Face aux marchés, Andy Burnham aura-t-il les moyens de ses ambitions ?

Source: The Conversation – in French – By Patrick Le Galès, Directeur de recherche CNRS, Centre d’études européennes et de politique comparée (CEE), Sciences Po

Keir Starmer ayant démissionné le 22 juin dernier, Andy Burnham s’apprête à s’installer au 10, Downing Street. Dix ans après le référendum de 2016, les promesses du Brexit n’ont été que partiellement tenues, tant le Royaume-Uni et l’Union européenne restent étroitement imbriqués. Dans ce contexte, les exigences des marchés financiers continuent de peser lourdement sur l’action des gouvernements britanniques successifs, qui peinent à répondre aux besoins du pays. État des lieux, à l’aube de l’arrivée du septième premier ministre de la décennie.


Andy Burnham se prépare à succéder à Keir Starmer au poste de premier ministre, sans doute le 20 juillet. À rebours aussi bien du thatchérisme que du New Labour en place de 1997 à 2010 (il fut l’un des ministres de Gordon Brown), l’ancien maire de Manchester esquisse un projet réformiste « soft left » qui vise à la fois à mobiliser et à reconfigurer l’État britannique.

Il promeut un État activiste qui contrôle les infrastructures, protège le niveau de vie de la population et doit engager une décentralisation — en dehors des périphéries celtiques, l’État est hyper-centralisé — ainsi qu’un rapprochement avec l’Union européenne… mais pas trop.

Un État européanisé lost in transition

Tik Tok the Brexit clock. Dix ans après le vote en faveur du Brexit les négociations entre l’Union européenne et le Royaume-Uni s’étirent, sans fin, au gré d’accords partiels, d’échecs, d’incompréhensions et de défiance. Dé-européaniser l’État, ou l’européaniser autrement, s’avère particulièrement complexe. Les Britanniques se heurtent au mirage de la souveraineté dans un monde où les pays sont plus interdépendants que jamais.

L’Europe avait contribué à transformer l’État britannique. Elle avait favorisé la constitutionnalisation de certaines lois, renforcé le rôle des juges dans l’arbitrage des conflits et, à travers la juridiction européenne et son interprétation, accru l’autonomie du pouvoir judiciaire vis-à-vis du pouvoir législatif. Ces contraintes juridiques et institutionnelles ont profondément affecté le « modèle de Westminster », caractérisé par la souveraineté du Parlement, une Constitution non écrite, une centralisation du pouvoir autour du premier ministre et un exécutif dont les membres sont collectivement et individuellement responsables devant le Parlement.

Le Brexit était présenté comme le retour à la souveraineté pleine et entière de l’État, loin d’une Union européenne décrite dans le programme du Parti conservateur comme « too big, bossy, bureaucratic and undemocratic »(« trop volumineuse, trop dirigiste, trop bureaucratique et non démocratique »). Il promettait un nouvel élan porté par un gouvernement et un Parlement libérés des contraintes bruxelloises.

Les fantasmes de grandeur impériale de Global Britain apparaissent aujourd’hui englués dans les difficultés économiques, la crise sociale, les inégalités territoriales, les velléités d’autonomie et d’indépendance du Pays de Galles, de l’Écosse et de l’Irlande du Nord, la fragmentation des partis et les difficultés de l’État.

Le Brexit a engagé un processus de longue haleine de dé-européanisation du droit, des organisations, des régulations… mais a surtout imposé une adaptation permanente aux évolutions des règles européennes. En matière de normes, de standards et de réglementations, les autorités britanniques sont partagées entre d’une part le souhait de renforcer la compétitivité et l’attractivité de l’économie par le développement de la concurrence et l’abaissement des normes, et d’autre part celui de limiter les divergences avec les Européens afin de préserver les échanges commerciaux et d’éviter d’éventuelles sanctions.

Dans la majorité des secteurs, le gouvernement a choisi la continuité. Certes, les lois relatives au retrait de l’Union ont mis fin à l’application directe de la législation européenne ; cependant, dans les faits, une partie des modifications s’est limitée à remplacer dans la loi les termes « Union européenne » par « Royaume-Uni ». Dans la plupart des cas, on a observé un simple transfert ou une adoption des règles européennes, ou encore la reconnaissance mutuelle des standards.

Dans d’autres domaines, en revanche, les tensions persistent. C’est notamment le cas de l’alimentation, de l’environnement, de la pêche et surtout de la finance, dont profite la City de Londres. De même, en matière d’intelligence artificielle, une régulation plus faible est privilégiée outre-Manche afin d’attirer les investisseurs.

Un État plus dépendant de la City

Comme ailleurs en Europe, et peut-être davantage, l’État britannique peine à gérer les crises, à améliorer le niveau de vie, à protéger les citoyens contre les chocs extérieurs, à maintenir la qualité des services de l’État-providence ou des grands réseaux d’infrastructure, et à anticiper la transition écologique. Autant d’éléments au cœur du programme d’Andy Burnham. L’impopularité de Keir Starmer s’explique en partie par l’impuissance de son gouvernement en la matière.

Les élites des pays européens ne rendent pas seulement des comptes à leurs électeurs et à l’UE. Elles sont aussi dépendantes des marchés financiers et des grandes entreprises, si bien que Wolfgang Streeck qualifie ces États d’« États de consolidation budgétaire », c’est-à-dire d’États dont la priorité est de préserver la confiance des créanciers et des marchés financiers avant même de répondre aux demandes sociales.

Le bref épisode du gouvernement Liz Truss, en septembre-octobre 2022, en a fourni un exemple notable. Les projets économiques de Truss, radicalement néolibéraux, ont provoqué l’ire des marchés et une fuite des capitaux, contraignant le gouvernement à démissionner.

Côté travailliste, Keir Starmer et sa ministre des finances Rachel Reeves ont pris bien soin de s’engager sur des trajectoires budgétaires incrémentales et prévisibles. Andy Burnham se veut plus interventionniste et plus à gauche, mais cherche à rassurer les marchés financiers sur ses intentions, car ils frémissent déjà et multiplient les avertissements.

L’UE protège partiellement ses pays membres d’une influence plus directe des marchés et des contraintes qu’ils exercent sur leurs choix politiques et budgétaires. Le Royaume-Uni dispose certes d’une plus grande souveraineté politique mais, avec une dette s’élevant à 93,5 % du PIB (selon l’OCDE) et du fait du poids considérable de la finance dans son économie, ses choix politiques sont devenus encore plus sensibles aux réactions des marchés financiers. La capture d’une partie de l’État par les intérêts économiques, notamment ceux de la City, apparaît de plus en plus nettement.

Une affiche d’Andy Burnham (« Votez Andy pour nous ») devant le quartier général de sa campagne législative partielle, le 18 juin 2026.
Rathfelder/Wikimedia, CC BY-NC-ND

Les ménages britanniques ont le sentiment de perdre sur tous les tableaux, l’État s’avérant par ailleurs incapable de réduire des inégalités de richesse plus marquées qu’en Europe, tant en termes de revenu que de patrimoine. Hormis les groupes les plus favorisés, le pouvoir d’achat des ménages a stagné, voire reculé. En outre, les privatisations initiées par Margaret Thatcher, les partenariats public-privés (PPP) et les restrictions budgétaires drastiques mises en œuvre par les gouvernements Cameron dans les années 2010 ont souvent donné lieu à un manque d’investissement, à une captation des profits par les actionnaires, les dirigeants et les consultants — notamment dans les secteurs de l’eau, de l’énergie, du ferroviaire et du logement —, ainsi qu’à une dégradation des infrastructures, comme en témoigne l’état des routes et des écoles. Pourtant, les impôts et la dette ont continué d’augmenter.

Au bout du compte, les Britanniques payent plus cher que les autres Européens le « privilège » d’avoir des services et des infrastructures de qualité moindre. Le pays cherche son cap. Entre le Bregret des écologistes et des libéraux-démocrates, la montée en puissance de l’extrême droite de Reform_UK, et des accords partiels laborieusement négociés, compliqués et incertains, l’État britannique est lost in Brexit. Good luck to Andy Burnham.

The Conversation

Patrick Le Galès a reçu des financements de l’ANR mais pas pour cet article

– ref. Face aux marchés, Andy Burnham aura-t-il les moyens de ses ambitions ? – https://theconversation.com/face-aux-marches-andy-burnham-aura-t-il-les-moyens-de-ses-ambitions-286889

Empreinte carbone des vacances : comment aider les touristes à laisser leur voiture au garage ?

Source: The Conversation – in French – By Aude Andrup, Responsable Mobilité des personnes et Tourisme, Ademe (Agence de la transition écologique)

La mobilité constitue la principale source d’émissions de gaz à effet de serre du tourisme en France. Elle reste pourtant un impensé des politiques publiques. La place prépondérante de la voiture individuelle, qui représente 79 % des arrivées touristiques sur le territoire national, doit être questionnée. En effet, des leviers existent pour faciliter le recours à d’autres modes de transport moins polluants. L’Agence de la transition écologique s’est penchée sur le sujet dans une étude parue en juin 2026.


En France, le tourisme constitue 8 % du PIB et représente 2 millions d’emplois. Avec 102 millions de visiteurs internationaux en 2025 – un chiffre en progression régulière – et 60 % des Français qui partent eux-mêmes en vacances, le pays est la première destination touristique mondiale. Mais le secteur génère aussi 11 % des émissions nationales de gaz à effet de serre.

Pour être compatible avec les objectifs de l’accord de Paris, l’Agence de la transition écologique (Ademe) estime que le tourisme devrait avoir, en 2030, réduit ses émissions de gaz à effet de serre de 40 à 50 % par rapport à 2018.

Or les émissions du secteur sont, à près de 70 %, imputables au transport et à la mobilité. Tous modes de transport confondus, les vacances représentent par ailleurs 30 % des émissions de GES de la mobilité des personnes en France.

Pour guider la diminution de ces impacts, un des enjeux principaux, pour les territoires, est de construire une stratégie de mobilité touristique plus durable, qui implique des réflexions autour de la promotion de la destination France, de l’offre de transport et de la répartition des flux. À l’heure actuelle, 80 % des touristes se concentrent en effet sur 20 % du territoire.

Mais malgré son poids, la mobilité touristique est aujourd’hui une question peu traitée par les politiques publiques, qui restent principalement focalisées sur la mobilité du quotidien. Et cela d’autant plus qu’il n’existe pas encore de consensus définitif sur sa définition et le périmètre de la mobilité touristique, ce qui rend plus complexe son suivi et sa quantification.

Les données collectées permettent rarement de comprendre les mécanismes psychologiques, sociaux et organisationnels qui orientent les choix de transport des touristes. Dans une étude parue fin juin, l’Ademe a voulu les évaluer pour mieux comprendre les pratiques. De quoi dessiner des pistes pour les rendre plus durables.




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Une mobilité dominée par la voiture individuelle

L’Ademe a retenu la définition de la mobilité touristique suivante :

« l’ensemble des déplacements réalisés par les touristes, excursionnistes et professionnels, qu’il s’agisse du voyage aller-retour entre le domicile et la destination, ou des déplacements effectués une fois sur place. »

Le premier constat, lorsque l’on s’intéresse à cette mobilité touristique, est la place prépondérante qu’y occupe la voiture individuelle : elle représente en effet 79 % des arrivées touristiques (qu’il s’agisse de touristes français ou étrangers) dans l’Hexagone.

Plusieurs facteurs psychologiques expliquent cet engouement pour la voiture comme moyen de transport pour les vacances. Selon le sondage IFOP réalisé en juin 2024 pour ROOLE :

  • Le véhicule personnel est intrinsèquement lié à l’imaginaire des vacances. Pour 82 % des voyageurs, il est associé à la liberté de déplacement, pour 57 % d’entre eux au plaisir de la route et 60 % avancent l’argument de la capacité de chargement

  • Il offre également une sensation de maîtrise dont ne sont pas crédités d’autres moyens de transport, comme le train, qui peut susciter des émotions négatives et notamment du stress lié aux correspondances ou à la foule, à la crainte des grèves ou encore de l’effort physique demandé.

  • La question du dernier kilomètre pour atteindre la destination finale est également un enjeu réel qui est souvent évoqué.

Ces éléments, plutôt subjectifs, s’ancrent par ailleurs dans des automatismes liés au fait que la voiture est encore souvent la norme. Le train est, quant à lui, envisagé mais souvent filtré au moment de la décision, du fait du ratio entre temps, prix, distance et confort. Les autres modes de transports sont plus ou moins associés au voyage, voire absents des discours.

Mieux informer les touristes

Pourtant, les leviers pour encourager les touristes à se tourner vers d’autres modes de transport existent. Le principal enjeu est de faire évoluer la communication autour de la mobilité touristique.

En 2023, les dépenses de communication commerciale du secteur des transports atteignaient respectivement 1,885 milliard d’euros pour les voitures individuelles et 607 millions d’euros pour les voyages en avion et les croisières. Les SUV représentent même 65 % des publicités automobiles, soit 30 fois plus que le temps d’antenne des publicités dédiées au transport collectif.

À l’inverse, la publicité autour du vélo et des transports collectifs souffre d’un déficit de communication. Mais c’est aussi l’imaginaire mobilisé qui est moins séduisant : la communication appuie généralement sur la notion de responsabilité, là où les publicités automobiles et aériennes mettent en avant l’idée de liberté.

Les offres qui entourent les modes de transport plus sobres peuvent apparaître, en outre, plus techniques et complexes, car elles demandent de jongler entre plusieurs modes de transport et la communication sur leur mode de fonctionnement n’est pas toujours très claire ni bien centralisée : il s’agit donc aussi de simplifier, clarifier et rendre plus accessible l’information à des touristes qui, bien souvent, témoignent d’un « catalogue mental » limité des modes de transports possibles. Interrogés, ils envisagent rarement l’autocar, l’autopartage ou la voiture électrique comme des options crédibles.

À cet égard, hébergeurs et offices du tourisme auraient un rôle à jouer pour participer à la structuration des offres de mobilité touristique et mieux informer les visiteurs en amont et pendant le séjour. En 2023 et 2024, l’Ademe, en partenariat avec AD’OCC, la région Occitanie et Atout France, a mené plusieurs démarches expérimentales visant à accompagner les offices de tourisme dans l’évolution de leurs pratiques. Cette opération a permis de développer un ensemble de communs numériques (par exemple, proposer des itinéraires de mobilité active ou mieux communiquer sur les possibilités de mobilité lors de la réservation d’un hébergement) afin de les soutenir dans ce nouveau rôle, qui ne concerne pas seulement les mobilités à destination des touristes, mais aussi celles des habitants.

Une meilleure information lèvera des freins à l’appropriation, par les touristes, des modes de transport alternatifs au véhicule individuel. Mais il s’agit aussi pour les politiques publiques de mobilité et du tourisme de développer des offres concrètes et convaincantes au regard des atouts de la voiture en vacances.

Autopartage ou véhicules intermédiaires, des pistes prometteuses pour le dernier kilomètre

Pour répondre, notamment, à la liberté de déplacement que le véhicule individuel offre et à la problématique du dernier kilomètre, il est indispensable de doter les territoires d’une offre solide de transports collectifs. Cela pourrait aussi renforcer l’attractivité de certains territoires encore peu fréquentés.

L’autopartage, c’est-à-dire la mise en commun d’une flotte de véhicules à moteur (à l’image des Citiz), constitue également une piste intéressante à développer dans le cadre touristique. Selon le baromètre de l’association des acteurs de l’autopartage, plus d’un million d’abonnés en 2025 utilisent des services d’autopartage en France, et 20 % des utilisations actives sont motivées par des départs en vacances ou en week-end.

Une autre piste intéressante serait la mise à disposition, dans les territoires touristiques et les gares, de véhicules intermédiaires légers électriques (VELI). Des expérimentations sont en cours ou ont eu lieu, par exemple dans le Grand Avignon.

La mise en œuvre de telles évolutions implique toutefois de renforcer les interactions entre les acteurs du tourisme, de la mobilité et des collectivités. Sans cela, la structuration d’une offre coordonnée et durable restera compliquée.

Il serait à cet égard pertinent d’intégrer les offices de tourisme dans les comités des partenaires mobilité, ces espaces de réflexion censés réunir les différents acteurs (usagers, acteurs économiques, associations et autorités organisatrices des transports) autour des politiques publiques de mobilité. Un autre enjeu tient à la rentabilité des offres, contrainte par la saisonnalité du tourisme. Les services doivent être pensés pour répondre également aux besoins de la population locale notamment hors saison.

Les pratiques de mobilité en vacances sont un prolongement de celles du quotidien, mais elles sont aussi fortement liées à la manière dont la destination accompagne (ou non) les touristes pour faciliter des vacances sans voiture. Sans oublier que l’achat d’une voiture (et le choix du modèle) est souvent déterminé par l’usage le plus contraint et occasionnel de l’année, à savoir… partir en vacances.

The Conversation

Aude Andrup ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Empreinte carbone des vacances : comment aider les touristes à laisser leur voiture au garage ? – https://theconversation.com/empreinte-carbone-des-vacances-comment-aider-les-touristes-a-laisser-leur-voiture-au-garage-286358

En voulant figurer sur un billet de 250 dollars, Donald Trump impose sa méthode à l’opposé de la BCE et de la Suisse

Source: The Conversation – in French – By Mathieu Bidaux, chercheur associé au laboratoire GRHIS, Université de Rouen Normandie

Alors que Donald Trump souhaite imprimer sa signature et son visage sur un billet de 250 dollars états-uniens, la Banque nationale suisse présente sa nouvelle gamme de billets tandis que la Banque centrale européenne (BCE) a sélectionné deux thèmes pour ses nouveaux billets : « La culture européenne : un héritage commun » et « Fleuves et oiseaux : force et diversité ». Alors, quel objectif poursuivent les banques centrales ?


Le 27 mars 2026, le département du Trésor des États-Unis annonce que la signature du président Donald Trump allait figurer sur le billet vert. Si, jusqu’à présent, seuls le ministre des Finances et le trésorier signaient, c’était pour de bonnes raisons. Le modèle standard des banques centrales suppose qu’elles doivent mener leur action de manière indépendante, car ce qui est en jeu, c’est la confiance du public dans la monnaie fiduciaire.

Le dollar est un instrument clé de la puissance économique états-unienne mondiale. Toucher aux symboles qui y sont imprimés comporte un risque. La raison ? D’autres projets de monnaies fiduciaires ayant l’ambition de devenir ou de rester une devise concurrente existent comme le projet UNIT des BRICS – Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud – ou bien l’euro de l’Union européenne.

Quoi que l’on pense de la politique de Donald Trump et de sa personnalité, tout le monde peut convenir que sa figure est très loin d’être consensuelle. Or, les symboles imprimés sur les billets cherchent à susciter un minimum d’adhésion ou, du moins, à ne pas créer du rejet de la part des consommateurs. C’est pourquoi les banques centrales se méfient des symboles politiques contemporains. Si le billet n’est plus accepté comme moyen de paiement alors, in fine, il n’a plus de valeur.

Ma recherche sur la fabrication des billets montre que la confiance dans la monnaie s’incarne dans une double matérialité : le billet et les usines le fabriquant. C’est pour cette raison que les banques d’émission investissent autant dans l’appareil industriel comme dans le cas de la nouvelle imprimerie de la Banque de France à Vic-le-Comte (Puy-de-Dôme).

Objet de détournement

Le billet de banque porte des images, des messages et circule beaucoup. Par conséquent, le graphisme du billet est scruté. C’est un mass média comme le montre le chercheur Gilles Caire. L’industrie fiduciaire entoure la fabrication de ses billets de prudence ; elle s’est toujours montrée attentive aux représentations qu’elle imprimait. La décrédibilisation de la monnaie est vite arrivée.

La monnaie fiduciaire a souvent été l’objet de détournements. C’est le cas du billet de 20 francs en circulation dans les années 1940 sur lequel un citoyen s’était servi de la corde du pêcheur pour donner l’impression qu’il étranglait Adolf Hitler ; le visage du dictateur avait été récupéré via des timbres allemands et collé dans un des angles de la coupure.

Billet de 20 francs détourné et représentant le chancelier Hitler la corde au cou.
Le site du collectionneur

En 1950, à l’aide d’une presse personnelle, l’écrivain et artiste normand Pierre Bettencourt avait imprimé sur des billets de la Banque de France des citations irrévérencieuses d’auteurs tels qu’André Gide ou Charles Baudelaire. « Familles, je vous hais ! » peut-on lire sur ses 20 francs. L’institut d’émission l’avait alors prié de cesser son entreprise afin de ne pas susciter le rejet de la monnaie.

Même si le président états-unien a été réélu le 5 novembre 2024, il est évident que la personnalité de Donald Trump suscite un rejet profond de la part d’une partie de la population états-unienne et d’une partie de la planète.

Le dollar prend le risque d’éroder la confiance dont il bénéficiait jusqu’alors. L’autorité avec laquelle Donald Trump impose son projet – comme en témoigne le limogeage de la directrice du Bureau of Engraving and Printing – contraste avec les précautions et les sondages publics mobilisés par les banques d’émission européennes pour choisir leurs vignettes.

Nouvelle gamme de billet en Suisse

Après un processus original de sélection impliquant la population suisse, la Banque nationale du pays a présenté publiquement sa nouvelle gamme de billets le 4 mars 2026.

Pour les professionnels de l’industrie fiduciaire, la présentation d’une nouvelle gamme de billets de banque est toujours un événement. La banque centrale helvète a lancé un concours de graphistes en octobre 2024 afin de remplacer l’autre série en circulation actuellement en Suisse. Plus de trois cents candidats ont proposé leur projet. Douze ont passé la première sélection.

À l’issue d’une nouvelle phase comprenant un sondage d’opinion et l’expertise de spécialistes du fiduciaire, six maquettes ont été choisies. Dans le processus de fabrication du billet, ce protocole, à cette échelle du moins, est inédit. En 2031, la gamme « La Suisse, tout en relief » sera mise en circulation.

Derrière des choix esthétiques se cache un enjeu majeur : sécuriser les billets et gagner la confiance des porteurs. Un billet reste une promesse de valeur émise par les banques centrales.

Le billet de banque de la BCE

Depuis 2002, les billets de banque en circulation en Europe ne comptent que la signature du président de la Banque centrale européenne (BCE). Le graphisme de la première gamme de l’euro « Époques et styles », représentant des ponts, portails et fenêtres caractéristiques de l’architecture européenne, n’avait pas suscité l’enthousiasme sans aller jusqu’à la décrédibilisation du billet.

La nouvelle gamme de l’euro appelée « Europa », émise depuis 2013, avait rehaussé le niveau de sécurité tout en s’inscrivant graphiquement dans la continuité de la gamme précédente.

Pour sa troisième série, la BCE a lancé des groupes de discussion entre décembre 2021 et mars 2022 puis organisé des enquêtes publiques mobilisant jusqu’à 365 000 Européens. De ces consultations sont sorties deux gammes « La culture européenne : un héritage commun » et « Fleuves et oiseaux : force et diversité », dont l’une d’elles propose le retour des portraits de personnalités, permettant de donner de la chair au billet, permettant de s’identifier.

Banque nationale Suisse et BCE mettent à profit les progrès techniques permettant de consulter les populations avant l’émission des billets afin de s’assurer l’adhésion des peuples à leurs monnaies. La démarche de Donald Trump prend ainsi le contre-pied des banques d’émission attachées à leur indépendance dans le processus de fabrication des billets. Deux modèles coexistent. L’avenir dira si le dollar états-unien gagnera ou perdra en crédibilité.

The Conversation

Mathieu Bidaux ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. En voulant figurer sur un billet de 250 dollars, Donald Trump impose sa méthode à l’opposé de la BCE et de la Suisse – https://theconversation.com/en-voulant-figurer-sur-un-billet-de-250-dollars-donald-trump-impose-sa-methode-a-loppose-de-la-bce-et-de-la-suisse-277300

Du Mississippi à l’intelligence artificielle : la Louisiane, laboratoire inattendu de la nouvelle économie américaine

Source: The Conversation – in French – By Fabien Nadou, Professeur d’Economie territoriale, Directeur de l’Institut sur les Mutations Economiques et Territoriales, EM Normandie,Laboratoire Métis, EM Normandie

La géographie des États-Unis est en pleine recomposition. Un nouveau pôle d’attractivité émerge en Louisiane. De quels atouts dispose cet État, qui devrait accueillir prochainement un mégacentre de données de Meta ?


Dans une Amérique en recomposition, la Louisiane apparaît comme un cas particulièrement intrigant dans la mesure où peu d’observateurs l’auraient spontanément désignée comme une candidate crédible à l’économie de la connaissance.

Longtemps associée au pétrole, au Mississippi et aux ouragans dévastateurs comme Katrina, la Louisiane est en train de s’imposer comme l’un des territoires les plus convoités de l’économie numérique américaine. Portée par l’intelligence artificielle, les centres de données et les infrastructures énergétiques, elle illustre l’émergence d’un nouveau modèle de développement qui pourrait redessiner la géographie de l’innovation aux États-Unis.

Entre champs et rives du Mississippi

La Silicon Valley, ses campus historiques et ultramodernes, ses start-up devenues multinationales et ses investisseurs visionnaires ont façonné l’imaginaire mondial de l’innovation. Elle a imposé un modèle de développement fondé sur la concentration des talents, du capital-risque et de la recherche universitaire

C’est désormais à 3 000 kilomètres de là que des géants de la Tech ont jeté leur dévolu. Dans les plaines du nord-est de la Louisiane, entre champs agricoles, infrastructures énergétiques et rives du Mississippi, Meta construit un complexe de Data Center à plus de 10 milliards de dollars. Présenté comme le plus important de son histoire, mobilisant plus de 5 000 travailleurs durant sa phase de construction, il générera plus de 500 emplois permanents une fois opérationnel.




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Cette évolution révèle une transformation profonde où l’IA est en train de redessiner la carte économique des États-Unis.

Une terre autrefois française

Pour un lecteur français, la Louisiane demeure un territoire à part. Vendue aux États-Unis par Napoléon Bonaparte en 1803, lors du célèbre « Louisiana Purchase », elle conserve encore aujourd’hui de nombreuses traces de cet héritage. Les noms de Bâton Rouge, Lafayette ou La Nouvelle-Orléans, la présence des communautés cajun, la gastronomie locale… rappellent l’ex-ancrage français de ce vaste territoire situé à l’embouchure du Mississippi.

Derrière ce passé franco-américain se cache une autre histoire, celle d’un État qui cherche à réinventer son modèle de développement. Au XXe siècle, la prospérité louisianaise a reposé sur l’exploitation des hydrocarbures (pétrolières et pétrochimiques) qui ont profondément structuré l’économie régionale. Les immenses complexes industriels installés le long du fleuve couru par Tom Sawyer ont fait de la Louisiane l’un des principaux centres énergétiques du pays.

Cette spécialisation a longtemps constitué une force, créant aussi une dépendance aux marchés énergétiques fluctuants, à la concurrence internationale, aux transformations industrielles et les enjeux environnementaux ont progressivement mis en évidence la nécessité de diversification.

Dans ce contexte, les responsables politiques et économiques locaux poursuivent un objectif ambitieux : faire de la Louisiane un territoire d’innovation, appuyé par la création de multiples dispositifs d’accompagnement des entreprises innovantes, par le développement de partenariats entre universités et entreprises et par une politique volontariste d’attractivité portée par Louisiana Economic Development et l’initiative Louisiana Innovation.

Quand l’IA change les règles du jeu

Pour comprendre l’intérêt soudain des géants technologiques pour la Louisiane, il faut d’abord comprendre ce que l’IA change dans les logiques de localisation des activités économiques.

Depuis les années 1980, les entreprises technologiques recherchaient principalement trois ressources :

  • des universités d’excellence,

  • une main-d’œuvre hautement qualifiée

  • et un accès privilégié au financement.

L’IA modifie progressivement cette équation, et les modèles les plus avancés nécessitent désormais des capacités de calcul gigantesques. Leur développement repose sur de vastes Data Centers, consommant d’importantes quantités d’électricité aux infrastructures de refroidissement sophistiquées.

L’accès à une énergie abondante, à un foncier disponible et à des infrastructures performantes devient aussi stratégique que la proximité d’une université prestigieuse ou d’un fonds de capital-risque. Autrement dit, l’IA réinterroge la valeur des ressources territoriales, que l’économie numérique semblait avoir reléguées au second plan.

Le pari de Meta

Le choix de la Louisiane par Meta traduit cette évolution des besoins de cette industrie numérique. La Louisiane offre une combinaison rare d’avantages compétitifs : capacités énergétiques considérables, coûts fonciers relativement faibles, infrastructures logistiques de premier plan, une position stratégique sur le réseau de fibre optique national, une tradition industrielle permettant de gérer des projets de grande ampleur.

Son gouverneur, Jeff Landry, a qualifié l’investissement de Meta de « nouveau chapitre dans l’histoire économique de l’État » ajoutant que « cet investissement allait permettre de faire de la région un point d’ancrage de l’économie technologique US créant des emplois qualifiés pour les générations futures »

Au-delà, les autorités locales espèrent surtout générer des effets d’entraînement : nouvelles formations universitaires, attractivité accrue pour les entreprises technologiques, développement de start-up spécialisées dans l’IA et renforcement des capacités de recherche. L’objectif n’est pas seulement d’accueillir des infrastructures, mais de construire un véritable écosystème.

Cette stratégie s’appuie sur plusieurs établissements d’enseignement supérieur qui cherchent à renforcer leur positionnement dans les technologies numériques. Ainsi, la Louisiana State University (LSU), à Bâton Rouge, développe des programmes dédiés à la science des données, à la cybersécurité et à l’IA. À La Nouvelle-Orléans, Tulane University participe à la structuration d’un environnement favorable à l’innovation et à l’entrepreneuriat technologique.

De la Silicon Valley au golfe du Mexique

Si la comparaison entre la Louisiane et la Silicon Valley peut sembler provocatrice, car les deux territoires restent profondément différents, cela devient intéressant, lorsque cette comparaison permet d’identifier l’émergence d’un nouveau modèle de développement.

Les ports, les réseaux électriques, les centres de production énergétique et les infrastructures industrielles retrouvent une importance stratégique. La Louisiane semble être un laboratoire particulièrement révélateur, avec un avantage logistique qui est loin d’être anecdotique. Le Port of South Louisiana (entre La Nouvelle-Orléans et Bâton Rouge) demeure l’un des plus importants du continent américain et figure régulièrement parmi les deux premiers ports américains en tonnage, après Houston

L’innovation ne se concentre plus uniquement là où se trouvent les programmeurs, mais là où se trouvent les mégawatts qui deviennent aussi stratégiques que les lignes de code.

Une nouvelle géographie de l’Amérique

Partout aux États-Unis, de nouveaux pôles de croissance émergent. Austin attire massivement les investissements technologiques au Texas, le Tennessee renforce son attractivité autour de Nashville, Salt Lake City s’impose progressivement comme un pôle des technologies numériques et Raleigh-Durham bénéficie du dynamisme du « Research Triangle ». Cette recomposition rappelle que les centres de gravité économiques américains n’ont jamais été figés. L’histoire économique des États-Unis est celle d’une succession de déplacements régionaux, souvenons-nous de Detroit devenue la capitale mondiale de l’automobile avant de connaître son déclin au profit d’autres régions.

France 24 2022.

Feldman, Boschma, ou encore Cooke et al, ont montré que l’innovation ne repose pas uniquement sur la concentration géographique des entreprises technologiques, mais sur la capacité des territoires à mobiliser leurs ressources spécifiques, à construire des institutions adaptées favorisant les interactions entre acteurs divers. La Louisiane ne veut pas ressembler à la Silicon Valley, elle cherche à construire une trajectoire originale à partir de ses propres atouts : l’énergie, les infrastructures, la position géographique et l’héritage industriel.

Les défis d’une ambition nouvelle

Cette trajectoire reste néanmoins incertaine. L’arrivée massive des géants technologiques soulève plusieurs interrogations sur la consommation d’importantes quantités d’énergie et d’eau. Les aides publiques accordées aux grandes entreprises font l’objet de débats récurrents. La dépendance à quelques acteurs dominants peut fragiliser les économies locales. L’érosion côtière et la vulnérabilité aux événements météorologiques extrêmes constituent déjà des enjeux majeurs pour la Louisiane.

Le défi n’est pas seulement d’attirer Meta ou quelques autres mastodontes, il est de transformer ces investissements en un véritable processus de développement territorial. À quelques jours du 250e anniversaire de la naissance des États-Unis, la Louisiane rappelle une constante de l’histoire des États-Unis, cette capacité à réinventer sans cesse ses géographies économiques.

Elle est aujourd’hui projetée au cœur de l’une des plus grandes révolutions technologiques, non pas comme une seconde Silicon Valley, mais en incarnant une autre trajectoire possible, loin du modèle californien et de San Francisco.

The Conversation

Fabien Nadou ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Du Mississippi à l’intelligence artificielle : la Louisiane, laboratoire inattendu de la nouvelle économie américaine – https://theconversation.com/du-mississippi-a-lintelligence-artificielle-la-louisiane-laboratoire-inattendu-de-la-nouvelle-economie-americaine-286195

Quel est le point commun entre les muons cosmiques et l’astronaute Sophie Adenot ?

Source: The Conversation – in French – By Fabrizio Bucella, Full Professor, Université Libre de Bruxelles (ULB)

Sophie Adenot à bord de la Station spatiale internationale lors de la mission εpsilon et pendant une session de l’expérience EchoFinder. La durée prévue du voyage est de neuf mois (février à novembre 2026). ESA/NASA, CC BY-SA

Alors que vous lisez ces lignes, vous êtes bombardé en permanence par une dizaine de milliers de muons cosmiques. On a beau ne pas s’en rendre compte, cela reste vertigineux. Ce qui est très curieux, c’est que ces muons sont des particules particulièrement instables, qui ne vivent en moyenne que 2,2 microsecondes avant de se désintégrer en électrons.

Mais alors, d’où viennent-ils et comment nous atteignent-ils ? Curieusement, la réponse a à voir avec l’âge du capitaine, ou plutôt celui de Sophie Adenot quand elle reviendra de la station spatiale internationale.


Les rayons cosmiques primaires arrivent de l’espace. Ce sont essentiellement des protons. Quand des rayons cosmiques atteignent la haute atmosphère terrestre (entre quinze et vingt kilomètres d’altitude), ils frappent des atomes d’azote et d’oxygène. Ces collisions produisent des « pions chargés », des particules instables qui se désintègrent quasi instantanément en muons.

En 2,2 microsecondes, même à la vitesse ultra-proche de celle de la lumière à laquelle il se déplace, un muon ne parcourt pas plus de 660 mètres. S’il est créé à quinze kilomètres d’altitude, jamais il ne peut arriver sur Terre. Mais alors, comment se fait-il que nous soyons bombardés de muons à chaque instant ?

Pour le comprendre, je vous propose un voyage dans le temps, à la découverte de Galilée et Einstein, et dans l’espace, en compagnie de l’astronaute Sophie Adenot.

Le principe de la relativité, de Galilée à Einstein

Galilée avait posé le principe de la relativité. Il avait pris l’exemple de la cale d’un bateau. Avec mes étudiants je prends l’exemple d’un train, qui est plus stable qu’un bateau qui tangue. Imaginez que vous placez un laboratoire de physique dans un train, laboratoire fermé et sans accès au monde extérieur. Vous pouvez faire toutes les expériences de physique que vous voulez, vous ne pourrez pas détecter si le train est en mouvement ou bien s’il est au repos — attention, il ne faut pas que le train accélère, sinon des forces fictives apparaissent dans le laboratoire et vous pouvez en déduire le mouvement du train !

Ce principe de relativité a deux conséquences incroyables : la première est que le mouvement est relatif (on se déplace toujours par rapport à quelque chose) ; la seconde est que le repos absolu n’existe pas.

photo d’Einstein devant un tableau noir
Albert Einstein écrit sur un tableau noir à Pasadena en 1934.
Associated Press

Toute cette discussion part d’un présupposé implicite, tellement implicite qu’on ne l’avait pas évoqué : le temps est absolu. C’est le même temps, la même horloge pour l’observateur dans le train et pour un observateur à la gare. Le temps s’écoule de manière uniforme, c’est une sorte de grille rigide qui séquence l’espace.

Pour sauver le principe de relativité, Albert Einstein avait englobé le temps dans le référentiel lui-même. Le temps n’est plus absolu, il devient relatif. Chaque observateur mesure son temps à lui, qu’on appelle « temps propre ». Il n’y a pas de temps qui est meilleur qu’un autre, le tout est de bien distinguer de quel temps on parle. Le cadre de référence n’est plus l’espace relatif auquel on ajoute un temps absolu, mais un espace-temps relatif. D’où le terme de théorie de la relativité bien sûr.

Le paradoxe des jumeaux

En 1911, Paul Langevin popularise une conséquence troublante de la relativité d’Einstein. C’est le paradoxe des jumeaux.

Paul Langevin à son bureau
Paul Langevin.
Henri Manuel, Wellcome Collection, CC BY

Imaginez deux jumeaux Alice et Bob. Alice part dans un voyage vers Proxima du Centaure, l’étoile la plus proche de la Terre (après le Soleil bien sûr). Cette étoile se trouve à quatre années-lumière de la Terre. Mettons qu’Alice file dans un vaisseau spatial à 99 % de la vitesse de la lumière. Elle part de la Terre, arrive à Proxima du Centaure et puis fait demi-tour et revient, sans même s’arrêter pour boire un café.

Bob voit Alice faire ce déplacement quasiment à la vitesse de la lumière pendant qu’il reste sur la Terre. Vu que Proxima du Centaure se trouve à quatre années-lumière, Bob mesure huit ans entre le départ et le retour d’Alice. Huit vraies années. Bob aura fêté huit fois son anniversaire, il aura mangé huit fois du gâteau et soufflé huit fois les bougies.

Comme Alice se déplace à des vitesses incroyables (99 % de la vitesse de la lumière), Bob voit l’horloge d’Alice se dilater par rapport à la sienne. Les physiciens peuvent vous calculer cette chose précisément, c’est le facteur de dilatation. Dans notre cas, c’est un facteur sept : dans son vaisseau, Alice voit 1,143 an s’écouler (huit divisé par sept), soit 13 mois et 22 jours. Alice aura fêté un seul anniversaire dans son vaisseau, elle aura mangé une seule fois du gâteau et soufflé une seule fois les bougies. Quand elle rejoint Bob sur Terre, elle trouve un Bob plus vieux de huit ans alors qu’elle-même est plus vieille d’un peu plus d’un an. C’est la première partie du paradoxe des jumeaux, que j’appelle version faible du paradoxe des jumeaux.

photo de richard Feynman devant un tableau noir
Richard Feynman donne un cours de physique quantique sur le hamiltonien à Caltech en 1963.
Tom Harvey, Caltech, CC BY

L’autre partie du paradoxe des jumeaux est un petit jeu mental, que Richard Feynman a développé de la manière la plus claire possible dans ses cours de physique. Pour Alice dans sa fusée, c’est Bob qui s’éloigne, Alice ne bouge pas par rapport à la fusée. Donc Alice imagine que Bob devrait être plus jeune car c’est Bob qui a bougé par rapport à Alice. La situation semble symétrique entre Alice et Bob et on ne sait pas savoir quel jumeau doit être plus jeune que l’autre. Assurément, ils ne peuvent pas être tous deux plus jeunes en même temps. C’est exactement la version forte du paradoxe des jumeaux.

En vérité, on a l’impression que la situation est symétrique mais elle ne l’est pas vraiment. Tant qu’Alice s’éloigne de Bob, il est impossible de dire qui est en mouvement dans l’absolu, car comme on l’a vu le mouvement est relatif. Sauf qu’Alice doit faire demi-tour à Proxima du Centaure pour revenir sur Terre. En faisant son demi-tour, elle voit bien que c’est elle qui bouge alors que Bob reste à la maison tranquille comme Baptiste. Donc, Alice fait un demi-tour, Bob ne fait pas de demi-tour, c’est bien Alice qui bouge, la situation n’est pas symétrique, Alice sera plus jeune.

Le cas Sophie Adenot

Dans la Station spatiale internationale, l’astronaute Sophie Adenot ne se déplace pas à des vitesses proches de la lumière, néanmoins la vitesse reste conséquente par rapport à celles que nous avons l’habitude de traiter sur Terre. La Station se déplace à 27 600 kilomètres par heure, le facteur de dilatation est faible mais non négligeable. Ceci étant, Sophie Adenot restera neuf mois dans la station. À la fin du voyage, elle bénéficiera quand même de l’effet relativiste : elle sera plus jeune de six millisecondes par rapport à nous, qui sommes restés sur le plancher des vaches. Si Sophie Adenot avait eu une sœur ou un frère jumeau, elle serait à jamais plus jeune que son jumeau.

Six millisecondes, ça vous paraît imperceptible à l’échelle humaine ? Pourtant, la finale du cent mètres homme des Jeux olympiques de Paris 2024 s’est gagnée sur moins que ça, c’étaient cinq millisecondes !

Boucler la boucle cosmique

Pour revenir à nos muons : comme ils se déplacent dans l’espace à des vitesses approchant celle de la lumière, leur horloge à eux est très dilatée par rapport à la nôtre. Dans leurs référentiels à eux, 2,2 microsecondes sont amplement suffisantes pour parcourir les quelque quinze ou vingt kilomètres qui les séparent de la surface de la Terre.




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Une chambre à étincelles pour voir les muons cosmiques


La mesure directe a été affinée en 1963 en comparant le flux de muons au sommet du mont Washington et au niveau de la mer. L’exemple des muons est d’ailleurs l’exemple canonique qu’avait pris Feynman pour illustrer la dilatation du temps dans son fameux cours de physique.

C’est ainsi que Sophie Adenot et les muons cosmiques ont un point commun. Tous les deux voyagent avec une horloge ralentie depuis la Terre et Sophie Adenot exploite en plus le paradoxe des jumeaux.


Pour les lecteurs intéressés, l’auteur renvoie à une de ses conférences grand public à l’Université de Mons, et à un simulateur de voyages paradoxaux qu’il a fabriqué pour ses étudiants de l’Université libre de Bruxelles.

The Conversation

Fabrizio Bucella ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Quel est le point commun entre les muons cosmiques et l’astronaute Sophie Adenot ? – https://theconversation.com/quel-est-le-point-commun-entre-les-muons-cosmiques-et-lastronaute-sophie-adenot-284338

L’Odyssée : voyage d’un mythe au cinéma

Source: The Conversation – in French – By Anne Gangloff, Professeure d’histoire ancienne, Université Rennes 2

Capture d e cran a Allociné

En 2024 est sorti Le Retour d’Ulysse, coproduction internationale du réalisateur italien Uberto Pasolini ; en 2026, c’est le britannico-américain Christopher Nolan qui réalise L’Odyssée. Comment expliquer le succès actuel d’une épopée écrite dans la seconde moitié du VIIIᵉ siècle avant notre ère ?


Le retour d’Ulysse a été beaucoup moins porté à l’écran que la guerre de Troie : l’encyclopédie des films sur l’Antiquité de l’historien du cinéma Hervé Dumont consacre 24 pages aux adaptations du « cycle de Troie », contre neuf aux « errances d’Ulysse ». Ces dernières sont surtout présentes à l’écran à partir des années 1970. Il est certes plus difficile d’adapter l’Odyssée, poème découpé en 24 chants qui met en scène la virtuosité de la parole : les aèdes, poètes itinérants qui célèbrent les exploits des héros, y ont une place significative et Ulysse qui raconte ses aventures à la cour de Phéacie (chants 9-12) peut être considéré comme l’un d’eux.

Les thèmes y sont nombreux et la narration n’est pas linéaire, puisqu’elle est interrompue par le long flashback dû au récit d’Ulysse. Une place particulière était reconnue à l’Odyssée dès l’Antiquité. Si elle fait partie du cycle des retours des guerriers après la guerre de Troie, elle rapporte un voyage exceptionnel, hors du monde connu et habité par les hommes. Ulysse y est confronté à des divinités ou à des créatures sauvages qui ne respectent pas les règles humaines. Dans l’Antiquité déjà, l’Odyssée était plutôt le livre des philosophes, d’où l’on tirait des leçons de vie.

L’intérêt actuel pose ainsi la question de l’adaptabilité et de la modernité de l’Odyssée. Les adaptations les plus abouties ont en exploré deux grands aspects, complémentaires mais divergents.

Ulysse aux mille tours et détours

La capacité du héros à surmonter les épreuves est au cœur des films Ulysse de Mario Camerini (1953) et O’Brother du réalisateur américain Joel Coen (2000).

La genèse du premier est très intéressante. Il est commencé entre 1950 et 1953 par le réalisateur autrichien Georg Whilhelm Pabst. Dans le contexte de l’après-guerre, celui-ci veut faire d’Ulysse un soldat traumatisé, pacifiste, illustrant la supériorité de l’intelligence sur la force. Les coproducteurs américains, jugeant le scénario trop noir, imposent alors M. Camerini, spécialiste italien des péplums qui rapportent les exploits de héros ou héroïnes antiques.

Le rôle d’Ulysse est confié à la star américaine Kirk Douglas, dont la personnalité déteint sur le héros, comme on le voit dans l’épisode des concours en Phéacie. Chez Homère, Ulysse se distingue au lancer de disque (chant 8), alors que dans le film, il triomphe à la lutte, sport dans lequel l’acteur excellait. Celui-ci incarne un Ulysse enjoué, optimiste et sûr de lui jusqu’à la témérité, partagé entre son goût pour l’aventure et son aspiration à rentrer chez lui, ce qui est une vision anachronique car le héros d’Homère désire surtout retrouver sa patrie. Une autre particularité est que la star italienne Silvana Mangano interprète à la fois Circé et Pénélope, afin de montrer, dans une vision très datée, deux visages de « la femme » – femme fatale et épouse fidèle.

Soulignant l’adaptabilité et l’universalité de l’Odyssée, la comédie de J. Coen déplace les aventures d’Ulysses Everett McGill (George Clooney) et de ses compagnons Delmar et Pete dans le Sud des États-Unis, pendant la Grande Dépression des années 1930. La sauvagerie est réintégrée dans le monde des hommes, représentée par exemple par la trahison d’un homme ruiné par la crise ou par le Klu Klux Klan. Le merveilleux et les dieux sont néanmoins très présents : Ulysse dénonce l’exploitation de la crédulité religieuse, mais ses compagnons et lui-même sont finalement sauvés par un déluge miraculeux. Surmonter les épreuves est possible grâce à la débrouillardise, l’amitié (alors que chez Homère Ulysse perd tous ses compagnons), l’éloquence et la musique. Ulysses est un faux avocat, un menteur, qui parvient à rebondir grâce au succès de son interprétation de Man of Constant Sorrow (« L’homme au chagrin constant »), une chanson folk bien adaptée au héros homérique.

Errances et souffrances

Le héros persécuté par le dieu Poséidon, luttant pour retrouver sa place dans son foyer et son royaume, a inspiré des interprétations plus sombres, comme celle de L’Odyssée du réalisateur italien Franco Rossi (1968). Cette minisérie est très riche et fidèle au poème d’Homère dont elle respecte la trame narrative. Elle creuse une thématique essentielle, le rapport du héros aux dieux qui se manifeste en particulier dans le refus de l’immortalité que lui offre la nymphe Calypso (chant 5).

Elle amplifie le goût d’Ulysse pour l’exploration et fait ressortir, dans le contexte de la guerre du Vietnam, l’image de l’ancien combattant, en développant les difficultés du chef à se faire obéir de ses hommes épuisés (par exemple au chant 12), et en transformant le concours de lancer de disque chez les Phéaciens en combat à l’épée.

Elle montre aussi la diversité et l’importance des femmes dans l’Odyssée d’Homère. Pénélope est interprétée par l’actrice grecque Irène Papas, spécialiste des rôles d’héroïnes tragiques au cinéma. Ce choix semble entraîner naturellement dans la tragédie le dernier épisode où Pénélope affirme l’impuissance des hommes, dont la destinée est entre les mains des dieux. Décor et costumes font osciller le film entre un passé antique, rappelé par les références archéologiques, et les années 1960. L’histoire apparaît hors du temps, ce qui est le propre du temps mythique.

Le retour d’Ulysse d’U. Pasolini (2024) se focalise sur la difficulté d’Ulysse, figure d’ancien combattant traumatisé, à réintégrer son foyer, et sur sa vengeance sanglante envers les prétendants de Pénélope. Écartant toute référence au merveilleux et aux dieux, le film prend le parti du réalisme pour dénoncer les conséquences familiales, sociales et politiques de la guerre, à un point tel qu’on peut se demander pourquoi les prétendants restent à Ithaque, étant donné la misère dans laquelle est plongé le royaume.

Le cinéaste revendique une adaptation intime pour faire redécouvrir « l’universalité intemporelle de la vision grecque de la condition humaine ». L’interprétation est cependant beaucoup plus moderne qu’antique. Uberto Pasolini dit s’être inspiré de travaux de philologues féministes, aussi bien que de lettres d’épouses de combattants du Vietnam, pour concevoir la psychologie de Pénélope et comprendre pourquoi celle-ci, contrairement aux serviteurs ou à son fils Télémaque, peine à reconnaître Ulysse au chant 16 de l’Odyssée.

Modernité de l’Odyssée

Ces adaptations montrent donc le caractère universel de l’Odyssée et son ambivalence, car elle peut être interprétée dans un sens positif ou plus sombre. Son caractère adaptable et moderne repose beaucoup sur Ulysse, qui est un héros complexe. S’il a beaucoup de qualités, il est aussi orgueilleux, impitoyable et individualiste, et ce dernier trait est considéré comme caractéristique de nos sociétés contemporaines.

C’est un héros guerrier qui excelle à l’arc, mais c’est surtout un héros culturel, qui explore des mondes inconnus, tiraillé entre sa curiosité, bien visible dans l’épisode fameux où il s’attache au mât de son navire pour écouter les sirènes (chant 12), et son attachement au foyer. Bien qu’il soit le favori d’Athéna avec qui il a en partage l’intelligence rusée, la mètis, il est du côté des hommes car il refuse l’immortalité. Comme tous les héros épiques, il pleure, mais il est le héros endurant par excellence, capable de surmonter toutes les épreuves.

On peut donc l’associer à l’idée, rebattue depuis l’épidémie de Covid-19, de résilience. Ulysse enfin permet de s’interroger sur la notion de masculinité : c’est un grand séducteur qui ne maltraite pas les femmes, contrairement à Héraclès qui tue son épouse Mégara ou à Énée qui cause le suicide de Didon, la reine de Carthage, en l’abandonnant. Autant d’aspects qui expliquent les retours de l’Odyssée à l’écran.

The Conversation

Anne Gangloff a reçu des financements d’Erasmus + (Chaire Jean Monnet FABER 2021-2024 sur la Fabrique des héros/héroïnes)

– ref. L’Odyssée : voyage d’un mythe au cinéma – https://theconversation.com/lodyssee-voyage-dun-mythe-au-cinema-285778

La polémica de Rajoy revela un viejo debate: ¿quién tiene derecho a representar a un país?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Raúl Martínez-Corcuera, Lecturer in Communication Studies. Researcher on hate speech: racism, sexism, LGTBIphobia… in the news media, sports, advertising…, Universitat de Vic – Universitat Central de Catalunya

Eduardo Camavinga (de la selección francesa), Nico Williams (de la española) y Jules Koundé (de la francesa) se disputan un balón en las semifinales de la Eurocopa 2024. Vitalii Vitleo/Shutterstock

El expresidente del Gobierno Mariano Rajoy (PP) ha generado una intensa polémica al afirmar que la selección masculina de Francia juega “a un gran nivel”, pero “sin franceses”.

La respuesta del ministro francés de Asuntos Exteriores, Jean-Noël Barrot, fue inmediata: “Francia no tiene color de piel. Cualquier afirmación en sentido contrario es una estupidez, racismo o una combinación de ambas cosas”.

Este episodio se enmarca en relatos que acompañan el deporte internacional desde hace décadas. Reaparece cuando las selecciones nacionales reflejan la creciente diversidad de las sociedades contemporáneas.

El deporte del más alto nivel se utiliza para establecer fronteras simbólicas: ¿quién puede ser considerado verdaderamente francés, español, alemán o italiano?

Las selecciones y la comunidad imaginada

El profesor de ciencias sociales en la Loughborough University (Reino Unido) Michael Billig acuñó el concepto “nacionalismo banal”. La nación se construye mediante grandes discursos patrióticos, pero también con pequeños gestos simbólicos y rituales cotidianos, como el uso de banderas, el canto de himnos, ceremonias públicas o competiciones deportivas.

Por su parte, el experto en política internacional Benedict Anderson definía las naciones como comunidades imaginadas. Supone colectivos cuyos miembros se perciben como parte de una misma comunidad política pese a no conocerse personalmente.

Las selecciones nacionales son un escenario privilegiado de esa comunidad imaginada representada por sus mejores futbolistas. En consecuencia, cuando cambia la composición social de una selección, también cambian los debates sobre la propia nación.

Francia como escenario de la realidad diversa

La profesora de Estudios Europeos y de Sociología de la Universidad de Harvard Michèle Lamont desarrolló el concepto de fronteras simbólicas. Determinan quién es reconocido como “auténtico” miembro de la comunidad nacional y quién, con la misma ciudadania, permanece bajo sospecha. Y estas fronteras de la identidad nacional evolucionan.

La victoria en el Mundial de fútbol masculino de 1998 convirtió a la selección francesa en símbolo de una república diversa y plural, más allá del modelo blanco y de cultura cristiana. La expresión black-blanc-beur resumía la celebración de una Francia negra, blanca y de origen magrebí representada por Zidane, Thuram, Desailly o Karembeu.

También aparecieron voces discrepantes. Para el líder del xenófobo Frente Nacional, Jean-Marie Le Pen, no representaban a la auténtica Francia. Eran jugadores negros y de origen inmigrante. También criticó a Zidane por no cantar el himno nacional.

Racismo y clasismo

Para el lingüista, Teun A. van Dijk, las formas contemporáneas de exclusión rara vez utilizan un lenguaje biológico explícito. No afirman la superioridad racial, pero construyen diferencias culturales aparentemente legítimas.

No se considera inferior la alteridad, pero se cuestiona si representan realmente al país. Se afirma que no comparten sus valores, que no sienten el himno, que no respetan las tradiciones nacionales, se pone en cuestión la sinceridad de sus sentimientos hacia el país. Sencillamente, se piensa que no son verdaderamente franceses.

Las derrotas en la Eurocopa 2000 o el Mundial 2010 desplazaron estas fronteras simbólicas. Eran la demostración del fracaso de la integración social francesa. Los discursos transformaron a los internacionales franceses en “raperos, cabecillas de las banlieues –barriadas–” o jóvenes incapaces de compartir los valores republicanos. Esta perspectiva intersecciona el racismo y el clasismo. El origen familiar devino en rasgo principal de la identidad pública y afirmación de la no pertenencia.

Las declaraciones de Rajoy reproducen esta lógica. Al afirmar que Francia juega “sin franceses”, la condición jurídica de ciudadanía deja de ser suficiente. Definir quién puede ser francés o español supone una idea etnocéntrica y racista de la nación.

En este punto, cabe mencionar que esas palabras fueron interpretades por dirigentes del Partido Popular como una expresión “sarcástica” y “sin mala intención”. Debe apuntarse que son estrategias de negación o atenuación del racismo y pretenden cuestionar la legitimidad de interpretarlas como excluyentes y racistas.

El racismo en el deporte trasciende el caso francés. Brasil, en el Mundial 1950, responsabilizó del “maracanazo” a los futbolistas negros. Sin embargo, cuando Brasil ganó los Mundiales de 1958, 1962 y 1970, la diversidad multicultural se celebró como símbolo del éxito nacional.

Décadas después, el futbolista alemán de ascendencia turca Mesut Özil resumía esa misma experiencia: “Soy alemán cuando ganamos, pero inmigrante cuando perdemos”. En esta línea, la voleibolista italiana Paola Egonu confesó estar cansada de tener que justificar continuamente por qué era italiana. Nacida en Italia, representaba a la selección nacional y era una de las mejores jugadoras del mundo. Sin embargo, seguía siendo tratada por algunos sectores como una extranjera.

Reflejan un mismo patrón. La pertenencia nacional deja de ser incondicional y está constantemente sometida a examen.

¿Y “nuestros” deportistas?

Estos discursos sobre la selección francesa proyectan una interpretación excluyente de la nación. Aplicada de forma coherente, alcanza inevitablemente a la propia selección española.

Lamine Yamal, Nico Williams, Dean Huijsen, Aymeric Laporte o Robin Le Normand representan trayectorias familiares, culturales o religiosas diferentes.
Hemos escuchado gritos de “musulmán el que no bote” en un partido de la selección. En plazas públicas y redes sociales se escuchan también insultos contra Lamine Yamal cuando se anuncia la alineación de la selección. Numerosos mensajes afirman que “no representa” a España. La opinión de Rajoy incide en esta perspectiva.

Más que un debate futbolístico

Cada megaevento deportivo reactiva preguntas que trascienden el deporte. ¿Quién puede representar al país? ¿Quién es miembro legítimo del “nosotros”? La camiseta de una selección simboliza el rendimiento deportivo, pero también el reconocimiento de una pertenencia colectiva, de una identidad imaginada.

En este contexto, las palabras de Mariano Rajoy trascienden una puntual polémica política. No son ocurrencias aisladas. Suponen un nuevo episodio de una larga tradición de discursos que cuestionan la pertenencia nacional de ciudadanía racializada, especialmente cuando ocupan espacios de máxima visibilidad pública.

El problema nunca ha sido el deporte. Está en juego definir quién tiene derecho a ser reconocido como parte de la nación y quién decide quien puede pertenecer a ella.

The Conversation

Raúl Martínez-Corcuera no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. La polémica de Rajoy revela un viejo debate: ¿quién tiene derecho a representar a un país? – https://theconversation.com/la-polemica-de-rajoy-revela-un-viejo-debate-quien-tiene-derecho-a-representar-a-un-pais-287505

El cerebro no recuerda mejor las tareas inconclusas que las terminadas, pero sí les da más vueltas

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Adriana González Prizzio, Profesor de Psicología, Universidad Francisco de Vitoria

Marcarnos un plan para terminar tareas ayuda a disminuir pensamientos rumiativos. Glenn Carstens Peters / Unsplash, CC BY-SA

Durante casi un siglo, la psicología ha dado por buena una idea intuitiva: el cerebro recuerda mejor aquello que dejamos a medias. El fenómeno se conoce como efecto Zeigarnik y su origen suele situarse en una observación del psicólogo alemán Kurt Lewin en el Berlín de los años 1920. Lewin advirtió que los camareros recordaban con precisión los pedidos pendientes de pago, pero los olvidaban en cuanto la cuenta quedaba saldada. La interpretación fue que una tarea sin concluir genera una tensión psicológica que mantiene su contenido accesible en la memoria; al completarla, la tensión se libera y el recuerdo se desvanece.

Inspirada por esa observación, la psicóloga y psiquiatra soviética Bluma Zeigarnik trasladó la cuestión al laboratorio. En su trabajo de 1927 encargó a los participantes diversas tareas, interrumpiendo algunas a mitad de ejecución y permitiendo terminar otras. Al pedirles después que recordaran en qué habían trabajado, comprobó que las tareas interrumpidas se recordaban con mayor frecuencia que las completadas, aproximadamente el doble.

El efecto Zeigarnik fue descrito por la psicóloga Bluma Zeigarnik en 1927, después de que ella y otros notaron que los camareros recordaban los pedidos antes de servirlos, pero luego los olvidaban.
Wikimedia Commons., CC BY

Resultados no concluyentes

El problema es que, cuando otros investigadores intentaron reproducir el resultado, la ventaja de memoria se mostró inconsistente: en unos estudios aparecía y en otros no, sin un patrón claro.

En 2025, investigadores de la Universidad de Berna abordaron este tema y, tras una exhaustiva revisión, concluyeron que no existe una ventaja de memoria para las tareas inacabadas. Al analizar los estudios hasta la fecha, concluyeron las tareas interrumpidas representaban en torno al 49 % de lo recordado, una proporción casi equivalente a la de las tareas completadas. En sus propias palabras, el efecto “carece de validez”.

¿Cómo se explica entonces el resultado original? Los autores señalan las condiciones particulares de los laboratorios: la autoridad del experimentador, la presión de sentirse evaluado y la implicación personal en la tarea. Cuando esas circunstancias se atenúan, el efecto desaparece. No se trataría, por tanto, de un mecanismo de la memoria, sino de un fenómeno dependiente de un contexto concreto y poco replicable en el día a día.

Dificultad para desconectar

El estudio, sin embargo, evidenció un sesgo más: el efecto Ovsiankina. Descrito por la psicóloga María Ovsiankina en 1928, es la tendencia a reanudar de forma espontánea una tarea interrumpida en cuanto surge la oportunidad. Aquí las cifras sí que se sostienen, con una tasa de reanudación cercana al 67 %, por encima de lo esperable por azar. Lo inacabado no nos hace recordar más, pero sí nos empuja a terminar lo que dejamos a media.

La investigación reciente documenta efectos similares, especialmente en el contexto laboral. Otro estudio, realizado este año, resaltó que las tareas que quedan sin concluir al final de la jornada se asocian con pensamientos intrusivos sobre el trabajo durante el tiempo de descanso y, de manera particular, con la rumiación. Los investigadores concluyeron que no influye tanto el recuerdo, sino la dificultad para desconectar.

Un mecanismo afín opera al alternar entre tareas sin cerrar la anterior. La psicóloga organizacional Sophie Leroy lo describió como “residuo de atención”: parte de los recursos cognitivos permanece implicada en la tarea previa, en detrimento de la actual. En sus experimentos, la presión por finalizar una tarea facilitaba, soltarla por completo antes de pasar a la siguiente.

Propósitos por cumplir

Conviene precisar que la evidencia en neuroimagen es limitada; no hay identificadas áreas, regiones ni redes cerebrales específicas relacionadas con el efecto Zeigarnik, ni confirmación tampoco de la noción de “tensión” cuando una tarea está incompleta. Sí están documentados otros fenómenos: las intenciones pendientes permanecen más accesibles en la memoria, la corteza prefrontal participa en el mantenimiento de los propósitos por cumplir y la rumiación se vincula a determinadas redes cerebrales.

Así, del efecto Zeigarnik pueden extrapolarse dos conclusiones. Por un lado, ilustra cómo un hallazgo intuitivo y repetido durante décadas puede no superar el escrutinio metodológico: la supuesta ventaja de memoria es, en el mejor de los casos, frágil y dependiente del contexto.

Por otro, muestra que el núcleo del fenómeno es conductual y no mnésico –relacionado con la memoria–: lo inacabado no se recuerda mejor, pero impulsa a la acción y puede interferir en el descanso.

De ahí se desprende una orientación práctica. Algunos investigadores sugieren que, aunque una meta sin cumplir genera pensamientos intrusivos que dificultan concentrarse en otras tareas, formular un plan concreto –es decir, decidir cuándo, dónde y cómo se retomará– basta para disolver esa interferencia, sin necesidad de completar la tarea.

El cierre, en definitiva, no parece imprescindible para descansar: lo es, más bien, el compromiso creíble de que ese cierre llegará.

The Conversation

Adriana González Prizzio no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. El cerebro no recuerda mejor las tareas inconclusas que las terminadas, pero sí les da más vueltas – https://theconversation.com/el-cerebro-no-recuerda-mejor-las-tareas-inconclusas-que-las-terminadas-pero-si-les-da-mas-vueltas-284274

Interdiction des médias sociaux aux moins de 16 ans : les effets (et les limites) du projet de loi canadien

Source: The Conversation – in French – By Laurence Grondin-Robillard, Professeure associée à l’École des médias et doctorante en communication, Université du Québec à Montréal (UQAM)

Avec le projet de loi C-34 sur les médias sociaux sécuritaires, le Canada rejoint la liste croissante des pays qui veulent imposer une limite d’âge pour l’accès aux médias sociaux. Mais les mesures prévues atteindront-elles les objectifs ?


Présenté le 10 juin dernier par Marc Miller, ministre de l’Identité et de la Culture canadiennes et ministre responsable des Langues officielles, le projet de loi C-34 fait déjà couler beaucoup d’encre. Parmi les mesures proposées, l’une retient particulièrement l’attention : l’interdiction des médias socionumériques aux moins de 16 ans.

Seulement au courant de la dernière année, la viralité de publications prônant la minceur extrême sur TikTok, les publicités pour acheter de la cocaïne sur Facebook et la propagation d’hypertrucages à caractère sexuel créés par le robot conversationnel Grok et diffusées sur X sont quelques-uns des nombreux problèmes propagés par les géants du numérique.

Plus largement, le projet de loi soulève une question essentielle : cherche-t-on seulement à éloigner les enfants des plates-formes, ou veut-on aussi transformer les environnements numériques qu’ils fréquentent ? En tant que professeure associée à l’École des médias de l’UQAM et doctorante étudiant les médias socionumériques depuis plusieurs années, j’ai examiné cette tension.

Réguler les géants du numérique

Au-delà d’une interdiction d’accès aux médias socionumériques pour les enfants, le projet de loi propose d’encadrer certains services en ligne, de les responsabiliser et de restreindre l’accès à des contenus jugés préjudiciables. Il toucherait les médias socionumériques, mais également les robots conversationnels, les sites pornographiques et des plates-formes de diffusion en direct.

C-34 imposerait aux exploitants divers devoirs : mettre en place des mesures de vérification ou d’estimation de l’âge, réduire les risques d’exposition à des contenus haineux ou violents, offrir des outils de blocage et de signalement, identifier les publications générées par intelligence artificielle et intégrer des mécanismes de conception plus sécuritaires. De plus, les contenus les plus problématiques, notamment ceux liés à l’exploitation et à la victimisation sexuelle de mineurs, devraient être rendus inaccessibles dans les 24 heures suivant un signalement.




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Afin d’appliquer le tout, le projet de loi créerait la Commission canadienne de la sécurité numérique. Cet organisme traiterait les plaintes, serait doté de pouvoirs d’enquête et pourrait appliquer des sanctions en fonction des règles fixées par le gouvernement. Quelques activités demeureraient toutefois exclues du cadre proposé, dont les services de messagerie privée, les jeux vidéo en ligne et les moteurs de recherche. Différentes plates-formes pourraient aussi être exemptées si elles démontrent avoir mis en place les mesures nécessaires pour protéger les enfants.

De belles intentions avec des angles morts

L’ensemble de C-34 paraît cohérent au premier regard. Cependant, divers éléments sont bancals. Pour commencer, bien des géants du numérique ont des conditions d’utilisation qui ressemblent aux dispositions du projet de loi… et qui se révèlent déjà insuffisantes. La plupart des plates-formes ont un âge minimal d’accès, quoique souvent fixé à seulement 13 ans plutôt que 16 ans. Et beaucoup d’entre elles, dont Meta, YouTube et TikTok, affirment restreindre ou interdire certains contenus préjudiciables, violents ou à caractère sexuel dans les fils d’actualités et les recommandations algorithmiques, et offrir des mécanismes de signalement. Or malgré tout cela, la plupart des adolescents canadiens ont été confrontés en ligne à des scènes violentes ou sanglantes, selon une étude réalisée en 2026 pour l’organisation universitaire DIY : Digital Safety et le Centre canadien de protection de l’enfance

Par ailleurs, des dispositions visant à établir l’âge des utilisateurs soulèvent, tant en Europe qu’en Australie, des préoccupations marquées quant au respect de la vie privée. Plus de 350 chercheurs internationaux ont même demandé, en mars dernier, un moratoire sur les différents projets de vérification de l’âge des internautes, qu’ils jugent très intrusifs.

Quant aux agents conversationnels fondés sur l’intelligence artificielle, ils devront mieux prévenir la diffusion de contenus préjudiciables, sans pour autant être interdits aux moins de 16 ans, ce qui soulève aussi des questions. Selon Marc Miller, les études ne démontrent pas encore suffisamment leurs effets nocifs chez les jeunes. Il reste que, à la différence des médias socionumériques, nous savons peu de choses sur ce que les jeunes voient et consomment dans leurs échanges privés avec ces robots. Or, le gouvernement semble compter ici sur la bonne volonté des entreprises pour assurer leur sécurité.

Que retenir de C-34 à ce stade ? Le texte apparaît comme une ébauche incomplète. On peut au moins espérer, s’il franchit l’étape de la deuxième lecture, que son examen en comité permette aux experts des médias socionumériques et de l’intelligence artificielle, exempts de conflits d’intérêts, de mettre en lumière les nombreuses zones grises.

Le précédent australien

L’Australie a précédé le Canada en la matière : depuis le 10 décembre 2025 eSafety, un régulateur en place depuis 2015 supervise plusieurs médias socionumériques, qui ne peuvent plus offrir de comptes aux moins de 16 ans. Mais toutes les plates-formes ne sont pas automatiquement visées : eSafety priorise celles qui dénombrent le plus d’utilisateurs australiens mineurs et dont les fonctionnalités peuvent exposer les enfants à des préjudices.

Parmi les services concernés, on retrouve Facebook, Instagram, Kick, Reddit, Snapchat, Threads, TikTok, Twitch, X et YouTube. À l’inverse, Discord, Messenger, Pinterest, Roblox, WhatsApp et YouTube Kids ne sont pas actuellement considérés comme assujettis.

Dans la foulée, d’autres pays, dont le Brésil, l’Indonésie, la France, la Grèce, la Norvège, le Royaume-Uni et la Suède déploient ou envisagent des restrictions semblables.




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Mais la situation est loin d’être simple pour la commissaire australienne Julie Inman Grant. Dans son rapport de mars 2026, eSafety soulève plusieurs préoccupations : certains messages adressés aux jeunes par les plates-formes facilitaient la multiplication des tentatives de validation d’âge ou permettaient de modifier celui déclaré après détection. Les outils d’estimation demeurent aussi imparfaits, surtout autour des seuils concernés.

À cela s’ajoutent les stratégies de contournement : des jeunes déplacent leurs usages vers d’autres espaces numériques, où les problèmes peuvent les suivre. Plus révélateurs encore, près de sept enfants sur dix qui possédaient déjà un compte en conservaient un sur au moins l’une des plates-formes visées. Dans l’immédiat, les résultats escomptés se font attendre.

Si C-34 obtient sa sanction royale, les bénéfices de cette législation pourraient prendre des années, voire une décennie à se manifester, étant donné le peu d’impact constaté en Australie à court terme. Au final, le projet de loi risque moins de faire disparaître les problèmes que d’en retarder l’apparition chez les prochaines générations. Et les adultes resteront les cobayes de ces technologies.

Le chien de Pavlov, le rat de Skinner

L’expérience de Pavlov, dans laquelle un chien, qui entendait une cloche chaque fois qu’on lui présentait sa nourriture, finissait par saliver à l’unique son de la cloche, nous a permis de comprendre comment une notification peut devenir un signal qui attire presque automatiquement notre attention.

Mais un autre principe, la boîte de Skinner, aide d’autant plus à appréhender les effets des médias socionumériques. Cette expérience, célèbre en psychologie comportementale, consiste à placer un animal, souvent un rat ou un pigeon, dans une boîte munie d’un levier ou d’un bouton. Lorsque la bête appuie dessus, elle reçoit elle aussi une récompense, par exemple de la nourriture, mais de façon aléatoire. Elle apprend à répéter ce geste, encore et encore, espérant obtenir cette gratification qui arrive de manière imprévisible. Cette expérience a montré que le renforcement des comportements par des récompenses intermittentes les rend particulièrement persistants.


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Les plates-formes numériques ne sont évidemment pas de simples boîtes de Skinner appliquées aux humains. Mais plusieurs facteurs, notamment les notifications, les récompenses sociales et la variabilité des interactions, rappellent ces mécanismes : ils encouragent des retours fréquents, parfois compulsifs, en jouant sur l’attente d’une gratification incertaine. Ajoutez à cela un flux infini et personnalisé de vidéos verticales par recommandation algorithmique, et vous obtenez une architecture redoutable pour capter l’attention. C’est d’ailleurs sur cette base que Meta et Google ont récemment reçu des condamnations, suite à deux procès intentés aux États-Unis.

C’est précisément là que C-34 montre ses limites. Le projet encadre l’accès à ces environnements sans remettre en question les mécanismes qui les rendent si puissants. Il peut éloigner temporairement les enfants des plates-formes, mais il ne modifie ni leur modèle d’affaires, ni leurs algorithmes, ni le pouvoir des géants du numérique. Il repousse donc l’entrée dans la boîte, sans jamais chercher à changer réellement le dispositif.

La Conversation Canada

Laurence Grondin-Robillard ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Interdiction des médias sociaux aux moins de 16 ans : les effets (et les limites) du projet de loi canadien – https://theconversation.com/interdiction-des-medias-sociaux-aux-moins-de-16-ans-les-effets-et-les-limites-du-projet-de-loi-canadien-284995

Las matemáticas del Mundial de fútbol 2026

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Raquel Villacampa Gutiérrez, Doctora y profesora de Geometría y Topología, Universidad de Zaragoza

kovop/Shutterstock

¿Por qué éste Mundial tiene 48 equipos? ¿Por qué en unas ediciones pasan terceros de grupo a las rondas eliminatorias y en otras no? Aunque pueda parecer una decisión puramente deportiva, la respuesta depende de unas reglas matemáticas muy concretas. Detrás del mayor torneo de fútbol del mundo se esconden múltiplos de cuatro, potencias de dos y algunos problemas clásicos de combinatoria.

Las matemáticas están en todas partes y en el deporte son fundamentales tanto en su diseño como en las estadísticas o estrategias que idean los entrenadores para ganar. En el caso del Mundial de fútbol, hay unos números muy concretos que rigen su desarrollo.

Puntos al ganador

Desde 1986, los equipos seleccionados juegan en primer lugar la llamada fase de grupos, en la que se constituyen grupos formados por 4 equipos. Estos juegan todos contra todos y tras acabar los 6 partidos posibles se ordenan según puntuación.

Cada partido (desde el mundial de EE UU de 1994) suma 3 puntos al ganador y 0 al perdedor, o bien 1 punto a cada equipo en caso de empate. Con estos criterios, cada grupo finaliza esta fase con una ordenación de sus 4 equipos, colocando en primera posición a aquel que ha obtenido mayor puntuación, y así sucesivamente.

Una vez finalizada la fase de grupos, los 2 o 3 equipos mejores de cada grupo entran en las rondas eliminatorias en las que se disputan varios partidos simultáneamente, cada uno de los cuales enfrenta a dos equipos en un único partido.

El ganador de cada uno de estos partidos pasa a la ronda siguiente, que se rige por el mismo procedimiento que la anterior, pero con la peculiaridad de que ahora solo participan la mitad de los equipos que había en la ronda anterior.

Cuando solo quedan 4 equipos, se juegan 2 semifinales: los ganadores de las mismas disputan la final (y de allí se obtienen el campeón y el subcampeón del mundial) y los perdedores se disputan el tercer puesto.

A partir de esta base, las matemáticas obligan a determinados sucesos.

¿Cuántos equipos participan en un mundial?

Este número no es fijo y ha ido modificándose a lo largo de los años. Si nos fijamos en los mundiales que tienen la misma estructura que el actual, se ha pasado de 24 (EE UU 1994) a 32 (Francia 1998 – Catar 2022) hasta alcanzar los 48 equipos en el mundial actual. Nos podemos preguntar qué tienen en común estos números, 24, 32 y 48, o porqué se han elegido precisamente esos y no otros.

La respuesta la encontramos en la fase de grupos: el número inicial de participantes debe ser múltiplo de 4 para que sea posible formar grupos de 4 equipos. De este modo, con 24 equipos se forman 6 grupos; con 32 se forman 8 grupos; y con 48 aparecen 12 grupos.

Como vemos, podría haber mundiales con 28 equipos, 36, 40… siempre y cuando se mantengan los grupos de 4 participantes en la fase de grupos. No parece que vaya a haber cambios en esto: la estructura de grupos de 4 equipos se mantiene desde 1950, aunque el desarrollo tras la fase de grupos se ha visto modificado.

¿Cuántos terceros de grupo pasan a las fases eliminatorias tras la fase de grupos?

En el mundial de 1994, además de los 2 primeros de cada grupo, pasaron los 4 mejores terceros de los 6 grupos.

Entre los años 1998 y 2022 no pasó ningún tercero de grupo a la siguiente fase, mientras que este año han sido 8 terceros quienes han pasado a las rondas eliminatorias. ¿Por qué este número va cambiando?

En este caso la clave no está en el número 4, sino en el 2.

Para entenderlo hagamos el recorrido inverso: desde la final del mundial hasta la fase de grupos, recordando que en cada ronda hay el doble de equipos que en la ronda anterior.

La final se la disputan 2 equipos; en las semifinales participan 4; en los cuartos de final hay 8 y en los octavos de final hay 16.

Recordamos que el mundial de 2026 es el primero de la historia en el que se han jugado los dieciseisavos de final, con 32 equipos. Los números 2, 4, 8, 16 y 32 son potencias de 2 pues se consiguen como 2¹ , 2² , 2³ , 2⁴ y 2⁵ respectivamente, siendo cada número doble que el anterior.

Es decir, para entrar en las rondas eliminatorias necesitamos tener un número de equipos clasificados que sea potencia de 2. Si solo se permite que pasen 2 equipos por grupo, puede que no consigamos estos números, ya que va a depender del número de grupos que tengamos. Esto es lo que pasó en 1994, cuando había 6 grupos. Al clasificar 2 equipos por grupo (los 2 primeros), se tienen 12 equipos para las rondas eliminatorias. Como el número 12 no es potencia de 2 fue necesario añadir 4 equipos más (los mejores terceros) para alcanzar el número 16 y poder así iniciar los octavos de final.

Entre 1998 y 2022, con 32 equipos en el mundial no hubo necesidad de elegir a ningún tercero pues directamente con 2 seleccionados por grupo se llegó a los 16 equipos que jugaron los octavos de final.

Este año, se han jugado los dieciseisavos de final, por lo que fue necesario seleccionar 32 equipos tras la fase de grupos. Para alcanzar este número, partiendo de los 48 equipos iniciales repartidos en 12 grupos, se han tenido que seleccionar 8 terceros, que junto a los 24 que vienen de los primeros y segundos de cada grupo hacen los 32 necesarios para los dieciseisavos de final.

Un mundial con 64 equipos (2⁶ ) no necesitaría recurrir a los terceros de cada grupo. ¿Lo veremos dentro de unos años?

Como dato adicional, los 4 torneos del Gram Slam de tenis (Roland Garros, Wimbledon, Abierto de Australia y Abierto de Estados Unidos) se rigen únicamente por rondas eliminatorias y participan 128 (2⁷ ) tenistas en cada cuadro (masculino y femenino).

¿Cuántos puntos puede sumar un equipo en la fase de grupos?

Debemos recordar que cada equipo juega 3 partidos y en cada uno de ellos puede sumar 3 puntos si gana (G), 1 punto si empata (E) o 0 puntos si pierde (P). Por tanto, para responder a esta pregunta debemos averiguar cuántos partidos podemos ganar, empatar o perder si jugamos 3 y luego sumar los puntos asociados a cada posibilidad encontrada. En esta situación no es importante el orden en el que suceden las victorias o derrotas, tan solo importa cuál ha sido el resultado final de los 3 partidos.

El conteo de opciones posibles en un determinado problema es algo habitual en la investigación matemática. La disciplina que lo analiza es la combinatoria y es en general difícil de abordar. Para los problemas combinatorios, como es este que nos ocupa, es importante disponer de una estrategia para asegurarnos de no perder ningún caso ni de repetir ninguno en el conteo. En nuestro problema, contaremos cuántos partidos se pueden ganar (tres, dos, uno y cero) y para cada caso, qué sucede con aquellos que no ganamos, comenzando siempre con el empate. Así, obtenemos la siguiente secuencia de opciones ordenadas de mayor a menor, entendiendo por mayor ganar el partido y por menor perder el partido.

Los puntos asociados a cada posibilidad son: 9, 7, 6, 5, 4, 3, 3, 2, 1, 0.

El resultado más bajo posible

Ningún equipo puede obtener nunca 8 puntos en la fase de grupos y 3 puntos se pueden obtener de dos formas distintas: ganando 1 partido y perdiendo 2 o empatando los 3 partidos.

Una pregunta bastante más difícil es averiguar cuáles pueden ser las puntuaciones finales posibles de los 4 equipos al finalizar la fase de grupos, es decir, cómo se pueden agrupar, siguiendo las reglas de puntuación, los números 0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7 y 9 en grupos de 4.

No todas las posibilidades son válidas ya que hay que tener en cuenta, por ejemplo, que si un equipo ha ganado un partido es porque otro equipo lo ha perdido.

En el gráfico se muestran todos los resultados obtenidos por los 74 grupos desde 1994 junto a su frecuencia. El grupo que obtuvo el resultado más bajo fue el grupo E (México, Irlanda, Italia y Noruega) en el mundial de 1994: sus cuatro integrantes obtuvieron 4 puntos, correspondiente a ganar 1 partido y empatar otro, y solo ha ocurrido una única vez.

Dejamos como pregunta abierta: ¿existe alguna combinación de puntos inferior a la (4,4,4,4) con el sistema de puntuaciones actual? ¡Hagamos matemáticas!

The Conversation

Raquel Villacampa Gutiérrez no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. Las matemáticas del Mundial de fútbol 2026 – https://theconversation.com/las-matematicas-del-mundial-de-futbol-2026-287194