Le vrai mystère de « Vaiana » : qu’est-ce qui a bien pu pousser les Polynésiens à repartir vers l’est après 1 700 ans de pause ?

Source: The Conversation – France (in French) – By David Sear, Professor in Physical Geography, University of Southampton

Alors que Vaiana remet à l’honneur les grandes traditions de navigation polynésiennes, une nouvelle étude éclaire les raisons de leur spectaculaire expansion à travers le Pacifique. Ent-movie / Alamy

Le mystère de la « longue pause » fascine les archéologues depuis des décennies : pourquoi les Polynésiens ont-ils cessé d’explorer le Pacifique pendant près de 1 700 ans avant de reprendre soudain leurs voyages ? De nouvelles archives climatiques offrent une explication convaincante.


La même question est au cœur de l’intrigue de Vaiana, la légende du bout du monde et de plusieurs décennies de recherches archéologiques : pourquoi, après des siècles de relative stabilité, les navigateurs polynésiens se sont-ils soudainement mis à coloniser des îles situées à des milliers de kilomètres les unes des autres à travers le Pacifique ?

Le dernier film Vaiana est une adaptation en prises de vues réelles du long métrage d’animation de Disney du même nom. Bien que fictifs, ces films s’inspirent du remarquable héritage maritime des peuples polynésiens, dont les ancêtres ont accompli l’un des plus extraordinaires épisodes d’exploration océanique de l’histoire de l’humanité.

De nouvelles données climatiques pourraient aider à comprendre ce qui les a poussés à entreprendre ces voyages.

En toile de fond de Vaiana se trouve le mystère de la « longue pause ». Les ancêtres des Polynésiens, les Lapita, ont atteint les archipels des Samoa et des Tonga il y a environ 3 000 ans. Ils y ont apporté un style de poterie caractéristique ainsi qu’une culture insulaire qui leur était propre.

Les migrations humaines dans le Pacifique

Les ancêtres des Polynésiens ne se sont aventurés au-delà des Samoa et des Tonga qu’après une « longue pause » de 1 700 ans. Les autres archipels du Pacifique ont ensuite été colonisés rapidement.
David Sear

Pourtant, durant les 1 700 années qui ont suivi, les expéditions plus à l’est sont restées très rares. Les données archéologiques indiquent que les populations des Tonga et des Samoa ont augmenté et développé une culture propre, distincte de celle des Lapita.

Puis, entre 900 et 1100 de notre ère, les ancêtres des Polynésiens ont soudainement entrepris une vaste phase de migration vers l’est. Au cours du siècle suivant, des navigateurs embarqués sur d’immenses pirogues à double coque et à voile ont atteint Hawaï, Aotearoa (la Nouvelle-Zélande) et Rapa Nui (l’île de Pâques). La présence de patates douces sur de nombreuses îles du Pacifique suggère qu’ils ont probablement également été en contact avec les côtes du continent américain.

Lorsque les navigateurs européens arrivèrent enfin, plusieurs siècles plus tard, ils furent stupéfaits de découvrir que même les plus petits atolls étaient habités par des communautés partageant de profondes parentés culturelles et linguistiques.

Le mystère de la « longue pause »

Depuis des générations, anthropologues et historiens cherchent à comprendre ce qui a mis fin à la longue pause. Les Polynésiens ont-ils mis au point de nouvelles techniques de navigation leur permettant de remonter les alizés d’est ? Ont-ils été poussés par la croissance démographique et des pressions sociales ? Ou leur décision a-t-elle été déclenchée par un facteur physique, lié à l’environnement ?

Pour répondre à cette question, il faut s’intéresser aux conditions matérielles qui rendent la vie possible sur une île du Pacifique : l’eau douce et la nourriture. À mesure que la population augmente, la pression sur ces ressources s’intensifie.

Les ancêtres des Polynésiens étaient très adaptables et habitués aux sécheresses saisonnières. Mais des épisodes de sécheresse prolongés et sévères, survenant alors que la densité de population était élevée, pouvaient faire qu’une île ne soit plus en mesure de faire vivre ses habitants. En définitive, la survie sur une île dépend d’une ressource essentielle : les précipitations.

Décrypter les archives du climat

Les auteurs prélèvent des échantillons de sédiments dans une zone marécageuse de Polynésie.
David Sear

Jusqu’à récemment, les scientifiques ne disposaient d’aucune donnée permettant de reconstituer le climat qui régnait dans la région des Tonga et des Samoa à cette période cruciale des migrations. Nous avons toutefois pu retracer ces évolutions en analysant les isotopes de l’hydrogène – des variantes légèrement différentes d’un même élément chimique – conservés dans d’anciens sédiments prélevés dans des marais et des lacs.

Sous les tropiques, la composition isotopique de l’eau de pluie reflète la quantité de précipitations. En se développant, les algues et les plantes absorbent cette eau et en enregistrent la signature chimique dans des molécules capables de se conserver pendant des milliers d’années dans les sédiments, constituant ainsi une archive naturelle des précipitations passées.

Grâce à cette technique, nous avons mis en évidence une période de sécheresse durable et particulièrement sévère dans le sud-ouest du Pacifique tropical entre 850 et 1200 de notre ère. Nos résultats, récemment publiés dans le Journal of Pacific Archaeology, montrent qu’il s’agit de la période la plus sèche qu’ait connue la région au cours des 2 000 dernières années. Surtout, cette sécheresse est survenue à une époque où les populations insulaires étaient devenues plus nombreuses.

La grande migration vers l’est du Pacifique a coïncidé avec une période de sécheresse dans l’ouest du Pacifique :

graphs
Les populations humaines ont colonisé l’est du Pacifique peu après une longue période de sécheresse dans l’ouest du Pacifique (en orange sur le graphique supérieur), marquée également par une série de brusques épisodes de sécheresse (en orange sur le graphique central).
David Sear

Pourquoi certaines îles connaissent-elles des sécheresses qui durent plusieurs décennies, voire plusieurs siècles ? Les précipitations dans le sud du Pacifique tropical dépendent de la position de la zone de convergence du Pacifique Sud (SPCZ), une vaste bande de nuages et de pluies qui se déplace d’est en ouest au fil du temps sous l’effet des variations de la température de surface des océans. À court terme, ces déplacements sont liés aux phénomènes El Niño et La Niña. Mais la SPCZ peut aussi se déplacer sur des périodes beaucoup plus longues, entraînant des décennies de conditions exceptionnellement sèches ou humides dans différentes régions du Pacifique.

L’ensemble concorde avec les données génétiques, qui indiquent que la population des Samoa a connu une forte croissance autour de l’an 1000, peut-être grâce à l’arrivée de nouveaux groupes de population. Tout porte donc à croire que plusieurs facteurs se sont conjugués – un stress climatique intense, une population en expansion et des progrès dans la technologie des pirogues – pour déclencher cette audacieuse exploration vers l’est.

L’expansion polynésienne constitue, à elle seule, un épisode remarquable de l’histoire humaine. Tandis que Vaiana fait découvrir à un nouveau public les traditions de navigation des peuples du Pacifique, les scientifiques continuent d’affiner notre compréhension des défis environnementaux auxquels ces navigateurs hors du commun ont été confrontés – et de la manière dont ils y ont répondu avec ingéniosité, résilience et un extraordinaire esprit d’exploration à l’échelle de l’océan Pacifique.

The Conversation

David Sear a reçu des financements de UKRI-NERC et de la National Geographic Society.

Manoj Joshi a reçu des financements de UKRI-NERC.

Mark Peaple a reçu des financements de UKRI-NERC.

ref. Le vrai mystère de « Vaiana » : qu’est-ce qui a bien pu pousser les Polynésiens à repartir vers l’est après 1 700 ans de pause ? – https://theconversation.com/le-vrai-mystere-de-vaiana-quest-ce-qui-a-bien-pu-pousser-les-polynesiens-a-repartir-vers-lest-apres-1-700-ans-de-pause-287387

Por qué seguimos pensando que nuestra vida es una ‘odisea’

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Santiago Sevilla-Vallejo, Profesor Contratado Doctor en Didáctica de la Lengua y la Literatura, Universidad de Salamanca

Matt Damon como Ulises y Zendaya como Atenea en la última adaptación de la _Odisea_. Universal Pictures

Cuando Christopher Nolan estrene su versión de la Odisea, millones de espectadores volverán a encontrarse con cíclopes, naufragios, sirenas y dioses caprichosos. Sin embargo, la verdadera razón por la que el poema de Homero sigue fascinándonos casi tres mil años después quizá no tenga que ver con sus monstruos ni con sus aventuras. Su legado más profundo podría ser otro: enseñarnos a interpretar nuestra propia vida como una historia.

Último tráiler oficial de la Odisea de Nolan.

Hoy es habitual escuchar expresiones como “he aprendido de mis errores”, “esa experiencia me cambió para siempre”, “necesitaba encontrar mi camino” o “ya no soy la misma persona que era entonces”. Todas ellas comparten una idea aparentemente sencilla: que la vida tiene una dirección y que las experiencias contribuyen a transformarnos. Sin embargo, esta forma de comprender la existencia no es universal ni inevitable. Es también una construcción cultural. Y una de sus raíces más influyentes se encuentra en la Odisea.

El primer gran relato de transformación

A diferencia de la Ilíada, centrada en la guerra y la gloria heroica, la Odisea cuenta un regreso. Ulises desea volver a su hogar, Ítaca, después de la guerra de Troya, pero el viaje se prolonga durante años. En el camino pierde compañeros, comete errores, supera peligros y se enfrenta continuamente a situaciones que ponen a prueba quién es. La historia no trata únicamente de llegar a casa. Trata de convertirse en alguien capaz de regresar. Por eso muchos estudiosos consideran que la Odisea inauguró un modelo narrativo extraordinariamente duradero: el del personaje que abandona su mundo conocido, atraviesa una serie de pruebas y regresa transformado por la experiencia.

Desde entonces, innumerables relatos han reproducido esta estructura. La encontramos en novelas, películas, series y videojuegos. También aparece en historias tan diferentes como El Señor de los Anillos, Harry Potter, Star Wars o muchos videojuegos de aventuras contemporáneos. Pero su influencia va más allá de la ficción.

Cuando contamos nuestra vida como un viaje

Durante las últimas décadas, diversas investigaciones sobre identidad narrativa han mostrado que las personas construyen parte de su identidad mediante relatos sobre sí mismas.

Pintura en la que un hombre de barba blanca habla, de pie, ante un hombre más joven agachado que lo mira.
Tiresias le cuenta a Ulises cómo será su futuro, en un cuadro de Henry Fuseli.
Albertina/Google Art Project

El psicólogo Dan McAdams propuso que no solo tenemos recuerdos o rasgos de personalidad: también elaboramos narraciones que ayudan a dar coherencia y significado a nuestra experiencia. Cuando alguien explica cómo superó una enfermedad, cómo cambió tras una ruptura o qué aprendió de una etapa difícil, suele organizar esos acontecimientos siguiendo estructuras narrativas reconocibles.

Y una de las más poderosas es precisamente la que encontramos en la Odisea. Las dificultades dejan de ser simples obstáculos para convertirse en pruebas. Los errores pasan a formar parte de un aprendizaje. El sufrimiento adquiere sentido porque contribuye a una transformación personal. La vida comienza a interpretarse como un recorrido. No es casualidad que palabras tan populares hoy como “crecimiento personal”, “resiliencia” o “desarrollo” remitan, de una u otra forma, a la idea de un viaje.

El regreso importa más que la aventura

Hay un aspecto especialmente llamativo en el poema homérico. Ulises no regresa siendo exactamente la misma persona que partió, pero tampoco se convierte en alguien completamente diferente.

La transformación consiste en integrar las experiencias vividas sin perder la propia identidad. Este equilibrio sigue siendo una de las grandes preguntas humanas. Cambiamos constantemente: estudiamos, trabajamos, nos enamoramos, perdemos seres queridos, atravesamos crisis y descubrimos nuevas facetas de nosotros mismos. Sin embargo, seguimos sintiendo que existe una continuidad entre quienes fuimos y quienes somos. La identidad narrativa intenta explicar precisamente ese fenómeno.

Según diversos estudios en psicología y ciencias humanas, las personas no recordamos simplemente hechos aislados: los conectamos, les atribuimos significado y los incorporamos a una historia sobre quiénes somos. Gracias a ello, experiencias muy distintas pueden formar parte de una misma trayectoria vital.

La Odisea ofrece uno de los primeros modelos culturales para resolver ese desafío. El viaje de Ulises no solo representa una sucesión de aventuras, sino un proceso de interpretación de la experiencia. Cada encuentro, cada pérdida y cada obstáculo contribuyen a redefinir la relación del personaje con los demás y consigo mismo. Lo importante no es únicamente lo que le ocurre, sino cómo esas vivencias terminan integrándose en la persona que llega a Ítaca.

Pintura en la que se ve un barco con hombres remando y otro atado a un mástil que observa a unas mujeres que se esconden tras un árbol.
Ulises intentando evitar escuchar el canto de las sirenas, según Otto Greiner.
Bridgeman Art Library

Quizá por eso seguimos identificándonos con este relato. La mayoría de nosotros no lucharemos contra cíclopes ni escucharemos el canto de las sirenas, pero todos intentamos comprender qué significado tienen las pruebas que hemos atravesado y qué papel desempeñan en la historia de nuestra vida. Como Ulises, buscamos una forma de regresar a nosotros mismos después del cambio.

Lo que quizá vivamos de nuevo con la Odisea de Nolan

Cuando la nueva adaptación llegue a los cines, es probable que la conversación pública se centre en los efectos visuales, el reparto o la fidelidad al texto clásico.

Pero existe otra lectura posible. Quizá la vigencia de la Odisea no dependa tanto de sus aventuras extraordinarias como de algo mucho más cercano. Seguimos regresando a ella porque habla de una experiencia que todos compartimos: la necesidad de dar sentido a nuestra vida mediante historias.

Tres mil años después, seguimos buscando nuestra Ítaca. Seguimos enfrentándonos a pruebas que nos cambian. Y seguimos intentando responder a la misma pregunta que acompaña a Ulises durante todo su viaje: quiénes somos después de todo lo que nos ha ocurrido.


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The Conversation

Santiago Sevilla-Vallejo no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Por qué seguimos pensando que nuestra vida es una ‘odisea’ – https://theconversation.com/por-que-seguimos-pensando-que-nuestra-vida-es-una-odisea-285011

¿Cómo queda el tablero de la defensa europea tras el reajuste táctico de la OTAN en Ankara?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Cesáreo Rodríguez-Aguilera de Prat, Catedrático de Ciencia Política, Universitat de Barcelona

Para los aliados de Estados Unidos, las cumbres de la OTAN de ahora consisten en un ejercicio para contener daños y evitar reproches de Donald Trump. La “relación especial” entre la superpotencia estadounidense y la Unión Europea (UE) está tocada, pues ya no se puede dar por descontado el apoyo de Washington.

La cumbre de la Alianza Atlántica celebrada los días 7 y 8 de julio en Ankara (Turquía) ha tenido lugar sin la perspectiva del cese el fuego en Irán y en Ucrania, lo que muestra que el poder disuasorio de los EE UU es menor de lo que se suponía. Ambos conflictos continuarán.

En consecuencia, esta cumbre no ha sido más que un reajuste táctico que apenas ha conseguido renegociar el reparto de la carga, en particular por lo que se refiere a Ucrania.

Lo que ha puesto en evidencia es que Europa sigue en su laberinto. Se resiste a claudicar, como sí hace el secretario general de la OTAN, el europeo Mark Rutte, pero es incapaz de avanzar en su integración federal, un paso necesario para construir su propia defensa.

Las amenazas de Trump: Groenlandia y retirada de efectivos

Trump ha conseguido enemistarse con los principales líderes europeos, pues persiste en sus improcedentes aspiraciones anexionistas de Groenlandia y amenaza con retirar efectivos de Europa. Por todo ello, esta cumbre, que debería haber servido para establecer una mejor relación entre Estados Unidos y sus aliados europeos, no ha resuelto bien el deterioro anterior debido a que Trump no asume el multilateralismo y lo fía todo a la incontestable superioridad militar de su país.

El presidente estadounidense pretende un cambio del régimen global en el mundo para imponer con más fuerza la hegemonía de su país y contener a China, su verdadera obsesión. Sus principales quejas siguen siendo la insuficiente inversión militar europea y la ausencia de apoyo incondicional en la guerra contra Irán por parte de sus socios de la alianza.




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El mandatario estadounidense exige dos cosas: que los europeos aumenten la carga presupuestaria militar hasta el 5 % (que ni los Estados Unidos cumplen) y que adquieran el grueso del armamento a su país. Ante esta presión, Europa puede hacer dos cosas: claudicar servilmente como hace Mark Rutte o esforzarse por ser realmente autónoma.




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Sin integración no puede haber ejército europeo

Lo cierto es que Europa ni quiere ni puede ir por libre. Por un lado, teme que Washington se descuelgue de la OTAN. Un escenario muy improbable, tanto porque resultaría contradictorio con los intereses estratégicos de los EE. UU. como por las notables dificultades políticas y jurídicas que supondría implementarlo. Por otra parte, Europa tampoco es capaz de profundizar mucho más en su integración federal.

Si la UE aspira a ser un actor geoestratégico mundial e incluso a dotarse algún día de un ejército europeo, el paso congruente sería el de culminar el proceso político de integración. En otras palabras, Europa tiene la solución teórica (los Estados Unidos de Europa), pero resulta imposible llevarla a la práctica porque ni puede ni quiere, toda vez que la mayoría de las élites y de las opiniones públicas nacionales no están preparadas para tal desenlace. En estas circunstancias, solo se puede aspirar a una OTAN 3.0 más europea y con más responsabilidades en su área.

Un ataque frontal de Rusia es inviable

Rusia se ha convertido en el gran pretexto para justificar un rearme sin precedentes, pero la posible amenaza sobre la Europa central y báltica es muy improbable por la enorme sangría militar y económica que está suponiendo la guerra en Ucrania. Vladímir Putin no está en absoluto en condiciones de atacar frontalmente a ningún país de la OTAN.

Tras más de cuatro años de guerra la economía rusa presenta claros síntomas de recesión. Si en todo este tiempo no ha podido conquistar Kiev es impensable que pueda ocupar Varsovia o las capitales bálticas. Otra cuestión podría ser la hipótesis Narva (convertir esta ciudad de Estonia en una “zona gris”) o la del corredor polaco de Suwalki, el punto más frágil de la arquitectura de seguridad europea. Con ello, Rusia pondría a prueba el artículo 5 de la OTAN (el ataque contra un Estado es el ataque contra todos), pero ambas opciones estratégicas plantean demasiados riesgos y parecen muy poco probables.

En todo caso, la presión de Trump ha obligado a los gobiernos europeos e incrementar sus presupuestos militares. No es que la UE gaste poco en defensa (más del 50 % en comparación con Estados Unidos), pero gasta mal por su fragmentación nacional.

Un rearme dividido

La estrategia adoptada es totalmente contraproducente para la soberanía europea porque la perspectiva adoptada es siempre la nacional. El programa ReArmar Europa no prevé la integración efectiva en la producción de armas y mucho menos una organización militar supranacional. El fracaso del caza europeo FCAS (siglas de Future Combat Air System) es todo un paradigma de como los mal entendidos intereses nacionales arruinan los europeos.

Ciertamente, los Estados Unidos y la UE quieren limitar al máximo la influencia rusa en toda Ucrania, pero no desean un colapso brusco del régimen de Putin por lo imprevisible que pudiera ser. La ayuda occidental le permite a Ucrania resistir, pero no vencer. La coartada rusa sirve para justificar el rearme y se ha impuesto el mecanismo por el cual la UE compra armas a los EE. UU. para entregárselas después a Ucrania.

La ayuda militar occidental a Ucrania queda así supeditada a los cálculos estratégicos occidentales y este país está pagando intereses elevados y ha tenido que hacer muchas concesiones económicas. Las buenas noticias para Ucrania son que se ha convertido en una potencia en fabricación de drones y que ha conseguido autorización de Trump para armar los misiles Patriot.

El caso de España

Por último, un apunte sobre el papel de Pedro Sánchez en la cumbre. España ya supera el 2 % y gasta más que algunos países miembros de la OTAN a los que Trump no ha criticado. Es el séptimo país en cumplir los objetivos requeridos pese a no haber asumido formalmente el irreal y arbitrario porcentaje del 5 %. No obstante, los acuerdos militares con los Estados Unidos funcionan sin el menor problema, al igual que las bases de Rota y Morón.

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Cesáreo Rodríguez-Aguilera de Prat no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. ¿Cómo queda el tablero de la defensa europea tras el reajuste táctico de la OTAN en Ankara? – https://theconversation.com/como-queda-el-tablero-de-la-defensa-europea-tras-el-reajuste-tactico-de-la-otan-en-ankara-287217

¿Quiénes son ‘elles’? Género, gramática e inclusión

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Ana Bravo, Profesor del Departamento de Lengua Española y Lingüística General, Universidad de Murcia

Andrey_Popov/Shutterstock

El lenguaje inclusivo –aquella forma de comunicar que busca incluir o visibilizar por razones de sexo– es motivo de debate frecuente entre quienes consideran necesario modificar las palabras que usamos para adaptarlas a una realidad cambiante y quienes defienden la corrección y el uso consensuado a lo largo de siglos de evolución.

Con lo que pasa es nosotras exaltante. Rápidamente del posesionadas mundo estamos hurra.

Así empezaba el microrrelato del escritor argentino Julio Cortázar Por escrito gallina una, en el que la sintaxis del español se contorsiona en boca de una gallina, tras ser alcanzada por un cohete. Y lo mismo podrían exclamar los defensores del uso del lenguaje inclusivo: ¡Hurra! Porque, a través de los sustantivos colectivos (alumnado, profesorado, el gobierno) y de los desdobles (juezas y jueces, azafatas y azafatos), este lenguaje inclusivo se promueve y defiende desde los poderes públicos.

Sin embargo, en ocasiones, el uso inclusivo del lenguaje se enfrenta a situaciones contradictorias. Por ejemplo, la aparición del morfema -e en sustantivos, adjetivos, artículos y pronombres. Este morfema, aunque se haya creado de la nada y sea muy reciente, es correcto gramaticalmente pero admite dos usos diferentes, con significados también diferentes y, aparentemente, excluyentes.

¿Neutro o no binario?

El primero de los usos lo vemos en las estructuras de desdoble, como en la afirmación de la exministra de Igualdad del Gobierno de España Irene Montero: “Todos los niños, niñas y niñes tienen derecho a ser quienes son”. O en el socarrón “azafatas, azafatos y azafates” del escritor y académico de la lengua Arturo Pérez Reverte. En estos casos, la -o hace referencia a las personas de sexo masculino, la -a a las personas de sexo femenino y la -e a las personas de género no binario. Y así debe interpretarse también en la frase “Eso lo opinan ellos, ellas y también elles”.

El segundo uso lo vemos en:

“Y recuerden amiguites: no estamos confundides, estamos muy segures” (…) “Así mismo queremos convocar a les colegues de toda la provincia de Buenos Aires”. (Ejemplos provenientes de las redes sociales).

La -e aquí ya no se refiere a personas de género no binario sino que se utiliza con intención inclusiva: comprende a colegas del sexo masculino y femenino. Lo que no podemos saber es si, además, comprende a personas de género no binario, aunque esto sea secundario.

¿Qué está pasando? Como vemos, el morfema -e ha desarrollado dos valores incompatibles entre sí: permite referirse a personas del género no binario, pero también a cualquier persona, sin diferenciar por el sexo, por lo que también suele entenderse como género neutro. El primero es un uso exclusivo. El segundo es un uso inclusivo. De aquí se derivan dos problemas, uno comunicativo y otro social.




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Un problema comunicativo y uno social

El problema comunicativo se manifiesta cuando no sabemos con cuál de los valores se está utilizando y, por lo tanto, no podemos estar seguros de lo que se dice. Es lo que sucede con el título La política de todes.

En plural es más frecuente el significado inclusivo, es decir, hace referencia a cualquier persona independientemente del sexo biológico; pero la línea de la editorial en la que este libro está publicado induce a pensar que estamos ante la segunda interpretación, la exclusiva (a las personas de género no binario).

En cuanto al problema social, se plantea porque el colectivo queer y, en general, todas aquellas personas que no se identifican con el género binario (hombre vs. mujer), quieren que este morfema -e se utilice exclusivamente con el significado que permite visibilizarlas. Para estos hablantes, todes en La política de todes dejaría fuera a las personas de género binario.




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Usos referenciales y atributivos

Si nos damos cuenta, con la terminación en -e se ha reproducido la misma situación que con la -o: para unos hablantes tiene valor inclusivo, y comprende a todos las personas independientemente de su sexo, mientras que para otros tiene valor exclusivo e identifica al referente por el sexo biológico, sea este masculino, para la -o, o no binario, para la -e.

En ambos casos, el mecanismo lingüístico que está operando es el mismo: estamos pasando de un uso atributivo o descriptivo a un uso referencial. Esta distinción se la debemos al filósofo y matemático Gottlob Frege y tiene que ver con la semántica, es decir, los significados que damos a las palabras.

Podemos hablar de un objeto o una persona de dos maneras: por sus propiedades o atributos generales (un hombre o una mujer cualquiera, en tanto que ser humano) o específicamente como referente (ese hombre específico en ese momento específico). En el primer caso hablamos de un uso atributivo; en el segundo, de un uso referencial.

La película Tienes un e-mail nos sirve para explicarlo. Mientras que Joe Fox es el mismo referente (uso referencial) siempre, cambia la manera en la que se presenta (uso atributivo) para Kathleen Kelly: como el competidor que amenaza su librería (Joe Fox) y como el amigo sensible de internet (NY152) y toda la película gira en torno a que, aunque sabe que Joe Fox es Joe Fox, ignora que es también NY152, hasta que ambos usos convergen.

Si pensamos en “les colegues de Buenos Aires” como cualquier colega, independientemente del sexo, que reside en Buenos Aires, estamos dando al morfema un uso atributivo e inclusivo. En cambio, si no tenemos en cuenta las propiedades sino la referencia, los sujetos específicos a los que nos queremos referir, el uso será referencial y nos estaremos refiriendo únicamente a aquellos colegas no binarios, exclusivamente los que son les y no los o las.

Un cambio en marcha

Desde la lingüística, tanto la -e en español como el pronombre they para el inglés son correctos gramaticalmente. Pero en este momento de la evolución de la lengua, coexisten los dos usos que hemos mencionado: el que distingue tres géneros gramaticales correspondientes a los géneros de las personas hombres, mujeres o no binarias; y un uso neutro y genérico referido a todos los sexos/géneros posibles.

Al mismo tiempo, la lengua mantiene el sistema más antiguo, que conserva -o como genérico. Esta coexistencia explica los problemas comunicativos que hemos visto.

Economía y abstracción

El sistema con tres géneros plantea algunas preguntas interesantes. Una de ellas es si desde el punto de vista de la economía del lenguaje es sostenible. En general, la palabra no es la cosa, es decir, la expresión la mesa no es una mesa, es un signo para referirnos a la realidad; no podemos referirnos a todas y cada una de las realidades. No tenemos una palabra para cada uno de los infinitos tipos de mesas que existen, y tenemos que recurrir a mecanismos lingüísticos para precisarlo (de tres patas, redondas, cuadradas…)

De la misma manera, cabría especular con que dentro del colectivo queer las personas trans no se identifiquen con la -e y quieran reivindincar un morfema propio. Podría añadirse otro morfema, que añadiría complejidad en el sistema. Las lenguas avanzan en fases o estadios; a veces soluciones distintas coexisten y solo el tiempo nos dirá cuál permanece. Aunque lo que sabemos es que los hablantes tienden a evitar este tipo de complejidad.

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Ana Bravo no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. ¿Quiénes son ‘elles’? Género, gramática e inclusión – https://theconversation.com/quienes-son-elles-genero-gramatica-e-inclusion-281395

Escudo cuántico: ¿quién protege nuestros secretos?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Pino Caballero Gil, Catedrática de Universidad en Ciencias de la Computación e Inteligencia Artificial, Universidad de La Laguna

Nuestros secretos podrían quedar expuestos en cuanto aparezcan los primeros ordenadores cuánticos de gran potencia. Esta es la carrera contrarreloj que hoy libran las personas expertas en criptografía por la ciberseguridad en la era cuántica.

Han pasado 30 años desde que la coautora de este artículo publicó el primer libro en español dedicado íntegramente a la criptografía: Introducción a la criptografía (Editorial Ra-Ma, 1996). En aquel momento todo era nuevo, y la seguridad de la información, una disciplina exótica incluso en el entorno académico, invisible para el gran público. Por eso, un libro que llevaba en su título la palabra “criptografía” solo podía entenderse como un tratado sobre mensajes secretos del más allá. Aquella obra pionera, llena de algoritmos matemáticos, se mostraba en muchas librerías en las estanterías dedicadas a los fenómenos paranormales. Resulta paradójico que, tres décadas después, esa materia se haya convertido en el pilar que sostiene nuestra civilización digital.

Hoy, la seguridad online es tan importante como la seguridad a pie de calle. Los sistemas criptográficos consiguen sostener el sistema en una trepidante carrera contra quienes, a veces, consiguen hackearlos. Pero… ¿y en el futuro? La computación cuántica que se avecina, con un alcance casi ilimitado, ¿reforzará la seguridad o la pondrá en riesgo?

Asistimos, de nuevo, a una revolución en materia de ciberseguridad. Nos enfrentamos al auge de aquello que, hasta hace apenas una década, se consideraba casi ciencia ficción: la computación cuántica.

El ocaso de la criptografía actual

Imaginemos que la seguridad de casi todas nuestras comunicaciones, ya sean bancarias, por internet, correo electrónico, internet de las cosas, tarjetas inteligentes, etc., dejara de ser segura de repente. El caos generado sería de dimensiones colosales.

Eso podría fácilmente ocurrir dentro de unos pocos años si no se sustituyen urgentemente los dos algoritmos criptográficos más utilizados en todas las tecnologías actuales: el llamado RSA (siglas de Rivest, Shamir y Adleman, sus inventores) y los basados en curvas elípticas. En ambos casos, el funcionamiento se basa en dos claves: una pública y otra privada, conectadas mediante una función matemática unidireccional. Con la clave privada es muy fácil crear la clave pública, pero extremadamente difícil hacer lo contrario: conseguir la clave privada a partir de la pública. Esa dificultad se debe a que requiere resolver un problema matemático difícil, lo que hace que la contraseña sea segura.

Sin embargo, cuando haya un ordenador cuántico con capacidad suficiente para resolver esos problemas difíciles en poco tiempo, estaremos en peligro. Y ya existen los algoritmos cuánticos necesarios para comprometer la base de la criptografía de clave pública actual. Uno de ellos es el algoritmo de Shor.

Shor tiene la habilidad de encontrar patrones ocultos en los números. Esto le permite resolver los problemas de la factorización y del logaritmo discreto en los que se basa RSA, o los basados en curvas elípticas. Su viabilidad contra los algoritmos criptográficos de clave pública actuales está supeditada a desarrollos en la computación cuántica que aún no están del todo conseguidos. Es decir, ya existe el algoritmo, ahora falta la máquina. Hay dos obstáculos críticos: el número de cúbits y el control de la decoherencia cuántica. Esta última destruye la superposición antes de completar el cómputo, corrompiendo el resultado.

Uno de los chips cuánticos más potentes hoy en día tiene poco más de 1 100 cúbits físicos (con ruido y errores). Sin embargo, aunque teóricamente bastarían unos pocos miles de cúbits lógicos (sin ruido ni errores) para romper el cifrado RSA con 2 048 bits de clave, la fragilidad de los sistemas cuánticos actuales eleva la cifra necesaria hasta cientos de miles de cúbits físicos. Romper la criptografía elíptica con 256 bits de clave requiere un tercio de los recursos cuánticos necesarios para romper RSA-2048, pero tampoco es viable hoy en día.

Si el algoritmo de Shor compromete la criptografía de clave pública, otro algoritmo cuántico, el algoritmo de Grover (1996), puede utilizarse para poner a prueba la criptografía de clave secreta.

Grover y la clave secreta

En este tipo de criptografía, los participantes usan la misma clave secreta para cifrar y descifrar los mensajes. De hecho, el actual estándar de cifrado simétrico, presente en multitud de tecnologías, es el algoritmo AES (Advanced Encryption Standard).

El algoritmo de Grover es, en esencia, un algoritmo cuántico de fuerza bruta. Mientras que un ordenador clásico tendría que probar una a una cada posibilidad de clave secreta para intentar encontrar la correcta, el algoritmo de Grover se aprovecha de la superposición cuántica y el entrelazamiento entre cúbits para descubrir la clave de una manera mucho más rápida.

Sin embargo, la protección contra el algoritmo de Grover es muy sencilla: basta con duplicar el tamaño de la clave, sin necesidad de cambiar el algoritmo de cifrado. Por el contrario, el algoritmo de Shor nos obliga a buscar alternativas matemáticas completamente nuevas, que fundamentan la criptografía postcuántica.

Aunque todavía no existen ordenadores cuánticos suficientemente potentes como para ejecutar los algoritmos de Shor y Grover contra los tamaños de claves criptográficas actuales, ya podemos afirmar que no estamos a salvo, pues se están interceptando y almacenando datos cifrados con la intención de descifrarlos cuando exista un ordenador cuántico capaz de vulnerar esos sistemas criptográficos. Este tipo de estrategia se conoce como “harvest now, decrypt later” (“cosechar ahora, descifrar después”).

Si seguimos utilizando criptografía que no está preparada para resistir ataques cuánticos, nuestros secretos actuales serán descubiertos en cuanto aparezcan los primeros ordenadores cuánticos de gran potencia.

Transición postcuántica

Cambiar todas nuestras tecnologías hacia una criptografía resistente a la computación cuántica representa una de las mayores transformaciones de infraestructura en la historia de la ciberseguridad moderna. Este movimiento global busca proteger nuestras comunicaciones digitales frente a la amenaza cuántica. Para lograrlo, pueden adoptarse tres enfoques: utilizar exclusivamente computación clásica, emplear tecnologías cuánticas o combinar ambas. En el primer caso hablamos de criptografía postcuántica; en el segundo, de criptografía cuántica; y en el tercero, de criptografía híbrida cuántica.

Para anticiparse al escenario de vulnerabilidad que plantea la computación cuántica, el Instituto Nacional de Estándares y Tecnología de Estados Unidos (NIST, por sus siglas en inglés) inició en 2016 un proceso de estandarización sin precedentes para seleccionar los algoritmos de criptografía postcuántica que protegerán nuestras infraestructuras digitales en las próximas décadas.

Tras años de evaluación y escrutinio, y un concurso científico internacional, en agosto de 2024 publicó los primeros estándares oficiales de criptografía postcuántica.

La seguridad de los algoritmos estándares postcuánticos se fundamenta en que, aunque están diseñados para ejecutarse en ordenadores clásicos, se basan en problemas matemáticos que, según el conocimiento actual, resisten tanto ataques clásicos como cuánticos.

El núcleo de esta nueva generación de algoritmos se apoya principalmente en la criptografía basada en retículos. Los estándares ML-KEM (derivado de CRYSTALS-Kyber) para el cifrado y ML-DSA (derivado de CRYSTALS-Dilithium) para firmas digitales sustituyen los problemas numéricos tradicionales de la factorización y el logaritmo discreto por estructuras geométricas en espacios de cientos o miles de dimensiones. Mientras que los ordenadores cuánticos destacan en la búsqueda de periodicidades numéricas, no se conoce actualmente ningún algoritmo cuántico o clásico eficiente capaz de resolver estos problemas de retículos de alta dimensión.

Sin embargo, la adopción de estos estándares plantea retos técnicos significativos. Las claves y firmas postcuánticas suelen ser considerablemente más grandes que las clásicas, lo que obliga a actualizar protocolos de red y optimizar el almacenamiento. No obstante, la publicación de estos estándares en 2024 marcó el inicio de la era de la llamada criptoagilidad o capacidad de actualizar rápidamente los sistemas criptográficos ante nuevos avances científicos.

Escudo cuántico

Si la computación cuántica está llamada a ser el arma definitiva para vulnerar los sistemas de cifrado actuales, resulta natural y necesario buscar en las mismas leyes de la física una línea de defensa. La distribución cuántica de claves (QKD, por sus siglas en inglés) se alza como una de las aplicaciones más maduras y prometedoras de las tecnologías cuánticas aplicadas a la ciberseguridad. Es un método de comunicación cuántica que permite a dos partes generar de forma segura una clave secreta compartida y aleatoria. La QKD aprovecha las leyes de la mecánica cuántica para establecer las bases de una seguridad teórica perfecta garantizando que cualquier intento de interceptación sea físicamente detectable debido a la perturbación de un sistema al ser medido y al teorema de no clonación.

Sin embargo, el despliegue de la QKD a escala global se enfrenta a desafíos prácticos, como los elevados costes de implementación, las limitaciones de alcance físico de la fibra óptica y la compleja integración con las infraestructuras de red ya existentes.

Este escenario ha impulsado el desarrollo de arquitecturas híbridas bajo el paradigma de la criptoagilidad, que permite combinar criptografía tradicional (como el actual estándar AES), criptografía postcuántica (como los estándares postcuánticos del NIST) y criptografía cuántica basada en QKD allí donde sea viable. Esta simbiosis dota a las organizaciones de una resiliencia tecnológica que evita la dependencia exclusiva de una única solución emergente.

En estos días, el catálogo de criptografías primitivas se extiende hacia protocolos que aseguran la identidad y consiguen niveles de eficiencia impensables con la criptografía tradicional.

Entre ellos destacan las firmas digitales cuánticas, que garantizan la autenticidad y no repudio de los mensajes mediante las leyes de la física. Las pruebas cuánticas de conocimiento nulo y la autenticación cuántica de identidad ofrecen soluciones robustas y seguras para autenticar la identidad sin revelar ningún tipo de información sobre la clave privada del usuario. Por último, una de las fronteras más prometedoras es el bloqueo de datos cuánticos, que permite proteger volúmenes masivos de información mediante claves extremadamente cortas. Estas son las soluciones en las que trabajamos. A día de hoy, completan un ecosistema donde la física blinda las comunicaciones futuras.

En paralelo, trabajamos en el aprendizaje automático cuántico (QML, Quantum Machine Learning). El QML es una disciplina que fusiona la computación cuántica con el aprendizaje automático clásico para procesar grandes cantidades de información. Aunque todavía se encuentra en una fase exploratoria, estos modelos podrían identificar patrones de amenaza que resultan invisibles para la inteligencia artificial clásica.

Finalmente, dado que el mantenimiento de hardware cuántico propio es extremadamente costoso y complejo, la computación cuántica en la nube se ha consolidado como la forma más práctica y eficiente de acceder a estos recursos. Este modelo democratiza el uso de procesadores cuánticos reales sin necesidad de grandes inversiones en infraestructura física. Esto favorece el prototipado rápido de nuevas soluciones de seguridad y fomenta una investigación colaborativa global, indispensable para anticiparse a los ataques.

Geopolítica de la cuántica

La investigación en cuántica ha dejado de ser un nicho académico para transformarse en un asunto estratégico que redefinirá el poder mundial en el siglo XXI. Las potencias ya compiten por el control de lo que se perfila como la próxima infraestructura crítica mundial, con un impacto comparable al del petróleo.

Estados Unidos y China lideran esta carrera cuántica. El ecosistema estadounidense se basa en una simbiosis descentralizada entre respaldo estatal y sector privado. Gigantes como IBM, Google y Microsoft lideran la inversión, dominando el panorama de las patentes en software y hardware cuántico.

China, por el contrario, se enfoca hacia una estrategia centralizada y sin inversión privada, aunque con niveles de inversión pública que superan a los de Estados Unidos. Apuesta por la computación cuántica y ha tomado la delantera en comunicaciones cuánticas seguras mediante satélites, una ventaja decisiva en ciberdefensa y espionaje.

Europa, pese a su excelencia académica y programas como la Estrategia de la Europa Cuántica (Comisión Europea, 2025), se enfrenta a la fragmentación de sus mercados y a un menor flujo de capital privado.

La hegemonía cuántica representa una carrera hacia una nueva forma de poder. La nación que domine su tecnología y aplicaciones tendrá una capacidad de influencia sin precedentes. La soberanía cuántica será un factor determinante en las alianzas y conflictos internacionales del futuro.


Este artículo se publicó originalmente en la revista Telos, de la Fundación Telefónica.

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

ref. Escudo cuántico: ¿quién protege nuestros secretos? – https://theconversation.com/escudo-cuantico-quien-protege-nuestros-secretos-283304

Un recorrido por las matemáticas de los balones de fútbol desde los primeros campeonatos hasta el Mundial del 2026

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Antônio José Lopes "Bigode", Fundador, Sociedade Brasileira de Educação Matemática (SBEM)

El Adidas Trionda es el balón oficial de la Copa Mundial de Fútbol de 2026. UKinUSA/Flickr, CC BY-SA

En época de Mundial, hay mucho que decir sobre la relación entre el deporte más popular del planeta, el fútbol, y las matemáticas. Además de las proporciones del terreno de juego, el sistema de puntuación, las estadísticas de los partidos y las probabilidades asociadas a los resultados, hay aspectos curiosos que suelen pasar desapercibidos para los aficionados. Uno de ellos es la evolución de los balones de fútbol y la geometría aplicada a su diseño.

Fue en la Inglaterra del siglo XIX donde surgieron los primeros equipos organizados (1857) y, pocos años después, las reglas modernas del fútbol (1863), dando origen a este deporte que se extendió por todo el mundo. Existen registros que indican que los pueblos mesoamericanos ya practicaban juegos similares al fútbol actual en el siglo XV.

Los balones de los primeros campeonatos oficiales estaban hechos de cuero y cosidos a mano. En ellos ya se podían observar patrones de naturaleza geométrica. Con la necesidad de una producción a escala industrial, resultó conveniente que su superficie estuviera recubierta por módulos iguales que encajaran entre sí, como se puede ver en los balones utilizados entre las décadas de 1930 y 1960.

Un balón de fútbol antiguo en un expositor de museo
El modelo T (con doce módulos en t) fue uno de los modelos usados durante la Copa Mundial de la FIFA de 1930, celebrada en Uruguay.
Oldelpaso/Wikimedia Commons, CC BY-SA

Parece una esfera perfecta, pero no lo es

A primera vista, un balón de fútbol parece una esfera perfecta, recubierta de cuero, goma y otros materiales. Hay desde balones improvisados hechos con telas, como los antiguos balones de calcetín, hasta aquellos fabricados con compuestos altamente tecnológicos, como el poliuretano empleado en los balones oficiales.

Hoy en día, su superficie está formada por la unión de módulos planos que, cosidos o pegados, constituyen un revestimiento que adopta una forma “esférica” cuando se infla. Cuanto más refinado es el diseño de estos módulos, más se aproxima el balón a una esfera.

En 1970, durante el Mundial celebrado en México, se produjo un gran avance en el diseño de estos balones con el Telstar. Fue con el Telstar y su ingenioso diseño con el que Brasil cautivó al mundo al conquistar su tercer título mundial de fútbol en el Estadio Azteca, coronando una racha de títulos en tan solo 12 años (1958, 1962 y 1970).

El balón Telstar.
El balón Telstar.
2010 World Cup – Shine 2010/Flickr, CC BY

El modelo geométrico adoptado en el Telstar se basa en un sólido llamado icosaedro truncado. En matemáticas, los sólidos geométricos son figuras tridimensionales con longitud, anchura y altura. Los cubos, los prismas, las pirámides y la propia esfera son ejemplos de sólidos geométricos.

El clásico balón del Mundial de 1970 se basa en el icosaedro truncado, que tiene 32 caras formadas por polígonos regulares: 20 hexágonos y 12 pentágonos. Recortados y cosidos del revés, estos módulos forman la superficie exterior del balón. Al inflarse, esta envoltura adopta una forma muy parecida a la de una esfera. Este modelo se convirtió en un icono del fútbol mundial y se utilizó durante seis Copas del Mundo consecutivas, desde 1970 hasta 2002.

Un dato impresionante es que esta figura tridimensional forma parte de los sólidos arquimedianos, cuya descripción se atribuye tradicionalmente al matemático griego Arquímedes (287 a.e.c – 212 a.e.c.) y que fue representada magistralmente hace unos 500 años, en el Renacimiento, por Leonardo da Vinci, el gran genio de las artes y la invención. Da Vinci ilustró con decenas de figuras poliédricas el libro De Divina Proportione, publicado en 1509. Escrita por el matemático Luca Pacioli (1445-1517), la obra se considera un clásico sobre las proporciones.

Cuando Da Vinci dibujó los poliedros platónicos y arquimedianos, no existían ni la informática gráfica ni la inteligencia artificial. Solo contaba con su imaginación, sus extraordinarias habilidades y sus pinceles. Cinco siglos más tarde, los ordenadores han sustituido a los pinceles, pero los principios de la geometría siguen siendo los mismos. Lo que ha cambiado son las herramientas utilizadas para aplicarlos.

La revolución del diseño

Durante más de tres décadas, el icosaedro truncado se mantuvo como referencia para el diseño de los balones oficiales. A partir de la década de 2000, sin embargo, la geometría de los balones tomó un rumbo diferente, impulsada por tecnologías de vanguardia como el modelado por ordenador, capaz de tener en cuenta variables como el peso, la velocidad, la resistencia al aire, los nuevos materiales y los procesos de fabricación.

Para los amantes de las matemáticas, resulta interesante observar cómo los balones modernos reflejan los avances de la geometría. Al fin y al cabo, la historia reciente de los balones oficiales también puede entenderse como la búsqueda de construir, con un número cada vez menor de módulos, una superficie que, una vez inflada, se aproxime lo máximo posible a una esfera perfecta.

La llegada del balón Jabulani, fabricado por Adidas, ejemplifica este proceso y consolida una ruptura con el modelo de su predecesor. En lugar de los 32 módulos tradicionales, su superficie pasó a estar formada por solo ocho paneles moldeados tridimensionalmente, unidos mediante procesos de termosoldadura (thermal bonding). La reducción del número de costuras hizo que la superficie fuera más uniforme y acercó aún más el balón a una esfera ideal. El Jabulani se estrenó en el Mundial de 2010, en Sudáfrica.

Un balón de fútbol en el que pone 'adidas' y 'JABULANI' expuesto
Balón Jabulani de Adidas.
Warrenski/Flickr, CC BY-SA

Brazuca y Trionda

El número de módulos se redujo a seis en el diseño del balón Brazuca, la estrella del Mundial de 2014, celebrado en Brasil. Además de la reducción de las costuras, estos módulos presentan una simetría y unas curvaturas cuidadosamente calculadas para distribuir mejor las tensiones provocadas por el inflado del balón. El resultado fue una superficie más regular y un comportamiento aerodinámico más estable.

El balón Trionda, que se utiliza en el Mundial de 2026, celebrado en México, Estados Unidos y Canadá, representa un paso más en esta evolución.

Un balón Trionda de color blanco, rojo y verde
Balón Trionda.
User34790/Wikimedia Commons, CC BY-SA

Cuenta con solo cuatro módulos de contornos curvos, similares a la forma de un bumerán. El encaje de estas cuatro piezas es suficiente para formar todo el revestimiento del balón.

Para diseñar este módulo, los ingenieros y diseñadores utilizaron principios geométricos similares a los que exploraron los mosaicistas moriscos en la ornamentación de edificios públicos y religiosos de Andalucía, como la Alhambra de Granada.

Estos artesanos desarrollaron formas capaces de cubrir completamente una superficie mediante la repetición, sin dejar espacios vacíos ni superposiciones. Siglos más tarde, esos mismos principios inspiraron los famosos mosaicos creados por el artista holandés Maurits Cornelis Escher (1898-1972).

Observar la historia de los balones y los Mundiales desde esta perspectiva ayuda a comprender cómo las matemáticas están en todas partes. Aparecen en la arquitectura de los estadios, en las formas geométricas de los balones y en las soluciones creadas por diseñadores e ingenieros. En cada Copa Mundial, los nuevos retos dan lugar a nuevas ideas, demostrando que el fútbol, el arte, la tecnología y la geometría pueden jugar en el mismo equipo.

The Conversation

Antônio J. L. Bigode es consultor invitado en el ámbito de la Educación Matemática del Ministerio de Educación de Brasil (PNAIC, PCN), así como de las consejerías de educación estatales y municipales, fundaciones, institutos y organizaciones no gubernamentales. Es autor de colecciones didácticas para la educación básica y de libros para la formación del profesorado, y ha sido galardonado con el Premio Jabuti.

ref. Un recorrido por las matemáticas de los balones de fútbol desde los primeros campeonatos hasta el Mundial del 2026 – https://theconversation.com/un-recorrido-por-las-matematicas-de-los-balones-de-futbol-desde-los-primeros-campeonatos-hasta-el-mundial-del-2026-287134

La trampa del ‘fast tech’: por qué reemplazamos nuestro teléfono móvil con tanta frecuencia

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Ricardo Sotaquira-Gutierrez, Profesor Asociado e Investigador de la Facultad de Ingeniería, Universidad de La Sabana

¿Y si nos propusiéramos conservar el mismo smartphone, al menos, durante cuatro años, que es el tiempo que hay entre un Mundial de fútbol y el siguiente? Omar Ramadan / Unsplash., CC BY-SA

¿Cuántos de nosotros tenemos hoy en día el mismo smartphone que teníamos en el Mundial de fútbol del 2022? Seguramente pocos. La mayoría cambiamos de teléfono mucho antes de que termine su vida útil. Consumimos productos electrónicos de manera cada vez más acelerada y los reemplazamos prematuramente. Esta tendencia se conoce como fast tech, tecnología rápida y desechable, y está acarreando graves daños a nuestro ambiente.

El nombre fast tech se deriva de otro patrón de consumo, la fast fashion o “moda rápida” –la compra continua y compulsiva de prendas–, motivada por las tendencias fugaces y el marketing.

¿Pero cuál es exactamente el impacto del reemplazo acelerado de teléfonos inteligentes? Para hacernos una idea, en la fabricación de un smartphone, se generan entre 50 y 80 kilogramos de CO₂. Eso implica que su producción global anual es responsable de entre 60 y 65 millones de toneladas de CO₂. Estas emisiones equivalen a las producidas en el año por el uso de unos 14 millones de automóviles de gasolina.

La brecha entre lo que podría durar y lo que dura un teléfono

Llamamos “vida útil potencial” al tiempo durante el cual un producto puede funcionar correctamente. Para el caso de un teléfono móvil, algunos de los principales fabricantes establecen que un smartphone nuevo puede recibir actualizaciones de su software durante seis o siete años.

Sin embargo, análisis recientes muestran que los consumidores renovamos nuestro smartphone, en promedio, cada tres años. Menos de la mitad de lo previsto por los diseñadores. ¿Será este drástico acortamiento atribuible solo a debilidades del ecosistema económico y legal?

Por supuesto, hay que tener en cuenta que tanto el hardware como el software de un equipo específico pueden sufrir deterioros que disminuyan su vida útil. En tal caso, los usuarios que busquen extender de nuevo la vida de su dispositivo dependerán de servicios de reparación y de repuestos ofrecidos por el fabricante o el mercado. Así, el grado de desarrollo que tenga la economía circular del sector incide sobre la duración efectiva de nuestros móviles.

Esta duración depende también de la existencia o la ausencia de normas en un país sobre asuntos como el derecho a la reparación o la protección contra la obsolescencia planificada.

Fomentar la circularidad y establecer regulaciones estrictas para el sector ayudaría a conservar nuestros equipos más de tres años. Pero esto no bastaría: hay factores que tienen que ver con los propios consumidores.

Cómo nos damos cuenta de que envejece nuestro teléfono

Tendemos a creer que la decisión de renovar nuestro teléfono inteligente resulta de algún análisis de coste-beneficio que hacemos explícita o implícitamente. Al contrario, investigaciones recientes han mostrado que, a menudo, no seguimos un curso racional para la decisión. Más bien estamos condicionados por un juego de factores sociales, emocionales y de novedad.

Nuestro comportamiento se entiende mejor si imaginamos que cada persona lleva una cuenta del “valor mental” de su teléfono. Cada día, ese valor mental se va erosionando, entre otras razones por aspectos estéticos. Por ejemplo, un nuevo arañazo en la pantalla o un daño en el cuerpo del equipo por una caída, por minúsculos que puedan ser, hacen que se reduzca del valor mental.

La disminución del valor de mercado del teléfono no es la misma que experimenta nuestro valor percibido: la pérdida en la contabilidad mental es más radical. Cada vez que viene a nuestra mente el defecto, baja aún más el valor.

Siempre el mismo teléfono…

Otro mecanismo similar tiene que ver con la saciedad estética y funcional. La sorpresa positiva que despertó en nosotros el teléfono cuando lo compramos pierde fuerza con el paso del tiempo. Nosotros percibimos todos los días el mismo producto, sin cambios en su exterior y funcionalidad. Nos vamos saciando. Y esta saciedad gradual reduce continuamente el valor percibido de nuestro smartphone.

Además, estas formas de deterioro del valor mental se acentúan porque los teléfono inteligentes tienen también un valor simbólico. No son simples herramientas útiles: para muchos usuarios son también símbolos de estatus. Su valor percibido depende del grupo social al que pertenezca la persona. En este contexto, un defecto estético o la pérdida de novedad del equipo hacen que el teléfono se desvalorice más rápidamente.

Finalmente, consideremos el efecto de los nuevos modelos que llegan cada año e inundan vallas y anuncios. Las diferencias entre la nueva versión y el modelo anterior suelen ser menores, incluso resultan difíciles de apreciar en la experiencia del usuario común. Sin embargo, son amplificadas en las estrategias de lanzamiento del producto. Es una ola de novedad, pero la percibimos como un “tsunami” cuando los diques han perdido su altura inicial. Y suma más erosión al valor del producto.

Repensando el reemplazo prematuro de smartphones

El consumo de teléfonos nuevos cada tres años no es una condición irreversible. Se requieren cambios en el diseño de los teléfonos, en las estrategias de negocios de los fabricantes y en las normas de los países. Esto promovería una producción y un consumo más sostenibles. Pero también los consumidores necesitamos cambiar nuestra percepción y nuestros hábitos de reemplazo.

Antes de renovar un equipo, podemos consultar información que nos brinde una imagen más objetiva de su condición actual. Podemos practicar hábitos de cuidado que lo mantengan en buenas condiciones. Y todo ello podría contrarrestar nuestras dinámicas mentales de desvalorización.

Le propongo un reto: si cambia de smartphone este año, no lo haga de nuevo hasta el próximo Mundial de fútbol. Tal vez sea una métrica simple, pero, extendida a millones de consumidores, podría influir en ese sistema sobre el que ningún consumidor tiene control directo. Este reto podría reducir emisiones, ahorrar recursos y disminuir desperdicios electrónicos.

The Conversation

Ricardo Sotaquira-Gutierrez no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. La trampa del ‘fast tech’: por qué reemplazamos nuestro teléfono móvil con tanta frecuencia – https://theconversation.com/la-trampa-del-fast-tech-por-que-reemplazamos-nuestro-telefono-movil-con-tanta-frecuencia-284048

Peut-on mieux recycler les métaux précieux contenus dans nos ordinateurs ?

Source: The Conversation – in French – By Solène Touze, Cheffe de projet, génie des procédés, BRGM


L’ESSENTIELCliquez pour lire les trois points à retenir
La carte-mère d’un ordinateur est pleine de métaux précieux : du cuivre, de l’or, de l’argent, du palladium, du platine, de l’europium… il y en a une cinquantaine sur une seule carte.
Aujourd’hui, seuls cinq de ces métaux précieux peuvent être récupérés (au mieux), pour des raisons économiques et technologiques.
Un des obstacles est que l’on sait très mal quantifier les métaux présents dans la benne à ordures électroniques. Cette quantification est indispensable pour évaluer le potentiel de valorisation, et, quand c’est possible, récupérer davantage de matière.
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Tout commence dans nos maisons. Lors d’un ménage de printemps, l’ordinateur portable hors service qui traîne est enfin emmené à la déchèterie et est déposé dans le bac déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE). S’il ne peut pas être réutilisé ou réemployé, il part vers une filière de recyclage. Que sait-on réellement, aujourd’hui, recycler de ce déchet ?

La première étape se fait à la main : on trie les déchets électriques et électroniques, et l’ordinateur va dans un bac dédié aux ordinateurs. Ensuite, toujours manuellement, on enlève la batterie qui est envoyée vers une filière spécialisée — c’est une obligation réglementaire.

À cette étape, plusieurs chemins sont possibles : nous allons ici considérer que l’opérateur qui extrait la batterie isole aussi la carte mère ; et que le reste, l’écran et le boîtier partent vers des procédés de tri automatisés qui vont recycler les métaux présents en grande quantité (fer, cuivre, aluminium), et parfois les plastiques.

Maintenant, suivons la carte mère. Elle est considérée comme une carte électronique riche car elle contient du cuivre et des métaux précieux en quantité intéressante : plus de 20 % de cuivre, plus de 150 milligrammes d’or par kilogramme de carte-mère, et plus de 600 milligrammes d’argent par kilogramme. Ainsi, le déchet carte-mère se vend entre 3 et 8 € le kilogramme. Plus la carte est avancée (avec davantage de RAM ou des processeurs plus puissants, par exemple), plus elle a des chances d’avoir des quantités de métaux précieux importantes.

Les cartes sont triées en différentes catégories, du plus riche au moins riche — une nouvelle fois manuellement, à l’œil. C’est l’étape de massification : le but consiste à regrouper les cartes de même catégorie en un seul lot. Cela va faciliter le transport, le stockage et la revente.

Lorsque le lot atteint une certaine quantité (environ la vingtaine de tonnes), il est vendu aux métallurgistes du cuivre. Ce sont les industriels qui produisent et vendent du cuivre pur, on les appelle les « smelters » de cuivre. Il y a aujourd’hui sur Terre moins d’une dizaine de smelters qui récupèrent le cuivre en même temps que les métaux précieux. Aucun n’est en France, mais une majorité est en Europe (Belgique, Suede Autriche et Allemagne). Face à ces « géants de la métallurgie » (Umicore, Aurubis, Boliden par exemple), il existe aussi quelques PME du monde du recyclage (dont, en France, WeeeCycling).

La plupart des smelters ont été conçus, à la base, pour traiter du minerai de cuivre (roche extraite d’une mine de cuivre). Ils ont progressivement intégré des déchets dans leur alimentation mais cette alimentation reste souvent minoritaire. Les métaux qui y sont valorisés sont le cuivre, l’or, l’argent, le palladium et le platine s’il y en a (soit seulement cinq métaux, alors que la carte en contient presque une cinquantaine).

Les cartes qui ne sont pas assez « riches » vont, elles, vers des « smelters » qui ne récupèrent que le cuivre.

Pourquoi ne pas recycler davantage ?

La réponse n’est pas triviale. Il y a des raisons économiques, technologiques, géopolitiques et de marché et à cela s’ajoute une dynamique temporelle complexe.

Sur la partie économique, l’évidence est que la filière doit être rentable : les coûts de traitement de cette matière secondaire (les cartes-mères) doivent donc être inférieurs à celui du traitement de la matière primaire (le minerai de cuivre).

Le deuxième point économique, moins connu, est les risques liés à la volatilité des cours des métaux : il peut être difficile d’investir sur la récupération d’un métal quand son prix peut fluctuer du simple au double en très peu de temps.

Dans cette même logique, nos objets (comme ceux du numérique) évoluent très vite et certains métaux utilisés aujourd’hui risquent de ne plus l’être demain. Faut-il mettre en place des chaînes de traitement éphémères ? Quid, par exemple, de la filière de recyclage des lampes à économie d’énergie qui ont été remplacées par les LED en une décennie ?

Côté technologique, les technologies de récupération de cette cinquantaine de métaux existent déjà dans le domaine minier, et beaucoup peuvent être adaptées au domaine du recyclage.

Peut-on valoriser de très faibles quantités ?

Mais ce catalogue de technologies de recyclage ne peut pas se déployer raisonnablement sur la cinquantaine de métaux présents.

Dans le minerai comme dans les déchets, la production des métaux suit de grandes familles de métaux : la sidérurgie pour l’acier, la métallurgie du cuivre, du nickel, de l’aluminium, le groupe des terres rares… Par exemple, dans la nature, le gallium est associé aux minerais de bauxite (aluminium), il est donc produit par la filière métallurgie de l’aluminium.

La carte électronique, elle, fait fi de ces associations. Une carte-mère d’ordinateur est traitée uniquement par la métallurgie du cuivre, et aucune de ces installations ne valorise le gallium. Les 3 milligrammes de gallium présents dans une carte sont donc perdus.

Au-delà de ces questions de filières, se pose aussi la question d’aller valoriser un métal en très faible quantité. Quel est le coût énergétique d’aller chercher les 0,075 milligramme d’Europium dans une carte mère ?

Connaître la matière

Enfin, une troisième raison du recyclage partiel des cartes est le manque de donnée sur leur contenu. En effet, aujourd’hui, les ordinateurs et leurs cartes-mères ne sont pas fournis avec un « passeport matière » qui donne leur composition précise ; alors même que celle-ci varie aussi bien avec le producteur et le temps.

Si nous voulons bâtir de nouvelles filières de recyclage, il est nécessaire de connaître ce gisement pour affirmer la faisabilité économique et technique du recyclage : quelle quantité de tel métal est accessible et à quelle concentration se trouve-t-il ? Accéder à ces données est difficile et demande une recherche approfondie.

Repartons des 20 tonnes de cartes électroniques vendues au smelter : il est clairement impossible de caractériser et d’analyser la totalité du lot. En effet, les outils d’analyse fonctionnent sur des échantillons de quelques grammes seulement, voire quelques milligrammes. Par construction, l’échantillon analysé n’est jamais tout à fait représentatif du lot d’origine. Il s’accompagne d’une « valeur d’incertitude » : a-t-on analysé 30 milligrammes de germanium par kilo, plus ou moins 5 ou 20 milligrammes par kilo ? Cette marge d’erreur change totalement le potentiel de valorisation du lot.

Avec mes collègues, nous travaillons dans le cadre du projet ReviWEEE, pour développer une méthodologie d’échantillonnage et d’évaluation des incertitudes.


Le projet ReviWEEE est soutenu par l’Agence nationale de la recherche (ANR), qui finance en France la recherche sur projets. L’ANR a pour mission de soutenir et de promouvoir le développement de recherches fondamentales et finalisées dans toutes les disciplines, et de renforcer le dialogue entre science et société. Pour en savoir plus, consultez le site de l’ANR.

The Conversation

Solène Touze a reçu des financements de l’ANR – 22-PERE-0009.

ref. Peut-on mieux recycler les métaux précieux contenus dans nos ordinateurs ? – https://theconversation.com/peut-on-mieux-recycler-les-metaux-precieux-contenus-dans-nos-ordinateurs-285541

Peut-on cartographier l’Odyssée ? Comment géographes antiques et chercheurs d’aujourd’hui ont retracé le voyage d’Ulysse

Source: The Conversation – in French – By Pragya Agarwal, Visiting Professor of Social Inequities and Injustice, Loughborough University

L’Odyssée, le très attendu film de Christopher Nolan, sort en salles le 15 juillet. L’occasion de revenir sur une question qui fascine historiens et archéologues depuis des siècles : les lieux traversés par Ulysse ont-ils réellement existé ?


L’Odyssée d’Homère est une quête, celle du roi Ulysse, qui met dix ans à regagner son royaume d’Ithaque après la guerre de Troie. C’est un récit aux dimensions géographiques, spatiales et temporelles très marquées. Il n’est donc pas surprenant que, depuis des siècles, les lieux évoqués dans ce récit fascinent les lecteurs, qui se demandent combien d’entre eux ont réellement existé.

Quelques historiens et spécialistes de l’Antiquité estiment toutefois que l’Odyssée n’est qu’une œuvre poétique. Selon eux, en tant que création littéraire et récit mythologique, il est vain de chercher à situer ces lieux sur une carte.

Le savant grec de l’Antiquité Ératosthène, premier à avoir mesuré la circonférence de la Terre, contestait tout lien entre l’Odyssée et la géographie. Il affirmait : « Vous trouverez le théâtre des errances d’Ulysse lorsque vous aurez trouvé le cordonnier qui a cousu le sac des vents. »

J’étudie l’histoire de la cartographie et des représentations mentales de l’espace depuis plus de vingt ans. À mes yeux, ce sont précisément les dimensions géographiques du récit qui lui donnent tout son ancrage. Le désir d’Ulysse de retrouver le chemin de son foyer est au cœur même du poème. Et c’est au fil de sa traversée de ces différents lieux et espaces que le héros se transforme.

Cartographier le mythe

L’historien grec de l’Antiquité Polybe, qui vécut environ six siècles après Homère, estimait que l’Odyssée relatait un récit réel agrémenté de quelques éléments mythologiques, et non l’inverse. Il soulignait par exemple que certaines techniques de pêche décrites près de Scylla étaient semblables à celles pratiquées autour de la Sicile. Selon lui, Scylla devait donc se trouver au large des côtes siciliennes.

Strabon était un philosophe et géographe grec qui écrivait près de sept siècles après Homère. Sa Géographie, vaste œuvre en 17 livres, constitue à la fois un atlas et une encyclopédie du monde grec à l’époque de l’empereur Auguste. On y trouve également le récit d’îles peuplées uniquement d’hommes ou de femmes dans l’océan Indien, un motif qui rappelle ceux décrits par Homère dans l’Odyssée :

« Dans l’océan se trouve une petite île, située non loin du large, en face de l’embouchure du fleuve Liger ; elle est habitée par des femmes du peuple des Samnites, possédées par Dionysos, qu’elles cherchent à rendre favorable en l’apaisant par leurs rites. »

Les légendes et les mythes de l’époque regorgent de récits de femmes séduisant les hommes pour les entraîner à leur perte. C’est le cas de Circé, que Homère décrit comme « une redoutable déesse aux beaux cheveux ». Elle vit seule sur l’île d’Aiaié, entourée de loups et de lions apprivoisés, et attire Ulysse et ses compagnons dans son domaine pour les transformer en porcs.

Homère évoque également Calypso, qui retient Ulysse sur son île d’Ogygie pendant sept ans dans ce que certains traduisent comme une « captivité sexuelle ». D’autres traductions suggèrent toutefois qu’Ulysse y demeure de son plein gré, jusqu’au moment où il décide qu’il est temps de repartir.

Sur les cartes et les globes de l’Antiquité, le monde réel et les mythes se superposent et s’entremêlent. Le mathématicien et astronome romain Ptolémée, qui a cartographié le monde connu au IIᵉ siècle après J.-C., fait figurer sur ses cartes plusieurs lieux issus de l’univers homérique, comme la Lotophagitis (le pays des Lotophages), le Circaeum Promontorium (Aiaié, le royaume de Circé) ou encore les Sirenusae Insulae (les îles des Sirènes).

La carte du monde connu de Ptolémée.
La Cosmographia Germanus, reconstitution du XVe siècle de la carte du monde connu établie par Ptolémée.
Cartanciennes

Les tentatives visant à reporter précisément ces lieux sur des cartes modernes se sont révélées difficiles. Les calculs de latitude et de longitude de Ptolémée reposaient sur une projection très différente de la nôtre ainsi que sur une estimation erronée de la circonférence de la Terre. Une correspondance approximative entre ces lieux et les cartes actuelles laisse penser que la Lotophagitis se situerait en Afrique.

À la fin du XVIᵉ siècle, le cartographe néerlandais Abraham Ortelius fut le premier à représenter l’intégralité du voyage d’Ulysse dans son Theatrum Orbis Terrarum. Cette carte, intitulée Map of the Wanderings of Ulysses (« Carte des errances d’Ulysse »), utilise le nom latin Ulysses et non le grec Odysseus pour désigner le héros.

Ortelius représente à la fois les mondes mythique et fictif d’Ulysse comme s’il s’agissait de réalités scientifiques, et affirme qu’Ithaque correspond à l’actuelle Corfou. Homère situait l’île de Calypso au large de Schérie, un havre mythique constituant la dernière étape du voyage d’Ulysse avant son retour à Ithaque.

Or, aucune île ne se trouve à l’ouest de Corfou. Ortelius en a donc inventé une sur sa carte. Cette île fictive est ensuite devenue une référence pour les cartographes, au point de continuer à figurer sur les cartes jusque dans les XIXᵉ et XXᵉ siècles.

Victor Bérard.
Victor Bérard en 1915.
WikiCommons

En 1912, le politicien et voyageur français Victor Bérard entreprit de reconstituer l’itinéraire d’Ulysse en parcourant lui-même la Méditerranée. Il situait l’île de Calypso près de Gibraltar, le pays des Lotophages sur l’île de Djerba, au large du sud de la Tunisie, et le pays des Cyclopes à Posillipo, près de Naples.

Selon la théorie de Bérard, l’Odyssée d’Homère aurait été influencée par les voyages et les cartes des Phéniciens, notamment par leurs instructions de navigation côtière, qui s’appuyaient sur les étoiles pour s’orienter. Mais nombre de ces « cartes » relevaient davantage de l’imaginaire et de la tradition orale que d’objets cartographiques réels.

À la recherche d’Ithaque

L’un des grands débats autour de la géographie de l’Odyssée consiste à déterminer où se trouvait réellement Ithaque. Pendant longtemps, les spécialistes ont soutenu qu’il s’agissait de l’actuelle île d’Ithaki, dans la mer Ionienne. Le problème est qu’Ithaki est une île montagneuse, alors que l’Ithaque décrite par Homère est « basse ».

Des chercheurs des universités de Cambridge et d’Aberdeen ont récemment avancé qu’Homère ne décrit en réalité jamais Ithaque comme une île. Selon eux, il la présente plutôt comme une terre ou un territoire appartenant à une île plus vaste.

Cette interprétation ferait de Paliki, située sur la côte ouest de Céphalonie, une candidate plus crédible. Des études géoscientifiques et des fouilles archéologiques ont en effet montré que Paliki constituait un important site de l’âge du bronze, ce qui renforce l’hypothèse qu’elle puisse correspondre à l’Ithaque d’Homère.

Les étapes du voyage d’Ulysse correspondent peut-être à des lieux bien réels, ou relèvent peut-être entièrement du mythe. Dans les deux cas, les liens qu’elles entretiennent les unes avec les autres racontent une même histoire : celle du désir profond de retrouver son foyer et de la quête d’appartenance. Ils éclairent aussi la manière dont les Anciens percevaient le monde, comme un espace peuplé de mystères et de dangers.

La géographie de l’Odyssée offre ainsi une clé de lecture des vulnérabilités et des peurs des hommes de la Grèce antique. Les cartes retraçant le voyage d’Ulysse ne sont peut-être pas fidèles à la réalité, mais après tout, aucune carte ne l’est totalement. Les cartes ne sont au fond que des récits que nous nous racontons : des voyages vers l’inconnu, bien au-delà des frontières de notre imagination. Dans l’Odyssée, Homère ne se contente pas de cartographier le monde ; il en crée un.

The Conversation

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ref. Peut-on cartographier l’Odyssée ? Comment géographes antiques et chercheurs d’aujourd’hui ont retracé le voyage d’Ulysse – https://theconversation.com/peut-on-cartographier-lodyssee-comment-geographes-antiques-et-chercheurs-daujourdhui-ont-retrace-le-voyage-dulysse-287354

Allons-nous vers une « corridorisation » du monde ?

Source: The Conversation – in French – By Eric Guiochon, Doctorant en sciences politiques, Institut catholique de Paris (ICP); Université Paul Valéry – Montpellier III

Les grandes puissances déploient des initiatives de connectivité qui redessinent la carte du monde. La Chine avec ses Nouvelles Routes de la soie, l’Union européenne et son Global Gateway, les États-Unis et le G7 à travers le Build Back Better World ou B3W/PGII… Tous ces projets traduisent une même ambition : organiser, sécuriser et contrôler l’internationalisation de l’économie, plutôt que la subir.


Depuis plusieurs années, il semblerait que l’ère de la « mondialisation heureuse » soit dépassée, ou, a minima, que cet inexorable mouvement d’interconnexion croissante ait cessé d’apparaître comme une réalité universelle.

Nourrie par des chocs exogènes – rivalité commerciale sino-américaine, pandémie de Covid-19, guerre en Ukraine ou encore tensions autour du détroit d’Ormuz –, cette perception découle surtout d’un phénomène plus discret de réorganisation, voire de transformation, des flux.

Plusieurs initiatives sont attendues : les Nouvelles Routes de la soie chinoise (Belt and Road Initiative, ou BRI) ; le Global Gateway (GG), un projet de connectivité global européen, lancé par la Commission européenne en 2021 ; l’Indian Middle East Corridor (IMEC), un projet de corridor reliant le sous-continent indien à l’Europe ; l’International North-South Transport Corridor (INSTC), projet de corridor reliant la Russie à l’Inde ; et enfin le Build Back Better World (B3W/PGII), projet de connectivité globale états-unien, porté par l’administration Biden et le G7, partiellement repris à travers le Partnership for Global Infrastructure and Investment (PGII).

Ces projets ne relèvent pas de la même logique. Certains correspondent à des initiatives commerciales géographiquement bornées, articulant parfois l’ensemble des outils de la projection économique – infrastructures, financements, normes, dispositifs logistiques ou encore architectures numériques. D’autres poursuivent une ambition plus vaste : structurer un cadre politique et financier de connectivité globale, intégrant plusieurs corridors physiques au sein d’une stratégie bien plus large.

Dès lors, le corridor n’est plus un simple vecteur qui représenterait une route commerciale ou une infrastructure de transport ; il devient un espace. Regroupant des fonctions de circulation, de dépendance, et de sécurisation des flux, il intègre des logiques économiques, financières, technologiques et géopolitiques.

Cette évolution traduit une transformation bien plus profonde de la mondialisation : depuis la création de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 1995, le volume et la valeur des échanges mondiaux ont progressé, en moyenne, de respectivement 4 % et 6 % par an. Ces flux, qui n’ont jamais été aussi importants, doivent maintenant s’inscrire dans des logiques et architectures régionales, hiérarchisées et stratégiquement orientées.

En un mot, nous assistons à la « corridorisation » du monde.

La fin de la mondialisation « neutre »

À partir de 1945, et de façon plus nette depuis les années 1990, la mondialisation a été pensée puis installée comme un processus de fluidification croissante des échanges. L’abaissement des barrières douanières et la réorganisation des chaînes de valeur ont entraîné une réduction drastique des coûts logistiques et une fragmentation de la production, ce qui a donné naissance à un espace économique mondial de plus en plus intégré.

L’efficacité a primé : produire à moindre coût, transporter sur des routes rentables et rapides, intégrer des marchés utiles, et développer l’interconnexion à tout prix… afin de faire baisser les coûts. Des infrastructures physiques et intangibles – commerciales, financières, réglementaires – ont naturellement émergé en tant que supports techniques de la mondialisation, dans un esprit d’accélération des échanges plutôt que de réponse à des impératifs stratégiques ou de sécurité.

Les crises récentes ont remis en cause cette représentation plutôt prosaïque de la puissance, chacune à sa façon. La pandémie a mis en évidence la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement mondiales ainsi que la dépendance occidentale à l’égard des puissances industrielles asiatiques et des Suds. L’agression russe visant l’Ukraine, avec les sanctions qui s’en sont suivies, a rappelé l’importance de la souveraineté énergétique et du contrôle des infrastructures critiques, tout en accélérant le développement de systèmes de paiements internationaux alternatifs. Les tensions dans le détroit d’Ormuz ou, de façon plus diffuse, autour de Taïwan, rappellent enfin qu’une part déterminante des flux essentiels dépend de goulots d’étranglement difficilement sécurisables.

Depuis le 28 février 2026, la quasi-interruption des circulations dans le détroit d’Ormuz a donné une dimension concrète à cette vulnérabilité. Avant la crise, près de 20 millions de barils de brut et de produits pétroliers y transitaient chaque jour, soit environ un quart du commerce maritime mondial de pétrole. En quelques jours, ces flux ont été réduits à presque rien, immobilisant une partie considérable des exportations d’hydrocarbures du Golfe, renchérissant le transport et l’assurance maritimes, et contraignant les États à mobiliser leurs stocks stratégiques, leurs oléoducs de contournement et leurs capacités diplomatiques ou militaires.

Le 11 mars, les membres de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) ont ainsi décidé de rendre disponibles 400 millions de barils provenant de leurs réserves d’urgence – une situation inédite dans l’histoire de l’AIE.

En cela, cette crise ne révèle donc pas seulement la fragilité d’une route, mais démontre que la puissance réside désormais dans la capacité à maintenir une continuité de circulation, à déterminer les flux qui pourront passer et à disposer d’une solution lorsque le passage se ferme. Or, les infrastructures alternatives se sont révélées incapables d’absorber rapidement les volumes transitant jusqu’alors par le détroit. L’enjeu n’est donc plus seulement de posséder des ressources ou d’accéder à des marchés, mais de maîtriser l’architecture qui les relie. Face à cela, ces infrastructures imaginées dans l’esprit d’une mondialisation qui se voulait naturelle révèlent leurs limites. À la suite d’une parenthèse d’optimisation économique constante s’installe un monde de rivalité systémique durable.

La fragmentation géopolitique contemporaine balaie l’hypothèse d’une stabilité politique des flux engendrée par la mondialisation. Désormais, la sécurisation des actifs essentiels à la souveraineté – énergie, minéraux et minerais, alimentation – devient un impératif des politiques économiques nationales. Cette sécurisation implique notamment la protection des routes commerciales, tout comme le contournement d’infrastructures rivales.

Ces contournements ont cependant un coût : en 2024, la distance totale parcourue par les marchandises transportées par mer a augmenté de 6 %, soit près de trois fois plus rapidement que les volumes échangés.

Il ne s’agit donc plus uniquement d’accélérer les échanges, mais aussi de reprendre le contrôle.

Le corridor, nouvelle unité stratégique de la mondialisation

Le corridor – sous toutes ses formes, incluant donc les initiatives de connectivité globale – répond précisément à ce besoin de contrôle. L’objectif du corridor est d’organiser des espaces cohérents et résilients face aux chocs exogènes, et de sécuriser les besoins essentiels de ses bénéficiaires. La logique traditionnelle de transport s’accompagne de dimensions complémentaires, allant du développement d’infrastructures portuaires ou ferroviaires – notamment de stockage –, à la confection d’outils de financements, la construction de normes et d’accords commerciaux, voire à l’établissement de mécanismes politico-militaires.

L’intérêt économique de ces dispositifs demeure considérable. Dans le cas des Nouvelles Routes de la soie, la Banque mondiale estimait que la mise en œuvre complète des infrastructures de transport projetées pourrait réduire jusqu’à 12 % les temps de trajet, le long des corridors concernés, et augmenter les échanges de 2,8 % à 9,7 % pour les économies traversées.

Plus qu’un simple axe de passage, le corridor devient un espace économique structuré, au sein duquel les flux restent accélérés tout en étant orientés, hiérarchisés et protégés.

Cette évolution des pratiques du commerce international modifie également la nature des interdépendances, tant le choix d’une route, d’un port ou d’un système de paiement ne relève plus uniquement de considérations pécuniaires ou logistiques. Une forme d’engagement des entreprises et des États à l’égard d’une architecture donnée se forme, au sein de laquelle ils ne maîtrisent pas nécessairement ni les financements, ni les technologies, ni les conditions d’accès.

Le corridor, loin de supprimer les dépendances, les organise et les déplace. Il renforce la centralité ou l’essentialité des États traversés, mais surtout des puissances qui financent les infrastructures, en déterminent les normes et en assurent la continuité. À l’inverse, les territoires contournés ou sous-connectés perdent progressivement leur attractivité et leur influence.

Ensuite, et surtout, la construction de nouvelles routes masque une compétition plus large : il s’agit de maîtriser les conditions et les déterminants de l’économie mondiale. Financer, normaliser et sécuriser les flux constitue une manière d’exercer la puissance qui est loin d’être nouvelle, mais dont plusieurs décennies de mondialisation avaient pu faire oublier l’importance.

The Conversation

Eric Guiochon ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Allons-nous vers une « corridorisation » du monde ? – https://theconversation.com/allons-nous-vers-une-corridorisation-du-monde-286179