Pourquoi l’hôtel Hilton de Washington relie Reagan et Trump : quand la violence devient une épreuve du pouvoir

Source: The Conversation – France in French (3) – By Florian Leniaud, Docteur en civilisation américaine. Membre associé au Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ) – Université Paris-Saclay

La tentative d’assassinat qui a visé Donald Trump et ses ministres les plus importants le 26 avril dernier s’est produite à l’hôtel Hilton de Washington, devant lequel Ronald Reagan avait été grièvement blessé par balles 45 ans plus tôt. Ce parallèle invite à analyser la manière dont les attaques physiques qu’ils ont subies ont transformé l’image des deux présidents républicains, ainsi que les réponses qu’ils y ont apportées.


Quarante-cinq ans après la tentative d’assassinat contre Ronald Reagan du 30 mars 1981, une attaque visant Donald Trump vient de survenir au même endroit : l’hôtel Hilton de Washington.

Ce détail n’en est pas un, car il transforme un fait isolé en continuité. Le lieu devient une scène. La violence politique ne surgit plus seulement comme un événement, elle semble se rejouer, tout en reliant deux figures présidentielles au sein d’une même épreuve.

Un lieu qui transforme la violence en récit

En 1981, Reagan, qui avait eu le poumon perforé par une balle tirée à bout portant par John Warnock Hinckley, Jr., sort profondément renforcé de cet épisode. Les images de sa sortie d’hôpital, son humour face au danger mortel auquel il a été exposé et la mise en récit médiatique contribuent à installer durablement la figure d’un leader ayant traversé l’épreuve.

Quelques heures après avoir été touché, Reagan plaisante auprès de ses chirurgiens : « J’espère que vous êtes tous des Republicans ». La formule fait immédiatement le tour du pays et structure l’image d’un président courageux, maître de lui-même jusque dans la proximité de la mort.

Aujourd’hui, Trump — qui avait déjà vécu un moment similaire le 14 juillet 2024 lorsqu’il avait émergé, le poing brandi et l’oreille en sang, après avoir échappé à une tentative d’assassinat lors d’un meeting — apparaît dans une configuration différente mais comparable sur un point précis : l’exposition à la violence renforce une posture de leader assiégé. Depuis près de dix ans, son discours politique repose largement sur l’idée d’une Amérique menacée, encerclée par des ennemis intérieurs et extérieurs. Chaque attaque contribue dès lors à renforcer un récit déjà installé, celui d’un dirigeant pris pour cible parce qu’il incarnerait une forme de résistance politique.




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Dans les deux cas, l’événement ne se limite donc pas à un acte violent, puisqu’il est immédiatement intégré dans une narration politique. Or ce récit ne fonctionne pas seul. Il repose sur une médiatisation continue qui transforme la violence en séquence politique majeure. Si la violence fait l’événement, le récit médiatisé en fait un moment politique.

Un attentat prémédité dans un espace hautement symbolique

Les éléments désormais connus sur l’assaillant du 25 avril dernier, Cole Tomas Allen, confirment qu’il avait préparé son attaque de longue date. L’homme, âgé de 31 ans, avait traversé les États-Unis avec plusieurs armes et réservé une chambre au Hilton plusieurs semaines à l’avance. Selon les enquêteurs, il projetait de viser Donald Trump ainsi que plusieurs responsables politiques présents lors du dîner des correspondants de la Maison-Blanche.

Ses écrits, mélange de confession, de revendication politique et de message d’adieu, révèlent une accumulation de griefs personnels et politiques contre l’administration Trump. Les autorités indiquent également qu’il ne pensait pas survivre à son attentat, ce qui ancre son geste dans une logique sacrificielle relativement fréquente dans les violences de masse contemporaines.

Cette dimension est importante car elle éloigne l’idée d’un acte purement impulsif ou irrationnel. Les travaux consacrés aux auteurs de fusillades montrent des trajectoires souvent marquées par l’isolement social, des formes d’humiliation ou une quête de reconnaissance. Dans de nombreux cas, le passage à l’acte s’inscrit dans un environnement saturé de récits violents et fortement médiatisés.




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La médiatisation ne constitue alors pas un simple relais d’information, car à travers la répétition des images et des noms des assaillants, elle peut contribuer, chez certains individus, à rendre ces actes réellement possibles, soit imaginables. À force d’être rejouée en boucle, la violence s’installe dans un horizon mental familier où le passage à l’acte peut apparaître comme un moyen brutal d’accéder à une forme de visibilité publique.

Le lieu comme scène politique

Le choix du lieu joue un rôle central dans cette dynamique. Les attaques ne surviennent pas dans des espaces neutres : écoles, centres commerciaux, universités, lieux de pouvoir ou bâtiments gouvernementaux concentrent visibilité et résonance médiatique. Ils fonctionnent comme des scènes ouvertes sur le pays tout entier.

Le Hilton de Washington agit à ce titre comme un espace de mémoire politique. Déjà associé à la tentative d’assassinat contre Reagan, il transforme instantanément l’événement en continuité historique. Ce lieu de mémoire produit du sens avant même l’interprétation politique et dépasse largement le geste individuel.

La comparaison d’Allen avec John Hinckley Jr. permet néanmoins de souligner des différences importantes. Hinckley agit dans une logique obsessionnelle très personnelle qui mêle fascination médiatique et fixation sur l’actrice Jodie Foster. Allen apparaît, quant à lui, engagé dans une démarche nettement plus politisée et idéologique. Pourtant, un point commun demeure : dans les deux cas, l’acte vise un espace hautement visible, aujourd’hui chargé de sens.

La violence politique contemporaine ne cible donc pas seulement des individus. Elle cible aussi des lieux, des symboles et des récits.

Une polarisation médiatique qui transforme immédiatement la violence en affrontement politique

Cette évolution ne peut être comprise sans replacer ces événements dans l’histoire récente du paysage médiatique américain. La présidence Reagan marque un tournant majeur avec la disparition progressive de la Fairness Doctrine à la fin des années 1980. Cette règle imposait jusque-là aux médias audiovisuels de traiter les sujets controversés de manière équilibrée.

Sa suppression ouvre progressivement la voie à un système médiatique beaucoup plus polarisé, où l’information devient un espace d’affrontement idéologique permanent. L’essor du talk radio conservateur, puis des chaînes d’information continue et des réseaux sociaux fragmente l’espace public américain en récits concurrents.




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Dans ce contexte, chaque événement violent fait immédiatement l’objet d’interprétations opposées. Pour les soutiens de Trump, l’attaque confirme l’idée d’un dirigeant persécuté parce qu’il dérange une partie du système politique et médiatique. Pour ses opposants, l’attaque renvoie au contraire à un climat de tension politique auquel les discours de Trump et sa manière de polariser le débat public auraient contribué.

La violence cesse alors d’être seulement un drame partagé pour devenir un élément du combat politique, utilisé par chaque camp pour conforter sa propre lecture du pays, du pouvoir et de la menace.

Les armes à feu comme imaginaire politique

La question des armes à feu occupe une place centrale dans cette dynamique. Leur diffusion massive entretient un imaginaire politique fondé sur l’autodéfense et la menace permanente. Aux États-Unis, lorsque les armes ne relèvent pas de la sécurité ou du loisir, elles constituent un marqueur culturel et identitaire profondément enraciné dans une partie du conservatisme américain.

Ce système fonctionne en boucle : la peur favorise l’armement, tandis que l’omniprésence des armes rend la violence plus probable. Chaque nouvelle attaque engendre un sentiment d’insécurité qui justifie à son tour la possession d’armes.




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C’est précisément dans cette tension entre culture des armes et expérience directe de la violence que la comparaison entre Reagan et Trump devient éclairante. Ronald Reagan, pourtant figure majeure du conservatisme américain et défenseur du deuxième amendement, avait progressivement infléchi sa position après avoir survécu à la tentative d’assassinat de 1981 lors d’une tribune écrite pour le New York Times. Dans les années 1990, après ses deux mandats, il soutient publiquement le Brady Act, texte renforçant les contrôles sur les ventes d’armes à feu — baptisé ainsi en hommage à James Brady, porte-parole de la Maison-Blanche grièvement blessé en même temps que le président le 30 mars 1981, et resté lourdement handicapé à la suite de ses blessures. Reagan reconnaît alors qu’un meilleur encadrement des armes aurait pu sauver des vies.

Donald Trump défend au contraire une ligne plus ferme en faveur du droit au port d’armes, y compris après avoir lui-même été visé. Cette différence traduit une transformation plus profonde du camp républicain : chez Reagan, la violence conduit partiellement à une forme de remise en question, alors que chez Trump elle vise davantage à renforcer un récit politique déjà raffermi autour du danger et de l’affrontement.

Quand le lieu survit à l’événement

L’attaque contre Donald Trump ne constitue pas un événement isolé. Elle survient dans un contexte plus large de polarisation politique et de violences visant des responsables publics aux États-Unis. L’assaut du Capitole en 2021 avait déjà révélé l’intensité d’une polarisation où une partie du conflit politique se déplace désormais sur le terrain physique et sécuritaire.

Mais le plus frappant reste peut-être la persistance du lieu lui-même. Quarante-cinq ans après Reagan, le Hilton de Washington réapparaît comme si certains espaces conservaient la mémoire des violences qui les ont traversés. Le lieu ne se contente plus d’accueillir l’événement : il lui donne une profondeur historique immédiate et relie plusieurs séquences de la vie politique américaine à travers une même scène.

De Reagan à Trump, les effets politiques diffèrent, mais une constante demeure : l’exposition à la violence peut renforcer la portée symbolique du pouvoir. Si la violence politique fait depuis longtemps partie de l’histoire américaine, sa médiatisation permanente et son inscription dans un paysage fortement polarisé lui donnent aujourd’hui une résonance particulière, où chaque attaque devient aussitôt un affrontement politique et médiatique qui dépasse largement l’événement lui-même..

The Conversation

Florian Leniaud est membre du Centre d’histoire et d’études culturelles rattaché à l’Université Paris-Saclay

ref. Pourquoi l’hôtel Hilton de Washington relie Reagan et Trump : quand la violence devient une épreuve du pouvoir – https://theconversation.com/pourquoi-lhotel-hilton-de-washington-relie-reagan-et-trump-quand-la-violence-devient-une-epreuve-du-pouvoir-282314

Ghana’s transport system is chaotic: how it can move more people with fewer vehicles – research

Source: The Conversation – Africa – By Janet Appiah Osei, Research Fellow, African Research Universities Alliance (ARUA), University of Ghana

Every morning in Accra, Ghana’s capital, thousands of commuters sit in traffic while minibuses and taxis compete for limited road space.

More than 70% of Ghanaians rely on informal public transport, predominantly minibuses (trotros) and taxis, for their daily mobility. About 84% of passenger trips in Accra are made using these modes (a 2017 estimate). Precise counts of vehicles are not available due to the informal nature of the sector, but thousands of taxis and trotros are active on Accra’s roads each day.

Despite the constant movement, the traffic’s progress is slow. Ghana’s cities are moving, but not efficiently.

Taxi and minibus services are essential. They provide flexible, relatively affordable mobility and reach areas that formal systems do not. For millions of people, they are the backbone of daily travel.

Yet surprisingly little is known about their diversity and characteristics.

I research how urban transport systems can be made more efficient and climate-friendly, particularly in rapidly growing cities where there are mobility challenges.

In my recent study of commercial vehicle models in Ghana’s urban transport system, I identified 52 different types of taxis and trotros currently in operation. This diversity reflects a system shaped more by market demand than by coordinated, large-scale planning.

My findings show a highly diverse fleet structure, with differences in vehicle capacity and service patterns across the fleet. There’s a strong reliance on conventional fuels and older vehicles. These patterns suggest a fleet that has developed gradually over time, rather than through deliberate and structured modernisation. The result is traffic congestion, higher fuel consumption and increased emissions.

I argue that a more structured approach to urban transport could allow cities to move more people with fewer vehicles, reduce overlapping low-occupancy trips, and improve fleet regulation and planning.

Why efficiency is a growing problem

Most taxis, which are typically sedan cars, carry only a few passengers per trip and operate over short distances. Trotros seating about 10-20 people carry more passengers and travel longer routes. But they still fall short of the capacity offered by larger buses used for mass transit, which can carry 50 or more passengers per trip.

This means more vehicles are required to move the same number of passengers.

In Accra alone, roughly one million passenger trips are made daily using these modes. As demand increases, the system responds by adding more vehicles, not by increasing capacity per vehicle.

This pattern is evident in the the city’s rapid motorisation: vehicle ownership rose from about 40 per 1,000 people in 1990 to 260 per 1,000 in 2015. This highlights how growing mobility demand has largely been met through more vehicles on the road, rather than through more efficient, higher-capacity transport.

The result is growing congestion, longer travel times and increasing pressure on already limited road infrastructure.

For commuters, this means more time spent in traffic. For cities, it means declining transport efficiency.

Environmental costs of low-capacity transport

The dominance of low-occupancy vehicles also affects the environment.

Vehicles that carry fewer passengers generally consume more fuel and generate higher emissions per passenger-kilometre compared to higher-capacity modes of transport. For example, one study on urban transport found that transit buses can reduce emissions by 82%-94% relative to sedan cars.

The cumulative effect of a large fleet of low-occupancy vehicles in Accra contributes to higher overall fuel consumption and increased urban emissions.

Expanding and strengthening high-capacity public transport systems is not only a transport issue, but also an environmental one.

Economic implications for cities and commuters

Inefficiency in transport systems has direct economic consequences.

Higher fuel consumption increases operating costs for drivers, which can eventually translate into higher fares. Congestion slows down the movement of people and goods, reducing productivity and increasing the cost of doing business in urban areas.

Efficient transport systems support economic growth by improving reliability and reducing delays. As Ghana’s cities expand, these efficiencies become even more critical.

Why the current system persists

Despite these challenges, taxis and trotros continue to dominate for good reason.

They are flexible, adaptable and responsive to demand. Routes can change quickly, and services can reach areas that formal systems often overlook. The relatively low cost of entry also allows many individuals to participate in the sector.

This flexibility has made the system resilient. But it has also limited large-scale coordination.

The case for high-occupancy transport

Improving urban mobility is not just about increasing the number of vehicles, it is about moving more people with fewer vehicles.

High-occupancy transport systems, particularly Bus Rapid Transit (BRT), a system that uses larger buses operating along dedicated corridors, carry more passengers per trip. A single high-capacity bus can replace multiple taxis or minibuses.

This does not mean eliminating existing transport modes. Taxis and trotros can play a complementary role as feeder services, connecting passengers to main transit routes. This integrated approach combines flexibility with efficiency.

Ghana has already made attempts to introduce BRT systems. But partial implementation has limited their impact. For such systems to succeed, they require dedicated lanes, consistent policy support, and long-term investment.

A critical moment for Ghana’s cities

Urbanisation in Ghana is accelerating. As more people move into cities, demand for transport will continue to rise.

If current trends continue, the number of low-capacity vehicles will increase further, worsening congestion and environmental pressures. Over time, this could reduce the overall effectiveness of urban transport systems.

Ghana now faces a choice: continue expanding a vehicle-intensive system, or move towards higher-capacity models that prioritise efficiency and sustainability.

What needs to change

Addressing these challenges requires coordinated policy action.

Transport planning must move beyond reactive, market-driven growth, towards long-term system design. This includes integrating informal transport operators into structured frameworks while investing in infrastructure that supports high-capacity movement.

In my view, priorities should include:

  • full implementation of Bus Rapid Transit systems with dedicated lanes

  • investment in high-capacity buses and supporting infrastructure

  • integration of informal operators into formal planning systems

  • gradual reduction of low-occupancy vehicles along major corridors

  • stronger institutional coordination and long-term planning.

These steps can help create a more flexible and efficient, balanced system.

The future of Ghana’s cities will depend on a simple shift where more people, not more vehicles, are moved.

The Conversation

Janet Appiah Osei received funding from the African Research Alliance Universities (ARUA) in collaboration with the University of Ghana

ref. Ghana’s transport system is chaotic: how it can move more people with fewer vehicles – research – https://theconversation.com/ghanas-transport-system-is-chaotic-how-it-can-move-more-people-with-fewer-vehicles-research-278810

South African study reveals most dog fights happen at home – and how best to prevent it

Source: The Conversation – Africa – By Josef Hanekom, Clinical Veterinarian and Lecturer, University of Pretoria

Dogs can be very aggressive towards one another, as many people will have witnessed in public places. But in South Africa aggression between dogs occurs more often in people’s homes.

We, a group of South African veterinary scientists including epidemiologists and a behaviourist at the Faculty of Veterinary Science, University of Pretoria, set out to understand the drivers of dog-on-dog aggression in dog bite patients. One of the reasons for doing this is that international studies rarely represent African settings, yet dog-keeping practices profoundly influence behaviour.

In South Africa, for example, dog ownership is driven by safety concerns and a guard against crime. Typically owners keep multiple dogs, select more aggressive dog breeds and combine large breeds for protection with smaller “alert” dogs meant to raise the alarm.

In a recent paper we examined detailed owner surveys from dogs presented to the veterinary hospital with bite wounds. We have also been drilling down into data based on more than 3,000 dogs that had been treated for dog bite wounds between 2013 and 2024 at the Onderstepoort Veterinary Academic Hospital. We analysed dog fight descriptions and household demographics, looking at the sex, age, breed and sterilisation status of dogs.

Our aim was to provide solid evidence-based and locally relevant prevention strategies to reduce inter-dog aggression, and to identify some risk amelioration strategies for South Africa.

We found that the biggest drivers of dog-on-dog aggression were overcrowded homes, and mismatched dog groups in terms of sex, sterilisation status and size. And that, by and large, dogs had minimal training and early socialisation and were given limited exercise outside the household.

Together, these factors create a household “pressure cooker” for inter-dog conflict.

Unfortunately, once fighting between household dogs occurs, this behaviour usually escalates. It’s often necessary to permanently supervise or separate fighting dogs.

This makes identifying prevention strategies all the more important, as once fighting occurs between two household dogs it is very difficult to curb.

Our findings highlight the importance of selecting compatible dogs, managing home environments and supporting owners with practical, evidence-based advice. Based on our findings we make seven recommendations that could help reduce dog-on-dog violence. These include limiting the number of dogs in a home to two or three, castrating male dogs, making sure there’s a mix of males and females, and not mixing small and large breeds.

What we found

Our research found extensive damage to the dogs that had been bitten:

  • 4% had chest or abdominal cavity penetration

  • 12% suffered fractures

  • 6% resulted in death or euthanasia.

Beyond the welfare concerns for the dogs, this conflict also affected humans in considerable ways. Owners were injured while breaking up the fight in 3.2% of fights. Wounds to the face and hands were reported.

We found that households where fighting occurred owned more dogs (4.1 dogs compared to 3.4 dogs) and had more than one intact male dog.

When we examined patterns in fighting pairs, we identified clear trends: 71% of fights were between dogs of the same sex; 53% occurred between dogs with the same sterilisation status. Conversely, fighting was less common between male and female dogs (29%). The most common pairs were two intact males (25%) or two spayed females (15%).

Intact males were significantly over-represented in fights (38% of fighters vs 12.7% for castrated males). We did not establish causality, but the association is strong.

Female spayed dogs were slightly over-represented: 28% of fighting dogs vs 22% for female intact dogs. Fighting was frequent (12% of reports) when one household dog was in oestrus (on heat).

Fights were more common in dogs older than three years when hierarchy challenges arose. Most injured dogs were small breeds attacked by larger dogs.

Several breeds were over-represented in fighting households. These included boerboels, German shepherd dogs and pitbull terriers. Jack Russell terriers and miniature pinschers were over-represented in dog bite wound patients.

Breeds such as dachshunds, labrador retrievers, miniature schnauzers and toy poodles were less represented in fighting households.

The differences between South Africa and Europe

In Europe, fights occur mostly in public spaces between non-household dogs. Research has been done this on this in the UK, Germany and Czech Republic.

But in South Africa, household dynamics themselves are the central risk factor. In our study 85% of the dog bite wound cases happened at the owner’s home, and 68% involved dogs living in the same household.

Fighting often happened when a dog escaped from the yard or entered another dog’s property.

In several countries like the UK and Germany, leash laws were introducted to reduce dog attacks and fighting. But in our study population this would have a minimal effect on fighting between dogs at this occurs mostly at home.

Other clear differences to previous western studies were that most households in our survey kept 3.4 dogs. In many European studies there were usually fewer than two.

This shows that South African households face unique pressures that shape dog behaviour. Local evidence is essential to prevent fights and improve welfare.

What can owners do?

Keep no more than three dogs in a household. More dogs, more competition = more fighting.

Secondly, castrate all male dogs.

Third, avoid keeping dogs of only one sex. Fighting between same sex pairs was more common.

Fourth, avoid keeping large breed dogs with small breed dogs. Injuries were more common when small breed dogs were bitten by larger breed dogs.

Fifth, avoid keeping boerboels, German shepherds and pitbull terriers in multi-dog households. These breeds were more common in fighting households.

Sixth, Jack Russell terriers and miniature pinschers should be limited to low risk households without large breed dogs. These two breeds were over-represented in dog bite wound patients.

Seventh, maintain dog proof-fencing and control dogs during gate opening and closing. Fighting was often reported when dogs escaped their yard or entered another property.

The Conversation

Josef Hanekom works for the Faculty of Veterinary Science, University of Pretoria.

ref. South African study reveals most dog fights happen at home – and how best to prevent it – https://theconversation.com/south-african-study-reveals-most-dog-fights-happen-at-home-and-how-best-to-prevent-it-281447

IASI-NG, la nouvelle mission trois-en-un pour l’étude de l’atmosphère terrestre

Source: The Conversation – in French – By Cyril Crevoisier, Chercheur au CNRS, observation spatiale du climat, École polytechnique

L’instrument IASI-NG a rejoint l’orbite terrestre le 12 août 2025 à bord d’Ariane 6. ESA-CNES-ARIANESPACE-Optique Viédo du CSG- S. Martin, CC BY-SA

Le satellite européen Metop-SG-A1 a été lancé depuis la base de Kourou à bord d’Ariane 6 le 12 août 2025, et les premières données ont été distribuées à la communauté scientifique ce 4 mai. À son bord, pas moins de six instruments dédiés à l’observation de l’atmosphère terrestre, parmi lesquels la mission-phare IASI-Nouvelle Génération (IASI-NG) du CNES.

À l’heure où les données sur le climat sont en danger, cette nouvelle génération d’instrument va suivre l’évolution de l’atmosphère terrestre pendant plus de 20 ans et servir de référence internationale pour le sondage vertical infrarouge de notre atmosphère.

Les satellites sont une composante majeure de l’étude et de l’observation de la Terre. Ils apportent à l’échelle globale les observations nécessaires afin de mieux comprendre et prévoir l’évolution de la planète, et de distinguer les effets induits par l’homme de ceux liés à la variabilité naturelle de la Terre. Au cours des trois dernières décennies, les observations satellitaires ont permis de surveiller en continu l’état de l’atmosphère terrestre. Les instruments spatiaux actuels alimentent ainsi les modèles de prévision météorologique, contribuent à l’évaluation du climat et surveillent les changements rapides dans la composition de l’atmosphère.

La mission IASI (pour « Interféromètre Atmosphérique de Sondage Infrarouge ») occupe une place essentielle dans ce domaine car elle permet de cartographier l’atmosphère et sa composition en 3D. IASI cumule désormais plus de dix-huit années d’observations grâce à la combinaison de trois instruments identiques lancés sur trois satellites successifs entre 2006 et 2018. Les deux derniers exemplaires sont toujours en activité.

Afin de garantir la continuité à long terme de ces observations, le CNES et EUMETSAT (l’agence européenne chargée de la surveillance satellite du climat et de la météorologie) ont lancé le développement de la mission IASI-NG.

Deux fois plus précise et deux fois plus performante que ses prédécesseurs, IASI-NG fournira pour 20 nouvelles années une meilleure description de la structure de l’atmosphère (température, humidité, gaz atmosphériques) notamment dans les premiers kilomètres de l’atmosphère, ce qui est essentiel pour réaliser une bonne prévision météorologique, étudier la qualité de l’air et les émissions de gaz à la surface.

Lancement du satellite Metop-SG-A1 à bord d’Ariane 6.

Le sondage atmosphérique dans l’infrarouge : une filière d’excellence française

Développé par le CNES en collaboration avec EUMETSAT, l’instrument IASI mesure le spectre du rayonnement infrarouge émis par la Terre. Celui-ci varie en fonction de la température et des gaz présents dans l’atmosphère, et c’est son analyse qui permet de cartographier l’atmosphère en 3D et donc de visualiser les vagues de chaleur ou de froid, les nuages de poussières désertiques ou encore les panaches de pollution par exemple.

IASI est un élément clé du système de surveillance mondial de l’atmosphère. Il contribue individuellement davantage que tout autre instrument spatial à la précision des prévisions météorologiques mondiales à 24 heures. Ses observations représentent ainsi 45 % des données utilisées pour réaliser les prévisions dans le système de Météo-France.

De plus, grâce à IASI, la communauté scientifique a démontré la possibilité d’observer plus de trente composants atmosphériques, y compris des gaz qui n’avaient jamais été observés depuis l’espace auparavant, tel l’ammoniac.

IASI permet aussi de mesurer les concentrations de dioxyde de soufre émis par les éruptions volcaniques, qui participent au réseau de surveillance qui alerte les compagnies aériennes en cas d’éruption.

Enfin, IASI permet de mesurer l’évolution de seize variables climatiques essentielles pour suivre l’évolution du climat : gaz à effet de serre, nuages, aérosols.

IASI est ainsi un contributeur clé aux services européens Copernicus, le programme européen de surveillance intégrée de l’environnement basé sur des réseaux de surveillance in situ, sur l’observation spatiale et sur la mise en œuvre de modèles numériques. En reconnaissance de ses performances instrumentales exceptionnelles, IASI a été choisi comme référence internationale pour les mesures dans l’infrarouge par l’Organisation Météorologique Mondiale, contre laquelle toutes les autres missions spatiales du même type doivent se calibrer.

Les objectifs de IASI-NG

La mission IASI-NG vise à améliorer significativement les performances de IASI. Elle est embarquée sur les satellites européens Metop-SG-A dont trois lancements sont prévus de 2025 à 2039.

Ainsi, en couplant IASI et IASI-NG, quarante années d’observation du rayonnement infrarouge terrestre seront disponibles pour étudier l’évolution de l’atmosphère sur une échelle climatique.

De plus, grâce à ses performances instrumentales accrues, IASI-NG fournira une meilleure description de la température et de l’humidité, notamment dans les premiers kilomètres de l’atmosphère, ce qui est essentiel pour réaliser une bonne prévision météorologique. Ainsi, par exemple, IASI-NG améliorera la prévision des tempêtes, en termes de localisation et de suivi, mais également en termes de niveaux de précipitations.

Alors que les instruments IASI en service détectent déjà plus de 30 molécules de gaz différents (gaz à effet de serre, ammoniac, ozone, monoxyde de carbone), IASI-NG va encore enrichir ce catalogue, tout en observant mieux les basses couches de l’atmosphère ce qui est essentiel pour mieux prévoir les épisodes de pollution ou de soulèvement de poussières désertiques.

Enfin, IASI-NG permettra de mieux connaître le positionnement vertical de ces différents composants atmosphériques (gaz, particules), ce qui permettra de mieux contraindre les modèles de transport atmosphérique qui sont à la base des modèles de prévision météorologique et des modèles du climat.

La mission IASI-NG.

Une innovation technologique pour une première mondiale

IASI et IASI-NG mesurent le spectre du rayonnement infrarouge émis par le système Terre-atmosphère. À l’aide d’algorithmes numériques de traitement du signal, les spectres sont interprétés en termes de variables géophysiques (température, concentration de gaz).

Lors de la conception d’un nouvel instrument, il est nécessaire de trouver un compromis entre différents paramètres instrumentaux — par exemple, avoir un spectre mieux résolu avec un meilleur échantillonnage en fréquences augmente le bruit associé à la mesure. Le défi consiste donc à optimiser le choix des paramètres instrumentaux afin d’améliorer la résolution verticale et la précision des sondages.

Pour IASI-NG, une amélioration d’un facteur deux de la résolution spectrale et du bruit radiométrique par rapport à IASI a été choisie. Pour y parvenir, la solution est d’augmenter le champ d’observation de l’instrument. Mais l’instrument reçoit alors un rayonnement à un angle d’incidence élevé par rapport à son axe, ce qui altère le spectre mesuré.

La conception de IASI-NG a donc nécessité une innovation technologique pour compenser ces « effets de champ » : la réalisation d’un interféromètre de Mertz. Ce concept est pour la première fois déployé dans le cadre d’une mission spatiale. Le mécanisme interférométrique central est particulièrement innovant et a été breveté par le CNES et Airbus Defence and Space, maître d’œuvre de l’instrument.

Depuis sa mise en orbite, IASI-NG mesure plus de 1,3 million de spectres infrarouges par jour, sur terre et sur mer, de jour comme de nuit, avec un délai de réception par les centres de prévision météorologique et les laboratoires de recherche de moins de 120 minutes. Après une phase classique de « calibratrion/validation », durant laquelle le CNES s’est assuré du bon fonctionnement technique et des derniers réglages, la distribution des observations de IASI à la communauté scientifique débute début avril.

Plus qu’une simple continuation de IASI, les performances accrues et innovantes de IASI-NG en feront un atout pour les sciences atmosphériques pour les prochaines décennies dans trois domaines majeurs, la prévision numérique du temps, la composition atmosphérique et l’étude du climat.

The Conversation

Cyril Crevoisier a reçu des financements de projets et bourses de recherche de l’Agence Nationale de la Recherche, du Centre National d’Etudes Spatiales, de l’Agence Spatiale Européenne et de l’Agence Spatiale Européenne pour les Satellites Météorologiques.

Adrien Deschamps travaille au CNES qui a la responsabilité du développement de IASI-NG et a assuré sa maitrise d’ouvrage

ref. IASI-NG, la nouvelle mission trois-en-un pour l’étude de l’atmosphère terrestre – https://theconversation.com/iasi-ng-la-nouvelle-mission-trois-en-un-pour-letude-de-latmosphere-terrestre-262373

Stimuler l’odorat peut-il être bénéfique pour le cerveau ?

Source: The Conversation – in French – By Coline Zigrand, Candidate au doctorat en neuropsychologie, Université du Québec à Montréal (UQAM)

Une simple odeur diffusée pendant le sommeil peut-elle améliorer votre odorat, votre mémoire ou même la qualité de votre sommeil ? De nouvelles recherches explorent les bienfaits de la stimulation olfactive passive.

Une personne sur cinq présente une perte ou une diminution de l’odorat. Celle-ci peut survenir à la suite de différentes conditions, dont une infection respiratoire, une sinusite, une infection de type Covid-19, un traumatisme crânien, une maladie neurodégénérative ou une exposition à des produits chimiques.

Invisible, elle réduit fortement la qualité de vie.

Les personnes touchées peuvent s’isoler par crainte de sentir mauvais, ressentir de l’anxiété, perdre l’envie de manger ou modifier leur alimentation. La sécurité quotidienne est aussi compromise, puisque détecter la fumée, le gaz ou des aliments avariés devient plus difficile. Enfin, cette perte peut nuire à certaines professions, comme chef, parfumeur ou sommelier pour qui l’odorat est un véritable outil de travail.

Le traitement principal de la perte olfactive consiste en un « entraînement olfactif ». Tous les jours, matin et soir, le protocole consiste à s’exposer à des odeurs différentes pendant environ 30 à 40 secondes par odeur.

Les limites de la stimulation olfactive

Bien que les effets bénéfiques de la stimulation olfactive soient documentés par plusieurs études, le taux d’abandon est élevé. Effectivement, pour être efficace, l’entraînement olfactif requiert deux séances par jour pendant trois mois minimum. Cette routine répétitive est contraignante et certains abandonnent avant d’en voir les bénéfices.

Pour combler cette lacune, des chercheurs ont proposé une solution simple et accessible : la stimulation olfactive passive. Elle consiste à exposer le cerveau à des odeurs variées de manière continue, même durant le sommeil.

Un remodelage du cerveau

Sans effort et sans médicament, cette pratique nocturne intrigue de plus en plus les neuroscientifiques en raison de ses bienfaits. En effet, certaines études montrent une amélioration de la mémoire, une meilleure qualité du sommeil et même des changements anatomiques au niveau cérébral.

Ces effets reposent sur la plasticité cérébrale, c’est-à-dire la capacité du cerveau à se remodeler en fonction des expériences et apprentissages. En sentant des odeurs, nous activons et stimulons le système limbique du cerveau, une région clé qui régule les émotions et la mémoire. Malgré un champ de recherche en pleine expansion, cette approche demeure peu connue du grand public. Ses effets bénéfiques sur le cerveau pourraient améliorer la qualité de vie de nombreuses personnes, d’autant plus que les plaintes de mémoire, de sommeil ou d’odorat augmentent avec l’âge.




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Un « booster » de mémoire

L’odeur d’une tarte au sucre sortant du four peut suffire à raviver un souvenir d’enfance chez grand-mère. Véritable madeleine de Proust, ce phénomène illustre le lien intime entre l’odorat et la mémoire.

Une étude publiée dans Frontier in Neuroscience a exposé un groupe d’adultes en santé âgés de 60 à 85 ans à une odeur différente chaque nuit, soit sept odeurs en rotation sur une semaine, pendant six mois. Leurs résultats montrent une amélioration de 226 % de leur mémoire verbale comparativement à un groupe d’adultes non exposés.

Au niveau cérébral, les chercheurs ont rapporté une augmentation du faisceau unciné gauche, une sorte d’autoroute de communication entre les régions du cerveau impliquées dans la mémoire et l’apprentissage. Le fait que cette structure soit positivement modifiée par la stimulation olfactive passive laisse sous-entendre que les effets ne seraient pas qu’éphémères.

Ainsi, la stimulation olfactive pourrait agir comme un véritable « booster » pour la mémoire des personnes âgées. Cependant, bien qu’encourageants, ces résultats nécessitent d’être confirmés par d’autres études, notamment en raison de la petite taille de l’échantillon.


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Bienfaits sur le sommeil

Les odeurs et le sommeil sont intimement liés, et ce depuis des millénaires. Déjà dans l’Égypte ancienne, nos ancêtres brûlaient de l’encens de myrrhe pour protéger les dormeurs des cauchemars. Aujourd’hui, la recherche suggère que la stimulation olfactive pratiquée au moment de l’endormissement et durant la nuit pourrait effectivement améliorer le sommeil.

Le sommeil est crucial pour le bon fonctionnement de notre santé physique et mentale. Au sens large, le sommeil permet à notre corps de récupérer, de réguler les émotions et d’éliminer les déchets métaboliques accumulés durant la journée ainsi que soutenir le système immunitaire. C’est également un moment clé pour consolider les souvenirs, en transformant les informations fraîchement apprises en mémoires à long terme. Or, en vieillissant, notre sommeil devient plus fragmenté, contient plus d’éveils et nous rapportons généralement un sommeil de moindre qualité.




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Une méta-analyse regroupant plusieurs études démontre que certaines odeurs peuvent améliorer la qualité du sommeil des personnes insomniaques. La lavande, l’écorce d’orange et la rose sont les odeurs les plus étudiées, bien que leurs effets thérapeutiques respectifs restent encore peu connus.

Dans la même lignée, une étude pilote a montré que la diffusion nocturne de l’odeur de lavande pouvait améliorer à la fois le sommeil perçu et certains indices objectifs du sommeil mesurés par EEG. Comparativement à une nuit sans odeur, la nuit avec odeur de lavande était associée à un meilleur bien-être au réveil, à une diminution des perturbations du sommeil, ainsi qu’à une augmentation du sommeil lent profond (N3) et de l’activité delta, un marqueur de sommeil plus profond et récupérateur.

Ces résultats restent préliminaires, mais suggèrent qu’une stimulation olfactive passive durant la nuit pourrait favoriser un sommeil de meilleure qualité.

Par où commencer ?

Pas besoin d’équipement sophistiqué pour s’initier à la stimulation olfactive passive. Voici quelques pistes :

  • Sentir un parfum, des huiles essentielles chaque matin ou soir sur les vêtements.

  • Utiliser un diffuseur ou un parfum d’ambiance dans votre pièce de vie.

  • S’exposer à des odeurs différentes.

  • Sentir au minimum 4 odeurs différentes. Chaque type durant environ 30 s dans chaque narine, 2 fois par jour pendant 3 à 6 mois.

Pour préparer notre corps à s’endormir, on tamise la lumière, on cherche le silence, on enfile des vêtements amples. On mobilise sans même s’en rendre compte presque tous nos sens. Alors, pourquoi ne pas y ajouter une odeur apaisante avant de fermer les yeux ?

La Conversation Canada

Coline Zigrand a reçu des financements de Fonds de recherche du Québec en Santé (FRQS).

Benoît Jobin reçoit du financement des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC).

ref. Stimuler l’odorat peut-il être bénéfique pour le cerveau ? – https://theconversation.com/stimuler-lodorat-peut-il-etre-benefique-pour-le-cerveau-278265

Réduire les pesticides : quelles conséquences économiques pour les filières agro-alimentaires ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Julie Subervie, Directrice de recherche, Inrae

Taxe sur les pesticides, diffusion des pratiques agroécologiques, interdiction d’importer des produits cultivés avec des pesticides non-utilisés en France… Les pistes pour permettre une nette baisse de l’utilisation des pesticides sont nombreuses, mais toutes n’ont pas les mêmes effets attendus sur les rendements et les revenus des agriculteurs.


Depuis près de vingt ans, la France cherche à réduire l’utilisation des pesticides à travers une succession de mesures et de plans qui n’ont pour l’instant pas atteint leurs objectifs initiaux. Cette réduction reste toujours un objectif car les impacts dommageables des pesticides sur la santé humaine comme sur la biodiversité sont de plus en plus confirmés par les travaux scientifiques récents. En outre, l’efficacité des pesticides peut s’éroder avec le temps et le changement climatique tend à augmenter leur utilisation. Mais peut-on atteindre en France une baisse significative de l’utilisation des pesticides sans nuire aux filières agroalimentaires ?

Deux stratégies qui s’opposent

Pour bien comprendre quelles seraient les conséquences possibles d’une réduction des pesticides, commençons d’abord par voir les différentes options plébiscitées pour cela, telles qu’elles ont été mises en lumière par les récents débats sur la loi Duplomb.

Les défenseurs de cette loi estiment qu’il sera possible, à terme, de développer des solutions technologiques permettant de rendre l’agriculture conventionnelle plus vertueuse et moins dépendante des intrants chimiques. Ils misent notamment sur les avancées génétiques, avec des cultures capables de se protéger elles-mêmes, contre les maladies notamment. Mais le développement de ces solutions exige encore du temps et des investissements lourds.

Ces solutions soulèvent également des débats majeurs sur la brevetabilité du vivant, l’impact sur la biodiversité et la concentration du pouvoir économique dans les mains de quelques acteurs du secteur de l’agrochimie où, à l’extrême, tous les agriculteurs pourraient être contraints à acheter leurs semences à la même multinationale.

Les opposants à la loi Duplomb défendent une stratégie opposée, reposant sur l’arrêt immédiat ou très rapide de l’utilisation des pesticides les plus dangereux. Dans cette perspective, la transition ne doit pas être principalement technologique, mais agroécologique, ce qui suppose de repenser en amont l’organisation même des systèmes de culture, des systèmes de production, et plus globalement des systèmes alimentaires.

Au niveau de la production, cela passe par diverses actions préventives (aussi appelées prophylactiques), telles que la diversification de la succession des cultures et l’utilisation de variétés résistantes ou tolérantes. C’est dans cette voie que s’est engagée la France il y a plus de quinze ans, avec le plan Écophyto, mis en place à la suite du Grenelle de l’environnement de 2007 et en cohérence avec la Directive 2009/128/CE du Parlement européen et du Conseil.

Force est de constater que, malgré les efforts déployés, les résultats n’ont pas été à la hauteur des objectifs fixés : l’indicateur NODU (qui mesure l’intensité du recours aux pesticides en agriculture) n’a pas évolué à la baisse comme escompté.

Taxer les pesticides

Alors quels autres instruments économiques aurait-on pu mettre en place ? Pour répondre à cette question, des simulations ont été réalisées visant à estimer l’impact d’une taxe sur les pesticides, fixée à un niveau suffisamment élevé pour inciter les agriculteurs à réduire de moitié leur utilisation en Europe. Cette idée faisait écho à celle d’un projet de règlement de la Commission européenne en 2024, finalement abandonné.

L’étude a été calibrée à partir de données relatives aux comportements observés dans les filières agricoles françaises et des autres états membres pendant plus de trente ans, qui montrent que les achats de pesticides réagissent peu aux variations de prix, sauf lorsque celles-ci deviennent très importantes. Autrement dit, les agriculteurs ne basculeront pas spontanément vers des alternatives comme la protection agroécologique des cultures si l’incitation économique n’est pas particulièrement forte.

Les résultats des simulations montrent qu’une forte taxe sur les pesticides, combinée à un soutien découplé au revenu des agriculteurs, c’est-à-dire indépendant de leur niveau de production comme les actuelles aides de la Politique Agricole Commune, aurait deux effets majeurs largement sous-estimés dans les études précédentes : une baisse de la production végétale de 26 % (expliquée par une baisse des rendements de 16 % et une réduction de la surface agricole dédiée aux cultures non fourragères de 10 %) d’une part ; une hausse du prix des produits alimentaires pour les consommateurs de l’ordre de 15 % d’autre part.

La diffusion des innovations agroécologiques

Il convient toutefois d’interpréter ces résultats peu enthousiasmants avec prudence. Premièrement, ces simulations reposent en effet sur l’hypothèse que les systèmes de production resteraient inchangés, autrement dit à technologie constante.

Or, dans la réalité, les agriculteurs peuvent s’adapter. L’adoption d’innovations agroécologiques permettrait d’atténuer, au moins en partie, les effets d’une hausse des prix des pesticides, si ces innovations se diffusaient largement dans les exploitations. Sur ce point, l’expérience française est éclairante : depuis 2012, un réseau de 3000 fermes pilotes accompagne cette transition, et des travaux récents montrent que les pratiques innovantes testées ont déjà généré des résultats mesurables, y compris à l’échelle nationale, grâce à une forte dynamique d’apprentissage entre agriculteurs au sein de leurs réseaux de pairs.

Changer règles des échanges commerciaux

Deuxièmement, les résultats de ces simulations sont obtenus sous l’hypothèse que les règles aux échanges commerciaux ne seraient pas modifiées. Or, elles pourraient l’être. Il convient en effet de rappeler que près de la moitié des pesticides consommés dans l’UE provient des importations, qui ne représentent pourtant que 16 % de la consommation totale.

Ces chiffres invitent à considérer l’opportunité de mettre en place des clauses miroirs, c’est-à-dire des dispositions dans les accords commerciaux bilatéraux permettant de régir les échanges de produits agricoles et agroalimentaires pour une meilleure performance environnementale et sans pertes économiques importantes. Une étude récente montre en effet qu’une forte réduction des pesticides en Europe n’impliquerait pas nécessairement une trop forte baisse des revenus agricoles si les usages interdits en Europe étaient aussi interdits pour les produits importés.

Toutes ces études convergent vers un même constat : réduire fortement l’utilisation des pesticides suppose des politiques publiques ambitieuses, pérennes et accompagnées d’un soutien aux agriculteurs, et impliquant l’ensemble des acteurs du système agroalimentaire.

Enfin, si la transition agroécologique apparaît coûteuse à court terme, ce diagnostic doit être complété à deux niveaux : d’une part en intégrant les coûts cachés de la pollution agricole (sanitaires, environnementaux et sociaux) ; d’autre part en évaluant les bénéfices de tous les instruments économiques susceptibles d’atténuer les coûts de la transition.

The Conversation

Julie Subervie a reçu des financements de l’Agence Nationale de La Recherche pour le projet FAST — Faciliter l’Action Publique pour Sortir des pesTicides (ANR-20-PCPA-0005).

Jean-Noël Aubertot a bénéficié de financements issus d’Écophyto, de l’Agence nationale de la recherche (ANR) et de programmes européens dédiés à la recherche.

Raja Chakir a reçu des financements de l’Agence Nationale de la Recherche (projets CLAND ANR-16-CONV-0003 et FAST ANR-20-PCPA-0005) ainsi qu’un financement du programme de recherche et d’innovation Horizon Europe de l’Union européenne (projet LAMASUS n° 101060423).

Alexandre Gohin ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Réduire les pesticides : quelles conséquences économiques pour les filières agro-alimentaires ? – https://theconversation.com/reduire-les-pesticides-quelles-consequences-economiques-pour-les-filieres-agro-alimentaires-280843

TotalEnergies ne « gagne » pas d’argent en France : le rôle des prix de cession interne

Source: The Conversation – France (in French) – By Benjamin Bournel, Maitre de conférences en Sciences de Gestion (spécialité comptabilité), Université de Poitiers

Alors que TotalEnergies a engrangé plus de 19 milliards de dollars de bénéfices en 2023, ses filiales françaises affichent des résultats bien plus modestes. Ce paradoxe est le produit d’un mécanisme méconnu du grand public, mais central dans la fiscalité des multinationales : les prix de cession interne. Comprendre ce dispositif, c’est aussi comprendre pourquoi les États peinent à taxer les grandes entreprises à la hauteur de leur puissance réelle. Une question que les débats autour d’un éventuel impôt sur les « surprofits » viennent relancer.


Note de l’auteur : cet article présente des structures d’entreprises et des mécanismes généraux comptables. Il ne vise en aucun cas à établir que TotalEnergies commet des irrégularités fiscales.

Imaginez une entreprise dirigée depuis la France, qui extrait du pétrole en Afrique, puis raffine en France et distribue dans toute l’Europe. On pourrait s’attendre à ce que cette entreprise paie une part importante de ses impôts en France, là où une grande partie de son activité se déroule. Pourtant la réalité n’est pas toujours là, et ce n’est pas (toujours) illégal.

Le mécanisme en cause s’appelle les prix de cession interne, ou prix de transfert. Il désigne les prix auxquels les différentes filiales d’un même groupe se facturent mutuellement des biens, des services ou des actifs. En apparence technique, ce dispositif est en réalité au cœur d’un enjeu politique et économique majeur : qui, au sein du groupe, paie l’impôt ? Combien paie chacune de ses entités ? Et où « choisit »-on de les payer ?




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Constellation d’entreprises

Un groupe multinational comme TotalEnergies n’est pas une seule entreprise. C’est une constellation de plusieurs centaines de filiales, fonctionnant comme des entités à part entière, réparties dans des dizaines de pays, qui échangent en permanence entre elles. Ces échanges sont inévitables : le pétrole brut extrait par une filiale doit être ensuite vendu à celle qui le raffine, les technologies développées par une autre seront utilisées par d’autres et le tout, grâce à des financements circulant d’une entité à une autre.

Or, chaque fois que deux filiales d’un même groupe se facturent quelque chose, un prix doit être fixé. Et ce prix – le prix de cession interne – a une conséquence directe sur la localisation des profits du groupe : si une filiale vend très cher à une autre, elle l’enrichit comptablement à ses dépens. Et, qui dit profit, dit impôts sur les sociétés. Fixer les prix de transfert, c’est donc, en partie, choisir dans quel pays le groupe va payer ses impôts.

En théorie, ce choix est encadré. Les règles internationales établies par l’OCDE imposent que ces prix respectent le principe dit de « pleine concurrence » : les filiales d’un groupe doivent se facturer comme elles le feraient sur le marché, ou bien en fonction des prix pratiqués sur le marché par d’autres entreprises indépendantes. En pratique, l’application de ce principe est très complexe.

De l’Angola à la Normandie en passant par la Suisse

Prenons un exemple concret : un baril de pétrole brut est extrait par une filiale de TotalEnergies en Angola. Il doit ensuite être vendu à la filiale de raffinage, par exemple celle de Normandie. Cependant, entre les deux, les flux financiers passent par une société de trading, dont le siège se situe à Genève.

Pourquoi Genève ? La Suisse applique une fiscalité particulièrement favorable aux sociétés de négoce international. La filiale de trading achète donc le pétrole brut à bas prix à la filiale d’extraction, et le revend à prix plus élevé à la filiale de raffinage française. La marge commerciale – parfois substantielle – est ainsi captée en Suisse, où elle sera faiblement taxée, plutôt qu’en France ou en Angola.

Pour la filiale française, elle achète sa matière première à un prix élevé. Ses coûts de production sont alors plus importants, sa marge est comprimée et présente ainsi un résultat modeste, voire nul, et paie peu d’impôt sur les sociétés en France.

Le cas des actifs intangibles

Ce schéma n’est pas propre au marché du pétrole. Il se retrouve dans tous les secteurs où les multinationales opèrent : le numérique (avec les terres rares, ou les composants), la pharmacie (avec les brevets sur les médicaments) ou encore la grande distribution (avec les marques et enseignes ou les centrales d’achat).

Si les prix de transferts sur les biens physiques sont déjà difficiles à contrôler, le problème est encore plus important avec les actifs intangibles, qu’il s’agisse de brevets, de marques, de logiciels, de données, d’algorithmes… Ces actifs n’ont pas de prix de marché observable. Les multinationales ont donc toute latitude pour loger ces actifs dans des filiales situées dans des pays à faible fiscalité – Irlande, Luxembourg, Pays-Bas, etc. – et faire payer des redevances à toutes les autres filiales du groupe. Chaque redevance versée est une charge déductible pour la filiale qui la paie (réduisant ainsi le bénéfice imposable), et un revenu pour la filiale qui la reçoit (plus faiblement taxé).

Des milliards de manque à gagner

L’économiste Gabriel Zucman, professeur à l’École d’économie de Paris, a récemment estimé que 40 % des profits des multinationales mondiales sont artificiellement déplacés vers des pays à fiscalité réduite, représentant plusieurs milliards de manques à gagner pour les états.

Face à ces pratiques, les États ne restent pas inactifs. En France, l’administration fiscale peut contrôler les prix de cession interne des entreprises et les requalifier si elle estime qu’ils ne respectent pas le principe de pleine concurrence. Mais ce contrôle se heurte à une réalité pointée par la Cour des comptes dans son rapport sur le contrôle fiscal des grandes entreprises : l’administration fiscale rencontre des difficultés structurelles, notamment un manque de ressources humaines, pour faire face à la sophistication croissante de l’optimisation fiscale.

France 24 – 2026.

Au niveau international, deux grandes initiatives sont à relever. Le projet BEPS (Base Erosion and Profit Shifting) de l’OCDE, lancé en 2013, a produit une série de recommandations visant à mieux encadrer les prix de transfert et à obliger les multinationales à déclarer leurs profits par pays : le Country-by-Country Reporting. Ces déclarations, pays par pays, désormais obligatoires dans l’Union européenne, permettent aux administrations de mieux identifier les écarts suspects entre les pays où sont déclarés les profits et ceux où l’activité économique a réellement lieu.

Une solution : l’impôt mondial ?

Plus récemment, l’accord sur un impôt mondial minimum de 15 % sur les bénéfices des multinationales, conclu en 2021 et progressivement mis en œuvre au sein de l’UE depuis 2024, représente une avancée importante. En fixant un plancher fiscal universel, il réduit mécaniquement l’intérêt de déplacer des profits vers des pays aux fiscalités avantageuses.

Enfin, il est important de préciser qu’il serait inexact de présenter TotalEnergies – et de manière générale, toutes les multinationales recourant à cette pratique – comme des entreprises hors la loi, recourant à de l’évasion fiscale. Dans leur grande majorité, ces pratiques sont légales, encadrées par des règles que les entreprises respectent scrupuleusement. Le problème se situe davantage sur les règles elles-mêmes, insuffisantes, incomplètes et souvent interprétables.

Les prix de cession interne ne sont pas une anomalie du système : ils en sont un produit logique. Tant que les États fixeront des taux d’imposition différents et que les multinationales opéreront dans plusieurs juridictions, la tentation de déplacer des profits existera.

The Conversation

Benjamin Bournel ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. TotalEnergies ne « gagne » pas d’argent en France : le rôle des prix de cession interne – https://theconversation.com/totalenergies-ne-gagne-pas-dargent-en-france-le-role-des-prix-de-cession-interne-282105

Pesticides : mieux les évaluer pour mieux protéger notre santé et limiter la contamination de l’air, des eaux et des sols

Source: The Conversation – France in French (3) – By Cécile Chevrier, Epidemiologie, Inserm

Dans le cadre du paquet législatif « Omnibus X – Sécurité alimentaire et alimentation animale », la Commission européenne propose de simplifier les procédures d’autorisation de mise sur le marché des pesticides, alors que les données scientifiques montrent une contamination généralisée de la population mais aussi de l’air, des eaux et des sols. La décision de la Commission européenne irait à rebours du nécessaire renforcement de l’évaluation des pesticides afin de protéger la santé humaine et limiter la pollution de l’environnement.


Comment un pesticide est-il évalué et mis sur le marché ? Pourquoi les pesticides peuvent-ils présenter des risques pour la santé et l’environnement alors que leurs usages sont autorisés ? On fait le point.

Qu’est-ce qu’un pesticide ?

Un pesticide (pest- : nuisible ; -cide : tuer) est utilisé pour contrôler et/ou tuer les organismes vivants que nous considérons nuisibles pour nos activités, telles que l’agriculture, mais aussi la protection du bois, les transports, ou la lutte contre les moustiques.

Cependant, un pesticide peut présenter un risque pour des organismes a priori non ciblés s’il entre en contact avec eux. Par exemple, certains insecticides agissent sur l’insecte ciblé par des mécanismes de neurotoxicité communs à d’autres organismes, comme les abeilles ou l’espèce humaine. Être en contact avec un pesticide présente donc un risque potentiel qu’il faut pouvoir identifier et maîtriser.

Comment un pesticide est-il actuellement autorisé ?

Dans le langage réglementaire, les pesticides utilisés notamment sur les cultures pour notre agriculture sont appelés plus positivement : produits phytopharmaceutiques (pharmaco- pour médicaments ; phyto- pour plantes), c’est-à-dire produits de protection des plantes.

Un peu d’histoire… Nous utilisons des pesticides depuis des siècles. C’est en 1978 que l’Europe démarre un processus d’harmonisation avec une liste commune de produits interdits, prenant conscience du danger qu’ils peuvent représenter pour la santé humaine.

En 1991, s’opère un changement de paradigme important avec l’établissement d’une « liste positive » (en d’autres termes, tout produit-pesticide doit être autorisé avant d’être mis sur le marché), l’implication des industriels dans la preuve de l’innocuité des produits qu’ils commercialisent, et la considération de la protection de l’environnement (Directive 91/414/CEE du Conseil du 15 juillet 1991 concernant la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques)

Aujourd’hui, c’est le Règlement européen (CE) No 1107/2009 qui régit la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques. Cette évaluation des risques a priori impose une série de tests que l’industriel doit conduire pour évaluer les propriétés toxicologiques, environnementales et écotoxicologiques de la substance-pesticide qu’il souhaite introduire ou réintroduire sur le marché européen.

L’EFSA (Autorité européenne de sécurité sanitaire des aliments) évalue la conformité des tests réalisés par les industriels et de leurs résultats, et réalise l’évaluation des risques en vue de l’approbation (ou non) de la substance par la Commission européenne. Puis, pour le cas de la France, c’est l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) qui autorise (ou non) les produits commerciaux contenant cette substance et ses coformulants et qui définit des conditions d’usage possibles pour une bonne protection des utilisateurs et de l’environnement.

Finalement, selon les termes du règlement, l’autorisation est obtenue s’il n’y a « aucun effet nocif sur la santé humaine ou animale » (c’est-à-dire si les risques sont considérés comme « maîtrisés » avec notamment l’identification d’une dose sans effet), « ni aucun effet inacceptable sur l’environnement » (ce qui ne signifie pas qu’il n’y a pas d’effet).

En outre, « pour des raisons de sécurité » dixit le règlement, l’autorisation d’une substance ne peut qu’être limitée dans le temps (jusqu’à 15 ans maximum). La substance doit faire l’objet de réévaluations afin de prendre en compte l’évolution des lignes directrices des tests réglementaires ainsi que des connaissances scientifiques. Pour résumer, les substances doivent être réévaluées périodiquement et de façon de plus en plus complète.

Une évaluation réglementaire nécessaire mais incomplète

L’évaluation a priori est nécessaire car elle permet dans un cadre commun européen d’éviter la mise sur le marché de pesticides fortement nocifs pour la santé humaine et animale et/ou dangereux pour l’environnement. Toutefois, elle est insuffisante par construction, car elle ne teste pas les conditions réelles d’usage et d’exposition.

Prenons un exemple : de récents travaux montrent que la moitié des enfants français de 3,5 ans ont été en contact avec plus de 68 pesticides différents en seulement quelques mois (les résultats ont été obtenus par des mesures dans les cheveux). Or il n’existe pas de « tests réglementaires » ni de conditions de laboratoire qui permettent de reproduire cette exposition multiple et répétée et d’étudier les risques associés, à plus ou moins long terme, dans la vie de l’enfant.

Un autre exemple décrit la présence de pesticides en cours d’utilisation dans des zones très éloignées des traitements (au niveau du pôle Nord, en montagne, etc.), qui est révélatrice d’une persistance atmosphérique non anticipée par l’évaluation a priori actuelle, et potentiellement à risque pour ces écosystèmes lointains.

Le mode d’évaluation actuel des pesticides se révèle peu réactif face aux nouvelles connaissances scientifiques. Plus de dix années ont en effet été nécessaires pour que l’EFSA (Autorité européenne de sécurité sanitaire des aliments) publie, en 2023, la version finalisée du document-guide dédié à l’évaluation des risques pour les abeilles. Et celui-ci n’est toujours pas mis en application… alors que la science continue à avancer en parallèle.

Enfin, dans les faits, il est plus simple pour les autorités en charge de l’évaluation de la conformité des tests d’invalider des données scientifiques non conformes au cadre réglementaire que de remettre en question l’ensemble du processus d’évaluation des risques.

Des observations de contamination environnementale et risques associés aux pesticides qui s’accumulent

Une fois un pesticide mis sur le marché, il est essentiel de mettre en place des études pour surveiller a posteriori, en conditions réelles, à court, moyen et si possible long termes, les potentiels effets indésirables non identifiés a priori.

En France, les études de surveillance environnementale mettent en évidence depuis plusieurs décennies une contamination quasi généralisée de l’environnement, « en ville » comme « à la campagne » au niveau des eaux, des sols et de l’air. Cette surveillance est majoritairement issue d’initiatives d’acteurs associatifs et académiques et largement dépendante de financements publics. Un grand nombre de ces données est accessible en ligne.

Un large corpus d’autres études observationnelles issues de la recherche académique, conduites dans la population humaine ou animale, a permis de conclure à l’existence d’un risque pour la santé humaine, en particulier pour les utilisateurs des produits-pesticides et les enfants, et de risques pour la biodiversité et ses fonctions écosystémiques, pourtant elles-mêmes essentielles aux activités agricoles.




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On ne peut plus nier aujourd’hui que le système tel qu’il a été construit implique la présence de risques non maîtrisés pour la santé et pour les écosystèmes. Certains sont reconnus en France puisque ces connaissances scientifiques consolidées ont aidé aux systèmes de réparation des victimes professionnelles, à la sensibilisation des utilisateurs, des préventeurs (c’est-à-dire les professionnels de la prévention, ndlr).

Un système de vigilance vis-à-vis des risques des pesticides à consolider

Comme pour les médicaments, il existe en France un système de vigilance vis-à-vis des « effets indésirables » des pesticides observés a posteriori (c.-à-d., après leur mise sur le marché). Ce dispositif de phytopharmacovigilance (ou PPV), piloté par l’Anses, est unique en Europe, mais reste peu connu et insuffisamment encouragé. Sa mission initiale est d’identifier les effets indésirables pour faire évoluer les dossiers réglementaires à l’échelle nationale, en proposant des modifications aux autorisations des produits-pesticides.

Les données de surveillance environnementale et la littérature scientifique constituent des sources d’informations importantes. Un bilan des 10 ans d’activités de phytopharmacovigilance démontre l’utilité et le succès de ce système.

Par exemple :

  • une contamination inattendue de cultures non traitées par le prosulfocarbe, une substance active très employée en France en tant qu’herbicide, a conduit à durcir les conditions d’emploi (en l’occurrence, les traitements ont été interdits dans un rayon de 1 km de productions agricoles sensibles prêtes à être récoltées) ;

  • les situations de non-conformité des eaux (caractérisées par des taux supérieurs à un seuil de référence) ont conduit à des réductions de doses d’emploi autorisées du S-métolachlore, une autre substance herbicide ;

  • des situations nouvelles peuvent aussi constituer un signal à gérer, par exemple la mesure dans les eaux de l’acide trifluoroacétique, un composé appartenant à la famille des PFAS.

Cependant, ces signaux préoccupants pris en charge ne sont que l’« arbre qui cache la forêt ». De fait, ce dispositif de vigilance n’identifie pas comme signal la contamination des milieux ou l’exposition de la population générale, pourtant régulièrement observées, banalisant ainsi cette connaissance. L’absence de seuil de référence sanitaire, souvent difficile et long à déterminer, écarte aussi la possibilité d’un signal de vigilance. C’est notamment le cas de l’observation ubiquitaire de traces d’insecticides pyréthrinoïdes dans les urines de la population française depuis plus de 10 ans.

De plus, comme l’évaluation a priori, le système de vigilance actuel n’est pas conçu pour considérer la problématique d’une exposition à des mélanges. Ainsi, si l’on reprend l’exemple cité plus haut, la moitié des enfants français seront encore longtemps exposés à plus de 68 pesticides.

Enfin, une fois identifié, le signal est transmis aux acteurs décisionnaires. Mais sa gestion dépend de la compréhension et de la sensibilité de ces acteurs face à ces connaissances.

Une banalisation des contaminations environnementales et des expositions humaines préoccupante

Les connaissances montrent une complexité croissante des contaminations environnementales ainsi que des risques directs et indirects pour la santé humaine, animale et des écosystèmes. La banalisation de cette connaissance est préoccupante. Elle est devenue pour certains acteurs une normalité et engendre un risque croissant de régression des politiques publiques.

Une simplification des procédures d’évaluation a priori des risques des pesticides est ainsi à contresens du besoin. Il est illusoire de penser que les coûts économisés par cette simplification seraient supérieurs aux coûts des conséquences multiples et complexes sur la santé et l’environnement.

Au contraire, l’évolution continue à la lumière des nouvelles connaissances scientifiques et des nouvelles pratiques agricoles, de ces systèmes d’évaluation a priori et a posteriori des risques, ainsi que leur rapprochement, sont nécessaires pour préserver la santé de tous.


Ont contribué à la rédaction de cet article : Brice Appenzeller (Luxembourg Institute of Health, Luxembourg), Carole Bedos (UMR ECOSYS, Université Paris-Saclay, INRAE, AgroParisTech, Palaiseau, France), Rémi Béranger (UMR1085 Inserm, Université Rennes, Irset, Rennes, France), Aurélie Berthet (Centre universitaire de médecine générale et santé publique, Unisanté, Lausanne, Suisse), Cécile Chevrier (UMR1085 Inserm, Université Rennes, Irset, Rennes, France), Fleur Delva (U1219 Inserm, Université de Bordeaux, Bordeaux Population Health Center, ISPED, Bordeaux, France), Marc Gallien (ULR 4477, Université Littoral Côte d’Opale, Université Lille), Emmanuelle Kesse-Guyot (U1153 Inserm, U1125 INRAE, CNAM, Université Sorbonne Paris Nord, CRESS, Bobigny, France), Laure Mamy (UMR ECOSYS, Université Paris-Saclay, INRAE, AgroParisTech, Palaiseau, France), Christian Mougin (UMR ECOSYS, Université Paris-Saclay, INRAE, AgroParisTech, Palaiseau, France), Maryline Pioz (INRAE, UR406 Abeilles et Environnement, Avignon, France).

The Conversation

Activité d’expertise à l’Anses

Activité d’expertise à l’Anses

Christian Mougin est membre de l’Académie d’Agriculture de France. Il a une activité d’expertise à l’Anses.

Laure Mamy ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Pesticides : mieux les évaluer pour mieux protéger notre santé et limiter la contamination de l’air, des eaux et des sols – https://theconversation.com/pesticides-mieux-les-evaluer-pour-mieux-proteger-notre-sante-et-limiter-la-contamination-de-lair-des-eaux-et-des-sols-282323

Le cyborg, ce corps-machine qui nous invite à explorer l’histoire et le futur des hybridations

Source: The Conversation – in French – By Jessica Ragazzini, Chercheuse associée, Université de Strasbourg; Université du Québec en Outaouais (UQO)

Illustration de couverture de l’ouvrage _Arts et Cyborgs. Pensées et imaginaires des corps-machines_.

En proposant une archéologie des imaginaires du corps-machine – des mythes antiques aux pratiques féministes, queer, afrofuturistes et crip – l’ouvrage Arts et Cyborgs. Pensées et imaginaires des corps-machines retrace les usages esthétiques et politiques de l’hybridation, tout en situant les controverses contemporaines liées à l’intelligence artificielle dans une longue histoire des artefacts anthropomorphes.


Depuis plusieurs années, l’intelligence artificielle (IA) suscite une attention croissante, tant dans les pratiques artistiques que dans les travaux universitaires. Deux postures tendent à structurer, parfois de manière caricaturale, les débats qui l’entourent : d’une part, elle suscite l’enthousiasme pour les formes inédites d’interaction et de co-production entre humain et machine ; d’autre part, elle provoque une grande inquiétude face aux risques d’appauvrissement des interprétations du monde, de standardisation des formes et de réification du vivant.

Dans l’un comme dans l’autre cas, la proximité supposée d’une machine dont « l’intelligence » qui serait comparable à celle de l’être humain, voire susceptible de la dépasser, est au cœur de la polarisation. Or, cette fascination et les peurs qu’elle charrie ne surgissent pas ex nihilo. En effet, depuis l’Antiquité, les créations artificielles, les figures anthropomorphes et les récits de création constituent des réflexions privilégiées qui éprouvent les limites du vivant et permettent de repenser la définition de l’être humain.

Dans ce contexte, l’ouvrage Arts et Cyborgs. Pensées et imaginaires des corps-machines propose une synthèse de l’histoire longue de la fascination pour les objets et corps anthropomorphes. Ce projet retrace une généalogie à la fois artistique, philosophique et curatoriale de l’hybridation entre chair et technique, représentation centrale de la culture contemporaine et passée. Rejetant l’idée d’un inventaire exhaustif, cette publication présente les continuités et ruptures afin d’offrir des outils conceptuels permettant de situer les formes actuelles dans un réseau de références plus ancien et complexe.

Une figure-limite

Forgé en 1960 par les scientifiques Nathan S. Kline et Manfred E. Clynes, le terme « cyborg » désigne un organisme cybernétique susceptible d’adapter le corps humain aux conditions d’une vie extraterrestre. Au-delà de cette origine technoscientifique, l’imaginaire cyborg s’est rapidement constitué comme une construction du rapport à soi et aux mondes à titre de figure-limite, au sein de laquelle se rejouent les partages entre organisme et artefact, autonomie et contrôle, vulnérabilité et puissance.

Réinvestie par les luttes et mouvements sociaux à partir des années 1970, la figure du cyborg contribue à déstabiliser les catégories binaires, en particulier celles du genre, et à interroger les régimes de normalisation qui organisent les rapports sociaux et sociétaux.

Cette fécondité critique est théorisée de manière décisive par la philosophe et biologiste Donna Haraway dans son Manifeste Cyborg dans lequel le cyborg apparaît comme un paradigme politique qui remet en question les logiques de pouvoir fondées sur des oppositions naturalisées (corps/objet, vivant/machine, nature/culture). En ce sens, il ouvre un horizon spéculatif et prospectif qui mène à envisager des futurs possibles où les catégories mêmes par lesquelles nous décrivons l’humanité et la non-humanité se trouvent reconfigurées, dans un entre-deux instable entre biologie et technologie.

Échapper aux normes sociales et symboliques

Si la culture contemporaine attribue au cyborg une myriade de définitions parfois concurrentes ou même contradictoires, celles-ci s’inscrivent dans une histoire plus vaste des représentations de la figure humaine. Dès l’Antiquité, des récits tels que l’histoire de Pygmalion ou celle d’Hermaphrodite déplacent des frontières réputées stables entre être et matière (la pierre animée), entre masculin et féminin, entre fabrication et engendrement montrant la complexité des modes d’existence qui échappent finalement aux nomenclatures fixes et stéréotypées. Au fil des siècles, de tels mythes se sont multipliés devenant des matrices narratives par lesquelles les artistes ont pu imaginer des formes abolissant ou contestant les normes sociales et symboliques de leur époque.

Parallèlement, la philosophie a élaboré des cadres conceptuels visant à préciser ce qui distingue l’être humain du non-humain, mais aussi ce qui les relie tels que l’agentivité, la sensibilité, le langage, la technique, etc. Les controverses actuelles relatives à l’IA – notamment lorsque des systèmes génératifs produisent images ou sons à partir de corpus préexistants – réactivent ainsi des questions anciennes : ces productions relèvent-elles d’une forme de création analogue à celle d’un artiste mobilisant un bagage culturel ? Les deux types de productions sont-elles radicalement opposées du fait de l’impossible subjectivité humaine du programme génératif ? Ces débats ne sont pas sans rappeler ceux prononcés lors de l’apparition de la photographie qui révélaient déjà les craintes d’usage des dérives d’une image réaliste indirectement produite par l’être humain.

Envisager des transformations sociétales

Ainsi, si la photographie est aujourd’hui largement reconnue comme un médium artistique à part entière, son histoire rappelle que les technologies visuelles ne sont jamais neutres. Au début du XXe siècle, l’usage volontiers patriarcal de la photographie de la part de certains artistes futuristes et surréalistes contraste avec les expérimentations de Hannah Höch ou de Claude Cahun, qui en font un outil de déstabilisation des identités, des normes de genre et des régimes de représentation.

De manière comparable, l’hybridation technologique contemporaine par laquelle la figure cyborg prend forme dans les œuvres féministes et queer constitue un contrepoint critique face à la circulation massive sur les réseaux sociaux, d’images d’IA reconduisant des stéréotypes sexistes et anti-LGBTQI2A+.

Dans ces pratiques, la figure cyborg ne se réduit pas à une iconographie de science-fiction, elle devient un dispositif de pensée pour envisager des transformations sociétales, renverser des hiérarchies corporelles et imaginer d’autres normes possibles. C’est aussi ce que montrent les artistes a frofuturistes qui articulent la spéculation politiquement engagée ou encore les artistes crip dont le corps perçu aujourd’hui en situation de handicap, pourrait se voir demain doté d’une mécanique surpuissante qui le transformerait en un nouvel idéal corporel à atteindre.

Faire place à l’erreur

Le corps cyborg ouvre un horizon de capacités « surhumaines » ou « surbiologiques ». Toutefois, il demeure simultanément exposé aux failles, aux incompatibilités et aux dysfonctionnements propres aux dispositifs techniques et aux vulnérabilités de la chair. Dans les pratiques artistiques, ces incidents constituent des matériaux heuristiques qui mettent en évidence les infrastructures, les normes et les idéologies inscrites dans notre monde contemporain. Le glitch, le bug ou la panne peuvent alors être revendiqués comme motifs esthétiques, en rupture avec les impératifs d’optimisation, de fluidité et d’hyperproductivité qui accompagnent souvent l’imaginaire technocapitaliste du progrès technoscientifique.

Faire place à l’erreur revient à ouvrir un champ de futurs possibles où l’altération devient souhaitable, précisément parce qu’elle introduit de l’indéterminisme qui échappe à toute tentative de contrôle humain ou technologique. Ce geste reconfigure les narratives historiques de réussites de l’inventivité et du génie de l’humanité, il ouvre des brèches dans les récits linéaires du progrès en perturbant sa frise chronologique. Les dysfonctionnements apparaissent ainsi comme étant des leviers critiques pour penser l’histoire autrement à travers ses trous, ses silences, ses répétitions, ou ses accélérations angoissantes.

Ouvrir le champ des possibles

L’intérêt des imageries cyborg réside dans leur polysémie et dans l’antagonisme possible de leurs usages, ces figures peuvent aussi bien perpétuer des fantasmes de maîtrise que soutenir des politiques de l’émancipation. C’est pourquoi elles requièrent une lecture contextualisée, attentive à la fois aux symboliques mobilisées, aux enjeux contemporains et aux dimensions spéculatives qui ouvrent la porte à des futurs pessimistes autant qu’optimistes. En ce sens, l’ouvrage Arts et Cyborgs. Pensées et imaginaires des corps-machines vise à proposer une histoire des imaginaires non hégémonique. En articulant archéologie des formes, analyse des discours et attention aux pratiques curatoriales, il ouvre la voie à de nouvelles recherches sur les manières dont les corps – réels, représentés ou fictionnés – deviennent des lieux d’une reconfiguration des sensibilités, des nomenclatures, des pouvoirs et des possibles.


Arts et Cyborgs. Pensées et imaginaires des corps-machines a été publié par les éditions Double Ponctuation.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Le cyborg, ce corps-machine qui nous invite à explorer l’histoire et le futur des hybridations – https://theconversation.com/le-cyborg-ce-corps-machine-qui-nous-invite-a-explorer-lhistoire-et-le-futur-des-hybridations-281085

Pensions for Botswana’s elderly are growing, but care services are lacking – study tracks 20 years

Source: The Conversation – Africa – By Elena Moore, Professor of Sociology, University of Cape Town

Botswana’s economy is projected to contract by 0.4% in 2026, driven largely by a slowdown in the diamond sector. Diamonds account for a third of fiscal revenues and a quarter of GDP. This means the government has less money to spend, even before making any policy choices.

At the same time, the government has set about reducing debt as a share of GDP by cutting expenditure to stabilise the economy. This combination is forcing difficult decisions about public spending.

A key one is investment in social protection for older people. Over the past two decades, the number of older persons aged 60+ has doubled to about 279,111 people (roughly 8% of the population). In coming decades, that number is set to rise even more sharply. While this reflects important gains in life expectancy, it also presents a policy challenge: how to support an ageing population in a context of tightening public finances.

We have between us expertise in long term care systems, public financing and budget analysis. Our recent study sought to tackle this question by examining how the Botswana government has funded elder care over the last 20 years.

We also obtained government data to examine how state spending on older people has evolved over time under various social protection measures. These included the old age pension, destitute programme, disability allowance and war veteran’s allowance, as well as care provision through the home-based care programme.




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Botswana’s hike of old age pensions hasn’t fixed the problem of who cares for the elderly – new study


Our final report looks at how spending in 2005 compares to spending in 2024-2025, adjusted for inflation to reflect real changes in today’s value, and how these trends correspond with the growth of the older person population.

The key insight of the new report is that while Botswana has significantly expanded its old age pension system, investment in care services for older people has not kept pace.




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The result is a system that provides income support but leaves many without the care they need and an underinvestment in the care economy in Botswana.

A pension success story: at a cost?

Botswana’s old age pension has long been one of the country’s most important social protection programmes. It is universal, meaning all citizens above a certain age qualify, and it has achieved broad reach across both urban and rural areas.

In 2025, the government made two major changes: it lowered the eligibility age from 65 to 60 and increased the monthly benefit.

These reforms have been widely welcomed. For many older people, the pension provides a crucial lifeline, helping to cover food, transport and other basic needs. In a country without unemployment benefits, it often supports entire households, not just individuals.

But this success comes with trade-offs.

The rapid expansion of the pension has absorbed a growing share of the broader social protection budget. This has left less room for other forms of public support, particularly those related to care.

A hidden crisis of care

Ageing is not just about income, it is also about health, disability and the need for care. As people live longer, they are more likely to experience chronic illnesses and multiple health conditions at once. This often leads to increased levels of disability and dependence.

Yet Botswana’s spending patterns suggest that these realities are not being fully addressed.

Pension coverage has expanded. But access to other support programmes has stagnated or even declined. The proportion of older persons receiving the destitute allowance has fallen significantly over the past decade, and disability support reaches only a small fraction of those who need it. While there has been an increase in total spending, there has not been an increase in total spending in real terms per person.

At the same time, spending on community home-based care, a key service that supports older persons in their homes, has decreased in real terms. This is happening despite clear evidence that demand for such services is rising.

Families under pressure

Care for older people in Botswana has traditionally been provided by families. This model is under increasing strain. A previous report on caregiving indicated how the long-term impact of HIV/Aids, combined with migration and rising female employment, has reduced the availability of family caregivers.

Moreover, between 2012 and 2023, female labour force participation increased from 54.9% to 63.4%, meaning fewer women are available to provide full-time care at home.

At the same time, many households face significant economic and infrastructural challenges. Older-people households are often large and multigenerational, yet resources are limited. Nearly half report experiencing food insecurity, and many lack access to basic services such as piped water and sanitation.

In a few isolated cases there are “voluntary” carers supporting older persons. But serious questions remain about their long-term sustainability.

In rural areas, where most older persons live, these challenges are even more pronounced.

Poverty persists despite pensions

Poverty among older people remains a serious concern. Around 11.9% live in extreme poverty, and they are more likely to be poor than any other age group. One reason is that the pension is often stretched across entire households.

At the same time, access to additional assistance is limited. Programmes such as the destitute allowance and disability grant often rely on discretionary assessments by social workers. Many older persons report that these programmes are difficult to access or simply unavailable.

This points to a broader issue: Botswana’s social protection system for older people is becoming increasingly narrow, centred on a single programme while other forms of support fall away.

These challenges are unfolding in a context of fiscal austerity. As the government seeks to reduce deficits and stabilise the economy, public spending is under pressure. But cuts to social services come with risks. Botswana is already one of the most unequal countries in the world. Reductions in social protection and care services are likely to exacerbate these inequalities.

Public services are also under strain. The country faces shortages of healthcare workers and infrastructure. In this context, reducing investment in care could have long-term consequences for both social and economic development.

Rethinking social protection

The current moment calls for a shift in how social protection is understood. Rather than focusing narrowly on pensions, policymakers need to take a broader view, one that includes care as a central component. Investing in care services is not just about meeting immediate needs. It can also create jobs, support households, and contribute to economic growth. Community-based care programmes, disability support, and partnerships with local organisations all offer pathways to strengthen the system.

Across Botswana, community initiatives are already stepping in to fill the gaps. But without stronger public support, these efforts cannot meet the scale of need.

What’s needed is a more balanced approach to spending priorities, one that protects income security while also investing in the public services that enable people to age with dignity.

The Conversation

Elena Moore receives funding from Welcome Trust 225910/Z/22/Z and the International Development Research Centre, Grant No. 110536 – 001

Thokozile Madonko does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Pensions for Botswana’s elderly are growing, but care services are lacking – study tracks 20 years – https://theconversation.com/pensions-for-botswanas-elderly-are-growing-but-care-services-are-lacking-study-tracks-20-years-281644