Comment les jeux vidéo sont devenus un outil de soft power pour l’Ukraine

Source: The Conversation – France in French (3) – By Léo-Paul Barthélémy, Doctorant en sciences de l’information et de la communication, Université de Lorraine

Capture d’écran du jeu S.T.A.L.K.E.R. 2. Dans un immeuble abandonné, le joueur découvre cette fresque représentant le grand poète ukrainien Taras Chevtchenko, surmontée du titre d’un de ses textes les plus célèbres : « Aux morts, aux vivants et à ceux qui ne sont pas encore nés ».
Daitoou/Reddit

L’industrie vidéoludique ne cesse de croître partout dans le monde. Les productions en tout genre abondent et l’Ukraine n’échappe pas à la règle, y compris en temps de guerre. Entre adaptation des développeurs déplacés, mobilisation des joueurs pour lever des fonds et créations artistiques, les jeux vidéo témoignent de la guerre en cours, tout en participant à la diffusion de l’identité ukrainienne au plus grand nombre.


D’Admiral Sea Battles — premier jeu vidéo ukrainien, développé par le studio Meridian’93 à Louhansk — et Chasm : The Riftconcurrent renommé du jeu Quake — dans les années 1990 aux franchises plus récentes Metro et STALKER, l’Ukraine a vu l’apparition de divers jeux vidéo qui ont marqué leurs époques respectives. Depuis quelques années, de nombreuses productions sont influencées par la guerre et agissent de plus en plus comme des vitrines culturelles pour un pays désireux de faire connaître à la fois son passé et son présent.

De petits jeux indépendants ont vu le jour pour sensibiliser le public aux conséquences de la guerre — un objectif d’autant plus important pour leurs créateurs que certains d’entre eux ont directement subi l’impact des attaques russes. Ces créations s’inscrivent plus largement dans une forme de résistance dans le cyberespace, allant de la simple démonstration de résilience jusqu’à des jeux pouvant causer des cyberattaques visant la Russie, comme Play for Ukraine.

En 2022, les jeux développés dans l’urgence, souvent avec des moyens limités, s’appuyaient davantage sur les narratifs héroïques et les mobilisations citoyennes. Ukrainian fArmy, par exemple, propose aux joueurs de contrôler un tracteur qui doit remorquer des véhicules russes, en référence aux actions spontanées de certains agriculteurs ukrainiens.

(Re) construire l’Ukraine virtuellement

L’un des jeux les plus en vogue dans le monde est sans aucun doute Minecraft, qui compte autour de 200 millions de joueurs mensuels en 2026. De nombreux projets ont vu le jour dans ce jeu sandbox en faisant appel à la créativité des joueurs pour restaurer des lieux ukrainiens emblématiques, souvent détruits ou capturés, dans une logique culturelle et patrimoniale, à l’exemple de MINESALT.

Comparatif des lieux dans le jeu et en réalité.
UNITED24

Propulsé par la plate-forme gouvernementale ukrainienne de dons UNITED24 et les créateurs français de l’équipe Endorah, le projet a pour but d’enseigner aux joueurs l’histoire de l’une des plus grandes mines de sel au monde. Celle-ci est située dans l’oblast de Donetsk, à Soledar, une ville sous occupation russe depuis 2023 après avoir longtemps été une forteresse où se sont déroulés des combats intenses.

Les joueurs peuvent parcourir plus de 500 kilomètres de galeries tout en ramassant des cristaux de sel dissimulés. Tout au long du parcours, un travail de storytelling poussé a été pensé en insérant les avatars virtuels des ambassadeurs d’UNITED24. Soledar étant toujours occupée en 2026, cette patrimonialisation virtuelle constitue une alternative utile pour faire visiter les lieux à distance et en temps de guerre.

D’autres joueurs — ainsi que le conseil municipal de la ville, occupée par les Russes depuis mai 2022 après une terrible campagne de bombardements — ont planché sur la reconstruction de Marioupol, en s’appuyant sur des données en sources ouvertes telles que des images satellites, des cartes et des vues panoramiques. Ils se sont attelés à « rebâtir », entre autres, le théâtre dont le bombardement le 16 mars 2022 a causé la mort de centaines de civils, ainsi que la fresque murale Milana, créée en 2015 en hommage à une petite fille grièvement blessée, et démolie en 2022 par les Russes.

Pour les participants, il n’est pas seulement question de reconstruire dans le numérique, mais aussi et surtout de préserver l’identité d’une ville.

Conseil municipal de Marioupol, post Telegram, 7 janvier 2026.
Telegram

Un autre internaute a quant à lui passé près de quatre mois à reconstruire 8 rues principales et 93 bâtiments de Kharkiv, à l’échelle réelle (1 :1), par temps hivernal. Il explique avoir eu recours aux photographies sous de multiples angles ainsi qu’à Google Earth pour mener à bien son projet, démontrant l’apport de ces outils dans un format vidéoludique.

Un engagement communautaire

Dans un autre registre, tout aussi populaire, Counter-Strike fait partie des jeux les plus influents dans le monde depuis le début des années 2000. Ce jeu de tir, compétitif et omniprésent sur la scène e-sport, met en concurrence des équipes de terroristes et d’antiterroristes qui s’affrontent sur plusieurs cartes (ou maps, dans le jargon des joueurs).

L’une des plus grandes équipes de ce jeu, Natus Vincere (NAVI), s’est fait remarquer en remportant de nombreux tournois majeurs, notamment sur la version Counter-Strike : Global Offensive (CS :GO). En février 2022, l’équipe était composée de joueurs ukrainiens et russes, ce qui a provoqué des problèmes en interne pour la structure.

Par la suite, les joueurs russes ont progressivement quitté le roster jusqu’en 2023, laissant place à une internationalisation de l’équipe avec l’arrivée de nouvelles nationalités. Le joueur star ukrainien, Oleksandr « s1mple » Kostyliev, s’est positionné publiquement pour dénoncer l’invasion russe, tout en réalisant des dons, par exemple pour financer une ambulance. NAVI a en outre organisé des initiatives caritatives, comme, en 2022, le projet BORN TO BE BRAVE mis au point avec d’autres équipes, et a aussi réalisé un documentaire intitulé « Leaving Home », qui évoque la trajectoire de fans déplacés à cause de la guerre.

En 2023, le plus grand quotidien finlandais, Helsingin Sanomat, a créé la map « de_voyna » (« Voyna » signifiant « guerre » en russe) avec pour objectif de créer une newsroom virtuelle accessible aux joueurs russes. Cet environnement jouable est complété par un bunker au sein duquel sont affichées de multiples photographies de massacres ou de destructions en Ukraine. Trois ans après sa parution en mai 2023, la carte compte plus de 20 000 abonnés et plus de 58 000 visites.

Exemples d’images et de messages diffusés dans la salle secrète de la carte. Ici, « les Russes ont laissé derrière eux des fosses communes à Boutcha et à Irpin ».
Helsingin Sanomat

Dans la dernière version du jeu, une ancienne carte emblématique, « de_cache », a été mise à jour pour réintégrer la scène compétitive. Située en Ukraine, elle représente une cache d’armes à proximité immédiate de la centrale de Tchernobyl. La nouvelle version fait apparaître le monument aux liquidateurs, le réacteur n°4 de la centrale ou encore une horloge arrêtée à 1h26, trois minutes après l’explosion, horaire qui correspondrait au déclenchement de l’alarme incendie. On y aperçoit aussi les autobus utilisés alors pour évacuer les civils, des poupées abandonnées ou encore la fameuse grande roue de Pripyat, indiquant le souhait des développeurs d’ancrer davantage le décor ukrainien.

Mémorial aux liquidateurs de Tchernobyl avec en fond le réacteur n°4 de la centrale.
Counter-Strike Wiki — Fandom

Par ailleurs, certaines de ces cartes virtuelles ont parfois des effets financiers directs dans le monde réel, comme The Donation Map qui reprend la place de l’Indépendance (Maïdan) dans Fortnite. Celle-ci, pensée conjointement par l’agence de communication Havas Play et UNITED24, a permis de convertir le temps de jeu des joueurs en dons pour financer un dispensaire, dans l’oblast de Mykolaïv.

Entre histoire, littérature et culture

Ces dernières années, un réel engouement s’est formé autour des jeux consacrés à l’histoire de l’Ukraine. Toujours en développement, Bygoner et Sich promettent des aventures et des explorations aux XVIe et XVIIe siècles, avec la possibilité pour les joueurs d’incarner des Cosaques.

Quant au city-builder Ostriv, initié en 2014 à la suite du début de la guerre en Ukraine par un jeune natif de Kharkiv, il est question de gouverner une bourgade ukrainienne du XVIIIe siècle. Le créateur s’est inspiré de ses voyages dans les Carpates et de visites dans de nombreux lieux, y compris des musées ukrainiens, pour élaborer les bâtiments et textures du jeu. La bande-son du jeu est composée par trois musiciens, eux aussi de Kharkiv.

Capture d’écran partagée sur la page Steam d’Ostriv.
Ostriv/Steam

Studio réputé, GSC Game World, qui a vu le jour en 1995, est à l’origine des licences Cossacks et S.T.A.L.K.E.R. Les employés ont dû travailler dans des conditions complexes du fait de la guerre, une partie de leurs équipes ayant été déplacée et des membres ayant été mobilisés. L’un d’entre eux, Volodymyr Yezhov, est décédé dans la bataille de Bakhmout en décembre 2022. En dépit de ces circonstances, le studio est parvenu à sortir en 2024 S.T.A.L.K.E.R. 2 : Heart of Chornobyl, et y a glissé de nombreuses références à la culture ukrainienne mais aussi à la guerre en cours : on y retrouve des mosaïques et des tridents, le poème Kateryna de Taras Chevtchenko ou encore un endroit avec l’inscription « Укриття », soit « abri », en référence aux lieux sûrs où se réfugier lors des raids aériens. Le jeu est d’ailleurs apprécié par les soldats ukrainiens.

Arrêt de bus dans S.T.A.L.K.E.R. 2.
Andy Kelly/X

Le studio 4A Games reconnaît une influence significative de la guerre sur les thèmes du jeu Metro 2039, certains de ses développeurs ayant dû coder en se branchant sur des générateurs de secours. L’histoire est fortement inspirée du roman dystopique éponyme Metro 2033, de l’écrivain moscovite Dmitri Gloukhovski, lui-même en exil.

Un autre studio ukrainien, Frogwares, a sorti Sherlock Holmes : The Awakened et en a aussi profité pour communiquer sur les conditions de travail des développeurs, tout en insérant des références à la guerre dans le jeu. On y retrouve, entre autres, un bateau coulé du nom de Moskva, le même que portait le croiseur russe détruit en mer Noire en 2022.

Quant à l’agence de communication et d’édition ukrainienne Palaye, elle soutient la visibilité internationale de l’industrie vidéoludique du pays, notamment en organisant des événements réels ou virtuels tels que l’Ukrainian Games Festival. Elle réalise aussi des opérations caritatives, notamment avec la fondation Leleka, qui soutient les soignants au front.

Ces productions vidéoludiques prennent source, parfois, dans la littérature. The Hollow, situé dans une réalité alternative des années 1960, s’inspire fortement du roman Les Chasseurs de tigres de l’écrivain Ivan Bagrianyi, figure ukrainienne majeure du XXe siècle. Entre fiction assumée et emprunts historiques, le jeu promeut la résilience face à un système totalitaire, faisant écho au parcours de vie tumultueux de l’écrivain entre exil forcé, prison et camps soviétiques.

Une immersion dans la souffrance civile

Alors qu’une crise de santé mentale avérée par l’OMS sévit en Ukraine et que les traumatismes psychologiques inhérents à la guerre se décuplent, certains développeurs ont plutôt fait le choix de concentrer leurs créations sur le quotidien des civils.

Les créateurs d’Ukraine War Stories, jeu non commercial, ont été directement touchés par les événements puisque l’un d’entre eux s’est retrouvé pris au piège à Boutcha, lors de l’occupation russe. Les récits sont inspirés par de véritables témoignages oculaires. Les sources empruntées pour les trois histoires proposées (Hostomel, Boutcha et Marioupol) sont explicitement mentionnées. Cette volonté se retrouve également dans Twenty-second : Stories of Underground Kharkiv. Se voulant antimilitariste, ce jeu, à mi-chemin entre le roman visuel et un récit interactif, plonge le joueur dans le métro de Kharkiv, où il incarne un professeur d’histoire réfugié là avec ses compatriotes durant six jours.

Dans le même esprit, Hollow Home, jeu de rôle en perspective isométrique déjà primé plusieurs fois, invite le joueur à se placer dans la peau de Max, 14 ans, qui s’aventure dans une ville attaquée.

Parfois, ces contenus prennent une dimension transmédiatique, au service direct d’enjeux sécuritaires prééminents. Ainsi, le personnage iconique de S.T.A.L.K.E.R. 2 : Heart of Chornobyl, Skif, a été réutilisé dans une campagne de communication menée conjointement par le studio et le ministère des situations d’urgence d’Ukraine.

Ce spot a pour but d’informer les jeunes sur les dangers des mines, alors que l’Ukraine est aujourd’hui considérée comme le pays le plus miné au monde, près de 22 % du territoire étant contaminé selon les Nations unies.

Une industrie au service du soft power

Ces productions relaient des récits, des références, des faits ou des témoignages au travers de créations variées toutes plus différentes les unes des autres. Des pays comme la Chine ou les États-Unis ont depuis longtemps saisi l’importance des jeux vidéo et les incorporent dans leurs stratégies numériques de soft power pour atteindre des audiences internationales.

Aussi, ces jeux, qui incluent de nombreux narratifs visuels, revêtent des rôles variés en temps de guerre : échappatoire émotionnelle, aide à la reconstruction patrimoniale ou encore documentation historique. À l’instar du reste de la société civile, les acteurs de cette industrie s’investissent pour leur pays en optant pour des dispositifs caritatifs ou informationnels, destinés à financer des projets humanitaires, médicaux et militaires. Jouer avec les émotions et inciter à la créativité sont deux moyens de capter des audiences peu ou prou sensibles aux enjeux patrimoniaux et culturels, alors même que la culture ukrainienne a fait l’objet de répressions et d’effacements au fil des siècles.

En parcourant les commentaires relatifs à certains jeux susmentionnés, il est fréquent d’y lire des avis polarisés : certains se félicitent du recours aux jeux vidéo pour évoquer la guerre différemment, alors que d’autres y voient une certaine forme de propagande malvenue. L’appropriation se fera, comme pour toute œuvre culturelle, en fonction des sensibilités de chacun. Ceci étant, il est difficile d’ignorer leur rôle dans la diffusion de l’identité ukrainienne. De fait, ce travail vidéoludique et mémoriel se joue tant en Ukraine qu’à l’étranger.

The Conversation

Léo-Paul Barthélémy ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Comment les jeux vidéo sont devenus un outil de soft power pour l’Ukraine – https://theconversation.com/comment-les-jeux-video-sont-devenus-un-outil-de-soft-power-pour-lukraine-285858

Comment vit-on en Russie et en Ukraine, quatre ans après le début de la guerre ?

Source: The Conversation – in French – By Grégory Rayko, Chef de rubrique International, The Conversation

La guerre a profondément transformé les sociétés ukrainienne et russe. Quatre ans après le début du conflit, comment vit-on en Russie et en Ukraine ?

Dans La Grande Conversation, une spécialiste de ces deux sociétés en mutation partage avec nous son expertise : Anna Colin Lebedev, maîtresse de conférences à l’Université Paris-Nanterre.


Retrouvez ici toutes les émissions de La Grande Conversation.

Comment vit-on, côté ukrainien, lorsqu’une partie importante du territoire est occupée ou annexée, que des millions de personnes ont dû fuir leur foyer pour se réfugier à l’étranger, que la mobilisation militaire implique des rotations constantes sur le front et que les bombardements rythment le quotidien, exposant durablement la population aux violences de guerre ?

Et côté russe, comment les populations s’adaptent-elles à un durcissement progressif du régime politique, à la montée d’un nationalisme omniprésent et à des coûts humains, économiques et symboliques croissants, dans un contexte où la guerre est présentée par les autorités comme existentielle ?

À travers cette émission, coproduite par The Conversation France et CanalChat Grand Dialogue, Anna Colin Lebedev analyse les transformations profondes à l’œuvre dans les deux pays, les formes d’adaptation des populations, ainsi que les effets sociaux, politiques et psychologiques d’un conflit appelé à durer.

The Conversation

ref. Comment vit-on en Russie et en Ukraine, quatre ans après le début de la guerre ? – https://theconversation.com/comment-vit-on-en-russie-et-en-ukraine-quatre-ans-apres-le-debut-de-la-guerre-286458

La Fayette a aidé les Américains à renverser le cours de la guerre d’indépendance – et à forger un sentiment d’identité nationale

Source: The Conversation – in French – By Matthew Smith, Visiting Assistant Professor of History, Miami University

Représentation par Jean Marie Joseph Bove du retour de La Fayette aux États-Unis : « Un grand homme appartient à l’Univers tout entier. » Blancheteau Collection/Cornell University Library/Wikimedia Commons

Accueilli en héros de retour au pays, Gilbert du Motier, marquis de La Fayette, effectua une grande tournée aux États-Unis en 1824-1825, juste avant le 50ᵉ anniversaire du pays.


Les États-Unis s’apprêtent à célébrer le 250ᵉ anniversaire de leur naissance révolutionnaire, la Déclaration d’indépendance. Le 4 juillet 2026 marquera une étape importante – et un moment de réflexion.

Pourtant, alors que la fascination pour la fondation des États-Unis perdure, la manière dont la révolution américaine (1775-1783) est enseignée à travers le pays fait l’objet de controverses. Des initiatives contestées du New York Times, comme le Projet 1619, visant à placer l’esclavage au cœur de l’histoire des États-Unis, jusqu’aux tentatives visant à restreindre les enseignements abordant les questions de racisme, la transmission de l’histoire américaine se retrouve au cœur de clivages partisans. Les anniversaires peuvent susciter l’enthousiasme du public, mais ils peuvent aussi rouvrir de vieilles blessures.

En tant qu’historien des États-Unis et citoyen états-unien naturalisé, je porte un intérêt à la fois personnel et professionnel à la Révolution américaine. Le fait que j’aie grandi au Royaume-Uni amuse énormément mes élèves chaque fois que nous parlons de la guerre d’indépendance. Parfois, avec mon anglais teinté d’accent britannique, je leur rappelle que je n’ai pas personnellement grandi sous le règne du roi George III. Enseigner l’histoire, c’est encourager les élèves à porter un regard critique sur le passé sans leur dicter les émotions qu’ils doivent ressentir – qu’elles soient patriotiques ou autres.

Malheureusement, le genre de savoir historique objectif qui allait autrefois de soi semble aujourd’hui perdre du terrain aux États-Unis. Selon le National Assessment of Educational Progress, seuls 13 % des élèves de quatrième en 2023 ont été jugés « compétents » en histoire américaine. Une enquête de 2010 a révélé que 26 % des adultes étaient incapables d’identifier par rapport à quel pays les États-Unis avaient déclaré leur indépendance, la Chine, le Mexique et la France figurant parmi les réponses données.

Entendre que les États-Unis se seraient « séparés » de la France aurait vraiment fait sursauter Gilbert du Motier, plus connu sous le nom de marquis de La Fayette (1757-1834). Son engagement envers ce pays naissant a non seulement contribué à garantir son indépendance, mais il a également contribué à consolider l’identité américaine plusieurs décennies plus tard.

Une alliance décisive

Aristocrate issu d’un milieu privilégié ayant pris part aux révolutions américaine et française, La Fayette est parti au combat à l’âge de 19 ans. Après avoir levé et équipé sa propre expédition pour traverser l’Atlantique en 1777, il a participé à de nombreuses batailles contre les Britanniques, notamment à la bataille décisive de Yorktown. Ayant gagné la confiance de George Washington, La Fayette atteignit le grade de général de division dans l’armée continentale.

A painting of two men in jackets, breeches and stockings greeting each other on a porch as women look on
La Fayette à Mount Vernon, accueilli par George Washington en sa demeure, peint par Herman Bencke vers 1875.
Bencke & Scott/Library of Congress

L’engagement de La Fayette dans l’armée américaine est antérieur à l’alliance de 1778 entre son pays natal et les États-Unis. Finalement, l’alliance avec la France a renversé le cours de la guerre contre la Grande-Bretagne, tant sur terre qu’en mer. À la fin de la guerre, les Français avaient envoyé quelque 12 000 soldats, 22 000 marins et des dizaines de navires de combat pour soutenir la cause américaine, et investi d’énormes ressources financières. À l’époque où La Fayette proposa ses services, il n’était toutefois qu’un des rares volontaires étrangers – et le plus acclamé.

« De nos jours », comme l’a [reconnu] l’historienne Sarah Vowell, les Américains considèrent La Fayette comme « un lieu, et non une personne ». Mais la multitude de villes, de comtés et de voies publiques portant le nom de ce héros de la révolution témoigne de sa renommée d’antan. Pendant la Première Guerre mondiale, les troupes américaines ont mis le cap sur la France sous le slogan « La Fayette, nous voilà ! », promettant de rembourser la dette de gratitude de l’Amérique envers la France.

Un pays en pleine croissance

Les Américains d’un certain âge se souviennent peut-être du bicentenaire des États-Unis en 1976, célébré en grande pompe et marqué notamment par une visite d’État de la reine Élisabeth II. Le 50ᵉ anniversaire de l’indépendance, cependant, a joué un rôle bien plus important dans la façon dont les citoyens se représentaient leur pays.

La Fayette a eu une place centrale dans les préparatifs de cette commémoration de 1826, la première du genre à l’échelle nationale. Le président James Monroe, lui-même ancien combattant de la guerre d’indépendance, le convia à être « l’invité de l’Amérique », honoré en tant que dernier général de division encore en vie de l’Armée continentale. À partir de juillet 1824, à l’âge de 66 ans, La Fayette entreprit une tournée triomphale à travers les 24 États qui composaient alors l’Union – soit près du double des 13 États d’origine.

A line of men in uniform stand in formation on a street as onlookers stand nearby
La Fayette saluant les membres de la Garde nationale à son arrivée à New York en 1825, tableau peint par Ken Riley.
The National Guard/Flickr via Wikimedia

Alors que La Fayette se dirigeait vers l’ouest, transporté tour à tour en calèche, en bateau à vapeur et en péniche, il traversa une Amérique en pleine mutation. Nulle part la croissance économique et démographique des États-Unis n’était plus évidente qu’à Cincinnati (Ohio), où une foule de 50 000 personnes l’accueillit en mai 1825. Autrefois petite ville de frontière, Cincinnati connaissait une croissance plus rapide que n’importe quelle autre ville de taille comparable du pays : sa population est passée d’environ 15 000 à environ 115 000 habitants au cours du quart de siècle qui a suivi la visite de La Fayette.

Il s’est adressé à son auditoire avec émotion :

« La plus grande récompense que l’on puisse accorder à un vétéran de la révolution est de lui faire découvrir les bienfaits qui ont découlé de notre lutte pour l’indépendance, la liberté et l’égalité des droits. »

La Fayette a donné un visage humain à la commémoration nationale américaine. Il a permis aux citoyens des États de la frontière, comme l’Ohio – jusqu’alors exclus du récit révolutionnaire –, de se mettre eux-mêmes à l’honneur. La forte affluence lors des étapes dans l’Ouest, comme à Cincinnati, reflétait l’enthousiasme pour ces grands spectacles. Elle témoignait également de l’essor de la presse écrite américaine, qui avait fait la promotion de sa visite, ainsi que de l’amélioration des moyens de transport dans des régions du pays autrefois isolées.

La tournée de La Fayette s’est achevée par un banquet d’État organisé le 18 septembre 1825 à Washington, D. C., donné par le nouveau président, John Quincy Adams. Adams – fils du deuxième président des États-Unis, John Adams – a rendu hommage à « ce lien d’amour, plus fort que la mort », qui unit La Fayette « pour l’éternité au nom de Washington ».

Des lunettes roses

L’enthousiasme avec lequel La Fayette a été accueilli il y a 200 ans était sincère. Mais comme dans toute bonne leçon d’histoire, l’héritage de La Fayette est sujet à interprétation.

A seated, brown-haired man in a suit jacket and khaki-colored pants sits in a glen with his cane beside him
Portrait de La Fayette dans ses vieux jours, par Louise-Adéone Drölling vers 1830.
Musée de l’Armée via Wikimedia

Son grand voyage a contribué à ancrer le mythe de « l’Ère des bons sentiments » : un âge d’or marqué par l’harmonie politique aux États-Unis. En réalité, les germes de la guerre civile américaine étaient déjà manifestes. L’adhésion du Missouri à l’Union en 1820 menaçait le fragile équilibre du pays entre les États opposés à l’esclavage et ceux qui l’autorisaient – une crise que Thomas Jefferson avait qualifiée de « sirène d’alarme dans la nuit ».

De même, la glorification de La Fayette dans l’ouest des États-Unis a coïncidé avec la poursuite de la déportation forcée des peuples autochtones. L’Ohio, par exemple, a déporté de force la dernière tribu amérindienne de son territoire en 1843.

Malgré les utilisations et les abus de la mémoire historique, ainsi que la réticence des historiens contemporains à l’égard du culte des héros, La Fayette reste une figure charismatique – un « citoyen de deux mondes » qui s’est fait le champion tant de l’abolitionnisme que des droits des femmes. Je pense que le fait qu’il tombe peu à peu dans l’oubli témoigne d’une amnésie inquiétante. Cet anniversaire américain offre l’occasion de réexaminer son héritage, aux côtés des récits révolutionnaires d’Américains de tous horizons.

Comme l’écrivait La Fayette dans une lettre à sa famille après la capitulation de l’armée britannique en 1781 : « L’humanité a remporté sa bataille. La liberté a désormais un pays. »

The Conversation

Matthew Smith ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La Fayette a aidé les Américains à renverser le cours de la guerre d’indépendance – et à forger un sentiment d’identité nationale – https://theconversation.com/la-fayette-a-aide-les-americains-a-renverser-le-cours-de-la-guerre-dindependance-et-a-forger-un-sentiment-didentite-nationale-285953

250 ans après, les griefs de la Déclaration d’indépendance des États-Unis restent étonnamment actuels

Source: The Conversation – in French – By Robert Parkinson, Professor of History, Binghamton University, State University of New York

En relisant les 27 griefs de la Déclaration d’indépendance, on découvre une histoire de justice contestée, de pouvoir arbitraire, de mobilisation populaire et de conflits autour de l’immigration, des terres et de la citoyenneté. World Digital Library

Deux cent cinquante ans après la Déclaration d’indépendance, ses célèbres principes éclipsent souvent les 27 doléances adressées à George III. Pourtant, ces accusations racontent les peurs, les colères et les aspirations qui ont conduit les colons américains à rompre avec la Couronne britannique.


La Déclaration d’indépendance des États-Unis, avec son texte manuscrit en lettres cursives sur un parchemin, ressemble à une relique venue d’un passé lointain. De même, on pourrait penser que les 27 griefs formulés contre le roi George III, son gouvernement et le peuple britannique dans le corps du document n’ont guère de résonance aujourd’hui. Après tout, quel rapport les doléances précises des colons de 1776 pourraient-elles bien avoir avec l’année 2026 ? Les passages de la Déclaration qui méritent vraiment d’être connus seraient plutôt les phrases célèbres des premiers paragraphes, consacrées aux vérités tenues pour évidentes, à la quête du bonheur et à l’égalité de tous les êtres humains.

Je suis professeur d’histoire et j’étudie la Déclaration d’indépendance depuis près d’un quart de siècle. Ce texte occupe une place centrale dans les quatre ouvrages que j’ai consacrés à la fondation des États-Unis, en particulier dans mon livre récemment paru, Tyrants and Rogues: Understanding the Declaration of Independence (Tyrans et rebelles : comprendre la Déclaration d’indépendance, juin 2026, non traduit en français).

À mes yeux, les questions qui préoccupaient le plus les dirigeants de la révolution, en 1776, restent d’une étonnante actualité pour les Américains : une justice partisane, l’exercice arbitraire du pouvoir, des responsables publics qui ne rendent pas de comptes à leurs administrés, des citoyens privés de voix dans les décisions qui touchent leur famille, ou encore les politiques en matière d’immigration et de citoyenneté.

Plus encore, l’étude de ces doléances montre à quel point la révolution a reposé sur les citoyens ordinaires. Sans leur indignation politique et leur participation à la rébellion, l’indépendance américaine n’aurait jamais vu le jour.

D’où vient l’autorité ? Quelles sont les limites de la force, de la contrainte et du pouvoir ? À qui les responsables publics doivent-ils rendre des comptes, et qui décide de l’État de droit ? Que se passe-t-il lorsque ces tensions dégénèrent en violence, voire en guerre civile ? Ces questions sont tout aussi actuelles au XXIᵉ siècle qu’elles l’étaient au XVIIIᵉ.

Tyrans et colons

Les premières phrases de la Déclaration comptent parmi les plus célèbres jamais écrites. Mais on trouve aussi, plus loin dans le texte, des passages d’une grande force, qui énoncent clairement ce que les colons de 1776 jugeaient absolument inacceptable.

Les colons y dénoncent les efforts du roi pour rendre « l’armée indépendante du pouvoir civil et supérieure à celui-ci ». Ainsi, lorsque les habitants du Rhode Island se plaignirent que le navire britannique Gaspee s’en soit pris sans ménagement à leurs bâtiments dans sa traque des contrebandiers, la Royal Navy balaya les protestations du gouvernement colonial d’un revers de main.

La Déclaration d’indépendance dénonce également les atteintes portées à la justice : la volonté du roi de rendre « les juges dépendants de sa seule volonté » et celle du Parlement de « priver » les Américains « des avantages du procès devant un jury ». Les colons accusent aussi le Parlement de « supprimer [leurs] chartes, d’abolir [leurs] lois les plus précieuses et de modifier fondamentalement la forme de [leurs] gouvernements ».

Ainsi, en 1774, en réponse à la Boston Tea Party, le Parlement retira au Massachusetts sa charte coloniale et réforma en profondeur son gouvernement, en remplaçant de nombreux postes électifs par des fonctions pourvues par nomination. C’est sur ces fondements que reposait la révolution de 1776 : pour les colons, ils définissaient ce qu’était un tyran.

Les oubliés de l’histoire

L’étude des doléances fait également apparaître une galerie de personnages bien plus diverse que les 56 hommes blancs qui ont signé la Déclaration. Presque tous étaient riches, et la majorité d’entre eux possédaient des esclaves.

Lorsqu’on s’intéresse aux événements qui se cachent derrière les griefs de la Déclaration, on découvre que les personnes racisées sont présentes, bien que souvent invisibilisées – et pas seulement à travers la tristement célèbre référence de Thomas Jefferson aux « impitoyables sauvages indiens » dans le dernier grief. Dans les années qui ont précédé la guerre d’indépendance, les Afro-Américains et les peuples autochtones faisaient déjà entendre leur voix et affirmaient leur présence.

Par exemple, le dernier grief de la Déclaration évoque des « insurrections intérieures » (domestic insurrections). Au XVIIIᵉ siècle, le terme « domestic » était un euphémisme pour désigner les personnes réduites en esclavage. Le Congrès faisait ainsi référence à la proclamation d’émancipation de Lord Dunmore, qui promettait la liberté aux esclaves rejoignant les rangs britanniques. Les historiens estiment qu’au moins 1 000 personnes sont ainsi parvenues à rejoindre Lord Dunmore et à obtenir leur liberté. Beaucoup d’autres ont tenté leur chance.

D’autres critiques, qui semblent sans lien avec ces questions – comme le recours du roi au veto royal, la conscription forcée dans la marine britannique (impressment) ou encore l’affaiblissement du pouvoir judiciaire – portent, eux aussi, la marque de groupes minoritaires. Le septième grief, par exemple, reproche au roi d’avoir entravé l’immigration vers les colonies.

Mais lorsqu’il est question d’« élever les conditions des nouvelles concessions de terres », on s’intéresse en réalité aux peuples autochtones ; à l’époque, toute référence aux terres américaines renvoyait nécessairement à cette question. Ces « conditions » comprenaient notamment la ligne de proclamation de 1763, une mesure destinée à préserver les frontières des territoires autochtones. Cette politique était le résultat de plus de dix années de résistance des peuples autochtones, qui s’étaient battus pour défendre leurs terres.

La foule derrière la cause

Des hommes et des femmes ordinaires, dans les villes comme dans les campagnes des colonies, se trouvent également derrière la longue liste de griefs de la Déclaration. Sans leur mobilisation, le mouvement révolutionnaire n’aurait jamais pris son essor.

Un esprit de contestation populaire se cache derrière des formules qui peuvent aujourd’hui paraître désuètes. Ainsi, le dixième grief dénonce les « essaims de fonctionnaires » envoyés pour « dévorer les ressources » des colons. Cette expression, empruntée à la Bible, fait référence aux dizaines d’agents des douanes dépêchés à Boston à la fin des années 1760.

Aujourd’hui, la plupart des Américains connaissent certains de ces épisodes célèbres, comme les habitants de Boston jetant des cargaisons de thé dans le port (séquence appelée le Boston Tea Party) pour protester contre le Tea Act de 1773. Mais, à de nombreuses reprises, des citoyens ordinaires ont exprimé leur colère politique en lançant des pierres contre les représentants du pouvoir, en saccageant les maisons de responsables gouvernementaux, en incendiant des navires et des forts de la Couronne, avant de prendre finalement les armes et de marcher au combat.

Ces fameux « essaims » de fonctionnaires ? Leur présence a suscité une vive agitation à Boston, jusqu’à provoquer des jets de pavés contre des officiers britanniques et l’incendie de l’une de leurs embarcations sur le Boston Common.

Les griefs énoncés dans la Déclaration témoignent de la colère profonde et durable que les réformes impériales britanniques ont suscitée dans les colonies. Ils offrent aussi une vision plus complète – et plus complexe – des États-Unis au moment de leur naissance.

Des hommes derrière le roi

Deux cent cinquante ans plus tard, il est naturel que les Américains aient largement oublié les personnes que les colons tenaient pour responsables des injustices qu’ils dénonçaient. Dans la Déclaration, Thomas Jefferson et le Congrès concentrent leurs attaques sur un roi tyrannique. Mais, selon eux, George III était entouré de nombreux collaborateurs qui conspiraient contre le peuple américain.

Parmi eux figuraient des membres du gouvernement du roi, comme les lords North, Hillsborough et Mansfield ainsi que des officiers militaires, tels que le général Thomas Gage, le lieutenant William Dudingston et l’amiral Samuel Graves. Si la plupart des Américains d’aujourd’hui n’ont probablement jamais entendu parler de ces hommes, leurs noms étaient familiers à tous en 1776.

Ils comptaient également parmi eux des représentants de la Couronne nommés par le roi, comme les gouverneurs royaux Josiah Martin, Lord Dunmore et William Tryon, qui prit les armes contre des fermiers de Caroline du Nord révoltés contre les impôts et la corruption des autorités.

Pour les Américains d’aujourd’hui, ces griefs peuvent paraître abstraits et désincarnés. Mais, pour les colons, chacun d’eux avait un visage. Derrière chaque accusation se trouvait une personne chargée de mettre en œuvre la politique du roi. Les dirigeants de la révolution en vinrent à la conviction que les agissements de ces responsables rendaient impossible le maintien des Treize Colonies au sein de l’Empire britannique. Ils craignaient que, en renonçant à l’indépendance, les Américains ne perdent la possibilité d’obtenir justice, de faire entendre leur voix et de vivre sous un gouvernement représentatif.

En 1825, Thomas Jefferson décrivit la Déclaration d’indépendance comme « l’expression de l’esprit américain ». Les griefs en faisaient pleinement partie : ils reflétaient les difficultés auxquelles avaient été confrontés des hommes et des femmes ordinaires, issus de tous les horizons. Les Américains d’aujourd’hui peuvent encore tirer des enseignements de leur manière d’y répondre.

The Conversation

Robert Parkinson ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. 250 ans après, les griefs de la Déclaration d’indépendance des États-Unis restent étonnamment actuels – https://theconversation.com/250-ans-apres-les-griefs-de-la-declaration-dindependance-des-etats-unis-restent-etonnamment-actuels-286322

« Juneteenth Independence Day » : le long combat des Afro-Américains pour l’accès à l’éducation après l’abolition de l’esclavage

Source: The Conversation – France (in French) – By Rodney Coates, Professor of Critical Race and Ethnic Studies, Miami University

La salle de classe des demoiselles Cooke, Bureau des affranchis, Richmond (Virginie), en 1866. Jas. E. Taylor/Wikimedia Commons

Contraction des mots « June » (juin) et « nineteenth » (dix-neuvième), le Juneteenth, qui marque l’émancipation des esclaves aux États-Unis, est devenu un jour férié en 2021. L’histoire de cette fête nationale nous rappelle que des lois très répandues dans le Sud interdisaient aux esclaves le droit à l’éducation et que le combat pour la liberté va de pair avec l’accès au savoir.


L’abolitionniste et écrivain Frederick Douglass (v.1818-1895) est connu pour de nombreuses raisons, mais l’une des plus importantes est sans doute sa conception du lien entre l’éducation et l’esclavage. Douglass, lui-même, est né esclave dans le Maryland, sur la côte Est.

Dans son autobiographie de 1845, il a raconté comment l’une de ses propriétaires, Mme Auld, avait commencé à lui apprendre à lire lorsqu’il était enfant. Le mari de Mme Auld lui avait ordonné de cesser de donner des cours à Douglass.

« C’est précisément à ce stade de mon apprentissage que M. Auld découvrit ce qui se passait et interdit aussitôt à Mme Auld de continuer à m’instruire, lui disant, entre autres, qu’il était illégal, mais aussi dangereux, d’apprendre à lire à un esclave », écrit Douglass.

« Pour reprendre ses propres mots, il a ajouté : “Si tu donnes le doigt à un nègre, il prendra le bras. Un nègre ne doit rien savoir d’autre que d’obéir à son maître.” »

Le 31 janvier 1865, le Congrès a adopté le 13ᵉ amendement, abolissant ainsi l’esclavage. Ce n’est que le 19 juin 1865 que la nouvelle de cet amendement est parvenue aux personnes asservies de Galveston, au Texas, marquant ainsi l’origine de la fête du « Juneteenth ».

L’administration Biden a déclaré le « Juneteenth » jour férié fédéral en 2021. Aujourd’hui, cette date du 19-Juin commémore la fin de l’esclavage aux États-Unis. Mais l’histoire des personnes autrefois réduites en esclavage a continué à s’écrire de manière complexe bien après le Juneteenth, notamment en ce qui concerne leur parcours scolaire.

Le Juneteenth a clairement montré que la liberté ne s’arrêtait pas lorsque cesse l’aliénation physique, mais supposait aussi la fin de l’esclavage mental, puisque des lois interdisaient aux personnes asservies d’accéder à l’éducation dans les États du Sud.

Rendre la formation illégale

En 1739, la révolte des esclaves de Stono a eu lieu en Caroline du Sud. Craignant que des esclaves alphabétisés ne complotent de futures révoltes, la Caroline du Sud a adopté en 1740 une loi anti-alphabétisation interdisant d’enseigner la lecture aux esclaves.

La plupart des États du Sud lui ont rapidement emboîté le pas en adoptant leurs propres lois anti-alphabétisation entre 1740 et 1834, dans l’espoir d’empêcher toute nouvelle rébellion d’esclaves. Ces lois s’appliquaient aussi bien aux Noirs esclaves qu’aux Noirs libres.

Malgré ces lois, des milliers d’esclaves ont tout de même appris à lire et à écrire dans le Sud d’avant la guerre de Sécession. L’alphabétisation était un moyen d’accéder à la liberté.

Entre-temps, la première école libre africaine destinée aux enfants noirs a été fondée à New York en 1787. Cette école, qui ne comptait qu’une seule salle de classe, a accueilli à ses débuts 40 élèves, dont la plupart avaient des parents qui avaient été esclaves. Six autres écoles similaires ont été créées grâce à des fonds publics avant 1824.

Juneteenth et le chemin vers la liberté

Le Juneteenth revêt une histoire complexe qui témoigne de la foi et de la résilience des anciens esclaves, mais aussi de la haine et de la résistance à l’égard de ces personnes qui ont accédé à la liberté.

Cela nous rappelle également que la véritable liberté doit inclure le droit à l’éducation.

En 1865, les anciens esclaves ont réagi de diverses manières à leur liberté retrouvée, passant de la gratitude et la joie au désespoir et au sentiment de perte.

De nombreuses personnes anciennement asservies ont décidé de quitter les plantations et les États du Sud pour retrouver les membres de leur famille et les communautés dont l’esclavage les avait séparés.

École pour esclaves affanchis, Plantation James, Caroline du Nord (1866).
Wikimédia

D’autres ont choisi de rester là où elles avaient été réduites en esclavage, cherchant à vivre leur liberté dans un environnement familier. En définitive, la grande majorité des personnes affranchies est restée dans le Sud.

Quels que soient leurs choix, les quelque 4 millions d’anciens esclaves ont mis les États-Unis au défi de reconnaître leur affranchissement et de les accueillir comme des égaux.

Sans relâche, ils se sont efforcés de s’affirmer en tant que citoyens libres au sein de la nation. L’un des principaux objectifs de ces personnes récemment affranchies était d’accéder à l’éducation.

Apprendre à lire, à écrire et bien plus encore

Après la guerre de Sécession, les personnes nouvellement affranchies se rassemblaient dans des églises, des maisons, des caves, des remises, des lieux de culte et même à l’ombre des arbres, dans les champs où elles cultivaient la terre pour apprendre à lire et à écrire. Elles acquéraient également des compétences professionnelles de base, telles que la capacité à lire et à comprendre les contrats de travail.

Bon nombre des enseignants n’avaient suivi aucune formation officielle, et certains d’entre eux étaient des personnes noires de la région qui avaient appris à lire par elles-mêmes.

Parmi les autres éducateurs figuraient des enseignants blancs originaires du Sud et du Nord, envoyés par des églises et des associations caritatives.

Des associations caritatives et des organisations religieuses du Nord, notamment l’American Missionary Association et la National Freedman’s Relief Association, finançaient parfois ces écoles gratuites destinées aux anciens esclaves noirs.

Cependant, la majeure partie des fonds destinés à financer ces écoles provenait des Américains récemment affranchis, qui prenaient en charge eux-mêmes les frais de scolarité de leurs enfants.

Alors qu’environ 90 % de la population noire des États du Sud était analphabète en 1865, ce pourcentage est tombé à 70 % en 1880.

Parcours dans l’enseignement supérieur

Les Noirs récemment affranchis ont également commencé à disposer de davantage de possibilités d’accès à l’enseignement supérieur.

Le premier établissement d’enseignement supérieur historiquement fréquenté par des personnes noires, l’université de Cheyney, a été fondé en Pennsylvanie en 1837, bien avant la guerre de Sécession. Au total, quatre établissements de ce type avaient vu le jour à la fin de la guerre de Sécession, en 1865.

C’est à ce moment-là que la véritable libération a commencé, alors qu’un nombre croissant d’établissements offraient la liberté académique aux Afro-Américains, qui, sans cela, n’auraient pas pu fréquenter la plupart des universités.

Au cours des quinze années qui ont suivi la guerre de Sécession, 59 établissements au total avaient ouvert leurs portes aux étudiants noirs.

En 1867, en vertu d’une loi du Congrès, l’université Howard a été fondée à Washington, D. C. Elle proposait non seulement des cours fondamentaux, mais aussi des formations en droit, en médecine, en sciences de l’éducation et en pharmacie.

Une promesse qui passe par l’éducation

Une toute nouvelle série de défis et d’opportunités attendait les Afro-Américains anciennement réduits en esclavage qui cherchaient la liberté vers le Nord. La plupart d’entre eux sont arrivés dans des villes, telles que Chicago et New York, où ils ont rencontré un certain soutien, mais ont également été confrontés à la discrimination raciale et à la pauvreté.

Leurs vies étaient constamment empreintes d’hostilité, tant sur le plan juridique que racial.

L’éducation figurait parmi les principales priorités des personnes libres, qui cherchaient à acquérir de nouvelles compétences et à progresser dans la vie. Elles apprenaient non seulement les bases de la lecture et du calcul, mais aussi des compétences professionnelles, les devoirs civiques et des connaissances approfondies dans des domaines professionnels, tels que le droit, la médecine, la pharmacie et l’enseignement.

En fin de compte, le « Juneteenth » offrit une promesse de liberté, mais l’éducation était indispensable pour la concrétiser.

The Conversation

Rodney Coates ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. « Juneteenth Independence Day » : le long combat des Afro-Américains pour l’accès à l’éducation après l’abolition de l’esclavage – https://theconversation.com/juneteenth-independence-day-le-long-combat-des-afro-americains-pour-lacces-a-leducation-apres-labolition-de-lesclavage-285961

Le 4-Juillet : une date inventée, un mythe construit, un récit disputé

Source: The Conversation – France in French (3) – By Jérôme Viala-Gaudefroy, Spécialiste de la politique américaine, Sciences Po

*La Déclaration d’indépendance*, de John Trumbull, peint entre 1815 et 1817, est fréquemment utilisé pour illustrer le jour où les États-Unis accédèrent à l’indépendance. Indice de la complexité de la mémoire de l’événement : le tableau ne montre en réalité pas la signature elle-même, mais la présentation d’un projet de cette déclaration au Second Congrès continental par la Commission des Cinq (John Adams, Benjamin Franklin, Thomas Jefferson, Robert Livingston et Roger Sherman), le 28 juin 1776. John Trumbull (1756-1843), Capitole des États-Unis

Chaque nation possède ses mythes fondateurs. Dans le cas des États-Unis, le plus important est sans doute celui du 4-Juillet. Mais en ce jour – qui, d’ailleurs, n’est en réalité pas celui de la proclamation de l’indépendance ! –, que célèbre-t-on exactement de l’autre côté de l’Atlantique ? Deux cent cinquante ans durant, des réponses variées et contrastées ont été apportées à cette question. Cette année, les fêtes somptuaires lancées par Donald Trump visent avant tout à promouvoir sa propre personne et sa vision de son pays.


L’indépendance des États-Unis n’a pas été déclarée le 4 juillet 1776. Elle l’a été le 2 juillet. Que s’est-il passé le 4 ? Le Congrès a adopté un texte. Un texte qui allait devenir, en deux siècles et demi, le document le plus sacré d’une nation qui ne se réclame d’aucune religion d’État. Le 4-Juillet est moins une date qu’un récit.

Plus un récit qu’une date

Le 3 juillet 1776, John Adams, l’un des principaux Pères fondateurs, écrit à sa femme Abigail qu’il vient de vivre « l’époque la plus mémorable de l’histoire de l’Amérique » – et que le deuxième jour de juillet serait célébré à jamais. Il se trompait de deux jours.

Le 4-Juillet commémore non pas le vote d’indépendance, mais l’adoption de la version finale d’un texte rédigé principalement par Thomas Jefferson : la Déclaration d’indépendance. Peu de pays célèbrent un document avec une telle intensité. Il est vrai qu’il renvoie directement aux valeurs essentielles de la République : la liberté, l’égalité, les droits naturels et le consentement des gouvernés.

Pourtant, la Déclaration ne devient pas immédiatement un événement national. Elle est lue publiquement à Philadelphie le 8 juillet, devant l’armée de Washington le 9, atteint la Géorgie un mois plus tard, n’est signée par la plupart des délégués que le 2 août, et n’est connue à Londres qu’à la fin de l’été. Sa sacralisation rétrospective doit beaucoup à une coïncidence : Jefferson et Adams meurent tous deux le 4 juillet 1826, cinquante ans jour pour jour après la Déclaration. La coïncidence est aussitôt lue comme un signe du ciel, élevée au rang de miracle fondateur. La fête nationale est ainsi moins la transcription spontanée d’un événement qu’un objet de fabrication culturelle.

Entre récit disputé et symbole d’unité

La célébration du 4-Juillet a d’ailleurs été d’emblée un champ de bataille partisan. Dès les années 1790, elle suscite des affrontements entre fédéralistes, favorables à un gouvernement central fort, et républicains-démocrates, défenseurs d’une république plus décentralisée, chaque camp cherchant à s’approprier l’héritage révolutionnaire pour légitimer sa vision de la nation.

Par la suite, des esclaves affranchis, des abolitionnistes – à commencer par Frederick Douglass dans son célèbre discours « What to the Slave is the Fourth of July ? » (1852) –, puis des suffragistes et des communautés immigrées utilisent à leur tour les symboles fondateurs pour contester leur exclusion du récit dominant.

« Que représente, pour l’esclave américain, votre 4-Juillet ? Je réponds : un jour qui lui révèle, plus que tous les autres jours de l’année, l’injustice flagrante et la cruauté dont il est constamment victime. Pour lui, votre célébration est une mascarade ; votre liberté tant vantée, une licence impie ; votre grandeur nationale, une vanité démesurée ; vos cris de joie sont vides et sans cœur ; vos dénonciations des tyrans, une impudence effrontée ; vos cris de liberté et d’égalité, une moquerie creuse ; vos prières et vos hymnes, vos sermons et vos actions de grâce, avec tout votre déploiement religieux et votre solennité, ne sont pour lui que grandiloquence, fraude, tromperie, impiété et hypocrisie – un mince voile destiné à dissimuler des crimes qui feraient honte à une nation de sauvages. Il n’existe pas sur terre de nation coupable de pratiques plus choquantes et plus sanglantes que le peuple de ces États-Unis, en cet instant même. » – Frederick Douglass (1852).
Historianspeaks.org

Ces mêmes symboles sont aussi des instruments d’intégration, voire d’assimilation. Au début du XXᵉ siècle, les cérémonies collectives de naturalisation organisées le 4 juillet font entrer symboliquement de nouveaux membres dans la communauté nationale à travers des rituels d’« américanisation » : défilés, discours civiques, omniprésence du drapeau.

Un rite de la religion civile américaine

Au fil du temps, le 4-Juillet s’impose comme l’un des principaux rites d’une véritable « religion civile » – notion forgée par Rousseau, adaptée aux États-Unis par le sociologue Robert Bellah dans les années 1960. Cette religion possède ses textes sacrés (la Déclaration d’indépendance, la Constitution), ses saints (George Washington, Abraham Lincoln), ses rites (le 4-Juillet, les investitures), ses lieux de pèlerinage (Independence Hall, Gettysburg, ou encore le mont Rushmore), ses temples (du Capitole au Lincoln Memorial), ses reliques (la Constitution originale, la Liberty Bell) et une croyance partagée dans la mission historique et morale de la nation.

Le 4-Juillet apparaît ainsi comme un puissant rituel durkheimien de réactivation périodique de l’appartenance nationale au sein d’une société profondément diverse.

Dans cette caricature de 1902 sur la célébration du 4-Juillet, légendée « Une fausse alerte le 4 juillet », l’Oncle Sam dit à Dame Paix : « Tout va bien. Il n’y a pas de combats. Le bruit que vous entendez, c’est juste ma famille qui fait la fête ! »
« Puck magazine », 2 juillet 1902, Librarie du Congrès

Chaque été, une nation qui se définit par des idées – l’égalité, la liberté – rejoue la scène de sa propre naissance. L’Amérique, dont l’identité ne repose ni sur un territoire homogène ni sur une origine commune, constitue l’archétype de la « communauté imaginée » théorisée par Benedict Anderson : les nations ne préexistent pas aux récits qu’elles se racontent, elles se construisent et se perpétuent grâce à des mythes, des symboles et des rituels partagés, qui permettent à des millions d’individus de se représenter comme membres d’une même communauté historique et politique.

Un répertoire présidentiel séculaire

En tant qu’incarnations de la nation, les présidents ont parfaitement saisi les enjeux de cette fête : puiser dans le corpus mythique des éléments qui servent leur politique du moment, sans pour autant s’en éloigner complètement. D’où l’illusion d’une tradition continue, alors qu’il s’agit d’une recomposition permanente.

Le centenaire de 1876, célébré sous Ulysses S. Grant, associe réconciliation après la guerre de Sécession et célébration d’une Amérique industrielle tournée vers l’avenir.

Le bicentenaire de 1976, organisé par Gerald Ford après le Vietnam et le Watergate, prend la forme d’un rituel de guérison nationale. Ronald Reagan réaffirme ensuite un exceptionnalisme américain à vocation universelle, porté par la rhétorique de la « cité sur la colline », notamment lors du Liberty Weekend de 1986, tandis que George W. Bush réactive, après le 11 septembre, un patriotisme de guerre fondé sur la défense de la liberté et de la mission américaine dans le monde.

Enfin, Bill Clinton et Barack Obama mettent davantage l’accent sur la diversité et l’inclusion, sans jamais s’éloigner du même socle, comme en témoigne la généralisation des cérémonies de naturalisation organisées le 4 juillet sous la présidence Obama.

Un 250ᵉ anniversaire hors norme

Donald Trump n’invente ni le rite ni le mythe. Sa volonté de faire du 4-Juillet un moment central du récit national n’a rien d’inédit, pas plus que sa rhétorique de l’exceptionnalisme américain ou de l’élection providentielle des États-Unis, déjà mobilisée par Reagan ou Bush.

Là où il rompt nettement avec la tradition présidentielle, c’est en durcissant ce récit pour le recentrer sur sa propre figure, en le militarisant et en en faisant un instrument de confrontation politique. La commémoration nationale n’a plus seulement pour fonction de célébrer la nation : elle sert désormais à désigner ceux qui la menaceraient et celui qui serait appelé à la sauver.

Parmi les innovations décidées à l’occasion du 250ᵉ anniversaire des États-Unis : la fabrication d’une série de passeports à l’effigie de Donald Trump.
Compte de Donald Trump/Truth Social

Cette évolution se manifeste dès le Salute to America du 4 juillet 2019, organisé au pied du Lincoln Memorial avec chars, avions de chasse et démonstrations militaires, puis dans son discours du Mont Rushmore du 3 juillet 2020, où il dénonçait une prétendue cancel culture menaçant l’histoire et l’identité américaines.

En 2026, la logique se radicalise : les célébrations du 250ᵉ anniversaire, autour de la Grande Foire des États-Unis (Great American State Fair, mélange de fête foraine et d’exposition mettant en valeur les États qui composent le pays) organisée à Washington du 25 juin au 10 juillet et du programme Freedom 250, combinant gala d’arts martiaux mixtes, Grand Prix automobile et revues navales, tendent à faire de la commémoration elle-même un objet de confrontation partisane.




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Plus encore, la figure de l’« ennemi intérieur » – élites, universités, médias, opposants – occupe désormais une place centrale dans le récit trumpien. La nouveauté n’est pas d’utiliser la commémoration à des fins politiques, mais d’en faire un instrument explicite de mobilisation partisane, articulé autour de la figure d’un chef présenté comme le seul capable de restaurer la grandeur nationale.

Que le 250e anniversaire se déroule dans un contexte de crise nationale n’est pas inédit : 1876, c’était la difficile reconstruction d’une unité nationale encore fragile onze ans après la sanglante guerre de Sécession ; 1976 était marquée par les séquelles du scandale du Watergate qui avait abouti deux ans plus tôt à la démission de Richard Nixon.

Ce qui diffère en 2026, c’est l’orientation du récit. Là où les commémorations précédentes projetaient la nation vers l’avenir, Trump oriente principalement le sien vers un passé fantasmé. Make America Great Again, America First, la référence récurrente à un « nouvel âge d’or » : tous ces slogans supposent l’existence d’une grandeur passée à restaurer. La nouveauté n’est pas tant la nostalgie elle-même que sa centralité dans la définition du projet politique.

Même lorsque Trump mobilise un imaginaire futuriste — intelligence artificielle, conquête spatiale –, il ne faut pas s’y tromper : son futur n’ouvre pas sur quelque chose d’inédit, il certifie que l’Amérique était, depuis ses origines, destinée à la grandeur. C’est un récit réactionnaire au sens propre – un avenir qui regarde en arrière.

Ce que le 250e anniversaire révèle, enfin, c’est que le débat dépasse l’opposition entre démocrates et républicains : il porte sur une question plus fondamentale. Que célèbre-t-on exactement lorsqu’on célèbre l’Amérique ?

Le récit trumpien ne vise plus seulement à définir ce qu’est la nation ; il tend aussi à préciser qui en serait le dépositaire légitime. Derrière l’invocation d’un âge d’or perdu, c’est une certaine image de l’Amérique qui se dessine – blanche, chrétienne, socialement conservatrice –, dont les transformations démographiques et culturelles récentes auraient menacé l’identité historique. Le débat ne porte plus seulement sur ce qu’est l’Amérique, mais sur qui peut légitimement prétendre l’incarner.

The Conversation

Jérôme Viala-Gaudefroy ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Le 4-Juillet : une date inventée, un mythe construit, un récit disputé – https://theconversation.com/le-4-juillet-une-date-inventee-un-mythe-construit-un-recit-dispute-286386

El virus del mpox sigue circulando, y la vacuna es la principal arma para prevenir y controlar la enfermedad

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Jenaro Astray Mochales, Grupo de trabajo sobre vacunas de la Sociedad Española de Epidemiologia (SEE). Epidemiólogo

Tobias Arhelger/Shutterstock

La mpox, antes denominada viruela del mono o monkeypox, ha pasado de ser una enfermedad rara y limitada a regiones endémicas a convertirse en un problema de salud pública de relevancia global.

En Europa, un brote causado por el subclado IIb –una de las variantes del virus del mpox (MPXV) que causa la enfermedad– ha dejado desde 2022 más de 22 000 casos en Europa, incluida España. En 2025, otro clado (el Ib) empezó a circular en países europeos, con una trasmisión sostenida y tendencia al alza.

A lo largo de los últimos 12 meses, 16 países han reportado 458 casos de clado I y 18 han informado de 921 casos del clado II, lo cual evidencia que el riesgo de nuevos brotes sigue presente.

Cómo hacerle frente

Actualmente, la vacunación constituye la principal medida de prevención frente a la mpox y un elemento clave para limitar su transmisión, reducir la gravedad de los casos y prevenir hospitalizaciones y complicaciones. Tras el brote internacional iniciado en 2022, los países europeos implementaron estrategias de inmunización que han demostrado su eficacia.

La vacuna utilizada en la Unión Europea, comercializada como Imvanex o Jynneos, es una vacuna de tercera generación no replicativa. Esto quiere decir que contiene un virus modificado genéticamente (Modified Vaccinia Ankara, MVA BN) para que no pueda multiplicarse en las celulas, pero capaz de generar una respuesta inmunitaria protectora, incluso en personas con problemas de inmunosupresión.

Inicialmente autorizada para la viruela, su indicación se amplió durante el brote de 2022 para prevenir la mpox en adultos y, posteriormente, en adolescentes a partir de los 12 años. Puede administrarse tanto por vía subcutánea como intradérmica, lo que permite proporcionar anticuerpos protectores con el 20 % de la dosis habitual. Esto ha permitido adaptar las estrategias de vacunación en situaciones de disponibilidad limitada de dosis.

Dichas estrategias se articulan fundamentalmente en torno a dos enfoques complementarios: la profilaxis preexposición (es decir, para prevenir la infección) y la profilaxis postexposición (administrada después de haber estado en contacto con alguien que tenga mpox).

Vacunas preexposición

La primera de ellas está dirigida a personas con mayor riesgo de contacto con el virus. En este grupo se incluyen hombres que tienen sexo con hombres, bisexuales y personas trans con prácticas de mayor riesgo, como múltiples parejas, sexo en grupo o cambios frecuentes de parejas sexuales.

La vacuna preexposición también se recomienda en determinados colectivos con riesgo ocupacional. Nos referimos a trabajadores de laboratorio que manipulan el virus MPXV, profesionales sanitarios que atienden a personas con infecciones de transmisión sexual o infección por VIH y personal encargado de la limpieza y desinfección en entornos donde se producen contactos sexuales que pueden implicar alto riesgo.

Un solo pinchazo confiere una protección moderada, pero se refuerza con la administración de una segunda dosis. Por tal motivo, completar la pauta vacunal es una prioridad de salud pública; especialmente teniendo en cuenta que, en algunos países, como España, solo alrededor del 50 % de las personas vacunadas han recibido las dos dosis recomendadas.

Vacunas postexposición

La profilaxis postexposición se revela como otra estrategia esencial, especialmente para el control de brotes y la protección de personas vulnerables. La vacunación tras una exposición conocida al MPXV puede prevenir la aparición de la enfermedad o, si se administra de forma más tardía, atenuar sus manifestaciones clínicas.

Idealmente, debe recibirse dentro de los cuatro primeros días tras la exposición. Si se administra entre los 4 y 14 días posteriores, puede no evitar la infección, pero sí reducir la gravedad y el riesgo de complicaciones.

Se recomienda para todos los contactos estrechos de casos confirmados de mpox que no hayan pasado la enfermedad, incluyendo parejas sexuales, contactos domiciliarios y profesionales sanitarios expuestos sin las medidas de protección adecuadas. Además, se prioriza en individuos con mayor riesgo de desarrollar enfermedad grave, como personas inmunodeprimidas (incluyendo infección por VIH con recuentos bajos de linfocitos CD4), embarazadas y población infantil de cualquier edad.

En estos casos, la vacuna no solo protege al individuo, sino que contribuye a cortar las cadenas de transmisión.

¿Cuánto tiempo dura la protección?

En lo que se refiere a la duración de inmunidad generada por la vacuna, los estudios disponibles indican que disminuye progresivamente con el tiempo, sobre todo tras la administración de una sola dosis o cuando se utiliza la vía intradérmica. La evidencia sugiere que completar la pauta primaria de dos dosis puede conferir protección durante varios años, posiblemente en torno a una década.

Por el momento, aunque algún país europeo ha comenzado a valorar estrategias más amplias de refuerzo, las segundas dosis se recomiendan de forma limitada, principalmente en personas con riesgo ocupacional elevado. Es el caso de trabajadores de laboratorio que manipulan virus de mpox, a quienes se aconseja repetir el pinchazo cada dos años.


Artículo escrito con el asesoramiento de la Sociedad Española de Epidemiología.


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Ángela Domínguez García es investigadora del proyecto financiado PI24/00692 del Instituto de Salud Carlos III e investigadora col·laboradora de proyectos europeos: Grant Agreement 101233259-SHIELD y 101233394-HEP-HOP. Es miembro del Consell Assessor en Vacunacions de l’Agència de Salut Pública de Catalunya. Es Coordinadora del Grupo de Trabajo de Vacunas e Inmunización de la Sociedad Española de Epidemiología (SEE) y miembro de la Comisión Asesora de Comunicación de la SEE.

Iván Martínez-Baz es investigador principal del proyecto PI23/01519 y beneficiario de un contrato Miguel Servet CP22/00016, financiados por el Instituto de Salud Carlos III. Es miembro del Grupo de Trabajo sobre Vacunas e Inmunización de la Sociedad Española de Epidemiología (SEE)

Pere Godoy es catedrático de Medicina Preventiva y Salud Publica en la Universidad de Lleida e investigador principal de proyectos financiados por el Instituto de Salud Carlos III. Es miembro del Consell Assessor en Vacunacions de l’Agència de Salut Pública de Catalunya. Es miembreo del grupo de Voigilancia de la Salud Pública y de Vacunas e Inmunización de la Sociedad Española de Epidemiología (SEE) y miembro de la Comisión Asesora de Comunicación de la SEE.

Irene Barrabeig Fabregat, Irma Casas García, Jenaro Astray Mochales y José Tuells no reciben salarios, ni ejercen labores de consultoría, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del puesto académico citado.

ref. El virus del mpox sigue circulando, y la vacuna es la principal arma para prevenir y controlar la enfermedad – https://theconversation.com/el-virus-del-mpox-sigue-circulando-y-la-vacuna-es-la-principal-arma-para-prevenir-y-controlar-la-enfermedad-280006

No todo está en las palabras: el infravalorado papel del hemisferio derecho en la comprensión del lenguaje

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Loles Villalobos Tornero, Facultad de Psicología. Departamento de psicología experimental procesos cognitivos y logopedia. Instituto de Tecnología del Conocimiento, Universidad Complutense de Madrid

Rimma Bondarenko/Shutterstock

Imagine que está en una habitación sofocante en pleno verano. Entra alguien y comenta: “Qué pena que se me haya olvidado traer el jersey”. La mayoría de nosotros entendemos inmediatamente que no habla en serio. No pensamos que tenga frío, sino que está haciendo una broma para remarcar el calor que hace. Pero ¿y si una persona comprende perfectamente todas las palabras de esa frase, pero no capta la intención? Entiende el significado literal, pero no el mensaje real. Esto puede ocurrir tras una lesión cerebral.

El lenguaje es una de las capacidades cognitivas más sofisticadas de los seres humanos. Aunque otras especies se comunican, ninguna lo hace con la complejidad que caracteriza a nuestra especie. Para que esa capacidad funcione, el cerebro debe coordinar una extensa red de regiones conectadas entre sí.

Los primeros mapas cerebrales del lenguaje

Los primeros avances en el estudio de las bases cerebrales del lenguaje se produjeron a mediados del siglo XIX. El neurólogo francés Paul Broca observó que las lesiones en una región de la parte frontal izquierda del cerebro provocaban en los pacientes dificultades para expresarse. Poco después, el investigador alemán Carl Wernicke describió que las lesiones en una zona temporal izquierda alteraban principalmente aspectos de la comprensión.

Los investigadores de la época trabajaban sin técnicas de neuroimagen. Sus conclusiones procedían principalmente de la observación clínica y del estudio post mortem del cerebro de pacientes que habían sufrido una lesión. Estas personas presentaban afasia, un trastorno adquirido del lenguaje que aparece cuando un daño cerebral altera esta capacidad previamente desarrollada con normalidad.

Con el paso de las décadas, los científicos comprendieron que el lenguaje no depende únicamente de áreas aisladas. Diseñaron modelos teóricos basados en el funcionamiento de regiones cerebrales conectadas. En la actualidad, ya se conocen los circuitos cerebrales que subyacen a la anatomía funcional del lenguaje.

El hemisferio izquierdo no trabaja solo

Durante mucho tiempo se asumió que el hemisferio izquierdo era el gran protagonista del lenguaje. Efectivamente, en la mayoría de las personas concentra funciones esenciales para hablar y comprender palabras.

Sin embargo, las modernas técnicas de neuroimagen han permitido observar el cerebro en funcionamiento y han revelado una realidad más compleja. Cuanto más exigente es una tarea lingüística, más regiones cerebrales participan en ella.

La comprensión de narraciones extensas o conversaciones o textos complejos activa no solo áreas clásicamente relacionadas con el lenguaje en el hemisferio izquierdo, sino también regiones del hemisferio derecho. Este último desempeña un papel especialmente relevante cuando necesitamos integrar información, interpretar el contexto o inferir significados que no están explícitamente expresados.

Más allá de las palabras: la pragmática

Aquí entra en juego un aspecto fundamental de la comunicación humana: la pragmática del lenguaje.

La pragmática hace referencia a nuestra capacidad para interpretar qué quiere decir realmente una persona teniendo en cuenta el contexto, la situación y sus intenciones. Gracias a ella comprendemos que el significado de una frase no depende únicamente de las palabras que contiene.

Por ejemplo, cuando alguien afirma “qué puntual eres” después de que lleguemos media hora tarde, entendemos que probablemente está expresando una crítica y no un elogio. Del mismo modo, sabemos reconocer bromas, ironías o dobles sentidos.
Esta capacidad resulta tan automática que rara vez somos conscientes de ella.

Sin embargo, esto constituye una de las habilidades más sofisticadas de la comunicación humana. A fin de cuentas, requiere combinar información lingüística, conocimientos previos, claves sociales e incluso la capacidad de comprender los pensamientos y emociones de los demás (un componente de la cognición social llamado teoría de la mente).

Cuando una broma deja de tener gracia

Numerosos estudios han mostrado que las personas con lesiones en el hemisferio derecho suelen conservar la capacidad de hablar y comprender palabras y frases: a simple vista, parece que su lenguaje funciona con normalidad. Sin embargo, habitualmente presentan dificultades para interpretar significados implícitos, detectar el sarcasmo o comprender el humor. También pueden tener problemas para seguir el hilo de conversaciones complejas o para captar matices emocionales en el discurso.

Esta situación plantea un desafío para los profesionales sanitarios. Las pruebas tradicionales de evaluación del lenguaje suelen centrarse en aspectos como la denominación de objetos, la repetición de palabras o la comprensión de frases relativamente simples. Como consecuencia, algunas personas pueden obtener resultados aparentemente normales y, sin embargo, experimentar dificultades significativas en situaciones comunicativas de la vida real.

Se trata de dificultades menos visibles que una afasia clásica, pero pueden afectar de manera importante a las relaciones sociales, familiares y laborales.

Un cerebro preparado para leer entre líneas

Entender el lenguaje no consiste únicamente en reconocer palabras o construir frases correctas. También implica interpretar intenciones, comprender emociones y descubrir significados implícitos.

La próxima vez que sonría ante una ironía o entienda una broma aparentemente obvia, recuerde que detrás de esa sencilla interacción cotidiana está trabajando una compleja red cerebral distribuida en ambos hemisferios del cerebro. Porque, en comunicación, las palabras son solo una parte del mensaje.

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Loles Villalobos Tornero no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

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¿Son mejores los futbolistas que aprendieron a jugar ‘en la calle’?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Rafael Martín Acero, Catedrático de Universidad de Educación Física y Deportiva, Universidade da Coruña

En la clasificación para el Mundial 2026, varias decenas de jugadores menores de 20 años han participado con sus selecciones, y algunos pueden estar entre los más destacados en este Mundial. Casi todos ellos fueron “sacados de la calle” para integrarlos en academias y canteras de clubes bien organizados. Los medios destacan por ejemplo que Lamine Yamal, de la selección española, “es un chaval de 18 años que reivindica el fútbol de la calle”.

¿Pero hasta qué punto se puede considerar que un futbolista ha desarrollado su talento de forma autodidacta en la calle, en un contexto en el que la mayoría de las selecciones líderes son de países donde el juego en la calle apenas existe?

A todo apasionado del deporte le interesan los factores que explican una trayectoria de excelencia. En el caso de las grandes estrellas del fútbol actual, se defiende demasiado a menudo cierta superioridad del juego de calle frente al que desarrollan quienes se forman desde el principio en academias y equipos, como incluso argumenta Arsène Wenger, Jefe de Desarrollo Mundial del Fútbol de la FIFA.

Aprender jugando en la calle vs la academia

En futbolistas de máximo nivel se ha constatado una trayectoria de aprendizaje de gran componente autodidacta antes de la pubertad, como vemos en las historias de Pelé, Cruyff, Maradona o Messi.

La práctica de juego libre proporciona variabilidad de comportamientos técnicos, alta frecuencia de acciones con balón, numerosas situaciones de uno contra uno y una gran cantidad de tiempo efectivo de práctica libre y voluntaria. Pero esto solo explica una parte limitada de las causas por las que se alcanza el máximo nivel.

Si analizamos los itinerarios de futbolistas de alto nivel podemos ver que no aprendieron únicamente con el juego libre: en realidad, ellos mismos buscan de manera intuitiva la mejora de sus conductas específicas en juego tanto de ataque como de defensa.

La práctica del juego libre acaba siendo dirigida a través de un aprendizaje autorregulado. El cerebro del propio jugador diseña ciclos de retroalimentación (prueba, error y ajuste), ligados a su motivación intrínseca y a la regulación de sus conductas técnico-tácticas.

Por ejemplo, cuando un jugador en formación se da cuenta de que un regate, reiterado y eficaz, ya no le funciona contra sus compañeros habituales, tiene que adaptarse y probar nuevas soluciones en los siguientes intentos.

Captados en la infancia

Muchos jugadores de máximo nivel fueron captados tempranamente, como Cristiano Ronaldo o Iniesta a los 12 años, Messi a los 13 y Lamine Yamal antes de los 7 años, para ser incorporados a un ecosistema de aprendizaje más estructurado. Como miembros de la academia del Sporting de Portugal y del FC Barcelona respectivamente, recibieron atención especializada que, combinada con sus capacidades de autoconocimiento y regulación, dio como resultado la interacción y mutua potenciación de los dos tipos de prácticas.

Así, estos futbolistas incrementan conscientemente su formación, a través de su proceso autodidacta primero y después con la práctica de entrenamiento estructurada y dirigida por excelentes técnicos en las academias.

La combinación ganadora

Por lo tanto, el debate entre fútbol “de calle” y de “academia” plantea una falsa dicotomía. Las academias de alto nivel aportan enseñanza planificada, con retroalimentación experta y desafíos progresivos de rendimiento. El juego libre ofrece más autonomía, creatividad e iniciativa personal.

La mayoría de futbolistas que llegan al máximo nivel proceden de la combinación de ambos entornos: primero aprendieron a explorar como mejorar por sí mismos y, luego y al mismo tiempo, fueron estimulados por una práctica organizada de calidad desde edades tempranas.

Nuevos canales de aprendizaje

Además de las academias, existe otro factor que ha modificado mucho cómo los niños y las niñas observan y aprenden de fútbol: hoy se puede ver en directo e indirectamente en pantallas de televisión, internet, videojuegos o redes sociales, lo que permite identificar modelos exitosos a emular.

Ver a otros jugar mejora la toma de decisiones y ayuda a integrar gestos técnicos complejos. Gracias a la observación, se aprende a identificar cuándo conviene conducir o regatear, cuándo un equipo debe ampliar el juego por las bandas para encontrar espacios o cómo orientar el cuerpo antes de recibir un pase.

Así lo han manifestado jugadores como Neymar (“He aprendido mis trucos viendo vídeos en Internet… intento hacer lo que veo”); y otros como Romário, que aconsejó a Messi “aprender algunas cosas si ve los vídeos de Pelé”. Iniesta declaró que de pequeño miraba a jugadores como Laudrup, Guardiola o Valerón, y trataba de aprender de ellos; Lamin Yamal afirmaba “No he visto a Henry en directo, pero en vídeos me encantaba”; y Eric García veía “desde muy pequeño (…) cualquier partido que hubiese por la tele”.

En definitiva, todos los ejemplos apuntan a que el talento nacido del juego en la calle no es lo único que determina la calidad del futbolista. Quizás se trata de encontrar el equilibrio entre ambos enfoques. Como Lamine Yamal dijo recientemente la mezcla “de calle y academia” puede ser la mezcla perfecta, como la realidad y la evidencia científica muestran.

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Rafael Martín Acero no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

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Qué nos dicen las necrópolis medievales sobre la convivencia entre musulmanes y cristianos

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Cláudia F. Lopes Gomes, Assistant Professor at Faculty of Medicine, Universidad Complutense de Madrid

Individuo enterrado según el rito islámico, en la necrópolis medieval de Girona. Maribel Fuertes.

En 2016, unas obras de rehabilitación en la calle del Riu Galligants de Girona, en España, dejaron al descubierto trece tumbas medievales. Ocho de ellas no respondían al ritual cristiano: las fosas eran más estrechas y profundas, cubiertas con alineaciones de piedras y baldosas, y los cuerpos yacían sobre el lado derecho, con los miembros semiflexionados y el rostro orientado al suroeste, hacia La Meca. Se trataba de enterramientos islámicos situados cronológicamente entre los siglos VIII y X, los primeros identificados biológicamente en Cataluña.

Casi una década después, un equipo multidisciplinar de arqueólogos, antropólogos y genetistas de la Universidad Complutense de Madrid y la Universidad Autónoma de Barcelona hemos publicado el primer estudio genético de esta comunidad.

Los resultados no solo confirman la presencia musulmana en la antigua Djarunda –actual Girona–, sino que permiten caracterizar, por primera vez, quiénes eran y de dónde procedían algunos de los individuos allí enterrados.

Individuos hallados en el cementerio medieval, enterrados según el rito islámico.
Maribel Fuertes.

Cuando Girona era Djarunda

Djarunda estuvo bajo administración islámica desde su capitulación pactada alrededor del 717-719 hasta su incorporación al Imperio carolingio en el año 785. Fue una ocupación breve, de la que apenas existían evidencias materiales en la ciudad.

El descubrimiento de esta pequeña necrópolis, utilizada durante varios siglos, tiene por ello un valor excepcional: es la primera evidencia bioarqueológica de una comunidad musulmana asentada en el noreste peninsular.

Cabe señalar que en el registro arqueológico de Djarunda no existe evidencia de actividad militar, por lo que parece que fue un asentamiento pacífico.

Los sujetos estudiados no son necesariamente contemporáneos entre sí, ni tampoco de los enterramientos de rito cristiano que se documentaron en el mismo espacio. La sucesión estratigráfica indica que el uso del área funeraria se fue solapando a lo largo del tiempo, por distintos grupos y en distintas fases.

Plano del cementerio medieval hallado en Girona.
Maribel Fuertes.

Parentesco biológico y origen geográfico

El análisis genético revela que la mayor parte de los ocho individuos islámicos probablemente estaban emparentados entre sí: se detectan relaciones por linaje de primos, medios hermanos y posibles vínculos por línea paterna entre varios de ellos. El espacio funerario habría funcionado, por tanto, como un cementerio de uso familiar, empleado por varias generaciones de una misma comunidad.

Por lo que respecta al origen geográfico, los marcadores genéticos analizados de la mayoría de los individuos apuntan a una procedencia norteafricana, coherente con lo documentado en otras necrópolis islámicas de la península ibérica del mismo periodo, como la maqbara de Pamplona.

En varios casos, las líneas maternas corresponden a linajes característicos de poblaciones bereberes del norte de África.

Entre los ocho individuos, cuatro son infantiles. El más pequeño es un bebé de apenas seis semanas; hay también una niña de entre 12 y 18 meses, un niño de 4-5 años y otro de 7-8 años.

Los análisis genéticos sugieren que estos niños están emparentados con los adultos allí enterrados, lo que plantea que parte del movimiento de población hacia la península no respondía exclusivamente a dinámicas militares, sino que pudo incluir desplazamientos de grupos familiares.

El individuo con traumatismos múltiples

Uno de los adultos, datado en el primer tercio del siglo VIII, presenta en su esqueleto múltiples lesiones consolidadas: fracturas faciales, desviación del tabique nasal, fracturas en clavícula, radio y tibia, degeneración severa de vértebras lumbares y sacro y alteraciones compatibles con combate cuerpo a cuerpo. Todas las lesiones eran antiguas, es decir, el individuo había sobrevivido a ellas.

En un primer análisis, interpretamos que era un posible soldado, sin relación aparente con los demás enterrados en la necrópolis. Sin embargo, el examen genético sugiere que compartía marcadores paternos con, al menos, otro de los adultos presentes, un individuo que no presenta ningún signo de actividad violenta.

Esto indica que, dentro de un mismo grupo familiar, no todos sus miembros participaban necesariamente en actividades militares.

Un posible converso europeo

El individuo más difícil de encuadrar es uno cuyos marcadores genéticos –tanto maternos como paternos– corresponden a linajes con alta frecuencia en Europa, posiblemente en la península ibérica o en el sur de Francia, no en el norte de África ni en el Próximo Oriente. Sin embargo, fue enterrado siguiendo escrupulosamente el ritual islámico.

La hipótesis más coherente con el conjunto de datos disponibles es que se tratara de un converso al islam, lo que encajaría con los modelos de islamización documentados históricamente para este periodo.

Las fuentes escritas mencionan conversiones desde el inicio de la presencia islámica en la Península, pero hasta ahora carecíamos de evidencia biológica directa de este fenómeno en la región catalana.

La ausencia de mujeres adultas

Ninguno de los individuos estudiados corresponde a mujeres adultas. Hay una niña, pero ninguna mujer adulta. Esta ausencia se observa también en otras necrópolis islámicas del mismo periodo en la Península –como la de Pamplona, con más de 170 individuos–.

La explicación podría estar en la existencia de un espacio funerario diferenciado para las mujeres, la desaparición de sus tumbas como consecuencia de construcciones posteriores o una mayor mortalidad masculina en este tipo de contextos.

El estudio abre una importante ventana de investigación, ya que, de momento, las evidencias bioarqueológicas no permiten responder a estas cuestiones.

Un primer retrato de los musulmanes de Djarunda

La necrópolis de Galligants ofrece, por primera vez, un perfil biológico de algunos de los individuos que formaron parte de la comunidad musulmana de Girona en los siglos VIII-X. Se trataba de personas en su mayoría de origen norteafricano, probablemente bereberes y biológicamente relacionadas entre sí, entre las cuales había niños y al menos un posible converso de origen europeo.

No hay evidencia de que estos individuos fueran soldados en activo: el yacimiento no muestra ningún rastro de actividad militar y la composición del grupo enterrado no se corresponde con la de una guarnición.

Los datos apuntan a una presencia que combinó, en proporciones que no es posible determinar con los datos disponibles, distintos tipos de movimiento de población: migraciones civiles y religiosas junto a las dinámicas de conquista. Esta lectura no es nueva en la historiografía, pero el estudio de Galligants aporta la primera evidencia genética que la respalda en el contexto catalán.

_Eulàlia Subirà, profesora en la Universidad Autónoma de Barcelona, ha colaborado en la investigación y en la elaboración del presente artículo
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The Conversation

Este artículo está basado en un estudio financiado por la Fundación Palarq (Convocatoria de Analíticas 2022-2023) y por los proyectos de investigación Banco Santander-Universidad Complutense de Madrid (G/6401400/8000) y (PR41/17-21018). No existe ningún conflicto de interés.

Este artículo está basado en un estudio financiado por la Fundación Palarq (Convocatoria de Analíticas 2022-2023).
No existe ningún conflicto de interés.

Este artículo está basado en un estudio financiado por la Fundación Palarq (Convocatoria de Analíticas 2022-2023). No existe ningún conflicto de interés.

ref. Qué nos dicen las necrópolis medievales sobre la convivencia entre musulmanes y cristianos – https://theconversation.com/que-nos-dicen-las-necropolis-medievales-sobre-la-convivencia-entre-musulmanes-y-cristianos-282402