Non, « L’Odyssée » de Christopher Nolan ne trahit pas l’oeuvre d’Homère

Source: The Conversation – in French – By Benjamin Demassieux, Docteur en langues et littératures anciennes, Université de Lille

L’Odyssée se prête aux interprétations et aux captations par d’autres auteurs depuis sa création. Allociné

Depuis la sortie de la bande-annonce du prochain film de Christopher Nolan, une même rengaine circule : le péplum trahirait Homère. Costumes trop propres, accents américains, casting jugé « infidèle », aucun acteur grec au programme – chacun y va de son verdict au nom d’une vérité antique – mais laquelle, au juste ? De quelle fidélité parle-t-on, et à quel original ?


Les études de réception sont un champ des études littéraires qui étudie comment chaque époque refaçonne ses classiques : loin d’y voir des trahisons à corriger, il y voit la manière dont un texte continue d’exister – chaque relecture, chaque adaptation constituant rétrospectivement l’œuvre plutôt qu’elle ne la corrompt, comme l’ont montré Charles Martindale et Richard F. Thomas dans l’ouvrage collectif Classics and the Uses of Reception.

Rappelons d’abord ce que les hellénistes appellent, depuis l’Antiquité même, les « problèmes homériques ». Qui est Homère ? Un poète, plusieurs, une figure symbolique recouvrant des siècles de tradition orale ? Le texte que nous lisons, fixé par écrit au VIe siècle avant notre ère sous l’autorité de Pisistrate, mélange des strates disparates : une société de rois mycéniens, des pratiques funéraires de l’époque géométrique, des objets et institutions bien postérieurs à la guerre de Troie qu’il prétend raconter. Ces incohérences ne sont pas des erreurs de copiste : elles sont la preuve d’un texte composite, retravaillé sur la longue durée. Chercher dans un tel poème une « fidélité historique » à restituer au cinéma, c’est se tromper d’objet dès le départ.

L’homme aux mille tours

Il y a mieux : Ulysse lui-même est une figure difficile à opposer aux libertés de Nolan. Polytropos – l’homme aux mille tours –, il est maître du déguisement, du mensonge, de la fiction. Il est aussi le seul témoin de tous les épisodes merveilleux du poème : rien ne garantit que le Cyclope ou Circé ne soient pas la reconstruction d’un homme épuisé et traumatisé par la guerre, remaniant son vécu en récit pour mieux le supporter. Cette instabilité de la mémoire, ce jeu sur le témoignage et l’identité, est précisément le terrain que Nolan travaille depuis Inception et Interstellar. L’Odyssée n’est pas linéaire ; la vision de Nolan non plus. Ce n’est pas une coïncidence de studio, mais une affinité de structure.

Même l’armure d’Agamemnon, déjà chez Homère (chant XI de l’Iliade), n’a rien de « réaliste » : bronze, argent, or mêlés, décor de dragons et de Gorgone, accumulation ostentatoire – une armure poétique, faite pour signifier la terreur et la souveraineté, non pour documenter un équipement de guerre. Que le casque du film évoque, dans la bande-annonce, la silhouette d’un certain justicier masqué n’est pas une faute de costumier : c’est le signe qu’un cinéaste ne peut filmer qu’avec son propre back–catalogue iconographique, tout comme l’aède ne composait qu’avec des formules et motifs déjà là. Lui reprocher de « ressembler à un super-héros » révèle surtout qu’on ignore à quel point l’armure homérique était déjà un spectacle avant d’être un équipement. Et quant à la langue d’Homère, certains s’offusquent de l’utilisation de familiarités par Nolan, telle que l’expression “papa” à la place de “père” pour désigner Ulysse dans la bouche du prétendant Antinoos. Qu’on se le dise ; de telles familiarités existent bien dans la poésie homérique, elles sont courantes et Nausicaa elle-même appelle son père « papa chéri » (pappa phile). La poésie homérique était destinée au grand public, malgré un dialecte spécifique. Et le film de Nolan a exactement la même ambition.

La question de l’appropriation

La polémique autour du casting d’Hélène (interprétée par l’actrice Lupita Nyong’o) est plus révélatrice encore : elle projette sur l’Antiquité une catégorie – la race, telle qu’elle a été inventée sous couvert de biologie au XIXe siècle – que la pensée grecque n’organise pas en système, elle qui pense l’altérité en termes culturels et politiques (Grec/barbare), et non en termes de couleur de peau. L’image d’une Antiquité « blanche » est d’ailleurs une construction tardive, celle du marbre néoclassique qu’on sait aujourd’hui avoir été peint, dans une Méditerranée antique traversée de circulations intenses entre Grèce, Égypte et Levant. Ce n’est pas le casting qui trahit l’Antiquité, mais bien l’indignation contemporaine qui lui prête une pureté qu’elle n’a jamais eue.

Le mot qui revient le plus dans ces polémiques – appropriation – permet de se demander, légitimement, qui a les moyens et a le droit de raconter, aujourd’hui, l’histoire des autres. Mais il présuppose aussi une propriété originelle du mythe que l’histoire de la littérature dément.

Horace, célèbre poète de l’Antiquité romaine, renversait déjà le rapport de force : « Graecia capta ferum victorem cepit » – « la Grèce vaincue a vaincu son farouche vainqueur » (Épîtres, II, 1, 156), écrivait-il – autrement dit, la Grèce militairement soumise a colonisé culturellement Rome, plutôt que l’inverse. Rome s’approprie la Grèce et forge son propre récit. L’Éneide de Virgile en est un bel exemple. En passant de Troie au Latium (la région de Rome), Virgile légitime l’héritage grec : Énée emmène les divinités et le sang troyen en Italie.

Pierre de Ronsard, grand poète français du XVIe siècle, fit de même avec la Franciade, calquant l’origine française de la monarchie sur un héros troyen fictif, Francion (ou Francus). Le poème, inachevé, se rêvait épopée nationale, par la réappropriation de la matière épique grecque.

La Franciade, première édition, 1572.
Wikimedia, CC BY

Toute l’Europe s’est construite en se réclamant héritière d’Homère, siècle après siècle. Nolan n’invente rien, il ajoute un maillon à une chaîne d’appropriations et de captations croisées revendiquées depuis vingt-cinq siècles. Il n’y a pas de vol possible là où la capture, depuis toujours, circule dans les deux sens.

Qu’il s’agisse d’une couleur de peau, de l’apparence d’un casque, ou d’un pseudo vol culturel, les critiques outrées reposent sur le fantasme d’une Antiquité pure, stable, propriétaire d’elle-même. La philologie et l’histoire de la réception des œuvres démontent ce fantasme point par point. Voir L’Odyssée de Nolan, ce n’est donc pas vérifier s’il a bien « recopié » Homère, mais repérer ce qu’il garde, ce qu’il transforme, et ce que ce choix dit de notre présent – ce que fait, à sa manière, chaque génération depuis l’Antiquité romaine.

The Conversation

Benjamin Demassieux ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Non, « L’Odyssée » de Christopher Nolan ne trahit pas l’oeuvre d’Homère – https://theconversation.com/non-lodyssee-de-christopher-nolan-ne-trahit-pas-loeuvre-dhomere-287225

Comment Londres, Paris et New York faisaient face aux canicules avant la climatisation

Source: The Conversation – in French – By Chloe Duteil, Postdoctoral Research Associate, School of Histories, Languages and Cultures Faculty of Humanities and Social Sciences, University of Liverpool

Les canicules qui frappent aujourd’hui Londres, Paris et New York ne sont pas inédites. Dès le XIXe siècle, les habitants de ces métropoles inventaient déjà des stratégies pour échapper à la chaleur, révélatrices des profondes inégalités sociales.


Paris, Londres et New York évoquent plus spontanément la culture, la finance ou l’histoire que les canicules. Pourtant, chaque été, ces trois métropoles sont de plus en plus confrontées à des températures extrêmes auxquelles elles n’ont jamais été conçues pour résister.

Comme de nombreuses zones urbaines denses, elles amplifient la chaleur en raison de ce que l’on appelle l’« îlot de chaleur urbain ». Ce phénomène tient au fait que le béton, l’asphalte et le verre emmagasinent la chaleur, transformant les journées chaudes en épisodes potentiellement dangereux.

Avec ses gratte-ciel de verre et d’acier, ses chaussées recouvertes de béton et ses immenses ensembles résidentiels, New York retient la chaleur comme peu d’autres métropoles. La ville présente d’ailleurs l’un des effets d’îlot de chaleur urbain les plus marqués des États-Unis, un indicateur qui mesure l’écart de température entre les zones urbaines et les zones rurales. Chaque année, la chaleur tue plus de 500 New-Yorkais. Un lourd bilan qui aggrave encore les inégalités sociales et raciales.

Alors que beaucoup fuient vers le littoral ou la campagne pour trouver un peu de fraîcheur, d’autres restent en ville, où la chaleur est plus difficile à éviter et souvent plus éprouvante. Pourtant, ces expériences très inégales de la chaleur urbaine ne datent pas d’hier. Dans des villes comme Londres, Paris ou New York, la capacité à supporter les étés chauds a toujours été profondément marquée par les inégalités.

Au cours des XIXe et XXe siècles, les citadins ont développé toute une série de stratégies pour faire face aux fortes chaleurs dans des environnements très urbanisés. Nos recherches menées dans le cadre du projet Melting Metropolis s’intéressent aux expériences quotidiennes de la chaleur. Voici quelques-unes des solutions adoptées autrefois et ce qu’elles nous apprennent sur la manière de vivre avec la chaleur en ville.

Londres

Pour la plupart des citadins d’autrefois, quitter leur logement était le meilleur moyen d’échapper à la chaleur. Au milieu du XXe siècle, certains Londoniens montaient sur le toit de leur immeuble pour profiter des courants d’air plus frais qui circulaient au-dessus des rues de la ville.

Depuis le XIXe siècle, les espaces publics ont constitué pour beaucoup le principal refuge contre la chaleur de leur logement. Les Londoniens recherchaient l’ombre des arbres dans les parcs, se rafraîchissaient dans les fontaines ou allaient se baigner dans les piscines de plein air (lidos) et les étangs.

D’autres tentaient de mieux supporter la chaleur chez eux. Contrairement à ceux qui trouvaient un peu de fraîcheur dans les espaces publics, les Londoniens les plus aisés utilisaient leur fortune et les technologies de l’époque pour rester au frais. Au XIXe siècle, ils achetaient de la glace importée de Norvège ou faisaient appel à des domestiques pour actionner des éventails.

Paris

Lors des vagues de chaleur du XIXe siècle, les Parisiens cherchaient eux aussi à fuir la chaleur. Comme les Londoniens, ils profitaient largement des parcs aménagés par les urbanistes lors des grands travaux de transformation de la capitale menés par Haussmann à la fin du XIXe siècle. Mais les espaces verts n’étaient pas les seuls refuges : les arbres plantés le long des avenues offraient également une protection bienvenue contre les rayons du soleil pendant les chaudes journées d’été.

Si la Seine offrait un formidable potentiel pour se rafraîchir, la baignade y a été interdite au milieu du XIXe siècle. Malgré cette interdiction, des photographies d’époque montrent que certains Parisiens, en quête de fraîcheur, n’hésitaient pas à enfreindre la loi pour piquer une tête.

À l’intérieur des logements, les Parisiens les plus aisés utilisaient de la glace importée des régions septentrionales ou récoltée localement pendant l’hiver, puis conservée dans des glacières jusqu’au retour des fortes chaleurs. La glace est toutefois restée un produit de luxe jusqu’à la fin des années 1870, lorsque les progrès de la réfrigération artificielle en ont fait baisser le coût et l’ont rendue accessible à un public plus large.

Au milieu du XXe siècle, la vie quotidienne à Paris, y compris pendant l’été, s’était profondément transformée. La climatisation commençait à se diffuser, mais certaines pratiques plus anciennes sont restées au cœur de l’art de vivre estival : les terrasses de café continuent de faire le plein, les quais de Seine restent envahis par les promeneurs, et les fontaines publiques héritées du XIXe siècle servent toujours à remplir les gourdes et les bouteilles d’eau.

New York

Au XIXe siècle, les immeubles populaires de New York voyaient leurs toits se remplir de personnes venues dormir à la belle étoile, tandis que d’autres s’installaient sur les escaliers de secours pour échapper à la chaleur étouffante des appartements. Les plus riches, eux, quittaient simplement la ville pour leurs résidences à la campagne. Les journaux qualifiaient ces migrants saisonniers de « réfugiés de la chaleur ».

Pour trouver un peu de fraîcheur à l’extérieur, la plupart des New-Yorkais du XIXe siècle se rendaient à la plage – après tout, la ville est construite sur des îles. Au XXe siècle, ils ont aussi commencé à organiser des fêtes de quartier, avec de grandes quantités de glace achetées dans les bodegas, les petites épiceries de proximité. Il leur arrivait également d’ouvrir les bouches d’incendie pour créer des jets d’eau rafraîchissants, une pratique devenue l’un des grands classiques des étés new-yorkais.

Les futures vagues de chaleur

Depuis que les épisodes de chaleur extrême affectent la vie urbaine, les citadins ont imaginé des moyens de s’y adapter. Aujourd’hui, les villes prennent davantage en compte ce risque et mettent en œuvre des stratégies pour mieux y faire face. La canicule meurtrière de 2003 a notamment servi d’électrochoc à Paris, qui a lancé un plan canicule dès l’année suivante et poursuit depuis ses efforts pour rendre la capitale plus vivable pendant l’été.

À New York, la climatisation est au cœur des stratégies de résilience climatique de la ville. Elle est aussi devenue un enjeu politique, les organisations de défense de la justice environnementale militant pour la reconnaissance d’un « droit à la fraîcheur » (right to cooling), à travers un ensemble de propositions législatives.

Si elle peut aggraver le changement climatique en augmentant la consommation d’énergie, la climatisation sauve aussi des vies à mesure que nous cherchons à nous adapter à des chaleurs toujours plus intenses. En mai 2026, le Comité britannique sur le changement climatique (Climate Change Committee) a averti que le mode de vie des Britanniques était désormais menacé par la chaleur.

The Conversation

Ces travaux ont été financés par le Wellcome Trust, dans le cadre de la subvention n° 225843/Z/22/Z.

Ces travaux ont été financés par le Wellcome Trust, dans le cadre de la subvention n° 225843/Z/22/Z.

– ref. Comment Londres, Paris et New York faisaient face aux canicules avant la climatisation – https://theconversation.com/comment-londres-paris-et-new-york-faisaient-face-aux-canicules-avant-la-climatisation-287599

Regards croisés sur l’histoire des Kalmouks, peuple mongol de Russie

Source: The Conversation – France in French (3) – By Virginie Tellier, Membre associée du laboratoire Écoles, mutations, apprentissages (EMA), CY Cergy Paris Université; Université Sorbonne Nouvelle, Paris 3

François Fortuné Ferogio, «&nbsp;Campement de nuit dans les Steppes de la mer Caspienne&nbsp;», Atlas historique, 1845, planche 16. Illustration accompagnant le récit de voyage en Kalmoukie des époux Hommaire de Hell, au milieu du XIX<sup>e</sup>&nbsp;siècle.
BnF

Seule région d’Europe où le bouddhisme est majoritaire, la Kalmoukie, région du nord du Caucase, est aujourd’hui une république de la Fédération de Russie, après avoir appartenu à l’URSS et auparavant à l’Empire russe. Trois Européens — un jésuite tchèque en 1700, un pasteur letton en 1802, une voyageuse belge en 1878 — ont présenté dans leurs récits des regards croisés qui éclairent la constitution progressive de la Russie contemporaine.


La Russie d’aujourd’hui, héritière de l’Empire russe des XVIIIe et XIXe siècles, est composée de près de 200 « nationalités ». Chacune a une histoire singulière qui rend difficile la construction d’un récit global capable de rendre compte de la situation présente. Mais chacune dit aussi quelque chose de cette histoire globale et en donne des clés de compréhension.

Les Kalmouks, dont le nombre est estimé à environ 180 000 personnes, constituent l’une de ces nationalités. Ils vivent aujourd’hui, dans leur grande majorité, sur le territoire de la République de Kalmoukie, dans le Sud de la Russie d’Europe, entre la mer Noire et la mer Caspienne. À la différence de la plupart des peuples de Sibérie ou du Grand-Nord, les Kalmouks ne constituent pas un peuple autochtone : ces Mongols occidentaux, de religion bouddhiste, se sont installés dans la région au début du XVIIe siècle, alors que de nombreux peuples habitaient déjà cette zone.

Comment aborder leur histoire ? La présence de voyageurs européens dans la région apporte des éléments de réponse et éclaire la formation de l’Empire russe. La lecture de leurs récits oblige à la prudence : l’interprétation des faits par les voyageurs est liée à leur propre histoire et à leur propre culture ; ils ne nous donnent pas accès à la réalité, mais seulement à la manière dont ils ont perçu cette réalité. Mais c’est aussi ce qui fait leur richesse : leur lecture nous offre plusieurs points de vue, qui échappent en partie à la manière dont l’État russe a pris en charge l’écriture de sa propre histoire. Le croisement de ces regards permet également d’intégrer l’histoire des Kalmouks à l’histoire du continent européen pour mieux la comprendre.

Le voyage de Jan Milan en 1700

Jan Milan est un jésuite tchèque. Il est envoyé en mission en 1700 sur les rives orientales de la mer Noire, à Taganrog (Taganrok sur la carte ci-dessous) pour évangéliser les habitants. Son ministère s’exerce, pendant dix mois environ, dans un vaste espace multi-ethnique.

Guillaume Delisle, Carte de Tartarie (détail), 1706.
Gallica (BnF)

C’est dans ce contexte qu’il rencontre des Kalmouks. Dans son récit de voyage manuscrit, rédigé en latin et conservé à la Bibliothèque de Prague, Milan montre qu’il n’existe pas une seule et même communauté de Kalmouks, mais plusieurs groupes distincts, dirigés par des chefs qui peuvent entrer en désaccord sur la politique à tenir à l’égard des autres peuples.

Dessin de Jan Milan. Cliquer pour zoomer.
Bibliothèque nationale de la République tchèque

Milan est accueilli par l’un de ces groupes, les Derbets, qui s’est installé dans la région du Don. Leur chef, Menko-Temir entretient des relations complexes avec Ayuki, le chef d’un autre groupe plus important, les Torguts. Le khan Ayuki règne alors sur les Kalmouks de la Volga qui forment alors un khanat.

Milan, qui discute de théologie avec un dignitaire religieux polyglotte, décrit un peuple bouddhiste et nomade qui n’a « aucune ville », et représente par le dessin la musique et la danse de ses hôtes. Il raconte que les Kalmouks font parfois la guerre aux Russes, mais qu’ils nouent également des relations diplomatiques avec le tsar (il s’agit alors de Pierre le Grand, qui fondera l’Empire russe en 1721). Ils entretiennent aussi des relations complexes avec d’autres groupes, comme les Turcs, les Cosaques et les Tatars de Crimée. Les Kalmouks sont incontestablement moins puissants que l’État russe, mais constituent néanmoins une entité politique relativement indépendante, qui négocie ses alliances.

Le voyage de Benjamin Bergmann en 1802-1803

Benjamin Bergmann est un pasteur letton qui effectue un séjour de quinze mois chez les Kalmouks, avec lesquels il nomadise, tout en apprenant leur langue. En 1804-1805, il publie à Riga, en allemand, un grand récit de voyage encyclopédique qui offre des informations essentielles sur la culture des Kalmouks : leur organisation politique, leurs modes de vie, mais aussi leur littérature et leur religion.

Au moment où Bergmann se rend dans la steppe, un événement majeur dans l’histoire des Kalmouks a eu lieu. En 1771, sous le règne de Catherine II, la plus grande partie des Kalmouks a quitté la Russie, sans doute pour échapper à une administration impériale de plus en plus pesante. Les Kalmouks se rendent sur leur territoire d’origine, la Djoungarie, où a régné un autre khanat de Mongols occidentaux, que les Mandchous ont anéanti en 1757. À la suite de cette migration, les Kalmouks restés sur le territoire russe sont privés de leur autonomie politique et militaire par la tsarine, qui vient de conquérir l’Ukraine et de soumettre les Cosaques.

Lorsque Catherine II meurt en 1796, son fils et successeur Paul Ier accorde aux Kalmouks le rétablissement de la dignité de vice-khan, dont est alors investi le prince petit-derbet Tchoutcheï Tundutov. Le 13 juillet 1802, une cérémonie officielle est organisée dans la steppe pour entériner cette décision : Bergmann y assiste et la décrit.

Intérieur du livre de Bergmann, 1825.
Gallica

La cérémonie a lieu en présence du dignitaire religieux bouddhiste devant un autel orné des représentations des divinités, mais un drapeau impérial a été placé à côté. Le drapeau de l’empire flotte au milieu de deux drapeaux kalmouks. Le vice-khan et le représentant de l’empereur s’avancent côte à côte, cependant le vice-khan porte le portrait du tsar sur sa poitrine, comme pour signifier que c’est bien l’empereur qui le désigne pour diriger les Kalmouks. Les fils du vice-khan portent les parchemins qui légitiment le pouvoir de leur père en vertu des règles d’ascendance propres aux Kalmouks.

La cérémonie montre toute l’ambiguïté du statut des Kalmouks au sein de l’Empire et la fragilité des équilibres de pouvoir : cette nomination par la puissance russe d’un prince petit-derbet, au mépris des descendants légitimes d’Ayuki, ne fait pas l’unanimité parmi les Kalmouks. Bergmann précise que seuls cinq des seize chefs des différents groupes se présentent sans retard à la cérémonie. Intégré au groupe petit-derbet où il séjourne, Bergmann adopte le point de vue de Tchoutcheï et déplore cette absence : à ses yeux, ce comportement semble par avance vouer à l’échec le fragile équilibre qui aurait pu garantir une forme d’indépendance aux Kalmouks au sein de l’Empire russe.

Cette modeste autonomie ne survit pas au décès de Tchoutcheï, le 23 mai 1803. Le fils du défunt Paul Ier, Alexandre Ier, entend bien reprendre à son compte la politique impérialiste de sa grand-mère Catherine II.

Le voyage de Carla Serena en 1878

Brun, La noïone, dans Carla Serena, Seule dans les steppes, 1883, pp. 92-93. Cliquer pour zoomer.
Gallica (BnF)

Carla Serena découvre la Kalmoukie à l’automne 1878, au retour d’un grand voyage en Orient. Le témoignage de cette Belge francophone, qui voyage seule dans le Caucase, juste après la guerre russo-turque de 1877-1878, est publié en 1883. Avant elle, Adèle Hommaire de Hell avait voyagé dans la région avec son époux Xavier (voir illustration de couverture).

Serena rencontre à Astrakhan la tutrice du descendant de Tchoutcheï, le prince David Tundutov, alors âgé de dix-huit ans. Le groupe petit-derbet a maintenant un centre politique sédentaire, le village de Malye-Derbety. Celui-ci a été fondé en 1803, après l’érection d’un monument funéraire destiné à accueillir les restes de Tchoutcheï.

Ce village, qui existe encore, jouxte le village de Tundutovo, de peuplement russe à l’époque où Serena le visite : le XIXe siècle voit le renforcement de l’impérialisme russe et de la colonisation des terres par des colons russes, en vue de leur exploitation. Serena, qui accompagne son hôtesse dans ses obligations politiques, sociales et religieuses, a l’occasion de pénétrer dans des lieux peu fréquentés des étrangers. Son statut de femme voyageant seule lui permet de dialoguer avec la tante du jeune David et d’accéder à son point de vue.

Serena insiste sur la soumission des Kalmouks au sein de l’Empire. Elle montre que l’administration russe prédomine désormais sur l’administration locale. Elle écrit que les fonctionnaires russes « maltraitent rudement ces pauvres gens, surtout ceux qui n’ont pas les moyens de leur graisser la patte. Les Kalmouks sont souvent battus sans pouvoir se plaindre. En cela, les Russes agissent, d’ailleurs, comme la plupart des Européens en Orient, qui, forts des privilèges dont ils jouissent, ne se font pas faute d’accabler les indigènes. » Pour Serena, le traitement réservé aux Kalmouks en cette fin du XIXe siècle relève d’une forme de colonisation, qu’elle met en relation avec la politique expansionniste des Européens en Orient.

Jardin zoologique d’Acclimatation. Kalmoucks, affiche, 1883. Cliquer pour zoomer.
Gallica (BnF)

Cette réflexion est d’autant plus remarquable qu’en 1883 une petite troupe de Kalmouks est exposée au Jardin d’Acclimatation, à Paris, pour distraire les Parisiens qui viennent les observer derrière une barrière. L’engouement pour ces expositions d’êtres humains montre que les Français de cette fin de siècle étaient loin de tous partager le regard de Serena sur l’expansion européenne.

L’étude des récits de voyage en Kalmoukie nous permet ainsi de mieux comprendre l’histoire des Kalmouks, leur intégration progressive à l’Empire russe, mais aussi les relations qu’ils ont établies avec des voyageurs européens. Celles-ci éclairent également la construction progressive des États, processus long et complexe, qui met en jeu des individus singuliers. La lecture attentive de ces récits permet de restituer, ne serait-ce que partiellement, la pluralité de leurs points de vue.

The Conversation

Virginie Tellier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Regards croisés sur l’histoire des Kalmouks, peuple mongol de Russie – https://theconversation.com/regards-croises-sur-lhistoire-des-kalmouks-peuple-mongol-de-russie-285398

Más allá del estrecho de Ormuz: los cuellos de botella que pueden hacer tambalear el control de los mares

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Enrique Parra Iglesias, Profesor Titular de Universidad, Universidad de Alcalá

Dipix/Shutterstock

Los grandes pasos marítimos del petróleo ya no se dividen entre importantes y secundarios, sino entre los que están bajo asedio, los que tienen dueño, los que están naciendo y los que sostienen todo el sistema.

Cuando los mercados temen un cierre en el estrecho de Ormuz, el precio del petróleo se dispara en cuestión de horas. Lo hemos visto muy de cerca en todo 2026 La razón es bien conocida: por ese angosto paso del golfo Pérsico transita cerca del 20 % del crudo y el 25 % del gas natural licuado (GNL) que consume el mundo, según la Agencia Internacional de Energía. Pero fijarse sólo en Ormuz es leer solo una página del atlas y creer que se ha entendido el mundo.

La Administración de Información Energética de Estados Unidos (EIA) estima que el 76 % del petróleo mundial viaja por mar. Ese océano de crudo y gas no fluye libremente: se estrangula en una docena de pasos que concentran los flujos en espacios de pocos kilómetros, a veces de pocos cientos de metros. Lo interesante no es catalogarlos, sino entender que se dividen en cuatro familias con lógicas de riesgo muy distintas: los pasos clásicos que están bajo asedio, los que tienen dueño con nombre y apellidos, los que están naciendo ante nuestros ojos y los que sostienen silenciosamente todo el edificio.

Los principales cuellos de botella energéticos globales (el tamaño del círculo es proporcional al tráfico de barriles de petróleo).
Fuente: elaboración propia con datos de la EIA (1H2025)., CC BY

Bajo el asedio de los drones y las lanchas rápidas

Durante medio siglo, la seguridad de los cuatro grandes pasos del petróleo –el estrecho de Ormuz, que conecta el golfo Pérsico con el Índico; el canal de Suez, que sirve de paso entre el Mediterráneo y el mar Rojo; el de Bab el-Mandeb, entre el mar Rojo y el Índico, y el paso de Malaca, que conecta el Índico con el Pacífico– descansó sobre una premisa simple: ningún actor racional se atrevería a desafiar a la marina estadounidense. Esa premisa ha muerto entre 2023 y 2026, y su certificado de defunción se firmó en el mar Rojo.

En 2023, los hutíes atacaron desde la costa yemení los buques comerciales estadounidenses y británicos en tránsito por Bab el-Mandeb, como una declaración de apoyo a Hamás en la guerra contra Israel. Entonces, las milicias demostraron que un arsenal de drones y misiles baratos bastan para desviar el comercio mundial. No necesitaron hundir ninguna flota: la mera amenaza disparó los seguros marítimos y obligó a las navieras a rodear África, elevando los fletes entre un 200 y un 300 %, y alargando cada viaje entre 10 y 15 días.

Tras los ataques, el canal de Suez –con apenas 313 metros de ancho en sus tramos críticos y por el que transitan unos 12 millones de barriles diarios– vio evaporarse buena parte de su tráfico sin que nadie lo bloqueara físicamente. Las flotillas navales multinacionales desplegadas en la zona, analizadas en detalle por la propia EIA, no lograron restaurar la confianza: la disuasión clásica no funciona contra quien no tiene nada que perder.

La misma lección se proyecta sobre los dos gigantes asiáticos del mapa. Ormuz mueve unos 20 millones de barriles diarios pero Malaca lo supera: 23,2 millones de barriles diarios en el primer semestre de 2025, el 29 % de todo el comercio marítimo mundial de petróleo, apretados en un pasaje de 2,5 kilómetros entre Malasia e Indonesia.

China importa por esa vía cerca del 80 % de su crudo y esa enorme dependencia genera el llamado “dilema de Malaca”.

Los pasos con dueño: donde el riesgo no es un misil, sino una firma

Otro tipo de riesgo está en los pasos controlados por un Estado concreto que puede –legalmente o de facto– condicionar el tránsito de terceros. Esta presión es menos espectacular que un ataque con drones, pero sus efectos pueden ser igual de profundos.

Un caso de manual son los estrechos turcos. La convención de Montreux de 1936 dio a Turquía las llaves del Bósforo y los Dardanelos, únicos accesos al mar Negro, por donde sale el crudo kazajo y ruso hacia el Mediterráneo.

Tras la invasión de Ucrania, Ankara aplicó Montreux con un doble rasero: cerró el paso a los buques de guerra pero lo mantuvo abierto a los petroleros rusos con crudo barato. El estrecho se convirtió en moneda de cambio de la política exterior turca y Europa descubrió que una de sus arterias de importación dependía de la buena voluntad de un socio indispensable e imprevisible.

Menos conocidos son los estrechos daneses –Gran Belt, Pequeño Belt y Øresund–, única salida del Báltico al Atlántico. Por ellos salía alrededor de un tercio de las exportaciones marítimas rusas de crudo, antes de las sanciones económicas a Rusia por la guerra de Ucrania. Aquí no hay Montreux: Dinamarca no puede negar el paso inocente que estipula el derecho marítimo, por el que los barcos de todos los Estados pueden navegar por el mar territorial de otro, siempre que se trate de un paso rápido y sin detenciones. Pero la geografía impone su propio peaje: el Øresund apenas alcanza 8 metros de calado en algunos puntos, lo que veta a los superpetroleros y obliga a Rusia a usar buques más pequeños y costosos.

A esta familia también pertenecen Gibraltar, 14 kilómetros entre Europa y África, y puerta del GNL atlántico hacia el Mediterráneo, y el canal de Panamá, que conecta las costas atlánticas y pacíficas del continente americano y da salida al GNL texano hacia Asia. Panamá añade una vuelta de tuerca: el clima se está convirtiendo en su dueño efectivo. La sequía de 2023-24 en la cuenca del lago Gatún redujo el calado, impuso colas de semanas y demostró que la infraestructura más sofisticada puede ser rehén del ciclo hidrológico. La retórica de la administración Trump sobre “recuperar el canal” hizo el resto: hasta los pasos más institucionalizados vuelven a estar en el mercado de la geopolítica.

El tablero que viene: deshielo, semiconductores y gas africano

La tercera familia no aparece en los manuales clásicos de seguridad energética porque está naciendo ahora mismo. Son los corredores que el cambio climático, la transición energética y la rivalidad entre China y EE. UU. están dibujando sobre el mapa.

El más literal es el Ártico. El deshielo está convirtiendo la Ruta del Mar del Norte, a lo largo de la costa siberiana, en una autopista estacional que podría operar todo el año hacia mediados de siglo, recortando 7 000 kilómetros entre Rotterdam y Shanghai. Rusia lleva una década preparándose con rompehielos nucleares, nuevos puertos y bases militares en la zona, mientras que en su flanco occidental está Groenlandia, con sus tierras raras y su posición dominante, lo que explica el insistente interés de Washington por la isla.Justo debajo, el GIUK Gap (el pasillo entre Groenlandia, Islandia y Reino Unido), que fue la línea antisubmarina de la Guerra Fría, se prepara para una segunda vida como corredor logístico vigilado.

En el otro extremo térmico del planeta, el canal de Mozambique se perfila como la arteria del gas africano: los yacimientos de Mozambique y Tanzania, entre los diez mayores del mundo, empezarán a exportar GNL a gran escala en la segunda mitad de la década, y sus metaneros tendrán que pasar entre la costa africana y Madagascar.

El corredor emergente más inestable no es nuevo en el mapa, sino en su significado: el estrecho de Taiwán. Por sus aguas transitan los petroleros y metaneros que abastecen a Japón, Corea del Sur y el norte de China. Pero también los semiconductores que alimentan la industria mundial y los cables submarinos que sostienen internet. Un conflicto en Taiwán no sería solo un shock energético sino también industrial y digital simultáneo, sin precedente histórico con el que compararlo. Es el único paso del mapa cuyo cierre no admite ruta alternativa que valga.

La garantía de fondo: lo que sostiene el sistema cuando todo falla

Queda una última familia, la menos visible: las piezas que no mueven barriles pero hacen posible que los demás los muevan. Son el seguro del sistema, y como todo seguro, sólo se aprecia cuando hay siniestro:

  1. La pieza militar: Diego García, un atolón de 44 kilómetros cuadrados en mitad del océano Índico, que alberga desde los años setenta una base militar anglo-estadounidense desde la que se puede proyectar poder sobre los pasos de Ormuz, Bab el-Mandeb y Malaca a la vez. La lección es incómoda pero clara: el flujo energético global descansa, en última instancia, sobre infraestructura militar de proyección de poder.

  2. La pieza geográfica: el cabo de Buena Esperanza, que no puede cerrarse al ser mar abierto y que absorbe el tráfico cuando Suez o Bab el-Mandeb fallan. No obstante, cada activación añade dos semanas de travesía y millones de dólares por viaje que acaban en la factura del consumidor.

  3. La pieza industrial: los oleoductos que rodean los estrechos –como el Petroline saudí hacia el mar Rojo (con hasta 7 millones de barriles diarios de capacidad ampliada), el Habshan-Fujairah emiratí que esquiva Ormuz, el Bakú-Tiflis-Ceyhan que evita el Bósforo– son la redundancia planificada del sistema. Pero el sabotaje del Nord Stream, en 2022, mostró que los tubos también se atacan y ninguno puede absorber el volumen completo de los pasos que complementan. La redundancia atenúa la vulnerabilidad; no la elimina.

Leído así, el mapa de los cuellos de botella (chokepoints) es un mapa de poder.
Para los importadores netos de combustibles fósiles, la lección es que diversificar fuentes sin diversificar rutas es hacer la mitad del trabajo: depender de un único corredor equivale a firmar un pagaré geopolítico con vencimiento impreciso.

The Conversation

Enrique Parra Iglesias no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. Más allá del estrecho de Ormuz: los cuellos de botella que pueden hacer tambalear el control de los mares – https://theconversation.com/mas-alla-del-estrecho-de-ormuz-los-cuellos-de-botella-que-pueden-hacer-tambalear-el-control-de-los-mares-287394

¿Por qué se pasea el segundo animal más grande del planeta por la costa mediterránea?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Victor Gallego Albiach, Investigador Postdoctoral en Fauna Acúatica, Universitat Politècnica de València

Proyecto MysticMED. Imágenes de DRON obtenidas previa autorización del MITECO (SGBTM/BDM/AUTSPP/32/2025)

El mar Mediterráneo alberga algunas de las especies marinas más emblemáticas y de mayor tamaño del planeta. De entre las nueve especies de cetáceos que podemos encontrar en sus costas occidentales, la más grande es el rorcual común (Balaenoptera physalus). Concretamente, es el segundo animal más grande del mundo, solo por detrás de la ballena azul. Puede alcanzar entre 20 y 24 metros de longitud y llegar a pesar alrededor de 70 toneladas de peso.

Durante las últimas semanas, es posible que hayan leído muchas noticias de que se han avistado ballenas (o incluso hayan estado entre los privilegiados que las han visto) cerca de la costa de la Comunidad Valenciana, Murcia y Andalucía.

¿Por qué se producen tantos avistamientos por esta época?

Viaje en busca de comida

El rorcual común es una especie pelágica distribuida por todos los océanos, especialmente en aguas templadas y frías con alta productividad biológica. En el Mediterráneo es el único misticeto que se encuentra presente de forma regular, y constituye una población genéticamente diferenciada de las del Atlántico Norte.

Su alimentación se basa principalmente en pequeños organismos planctónicos, especialmente eufausiáceos (krill), que captura mediante alimentación por filtración o lunge feeding.

En la región mediterránea, el rorcual común realiza desplazamientos estacionales relacionados con la disponibilidad de alimento, un fenómeno normalmente conocido como migración. En el Mediterráneo occidental destaca su presencia en zonas como el Mar de Liguria, el Mar Balear y el Santuario Pelagos.

Rorcual común frente a las costas de Dénia (Alicante). Imágenes de dron obtenidas previa autorización del MITECO (SGBTM/BDM/AUTSPP/32/2025).
Victor Gallego (UPV)

Las costas levantinas y el canal de Ibiza constituyen importantes áreas de paso, donde se observan frecuentemente frente a la costa de la Marina Alta durante la primavera y principios del verano.

Todos esos rorcuales migrantes acaban atravesando el estrecho de Gibraltar para salir en búsqueda de comida a aguas atlánticas. En este sentido, las costas atlánticas de la península ibérica, particularmente Galicia, representan áreas relevantes de avistamiento por su elevada productividad marina.




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Cómo se estudia un animal de 20 metros ¡y en el agua!

El rorcual común presenta una madurez sexual tardía (6-10 años), baja tasa reproductiva (1 cría cada 2-3 años) y elevada longevidad (75-90 años). Estas características limitan la recuperación de sus poblaciones, mermadas por su caza durante el s. XX.

Entre las principales amenazas actuales del rorcual común destacan las colisiones con embarcaciones, la contaminación acústica generada por actividades humanas, y los efectos del cambio climático sobre la distribución de sus presas.

Aunque pueda parecer sencillo, el estudio de las ballenas es un reto para los científicos: son animales que viven en el océano y, a pesar de su gran tamaño, pasan la mayor parte del tiempo sumergidos (no se ven), por lo que detectarlos supone, la mayoría de las veces, un reto extraordinario. Sin embargo, las costas de la Marina Alta (Dénia y Xàbia) nos brindan a los investigadores una oportunidad excelente para estudiar estos animales, ya que es posible detectarlos desde tierra.

El estudio sobre rorcuales en el Proyecto MysticMED combina equipos de observación desde tierra y desde el mar, y la colaboración de estos equipos de trabajo es fundamental para obtener datos de las ballenas en migración.

Desde tierra, un equipo de observadores se sitúa en puntos elevados de la costa. En nuestro caso, lo hacemos desde los acantilados del cabo de San Antonio. Utilizando prismáticos de largo alcance y telescopios terrestres, los llamados spotters (localizadores) registran la presencia de cetáceos, su dirección de desplazamiento, velocidad, comportamiento y distancia aproximada a la costa.

Estas observaciones permiten detectar animales a grandes distancias y coordinar el trabajo con el equipo acuático, que se encuentra en las embarcaciones. Aunque parezca mentira, los spotters son fundamentales para la detección y posterior estudio de estos misticetos. ¡Un 90 % de las ballenas que estudiamos son detectadas por el equipo de tierra! Esto es debido a su posición privilegiada en lo alto de los acantilados.

Desde el mar, un segundo equipo trabaja desde una embarcación de investigación de pequeño tamaño. Una vez localizados los rorcuales, se aproxima siguiendo protocolos que minimizan las molestias a los animales. Desde el barco se realizan fotografías de alta resolución de la aleta dorsal, pero especialmente de la zona dorsal del animal.

Además, para conseguir imágenes aéreas del animal utilizamos drones que, durante las últimas décadas, se han convertido en una herramienta muy valiosa para el estudio de cetáceos. Su uso permite obtener información de alta calidad de forma no invasiva, superando algunas de las limitaciones de las observaciones realizadas desde embarcaciones o desde tierra.




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Alta tecnología aplicada a la conservación de la biodiversidad

En el caso del rorcual común, los drones han permitido observar con precisión los patrones de pigmentación de la cabeza y la región dorsal, especialmente los denominados blaze y chevron. Estas marcas naturales son fundamentales para diferenciar individuos y han permitido elaborar catálogos fotográficos, documentar recapturas y mejorar el conocimiento sobre sus movimientos, uso del hábitat y dinámica poblacional en el Mediterráneo occidental.

Además, el uso de drones permite contabilizar el número exacto de ejemplares si se encuentran migrando en grupo, observar la presencia de madres con crías (que desde embarcaciones son muy difíciles de detectar), e incluso recolectar muestras de soplo simplemente colocando un pequeño recipiente en el dron y acercándolo con precisión a ese soplo, que presenta entre 3 y 4 metros de altura.

Por último, una de las técnicas más avanzadas utilizadas en el estudio de los rorcuales comunes es el marcaje satelital. Esta metodología consiste en la colocación temporal de dispositivos de seguimiento sobre los animales, los cuales transmiten información sobre su posición y movimientos a través de satélites en tiempo real.

Gracias a esta tecnología, es posible conocer con gran precisión las rutas migratorias, las áreas de alimentación y los patrones de uso del hábitat a escalas espaciales y temporales difíciles de estudiar mediante observación directa.

Estos datos contribuyen a identificar áreas de especial importancia para la conservación de la especie, evaluar posibles amenazas derivadas del tráfico marítimo y mejorar la gestión de espacios marinos donde la presencia de rorcuales es frecuente.

¿Qué sabemos hasta el momento… y qué nos falta por saber?

La población mediterránea de rorcual común está genéticamente diferenciada de las poblaciones atlánticas y utiliza de forma habitual áreas de alta productividad del Mediterráneo occidental, como el mar Balear, el Santuario Pelagos o las costas del Garraf. Gracias a técnicas mencionadas, sabemos que hay una población de entre 1 300 y 1 700 individuos, conocemos sus rutas de desplazamiento y la fidelidad de algunos a determinadas zonas.

Sin embargo, todavía se desconocen aspectos fundamentales, como la localización exacta de sus posibles áreas de reproducción, las diferencias migratorias entre sexos y edades, y el grado de intercambio de individuos entre el Mediterráneo y el Atlántico.

Además, es necesario comprender mejor cómo afectarán el cambio climático, el tráfico marítimo, el ruido submarino y otras amenazas a sus movimientos y conservación. Por ello, resulta imprescindible continuar los programas de seguimiento a largo plazo mediante fotoidentificación, drones y marcaje satelital.

The Conversation

El proyecto MysticMED cuenta con el apoyo de la Fundación Biodiversidad del Ministerio para la Transición Ecológica y el Reto Demográfico (MITECO), a través de la cofinanciación del Fondo Europeo de Desarrollo Regional (FEDER).

Maria Giovanna Gavin recibe fondos de el proyecto MysticMED, cuenta con el apoyo de la Fundación Biodiversidad del Ministerio para la Transición Ecológica y el Reto Demográfico (MITECO), a través de la cofinanciación del Fondo Europeo de Desarrollo Regional (FEDER).

– ref. ¿Por qué se pasea el segundo animal más grande del planeta por la costa mediterránea? – https://theconversation.com/por-que-se-pasea-el-segundo-animal-mas-grande-del-planeta-por-la-costa-mediterranea-286783

La Guerra Civil en las aulas: ¿la estamos enseñando bien?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Néstor Banderas Navarro, Profesor de Didáctica de las Ciencias Sociales, Universitat de València

EF Stock/Shutterstock

La Guerra Civil es un episodio de la historia reciente de España que dio lugar a la implantación de un sistema dictatorial represivo de casi cuarenta años. A noventa años de su inicio, forma parte de la memoria colectiva como un hecho traumático y conflictivo, y aún está presente en los debates ideológicos y políticos.

Su enseñanza resulta fundamental no solo para entender el pasado más o menos cercano, sino como conocimiento básico sobre el que construir una educación cívica y democrática antes de abandonar el sistema educativo.

Pero ¿es así? ¿Salen los chicos y chicas de la educación obligatoria entendiendo y habiendo estudiado este episodio del pasado, sus orígenes y sus efectos?




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¿Una asignatura pendiente?

Las leyes educativas han cambiado a menudo en los últimos años en España, pero todas han coincidido en no dar a este contenido histórico el tiempo y peso académico que merece.

Si bien se han dado algunos pasos en la última ley educativa, la realidad es que se puede dedicar muy poco tiempo en el aula a enseñar qué fue, cómo se desarrolló y por qué sucedió la guerra civil.

Únicamente se toca en 4º de la ESO, el último curso de educación secundaria obligatoria, dentro de la asignatura de Historia, que tiene tres horas semanales. En ese tiempo el temario incluye no solo la Historia Contemporánea española, sino también la europea, incluyendo movimientos e hitos en el campo del arte. En algunas autonomías como Madrid, Murcia o Extremadura se reduce el contenido al siglo XX, permitiendo más tiempo para trabajar estos procesos.




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Los estudiantes que continúan con Bachillerato más allá de la secundaria obligatoria se encuentran en el segundo curso la materia de Historia de España. En este nivel se centra en los siglos XIX y XX, aunque algunas autonomías incluyen también contenidos previos (por ejemplo, desde la prehistoria, en el caso de Madrid, o Edad Antigua en Murcia).

En este contexto, es muy difícil tratar contenidos como el de la guerra y la dictadura con la debida atención y profundidad. De ahí las importantes carencias formativas del alumnado en torno a estos temas: confusiones sobre ubicación cronológica básica, desconexión de la Guerra Civil con el contexto europeo, equiparación moral de los contendientes, desconocimiento del significado profundo de la represión…

Esta falta de conocimientos se traduce en ocasiones en una interpretación benévola por parte de la población española hacia el franquismo.

Carencias clave más allá del tiempo de clase

Además de estas dificultades estructurales en el tratamiento de la Guerra Civil, existen también otro tipo de factores limitantes.

En primer lugar, los libros de texto, que son los recursos más utilizados en las aulas de historia. A pesar de los avances innegables en la calidad de sus textos y recursos, siguen sin introducir con amplitud cuestiones clave como la represión, la perspectiva de género o los efectos de la guerra a nivel social.

Por ejemplo, todavía falta un tratamiento más claro de la realidad local de la represión, con ejemplos vinculados al contexto del alumnado, así como de la represión específica de género o la existencia de resistencias y transgresiones cuando se incluye a mujeres en el relato histórico.

En segundo lugar, la formación del profesorado, fundamental para suplir las carencias de los manuales escolares, depende mucho de los planes de estudio de los grados universitarios. Por ejemplo, en los estudios universitarios de Historia, en muchos casos, reproducen problemas similares a los que se ven en 4º de la ESO: temarios inabarcables y atención insuficiente a la conflictiva historia reciente.

Es decir, tampoco los docentes de Historia han estudiado en profundidad este periodo histórico en su formación universitaria.

Narrativas acríticas

Además de enseñarse poco, cuando se enseña, el tratamiento que se hace en el aula, en ocasiones, presenta problemas de reproducción de narrativas acríticas: que el conflicto era inevitable, o que la II República, el régimen durante el que se produjo el levantamiento que dio lugar a la guerra, fue responsable en parte o en la misma medida que los sublevados. Unos relatos que fueron apuntalados por la dictadura franquista en aras de construir su legitimidad.

Por último, la reciente consolidación de las extremas derechas a nivel mundial y español supone también un desafío. Especialmente por las posturas ambiguas o de abierta simpatía hacia el franquismo y por el rechazo a las políticas de memoria. Ello ha contribuido a normalizar y a legitimar la aparición de actitudes de conflictividad y reactividad en las aulas, dando por buenos discursos presentes en redes sociales sobre la guerra que distan mucho de lo investigado durante décadas desde la academia.




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Posibilidades y buenas prácticas

Ante esta realidad, resulta fundamental atender a las buenas prácticas que el profesorado está llevando a cabo en las aulas, tal y como se recoge en la reciente obra publicada Franquismo enseñado. Historia reciente y memoria democráticas en las aulas.

Una parte del profesorado, especialmente el comprometido con el tratamiento de la memoria democrática y con una historia escolar que contribuya a una ciudadanía crítica, toma decisiones didácticas conscientes al abordar la guerra.

Por ejemplo, haciéndolo desde el plano internacional, desde la historia sociocultural, teniendo en cuenta la agencia individual y colectiva, incorporando la experiencia de soldados, mujeres, niños y niñas, exiliados o focalizando la atención en la represión.

Todo ello mediante la inclusión de fuentes históricas diversas que se alejen del canon bélico con que a menudo ha sido enseñada la guerra. Por ejemplo, a partir de la introducción de fuentes orales disponibles en multitud de repositorios, examinando fotografías históricas, realizando itinerarios educativos con el fin de rastrear vestigios en nuestros pueblos y ciudades de la guerra (trincheras, edificios…), utilizando novelas gráficas, etc.

En definitiva, estas buenas prácticas muestran la necesidad de una acción consciente del profesorado para suplir carencias estructurales e insertar la historia reciente de España como contenido, posiblemente conflictivo, pero imprescindible para dotar de herramientas democráticas al alumnado.

The Conversation

Néstor Banderas Navarro no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. La Guerra Civil en las aulas: ¿la estamos enseñando bien? – https://theconversation.com/la-guerra-civil-en-las-aulas-la-estamos-ensenando-bien-285076

Cómo aprovechar nuestros residuos para combatir el calor nocturno

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Juan Miguel Requena Mullor, Docente e Investigador en el Área de Ecología, Universidad de Almería

Stokkete/Shutterstock

En invierno, el despertador nos obliga a abandonar el refugio de unas sábanas calientes. En verano ocurre lo contrario: retrasamos la hora de acostarnos porque la cama parece conservar el calor del día. Después de todo, en las noches tropicales, cada vez más frecuentes, la temperatura mínima no baja de 20 ºC.

Cuando las sábanas “queman”, encendemos el ventilador o el aire acondicionado. Pero dormir fresco consume energía. Para que nos hagamos una idea, un equipo que demande de media 1,2 kilovatios/h (3 000 frigorías) durante ocho horas consumiría 9,6 kilovatios: unos 1,54 euros por noche y 46,08 euros al mes, suponiendo un precio de 0,16 euros por kilovatio/h. Un ventilador de 50 vatios costaría unos 0,12 euros al mes, una reducción del coste considerable, pero no reduce realmente la temperatura de la estancia.

Son cifras orientativas, ya que el consumo real depende del equipo, la vivienda y la tarifa eléctrica.

Aire acondicionado y consumo energético

El impacto no acaba en la factura ni afecta igual a todos los hogares. Las noches tropicales son cada vez más habituales en el Mediterráneo y el mayor uso del aire acondicionado podría elevar el consumo energético global un 72 %. Si esa energía procede de combustibles fósiles, enfriar nuestras casas alimenta el mismo calentamiento que hace necesario refrigerarlas.

La buena noticia es que podemos recurrir a otras fuentes energéticas. En un nuevo estudio en Andalucía mostramos que estas noches se producen antes en zonas costeras densamente pobladas y los principales núcleos urbanos del interior y que, en muchos de esos lugares, existe un elevado potencial energético derivado de residuos de biomasa para cubrir la creciente demanda del aire acondicionado. Así, el problema y su posible solución coinciden en el espacio.

Dos realidades que se superponen

Nuestra investigación partió de una pregunta: ¿podemos identificar dónde llegará antes la presión energética asociada a las noches tropicales y comprobar si allí existe una fuente renovable capaz de ayudar a cubrirla?

Analizamos 3 194 localizaciones pobladas de Andalucía y calculamos cuándo se produjo la primera noche tropical de 2023. Que esta llegue antes puede alargar la temporada de noches tropicales y, con ella, la necesidad de refrigeración. Combinamos esa información con imágenes térmicas nocturnas satelitales y con estimaciones municipales del potencial energético de la biomasa residual.

La primera noche tropical llegó antes a las zonas costeras y, entre las grandes ciudades del interior, a Sevilla y Córdoba. Los espacios urbanos con vegetación y agua se asociaron a un retraso de su aparición.

El resultado más impactante fue que las zonas con mayor potencial energético de biomasa tendían también a experimentar antes su primera noche tropical, con una tasa de ocurrencia temprana estimada 2,4 veces mayor. Es decir, lugares con mayor necesidad potencial de refrigeración coinciden con áreas de elevado potencial energético a partir de residuos.




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Residuos para generar frío y calor

Poda de olivo, hueso de aceituna o cáscaras de frutos secos son ejemplos de biomasa generada como residuo en Andalucía. Su energía puede transformarse en electricidad para alimentar equipos de refrigeración o aprovecharse térmicamente en sistemas de climatización de frío y calor. La idea no es puramente teórica. En la Universidad de Minnesota Morris (EE UU ), residuos del cultivo de maíz alimentan un sistema de biomasa que produce calefacción y refrigeración.

Andalucía parte de una posición destacada. Los últimos datos de la Agencia Andaluza de la Energía muestran que cuenta con 17 instalaciones de generación eléctrica a partir de biomasa que suman 274 megavatios de potencia. Sin embargo, esta cifra permanece estancada desde 2019, mientras que la potencia fotovoltaica ha pasado de 1 808,2 MW en 2019 a 11 695,6 MW en 2025.

La biomasa mantiene, además, una fuerte tradición ligada a la industria oleícola, la calefacción y el agua caliente. La pregunta es: ¿estamos planificando su uso pensando en la creciente demanda de refrigeración durante las noches tropicales?




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Antes de ocupar más suelo, optimicemos el uso de la biomasa

La transición energética no puede recurrir solo a unas pocas tecnologías, como la fotovoltaica. Andalucía dispone también de un elevado potencial energético en sus residuos agrícolas, forestales, ganaderos, industriales y urbanos.

Nuestro estudio muestra que parte de ese potencial se concentra donde las noches tropicales llegan antes y la demanda de refrigeración puede prolongarse. Esto convierte a la biomasa residual en un actor primario de la transición energética.

Aprovechar residuos que ya generamos para producir electricidad permitiría diversificar la oferta de renovables, reduciendo la actual presión de ocupación del territorio con infraestructuras fotovoltaicas. Además, frente a la solar o la eólica, la biomasa puede almacenarse y gestionarse con mayor flexibilidad. La clave está en planificar su aprovechamiento según la disponibilidad del recurso, la logística, la sostenibilidad y la capacidad de la red.

Producir energía es solo una mitad de la respuesta. Nuestro estudio también mostró que la presencia de vegetación y agua se asociaba con una reducción del 17 % en la tasa diaria de aparición de la primera noche tropical. Necesitamos producir energía de otra manera, pero también diseñar ciudades que necesiten menos energía para enfriarse.

Si durante las noches tropicales las sábanas “queman”, podemos encontrar parte de la energía que necesitamos para dormir más frescos en los residuos que ya generamos. Solo falta aprovechar más su potencial.

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Juan Miguel Requena Mullor está financiado por la Universidad de Almería y el Ministerio de Ciencia, Innovación y Universidades.

– ref. Cómo aprovechar nuestros residuos para combatir el calor nocturno – https://theconversation.com/como-aprovechar-nuestros-residuos-para-combatir-el-calor-nocturno-286601

De los baños de mar al turismo de masas: cómo han cambiado las vacaciones en España

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Ángel Rodríguez-Pallas, Assistant Professor of Tourism, Universidade da Coruña

Baños de ola en la playa de Santander, Sardinero, en entre 1911 y 1913. Wikimedia Commons

Cada verano, millones de ciudadanos cargan su vehículo o toman un tren o un avión para pasar unos días fuera. La época estival se asocia a un viaje, una marcha. Sin embargo, el veraneo y las vacaciones no aparecieron en el mismo momento.

En España, muchas personas ya disfrutaban del estío lejos de su residencia habitual antes de la existencia de las vacaciones pagadas. De hecho, estas fueron reconocidas por la legislación antes de que la mayoría de los españoles pudiera permitirse el lujo de viajar.

El veraneo de élite: salud y prestigio

Durante una buena parte del siglo XIX, los viajes estivales guardaban una estrecha relación con el termalismo. Balnearios como los de Archena, Panticosa o Mondariz ofrecían tratamientos empleando aguas mineromedicinales, pero también alojamiento, paseos y una selecta vida social. Estos complejos se posicionaron como espacios de ocio para la corte, la aristocracia y la burguesía acomodada.

Postal en la que aparece dibujado un balneario entre montañas.
Postal promocionando el balneario de Panticosa (Huesca) a principios del siglo XX.
Wikimedia Commons

Con posterioridad, los baños de mar ganaron prestigio. En 1845, la reina Isabel II se desplazó a San Sebastián para tomarlos. La playa, en ese momento, todavía no se asociaba con el bronceado: se acudía a ella por prescripción médica y respetando unas rigurosas normas de decoro. Santander y San Sebastián se consolidaron como los destinos de aquel veraneo elegante, reservado solo a unos cuantos privilegiados.

El nacimiento del “turista”

En el año 1836, Thomas Roscoe publicaba en el Reino Unido la obra The Tourist in Spain. El libro empleaba el término tourist para describir a las personas que recorrían el país. Sin embargo, no fue hasta el año 1925 cuando el diccionario de la Real Academia Española incluyó las palabras “turista” y “turismo”.

Fotografía en blanco y negro de unos niños jugando en el agua del mar a principios de los años 30.
Niños en la playa de San Sebastián en 1932. Archivo Fotográfico del Patronato Nacional de Turismo (II República 1931-1939) Fotógrafo: Ilse Steinhoff.
Biblioteca de la Facultad de Empresa y Gestión Pública (Universidad de Zaragoza), CC BY-SA

Para entonces, en España ya existían casas de baño, hoteles, agencias de viajes y transportes orientados al visitante. Del mismo modo, la política turística comenzó a organizarse: la Comisión Nacional se creó en 1905, la Comisión Regia en 1911 y el Patronato Nacional de Turismo nació en 1928.

Entre 1931 y 1934, los viajes realizados por los españoles dentro del país representaban entre el 60 % y el 70 % de la actividad turística. Aun así, el fenómeno era marginal: probablemente solo entre un 3,5 % y un 6,2 % de la población total hacía turismo.

El descanso se convierte en ley

La Ley de Contrato de Trabajo de 1931, durante la Segunda República, reconoció al menos siete días de vacaciones anuales remuneradas. El descanso comenzaba a dejar de ser un privilegio.

Pero una semana libre no pagaba el medio de transporte ni los gastos de la estancia. Poco después, la Guerra Civil y la Segunda Guerra Mundial truncaron la tendencia. En España, la pobreza de la posguerra, el deterioro de las infraestructuras y la escasez de combustible mantuvieron la movilidad en niveles verdaderamente bajos.

El motor europeo de la posguerra

El fin de la Segunda Guerra Mundial cambió el escenario. Europa Occidental comenzó un largo período de reconstrucción, crecimiento económico y relativa estabilidad. El empleo, los salarios y el tiempo libre aumentaron. Se extendieron las vacaciones remuneradas, el automóvil pasó a ser accesible y la aviación comercial, junto a los vuelos chárter, logró abaratar los viajes.

España se sumó a esta realidad europea más tarde. La dictadura franquista quedó aislada tras la derrota de las potencias fascistas. Fue excluida del Plan Marshall y no se incorporó a la ONU hasta 1955, aunque la Guerra Fría favoreció su posterior integración en el bloque occidental.

Sol, playa y divisas para la dictadura

El régimen comprendió muy pronto que el turismo podía aportar las apreciadas divisas y, al mismo tiempo, contribuir a mejorar su imagen exterior. Esta doble función se vio reflejada en 1951 con la creación del Ministerio de Información y Turismo.

El gran punto de inflexión llegó en 1959 con el Plan de Estabilización. La devaluación de la peseta, la apertura económica y las facilidades concedidas a la inversión exterior contribuyeron a que España resultase especialmente barata para los europeos.

Imagen en blanco y negro de una playa abarrotada de gente.
Playa de Illetes en Mallorca, alrededor de 1960. Fotografía de Antonio Verdugo.
Biblioteca de la Facultad de Empresa y Gestión Pública, Universidad de Zaragoza, CC BY-SA

Las cifras históricas de este boom deben ser tratadas con cautela, puesto que las distintas series de la época contabilizaban a los turistas, visitantes y entradas por frontera de forma diferente. De acuerdo con los datos manejados por Rafael Vallejo, catedrático de Historia e Instituciones Económicas en la Universidade de Vigo, España pasó de recibir 430 000 turistas extranjeros en 1950 a 4,3 millones en 1960, 11,1 millones en 1965 y 31,6 millones en 1973.

Entre 1961 y 1970, Europa originó alrededor del 80 % de las entradas extranjeras. Francia se consolidó como el principal mercado emisor, acaparando casi la mitad del flujo europeo. La cercanía geográfica y la generalización del uso del automóvil explican el temprano protagonismo de las costas catalanas.

Así, una dictadura políticamente cerrada abría sus playas a ciudadanos de democracias europeas. El turismo no trajo por sí mismo la democracia al país, pero acercó a muchos españoles a otros modos de vivir.

Turoperadores y dependencia exterior

El boom turístico no fue únicamente obra del Estado ni de la masa empresarial nacional. Los grandes turoperadores europeos organizaban paquetes con transporte y alojamiento, negociando precios muy bajos con los establecimientos locales.

Fotografía en blanco y negro de cuatro chicas jóvenes en bañador paseando por una playa.
Jóvenes en la playa de Fuengirola (Málaga) en 1957. Fotografía de Roberto Arranz.
Biblioteca de la Facultad de Empresa y Gestión Pública (Universidad de Zaragoza), CC BY-SA

El capital extranjero también llegó a hoteles, apartamentos y desarrollos inmobiliarios, especialmente en las islas Baleares y Canarias, así como en la Costa del Sol y el litoral mediterráneo. De este modo, buena parte del gasto generado por los turistas retornaba a sus países de origen, desde los que operaban las grandes agencias de viajes. El turismo impulsó la economía española, pero también generó nuevas formas de dependencia.

Democratización: vacaciones para la mayoría

Los extranjeros se convirtieron en el icono del boom, pero no fueron los únicos protagonistas. El aumento de la renta, la mayor estabilidad en el empleo urbano, el acceso al coche propio y las vacaciones pagadas permitieron que cada vez más españoles pudiesen viajar.

Unos se alojaban en hoteles, apartamentos o campings. Otros regresaban a la casa familiar del pueblo, una práctica con escasa visibilidad en las estadísticas pero esencial para entender el veraneo español.

Fotografía difuminada de una plaza del pueblo decorada con banderines para las fiestas.
El pueblo y sus fiestas de verano son un clásico de las vacaciones españolas.
Goyo de Parla/Wikimedia Commons, CC BY-SA

España no aprendió a veranear en los años sesenta. Lo que cambió fue la escala. El veraneo pasó de ser un signo de estatus social a convertirse, primero, en un derecho y, con posterioridad, en un consumo de masas.

Sin embargo, disponer de vacaciones continúa sin garantizar el viaje. La renta, el empleo y el precio del transporte o del alojamiento siguen condicionando hoy en día quién sale de vacaciones y durante cuánto tiempo.

La sombrilla actual es heredera de los balnearios y de los baños de mar, pero también de la paz en Europa, las conquistas laborales, la apertura económica de la dictadura, el coche, el avión y el capital procedente del exterior.


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The Conversation

Ángel Rodríguez-Pallas no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. De los baños de mar al turismo de masas: cómo han cambiado las vacaciones en España – https://theconversation.com/de-los-banos-de-mar-al-turismo-de-masas-como-han-cambiado-las-vacaciones-en-espana-286091

Vous écoutez de la musique pour vous concentrer sur votre travail ? Ce n’est pas toujours la bonne stratégie

Source: The Conversation – in French – By Bridget K. Daleiden, Ph.D., Instructor in educational psychology, University of Nevada, Las Vegas

L’idée que la musique classique pourrait aider à mémoriser et traiter de nouvelles informations a longtemps circulé. Qu’en penser ? Cela ne dépend-il pas en fait d’un ensemble de circonstances plus large ?


Entrez dans n’importe quelle bibliothèque universitaire et vous verrez sans doute des étudiants portant des écouteurs, en train d’écouter de la musique.

L’idée que la musique puisse favoriser l’apprentissage circule depuis plusieurs décennies. L’« effet Mozart » est un concept largement connu en psychologie populaire. Formulé pour la première fois dans un article publié en 1993, il désigne l’hypothèse selon laquelle l’écoute de musique classique améliorerait la mémorisation ainsi que le traitement de nouvelles informations.

En tant que psychologue de l’éducation spécialisée dans l’étude de la cognition et de la motivation, mes recherches portent sur la manière dont les étudiants régulent leurs apprentissages et leur attention face aux distractions numériques.

Écouter de la musique est une stratégie que les étudiants utilisent couramment pour tenter de rester concentrés.

Peut-on dire cependant si la musique favorise ou non les apprentissages ? Il n’y a pas de réponse simple à cette question

Comment la musique peut faciliter ou perturber l’étude

Les chercheurs s’accordent généralement à dire que la relation entre la musique et l’apprentissage est complexe. Les effets de la musique sur l’étude et d’autres tâches exigeantes sur le plan cognitif semblent dépendre du type de tâche effectuée, du genre musical et des élèves eux-mêmes.

Certains chercheurs affirment que la musique aide les élèves à se concentrer, à améliorer leur humeur et apprendre de manière générale. D’autres ont constaté que l’écoute de la musique perturbe la réflexion, en particulier lorsqu’elle est rapide et forte, ou lorsqu’elle comporte des paroles.

J’ai cherché à mieux comprendre ce qui se cache derrière ces résultats contradictoires concernant la musique et la concentration. Dans le cadre d’une étude menée au cours des deux dernières années, j’ai interrogé 163 étudiants sur leurs habitudes d’écoute musicale lorsqu’ils lisent des manuels, rédigent des dissertations, résolvent des problèmes de maths et révisent pour leurs examens – et sur les moments où ils appuient sur le bouton « pause ».

Il n’y a pas d’approche universelle

L’une de mes principales découvertes est que la musique aide les élèves à se sentir plus impliqués, motivés ou à l’aise lorsqu’ils étudient. Mais cette réaction varie en fonction de la musique qu’ils choisissent, du type de tâche sur laquelle ils travaillent et de la confiance qu’ils ont en leur propre capacité de concentration.

Environ 67 % des élèves que j’ai interrogés ont déclaré avoir recours à la musique pour améliorer leur concentration, tandis que 75 % ont indiqué l’utiliser pour renforcer leur motivation.

« J’utilise la musique comme l’une de mes principales sources de motivation pour étudier, surtout quand il s’agit d’un sujet qui ne m’intéresse pas. Je sais bien identifier cela et en tirer parti », a expliqué une étudiante de 21 ans en dernière année de psychologie.

Tous les étudiants à qui j’ai parlé s’accordaient à dire que la nature des tâches qu’ils effectuaient – ainsi que le niveau de difficulté du projet en cours – influençait leur décision d’écouter de la musique ou non, ainsi que le type de musique qu’ils choisissaient.

Les étudiants ont également évoqué les diverses raisons d’éviter la musique, notamment les paroles qui les distrayaient.

« J’ai remarqué que si j’écoute un morceau que je peux chanter, j’ai beaucoup plus de mal à étudier », a expliqué une étudiante de 22 ans spécialisée en éducation musicale.

Dans certains cas, les étudiants ont indiqué que même la musique instrumentale ne les aidait pas à mieux se concentrer.

« Même s’il s’agit de musique instrumentale, j’ai l’impression de devoir me concentrer sur la musique plutôt que sur ce que je lis », a confié un étudiant de 19 ans en formation pour devenir enseignant dans le secondaire.

Beaucoup ont déclaré écouter de la musique pour éviter l’ennui, améliorer leur humeur et, de manière générale, rendre l’étude plus agréable.

« La musique m’aide à avoir l’impression que je peux continuer encore et encore à écrire », a déclaré une étudiante de 20 ans en psychologie.

La question de la confiance en soi

Afin de déterminer dans quelle mesure l’écoute de musique influence les apprentissages, j’ai mené une enquête auprès de 103 étudiants de premier cycle.

Près de la moitié d’entre eux ont déclaré écouter de la musique lorsqu’ils lisaient, et 68 % ont indiqué qu’ils en écoutaient lorsqu’ils écrivaient. Environ 70 % ont déclaré écouter de la musique lorsqu’ils résolvaient des problèmes de mathématiques, et environ 30 % ont indiqué qu’ils en écoutaient systématiquement, quelle que soit la tâche à accomplir.

Les étudiants présentaient également des différences au niveau de la confiance dans leur capacité à rester concentrés. Ces convictions influençaient le choix du moment où ils décidaient d’écouter de la musique et celui où ils préféraient travailler en silence.

Un étudiant de 26 ans, en formation d’enseignant et de géologie, a déclaré qu’il étudierait en musique à une condition : « s’il s’agit d’une matière avec laquelle je me sens plus à l’aise ou que je connais mieux. Mais pour une matière qui me pose vraiment des difficultés, je pense que je m’en passe ».

J’ai également constaté que les étudiants qui étaient statistiquement plus motivés et plus confiants avaient tendance à écouter de la musique lorsqu’ils révisaient pour leurs examens et à se concentrer sur leur lecture.

Écouter ou ne pas écouter ?

La musique n’est une garantie ni de distraction ni d’aide à l’étude. En revanche, les apprenants peuvent tirer profit d’une utilisation stratégique de la musique, en l’adaptant à la tâche à accomplir et à leurs propres besoins.

Au final, retarder la gratification en utilisant la musique comme récompense est probablement plus efficace que de l’utiliser systématiquement. Plutôt que de partir du principe que la musique améliore la concentration, les élèves devraient réfléchir aux moments où elle les aide à rester motivés et à ceux où elle devient une distraction supplémentaire qui détourne leur attention.

Si vous comptez écouter de la musique pendant que vous étudiez, pensez à choisir des morceaux moins distrayants pour les tâches difficiles. La playlist qui vous motive pour les tâches routinières risque de vous déconcentrer lorsque vous vous attaquez à un travail plus exigeant.

Pour les étudiants qui ont du mal à se lancer dans un devoir ou à rester concentrés pendant une longue session d’étude, la musique peut aider à rendre le travail plus supportable. Cependant, dès qu’elle commence à nuire à la concentration, il est peut-être temps de passer au bruit blanc, en particulier lorsque l’on étudie dans un environnement source de distractions, comme une bibliothèque bondée ou un café bruyant.

La lecture et l’écriture reposent toutes deux en grande partie sur le traitement du langage. Les chansons dont les paroles sont très présentes peuvent rendre plus difficile la concentration sur la lecture et l’écriture. Dans mon étude, les étudiants qui savaient le mieux aménager leur espace de travail préféraient la musique instrumentale à la musique avec des paroles, souvent pour couvrir les bruits de fond gênants et améliorer leur concentration.

Comme me m’expliquait une étudiante de 20 ans spécialisée dans l’enseignement secondaire : « Je commencerais probablement sans musique, puis, si je me rends compte que j’avais vraiment du mal, je la mettrais pour voir si ça m’aide. »

The Conversation

Bridget K. Daleiden, Ph.D. ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Vous écoutez de la musique pour vous concentrer sur votre travail ? Ce n’est pas toujours la bonne stratégie – https://theconversation.com/vous-ecoutez-de-la-musique-pour-vous-concentrer-sur-votre-travail-ce-nest-pas-toujours-la-bonne-strategie-286709

Cosmétiques, médicaments, gels douches… Pourquoi l’omniprésence du polyéthylène glycol pose question, et que sont les POx, qui pourraient le remplacer ?

Source: The Conversation – in French – By Oksana Krupka, Professor, Université d’Angers

Les polyéthylène glycols (PEGs) figurent parmi les ingrédients que l’on retrouve fréquemment dans les notices de cosmétiques, de médicaments ou encore de vaccins. Cependant, leur usage est aujourd’hui de plus en plus questionné, notamment en raison de leurs effets avérés ou supposés sur la santé et l’environnement. Ces interrogations s’inscrivent dans un contexte plus large : celui de la recherche de polymères plus sûrs, mieux contrôlés et plus durables.


Gels douche, shampoings, lubrifiants, gels hydroalcooliques, vaccins et médicaments, crèmes hydratantes ou peintures… Les polyéthylènes glycols (PEGs) sont présents dans de nombreux produits du quotidien.

Appréciés pour leur capacité à améliorer la solubilité de nombreuses substances actives, ainsi que pour leur coût modéré et la simplicité de leur production, cette famille de composés s’est imposée dans de nombreux secteurs industriels, de la pharmacie à la chimie, ou encore dans la fabrication de détergents, de peintures et d’encres.

Longtemps considérés comme des substances inertes, les PEGs font aujourd’hui l’objet de débats en raison de leur origine pétrochimique, de leur faible biodégradabilité, et de certaines interrogations concernant leurs effets à long terme sur la santé ou l’environnement.

Dans ce contexte, la recherche de solutions alternatives s’intensifie. Parmi les familles de polymères explorées, les poly(2-oxazolines) (POx) font aujourd’hui l’objet d’une attention croissante, car leurs propriétés en font de prometteurs candidats au remplacement des PEGs.

Qu’est-ce que le polyéthylène glycol ?

Issus de la pétrochimie, les PEGs forment une large famille de composés utilisés à grande échelle en cosmétique et pharmacie. Concrètement, le polyéthylène glycol (PEG) est un polymère constitué par la répétition d’une même unité de base, l’oxyde d’éthylène.

Les différentes sortes de PEGs se distinguent principalement par leur poids moléculaire, qui dépend du nombre d’unités répétées dans la chaîne. C’est ce poids (exprimé en g/mol) qui figure dans leur nom : PEG-40, PEG-400, etc. Certains laxatifs, comme le macrogol, correspondent à des PEGs de masse moléculaire élevée (PEG-3350 ou 4000).

Ce poids moléculaire influence directement les propriétés physiques des PEGs. En dessous d’environ 500 g/mol, ils sont généralement liquides et plutôt utilisés dans les formulations cosmétiques. À mesure que leur poids moléculaire augmente, ils deviennent plus visqueux, puis huileux ou cireux, ce qui est recherché dans certaines formulations pharmaceutiques ou pour certains additifs industriels.

Des polymères polyvalents

Les PEGs sont souvent qualifiés de « couteaux suisses » de la cosmétique moderne. Peu coûteux et polyvalents, ils remplissent plusieurs fonctions dans les formulations.

Hydrophiles, ils retiennent l’eau et participent à l’hydratation de la peau en formant un film limitant l’évaporation. Ils agissent également comme émulsifiants, stabilisant les mélanges eau/huile dans les crèmes et lotions. Enfin, ils facilitent l’élimination des impuretés grasses dans les produits lavants.

Ces propriétés expliquent leur large utilisation dans les cosmétiques, mais aussi leur rôle d’excipients dans les médicaments, où ils améliorent la solubilité ou la stabilité des principes actifs.

Dans l’alimentation et les produits d’entretien, certains dérivés sont également autorisés comme agents technologiques, mais dans un cadre réglementaire plus strict.

Vaccins à ARNm : le PEG, un ingrédient clé

Les PEGs ont également joué un rôle important dans le développement des vaccins à ARN messager (ARNm), comme ceux destinés à lutter contre le SARS-CoV-2, responsable de la pandémie de Covid-19.

L’ARNm étant fragile, il doit être protégé pour atteindre les cellules sans être dégradé. Cette fonction est assurée par de minuscules vésicules,appelées « nanoparticules lipidiques », capables d’encapsuler l’ARNm et de faciliter son entrée dans les cellules.

Ces nanoparticules sont constituées de différents lipides et surfactants (substances ayant un composant hydrophobe – qui exclue l’eau – et un composant hydrophile – qui présente une affinité pour l’eau). Parmi ceux-ci figure un lipide « PEGylé », c’est-à-dire portant une chaîne de PEG.

Celui-ci joue un rôle clé dans la stabilisation des nanoparticules lipidiques qui transportent l’ARNm, en limitant leur agrégation et en contrôlant leurs interactions avec le milieu biologique.

Il forme également une couche hydrophile à leur surface, qui les rend moins visibles pour le système immunitaire. Cet effet furtif prolonge leur circulation dans l’organisme et contribue ainsi à améliorer l’efficacité de la délivrance de l’ARNm.

Les limites des PEGs

Malgré leur succès industriel, les PEGs ne sont pas exempts de limites. Leur fabrication peut laisser des traces de sous-produits, notamment l’oxyde d’éthylène ou le 1,4-dioxane. Tous deux toxiques et cancérigènes, ils sont strictement encadrés et sont normalement absents des produits finis.

Sur le plan biologique, des réponses immunitaires ont été observées chez certaines personnes exposées aux PEGs, se traduisant par la production d’anticorps anti-PEG. Dans de rares cas, ces réactions peuvent être associées à des réactions allergiques, voire à des épisodes d’anaphylaxie, notamment après l’administration de certains médicaments ou vaccins. Il faut cependant souligner que ces événements restent très rares au regard des millions de doses administrées.

Enfin, la biodégradabilité des PEGs soulève des questions environnementales. S’ils sont majoritairement éliminés par voie rénale lorsqu’ils sont de faible masse molaire, certains PEGs peuvent persister dans les milieux aquatiques, sans que leurs effets écotoxicologiques à long terme soient pleinement établis.

Face à ces limites, d’autres polymères, les poly(2-oxazolines) (POx), suscitent un intérêt croissant.

La redécouverte de polymères anciens : les POx

Connus depuis les années 1960, les POx ont longtemps été peu exploités, notamment en raison de procédés de synthèse moins standardisés et moins industrialisés que ceux des PEGs.

Les progrès récents en chimie des polymères ont toutefois permis de mieux contrôler leur fabrication et de relancer l’intérêt pour ces matériaux.

Contrairement aux PEGs, les POx sont plus facilement « fonctionnalisables ». Ce terme désigne la possibilité de modifier chimiquement leurs extrémités ou leur chaîne pour y greffer d’autres unités moléculaires, tels que des sondes fluorescentes ou ligands biologiques (des molécules ayant la capacité d’interagir avec d’autres molécules). Ce contrôle fin de leur architecture et cette modularité offre une plus grande flexibilité dans la conception de systèmes thérapeutiques.

De ce fait, les POx présentent plusieurs propriétés qui intéressent les chercheurs en nanomédecine.

Des propriétés intéressantes pour la nanomédecine

Selon les études disponibles, les POx présentent une faible immunogénicité (la capacité à déclencher une réaction du système immunitaire). Cela signifie qu’ils sont mieux tolérés par le corps humain.

Il s’agit là d’un avantage majeur, notamment dans les domaines de la vaccination ou de la lutte contre le cancer. En effet, le faible pouvoir immunogène des POx en fait des candidats intéressants pour un usage répété, y compris chez des patients déjà sensibilisés à d’autres polymères, comme les PEGs.

Par ailleurs, la biodégradabilité des POx peut être modulée chimiquement. Il est de ce fait possible de concevoir des structures qui restent stables pendant le temps nécessaire à leur action thérapeutique, puis se dégradent ensuite dans l’organisme de manière contrôlée.

Cette dégradation peut être influencée par des stimuli biologiques, tels qu’un changement de pH, la présence de certaines enzymes ou un environnement chimique spécifique. Cette capacité ouvre la voie à une médecine ajustée aux besoins thérapeutiques, notamment pour les traitements de longue durée ou à fortes doses.

Enfin, le comportement des POx peut-être modifié par la température. Cette propriété, appelée thermosensibilité, est particulièrement utile en formulation galénique (l’art de transformer un principe actif en médicament administrable). Elle permet, par exemple, de créer des gels injectables qui sont liquides à température ambiante, mais se solidifient dans le corps, ou inversement.

Cette capacité à « s’adapter » ouvre des perspectives intéressantes pour des applications en libération contrôlée de médicaments ou en administration ciblée.

Applications et limites des POx

Ces propriétés font des POx des candidats prometteurs pour la vectorisation de médicaments, notamment dans le domaine de la lutte contre le cancer.

Des systèmes sont actuellement explorés pour améliorer la délivrance de chimiothérapies, comme les taxanes (des médicaments dérivés de l’if, parmi lesquels figure, par exemple, le paclitaxel). Ces expérimentations en sont actuellement principalement au stade préclinique ou des premiers essais.

Des applications sont également à l’étude dans le domaine des vaccins et de la cosmétique, mais elles restent encore expérimentales.

Une alternative en développement, pas un remplacement immédiat

Pour conclure, soulignons que pour l’instant, les POx ne constituent pas encore une alternative établie. Leur industrialisation est en cours, mais leur production peut s’avérer plus complexe et moins standardisée que celle des PEGs.

Par ailleurs, les données toxicologiques à long terme et leur devenir dans l’environnement restent encore limités, ce qui impose une certaine prudence.

À l’heure actuelle, les POx ne remplacent donc pas les PEGs, mais ils constituent une piste complémentaire, explorée pour des applications spécifiques où la modularité chimique et la tolérance immunologique sont déterminantes.

Leur développement à plus grande échelle dépendra autant des avancées scientifiques que de leur capacité à être produits de manière reproductible, sûre et économiquement viable.

The Conversation

Oksana Krupka a reçu des financements de l’Agence nationale de la recherche (ANR-22-CPJ1-0026-01).

– ref. Cosmétiques, médicaments, gels douches… Pourquoi l’omniprésence du polyéthylène glycol pose question, et que sont les POx, qui pourraient le remplacer ? – https://theconversation.com/cosmetiques-medicaments-gels-douches-pourquoi-lomnipresence-du-polyethylene-glycol-pose-question-et-que-sont-les-pox-qui-pourraient-le-remplacer-286172