Bouilloires et passoires thermiques, les deux faces d’une même précarité énergétique

Source: The Conversation – France (in French) – By Dorothée Charlier, Professeur des universités en économie de l’énergie et de l’environnement, IREGE, IAE Savoie Mont Blanc

Alors que la France a déjà connu trois vagues de chaleur à la mi-juillet 2026 se pose la question du manque d’adaptation des logements aux températures extrêmes. Or, les logements les plus exposés à la chaleur sont souvent aussi ceux qui sont le plus exposés au froid en hiver. La précarité énergétique n’est plus seulement un problème hivernal, mais désormais aussi estival.


Depuis le 5 juillet 2026, la France connaît sa troisième vague de chaleur de l’année, le tout en l’espace de quelques semaines. Et pourtant, nous continuons de penser la précarité énergétique comme un problème hivernal.

Pourtant, à chaque nouvel épisode caniculaire, le même scénario se répète : records de température battus, services d’urgence sous tension, travailleurs exposés en plein air, mais également personnes vulnérables isolées dont le logement surchauffe et qui se retrouvent encore plus à risque. Par analogie avec les passoires thermiques hivernales, on parle désormais de plus en plus de bouilloires thermiques. Puis les températures redescendent, l’inquiétude s’estompe et le débat public se déplace vers d’autres urgences.

Pourtant, ces épisodes ne sont plus exceptionnels. Ils dessinent une nouvelle normalité climatique. La véritable question n’est plus de savoir si les vagues de chaleur vont se multiplier, mais si notre société est prête à protéger celles et ceux qui y sont les plus exposés. Car face à la chaleur, nous ne sommes pas tous égaux.

Une précarité énergétique devenue permanente

Pour les ménages les plus aisés, l’adaptation est souvent une possibilité. Ils peuvent rénover leur logement, installer des protections solaires, acquérir une pompe à chaleur réversible ou une climatisation performante (sous réserve d’obtenir l’accord de leur copropriété s’ils vivent en collectif), télétravailler ou simplement quitter temporairement les zones les plus exposées.

Pour les plus modestes, la chaleur s’ajoute à des difficultés déjà anciennes : logements mal isolés, faibles revenus, état de santé plus fragile, impossibilité de financer des travaux ou même d’avoir le droit d’installer une climatisation, lorsqu’il ne s’agit pas de l’absence pure et simple de certains équipements comme des volets.

Cette fracture sociale prolonge une autre inégalité, bien connue celle-là : la précarité énergétique hivernale. Depuis plus de vingt ans, les politiques publiques l’ont essentiellement abordée sous l’angle du froid. Cette approche était légitime. Mais le changement climatique nous oblige aujourd’hui à changer de regard.




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Au-delà de la facture, l’enjeu de santé publique

Plus d’un Français sur deux déclare désormais avoir souffert de la chaleur dans son logement pendant au moins vingt-quatre heures au cours de l’été, selon les données de l’Observatoire national de la précarité énergétique.

Or, les logements les plus difficiles à chauffer sont souvent les mêmes que ceux qui deviennent inhabitables lors des canicules, même si des logements neufs dotés d’un bon DPE peuvent également être problématiques. Les « passoires thermiques » de l’hiver deviennent les « bouilloires » de l’été. La précarité énergétique n’est plus seulement saisonnière : elle est devenue permanente.




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Nos recherches menées avec Anna Risch, maître de conférences en sciences économiques à l’Université Grenoble Alpes (UGA), montrent que cette accumulation de vulnérabilités dépasse largement la seule question de la facture énergétique. La rénovation énergétique améliore non seulement le confort thermique, mais aussi la santé mentale, le bien-être et le sentiment de sécurité.

Les logements rénovés restent généralement plus frais en été, avec une température ressentie inférieure d’environ 0,6 °C lors des fortes chaleurs. À mesure que les canicules se multiplient, ces bénéfices deviennent des enjeux de santé publique.

Disposer (ou non) de marges d’adaptation

Nos recherches montrent toutefois que cette vulnérabilité ne s’explique pas uniquement par la qualité du logement ou le niveau de revenu.

En effet, face aux contraintes énergétiques, tous les ménages ne disposent pas des mêmes marges de manœuvre pour adapter leurs comportements. Réduire sa consommation, décaler certains usages, protéger son logement de la chaleur ou investir dans des équipements adaptés suppose des ressources matérielles, mais aussi des capacités d’action qui sont très inégalement réparties.

Cette capacité de sobriété et d’adaptation constitue aujourd’hui une dimension essentielle de la précarité énergétique. Certains ménages disposent de nombreuses possibilités pour arbitrer leurs consommations sans dégrader leur confort. D’autres, au contraire, vivent déjà dans des logements peu performants et disposent de très peu de leviers pour faire face à la hausse des prix de l’énergie et aux épisodes de chaleur.

C’est ce que confirment des travaux que nous avons menés avec Elisabeth Bourgeois de l’Université Savoie Mont Blanc et David Grover de Grenoble École de Management. Chez les personnes âgées, par exemple, les émotions, la perception du risque ou encore certaines capacités cognitives vont influencer fortement l’adoption des comportements de protection. Une personne qui sous-estime le danger modifiera moins facilement ses habitudes, même lorsqu’elle est objectivement exposée.

La nouvelle fracture climatique n’oppose donc plus seulement les ménages riches et pauvres. Elle oppose aussi ceux qui disposent d’un logement protecteur et/ou de marges de manœuvre pour adapter leurs comportements, à ceux qui cumulent logements peu performants, faibles ressources et faibles capacités d’adaptation.




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Des vulnérabilités qui se cumulent

Ces vulnérabilités ne s’additionnent pas : elles se renforcent mutuellement. C’est cette réalité que les politiques publiques doivent désormais prendre en compte.

Rénover un logement ne consiste plus seulement à réduire les consommations d’énergie ou les émissions de gaz à effet de serre. C’est aussi protéger la santé des occupants en toute saison, renforcer la résilience face aux extrêmes climatiques et permettre aux ménages de retrouver des marges de manœuvre dans leurs usages quotidiens de l’énergie.

Pendant longtemps, la précarité énergétique désignait l’incapacité à chauffer correctement son logement. Aujourd’hui, elle doit désigner plus largement l’incapacité à vivre dans un logement protecteur et à s’adapter aux contraintes énergétiques et climatiques, qu’elles soient liées au froid, à la chaleur ou à la hausse durable des prix de l’énergie.

Le changement climatique ne crée pas les inégalités. Il révèle celles qui existaient déjà et les amplifie. À nous de décider si la transition écologique contribuera à les réduire, ou à les rendre encore plus profondes.

The Conversation

Dorothée Charlier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Bouilloires et passoires thermiques, les deux faces d’une même précarité énergétique – https://theconversation.com/bouilloires-et-passoires-thermiques-les-deux-faces-dune-meme-precarite-energetique-287319

Anticipation, feintes et analyse : comment les gardiens réussissent l’exploit d’arrêter un penalty

Source: The Conversation – France in French (2) – By Nicolas Benguigui, Professeur en sciences cognitives, sciences du sport et de la motricité – Laboratoire GREYC – UMR 6072 UNICAEN CNRS – UFR STAPS, Université de Caen Normandie

Le penalty au football est sans doute une des situations les plus marquantes de ce sport qui concentre toute la dramaturgie du jeu et le stress extrême que peuvent ressentir les joueurs ou joueuses impliquées. Un ballon placé à 11 mètres, un tireur face à un gardien de but, quelques dixièmes de seconde pour décider et agir… et parfois tout un match et même un titre prestigieux qui se jouent sur ce duel. Quelles stratégies les gardiens mettent-ils en place pour réussir à stopper ces frappes ?


La Coupe du Monde qui se déroule actuellement est le théâtre de dénouements marquants dans l’épreuve des tirs au but d’autant plus que l’augmentation du nombre de participants a doublé le nombre de matchs à élimination directe. Et on se souvient si bien de l’issue défavorable pour l’équipe de France lors de la dernière finale de cette compétition. Il y a seulement quelques semaines, le Paris Saint-Germain en remportant la Ligue des Champions 2026, a confirmé une tendance remarquable qui a permis au club parisien de remporter ses six dernières séances de tirs au but. Derrière ces succès se cache un travail considérable de préparation, tant sur le plan technique que psychologique, devenu aujourd’hui incontournable au plus haut niveau.

Dans ce duel, l’attention est souvent portée aux tireurs qui font face à une pression psychologique très importante dans la mesure où le droit à l’erreur n’est pas autorisé, sachant l’énorme avantage pour le tireur dans cet exercice qui se traduit par un taux de conversion des penaltys en buts qui peut monter jusqu’à plus de 90 % pour les meilleurs tireurs. Mais l’histoire du football regorge d’exemples où un gardien a fait basculer le destin d’une équipe. L’un des cas les plus célèbres reste celui de Petr Čech lors de la finale de la Ligue des Champions 2012 entre son club de Chelsea et le Bayern Munich. Ce soir-là, le gardien tchèque arrête trois penaltys au cours de la rencontre et de la séance de tirs au but. Plus impressionnant encore, il plonge du bon côté sur l’ensemble des six penaltys auxquels il est confronté. Cette performance exceptionnelle n’était pas le fruit du hasard. Elle reposait sur un travail d’analyse minutieux réalisé en amont avec l’entraîneur des gardiens et les autres gardiens du club, visant à identifier les habitudes et préférences des tireurs adverses.

La performance exceptionnelle de Petr Čech lors de la finale de la Ligue des Champions 2012.

Aujourd’hui, cette préparation spécifique constitue l’un des principaux axes de travail des gardiens professionnels et de leurs entraîneurs. Les séances vidéo, l’analyse statistique des habitudes des tireurs, l’étude des courses d’élan ou des zones de frappe privilégiées font désormais partie intégrante de la préparation des grandes compétitions. Concernant les études scientifiques, une large majorité des travaux s’est intéressée aux tireurs dont les échecs dans cet exercice sont souvent décrits comme une défaillance psychologique. Le cas du gardien a été moins étudié.

Pourquoi est-il si difficile d’arrêter un penalty ?

La première constatation qui peut être faite est que le duel entre le tireur de penalty et le gardien de but est très défavorable à ce dernier. Une étude de la Société d’analyse de données sportive a établi à partir d’une base de 100 000 penaltys tirés dans des matchs de haut niveau que le taux de conversion se situait autour de 75 % aussi bien pour les hommes que pour les femmes.

Cette supériorité du tireur s’explique par les contraintes spatiales et temporelles auxquelles le gardien doit faire face. Une frappe peut dépasser 100 km/h et atteindre le but en moins d’une demi-seconde (500 ms) alors que le gardien doit défendre un but de 7,32 m de large et 2,44 m de hauteur. Or il faut environ 200 ms pour identifier une information et initier une réponse motrice dans une situation aussi complexe même pour des athlètes super-entraînés, puis encore 500 à 600 ms pour produire un plongeon couvrant efficacement le but. Attendre le départ du ballon conduit donc presque toujours à une action trop tardive. Les gardiens doivent ainsi anticiper, c’est-à-dire engager une action avant la frappe adverse sur la base d’informations prédictives mais partielles.

Le sujet de l’anticipation a été très largement étudié en sport et certaines études ont porté précisément sur celles des gardiens de but au football. Pour prédire la direction du tir avant la frappe, il a été montré que les gardiens de but sont capables d’utiliser des connaissances préalables sur les tireurs en termes de probabilités de choix ainsi que des indices biomécaniques relatifs à la course d’élan et la préparation de la frappe des tireurs – orientation des hanches, du pied d’appui, des épaules ou posture générale. Cela a été montré avec des dispositifs permettant d’occulter certaines parties du corps de tireurs ou d’analyser les stratégies visuelles mises en œuvre par les gardiens pour extraire des informations significatives.

Pour autant, les stratégies d’anticipation présentent des limites. Les informations extraites avant la frappe sont nécessairement imprécises d’autant plus qu’elles sont prélevées tôt et se répercutent par des erreurs de décision. De plus, les meilleurs tireurs retardent parfois leur décision ou modifient leur geste afin de masquer leurs intentions ou de tromper le gardien en choisissant le côté du tir après avoir vu le gardien partir d’un côté, comme le fait avec beaucoup d’habileté le joueur brésilien Neymar.

Le penalty de Neymar contre la Norvège : on voit la tentative de déstabilisation du gardien et la course d’élan de Neymar.

Les gardiens font ainsi face à de nombreuses feintes possibles des tireurs. Cela a été étudié notamment dans une étude menée en 2012 qui a reproduit expérimentalement sur la base de vidéos les effets des feintes pour des gardiens de haut niveau. Par exemple, pendant son élan, le tireur pouvait délibérément fixer du regard la direction opposée à son tir. L’angle de la course d’élan vers le ballon était aussi manipulé et rendu opposé à la relation qui pourrait être attendue entre la direction de la course d’élan et la direction du tir. Ces deux feintes se traduisaient par une diminution du taux de bonne décision des gardiens de but passant d’environ 65 % pour les tirs sans feinte à seulement 45 % pour les tirs avec feintes et même 25 % quand deux feintes étaient additionnées.

Si les gardiens subissent les feintes de tireurs, ils peuvent aussi en produire pour perturber le tireur. Une analyse rétrospective réalisée en 2016 sur un total de 322 penaltys frappés lors des Coupes du monde de la FIFA (1986-2010) et des Championnats d’Europe de l’UEFA (1984-2012), a permis de montrer que les scores de réussite de tireurs diminuaient lorsque les gardiens de but réalisaient des actions de distraction avant le tir comme de se déplacer sur leur ligne ou faire des mouvements de bras. Cela était aussi le cas quand les joueurs portaient une attention plus importante au gardien de but montrant que cette dernière met en difficulté les tireurs.

Une étude réalisée en 2024 s’est intéressée à l’efficacité des feintes que pouvaient produire les gardiens pour gêner les tireurs où les conduire à tirer du côté où le gardien avait décidé de plonger. Pour cela, les chercheurs ont analysé 714 penaltys tirés lors de matchs de la Premier League anglaise et de la Bundesliga allemande, couvrant les saisons 2016-2017 à 2019-2020. Les résultats ont montré que les gardiens de but recouraient à des feintes dans la moitié des tirs au but, ce qui se traduisait par un nombre de buts nettement inférieur par rapport aux tirs au but sans feinte. Cet avantage était similaire pour les différents types de feintes, mais plus marqué lorsque les tireurs prêtaient attention aux gardiens.

Le dilemme du gardien : partir tôt… ou attendre ?

Une des questions qui reste en suspens concerne le timing du plongeon du gardien de but. En effet, le gardien fait face à un dilemme : partir tôt au risque d’être pris à contre-pied, ou attendre davantage pour disposer d’informations plus fiables, tout en réduisant le temps disponible pour atteindre le ballon. Ce compromis est d’autant plus contraignant que les règles du jeu imposent au gardien de conserver au moins un pied en contact avec la ligne de but au moment où le tireur frappe le ballon. Cette obligation limite sa capacité à avancer significativement avant la frappe et réduit la marge temporelle disponible pour réagir, accentuant ainsi l’importance du choix du moment optimal pour initier le plongeon.

Une étude de 2018 a montré que les gardiens professionnels déclenchent majoritairement leur plongeon environ 200 ms avant la frappe. Une autre plus ancienne avait distingué des stratégies précoces et tardives, suggérant un avantage pour ces dernières, mais sur un échantillon limité de 108 penaltys étudiés.

Une nouvelle étude sur près de 1000 penaltys

Pour répondre à cette question du timing du gardien, nous pouvons présenter les premiers résultats issus d’une étude que nous menons à l’heure actuelle et qui a porté sur une analyse de 938 penaltys professionnels à l’aide d’un logiciel d’analyse vidéo image par image. Chaque plongeon du gardien a été mesuré avec une précision de 10 millisecondes afin de déterminer exactement à quel moment le mouvement débutait par rapport à la frappe du ballon. En général il s’agissait de l’apparition d’un décalage des appuis pour permettre une poussée latérale ou bien une inclinaison du buste. En complément de ce timing, nous avons ensuite analysé la pertinence du choix du gardien dans la direction de son plongeon et le taux d’arrêt.

Notre principal résultat est l’identification d’une véritable « fenêtre optimale » de déclenchement. Les gardiens les plus performants initient leur plongeon autour de 240 ms avant la frappe, avec une efficacité élevée entre -200 et -300 ms. Dans cette fenêtre, ils plongent plus souvent du bon côté et obtiennent les meilleurs taux d’arrêt. À l’inverse, les plongeons très précoces (avant -360 ms) sont associés à de faibles performances, tandis que les plongeons tardifs permettent parfois de mieux lire la direction du tir sans améliorer le taux d’arrêt.

On le voit clairement, ce duel entre tireur et gardien illustre parfaitement les enjeux cognitifs, perceptifs et moteurs du sport de haut niveau, cristallisés autour de l’anticipation. Nos résultats ouvrent plusieurs perspectives pour l’entraînement des gardiens. La préparation doit d’abord s’appuyer sur l’analyse des préférences des tireurs, de leurs probabilités de choix et des indices perceptifs révélant leurs intentions durant la course d’élan et la préparation de la frappe.

Le comportement préparatoire du gardien mérite également une attention particulière : attirer l’attention du tireur par des comportements de distraction autorisés ou des feintes de départ peut réduire son avantage et améliorer les chances d’arrêt, dans le respect des règles et du fair-play. Les résultats soulignent aussi l’intérêt de développer les routines de préparation et l’analyse vidéo des indices corporels utiles à la prise de décision.

Enfin, la maîtrise du timing décisionnel apparaît déterminante. Nos données montrent qu’un déclenchement entre -200 et -300 ms avant l’impact constitue le meilleur compromis entre anticipation et temps d’intervention. Les gardiens doivent donc apprendre à synchroniser leur plongeon avec la frappe, y compris lorsque le tireur ralentit ou interrompt brièvement sa course. Ces pistes constituent des leviers prometteurs pour optimiser la performance des gardiens et, espérons-le, permettre à celui de l’équipe de France de devenir un véritable héros.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Anticipation, feintes et analyse : comment les gardiens réussissent l’exploit d’arrêter un penalty – https://theconversation.com/anticipation-feintes-et-analyse-comment-les-gardiens-reussissent-lexploit-darreter-un-penalty-287314

Se déconnecter en montagne : pourquoi les refuges nous font tant de bien

Source: The Conversation – France (in French) – By Isabelle Frochot, Maître de Conférences HDR – Comportement du Consommateur, Université Bourgogne Europe

Surcharge mentale, fatigue chronique, frustrations diverses, mais que cherchons-nous vraiment quand nous fuyons nos écrans et nos agendas surchargés ? Une étude menée auprès de randonneurs séjournant dans les refuges alpins apporte des éléments de réponse. Ce qui les motive, c’est surtout la capacité retrouvée à nous reconnecter à nous-mêmes, aux autres et au monde.


La vie contemporaine est gouvernée par ce que le sociologue Hartmut Rosa appelle l’accélération sociale : toujours plus de tâches, de messages, de décisions, dans toujours moins de temps. L’individu hypermoderne est libre, mais épuisé, malade du temps et tiraillé entre différentes injonctions et responsabilités, incapable de ralentir. Le burn-out n’est plus une pathologie marginale, il est devenu un horizon malheureusement familier.

Face à cela, la demande explose pour tout ce qui promet une déconnexion radicale avec le quotidien, comme les retraites de méditation, les séjours de digital detox, mais aussi les pèlerinages… Même si cette tendance ne remettra pas en cause le tourisme de masse, elle démontre une volonté claire et croissante pour des vacances où l’on vient volontairement se perdre et couper clairement avec un quotidien très (trop ?) chargé. Cette évolution s’observe également dans la demande grandissante pour les vacances en van, ou à vélo.




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Par ailleurs, la randonnée est désormais le sport le plus pratiqué en France, avec 27 millions de pratiquants. Les hébergements ne sont pas en reste, avec un foisonnement d’offres facilitant la déconnexion. Les hôtels du silence en sont un bel exemple mais des formules plus anciennes connaissent également un engouement certain. Ainsi, la fréquentation des refuges alpins a bondi de 40 % en 2022 par rapport à l’avant-Covid. Toutes ces évolutions démontrent qu’un changement de fond s’opère et qu’il mérite d’être étudié.

Les refuges alpins comme échappatoire

Pour mieux comprendre le mécanisme de déconnexion, nous avons mené 45 entretiens individuels approfondis avec des randonneurs séjournant dans 12 refuges différents des Alpes françaises, complétés par 18 journées d’observation participante. Les refuges offrent une prestation relativement frugale avec un confort minimal : pas de wifi, dortoirs collectifs, menu unique servi à heures fixes, toilettes sèches, pas toujours d’eau chaude dans les douches, etc. Les refuges que nous avons étudiés ne sont accessibles qu’à pied. À leur arrivée, les randonneurs posent leurs sacs, laissent leurs chaussures de randonnée à l’entrée et socialisent avec des inconnus autour de grandes tablées.

Ce qu’ils sont nombreux à valoriser, c’est la coupure nette que cet univers de vacances leur offre spontanément. La combinaison de l’effort (la marche), l’univers montagnard naturel et grandiose, et la frugalité des refuges offrent un univers de vacances « ultra-déconnectant ». Tous identifient un lâcher-prise rapide, spontané, tant physique que psychologique. Ainsi, Noé déclare « Je suis surchargé de responsabilités. Ici, il suffit de penser à la météo du lendemain et à l’heure du lever. C’est une parenthèse enchantée. »




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Ces refuges sont limités en connexion digitale (pas de wifi, pas ou peu de réseau), c’est donc une coupure qui s’impose et que les usagers apprécient : « Rien que le fait de ne pas pouvoir avoir accès à Internet, ça fait vraiment du bien. Je pense à rien, je discute avec les gens. Ça nous humanise. » (Florence). Si, pour ces vacanciers, la déconnexion est la première étape des vacances, c’est aussi une condition pour qu’ils se rendent enfin disponibles pour leurs vacances et pour y vivre des moments intenses.

Une disponibilité résonante

Notre analyse de données a progressivement fait émerger un concept que nous n’avions pas anticipé, celui de disponibilité résonante. Ce dernier traduit un état spontané d’ouverture et de réceptivité qui s’installe une fois la déconnexion opérée. Cet état rend les individus capables de se reconnecter différemment à leur expérience et, plus largement, au monde environnant.

Plus précisément, l’état de disponibilité résonante est caractérisé par cinq dimensions :

  • l’instantanéité : vivre pleinement le moment présent, sans l’emprise des horaires ni des obligations ;

  • la sérénité : un apaisement mental profond, le sentiment de se vider de ses fardeaux ;

  • l’humilité : face à la montagne, à son échelle et à sa puissance, on retrouve sa juste place, comme en témoigne Baptiste : « J’aime me sentir tout petit, redevenir une petite chose qui galope sur la terre » ;

  • l’oisiveté : la permission (rare dans nos sociétés) de ne rien faire et de l’apprécier : « Je crois que c’est le seul endroit où je suis capable de ne rien faire » (Fabrice) ;

  • l’acceptation : les contraintes du refuge ne sont pas vécues comme des privations mais comme des conditions favorables au retour à l’essentiel.

Contrairement à la pleine conscience (en anglais mindfulness) qui nécessite un apprentissage et une intention, la disponibilité résonante survient spontanément. Ce n’est pas une technique. C’est un état que l’environnement et l’activité étudiés provoque.

Il est important de comprendre cet état car il est une clé d’entrée à une transformation importante chez nos « informants », qui va venir donner du sens à leurs vacances et à leurs vies.

Des décisions prises en altitude

Une fois en disponibilité résonante, les randonneurs ne se reconnectent pas à ce qu’ils ont quitté, mais bien à autre chose. La première reconnexion est à eux-mêmes. La marche ouvre un espace de réflexion que la vie ordinaire ne permet plus ; on vagabonde dans sa tête, on repense et réévalue des événements/situations personnels…

Ainsi, plusieurs participants évoquent des décisions prises en altitude, des priorités retrouvées, un rapport à soi plus lucide. Le quotidien est donc toujours présent, mais très différemment. La personne se recentre sur l’essentiel avec une distanciation qui ouvre un espace de réflexion dans un état d’esprit bienveillant.

Deuxièmement, les vacanciers se reconnectent aux autres. Le refuge est un lieu de socialisation spontanée, le tutoiement prend vite le dessus, on partage des tablées, on échange des conseils… Les familles retrouvent une disponibilité mutuelle que le quotidien a érodée. Dans cette dynamique, le gardien joue un rôle central : au-delà de la gestion de son refuge, il veille, guide, conseille, fédère…

Un sentiment d’émerveillement

Enfin, les usagers se reconnectent à l’univers. La confrontation à la montagne, à sa beauté et sa démesure provoque ce que certains chercheurs appellent le sentiment d’émerveillement qui convoque une révision de leur compréhension du monde et de leur manière de l’habiter.

Si notre étude porte sur un environnement très spécifique de vacances, nos résultats dépassent largement le cadre des refuges alpins. Ils viennent nous rappeler que nous avons à disposition des environnements naturels, authentiques et immersifs qui permettent spontanément de retrouver un rapport à soi et au monde, apaisé et plus riche. Ils viennent également questionner d’autres formules de vacances, certes appréciables, comme les hôtels-clubs ou les croisières. Ceux-ci tendent davantage à la reproduction en partie du quotidien plutôt que de permettre de rompre avec lui.

Back Mountain 2024.

Une source d’iniquité ?

La pratique de la randonnée en montagne soulève cependant une question d’équité car elle est socialement connotée. En effet, les adeptes de la montagne et des refuges les fréquentent souvent depuis leur enfance. Même si l’on rencontre différents types de randonneurs, les niveaux d’éducation ont tendance à rester élevés – enseignants, ingénieurs, étudiants…

Ouvrir cet univers à des clientèles non-expertes est un enjeu de taille et qui nécessite des accompagnements aussi bien pour le matériel que la transmission de compétences et de réassurance.

Les Grecs avaient la skhole, ce temps libre, fécond et non planifié, consacré à la sagesse plutôt qu’à la productivité. Les Romains avaient l’otium, un temps de loisirs productif dédié à la lecture, l’écriture, la culture. Ces temps se sont étiolés par nos rythmes de vie effrénés. La montagne, elle, les distribue encore avec une certaine générosité, à condition qu’on en accepte ses conditions.

The Conversation

Ce travail a bénéficié d’une aide de l’Etat gérée par l’Agence Nationale de la Recherche au titre du programme « France 2030 » portant la référence ANR-15-IDEX-0002 via le Labex ITTEM

Alain Decrop ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Se déconnecter en montagne : pourquoi les refuges nous font tant de bien – https://theconversation.com/se-deconnecter-en-montagne-pourquoi-les-refuges-nous-font-tant-de-bien-285647

Échecs budgétaires et optimisation bi-niveau : pourquoi les politiques publiques dérapent

Source: The Conversation – France (in French) – By Stefano Nasini, Professeur de Méthodes Quantitatives, IÉSEG School of Management

La réussite d’une politique publique dépend pour partie de la réaction des agents économiques. Pour cela, la définition des moyens et des objectifs doit intégrer les réactions des ménages ou des entreprises. Or, cela s’avère souvent très complexe. Des avancées dans la puissance de calcul apportent des pistes intéressantes. Illustration avec la politique du logement.


À l’horizon 2027, la France devra trouver des dizaines de milliards d’euros d’ajustements budgétaires pour respecter ses engagements, selon les estimations de l’observatoire français des conjonctures économiques. Le défi n’est pas seulement de décider où couper, taxer ou plafonner. Il est surtout d’anticiper les stratégies d’adaptation des ménages et des entreprises, car chaque réforme modifie leurs choix économiques : ils réagissent en ajustant leurs achats, leurs investissements, leurs demandes d’aide ou de logement.

Une économie annoncée peut alors avoir un effet boomerang : contournements, reports vers d’autres guichets publics, blocages administratifs ou coûts indirects. Dans un tel contexte, une politique efficace doit être pensée comme une décision stratégique, dont le résultat dépend aussi des réponses qu’elle déclenche.

Un laboratoire de l’effet boomerang

Le logement constitue un terrain particulièrement parlant pour comprendre ces effets boomerang. C’est un secteur où les règles publiques ne se contentent pas de distribuer des aides ou de fixer des plafonds : elles modifient directement les arbitrages des ménages. Lorsqu’une allocation, un barème ou un plafond rend le logement social nettement plus avantageux que d’autres solutions, et que l’offre de petits logements reste rare, les ménages déjà logés peuvent avoir intérêt à conserver leur logement plutôt qu’à prendre le risque d’un déménagement coûteux, incertain ou moins favorable.




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Cette logique individuelle, parfaitement rationnelle à l’échelle d’un ménage, produit alors un blocage collectif. Deux phénomènes se superposent. D’un côté, la pression de la demande atteint des niveaux records : plus de 2,6 millions de ménages étaient en attente au premier semestre 2024, selon l’Union sociale pour l’habitat. De l’autre, l’offre effectivement disponible se renouvelle lentement : la Cour des comptes observe une rotation annuelle inférieure à 8 % en 2020, contre plus de 10 % en 2011. La tension naît précisément de cet écart entre une demande élevée et un flux de logements qui se libèrent trop lentement. En Île-de-France, cette tension est particulièrement visible dans le parc social : la demande de T1 est 20 fois supérieure à la capacité d’attribution.

Trop d’interventions inefficaces ?

Ce constat conduit au cœur du problème. Si la tension persiste malgré l’intervention ancienne et massive de l’État sur le marché du logement, ce n’est pas seulement parce que les objectifs seraient mal choisis ou les moyens insuffisants. C’est aussi parce que chaque règle publique crée des incitations, donc des réponses. Un plafond de ressources, une aide, une exemption, une priorité d’attribution ou une pénalité ne produisent pas seulement un effet comptable immédiat : ils modifient les stratégies des ménages. Certains restent, d’autres demandent un relogement, d’autres se tournent vers le parc privé, d’autres encore attendent, ou cherchent à entrer dans une catégorie plus favorable.

L’État poursuit alors une cible mobile : le résultat final d’une politique dépend des comportements qu’elle déclenche. Or ces stratégies d’adaptation sont difficiles à anticiper, à quantifier et à intégrer au moment même où la décision publique est prise.

Une cible mouvante

Comment décider, alors, lorsque l’effet réel d’une politique dépend des réactions qu’elle provoque ? Le problème n’est pas seulement de savoir que les ménages et les entreprises s’adaptent. Les économistes le savent depuis longtemps, et la théorie économique dispose déjà de cadres pour représenter ces interactions, comme les jeux de Stackelberg ou les fonctions de réaction des banques centrales. La difficulté est plus opérationnelle : comment intégrer la complexité computationnelle de ces réactions dans la conception même d’une politique publique, avant que la réforme ne soit appliquée ?

C’est ici que l’optimisation bi-niveau devient utile. Elle permet de représenter une décision publique comme une interaction stratégique entre un décideur et des agents qui réagissent à ses choix. Le décideur public, que l’on appelle le leader, choisit d’abord une politique, notée « x » : un barème, une taxe, une subvention, une exemption ou une règle d’attribution. Les ménages, les entreprises ou les citoyens, que l’on appelle les suiveurs, répondent ensuite par leurs propres décisions. Ces décisions ne sont pas indépendantes de la règle adoptée : elles dépendent de x. On les note donc « y(x) », c’est-à-dire les réponses des agents à la politique choisie.

La nouveauté n’est donc pas de constater que les agents réagissent, mais de pouvoir intégrer ces réactions dans des politiques beaucoup plus complexes qu’un simple taux ou un prix unique. Dans la réalité, une réforme combine souvent des barèmes, des seuils, des quotas, des zonages, des exemptions et des contraintes de capacité. L’enjeu est alors de choisir une règle publique en tenant compte, dès sa conception, des comportements qu’elle risque de déclencher.

Dans ce cadre, l’État ne mesure pas seulement l’effet direct de sa décision x. Il cherche à évaluer son effet réel, que l’on peut noter F(x, y(x)) : le résultat obtenu une fois que les ménages et les entreprises ont adapté leurs choix à la règle adoptée. Selon le cas, cette fonction peut représenter une économie budgétaire nette, le nombre de logements effectivement libérés, le coût total pour les finances publiques, ou un compromis entre efficacité, équité et faisabilité politique. Le problème consiste donc à choisir la politique x qui produit le meilleur résultat, en anticipant les réponses y(x). Lorsque ces réponses sont nombreuses, hétérogènes et contraintes par des ressources limitées, la difficulté devient aussi computationnelle.

Un vrai casse-tête computationnel

Prenons un exemple volontairement simplifié. Supposons qu’une collectivité souhaite libérer de grands logements sociaux occupés par des ménages devenus plus petits, afin de les attribuer à des familles en attente. Elle envisage une mesure combinant trois leviers : une contribution mensuelle en cas de sous-occupation, une aide au déménagement et des exemptions pour les ménages fragiles. Sur le papier, le calcul semble immédiat : si 1 000 ménages sont concernés et que la contribution est fixée à 50 euros par mois, la recette attendue atteint 600 000 euros par an. Mais ce raisonnement suppose implicitement que tous les ménages restent en place et paient. Or c’est précisément ce qui risque de ne pas se produire.

Certains ménages resteront et paieront. D’autres demanderont un logement plus petit dans le parc social. D’autres encore chercheront une solution dans le parc privé, ce qui peut accroître le coût des aides au logement. Imaginons que, parmi les 1 000 ménages concernés, 450 demandent un logement plus petit, alors que seuls 150 T1 ou T2 sont disponibles dans l’année. Les 300 autres restent bloqués dans la file d’attente. Si 200 ménages basculent vers le parc privé avec une aide publique supplémentaire de 120 euros par mois, cela représente déjà 288 000 euros de dépense annuelle supplémentaire, sans compter l’effet possible sur les loyers du parc privé. Si, en outre, 250 ménages sont exemptés ou différés, et que seuls 100 paient effectivement la contribution, la recette réelle n’est plus de 600 000 euros, mais de 60 000 euros. Dans ce scénario, la mesure ne libère que 150 grands logements et déplace une partie de la dépense publique vers d’autres guichets.

À propos de l’explosion combinatoire

La difficulté ne tient donc pas seulement au calcul d’une taxe ou d’une aide, mais à l’enchaînement des réactions qu’elles provoquent. Supposons, par exemple, que l’administration teste cinq niveaux de contribution, quatre montants d’aide au déménagement, trois durées de période transitoire, trois règles d’exemption et quatre critères de priorité géographique, comme le montre la Figure 1. On obtient déjà 5 × 4 × 3 × 3 × 4 = 720 configurations de politique publique. Pour chacune d’elles, il faut encore anticiper les réponses de ménages hétérogènes. Même avec seulement vingt types de ménages et quatre réactions possibles par type, cela représente 420 =1 099 511 627 776 profils de réaction. Au total, l’espace à explorer atteint donc 720 × 420 = 791 648 371 998 720 combinaisons politique-réactions. C’est cette explosion combinatoire qui rend ces problèmes impraticables par simple énumération.

Figure 1 : L’Optimisation bi-niveau dans les politiques du logement.

L’explosion combinatoire ne signifie pas que ces problèmes sont insolubles. Elle signifie surtout qu’ils ne peuvent pas être abordés par une simple énumération de toutes les politiques et de toutes les réactions possibles. Pour les rendre analysables, il faut les formuler comme des problèmes structurés sur le plan mathématique et numérique. Les progrès récents en optimisation numérique, en simulation et en calcul parallèle permettent déjà d’explorer ce type de scénarios de manière beaucoup plus organisée. À plus long terme, le calcul quantique pourrait encore élargir cet horizon, même s’il ne constitue pas aujourd’hui une solution immédiatement mobilisable pour la décision publique.

Importer la perspective bi-niveau dans l’analyse des échecs budgétaires

Cet effort de structuration mathématique et numérique a déjà été mené dans d’autres domaines où l’optimisation bi-niveau s’applique. La logique leader-suiveurs n’est donc pas propre au logement, ni même aux politiques publiques. Elle apparaît chaque fois qu’une autorité centrale fixe des règles, tandis que des acteurs autonomes prennent ensuite leurs propres décisions à l’intérieur de ce cadre. Dans mes travaux, cette architecture a par exemple été mobilisée en finance, lorsqu’une banque définit des règles générales d’allocation ou de gestion du risque, tandis que des entités décentralisées et des intermédiaires prennent des décisions plus fines, parfois en tension avec l’objectif initial (articles 1, 2, et 3) ; dans les transports urbains, lorsqu’un opérateur choisit des investissements, des tarifs ou des péages tout en anticipant les choix d’itinéraires des usagers ; ou encore dans l’organisation des entreprises, lorsqu’une maison mère fixe des incitations à la production, comme des prix de transfert ou des investissements technologiques, puis observe comment les filiales ajustent leur comportement.

Plusieurs situations, une seule logique : réduire le risque d’effet boomerang

De la finance aux transports, en passant par l’organisation des entreprises, le même schéma revient : une règle fixée en amont déclenche des réponses en aval. Le logement montre que ce schéma n’a rien d’abstrait. Un barème, un plafond, une subvention, une exonération ou une priorité d’attribution représentent des signaux qui modifient les décisions des ménages : rester, déménager, demander un relogement, différer un choix ou arbitrer entre parc social et parc privé.

C’est pourquoi une réforme ne peut pas être évaluée uniquement à partir de son effet attendu sur le papier. Elle doit aussi être testée à travers les réactions qu’elle est susceptible de provoquer. Les outils d’optimisation numérique, de simulation et de calcul parallèle permettent désormais d’explorer ces scénarios de façon plus structurée que par simple intuition ou par énumération exhaustive. Ils ne remplacent pas le choix politique, mais rendent plus visibles les arbitrages entre économies budgétaires, justice sociale et faisabilité.

Dans un contexte où chaque milliard compte, l’enjeu n’est donc pas seulement d’être « plus strict » ou « plus généreux ». Il est de concevoir des politiques suffisamment robustes pour rester efficaces une fois les comportements ajustés. C’est précisément ce que permet la perspective bi-niveau : transformer une réforme en laboratoire de scénarios, afin de réduire le risque qu’une économie annoncée se retourne en effet boomerang.

The Conversation

Stefano Nasini ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Échecs budgétaires et optimisation bi-niveau : pourquoi les politiques publiques dérapent – https://theconversation.com/echecs-budgetaires-et-optimisation-bi-niveau-pourquoi-les-politiques-publiques-derapent-280052

Lait cru : des bénéfices largement surestimés et des risques bien établis, selon la science

Source: The Conversation – in French – By Nina Klioueva, Université de Montréal

Derrière l’engouement pour le lait cru se cachent des aspirations légitimes : mieux connaître l’origine de ce qu’on mange, soutenir les producteurs locaux, se méfier d’une industrie agroalimentaire opaque. Le problème, c’est que ces préoccupations s’accompagnent trop souvent d’idées reçues sur les bienfaits du lait cru et d’une sérieuse sous-estimation de ses risques.


Le lait cru est un lait qui n’a subi aucun traitement thermique après la traite. À l’inverse, le lait vendu en épicerie est pasteurisé, c’est-à-dire chauffé brièvement à une température précise, puis rapidement refroidi afin d’éliminer les bactéries pouvant causer des maladies.

Pour départager les faits des idées reçues, il faut examiner ce que la science nous dit réellement sur le lait cru et les risques associés à sa consommation.

Une interdiction qui n’est pas arbitraire

Au Québec et au Canada, le cadre réglementaire est clair : la vente, le don et la distribution de lait cru sont interdits depuis 1991, à l’exception pour certains fromages soumis à des contrôles microbiologiques stricts et réguliers. Au XIXe siècle, le lait contaminé était l’une des principales causes de mortalité infantile dans les grandes villes. À New York seulement, environ 8 000 nourrissons mouraient chaque année de maladies liées au lait non pasteurisé.

La pasteurisation, comme démontré par des données épidémiologiques robustes, a dramatiquement réduit ces décès et continue de le faire.




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L’exemple de la Suisse, où la vente de lait cru est légale via des machines distributrices directement à la ferme, montre qu’une coexistence est possible. Toutefois, ces machines affichent un avertissement recommandant de faire bouillir le lait avant sa consommation, les autorités le considérant comme un aliment présentant un risque non négligeable.

Une machine distributrice grise
En Suisse, il est possible de se procurer du lait cru à partir de machines distributrices, mais un message d’avertissement met en garde sur les risques associés.
(Swiss agricultural research)

Vrai ou faux : le lait cru apporte des bienfaits nutritionnels ?

L’argument le plus répandu en faveur du lait cru est qu’il serait plus nutritif que le lait pasteurisé. Or, une revue systématique et méta-analyse de 40 études conclut que la pasteurisation n’a qu’un impact minime sur la teneur en protéines, en calcium et pour la majorité des vitamines. Seules de légères diminutions de certaines vitamines (B2, B12, C, folate) sont observées, sans conséquence notable dans une alimentation variée. Au Canada, l’enrichissement obligatoire en vitamine D, une vitamine peu disponible dans les sources alimentaires et encore moins dans le lait cru, compense largement ces variations.




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L’argument des « bonnes bactéries » contenues dans le lait mériterait d’être également nuancé. Pour qu’une bactérie soit réellement bénéfique, elle doit survivre à l’acidité de l’estomac et atteindre l’intestin en quantité suffisante. Les micro-organismes dans le lait cru sont variables et peu résistants au passage digestif, en plus d’être présents en concentrations infimes. Et lorsqu’ils ont été retrouvés en quantités plus significatives dans le lait lors d’analyses microbiologiques, leur origine était souvent une contamination fécale.

Un autre argument fréquemment avancé en faveur du lait cru est celui du rôle des enzymes, qui faciliteraient la digestion, notamment celle du lactose chez les personnes intolérantes. Or, ces enzymes sont détruites à la fois par la chaleur lors de la pasteurisation et par l’acidité gastrique lors de la digestion. Leur rôle positif dans la digestion humaine pour en ressentir des bénéfices n’a à ce jour pas été démontré avec conviction, notamment en ce qui concerne une amélioration de la digestion ou une réduction des symptômes d’intolérance au lactose.

Deux bouteilles de lait avec un étiquette jaune
Ces bouteilles commerciales de lait cru sont produites à Aveyron (France).
(Wikipedia)

Il faut aussi déconstruire une confusion fréquente : la couche de crème à la surface du lait qui est souvent interprétée à tort comme un signe de « naturalité » ou de supériorité du lait cru. Celle-ci n’est ni un indicateur de qualité nutritionnelle ni de salubrité, mais simplement une caractéristique physique du lait liée à son traitement.

En effet, cette couche de crème n’est pas liée à la pasteurisation, mais à l’homogénéisation, un procédé mécanique qui consiste à fragmenter les globules de gras afin de les répartir uniformément dans le lait et d’éviter qu’ils flottent. Ainsi, un lait pasteurisé, mais non homogénéisé, peut tout à fait présenter une couche de crème visible.


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Les risques microbiologiques

Le principal problème du lait cru reste son potentiel de contamination par des pathogènes tels que Listeria monocytogenes, Escherichia coli O157 :H7, Salmonella et Campylobacter et ce, malgré que le lait soit réfrigéré, ce qui ralentit la croissance bactérienne, mais ne l’élimine pas.

Aux États-Unis, entre 1998 et 2018, le Centers for Disease Control and Prevention (CDC) a documenté 202 éclosions liées au lait cru, causant 2 645 maladies et 228 hospitalisations. Ce qui est frappant, c’est que le lait cru ne représente qu’une très petite part de la consommation totale de lait, car environ 1-4 % de la population américaine en consomme. Pourtant, une étude de 2017 publiée dans Emerging Infectious Diseases a calculé que les produits laitiers non pasteurisés causent 840 fois plus de maladies et 45 fois plus d’hospitalisations que les produits pasteurisés. Autrement dit, un risque disproportionnellement élevé pour un aliment consommé par si peu de personnes.

Au Canada, des cas graves de syndrome hémolytique et urémique, une atteinte rénale sévère touchant surtout les enfants, ont été directement liés à la consommation de lait cru obtenu par des réseaux illicites. Les complications peuvent être graves : insuffisance rénale, méningite, septicémie et séquelles neurologiques permanentes.

Ces données n’empêchent pas le débat de se polariser. Aux États-Unis, des figures comme Robert F. Kennedy Jr. ont défendu le lait cru comme symbole de liberté face à la Food and Drug Administration (FDA). Au Canada, le consensus scientifique et de santé publique demeure ferme sur les risques.

Ce que le débat révèle vraiment

Le lait cru n’est pas un superaliment oublié, mais un produit dont les bénéfices sont largement surestimés et les risques bien établis. Le débat qu’il suscite révèle surtout un besoin plus profond : recréer des liens entre alimentation, producteurs et consommateurs dans un système alimentaire qui a gagné en efficacité, mais perdu en transparence.

Pour les personnes souhaitant renouer avec une alimentation plus locale et traçable, les options ne manquent pas. Maturin.ca regroupe plus de 2 500 produits de plus de 400 fermes, incluant les produits laitiers et artisans québécois, avec livraison à domicile. Il existe aussi des paniers de fermes, tel que ceux offerts par Fermierdefamille.com.

Une personne qui choisit délibérément un aliment local, qui visite une ferme ou qui pose des questions à un fromager dans un marché public exerce une forme de citoyenneté alimentaire qui soutient concrètement l’économie locale et la dignité des producteurs, sans pour autant risquer sa santé.

La Conversation Canada

Nina Klioueva a reçu des financements sous forme de bourse de maîtrise en recherche pour titulaires d’un diplôme professionnel – volet régulier du FRQ, ainsi qu’une Bourse d’études supérieures du Canada – maîtrise (BESC M) des IRSC.

Maude Perreault est membre de l’Ordre des diététistes nutritionniste du Québec et des Diététistes du Canada. Elle a obtenu des financements sous forme de subventions de recherche de la Fondation canadienne sur la recherche en diététique, le Conseil de recherches en sciences humaines et les Fonds de recherche du Québec – Société et culture via l’Équipe Futur.

ref. Lait cru : des bénéfices largement surestimés et des risques bien établis, selon la science – https://theconversation.com/lait-cru-des-benefices-largement-surestimes-et-des-risques-bien-etablis-selon-la-science-282826

Canicules et personnes âgées : ce n’est pas l’âge qui tue, ce sont les failles du système

Source: The Conversation – in French – By Stephanie Hatzifilalithis, Scientist, Women’s Age Lab, Women’s College Hospital – Assistant Professor, Dalla Lana School of Public Health, University of Toronto

Il y a cinq ans, la vague de chaleur qui a frappé la Colombie-Britannique est devenue l’une des catastrophes météorologiques les plus meurtrières de l’histoire du Canada.


Fin juin et début juillet 2021, en l’espace de huit jours, 619 personnes sont décédées des suites de la canicule. La plupart étaient des personnes âgées. Beaucoup vivaient seules. Presque toutes sont mortes chez elles. Ce qui s’est passé n’était pas seulement un phénomène météorologique. C’était un échec des politiques en matière de logement, de santé, de préparation aux situations d’urgence et de politique sociale.

Aujourd’hui, la question qui dérange n’est pas de savoir si nous avons tiré les leçons de cette tragédie. C’est de savoir si nous en avons tiré suffisamment.


Cet article fait partie de notre série La Révolution grise. La Conversation vous propose d’analyser sous toutes ses facettes l’impact du vieillissement de l’imposante cohorte des boomers sur notre société. Manières de se loger, de travailler, de consommer la culture, de s’alimenter, de voyager, de se soigner, de vivre… découvrez avec nous les bouleversements en cours, et à venir.


Ce mois-ci, une grande partie de l’Europe est à nouveau sous alerte canicule. L’Italie a émis ses alertes de niveau maximal dans plusieurs villes. La France et le Royaume-Uni ont enregistré des températures supérieures à 44 °C, des écoles ont fermé, les réseaux de transport ont été perturbés et les gouvernements s’efforcent de protéger les habitants vulnérables. Des milliers de décès ont déjà été associés à la vague de chaleur actuelle, touchant principalement les personnes âgées.

Les récentes vagues de chaleur qui ont touché le Canada rappellent que les risques sanitaires liés au réchauffement climatique s’aggravent aussi chez nous. Fin juin et début juillet 2026, des périodes prolongées de chaleur extrême ont donné lieu à des alertes de chaleur généralisées en Ontario, au Québec et dans certaines régions du Canada atlantique, avec des indices humidex dépassant les 40 °C par endroits.

Un enjeu majeur de santé publique

Ces scènes nous sont familières, car le problème sous-jacent est le même. Les vagues de chaleur extrême ne sont plus des événements rares. Elles sont en train de devenir un enjeu majeur de santé publique du XXIe siècle. Pourtant, notre réponse reste largement réactive.

La vague de chaleur a mis en évidence ce que les chercheurs savent depuis longtemps : la chaleur n’affecte pas tout le monde de la même manière. L’âge, le handicap, les revenus, la qualité du logement, l’isolement social, les responsabilités familiales et l’accès à des moyens de rafraîchissement sont autant de facteurs déterminants. Les personnes les plus exposées sont celles qui disposent du moins de ressources pour se protéger.

Les personnes âgées sont souvent considérées comme un groupe vulnérable en cas de canicule, mais la vulnérabilité ne dépend pas uniquement de l’âge. Elle dépend des choix politiques.

Les personnes deviennent vulnérables lorsqu’elles vivent dans des logements mal ventilés, n’ont pas les moyens de s’équiper d’une climatisation, ont une mobilité réduite, sont socialement isolées ou dépendent de systèmes de santé et d’aide sociale fragmentés qui peinent à identifier les personnes à risque avant qu’une crise ne survienne.

Vieillir dans un climat en mutation

La population canadienne est désormais « hyper-vieillissante ». Plus de 20 % des Canadiens ont plus de 65 ans. Parallèlement, le changement climatique augmente à la fois la fréquence et l’intensité des épisodes de chaleur extrême.

Santé Canada prévoit que la mortalité liée à la chaleur continuera d’augmenter au cours des prochaines décennies. En Colombie-Britannique, des modélisations suggèrent que, sans mesures d’adaptation significatives, la chaleur extrême pourrait causer la mort de plus de 1300 personnes par an d’ici 2030.

Au sein du National Collaborative on Climate Change and Aging (Collectif national sur les changements climatiques et le vieillissement), dont je suis la directrice scientifique, nous savons ce qui pourrait aider. Les villes peuvent étendre la canopée urbaine et les espaces publics ombragés. Les codes de construction peuvent privilégier le refroidissement passif et la conception résistante à la chaleur, et nous pouvons garantir et faire respecter la législation afin que les logements disposent d’espaces dédiés au contrôle de la température.

Les logements sociaux, les établissements de soins de longue durée, les résidences pour personnes âgées et les logements communautaires peuvent être adaptés et soumis à des obligations visant à prévenir les températures intérieures dangereuses. Les systèmes de santé peuvent mettre en place des mécanismes pour identifier et soutenir les personnes les plus exposées. Les plans d’action chaleur-santé peuvent associer la santé publique, les services sociaux, la gestion des urgences et les organisations communautaires avant que les températures ne grimpent. Nous pouvons également nous appuyer sur les experts de terrain qui font face à ces problèmes depuis des années.

Le problème n’est pas un manque de preuves. C’est un manque d’empressement.

Une main tenant une pancarte sur laquelle on peut lire « Il commence à faire chaud ici »
La leçon à retenir n’est pas que la chaleur extrême est à venir ; elle est déjà là.
(Unsplash/Markus Spiske)

L’hypothèse la plus dangereuse

Au lendemain du dôme de chaleur de 2021, de nombreux gouvernements ont promis de prendre des mesures. Des améliorations importantes ont été apportées, mais l’adaptation reste fragmentée et inégale. Trop souvent, la préparation à la chaleur repose encore sur la responsabilité individuelle, alors que les risques sont largement déterminés par des conditions sociales et environnementales plus vastes.

Au cours des 20 prochaines années au Canada, la population âgée de 65 ans et plus devrait augmenter de 68 %. Soutenir les personnes âgées face au changement climatique deviendra une priorité politique croissante pour les collectivités.


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Étant donné que la plupart des personnes âgées préfèrent vieillir chez elles – c’est-à-dire rester aussi longtemps que possible dans leur logement et leur communauté –, les stratégies d’adaptation au changement climatique devraient aller au-delà des interventions d’urgence. Elles devraient inclure des logements adaptés aux personnes âgées, des infrastructures de quartier, des services accessibles et des soutiens communautaires, afin que chacun puisse rester en sécurité chez soi dans un climat en mutation.

Il y a cinq ans, 619 personnes ont perdu la vie en Colombie-Britannique, et cette immense tragédie a servi d’avertissement au pays. L’Europe nous en donne aujourd’hui un autre. La leçon à retenir n’est pas que la chaleur extrême est à venir ; elle est déjà là. L’hypothèse la plus dangereuse que nous puissions formuler est que nous disposons encore de temps.

La Conversation Canada

Stephanie Hatzifilalithis reçoit des fonds des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) et du Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH) pour financer ses recherches.

ref. Canicules et personnes âgées : ce n’est pas l’âge qui tue, ce sont les failles du système – https://theconversation.com/canicules-et-personnes-agees-ce-nest-pas-lage-qui-tue-ce-sont-les-failles-du-systeme-287124

Los Gallardos: la gravedad de algunos incendios ya no se mide en hectáreas, sino en vidas

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Fernando Medina Morales, Profesor de Geografía, Universidad de Las Palmas de Gran Canaria

Coches calcinados por el incendio que tuvo lugar en Los Gallardos (Almería) el 9 de julio de 2026. RTVE

El incendio de Los Gallardos (Almería) ocurrido el pasado 9 de julio ha provocado una tragedia de enorme impacto humano y social. Más allá de las cifras provisionales de fallecidos, desaparecidos y heridos, y de las circunstancias concretas del suceso, que deberán ser aclaradas por la investigación oficial, esta tragedia plantea una pregunta de mayor alcance: ¿seguimos utilizando los indicadores adecuados para medir la gravedad de los incendios forestales?

Tradicionalmente, el balance de una campaña se ha basado principalmente en el número de incendios registrados, la superficie quemada y la capacidad de los servicios de extinción para controlar las llamas. Estos indicadores siguen siendo imprescindibles, pero resultan insuficientes cuando el fuego alcanza territorios habitados y pone en peligro directamente a la población.

En un contexto de cambio climático y estrés territorial, el objetivo principal de la gestión de una emergencia ya no está únicamente en apagar el incendio a través de la suma de medios técnicos, sino en que no haya víctimas mortales.

Andalucía venía de campañas favorables

Los datos oficiales del Plan INFOCA, el instrumento de la Junta de Andalucía para la defensa contra los incendios forestales, muestran que esta comunidad ha mantenido durante el último quinquenio una capacidad de respuesta operativa elevada.

Entre 2021 y 2025, el número de intervenciones forestales osciló entre las 613 y las 876 anuales, sin una tendencia claramente creciente. Del mismo modo, el porcentaje de conatos se mantuvo en valores elevados, entre el 75,5 % y el 82 %. Esto significa que aproximadamente cuatro de cada cinco incendios fueron controlados antes de superar una hectárea.

La evolución de la superficie afectada, sin embargo, presenta una variabilidad mucho mayor. Mientras que en 2023 apenas se quemaron 1 827 hectáreas, en 2022 se superaron las 15 500 debido a varios grandes incendios forestales que concentraron la mayor parte de la superficie afectada.

Este comportamiento pone de manifiesto una realidad ampliamente observada en los incendios mediterráneos: el riesgo no viene determinado por un aumento continuado del número de incendios sino por la aparición de unos pocos incendios de comportamiento extremo, capaces de generar gran parte de los daños ambientales, económicos y sociales de cada campaña. Una tendencia que también hemos identificado en nuestras investigaciones sobre la evolución de los incendios forestales en Gran Canaria.

En este contexto, el fuego en Los Gallardos no debe interpretarse automáticamente como la consecuencia de una falta generalizada de medios de extinción. La investigación oficial deberá esclarecer cómo evolucionó el incendio y qué factores condicionaron su desarrollo. Lo que sí podemos afirmar es que la creciente complejidad de estos grandes incendios obliga a complementar la capacidad de extinción con una mayor atención a la vulnerabilidad del territorio, la planificación de las evacuaciones y la comunicación del riesgo para proteger a la población.




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Cuando el territorio cambia las consecuencias

En Los Gallardos encontramos una configuración territorial diferente. El paisaje combina vegetación natural, matorral, parcelas agrícolas, caminos rurales, urbanizaciones y viviendas aisladas. No estamos únicamente ante un incendio que avanza por una superficie forestal, sino ante un fuego que puede entrar directamente en los lugares donde vive la población.

Desde la geografía denominamos interfaz urbano-forestal a los espacios en los que las viviendas, las carreteras, los jardines, los cultivos y el monte aparecen mezclados. En estas zonas, gestionar la emergencia no consiste solo en detener las llamas. También hay que localizar a personas distribuidas en un territorio disperso, hacerles llegar instrucciones claras y organizar evacuaciones por una red viaria que puede ser limitada, desconocida o quedar rápidamente comprometida.

La dispersión residencial multiplica la complejidad. Evacuar un núcleo urbano compacto no es lo mismo que proteger viviendas aisladas conectadas mediante caminos secundarios, pistas rurales o accesos privados.

Comunicar no es únicamente enviar una alerta

La comunicación del riesgo adquiere aquí un peso decisivo. Las herramientas de alerta permiten hacer llegar un aviso a miles de personas en pocos segundos. Sin embargo, recibir una alerta no garantiza que la población adopte la conducta más segura.

Esta idea coincide con los resultados obtenidos en nuestras investigaciones sobre la implantación de ES-Alert, el sistema de alerta a la población ante emergencias graves (como incendios o inundaciones) en España. El estudio mostró que, aunque el sistema fue ampliamente aceptado por la población, una parte significativa de los participantes consideró que los mensajes podían ser más claros y manifestó que su respuesta dependería del tipo de emergencia. Esto pone de relieve que la eficacia de una alerta no depende únicamente de su difusión, sino también de cómo es comprendida e interpretada por quienes la reciben.

Este reto es todavía mayor en territorios donde conviven población local, residentes extranjeros, turistas y personas que desconocen la red de carreteras o los procedimientos de protección civil. Los mensajes deben ser sencillos, accionables, coherentes y, cuando resulte necesario, difundirse en diferentes idiomas.

Un mismo aviso, respuestas diferentes

Antes de actuar, las personas se formulan preguntas, aunque sea de manera inconsciente: ¿el peligro es realmente grave?, ¿me afecta a mí?, ¿tengo tiempo para marcharme?, ¿es más seguro quedarme?, ¿puedo abandonar mi vivienda?, ¿por dónde debo salir? Estas decisiones se producen bajo presión, con información incompleta y en un periodo de tiempo muy reducido.

Esta cuestión también aparece en investigaciones desarrolladas por nuestro grupo y presentadas en el Congreso Internacional de Riscos de Portugal. Estos trabajos ponen el foco en la relación entre la percepción del peligro, la interpretación de la información oficial y la adopción de conductas de autoprotección.

Por eso, la eficacia de una alerta no debe evaluarse únicamente comprobando si el mensaje fue enviado o recibido. También hay que estudiar si fue comprendido, si generó confianza y cuánto tiempo transcurrió hasta que la población actuó.




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Preparar a la población antes del incendio

La comunicación durante la emergencia es esencial, pero comienza mucho antes de que aparezca el fuego. La población debe conocer previamente los riesgos del territorio, las rutas de evacuación y las conductas básicas de autoprotección.

Esto requiere cartografiar las viviendas dispersas, planificar evacuaciones, realizar simulacros, identificar a las personas especialmente vulnerables y adaptar los mensajes a los distintos perfiles sociales y culturales.

Los incendios forestales seguirán exigiendo inversión en prevención, gestión del territorio y medios de extinción. Pero también es necesario dedicar más atención al comportamiento humano.

Todavía debemos esperar a que la investigación oficial determine qué ocurrió en Los Gallardos. No sería responsable anticipar fallos ni señalar responsabilidades. Sin embargo, la tragedia ya nos recuerda una lección fundamental: un incendio no se mide únicamente por las hectáreas que quema, sino también por las personas que pone en peligro y por la capacidad del sistema para ayudarlas a tomar decisiones seguras.

The Conversation

Fernando Medina Morales no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Los Gallardos: la gravedad de algunos incendios ya no se mide en hectáreas, sino en vidas – https://theconversation.com/los-gallardos-la-gravedad-de-algunos-incendios-ya-no-se-mide-en-hectareas-sino-en-vidas-287390

Notations de crédit en Afrique : les agences occidentales s’appuient-elles sur des données ou sur des préjugés ?

Source: The Conversation – in French – By Misheck Mutize, Post Doctoral Researcher, Graduate School of Business (GSB), University of Cape Town

Les trois principales agences de notation — Moody’s, S&P Global et Fitch — ont souvent émis des avis divergents concernant la notation des institutions et des pays africains. Leurs opinions ne doivent pas nécessairement coïncider, mais un écart considérable entre les notations suggère des inexactitudes dans leurs analyses.

Des notations discutables ont des conséquences. Elles font grimper le coût du capital. Des notations plus basses indiquent un risque plus élevé et conduisent les investisseurs à exiger des taux d’intérêt plus élevés pour compenser ce risque. Lorsqu’un pays est déclassé, ses coûts d’emprunt augmentent. Il doit payer plus d’intérêts sur un même montant de dette et a moins de chances d’obtenir des financements pour son développement.

Au cours des trois dernières années, on a observé des exemples notables de divergences significatives entre les décisions des agences de notation.

Le premier exemple concerne la Banque africaine d’import-export (Afreximbank). Entre juin 2025 et juin 2026, les trois principales agences sont parvenues à des conclusions sensiblement différentes quant à la solvabilité de la banque. L’Union africaine a souligné le caractère erroné de ces dégradations.




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Les banques de développement d’Afrique sont mises à mal : le continent en paiera le prix


Le deuxième exemple est la dégradation par Fitch Ratings de la note du groupe industriel nigérian Dangote Industries Limited le 6 août 2024. L’agence a invoqué les risques liés à la construction d’une raffinerie. Un an plus tard, la raffinerie de pétrole Dangote s’est révélée être un projet transformateur qui a rééquilibré la balance commerciale du Nigeria. Elle a permis de réduire les importations du pays et d’augmenter sa production nationale. Fitch s’est trompée et ses dégradations de notation ont mis en péril la réalisation du projet.

L’African Finance Corporation présente un clivage similaire. S&P New York et S&P Global China Ratings, l’entité chinoise de S&P Global Ratings? ont émis des évaluations très divergentes.

Enfin, Moody’s a abaissé la note du Kenya en juillet 2024, tandis que S&P a maintenu sa note « B ».

Ces exemples mettent en évidence le même problème : les divergences entre des agences de notation qui examinent en apparence le même ensemble de facteurs de risque.

À mon sens, ces divergences offrent deux opportunités aux pays africains :

  • contester les notations

  • diversifier leurs notations et leurs sources de financement en s’éloignant des marchés occidentaux.

Enfin, ces divergences soulignent la nécessité pour les agences de notation de faire preuve de plus d’objectivité et de fonder leurs notations sur des données factuelles et des fondamentaux.

Les divergences

Fitch a déclassé la Banque africaine d’import-export à deux reprises, de BBB à BBB- en juin 2025, puis à BB+ en janvier 2026 avant de retirer sa notation. Cela signifie que Fitch a cessé d’attribuer des notations à la banque après la résiliation de son contrat.

Tant Moody’s que S&P ont maintenu des notations « investment grade » (catégorie investissment), attribuant respectivement Baa2 et BBB+. Il s’agit d’un écart de trois crans entre Fitch et S&P pour la même institution.

Cela se produit rarement sur d’autres continents, car les trois agences de notation internationales évaluent des facteurs de risque largement similaires concernant la capacité d’une entité à rembourser ses emprunts.

La question est de savoir si les déclassements de trois crans d’Afreximbank par Fitch reposaient sur des faits concrets concernant la banque ou sur des erreurs de jugement subjectives de la part des analystes.

Les agences asiatiques ont tendance à reconnaître l’importance politique d’Afreximbank, qui joue un rôle stratégique dans le financement du commerce et du développement de l’Afrique. Elles reconnaissent ainsi son statut de créancier privilégié, ce qui signifie que ses pays membres continuent de rembourser les prêts de la banque même en période de crise.

Fitch a toutefois estimé que le rôle d’Afreximbank en Afrique était en train de s’amenuiser et qu’elle n’était pas un créancier privilégié. Cette évaluation s’appuie sur une affirmation du Fonds monétaire international.

S&P Global Ratings s’est aligné sur l’agence chinoise Chengxin International Credit et sur l’Agence japonaise de notation.

Lorsque Fitch Ratings a abaissé la note de Dangote Industries, l’agence a indiqué que le risque était lié au refinancement d’une nouvelle raffinerie de pétrole. Fitch a émis l’hypothèse que des retards dans la satisfaction des besoins de financement rendraient plus probable une restructuration financière ou un défaut de paiement, ce qui pourrait entraîner de nouvelles baisses de notation.

Face à ces perspectives aussi prudentes que spéculatives, Dangote Industries Limited a décidé de mettre fin à son contrat avec Fitch Ratings. Elle a déclaré que cette notation n’avait plus de sens sur le plan commercial et que le groupe s’attacherait désormais à obtenir des notations auprès d’agences de notation basées en Afrique.

Un an plus tard, la raffinerie de pétrole Dangote a fait du Nigeria un exportateur régional et a renforcé sa sécurité énergétique.

Moody’s a abaissé la note du Kenya le 8 juillet 2024 après que le gouvernement a annulé les hausses d’impôts prévues en réponse aux manifestants. S&P a décidé d’attendre le budget du Kenya prévu pour août 2024.

La dégradation de Moody’s a entraîné un écart de deux crans entre les notations attribuées au Kenya par Moody’s et S&P. En l’espace de six mois, Moody’s est revenue sur cette dégradation en rehaussant les perspectives.
Passant directement de « négative » à « positive », sans passer par l’étape « stable ». Il est très inhabituel qu’une agence de notation révise ses perspectives en l’espace de six mois et saute un cran.

Cette révision peut être interprétée comme une reconnaissance implicite de la part de Moody’s que ses notations antérieures étaient erronées.

Le Kenya a dû supporter environ 150 millions de dollars US de frais d’intérêts supplémentaires sur sa dette existante en euro-obligations, les investisseurs s’étant précipités pour vendre leurs obligations.

Alternatives

Le coût élevé du capital, dû aux faibles notations attribuées par les agences de notation internationales, pousse l’Afrique à se tourner vers l’Asie pour trouver des sources de financement étrangères.

Cinq pays africains ont déjà émis, à eux tous, 5 milliards de dollars américains d’obligations au Japon, en Chine, à Hong Kong, en Corée et aux Émirats arabes unis au cours des deux dernières années. Cette évolution a renforcé l’importance des agences de notation asiatiques, car aucun pays ni aucune institution ne pourrait lever des capitaux en Asie sans une notation délivrée par des agences locales. Celles-ci attribuent à certaines institutions africaines des notes plus élevées que leurs homologues occidentales. Les agences asiatiques sont tout aussi indépendantes et crédibles.

Lorsque Fitch Ratings a déclassé Afreximbank au niveau spéculatif, les agences de notation asiatiques ont vu les choses différemment. Chengxin International Credit Ratings Co. a maintenu une note AAA stable pour Afreximbank. La Japan Credit Rating Agency attribue à la banque la note A- stable pour son programme d’obligations « samouraï ».Leurs évaluations divergent largement de celles de Fitch concernant la même institution, avec le même bilan et le même mandat.

Ce qui doit changer

L’écart croissant entre les notations attribuées par les trois agences de notation internationales représente une opportunité pour les États africains et leurs institutions.

Premièrement, plutôt que d’accepter des évaluations qui se révèlent inexactes sur le plan analytique, les États africains et leurs institutions doivent contester ces notations. À mon sens, cela aidera les agences de notation à faire preuve de plus de rigueur. Cela permettra également d’attirer l’attention des investisseurs internationaux sur les notations erronées.

Deuxièmement, les entités africaines doivent diversifier leurs notations et leurs relations de financement en s’éloignant des marchés occidentaux. Les agences de notation nationales ont démontré une compréhension plus nuancée des réalités locales.

Enfin, les agences de notation doivent faire preuve de plus d’objectivité. Les sentiments et les frustrations des analystes ne devraient pas influencer le processus de notation.

The Conversation

Misheck Mutize est affilié à l’Union africaine en tant qu’expert principal en matière de notations de crédit

ref. Notations de crédit en Afrique : les agences occidentales s’appuient-elles sur des données ou sur des préjugés ? – https://theconversation.com/notations-de-credit-en-afrique-les-agences-occidentales-sappuient-elles-sur-des-donnees-ou-sur-des-prejuges-287230

Les volcans du Cantal sont des montagnes…de verre!

Source: The Conversation – France in French (2) – By Patrick De Wever, Professeur, géologie, micropaléontologie, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN)

Le Puy Mary est un sommet des monts du Cantal, vestige du plus grand stratovolcan d’Europe. Il culmine à 1 783 mètres d’altitude. Wikimédia, CC BY

Au-delà du sport, le Tour de France donne aussi l’occasion de (re)découvrir nos paysages et parfois leurs bizarreries géologiques. Ce mardi 14 juillet, les coureurs du Tour de France vont traverser les volcans du Cantal sans craindre les crevaisons… et pourtant, ils traversent des montagnes de verre ! En effet, la plupart des laves volcaniques sont essentiellement constituées de verre.


Pour un géologue, parler de « verre en cristal » est une aberration : dans la nature, le verre est un matériau solide amorphe – c’est-à-dire désordonné à l’échelle atomique, contrairement au cristal. C’est une sorte de liquide figé.

Lorsqu’on parle de verre, il faut se méfier de la polysémie du terme : il y a le verre que l’homme fabrique depuis des millénaires pour concevoir par exemple des vitres ou des récipients, mais il existe aussi toute une série de verres naturels.




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Comme l’explique Daniel R. Neuville, chargé de recherche à l’Institut de Physique du Globe de Paris, un « verre » est un silicate fondu fabriqué par l’homme, tandis qu’une lave volcanique ou un magma est un silicate issu des profondeurs de la terre – ou d’autres planètes.

Quand une coulée de lave refroidit rapidement, sa matière ne peut cristalliser, elle se fige alors sous forme de verre. On observe une « bordure figée » autour de certaines coulées, filons, ou bombes volcaniques.

Certaines roches sont particulièrement riches en verre, tels les magmas riches en silice, comme le sont les magmas acides.




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Avec une telle composition chimique, les molécules ont tendance à polymériser, ce qui explique leur forte viscosité. Cette consistance limite la diffusion des éléments, qui ne réussissent alors pas à se mettre aux endroits ad hoc pour former des cristaux. La polymérisation conduit à une roche non organisée (à l’inverse des cristaux) qui, en refroidissant donne un verre : l’obsidienne.

Il existe aussi le verre des impactites ou celui des tectites. Les impactites sont des verres naturels formés au moment de l’impact d’un astéroïde. A l’inverse des tectites, elles n’ont pas été projetées dans l’atmosphère. On retrouve dans la composition chimique des impactites des traces de la météorite incidente.

La Vallée de Pantasma, au nord du Nicaragua, aurait été formée par l’impact d’un astéroïde il y a 800 000 ans.
CNRS

Le verre industriel

Le verre industriel, lui, est obtenu par fusion d’une roche siliceuse, généralement du sable. Des éléments sont souvent ajoutés pour en modifier les propriétés : le pyrex, par exemple, plus résistant aux chocs thermiques qu’un verre ordinaire, est enrichi en bore.

Les puissants de ce monde ont longtemps possédé des objets d’une grande rareté et donc précieux. Parmi ces objets, on trouvait des coupes, ou des verres, en « cristal de roche », c’est-à-dire en quartz (un oxyde de silicium cristallisé). Ces objets avaient un magnifique éclat lumineux et un son caractéristique. Pour imiter ces objets précieux et fabriquer des verres en « cristal », on a ajouté à la composition siliceuse un oxyde de plomb qui apporte l’éclat et permet d’obtenir un son caractéristique.

Deux objets en « cristal » A gauche : coupe en cristal de roche (en quartz). Trésor du MNHN DR A droite : Verre en cristal. Ce verre (objet) est un vrai verre (matière) : les faces taillées permettent de mieux jouer avec la lumière L Carpentier.
Fourni par l’auteur

Plus il y a de plomb, plus le son est cristallin : la vitesse de la lumière est fonction du milieu dans lequel elle se propage. Plus le milieu est dense, plus la lumière est fortement déviée, elle peut aller jusqu’à la réflexion complète si le cristal est taillé en facettes, qui jouent alors le rôle de miroirs. Pour la même raison, le son qu’un tel verre produit lorsqu’on le fait vibrer est plus aigu, plus… cristallin.


Une version plus longue de ce texte a été publiée le 29 juin 2026 sur le site Planet Terre de l’ENS Lyon.

The Conversation

Patrick De Wever ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les volcans du Cantal sont des montagnes…de verre! – https://theconversation.com/les-volcans-du-cantal-sont-des-montagnes-de-verre-286884

La selección: terremoto en Venezuela

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Elba Astorga, Editora de Economía, The Conversation

Un rescatista trabaja en el lugar donde se derrumbó un edificio tras los fuertes terremotos mientras continúan las operaciones de búsqueda, rescate y recuperación en La Guaira. ttanni/Shutterstock

“Qué triste está la ciudad, perdida ya de su fe, pero destruida será el día de San Bernabé. Quien lo viviere lo verá”. Con esa tétrica cantinela, el mendigo caraqueño Raposanta anunciaba, en los primeros meses de 1641, la próxima destrucción de la capital de la entonces Capitanía General de Venezuela. Llegó el 11 de junio, día de San Bernabé, y cuentan las crónicas que:

“Entre las ocho y media y las nueve de la mañana, tembló la tierra grandemente e hizo en esta ciudad de Santiago de León de Caracas y en su puerto de La Guaira un destrozo miserabilísimo. No hubo casa, una ni ninguna, que no viniese totalmente al suelo o no hiciese tan grande sentimiento que se pueda en muchos tiempos vivir. La iglesia mayor se abrió por diferentes partes, (…) cayó parte de la iglesia del convento de Las Monjas, cayó casi toda la iglesia de San Francisco…”.

Ese fue el primer terremoto documentado en la ciudad de Caracas, con 74 años de fundada, y se estima que tuvo una magnitud de entre 7,5 y 8.

El 26 de marzo de 1812, Jueves Santo, se concatenaron tres tremendas sacudidas sísmicas en tres puntos distintos del país en lo que se conoce como el Terremoto de Venezuela. Ocurrido en plena guerra de Independencia, hubo quien adujo que se trataba de un castigo divino por intentar subvertir el orden establecido desde España. Ha quedado para los libros de historia la imagen de Simón Bolívar encaramado sobre los escombros arengando a las gentes:

“Si la Naturaleza se opone lucharemos contra ella y haremos que nos obedezca”.

Se estima que la magnitud de esos tres seísmos fue de entre 6,2 y 7.

Pintura en la que muchas personas se lamentan sobre los restos de otros seres humanos.
Oleo sobre tela Terremoto de 1812, del pintor venezolano Tito Salas.
Wikimedia Commons

El último gran terremoto de Caracas, antes del 24-J, ocurrió el 29 de julio de 1967. De magnitud 6,6, hizo colapsar varios edificios en la capital y La Guaira, y hubo 240 fallecidos.

A las 18.04 horas del 24 de junio de 2026, día de San Juan y aniversario de la batalla de Carabobo (1821), la más importante en la guerra de Independencia de Venezuela, volvió a moverse el suelo venezolano. Dos grandes terremotos, de 7,2 el primero y 7,5 el segundo, sacudieron la tierra durante tres minutos eternos. Todos hemos sido testigos, en vivo o vía redes y pantallas desde cualquier lugar del mundo, del grado de destrucción alcanzado. A dos semanas del terremoto ya hay más 3 800 personas muertas y cerca de 17 000 heridas. Y, aunque no hay estimaciones oficiales del número de desaparecidos, se llega a hablar de en torno a los 50 000.

El norte de Venezuela es una de las regiones con mayor actividad sísmica del norte de América del Sur porque allí confluyen la placa del Caribe y la de Sudamérica.

Haití (que sufrió un enorme seísmo en 2010) al norte y Venezuela al sur están situados en los límites de ambas placas, que se mueven lateralmente en una falla de cizalla: una fractura en la corteza terrestre donde dos bloques de roca se desplazan horizontalmente uno respecto al otro, en direcciones contrarias.

La cuestión es que el grueso de la población de Venezuela se concentra en los estados de la franja norte del país, por lo que en ellos conviven vulnerabilidad sísmica y densidad de población.

La magnitud del desastre es tal que se ha decretado el estado de emergencia a escala nacional y La Guaira ha sido calificada “zona de desastre”, por la cantidad de viviendas derrumbadas e infraestructuras colapsadas. Además, los daños han obligado al cierre del aeropuerto de Maiquetía, el más importante del país.

La cuestión que se plantea ahora es cuál es la calidad real, cómo es el mantenimiento y qué condiciones de uso tienen las construcciones en Venezuela. En La Guaira y en Caracas, decisiones de construcción discutibles, ampliaciones informales y ausencia de programas sostenidos de mantenimiento han provocado el colapso de muchas infraestructuras en este gran terremoto de 2026.

Ante esta tragedia, hemos visto desde muy pronto la movilización de la ciudadanía venezolana: desde los primeros rescates improvisados y sin medios a las pocas horas de los derrumbes pasando por la organización de cocinas colectivas, la recaudación de insumos, el transporte de medicamentos y materiales. Esta enorme movilización no ha ocurrido solo dentro del territorio venezolano: también han participado los miembros de la diáspora venezolana, casi 8 millones de personas que en la última década se vieron obligadas a abandonar el país por razones políticas o de pobreza y falta de oportunidades.

La reconstrucción del país será una tarea de la patria global o no será. Una característica fundamental de la Venezuela de 2026 es que su sociedad ya no coincide con su territorio sino que lo sobrepasa.

Sin embargo, no nos engañemos: en estas dos semanas no todo ha sido bondad. En las zonas afectadas por los seísmos se han producido robos y saqueos. En medio del caos, han coincidido tres elementos esenciales para que se produzca un delito: infractores motivados, objetivos valiosos y accesibles, y la ausencia de guardianes eficaces y control social. Así, el caos elimina la barrera del riesgo y maximiza la oportunidad de beneficio: el espacio público, antes regulado, se convierte temporalmente en un escenario de total impunidad.

A más de dos semanas de los terremotos del día de San Juan, se abre el largo camino hacia la recuperación de la confianza y la reconstrucción de las regiones afectadas. La ayuda humanitaria seguirá siendo necesaria y vale la pena conocer las distintas opciones disponibles para decidir cómo ayudar a Venezuela desde España de forma segura, responsable y eficaz.

The Conversation

ref. La selección: terremoto en Venezuela – https://theconversation.com/la-seleccion-terremoto-en-venezuela-287150