Renseignement : comment les services secrets sont devenus un pilier de l’État

Source: The Conversation – France in French (3) – By Julien Fragnon, Enseignant en science politique et chercheur-associé au laboratoire Triangle (UMR 5206, Université de Lyon) et à l’IRSEM, Sciences Po Lyon

Avec la série *le Bureau des légendes* (2015-2020, Canal+), les services de renseignement ont changé d’image auprès du grand public. Le Bureau des légendes/Canal +

L’ESSENTIEL

  • Longtemps cantonné aux marges de l’action publique, le renseignement est devenu, à partir des années 2000, un instrument pleinement assumé de l’État.

  • Attentats, mutations géopolitiques : cette transformation a profondément modifié la place des services secrets dans la démocratie française.

  • Pour garantir le respect des libertés individuelles, un renforcement des contrôles doit accompagner l’extension des moyens des services secrets.


Contrairement aux pays anglo-saxons, le pouvoir politique français s’est longtemps tenu à distance des services de renseignement. Jusqu’aux années 2000, les présidents se méfiaient d’organisations jugées très autonomes, parfois soupçonnées de politisation ou d’avoir été impliquées, directement ou indirectement, dans des épisodes sensibles (guerre d’Algérie, affaire Markovic, opérations clandestines en Afrique, etc.). Les services de renseignement, intérieurs comme extérieurs, travaillaient avant cette époque sans cadre législatif et fonctionnaient de manière très cloisonnée. Inhérent à l’État mais extérieur à la culture politique, tel était le statut paradoxal du renseignement en France.

Aujourd’hui, la situation a bien changé. La loi du 24 juillet 2015 relative au renseignement a consacré ce dernier comme une politique publique qui fournit une information stratégique nécessaire au processus de décision dans la conduite de la politique étrangère, de défense et de sécurité de l’État. Dix ans après cette loi, le renseignement serait-il devenu une politique publique comme les autres ?

Pour comprendre cette évolution, il est nécessaire de faire un retour en arrière. Trois grands moments jalonnent l’histoire contemporaine du renseignement en France : la fin des années 1980, les années 2008-2010 et les années 2015 et 2016. Chacune de ces périodes illustre les facteurs classiques du changement en science politique : le volontarisme politique, une analyse du contexte sociopolitique ou la conséquence des crises externes.

Le lent tournant de l’État vers une culture du renseignement

À la fin des années 1980, le regard politique sur les services a commencé à changer. Michel Rocard, alors premier ministre, se déplace au siège de la direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) et fait évoluer l’image du renseignement en un outil d’aide à la décision indispensable dans la future société de l’information. Avec la fin de la guerre froide et la première guerre du Golfe (2 août 1990–28 février 1991), les armées revendiquent la nécessité de renforcer les missions de connaissance et d’anticipation face au retard français en matière de renseignement militaire. Ainsi, la nouvelle donne internationale conduit la France à développer son propre système de renseignement afin de ne plus être dépendante des États-Unis, comme ce fut le cas en 1990-1991.

Une deuxième étape débute avec la lutte contre le terrorisme post-2001. Le renseignement connaît une première phase de centralisation et de reconnaissance dans l’appareil d’État, avec la création de plusieurs instances durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy :

En outre, la fonction de reconnaissance et d’anticipation devient la mission première des armées dans la nouvelle stratégie de défense issue du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale de 2008. Le renseignement évolue ainsi de plus en plus comme une fonction légitime de l’État, assumée publiquement par les plus hautes autorités politiques.

Dernière étape en 2015 où le renseignement est inscrit dans la loi comme une politique publique formelle. Là encore, cette évolution est le fruit de plusieurs facteurs : une vague historique d’attentats djihadistes qui frappe la France à partir de 2015, un besoin d’encadrement des pratiques partagé par les parlementaires et les services de renseignement, le durcissement du contexte international (jusqu’au retour de la guerre sur le sol européen depuis 2022).

L’évolution des perceptions du grand public sur le sujet joue également un rôle non négligeable. Ainsi, la série télévisée le Bureau des légendes connaît un succès critique et populaire qui contribue, en pleine vague d’attentats en France, à modifier le regard du grand public sur le quotidien et les missions d’un service secret. Jusque là, aucune production fictionnelle française n’avait abordé les espions sous un angle réaliste avec une volonté quasi documentaire. Le succès de cette série, auprès des services comme du public, marque d’ailleurs une vraie rupture au point d’engendrer de nombreuses candidatures. À la même époque, plusieurs scandales médiatiques (Snowden ou Pegasus) donnent à voir un autre versant, plus sombre, des services et de leurs immenses capacités de surveillance.

Bande-annonce de la saison 1 de la série le Bureau des légendes.

Dans ce contexte, la loi du 24 juillet 2015 définit un cadre dans lequel les services secrets sont autorisés à recourir à des techniques spécifiques (balisage, sonorisation de lieux privés, écoutes, captation de données informatiques, etc.). Elle crée aussi un nouvel organisme de contrôle : la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement (CNCTR).

Cette évolution de la place du renseignement dans les politiques publiques parachève une forme de « banalisation » ou de « normalisation » du renseignement qui se rapproche ainsi des autres politiques publiques de l’État. Mais ce mouvement de reconnaissance dans l’appareil d’État et dans le droit se heurte à un paradoxe.

Comment contrôler démocratiquement une activité secrète ?

Depuis 2015, le renseignement a connu une augmentation historique de ses moyens humains et financiers : plus de 2 200 emplois supplémentaires pour les services de renseignement aux ministères de l’intérieur et de la défense entre 2015 et 2020, la DGSE qui passe de 4 400 agents en 2008 à 6 100 aujourd’hui, son budget qui augmente de près de 60 % depuis 2018 (1,3 milliard d’euros en 2026) avec un total prévisionnel de 5,4 milliards d’euros sur la période 2024-2030.

Pour garantir le respect de l’État de droit et des libertés individuelles, cette extension des moyens des services secrets doit toutefois s’accompagner d’un renforcement des mécanismes de contrôle.

Longtemps vu comme une activité illégitime liée à la raison d’État, le renseignement connaît alors un encadrement croissant par le droit. Toutefois, le renseignement demeure un domaine très particulier qui ne peut pas être soumis aux usages habituels de publicité et de contrôle démocratique.

Aujourd’hui, trois échelons de contrôle, dont les membres sont soumis au secret de la défense nationale, participent à son encadrement externe :

  • un contrôle administratif exercé par la CNCTR,

  • un contrôle parlementaire par la délégation parlementaire au renseignement,

  • un contrôle juridictionnel confié à une formation spécialisée au sein de la section du contentieux du Conseil d’État.

Le droit constitue alors un puissant vecteur de normalisation de pratiques qui sont, au premier abord, dérogatoires des règles démocratiques habituelles (absence de publicité des actions pour cause de secret-défense, absence d’évaluation publique des politiques menées, validation de pratiques de surveillance de la population, etc.).

En renforçant le contrôle de ces pratiques secrètes, le droit permet donc un meilleur encadrement du renseignement, mais contribue aussi à légitimer son existence, tout en légalisant des mesures dérogatoires, ce qui se révèle paradoxal.

Du secret à la parole publique

Désormais, pas une semaine ne passe sans que l’espionnage ne fasse la une de l’actualité. Guerres en Ukraine, en Iran ou à Gaza, espionnage entre États, « failles » du renseignement, lutte contre le terrorisme, etc. bien que secret, le renseignement est partout.

Aujourd’hui, les médias interrogent le rôle des services secrets dans la plupart des enjeux de sécurité soit comme un outil de compréhension de la menace, soit comme un outil de réponse. Ces derniers mois, plusieurs directeurs de services de renseignement sont même apparus dans les médias pour décrire les menaces pesant sur la France. Dans un monde saturé de fake news et de désinformation, la parole des services de renseignement, autrefois absente et secrète, est devenue un instrument de crédibilité pour informer les citoyens et alerter sur les menaces sécuritaires. Ces interventions médiatiques signalent une étape supplémentaire dans la place du renseignement dans la culture politique.

La normalisation laisse la place à une forme de certification du renseignement : les menaces sont crédibles à partir du moment où elles sont énoncées par les représentants des services de renseignement.

Au-delà du questionnement sur la réussite de ce soft power, cette présence médiatique des services de renseignement est aussi le symptôme nouveau d’une lacune ancienne des dirigeants politiques. Si les directeurs des services s’expriment dans les médias, c’est forcément après avoir obtenu l’autorisation de l’échelon politique. Ce dernier y voit donc un intérêt afin de crédibiliser les menaces sécuritaires dans une stratégie de pédagogie sur l’effort de défense et de sécurité à consentir de la part des citoyens.

Ce recours à des acteurs administratifs pour donner du crédit à cette stratégie de conviction signale donc en creux la perte d’influence des acteurs politiques. Ces derniers ne suffisent plus pour convaincre les citoyens d’adopter leurs visions du monde afin de le transformer.

The Conversation

Julien Fragnon est collaborateur d’élu local et national.

ref. Renseignement : comment les services secrets sont devenus un pilier de l’État – https://theconversation.com/renseignement-comment-les-services-secrets-sont-devenus-un-pilier-de-letat-285503

Incendies : le retour à la maison, angle mort de la gestion de crise

Source: The Conversation – France in French (3) – By Elsa Gisquet, Sociologue, Centre de Sociologie des Organisations (CSO), Sciences Po


L’ESSENTIEL

  • La gestion des incendies reste organisée autour de l’urgence alors que les difficultés peuvent se prolonger après l’extinction du feu.

  • L’accompagnement des habitants de retour chez eux est fragmenté. Un certain nombre de connaissances en matière d’expositions nocives ou de nuisances sont manquantes.

  • Associer les habitants permettrait de repérer plus vite les problèmes et d’organiser un véritable suivi du retour à des conditions de vie normales.


Alors que les incendies d’ampleur qui ont frappé la France sont en passe d’être maîtrisés, la catastrophe ne s’achève pas pour autant. Pour les habitants, elle se prolonge lorsqu’il faut rentrer chez soi, reprendre son activité, évaluer les risques persistants et déterminer ce qu’il est encore possible de faire sans danger.

Jusqu’à présent, les feux sont principalement appréhendés sous l’angle de la lutte contre les flammes, à partir de réponses techniques ou politiques. Au-delà de ce combat contre le feu, l’enjeu est aussi de préserver l’habitabilité des territoires et de mieux associer les riverains à la gestion de l’après-incendie.

Deux failles institutionnelles dans la prise en charge

En France, la gestion des crises repose sur un ensemble de normes, de plans et de dispositifs (notamment le dispositif Orsec) organisant l’intervention en différentes phases : préparation, urgence et gestion post-accidentelle (l’organisation du retour des habitants, l’évaluation des pollutions persistantes, la remise en état des infrastructures). Malgré cette formalisation de la gestion de crise, deux failles pourraient entraîner des conséquences importantes pour les dizaines de milliers de personnes qui regagneront prochainement leur domicile.

La première faille tient au séquençage des différentes phases de la gestion de crise : préparation, urgence et période post-accidentelle. Pendant la phase aiguë, les pompiers assurent la direction des opérations et combattent le feu, tandis que les forces de sécurité organisent les évacuations et contrôlent les accès. Une fois la menace immédiate écartée, d’autres acteurs prennent le relais sans nécessairement disposer des capacités de permanence et de mobilisation immédiate propres aux services d’urgence : DREAL (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement), organismes de surveillance de l’air, entreprise de nettoyages, opérateurs de transport et chauffeurs de bus.

Mais qui accompagne les habitants entre ces deux phases, lorsque la menace immédiate est levée, sans que les dispositifs post-accidentels soient encore pleinement déployés ? Dans cet intervalle se nichent des interstices de prise en charge.

Une habitation peut être restée intacte tout en demeurant difficilement habitable. Lorsque les incendies seront maîtrisés en Gironde et que les ordres d’évacuation seront levés, qui sera chargé de ramasser les suies des maisons et les débris calcinés déposés dans les jardins ? Pourra-t-on laisser les enfants fréquenter les aires de jeux et, dans le cas contraire, qui devra les nettoyer et dans quels délais ? Enfin, qui pourra vérifier qu’un logement n’a pas subi de dommages moins visibles causés par la chaleur, les fumées ou les eaux d’extinction ? Ces questions relèvent de compétences dispersées entre plusieurs acteurs, sans qu’un service soit clairement désigné pour en assurer une prise en charge immédiate, coordonnée et continue.

Incendies dans le Var : des habitants réintègrent leur maison.

La seconde faille concerne la production des connaissances sur les conséquences de l’incendie, notamment lorsque des milliers d’hectares brûlent à proximité d’habitations, d’infrastructures ou de sites industriels sensibles. En effet, la capacité à caractériser ces pollutions dépend des dispositifs installés en amont.

À Fontainebleau (Seine-et-Marne) par exemple, les fortes concentrations ont pu être documentées parce qu’une station fixe située à cinq kilomètres de l’incendie s’est trouvée sous le vent du panache. Or, c’est rarement le cas. Sans capteurs, mesures de référence ou échantillons prélevés au moment du passage des fumées, certaines expositions deviennent difficiles à reconstituer. Les connaissances disponibles après le feu sont donc largement déterminées par ce qui a été anticipé et mesuré avant et pendant l’incendie.

Elles dépendent aussi de ce que les dispositifs ont été conçus pour observer. Les autorités sanitaires peuvent suivre les hospitalisations, les consultations ou les appels à SOS Médecins. Ces indicateurs sont indispensables, mais ils saisissent mal les atteintes diffuses ou peu médicalisées : irritations, conjonctivites, nausées, odeurs persistantes, dépôts inhabituels ou atteintes aux animaux et aux végétaux. Ces phénomènes ne prouvent pas à eux seuls une contamination mais, lorsqu’ils ne sont ni recueillis ni examinés, ils constituent des angles morts de la connaissance. Ils ne peuvent alors ni orienter les prélèvements ni ouvrir de nouvelles investigations, tandis que des préjudices affectant concrètement les conditions de vie restent sans qualification.

Quand la crise devient un mécanisme de régulation

Ces deux failles – fragmentation de l’assistance et manque de connaissances – se renforcent mutuellement. Lorsqu’une difficulté se situe dans un interstice de prise en charge, qu’aucun responsable n’est clairement désigné ou qu’un signalement n’est ni recueilli ni documenté, elle peut difficilement faire l’objet d’une enquête, être qualifiée et rattachée au mandat d’une institution.

Certaines difficultés ne sont alors reconnues qu’après l’accumulation de plaintes, de mobilisations ou de controverses publiques.

C’est ce que l’on a observé après l’incendie de l’usine de produits chimiques Lubrizol, à Rouen (Seine-Maritime), en 2019. Une fois le feu éteint, les inquiétudes des riverains se sont amplifiées face aux retombées visibles de suies dans les cours d’école et sur les cheveux des enfants, face à la découverte, dans les jardins, de fragments de toiture contenant de l’amiante, aux odeurs persistantes à plusieurs kilomètres à la ronde.

L’incertitude entourant les effets sanitaires à moyen et long terme ont continué d’affecter la vie quotidienne des riverains bien après la fin de l’incendie. Le manque de réponses jugées claires sur les conséquences sanitaires et environnementales du feu a alimenté un sentiment d’abandon et un rejet croissant de la parole officielle qui s’est notamment traduite par des manifestations devant la préfecture et la constitution d’associations de victimes et de collectifs de riverains.

Les habitants ont progressivement obtenu des interlocuteurs institutionnels, tandis que des instruments d’enquête ont été mis en place pour répondre à leurs préoccupations. Santé publique France a ainsi été chargée d’évaluer les effets sanitaires de l’incendie à court, moyen et long termes, tandis que l’Anses a notamment été saisie des risques alimentaires liés aux retombées du panache. Ces réponses sont incontestablement utiles, mais elles reposent sur des indicateurs sanitaires et environnementaux standardisés, qui saisissent mal des atteintes plus diffuses : malaise, perte de repères, difficulté à réinvestir et à prendre soin de son territoire. Et surtout, toutes ces réponses ont été adoptées à la suite de l’insistance et des protestations des habitants.

La crise devient ainsi un mécanisme de régulation : un problème n’obtient un responsable, une qualification et une réponse qu’une fois devenu suffisamment visible ou conflictuel. Pour éviter cette mise en crise, il faut organiser dès l’amont la continuité entre l’urgence et le retour à des conditions de vie ordinaires.

Comment faire mieux ?

Les habitants ne doivent pas être considérés seulement comme des victimes à protéger ou comme les destinataires d’une information institutionnelle. Ils disposent d’une connaissance fine des territoires, de leurs usages, de leurs vulnérabilités et des difficultés qui apparaissent pendant et après la crise. Leur participation pourrait être organisée dès la préparation des plans et se poursuivre au cours du retour et de la reconstruction, notamment à travers des comités locaux chargés d’identifier les besoins, de signaler les dysfonctionnements et de discuter des priorités.

Les autorités pourraient également publier des bulletins d’habitabilité réunissant les données sur la qualité de l’air et de l’eau, la situation sanitaire, l’état des réseaux et les signalements des habitants : fumées, odeurs, dépôts, symptômes ou difficultés rencontrées lors du retour.

Des dispositifs comparables existent en Amérique du Nord : après les incendies de Los Angeles de janvier 2025, le comté a créé un tableau de bord rassemblant les mesures relatives à l’air, aux sols et surfaces, à l’eau et à la santé humaine ; à Jasper, au Canada, les rapports de rétablissement suivent notamment la remise en service des réseaux, la qualité de l’air, les contaminations et les conditions du retour. Ces outils restent toutefois principalement alimentés par les données des institutions et intègrent peu les observations produites par les habitants.

Chaque signalement par les habitants pourrait ainsi être tracé afin de repérer les récurrences, de localiser les phénomènes et de déclencher, si nécessaire, de nouveaux prélèvements, des enquêtes complémentaires de problèmes émergents non anticipés ou des échanges avec les populations concernées.

L’expérience des « nez normands », formés par l’association Atmo Normandie à décrire les phénomènes olfactifs et dont la mobilisation s’est renforcée depuis l’incendie de Lubrizol, illustre cette complémentarité. Les observations citoyennes peuvent utilement compléter les données issues des capteurs, sans se substituer à l’expertise toxicologique. Une politique de l’habitabilité traiterait ainsi les observations et les inquiétudes comme des signaux à instruire, sans les considérer d’emblée comme des preuves ni les disqualifier comme de simples perceptions.

Alors que les actions trop limitées contre le changement climatique laissent présager des étés de plus en plus rudes, marqués par une multiplication des risques d’incendies, il n’est plus seulement question de savoir comment combattre les flammes. L’après-feu et les enjeux de l’habitabilité qui lui sont associés doivent désormais être pensés comme une composante à part entière de la gestion de crise.

The Conversation

Elsa Gisquet ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Incendies : le retour à la maison, angle mort de la gestion de crise – https://theconversation.com/incendies-le-retour-a-la-maison-angle-mort-de-la-gestion-de-crise-288860

Donald Trump ou la contagion du mal ordinaire

Source: The Conversation – France in French (3) – By Dominique Steiler, Fondateur de la Chaire UNESCO pour une Culture de Paix Economique, Auteurs historiques The Conversation France


L’ESSENTIEL

  • Trump agit comme un révélateur. Ses propos accélèrent une désinhibition morale générale où la brutalité, le mépris et la transgression deviennent progressivement acceptables.

  • Le mal procède par division. Il fracture l’individu, les relations humaines, la société et le rapport au vivant, faisant du conflit la forme normale des interactions.

  • La guerre est devenue un paradigme commun. La logique concurrentielle s’étend de l’entreprise aux relations internationales. Seule une culture de paix fondée sur la reconnaissance de l’autre peut rompre cette dynamique.


Les crises contemporaines ne se laissent plus comprendre par la seule analyse des événements ou des figures qui les incarnent. Elles signalent une rupture plus profonde, touchant à notre manière d’habiter le monde, d’exercer le pouvoir et de reconnaître l’autre comme sujet digne.

En quelques années, un homme est parvenu à rendre dicible et parfois même respectable ce qui demeurait contenu, dissimulé ou honteux : l’insulte, le mépris, la brutalité. Donald Trump n’a pas inventé ces forces : il les a autorisées, leur donnant un visage, un langage et une validation symbolique depuis le sommet du pouvoir mondial.

Le phénomène dépasse sa personne et trouve en lui une cristallisation inédite. Ce qui se joue n’est pas un style provocateur, mais une désinhibition morale du pouvoir : ce qui était inacceptable devient tolérable, ce qui était indigne devient performant, ce qui devait être combattu devient imité.

Le mal n’a pas besoin de monstres

Concevoir le mal uniquement comme violence spectaculaire ou démesure exceptionnelle empêche d’en saisir la dynamique la plus dangereuse : sa capacité à se répandre silencieusement, à se normaliser, à s’intégrer aux pratiques quotidiennes et aux imaginaires collectifs.

Hannah Arendt nous avait prévenus : le mal ne surgit pas toujours sous la forme du monstre. Il se diffuse bien plus sûrement lorsqu’il devient banal et qu’il cesse d’être jugé. Trump ne pense ni n’invente le mal : il le performativise. Il l’exhibe sans honte et suspend ainsi l’exercice du jugement moral chez celles et ceux qui s’identifient à lui. Il délivre un « permis de transgression ».

Ce sont là les forces que René Girard nommait « violence mimétique » : affranchies, elles prolifèrent dans tous les interstices du social. La dynamique n’est ni strictement états-unienne ni strictement politique, et l’Europe n’est pas en reste.

S’installe une ronde auto-alimentée, où le président du pays le plus puissant du monde représente à la fois le produit et le moteur du mouvement. Chaque parole brutale en libère d’autres. Chaque transgression appelle une surenchère. Chaque recul éthique devient un précédent, une jurisprudence sans prudence. Ce ne sont plus seulement les comportements politiques qui sont touchés, mais les pratiques économiques, managériales, médiatiques, jusqu’aux relations quotidiennes.

L’histoire ne se mesure pas au seul nombre de morts : elle s’évalue à la virulence de diffusion du mal. Or, aucun autocrate du siècle passé ne disposait de l’instantanéité des réseaux sociaux ni d’une fortune érigée en preuve ultime de légitimité. Trump ne construit pas un système totalitaire classique : il désagrège les digues intérieures et rend le mal ordinaire, banal, acceptable, désirable parfois.

Le mal, c’est d’abord la division

Le mal n’est pas d’abord violence : il est division. En grec ancien, diabolos signifie « celui qui sépare, qui désunit ». Le diable n’est pas tant celui qui détruit que celui qui désagrège les liens. Le mal commence donc avant les actes et il opère à quatre niveaux.

En soi. Nous connaissons tous l’écart entre ce que nous savons juste et nos actions, entre notre vulnérabilité et le masque que nous endossons pour exister. Erich Fromm avait décrit ces sociétés qui substituent l’avoir à l’être. Un être divisé devient dangereux non par malveillance, mais parce qu’il cherche à l’extérieur ce qu’il a perdu à l’intérieur.

Entre les humains. L’autre cesse d’être un visage, au sens de Levinas, pour se transformer en obstacle. Un visage, c’est la présence directe d’une personne autre que moi avec qui la relation devient possible. Un obstacle, un non-visage, se contourne ou s’élimine. La relation se mue en rapport de force, la différence menace : la violence s’avère possible, puis acceptable.

Dans la société. Le même mécanisme oppose en camps irréconciliables les gagnants aux perdants ; Girard a montré comment il conduit à désigner des boucs émissaires. La division devient un outil de gouvernement.

Avec le vivant. Sa version la plus radicale survient lorsque l’humanité se pense séparée du monde. La nature est vue comme de la matière inerte, l’animal un stock, l’être humain une ressource. La relation se transforme alors en prédation. La crise écologique n’est pas d’abord technique, elle est relationnelle, perte de sensibilité au vivant.

La guerre économique matrice de la guerre armée

Ce processus n’a rien d’abstrait. Dans l’entreprise, il se déploie de façon systémique : mise en concurrence permanente, culture du chiffre où les tableaux de bord comptent plus que les personnes qu’ils prétendent évaluer, burn out transformé en rite de passage plus qu’en signal d’alerte, sacrifice du long terme humain à un court terme financier érigé en évidence. L’organisation devient un champ de bataille où l’efficacité se construit contre le vivant plutôt qu’avec lui.

Au niveau social, la même logique stigmatise les plus fragiles, légitime des inégalités extrêmes présentées comme naturelles et installe la méfiance comme principe implicite de vie commune. Sur la scène mondiale, elle évolue en un prélude inévitable à un conflit militaire. Les sanctions, autrefois considérées comme des mesures extraordinaires, sont maintenant utilisées comme des outils de coercition courante. L’énergie et les technologies, y compris les terres rares, deviennent des facteurs de division, transformant les interdépendances en foyers de tension. Les engagements climatiques sont abandonnés au profit de la compétitivité à court terme. Les institutions multilatérales, qui constituent les seuls espaces de médiation disponibles, sont délibérément affaiblies. Les propositions de règlement du conflit russo-ukrainien portées par Trump en donnent la formule : le deal commercial remplace toute architecture diplomatique.

Wendy Brown l’a montré : la rationalité néolibérale a rendu impensable toute grammaire autre que le rapport de force. Lorsque la gouvernance s’inspire du modèle de l’entreprise concurrente, le deal se substitue au traité, la pression au dialogue, la menace à la garantie. Le passage de la guerre économique à la guerre armée marque une continuité : c’est la même logique poursuivie par d’autres moyens. Et l’histoire montre avec constance que la brutalisation du langage précède celle des actes.

Ce n’est pas le style qu’il faut changer, c’est le paradigme

Un paradigme est, au sens de Thomas Kuhn, un ensemble de présupposés si intériorisés qu’ils cessent d’être questionnés : ils deviennent la réalité même. Or, le paradigme économico-politique dominant s’est rigidifié autour d’axiomes aujourd’hui invisibles : la compétition anime la vie sociale, la valeur se mesure à la capacité de dominer, les relations se résument à des rapports de force.

Ce paradigme a un nom : la grammaire de la guerre. Non pas la guerre comme exception tragique, mais comme mode ordinaire de relation. Guerre de l’ego contre lui-même, guerre managériale, guerre sociale contre les perdants, guerre géopolitique. Ces guerres ne sont pas des métaphores, elles produisent de la souffrance et de la mort réelles.

Or, un paradigme ne se réforme pas à la marge : ses présupposés ne s’amendent pas, ils se remplacent. Ce n’est pas l’usage du pouvoir qu’il faut moraliser, mais la conception même de la puissance qu’il faut refonder.

Car, si la guerre commence dans les mots, la paix débute par la reconnaissance que l’autre, concurrent, migrant, ennemi désigné, est un sujet digne, dont la vulnérabilité nous concerne avant toute décision économique.

À ceux qui y voient une utopie, André Gorz répondait que celle-ci a précisément pour fonction de nous donner le recul nécessaire pour juger ce que nous faisons à la lumière de ce que nous pourrions faire. La culture de paix apparaît moins comme une utopie que comme une stratégie de survie, une insurrection éthique : rien, hors le lien et le travail patient d’apprendre à vivre, ne peut rompre la ronde auto-alimentée du mal ordinaire. Tout le reste (travail intérieur, éducation, politique et économie) n’est que chemin vers cette évidence.

The Conversation

Dominique Steiler ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Donald Trump ou la contagion du mal ordinaire – https://theconversation.com/donald-trump-ou-la-contagion-du-mal-ordinaire-288861

L’éclipse solaire, un spectacle impressionnant source de mythes et de découvertes scientifiques

Source: The Conversation – in French – By Yaël Nazé, Astronome FNRS à l’Institut d’astrophysique et de géophysique, Université de Liège


L’ESSENTIEL

  • Une première depuis 1999, le 12 août 2026, une éclipse solaire totale sera visible en Europe. En France hexagonale, ce spectacle astronomique parmi les plus marquants sera observable jusqu’à 99 % selon les régions.

  • Découvrez comment se produit ce phénomène et pourquoi on ne l’observe pas tous les mois.

  • Les éclipses ont toujours fasciné et sont à l’origine de nombreux mythes, mais aussi de découvertes scientifiques majeures.


Une éclipse solaire totale, c’est quoi ? Facile : le Soleil qui disparaît – il fait donc nuit en plein jour !

Un événement forcément impressionnant qui a donné naissance à de nombreux mythes. Comme le Soleil est source de vie, sa disparition était synonyme de malheur partout dans le monde, à part dans quelques tribus aborigènes d’Australie, pour qui un voile pudique tombait alors sur les rencontres intimes entre époux, Soleil et Lune. Pour résoudre le problème, des cérémonies spéciales, bruyantes, devaient alors se tenir afin d’effrayer le monstre ou le démon tentant d’engloutir l’astre du jour.

Aujourd’hui encore, difficile de rester indifférent quand les ténèbres tombent en pleine journée – notre cœur se serre instinctivement. Quelques minutes après, la délivrance, quand la lumière revient : comme les oiseaux qui saluent alors ce retour, on peut avoir envie de chanter, soulagé…

D’où viennent ces éclipses ? La base est bien connue : la Terre tourne autour du Soleil et la Lune autour de la Terre. On peut donc avoir, de temps en temps, un alignement Soleil – Lune – Terre. Dans ce cas-là, la Lune va bloquer les rayons solaires, un peu comme un parasol fait de l’ombre. L’ombre de la Lune s’étire en un long cône derrière elle, et la Terre en coupe juste le sommet : cela implique que seule une toute partie du Globe pourra bénéficier du spectacle, hélas.

Configuration d’une éclipse solaire.
Iunity/Wikipedia, CC BY

Et c’est là qu’intervient un heureux hasard : la Lune est 400 fois plus petite que le Soleil, mais aussi 400 fois plus près. Du coup, vus de la Terre, les deux semblent avoir la même taille apparente (on dit aussi « angulaire »). Autrement dit, la Lune cache pile le Soleil ! Cela rend le spectacle plus intéressant encore, car une éclipse permet de voir le profil d’éruptions en bord de Soleil, mais aussi l’atmosphère qui l’entoure, appelée « couronne solaire ». Très faiblement lumineuse, elle ne se dévoile que lors des éclipses – quand il n’y en a pas, les astronomes produisent des éclipses artificielles dans leurs télescopes avec un masque adéquat pour pouvoir la voir.

Pourquoi pas une éclipse solaire chaque mois ?

Évidemment, on pourrait croire que, à chaque tour de la Lune autour de la Terre, elle va venir bloquer le Soleil. Cela ferait une éclipse chaque mois, mais malheureusement ce n’est pas le cas, à cause d’une légère différence (5°) entre le plan de l’orbite terrestre et celui de l’orbite lunaire.

Pour avoir une éclipse, il faut un alignement parfait, ce qui ne se produit que si les astres se positionnent le long de la ligne faisant l’intersection entre ces deux plans. La Terre s’y trouve deux fois par an, et on a donc deux saisons d’éclipses chaque année. Le reste du temps, la Lune se trouve juste un peu trop haut ou trop bas pour que l’alignement se fasse. Précision supplémentaire : les orbites ne sont pas des cercles, mais des ellipses. Du coup, le facteur 400 évoqué ci-dessus est une moyenne. Parfois, la Lune est un peu plus loin et le Soleil plus près, alors la Lune n’arrive plus à cacher complètement le Soleil : on observe alors une éclipse dite annulaire, car on voit encore un anneau lumineux autour de la Lune enténébrée… Cela deviendra la règle à l’avenir, car la Lune s’éloigne de la Terre au rythme de 4 centimètres par an.

Les plans des orbites terrestre et lunaire ne sont pas identiques, une différence qui rend les éclipses fort rares.
Yaël Nazé/Rejouisciences, Fourni par l’auteur

Les éclipses solaires, entre mythes et réalités

Ces impressionnantes éclipses ont donné lieu à de nombreuses histoires. La première concerne rien de moins que la naissance de la science ! En 585 avant notre ère, une guerre faisait rage entre deux peuples d’Asie Mineure : les Lydiens (de l’ouest de l’Anatolie actuelle, ndlr) et les Mèdes (du nord-ouest de l’Iran actuel, ndlr). Soudain, en pleine bataille, voilà que le Soleil se voile. Les soldats des deux camps, apeurés par ce « signe céleste », cessèrent immédiatement le combat, ce qui ouvrit la voie à des négociations de paix.

Mais Hérodote, qui raconte cet épisode, ajoute que les Ioniens, un peuple de la Grèce antique qui n’a pas participé à ce conflit, eux, n’auraient pas eu peur, car le fameux Thalès les avait prévenus. Et voilà la première victoire « classique » de la raison sur la superstition. Jolie histoire, mais fortement remise en cause aujourd’hui. Sans sources directes, difficile en effet de s’assurer du fait, mais on sait par contre que le temps a tendance à enjoliver certaines choses…

Autre éclipse : celle de Pâques. Moins connu que l’étoile de Noël, l’événement céleste s’impose néanmoins sur de nombreuses œuvres montrant la Crucifixion. Les passages bibliques parlent bien de ténèbres tombant sur la Terre, mais il y a un problème sérieux. Le martyre du Christ est censé s’être passé à la Pâque juive, une fête qui a lieu… à la pleine lune. Une éclipse solaire, elle, ne peut se produire qu’à la nouvelle lune, soit dans la configuration opposée, une demi-révolution lunaire plus tard ! De plus, impossible de trouver une éclipse qui « colle » avec l’année et le lieu. Bref, on est plus dans le symbole – d’ailleurs, les représentations classiques montrent Lune et Soleil éclipsés, de part et d’autre de la croix. Or, il est évidemment impossible d’avoir les deux en même temps…

Il existe aussi une éclipse célèbre mais fictionnelle, celle du Temple du Soleil, d’Hergé. Tintin, ayant lu dans le journal qu’une éclipse allait se produire, profite de l’événement pour faire croire que le Soleil lui obéit. Ses geôliers, impressionnés par le prodige, le libèrent immédiatement ainsi que ses amis. Si les détails de la BD peuvent permettre de savoir où se trouve le fameux temple, il faut avouer qu’Hergé s’est probablement inspiré d’une histoire bien réelle. À son quatrième voyage en 1504, Christophe Colomb se trouvait en mauvaise posture quand il se souvint de l’imminence d’une éclipse – et ses « pouvoirs » impressionnèrent suffisamment Arawaks et Taïnos pour qu’ils l’aident à s’en sortir. Seule différence : Colomb se contenta d’une éclipse de Lune, alors qu’Hergé préféra la version solaire…

Einstein et l’éclipse

La célébrité touche aussi des éclipses récentes, comme celle d’août 1868 ou celle de mai 1919. En 1868, plusieurs astronomes rapportent l’existence d’une signature lumineuse supplémentaire associée aux éruptions visibles au bord du Soleil caché par la Lune. Son origine n’est pas claire et Norman Lockyer creuse la question. Il montre qu’elle n’est associée à aucun élément connu et le baptise « hélium », du nom du dieu grec du Soleil Hélios, l’élément qui produit cette signature – il faudra encore quelques décennies avant de le trouver sur Terre ! C’est aussi lors de cette éclipse que Jules Janssen et Norman Lockyer, indépendamment, trouvent une méthode encore utilisée aujourd’hui : en filtrant sur les signatures lumineuses associées aux éruptions, ils montrent que ces dernières existent un peu partout sur le Soleil – il s’agit donc bien de structures solaires, et cela permet de repérer l’activité solaire sur l’ensemble du Soleil et en dehors des éclipses.

L’éclipse de mai 1919 est également restée dans les annales. Depuis plusieurs années, Einstein tentait de convaincre les astronomes de mesurer précisément la position des étoiles autour du Soleil lors d’une éclipse solaire. Son idée ? La masse du Soleil devrait dévier les rayons stellaires, de sorte que la position des étoiles changeait un peu par rapport aux observations habituelles, quand le Soleil n’est pas là. La valeur de cette déviation n’était pas pareille dans les théories de Newton et dans sa propre théorie de la relativité générale – les éclipses constituaient donc un joli test pour savoir qui avait raison. Hélas, plusieurs éclipses ne purent être observées, pour cause de mauvaise météo ou de guerre en cours (et tant mieux, vu qu’Einstein avait initialement fait une petite erreur de calcul…).

L’éclipse de 1919 présentait toutefois des conditions particulièrement favorables : le Soleil se trouvait en effet dans un amas stellaire, multipliant les mesures… Les astronomes anglais décident de ne pas rater l’opportunité et ils se lancent dès que l’armistice est signé. Une équipe est envoyée au Brésil, une autre à Principe, une île dans le golfe de Guinée, à 350 kilomètres des côtes du Gabon, chacune accumule les photographies et les analyse de manière indépendante. À l’automne, après des mois de calcul, le verdict tombe : Einstein a raison ! Si certains ont tenté de remettre en cause le résultat, il s’est non seulement vérifié de nombreuses fois depuis, mais en plus des vérifications sur les données originales confirment bien le résultat de l’époque… Cette éclipse-là a bien changé notre façon de voir le monde !

The Conversation

Yaël Nazé ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’éclipse solaire, un spectacle impressionnant source de mythes et de découvertes scientifiques – https://theconversation.com/leclipse-solaire-un-spectacle-impressionnant-source-de-mythes-et-de-decouvertes-scientifiques-283920

Quelles sont les limites de la clim ?

Source: The Conversation – in French – By Brice Trémeac, Professeur et directeur du Laboratoire du froid et des systèmes énergétiques et thermiques, Conservatoire national des arts et métiers (CNAM)


L’ESSENTIEL

  • L’efficacité d’une climatisation dépend de nombreux facteurs : la technologie utilisée, le bâtiment, le réseau électrique, l’urbanisme local, les usagers.

  • On peut refroidir une pièce, un hôpital, et même organiser le froid à l’échelle d’un quartier… mais on ne peut pas climatiser le climat.

  • Tant que la climatisation reste un équipement de confort, les inégalités d’accès à la fraîcheur peuvent sembler acceptables. Mais lorsqu’elle devient un moyen de protection contre les fortes chaleurs, elles prennent une dimension de santé publique.


À chaque canicule, la climatisation apparaît comme la réponse la plus immédiate à la chaleur. Dans certains cas, elle devient même un outil de protection sanitaire : l’Organisation mondiale de la santé (OMS) rappelle que les vagues de chaleur touchent particulièrement les personnes âgées, les nourrissons, les personnes malades ou encore les personnes isolées.

Mais la climatisation peut-elle tout résoudre ? Continue-t-elle de fonctionner lorsqu’il fait 45 ou 50 °C dehors ? Toutes les climatisations se valent-elles ? Et surtout, peut-on imaginer répondre au réchauffement climatique en refroidissant toujours davantage nos bâtiments ?

La réponse est nuancée. La climatisation constitue bien l’un des leviers d’adaptation au changement climatique, mais son efficacité dépend de nombreux facteurs. Ses limites ne sont pas uniquement techniques : elles sont aussi physiques, énergétiques, économiques, urbaines… et humaines.

Toutes les climatisations ne se valent pas

Dans le débat public, on parle souvent de « la climatisation » comme d’une technologie unique. En réalité, plusieurs systèmes très différents coexistent.

Les climatiseurs mobiles monoblocs, souvent achetés en urgence lors des épisodes de chaleur, sont les plus accessibles mais aussi parmi les moins performants. L’Agence de la transition écologique (Ademe) estime qu’ils peuvent consommer environ 2,5 fois plus d’électricité qu’un climatiseur fixe de type split ou qu’une pompe à chaleur réversible pour un même service rendu. Ils sont également plus bruyants et offrent généralement une puissance de refroidissement plus limitée.

À l’inverse, les systèmes fixes représentent un investissement plus important, mais leur rendement est bien meilleur. Leur performance est mesurée par leur coefficient de performance (COP) : les modèles les plus efficaces produisent plusieurs kilowattheures de froid pour un seul kilowatt-heure d’électricité consommé.




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À une tout autre échelle, les réseaux de froid urbain n’ont plus grand-chose à voir avec une climatisation individuelle. Une centrale produit de l’eau glacée qui est distribuée à plusieurs bâtiments, selon un principe comparable à celui du chauffage urbain. À Paris, le réseau dépasse aujourd’hui une centaine de kilomètres de canalisations et alimente hôpitaux, bureaux, musées ou grands ensembles immobiliers. Il s’agit d’une infrastructure collective davantage que d’une « grosse climatisation ».

Que se passe-t-il lorsqu’il fait 45 °C dehors ?

Cela paraît paradoxal, mais une climatisation ne fabrique jamais de froid. Elle déplace simplement la chaleur d’un endroit vers un autre. Cette opération devient progressivement plus difficile à mesure que la température extérieure augmente. Maintenir un logement à 26 °C lorsqu’il fait 35 °C ne demande pas le même effort que lorsqu’il fait 45 °C. Plus l’écart de température augmente, plus le compresseur doit travailler et plus le COP diminue.

Il n’existe pas de température à partir de laquelle une climatisation « cesse de fonctionner ». Les performances dépendent du modèle, de son dimensionnement, de son entretien et de la température maximale prévue par le fabricant.

Mais toutes sont soumises aux mêmes lois de la thermodynamique et c’est la première limite des climatiseurs : lorsque les températures extérieures augmentent, chaque degré supplémentaire de fraîcheur devient plus coûteux à produire.

Les pics de consommation électrique

La deuxième limite concerne moins les appareils que le système électrique qui les alimente.

À l’échelle mondiale, climatiseurs et ventilateurs représentent déjà près d’un cinquième de la consommation d’électricité des bâtiments. L’Agence internationale de l’énergie estime que cette demande pourrait plus que tripler d’ici à 2050 si les politiques d’efficacité énergétique ne sont pas renforcées. En France, la consommation électrique totale s’est établie à 451 TWh en 2025, selon RTE.




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Le principal enjeu est celui des « pointes estivales » : les besoins de refroidissement se concentrent précisément pendant les journées les plus chaudes, lorsque de nombreux équipements fonctionnent simultanément.

Les réseaux électriques doivent alors être dimensionnés pour répondre à ces quelques épisodes critiques, c’est-à-dire que l’on construit des centrales qui ne sont en usage que quelques jours par an.

En France, le chauffage d’hiver demeure aujourd’hui le principal moteur des pics de consommation, mais la multiplication des canicules pourrait progressivement déplacer une partie de cette pression vers l’été.

Qui peut payer le froid ?

Un climatiseur mobile peut coûter quelques centaines d’euros, alors qu’une pompe à chaleur réversible représente un investissement de plusieurs milliers d’euros. Quant aux réseaux de froid urbain, ils supposent des infrastructures lourdes qui ne sont pertinentes que dans des secteurs suffisamment denses, comme les hôpitaux, les quartiers d’affaires ou certains ensembles résidentiels.

Derrière cette différence de prix se cache une autre question : qui peut réellement accéder à un refroidissement efficace ? La question n’est donc pas seulement celle du coût d’un kilowatt-heure de froid. Elle est aussi celle de l’accès à des solutions efficaces. Tant que la climatisation reste un équipement de confort, ces inégalités peuvent sembler acceptables. Mais lorsqu’elle devient un moyen de protection contre les fortes chaleurs, elles prennent une dimension de santé publique.

Une efficacité qui dépend aussi de l’usager

On l’oublie souvent. Les performances d’une climatisation ne dépendent pas uniquement de la machine. Elles tiennent aussi aux choix de son utilisateur : le modèle retenu, son dimensionnement, son entretien ou encore la température de consigne.

Le premier est celui de l’équipement lui-même. Un appareil correctement dimensionné, installé par un professionnel et adapté aux caractéristiques du bâtiment, offrira de meilleures performances qu’un modèle choisi dans l’urgence ou mal dimensionné. L’entretien joue également un rôle essentiel : des filtres encrassés ou un manque de maintenance peuvent dégrader les performances et augmenter la consommation d’énergie.

Enfin, la température de consigne n’est pas anodine. Plus l’écart entre la température intérieure souhaitée et la température extérieure est important, plus la climatisation doit fournir d’efforts. Régler son logement à 26 °C plutôt qu’à 20 °C lors d’une canicule ne relève pas seulement du confort ; cela influence directement la consommation électrique et le fonctionnement du système.

Il serait pourtant réducteur d’en conclure que tout dépend de l’utilisateur. Les choix individuels comptent, mais ils ne remplacent ni un bâtiment bien conçu ni un équipement performant. Comme souvent en matière d’énergie, la technologie et les comportements sont indissociables.

Refroidir dedans, réchauffer dehors

Refroidir un logement revient aussi à rejeter de la chaleur à l’extérieur. À l’échelle d’un quartier, l’accumulation de ces rejets contribue à renforcer les îlots de chaleur urbains.

Les réseaux de froid permettent de limiter une partie de ces effets grâce à la mutualisation des équipements et à une meilleure gestion des rejets thermiques. Ils ne suppriment toutefois pas la contrainte fondamentale : produire du froid consiste toujours à déplacer la chaleur ailleurs.

La meilleure climatisation est probablement celle dont on a le moins besoin

Les limites de la climatisation ne signifient pas qu’il faudrait s’en passer. Lors des vagues de chaleur, elle peut sauver des vies. Dans les hôpitaux, les EHPAD, les crèches ou certains logements particulièrement exposés, elle peut devenir indispensable.

Mais le véritable enjeu est de réduire les besoins de froid avant de chercher à en produire toujours davantage. Cela passe d’abord par des bâtiments mieux adaptés : protections solaires, volets, brise-soleil, ventilation nocturne, isolation pensée pour le confort d’été, végétalisation, matériaux réfléchissants ou encore réseaux de froid lorsque leur déploiement est pertinent.




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Cette approche est également celle défendue par l’Association française du froid à travers son programme Clim’Eco, qui met en avant des « écogestes » allant de la réduction du besoin en froid jusqu’à une utilisation plus durable des systèmes de climatisation. L’idée est simple : le premier levier consiste souvent à éviter que les bâtiments ne surchauffent, avant même de chercher à les refroidir.

L’adaptation passe aussi par l’évolution de certaines habitudes. Choisir un équipement adapté, le faire installer et entretenir correctement, régler une température de consigne raisonnable, mais aussi accepter que nos modes de vie évoluent face à des étés plus chauds, font partie des solutions. Adapter les horaires lorsque cela est possible ou faire évoluer les codes vestimentaires en période de canicule peut parfois permettre d’améliorer le confort tout en limitant le recours à la climatisation.

La climatisation est un outil technologique dont l’efficacité dépend de la technologie utilisée, du bâtiment, du réseau électrique, de l’organisation urbaine, mais aussi de l’usager. On peut refroidir une pièce. On peut refroidir un hôpital. On peut même organiser le froid à l’échelle d’un quartier. Mais on ne peut pas climatiser le climat.

Pendant longtemps, nous avons surtout cherché à adapter les bâtiments à nos habitudes. Avec des étés qui dépassent désormais régulièrement les 40 °C, c’est peut-être l’inverse qui commence à se produire : nous allons aussi devoir adapter certaines de nos habitudes à notre environnement. Porter un bermuda au bureau pendant une canicule n’est peut-être pas seulement une question de confort ; c’est peut-être déjà une forme d’adaptation au changement climatique.

The Conversation

Brice Trémeac a reçu des financements de l’ANR, l’Ademe, des bourses de l’école doctorale SMI

ref. Quelles sont les limites de la clim ? – https://theconversation.com/quelles-sont-les-limites-de-la-clim-288010

En Afrique, les soins de santé passent aussi par les familles et les communautés

Source: The Conversation – in French – By Gérard Charl Filies, Associate professor, University of the Western Cape

La formation des professionnels de santé détermine la manière dont ils interagissent avec leurs patients, les familles de ces derniers et les communautés qu’ils servent. Mais que se passe-t-il si cette formation n’est pas adaptée au contexte dans lequel ces professionnels exercent ?

Je travaille dans l’enseignement supérieur en Afrique du Sud et à l’international depuis plus de 20 ans. Au cours de cette période, mes collègues et moi-même avons proposé à nos étudiants, issus de diverses professions de la santé et du secteur social, des modules de formation fondés sur des théories, des modèles et des cadres conceptuels issus des pays du Nord.

Par exemple, le programme met fortement l’accent sur la performance individuelle. En conséquence, les professionnels de santé recherchent ces mêmes comportements chez leurs collègues et s’attendent inconsciemment à ce que les patients et les communautés adoptent cette même approche individualiste.

Nous avions souvent l’impression d’être à la traîne dans notre formation. Nous nous demandions pourquoi nos étudiants ne participaient pas activement aux travaux de groupe ou aux discussions d’équipe pendant la formation clinique. Au fil du temps, cependant, notre équipe de formateurs a commencé à se demander si les étudiants des pays africains n’avaient pas une autre manière de travailler avec les personnes.

Dans un article récemment publié, nous nous sommes penchés sur cette question. Nos conclusions nous ont amenés à constater que certains modèles de formation et d’enseignement destinés aux professionnels de santé en Afrique sont inadaptés.

En effet, dans de nombreuses communautés à travers le continent, les décisions en matière de santé sont souvent prises au sein des familles. Il est nécessaire de consulter les aînés. Les soins sont considérés comme une entreprise commune et partagée, plutôt que comme une négociation privée entre un professionnel de santé et un patient.

Sur la base de ces résultats, nous avons examiné comment les cadres de formation internationaux pourraient être renforcés en intégrant un ensemble de compétences et d’aptitudes mieux adaptées aux étudiants des pays africains. Nous avons articulé cette approche autour du concept d’ubuntu. Il s’agit d’une idée philosophique africaine souvent résumée par l’expression « Je suis parce que nous sommes ».

Nous soutenons que cette approche permettrait de mettre en place une prise en charge médicale qui considère les patients non pas simplement comme des cas cliniques, mais comme des individus dont la santé est influencée par leur famille, leur communauté et leurs relations sociales. In fine, cela favoriserait de meilleurs résultats en matière de santé.

Les limites des cadres actuels

Les cadres de compétences interprofessionnelles sont des lignes directrices définissant les compétences, les connaissances et les attitudes dont les professionnels de santé et du secteur social ont besoin pour travailler efficacement en équipe. Les cadres de compétences interprofessionnelles dominants à l’échelle mondiale pour les professionnels de santé ont grandement contribué à améliorer le travail d’équipe, la communication et la clarté des rôles dans la formation des professions de santé. C’est le cas notamment de l’Interprofessional Education Collaborative aux États-Unis et de l’Interprofessional Health Collaborative au Canada.

Mais ces cadres reposent certaines idées de ce que doivent être le professionnalisme et la communication. On considère par exemple qu’une bonne collaboration avec les patients passe par :

  • une contribution verbale affirmée

  • un contact visuel direct

  • une réactivité rapide et une interaction informelle et aisée avec les figures d’autorité.

Cette vision ne reflète pas forcément une réelle collaboration dans beaucoup d’autres contextes en Afrique.

Dans le cadre de nos travaux, nous avons constaté qu’un certain nombre de compétences essentielles que possèdent les étudiants africains ne sont pas reconnues dans les référentiels. Parmi celles-ci figurent :

  • l’écoute attentive de ce que disent les collègues

  • la responsabilité collective vis-à-vis des soins prodigués aux patients

  • la responsabilité partagée quant aux résultats des soins pour les patients.

La réalité sur le terrain

Notre proposition est le fruit d’années d’enseignement et de recherche sur la formation interprofessionnelle et la pratique collaborative auprès d’étudiants et de professionnels de santé en Afrique du Sud et à l’international. Nous avons examiné les principaux cadres de compétences mondiaux relatifs au travail d’équipe dans le secteur de la santé, parallèlement aux travaux universitaires africains sur l’ubuntu. La question que nous nous sommes posée était de savoir si ces modèles mondiaux reflétaient pleinement la manière dont la collaboration est comprise et pratiquée dans les contextes africains.

Notre analyse a permis de mettre en évidence trois observations clés.

Premièrement, les cadres de compétences internationaux privilégient les hypothèses occidentales sur la manière dont la collaboration est mise en œuvre et évaluée.

Deuxièmement, les comportements collaboratifs ancrés dans les cultures africaines sont souvent négligés ou sous-estimés. Il s’agit notamment de la responsabilité collective, où chacun partage la responsabilité des résultats, et de la prise de décision relationnelle, où les décisions sont prises grâce au dialogue et dans le respect mutuel plutôt que par une seule personne agissant seule.

Troisièmement, l’ubuntu offre un fondement philosophique solide pour redéfinir les compétences interprofessionnelles et compléter les cadres existants. Ce concept reflète également les réalités africaines tout en offrant des enseignements utiles aux systèmes de santé dans d’autres régions du monde.

Les fondements d’un nouveau modèle

Nous avons identifié cinq façons dont l’ubuntu pourrait inspirer les lignes directrices existantes en matière de compétences interprofessionnelles :

  • Comprendre que les patients font partie de familles et de communautés, et ne sont pas des individus isolés. Les « soins centrés sur la personne » sont des soins conçus avec le patient, sa famille, sa communauté et les professionnels de santé, plutôt que définis uniquement par les professionnels de santé.

  • Considérer la responsabilité des résultats de santé comme partagée entre les professionnels, les patients, les familles et les aidants, plutôt que comme incombant à un seul prestataire ou à une seule hiérarchie.

  • Valoriser l’écoute attentive en tant que compétence de communication à part entière.

  • Reconnaître que des frontières rigides entre les rôles peuvent céder la place à des modes de travail plus adaptatifs et plus souples, mieux adaptés à des besoins de soins complexes et en constante évolution.

  • Considérer le leadership comme une responsabilité partagée, fondée sur la confiance.

Nous ne préconisons pas l’abandon des modes de travail existants au sein des professions de santé. Nous soutenons au contraire qu’ils devraient être élargis.

La prochaine étape consiste à traduire cette idée en un cadre de compétences applicable. Celui-ci doit être testé et affiné dans le cadre de programmes pilotes de formation des professionnels de santé en Afrique.

The Conversation

Gérard Charl Filies does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. En Afrique, les soins de santé passent aussi par les familles et les communautés – https://theconversation.com/en-afrique-les-soins-de-sante-passent-aussi-par-les-familles-et-les-communautes-288871

La salud del río Guadalquivir: un estudio pionero evalúa la calidad del agua y la respuesta de los microbios al estrés ambiental

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Marina Barbudo Lunar, Doctoranda en Bioquímica y Biología Molecular, Universidad de Córdoba, Universidad de Córdoba

joserpizarro/Shutterstock

La calidad del agua del río Guadalquivir muestra un buen estado de salud de extremo a extremo, según los indicadores habituales. Sin embargo, un análisis pionero de su microbioma, de los microorganismos que viven en el río, ha revelado señales de estrés ambiental que habían pasado desapercibidas. El proceso abre la puerta a una nueva forma de vigilar la salud de los ecosistemas acuáticos.

Un río clave para Andalucía

El Guadalquivir, al que los árabes llamaron “el río grande”, es mucho más que el principal río andaluz. A lo largo de sus más de 650 kilómetros atraviesa ciudades como Córdoba y Sevilla, riega cientos de miles de hectáreas de cultivos y abastece de agua a cerca de siete millones de personas.

Su cuenca sostiene una intensa actividad agrícola, especialmente de olivar, arroz y frutales, pero esa misma presión humana también supone la llegada de contaminantes que pueden afectar al equilibrio del ecosistema.

Por eso, conocer el estado de sus aguas es fundamental para conservar uno de los recursos naturales más importantes del sur de España.

¿Cómo se mide la salud de un río?

La normativa europea establece que los ríos deben mantener un buen estado ecológico. Para comprobarlo, los científicos analizamos distintos parámetros del agua.

Habitualmente se miden variables como el pH, el oxígeno disuelto, la turbidez o la presencia de bacterias coliformes. Se trata de un grupo de microorganismos formados por especies como Escherichia, Klebsiella, Enterobacter y Citrobacter, que se encuentran de forma natural en el medio ambiente (suelo y plantas) y en el intestino de los animales y del ser humano.

Después, todos esos datos se integran en un índice que resume el estado del agua o Water Quality Index (WQI). Este tipo de indicadores permite comparar diferentes tramos del río y conocer su estado general. Sin embargo, tienen una limitación importante: no muestran cómo responden los seres vivos que habitan en el agua. Ahí es donde entra en juego el estudio del microbioma del río.




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Los microorganismos, los primeros en dar la voz de alarma

Bacterias y otros microorganismos participan en procesos naturales que mantienen el río en equilibrio, y son los primeros en reaccionar cuando aparece un contaminante o cualquier otra alteración ambiental. Por eso pueden actuar como auténticos “centinelas” capaces de detectar problemas antes de que sean visibles con los métodos tradicionales.

Para estudiarlos, utilizamos una técnica de secuenciación de ADN que permite identificar la comunidad de microorganismos presente en una muestra de agua sin necesidad de cultivarlos en el laboratorio. Gracias a esta técnica, observamos cómo cambia la comunidad microbiana cuando el río sufre algún tipo de estrés.

Lo que decían los análisis habituales

Nuestro estudio analizó el río desde su nacimiento, en la Sierra de Cazorla, hasta su desembocadura en el Atlántico.

Los análisis convencionales mostraron un deterioro progresivo de la calidad del agua a medida que el Guadalquivir se acercaba al estuario, aunque casi todos los puntos mantenían valores compatibles con un buen estado ecológico. Solo un 10 % de las estaciones de muestreo presentaban indicios de exceso de nutrientes en el agua y contaminación microbiológica.

Además, en el tramo medio y bajo se detectaron cambios en parámetros como la concentración de metales, la turbidez y la cantidad de materia orgánica presente en el agua, compatibles con el impacto de la agricultura y otras actividades humanas.

Sin embargo, el análisis del microbioma reveló una historia muy distinta.

Lo que revelan los microorganismos

La mayor sorpresa apareció en el tramo alto del río.

Aunque los análisis fisicoquímicos apuntaban a una buena calidad del agua, la comunidad microbiana presentaba cambios característicos de un ecosistema sometido a estrés: disminuía la diversidad bacteriana y aumentaban los microorganismos que prosperan en ecosistemas alterados.

También cambiaban las funciones biológicas que realizan estos microorganismos, siguiendo un patrón característico de la respuesta microbiana al estrés ambiental.

El estudio nos ha permitido identificar alteraciones, pero no podemos conocer con certeza su origen. No obstante, la cabecera del Guadalquivir está rodeada por un paisaje dominado por extensos olivares, por lo que será necesario investigar si la actividad agrícola, junto con otros factores como la sequía, están influyendo en estos cambios biológicos.

Hacen falta nuevos estudios para aclarar el origen de estas señales tempranas de deterioro.

Una nueva herramienta para proteger los ríos

Los resultados muestran que combinar los análisis fisicoquímicos con el estudio del microbioma ofrece una imagen mucho más completa del estado del río.

Mientras los primeros describen las características del agua, los microorganismos revelan cómo responde el ecosistema a situaciones de estrés antes de que el deterioro sea evidente.

Este enfoque podría ayudar a detectar zonas de riesgo con mayor antelación y mejorar las estrategias de conservación y gestión ambiental.

Además, será necesario ampliar el seguimiento del Guadalquivir, estudiar con mayor detalle la influencia de sus afluentes y analizar cómo evolucionan en un contexto de cambio climático, en condiciones cada vez más extremas y variables.

The Conversation

Marina Barbudo Lunar recibe fondos de una ayuda FPU 2023 del Ministerio de Ciencia, Innovación y Universidades. La investigación ha sido financiada por el Plan Andaluz de Investigación, Desarrollo e Innovación (PAIDI 2020; P20_00143).

La investigación ha sido financiada por el Plan Andaluz de Investigación, Desarrollo e Innovación (PAIDI 2020; P20_00143).

ref. La salud del río Guadalquivir: un estudio pionero evalúa la calidad del agua y la respuesta de los microbios al estrés ambiental – https://theconversation.com/la-salud-del-rio-guadalquivir-un-estudio-pionero-evalua-la-calidad-del-agua-y-la-respuesta-de-los-microbios-al-estres-ambiental-288746

¿Por qué la diabetes y la depresión forman una pareja cada vez más común?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By José Lesmes Poveda López, Profesor de Fisioterapia, Universidad San Jorge

StoryTime Studio/Shutterstock

La conexión entre diabetes y depresión no es una simple coincidencia clínica. A pesar de que tradicionalmente se han tratado independientemente –una en la consulta de endocrinología y otra en la de salud mental o de atención primaria–, ambas enfermedades mantienen una relación bidireccional.

Hoy sabemos que la diabetes tipo 2 duplica el riesgo de sufrir un episodio de depresión y, a su vez, la depresión aumenta significativamente las probabilidades de desarrollar diabetes.

Además, su presencia combinada cada vez es más alta. Pero ¿a qué se debe?

Una epidemia a doble banda

Los datos epidemiológicos son contundentes: la presencia de depresión en personas con diabetes tipo 2 se sitúa entre el 24 % y el 28 %. Esto significa que aproximadamente uno de cada cuatro adultos mayores con diabetes convive con un trastorno depresivo, una tasa que duplica la de la población general.

Nos enfrentamos a una tendencia que se está acelerando de forma alarmante en los últimos años. A lo largo de la última década, el registro de depresión en pacientes con diabetes tipo 2 se ha disparado en Estados Unidos y Reino Unido. Además, ya no es un fenómeno exclusivo de personas mayores: el incremento afecta de manera especial a jóvenes con diabetes de inicio temprano.

Y, sorprendentemente, la peor salud mental y los síntomas depresivos ya son detectables en personas que solo tienen prediabetes, mucho antes de recibir un diagnóstico formal de la enfermedad.

El dilema del huevo o la gallina

Para entender el origen de esta relación, debemos romper el mito de que la depresión es una simple “tristeza” o una reacción mental lógica ante el diagnóstico de una enfermedad crónica como es la diabetes tipo 2.

El manejo de la dolencia implica una elevada carga psicológica, ya que el paciente debe tomar decisiones médicas y de estilo de vida las 24 horas del día y los 7 días de la semana (medición de glucosa, fármacos, dieta, ejercicio…). Ese esfuerzo continuo de adaptación, unido a la preocupación por la evolución de la enfermedad y a la aparición de sentimientos como culpa o vergüenza asociados a los hábitos de vida, se relaciona con el denominado distrés por diabetes.

Este tipo de tensión emocional dañina está vinculada a su vez con la aparición de síntomas depresivos y, finalmente, una persona con depresión puede presentar sesgos cognitivos (filtros de pensamiento) que reducen significativamente su percepción de autoeficacia y de salud.

Los citados síntomas afectan directamente a la confianza que el paciente tiene en el manejo de la diabetes, y están unidos a hábitos poco saludables como el sedentarismo, el tabaquismo o las dietas hipercalóricas. Sin embargo, el abandono de esos hábitos no lo explica todo.

La hipótesis inflamatoria y el estrés biológico

Desde el punto de vista fisiológico, la unión de diabetes y depresión se explica de una manera relativamente sencilla porque ambas patologías comparten la misma maquinaria molecular averiada. El nexo definitivo se encuentra en la hipótesis inflamatoria de la depresión y en el síndrome metabólico. Este último es un conjunto de alteraciones que se dan a la vez y que alertan de la posibilidad de sufrir diabetes en el futuro, como tener triglicéridos altos, obesidad, hipertensión, glucosa elevada o HDL (el llamado “colesterol bueno”) bajo.

Por un lado, el trastorno mental actúa como un estresor interno que sobreactiva de forma crónica el eje hipotálamo-hipófisis-adrenal (HPA). Esto inunda el cuerpo de cortisol (la hormona del estrés), cuyos niveles elevados alteran el equilibrio de la glucosa, promueven la acumulación de grasa visceral y bloquean la acción de la insulina, acelerando la aparición de la diabetes.

Además, ambas condiciones se alimentan de una inflamación crónica de bajo grado. En el síndrome metabólico, el tejido adiposo disfuncional libera proteínas inflamatorias que no solo dañan las células beta del páncreas (encargadas de producir insulina), sino que cruzan la barrera hematoencefálica (protectora del cerebro), alterando la creación de nuevas neuronas y degradando los circuitos nerviosos que regulan el estado de ánimo.

A todo esto se suma la alteración de hormonas metabólicas como la leptina. Su función habitual es avisar al cerebro de que ya estamos saciados y, además, actuar como un escudo protector para nuestras neuronas. Sin embargo, en personas con obesidad y diabetes, el cuerpo se vuelve “sordo” a su señal. Al dejar de funcionar, el cerebro pierde una defensa clave.

¿El resultado? No solo se descontrola todavía más el peso y el azúcar, sino que se apaga un interruptor químico que frena la depresión, haciendo que el paciente se sienta físicamente mucho más agotado, desanimado y con dolores.

Cómo romper el círculo vicioso

La medicina moderna ya no puede permitirse tratar estas enfermedades de forma aislada. El fracaso de la persona diabética en el control glucémico muchas veces se explica por una depresión no diagnosticada que impide al paciente cuidarse y seguir el tratamiento adecuado.

También resulta fundamental alinear atención psicológica e intervención médica. Es indispensable implementar cribados de salud mental rutinarios en las consultas de atención primaria y endocrinología. Esto permitiría atender psicológicamente aquellos síntomas depresivos que interfieren en el mantenimiento de conductas de autocuidado, favoreciendo así el bienestar integral y, en consecuencia, una mejor evolución de los sintomas de la diabetes.

A la hora de elegir tratamientos farmacológicos, el equipo médico debe considerar el perfil cruzado: en primer lugar, utilizar antidepresivos que no empeoren la ganancia de peso o la resistencia a la insulina; y en segundo lugar, apoyarse en las indicaciones de las terapias psicológicas indicadas en el abordaje de enfermedades crónicas y complejas como es la diabetes.

Solo reconociendo que la diabetes y la depresión son manifestaciones interconectadas de un organismo en desequilibrio biológico y psicológico podremos ofrecer a los pacientes las herramientas necesarias para romper este círculo vicioso. Y así recuperar, de verdad, su salud y su calidad de vida.

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Juan Francisco Roy Delgado recibe fondos de investigación del Gobierno de España y de la Unión Europea.

Ana Aguilera Gonzalo, Andrés Ráfales Perucha, Beatriz Carpallo Porcar, Daniel Sanjuán Sánchez, José Lesmes Poveda López y Paula Cordova Alegre no reciben salarios, ni ejercen labores de consultoría, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del puesto académico citado.

ref. ¿Por qué la diabetes y la depresión forman una pareja cada vez más común? – https://theconversation.com/por-que-la-diabetes-y-la-depresion-forman-una-pareja-cada-vez-mas-comun-282202

Un refugio para carneros homosexuales: ¿cómo se reconocen?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Rubén Bermejo Poza, Profesor Permanente Laboral en el Departamento de Producción Animal UCM, Universidad Complutense de Madrid

Granja Rainbow Wool, un santuario para carneros que prefieren a otros machos. Rainbow Wool. , CC BY-SA

En Alemania, existe un pequeño santuario llamado Rainbow Wool, que rescata carneros. Todos ellos tienen en común estar destinados al sacrificio porque muestran una preferencia sexual por otros machos. Al no ser útiles para la reproducción, suelen descartarse.

La idea de que haya ovejas homosexuales es una noticia llamativa y fácil de compartir. Pero, más allá del debate social que despierta, surge otra pregunta más básica: ¿cómo saber si un carnero prefiere tener relaciones sexuales con otro macho antes que con una hembra?

Una conducta nunca se interpreta de forma aislada

En el reino animal, una misma conducta puede tener significados completamente diferentes según el contexto en el que aparece.

Un pez que permanece inmóvil puede estar descansando, pero también puede estar mostrando una respuesta de miedo. Cualquier animal que deja de alimentarse puede estar enfermo o adaptándose a un cambio ambiental. En la otra cara de la moneda, una elevada actividad puede reflejar curiosidad y exploración. O, por el contrario, estrés y frustración.

Por eso, los etólogos rara vez interpretamos una conducta de forma aislada. Para entender su significado biológico, analizamos cuándo aparece, con qué frecuencia se repite y cuánto tiempo dura. También estudiamos qué otros comportamientos la acompañan y si ese patrón permanece estable a lo largo del tiempo.

Con los carneros sucede exactamente lo mismo. Observar que un macho monta a otro no permite concluir que tenga una preferencia sexual por individuos del mismo sexo. Esa conducta puede formar parte de un comportamiento de dominancia. También puede relacionarse con el aprendizaje durante la juventud, con errores de reconocimiento o con interacciones sociales normales dentro del rebaño.

¿Cómo se determina la preferencia sexual de un carnero?

La clave está en distinguir entre una conducta puntual y una preferencia sexual.

En etología, se utiliza el término “comportamiento sexual entre individuos del mismo sexo” (same-sex sexual behaviour) para describir una conducta observable. Sin embargo, hablar de una preferencia requiere evidencias mucho más sólidas.

El carnero doméstico (Ovis aries) es, probablemente, el modelo animal mejor estudiado en este ámbito. Desde finales de los años 1980, distintos equipos de investigación comenzaron a analizar de forma sistemática el comportamiento sexual de miles de ejemplares. Entre ellos, destacan los experimentos dirigidos por Charles Roselli y sus colaboradores en la Universidad Estatal de Oregón.

Para determinar la preferencia sexual, los investigadores realizaban pruebas repetidas durante dos o tres años. Primero confirmaban que los carneros mostraban un comportamiento sexual activo. Después, se les permitía elegir libremente entre varios machos y varias ovejas en celo.

Solo los ejemplares que mantenían de forma consistente su preferencia por otros machos se clasificaban como orientados hacia machos. Esa clasificación se basaba en pruebas repetidas, no en una única observación.

Gracias a estos estudios, sabemos que alrededor del 8 % de los carneros muestran una preferencia persistente por otros machos. No se trata de una observación aislada. Es un patrón estable, documentado durante décadas.

Correlato en el cerebro

Aquellas investigaciones fueron más allá. Tras caracterizar el comportamiento de estos animales, los investigadores identificaron diferencias en una región del hipotálamo del cerebro, denominada núcleo sexualmente dimórfico ovino –ovine sexually dimorphic nucleus (oSDN)–. Su volumen era, de media, mayor en los carneros orientados hacia hembras que en aquellos orientados hacia machos.

Este hallazgo consolidó al carnero como uno de los modelos animales más importantes para estudiar las bases neurobiológicas de la preferencia sexual. También demostró que este fenómeno podía investigarse con el mismo rigor experimental que cualquier otra característica biológica o comportamental.

¿Qué significa esto desde el punto de vista de la etología?

Quizá aquí reside la mayor diferencia entre la mirada científica y la interpretación que suele hacer el público general. Desde la etología, no nos cuestionamos si un comportamiento es “normal” o “anormal”. Nos preguntamos por qué existe, cómo aparece, cómo se desarrolla y qué función puede desempeñar en la biología de la especie. Nuestra misión no consiste en poner etiquetas a los animales, sino en comprender el significado adaptativo de sus comportamientos.

Esa perspectiva evita interpretaciones simplistas y recuerda que las conductas animales siempre deben entenderse dentro de su contexto ecológico, social y evolutivo.

¿Es un comportamiento excepcional?

El comportamiento sexual entre individuos del mismo sexo está ampliamente documentado en el reino animal. Se ha descrito en centenares de especies de mamíferos, aves, reptiles, peces e, incluso, invertebrados.

Eso no significa que todas las especies presenten individuos con una preferencia exclusiva por animales de su mismo sexo. Significa que este tipo de comportamientos forma parte de la diversidad conductual observada en la naturaleza. Además, puede responder a funciones muy distintas, según la especie.

En los bonobos, por ejemplo, las interacciones sexuales ayudan a reducir tensiones y reforzar vínculos sociales. En los delfines mulares, fortalecen las alianzas entre machos. En otras especies, pueden relacionarse con el aprendizaje, la comunicación social o el establecimiento de jerarquías.

Un amplio estudio publicado en Nature Communications, en 2023, mostró que el comportamiento sexual entre individuos del mismo sexo ha evolucionado múltiples veces de forma independiente en los mamíferos. Los autores proponen que, aunque no contribuye directamente a la reproducción, ayudaría a establecer y mantener relaciones sociales. También podría reducir los conflictos dentro del grupo.

Por tanto, hoy la pregunta ya no es si estos comportamientos existen, sino qué función cumplen en cada especie.

Cuando cambian las preguntas, cambia la ciencia

Durante buena parte del siglo XX, las preferencias sexuales de machos hacia machos apenas aparecían en la literatura científica. No porque fueran inhabituales. Simplemente, casi nadie registraba estas conductas de forma sistemática.

Un estudio publicado en PLOS ONE en 2024 encuestó a investigadores especializados en comportamiento de mamíferos. El 76,7 % afirmó haber observado conductas sexuales entre individuos del mismo sexo en las especies que estudiaba. Sin embargo, solo el 48,2 % las había registrado de forma sistemática. Aún menos investigadores llegaron a publicarlas: solo el 18,5 %.

Mucho más que una historia sobre ovejas

Rainbow Wool ha conseguido que miles de personas descubran una realidad poco conocida del comportamiento animal. Sin embargo, quizá el mayor valor de esta historia sea otro. Nos recuerda que la naturaleza rara vez encaja en categorías simples. También nos enseña que una conducta, por sí sola, casi nunca basta para comprender lo que está ocurriendo.

En comportamiento animal, aprendemos pronto que observar no es lo mismo que interpretar. Comprender una conducta exige contexto, repetición, evidencia y una mirada libre de prejuicios. Quizá esa sea también una buena definición de cómo funciona la ciencia.

El conocimiento no avanza únicamente gracias a nuevas tecnologías o mejores laboratorios. A veces, progresa porque aprendemos a mirar con más atención aquello que siempre había estado delante de nosotros.

La naturaleza no dicta cómo debemos organizar nuestra sociedad. Pero sí nos recuerda una lección de humildad. La diversidad sexual no es una excepción que necesite explicarse: es una parte inherente del mundo vivo.

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Rubén Bermejo Poza no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

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De la Odisea a nuestros días: la huella de Homero en el español actual

Source: The Conversation – (in Spanish) – By M. Dolores Jiménez López, Doctora en Lingüística, Titular de Universidad, Universitat Rovira i Virgili

Estatua de Homero en Grecia Thirasia/Shutterstock

Una compañera comenta que llegar al trabajo “ha sido una odisea”. Al abrir el ordenador, el antivirus alerta de la presencia de un “troyano”. En una reunión alguien advierte de que cierta propuesta no son más que “cantos de sirena”, y unos minutos después otro vaticina que, cuando se conozcan los resultados, “va a arder Troya”. Ninguno de ellos está hablando de literatura griega. O quizá sí. Sin haber abierto la Ilíada ni la Odisea, todos acaban de invocar a Homero.

La influencia de Homero en nuestro lenguaje lleva casi tres mil años entrelazándose con la tradición griega, latina y europea. Muchas palabras y expresiones que usamos cada día tienen su origen directo o indirecto en la Ilíada, la Odisea o en la tradición literaria que generaron.




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Del nombre propio al uso común

Algunos de los personajes de la Ilíada y la Odisea han experimentado un proceso lingüístico singular: dejaron de ser nombres propios para convertirse en palabras de uso común. El caso más evidente es “odisea”. El título del poema que narra el accidentado regreso de Odiseo –Ulises, en la tradición latina– a Ítaca acabó designando cualquier viaje largo, difícil y lleno de contratiempos. La aventura del héroe homérico se convirtió así en una metáfora universal de las dificultades del camino.

Algo parecido ocurrió con “mentor”. En la Odisea, Mentor es el fiel amigo de Odiseo a quien este confía la educación y protección de su hijo Telémaco antes de partir hacia la guerra de Troya. No es extraño, por tanto, que hoy llamemos mentor a la persona experimentada que orienta, aconseja y acompaña a otra en su desarrollo personal o profesional.

Menos conocida es la historia de “estentóreo”. El adjetivo procede de Esténtor, un guerrero griego que participa en la guerra de Troya y del que Homero dice en la Ilíada que poseía una voz tan poderosa como la de cincuenta hombres juntos. De ahí que todavía hoy llamemos estentórea a una voz extraordinariamente fuerte y resonante.

Troya como símbolo de conflicto

Si las palabras muestran cómo algunos personajes homéricos terminaron incorporándose al léxico del español, las locuciones y expresiones revelan un fenómeno aún más llamativo: las imágenes creadas por Homero continúan siendo el recurso al que acudimos para explicar situaciones cotidianas. El engaño, el conflicto, el peligro, la vulnerabilidad o la reconciliación siguen expresándose mediante imágenes nacidas hace casi tres mil años.

Una de las más conocidas es la del “caballo de Troya”, convertido en símbolo universal del engaño. Igual que los guerreros griegos lograron introducirse en la ciudad ocultos en el enorme caballo de madera ideado por Odiseo, hoy llamamos caballo de Troya a cualquier persona, objeto o estrategia que se presenta bajo una apariencia inofensiva para infiltrarse y actuar desde el interior.

Derivado del caballo de Troya son también los troyanos informáticos, programas maliciosos que aparentan ser inofensivos para infiltrarse en un sistema y actuar desde su interior.

Cuando una situación termina en un gran escándalo o una discusión se descontrola, todavía decimos que “ardió Troya” o que “se armó la de Troya”, evocando la destrucción de la ciudad tras diez años de enfrentamientos.

Peligros y seducción engañosa

Las aventuras de Odiseo proporcionaron, por su parte, algunas de las imágenes más eficaces para hablar del peligro y de la seducción engañosa. “Estar entre Escila y Caribdis” significa hallarse atrapado entre dos riesgos igualmente graves, sin posibilidad de evitar uno sin exponerse al otro. Así le ocurrió a Odiseo cuando tuvo que atravesar el estrecho donde acechaban estos dos monstruos marinos.

Del mismo modo, los “cantos de sirena” representan todavía promesas tan seductoras como engañosas: discursos, ofertas o propuestas que atraen irresistiblemente, pero que pueden conducir al fracaso si uno se deja llevar por ellas.

El talón y la lanza de Aquiles

Otro conjunto de expresiones tiene como protagonista a Aquiles, el mayor héroe de la Ilíada. La más universal es el “talón de Aquiles”, ese punto débil o vulnerable de una persona, una institución o un proyecto. Aunque el episodio del talón pertenece al desarrollo posterior del mito y no aparece en los poemas homéricos, el personaje de Aquiles dio origen a una de las imágenes más extendidas del español.

Menos conocida es “la lanza de Aquiles”, que alude a aquello que hiere, pero también posee la capacidad de curar el daño causado, una idea que ha servido para describir remedios nacidos del propio mal. A ella se suma “la cólera de Aquiles”, expresión que remite al episodio con el que se abre la Ilíada y que todavía utilizamos para referirnos a una ira desmesurada y difícil de contener.

Pastores que dicen verdades

La tradición homérica también ha dejado expresiones relacionadas con la palabra y las relaciones humanas. “Las verdades del pastor” se aplica a las palabras dichas de forma sencilla, clara y sincera, aunque puedan resultar incómodas para quien las escucha.

La expresión evoca la sabiduría tradicionalmente atribuida a los pastores, de la que existen numerosos testimonios en la literatura. El propio Ulises, sin ir más lejos, se vale de un pastor para recuperar el poder a su llegada a Ítaca, según cuenta Homero en la Odisea.

Pelillos (o lana) a la mar

También “pelillos a la mar” invita a olvidar agravios y dejar atrás los conflictos. Su origen se relaciona con un episodio narrado por Homero en el tercer libro de la Ilíada, cuando griegos y troyanos, dejando a un lado las disputas que habían dado origen a la guerra, celebraron una ceremonia de confraternización. Antes de sacrificar unos corderos ofrecidos conjuntamente a los dioses, cortaron unos mechones de lana que, como símbolo de paz y olvido de las rencillas, arrojaron al mar.

Con el tiempo, aquel rito de reconciliación siguió celebrándose entre los griegos, sustituyendo en ocasiones la lana por algunos pelos de la barba. La expresión conserva hoy ese mismo sentido de perdón y nuevo comienzo.

Más allá de Homero: las huellas de la mitología

La influencia de Homero constituye solo una parte del inmenso legado lingüístico que el mundo griego ha dejado en el español. Nuestra lengua conserva decenas de expresiones nacidas de la mitología, la historia y la literatura clásicas que permanecen plenamente vigentes en el habla cotidiana.

Así, cuando una decisión “afecta a tirios y troyanos”, queremos decir que alcanza por igual a personas o grupos con intereses contrapuestos; y cuando “se arma la de tirios y troyanos” evocamos un enfrentamiento entre dos bandos irreconciliables.

El origen de ambas expresiones se remonta a las luchas que, en el siglo XI a. C., mantuvieron los habitantes de Tiro, la principal ciudad de Fenicia, y los de Troya por el control comercial del Mediterráneo oriental, especialmente del estrecho de los Dardanelos. Mientras los tirios dominaban los mercados occidentales, los troyanos controlaban el comercio con Oriente.

De aquella rivalidad nació la expresión que el español conserva para referirse tanto a dos bandos enfrentados como a aquello que afecta indistintamente a ambos.

Panaceas, ecos y otras cuestiones ‘draconianas’

Además de la famosa “espada de Damocles”, del “hilo de Ariadna”, del “trabajo de Sísifo”, de las “aves Fénix” o de las “cajas de Pandora”, el español conserva muchas otras palabras nacidas de la mitología griega.

Así ocurre con “panacea”, que designa el remedio capaz de resolver todos los males y toma su nombre de Panacea, hija de Asclepio, dios de la medicina, cuyo propio nombre significa “la que todo lo cura”.

O con “draconiano”, adjetivo que aplicamos a leyes o medidas de extrema dureza y que recuerda a Dracón, el legislador ateniense del siglo VII a. C., autor de un código tan severo que, según la tradición, se decía que estaba escrito con sangre.




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Incluso expresiones tan cotidianas como “tener vista de lince”, “quedarse de piedra” o “hacerse eco” hunden sus raíces en la mitología griega. La primera alude a Linceo, héroe dotado de una vista extraordinaria; la segunda evoca a Medusa, capaz de petrificar con la mirada a quien la contemplaba; y la tercera toma su nombre de la ninfa Eco que, por un castigo de Hera, no podía hablar, sino solo repetir el final de las palabras que otros pronunciaban.

La lengua es, en el fondo, una forma de memoria colectiva. En el caso del español, pocas tradiciones han dejado una impronta tan profunda como la griega.

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M. Dolores Jiménez López no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. De la Odisea a nuestros días: la huella de Homero en el español actual – https://theconversation.com/de-la-odisea-a-nuestros-dias-la-huella-de-homero-en-el-espanol-actual-282066