La financiarisation est-elle le « remède » qui rend l’hôpital plus malade ?

Source: The Conversation – in French – By Ana Carolina Cordilha, Maîtresse de conférences, Université Rennes 2


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Une étude, fondée sur vingt ans de données des comptes des hôpitaux, souligne que près de 20 milliards d’euros ont quitté les hôpitaux entre 2005 et 2024 pour rémunérer des institutions financières.
La santé est devenue un placement attractif à la fois peu risqué et rentable avec des revenus davantage prévisibles pour les investisseurs.
La nouvelle charge des hôpitaux devient, comme les États et les entreprises privés, les intérêts à rembourser aux institutions financières.
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Les hôpitaux publics français affichent un déficit record de près de 3 milliards d’euros en 2024, une situation d’une « gravité inédite » selon l’Inspection générale des finances. Les conséquences sont concrètes : lits supprimés, services fermés, investissements retardés, alors même que les passages aux urgences et les séjours hospitaliers continuent d’augmenter.

Près de deux services d’urgence sur trois ont dû cesser complètement d’accueillir des patients au moins une fois durant l’été 2024. En parallèle, la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) montre que les passages de patients aux urgences ont plus que doublé en vingt ans, passant d’environ 10 millions en 1996 à 21 millions en 2024.

Ces mêmes hôpitaux empruntent chaque année des centaines de millions d’euros auprès de banques et de fonds d’investissement. Rien que l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), principal groupe hospitalier de la région parisienne, a contracté l’année dernière plus de 500 millions d’euros en nouveaux emprunts, notamment auprès de banques et d’investisseurs.

Depuis vingt ans, ce recours à la dette n’a pas résolu les difficultés des hôpitaux, il les a aggravées. Près de 20 milliards d’euros ont quitté les hôpitaux entre 2005 et 2024, non pas pour financer les soins, mais pour rémunérer des institutions financières. Ce chiffre, que j’ai établi dans le cadre de mes recherches en consolidant vingt ans de données des comptes des hôpitaux, à partir des données officielles de la Drees, illustre l’ampleur du phénomène.

Retour sur la financiarisation de l’hôpital public en France, qui ronge en permanence des ressources publiques et qui reste pourtant largement méconnue.

La maladie : la crise d’investissement des hôpitaux

Jusqu’à la fin du XXe siècle, les investissements hospitaliers reposent surtout sur des ressources publiques, comme montré par le Haut Conseil pour l’avenir de l’assurance maladie (HCAAM) : subventions de l’État et des collectivités, emprunts publics à des conditions favorables et ressources propres des hôpitaux. Ce modèle est encore plus favorable dans un contexte où les recettes sont directement proportionnelles, ou du moins largement liées, aux dépenses engagées par les hôpitaux.

L’endettement reste limité et maîtrisé. Ce modèle commence à se fragiliser dans les années 1970, puis plus nettement dans les années 1990. D’un côté, la hausse des déficits pousse l’État à limiter ses propres dépenses, y compris les subventions aux hôpitaux. En 1993, le traité de Maastricht accentue la pression en faveur d’une réduction des dépenses, en fixant des limites aux déficits des États membres de l’Union européenne.

De l’autre côté, l’État encadre plus fortement le budget de la Sécurité sociale, dont provient l’essentiel des recettes des hôpitaux. Il fixe des objectifs de dépenses hospitalières et modifie progressivement la manière dont les établissements sont rémunérés, jusqu’au passage à la « tarification à l’activité » en 2004. Les recettes des hôpitaux deviennent de plus en plus insuffisantes pour couvrir leurs coûts.

Cette évolution s’accompagne d’un fort recul de l’investissement hospitalier, atteignant son point le plus bas en 1999. Entre 1994 et 1999, le taux d’investissement des hôpitaux publics – le montant investi chaque année par rapport à la valeur de leur patrimoine – passe de presque 6 % à 4,3 %. Concrètement, le rythme auquel les établissements investissent pour renouveler leurs bâtiments et leurs équipements diminue de plus d’un quart en cinq ans.

La finance comme remède

Les hôpitaux arrivent au XXIe siècle dans une position intenable. Ils doivent continuer à investir pour maintenir l’offre de soins, mais n’ont plus les moyens de le faire par les voies traditionnelles. L’État choisit une nouvelle stratégie : pousser les hôpitaux à chercher eux-mêmes des financements auprès du secteur financier. Plusieurs plans sont lancés, à commencer par le plan Hôpital 2007 en 2003.




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Ces derniers facilitent l’obtention de prêts par les hôpitaux et prévoient des subventions pour aider les établissements à les rembourser, tout en maintenant des contraintes budgétaires qui leur laissent peu d’autres options. Le texte officiel du plan Hôpital 2007 prévoit que l’emprunt finance en moyenne 70 % des investissements. L’aide de l’État sert notamment à couvrir les « surcoûts des emprunts », c’est-à-dire les intérêts et les amortissements dus aux banques.

C’est un changement décisif, car les deux modèles de financement n’obéissent pas à la même logique. Le financement public, qu’il prenne la forme de subventions ou de recettes de la Sécurité sociale, n’a pas à être remboursé. Une fois reçu, il appartient aux hôpitaux. Le financement privé, apporté par des banques et des investisseurs, doit être remboursé avec des intérêts. Autrement dit, l’argent entre, mais il doit ressortir – et davantage que ce qui est entré.

La santé est très rentable

Comme le souligne le directeur de l’Assurance maladie pendant une audition au Sénat en 2024, les institutions financières sont particulièrement intéressées par la santé :

« L’émergence de ce phénomène [de financiarisation] est liée à plusieurs facteurs, dont (…) l’existence de marges et de niveaux de rémunération pouvant intéresser des acteurs financiers [et] la prévisibilité des revenus, qui, dans le cadre d’un système de financement largement public, laisse entrevoir des perspectives financières pluriannuelles stables », souligne Thomas Fatôme, directeur de l’Assurance maladie.

Autrement dit, les financements publics rendent les revenus du secteur plus réguliers et plus prévisibles pour les investisseurs.

La financiarisation s’est diffusée dans l’ensemble du système de protection sociale en France, en se développant particulièrement au sein des hôpitaux publics. La première voie de financiarisation : l’emprunt bancaire classique à partir des années 2000, sous l’impulsion des plans de l’État, dans une période où l’argent privé devient plus facile à obtenir.

Une arrivée d’investisseurs étrangers

La seconde voie, moins connue, passe par l’émission de titres sur les marchés financiers. Concrètement, un hôpital émet un titre et reçoit de l’argent en retour, tout en devant rembourser cette somme plus tard majorée d’intérêts.

Cette pratique devient courante après la crise de 2008, quand le crédit bancaire se raréfie. Au moins 24 hôpitaux publics français, comme les centres hospitaliers de Besançon, de Bordeaux, de Clermont-Ferrand ou de Toulouse, ont déjà émis des titres, individuellement ou par le biais d’émissions groupées.

Ces titres servent surtout à financer des investissements, mais aussi parfois à financer des dépenses courantes ou même à générer des gains financiers. L’argent est apporté par différents types d’investisseurs, notamment des banques et des investisseurs institutionnels comme des fonds d’investissement, qui placent de l’argent au nom de leurs clients.

Ils sont majoritairement européens, mais pas toujours français. À l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris, en tête de cette pratique, près de la moitié des fonds levés par l’intermédiaire de titres provient d’investisseurs étrangers, avec une forte présence d’investisseurs allemands, norvégiens et sud-coréens – d’après la répartition géographique de la dette sous forme de titres en 2023.

C’est donc aussi vers l’étranger que repart une grande partie de l’argent au moment des remboursements.

Le poids des intérêts à rembourser

Faute de ressources suffisantes et compte tenu d’aides de l’État bien en deçà des besoins, les établissements se sont retrouvés dans une spirale d’endettement, contraints d’emprunter non seulement pour investir, mais aussi pour rembourser des dettes passées.

Comme le montre le graphique ci-dessous, la dette des hôpitaux est passée de moins de 15 milliards d’euros au début des années 2000 à environ 30 milliards d’euros en 2024-2025, soit plus du double.

Entre 2005 et 2024, ils ont versé près d’un milliard d’euros par an en intérêts, soit environ 20 milliards d’euros sur la période (en euros constants de 2024). Autant de ressources qui ne financent ni les soins ni l’investissement, mais les revenus d’acteurs financiers.

Dettes financière des hôpitaux publics et coûts du financement de 2023-22024 en milliards d’euros à prix constant de 2024.
Fourni par l’auteur

Cet argent est prélevé sur les recettes des hôpitaux, largement issues de l’Assurance maladie, elle-même financée par les cotisations et les contributions sociales. Au bout de la chaîne, c’est la population qui finance ces intérêts, et par là même, des profits financiers.

Le poids des intérêts dans le déficit hospitalier reste pourtant sous-estimé. En 2024, près d’un tiers du déficit ne venait pas des soins, mais du paiement des intérêts. En même temps, l’effort d’investissement est en recul, signe de projets reportés face à la dégradation des comptes, avec des effets qu’on connaît sur l’offre de soins et les conditions de travail.

Problèmes structurels

Face à la crise de l’endettement hospitalier, l’État a présenté plusieurs dispositifs censés atténuer la situation. En réalité, ils ont créé de nouvelles formes d’endettement.

C’est notamment ce qui s’est passé en 2020 : dans le cadre du Ségur de la santé, l’État a annoncé la reprise d’un tiers de la dette hospitalière.

Ce que l’on ignore souvent, c’est que cette dette n’a pas été reprise par l’État, mais transférée à la Caisse d’amortissement de la dette sociale (Cades). Celle-ci emprunte sur les marchés financiers pour la financer, puis rembourse les investisseurs qui lui ont prêté de l’argent grâce à des recettes de contributions sociales.

Cet épisode montre que la finance est devenue une solution structurelle au financement des hôpitaux, mobilisée aussi bien en temps normal qu’en temps de crise. On entend dire que la finance aide les hôpitaux à survivre. Mais on pourrait soutenir l’inverse : ce sont aussi les hôpitaux qui financent le secteur financier. Et si le problème ne venait pas seulement du manque d’argent, mais aussi de la manière dont on cherche à y répondre ?

The Conversation

Ana Carolina Cordilha ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La financiarisation est-elle le « remède » qui rend l’hôpital plus malade ? – https://theconversation.com/la-financiarisation-est-elle-le-remede-qui-rend-lhopital-plus-malade-278336

Transition énergétique : quel est le rôle des syndicats dans les projets industriels ?

Source: The Conversation – in French – By Nils Hammerli, doctorant, Université Paris Dauphine – PSL

La transition énergétique est parfois présentée comme une opportunité pour redynamiser l’économie française, tout en permettant de répondre aux défis environnementaux. Parmi les nombreux acteurs impliqués dans les projets industriels en lien avec cette transition, les organisations syndicales restent peu présentes dans les débats. Une enquête de terrain sur le projet de reconversion de la raffinerie de Grandpuits, en Seine-et-Marne, permet de mettre en avant leur rôle, et les limites de leurs marges de manœuvre.


Traditionnellement, les organisations syndicales sont très présentes dans le secteur industriel. Elles ont d’ailleurs contribué aux réflexions récentes sur le renouveau souhaitable de l’industrie dans le cadre de la nécessaire transition énergétique. Le lancement d’un plan d’actions syndicales pour l’industrie et l’environnement par la CGT, décidé en novembre 2023, en témoigne. Cette initiative a donné lieu à une journée de débats en mai 2024, à laquelle ont participé environ 700 militants ainsi que la plupart des têtes de liste aux élections européennes de 2024.

Le cas de la raffinerie de Grandpuits, en Seine-et-Marne, offre un cas d’étude intéressant sur le rôle des organisations syndicales dans un projet industriel lié à la transition énergétique. En 2020, TotalEnergies annonce la reconversion de la raffinerie en une plateforme « zéro pétrole » pour l’horizon 2024-2026. Cette nouvelle plateforme devait initialement être composée d’une usine de « biocarburants », d’une usine de « bioplastiques » élaborés à partir de biomasse d’origine végétale ou animale et d’une usine de recyclage chimique des plastiques. L’usine de « bioplastiques » a été abandonnée en juin 2023 au profit d’une usine de recyclage mécanique des plastiques et d’une unité de production de biogaz.

La reconversion amorcée en 2020 supprime plusieurs centaines d’emplois. Quel a été le rôle des syndicats lors de cette reconversion industrielle, justifiée par l’impératif de transition énergétique par TotalEnergies ? Comment se positionnent ces organisations par rapport à la justification écologique de cette reconversion industrielle ? Une enquête menée par entretiens auprès de militants des différentes organisations syndicales de la raffinerie permet d’apporter un éclairage sur ces questions.




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Une transition sans réelle concertation

Les modalités de la reconversion de la raffinerie de Grandpuits ont été décidées par la direction de TotalEnergies et, d’après plusieurs cadres interrogés, uniquement par Patrick Pouyanné, le PDG de l’entreprise. L’orientation des projets industriels et la question de l’emploi ne font pas l’objet de négociations sur lesquelles les syndicats, du site comme de l’entreprise, pourraient peser.

Plusieurs syndicats ont dénoncé l’absence de concertation sur la question de l’emploi, au vu des centaines de suppressions de postes entraînées par la reconversion, mais le sujet n’a pas été ouvert par la direction de l’entreprise. Le dialogue social lors du plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) s’est concentré uniquement sur les mesures sociales d’accompagnement (MSA), c’est-à-dire les conditions de départ des salariés qui partent de l’usine et les conditions de reclassement de ceux qui continuent à travailler à l’usine. Si la focalisation des négociations sur les mesures d’accompagnement des salariés lors d’une restructuration d’entreprise est une situation courante (1), elle n’en est pas moins regrettée par les syndicats à l’échelle locale.

Les organisations syndicales représentatives de l’usine ont dû émettre un avis écrit sur le projet de reconversion de la raffinerie, mais cet avis est purement consultatif. Toutes les organisations syndicales ont émis un avis négatif sur le projet, ce qui n’a toutefois pas infléchi les orientations de celui-ci.

Le rôle du dialogue social en question

Le cas de la raffinerie de Grandpuits interroge ainsi les modalités et le rôle du dialogue social dans les politiques de transition énergétique. Le volet économique, et par extension le volet environnemental, de la consultation des représentants du comité social et économique (CSE) lors d’un PSE laisse uniquement la possibilité pour ces derniers d’émettre des « interpellations, sans véritable droit de suite ou possibilité de suspendre le projet tant que les alternatives ne sont pas pleinement examinées ».

Par ailleurs, dans ce type de restructurations, il y a une distance importante entre les décideurs du projet et les représentants de l’employeur lors des négociations collectives. Ces derniers se retrouvent « à devoir exécuter un plan dont ils n’ont pas la maîtrise stratégique », ce qui limite d’autant plus les possibilités de négocier le contenu et les raisons d’être des projets industriels.

Une loi qui conforte l’absence de rôle des organisations syndicales

La loi Climat et Résilience du 22 août 2021, qui n’était pas en vigueur lors de la restructuration, prévoit d’introduire les enjeux environnementaux dans le domaine de compétences du CSE, instance centrale du dialogue social à l’échelle de l’entreprise. Cette transformation législative pourrait laisser supposer un renforcement de la capacité des syndicats à participer à la définition des enjeux liés à la transition énergétique dans leur entreprise. Pour autant, la loi ne prévoit « aucune dimension environnementale » pour les consultations ponctuelles liées à des restructurations ou à des PSE.

Les organisations syndicales sont ainsi dépourvues de capacités à négocier la transition énergétique à l’échelle locale. Cette dynamique s’inscrit dans un contexte plus général de faiblesse structurelle des organisations syndicales pour infléchir les négociations collectives, qui profitent bien souvent aux intérêts patronaux. Les représentants syndicaux manifestent pourtant une volonté de participer aux décisions relatives à la stratégie de l’entreprise, notamment en matière de transition énergétique, ce qui invite à regarder comment les organisations syndicales se positionnent à ce sujet malgré leur faible pouvoir de négociation.

Pluralité des positionnements syndicaux

Une élue de la CFE-CGC TotalEnergies évoque la volonté de « challenger » l’entreprise sur sa stratégie de décarbonation et de l’inciter à mettre en place des projets de transition du type de celui de Grandpuits plus rapidement. Elle le fait dans le cadre des séances du comité social et économique central (CSEC), consacrées à la stratégie de l’entreprise, dans lesquelles le rôle des syndicats est seulement consultatif.

Dans ses communications, la CFE-CGC valorise les orientations technologiques prises par celle-ci, et incite même TotalEnergies à transformer plus rapidement sa structure productive dans ce sens, bien qu’elle critique les modalités salariales de mise en œuvre de la transition énergétique de Grandpuits. De ce fait, elle rend un avis négatif sur le projet de reconversion auprès du CSEC, ce qui ne peut toutefois pas être considéré comme une opposition au projet.

Cette volonté de s’impliquer dans les orientations industrielles de l’entreprise se manifeste au niveau de la CGT Grandpuits par l’élaboration du projet de reconversion alternatif dont le cahier des charges est d’être plus écologique que celui de TotalEnergies et sans suppression d’emplois. L’élaboration de ce projet de reconversion alternatif se fait dans le cadre d’une alliance entre la CGT et des ONG écologistes, dont Greenpeace et les Amis de la Terre.

Délégitmer la communication verte

Les militants de cette alliance critiquent l’aspect non écologique des technologies employées sur la nouvelle plateforme de Grandpuits : les biocarburants émettent plus de gaz à effet de serre (GES) que les combustibles fossiles du fait d’une augmentation massive de la déforestation, les plastiques recyclés nécessitent l’incorporation de pétrole et les bioplastiques font appel à la monoculture intensive de betteraves sucrières, néfaste pour l’environnement. La critique des choix opérés par TotalEnergies sert avant tout à délégitimer la communication « verte » de la multinationale autour de la reconversion de la raffinerie. Cette mobilisation n’a pas permis d’infléchir les orientations productives du projet de reconversion.

Les positionnements de la CFDT TotalEnergies relatifs à la transition énergétique de Grandpuits sont assez peu nombreux. La majorité des tracts et des interventions médiatiques de la CFDT à propos de la reconversion de la raffinerie n’évoquent pas l’orientation industrielle du projet et traitent surtout des suppressions d’emplois, de l’absence de dialogue social sur l’emploi, la difficulté des reconversions professionnelles à venir…

Arte 2026.

Il arrive toutefois que, lors du conflit social de 2021, la CFDT TotalEnergies se soit exprimée sur les enjeux écologiques. Lorsque cela se produit, l’orientation productive de la reconversion n’est pas remise en cause, mais est considérée au contraire comme allant « dans le bon sens ». Une certaine prudence quant aux engagements écologiques de l’entreprise est toutefois formulée par l’organisation syndicale, comme en témoigne cette déclaration faite lors d’une séance du CSEC :

« Concernant l’aspect environnemental, au-delà de l’affichage zéro pétrole ainsi que la neutralité carbone d’ici 2050, la direction doit être totalement transparente sur le projet de (reconversion) et être cohérente avec cet objectif global. »

L’introuvable démocratie salariale

Les positionnements syndicaux sur l’orientation industrielle de la transition énergétique sont pluriels et variables selon l’organisation considérée : ils vont de l’adhésion à la critique, en passant par une certaine ambivalence.

Au-delà de ces divergences, cette enquête montre que les salariés et les syndicats sont pour partie fortement intéressés par les enjeux de la sortie des énergies fossiles et souhaitent prendre part aux décisions industrielles qui y sont relatives. Le cadre institutionnel du dialogue social ne leur permet pourtant pas de peser sur ces décisions, ce qui questionne le caractère démocratique de la transition énergétique.


(1) É. Béthoux, A. Jobert, A. Surubaru, « Construire des stratégies syndicales sur l’emploi dans l’entreprise : entre négociations et mobilisations collectives », dans Cécile Guillaume (dir.) La CFDT : sociologie d’une conversion réformiste, Presses universitaires de Rennes, 2014.


Cet article fait partie du dossier « Transition énergétique : le grand retour des politiques industrielles » réalisé par Dauphine Éclairages, le média scientifique en ligne de l’Université Paris Dauphine – PSL.

The Conversation

Nils Hammerli a reçu des financements de l’ADEME.

ref. Transition énergétique : quel est le rôle des syndicats dans les projets industriels ? – https://theconversation.com/transition-energetique-quel-est-le-role-des-syndicats-dans-les-projets-industriels-285630

Comment « dé-IA-iser » nos écrits pour éviter la disparition des particularités des langues ?

Source: The Conversation – in French – By Maria Mercanti-Guérin, Maître de conférences en marketing digital, IAE Paris – Sorbonne Business School

Les tics de langage de l’intelligence artificielle colonisent nos écrits. Derrière ces formules creuses se cache l’appauvrissement systématique de la langue. Les Russes parlent d’une IA « канцелярит » (kantselyarit) reprenant le jargon bureaucratique soviétique, les Chinois d’une IA stéréotypée, comme les dissertions impériales « 八股文 » (bāgǔwén), et les Québécois d’un manque de singularité de leur langue par rapport au français de l’Hexagone. Que faire ?


L’intelligence artificielle (IA) générative présente un certain nombre de [tics de langage], des mots et tournures qu’elle suremploie par rapport aux rédacteurs humains.




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Une étude estime qu’au moins 13,5 % des publications scientifiques de 2024 ont fait intervenir une IA dans leur rédaction, un chiffre qui grimpe à 40 % dans certaines revues.

Claude, ChatGPT ou Deepseek sont nourries des mêmes sources (Web, livres, Wikipédia, code…). Ces grands modèles de langage (LLM) reposent sur la prédiction statistique du prochain token (mot ou fragment de mot) le plus probable dans une séquence donnée.

L’IA sélectionne donc systématiquement les formulations les plus accessibles et conventionnelles disponibles dans ses données d’entraînement. Elle écrit en perdant l’originalité des styles humains, leur irrégularité, leur diversité. Elle perd également la causticité, le double sens, voire la faculté critique. Une expérience menée auprès de 293 participants (« writers ») invités à écrire une courte histoire a montré une augmentation de la similarité entre histoires conçues avec l’IA générative et donc une perte de créativité collective. Chacun écrit « mieux », mais tout le monde finit par écrire pareil.

Ces observations sont confirmées par mon dernier terrain de recherche. L’analyse des sites Web de 15 marques cosmétiques montre un décalage avec les 1 575 avis de consommateurs et les 1 611 brevets déposés par ces marques. Le style IA fait perdre la spécificité des positionnements et des singularités technologiques.

Modèles similaires

Au-delà de la génération de tokens, plusieurs éléments peuvent expliquer les tics de langage de l’IA.

La première cause tient à l’étape dite d’« alignement » : une fois entraîné sur des milliards de textes, le modèle est ajusté par des humains qui notent ses réponses, un procédé connu sous le nom de Reinforcement Learning from Human Feedback (RLHF), ou apprentissage par renforcement à partir de rétroaction humaine, en français.

Des annotateurs humains évaluent le caractère neutre et inoffensif des réponses du modèle. Ils retiennent les réponses polies, structurées présentant des phrases relativement courtes et des mots de liaison donnant le sentiment d’une pensée logique.

La deuxième tient au terrain d’entraînement des IA. Alimentées de contenus marketing tirés du Web ou de documents institutionnels, les IA sont soit emphatiques, soit terriblement ennuyeuses et reproduisent les tics langagiers présents dans ces corpus. Les recherches montrent une prédominance des domaines commerciaux (.com) largement présents dans l’un des grands jeux de données de référence pour entraîner les modèles de langage, le Colossal Clean Crawled Corpus ou C4. Il existe, également, une forte prévalence de contenus dupliqués, synthétiques ou de basse qualité. C’est ce matériau standardisé issu du Web marchand anglo-saxon que le modèle, statistiquement, apprend à imiter.

Mais que révèlent ces tics de langage ?

Si les tics sont en train de coloniser le Web, ils menacent les IA elles-mêmes par des phénomènes de contamination croisés.

Contaminations IA – humains

Dans une étude, le chercheur Hiromu Yakura a analysé plus de 360 000 vidéos YouTube et 771 000 épisodes de podcasts enregistrés avant et après la sortie de ChatGPT.

L’utilisation des « mots GPT » (comme « delve », « realm », « meticulous ») a connu une augmentation fulgurante dans les conversations spontanées humaines dans les dix-huit mois qui ont suivi son lancement.

C’est en récompensant certaines tournures lors du RLHF que l’on a, sans le vouloir, gravé dans le modèle ces préférences lexicales.

Contaminations IA-IA

Les grands corpus textuels (Common Crawl et ses dérivés) qui servent à la recherche linguistique sont saturés de textes générés par IA, ce qui complique l’observation de l’évolution naturelle de la langue.

À terme se profile le risque de l’ouroboros, le dragon ou le serpent qui se mord la queue : des modèles entraînés sur leurs propres productions, amplifiant leurs tics dans une boucle fermée.

Contaminations IA-humains-IA

Les IA servent aux humains des textes préformatés. Les rédacteurs Web utilisent les IA pour produire à un rythme effréné articles de blog ou fiches produit. Certains auteurs avouent leur utilisation régulière de Claude ou ChatGPT dans la production de leurs romans. Ce matériau semi-humain, semi-artificiel sert à l’entraînement des IA qui souffrent alors de consanguinité stylistique. Elles s’empoisonnent et deviennent de moins en moins performantes.

Meta, avant de reculer face à la fronde de son personnel et à des fuites de données, avait décidé pour pallier le problème de capter les dialogues humains de ses salariés pour nourrir son IA.

Des tics caractéristiques

Les tics de traduction qui sonnent faux viennent de l’anglais – langue de Claude ou de ChatGPT – car les grands modèles – GPT, Claude, Gemini – sont entraînés sur des corpus massivement anglophones.

Voici quelques exemples des tics les plus caractéristiques des IA génératives en français :

  • les formules d’ouverture grandiloquentes comme « dans le monde actuel en constante évolution » ;

  • les adjectifs creux et interchangeables comme « fascinant » ou « crucial » ;

  • les verbes abstraits comme « mettre en œuvre » ou « s’articuler » ;

  • les mots de liaison à chaque phrase comme « en outre » ou « par ailleurs » ;

  • les conclusions marquées comme « en somme » ou « au final ».

Vers la fin des langues régionales ?

À terme se profile la fin des langues régionales inconnues des IA, mais également la fin de l’apprentissage des langues. Au-delà des tics de langage, les IA imposent sur tous les réseaux sociaux des traductions automatisées dans la langue de l’utilisateur. Objectif : lui permettre de lire les contenus du monde entier sans barrières linguistiques, avec le risque de véhiculer une langue traduite pauvre et bourrée de tics.

Des chercheurs canadiens montrent que les modèles spécialisés sont capables de comprendre la grammaire d’une langue. En revanche, les modèles généralistes, comme ChatGPT, sont incapables d’être réellement multilingues et ne transfèrent pas bien les règles grammaticales entre les langues. Connaître l’anglais n’aide pas vraiment une IA à parler le français québécois.

Les chercheurs indiens notent que l’IA efface les particularités de l’anglais indien pour produire un anglais standardisé. Les tics de langage entretiennent également un vaste système de déculturation. Ainsi, une description de Diwali (la fête des lumières) assistée par l’IA se concentre souvent sur des éléments occidentalisés, comme l’échange de cadeaux, tout en omettant les rituels religieux spécifiques et leur vocabulaire particulier.

Les observateurs russes signalent que ChatGPT produit un style qualifié de « канцелярит » (kantselyarit) pour désigner le jargon bureaucratique soviétique pesant. L’IA ressuscite involontairement ce style que les Russes avaient mis des décennies à dépasser. Le projet humanizer-ru a répertorié 44 patterns stylistiques sur lesquels il faut se pencher pour « dé-IA-iser » un texte russe.

En mandarin, les utilisateurs signalent que les textes IA sont reconnaissables à leur style « 八股文 » (bāgǔwén), référence au style des dissertations impériales stéréotypées, très structurées et creuses.

Humanisation du style des IA

Les sociétés d’intelligence artificielle ont pris conscience du problème. Elles cherchent à humaniser le style des IA, ce qui permettrait la disparition des tics mais pourrait bien aggraver le problème.

Il sera bientôt impossible de distinguer une production IA d’une production humaine, à travers des techniques comme :

  • l’AntiSlop sampling, littéralement « anti-bouillie », agissent déjà comme un correcteur automatique. Les chercheurs listent les mots et tournures trop typiques de l’IA. Un filtre intégré au modèle (l’échantillonneur) écarte ces tournures à mesure que le texte s’écrit, forçant une reformulation ;

  • le fine-tuning, consistant à spécialiser un modèle d’IA pré-entraîné à l’accomplissement d’une tâche spécifique, va se faire sur des corpus stylistiquement riches ;

  • l’IA constitutionnelle d’Anthropic, méthode qui consiste à aligner les systèmes d’intelligence artificielle sur les valeurs humaines en leur fournissant des principes éthiques de haut niveau à intégrer la façon d’écrire dans ses prérequis ;

  • les entraîneurs humains vont être recrutés différemment. Écrivains, journalistes spécialisés ayant perdu leur travail à cause de l’IA vont en retrouver un grâce à elle. Véritables coachs d’écriture, ils peuvent enseigner à l’IA à s’affranchir des stéréotypes de style ;

  • les modèles vont tenter de s’ancrer dans la réalité des utilisateurs. Cette imprégnation devrait permettre de sortir d’une rédaction convenue pour exprimer de vrais sentiments ou émotions. L’ancrage ou grounding fait sortir l’IA de l’artificiel pour la rapprocher du quotidien humain.

Le choix collectif entre préserver la diversité des langues, ou continuer à alimenter la machine, se heurte à une monétisation croissante de l’écrit. Derrière les tics, la machine infernale du gain pour rentabiliser les géants de l’IA est enclenchée.

The Conversation

Maria Mercanti-Guérin ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Comment « dé-IA-iser » nos écrits pour éviter la disparition des particularités des langues ? – https://theconversation.com/comment-de-ia-iser-nos-ecrits-pour-eviter-la-disparition-des-particularites-des-langues-281811

Messi es mayor, bajito y lento: ¿por qué sigue dominando en el Mundial?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Gert-Jan Pepping, Professor of Human Movement Sciences, Australian Catholic University

Lionel Messi tiene 39 años. Mide 1,70 metros, menos que casi todos los defensas contra los que juega. Nunca ha destacado por su velocidad, y ahora es aún más lento.

Y, sin embargo, al ver este Mundial, costaría mucho nombrar a un jugador que esté causando más daño: hasta ahora ocupa la posición de máximo goleador (seis goles), empatado con el francés Kylian Mbappé.

¿Cómo puede alguien con tan aparentemente escasa capacidad atlética –al menos en comparación con sus compañeros– seguir siendo el mejor jugador sobre el terreno de juego?

¿Realmente importa la capacidad atlética?

Quizá el enigma está planteado al revés. A muchos les sorprende el éxito de Messi porque nos han hecho creer que lo que hace grande a un deportista gira principalmente en torno al cuerpo: velocidad, altura, fuerza, condición física… En base a esos criterios, Messi parece una excepción.




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Pero ¿y si el problema fuera precisamente que nos hemos creído una historia errónea? ¿Y si el fútbol nunca hubiera sido una competición en la que triunfan los que reúnen los mejores atributos físicos?

Johan Cruyff, el gran jugador, entrenador, comentarista y filósofo del fútbol holandés, lo vio con claridad hace medio siglo cuando dijo:

¿Qué es la velocidad? La prensa deportiva suele confundir la velocidad con la perspicacia. Si empiezo a correr un poco antes que otra persona, parezco más rápido.

El comentario suena a acertijo, pero un jugador rápido no suele ser aquel que tiene las piernas más rápidas. A menudo son los que salen antes y llegan los primeros. Lo que parece velocidad es, muy a menudo, una ventaja inicial conseguida gracias a la percepción.

Cruyff ya lo entendió hace tiempo. Lo que hemos podido hacer ahora es medirlo.

La importancia de escanear el campo

Piense en lo que ocurre en los segundos previos a que Messi reciba un pase. Obsérvelo durante 30 segundos cuando el balón no está ni cerca de él: su cabeza rara vez se queda quieta. Una mirada por encima del hombro izquierdo, otra a la derecha y luego de vuelta al jugador que tiene el balón.

Nada de esto parece extraordinario hasta que nos damos cuenta de que ya ha recabado información que otros aún no han encontrado, o que al menos son menos hábiles a la hora de encontrarla.

Para cuando el balón le llega, él ya sabe dónde están los defensas y sus compañeros, y también dónde se abrirán los huecos. El control, el giro, el pase que desbarata la defensa: todo eso es la parte fácil. La parte difícil ocurre incluso antes de que haya tocado el balón.

Mirar alrededor, no solo al balón

Llevamos más de una década estudiando cómo los futbolistas recaban información antes de recibir el balón. Trabajando con deportistas desde canteras hasta profesionales de primera línea, les colocamos pequeños sensores de movimiento en la nuca y registramos con qué frecuencia y en qué ángulo se giraban para mirar a su alrededor durante un partido.

Estábamos midiendo lo que llamamos “exploración visual” o, en términos más sencillos, “escaneo”.

Nos planteábamos una pregunta sencilla: ¿cuánto miran a su alrededor los jugadores antes de que el balón les llegue? Y, sobre todo, ¿es eso importante?

El resultado fue consistente y claro “sí”. Los jugadores que escaneaban con mayor frecuencia en los segundos previos a recibir el balón eran más rápidos a la hora de realizar su siguiente pase, más propensos a girarse con el balón en lugar de jugar de forma segura hacia atrás y más proclives a realizar un pase hacia delante que realmente supusiera una amenaza para el rival.

La información que recopilaban antes de que les llegara el balón determinaba lo que eran capaces de hacer una vez que lo recibían. El escaneo es la forma en que un jugador obtiene esa información en primer lugar.

Nuestro trabajo distingue dos fines del escaneo. El primero es la orientación: mirar alrededor para descubrir qué ofrece todo el campo, qué opciones existen, dónde está el peligro y qué oportunidades podrían surgir. El segundo es la especificación: la observación más detallada y posterior que guía la ejecución de un pase.

La orientación es lo primero y es lo que tendemos a descuidar, tanto en la investigación como en el entrenamiento, porque ocurre lejos del balón, cuando no parece estar sucediendo nada espectacular. Sin embargo, es la base del juego. No puedes dirigir un pase hacia un lugar que nunca has visto que estaba ahí. Cruyff lo expresó así:

Solo hay un momento en el que puedes llegar a tiempo. Si no estás ahí, o llegas demasiado pronto o llegas demasiado tarde.

Aquí es donde Messi deja de ser una anomalía y se convierte en el ejemplo más claro que se pueda imaginar de lo que este deporte premia. Nunca ha superado a sus rivales principalmente con su físico. Los supera con el tiempo, y triunfa al ver las jugadas antes que nadie.

Si es más lento no importa, porque no está compitiendo con nadie: ha conseguido, gracias a una percepción más temprana y mejor, que nunca tenga que hacerlo. Su cuerpo más bajo, más lento y más envejecido no es una desventaja que supere gracias a su genio: es una señal de que el cuerpo nunca fue lo principal.

La habilidad que se puede desarrollar

Por supuesto, la visión de juego no lo es todo. La técnica, la experiencia y las tácticas de equipo también importan. Pero sin información oportuna, esas cualidades rara vez tienen la oportunidad de manifestarse.

Hay una lección que extraer de todo esto: la percepción es algo que podemos desarrollar, de forma deliberada, en jugadores que nunca serán los más rápidos ni los más altos. Los entrenadores ya lo intuyen cuando gritan eso de “¡mira por encima del hombro!” a un jugador a punto de meterse en un lío o de perder de vista a un rival.

Nuestros datos sugieren que el hábito de escanear el campo antes de que llegue el balón se puede entrenar desde una edad temprana.




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Donde realmente reside la grandeza

Llevamos un siglo formando a deportistas en el gimnasio, pero mucho menos tiempo desarrollando aquello que Messi tiene en abundancia.

Así que, la próxima vez que alguien pregunte cómo un hombre de 39 años, que mide solo 1,70 m, sigue dominando un Mundial, fíjese en su cabeza, no en sus pies. La grandeza nunca se ha escondido en el cuerpo: siempre ha estado en la mirada.

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

ref. Messi es mayor, bajito y lento: ¿por qué sigue dominando en el Mundial? – https://theconversation.com/messi-es-mayor-bajito-y-lento-por-que-sigue-dominando-en-el-mundial-286965

Coupe du monde 2026 : payer les places de plus en plus cher dans un « smart stadium » vaut-il le coup ?

Source: The Conversation – in French – By Clément Dubreuil, Professeur et chercheur à KEDGE Business School, auteur d’une thèse sur la violence et le rugby, Kedge Business School

La Coupe du monde de football 2026 se joue entièrement aux États-Unis à partir des huitièmes de finale. Là où le prix des places y est exorbitant. Mais les spectateurs en ont-ils pour leur argent lorsqu’ils vivent les matchs décisifs dans des smart stadiums, stades connectés, états-uniens ?


Pour la première fois de l’histoire des Coupes du monde de football, 48 équipes participent au tournoi. Elles disputent 104 matchs dans 16 stades aux États-Unis, au Mexique et au Canada. On promet aux spectateurs des fan experiences inoubliables, à l’américaine. Pour y parvenir, des stades ultramodernes et connectés, ou smart stadiums, sont utilisés. Dans ces arènes modernes, les spectateurs bénéficient d’une excellente connexion tout au long du match. Ils disposent aussi de nombreux écrans dont au moins un de très grande taille.

Par exemple, le SoFi Stadium de Los Angeles (Californie) dispose d’Oculus, le plus grand écran circulaire du monde, dont la résolution s’élève à 80 millions de pixels. Un tel outil avait d’ailleurs porté le coût de construction du stade à 4,8 milliards d’euros. Grâce à cela, les spectateurs réunis dans des smart stadiums accèdent à des services variés nourris d’interaction. Concours, quiz, statistiques surprenantes ou animations géantes, agrémentent un spectacle où prennent place jusqu’à 80 000 personnes.

Parallèlement, le prix des places a battu des records lors de cette Coupe du monde FIFA 2026. Par exemple, les prix pour les matchs de poule allaient jusqu’à 2 394 euros, tandis que le prix d’un billet pour la finale est annoncé à 6 892 euros.

Devant les investissements astronomiques consentis dans la construction de ces smart stadiums et le prix exorbitant des places, la question de l’utilité de cette débauche de technologie très coûteuse se pose : en quoi l’expérience des spectateurs est-elle différente lorsque le spectacle a lieu dans des smart stadiums ?

Pour répondre à cette question, nous avons mené une étude en France sur les « éléments sociomatériels du stade connecté et l’expérience des spectateurs ».

Expérience plus riche

Les smart stadiums offrent des opportunités d’enrichir l’expérience des spectateurs.

Premier avantage, les smart stadiums permettent une multiplication des animations collectives dans l’enceinte. Grâce aux écrans géants et aux smartphones, les spectateurs peuvent participer à des quiz, à des jeux ou à des concours organisés pendant les temps morts. Ces activités peuvent nourrir l’émotion collective, notamment les fan cam, la diffusion sur écran géant de supporters, ou le noise meter, ou mesure du bruit.

Ces enceintes connectées prolongent l’engagement du public au-delà du seul match. Les jeux de lumière, les animations sonores et les dispositifs numériques créent du spectacle avant le coup d’envoi, pendant la rencontre et après celle-ci. Certains spectateurs ont le sentiment de vivre plusieurs événements en un seul, comme le confirme une supportrice interviewée dans le cadre de notre recherche à Paris La Défense Arena :

« Tu as trois ou quatre soirées non-stop en une. Tout est fait pour être grandiose et festif. »

La connectivité optimale permet aux spectateurs de partager en temps réel des photos et des vidéos sur leurs réseaux sociaux préférés. Ces derniers restent en contact avec leurs proches tout en participant à l’événement.

Identification aux joueurs

Ces smart stadiums disposant d’écrans géants renforcent l’impression de proximité avec les acteurs du match, voire l’identification aux joueurs.

À chaque fois qu’un joueur marque, une animation apparaît à l’écran géant sur le visage du marqueur qui manifeste une émotion préenregistrée. L’outil digital et sonore intensifie la relation entre la foule et un joueur. Une des personnes interviewées dans notre recherche livre un éclairage sur sa perception de ce type d’animation :

« Le nom est écrit, il apparaît en énorme sur l’écran géant, tu ne peux pas te tromper. L’air de rien, voir le buteur comme ça, c’est comme si on le voyait de près sur le terrain. »

Dans certaines situations, ces dispositifs technologiques font revivre un passé parfois mythifié. Les stades diffusent des images d’anciens joueurs, des exploits passés ou des hommages à des figures disparues. Par exemple, le 17 juin, à Houston (Texas), lors du premier match des Portugais, un hommage a été rendu à Diogo Jota, joueur portugais récemment décédé à 26 ans dans un accident de la route. Les images du joueur diffusées sur l’écran géant associées aux gros plans sur la famille du joueur ont fortement ému l’assistance.

Quatre profils de spectateurs

Ces smart stadiums offrent généralement davantage de confort. Les spectateurs peuvent commander nourriture et boissons depuis leur siège. Ils évitent certaines files d’attente. Les services deviennent plus fluides et plus rapides par rapport aux stades traditionnels.

Toutes ces potentialités proposées par les smart stadiums semblent de nature à répondre à la diversité des modalités d’engagement des spectateurs. Précisément, quatre profils de spectateurs ont été mis en évidence dans les spectacles vivants :

  • les spectateurs à dominante opportuniste veulent se montrer dans une situation qu’ils jugent valorisante ;

  • les esthètes sont avant tout dans la contemplation individuelle du beau jeu ;

  • les sympathisants (ou supporters) sont dans une démarche partisane et cherchent à participer activement à l’expérience collective ;

  • les interactifs se placent dans une consommation ludique et d’interaction sociale en réaction au spectacle.

Dispersion de l’attention

Nos résultats montrent que les smart stadiums ne produisent pas uniquement des contributions positives à l’expérience collective.

Une première conséquence concerne la dispersion de l’attention. Dans les enceintes connectées, le regard des spectateurs cesse d’être entièrement focalisé sur le terrain. L’attention collective se fragmente entre le jeu, le ou les écrans géants et le smartphone.

Par exemple, l’entrée des joueurs ou les célébrations sont parfois observées à travers l’écran de téléphone. Certains supporters traditionnels estiment que ces pratiques nuisent à l’ambiance générale. Dans des cas isolés, cela peut même créer des tensions entre spectateurs.

Une des personnes interviewées dans notre étude le confirme :

« Je ne comprends pas les gens qui viennent au stade, et dès qu’il se passe quelque chose, ils sautent sur leur téléphone et ils filment et ils postent. »

Moins de ruptures avec le quotidien

Ces stades connectés rendent possible la consultation permanente d’informations extérieures. Les spectateurs consultent des statistiques, des commentaires, des médias et parfois des ralentis, pendant le match. Ils reproduisent des habitudes développées devant leur télévision. Cette connexion permanente réduit la rupture avec le quotidien qui caractérisait traditionnellement l’expérience du stade.




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Les opportunités offertes par les usages numériques pendant le match réduisent également certaines interactions sociales. La possibilité de commander des boissons ou de la nourriture de son siège supprime, en réduisant le temps passé dans les files d’attente, des occasions de discuter avec d’autres spectateurs dans la queue ou à la buvette. La dimension collective de l’expérience est, à cet égard, diminuée.

Les enceintes connectées favorisent aussi des divertissements périphériques. Jeux vidéo, bornes interactives, activités destinées aux familles ou aux enfants enrichissent souvent l’offre de loisirs dans l’enceinte. Certaines de ces animations entretiennent un lien très faible avec le match en lui-même.

Coupe du monde extraordinaire

En somme, les smart stadiums ou stades connectés modifient l’expérience de consommation pour les spectateurs. Ces enceintes contribuent à nourrir l’ambiance collective, mais encouragent certaines pratiques qui détournent l’attention du terrain. Surtout, elles favorisent un vécu de l’expérience moins détaché du quotidien et moins hermétique à ce qui se passe à l’extérieur du stade. Une expérience extraordinaire n’est donc plus nécessairement une expérience qui déconnecte les spectateurs du quotidien.

De nombreuses polémiques auront affecté cette édition de la Coupe du monde 2026. Les prochaines semaines nous diront si, malgré cela, les smart stadiums seront parvenus à faire vivre aux Américains les meilleures affiches de soccer comme des expériences aussi extraordinaires que celles opposant leurs franchises préférées de NBA, NFL ou NHL. Un défi grand comme un Oculus…

The Conversation

Clément Dubreuil ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Coupe du monde 2026 : payer les places de plus en plus cher dans un « smart stadium » vaut-il le coup ? – https://theconversation.com/coupe-du-monde-2026-payer-les-places-de-plus-en-plus-cher-dans-un-smart-stadium-vaut-il-le-coup-284485

La Coupe du monde 2026 est le « joyau » de la FIFA

Source: The Conversation – in French – By Richard Duhautois, Économiste et chercheur, Conservatoire national des arts et métiers (CNAM)

La 23e Coupe du monde de l’histoire devrait rapporter 9 milliards de dollars à la Fédération internationale de football association (FIFA). Mais comment se rémunère-t-elle ? Qu’en est-il de son modèle économique depuis sa création en 1904 ?


La Fédération internationale de football association (FIFA), fondée en 1904, est l’instance dirigeante du football mondial. Organisation à but non lucratif, elle a pour vocation principale de gérer et de développer le football dans le monde.

L’essentiel de ses revenus provient de la Coupe du monde, créée en 1928, sous l’impulsion de son président Jules Rimet (1873-1956), qui a lieu tous les quatre ans. Concrètement, la FIFA a une situation de monopole pour vendre le droit d’organiser la Coupe du monde à une ou plusieurs fédérations nationales.

L’évènement planétaire représente 80 % de ses revenus, séparés en trois postes : la billetterie, les droits de diffusion audiovisuelle et les revenus commerciaux comme le sponsoring.

Pour mesurer le prix de cette couronne, nous nous sommes intéressés aux différents budgets des Coupes du monde et leur profitabilité dans notre article, publié dans la revue Football(s), « La Coupe du monde de football : la bonne affaire ? ».

De 13 à 200 équipes

La première Coupe du monde a lieu en 1930 ; elle est organisée et remportée par l’Uruguay. Cette première compétition consiste en un seul tournoi final de 13 équipes. Elle est ensuite élargie à 16 équipes qualifiées lors des phases éliminatoires, puis à 24 en 1982 et à 32 en 1998.

La Coupe du monde 2026 en Amérique du Nord concerne 48 équipes. Si le nombre d’équipes du tournoi final est limité, toutes les nations membres de la FIFA peuvent participer à la phase de qualification. Le nombre de participants n’a cessé de croître au cours de l’histoire de la Coupe : d’une trentaine en 1934 en Italie, il atteint aujourd’hui plus de 200 équipes appartenant aux six confédérations continentales.

Après la Seconde Guerre mondiale et surtout à partir des années 1960, la Coupe du monde connaît une très forte croissance en matière de diffusion, de notoriété sportive, d’enjeu social et d’activité économique. La compétition devient un évènement global, bénéficiant d’une diffusion planétaire.

Plus de 80 % des revenus provenant de la Coupe du monde

Concernant les revenus de la Coupe du monde, la billetterie constitue la quasi-totalité des ressources de la FIFA jusqu’à la Coupe du monde 1950, au Brésil. Les innovations technologiques des années 1950 et 1960 en matière de retransmission permettent à la FIFA de diversifier son modèle économique même s’il a mis du temps à être rentable. La Coupe du monde de 1954 en Suisse est la première à être télévisée.

La Coupe du monde de 1966 en Angleterre, retransmise dans 75 pays, est négociée à hauteur de 350 743 livres sterling, soit environ 5,5 millions d’euros actuels, pour des revenus de billetterie de l’ordre de 1,75 million de livres sterling (27,5 millions d’euros actuels). Quatre cents millions de personnes suivent à la télévision la finale entre l’Angleterre et la République fédérale d’Allemagne, soit plus que l’alunissage d’Apollo 11 en 1969.

Même si des revenus commerciaux sont générés dès les premières Coupes du monde, il faut attendre les années 1970 pour qu’ils augmentent. Entre la Coupe du monde 1974 et celle de 1998, les revenus sont passés de 135 millions à 481 millions d’euros.

Le budget de l’événement explose en 2002 puisqu’il a été multiplié par cinq par rapport à celui de 1998, une progression s’expliquant notamment par la forte croissance des droits de diffusion audiovisuelle – représentant plus de 50 % des recettes. Cette augmentation se poursuit après 2002, le tournoi du Qatar (2022) dépassant les 5,5 milliards d’euros, soit plus de trois fois le budget de 2002.

Et depuis 2002, plus de 80 % des revenus totaux de la FIFA sur les cycles de quatre ans proviennent des recettes liées à la Coupe du monde.

Droits de diffusion audiovisuelle et recettes des matchs

Rétrospectivement, on observe la même tendance dans l’évolution de la structure des budgets de la Coupe du monde que dans celle des ligues du Big 5 à partir des années 1990 – la Premiere League britannique, la Bundesliga allemande, la Liga espagnole, la Serie A italienne et la Ligue 1 française.

Une part de plus en plus importante du modèle économique dépend des droits de retransmission, a contrario de la billetterie, comme nous le soulignons dans notre livre Foot Business. Les Trente Glorieuses.

Le tournoi nord-américain Mexique-Canada-États-Unis devrait battre un nouveau record puisque la FIFA prévoit des revenus de l’ordre de 9 milliards de dollars états-uniens. Les droits TV devraient augmenter d’environ 35 % – avec plus de participants attendus –, mais surtout les recettes les jours de matchs – billetterie et hospitalités – rapporteraient trois fois plus qu’au Qatar, bénéficiant de l’environnement et des conditions du marché américain – plateforme légale de revente, tarification dynamique ou exploitation commerciale des stades à grande capacité.

Moins rentable que la NFL

Même si ces sommes semblent importantes et sous le feu des critiques, elles doivent être relativisées. Quand on parle d’une Coupe du monde, on fait référence à un événement planétaire dont la finale est regardée par une grande partie de l’humanité : 5 milliards de téléspectateurs ont regardé au moins une minute du tournoi qatari et 1,5 milliard ont assisté à la victoire de l’Argentine lors de la finale.

Pourtant, la FIFA est très loin de rivaliser financièrement avec les grandes multinationales. Le budget de la Coupe du monde 2026 est cinq fois inférieur au chiffre d’affaires annuel du principal équipementier sportif de l’évènement. C’est aussi beaucoup moins que les revenus annuels de la National Football League (NFL) – 23 milliards de dollars –, le championnat de football (soccer) américain, pour un évènement principalement nord-américain.

L’exclusivité des droits de propriété de la compétition

La Coupe du monde de la FIFA dégage des profits depuis la première édition de 1930 ; cette marge bénéficiaire est de plus en plus importante. La profitabilité du tournoi a suivi la même tendance que celle des revenus : des bénéfices relativement modestes avant 2002 à des excédents conséquents, qui se comptent en milliards de dollars, à partir des années 2000. Le tournoi le plus lucratif reste à ce jour celui de la Russie, qui a dégagé un excédent de plus de 3,5 milliards d’euros.

La Coupe du monde est, aujourd’hui, vraisemblablement devenue l’un des événements les plus profitables au monde.

La popularité grandissante du football, notamment sur certains marchés continentaux comme l’Asie, et le fait que la FIFA dispose de l’exclusivité des droits de propriété de la compétition lui assure des revenus de plus en plus imposants. Simultanément, du côté des dépenses, sa position de monopole permet à la FIFA de transférer une grande partie des coûts associés à l’événement sur le pays hôte, les candidats à l’organisation étant légion.

Faire ruisseler l’argent du foot d’en haut sur le foot d’en bas

Pendant la compétition, les salaires des joueurs internationaux continuent d’être payés en grande parie par leurs clubs et les quelques coûts salariaux supplémentaires, liés au tournoi, sont supportés par les fédérations nationales. Les joueurs, même les superstars, acceptent de participer à la Coupe pour des raisons autres que pécuniaires : ambition sportive, patriotisme ou notoriété.

Cependant, cette année, 311 millions d’euros seront redistribués aux clubs de football. Les coûts les plus importants pour les infrastructures sportives, la logistique et la sécurité sont supportés financièrement par le comité d’organisation local. Ils sont souvent financés par les fonds publics du pays hôte.

Ce modèle économique fondé sur l’exploitation de la Coupe du monde permet à la FIFA de financer la quasi-totalité de ses activités de promotion du football dans le monde entier. Par exemple, l’objectif officiel du programme de financement FIFA Forward, mis en place en 2016, est de redistribuer une partie des revenus aux fédérations nationales et aux confédérations.

L’enjeu : financer les infrastructures, le football féminin, les compétitions de jeunes, les frais de fonctionnement des fédérations, la formation des entraîneurs et des arbitres… Sur le cycle quadriennal 2023-2026, 2,25 milliards de dollars sont prévus pour doter ce fonds.

Même si le fonctionnement de la FIFA et le comportement de son président Gianni Infantino sont loin d’être irréprochables, n’en oublions pas sa philosophie originelle : faire ruisseler l’argent du foot d’en haut sur le foot d’en bas…

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. La Coupe du monde 2026 est le « joyau » de la FIFA – https://theconversation.com/la-coupe-du-monde-2026-est-le-joyau-de-la-fifa-284593

Les applis de santé nous font-elles vraiment bouger plus… ou seulement cliquer davantage ? Exemple avec une appli pour compter ses pas

Source: The Conversation – France in French (3) – By Claire Mollier, Assistant professor en économie comportementale et expérimentale , Université Paris Nanterre


L’essentiel

  • La tendance est aux applications qui comptent vos pas et vous motivent à marcher avec des rappels fréquents envoyés sur votre smartphone.
  • Une étude portant sur plus de 20 000 utilisateurs et utilisatrices d’une de ces applications montre que, si les notifications augmentent l’usage de l’appli, elles n’entraînent pas de pratique accrue de la marche, dans la plupart des cas.
  • L’analyse des données suggère néanmoins que ces plateformes numériques pourraient présenter un intérêt pour les publics les plus éloignés de l’activité physique.

« Vous n’avez pas atteint votre objectif de pas aujourd’hui » est un message qui vous semble familier ? Chaque jour, des millions de personnes reçoivent ce type de notifications.

L’App Store d’Apple et les applications sous Android comptant respectivement près de 35 000 et 36 000 applications de santé en 2024, ces dernières cherchent toutes à se démarquer.

Certaines, par exemple Strava ou Runtastic, encouragent la comparaison sociale au moyen de challenges ou de posts qui permettent de partager ses activités avec la communauté. D’autres récompensent la pratique sportive, comme Carrot Rewards, éventuellement par des incitations financières, comme WeWard qui rémunère votre marche.

Une appli gratuite qui vous rémunère pour vous inciter à marcher

En effet, WeWard est une application gratuite qui vous permet de gagner un certain nombre de points à chaque fois que vous atteignez un objectif de pas accomplis dans la journée (1 500, 3 000, 6 500, 10 000, 15 000 ou 20 000 pas). Ces points peuvent ensuite être convertis en sommes d’argent et vous faire gagner jusqu’à 4 euros par mois environ.

Cette fonctionnalité est née lors du lancement de l’application, fin 2019, dans le contexte de la grève des transports. Elle visait à encourager et à récompenser les personnes qui choisissaient, ou étaient amenées, à se déplacer à pied.

Du point de vue de l’économie de la santé, cette incitation monétaire fait tout à fait sens puisque des études montrent qu’elle peut encourager la pratique d’une activité physique. De plus, dans le cadre de la marche (activité gratuite), les résultats ne devraient qu’en être décuplés puisque cette pratique ne nécessite aucun coût de maintenance (contrairement à une salle de sport, par exemple).

Pour rappeler à ses utilisateurs·ices de valider leurs pas, et d’ainsi collecter leurs points, WeWard envoie chaque jour des rappels. Mais ces messages vous encouragent-ils véritablement à marcher plus ?

Étudier les comportements de marche des utilisateurs·ices de l’appli

Pourquoi observer les comportements de marche ? Parce que la marche constitue l’une des formes d’activité physique les plus accessibles. Elle ne nécessite ni équipement particulier (donc pas de coût) ni lieu ou moment spécifique et peut donc être intégrée (plus ou moins facilement) dans sa routine.

Pour les économistes de la santé, la marche représente un levier intéressant puisqu’encourager les individus à marcher plus pourrait permettre de réaliser d’importantes économies de santé publique. C’est pourquoi, dans un article publié récemment, nous nous intéressons à cette pratique au travers d’une expérience.

Cependant, une des difficultés réside parfois dans la mesure de ces comportements. À partir de questionnaires, les individus déclarent-ils leur activité de manière fiable ? Savent-ils eux-mêmes combien de pas ils effectuent chaque jour ?

Grâce à une collaboration avec l’application de suivi de pas WeWard, nous avons pu observer les comportements réels de marche des personnes qui l’utilisent. Nous avons ainsi testé l’effet de différents rappels, envoyés directement sur leur téléphone par l’application.

Les rappels ont été conçus pour mettre en avant différents mécanismes que l’on peut retrouver sur l’application :

  • Comparaison avec les autres :

« Aujourd’hui, les WeWarders ont marché en moyenne X pas. Et vous ? »

  • Comparaison avec soi-même :

« La semaine dernière, vous avez marché en moyenne X pas. Combien en avez-vous fait aujourd’hui ? »

  • Aspect monétaire :

« Vous avez déjà validé vos pas au cours de ces derniers jours, faites-le encore pour gagner plus de points. »

Nous avons récolté des données sur les comportements de marche de plus de 20 000 individus en France et étudié si leurs habitudes changeaient après l’introduction de ces nouveaux messages. Notre étude a également cherché à comprendre si des messages personnalisés, envoyés plus longtemps, sont plus efficaces que des messages envoyés sur une plus courte période.

Des clics, mais pas plus de marche

Le premier résultat de l’étude est clair : les nouveaux rappels parviennent bien à capter l’attention des utilisateurs·ices. Les messages fondés sur la comparaison avec les autres poussent à ouvrir davantage l’application. Cet effet est même plus marqué lorsque les rappels sont envoyés pendant trois semaines plutôt qu’une seule.

Cette observation est d’autant plus intéressante que notre expérience s’est déroulée pendant les fêtes de fin d’année, une période durant laquelle l’engagement envers les applications a tendance à diminuer naturellement. Les notifications ont ainsi permis de ralentir la baisse d’activité sur l’application. Cependant, cette hausse d’attention ne s’est pas traduite par davantage de marche.

Les différents indicateurs étudiés (activité quotidienne, moyenne hebdomadaire ou comportements des individus les plus actifs sur l’application) racontent la même histoire : les notifications augmentent l’usage de l’application sans entraîner davantage d’activité physique.

Quand capter l’attention devient un indicateur trompeur

L’un des principaux enseignements de notre étude est que l’attention portée à une application ne reflète pas forcément un changement concret des comportements. Dans le domaine du numérique, le succès d’une intervention est souvent mesuré à travers des statistiques d’usage : fréquence d’ouverture de l’application, temps passé sur la plateforme ou nombre d’interactions. Pourtant, ces indicateurs peuvent donner une image partielle, voire trompeuse, de leur effet réel sur la santé.

En effet, consulter une application est une action relativement simple. Modifier durablement ses habitudes quotidiennes l’est beaucoup moins. Marcher davantage implique de trouver du temps, de changer certaines routines et de faire face à des contraintes très concrètes, comme la fatigue, les obligations professionnelles ou encore les conditions météorologiques. Dans ce contexte, une simple notification a probablement une portée limitée.

Nos résultats rappellent ainsi qu’il existe une différence importante entre attirer l’attention des utilisateurs·ices et transformer réellement leurs comportements. Les plateformes numériques parviennent souvent très bien à capter notre attention ; cela ne signifie pas nécessairement qu’elles produisent des effets durables sur nos modes de vie.

Un potentiel surtout chez les personnes peu actives

Tous·tes les utilisateurs·ices ne réagissent pas de la même manière aux notifications. Chez les personnes qui marchaient le moins avant l’expérience, nous observons une légère progression du nombre de pas au cours du temps. Aucun type de notification ne semble expliquer à lui seul cette évolution, mais ce résultat suggère que les applications de santé pourraient être particulièrement utiles pour les publics les plus éloignés de l’activité physique.

Le simple fait de suivre ses pas au quotidien, de visualiser ses progrès ou de recevoir des rappels réguliers peut contribuer à rendre certains comportements plus concrets et plus visibles. D’un point de vue santé publique, ces populations représentent un enjeu central : ce sont aussi celles pour lesquelles une augmentation, même modeste, de l’activité physique pourrait produire les bénéfices les plus importants.

De l’importance de mesurer ce qui compte réellement

Notre étude met en évidence un défi important pour les plateformes numériques et les politiques publiques : mesurer ce qui compte réellement. Un fort engagement ne doit pas automatiquement être interprété comme un succès. Une application peut sembler très performante au regard de ses statistiques internes tout en produisant peu de changements concrets dans la vie quotidienne des utilisateurs·ices.

Nos résultats ne remettent pas en cause l’intérêt des applications de santé. Ils suggèrent plutôt que les outils numériques sont probablement plus efficaces lorsqu’ils s’inscrivent dans des dispositifs plus larges : être soutenu par son entourage, se fixer des objectifs ou construire des habitudes progressivement dans le temps.

De plus, augmenter son activité physique ne dépend pas seulement de la motivation, mais aussi des contraintes du quotidien ou de facteurs sociaux, comme le genre. En effet, nos résultats vont dans le même sens que les travaux existants : les femmes semblent moins actives que les hommes.

Les applications peuvent aider à rendre certains comportements plus visibles et encourager une prise de conscience. Transformer durablement les habitudes demande cependant davantage qu’une notification.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Les applis de santé nous font-elles vraiment bouger plus… ou seulement cliquer davantage ? Exemple avec une appli pour compter ses pas – https://theconversation.com/les-applis-de-sante-nous-font-elles-vraiment-bouger-plus-ou-seulement-cliquer-davantage-exemple-avec-une-appli-pour-compter-ses-pas-286605

À la recherche de Dieu à Lagos : qu’est-ce que le « Chrislam » ?

Source: The Conversation – in French – By Marloes Janson, Professor of West African Anthropology, SOAS, University of London

Lagos, est l’une des villes qui connaissent la croissance démographique la plus rapide au monde. Sa population gigantesque est estimée à environ 20 millions d’habitants. Son urbanisation rapide contribue à un mode de vie où la survie repose sur l’improvisation et l’ingéniosité.

Le musicien nigérian Fela Kuti a résumé les difficultés chroniques de cette mégalopole par l’expression « impossibilisme ». Pourtant, Lagos est également réputée pour offrir de nombreuses possibilités.

Mes recherches en tant qu’anthropologue spécialisée dans la religion montrent que de nombreux habitants de Lagos se tournent vers la religion dans l’espoir de transformer l’impossible en possible. La religion n’est pas seulement une affaire spirituelle, mais aussi un moyen pratique de résoudre des problèmes.

Pour améliorer leur quotidien à Lagos, les habitants doivent surmonter de nombreuses difficultés : incertitudes économiques, défaillances des infrastructures, problèmes de gouvernance, inégalités et criminalité. Pour maximiser leurs chances de réussite, ils sont de plus en plus nombreux à allier des éléments issus de différentes traditions religieuses. Le « Chrislam », apparu à Lagos dans les années 1970, en est un exemple marquant. Il mêle croyances et pratiques chrétiennes et musulmanes.

Bien qu’il soit relativement modeste par rapport aux églises pentecôtistes et aux organisations musulmanes réformistes qui ont proliféré à Lagos au cours des dernières décennies, le Chrislam doit être compris dans le cadre d’une transformation religieuse plus large.

Cette transformation est difficile à cerner. Les spécialistes des religions ont tendance à mettre l’accent sur les frontières figées entre les religions, plutôt que sur les pratiques improvisées des croyants.

Dans les médias, les relations entre religions sont souvent réduites à des conflits et à la violence.

Le Chrislam peut sembler être un phénomène marginal, mais le comprendre permet d’offrir une nouvelle perspective. Il met en lumière la manière dont les chrétiens et les musulmans urbains vivent leur religion et interagissent les uns avec les autres, au-delà des images stéréotypées souvent associées au Nigeria.

Zapping religieux

« Bienvenue à Lagos ; ici, tout est possible », c’est avec ces mots que mon collaborateur de recherche, Mustapha Bello, m’a accueilli lors de mon arrivée dans cette mégapole en 2010. J’ai rapidement compris la portée de cette formule, lorsque j’ai rencontré le fondateur du Chrislam.

Le Nigeria présente une répartition religieuse marquée par une majorité musulmane au nord et une majorité chrétienne au sud, malgré d’importantes zones de mixité. Les relations entre musulmans et chrétiens dans le sud-ouest, avec Lagos comme centre, sont bien plus intenses.

Dans cette région, musulmans et chrétiens vivent depuis longtemps côte à côte, souvent en interaction étroite avec les adeptes des traditions religieuses yorubas. Ces derniers croient que le monde matériel est façonné par des puissances invisibles, notamment les
òrìṣàs (divinités du panthéon yoruba) auxquelles on attribue la bonne fortune. C’est cette coexistence religieuse particulier qui a créé les conditions propices à l’émergence du Chrislam.

Il existe deux principaux mouvements du Chrislam. Ifeoluwa (« The Love Of God Mission (La Mission de l’amour de Dieu)») compte une petite congrégation d’environ 50 adeptes. Oke Tude (« Mountain of Losing Bondage (La Montagne de la délivrance) ») compte désormais plus de 1 000 adeptes.

En plus de leurs noms en yoruba, ils utilisent le terme « Chrislam » pour décrire leur foi. Ces deux mouvements partagent certaines pratiques. Ils s’inspirent à la fois de la Bible et du Coran et invoquent Jésus et le prophète Mahomet dans leurs prières. Ils se distinguent toutefois sur plusieurs points. Le fondateur d’Ifeoluwa, Tela Tella, mène une vie recluse dans une banlieue densément peuplée de Lagos. Le fondateur d’Oke Tude, le prophète Dr Samsindeen Saka, utilise les médias modernes pour diffuser son message d’unité entre chrétiens et musulmans.

Ce mélange et cette combinaison sont qualifiés localement de « shopping religieux » ou « zapping religieux ». Au cours des 15 dernières années, j’ai interrogé des centaines de personnes se définissant elles-mêmes comme des « adeptes du shopping religieux ». Pour elles, lorsqu’on recherche la santé et la richesse, on ne peut pas se permettre de faire la fine bouche quand il s’agit de choisir entre ces religions.

Les « adeptes du Chrislam », par exemple, ont expliqué que leur foi leur permettait de « mettre toutes les chances de leur côté » en « combinant les pouvoirs du christianisme et de l’islam », doublant ainsi leurs chances d’accéder à une « belle vie ». Et l’imam d’Oke Tude m’a confié qu’il priait huit fois par jour – cinq fois selon la tradition musulmane et trois fois selon la tradition chrislam – afin de bénéficier de la puissance cumulative de la prière.

La prière chrislamiste consiste à faire sept fois le tour d’une réplique de la Ka’bah – le lieu le plus sacré de l’islam – tout en criant « Alléluia » et « Allahu Akbar » (Dieu est grand).

Dans ce contexte, il est à la fois pragmatique et stratégique de s’appuyer sur le potentiel perçu tant du christianisme que de l’islam.

Démystifier les stéréotypes

Le « Chrislam » remet en cause les représentations du Nigeria comme un pays défini par des affrontements entre musulmans et chrétiens. Certes, les violences religieuses constituent une préoccupation majeure dans le pays. Mais mes recherches montrent que les relations entre chrétiens et musulmans ne sauraient être réduites à une logique de conflit.

Le « Chrislam » est loin d’être un cas isolé. Dans des sociétés africaines (et au-delà) où coexistent plusieurs religions, on trouve des mouvements qui empruntent à différentes traditions religieuses. Ils échappent à toute classification claire.

C’est le cas notamment de la Mission Afrikania, apparue au Ghana dans les années 1980. Elle mêle des éléments du christianisme à ce qu’on appelle la religion traditionnelle africaine. Franchir les frontières religieuses fait aujourd’hui partie intégrante de la vie religieuse en Afrique.

Cela ne signifie pas que les différences religieuses sont sans importance. Elles en ont, mais les divergences religieuses n’entraînent pas automatiquement la violence ou la polarisation. Elles peuvent tout aussi bien servir de base à l’imitation, à la concurrence et à l’échange mutuel.

En effet, les adeptes du Chrislam considèrent le christianisme et l’islam comme complémentaires plutôt que contradictoires. Par exemple, un adepte du Chrislam convaincu a répondu à ma question de savoir s’il vénérait Jésus en tant que fils de Dieu (comme dans le christianisme) ou en tant que prophète (comme dans l’islam) en disant « il est les deux ».

Le fondateur d’Ifeoluwa, Tela Tella, prêchait :

Jésus-Christ est à ma droite, le prophète Mahomet est à ma gauche ; ce sont tous les deux mes meilleurs amis.

Pourquoi est-ce important ?

À mon avis, il est temps de repenser la manière dont nous étudions la religion en Afrique. Les approches occidentales héritées du christianisme présentent souvent les traditions religieuses comme des ensembles figés et clairement délimités. Une perspective afrocentrée part au contraire des formes africaines de savoir, de pratique et de sens. Elle cherche à comprendre comment les pratiquants africains vivent, mélangent différentes traditions qui leur donne du sens.

Vue sous cet angle, l’Afrique n’apparaît pas comme un récepteur passif des soi-disant religions mondiales, mais comme un véritable vivier de créativité et d’innovation religieuses.

Le « Chrislam » n’est donc plus une curiosité ou une contradiction, mais une ressource politique dans un contexte où les identités religieuses sont souvent utilisées comme des armes.

Il nous offre une leçon dont le monde fracturé d’aujourd’hui a plus que jamais besoin. Les frontières religieuses ne doivent pas nécessairement servir de lignes de front. Elles peuvent également faire office de points de rencontre.

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Marloes Janson a bénéficié d’une subvention de recherche accordée par le ministère fédéral de l’Éducation et de la Recherche (BMBF) à Bonn, en Allemagne, et par le Forum Transregionale Studien à Berlin, en Allemagne.

ref. À la recherche de Dieu à Lagos : qu’est-ce que le « Chrislam » ? – https://theconversation.com/a-la-recherche-de-dieu-a-lagos-quest-ce-que-le-chrislam-286672

Eclipse total de sol: el evento astronómico que puede impulsar el turismo en la España vaciada

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Frank Babinger, Profesor de Geografía en la Facultad de Comercio y Turismo., Universidad Complutense de Madrid

Victor Sanchez G/Shutterstock

El próximo 12 de agosto, una franja de la España rural será escenario de un evento astronómico trascendente: un eclipse total de sol que será visible al 100 % en un ancho de banda de 290 kilómetros de noroeste a sureste, desde Galicia hasta las Islas Baleares. Más allá de la importancia física y astronómica del evento, el impacto turístico y territorial también es de máximo interés desde un punto de vista de desarrollo económico estratégico.

La coincidencia de la trayectoria del eclipse con amplias zonas rurales de España está generando un notable aumento de la visibilidad y una gran demanda de servicios turísticos en localidades de Galicia, Asturias, Castilla y León, Aragón y Valencia. Muchos alojamientos rurales reportan una demanda muy alta y han colgado el cartel de “Completo” desde hace meses mientras que, en algunos casos, los precios de los alojamientos se han disparado.

Promover el turismo rural

Un eclipse solar es un evento culmen para el turismo astronómico, una experiencia extraordinaria para los espectadores y, vista la trayectoria de este fenómeno astronómico dentro del territorio, será un escaparate idóneo para destinos españoles poco conocidos.

En un contexto marcado por la búsqueda de experiencias auténticas, el interés por la naturaleza y la creciente valoración de los espacios rurales, el eclipse puede activar dinámicas económicas, sociales y territoriales de gran alcance.

Durante unas horas, lugares habitualmente periféricos para el turismo en España se convertirán en sus puntos centrales. Pueblos alejados de los grandes corredores turísticos van a ocupar un lugar destacado en los medios de comunicación y en los planes de viaje de miles de turistas nacionales e internacionales.

Pero, más allá de este evento efímero y puntual, la cuestión es aprovechar estos minutos de repercusión mediática mundial para convertirlos en una eficaz promoción del territorio. El reto es transformar esta demanda turística puntual en una oportunidad de realidad duradera para la España vaciada.

Despoblamiento y astroturismo

Aunque el eclipse sea ahora el principal motivo del viaje, los territorios pueden aprovechar este tirón para darse a conocer y promocionar su patrimonio tangible e intangible. Y además está la opción de desarrollar una opción que atrae a cada vez más gente: el astroturismo.

Esta modalidad de viaje engloba todas aquellas actividades vinculadas a la observación y el disfrute de los cielos estrellados y los fenómenos astronómicos, y tienen en los espacios rurales uno de sus principales escenarios de desarrollo.

En España, la calidad de los cielos, la existencia de destinos acreditados, la creciente sensibilización sobre la contaminación lumínica y la diversificación de la oferta turística rural han favorecido el desarrollo de experiencias vinculadas a la observación astronómica.

Estos espacios –muchas veces caracterizados por la despoblación, el envejecimiento demográfico y la pérdida progresiva de actividad económica– cuentan con las mejores condiciones para la observación del cielo y el astroturismo. La razón es sencilla: los mejores cielos suelen localizarse en aquellos territorios alejados de las grandes áreas urbanas, donde la contaminación lumínica es reducida y las condiciones atmosféricas favorecen la observación astronómica.

Así, la desventaja territorial del aislamiento y la escasa urbanización puede ser un activo turístico de valor.

Mirar los cielos

Por tanto, el eclipse puede ser una puerta de entrada para el desarrollo del turismo astronómico. Mientras que la observación habitual de estrellas o planetas suele atraer a nichos específicos de mercado, un eclipse genera un interés mucho más amplio y transversal. Personas que nunca habían considerado realizar una actividad relacionada con la astronomía se desplazan para vivir una experiencia única y, durante ese proceso, entran en contacto con recursos turísticos que pueden motivar futuras visitas.

Además, el astroturismo presenta características especialmente interesantes desde la perspectiva de la sostenibilidad. Se trata de una actividad de bajo impacto ambiental, compatible con la conservación de espacios naturales, que favorece la desestacionalización de la demanda turística y genera nuevas oportunidades económicas. No es casualidad que muchas de las zonas donde se espera una mayor afluencia de visitantes el próximo 12 de agosto coincidan con territorios que ya han apostado por el turismo astronómico.

Descubrir lo rural

Para muchos municipios acostumbrados a una demanda turística estacional o limitada, la llegada de miles de visitantes supone un importante estímulo económico. Hoteles y casas rurales, restaurantes, comercios locales y empresas de actividades están registrando niveles de ocupación excepcionalmente elevados.

No obstante, también es cierto que el eclipse coincide con los días de mayor ocupación de la temporada de verano, por lo que no se parte de una situación de baja demanda, sino que los turistas astronómicos se superponen a los de un periodo que ya es estructuralmente fuerte. En cambio, el impacto del eclipse sería muy diferente si se produjera en temporada baja.

De lo que se trata es de comprobar si, gracias al eclipse, se logra atraer a nuevos visitantes y turistas, que, sin ese reclamo, no habrían visitado la zona. Y tratar de fidelizar a los turistas astronómicos.

Conviene evitar interpretaciones excesivamente optimistas, pues está demostrado que los impactos positivos asociados a eventos efímeros también suelen ser temporales. Lo normal es que, una vez finalizado el acontecimiento, la demanda turística regresa a niveles anteriores. Por tanto, el verdadero desafío es transformar la atención puntual en una oportunidad duradera de desarrollo turístico y territorial. Esa es probablemente la principal oportunidad para muchos territorios de la España rural que serán protagonistas del 12 de agosto.


Una versión de este artículo ha sido publicada por la Oficina de Transferencia de Conocimiento de la Universidad Complutense de Madrid.

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Frank Babinger no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Eclipse total de sol: el evento astronómico que puede impulsar el turismo en la España vaciada – https://theconversation.com/eclipse-total-de-sol-el-evento-astronomico-que-puede-impulsar-el-turismo-en-la-espana-vaciada-285941

Sudar como un pollo es propio de humanos

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Rick Visser, Profesor de Fisiología Animal, Universidad de Málaga

Ann Tarazevich Pexels, CC BY-SA

El sudor tiene un serio problema de imagen pública. Nadie presume de él y todos tratamos de combatirlo o, al menos, disimularlo. Sin embargo, sin sudor nuestros antepasados no habrían cazado, nuestros atletas no batirían marcas y los exámenes serían mucho menos emocionantes.

Los pollos no sudan

Es común usar expresiones tales como “sudar como un pollo” o “como un cerdo”. Curiosamente, ni los pollos vivos sudan –la expresión hace referencia a la gran cantidad de agua y grasa que desprenden al ser asados–, ni los cerdos lo hacen profusamente.

Asociar el sudor con los cerdos simplemente refleja la connotación negativa que tiene esta secreción, injustamente relacionada con la suciedad. Aunque muchos mamíferos tienen una cierta capacidad de sudar, son muy pocos los que emplean este mecanismo para controlar su temperatura corporal en situaciones de calor o ejercicio intenso. Y, de este grupo selecto, los humanos nos coronamos como los más sudorosos.

Los animales que controlamos fisiológicamente nuestra temperatura corporal –animales homeotermos o termorreguladores– somos, fundamentalmente, las aves y los mamíferos. Cuando nos encontramos a una temperatura ambiente superior a cierto valor, denominado temperatura ideal (en torno a 29 ºC para un humano desnudo, en reposo y sin fuentes de radiación), debemos poner en marcha mecanismos para perder el exceso de calor. La forma más eficiente de hacerlo es evaporar agua sobre la superficie corporal. Si estamos a 30 ºC, un gramo de agua requiere unas 0,58 Kcal para evaporarse. Es decir, evaporar un litro de agua consume la cantidad de energía presente en un almuerzo estándar.

Una manera muy eficiente de conseguirlo es expulsar esa secreción acuosa que nos incomoda, el sudor, por toda la superficie de la piel. Un mecanismo posible gracias a la existencia de glándulas especializadas.

Sin embargo, muy pocos animales han recurrido evolutivamente a esta estrategia, y la mayoría basan su enfriamiento principalmente en otros mecanismos, como el jadeo, que tan familiar nos resulta en los perros.

Solo unos pocos mamíferos, como los equinos y los humanos, hemos desarrollado la capacidad de sudar copiosamente.




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No todo el sudor es igual

Los humanos contamos con, al menos, dos tipos de glándulas sudoríparas. Las principales, llamadas glándulas ecrinas, se encuentran distribuidas por toda la superficie corporal y son funcionales prácticamente desde el nacimiento.

Estas son las responsables de la termorregulación, y se activan gracias al neurotransmisor acetilcolina, que induce el trasvase de agua, iones y ciertos desechos metabólicos desde el plasma sanguíneo hasta el conducto de la glándula. En el camino hacia el exterior, se reabsorben parte de los iones, dando lugar a una secreción incolora, inodora y ligeramente salada, compuesta en un 99 % por agua.

Cuando el mecanismo de estimulación nerviosa de estas glándulas no funciona correctamente, pueden aparecer ciertas patologías. Una es la hiperhidrosis, que consiste en la sudoración excesiva e injustificada, que puede causar trastornos psicológicos, rechazo social y/o episodios de deshidratación. Otra, más grave, es la anhidrosis, caracterizada por la ausencia parcial o total de sudoración que, en casos extremos, puede llegar a resultar letal por la incapacidad de termorregular eficazmente.

La llegada de la pubertad

El segundo tipo de glándulas sudoríparas son las apocrinas. Estas se concentran en axilas, ingles, y otras regiones provistas naturalmente de pelo, y no comienzan a ser funcionales hasta la pubertad.

La secreción del sudor apocrino, cuya composición es diferente a la del ecrino, no interviene en la termorregulación y es estimulada principalmente por el neurotransmisor noradrenalina en respuesta a situaciones de estrés o excitación emocional.

A pesar de que la secreción en sí es también inodora en origen, la transformación química de algunos de sus compuestos por microorganismos presentes en nuestra piel da lugar al característico olor que muchos de nosotros tratamos de evitar mediante antitranspirantes y desodorantes. En los pacientes de una condición médica conocida como bromhidrosis, ya sea por una composición anómala de su sudor apocrino o por las particularidades de la microbiota de su piel, el olor a sudor es particularmente intenso y persistente.

La función del sudor apocrino en los humanos no está aún del todo clara. Una de las principales hipótesis relaciona esta secreción con el envío de señales químicas, como las feromonas, ya sea para transmitir mensajes de alarma en situaciones estresantes, o de excitación sexual, entre otros.

Esta idea es la base de mitos como el de la famosa frase atribuida a Napoleón Bonaparte, quien, supuestamente, encomendó a su esposa Josefina no lavarse en varios días en previsión de su vuelta al hogar tras una campaña militar. No obstante, a pesar de innumerables esfuerzos, aún no se ha conseguido demostrar la existencia de este tipo de señales químicas en humanos.




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Sudar para correr

El haber desarrollado en torno a 2 millones de glándulas sudoríparas distribuidas por todo nuestro cuerpo, junto con la pérdida de buena parte de nuestro pelaje corporal, posiblemente haya dotado a la especie humana de una importante ventaja evolutiva. A pesar de no ser buenos en los esprints, comparados con muchos cuadrúpedos, la posibilidad de gestionar eficazmente el calor corporal mediante el sudor habría contribuido a nuestra capacidad de correr largas distancias seguidas, proporcionando a nuestros antepasados ventajas en la caza. De hecho, un corredor de maratón puede pasar entre dos y cuatro horas corriendo, mientras pierde más de dos litros de sudor por hora.

El hecho de poder correr largas distancias sin sufrir un sobrecalentamiento peligroso lo compartimos con los equinos, aunque no estemos estrechamente emparentados. Se trata, probablemente, de un caso de convergencia evolutiva, que es como se denomina cuando dos grupos de animales desarrollan características parecidas ante necesidades evolutivas similares. A los caballos les permitió escapar más eficazmente de sus depredadores, mientras que a nosotros nos posibilitó cazar presas cuyos cuerpos se sobrecalentaban más fácilmente que los nuestros durante la persecución.

Nuestra capacidad de sudar es excepcional y, en parte, a ella debemos la historia natural de nuestra especie. Así que mantenga a raya a los microorganismos que generan el mal olor, pero no se avergüence de sudar la gota gorda. Al contrario, ¡enorgullézcase de poder hacerlo!

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Rick Visser no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Sudar como un pollo es propio de humanos – https://theconversation.com/sudar-como-un-pollo-es-propio-de-humanos-285383