Les forêts du Grand-Est au cinéma : un territoire qui s’enracine à l’écran

Source: The Conversation – France (in French) – By Delphine Le Nozach, Maître de conférences en Sciences de l’information et de la communication, Université de Lorraine

Le Grand-Est est l’une des régions les plus boisées de France, avec plus de 30 % de sa surface couverte par des forêts. Au cinéma, il offre une forêt multiple : espace de travail, de mémoire, d’émotions et d’imaginaire.


Peu filmées mais profondément singulières, les forêts du Grand-Est deviennent à l’écran des lieux où se croisent réalités industrielles, ancrages identitaires et puissances narratives. À travers elles, les films révèlent autant un territoire qu’une manière sensible de le regarder.

Dans cette étude (issue des résultats du projet Matercine), nous analysons la manière dont les longs métrages tournés dans cette région investissent les forêts, qu’il s’agisse de témoigner des usages liés au travail du bois, de mobiliser des paysages rares et méconnus pour leur force esthétique, ou encore d’exprimer le lien intime qu’entretiennent certains réalisateurs avec ces lieux. L’ensemble de ces approches permet de comprendre comment la forêt du Grand-Est, bien au-delà du simple décor, devient au cinéma un espace identitaire et narratif essentiel.

La dualité des représentations des forêts du Grand-Est au cinéma

Comme dans d’autres régions françaises, les réalisateurs montrent souvent la forêt comme un espace de travail, lié à l’exploitation du bois. Mais ces usages productifs n’épuisent pas les façons de la représenter : nombre de réalisateurs choisissent ces forêts pour leur valeur esthétique, leur caractère méconnu ou pour l’attachement personnel qu’ils entretiennent à ces territoires.

La forêt du Grand-Est est en effet un espace multifonctionnel où s’entremêlent nature, industrie et culture. Elle structure les activités humaines (coupe du bois, schlittage – la schlitte est un traîneau qui servait, dans les Vosges et en Forêt-Noire, à descendre le bois des montagnes, conduit par un homme sur une voie faite de rondins – transport des grumes, sciage, construction et papeterie) qui façonnent l’économie régionale comme l’imaginaire collectif. Le cinéma reprend cette diversité et l’inscrit au cœur de ses récits. Les Grandes Gueules (Enrico, 1965) en offre un exemple emblématique : tourné dans une véritable scierie vosgienne, le film témoigne des pratiques forestières d’une époque – travail du bois, énergie hydraulique, transport traditionnel. Nos patriotes (Le Bomin, 2017) valorise quant à lui un schlittage filmé avec réalisme, rendu possible grâce à l’implication de spécialistes locaux.

Dans le Mangeur d’âmes (Bustillo, Maury, 2024), scierie et grumes deviennent des éléments dramatiques : décor authentique, matière visuelle dense et espace de tension pour les scènes d’action. L’usage industriel du bois apparaît aussi dans le Torrent (Le Ny, 2022), tourné au sein d’une entreprise vosgienne réelle, ou dans le Couperet (Costa-Gavras, 2005), où une papeterie vosgienne accueille l’intrigue, articulant territoire local et discours social universel.

Plus-value culturelle

Au-delà de ces dimensions productives, les forêts du Grand-Est possèdent une singularité paysagère qui attire des réalisateurs en quête de décors rares. Elles offrent des espaces peu filmés, marqués par des reliefs, des lacs glaciaires, des espaces boisés denses, qui constituent des territoires non substituables. Filmer ces forêts revient alors à révéler un paysage méconnu, à donner à voir un territoire encore invisibilisé. Cette démarche confère une valeur ajoutée au film, mais aussi au lieu : comme l’énonce la géographe Maria Gravari-Barbas, le regard cinématographique peut créer une plus-value culturelle pour des sites auparavant invisibles.

Certains cinéastes revendiquent cette volonté de découverte. Anne Le Ny, réalisatrice du film le Torrent (2022), souligne ainsi l’atmosphère unique des Vosges, qui lui a donné le sentiment d’être « pionnière ». Dans Perdrix (2019), Erwan Le Duc filme longuement les forêts et le lac des Corbeaux, affirmant un territoire « de cinéma » encore peu exploré.

« J’ai trouvé qu’il y avait une atmosphère très particulière dans les Vosges. D’abord, je suis tombée sur des décors magnifiques qui collaient très bien au scénario avec un mystère particulier et puis le plaisir aussi de tourner dans une région qui n’a pas tellement été filmée. On se sent un petit peu pionnière et c’est très excitant. » (Anne Le Ny, interviewée par Sarah Coton, Fun Radio, novembre 2022)

Cette proximité peut être encore plus intime. De nombreux réalisateurs tournent dans des lieux qu’ils connaissent, où ils ont grandi ou qu’ils associent à leur histoire personnelle. Leur rapport au territoire relève ainsi d’un territoire vécu, chargé de mémoire, d’expériences et de relations sociales. La forêt devient alors le support d’une identité, un espace où se superposent réalité et fiction. C’est le cas d’Erwan Le Duc dans Perdrix (2019) ou de Valérie Donzelli pour Main dans la main (2011), qui revendiquent leur attachement aux paysages lorrains de leur enfance.

La forêt, un territoire d’ombres…

Entre clair-obscur, sous-bois inquiétants et clairières lumineuses, les forêts du Grand-Est permettent aux réalisateurs de traduire aussi bien la peur, le mystère ou la clandestinité que la sérénité, l’éveil ou l’accomplissement. Par leur capacité à refléter les états intérieurs des personnages, ces forêts deviennent de véritables outils esthétiques et narratifs, révélant la singularité du territoire.

Une première tonalité, sombre et dramatique, irrigue le cinéma fantastique, policier, de guerre ou d’horreur. La forêt y apparaît comme un espace d’isolement et de menace, qui mêle naturalisme et surnaturel : silhouettes mouvantes, bruits étouffés, climat hostile, jeux d’ombres. Cette atmosphère immersive renforce la tension psychologique, les peurs profondes et le sentiment d’incertitude. La Région accompagne cette dimension à travers le label « Frissons en Grand-Est », premier fonds consacré aux films de genre, soutenu par le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) et structuré autour de festivals phares, tels que ceux de Gérardmer, de Strasbourg, ou encore Reims Polar et War on Screen. Cette dynamique contribue à positionner le Grand-Est comme terre de frissons, où les paysages forestiers deviennent les complices naturels d’une esthétique noire.

La forêt s’expose dans les récits de guerre, en particulier autour de la thématique de la clandestinité. Lieu de refuge pour les maquisards, elle abrite déplacements secrets, identités dissimulées et tensions de la survie. Dans Nos patriotes (Le Bomin, 2017), la Place d’une autre (Georges, 2021) ou encore Nos résistances (Cogitore, 2011), les réalisateurs choisissent les Vosges ou l’Alsace afin d’ancrer leurs récits dans un territoire historique réel, renforçant le réalisme des actions clandestines. Ces forêts incarnent alors autant une protection qu’une transformation intime, où les personnages quittent leur vie civile pour entrer dans une existence parallèle faite de solidarité et de résistance.

La criminalité trouve aussi dans ces espaces naturels un terrain narratif fertile. Qu’il s’agisse d’un crime intime, comme dans le Torrent (Le Ny, 2022), d’une tension familiale violente, comme dans la Fin du silence (Erzard, 2011), ou d’une atmosphère de légende sombre et de disparitions inexpliquées, comme dans le Mangeur d’âmes (Bustillo, Maury, 2024), la forêt agit comme un personnage à part entière : elle dissimule, révèle, dérègle, structure. Ses reliefs, son climat, son obscurité ou son immensité renforcent la dramaturgie et nourrissent une topographie émotionnelle du secret, du mensonge ou de la menace.

Enfin, la forêt du Grand-Est au cinéma apparaît comme un refuge temporaire et fragile, offrant aux personnages un espace isolé pour se protéger et se reposer. Dans Survivre avec les loups (Belmont, 2007), elle joue ce rôle de protection, tandis que dans Baise-moi (Despentes, 2000), la forêt finale symbolise un havre éphémère pour les deux protagonistes, un moment de calme et de sérénité avant la tragédie, où même la mort semble suspendue par la nature.

… et de lumières

Ces forêts se déploient également comme des espaces lumineux, poétiques et pacifiés. Dans la Dormeuse Duval (Sanchez, 2017), Main dans la main (Donzelli, 2012) ou la Bonne Épouse (Provost, 2020), elles deviennent des territoires d’apaisement, des lieux de beauté et de contemplation qui contrastent avec l’agitation urbaine. Elles éveillent les sens – comme dans les Parfums (Magne, 2019), où la forêt alsacienne est appréhendée par l’olfaction – et accompagnent des récits d’apprentissage, d’amitié ou d’amour. La forêt y assume alors des fonctions symboliques complémentaires : le départ (fuite du quotidien), le passage (transformation, éveil du désir, émancipation) et l’arrivée (réconciliation, apaisement, accomplissement).

Le départ se manifeste comme un besoin de fuir le quotidien ou la contrainte sociale : dans Leurs enfants après eux (signé des frères Boukherma, 2024), les adolescents quittent la grisaille ouvrière pour s’échapper dans les bois, tandis que dans Tous les soleils (Claudel, 2011), le héros rejoint un refuge forestier pour se libérer des pressions familiales et retrouver un peu de silence.

Le passage correspond à l’expérience de transformation et d’émancipation : dans Petite Nature (Theis, 2021), Johnny traverse la forêt pour se rapprocher du monde adulte et s’affirmer, et dans Mon chat et moi… (Maidatchevsky, 2023), Rroû retrouve son instinct et sa liberté en explorant les sous-bois.

Enfin, l’arrivée symbolise l’accomplissement et l’apaisement : dans Perdrix (Le Duc, 2019), Pierre et Juliette atteignent la rive du lac après leurs aventures forestières, exprimant leur amour en toute liberté, et dans Jules et Jim (Truffaut, 1962), les balades en forêt incarnent des instants de joie et de plénitude avant la tragédie. À travers ces récits, la forêt se révèle un espace initiatique, miroir des émotions et catalyseur de la transformation intérieure.

Ainsi les forêts du Grand-Est se révèlent-t-elles un espace filmique pluriel. Elles traversent les récits en incarnant une territorialité cinématographique, où les liens entre les personnages et leur environnement façonnent la narration. À travers elles, le territoire se donne à voir et à ressentir, agissant comme un lieu d’émotions et de symboles, capable d’exprimer les ombres comme les lumières. Cette polysémie participe à la force cinématographique du Grand-Est, dont la richesse narrative repose précisément sur cette capacité à conjuguer frisson, mémoire, liberté et poésie, révélant un territoire à la fois concret et sensible.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Les forêts du Grand-Est au cinéma : un territoire qui s’enracine à l’écran – https://theconversation.com/les-forets-du-grand-est-au-cinema-un-territoire-qui-senracine-a-lecran-270514

Journée mondiale de lutte contre le sida : Où en est l’épidémie de VIH en France ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Dominique Costagliola, Épidémiologiste et biostatisticienne, directrice adjointe de l’Institut Pierre Louis d’Épidémiologie et de Santé Publique (Sorbonne Université/Inserm), directrice de recherches, Inserm

Épidémiologiste et biostatisticienne, membre de l’Académie des Sciences, Dominique Costagliola est directrice de recherche émérite à l’Inserm. Cette figure de la recherche contre le VIH fait le point pour The Conversation sur la situation de l’épidémie en France, et revient sur les conséquences, au niveau mondial, du retrait des aides états-uniennes.


The Conversation France : En France, combien de personnes vivent actuellement avec le VIH ?

Dominique Costagliola : En France, en 2023, selon les estimations de Santé publique France, 181 000 personnes vivaient avec le VIH.

Soulignons que Santé publique France a déployé l’an dernier une nouvelle méthode d’estimation de l’incidence du VIH en France et d’autres indicateurs clefs, les chiffres de ces deux dernières années ne doivent donc pas être directement comparés aux chiffres plus anciens.

En ce qui concerne les nouveaux diagnostics annuels, le chiffre le plus élevé dans l’Hexagone est relevé en Île-de-France (environ 162 nouveaux cas par million d’habitants), suivi par la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (64) et le Centre-Val de Loire (55).

Carte des taux de découvertes de séropositivité VIH par région de domicile (par million d’habitants),  France, 2024.
Taux de découvertes de séropositivité VIH par région de domicile (par million d’habitants),
France, 2024.

Santé publique France, DO VIH, données au 30 juin 2025 corrigées pour tenir compte de la sous-déclaration, des délais de déclaration et des déclarations incomplètes

Les taux de découverte de séropositivité annuels sont particulièrement élevés dans les départements et régions d’outre-mer. Dans les Antilles, on dénombrait 200 nouveaux diagnostics par million d’habitants à la Martinique et 156 pour l’ensemble Guadeloupe, Saint-Martin et Saint-Barthélemy. À Mayotte, ce taux est de 306. En Guyane, il monte à 672. Cela semble peu en nombre de personnes, mais rapporté à la population, c’est conséquent.

Dans les 30 pays de l’Union européenne, les nouveaux diagnostics se situent en moyenne à 5,3 pour 100 000 habitants et par an (données ECDC/OMS de 2023). Quand on regarde plus en détail, on constate que la situation varie de 2,1 nouveaux diagnostics pour 100 000 habitants en Slovénie et en Autriche, jusqu’à 17,6 à Chypre ou 21 à Malte. En France, en 2024, on est à 7,5 nouveaux diagnostics pour 100 000 habitants. Ce niveau est relativement proche de celui des pays voisins (9,5 en Belgique, 8,8 au Portugal, 6,6 en Espagne, 4 en Italie, 3,9 en Allemagne – données 2023).

TCF : Que peut-on dire de la dynamique de l’épidémie dans notre pays ?

DC : Les estimations d’incidence de Santé publique France indiquent une stabilisation dans toutes les populations considérées (personnes hétérosexuelles nées à l’étranger, personnes hétérosexuelles nées en France, HSH nés en France, HSH nés à l’étranger, usagers de drogues injectables, personnes trans contaminées par rapports sexuels).

Cette tendance tranche avec les évolutions contrastées qui avaient été observées entre 2012 et 2021. Sur cette période, l’incidence a baissé en France, cependant cette baisse se voyait surtout chez les hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes (HSH) nés en France.

Depuis 2022, le nombre de nouveaux diagnostics ne diminue plus dans cette population, ce qui est une source de préoccupation. À l’inverse, alors qu’il augmentait chez les HSH nés à l’étranger sur la même période, il se stabilise depuis deux ans.

Les chiffres révèlent que la baisse de l’incidence chez les HSH était modeste de 2012 à 2015 Le changement observé est probablement en partie lié à la modification du des recommandations de prise en charge. À partir de 2013, ces dernières ont préconisé de « mettre en place un traitement antirétroviral chez toute personne vivant avec le VIH », autrement dit dès le diagnostic. Auparavant, quand un individu était diagnostiqué, il n’était pas immédiatement mis sous traitement antirétroviral (on attendait que son taux de lymphocytes T CD4 – les cellules immunitaires qui sont progressivement détruites par le virus – diminue).

Ce changement de paradigme a eu un impact sur la circulation de la maladie. En effet, la charge virale des personnes sous traitement est contrôlée. En conséquence, elles ne transmettent pas le virus.

L’accentuation de la baisse à partir de 2016 peut quant à elle s’expliquer par la mise à disposition de la PrEP (prophylaxie pré-exposition), innovation qui s’est répandue progressivement, essentiellement dans ce groupe.

Pour mémoire, cette approche consiste à fournir un traitement antirétroviral préventif aux personnes non encore infectées par le VIH mais à risque d’être exposées, afin de prévenir la contamination. Il s’agit d’une mesure complémentaire aux autres moyens de prévention. Concrètement, les individus concernés prennent des comprimés, quotidiennement ou à la demande (dans ce cas, avant et après une prise de risque).

TCF : La pandémie de Covid-19 a-t-elle eu un impact sur l’épidémie de VIH en France ?

DC : On constate qu’en 2020, le nombre de nouveaux diagnostics a diminué de façon importante. On peut probablement y voir en partie l’effet de la pandémie de Covid-19 : on dépistait moins à cette époque, en raison des perturbations du système de santé. Le fait qu’il y a eu à cette époque davantage de distanciations sociales qu’à l’accoutumée a peut-être aussi contribué à limiter la transmission.

Depuis ce plus bas niveau, estimé à 4 500 nouveaux cas environ en 2020, une remontée du nombre de nouveaux diagnostics a été observée. Elle pourrait être simplement due à la reprise de l’activité de dépistage, voire à son augmentation. En effet, depuis 1er janvier 2022, il est possible d’effectuer un dépistage du VIH dans tous les laboratoires d’analyses biologiques de France, sans ordonnance.

(ce dispositif a été étendu en septembre 2024 à quatre autres infections sexuellement transmissibles (le virus de l’hépatite B et les bactérie_ Treponema pallidum (responsable de la syphilis), Neisseria gonorrhoeae (gonorrhée) et Chlamydia trachomatis _(chlamydiose). Depuis cet élargissement, Santé publique France a constaté un doublement du nombre mensuel de 15-24 ans qui se sont fait tester pour le VIH (la prise en charge est de 100 % pour les moins de 26 ans), NDLR)

En 2024, 8,5 millions de tests VIH ont été réalisés, lesquels ont mené à la découverte de 5100 nouveaux diagnostics de séropositivité. Ce chiffre semble indiquer une tendance à la stabilisation, mais il faudra voir si celle-ci se confirmera dans les années à venir.

TCF : Qui sont ces personnes, et sait-on comment elles ont été contaminées ?

DC : L’âge au moment du diagnostic est très variable selon la population considérée. Chez les personnes hétérosexuelles, la part des seniors (50 ans et plus) est nettement plus importante que dans les autres populations. Parmi les 5100 personnes nouvellement diagnostiquées en 2024, 44 % étaient nées en France, et 56 % à l’étranger.

Les deux modes principaux de contamination sont les rapports hétérosexuels (53 % des cas en 2024), et les rapports sexuels entre hommes (42 % des diagnostics). Les autres modes de contamination sont beaucoup moins fréquents (le partage de matériel d’injection dans le cas des usagers de drogues représentait 1 % des diagnostics, les contaminations mère-enfant, 1 % également, les contaminations sexuelles de personnes trans 2 %).

On remarque qu’en 2024, 47 % des personnes nées à l’étranger qui ont découvert leur séropositivité en France se sont avérées avoir été contaminées après leur arrivée dans notre pays.

Les personnes vivant avec le VIH sans le savoir constituent une source particulière de préoccupation. Selon Santé publique France, elles étaient environ 9675 fin 2024. Si ce chiffre est en baisse de 10 % par rapport à 2023, il nécessite de poursuivre les efforts en matière de dépistage.

TCF : C’est un point important, car pour limiter la transmission, il est essentiel de raccourcir le délai qui s’écoule entre le moment où un individu est contaminé est celui où il est diagnostiqué…

DC : En effet, car si l’on ne sait pas que l’on est infecté, on ne va pas prendre de précaution, et donc on va être susceptible de contaminer d’autres personnes. À l’inverse, les données de la littérature scientifique démontrent que quand les gens connaissent leur séropositivité, ils prennent moins de risques.

Par ailleurs, une fois diagnostiqué, on reçoit un traitement qui permet de contrôler la charge virale. À partir de ce moment, on ne transmet plus le virus.

Donc plus tôt on se fait dépister, plus le risque de transmettre le virus est limité, car ce sont plutôt les personnes qui ignorent leur statut qui sont à la source des nouvelles contaminations.

Enfin, plus les traitements sont initiés tôt, meilleures sont les chances de parvenir à contrôler le virus et à restaurer le système immunitaire.

TCF : À l’heure actuelle, quel est le délai entre la contamination et le diagnostic ?

DC : Santé publique France l’estime à 1,7 an en médiane, mais il varie beaucoup selon la situation considérée.

Ainsi, ce délai est d’environ 3 ans pour les hommes hétérosexuels nés à l’étranger. Il est d’un peu plus de 2 ans et demi pour les femmes hétérosexuelles nées à l’étranger, et d’un peu moins de 2 ans et demi pour les hommes hétérosexuels nés en France. Pour les hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes nés en France, il est légèrement inférieur à un an (et légèrement supérieur à un an pour les HSH nés à l’étranger et les personnes trans contaminées par rapport sexuel).

On sait aussi que le risque de contamination est plus élevé chez les personnes précaires, qui ont moins de possibilités de s’occuper correctement de leur santé. Il s’agit là d’un obstacle à surmonter pour être capable de gérer correctement l’épidémie.

TCF : À partir de 2015, la prophylaxie préexposition (PrEP) a également été intégrée aux recommandations officielles. Que peut-on en dire ?

DC : L’ANSM a établi en novembre 2015 une recommandation temporaire d’utilisation (RTU) du Truvada pour la PrEP, devenue effective en janvier 2016. Ce médicament est une association entre deux molécules qui inhibent des enzymes indispensables au bon fonctionnement du VIH (ténofovir – ou TDF – et emtricitabine – ou FTC).

Selon les données du Groupement d’Intérêt scientifique EPI-PHARE, qui depuis 2017 assure le suivi de l’évolution de l’utilisation de Truvada ou de ses génériques en France dans le cadre d’une PrEP, durant le premier semestre 2025, 67505 personnes utilisaient effectivement la PrEP, que ce soit en initiation ou en renouvellement. Les personnes qui y ont eu recours en France entre le 1er janvier 2016 et le 30 juin 2025 sont principalement des hommes (94 %), âgés de 33 ans en médiane. La grande majorité (69 %) résidait dans des communes appartenant à des unités urbaines de plus de 200 000 habitants.

On ne sait pas dans quelle mesure la PrEP couvre correctement les populations les plus à risque, mais on peut supposer que ce n’est sans doute pas suffisant, en tout cas pour la prévention.

TCF : D’autres médicaments soulèvent de grands espoirs pour limiter la transmission : les PrEP injectables. De quoi s’agit-il, et où en est-on en France ?

DC : À l’heure actuelle, en France, la PrEP repose sur l’association TDF/FTC. Ces molécules sont fabriquées par plusieurs laboratoires, sous forme générique. Elles sont donc bon marché.

À côté de ces PrEP, qui se prennent sous forme de cachets, sont développées des PrEP injectables, comme le cabotégravir (du laboratoire VIIV HEALTHCARE – qui est également utilisable en traitement, en bithérapie).

En PrEP, cette molécule requiert une injection tous les deux mois, en intramusculaire. Elle dispose d’une autorisation de mise sur le marché au niveau européen, mais sa commercialisation en France reste en suspens, car les discussions sur son remboursement n’ont pas encore abouti. Une étude est en cours pour évaluer le service médical rendu par rapport à la PrEP TDF/FTC.

Une autre PrEP injectable, le lénacapavir (laboratoire Gilead), a fait beaucoup parler d’elle en raison de la formidable efficacité dont elle a fait montre lors des essais cliniques : durant ces derniers, aucune infection n’a été détectée. Certes, les échantillons étaient de taille modeste, mais ça n’en est pas moins impressionnant.

Autre intérêt du lénacapavir : cette PrEP ne requiert qu’une injection tous les six mois. Elle a d’ailleurs été officialisée par l’OMS en tant qu’option supplémentaire dans ses recommandations de PrEP.

TCF : En ce qui concerne les traitements antirétroviraux, où en est-on ? Sont-ils satisfaisants ?

DC : Aujourd’hui, nous disposons en France de traitements qui permettent de prendre en charge toutes les situations cliniques, y compris les personnes porteuses de virus très résistants. On retrouve ici encore le lénacapavir, mentionné précédemment, qui dispose d’une indication dans de tels cas de figure. L’efficacité de cette molécule repose sur son mode d’action totalement nouveau (elle interagit avec les protéines de la capside du VIH-1, bloquant différentes étapes du cycle de réplication viral).

De nouvelles molécules sont en cours de développement, notamment les traitements injectables avec seulement quelques injections par an, ou dans de nouvelles familles ciblant de nouveaux gènes du virus ou dans les familles existantes.

Ces traitements, bien qu’ayant un coût et devant être pris à vie, permettent néanmoins aux personnes vivant avec le VIH d’avoir une espérance de vie qui se rapproche beaucoup de celle de la population générale. À condition que le diagnostic soit fait suffisamment tôt, afin de contrôler rapidement la charge virale, avant que les taux de LT CD4 ne diminuent trop.

Or, en 2024, environ 26 % des gens étaient encore diagnostiqués à un stade avancé de la maladie, autrement dit avec un taux de LT CD4 inférieur à 200 par mm3 de sang (ce qui correspond à un risque élevé de développer des maladies), ou bien à un moment où ils avaient déjà une pathologie opportuniste classant au stade Sida (résultant de l’immunodépression induite par l’infection). Dans cette situation, le temps pour réussir à récupérer des taux de LT CD4 supérieurs à 500 et diminuer l’inflammation qui est induite par l’infection sera très long.

Le fait d’avoir été immunodéprimé et de l’être resté longtemps, soit en raison d’un diagnostic tardif soit parce que l’on a été infecté avant la mise à disposition des traitements ou avant la recommandation universelle de traitement peut avoir des conséquences à long terme sur le risque de pathologies, telles que les cancers ou les maladies cardiovasculaires.

C’est aussi le cas lorsqu’on a été exposé aux premières générations d’inhibiteurs nucléosiques de la reverse transcriptase (AZT, DDI ou D4T) ou d’inhibiteurs de protéase (lopinavir)

TCF : quelle proportion de patients cela représente-t-il ?

DC : On sait qu’à l’heure actuelle, environ un quart des gens qui sont dans les files actives (une file active se définit comme le nombre de patients différents vus en consultation au moins une fois dans l’année, NDLR) ont été diagnostiqués avant 1996. Donc avant l’avènement des trithérapies.

Les trois quarts restants ont majoritairement été diagnostiqués avant 2013 (autrement dit avant la recommandation universelle de traitement). Les histoires de ces patients diffèrent donc en fonction du contexte historique de leur prise en charge.

Il faut cependant souligner qu’en France, 97 % des gens sont traités et ont une charge virale contrôlée. À condition de ne pas arrêter le suivi, bien entendu. Or, un certain nombre de personnes, qu’on a du mal à évaluer, arrête parfois leur prise en charge.

TCF : Nous sommes en 2025, et les recherches sur un potentiel vaccin sont toujours en cours. Pourquoi est-ce si compliqué ? Qu’apporterait un vaccin ?

DC : Si efficaces que soient les traitements, ils doivent être pris à vie, et ne sont pas parfaits (en raison de certains effets secondaires notamment). Par ailleurs, ils coûtent cher. Les trithérapies qui sont les plus populaires à l’heure actuelle ne sont pas encore disponibles sous forme générique. Un vaccin abordable qui conférerait une protection de long terme permettrait de diminuer drastiquement les nouvelles infections et le coût de leur prise en charge.

La difficulté est que pour développer un vaccin qui fonctionne contre un micro-organisme, il faut trouver un moyen d’activer les défenses que notre corps met en œuvre spontanément face à lui. Or, le VIH est précisément problématique parce qu’il échappe au système immunitaire, et le dégrade…

On ne connaît que quelques cas exceptionnels de personnes qui ont développé une immunité naturelle face à ce virus. Étant donnée la rareté de tels individus, monter des projets de recherche est très compliqué. Et ce, d’autant plus que la généralisation des traitements empêche d’en découvrir de nouvelles.

Soulignons cependant que la difficulté à mettre au point un vaccin ne signifie pas qu’il faille abandonner les recherches. On ne sait jamais ce qui pourrait en sortir, comme l’illustre l’histoire des vaccins à ARNm : lorsque quelques équipes ont commencé, il y a vingt ans, à envisager d’utiliser cette molécule comme vaccin, beaucoup de gens leur ont ri au nez, en raison des difficultés techniques à surmonter… On sait comment les choses ont fini par tourner.

Ce point dépasse le cadre de la lutte contre le VIH. Les politiques de la recherche doivent offrir aux scientifiques une marge de manœuvre afin qu’ils puissent travailler également sur des sujets non ciblés, aux côtés de ce qui semble plus immédiatement prometteur ou « productif ». Adopter un tel équilibre – raisonné – est garant d’un financement de la recherche sain. Et il faut soutenir les jeunes scientifiques, pour qu’ils puissent réaliser pleinement leur potentiel et atteindre leur point de capacité maximum !

TCF : À propos de financements, l’administration Trump, aux États-Unis, a brutalement coupé de nombreuses subventions dédiées à la lutte contre le VIH. Quelles en sont les conséquences ?

DC : Le gouvernement des États-Unis a décidé de faire disparaître USAID (United States Agency for International Development), l’agence autonome des États-Unis pour l’aide internationale, créée en 1961.

Le programme PEPFAR (President’s Emergency Plan for AIDS Relief, lancé en 2003), plan d’aide d’urgence destiné à la lutte contre le VIH, a finalement été maintenu en partie après une suspension, mais son fonctionnement a été fortement impacté.

Il faut savoir que dans certains pays à revenus limités, l’infrastructure de soins et les traitements étaient financés à 80 %, voire jusqu’à 100 %, à la fois par l’USAID et par PEPFAR, qui finançait les antirétroviraux. Soulignons à ce sujet qu’il ne s’agit pas d’avoir les traitements, il faut également les infrastructures pour les distribuer, faire les tests de dépistages, assurer le suivi des patients… C’est ce que permettait USAID. Son arrêt brutal a totalement désorganisé les services de soins pour les personnes vivant avec le VIH.

Le retrait des financements américains a aussi eu des conséquences sur l’agence ONUSIDA (UNAIDS en anglais), l’agence de l’ONU dédiée à la lutte contre le VIH : ses services aux communautés ont dû être fortement réduits (sur 70 bureaux nationaux ayant fait remonter des données, 40 % ont indiqué avoir dû cesser ces activités).

Le devenir de PEPFAR, qui a été sauvé par le Congrès des États-Unis en juillet, reste peu clair. En juillet 2025, les responsables de l’ONUSIDA estimaient que « six millions de nouvelles infections par le VIH et quatre millions de décès supplémentaires liés au sida pourraient survenir entre 2025 et 2029 si les services de traitement et de prévention du VIH soutenus par les États-Unis s’effondrent complètement ».

Les auteurs d’une étude publiée dans la revue Lancet en mai 2025 ont par ailleurs estimé qu’une réduction de 24 % de l’aide internationale, combinée à l’arrêt du soutien du PEPFAR, dans les pays à revenus faibles et intermédiaires pourrait entraîner entre 4,43 et 10,75 millions de nouvelles infections par le VIH, ainsi qu’entre 0,77 et 2,93 millions de décès supplémentaires liés au VIH sur la période 2025 et 2030, par rapport au statu quo. Si PEPFAR revenait à un niveau équivalent à celui d’avant la crise, ces chiffres pourraient être ramenés respectivement 0,07 à 1,73 million de nouvelles supplémentaires et 0,005 à 0,061 million de décès.

Ces coupes menacent aussi la recherche, notamment en Afrique du Sud, qui figure parmi les pays les plus touchés. Il s’agit non seulement l’un des pays où l’incidence est la plus élevée, mais aussi l’un de ceux qui comptent la plus grande expertise en matière d’essais cliniques…

Il faut noter que la baisse de l’aide américaine n’est pas la seule en cause, même si sa brutalité a limité les capacités de réaction. Dans de nombreux pays riches, dont la France, l’aide au développement est en baisse. Dans ce contexte, les inquiétudes sur la reconstitution du Fonds mondial sont importantes.

Cette situation doit nous faire réfléchir sur le manque de sécurité que représente un mode de financement des systèmes de soin qui repose quasi exclusivement sur un seul bailleur. Il s’agit là d’une question qui dépasse le seul cadre de la lutte contre le VIH. C’est un enjeu majeur en matière de santé publique.

The Conversation

Dominique Costagliola est membre de l’association AIDES et de son conseil d’administration. Au cours des 5 dernières années, elle a fait un exposé non rémunéré en 2022 dans le cadre d’une réunion organisée avec le soutien de Pfizer sur “Recherche Clinique dans l’urgence, Pourquoi, Comment ? “. Au cours des 5 dernières années son laboratoire a reçu 1 contrat de recherches de Janssen sur l’utilisation de la rilpivirine en France.

ref. Journée mondiale de lutte contre le sida : Où en est l’épidémie de VIH en France ? – https://theconversation.com/journee-mondiale-de-lutte-contre-le-sida-ou-en-est-lepidemie-de-vih-en-france-270584

En Afrique de l’Ouest, les services de prise en charge du VIH sous pression après la baisse des financements états-uniens

Source: The Conversation – France in French (3) – By Sophie Desmonde, Chargé de Recheche Inserm (CRCN) en santé publique – Centre d’Epidémiologie et de Recherche en santé des POPulations (CERPOP), Inserm UMR 1295, Université de Toulouse, Inserm

Réorganisations voire interruptions d’activités de soins, difficultés à assurer la continuité des traitements par antirétroviraux, stress pour les équipes soignantes et les malades… les conséquences de la réduction des fonds alloués à la lutte contre le VIH par l’administration Trump 2 se font déjà sentir. C’est ce que révèle une étude menée au sein de sites de prise en charge d’enfants et d’adultes vivant avec le VIH, répartis dans sept pays d’Afrique de l’Ouest. Nous dévoilons ses résultats en primeur, à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida du 1er décembre 2025.


Depuis janvier 2025, le gouvernement des États-Unis d’Amérique a changé ses priorités en matière de santé. Cela s’est traduit par une réduction brutale de l’aide internationale fournie par le « Plan présidentiel américain d’aide d’urgence à la lutte contre le sida » (PEPFAR), programme clé du renforcement des systèmes de santé dans la lutte contre le VIH, ainsi que le démantèlement de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), qui était le principal bailleur de fonds américain pour l’aide sanitaire à l’échelle mondiale.

L’apport de ces programmes a été largement démontré et a sauvé des vies. En Afrique de l’Ouest, une partie importante des programmes de prise en charge du VIH dépend de ces soutiens.

Une enquête auprès de sites pour adultes et enfants, dans sept pays d’Afrique de l’Ouest

Pour mieux comprendre l’impact direct de ces coupes budgétaires, nous avons mené une étude descriptive détaillant l’organisation administrative, les ressources humaines, la distribution des traitements antirétroviraux, le suivi virologique, et le vécu au quotidien des patientes, des patients et des équipes soignantes de 13 sites cliniques adultes et enfants participant à la collaboration de recherche International Epidemiologic Database to Evaluate AIDS in West Africa. Ces résultats ont été acceptés en communication orale à la 9e édition des Rencontres des études africaines en France.

En 2024, l’Afrique de l’Ouest et du Centre comptait plus de 5 millions de personnes vivant avec le VIH, dont 37 % d’enfants. Face à la dette publique, la région n’a que peu de marge budgétaire pour financer les services de santé et de lutte contre le VIH. Il en résulte une forte dépendance aux financements extérieurs, en particulier au « Plan présidentiel américain d’aide d’urgence à la lutte contre le sida » (PEPFAR) qui contribue à garantir la disponibilité des médicaments antirétroviraux, indispensables à la survie des personnes vivant avec le VIH.

De plus, les ONG et associations locales, majoritairement financées pour leur part par l’agence USAID, ont un rôle essentiel dans la mise en œuvre de la prise en charge des personnes vivant avec le VIH en apportant un soutien logistique et humain. Pour mieux comprendre les conséquences à court terme de cette nouvelle situation de rupture budgétaire, et comment les équipes soignantes et les malades s’y adaptent, nous avons mené une enquête dans 13 sites cliniques répartis dans sept pays d’Afrique de l’Ouest, avec lesquels nous collaborons depuis vingt ans dans le cadre de nos recherches sur le VIH au Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Ghana, Mali, Nigeria et Togo. Ces sites suivent chacun en médiane plus de 3 000 malades adultes et enfants chaque année.

Entre avril et mai 2025, un questionnaire en ligne a été transmis aux responsables de sites. Le questionnaire comportait cinq volets : organisation du partenariat avec les bailleurs, ressources humaines, distribution des médicaments antirétroviraux, suivi de la charge virale, et ressenti des malades et des équipes soignantes vis-à-vis de la prise en charge globale.

Interruptions de soins communautaires, licenciements et autres impacts de la baisse des financements

Au total, 10 des 13 sites contactés ont complété le questionnaire. Parmi eux, cinq étaient directement financés par le plan PEPFAR et les autres par des ONG soutenues par l’agence USAID. La moitié des sites avaient déjà reçu des consignes de leur gouvernement pour adapter leurs activités en mode dégradé, démontrant une capacité de réponse rapide de la part des programmes nationaux de lutte contre le VIH.

Six sites sur dix ont dû suspendre ou supprimer des postes, touchant aussi bien des médecins que du personnel infirmier ou des conseillers techniques. Dans l’un des centres, une réduction de 25 % des primes a été décidée pour éviter des licenciements. Comme ces primes constituent l’essentiel du revenu pour les emplois associatifs, cette mesure a entraîné la démission de quatre médiateurs.

Dans un autre site, toutes les activités communautaires (groupes de soutien, séances d’éducation, conseil, dépistage) ont dû être interrompues entraînant le licenciement des personnes impliquées. Or ces activités jouent un rôle central dans la prise en charge du VIH : elles aident les malades à suivre leur traitement, assurent le suivi et renforcent le lien entre les équipes de soins et les communautés. Leur suspension fragilise l’accompagnement des personnes vivant avec le VIH.




À lire aussi :
L’éducation par les pairs dans la lutte contre le VIH menacée par les réductions de l’aide publique au développement


À la suite de ces suspensions et licenciements, les sites ont été obligés de revoir leur organisation. Ainsi ils ont mis en place des astreintes pour le personnel fonctionnaire, redéployé le personnel hospitalier, et redistribué les tâches afin d’éviter le surmenage du personnel soignant encore en poste, tout en assurant la continuité des soins VIH. En conséquence, s’ajoutent à la suspension des activités communautaires, des temps d’attente en salle de consultation rallongés, avec un impact direct sur la qualité globale de la prise en charge des patients.

La continuité du traitement à vie par antirétroviraux mise à mal

Dans huit des dix sites, tous les antirétroviraux restaient disponibles mais n’étaient plus délivrés pour une durée de six mois selon le calendrier habituel, mais seulement pour des périodes allant d’un à trois mois, ce qui a augmenté la fréquence des visites et la charge de travail pour les équipes comme pour les patientes et patients. Dans deux autres sites, des ruptures de stock déjà présentes avant les coupes budgétaires, persistaient et concernaient plusieurs antirétroviraux utilisés chez l’adulte.

Dans un centre, une situation particulièrement préoccupante et non éthique a été signalée : comme les contrats nationaux avec le plan PEPFAR imposent de garantir la continuité des soins à vie pour les personnes déjà sous traitement antirétroviral, les équipes ont eu pour instruction de prioriser ces malades en raison du risque de pénurie, et de ne pas commencer le traitement antirétroviral chez les adultes nouvellement diagnostiqués comme infectés par le VIH, contrairement aux recommandations universelles qui préconisent de tester et de traiter.

Cinq sites ont indiqué qu’il leur manquait des réactifs indispensables pour faire les tests de charge virale. Plusieurs sites ont reprogrammé les mesures de charge virale, alors que d’autres ont dû les faire réaliser par d’autres plateformes. Or, le suivi de la charge virale est un indicateur clé de la prise en charge du VIH : il permet de vérifier l’efficacité du traitement, de détecter les échecs thérapeutiques et de réduire le risque de transmission. Ces interruptions ou retards ont fragilisé le suivi clinique des patients les exposant à un risque accru de complications.

Trois sites ont rapporté une augmentation des interruptions de traitement ou des abandons de la part des patientes ou patients alors que deux sites n’ont pas constaté d’impact notable au moment de l’enquête.

Augmentation du stress et baisse de la satisfaction professionnelle

Ailleurs, les cliniciens ont observé une montée de l’anxiété des malades, liée à l’incertitude sur la disponibilité future des médicaments, de la frustration face aux examens retardés ou impossibles à réaliser, et la crainte que le traitement devienne moins efficace. Certains malades s’inquiètent de « ce qu’il adviendra si les financements américains s’arrêtent complètement ».

Dans les sites pédiatriques, les équipes rapportent un stress accru chez les enfants, lié notamment à l’arrêt de certaines activités récréatives qui jouaient un rôle important dans leur accompagnement.

Six sites sur dix rapportent un impact direct sur leurs équipes soignantes, avec un sentiment d’impuissance face aux restrictions, une baisse de la satisfaction professionnelle, et une augmentation du stress, notamment face à l’agressivité des malades dans ce contexte d’incertitude.

Et se profile un désengagement des pays donateurs au Fonds mondial de lutte contre le sida

Ces mesures documentent l’impact à court terme des réductions de financement dans un contexte géopolitique évolutif, et montrent que la dépendance aux financements extérieurs fragilise la continuité des soins.

D’autres pays, dont la France, ont déjà annoncé qu’ils allaient diminuer leur aide internationale, réduisant ainsi leurs engagements au profit du Fonds mondial de lutte contre le VIH.




À lire aussi :
La France, championne de la lutte mondiale contre le VIH/sida ? Retour sur 40 ans de diplomatie face à la pandémie


Les conséquences à long terme pour les personnes vivant avec le VIH sont malheureusement déjà prévisibles, mais nous devrons les documenter en tenant compte de la résilience des systèmes de santé face à un tel événement.

The Conversation

Sophie Desmonde a reçu des financements de l’ANRS-MIE, Sidaction, et NICHD

Antoine Jaquet a reçu des financements de l’ANRS-MIE et des NIH.

Kiswend-Sida Thierry Tiendrebeogo a reçu des financements de l’ANRS-MIE.

Valériane Leroy a reçu des financements de l’ANRS-MIE, Expertise France, Sidaction, Europe-EDCTP, NICHD, UNITAID.

ref. En Afrique de l’Ouest, les services de prise en charge du VIH sous pression après la baisse des financements états-uniens – https://theconversation.com/en-afrique-de-louest-les-services-de-prise-en-charge-du-vih-sous-pression-apres-la-baisse-des-financements-etats-uniens-270724

Israel’s Netanyahu seeks pardon in years-long corruption trial

Source: Radio New Zealand

By Alexander Cornwell, Tamar Uriel-Beeri and Omri Taasan

Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu participates in a joint press conference with US President Donald Trump (off frame) in the State Dining Room of the White House in Washington, DC on September 29, 2025. US President Donald Trump said on Monday that Washington was "very close" to securing peace in the Gaza war, after meeting with Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu and releasing a 20-point peace plan. (Photo by ANDREW CABALLERO-REYNOLDS / AFP)

Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu. Photo: AFP / ANDREW CABALLERO-REYNOLDS

Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu has asked the country’s president for a pardon in his long-running corruption trial, arguing that criminal proceedings were hindering his ability to govern and a pardon would be good for Israel.

Netanyahu, the country’s longest-serving prime minister, denies the bribery, fraud, and breach of trust charges. His lawyers said in a letter to the president’s office that the prime minister still believes the legal proceedings would result in a complete acquittal.

“My lawyers sent a request for pardon to the president of the country today. I expect that anyone who wishes for the good of the country support this step,” Netanyahu said in a brief video statement released by his political party, the Likud.

Neither the prime minister, who has been on trial for five years, nor his lawyers made any admission of guilt.

Opposition leader Yair Lapid said Netanyahu should not be pardoned without admitting guilt, expressing remorse, and immediately retiring from political life.

Pardons in Israel have typically been granted only after legal proceedings have concluded and the accused has been convicted. Netanyahu’s lawyers argued that the president can intervene when public interest is at stake, as in this case, with a view to healing divisions and strengthening national unity.

President Isaac Herzog’s office described the request as “extraordinary” with “significant implications”. The president “will responsibly and sincerely consider the request” after receiving relevant opinions, his office said.

US President Donald Trump wrote to Herzog this month, urging him to consider granting the prime minister a pardon, saying the case against him was “a political, unjustified prosecution”.

Herzog’s office said the request would be forwarded to the pardons department in the justice ministry, as is standard practice, to collect opinions, which would be submitted to the president’s legal adviser, who will formulate a recommendation for the president.

Israel’s Justice Minister, Yariv Levin, is a member of Netanyahu’s Likud party and a close ally of the prime minister.

In the letter, Netanyahu’s lawyers argued that criminal proceedings against him had deepened societal divisions and that ending the trial was necessary for national reconciliation. They also wrote that increasingly frequent court hearings were burdensome while the prime minister was attempting to govern.

“I am required to testify three times a week … That is an impossible demand that is not made of any other citizen,” Netanyahu said in the video statement, emphasising that he had received the public’s trust by repeatedly winning elections.

Netanyahu was indicted in 2019 in three separate but related cases that centre around accusations that he granted favours to prominent business figures in exchange for gifts and sympathetic media coverage.

The prime minister has repeatedly denied any wrongdoing.

Coalition allies issued statements supporting Netanyahu’s request for a pardon, including National Security Minister Itamar Ben-Gvir and Finance Minister Bezalel Smotrich.

Opposition politician Yair Golan, a former deputy chief of the military, called on the prime minister to resign, urging the president not to grant a pardon.

Netanyahu is one of the country’s most polarising political figures, who was first elected prime minister in 1996. He has since served in government and opposition and returned to the prime minister’s office following the 2022 election.

The next election is due by October 2026, and many polls indicate that his coalition, the most right-wing in Israel’s history, would struggle to win enough seats to form a government.

Throughout his career, Netanyahu has cultivated a reputation for prioritising security and economic issues, but he has also been dogged by the corruption charges. He was prime minister on 7 October 2023, when Hamas launched its attack on Israel, widely regarded as the most traumatic event in the country’s history and the deadliest assault on Jews since the Holocaust.

Since then, he has overseen the devastating war in Gaza, which has killed tens of thousands of Palestinians and levelled much of the territory, drawing broad international criticism and condemnation. Israel has severely weakened Hamas and also Lebanese militant group Hezbollah and this year launched a war against Iran that destroyed critical military infrastructure.

– Reuters

– Published by EveningReport.nz and AsiaPacificReport.nz, see: MIL OSI in partnership with Radio New Zealand

Calls for accountability over lethal Hong Kong fire silenced

Source: Radio New Zealand

By Holmes Chan

Miles Kwan, a 24-year-old student, speaks to AFP while handing out flyers outside a train station in Hong Kong's Tai Po district on November 28, 2025, following the deadly fire at the Wang Fuk Court residential complex. Local media reported that Kwan was arrested by national security police for sedition on November 29 after starting an online petition with "four key demands", which include an independent probe into the fire. (Photo by Holmes CHAN / AFPTV / AFP)

Miles Kwan. Photo: AFP / HOLMES CHAN

Not long before he was reportedly detained, Miles Kwan approached commuters outside a Hong Kong train station, urging them to demand accountability for the deadly inferno that tore through nearby apartment blocks.

“We all feel unhappy that (Hong Kong) has come to this and we want things to improve,” the 24-year-old student told AFP on Friday while handing out flyers that called for an independent probe into the blaze, which killed at least 146 people this week.

“We need to be frank about how today’s Hong Kong is riddled with holes, inside and out.”

The demands by Kwan and other organisers turned into an online petition that gained more than 10,000 signatures in less than a day.

However, Hong Kong media reported on Saturday night that Kwan was arrested by national security police on suspicion of sedition and the text of the online petition had been deleted, showing how, under Beijing’s watchful eye, dissenting voices in Hong Kong can vanish as quickly as they appear.

Police declined to confirm the arrest on Saturday, saying only that they “will take actions according to actual circumstances and in accordance with the law”.

Thick smoke and flames rise as a major fire engulfs several apartment blocks at Wang Fuk Court in Hong Kong's Tai Po district on November 26, 2025. Four people died after multiple blocks in a Hong Kong residential estate went up in flames on November 26, with local media earlier reporting that some residents were trapped. (Photo by Yan ZHAO / AFP)

Thick smoke and flames rise as a major fire engulfs several apartment blocks at Wang Fuk Court in Hong Kong’s Tai Po district on November 26, 2025. Photo: Yan Zhao / AFP

AFP sought further comment from the police on Sunday, while calls to Kwan went unanswered.

Hong Kong was once home to spirited political activism, but that has faded since Beijing imposed a strict national security law in 2020 following huge pro-democracy protests in the Chinese finance hub.

Kwan was reportedly detained not long after Beijing’s national security arm in Hong Kong publicly condemned “anti-China forces” for exploiting the disaster and “inciting social division and stirring hatred against authorities”.

Asked on Friday if he feared arrest, Kwan said he was only “proposing very basic demands”.

“If these ideas are deemed seditious or ‘crossing the line’, then I feel I can’t predict the consequences of anything anymore, and I can only do what I truly believe.”

Grenfell comparisons

The flyers Kwan and a handful of activists gave out at the train station near the charred residential estate demanded government accountability, an independent probe into possible corruption, proper resettlement for residents and a review of construction oversight.

The demands reflected a belief that the fire was “not an accident” but a man-made disaster, he said.

Authorities have arrested 11 people in connection to the blaze that tore through seven of the eight high-rise blocks of Wang Fuk Court, the world’s deadliest residential building fire since 1980.

Hong Kong has previously used judge-led commissions of inquiry to undertake complex fact-finding exercises in a public forum — a practice left over from British colonial rule.

By contrast, city officials have so far announced only an inter-departmental task force to investigate the blaze.

When Britain was grappling with public fury over the devastating Grenfell Tower fire in 2017, which killed 72 people, the government there announced a public inquiry.

Lawyer Imran Khan, who represented the bereaved and survivors in the inquiry, told AFP “the lessons from Grenfell apply around the world” because all governments need to ensure high-rise residential buildings are safe.

Khan said a public inquiry with court-like powers was a better option for the situation in Hong Kong because “an internal investigation will not get to the truth and there will be no faith in it by the bereaved, survivors and residents”.

Based on his experience with Grenfell residents, he said, “without justice they cannot grieve”.

Many commuters took the flyers at the Hong Kong station on Friday, although few stopped to chat with Kwan or his companions.

A short walk away near the site of the blaze, a long queue snaked through a park as mourners brought flowers and handwritten notes of remembrance.

One unsigned note left on the ground read: “This is not just an accident, it is the evil fruit of an unjust system, which landed on you. It’s not right.”

– AFP

– Published by EveningReport.nz and AsiaPacificReport.nz, see: MIL OSI in partnership with Radio New Zealand

Sri Lanka flooding: ‘Entire lives swept away in a single night’

Source: Radio New Zealand

People in New Zealand with family in Sri Lanka are describing the widespread devastation caused by severe flooding from Cyclone Ditwah.

The [https://www.rnz.co.nz/news/world/331910/death-toll-continues-to-rise-half-a-million-displaced-by-sri-lanka-floods extreme weather system has destroyed homes, leaving thousands displaced. A state of emergency has also been declared.

There are also reports that entire villages have been washed away in landslides and many villages have been completely cut off.

Cyclone Ditwah in the Spring Valley area (part of Badulla) in Sri Lanka.

Cyclone Ditwah in the Spring Valley area (part of Badulla) in Sri Lanka. Photo: Supplied / Lasitha Buddika

Statistics from the Sri Lanka Disaster Management Centre [DMC] showed 212 people had died and 218 people were missing as of Sunday evening.

Aucklander Sachindra Amarasekara grew up in Sri Lanka and has family in Hanwella near the capital of Colombo.

“They are surrounded by flood water. Fortunately, their house itself has not been severely damaged, but they are in complete isolation.

“And also, the electricity lines are destructed [damaged], leaving them without power, and all internet connections are down due to damage to the service providers.

‘We heard reports that the flooding has affected the main water treatment plant in Colombo at the moment, which means they may soon lose access to drinking water as well, unfortunately.”

Cyclone Ditwah in the Spring Valley area (part of Badulla) in Sri Lanka.

Cyclone Ditwah in the Spring Valley area (part of Badulla) in Sri Lanka. Photo: Supplied / Lasitha Buddika

Amarasekara said it is a really hard time for many people.

“I’m very sure many people have seen their entire lives swept away in a single night. There’s a sense of helplessness, that’s what I felt from my father when I last I spoke to him.

“And also most of my friends and families, when I speak to them or when they’re receiving the text messages, I felt like they are quite feeling like hopeless.

“I’m sure many of them are mentally scattered, trying to understand what comes next.”

Cyclone Ditwah in the Spring Valley area (part of Badulla) in Sri Lanka.

Cyclone Ditwah in the Spring Valley area (part of Badulla) in Sri Lanka. Photo: Supplied / Lasitha Buddika

Amarasekara said many communities are isolated due to landslides, making it hard to get supplies and rescue teams to some areas.

“All three forces and the police are working really hard to reach the affected areas and get people out, and communities are also stepping to collect dry food and preparing warm meals to distribute.

“Unfortunately, most of the places, they can’t reach still because of the severe landslides, and also, the roads are not there some places and there is still floods going on.

“So many people trapped inside, so many people missing at the moment.” she said.

Cyclone Ditwah in the Spring Valley area (part of Badulla) in Sri Lanka.

Cyclone Ditwah in the Spring Valley area (part of Badulla) in Sri Lanka. Photo: Supplied / Lasitha Buddika

She said it is hard to see, as her country had already been through so much recently.

“I feel so sorry for my people because we’re just coming out from the economic crisis and we’re just about to stand on our own feet, and this is the worst we faced so far.

“We have faced wars, we have faced tsunamis, we have faced so many things, we lost so many people along the way.”

Amarasekara said as a nation, the country always comes back stronger but: “This is the very first time in Sri Lanka, I have seen that we are seeking for international help,” she said.

Cyclone Ditwah in the Spring Valley area (part of Badulla) in Sri Lanka.

Cyclone Ditwah in the Spring Valley area (part of Badulla) in Sri Lanka. Photo: Supplied / Lasitha Buddika

Samith Hettiarachchi lives in Mulleriyawa, and was told to evacuate, leaving everything behind, and said water would reach up to 20 feet and was rising 1 foot an hour.

Hansana Yaddehige also told RNZ his friends entire village was flooded, causing homes to collapse, power to go out, with no access to water.

Nipun Fernando said it was hard to get access to food.

“There is a shortage of grocery supply due to transportation issues. Devastation is pretty bad.

“Access to some areas totally blocked due to landslides and bridges been damaged. No more rain but as a result of all that rain rivers are overflowing, this is the worst ever flooding in the recent past,” he said.

Cyclone Ditwah in the Spring Valley area (part of Badulla) in Sri Lanka.

Cyclone Ditwah in the Spring Valley area (part of Badulla) in Sri Lanka. Photo: Supplied / Lasitha Buddika

The New Zealand Ministry of Foreign Affairs and Trade said it is providing consular assistance to a family travelling in Sri Lanka.

There are 200 New Zealanders registered on SafeTravel in Sri Lanka.

Sign up for Ngā Pitopito Kōrero, a daily newsletter curated by our editors and delivered straight to your inbox every weekday.

– Published by EveningReport.nz and AsiaPacificReport.nz, see: MIL OSI in partnership with Radio New Zealand

A-t-on un libre arbitre pour suivre les innovations technologiques ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Xavier Pavie, Philosophe, Professeur à l’ESSEC, Directeur de programme au Collège International de Philosophie, ESSEC

Pour le philosophe Ivan Illich, l’individu se trouve pris dans les fers de l’innovation. Subh_Naskar/Shutterstock

Le prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel, décerné notamment à Philippe Aghion, a remis l’accent sur les bienfaits de l’innovation technologique, et son rôle crucial sur la croissance économique. Mais n’existe-t-il pas des innovations forcées ? La philosophie d’Ivan Illich peut nous éclairer à ce sujet.


En théorie, nous sommes tous libres d’acheter ou non les nouveaux modèles de smartphones, ou d’adopter les nouvelles générations technologiques. Dans la pratique, il est très difficile de résister. Les travaux sur la résistance des clients à l’innovation se multiplient. Certains abordent la question de l’innovation forcée, principalement à l’intérieur des entreprises et des administrations. L’organisation même des marchés peut mener à ces situations d’innovations forcées.

Un certain nombre d’acteurs, dominants sur le marché, peuvent imposer des produits plus rentables ou plus avantageux pour eux. Un exemple emblématique en est le compteur « intelligent » Linky d’Enedis. Malgré les résistances des particuliers et même parfois des collectivités locales, très bien analysées dans les travaux de Cécile Chamaret, Véronique Steyer et Julie Mayer, l’installation de ce compteur est devenue obligatoire.

Alors a-t-on un libre arbitre pour décider ou non d’adopter une nouvelle technologie ?

Contrôle du libre arbitre

Le philosophe Ivan Illich s’interrogeait dans son ouvrage la Convivialité (1973) sur la notion de création de besoins à partir de ce qu’il nomme des « monopoles radicaux ». Selon ce penseur critique de la société industrielle, les institutions exercent un contrôle sur le libre arbitre de chacun en créant des besoins et des solutions de toutes pièces, ce qui crée des dépendances. Ces monopoles radicaux peuvent s’incarner dans la médecine, le système de transport ou encore l’école.

Cette situation s’avère particulièrement problématique, car elle engendre une dépendance généralisée des individus envers ces « monopoles radicaux » qui contrôlent la satisfaction des besoins. La recherche du profit dans la production industrielle prime sur la réponse authentique aux besoins de la population. À terme, elle engendre une société de consommation aliénante où les individus n’ont plus ni autonomie ni capacité à faire des choix éclairés.

« Il y a monopole radical lorsque l’outil programmé évince le pouvoir-faire de l’individu. Cette domination de l’outil instaure la consommation obligatoire et dès lors restreint l’autonomie de la personne. »

L’individu pris dans les fers de l’innovation

Pour Ivan Illich, l’innovation a un rôle clef puisqu’elle est la réponse à ces besoins créés ; l’individu se trouve pris dans ses fers. Cette contre-productivité de l’innovation se manifeste par la détérioration qu’elle cause sur l’être humain lui-même, sur son autonomie et sa capacité de conscience. Elle l’est également sur son environnement, car les institutions « créent des besoins plus vite qu’elles ne peuvent les satisfaire et, tandis qu’elles s’efforcent en vain d’y parvenir, c’est la terre qu’elles consument ».




À lire aussi :
Le prix Nobel d’économie 2025 met à l’honneur la création et la destruction économique


Le manque de réflexion sur la nécessité réelle de l’innovation, et l’inexistence de son évaluation a priori, finissent par avoir des conséquences sur nos ressources. Chaque nouveau smartphone, ordinateur, réseau social, nanotechnologie, intelligence artificielle n’apporte pas moins de contre-productivité face à ce que ces innovations seraient censées apporter : liberté, ouverture et connexion aux autres, indépendance, etc.

La course à laquelle se livre l’innovation, à une vitesse sans cesse accrue, ne mène-t-elle pas progressivement l’humain non pas au progrès, mais à sa perte ?

Avoir ou utiliser le dernier cri

Au cours des derniers mois, deux innovations très médiatiques ont été lancées sur le marché : ChatGPT 5 d’Open AI et l’iPhone 17 d’Apple. La première, nouvelle version de l’IA générative d’Open AI promet une meilleure logique, une multimodalité élargie (texte, image, vidéo) et une rapidité accrue par rapport à la version précédente. La nouvelle version du plus célèbre des smartphones propose, quant à elle, un nouvel écran légèrement plus lumineux, une double caméra arrière optimisée dans un contexte de faible éclairage, et rend possible un enregistrement simultané des caméras avant et arrière.

Pour l’immense majorité des usages, dans un cas comme dans l’autre, aucune différence n’est réellement perceptible par les utilisateurs. Les propositions relèvent plus de bénéfices symboliques (avoir ou utiliser le dernier cri) que de bénéfices liés à l’usage. Le baromètre de l’innovation responsable européen montre ainsi que 59 % seulement de la population, en France, pense que les sciences et technologies « rendent [sa] vie plus facile, plus confortable et les f[ai]t vivre en meilleure santé ».

En revanche, la fabrication d’un smartphone nécessite l’extraction d’une cinquantaine de métaux différents, et la fabrication des nouveaux terminaux représente 60 % de l’impact environnemental du numérique en France, lui-même en forte croissance. Quant à Chat GPT5, selon une étude récente de l’Université Rhode Island, il utilise en moyenne 18 wattheures par réponse fournie, soit l’équivalent du fonctionnement d’une ampoule incandescente pendant dix-huit minutes.

Peu de valeur ajoutée fonctionnelle

Ces deux exemples récents n’ont rien à envier à d’autres développements équivalents.

L’image 4K sur Netflix nécessite des équipements de captation (caméras) et de diffusion (ordinateur ou téléviseur) renouvelés et un abonnement Premium, plus cher, et ce malgré une différence minime à l’œil nu. Le protocole wifi 7 offre plus de débit et permet le passage d’une trentaine de secondes à dix secondes pour télécharger un film en haute définition, mais nécessitant de changer l’ensemble des équipements (box, terminaux).

On peut s’étonner que ces innovations rencontrent le succès malgré le peu de valeur ajoutée fonctionnelle qu’elles apportent. Mais pouvons-nous, en tant que consommateurs, résister à cette déferlante technologique ?

Mise à jour permanente

Dans le domaine du numérique, le fonctionnement des produits en réseau a pour corollaire un système de mises à jour permanentes. Il rend concrètement inutilisables les anciens modèles de hardware ou les anciennes versions des software. Pour faire fonctionner les dernières versions de messagerie, il est nécessaire de télécharger un système d’exploitation suffisamment récent, qui nécessite lui-même une mémoire dont ne dispose que les modèles plus récents de smartphone.

Le choix de conserver une ancienne version n’est pas disponible, même lorsque l’on n’est pas intéressé par les nouvelles fonctionnalités qu’elle propose, souvent très spécialisées. Les individus se trouvent contraints de suivre, même à distance, les avancées technologiques. Sans en avoir eu le désir ou l’intention, les individus se voient entraînés dans des usages nouveaux, qui peuvent ensuite être ressentis comme de véritables besoins.

Biais pro-innovation

Faire une économie globale des innovations est devenu clé. Si les êtres humains ne peuvent résister individuellement, les sociétés le peuvent-elles au niveau global ? Comme le souligne le professeur de management Franck Aggeri, la théorie schumpéterienne souffre d’un biais pro-innovation, en minorant ou ignorant souvent les impacts négatifs des innovations.

La notion de valeur étendue qui ajoute à la valeur pour le consommateur, la valeur – positive ou négative – pour la planète ou pour la société permet de prolonger la réflexion, mais n’est pas opérée au niveau macro-économique.

L’économie globale des innovations technologiques n’est jamais pensée, aucune innovation n’est présentée dans une perspective globale, complexe, avec pertes, profits, et dégâts collatéraux.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. A-t-on un libre arbitre pour suivre les innovations technologiques ? – https://theconversation.com/a-t-on-un-libre-arbitre-pour-suivre-les-innovations-technologiques-269002

Droits de douane américains : en attente d’une décision historique de la Cour suprême

Source: The Conversation – France in French (3) – By Antoine Bouët, Directeur, CEPII

Depuis son retour à la Maison Blanche en janvier 2025, Donald Trump ne cesse de jouer des droits de douane afin d’obtenir les conditions les plus avantageuses possible pour les États-Unis dans leurs rapports commerciaux avec leurs nombreux partenaires. Mais le président dispose-t-il réellement de telles prérogatives ? La plus haute juridiction du pays, la Cour suprême, va devoir trancher. Et contrairement à ce qu’on croit souvent, bien que sa composition penche nettement à droite, elle ne va pas nécessairement aller dans le sens de la présidence…


Parmi tous les droits de douane appliqués par l’administration Trump depuis le début de l’année, une bonne partie ont été promulgués par décret présidentiel au nom de la loi des pouvoirs économiques liés à une urgence internationale (IEEPA, pour International Emergency Economic Power Act). Ce sont les droits de douane imposés en février sur le Canada, la Chine et le Mexique pour que ces pays fassent davantage d’efforts pour arrêter le trafic de fentanyl et le flux de migrants illégaux (« trafficking tariffs »), mais aussi les tarifs « réciproques » annoncés le 2 avril 2025 sur la pelouse de la Maison Blanche pour combattre les déficits commerciaux « inéquitables » que les États-Unis enregistrent avec certains de leurs partenaires.

Si ces décisions ont provoqué la stupeur et l’indignation dans de nombreux pays, un certain nombre d’entreprises et de secteurs d’activité aux États-Unis ont aussi réagi en déposant plainte auprès de juridictions inférieures sur l’utilisation de l’IEEPA par le président des États-Unis pour imposer des droits de douane.

La Cour suprême, acquise à Trump ? Pas si sûr…

L’IEEPA est une loi fédérale américaine autorisant le président à réguler le commerce après avoir déclaré l’état d’urgence nationale en réponse à toute menace inhabituelle et extraordinaire pesant sur les États-Unis et provenant d’une source étrangère.

Ce printemps, la Cour du district de Columbia et la Cour internationale du commerce ont conclu que cette utilisation de l’IEEPA n’était pas constitutionnelle. Elles ont cependant permis que les droits de douane en question continuent d’être appliqués, tout en faisant, à la demande de l’administration Trump, appel à un jugement de la Cour suprême des États-Unis. Celle-ci a procédé à une audition des plaignants et d’un certain nombre de personnalités de l’administration le 5 novembre 2025.

La Cour suprême va-t-elle remettre en cause les droits de douane imposés par Donald Trump au nom de l’IEEPA ?

Sachant qu’elle est composée de six juges réputés républicains (dont trois nommés par Donald Trump durant son premier mandat) et de trois démocrates, on pourrait penser que la réponse sera négative. Cependant, une majorité républicaine parmi les juges n’est pas la garantie d’une décision favorable à Donald Trump, et il semble aujourd’hui possible que la Cour suprême déclare ces droits de douane illégaux. Les arguments juridiques en faveur d’une telle décision sont solides.

Que disent les textes en vigueur ?

Aux États-Unis, comme dans de nombreux pays, c’est le Congrès qui a le pouvoir de décider des taxes. Et les droits de douane en sont. L’article 1 section 7 de la Constitution stipule que tout projet de loi comportant une levée d’impôt doit émaner de la Chambre des représentants, avec possibilité d’amendement par le Sénat.

Le terme de « droit de douane » (tariff) n’est pas contenu dans le texte de l’IEEPA. Celui-ci mentionne soit une régulation, soit un gel d’actifs ou une confiscation de propriété, soit un blocage de transactions. L’IEEPA a d’ailleurs été utilisé pour imposer des sanctions internationales à des individus ou des nations : par exemple, le gel des actifs financiers et immobiliers de personnes ayant gêné les efforts de stabilisation politique et la reconstruction en Irak en 2007 ou la prohibition d’importation de diamants bruts de Sierra Leone en 2001. Un droit de douane peut-il être considéré comme une régulation ? Si tel était le cas, alors toutes les agences en charge d’une régulation pourraient imposer des taxes.

Ensuite, il est difficile de considérer que le déficit commercial de biens des États-Unis constitue une urgence internationale, sachant que cette situation prévaut depuis 1975 et qu’un excédent substantiel est dégagé dans les services.

Enfin et surtout peut-être, les membres républicains de la Cour suprême se sont, ces dernières années, prononcés en faveur de la doctrine des « questions majeures » qui spécifie que lorsque le Congrès délègue une autorité sur une question majeure, il ne peut le faire qu’à condition d’énoncer clairement les conditions de cette délégation, c’est-à-dire les limites et les principes de son application. Or cela n’a pas été fait pour les droits de douane.

Bien sûr, la Cour suprême n’a jamais utilisé cet argument contre un président républicain, mais la doctrine des « questions majeures » est une doctrine républicaine ! Et, lors des premières auditions, les juges de la Cour suprême – notamment trois juges républicains, à savoir Amy Coney Barrett, Neil Gorsuch et le président de la Cour John Roberts – sont apparus soucieux de ne pas concéder un pouvoir trop important au président, soucieux aussi de l’incertitude créée par la politique commerciale de Donald Trump.

Les deux options possibles

Bien qu’il soit difficile d’anticiper le verdict de la Cour suprême, examinons les conséquences qu’auraient les deux réponses possibles.

Si la Cour suprême désavoue l’administration Trump, alors l’administration pourra chercher d’autres outils législatifs pour imposer ses droits de douane.

La première solution serait de faire voter une loi sur le commerce (Trade Act) par le Congrès américain. Mais ce processus est long. En novembre 2026, la Chambre des représentants sera renouvelée dans son intégralité, le Sénat au tiers. Un an, c’est peu de temps pour faire passer une telle loi. En outre, il y a de plus en plus d’opposition, y compris parmi les républicains, aux mesures protectionnistes. Quatre sénateurs républicains se sont en 2025 alliés plusieurs fois aux démocrates pour adopter une résolution annulant des tarifs de Donald Trump. Et si cette résolution n’a pas eu force de loi, cela montre tout de même qu’un projet de loi protectionniste pourrait être refusé par le Sénat.

Les sections 232 et 301 des Trade Acts, respectivement de 1962 et 1974, attribuent au président le pouvoir d’imposer des droits de douane pour, respectivement, un objectif de sécurité nationale et en réponse à des pratiques déloyales. Mais l’application de ces droits doit être précédée d’une enquête du département du Commerce, enquête qui peut être longue. Et les droits de douane doivent concerner des secteurs spécifiques, alors que ceux mis en place au titre de l’IEEPA taxent tous les biens. Toutefois, les avantages de ces sections sont qu’elles n’incluent aucune limite de temps d’imposition ou de niveau de taxe.

La section 122 du Trade Act de 1974 donne le pouvoir au président d’imposer des droits pour corriger un problème « majeur et sérieux » de déficit de la balance des paiements. Mais ces droits ne doivent pas dépasser 15 % et 150 jours, et sont soumis à l’autorisation préalable du Congrès.

La section 338 du Trade Act de 1930 autorise le président des États-Unis à imposer des droits de douane sur des pays qui ont pris des mesures déraisonnables ou discriminatoires à l’encontre des États-Unis. Le rapport du US Trade Representative publié en début d’année, « 2025 National Trade Estimate Report on Foreign Trade Barriers », pourrait fournir toute la matière nécessaire. Deux contraintes rendent cette option un peu moins intéressante que l’IEEPA : le droit maximum est de 50 % et la collecte de droits ne peut commencer que 30 jours après la publication du décret exécutif. Par rapport aux autres options, ce pourrait toutefois être l’outil législatif que l’administration Trump utiliserait en cas d’invalidation par la Cour suprême de l’utilisation de l’IEEPA.

Néanmoins, ce serait un désaveu pour l’administration Trump, qui pourrait, en plus, avoir à rembourser les recettes douanières perçues en 2025 au titre de l’IEEPA, soit 140 milliards de dollars (0,5 % du PIB), selon une estimation de la banque d’investissement Piper Sandler. La suspension des tarifs de l’IEEPA pourrait aussi remettre en cause les « deals » négociés depuis août avec de nombreux pays, dont l’Union européenne, puisque les négociations se sont appuyées sur ce texte.

Si, en revanche, la Cour suprême confirme l’administration dans son utilisation de l’IEEPA, cela créera évidemment un précédent dont l’importance ne peut être minorée. À l’avenir, sans rendre le moindre compte au Congrès américain et sans limites, le président des États-Unis pourra taxer des produits importés « en réponse à toute menace inhabituelle et extraordinaire ».

La décision que va rendre la Cour suprême sera véritablement historique ! Il faudra attendre la fin de l’année 2025 ou le début de 2026 pour la connaître.

The Conversation

Antoine Bouët ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Droits de douane américains : en attente d’une décision historique de la Cour suprême – https://theconversation.com/droits-de-douane-americains-en-attente-dune-decision-historique-de-la-cour-supreme-270742

The Canadian Museum for Human Rights finally grapples with the Nakba

Source: The Conversation – Canada – By Jonah Corne, Assistant Professor in the Department of English, Theatre, Film and Media, University of Manitoba

Even as it claims to champion the stories of global injustice, the Canadian Museum for Human Rights (CMHR) has struggled, if not refused, to meaningfully acknowledge Palestine for more than a decade.

Its newly announced exhibition to launch in the summer of 2026 — Palestine Uprooted: Nakba Past and Present — marks a significant reversal for an institution that has often been criticized for its silences.

The omission of Palestinian history dates all the way back to before the museum’s official opening in Winnipeg in 2014, when Palestinian-Canadian community advocate Rana Abdulla replied, fruitlessly, to the museum’s call for suggestions for content.

After years of continued advocacy from the Palestinian community in Winnipeg and across Canada — and in the midst of so much tragedy and what a UN commission of inquiry has called genocidal violence in Gaza — the announcement comes as a remarkable sliver of good news.

The development is also surprising because the museum, Canada’s first federal one located outside the nation’s capital, has historically had difficulties with the living legacy of settler colonialism — a key issue in discussions about Palestine — in Canada.

Prior to construction, the museum was criticized for failing to provide sufficient funds for a full excavation of the archeological heritage on the sacred Indigenous site where the museum is located. Until the stance was reversed in 2019, the museum had resisted describing the experience of Indigenous Peoples in Canada in terms of genocide.

Naming Palestinian dispossession

Bringing exhibition-level attention to the massive dispossession of Palestinians that occurred by the founding of the state of Israel in 1948 — an event known as al Nakba (Arabic for “the catastrophe”) — emerges as an ethically and educationally responsible move for the museum. It also signals a shift under CEO Isha Khan, who came on board in 2020 in the wake of the museum struggling to present an accountable and consistent message of human rights.

Despite its recent recognition of Palestinian statehood, the Canadian government has repeatedly resisted calls to grant the Nakba, and by extension Nakba Day, official acknowledgement. Neither has the Nakba had a place in the curricula of Canadian schools.

The CMHR’s Nakba exhibit therefore stands as an important repositioning in relation to these concerning national absences.

Of course, we don’t know how the exhibit — slated to involve oral histories, art and artifacts — will turn out. But judging only the title, the naming of the Nakba is immensely consequential and allows an opening to inquire further into the constellation of terms — dispossession, ethnic cleansing, settler colonialism, occupation and genocide — that cluster around it.

Meanwhile, the word “uprooted” to describe what befell 750,000 Palestinians in 1948 is, if perhaps muted, not inaccurate.

Holocaust memory and Nakba denial

Pro-Israel groups have predictably condemned the museum’s announcement of the exhibition in statements consistent with a trend of Nakba denial in mainstream pro-Israel discourse.

What underpins such a trend, implicitly or explicitly, is a Zionist narrative that sees the Holocaust as both radically unique and as the ultimate justification for the founding of the Israeli state.




Read more:
The conflation problem: Why anti-Zionism and anti-semitism are not the same


Accordingly, to acknowledge the Nakba introduces a perceived impermissible rival to the Holocaust for suffering and remembrance, as well as a complicating factor that casts the founding of the Israeli state as something other than a strictly unimpeachable redemption for the Nazi genocide against Jews.

Attending to the Nakba requires that we see the creation of Israel as entailing a radical — and violent — escalation in a project of settler colonialism that, by 1948, had been underway for several decades, having received decisive momentum under the auspices of British colonialism from the Balfour Declaration of 1917.

This history deserves to be recognized, first and foremost for the sake of Palestinians living in and outside of Palestine who continue to endure the Nakba’s rippling aftermath. In addition, historical ignorance and amnesia are detrimental for the well-being of a society. Not to mention, the CMHR has an extensive and permanent Holocaust gallery.

This new exhibit might also help us to consider the ways in which the Holocaust and the Nakba can be thought of in constructive relation to one another. Such co-thinking is part of the project of an edited collection of essays, The Holocaust and the Nakba: A New Grammar of Trauma and History, where in the foreword, the late Lebanese intellectual, novelist and longtime activist for Palestinian liberation, Elias Khoury, articulates a compelling moral argument.

Khoury movingly affirms:

“The Holocaust is my responsibility as a member of the human race, despite it having been a product of European fascism. As such, my deeply ingrained moral duty is to be an active participant in the struggle against antisemitism as well as all other forms of racism anywhere in the world. This path leads me to continue the struggle against the Zionist colonialist occupation project in Palestine. Two wrongs do not make a right, one crime does not wipe out another, and racism is not remedied by counterracism.”

Khoury’s argument is consistent with what I have come to extract from the well-known mantra of Holocaust education, “never again.” I take the mantra’s lack of a specified referent as an open space where, without the burden of exact equation-drawing, one can speak out against racist, oppressive, eliminationist logics in any form that they may appear.

Historical accuracy and relevancy

Something must also be said about the claims by pro-Israel groups that the CMHR Nakba exhibition will be invalidatingly one-sided because of inattention to the Jewish (Mizrahi and Sephardi) displacement from Middle Eastern and North African countries in the wake of 1948.

The larger regional repercussions of the founding of the Israeli state bear no pertinence to the Palestinians’ own experience of dispossession: the focus of the exhibition and a topic that has been historically overlooked.

Moreover, the exoduses that occurred in Iraq, Yemen, Morocco and elsewhere were not perpetrated by Palestinians, so the call for “balance” in considering the Nakba vis-à-vis Mizrahi and Sephardi refugeehood is a non-starter.

In the face of such baseless attempts to cast doubt on the credibility of the exhibit, I hope that the CMHR will hold the line.

With its long overdue decision to engage substantially with Palestinians, who continue to endure a world-shaking crisis of displacement, occupation and genocide, the institution sets out on a crucial journey towards reestablishing its own credibility and fulfilling its ambitious aim of serving as a leading, capaciously inclusive space for exploring and educating about human rights.

The Conversation

Jonah Corne does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. The Canadian Museum for Human Rights finally grapples with the Nakba – https://theconversation.com/the-canadian-museum-for-human-rights-finally-grapples-with-the-nakba-270351

Are harp seals responsible for the stalled recovery of Atlantic cod?

Source: The Conversation – Canada – By Tyler Eddy, Research Scientist, Fisheries & Marine Institute, Memorial University of Newfoundland

In June 2024, the Canadian government lifted the moratorium on northern cod fishing in Newfoundland and Labrador after 32 years. The decision was controversial because cod numbers had not recovered since they collapsed in the early 1990s.

The collapse of Atlantic cod stocks in Newfoundland and Labrador had a huge impact on the economic and social fabric of the province. The subsequent fishing moratorium in 1992 put nearly 30,000 people in the province out of work.

Several explanations have been put forward for the stalled cod recovery, including environmental conditions, historical overfishing and prey availability.

Another explanation has identified predation by harp seals as the reason cod numbers have remained low. However, given the severity of historical overfishing that occurred, Atlantic cod population growth may be impaired by a number of factors.

The Northwest Atlantic harp seal population was estimated at 4.4 million in 2024, the second-largest seal population in the world. Fishermen have long been concerned about the amount of fish that harp seals consume. However, a 2014 Fisheries and Oceans Canada study concluded that harp seals do not strongly impact the northern cod stock.

The concerns of fishermen about the impact of seals on fish stocks were heard by the Canadian government. In September 2023, the Department of Fisheries and Oceans announced funding for independent seal science. It was through this funding opportunity that I recruited postdoctoral fellow Pablo Vajas and MSc student Hannah West to dive deeper into the issue.

Historical overfishing

The magnitude and duration of overfishing increase the time fish stocks need to recover. By 1993, northern cod had declined by 99 per cent of its historical biomass, while the other Newfoundland Atlantic cod stocks declined by 77 per cent to 95 per cent. During the fishing moratorium on the offshore fishing fleet, inshore and recreational fisheries continued to operate, but fisheries catches were very low.

Capelin, a small forage fish that is important prey for cod and other predators, is linked to cod population growth and is included in the northern cod stock assessment. Capelin also collapsed in the 1990s and has not recovered to pre-collapse levels, limiting ecosystem productivity. It remains unknown why capelin has not recovered.

Do harp seals eat more than fisheries catch?

Harp seals eat a range of items — their diet varies by prey availability, season, location and time. In our recently published study, we compared diet estimates from stomach content analyses from 7,710 harp seals as well as laboratory analyses of muscle tissue using fatty acids and stable isotopes.

In general, our findings told a consistent story: harp seals are generalists that eat a range of prey, including American plaice, Arctic cod, Atlantic cod, Atlantic herring, capelin, flounder, redfish, sand lance, shrimp, squid and zooplankton. We incorporated these results into a food-web model of predator and prey interactions to calculate the total harp seal consumption of prey and their contribution to mortality. We compared these consumption and mortality rates to those from fisheries.

Our analysis revealed that harp seals consume a higher biomass of shared target species than caught by fisheries. Harp seal consumption rates were 24 times higher than fisheries catch rates for Atlantic cod, Greenland halibut and American plaice from 2018 to 2020.

We also found that harp seals caused 17 times more deaths of shared target species than fishing did. Stock assessments have reported elevated levels of northern cod natural mortality since the collapse. Consistently, our research found that the impact of harp seals on other species in the ecosystem has increased since the fish stocks collapsed.

The harp seal population has declined by 41 per cent since 1998, when it peaked at 7.5 million. This has happened while the number of harp seals harvested for their meat and pelts has also declined. Harp seals have recently been listed as near-threatened by the International Union for Conservation of Nature due to Arctic sea ice loss.

Marine ecosystems in a changing world

Newfoundland and Labrador’s marine ecosystems are highly dynamic. Since the cod collapse, ecosystems have been less productive, leading to a declining harp seal population and limiting the recovery of collapsed fish stocks.

Despite the decline in harp seal numbers, our findings show that harp seal predation remains an important factor that should be included in Atlantic cod stock assessments.

It should be noted that climate change is an additional factor affecting marine ecosystems and fisheries. More than ever, it is crucial to track the productivity of fish stocks and marine ecosystems to achieve sustainable resource management.

The Conversation

Tyler Eddy receives funding from the Natural Sciences and Engineering Research Council of Canada, Fisheries and Oceans Canada’s Sustainable Fisheries Science Fund, and the Canada First Research Excellence Fund.

ref. Are harp seals responsible for the stalled recovery of Atlantic cod? – https://theconversation.com/are-harp-seals-responsible-for-the-stalled-recovery-of-atlantic-cod-269337