L’actualisation du concile de Nicée à l’occasion du voyage, en novembre 2025, du pape Léon XIV en Turquie permet de réfléchir aux enjeux de ce concile pour la géo-ecclésiologie (étude du rapport de l’Église aux territoires) actuelle. Le pape promeut une approche dynamique de Nicée : quel impact sur l’unité des Églises et sur le dialogue œcuménique et interreligieux ?
Dans l’avion qui l’amenait de Turquie au Liban le dimanche 30 novembre 2025, le pape Léon XIV a expliqué pourquoi il avait souhaité effectuer ce voyage dans la région :
« La première raison […] était le 1 700e anniversaire du Concile de Nicée […] pour commémorer le grand événement : l’accord de toute la communauté chrétienne et la profession de foi, le Credo de Nicée-Constantinople. »
Faut-il voir dans ce déplacement un simple hommage aux sources du christianisme ou, au-delà, un choix symbolique qui annonce une orientation importante de ce que sera le pontificat de ce pape de 70 ans élu en mai dernier ?
L’évolution de l’adjectif « œcuménique »
Le 28 novembre 2025, cet « accord de toute la communauté chrétienne » s’est manifesté par une célébration œcuménique qui a rassemblé de nombreux responsables chrétiens – catholiques, orthodoxes et protestants – autour du patriarche orthodoxe de Constantinople Bartholomée Ier et du pape Léon XIV.
Mais le concile de Nicée s’est réuni avant toutes les séparations entre les Églises ; dès lors, comment se fait-il qu’il soit appelé le premier concile « œcuménique » ?
À Nicée (aujourd’hui Iznik), en 325, le premier concile est le fruit immédiat de l’édit de Milan, promulgué en 313 par les co-empereurs romains Licinius et Constantin, qui promouvait la tolérance religieuse et marquait la fin des persécutions de l’Empire romain contre les chrétiens.
Le fait de se réunir (« concile » vient du latin concilium qui signifie assemblée) pour se mettre d’accord sur les questions nouvelles n’a en soi rien de nouveau puisque c’était déjà le mode habituel de gouvernance des Églises, y compris pendant les persécutions, mais à échelle locale.
Cependant, en convergeant vers Nicée par les voies romaines, les évêques entourés de délégations sont pour la première fois en capacité de représenter l’Église « universelle ». C’est vers cette réalité que pointe alors l’adjectif « œcuménique ».
Au cours des siècles, l’adjectif a changé de sens. Dans l’Antiquité, il a d’abord un sens géographique et signifie que le concile a vocation à rassembler, au moins potentiellement, les évêques de tout l’Empire. Aujourd’hui, il revêt un sens plus technique et désigne les différentes formes de dialogue interconfessionnel au sein des différentes Églises chrétiennes. Il n’en demeure pas moins que les Églises, séparées au fil des siècles, célèbrent toujours en Nicée un patrimoine commun qui les réunit sur l’essentiel.
Un « credo » commun
L’enjeu majeur, en 325, était de se mettre d’accord sur les mots pour exprimer la foi au Christ en tant que Fils de Dieu.
L’empereur Constantin (au centre) avec les évêques du concile de Nicée tenant anachroniquement le texte du Symbole de Nicée-Constantinople dans sa forme liturgique grecque fondée sur le texte adopté au premier concile de Constantinople (381 de notre ère). Wikimedia
Les professions de foi alternant le mode narratif et la précision théologique étaient déjà le mode habituel de formulation de la foi depuis les origines ; c’est sur les modèles de professions de foi déjà existantes utilisées lors des baptêmes que le concile élabore son credo. Mais les évêques de Nicée ont conscience de formuler à cette occasion une profession de foi capable de servir de repère pour l’Église universelle. Elle sera par la suite complétée au concile de Constantinople en 381 (d’où son nom de Credo de Nicée-Constantinople), mais elle ne changera pas sur le fond. « Le Credo de Nicée-Constantinople est ainsi la profession commune de toutes les traditions chrétiennes », comme le souligne le pape dans la lettre apostolique du 23 novembre 2025 In unitate fidei à l’occasion de l’anniversaire de Nicée.
Cette conviction est toujours celle des différentes Églises chrétiennes rassemblées ; c’est donc bien leur patrimoine commun que les acteurs de la commémoration de 2025 ont voulu mettre en valeur, sans pour autant renier leurs identités propres.
En quoi ce voyage porte-t-il un aspect symbolique ?
C’est justement dans l’articulation entre unité et diversité que le patriarche Bartholomée et le pape Léon XIV se positionnent de façon très claire, proposant de « marcher ensemble » : « Nous devons marcher ensemble, dit le pape Léon XIV, pour parvenir à l’unité et à la réconciliation entre tous les chrétiens. » (In unitate fidei 12.)
Il poursuit : « Le Credo de Nicée peut être la base et le critère de référence de ce cheminement. Il nous propose en effet un modèle de véritable unité dans la diversité légitime. […] Car l’unité sans multiplicité est tyrannie. » (In unitate fidei 12.)
Ainsi, cette unité n’est nullement comprise comme une uniformité, qui serait d’ailleurs plus ou moins fantasmée ; le projet ne vise pas le lissage des individualités mais le dialogue.
Loin de toute naïveté, la rencontre de Nicée manifeste donc la volonté des responsables religieux présents de donner du christianisme une image du dialogue pour la paix. « Car nous ne sommes pas rassemblés ici simplement pour nous souvenir du passé », a affirmé le patriarche Bartholomée dans son discours de bienvenue.
S’il a été possible de se rencontrer (et n’est-ce pas là le plus difficile justement ? l’absence de l’Église russe planant comme un rappel douloureux des aspects politico-religieux dans les conflits actuels), alors le geste devient également « proposable » au niveau du dialogue interreligieux (en Turquie et au-delà) et même au niveau politique. La suite du voyage du pape au Liban peut ainsi être lue comme une conséquence géo-ecclésiologique de la mémoire vivante de Nicée.
Plus largement, les débats de Nicée ne se limitent pas à des enjeux internes à la foi chrétienne, mais ouvrent sur le dialogue avec les cultures. Pour dire le cœur de leur foi, les évêques de Nicée peaufinent le vocabulaire et optent, audacieusement, pour un terme non pas biblique mais issu de la culture philosophique grecque, apte selon eux à préciser de façon décisive leur pensée. L’adjectif grec homoousios (traduit ensuite en « consubstantiel » en français à partir du latin consubstantialis) générera plus d’un siècle de débats, mais exprime une ouverture au dialogue avec la culture profane. Fils de leur temps et héritiers de cette culture, ils décident de « cheminer avec » ce qu’elle peut offrir de positif pour eux, illustrant ainsi ce qu’on appellera plus tard l’inculturation de la foi, c’est-à-dire l’expression de la foi dans et grâce au génie de chaque culture recevant l’Évangile.
Le pari était risqué et, effectivement, le concile de Nicée est loin d’avoir mis un terme aux conflits de formulations concernant la nature du Fils. Il faudra attendre le 4ᵉ concile œcuménique à Chalcédoine, en 451, pour trouver une expression stabilisée et apaisée. Mais le processus d’inculturation illustré à Nicée marque le christianisme antique de façon irréversible.
Toutes ces « dispositions » marquantes envers le dialogue et la paix font de Nicée, comme premier voyage du pape Léon XIV, un lieu symbolique qui trace une orientation forte pour son pontificat. Entre enracinement dans l’histoire et service de la paix dans le monde, Léon XIV place ce premier voyage dans la continuité des grands travaux inaugurés par le pape François sur la synodalité. Le mot grec syn-odos ne signifie-t-il pas justement « faire route ensemble » ?
Marie Chaieb ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
_Attaque du carré des décabristes par le régiment des gardes à cheval le 14 décembre 1825_, Vassili Timm, 1853. Wikipédia
Le 14 décembre 1825 (selon le calendrier julien alors en vigueur en Russie, soit le 26 décembre selon le calendrier grégorien instauré en Europe occidentale depuis le XVIᵉ siècle et que la Russie soviétique reprendra à son compte en février 1918), l’Empire russe se prépare à célébrer l’accession au pouvoir d’un nouveau tsar, Nicolas Ier, 29 ans, frère du tsar précédent Alexandre Ier, décédé un peu moins d’un mois plus tôt. Mais la cérémonie prendra un tour bien différent de celui qui était attendu et la journée restera dans les mémoires comme celle de la « révolte des décembristes » (ou décabristes, du russe « dekabr’ », qui a donné le mot russe « dekabristy »). Cet important groupe de nobles, influencés par les transformations que connaissait alors l’ouest de l’Europe et désireux de faire évoluer le pays vers une monarchie constitutionnelle, cherchèrent sans succès à s’emparer du pouvoir en mobilisant plusieurs régiments de soldats et furent écrasés par la force.
Au cours des deux cents années suivantes, les événements de cette journée et la répression qui s’ensuivit allaient faire l’objet d’interprétations et de présentations très différentes. Cette mutinerie d’une partie de l’élite contre un pouvoir autocratique fut-elle, pour le pays, une chance manquée de prendre un tournant démocratique ? Faut-il y voir un simple coup de palais ou une annonce des révolutions de 1905 et de 1917 ? Le régime actuel cherche-t-il à célébrer la mémoire des décembristes ou au contraire à les dépeindre en « cinquième colonne à la solde de l’Occident » avant l’heure ? Éléments de réponses avec l’historien Andreï Kozovoï, professeur d’histoire russe et soviétique à l’Université de Lille, auteur, entre autres publications, de « Égéries rouges. Douze femmes qui ont fait la révolution russe » (Perrin, 2023) et, tout récemment, des « Exilés. Pasternak et les miens » (Grasset, 2025).
The Conversation : Pouvez-vous nous rappeler ce qu’on entend par « insurrection décembriste » et ce qui s’est passé exactement le 14 décembre 1825 ?
Andreï Kozovoï : Le terme de « décembristes » désigne les membres de diverses sociétés secrètes, appelées « unions », constituées en Russie entre 1816 et 1821. Ils doivent leur nom au fait qu’ils ont pris les armes contre la monarchie russe en décembre 1825. Il faut préciser que l’insurrection avait d’abord été planifiée pour 1826 ; mais, pris de court par la mort soudaine de l’empereur Alexandre Ier, le 19 novembre (1er décembre selon le calendrier grégorien) 1825, les séditieux ont été obligés d’improviser. Leur soulèvement a lieu le 14 décembre (soit le 26 décembre), jour où le nouveau tsar Nicolas Ier devait prêter serment à Saint-Pétersbourg. Ils engagent alors près de 3 000 soldats sur la place du Sénat, où se déroule la cérémonie. Au même moment, un autre soulèvement a lieu dans le sud de l’Empire russe, notamment en Ukraine.
Les soldats suivent leurs chefs par loyauté mais aussi parce que ceux-ci leur ont fait diverses promesses, à commencer par l’abolition du servage et un net raccourcissement du service militaire (de 25 ans à 15). En outre, ils n’ont pas l’impression de se révolter, les décembristes affirmant s’opposer au couronnement de Nicolas parce qu’ils estiment que l’héritier légitime est le frère aîné de celui-ci, Constantin, sans savoir que ce dernier, qui est gouverneur de la Pologne, a secrètement renoncé au trône après avoir contracté un mariage morganatique avec une comtesse polonaise et préfère rester vivre dans ce pays.
L’insurrection échoue. Les décembristes avaient beaucoup réfléchi à leurs projets politiques une fois le coup d’État accompli ; mais comme de mauvais joueurs d’échecs, ils ont négligé la tactique et n’ont pas vu arriver le mat. Le prince Troubetskoï, désigné « dictateur », devait se charger de prendre la tête du soulèvement, mais il prend peur et se réfugie chez l’ambassadeur d’Autriche, avant de se rendre (ce qui ne l’empêchera pas d’être condamné à mort, avant de voir sa peine commuée en exil à perpétuité). Personne ne veut se charger de prendre la tête du soulèvement et, en bons chrétiens, les conjurés répugnent à verser le sang, préférant tenter de fraterniser avec les troupes qui leur font face. Le camp adverse n’aura pas autant de scrupules.
Après avoir donné l’ordre de tirer sur les mutins – il y aura au moins plusieurs dizaines de morts, dont un certain nombre d’habitants de la ville qui étaient venus sur la place pour assister au couronnement, même si certaines estimations donnent des chiffres nettement plus élevés –, le nouveau tsar fait pendre cinq meneurs. Nicolas Ier organise personnellement le détail des exécutions, voulant offrir « une leçon à l’Europe ». Ce qui n’empêche pas la corde de trois des condamnés de se briser au moment de leur exécution – l’un d’entre eux, Kondratiï Ryleïev, aurait eu le temps de dire « En Russie, on ne sait même pas pendre correctement » avant d’être pendu une seconde fois, cette fois pour de bon…
Par ailleurs, le tsar fait exiler plus de 200 complices et sympathisants, avec leurs épouses, dans les bagnes de Sibérie orientale, dans les glaciales Nertchinsk, Tchita et Irkoutsk.
Qui sont les décembristes et quelles sont leurs idées ?
A. K. : Ce sont d’abord des nobles, pour l’essentiel d’anciens officiers de la guerre contre Napoléon. On trouve parmi eux aussi un certain nombre de civils. Globalement, ils sont l’incarnation de ce que l’on appelle alors l’intelligentsia, catégorie sociale qui a émergé en Russie à la fin du XVIIIᵉ siècle.
S’ils s’entendent sur un certain nombre d’idées, notamment sur le fait que l’autocratie et le servage doivent impérativement être abolis, les différences sont notables. Pour simplifier, deux courants peuvent être distingués : Nikita Mouraviov rassemble les « modérés », ceux qui voudraient voir la Russie devenir une monarchie constitutionnelle ; Pavel Pestel, ardent démocrate, unit les « radicaux », ceux qui imaginent une république jacobine à la russe, et n’exclut pas la possibilité d’un tsaricide.
Après l’écrasement de l’insurrection, Nicolas Ier cherche-t-il à en effacer la mémoire ou au contraire à rappeler l’événement et le sort de ceux qui avaient osé s’élever contre lui pour dissuader d’éventuelles nouvelles contestations ?
A. K. : L’exil des conjurés vise à les éloigner pour toujours de la Russie européenne ; il a aussi pour but d’effacer toute trace de leur acte de la mémoire collective. Mais une chose est certaine : Nicolas Ier, lui, ne les oublie pas.
Pour l’empereur, l’insurrection de 1825 devient même une obsession. Voyant dans les décembristes des agents d’un complot européen contre l’autocratie, il fonde en 1826 une nouvelle police politique, la Troisième Section de la Chancellerie impériale, qui traque toute sédition. La censure est considérablement durcie : désormais, pour publier des textes d’auteurs russes ou étrangers, il faut obtenir une autorisation en amont. Les textes des décembristes sont évidemment interdits.
Enfin, Nicolas Ier cherche à adapter la base idéologique de son régime pour prévenir de nouvelles contestations. En 1833, le ministre de l’éducation Sergueï Ouvarov introduit une nouvelle doctrine impériale, résumée dans sa célèbre formule « Orthodoxie, autocratie, esprit national », ce dernier élément (narodnost en russe) devant être compris comme une tentative de donner de l’Empire russe l’image d’un État-nation moderne.
Il faut attendre la mort de Nicolas en 1855 et l’avènement de son fils Alexandre II pour que le pouvoir russe tente de s’attaquer à la racine du mal, en abolissant le servage et en organisant de profondes réformes.
En 1856, les décembristes survivants sont amnistiés. C’est aussi l’année où l’on autorise enfin la publication du poème « En Sibérie » (aussi connu sous le nom de « Dans les profondeurs des mines de Sibérie »), d’Alexandre Pouchkine, dédié aux décembristes, écrit en… 1827 ! Mais Justice russe, le manifeste de Pestel, ne sera publié en Russie qu’après la révolution de 1905 (il était paru en français dès 1822 sous le titre de Vérité russe).
Les décembristes constituent-ils une référence pour les révolutionnaires des générations suivantes ?
A. K. : Pour les adversaires du régime tsariste, les décembristes deviennent des martyrs de la cause révolutionnaire. Le penseur Alexandre Herzen, « le père du socialisme russe », qui s’exile à Paris en 1847, les compare à des bogatyri, les surhommes légendaires du folklore russe. Il est celui qui a forgé le « mythe décembriste ».
Couverture du dernier numéro du journal l’Étoile polaire d’Alexandre Herzen, publié à l’étranger de 1855 à 1868, dont le titre reprenait celui d’une publication éditée par de futurs décembristes de 1823 à 1825. Les hommes représentés sont les cinq leaders décembristes exécutés à la suite de l’insurrection (de gauche à droite P. Pestel, K. Ryleïev, M. Bestoujev, S. Mouraviov et P. Kakhovski). Wikimedia
Il faut souligner aussi que ce mythe repose en bonne partie sur le rôle des femmes. Maria Volkonskaïa, Ekaterina Troubetskaïa et d’autres épouses de décembristes, de familles illustres, choisissent de partager le sort de leurs compagnons dont elles vont raconter la vie en exil dans leurs lettres, Mémoires et autobiographies. Leur dévouement inspire poètes et écrivains qui forgent le mythe de la dekabristka, une femme qui a sacrifié sa vie de dame du monde, de privilégiée, pour le bien du peuple russe.
Dans les années 1860, les idées décembristes inspirent le mouvement socialiste agraire des « populistes » (narodniki), qui imaginent une révolution partie des campagnes. En 1879, le premier parti révolutionnaire russe, Terre et liberté, est inspiré des idées de Pestel. Une bonne partie des révolutionnaires exilés de l’époque répressive d’Alexandre III (1881-1894), hommes et femmes, continueront d’entretenir ce mythe.
Mais les décembristes n’ont-ils pas aussi joué le rôle d’anti-modèles ?
A. K. : En effet, à mesure que les révolutionnaires russes se radicalisent, le jugement sur le décembrisme devient plus circonspect. Pour les terroristes de l’organisation Volonté du peuple, qui assassinent le tsar Alexandre II en 1881, et plus tard pour ceux de l’Organisation du combat des socialistes-révolutionnaires, à l’origine d’une vague d’assassinats au début du XXᵉ siècle, les décembristes ont failli parce qu’ils ont été des « faibles ».
Les marxistes reprennent une partie de ces critiques, dénonçant les décembristes comme de vulgaires « aristocrates de la révolution ». Pour l’historien marxiste Mikhaïl Pokrovski (1868-1932), le 14-Décembre a été une « révolution sans révolution ». Lénine transcende ces critiques en inscrivant le mouvement décembriste dans une histoire longue de la révolution russe, qu’il divise en trois phases, les aristocrates décembristes étant la première, encore imparfaite mais nécessaire, d’une longue lutte contre l’autocratie – la deuxième étant constituée par les roturiers populistes de la fin du XIXᵉ siècle, et la troisième par les prolétaires du début du XXᵉ siècle. En 1912, il écrit : « Le cercle de ces révolutionnaires était très limité. Ils étaient terriblement coupés du peuple. Mais leur combat n’a pas été vain. »
Que devient la mémoire du 14-Décembre à l’époque soviétique ?
A. K. : Après 1917, dans la nouvelle Russie soviétique, le décembrisme est un phénomène sur lequel il n’existe pas de consensus. Sont-ils d’authentiques révolutionnaires, des exploiteurs du peuple qui ont berné leurs soldats, ou encore des agents de l’étranger ? Avec la diabolisation du tsarisme, ils font de plus en plus partie d’un « passé gênant ».
Après de longs débats, les héritiers de Lénine, mort en 1924 (et par là on entend d’abord la troïka Staline, Kamenev et Zinoviev) finissent par conclure que si les décembristes avaient été « coupés des masses », le sang qu’ils ont versé a fait germer les graines de 1917. À Leningrad, la place du Sénat est rebaptisée place des Décembristes ; des recherches sont lancées en vue de retrouver le lieu de sépulture des cinq décembristes pendus en 1826 – ce sera chose faite en 1926, sur l’île Golodaï, qui sera rebaptisée île des Décembristes. Et à Moscou, un opéra et une pièce de théâtre sont interprétés en leur honneur.
Les discussions publiques autour de l’insurrection décembriste reprennent progressivement après 1945, surtout après la mort de Staline (1953), à l’époque du « dégel ». Leur réhabilitation définitive a lieu en 1975, quand le 150e anniversaire de leur soulèvement fait l’objet d’une commémoration organisée par le ministère soviétique de la culture. L’Étoile d’un merveilleux bonheur, film qui deviendra culte, consacré aux femmes des décembristes, sort sur les écrans en novembre de cette année.
Monument à Lénine au-dessus d’une installation en l’honneur des décembrises à la gare de Petrovsk-Zabaïkalski, petite ville située à l’est du lac Baïkal où furent exilés plusieurs dizaines de décembristes. Photo prise en 1980. Wikimedia
Ce retour en grâce s’explique d’abord et avant tout par la crainte, au sein des autorités, de laisser s’instaurer l’idée que les décembristes auraient été les lointains ancêtres des dissidents. Il faut ici rappeler que le slogan « Pour notre liberté et la vôtre » brandi par la poignée de courageux contre l’invasion de la Tchécoslovaquie, en août 1968, reprend en effet celui qui avait été utilisé, en 1831, en Pologne, pour rendre hommage aux martyrs de 1825.
En décembre 1975, Vladimir Poutine, alors jeune officier du KGB, participe à une contre-manifestation organisée par les services secrets, place du Sénat, pour contrer un petit groupe de protestataires. Un quart de siècle plus tard, le même Poutine, en bon caméléon, fait d’abord mine d’honorer la mémoire des hommes de 1825. Le 18 février 2000, durant sa première campagne présidentielle, il se rend à Irkoutsk, au Musée des décembristes : l’objectif est de rassurer son électorat démocrate et les Occidentaux. Mais vers le début de son deuxième mandat (2004-2008), alors que « la verticale du pouvoir » est bien restaurée, les masques commencent à tomber. En octobre 2005, Mikhaïl Khodorkovski, célèbre oligarque qui a tenu tête à Poutine ce qui lui a valu d’arrêté et condamné, se dit fier d’avoir été exilé sur les terres des anciens prisonniers politiques. Pour contrer ce danger de récupération par l’opposition, une campagne est organisée dans les médias, qui tend à discréditer le mythe. Et en 2008, la place du Sénat à Saint-Pétersbourg, qui avait porté le nom de place des Décembristes depuis 1925, retrouve son nom originel. Tout est dit !
Comment le regard sur le décembrisme évolue-t-il au cours de la période récente ? La guerre d’agression contre l’Ukraine a-t-elle une influence ?
A. K. : La déconstruction du mythe décembriste se poursuit, lentement mais sûrement. En 2019, le film à gros budget l’Union du salut tend à réhabiliter la répression de Nicolas Ier.
Extrait du film l’Union du salut (2019).
Mais la diffusion de sa suite (sequel et prequel), sous forme de série, l’Union du salut. Le temps de la colère, est interrompue après le quatrième épisode, en octobre 2022. On peut l’expliquer par la peur, chez les producteurs, de se retrouver accusés de vouloir diffuser un message secrètement apologétique du mouvement. Dans la série, les personnages des décembristes sont encore trop sympathiques et surtout, au même moment, Vladimir Medinski, « l’historien en chef » de Poutine et ancien ministre de la culture, publie en ligne une conférence de près de trois heures, qui donne le la en matière d’interprétation.
Medinski, connu pour ses recherches plus que douteuses sur l’histoire russe, conclut en disant que si les décembristes étaient des personnalités brillantes, mues par des idées nobles, leur soulèvement, inspiré des idées venues d’Occident, a provoqué un « effet pervers », une ère de réaction et de gel de réformes pourtant nécessaires à la Russie. Et s’ils avaient gagné, le pays aurait été plongé dans une terrible guerre civile. Le « manuel d’histoire unique », lancé pour la rentrée 2024, rédigé par le même Medinski, qualifie leurs projets d’« utopiques ». En mai 2025, le ministre de la justice Konstantin Tchouïtchenko va jusqu’à dire que le tsarisme s’est montré trop clément avec eux, et que sans ce soulèvement, « Herzen n’aurait pas été réveillé » et donc, logiquement, la Russie aurait sans douté évité le communisme et ses excès.
L’orientation générale de la commémoration de 2025 dans l’espace public russe ne laisse aucune place au doute. En cette époque de mobilisation en vue de la victoire contre les « néo-nazis ukrainiens » et contre toute forme d’opposition à l’intérieur, la geste décembriste, celle d’un groupe de l’élite militaire qui s’oppose au pouvoir pour exiger plus de liberté, est redevenue un « passé gênant ». Le dernier soulèvement militaire, celui de Prigojine, les 23-24 juin 2023, a rappelé que le risque d’une insurrection armée était toujours d’actualité. Les jeunes Russes n’ont qu’à bien se tenir : s’ils ne sont pas contents, libre à eux de présenter leurs doléances à Poutine par écrit ! Et d’éviter de se rendre en groupes sur la place du Sénat… ou place Bolotnaïa, à Moscou.
Propos recueillis par Grégory Rayko.
Andreï Kozovoï ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
Notre culture attend des parents, et des adultes en général, qu’ils mentent aux enfants en disant que les cadeaux de Noël ont été déposés par un joyeux bonhomme qui vole dans un traîneau tiré par des rennes. Mais ce mensonge est-il moralement acceptable ?
Je me souviens très bien du moment où j’ai réalisé que le père Noël n’existait pas. J’avais environ six ans, c’était en plein été, et j’étais assis sur les marches devant notre porte arrière, en train de penser à Dieu. À l’époque, l’existence de Dieu m’agaçait : cela signifiait que chaque dimanche, nous devions aller à l’église.
Puis j’ai réalisé qu’il n’y avait en fait aucune preuve de l’existence de Dieu. Je pense seulement que Dieu existe parce que c’est ce que les gens m’ont dit.
Je me souviens m’être levé d’un bond, tout excité, prêt à partager cette merveilleuse nouvelle avec ma famille. Nous n’aurions plus à endurer la corvée hebdomadaire de l’école du dimanche et des sermons. Mais je me souviens m’être ravisé et m’être dit : « Oh non. Si Dieu n’existe pas, selon la même logique, le père Noël doit être une invention lui aussi. »
C’est peut-être à ce moment-là que je suis devenu philosophe (même si je dois dire qu’à l’âge adulte, je ne pense plus que l’analogie entre Dieu et le père Noël soit vraiment valable). Cela m’a certainement donné un sentiment légèrement ridicule de supériorité intellectuelle par rapport à ceux qui m’entouraient, notamment les autres enfants de ma classe qui n’avaient pas compris cette supercherie.
Perpétuer le mythe
Mais aujourd’hui, les rôles sont inversés. Je suis désormais parent de jeunes enfants, et c’est moi qui perpétue les mythes hégémoniques autour du père Noël.
Nous le faisons tous, bien sûr. Notre culture attend des parents qu’ils mentent à leurs enfants en leur disant que leurs cadeaux ont été déposés par un joyeux bonhomme corpulent qui vole dans un traîneau tiré par des rennes à travers le ciel. Et bien sûr, on peut se demander si c’est acceptable. Nous voulons tous que nos enfants grandissent en devenant des personnes honnêtes. Ne devrions-nous pas leur donner le bon exemple, dans la mesure du possible, en leur disant la vérité ?
À quoi je répondrais : non, nous ne devrions pas être honnêtes au sujet du père Noël, du moins pas au début. Il est moralement acceptable, voire moralement bon, que les parents participent au grand mensonge du père Noël.
Pourquoi les enfants ont besoin du père Noël
Quand vous repensez à vos premières expériences de Noël, pensez-vous vraiment qu’elles auraient été meilleures si vos parents avaient été honnêtes au sujet du père Noël ? Sans cette douce fiction, il n’y aurait pas eu le rituel consistant à lui écrire une lettre, à déposer ses petits souliers au pied de la cheminée ou du sapin, et à attendre désespérément de voir s’il était passé le matin de Noël.
Sans le mythe du père Noël, que serait Noël pour un enfant ? Une date arbitraire où ils sont enfin autorisés à jouer avec les cadeaux que leurs parents ont peut-être achetés des mois à l’avance. Quel serait l’intérêt ?
Cela soulève également la question de savoir dans quelle mesure il faut être honnête avec ses enfants en général. Après tout, que signifie vraiment « être totalement honnête » ?
Si je me sentais obligé de tout dire à mes enfants, je ne mâcherais pas mes mots pour leur décrire l’état déplorable du monde, de l’existence, et ma résignation toujours plus profonde face à l’impossibilité d’y changer quoi que ce soit. Je leur infligerais tout le poids de mes soucis financiers, de mes problèmes de santé, de mes inquiétudes (pour la plupart irrationnelles) à leur sujet.
Et dans quel but ? Seraient-ils plus équilibrés émotionnellement que les enfants dont les parents leur ont donné une vision plus édulcorée du monde ? Pensez à l’argument avancé par Nietzsche dans son premier essai De la vérité et du mensonge au sens extra-moral, selon lequel nous devons être au moins quelque peu aveuglés par la réalité pour pouvoir la supporter.
En grandissant, nous avons probablement besoin, jusqu’à un certain point, de croire que le monde est bon et juste ; de croire qu’il existe un atelier dans lequel un homme joyeux travaille avec des elfes, dans le but de récompenser les enfants sages et de punir (gentiment) les méchants.
Sans ce genre de mythe, les plus jeunes trouveraient-ils vraiment la force de se battre pour un monde meilleur ?
Quand le mensonge doit cesser
Et quand les enfants finissent par découvrir la vérité ? C’est certainement bénéfique pour leur développement moral. Pour moi, ça a été très gratifiant de réaliser que j’avais percé à jour les mensonges de mes parents. Je ne leur en ai pas voulu – et des recherches suggèrent que seule une minorité d’enfants en veulent à leurs parents, après avoir découvert la supercherie. Au contraire, j’ai gardé une saine méfiance envers les idées reçues que mes parents avaient tendance à m’inculquer.
C’est, je pense, pour ces raisons qu’il est justifié de mentir au sujet du Père à ses enfants. Les parents devraient certainement entretenir le mythe tant que leurs enfants sont petits, mais répondre honnêtement lorsque les enfants les confrontent. Quand un enfant demande enfin, à l’âge de six ou sept ans, « le père Noël existe-t-il vraiment ? », cela signifie simplement qu’il n’a plus besoin de ce noble mensonge.
En fin de compte, dans l’éducation des enfants, notre préoccupation devrait toujours être la manière dont nous les formons. Si nous voulons élever des citoyens critiques, avec un sens aigu de la possibilité d’améliorer le monde et une saine méfiance envers ceux qui sont au pouvoir, le mythe du père Noël est certainement un mécanisme qui peut aider à aller dans cette direction.
Tom Whyman ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
Alors que les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame ont entériné un nouvel accord de paix, le 4 décembre 2025 à Washington, une question importante demeure : où sont les femmes congolaises ?
Leur absence dans les négociations de Washington reproduit un cycle d’exclusion déjà observé à Sun City (2002), Nairobi (2022), Luanda (2022-2024) et Doha (2025). Ainsi, assimiler la présence d’une seule ministre, Thérèse Kayikwamba Wagner, ministre des Affaires étrangères de la RDC, à une représentation globale est une erreur. La pluralité des voix féminines, y compris celles des survivantes de violences sexuelles et de guerre, des jeunes et des actrices communautaires, doit être reconnue.
En tant que doctorante, mes recherches portent sur la politique féministe comparative et internationale en lien avec l’activisme des femmes congolaises pour la paix et l’inclusion politique. J’analyse comment leurs conceptualisations de la paix et leurs mobilisations, depuis le Dialogue inter‑congolais de Sun City jusqu’aux négociations récentes, ont façonné mais aussi été contraintes par des processus de paix dominés par des logiques patriarcales, coloniales et extractivistes.
Dans cet article, j’examine l’exclusion continue que subissent les femmes congolaises, allant de leur activisme au Dialogue inter-congolais de Sun City, en Afrique du Sud, aux récents accords de Nairobi, Luanda, Washington et Doha.
Premièrement, les barrières à la participation des femmes sont structurelles. Deuxièmement, leur action collective a un potentiel transformateur. Cette dualité sert de cadre pour analyser le rôle des femmes dans les processus ultérieurs de Nairobi, Luanda et Doha/Washington.
Le processus du dialogue inter-congolais à Sun City reste la seule fois où une telle mobilisation des organisations des femmes a été observée jusqu’à nos jours.
Les chercheuses, Doris Mpoumou, Shelly Whitman,Selebogo Mothepane Yaliwe et Catherine Odimba l’ont très bien documenté. Elles ont montré que les femmes ont dû se battre pour faire partie de ce processus de paix en 2002 par des actions de lobbying régional et international intenses, rappelant aux partis en conflit le strict respect des cadres normatifs internationaux en lien avec les droits des femmes.
Sous cette pression, le nombre de déléguées fut augmenté, avec plus de 40 femmes déléguées et 40 femmes expertes. Ainsi, malgré les exclusions initiales et une participation féminine limitée de 11 % à 12 %, elles ont obtenu des acquis importants dont un quota de 30 % pour les femmes dans les instances de décision au niveau national et la création d’un ministère de Genre.
Nairobi et Luanda : une régression
Vingt ans plus tard, l’exclusion persiste. À Nairobi I (en avril 2022), les organisations des femmes étaient absentes. Ce n’est qu’aux consultations de Nairobi II en mai 2022 que l’on note la participation de l’association des femmes de l’Ituri et de quelques représentants des acteurs communautaires de Goma, Beni, Bunia et Bukavu dans l’est de la RDC.
À Nairobi III, en fin novembre 2022, les organisations des femmes ont été dépêchées comme à Sun City avec l’appui des partenaires internationaux. Il y avait un peu plus de 40 femmes présentes hors de la salle, même si le nombre exact varie selon les différents rapports. Elles ont mené des actions de lobbying auprès des parlementaires kenyanes. Pour les quelques femmes présentes dans la salle, leur rôle est resté marginal et symbolique, souvent limité à des témoignages sur les violences subies.
Quant au processus de Luanda (2022-2024), les femmes n’y ont pas été intégrées directement. Mais les Congolaises ont pu faire entendre leur voix à travers la Synergie des femmes pour la paix et la sécurité, notamment par des pétitions, des [communiqués] et une rencontre avec le président angolais João Lourenço le 17 juillet, à Luanda.
Elles ont notamment plaidé pour une accélération de la mise en œuvre de la feuille de route de Luanda, une plus grande implication des femmes dans les processus de paix et l’organisation d’une rencontre régionale des femmes des Grands Lacs. Cette absence systématique illustre une reproduction continue des exclusions et confirme une régression, malgré les acquis obtenus lors du processus de Sun City.
Washington, Doha : même cycle d’exclusions
Les processus de Washington et Doha se caractérisent par une approche plus étatique et sécuritaire, centrée sur la coopération économique et sans dispositions de genre. La sélection des acteurs a été restreinte, sans participation substantielle de plusieurs autres acteurs de la société civile ni des femmes. Lors d’une rencontre avec la ministre des Affaires étrangères, les femmes de la Synergie avaient reçu l’assurance que « le ministère restera engagé à porter cette voix aux niveaux régional, continental et international ».
Cette promesse ne se reflète pas dans le texte de l’accord, dépourvu de toute dimension genrée et humanisée. Un accord « humanisé » qui inclurait des dispositions qui prennent en compte la dignité humaine, la justice, les droits et les vécus des populations, en particulier des groupes marginalisés (femmes, jeunes, minorités), plutôt que les seuls intérêts géopolitiques ou miniers.
Cependant, force est de constater que l’accord de Washington s’inscrit dans une logique héritée de l’administration Trump, où la paix est conditionnée à des intérêts économiques et miniers américains.
Les femmes congolaises restent ainsi exclues des accords formels, réduites à la participation des acteurs étatiques. On parle pour elles, sans elles. Cette exclusion reflète une continuité patriarcale et coloniale des structures étatiques. Comme le souligne l’analyste politique américain Seth Kaplan , l’Occident, en complicité avec les acteurs régionaux, continue d’appliquer « the wrong prescription » au Congo. L’accord de Washington est une prescription erronée à la crise au Congo car dépourvu de sanctions et de dispositions liées au respect des droits humains, au besoin de justice des populations locales.
Il se concentre sur la sécurité et la coopération économique, ignorant les cadres normatifs existants comme la Résolution 1325 des Nations Unies. Il ne mentionne ni l’égalité de genre, ni la protection contre les violences sexuelles, ni la participation des femmes aux mécanismes de suivi.
Il se concentre sur la sécurité, la cessation des hostilités, le désarmement des groupes armés et la coopération économique. Il n’y a aucun passage qui mentionne l’égalité de genre, la protection contre les violences sexuelles, ou la participation des femmes dans les instances de suivi des différents mécanismes de coopération économique ou sécuritaire.
Il est donc essentiel de corriger cette injustice de l’exclusion pour construire une paix véritable et durable, car tant que les femmes congolaises et une grande tranche de la société civile ne seront pas intégrées de manière substantielle et représentative, les processus de paix resteront incomplets et fragiles.
Une réflexion continue
Le gouvernement de la RDC doit ainsi humaniser la paix et refuser de s’engager dans des accords basés sur des prescriptions occidentales comme ceux de Doha et de Washington, asymétriques et réduits à des signatures étatiques sans confiance entre les acteurs. Ces accords manquent de durabilité et laissent de côté les réalités vécues par les femmes et autres acteurs communautaires, qui portent le poids quotidien des conflits.
L’absence des femmes n’est pas un détail mais le symptôme d’un système patriarcal qui fragilise les accords, car ces prescriptions ont échoué en ignorant les pratiques locales de paix portées par les femmes et les autres acteurs communautaires. Sans ces dimensions genrées et humaines, les accords de Washington resteront incomplets et incapables de fonder une paix juste et durable.
Marie Rose Tshite works as the Executive Director of the Salama Women’s Institute, which is a non-profit organization that has built a digital archive and Peace Stele to uncover some of the untold stories of Congolese women’s activism in the Inter-Congolese Dialogue in South Africa twenty years ago.
The author has conducted this research under the Fulbright Foreign Student Scholarship and has received additional internal funding from the University of Cincinnati, including the University Research Council Graduate Student Award, the Charles Phelps Taft Research Center Graduate Enrichment Award for fieldwork in the DRC. She has received external funds from the Swiss Embassy in the DRC, BEIF-ODD 2030, UN Women, UNDP, MONUSCO, NDI, YALI-RDC, L’association des Femmes d’Exception du Congo and numerous other partners who supported this project over the past 3 years. This includes government funds from the Ministry of Communication, Arts, Culture, and Patrimoines to conduct additional archival research to document the narratives of the women of Sun City. The author is affiliated with the University of Cincinnati.
Source: The Conversation – France – By Paul David Richard Griffiths, Professor of Finance; (Banking, Fintech, Corporate Governance, Intangible Assets), EM Normandie
Charles Ponzi (March 3, 1882 – January 18, 1949). Charles Ponzi was a businessman born in Italy who became known as a swindler for his money scheme.Wikimediacommons
Many investors are asking themselves if we are living an AI bubble; others have gone beyond that and are simply asking themselves, until when? Yet the bubble keeps growing fuelled by that perilous sentiment of ‘fear of missing out’. History and recent experience show us that financial bubbles are often created by investor overenthusiasm with new ‘world-changing’ technologies and when they burst, they reveal surreal fraud schemes that develop under the cover of the bubble.
A Ponzi scheme pays existing investors with money from new investors rather than actual profits, requiring continuous recruitment until it inevitably collapses. A characteristic of these schemes is that they are hard to detect before the bubble bursts, but amazingly simple to understand in retrospect.
In this article we address the question What footprints do Ponzi schemes leave in technology-driven financial bubbles that might help us anticipate the next one to emerge under cover of the AI frenzy? We shall do this by comparing the ‘Railway King’ George Hudson’s Ponzi of the 1840s with Bernie Madoff’s Ponzi enabled by the ICT (information and communications technology) and dot.com of the 1990’s-2000s and sustained by the subsequent US housing bubble.
Macroeconomic climate, regulations and investor expectations
The railway mania in the UK started in 1829 as a result of investors’ expectations on the growth of this new technology and the lack of alternative investment vehicles caused by the government’s halting of bond issuance. The promise of railway technology created an influx of railway companies, illustrated by the registration of over fifty in just the first four months of 1845. Cost projections for railway development were understated by over 50 percent and revenue projections were estimated at between £2,000 and £3,000 per mile, despite actual revenues closer to £1,000 to £1,500 per mile. Accounting standards were rudimentary creating opportunities for reporting discretion such as delaying expense recognition, and Director accountability was the responsibility of shareholders rather than delegating it to external auditors or State representatives. Hudson, who was also a member of parliament, promoted de-regulation of the railway sector.
George Hudson’s Ponzi and Bernie Madoff’s Ponzi
Madoff’s reputation was built upon his success in the 1970s with computerisation and technological innovation for trading. The dot.com bubble was fuelled by the rapid expansion of technology companies, with over 1,900 ICT companies listing in US exchanges between 1996 and 2000, propelled by which his BLMIS fund held $300 million in assets by the year 2000. Madoff’s scheme also aligned with the rapid growth of derivatives such as credit default swaps (CDS) and collateralised debt obligations (CDO) which grew 452 percent from 2001 to 2007. Significant market-wide volatility created a norm for outsized returns that hid the infeasibility of Madoff’s promised returns. These returns were considered moderate by investors, who failed to detect the implausibility of the long-term consistency of Madoff’s returns – this allowed the scheme to continue undetected. Madoff’s operations were facilitated by the fact that before the Dodd-Frank Act of 2010, hedge-fund SEC registration was voluntary; and by the re-prioritisation of the government security resources after 9/11 that led to a reduction of more than 25 percent in white-collar crime investigation cases opened between 2000 and 2003. The infeasibility of Madoff’s returns was overlooked by the SEC despite whistleblower reports instigating an SEC investigation – this reflects the SEC’s and other regulatory bodies’ lack of hedge-fund trading knowledge. It could also have been influenced by Madoff’s close relationship with the regulatory agencies given his previous roles as Chairman of Nasdaq and a SEC market structure adviser.
At the time of the railway bubble-bust, Bank of England interest rates were at a near-century low, and similarly the FED’s lowering of interest rates in the 2000s reduced the cost of mortgages, that boosted demand and thus helped inflate housing prices. In both cases the markets were flush with cheap money and when everyone is making money (or thinking so) uncomfortable questions are not asked.
The perpetrators’ style and their downfall
Both Hudson and Madoff provided scarce information of their operations to fellow Directors and shareholders. The former notoriously raised £2.5 million in funds without providing investment plans. Madoff employed and overcompensated under-skilled workers to deter operational questions and avoided hosting ‘capital introduction’ meetings and roadshows to avoid answering questions from well-informed investment professionals – he instead found new investors through philanthropist relationships and network ties. There is evidence that shareholders were partially aware of Hudson’s corrupt business conduct but they did not initially object.
When their respective bubbles burst, in both cases their obscure business methods were unveiled and it was made evident that, in typical Ponzi-style, they were using fresh capital, and not investment profits, to pay dividends to investors. It was also revealed that they were using investor funds to finance their luxurious lifestyles. Hudson embezzled an estimated £750,000 (approximately £74 million in today’s money) from his railway companies, while Madoff’s fraud reached $65 billion in claimed losses, with actual investor losses of around $18 billion. Both ended in disgrace, Hudson fleeing to France and Madoff dying in goal.
On the trail of the fox
Beware when you see AI companies of ever-increasing market value, headed by charismatic and well-connected leaders – it is worrying that the heads of AI giants have such close relationships with the White House. In those cases, it is imperative to analyse the quality of communications with shareholders and prospective investors, particularly in terms of allocation of capital and disclosure of detailed cash flows. It is not enough to rely on audited financial statements, it must go much deeper into investment strategy – obviously, this will require auditors to up their game considerably.
When investors are in a frenzy,
Around the corner waits a Ponzi.
Geneva Walman-Randall has contributed to this article, as a research assistant for her research on the conditions surrounding the Bernie Madoff and George Hudson Ponzi schemes. She completed this research as a visiting student at St. Catherines College, Oxford.
Paul David Richard Griffiths ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
Water is a vital resource. Life on earth, as we know it, is impossible without access to safe drinking water. Concerns over declining quality and consistency of municipal drinking water supplied to consumers have been increasing over a long time.
In South Africa, widespread problems with the availability and quality of drinking water across urban areas have been well documented and have often given rise to protests.
For example, there have been service delivery protests in the eThekwini municipality, an important port city, amid power and water outages as well as in Johannesburg, the country’s economic centre.
There are many types of contaminants that can threaten the safety and quality of drinking water. The major water pollutants are disease-causing organisms (pathogens) and toxic chemicals.
Drinking water means more than the relatively small amount used for direct drinking. Water used for brushing teeth, washing food, washing hands (particularly when handling babies or young children) and washing tableware used while eating should receive priority when clean, safe water is scarce.
As a researcher working for decades on water issues, health and water and water quality, I can offer some suggestions about how people can purify their water and deal with water interruptions.
It’s not possible for the general public to purify all the water supplied to them every day using home-based methods. It is simply too expensive and laborious. So, the advice below concentrates on the situations when disasters or emergencies force residents to temporarily purify drinking water for themselves and their families.
Making water safe to drink
A simple filter: If the only available water has not been purified by any official system, pour the water through a sieve lined with one or more layers of paper towel or a dishcloth. When the “filter” becomes clogged, replace it with a clean layer. Do not reuse the soiled dishcloth without thoroughly washing it in hot water and soap and drying it in the sunlight.
Boiling: Bring the filtered water to a rolling boil for at least 3 minutes. Boiling the filtered water will get rid of the disease-causing organisms. It won’t remove any harmful chemicals that may be present, but may reduce the concentration of some of them.
Bleach Add a teaspoon of unscented household bleach (5 millilitres of a 3.5% sodium hypochlorite solution) to 25 litres of water for the treatment of drinking water. Mix well, cover the container and let the water stand for at least two hours before using it.
This should disinfect most of the disease-causing organisms and make the water much safer to use. Important: do not use any cleaning solution containing bleach that also includes other soaps or cleaning compounds. Use only unscented chlorinated household bleach.
Solar disinfection of water: Nicknamed SODIS, it can be used to disinfect water by killing disease-causing organisms using sunlight. Fill glass (preferable) or plastic bottles with contaminated water and place them in direct sunlight for at least six hours on a sunny day or up to two days if the weather is overcast. The heat and the ultraviolet radiation from the sun disinfect the water by killing most of the disease-causing organisms.
The quality of water being delivered to South African residents continues to deteriorate. This is due to ageing or broken infrastructure, inadequate water and sewage treatment, poorly trained staff and extensive, uncontrolled sources of pollution.
The Blue Drop Report of 2023 is the newest official data from the Department of Water and Sanitation. If found that only 26 water supply systems achieved a Blue Drop score of around 95%. This was down from 44 water supply systems that achieved this distinction in 2014. Countrywide, 29% of water supply systems were identified as being in a critical state.
The nongovernmental organisation AfriForum tested the municipal drinking water quality of 210 towns and cities across South Africa in 2024 (17 locations more than in 2023).
The tests indicated that 87% of municipal drinking water was safe for human consumption and met the minimum requirements. This represents a nine percentage point decrease from the 96% that was indicated as safe in the previous year.
Water quality is not the only aspect of water provision that affects the health and safety of citizens. Water availability is crucial for hygiene and safe living standards. For years, some parts of the country have been experiencing widespread water outages due to a combination of climate change-induced droughts, ageing and under-maintained infrastructure, population growth and poor management. There have been frequent and prolonged disruptions, particularly in the Johannesburg area.
This forced municipalities to implement water shedding, water throttling and water rationing. Water shedding typically occurs when the demand for water exceeds the available supply, forcing authorities to ration water. This can mean scheduled water outages, reduced water pressure, or even complete cuts in supply in certain areas for a specific period of time. Water throttling refers to reduced water pressure to decrease water use, while water rationing means only having a certain amount of water available per day or week.
A new report from the Department of Water and Sanitation warns that the provinces of Gauteng and the Western Cape in particular are set to face increasing water scarcity due to rising populations driven by in-migration.
Jo Barnes does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.
US President Donald Trump has signalled in an interview with the Wall Street Journal he is close to announcing his pick for the next chair of the US Federal Reserve.
With inflation again increasing amid widespread focus on the crisis of affordability, Trump’s appointment will be closely watched by financial markets and consumers alike.
The central bank has become a battleground as Trump seeks to extend his influence over Federal Reserve policy.
But the last time a US president attempted to interfere with the independence of the Federal Reserve provides a strong cautionary tale of the dangers of presidential interference.
Trump’s tumultuous relationship with the Fed
Trump has a tumultuous relationship with the Federal Reserve and its current Chair Jerome Powell. Powell was first appointed chair by Trump in 2018, but the relationship quickly turned sour, with Trump repeatedly threatening to fire Powell for not cutting interest rates quickly enough.
Just last month, Trump called Powell a “clown” with “some real mental problems”, adding “I’d love to fire his ass”.
Existing protections mean Trump cannot fire Powell “without cause”, which the US Supreme Court has interpreted to mean corruption or misconduct. Trump has been forced then to wait for the end of Powell’s second term to replace him.
In the meantime, Trump has attempted to fire Lisa Cook, one of the seven Fed governors, by having his Justice Department investigate claims of mortgage fraud against her. The charges however appear to be baseless, and Cook continues to serve as a Fed governor.
At the heart of the dispute with the Federal Reserve is Trump’s view that as president, he should be consulted on the setting of interest rates. With Americans facing a deepening affordability crisis, and Trump taking the blame, he is feeling the pressure to cut interest rates to boost growth.
Accordingly, Trump has insisted that the next chair of the Fed must be someone who is prepared to immediately and significantly cut interest rates, and listen to Trump’s views on monetary policy going forward.
Central bank independence
Reduced interest rates might provide short-term juice to spur spending. However, in the long-term artificially low interest rates cause inflation, only worsening any cost-of-living crisis. For this reason, most developed countries maintain strictly independent central banks.
Central bank independence ensures short-term political considerations like elections and polling numbers do not interfere with long-term planning of monetary policy.
Back to the 70s?
In 1970, during a growing inflation crisis, President Richard Nixon appointed economist Arthur Burns as chairman of the Federal Reserve. Like Trump, Nixon demanded that Burns reduce interest rates and listen to the president’s advice in crafting monetary policy. At Burns’ swearing in, Nixon said he would meet with Burns regularly, adding:
You see, Dr Burns, that is a standing vote of appreciation in advance for lower interest rates and more money […] I respect his independence. However, I hope that independently he will conclude that my views are the ones that should be followed.
Under pressure from the president, who threatened to pass legislation diluting Fed independence if Burns did not comply, Burns repeatedly cut interest rates. However, prematurely low interest rates and the perception that the president was influencing monetary policy only deepened the economic crisis facing the US in the 1970s.
The result was stagflation, the dismal economic situation in which both inflation and unemployment increase simultaneously. Under Burns’ watch, annual inflation peaked at 11% and unemployment at 8.5%.
The “Great Inflation” of the 1970s was eventually ended by another Fed chief, Paul Volcker. Recognising that Burns had created a spiral of inflationary expectations, in 1980 Volcker drastically increased interest rates to 19%. Volcker then kept interest rates in double digits until inflation permanently fell.
The so-called “Volcker shock” did eventually tame inflation, but at the cost of cripplingly high interest rates and surging unemployment.
The Great Inflation of the 1970s, and the price paid to end it, stands as a strong warning against the short-term sugar hit of reducing interest rates in response to political pressure.
Will Trump learn the lessons of history?
With some economists warning signs of stagflation are once more emerging, Trump must now pick the next chair of the Federal Reserve.
Prediction markets suggest the most likely candidate is Kevin Hassett, an economist appointed last year by Trump as director of the National Economic Council.
Like Trump, Hassett believes interest rates should be much lower. Having served in both Trump administrations, Hassett also appears likely to offer loyalty and compliance with Trump’s demands.
The second candidate under consideration by Trump is economist Kevin Warsh, a former Fed governor and bank executive. Warsh brings a reputation as an inflation hawk from his time at Federal Reserve during the Global Financial Crisis.
However, a recent interview with the president appears to have assured Trump that Warsh shares his goals, and he is now “at the top of the list” of candidates.
Regardless of who Trump appoints, the crucial question remains whether the next Fed chair will pursue an independent monetary policy free from political interference.
With the president continuing to concentrate power in the hands of the executive, the Federal Reserve remains an important site for the exercise of independent power.
The stagflation crisis of the 1970s stands as a clear warning of what might happen if that independence is compromised.
The spectre of stagflation means financial markets, consumers, and the rest of the world remain unwilling participants in the political drama continuing to play out between the Federal Reserve and the White House.
Henry Maher does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.
A person mourns at a makeshift memorial outside the Barus and Holley engineering building on the campus of Brown University in Providence, R.I., on Dec. 14, 2025. Bing Guan/AFP via Getty Images
Active shootings represent a very small percentage of on-campus university violence.
But among those that do happen, there are patterns. And as law enforcement officials continue to investigate the Dec. 13, 2025, Brown University shooting, similarities can be seen with other active shooter cases on college campuses that scholar James Densley has studied. “They tend to happen inside a classroom, and there tends to be multiple victims,” Densley explains.
The Department of Education in Rhode Island, where Brown University is located, said on Dec. 16 that it is urging local elementary and secondary schools to review safety protocols.
Amy Lieberman, the education editor at The Conversation U.S., spoke with Densley about how schools have been given what he describes as an “impossible mandate” to try to prevent shootings.
Members of the FBI’s evidence response team work at the scene of the Brown University shooting on Dec. 13, 2025. Kyle Mazza/Anadolu via Getty Images
What is the overall trajectory of school shootings over the past few years?
K-12 school shootings appear to be trending downward, at least in the past two years. But we actually saw the largest jumps in this type of violence in the three to five years leading up to 2024, which trends closely with the broader rise in homicide and violent crime we saw in the pandemic era.
In 2025, there have been 230 school shooting incidents in the U.S. – still a staggeringly high number. This compares with 336 school shootings in 2024, 352 in 2023, 308 in 2022, and 257 in 2021.
How this relates to an increase in schools trying to institute security measures to prevent shootings is an open question. But it’s true that many schools are experimenting with certain solutions, like cameras, drones, AI threat detection, weapons scanners, panic apps and facial recognition, even if there is only weak or emerging evidence about how well they work.
Schools are treated as the front line, because the larger, structural solutions are too difficult to confront. It is much easier to blame schools after a tragedy than to actually address firearm access, grievance pathways – meaning how a person becomes a school shooter – and the other societal problems that are creating these tragedies.
How have schools responded to the rise of school shootings in recent years?
Schools are being asked to solve a societal gun violence problem that they didn’t create and they cannot control. Even the best-run school cannot eliminate all risks when causes accumulate outside of their purview. These attacks are rare but catastrophic, and they create an impossible mandate for schools because when they occur, schools are told it reflects a failure in their preparation. Educators are expected to be teachers, social workers, threat assessors and first responders. It normalizes fear and shifts the responsibility downward.
There is a growing school safety industry that markets fear as a solvable, technical problem. It promises faster ways to detect weapons, for example, but the evidence base for those products is thin, proprietary or nonexistent. One example is an AI detection software that mistook a bag of Doritos for a gun, resulting in a large police response.
Schools are pressured to buy something from these companies to show they are doing something. But some of these systems create false positives, and, more importantly, they shift attention away from human relationships. Technology alone cannot resolve grievances, replace trust and create belonging, but most schools are focused on technology as a means of prevention.
How effective are other prevention systems schools have put in place?
If a school shooter is an outsider trying to attack the building, having a single point of entry, access control or multiple locks on doors creates time and space, which are essential for delaying an attacker until law enforcement can arrive, thus mitigating casualties.
But the evidence shows that nearly all school shooters are either current or former students at the school. They are very familiar with entry and exit points, and they are potentially already inside the building before the school can act on a potential threat of violence.
So, what happens if a school locks down, but you are actually locking the shooter in a room with their potential victims? What if students are forced to hide when it would be safer to run? What if you have a door that locks only from the inside and a student or staff member uses that room to bully or sexually assault another student? We’re building schools to protect against the rare events, but we are not mitigating the more common problems they face.
Students are being asked to practice preventing their own deaths in active shooter drills and learn in environments designed around worst-case scenarios. In general, interpersonal violence and spillover of community violence, like gang-related shootings, are the most common form of school shooting. Most shootings at schools occur in parking lots or at sports events, but we do very little to prepare for those types of scenarios.
Are there any benefits, then, to schools having certain non-tech safety measures in place, like making sure every person has an ID?
Of course, you don’t want strangers walking around in a school building. The fact that someone coming to the school has to get their ID scanned and wear a badge makes perfect sense, not just to prevent shootings but to also prevent theft and assaults and other risks.
The paradox is that school shooters tend to be children already affiliated with the school, and when someone walks in already firing, checkpoints and metal detectors are useless. Historically, several mass shootings in K-12 schools have started outside of the building then moved inside. The issue is not slipping past barriers but overwhelming them in seconds with irresistible force.
People hold candles and sing together on Dec. 14, 2025, at a vigil in Lippitt Memorial Park in Providence, R.I., for the recent mass shooting at Brown University. Ben Pennington/The Boston Globe via Getty Images
Absent policy change, what is the clearest way to prevent school shootings, according to current evidence?
Evidence shows that we often see signs of a crisis or withdrawal beforehand from school attackers. And that is why school-based behavioral threat assessment and management is so important. It is really about noticing changes in behavior and having the authority to intervene early. This is not about profiling people or relying on law enforcement alone. It is about having a structured, team-based process for identifying concerning behavior, assessing risk and coordinating appropriate supports – such as counseling – to prevent harm before it occurs. So often in these cases, people had a gut feeling that something was off with a particular student, but they didn’t know what to share or who to share it with.
For decades we’ve invested far more in responding to school shootings once they occur rather than in preventing them. You can lock doors and run drills, but no school can become a fortress.
Attackers leak warning signs in advance. Real prevention is about creating human systems that get upstream of this.
James Densley has received funding from the National Institute of Justice, the Joyce Foundation, and the Sandy Hook Promise Foundation.
Ilustración que muestra a Florence Nightingale (1820-1910), impulsora de la ciencia moderna de la enfermería, en un hospital durante la guerra de Crimea.Museo Florence Nightingale
En Una habitación propia (1929), Virginia Woolf imaginó a Judith Shakespeare, la hermana ficticia de William. Igual de talentosa que su hermano, Judith no tuvo acceso a la educación ni a una carrera como escritora. Aislada y frustrada, acabó quitándose la vida.
Aunque inventada, la historia de Judith refleja la de muchas mujeres reales que quisieron participar en el mundo del conocimiento y no pudieron. Una de ellas fue Maria Winkelmann, astrónoma alemana del siglo XVIII.
Winkelmann trabajó junto a su marido, el astrónomo Gottfried Kirch. Una noche, mientras él dormía, observó un cometa que su esposo no había visto. Juntos descubrieron estrellas y compartieron investigaciones. Pero cuando Kirch murió, la Academia de Ciencias de Berlín rechazó la solicitud de Winkelmann para ocupar su puesto, pese a estar cualificada y contar con apoyos. Era mujer. Y eso bastaba para excluirla.
Chocar contra muros
Su caso no fue excepcional. Durante siglos, las mujeres interesadas en la ciencia se encontraron con muros institucionales y sociales. La Royal Society británica, considerada la sociedad científica más antigua del mundo, no admitió a mujeres como miembros de pleno derecho hasta 1945. Las dos primeras fueron la cristalógrafa Kathleen Lonsdale y la microbióloga Marjory Stephenson.
Antes de ellas, incluso las científicas más brillantes solo podían ser “miembros honorarios”, como Caroline Herschel, otra astrónoma que trabajó junto a su hermano y firmaba con su nombre.
Desde la Edad Media, las universidades se habían convertido en guardianas del saber. Pero las puertas estaban cerradas a ellas. En instituciones como Oxford o Cambridge se exigía celibato y se pensaba que las mujeres distraían a los profesores. El acceso a bibliotecas e instrumentos científicos estaba restringido. La ciencia, como profesión y como comunidad, era un mundo de hombres.
Otros caminos hacia el conocimiento
Santa Hildegarda y su comunidad de monjas en una miniatura del siglo XIII. Wikimedia Commons, CC BY
Paradójicamente, la idea de que las mujeres comenzaron a participar en la ciencia solo en el siglo XX es un mito… del siglo XIX. Las universidades sí estuvieron cerradas hasta bien entrado el siglo XX, pero en épocas anteriores existieron otros caminos hacia el conocimiento. Por ejemplo, algunos monasterios permitieron a mujeres nobles llevar vidas dedicadas al estudio. Mujeres como Hildegarda de Bingen, en el siglo XII, escribieron tratados médicos, filosóficos y musicales.
Con la Reforma protestante, muchos conventos se cerraron, y eso dificultó más el acceso de las mujeres a los centros del saber. Y aunque solemos pensar que la Europa protestante fue más progresista en cuestiones de género, la historia dice lo contrario. Italia, país católico, dio más oportunidades a las mujeres en el ámbito científico. Allí obtuvieron títulos universitarios Bettisia Gozzadini, Elena Cornaro Piscopia, Laura Bassi, Maria Agnesi o Anna Manzolini.
Además, el conocimiento no estaba concentrado solo en las universidades durante el Renacimiento. También florecía en las cortes, donde los príncipes ofrecían mecenazgo a científicos, artistas y filósofos. Las mujeres nobles tenían acceso a estos espacios, y muchas participaron activamente en los círculos intelectuales. La alfabetización entre las clases altas aumentó, y con ella la posibilidad de que las mujeres estudiaran y discutieran ideas.
Más adelante, en el siglo XVIII, surgieron los salones, sobre todo en París, como espacios alternativos de intercambio. Allí, las anfitrionas organizaban encuentros entre científicos, artistas y filósofos. En Inglaterra, el círculo de las Bluestockings –mujeres cultas como Elizabeth Montagu o Frances Boscawen– permitió a algunas mujeres ganar visibilidad en el mundo del pensamiento.
Sin embargo, con la Revolución Científica llegaron las academias, que comenzaron a sustituir a las cortes como lugares privilegiados de saber. Aunque prometían racionalidad y universalidad, muchas mantuvieron la exclusión de las mujeres. Margaret Cavendish, duquesa de Newcastle, fue invitada a participar en la Royal Society, pero nunca fue admitida. En cambio, algunas academias italianas sí contaron con mujeres como miembros, algo inusual en el resto de Europa.
La profesionalización de la ciencia en el siglo XIX supuso un retroceso. A medida que las universidades se consolidaron como únicos centros científicos y el “científico” se convirtió en profesor universitario, las mujeres quedaron relegadas. Aunque algunas siguieron participando en historia natural, filosofía experimental o medicina, sus contribuciones fueron silenciadas, negadas o firmadas por otros.
¿Por qué fueron tan invisibles? Por al menos tres razones. La primera, la presión social. Filósofos y moralistas defendían que ellas debían quedarse en casa. Con la teoría de la “complementariedad sexual”, se argumentaba que hombres y mujeres eran distintos por naturaleza y no debían competir en el mismo terreno. Una mujer interesada en la ciencia era vista como una anomalía, o incluso como una amenaza.
La segunda, la clase social. Las mujeres nobles, que no tenían que cuidar directamente de sus hijos ni trabajar, contaban con más tiempo y recursos para estudiar. Por eso muchas de las figuras destacadas eran aristócratas. Margaret Cavendish, por ejemplo, fue escritora, filósofa y pionera en debatir ideas científicas gracias a su posición privilegiada.
Y la tercera razón: el tipo de actividades que realizaban. Muchas mujeres no eran autoras de tratados, pero sí traductoras, editoras, comentaristas o ayudantes. Hoy lo llamaríamos “mediación del conocimiento”. Traducir un texto científico requería conocimientos profundos del tema. Elizabeth Craven, Maria Ardinghelli, Anna Maria Lenngren y otras ayudaron a difundir ideas clave en Europa. Su trabajo fue fundamental, aunque raramente reconocido.
También hubo mujeres que trabajaron junto a maridos, hermanos o padres sin figurar nunca en los créditos como las ya citadas Caroline Herschel o Maria Winkelmann. Eran ayudantes invisibles, sí, pero no inexistentes.
Además, muchas desarrollaron saberes prácticos que hoy consideramos científicos. Las comadronas, por ejemplo, fueron durante siglos las responsables de la atención médica de las mujeres. Y figuras como Florence Nightingale transformaron la enfermería en una profesión científica y moderna.
La historia de las mujeres en la ciencia no es solo la de las que triunfaron, sino también la de todas aquellas que quedaron fuera. Es la historia de las Judith Shakespeare reales. Pero también es la historia de cómo, incluso sin permiso, muchas pensaron, observaron, tradujeron, enseñaron y descubrieron. Y de cómo, poco a poco, dejaron de estar en la sombra.
Iria Bello Viruega no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.
Source: The Conversation – (in Spanish) – By Gumersindo Feijoo Costa, Catedrático de Ingeniería Química. Centro de Excelencia CRETUS de la Red CiGUS, Universidade de Santiago de Compostela
Reciclar aluminio requiere un menor consumo de energía y emite menos gases de efecto invernadero que extraerlo de la naturaleza.Dmitry Markov152/Shutterstock
El acceso a las materias primas siempre ha sido un tema de enorme trascendencia a lo largo de la historia, de forma que ha llegado a causar el auge y caída de imperios. También en el presente. Controlar los yacimientos para la extracción de minerales es una de las fuerzas motrices del momento geopolítico que vivimos.
En consecuencia, la implantación de una verdadera economía circular de los metales es un eje prioritario. Son materiales que durante el reciclaje mantienen intactas sus propiedades fisicoquímicas, pudiendo aplicarlos en la fabricación del mismo tipo de productos del cual se ha originado su chatarra.
El gesto de reciclar una simple lata de aluminio
Un ejemplo de este tipo de materiales es el aluminio. La obtención del aluminio primario (a partir de materias primas vírgenes) necesita de tres grandes etapas:
Extracción de la roca que lo contiene, la bauxita, mediante minería a cielo abierto en regiones tropicales.
Obtención de la alúmina (óxido de aluminio) mediante el proceso Bayer, que se basa en la cocción a alta temperatura de la bauxita con sosa.
Separación del aluminio elemental del óxido mediante cubas electrolíticas con criolita fundida.
Para obtener una tonelada de aluminio primario se necesita un gasto energético de 15 megavatios (lo que consumen unos 5 000 hogares durante un día) y una emisión directa e indirecta de gases de efecto invernadero de 15 toneladas de dióxido de carbono equivalente (aproximadamente, lo que emiten 15 000 coches al recorrer 10 kilómetros).
Esa misma cantidad obtenida a partir de aluminio reciclado reduce drásticamente tanto el consumo de energía como la emisión de gases de efecto invernadero. Así, con el reciclado de tan solo 10 latas de aluminio ya se ahorra la emisión de 1,5 kg de dióxido de carbono equivalente.
Al monetizar estos procesos se visualiza la gran ventaja económica de reciclar. Con la venta de una tonelada de aluminio a unos 2 200 €, el margen de beneficio del aluminio reciclado se puede situar entre 3-5 veces más favorable.
Diagrama esquemático de la obtención de aluminio primario (a partir de materias primas vírgenes) y secundario (reciclado). Se indica la energía y emisiones de dióxido de carbono equivalente por cada tonelada de aluminio producido. Gumersindo Feijoo, CC BY-SA
El cobre: un metal muy codiciado
Otro ejemplo es el cobre, un metal que ha sido trascendente en el desarrollo de las civilizaciones e imperios. Fue, además, uno de los primeros metales utilizados por el hombre, y su aleación con estaño en la prehistoria originó la Edad de Bronce.
Fue clave durante el Imperio romano. Estaba presente, por ejemplo, en las transacciones económicas (para acuñar monedas), en la ingeniería (construcción de cañerías) y en las legiones romanas (elaboración de diversas armas). Con la aparición de la siderurgia su valor menguó, pero a partir del siglo XX, con la invención del generador eléctrico por Michael Faraday, nuevamente se aupó al pódium de los metales estratégicos por sus excelentes propiedades en la conductividad eléctrica.
Su valor económico es elevado. El precio de futuros en el mercado internacional ronda los cinco dólares por libra (453,6 gramos). Este valor explica que de forma recurrente existan noticias sobre robos de cable de cobre, sobre todo en las líneas de ferrocarril.
Existen dos grandes sistemas de extracción de cobre: a cielo abierto o minería subterránea; ambas poseen importantes impactos ambientales. Por ello, reciclar este metal es un buen ejemplo de sostenibilidad, ya que puede ser reutilizado indefinidamente sin perder su calidad o propiedades.
Reciclar cobre utiliza entre un 70-95 % menos de energía que extraerlo y procesarlo, lo que supone una huella de carbono de entre 0,3-0,5 kilogramos de dióxido de carbono equivalente por kilogramo de cobre producido. En el caso de su extracción, la huella de carbono depende del sistema de minería (a cielo abierto o en pozos), pero oscila entre los 4-5 kilogramos de dióxido de carbono equivalente por kilogramo de cobre.
La chatarra de cobre en el hogar se puede encontrar en el cableado antiguo, tuberías de fontanería o en los electrodomésticos. Reciclar es tan simple como separarlos y llevarlo al centro más próximo para su valorización.
Tierras raras, tierras deseadas
La denominación de tierras raras hace referencia a los 15 elementos químicos del grupo de los lantánidos, junto con el escandio y el itrio, de gran aplicación en los sectores industrial, médico y de defensa. Se utilizan, por ejemplo, para fabricar tecnología láser, lentes de telescopios, bicicletas y coches eléctricos, fibra óptica, televisiones, misiles y equipos de resonancia magnética nuclear.
Reciclar estos elementos químicos es una cuestión que supera el ámbito ambiental y económico y pasa al terreno geopolítico, como demuestra la dependencia europea del acceso a estos recursos.
Solo un 1 % de las tierras raras que se utilizan en componentes electrónicos se reciclan actualmente. Nos encontramos ante un enorme reto de innovación para lograr, por una parte, la reutilización de los productos y, en segundo lugar, la extracción y reciclado de estos materiales tras el fin de vida de los productos. La alternativa no es plausible. Continuar con la minería masiva de las tierras raras conlleva numerosos impactos ambientales
Símbolos químicos de las tierras raras, que incluyen el escandio, itrio y los 15 elementos de la familia de los lantánidos. Gumersindo Feijoo, CC BY-SA
Conocer la composición de los productos que utilizamos para consumir responsablemente es una gran fuerza impulsora para que las empresas opten por extender el ciclo de vida de los productos, reparando, reutilizando y, finalmente, reciclando los componentes básicos para introducirlos de nuevo en el ciclo productivo, tal y como propone el modelo de sociedad basado en la economía circular.
Gumersindo Feijoo Costa no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.