La guerre a profondément transformé les sociétés ukrainienne et russe. Quatre ans après le début du conflit, comment vit-on en Russie et en Ukraine ?
Dans La Grande Conversation, une spécialiste de ces deux sociétés en mutation partage avec nous son expertise : Anna Colin Lebedev, maîtresse de conférences à l’Université Paris-Nanterre.
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Comment vit-on, côté ukrainien, lorsqu’une partie importante du territoire est occupée ou annexée, que des millions de personnes ont dû fuir leur foyer pour se réfugier à l’étranger, que la mobilisation militaire implique des rotations constantes sur le front et que les bombardements rythment le quotidien, exposant durablement la population aux violences de guerre ?
Et côté russe, comment les populations s’adaptent-elles à un durcissement progressif du régime politique, à la montée d’un nationalisme omniprésent et à des coûts humains, économiques et symboliques croissants, dans un contexte où la guerre est présentée par les autorités comme existentielle ?
À travers cette émission, coproduite par The Conversation France et CanalChat Grand Dialogue, Anna Colin Lebedev analyse les transformations profondes à l’œuvre dans les deux pays, les formes d’adaptation des populations, ainsi que les effets sociaux, politiques et psychologiques d’un conflit appelé à durer.
En relisant les 27 griefs de la Déclaration d’indépendance, on découvre une histoire de justice contestée, de pouvoir arbitraire, de mobilisation populaire et de conflits autour de l’immigration, des terres et de la citoyenneté.World Digital Library
Deux cent cinquante ans après la Déclaration d’indépendance, ses célèbres principes éclipsent souvent les 27 doléances adressées à George III. Pourtant, ces accusations racontent les peurs, les colères et les aspirations qui ont conduit les colons américains à rompre avec la Couronne britannique.
La Déclaration d’indépendance des États-Unis, avec son texte manuscrit en lettres cursives sur un parchemin, ressemble à une relique venue d’un passé lointain. De même, on pourrait penser que les 27 griefs formulés contre le roi George III, son gouvernement et le peuple britannique dans le corps du document n’ont guère de résonance aujourd’hui. Après tout, quel rapport les doléances précises des colons de 1776 pourraient-elles bien avoir avec l’année 2026 ? Les passages de la Déclaration qui méritent vraiment d’être connus seraient plutôt les phrases célèbres des premiers paragraphes, consacrées aux vérités tenues pour évidentes, à la quête du bonheur et à l’égalité de tous les êtres humains.
À mes yeux, les questions qui préoccupaient le plus les dirigeants de la révolution, en 1776, restent d’une étonnante actualité pour les Américains : une justice partisane, l’exercice arbitraire du pouvoir, des responsables publics qui ne rendent pas de comptes à leurs administrés, des citoyens privés de voix dans les décisions qui touchent leur famille, ou encore les politiques en matière d’immigration et de citoyenneté.
Plus encore, l’étude de ces doléances montre à quel point la révolution a reposé sur les citoyens ordinaires. Sans leur indignation politique et leur participation à la rébellion, l’indépendance américaine n’aurait jamais vu le jour.
D’où vient l’autorité ? Quelles sont les limites de la force, de la contrainte et du pouvoir ? À qui les responsables publics doivent-ils rendre des comptes, et qui décide de l’État de droit ? Que se passe-t-il lorsque ces tensions dégénèrent en violence, voire en guerre civile ? Ces questions sont tout aussi actuelles au XXIᵉ siècle qu’elles l’étaient au XVIIIᵉ.
Tyrans et colons
Les premières phrases de la Déclaration comptent parmi les plus célèbres jamais écrites. Mais on trouve aussi, plus loin dans le texte, des passages d’une grande force, qui énoncent clairement ce que les colons de 1776 jugeaient absolument inacceptable.
Les colons y dénoncent les efforts du roi pour rendre « l’armée indépendante du pouvoir civil et supérieure à celui-ci ». Ainsi, lorsque les habitants du Rhode Island se plaignirent que le navire britannique Gaspee s’en soit pris sans ménagement à leurs bâtiments dans sa traque des contrebandiers, la Royal Navy balaya les protestations du gouvernement colonial d’un revers de main.
La Déclaration d’indépendance dénonce également les atteintes portées à la justice : la volonté du roi de rendre « les juges dépendants de sa seule volonté » et celle du Parlement de « priver » les Américains « des avantages du procès devant un jury ». Les colons accusent aussi le Parlement de « supprimer [leurs] chartes, d’abolir [leurs] lois les plus précieuses et de modifier fondamentalement la forme de [leurs] gouvernements ».
Ainsi, en 1774, en réponse à la Boston Tea Party, le Parlement retira au Massachusetts sa charte coloniale et réforma en profondeur son gouvernement, en remplaçant de nombreux postes électifs par des fonctions pourvues par nomination. C’est sur ces fondements que reposait la révolution de 1776 : pour les colons, ils définissaient ce qu’était un tyran.
Les oubliés de l’histoire
L’étude des doléances fait également apparaître une galerie de personnages bien plus diverse que les 56 hommes blancs qui ont signé la Déclaration. Presque tous étaient riches, et la majorité d’entre eux possédaient des esclaves.
Lorsqu’on s’intéresse aux événements qui se cachent derrière les griefs de la Déclaration, on découvre que les personnes racisées sont présentes, bien que souvent invisibilisées – et pas seulement à travers la tristement célèbre référence de Thomas Jefferson aux « impitoyables sauvages indiens » dans le dernier grief. Dans les années qui ont précédé la guerre d’indépendance, les Afro-Américains et les peuples autochtones faisaient déjà entendre leur voix et affirmaient leur présence.
Par exemple, le dernier grief de la Déclaration évoque des « insurrections intérieures » (domestic insurrections). Au XVIIIᵉ siècle, le terme « domestic » était un euphémisme pour désigner les personnes réduites en esclavage. Le Congrès faisait ainsi référence à la proclamation d’émancipation de Lord Dunmore, qui promettait la liberté aux esclaves rejoignant les rangs britanniques. Les historiens estiment qu’au moins 1 000 personnes sont ainsi parvenues à rejoindre Lord Dunmore et à obtenir leur liberté. Beaucoup d’autres ont tenté leur chance.
D’autres critiques, qui semblent sans lien avec ces questions – comme le recours du roi au veto royal, la conscription forcée dans la marine britannique (impressment) ou encore l’affaiblissement du pouvoir judiciaire – portent, eux aussi, la marque de groupes minoritaires. Le septième grief, par exemple, reproche au roi d’avoir entravé l’immigration vers les colonies.
Mais lorsqu’il est question d’« élever les conditions des nouvelles concessions de terres », on s’intéresse en réalité aux peuples autochtones ; à l’époque, toute référence aux terres américaines renvoyait nécessairement à cette question. Ces « conditions » comprenaient notamment la ligne de proclamation de 1763, une mesure destinée à préserver les frontières des territoires autochtones. Cette politique était le résultat de plus de dix années de résistance des peuples autochtones, qui s’étaient battus pour défendre leurs terres.
La foule derrière la cause
Des hommes et des femmes ordinaires, dans les villes comme dans les campagnes des colonies, se trouvent également derrière la longue liste de griefs de la Déclaration. Sans leur mobilisation, le mouvement révolutionnaire n’aurait jamais pris son essor.
Un esprit de contestation populaire se cache derrière des formules qui peuvent aujourd’hui paraître désuètes. Ainsi, le dixième grief dénonce les « essaims de fonctionnaires » envoyés pour « dévorer les ressources » des colons. Cette expression, empruntée à la Bible, fait référence aux dizaines d’agents des douanes dépêchés à Boston à la fin des années 1760.
Aujourd’hui, la plupart des Américains connaissent certains de ces épisodes célèbres, comme les habitants de Boston jetant des cargaisons de thé dans le port (séquence appelée le Boston Tea Party) pour protester contre le Tea Act de 1773. Mais, à de nombreuses reprises, des citoyens ordinaires ont exprimé leur colère politique en lançant des pierres contre les représentants du pouvoir, en saccageant les maisons de responsables gouvernementaux, en incendiant des navires et des forts de la Couronne, avant de prendre finalement les armes et de marcher au combat.
Ces fameux « essaims » de fonctionnaires ? Leur présence a suscité une vive agitation à Boston, jusqu’à provoquer des jets de pavés contre des officiers britanniques et l’incendie de l’une de leurs embarcations sur le Boston Common.
Les griefs énoncés dans la Déclaration témoignent de la colère profonde et durable que les réformes impériales britanniques ont suscitée dans les colonies. Ils offrent aussi une vision plus complète – et plus complexe – des États-Unis au moment de leur naissance.
Des hommes derrière le roi
Deux cent cinquante ans plus tard, il est naturel que les Américains aient largement oublié les personnes que les colons tenaient pour responsables des injustices qu’ils dénonçaient. Dans la Déclaration, Thomas Jefferson et le Congrès concentrent leurs attaques sur un roi tyrannique. Mais, selon eux, George III était entouré de nombreux collaborateurs qui conspiraient contre le peuple américain.
Parmi eux figuraient des membres du gouvernement du roi, comme les lords North, Hillsborough et Mansfield ainsi que des officiers militaires, tels que le général Thomas Gage, le lieutenant William Dudingston et l’amiral Samuel Graves. Si la plupart des Américains d’aujourd’hui n’ont probablement jamais entendu parler de ces hommes, leurs noms étaient familiers à tous en 1776.
Ils comptaient également parmi eux des représentants de la Couronne nommés par le roi, comme les gouverneurs royaux Josiah Martin, Lord Dunmore et William Tryon, qui prit les armes contre des fermiers de Caroline du Nord révoltés contre les impôts et la corruption des autorités.
Pour les Américains d’aujourd’hui, ces griefs peuvent paraître abstraits et désincarnés. Mais, pour les colons, chacun d’eux avait un visage. Derrière chaque accusation se trouvait une personne chargée de mettre en œuvre la politique du roi. Les dirigeants de la révolution en vinrent à la conviction que les agissements de ces responsables rendaient impossible le maintien des Treize Colonies au sein de l’Empire britannique. Ils craignaient que, en renonçant à l’indépendance, les Américains ne perdent la possibilité d’obtenir justice, de faire entendre leur voix et de vivre sous un gouvernement représentatif.
En 1825, Thomas Jefferson décrivit la Déclaration d’indépendance comme « l’expression de l’esprit américain ». Les griefs en faisaient pleinement partie : ils reflétaient les difficultés auxquelles avaient été confrontés des hommes et des femmes ordinaires, issus de tous les horizons. Les Américains d’aujourd’hui peuvent encore tirer des enseignements de leur manière d’y répondre.
Robert Parkinson ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
Accueilli en héros de retour au pays, Gilbert du Motier, marquis de La Fayette, effectua une grande tournée aux États-Unis en 1824-1825, juste avant le 50ᵉ anniversaire du pays.
Les États-Unis s’apprêtent à célébrer le 250ᵉ anniversaire de leur naissance révolutionnaire, la Déclaration d’indépendance. Le 4 juillet 2026 marquera une étape importante – et un moment de réflexion.
Pourtant, alors que la fascination pour la fondation des États-Unis perdure, la manière dont la révolution américaine (1775-1783) est enseignée à travers le pays fait l’objet de controverses. Des initiatives contestées du New York Times, comme le Projet 1619, visant à placer l’esclavage au cœur de l’histoire des États-Unis, jusqu’aux tentatives visant à restreindre les enseignements abordant les questions de racisme, la transmission de l’histoire américaine se retrouve au cœur de clivages partisans. Les anniversaires peuvent susciter l’enthousiasme du public, mais ils peuvent aussi rouvrir de vieilles blessures.
En tant qu’historien des États-Unis et citoyen états-unien naturalisé, je porte un intérêt à la fois personnel et professionnel à la Révolution américaine. Le fait que j’aie grandi au Royaume-Uni amuse énormément mes élèves chaque fois que nous parlons de la guerre d’indépendance. Parfois, avec mon anglais teinté d’accent britannique, je leur rappelle que je n’ai pas personnellement grandi sous le règne du roi George III. Enseigner l’histoire, c’est encourager les élèves à porter un regard critique sur le passé sans leur dicter les émotions qu’ils doivent ressentir – qu’elles soient patriotiques ou autres.
Malheureusement, le genre de savoir historique objectif qui allait autrefois de soi semble aujourd’hui perdre du terrain aux États-Unis. Selon le National Assessment of Educational Progress, seuls 13 % des élèves de quatrième en 2023 ont été jugés « compétents » en histoire américaine. Une enquête de 2010 a révélé que 26 % des adultes étaient incapables d’identifier par rapport à quel pays les États-Unis avaient déclaré leur indépendance, la Chine, le Mexique et la France figurant parmi les réponses données.
Entendre que les États-Unis se seraient « séparés » de la France aurait vraiment fait sursauter Gilbert du Motier, plus connu sous le nom de marquis de La Fayette (1757-1834). Son engagement envers ce pays naissant a non seulement contribué à garantir son indépendance, mais il a également contribué à consolider l’identité américaine plusieurs décennies plus tard.
Une alliance décisive
Aristocrate issu d’un milieu privilégié ayant pris part aux révolutions américaine et française, La Fayette est parti au combat à l’âge de 19 ans. Après avoir levé et équipé sa propre expédition pour traverser l’Atlantique en 1777, il a participé à de nombreuses batailles contre les Britanniques, notamment à la bataille décisive de Yorktown. Ayant gagné la confiance de George Washington, La Fayette atteignit le grade de général de division dans l’armée continentale.
La Fayette à Mount Vernon, accueilli par George Washington en sa demeure, peint par Herman Bencke vers 1875. Bencke & Scott/Library of Congress
L’engagement de La Fayette dans l’armée américaine est antérieur à l’alliance de 1778 entre son pays natal et les États-Unis. Finalement, l’alliance avec la France a renversé le cours de la guerre contre la Grande-Bretagne, tant sur terre qu’en mer. À la fin de la guerre, les Français avaient envoyé quelque 12 000 soldats, 22 000 marins et des dizaines de navires de combat pour soutenir la cause américaine, et investi d’énormes ressources financières. À l’époque où La Fayette proposa ses services, il n’était toutefois qu’un des rares volontaires étrangers – et le plus acclamé.
« De nos jours », comme l’a [reconnu] l’historienne Sarah Vowell, les Américains considèrent La Fayette comme « un lieu, et non une personne ». Mais la multitude de villes, de comtés et de voies publiques portant le nom de ce héros de la révolution témoigne de sa renommée d’antan. Pendant la Première Guerre mondiale, les troupes américaines ont mis le cap sur la France sous le slogan « La Fayette, nous voilà ! », promettant de rembourser la dette de gratitude de l’Amérique envers la France.
Un pays en pleine croissance
Les Américains d’un certain âge se souviennent peut-être du bicentenaire des États-Unis en 1976, célébré en grande pompe et marqué notamment par une visite d’État de la reine Élisabeth II. Le 50ᵉ anniversaire de l’indépendance, cependant, a joué un rôle bien plus important dans la façon dont les citoyens se représentaient leur pays.
La Fayette a eu une place centrale dans les préparatifs de cette commémoration de 1826, la première du genre à l’échelle nationale. Le président James Monroe, lui-même ancien combattant de la guerre d’indépendance, le convia à être « l’invité de l’Amérique », honoré en tant que dernier général de division encore en vie de l’Armée continentale. À partir de juillet 1824, à l’âge de 66 ans, La Fayette entreprit une tournée triomphale à travers les 24 États qui composaient alors l’Union – soit près du double des 13 États d’origine.
Alors que La Fayette se dirigeait vers l’ouest, transporté tour à tour en calèche, en bateau à vapeur et en péniche, il traversa une Amérique en pleine mutation. Nulle part la croissance économique et démographique des États-Unis n’était plus évidente qu’à Cincinnati (Ohio), où une foule de 50 000 personnes l’accueillit en mai 1825. Autrefois petite ville de frontière, Cincinnati connaissait une croissance plus rapide que n’importe quelle autre ville de taille comparable du pays : sa population est passée d’environ 15 000 à environ 115 000 habitants au cours du quart de siècle qui a suivi la visite de La Fayette.
« La plus grande récompense que l’on puisse accorder à un vétéran de la révolution est de lui faire découvrir les bienfaits qui ont découlé de notre lutte pour l’indépendance, la liberté et l’égalité des droits. »
La Fayette a donné un visage humain à la commémoration nationale américaine. Il a permis aux citoyens des États de la frontière, comme l’Ohio – jusqu’alors exclus du récit révolutionnaire –, de se mettre eux-mêmes à l’honneur. La forte affluence lors des étapes dans l’Ouest, comme à Cincinnati, reflétait l’enthousiasme pour ces grands spectacles. Elle témoignait également de l’essor de la presse écrite américaine, qui avait fait la promotion de sa visite, ainsi que de l’amélioration des moyens de transport dans des régions du pays autrefois isolées.
La tournée de La Fayette s’est achevée par un banquet d’État organisé le 18 septembre 1825 à Washington, D. C., donné par le nouveau président, John Quincy Adams. Adams – fils du deuxième président des États-Unis, John Adams – a rendu hommage à « ce lien d’amour, plus fort que la mort », qui unit La Fayette « pour l’éternité au nom de Washington ».
Des lunettes roses
L’enthousiasme avec lequel La Fayette a été accueilli il y a 200 ans était sincère. Mais comme dans toute bonne leçon d’histoire, l’héritage de La Fayette est sujet à interprétation.
Son grand voyage a contribué à ancrer le mythe de « l’Ère des bons sentiments » : un âge d’or marqué par l’harmonie politique aux États-Unis. En réalité, les germes de la guerre civile américaine étaient déjà manifestes. L’adhésion du Missouri à l’Union en 1820 menaçait le fragile équilibre du pays entre les États opposés à l’esclavage et ceux qui l’autorisaient – une crise que Thomas Jefferson avait qualifiée de « sirène d’alarme dans la nuit ».
De même, la glorification de La Fayette dans l’ouest des États-Unis a coïncidé avec la poursuite de la déportation forcée des peuples autochtones. L’Ohio, par exemple, a déporté de force la dernière tribu amérindienne de son territoire en 1843.
Malgré les utilisations et les abus de la mémoire historique, ainsi que la réticence des historiens contemporains à l’égard du culte des héros, La Fayette reste une figure charismatique – un « citoyen de deux mondes » qui s’est fait le champion tant de l’abolitionnisme que des droits des femmes. Je pense que le fait qu’il tombe peu à peu dans l’oubli témoigne d’une amnésie inquiétante. Cet anniversaire américain offre l’occasion de réexaminer son héritage, aux côtés des récits révolutionnaires d’Américains de tous horizons.
Comme l’écrivait La Fayette dans une lettre à sa famille après la capitulation de l’armée britannique en 1781 : « L’humanité a remporté sa bataille. La liberté a désormais un pays. »
Matthew Smith ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
Contraction des mots « June » (juin) et « nineteenth » (dix-neuvième), le Juneteenth, qui marque l’émancipation des esclaves aux États-Unis, est devenu un jour férié en 2021. L’histoire de cette fête nationale nous rappelle que des lois très répandues dans le Sud interdisaient aux esclaves le droit à l’éducation et que le combat pour la liberté va de pair avec l’accès au savoir.
L’abolitionniste et écrivain Frederick Douglass (v.1818-1895) est connu pour de nombreuses raisons, mais l’une des plus importantes est sans doute sa conception du lien entre l’éducation et l’esclavage. Douglass, lui-même, est né esclave dans le Maryland, sur la côte Est.
Dans son autobiographie de 1845, il a raconté comment l’une de ses propriétaires, Mme Auld, avait commencé à lui apprendre à lire lorsqu’il était enfant. Le mari de Mme Auld lui avait ordonné de cesser de donner des cours à Douglass.
« C’est précisément à ce stade de mon apprentissage que M. Auld découvrit ce qui se passait et interdit aussitôt à Mme Auld de continuer à m’instruire, lui disant, entre autres, qu’il était illégal, mais aussi dangereux, d’apprendre à lire à un esclave », écrit Douglass.
« Pour reprendre ses propres mots, il a ajouté : “Si tu donnes le doigt à un nègre, il prendra le bras. Un nègre ne doit rien savoir d’autre que d’obéir à son maître.” »
Le 31 janvier 1865, le Congrès a adopté le 13ᵉ amendement, abolissant ainsi l’esclavage. Ce n’est que le 19 juin 1865 que la nouvelle de cet amendement est parvenue aux personnes asservies de Galveston, au Texas, marquant ainsi l’origine de la fête du « Juneteenth ».
L’administration Biden a déclaré le « Juneteenth » jour férié fédéral en 2021. Aujourd’hui, cette date du 19-Juin commémore la fin de l’esclavage aux États-Unis. Mais l’histoire des personnes autrefois réduites en esclavage a continué à s’écrire de manière complexe bien après le Juneteenth, notamment en ce qui concerne leur parcours scolaire.
Le Juneteenth a clairement montré que la liberté ne s’arrêtait pas lorsque cesse l’aliénation physique, mais supposait aussi la fin de l’esclavage mental, puisque des lois interdisaient aux personnes asservies d’accéder à l’éducation dans les États du Sud.
Rendre la formation illégale
En 1739, la révolte des esclaves de Stono a eu lieu en Caroline du Sud. Craignant que des esclaves alphabétisés ne complotent de futures révoltes, la Caroline du Sud a adopté en 1740 une loi anti-alphabétisation interdisant d’enseigner la lecture aux esclaves.
Entre-temps, la première école libre africaine destinée aux enfants noirs a été fondée à New York en 1787. Cette école, qui ne comptait qu’une seule salle de classe, a accueilli à ses débuts 40 élèves, dont la plupart avaient des parents qui avaient été esclaves. Six autres écoles similaires ont été créées grâce à des fonds publics avant 1824.
Cela nous rappelle également que la véritable liberté doit inclure le droit à l’éducation.
En 1865, les anciens esclaves ont réagi de diverses manières à leur liberté retrouvée, passant de la gratitude et la joie au désespoir et au sentiment de perte.
De nombreuses personnes anciennement asservies ont décidé de quitter les plantations et les États du Sud pour retrouver les membres de leur famille et les communautés dont l’esclavage les avait séparés.
École pour esclaves affanchis, Plantation James, Caroline du Nord (1866). Wikimédia
D’autres ont choisi de rester là où elles avaient été réduites en esclavage, cherchant à vivre leur liberté dans un environnement familier. En définitive, la grande majorité des personnes affranchies est restée dans le Sud.
Quels que soient leurs choix, les quelque 4 millions d’anciens esclaves ont mis les États-Unis au défi de reconnaître leur affranchissement et de les accueillir comme des égaux.
Sans relâche, ils se sont efforcés de s’affirmer en tant que citoyens libres au sein de la nation. L’un des principaux objectifs de ces personnes récemment affranchies était d’accéder à l’éducation.
Apprendre à lire, à écrire et bien plus encore
Après la guerre de Sécession, les personnes nouvellement affranchies se rassemblaient dans des églises, des maisons, des caves, des remises, des lieux de culte et même à l’ombre des arbres, dans les champs où elles cultivaient la terre pour apprendre à lire et à écrire. Elles acquéraient également des compétences professionnelles de base, telles que la capacité à lire et à comprendre les contrats de travail.
Bon nombre des enseignants n’avaient suivi aucune formation officielle, et certains d’entre eux étaient des personnes noires de la région qui avaient appris à lire par elles-mêmes.
Parmi les autres éducateurs figuraient des enseignants blancs originaires du Sud et du Nord, envoyés par des églises et des associations caritatives.
Cependant, la majeure partie des fonds destinés à financer ces écoles provenait des Américains récemment affranchis, qui prenaient en charge eux-mêmes les frais de scolarité de leurs enfants.
Les Noirs récemment affranchis ont également commencé à disposer de davantage de possibilités d’accès à l’enseignement supérieur.
Le premier établissement d’enseignement supérieur historiquement fréquenté par des personnes noires, l’université de Cheyney, a été fondé en Pennsylvanie en 1837, bien avant la guerre de Sécession. Au total, quatre établissements de ce type avaient vu le jour à la fin de la guerre de Sécession, en 1865.
C’est à ce moment-là que la véritable libération a commencé, alors qu’un nombre croissant d’établissements offraient la liberté académique aux Afro-Américains, qui, sans cela, n’auraient pas pu fréquenter la plupart des universités.
Au cours des quinze années qui ont suivi la guerre de Sécession, 59 établissements au total avaient ouvert leurs portes aux étudiants noirs.
Une toute nouvelle série de défis et d’opportunités attendait les Afro-Américains anciennement réduits en esclavage qui cherchaient la liberté vers le Nord. La plupart d’entre eux sont arrivés dans des villes, telles que Chicago et New York, où ils ont rencontré un certain soutien, mais ont également été confrontés à la discrimination raciale et à la pauvreté.
L’éducation figurait parmi les principales priorités des personnes libres, qui cherchaient à acquérir de nouvelles compétences et à progresser dans la vie. Elles apprenaient non seulement les bases de la lecture et du calcul, mais aussi des compétences professionnelles, les devoirs civiques et des connaissances approfondies dans des domaines professionnels, tels que le droit, la médecine, la pharmacie et l’enseignement.
En fin de compte, le « Juneteenth » offrit une promesse de liberté, mais l’éducation était indispensable pour la concrétiser.
Rodney Coates ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
*La Déclaration d’indépendance*, de John Trumbull, peint entre 1815 et 1817, est fréquemment utilisé pour illustrer le jour où les États-Unis accédèrent à l’indépendance. Indice de la complexité de la mémoire de l’événement : le tableau ne montre en réalité pas la signature elle-même, mais la présentation d’un projet de cette déclaration au Second Congrès continental par la Commission des Cinq (John Adams, Benjamin Franklin, Thomas Jefferson, Robert Livingston et Roger Sherman), le 28 juin 1776.John Trumbull (1756-1843), Capitole des États-Unis
Chaque nation possède ses mythes fondateurs. Dans le cas des États-Unis, le plus important est sans doute celui du 4-Juillet. Mais en ce jour – qui, d’ailleurs, n’est en réalité pas celui de la proclamation de l’indépendance ! –, que célèbre-t-on exactement de l’autre côté de l’Atlantique ? Deux cent cinquante ans durant, des réponses variées et contrastées ont été apportées à cette question. Cette année, les fêtes somptuaires lancées par Donald Trump visent avant tout à promouvoir sa propre personne et sa vision de son pays.
L’indépendance des États-Unis n’a pas été déclarée le 4 juillet 1776. Elle l’a été le 2 juillet. Que s’est-il passé le 4 ? Le Congrès a adopté un texte. Un texte qui allait devenir, en deux siècles et demi, le document le plus sacré d’une nation qui ne se réclame d’aucune religion d’État. Le 4-Juillet est moins une date qu’un récit.
Plus un récit qu’une date
Le 3 juillet 1776, John Adams, l’un des principaux Pères fondateurs, écrit à sa femme Abigail qu’il vient de vivre « l’époque la plus mémorable de l’histoire de l’Amérique » – et que le deuxième jour de juillet serait célébré à jamais. Il se trompait de deux jours.
Le 4-Juillet commémore non pas le vote d’indépendance, mais l’adoption de la version finale d’un texte rédigé principalement par Thomas Jefferson : la Déclaration d’indépendance. Peu de pays célèbrent un document avec une telle intensité. Il est vrai qu’il renvoie directement aux valeurs essentielles de la République : la liberté, l’égalité, les droits naturels et le consentement des gouvernés.
Pourtant, la Déclaration ne devient pas immédiatement un événement national. Elle est lue publiquement à Philadelphie le 8 juillet, devant l’armée de Washington le 9, atteint la Géorgie un mois plus tard, n’est signée par la plupart des délégués que le 2 août, et n’est connue à Londres qu’à la fin de l’été. Sa sacralisation rétrospective doit beaucoup à une coïncidence : Jefferson et Adams meurent tous deux le 4 juillet 1826, cinquante ans jour pour jour après la Déclaration. La coïncidence est aussitôt lue comme un signe du ciel, élevée au rang de miracle fondateur. La fête nationale est ainsi moins la transcription spontanée d’un événement qu’un objet de fabrication culturelle.
Entre récit disputé et symbole d’unité
La célébration du 4-Juillet a d’ailleurs été d’emblée un champ de bataille partisan. Dès les années 1790, elle suscite des affrontements entre fédéralistes, favorables à un gouvernement central fort, et républicains-démocrates, défenseurs d’une république plus décentralisée, chaque camp cherchant à s’approprier l’héritage révolutionnaire pour légitimer sa vision de la nation.
Par la suite, des esclaves affranchis, des abolitionnistes – à commencer par Frederick Douglass dans son célèbre discours « What to the Slave is the Fourth of July ? » (1852) –, puis des suffragistes et des communautés immigrées utilisent à leur tour les symboles fondateurs pour contester leur exclusion du récit dominant.
« Que représente, pour l’esclave américain, votre 4-Juillet ? Je réponds : un jour qui lui révèle, plus que tous les autres jours de l’année, l’injustice flagrante et la cruauté dont il est constamment victime. Pour lui, votre célébration est une mascarade ; votre liberté tant vantée, une licence impie ; votre grandeur nationale, une vanité démesurée ; vos cris de joie sont vides et sans cœur ; vos dénonciations des tyrans, une impudence effrontée ; vos cris de liberté et d’égalité, une moquerie creuse ; vos prières et vos hymnes, vos sermons et vos actions de grâce, avec tout votre déploiement religieux et votre solennité, ne sont pour lui que grandiloquence, fraude, tromperie, impiété et hypocrisie – un mince voile destiné à dissimuler des crimes qui feraient honte à une nation de sauvages. Il n’existe pas sur terre de nation coupable de pratiques plus choquantes et plus sanglantes que le peuple de ces États-Unis, en cet instant même. » – Frederick Douglass (1852). Historianspeaks.org
Ces mêmes symboles sont aussi des instruments d’intégration, voire d’assimilation. Au début du XXᵉ siècle, les cérémonies collectives de naturalisation organisées le 4 juillet font entrer symboliquement de nouveaux membres dans la communauté nationale à travers des rituels d’« américanisation » : défilés, discours civiques, omniprésence du drapeau.
Un rite de la religion civile américaine
Au fil du temps, le 4-Juillet s’impose comme l’un des principaux rites d’une véritable « religion civile » – notion forgée par Rousseau, adaptée aux États-Unis par le sociologue Robert Bellah dans les années 1960. Cette religion possède ses textes sacrés (la Déclaration d’indépendance, la Constitution), ses saints (George Washington, Abraham Lincoln), ses rites (le 4-Juillet, les investitures), ses lieux de pèlerinage (Independence Hall, Gettysburg, ou encore le mont Rushmore), ses temples (du Capitole au Lincoln Memorial), ses reliques (la Constitution originale, la Liberty Bell) et une croyance partagée dans la mission historique et morale de la nation.
Le 4-Juillet apparaît ainsi comme un puissant rituel durkheimien de réactivation périodique de l’appartenance nationale au sein d’une société profondément diverse.
Dans cette caricature de 1902 sur la célébration du 4-Juillet, légendée « Une fausse alerte le 4 juillet », l’Oncle Sam dit à Dame Paix : « Tout va bien. Il n’y a pas de combats. Le bruit que vous entendez, c’est juste ma famille qui fait la fête ! » « Puck magazine », 2 juillet 1902, Librarie du Congrès
Chaque été, une nation qui se définit par des idées – l’égalité, la liberté – rejoue la scène de sa propre naissance. L’Amérique, dont l’identité ne repose ni sur un territoire homogène ni sur une origine commune, constitue l’archétype de la « communauté imaginée » théorisée par Benedict Anderson : les nations ne préexistent pas aux récits qu’elles se racontent, elles se construisent et se perpétuent grâce à des mythes, des symboles et des rituels partagés, qui permettent à des millions d’individus de se représenter comme membres d’une même communauté historique et politique.
Un répertoire présidentiel séculaire
En tant qu’incarnations de la nation, les présidents ont parfaitement saisi les enjeux de cette fête : puiser dans le corpus mythique des éléments qui servent leur politique du moment, sans pour autant s’en éloigner complètement. D’où l’illusion d’une tradition continue, alors qu’il s’agit d’une recomposition permanente.
Le centenaire de 1876, célébré sous Ulysses S. Grant, associe réconciliation après la guerre de Sécession et célébration d’une Amérique industrielle tournée vers l’avenir.
Le bicentenaire de 1976, organisé par Gerald Ford après le Vietnam et le Watergate, prend la forme d’un rituel de guérison nationale. Ronald Reagan réaffirme ensuite un exceptionnalisme américain à vocation universelle, porté par la rhétorique de la « cité sur la colline », notamment lors du Liberty Weekend de 1986, tandis que George W. Bush réactive, après le 11 septembre, un patriotisme de guerre fondé sur la défense de la liberté et de la mission américaine dans le monde.
Donald Trump n’invente ni le rite ni le mythe. Sa volonté de faire du 4-Juillet un moment central du récit national n’a rien d’inédit, pas plus que sa rhétorique de l’exceptionnalisme américain ou de l’élection providentielle des États-Unis, déjà mobilisée par Reagan ou Bush.
Là où il rompt nettement avec la tradition présidentielle, c’est en durcissant ce récit pour le recentrer sur sa propre figure, en le militarisant et en en faisant un instrument de confrontation politique. La commémoration nationale n’a plus seulement pour fonction de célébrer la nation : elle sert désormais à désigner ceux qui la menaceraient et celui qui serait appelé à la sauver.
Parmi les innovations décidées à l’occasion du 250ᵉ anniversaire des États-Unis : la fabrication d’une série de passeports à l’effigie de Donald Trump. Compte de Donald Trump/Truth Social
Cette évolution se manifeste dès le Salute to America du 4 juillet 2019, organisé au pied du Lincoln Memorial avec chars, avions de chasse et démonstrations militaires, puis dans son discours du Mont Rushmore du 3 juillet 2020, où il dénonçait une prétendue cancel culture menaçant l’histoire et l’identité américaines.
En 2026, la logique se radicalise : les célébrations du 250ᵉ anniversaire, autour de la Grande Foire des États-Unis (Great American State Fair, mélange de fête foraine et d’exposition mettant en valeur les États qui composent le pays) organisée à Washington du 25 juin au 10 juillet et du programme Freedom 250, combinant gala d’arts martiaux mixtes, Grand Prix automobile et revues navales, tendent à faire de la commémoration elle-même un objet de confrontation partisane.
Plus encore, la figure de l’« ennemi intérieur » – élites, universités, médias, opposants – occupe désormais une place centrale dans le récit trumpien. La nouveauté n’est pas d’utiliser la commémoration à des fins politiques, mais d’en faire un instrument explicite de mobilisation partisane, articulé autour de la figure d’un chef présenté comme le seul capable de restaurer la grandeur nationale.
Que le 250e anniversaire se déroule dans un contexte de crise nationale n’est pas inédit : 1876, c’était la difficile reconstruction d’une unité nationale encore fragile onze ans après la sanglante guerre de Sécession ; 1976 était marquée par les séquelles du scandale du Watergate qui avait abouti deux ans plus tôt à la démission de Richard Nixon.
Ce qui diffère en 2026, c’est l’orientation du récit. Là où les commémorations précédentes projetaient la nation vers l’avenir, Trump oriente principalement le sien vers un passé fantasmé. Make America Great Again, America First, la référence récurrente à un « nouvel âge d’or » : tous ces slogans supposent l’existence d’une grandeur passée à restaurer. La nouveauté n’est pas tant la nostalgie elle-même que sa centralité dans la définition du projet politique.
Même lorsque Trump mobilise un imaginaire futuriste — intelligence artificielle, conquête spatiale –, il ne faut pas s’y tromper : son futur n’ouvre pas sur quelque chose d’inédit, il certifie que l’Amérique était, depuis ses origines, destinée à la grandeur. C’est un récit réactionnaire au sens propre – un avenir qui regarde en arrière.
Ce que le 250e anniversaire révèle, enfin, c’est que le débat dépasse l’opposition entre démocrates et républicains : il porte sur une question plus fondamentale. Que célèbre-t-on exactement lorsqu’on célèbre l’Amérique ?
Le récit trumpien ne vise plus seulement à définir ce qu’est la nation ; il tend aussi à préciser qui en serait le dépositaire légitime. Derrière l’invocation d’un âge d’or perdu, c’est une certaine image de l’Amérique qui se dessine – blanche, chrétienne, socialement conservatrice –, dont les transformations démographiques et culturelles récentes auraient menacé l’identité historique. Le débat ne porte plus seulement sur ce qu’est l’Amérique, mais sur qui peut légitimement prétendre l’incarner.
Jérôme Viala-Gaudefroy ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
Source: The Conversation – (in Spanish) – By Loles Villalobos Tornero, Facultad de Psicología. Departamento de psicología experimental procesos cognitivos y logopedia. Instituto de Tecnología del Conocimiento, Universidad Complutense de Madrid
Imagine que está en una habitación sofocante en pleno verano. Entra alguien y comenta: “Qué pena que se me haya olvidado traer el jersey”. La mayoría de nosotros entendemos inmediatamente que no habla en serio. No pensamos que tenga frío, sino que está haciendo una broma para remarcar el calor que hace. Pero ¿y si una persona comprende perfectamente todas las palabras de esa frase, pero no capta la intención? Entiende el significado literal, pero no el mensaje real. Esto puede ocurrir tras una lesión cerebral.
El lenguaje es una de las capacidades cognitivas más sofisticadas de los seres humanos. Aunque otras especies se comunican, ninguna lo hace con la complejidad que caracteriza a nuestra especie. Para que esa capacidad funcione, el cerebro debe coordinar una extensa red de regiones conectadas entre sí.
Los primeros mapas cerebrales del lenguaje
Los primeros avances en el estudio de las bases cerebrales del lenguaje se produjeron a mediados del siglo XIX. El neurólogo francés Paul Broca observó que las lesiones en una región de la parte frontal izquierda del cerebro provocaban en los pacientes dificultades para expresarse. Poco después, el investigador alemán Carl Wernicke describió que las lesiones en una zona temporal izquierda alteraban principalmente aspectos de la comprensión.
Los investigadores de la época trabajaban sin técnicas de neuroimagen. Sus conclusiones procedían principalmente de la observación clínica y del estudio post mortem del cerebro de pacientes que habían sufrido una lesión. Estas personas presentaban afasia, un trastorno adquirido del lenguaje que aparece cuando un daño cerebral altera esta capacidad previamente desarrollada con normalidad.
Con el paso de las décadas, los científicos comprendieron que el lenguaje no depende únicamente de áreas aisladas. Diseñaron modelos teóricos basados en el funcionamiento de regiones cerebrales conectadas. En la actualidad, ya se conocen los circuitos cerebrales que subyacen a la anatomía funcional del lenguaje.
El hemisferio izquierdo no trabaja solo
Durante mucho tiempo se asumió que el hemisferio izquierdo era el gran protagonista del lenguaje. Efectivamente, en la mayoría de las personas concentra funciones esenciales para hablar y comprender palabras.
Sin embargo, las modernas técnicas de neuroimagen han permitido observar el cerebro en funcionamiento y han revelado una realidad más compleja. Cuanto más exigente es una tarea lingüística, más regiones cerebrales participan en ella.
La comprensión de narraciones extensas o conversaciones o textos complejos activa no solo áreas clásicamente relacionadas con el lenguaje en el hemisferio izquierdo, sino también regiones del hemisferio derecho. Este último desempeña un papel especialmente relevante cuando necesitamos integrar información, interpretar el contexto o inferir significados que no están explícitamente expresados.
Más allá de las palabras: la pragmática
Aquí entra en juego un aspecto fundamental de la comunicación humana: la pragmática del lenguaje.
La pragmática hace referencia a nuestra capacidad para interpretar qué quiere decir realmente una persona teniendo en cuenta el contexto, la situación y sus intenciones. Gracias a ella comprendemos que el significado de una frase no depende únicamente de las palabras que contiene.
Por ejemplo, cuando alguien afirma “qué puntual eres” después de que lleguemos media hora tarde, entendemos que probablemente está expresando una crítica y no un elogio. Del mismo modo, sabemos reconocer bromas, ironías o dobles sentidos.
Esta capacidad resulta tan automática que rara vez somos conscientes de ella.
Sin embargo, esto constituye una de las habilidades más sofisticadas de la comunicación humana. A fin de cuentas, requiere combinar información lingüística, conocimientos previos, claves sociales e incluso la capacidad de comprender los pensamientos y emociones de los demás (un componente de la cognición social llamado teoría de la mente).
Cuando una broma deja de tener gracia
Numerosos estudios han mostrado que las personas con lesiones en el hemisferio derecho suelen conservar la capacidad de hablar y comprender palabras y frases: a simple vista, parece que su lenguaje funciona con normalidad. Sin embargo, habitualmente presentan dificultades para interpretar significados implícitos, detectar el sarcasmo o comprender el humor. También pueden tener problemas para seguir el hilo de conversaciones complejas o para captar matices emocionales en el discurso.
Esta situación plantea un desafío para los profesionales sanitarios. Las pruebas tradicionales de evaluación del lenguaje suelen centrarse en aspectos como la denominación de objetos, la repetición de palabras o la comprensión de frases relativamente simples. Como consecuencia, algunas personas pueden obtener resultados aparentemente normales y, sin embargo, experimentar dificultades significativas en situaciones comunicativas de la vida real.
Se trata de dificultades menos visibles que una afasia clásica, pero pueden afectar de manera importante a las relaciones sociales, familiares y laborales.
Un cerebro preparado para leer entre líneas
Entender el lenguaje no consiste únicamente en reconocer palabras o construir frases correctas. También implica interpretar intenciones, comprender emociones y descubrir significados implícitos.
La próxima vez que sonría ante una ironía o entienda una broma aparentemente obvia, recuerde que detrás de esa sencilla interacción cotidiana está trabajando una compleja red cerebral distribuida en ambos hemisferios del cerebro. Porque, en comunicación, las palabras son solo una parte del mensaje.
Loles Villalobos Tornero no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.
Source: The Conversation – (in Spanish) – By Jenaro Astray Mochales, Grupo de trabajo sobre vacunas de la Sociedad Española de Epidemiologia (SEE). Epidemiólogo
En Europa, un brote causado por el subclado IIb –una de las variantes del virus del mpox (MPXV) que causa la enfermedad– ha dejado desde 2022 más de 22 000 casos en Europa, incluida España. En 2025, otro clado (el Ib) empezó a circular en países europeos, con una trasmisión sostenida y tendencia al alza.
A lo largo de los últimos 12 meses, 16 países han reportado 458 casos de clado I y 18 han informado de 921 casos del clado II, lo cual evidencia que el riesgo de nuevos brotes sigue presente.
Cómo hacerle frente
Actualmente, la vacunación constituye la principal medida de prevención frente a la mpox y un elemento clave para limitar su transmisión, reducir la gravedad de los casos y prevenir hospitalizaciones y complicaciones. Tras el brote internacional iniciado en 2022, los países europeos implementaron estrategias de inmunización que han demostrado su eficacia.
La vacuna utilizada en la Unión Europea, comercializada como Imvanex o Jynneos, es una vacuna de tercera generación no replicativa. Esto quiere decir que contiene un virus modificado genéticamente (Modified Vaccinia Ankara, MVA BN) para que no pueda multiplicarse en las celulas, pero capaz de generar una respuesta inmunitaria protectora, incluso en personas con problemas de inmunosupresión.
Inicialmente autorizada para la viruela, su indicación se amplió durante el brote de 2022 para prevenir la mpox en adultos y, posteriormente, en adolescentes a partir de los 12 años. Puede administrarse tanto por vía subcutánea como intradérmica, lo que permite proporcionar anticuerpos protectores con el 20 % de la dosis habitual. Esto ha permitido adaptar las estrategias de vacunación en situaciones de disponibilidad limitada de dosis.
Dichas estrategias se articulan fundamentalmente en torno a dos enfoques complementarios: la profilaxis preexposición (es decir, para prevenir la infección) y la profilaxis postexposición (administrada después de haber estado en contacto con alguien que tenga mpox).
Vacunas preexposición
La primera de ellas está dirigida a personas con mayor riesgo de contacto con el virus. En este grupo se incluyen hombres que tienen sexo con hombres, bisexuales y personas trans con prácticas de mayor riesgo, como múltiples parejas, sexo en grupo o cambios frecuentes de parejas sexuales.
La vacuna preexposición también se recomienda en determinados colectivos con riesgo ocupacional. Nos referimos a trabajadores de laboratorio que manipulan el virus MPXV, profesionales sanitarios que atienden a personas con infecciones de transmisión sexual o infección por VIH y personal encargado de la limpieza y desinfección en entornos donde se producen contactos sexuales que pueden implicar alto riesgo.
La profilaxis postexposición se revela como otra estrategia esencial, especialmente para el control de brotes y la protección de personas vulnerables. La vacunación tras una exposición conocida al MPXV puede prevenir la aparición de la enfermedad o, si se administra de forma más tardía, atenuar sus manifestaciones clínicas.
Idealmente, debe recibirse dentro de los cuatro primeros días tras la exposición. Si se administra entre los 4 y 14 días posteriores, puede no evitar la infección, pero sí reducir la gravedad y el riesgo de complicaciones.
En estos casos, la vacuna no solo protege al individuo, sino que contribuye a cortar las cadenas de transmisión.
¿Cuánto tiempo dura la protección?
En lo que se refiere a la duración de inmunidad generada por la vacuna, los estudios disponibles indican que disminuye progresivamente con el tiempo, sobre todo tras la administración de una sola dosis o cuando se utiliza la vía intradérmica. La evidencia sugiere que completar la pauta primaria de dos dosis puede conferir protección durante varios años, posiblemente en torno a una década.
Ángela Domínguez García es investigadora del proyecto financiado PI24/00692 del Instituto de Salud Carlos III e investigadora col·laboradora de proyectos europeos: Grant Agreement 101233259-SHIELD y 101233394-HEP-HOP. Es miembro del Consell Assessor en Vacunacions de l’Agència de Salut Pública de Catalunya. Es Coordinadora del Grupo de Trabajo de Vacunas e Inmunización de la Sociedad Española de Epidemiología (SEE) y miembro de la Comisión Asesora de Comunicación de la SEE.
Iván Martínez-Baz es investigador principal del proyecto PI23/01519 y beneficiario de un contrato Miguel Servet CP22/00016, financiados por el Instituto de Salud Carlos III. Es miembro del Grupo de Trabajo sobre Vacunas e Inmunización de la Sociedad Española de Epidemiología (SEE)
Pere Godoy es catedrático de Medicina Preventiva y Salud Publica en la Universidad de Lleida e investigador principal de proyectos financiados por el Instituto de Salud Carlos III. Es miembro del Consell Assessor en Vacunacions de l’Agència de Salut Pública de Catalunya. Es miembreo del grupo de Voigilancia de la Salud Pública y de Vacunas e Inmunización de la Sociedad Española de Epidemiología (SEE) y miembro de la Comisión Asesora de Comunicación de la SEE.
Irene Barrabeig Fabregat, Irma Casas García, Jenaro Astray Mochales y José Tuells no reciben salarios, ni ejercen labores de consultoría, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del puesto académico citado.
En la clasificación para el Mundial 2026, varias decenas de jugadores menores de 20 años han participado con sus selecciones, y algunos pueden estar entre los más destacados en este Mundial. Casi todos ellos fueron “sacados de la calle” para integrarlos en academias y canteras de clubes bien organizados. Los medios destacan por ejemplo que Lamine Yamal, de la selección española, “es un chaval de 18 años que reivindica el fútbol de la calle”.
En futbolistas de máximo nivel se ha constatado una trayectoria de aprendizaje de gran componente autodidacta antes de la pubertad, como vemos en las historias de Pelé, Cruyff, Maradona o Messi.
Si analizamos los itinerarios de futbolistas de alto nivel podemos ver que no aprendieron únicamente con el juego libre: en realidad, ellos mismos buscan de manera intuitiva la mejora de sus conductas específicas en juego tanto de ataque como de defensa.
Por ejemplo, cuando un jugador en formación se da cuenta de que un regate, reiterado y eficaz, ya no le funciona contra sus compañeros habituales, tiene que adaptarse y probar nuevas soluciones en los siguientes intentos.
Captados en la infancia
Muchos jugadores de máximo nivel fueron captados tempranamente, como Cristiano Ronaldo o Iniesta a los 12 años, Messi a los 13 y Lamine Yamal antes de los 7 años, para ser incorporados a un ecosistema de aprendizaje más estructurado. Como miembros de la academia del Sporting de Portugal y del FC Barcelona respectivamente, recibieron atención especializada que, combinada con sus capacidades de autoconocimiento y regulación, dio como resultado la interacción y mutua potenciación de los dos tipos de prácticas.
Por lo tanto, el debate entre fútbol “de calle” y de “academia” plantea una falsa dicotomía. Las academias de alto nivel aportan enseñanza planificada, con retroalimentación experta y desafíos progresivos de rendimiento. El juego libre ofrece más autonomía, creatividad e iniciativa personal.
La mayoría de futbolistas que llegan al máximo nivel proceden de la combinación de ambos entornos: primero aprendieron a explorar como mejorar por sí mismos y, luego y al mismo tiempo, fueron estimulados por una práctica organizada de calidad desde edades tempranas.
Nuevos canales de aprendizaje
Además de las academias, existe otro factor que ha modificado mucho cómo los niños y las niñas observan y aprenden de fútbol: hoy se puede ver en directo e indirectamente en pantallas de televisión, internet, videojuegos o redes sociales, lo que permite identificar modelos exitosos a emular.
Ver a otros jugar mejora la toma de decisiones y ayuda a integrar gestos técnicos complejos. Gracias a la observación, se aprende a identificar cuándo conviene conducir o regatear, cuándo un equipo debe ampliar el juego por las bandas para encontrar espacios o cómo orientar el cuerpo antes de recibir un pase.
En definitiva, todos los ejemplos apuntan a que el talento nacido del juego en la calle no es lo único que determina la calidad del futbolista. Quizás se trata de encontrar el equilibrio entre ambos enfoques. Como Lamine Yamal dijo recientemente la mezcla “de calle y academia” puede ser la mezcla perfecta, como la realidad y la evidencia científica muestran.
Rafael Martín Acero no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.
Source: The Conversation – (in Spanish) – By Pablo Otero Tranchero, Científico Titular, Centro Oceanográfico de Vigo, Instituto Español de Oceanografía (IEO – CSIC)
Apenas hace un par de horas que ha amanecido. Las gaviotas que descansan sobre la arena de la playa emprenden su vuelo ante el avance lento pero continuo de un grupo de personas. Alguien levanta una botella medio enterrada en la arena; otra persona llena una bolsa con fragmentos de plástico, el tipo de basura más abundante en las playas atlánticas europeas. No hay prisa, pero el gesto se repite una y otra vez, sin pausa.
En un par de horas, la playa parecerá otra: más limpia, más virgen. Como si la basura nunca hubiera estado allí. Cuando el grupo se marche, no quedará rastro de su trabajo. Probablemente, tampoco en las estadísticas. Y, sin embargo, ese esfuerzo —repetido cientos de veces a lo largo del año— tiene un valor económico, pero también ecológico y social que no podemos ignorar.
Un trabajo casi invisible
La gestión de residuos en playas suele asociarse a servicios municipales: maquinaria, operarios, contratos públicos. Es lo que aparece en presupuestos y estadísticas. Pero hay otra capa mucho menos visible pero esencial: el voluntariado.
A través de los informes de proyectos de voluntariado ambiental de varias ONG y fundaciones como Ambiente Europeo, Ocean Conservancy, proyecto Mares Circulares o PLANCTON entre otras, es posible tener una estimación de estas actividades en España. Sin embargo, otras muchas pequeñas acciones de voluntariado quedan al margen de estos documentos. ¿Cómo conocer entonces el volumen de estas iniciativas? ¿Cuánta gente se ofrece de forma altruista a limpiar nuestras playas?
Es esperable que cuando una asociación de vecinos, una ONG o cualquier otro colectivo planifica una limpieza voluntaria de playas, intente animar a la participación a través de redes sociales. En esta idea se basa un estudio publicado en la revista Marine Pollution Bulletin que, a través del análisis de miles de mensajes en X e Instagram, ha permitido hacer algo poco habitual: detectar y cuantificar esa actividad “invisible”.
Aplicado a la costa española, el estudio identificó 487 convocatorias ciudadanas de limpiezas de playas durante 2024; el 94 % no había sido incluido en los informes de otros proyectos ambientales de más envergadura. Pueden no parecer muchas, pero son algo más de la mitad de las actividades que sí fueron reportadas.
Más allá de la cifra total, los datos de redes sociales revelaron patrones interesantes. Galicia, la tierra del Nunca Máis, con 130 limpiezas detectadas en redes sociales es la comunidad que refleja mayor movilización ciudadana. La siguen en este orden Andalucía y Canarias. Sin embargo, si hacemos el ratio por número de playas de cada comunidad, entonces son Andalucía y la Comunidad Valenciana las que más insistencia ponen en limpiar sus arenales.
Con la marcada excepción de la movilización ciudadana por el vertido de pellets de plástico del carguero Toconao que se produjo en invierno, es durante la primavera cuando el voluntariado alcanza su punto máximo, descendiendo de nuevo en verano coincidiendo con el refuerzo de los servicios municipales de limpieza.
El valor del altruismo
Poner valor al voluntariado es difícil. Pero hay una forma indirecta de hacerlo: calcular cuánto costaría realizar ese mismo trabajo con medios profesionales. Siguiendo este enfoque, el estudio estima que el esfuerzo de quienes limpian playas de forma desinteresada rozaría los 3 millones de euros anuales en España.
No se trata de “pagar” al voluntariado. Tampoco de sustituir los servicios profesionales. Pero ponerle cifras ayuda a entender su magnitud. Cuando lo hacemos, lo que parecía una actividad puntual se convierte en un componente económico relevante del mantenimiento de los servicios ecosistémicos del litoral.
Sin embargo, el valor económico no es comparable a su valor ecológico y social. Las limpiezas realizadas por voluntarios suelen hacerse de forma manual, lo que las hace especialmente útiles en zonas de difícil acceso o bien ecológicamente sensibles, como dunas o áreas de nidificación, donde la maquinaria puede causar daños a la biodiversidad.
Además, estas acciones generan beneficios sociales de valor incalculable. Por una parte, refuerzan la conciencia ambiental de quienes participan y de quienes observan la actividad. Por otra, conectan a las personas con el entorno natural, con efectos positivos sobre el bienestar físico y mental, hasta el punto que hasta los suecos han hecho de ello un deporte. Y con playas más limpias, mejoran la percepción y el atractivo de las zonas costeras, clave en regiones dependientes del turismo.
La ciencia ciudadana que no sabíamos que existía
Un elemento interesante de este estudio es la forma en que se ha detectado este fenómeno. Las redes sociales, muy criticadas en tiempos actuales, se convierten aquí en una herramienta científica: permiten rastrear actividades espontáneas, descentralizadas y, sobre todo, no institucionalizadas. Este tipo de aproximación se conoce como “ciencia ciudadana pasiva”; en lugar de pedir datos a la población, se aprovecha la información que ya está generando.
Gracias a ello, es posible obtener una imagen mucho más completa del problema de la basura marina y también de las soluciones que aporta la propia sociedad.
El voluntariado ambiental se ha visto tradicionalmente como un complemento, casi como un gesto simbólico frente a problemas de gran escala. Pero los datos apuntan en otra dirección. Cuando miles de personas actúan de forma distribuida, sus efectos se acumulan: toneladas de residuos retirados, hábitats protegidos, costes evitados, conocimiento generado. Y, quizá más importante, una comunidad más implicada en la conservación del entorno.
Reconocer este papel no implica sustituir políticas públicas ni servicios profesionales. Implica empezar a contar lo que antes no contábamos e integrar el voluntariado en la forma en que entendemos y gestionamos el litoral.
Hace poco que ha amanecido. Las gaviotas levantan el vuelo mientras un grupo de personas avanza despacio sobre la arena. Se agachan, una y otra vez, repitiendo un gesto sencillo que apenas deja huella. Las playas se limpian con máquinas, pero se cuidan con manos. Y ese esfuerzo, aunque muchas veces no aparezca en ningún informe, tiene un valor que no podemos ignorar.
Pablo Otero Tranchero ha recibido financiación parcial del Fondo Europeo de Desarrollo Regional, en el marco del proyecto FreeLitterAT (EAPA-0009/2022).
El argentino Lionel Messi, el inglés Bukayo Saka, el español Lamine Yamal y el egipcio Mohamed Salah son futbolistas de gran talento, cada uno a su manera. Como también lo es el noruego Erling Haaland, un jugador alto, potente y con gran técnica.
Sin embargo, lo que une a todas estas estrellas es una ventaja única que tienen justo a sus pies: todos son “zurdos” por naturaleza.
Mientras que el 14–17 % de la población mundial es zurda, en las selecciones de fútbol internacionales la proporción asciende al 23–32 %, e incluso alcanza el 41 % entre los defensas de los equipos juveniles de los Países Bajos.
¿Por qué? ¿Y cuáles son las ventajas de ser zurdo en el fútbol de élite?
Valor táctico
En parte se debe a que, a la hora de formar equipos, los seleccionadores no solo buscan la forma física, la capacidad de movimiento y las habilidades cognitivas, sino también que los jugadores sean zurdos, ya que esta característica tiene un enorme valor estratégico sobre el terreno de juego.
Un estudio neerlandés reveló que la tendencia a usar preferentemente la pierna izquierda aumentaba las posibilidades de ser elegido para las selecciones nacionales de categorías inferiores, como apuntábamos antes. Esto no garantiza el ascenso a los niveles de élite: en las fases de selección, estos deportistas son poco frecuentes, aunque una vez dentro del sistema futbolístico, la prevalencia de los zurdos aumenta significativamente, lo que supone una mayor competencia por las posiciones correspondientes.
Dicho esto, los seleccionadores saben que los equipos se benefician cuando los jugadores se sitúan en el lado del campo que se corresponde con su pie dominante.
Los deportistas ubicados en estas zonas, como el gran zurdo australiano Harry Kewell, pueden ejecutar de forma muy rápida y eficaz jugadas técnicas de un solo toque (pasar o chutar el balón con un solo toque en lugar de regatear). Es decir, no tienen que cambiar de postura para recibir o pasar el balón con su pie dominante: ya están en posición.
Ser zurdo es preferible en las posiciones del lado izquierdo porque, al conducir el balón hacia delante, el futbolista no tiene que llevarlo hacia su lado derecho; o sea, hacia el interior del campo, donde expondría más el balón a los rivales. Del mismo modo, ser diestro es una ventaja en el lado derecho del campo.
Las superestrellas zurdas, como Messi, también pueden aprovechar esta ventaja innata cuando se colocan en la banda derecha como extremo invertido (un extremo que juega en el lado opuesto a su pie dominante y puede regatear en diagonal por el campo).
Gracias a un buen manejo del balón con la derecha, que mantiene a los defensas en vilo, pueden recortar hacia el interior con su pie dominante. Esto abre su postura corporal y amplía el campo de visión del jugador, lo que crea buenos ángulos para pasar el balón a los delanteros.
Alterar el reconocimiento de patrones
Los rivales zurdos también pueden resultar difíciles de marcar. Esto se debe a que los jugadores buscan, de forma consciente e inconsciente, patrones en los movimientos que les ayuden a entender qué hará su rival a continuación.
Ya sea un ligero descenso de un hombro o un movimiento sutil del torso, la forma en que alguien se mueve por el campo puede delatar su intención o la estructura general de la formación de juego.
Cuando estos patrones se ven alterados debido a los movimientos menos habituales de los zurdos, los futbolistas rivales pueden necesitar más tiempo para procesar la información, tomar una decisión y actuar en consecuencia. Aunque los jugadores de élite tienen mucha experiencia a la hora de enfrentarse tanto a rivales zurdos como diestros, esos milisegundos podrían resultar cruciales en un evento como el Mundial.
¿Se puede entrenar el pie izquierdo?
Sí, y todo el mundo debería hacerlo si quiere mejorar como jugador. Dicho esto, no cambia su preferencia innata. En cambio, se desarrolla un nivel de ambidexteridad funcional (en el que se entrena el lado no dominante para que sea tan funcional como el dominante, o casi).
Pero lo más importante es que los jugadores que dedican tiempo y esfuerzo a ello son muy valorados.
Y dado que algunas investigaciones indican que las personas zurdas obtienen resultados ligeramente mejores en las pruebas de pensamiento creativo –debido a años de adaptación a un mundo diseñado para diestros–, quizá los jugadores zurdos tengan una ventaja similar.
Mientras admira la forma física, la inteligencia y la habilidad de sus jugadores favoritos durante el Mundial, quizá también se sorprenda ante la magia que los zurdos aportan al campo.
Kylie A. Steel no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.