La solitude des étudiants décrocheurs : quelques mois de formation et déjà face à l’échec

Source: The Conversation – France (in French) – By Sandra Gaviria, Professeure de sociologie, Université Le Havre Normandie

Le début des études supérieures n’est pas seulement un cap vers l’autonomie, cela peut être aussi une période de vulnérabilité, surtout lorsque les jeunes découvrent que les choix d’orientation faits en terminale ne correspondent pas à leurs attentes réelles. Se réorienter reste une épreuve, pour eux comme pour leurs familles. Explications.


Trois ans après leur première inscription en licence en 2020-2021, seuls 55 % des bacheliers sont encore en licence. Autrement dit, près d’un jeune sur deux connaît, à un moment de son cursus, une interruption, un réajustement de parcours ou une situation d’échec. Durant cette période, les sentiments éprouvés comme les solutions envisagées tendent à s’individualiser : chacun affronte seul ses doutes, ses inquiétudes et la recherche de voies possibles pour rebondir.

Au bout de quelques mois, les désillusions émergent, la solitude dans le logement ou dans l’établissement peut devenir pesante. Chaque année, en fin de premier semestre, « les décrocheurs », ces étudiants qui découvrent que la formation obtenue via Parcoursup ne correspond pas à leurs attentes ou qui ne se sentent pas bien dans leur vie étudiante, refont surface. Les notes, les partiels et les premiers bilans les obligent à se rendre à l’évidence.

Les établissements mettent en place de nouvelles initiatives pour essayer d’y remédier. Plusieurs travaux ont montré que ce phénomène ne peut être réduit à un simple échec scolaire, d’autres facteurs étant en jeu. En effet, il s’agit d’un phénomène souvent multicausal, où plusieurs éléments se conjuguent au cours de ces premiers mois d’études.

Des démarches de réorientation complexes

Pour une partie de ces jeunes femmes et de ces jeunes hommes commence alors la longue et souvent complexe démarche de réorientation. D’autres entrent dans une période d’attente indéterminée, sans véritable projet, dans l’espoir diffus de trouver leur voie, leur place ou simplement une direction. Cela s’accompagne du sentiment de « ne servir à rien », l’impression de ne pas avoir une place dans ce monde. Marie, 20 ans, explique son ressenti après trois mois passés à Sciences Po :

« J’ai eu tout le temps de me rendre compte que les cours ne m’intéressaient pas autant que ce que je pensais et, en plus, qu’il n’y avait pas la vie étudiante ou les associations à côté pour compenser. En janvier, j’ai décidé d’arrêter les cours à Sciences Po et, à ce moment-là, ce n’était pas très marrant. C’était, je pense, un début de dépression, où j’avais l’impression que rien n’avait de sens, ni les études ni la société. »

Pour certains jeunes, ces doutes s’ajoutent à des contextes personnels déjà fragiles, marqués par des problèmes familiaux, des difficultés matérielles, des histoires personnelles difficiles ou un mal-être antérieur qui empêche d’avancer dans les études. C’est aussi le moment où des fragilités du passé peuvent refaire surface. Carine, inscrite en sciences du langage, aujourd’hui infirmière, l’explique :

« Alors, moi, j’avais demandé les écoles d’infirmière dès la fin du bac, sauf que j’étais sur liste d’attente, et je ne me voyais pas faire autre chose que ça… J’avais une inscription à l’université, sauf que moi, je suis dyslexique et dysorthographique, du coup, je savais que j’allais décrocher tout de suite… Enfin, après, ça dépend des endroits, mais je savais qu’il y aurait eu trop de monde et que ça n’allait pas le faire au niveau de mon apprentissage. »

Le difficile repérage des jeunes en difficulté

Si le phénomène du décrochage est visible et comptabilisé statistiquement, les solutions restent encore limitées pour ces jeunes qui sortent du cadre des études après seulement quelques mois. Lorsqu’ils abandonnent leurs études supérieures, les parcours deviennent difficilement lisibles. Certains s’engagent dans un service civique, d’autres se retrouvent dans la catégorie des « NEET » (« not in employment education or training », « ni en emploi, ni en formation, ni en études »).

Cette répartition entre différentes catégories statistiques ne permet pas un réel suivi des trajectoires. Le repérage de ces jeunes reste difficile, en particulier lorsqu’ils ne sollicitent aucun dispositif d’accompagnement public. Certains peuvent se réorienter, mais devront « rattraper » le travail du premier semestre au second semestre. Les dispositifs sont souvent complexes à mobiliser, peu visibles, ou trop tardifs pour répondre à cette période de vide existentiel et de sentiment d’échec.




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À l’incertitude vécue par les étudiants s’en ajoute une autre, plus silencieuse, qui touche leurs parents. Après une année de terminale éprouvante, marquée par la pression du bac – où leurs enfants avaient eu le sentiment de « jouer leur vie » à chaque épreuve, les choix imposés par Parcoursup et la crainte de l’échec, ils se retrouvent face à leurs enfants en souffrance, qui doutent de leur vie et d’eux-mêmes.

Commence un temps où chacun tente de savoir s’il faut encourager la poursuite des études, accompagner un changement de filière ou financer (pour ceux qui le peuvent) une année dans l’attente d’un nouveau projet.

Des différences de ressources sociales

Les enquêtes soulignent la diversité des trajectoires de ces jeunes et mettent en évidence le rôle du milieu social dans la probabilité de décrocher ou, au contraire, de poursuivre des études supérieures. Les ressources familiales, les histoires personnelles et la capacité à se projeter dans l’avenir façonnent des parcours profondément différents.

Il y a une individualisation dans la recherche des solutions. Pour ceux qui sont dotés de ressources économiques et culturelles suffisantes, des alternatives sont envisagées : une prépa privée, une école hors Parcoursup. Trouver la bonne option devient un parcours assez solitaire, où les ressources relationnelles et économiques sont mobilisées pour commencer la chasse aux informations. Ainsi, ces jeunes accompagnés par leurs familles concoctent des recettes variées où interviennent de multiples professionnels, tels que psys, coachs en orientation…

Pour les autres, issus de milieux moins bien dotés, la situation est plus difficile. Les jeunes risquent de se retrouver sans solution claire, oscillant entre petits boulots précaires (le temps de trouver ce qu’ils veulent faire), longues périodes d’attente et, pour une minorité, l’accompagnement des structures du service public.

Un manque de lisibilité des dispositifs

Nous observons la difficulté de tous les parents face à l’impossibilité pour leurs enfants de réaliser leurs projets. Certains n’ont pas les compétences ni les moyens pour les accompagner, d’autres pas d’idées ou de connaissance des dispositifs. Les jeunes, de leur côté, ont aussi des souffrances communes telles que se sentir « en dehors du tapis roulant », à l’arrêt dans la course collective et étant en « retard » par rapport aux autres.

L’analyse de l’abandon après ces premiers mois dans l’enseignement supérieur met en lumière le manque de lisibilité des dispositifs d’accompagnement des jeunes qui n’ont pas trouvé leur voie ou n’ont pas pu accéder à leurs vœux. Pour une partie d’entre eux, cette période restera celle d’un simple ajustement. Pour d’autres, elle marque la première rupture d’un parcours plus long et irrégulier. Cette période entraîne, parfois, une accentuation de leurs dépendances – alcool, drogues, jeux vidéo – et de l’incertitude sur le long terme.

Le début des études supérieures n’est pas seulement le début de l’autonomie, mais aussi un temps de vulnérabilité sous-estimé. Le sentiment d’échec face aux études cristallise l’ensemble des insécurités des jeunes et les plonge dans l’impression d’être seuls face au monde. Ils ont le sentiment que les autres avancent tandis qu’eux restent à l’arrêt, sans possibilité de se projeter, uniquement traversés par des questions : qu’est-ce que j’aime ? Qu’est-ce que je peux faire ? Comment puis-je réussir ?

The Conversation

Sandra Gaviria ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La solitude des étudiants décrocheurs : quelques mois de formation et déjà face à l’échec – https://theconversation.com/la-solitude-des-etudiants-decrocheurs-quelques-mois-de-formation-et-deja-face-a-lechec-271871

Les performances RSE des entreprises françaises nourries par la recherche de résilience

Source: The Conversation – France (in French) – By Hugues Poissonnier, Professeur d’économie et de management, Directeur de la Recherche de l’IRIMA, Membre de la Chaire Mindfulness, Bien-Etre au travail et Paix Economique, Grenoble École de Management (GEM)

Les pratiques en matière de responsabilité sociétale des entreprises françaises progressent. En particulier, les efforts en direction des fournisseurs. Les plus critiques trouveront qu’au regard de l’urgence des objectifs, cela va trop lentement. Les plus optimistes noteront que les choses bougent dans le bon sens.


Publiée en octobre 2025, la sixième édition de l’étude réalisée par le médiateur des entreprises et la plateforme de notation Ecovadis, intégrant en plus de la photographie habituelle une analyse dynamique fondée sur cinq années de données (2020-2024), témoigne pour l’essentiel de la poursuite des tendances observées à l’occasion des éditions précédentes (tous les deux ans depuis 2015).

Concernant la France, l’échantillon utilisé pour l’étude était constitué de toutes les entreprises françaises de 25 salariés et plus, évaluées par EcoVadis. Soit pour cette nouvelle édition : 9 372 entreprises françaises étudiées sur cinq ans, dont 5 576 avec une évaluation RSE en 2024. Au-delà de la taille de l’échantillon, constituant l’un des principaux atouts de l’étude, la méthodologie, validée depuis une dizaine d’années, repose sur des analyses statistiques poussées permettant de faire émerger des enseignements clairs et précis sur plusieurs dimensions (nationalités et tailles d’entreprises, axes principaux de la RSE…).

De réels progrès

Un certain nombre de progrès sont ainsi clairement identifiés sur chacune des grandes dimensions appréhendées par l’étude, tant au niveau international que dans le cas précis des entreprises françaises : environnement, social et droits humains, éthique, et achats responsables. Des disparités sont bien sûr observées entre pays et grands ensembles (OCDE, BICS…).

Si les fameux « Nordics » (Finlande, Suède, Norvège, Danemark et Islande), dont les performances remarquables avaient justifié la création d’une catégorie particulière lors de la précédente étude, sont toujours bien classés et assez largement en avance par rapport aux autres pays (avec un score moyen de 60,2 à comparer à ceux de l’Union européenne, de l’OCDE et des BICS (groupe Brésil, Inde, Chine et Afrique du Sud), respectivement de 57,8, 55,8 et 46,1), les grandes économies que sont la Chine et les États-Unis obtiennent, à travers leurs entreprises, des performances demeurant modestes, avec des scores respectivement de 45,2 et 50,1.




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Le score des entreprises françaises apparaît, à la lumière des résultats présentés ci-dessus, une nouvelle fois particulièrement remarquable, s’établissant à 60,4, en hausse de 2,8 points par rapport à 2022. Avec ce score, la France se hisse à la troisième place du classement par pays, derrière la Finlande et la Suède, mais devant la Norvège.

Des progrès plus ou moins marqués selon les grandes dimensions de la RSE

Bien sûr, le rythme des progrès réalisés n’est pas le même sur chaque dimension. Un focus sur les performances des entreprises françaises permet notamment de mesurer une progression de 3,7 points depuis 2022 sur la dimension « environnement » (pour un score de 62,0), permettant à la France de prendre la quatrième place du classement sur cette dimension. Avec son score de 63,5 (et une progression de 2,9 points) sur la dimension « social et droits humains », la France conserve, grâce aux politiques et pratiques mises en œuvre par ses entreprises, la deuxième place sur cet axe. Avec un score de 50,8 et une progression de 2,7 points par rapport à 2022, nos entreprises offrent à la France la troisième place du classement sur l’axe « achats responsables ». Enfin, l’« éthique » reste le domaine sur lequel le classement est le moins favorable à la France avec une sixième place obtenue grâce à une note de 54,6 (et une progression de 0,9 point).

Au-delà de ces classements globaux, les performances enregistrées par tailles d’entreprises fournissent d’intéressants constats. Les PME et ETI françaises (25-999 salariés) « surperforment » par rapport aux grandes entreprises, mais aussi par rapport aux progressions de leurs pairs dans d’autres pays (avec une première place atteinte à la fois sur l’axe social et des droits humains et sur l’axe des achats responsables). Ceci témoigne de la diffusion d’une culture RSE dans toute l’économie et non dans les seules grandes entreprises ayant sans doute davantage de moyens à y consacrer.

Les PME premières pour les achats responsables

Sur le score thématique brut, les performances mesurées en matière d’achats responsables des entreprises françaises demeurent en retrait par rapport aux autres dimensions évaluées (avec un score global de 50,8 en progrès de 2,7 points depuis 2022 sur cet axe). Les progrès sont ici massivement le fait des grandes entreprises (gain de 7,3 points pour un score de 58,3), même si les PME et ETI, avec des scores moindres, obtiennent la première place mondiale sur cette catégorie de taille. Ces chiffres témoignent du rôle des achats en tant que « nouvelle frontière », au sens américain du terme, comme nous l’évoquions en janvier 2022 sur le Cercle les Échos.

La véritable montée en maturité en matière de RSE passe désormais principalement par cet axe essentiel consistant à étendre les bonnes pratiques à toute la chaîne de fournisseurs. Il est particulièrement intéressant de noter l’engagement des entreprises françaises en matière de réalisation et de mobilisation d’une cartographie des risques RSE liés aux achats (l’une des dix actions considérées comme essentielles pour un programme d’achats responsables performant). Ainsi, 54 % des grandes entreprises françaises disposaient en 2024 d’une cartographie des risques, contre seulement 47 % des entreprises de même taille dans l’UE, 38 % dans l’OCDE et 20 % chez les BICS.

Ceci témoigne clairement d’une vision très « défensive », alimentée par la volonté de se prémunir, plus qu’ailleurs, des risques en tout genre (géopolitiques, économiques, financiers…) auxquels nos entreprises sont désormais exposées.

Dynamique de progrès

Bien qu’il soit toujours possible de regretter une trop grande lenteur face à l’importance des enjeux, la dynamique de progrès, observée depuis la première étude de 2015, demeure réelle.

Si, sur la période considérée, les valeurs des dirigeants ont peu évolué, le renforcement des contraintes légales (devoir de vigilance, CSRD, CS3D…) a incontestablement joué un rôle très important dans les progrès accomplis par les entreprises françaises sur les quatre grandes dimensions, et, en particulier sur l’axe achats responsables.

Au-delà, ce sont sans doute les intérêts économiques bien compris qui ont le plus contribué aux progrès. De plus en plus, les dirigeants et décideurs sont conscients de la pertinence économique et financière de la RSE et des achats responsables. Il n’existe, en effet, bien souvent pas d’investissement aussi rentable, à long comme à plus court terme, que ceux qui consistent à mieux se comporter, de façon générale, vis-à-vis des parties prenantes au sens large. Ceci est particulièrement vrai en période de crise, et a fortiori face aux difficultés posées par la polycrise et, a fortiori, par la permacrise.

BPI, 2025.

La recherche de résilience requiert la possibilité de s’appuyer sur un écosystème économique robuste et des relations de qualité avec clients, fournisseurs et concurrents, des relations renforcées par les efforts accomplis en matière de RSE. Cet enseignement rejoint d’ailleurs les conclusions de la troisième édition du Baromètre achats responsables « RSE : la parole aux fournisseurs ! », récemment publiée par l’Observatoire de la responsabilité sociétale des entreprises (ORSE), PwC et Bpifrance. Ce dernier met ainsi en lumière plusieurs constats clés, dont l’attente forte de collaboration des fournisseurs qui aspirent à faire évoluer la relation client-fournisseur vers un véritable partenariat durable.

Dans ce contexte, il est particulièrement intéressant de constater que les difficultés diverses rencontrées ces dernières années par nos entreprises, loin de décourager leurs efforts en matière de RSE, les incitent plutôt à persévérer. L’effet de mode est clairement dépassé et les motivations assumées, même si le chemin reste long et les progrès potentiels importants.

The Conversation

Hugues Poissonnier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les performances RSE des entreprises françaises nourries par la recherche de résilience – https://theconversation.com/les-performances-rse-des-entreprises-francaises-nourries-par-la-recherche-de-resilience-272948

Comment les censeurs des conseils d’administration sont un moyen de contourner la loi

Source: The Conversation – France (in French) – By Etienne Redor, Responsable du département finance, Audencia

Le censeur n’est pas soumis aux contraintes règlementaires de limite d’âge, de quota de genre ou du nombre de ses membres. EverettCollection/Shutterstock

Au sein des entreprises françaises, un censeur est un membre du conseil d’administration sans droit de vote ni responsabilité légale, mais qui participe aux débats. Pourquoi sa multiplication ces dernières années ? Quelles stratégies des entreprises derrière cette nouvelle tendance ?


L’imaginaire collectif tend à voir le conseil d’administration (CA) d’une entreprise comme un groupe d’administrateurs qui votent, conseillent le directeur général et assument une lourde responsabilité juridique. En réalité, dans 25 % des grandes sociétés cotées françaises, une personne supplémentaire siège à la table, qui ressemble à un administrateur et s’exprime comme tel, mais qui n’en est pas officiellement un : le censeur.

Les censeurs assistent aux conseils d’administration, accèdent aux mêmes informations que les administrateurs et peuvent influencer les décisions en coulisses. Leur rôle est à la fois informationnel et lié au contrôle. Ils peuvent fournir de l’information et des conseils lors des réunions du conseil d’administration, mais également transmettre de l’information aux parties prenantes qu’ils représentent.

Pourtant, ils n’ont ni droit de vote ni responsabilité légale et échappent aux règles de gouvernance, comme la limite d’âge ou le genres. Résultat : les entreprises recrutent ou gardent les profils qu’elles veulent, tout en respectant les règles existantes.

Pourquoi les grandes entreprises françaises cotées ont-elles de plus en plus recours à cette pratique ? Sur quels aspects cette « innovation » est-elle problématique ou au contraire bénéfique ?

Notre étude, la première du genre, s’appuie sur des milliers de rapports annuels d’entreprises appartenant au SBF120 (2010–2022) et tente d’apporter un éclairage nouveau au rôle de censeur.

Un « dispositif » populaire

En 2010, 17 % des grandes entreprises françaises avaient un censeur au sein de leur conseil d’administration ; en 2022, elles étaient 22 % et 25 % en 2024.

Les censeurs ont la possibilité d’assister à toutes les réunions, de recevoir les mêmes informations que les administrateurs, de poser des questions, de contester la direction, et ils exercent souvent une influence majeure en coulisses.

La différence avec les autres administrateurs ? Ils n’ont ni droit de vote, ni obligation fiduciaire, ni responsabilité juridique personnelle en cas de problème. Plus important encore, ils sont ignorés par toutes les règles de gouvernance, y compris le Code Afep-Medef de gouvernance d’entreprise et le Code de commerce français.

Ils ne sont pas pris en compte dans le calcul de la taille maximale du conseil d’administration, du ratio d’indépendance ou du quota obligatoire de 40 % de femmes ni dans la limite d’âge qui s’applique à eux. En bref, les entreprises peuvent conserver les membres qu’elles souhaitent au sein du conseil d’administration, tandis que le conseil officiel semble parfaitement conforme sur le papier.

Trois raisons du recours aux censeurs

Nous avons cherché à répondre à la question suivante : pourquoi les censeurs sont-ils devenus si populaires dans les entreprises françaises cotées en bourse ? Notre étude est la première à traiter cette question à grande échelle en recueillant des données sur cette pratique et en expliquant pourquoi elle s’est autant répandue.

Un nombre limité d’administrateurs potentiels

Recruter les meilleurs profils reste difficile pour certaines entreprises. Les petites entreprises cotées en bourse ou celles qui sont récentes ont du mal à convaincre des cadres supérieurs d’accepter un poste d’administrateur à part entière. Pourquoi ? Parce que cela demande un investissement en temps considérable et comporte un risque personnel réel.

Ces mêmes cadres acceptent souvent volontiers un poste de censeur ; ils ont la même influence, mais cela comporte beaucoup moins d’inconvénients. Les données montrent clairement que les entreprises plus petites, plus récentes et moins bien connectées sont nettement plus susceptibles d’avoir des censeurs au sein de leur conseil d’administration.

Aucune restriction légale

Le rôle de censeur au sein du conseil d’administration est un excellent outil pour gérer les contraintes réglementaires. La France impose des limites strictes ; les conseils d’administration ne peuvent compter plus de 18 membres ; pas plus d’un tiers des administrateurs ne peuvent être âgés de plus de 70 ans ; les administrateurs perdent leur statut « indépendant » après douze ans d’exercice et au moins 40 % d’entre eux doivent être des femmes.

Lorsqu’un administrateur apprécié atteint la limite d’âge, perd son « indépendance », ou que le conseil d’administration a déjà atteint la limite de taille, ou encore que l’entreprise a besoin d’un homme supplémentaire sans enfreindre le quota de genre, la solution la plus simple est de faire de cette personne (ou d’un nouveau membre) un censeur.

Rampe de lancement pour de futurs administrateurs

Le poste de censeur est un mécanisme idéal pour « essayer avant de nommer définitivement ». Les conseils d’administration français sont en grande majorité échelonnés, de sorte que chaque administrateur est engagé pour une durée de trois à six ans. Choisir la mauvaise personne coûte cher et peut être pénalisant.

Le fait d’accueillir d’abord quelqu’un en tant que censeur permet au conseil d’administration d’observer comment le candidat se prépare, comment il réfléchit sous pression et comment il interagit avec la direction. Le candidat acquiert une véritable expérience du conseil d’administration sans en assumer la responsabilité.

Environ 25 % des censeurs sont ensuite promus au poste d’administrateur à part entière, et ceux qui le sont, sont généralement plus jeunes et moins expérimentés, ce qui correspond exactement au profil que l’on attendrait pour une période d’essai.

Encadrer cette pratique

Notre étude souligne que le recours aux censeurs peut être considéré sous deux angles différents.

Ce rôle va clairement à l’encontre de l’esprit des quotas de genre, des règles d’indépendance et des limites d’âge, raison pour laquelle les régulateurs français et les sociétés de conseil en vote par procuration, tels que les entreprises ISS et Glass-Lewis, font pression pour le restreindre ou le supprimer. Ces acteurs défendent les intérêts des actionnaires et les meilleures pratiques en matière de gouvernance d’entreprise. Si une entreprise propose un mécanisme allant à l’encontre de la bonne gouvernance, ils s’y opposent.

D’un autre côté, la suppression totale du rôle de censeur nuirait à la capacité des petites entreprises d’attirer des talents et rendrait plus difficile la succession harmonieuse des administrateurs.

Nous recommandons une réforme équilibrée :

  • compter les censeurs dans le calcul des quotas afin de mettre fin aux abus les plus évidents ;

  • exiger un vote des actionnaires pour leur nomination ;

  • ajouter des limites de mandat ;

  • renforcer la transparence ;

  • et maintenir l’absence de responsabilité afin que le poste reste attractif pour les personnes hautement qualifiées.

Car le censeur est l’une des innovations les plus créatives et les plus efficaces en matière de gouvernance de ces deux dernières décennies. Elle souligne que lorsque les régulateurs multiplient les règles, les entreprises sophistiquées trouvent toujours le moyen de conserver les personnes dont elles ont besoin au sein de leur conseil d’administration. Le censeur au conseil d’administration est la réponse polie mais ferme du monde des affaires à une forme de sur-réglementation.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Comment les censeurs des conseils d’administration sont un moyen de contourner la loi – https://theconversation.com/comment-les-censeurs-des-conseils-dadministration-sont-un-moyen-de-contourner-la-loi-272520

Violences au travail : de multiples formes pour un même fléau

Source: The Conversation – France (in French) – By Régis Martineau, Phd. en Management, ICN Business School

Il existe plusieurs formes de violence dans les organisations. Nous distinguons les formes « chaudes » des « froides ». Volodymyr Tverdokhlib/Shutterstock

À quoi pensez-vous spontanément quand vous entendez parler de violences au travail ? La question mérite d’être posée, tant les manifestations de ce phénomène sont nombreuses et parfois invisibles. Pour lutter contre toutes les formes de violence, mieux vaut être armé pour les reconnaître. Tentative de classification de ces dernières.


Le retentissant procès France Telecom ou le non moins remarqué scandale Orpea nous ont rappelé que la souffrance au travail peut prendre des formes étonnamment violentes, et qu’elle peut frapper tout le monde (les salariés, les managers et jusqu’aux clients eux-mêmes, comme dans le cas Orpea).

Plutôt que le nier ou le minimiser, il faut donc clarifier ce phénomène de violence au travail, pour peut-être savoir mieux l’éviter. Cette violence au travail, qui est souvent réduite au seul harcèlement moral, prend des formes très variées.

Il faut tout d’abord distinguer la violence chaude de la violence froide. La première est plus visible et manifeste, elle est celle qui frappe avec soudaineté et fracas – coups, insultes, rejets, etc. La seconde, plus insidieuse, est celle qui blesse progressivement sans que l’on s’en rende vraiment compte.




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Violences physiques

La première forme de violence, sans doute la plus ancienne, est la violence physique. Dans nos organisations modernes occidentales, elle a certes quasiment disparu, mais elle existe toujours dans certaines usines qui fournissent des multinationales, à l’instar de celles révélées par le scandale Foxconn au Bangladesh ou des logistiques transnationales qui pratiquent l’esclavage moderne. Pour autant, on aurait tort de croire que la violence physique s’arrête aux portes de l’Occident.

Le scandale Orpea a révélé que le système de réduction drastique des coûts aboutissait assez directement à des maltraitances physiques sur les résidents : sanglage sur les lits, soins insuffisants, dénutrition, etc. On note aussi que, parfois, l’usage de la force existe encore dans certaines « institutions totales », comme les prisons ou les camps de réfugiés.

Quand la quête de performance vire au harcèlement

Mais la violence chaude prend le plus souvent une forme plus psychologique, avec le harcèlement moral. Sous sa forme chaude, le harcèlement moral prend la forme d’humiliations, d’agressions verbales, de vexations, ou encore d’intimidations. Cette forme est de plus en plus condamnée par la loi (articles L1152-1 à L1152-6 du Code du travail).

Il faut cependant noter qu’elle est, malgré tout, parfois encore considérée comme « productive » et motivante dans certaines cultures organisationnelles en quête d’excellence (conservatoires de musique élitistes, comme le montre le film Whiplash), dans la haute cuisine, ou encore dans le mannequinat.

Enfin, on peut aussi voir se déployer, dans certaines situations de crise ou d’urgence, ce que l’on peut appeler une violence symbolique chaude. Elle arrive, par exemple, lors de restructurations et de changements imposés de manière descendante et brutale. Ces moments de crise sont vécus de manière particulièrement violente par des individus qui se voient dépossédés soudainement de leur identité métier, de leur culture, de leurs liens sociaux, de leurs routines, et de leur espace de travail. Ce fut le cas à France Telecom, dont les membres durent subir des changements rapides (plan Next, plan Time to Move) et des licenciements massifs (objectif de départ de 22 000 personnes) pour sauver l’entreprise d’un péril financier.

Ces formes chaudes frappent avec soudaineté et sont visibles et manifestes, et donc sans doute plus facilement condamnables par la loi. Mais il n’est pas certain qu’elles causent davantage de souffrances que les formes froides de violences, plus insidieuses et invisibles.

Les formes froides de violence au travail

On ne pense pas toujours, tout d’abord, à la violence physique froide, qui pourtant affecte directement les corps. Ici, je fais référence aux dommages corporels causés par la manière dont le travail est organisé – pénibilité, accidents du travail, cadences excessives, etc. Bien sûr, on pense au taylorisme, système dont l’essence même est d’asservir les corps aux cadences de la machine.

Là encore, on aurait tort de penser que celle-ci n’existe plus que dans les Temps modernes, révolus, de Charlie Chaplin. Il y a toujours des métiers par nature pénibles – éboueurs, aides à domicile, etc. –, et il existe toujours des cadences élevées dans certaines activités. Par exemple, des cas de chauffeurs-livreurs managés par des applications incités à enfreindre la prudence sur la route ont été révélés.

Harcèlement insidieux

Le harcèlement moral prend aussi une forme froide. C’est une violence psychologique, plus insidieuse, dont les victimes n’ont pas toujours conscience. Cela regroupe un ensemble de « techniques » variées, mais qui se ressemblent finalement assez : la placardisation, la mise en bulle, l’emprise, en passant par la stigmatisation de certaines catégories de personnes (les « boulets », les « bois morts » ou dead woods en anglais…).

Indirectement, il y a aussi le déni de violence, qui consiste à nier ou à minimiser la violence ressentie par un salarié (cas des caissières, des infirmières ou des agents d’accueil insuffisamment soutenus face à des clients violents).

France TV, 2025.

La violence de l’euphémisme

Enfin, la violence symbolique froide est la plus invisible et insidieuse. Elle est causée par une forme de rhétorique managériale qui tend à euphémiser ou à nier la réalité organisationnelle, souvent conflictuelle. Elle adopte un langage managérial qui se présente comme la seule alternative possible face à la concurrence et aux marchés.

Il y a aussi, dans un autre registre, les outils de gestion, qui, sous couvert de neutralité et de rationalité, masquent des idéologies et des cadres coercitifs, auxquels les individus sont sommés de se conformer. Par exemple, un entretien d’évaluation professionnel où des indicateurs dans un tableau de bord vont mettre l’accent sur certains aspects du métier ou de l’activité qui ne correspondent pas forcément à ce que le salarié estime comme important. Il lui faudra pourtant se plier à ce cadre remettant parfois en cause radicalement ses valeurs ou son identité professionnelle.

Organisation pathologique et leadership toxique

Ce panorama (non exhaustif) des violences au travail invite à nous interroger sur les organisations pathologiques et les styles de leadership toxiques qui favorisent leur émergence. Cela invite aussi à anticiper les nouvelles formes de violences numériques au travail, et l’on peut déjà entrevoir un lien entre souffrance et intelligence artificielle (surveillance intrusive, stigmatisations automatisées, etc.).

Cependant, en reconnaissant ces formes de violences, il ne s’agit pas de rendre responsables les managers, qui en sont souvent les premières victimes. Le management peut tout autant être empathique, bienveillant et source de bien-être. Au contraire, il s’agit plutôt d’encourager les managers à mieux identifier la violence au travail pour mieux l’empêcher.

The Conversation

Régis Martineau ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Violences au travail : de multiples formes pour un même fléau – https://theconversation.com/violences-au-travail-de-multiples-formes-pour-un-meme-fleau-265103

Les Français prudents envers les entreprises à mission, contrairement aux Italiens et aux Espagnols

Source: The Conversation – France in French (3) – By Monica Riviere, Associate Professor of Management, INSEEC Grande École

Les Français et les Françaises affichent une plus grande prudence vis-à-vis des promesses faites par les entreprises, et expriment une attente forte à l’égard de la capacité de ces dernières à transformer leurs engagements en impact réel. Kues/Shutterstock

Società Benefit en Italie, Sociedad de Beneficio e Interés Común en Espagne, société à mission en France, cette qualité juridique séduit de plus en plus de pays en Europe. Contrairement à leurs voisins transalpins et ibériques, confiants dans ces entreprises durables, les Français et Françaises restent méfiants. Pourquoi ? Réponses en graphiques.


Depuis la loi Pacte en 2019, la France promeut activement les sociétés à mission, ces entreprises qui s’engagent à poursuivre un ou plusieurs objectifs sociaux ou environnementaux dans le cadre de l’exercice de leurs activités.

Lorsqu’on interroge les actifs français, la confiance dans la capacité réelle des sociétés à mission de produire un impact sociétal reste plus fragile qu’en Italie ou en Espagne. Ces trois pays de l’Union européenne ont adopté un cadre juridique spécifique pour les entreprises à finalité sociétale. Par exemple, l’Italie compte 5 161 entreprises au 30 juin 2025, la France 2 300 entreprises aujourd’hui.

En France, le concept même de raison d’être (purpose, en anglais) a parfois été critiqué pour être détourné en outil de communication plutôt qu’en engagement réel. Notre étude quantitative, menée auprès de plus de 1 200 actifs en France, en Italie et en Espagne, met en évidence des différences de manière dont ces entreprises sont perçues dans ces trois pays européens.

Scepticisme français

Ces pays présentent des démarches institutionnelles comparables en faveur des entreprises engagées, mais se distinguent par le rythme et l’ampleur de l’adoption de ces statuts. Le graphique ci-dessous s’appuie sur les données recueillies par questionnaire dans les trois pays.

Il met en évidence un contraste clair. Si la sensibilité environnementale est comparable, la confiance dans l’impact réel des entreprises à mission est plus faible en France.

L’Italie, qui a introduit la qualité juridique de Società Benefit dès 2015, affiche les niveaux de confiance les plus élevés tandis que l’Espagne, où le statut de Sociedad de Beneficio e Interés Común a été introduit en 2022, occupe une position intermédiaire.

Ce résultat suggère que le scepticisme français ne traduit pas un moindre attachement aux enjeux sociaux ou environnementaux. Il renvoie davantage à une évaluation plus prudente des promesses affichées par les entreprises, et à une attente plus forte quant à leur capacité à transformer leurs engagements en impact réel.

« D’accord, il y a une raison d’être, mais certaines activités associées au luxe ou à des usages fortement carbonés peuvent-elles être perçues comme compatibles avec une image exemplaire ? », témoigne une personne interrogée.

Ni rejet ni naïveté

L’exigence des Français ne se limite pas aux jugements abstraits sur l’impact des entreprises : elle se manifeste concrètement dans leur attractivité comme employeurs. Le graphique ci-dessous met en évidence des différences marquées, la France se distinguant par une attractivité plus faible des entreprises à mission.

Par contraste, certaines études menées en Italie suggèrent que l’engagement social et environnemental des entreprises joue un rôle plus direct dans l’attractivité perçue.

Rôle clé des expériences passées de RSE

Cette spécificité française s’éclaire lorsque l’on intègre dans l’analyse le rôle des expériences passées de RSE dans l’attractivité des entreprises à mission.

Lorsque les individus ont été confrontés à des démarches de RSE jugées crédibles et cohérentes avec les pratiques réelles de l’entreprise, leur confiance envers les entreprises à mission augmente nettement. À l’inverse, des expériences perçues comme opportunistes ou principalement déclaratives alimentent une défiance durable.

Cette exigence accrue s’inscrit dans un contexte marqué par plusieurs décennies de discours sur la RSE au cours desquelles les salariés ont développé une capacité critique plus affirmée face aux engagements affichés.

Quelles implications pour les acteurs économiques et politiques ?

Pour les entreprises à mission, ces résultats rappellent que le cadre juridique constitue un point de départ, non une garantie de crédibilité.

En France, la confiance se construit dans la durée, par la concordance entre discours et actions. En ce sens, la qualité juridique d’entreprise à mission ne doit pas être adoptée à titre expérimental. Lorsqu’elle est adoptée sans la capacité réelle d’en assumer les exigences, elle devient contre-productive non seulement pour l’entreprise elle-même, mais aussi en affaiblissant l’attractivité des entreprises à mission et en sapant la crédibilité du dispositif dans son ensemble.

Pour les pouvoirs publics, ces résultats soulignent l’importance des dispositifs de vérification des entreprises à mission, en particulier le rôle des organismes tiers indépendants (OTI), qui encadrent strictement les engagements tout en formulant des attentes particulièrement élevées.

En Italie, la logique est différente. La crédibilité des engagements repose sur un contrôle institutionnel, assuré par l’Autorità Garante della Concorrenza e del Mercato (AGCM) qui veille à la conformité des déclarations des entreprises, en sanctionnant des pratiques jugées trompeuses.

Ces configurations différentes suggèrent que la confiance ne dépend pas seulement de l’existence de mécanismes de vérification, mais aussi de leur lisibilité et de la manière dont ils sont perçus. Mieux rendre visibles et compréhensibles ces dispositifs – qu’ils soient fondés sur la vérification indépendante ou sur le contrôle institutionnel – pourrait renforcer la crédibilité des engagements et encourager l’ensemble des entreprises à ancrer leurs actions dans des pratiques concrètes et durables.

The Conversation

Monica Riviere ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les Français prudents envers les entreprises à mission, contrairement aux Italiens et aux Espagnols – https://theconversation.com/les-francais-prudents-envers-les-entreprises-a-mission-contrairement-aux-italiens-et-aux-espagnols-272916

Contaminación de datos digitales: cómo recuperar el control de la IA

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Pino Caballero Gil, Catedrática de Universidad en Ciencias de la Computación e Inteligencia Artificial, Universidad de La Laguna

Los sistemas de IA generativa cada vez producen más errores, ya que se retroalimentan de ellos, contaminando cada vez más el entorno digital. Kathryn Conrad & Digit / https://betterimagesofai.org / , CC BY-SA

Donde hay petróleo, suele haber contaminación. También ocurre con lo que el matemático Clive Humby llamó el “nuevo petróleo”: los datos digitales.

El término inteligencia artificial (IA) actúa como un paraguas semántico que, intencionadamente, antropomorfiza la estadística para otorgarle una falsa cualidad orgánica. No estamos tratando con mentes digitales, sino con sistemas de probabilidad. Son matemáticas, no biología. Esa noción ambigua, en manos corporativas, diluye la responsabilidad, permitiendo a las empresas tecnológicas apropiarse del trabajo e información ajenos bajo la excusa de un progreso inevitable.

Al humanizar el software, olvidamos que los modelos de IA no aprenden ni crean. Simplemente ejercen una mímica probabilística de lo que ya hemos dicho nosotros. Además, al igual que una fábrica que vierte residuos, estos sistemas, al operar sin ética ni curaduría, están empezando a saturar su propio entorno con desechos digitales.

Esta foto real de un flamenco en el desierto de Aruba (2024) fue el tercer puesto y el voto popular en el apartado de IA de los 1849 Awards siendo luego descalificada al revelarse que no fue generada por IA.
Miles Astray.

Fotocopias de fotocopias

El problema de tratar los datos como un recurso infinito es que ignoramos la contaminación, y no solo en el ecosistema analógico. Los modelos generativos actuales están inundando la red de spam sintético. Esto genera un bucle de retroalimentación negativo: los nuevos modelos se entrenan con textos e imágenes generados por modelos anteriores.

Es como hacer una fotocopia de una fotocopia mil veces. La señal original se pierde. Se llega, así, a lo que se llama colapso del modelo. La maquinaria extractivista es defectuosa por diseño al priorizar la cantidad sobre la calidad y el contexto, destruye el mismo recurso que necesita para funcionar.

Movimiento neo-ludita

Ser ludita nunca significó odiar la tecnología, sino exigir que las máquinas no degradaran la calidad de vida de quienes las operaban. Hoy, esa idea resurge no como una resistencia organizada, sino como una respuesta lógica ante la automatización depredadora.

No debemos temer a una supuesta “superinteligencia” de ciencia ficción que nos domine. El peligro real no es la consciencia de la máquina, sino la concentración de poder de quienes manejan el interruptor.

Ante esto, surgen iniciativas como Nightshade o Glaze, que proponen una defensa técnica de los artistas frente al uso no autorizado de sus obras por parte de modelos de IA generativa.

La idea consiste en aplicar técnicas de esteganografía –ocultación de un mensaje dentro de otro– y de ataques adversarios –entrada al modelo que, de manera intencional, ha sido ligeramente modificada y que es capaz hacer que este modelo genere una salida incorrecta–.

Esto permite que, a ojos humanos, la imagen protegida es idéntica a la original. Sin embargo, a nivel de píxeles, incluye perturbaciones numéricas que impiden su uso por herramientas de IA. Esas alteraciones atacan directamente la fase de entrenamiento en la que el modelo de IA aprende del conjunto de datos. Modifican la forma en que la red neuronal extrae las características de la imagen.

Al “envenenar” la matriz de aprendizaje, se fuerza al modelo a realizar asociaciones erróneas (por ejemplo, asociar la imagen de un perro al concepto de un gato). Esta estrategia constituye un sabotaje a la fiabilidad estadística del sistema, demostrando que, sin datos limpios y consentidos, la maquinaria se vuelve inútil.

¿Se puede entrenar un modelo de manera ética?

La respuesta es sí. La ética no es un freno al avance tecnológico, sino la única garantía de su sostenibilidad a largo plazo. Primero, hay que diferenciar los términos. No es lo mismo “pesos abiertos” (Open Weights) que “código abierto” (Open Source). Liberar los pesos de la red neuronal entrenada es como regalar un pastel ya horneado, pero ocultar la receta y los ingredientes. Permite usar el modelo, pero impide auditarlo o saber si es seguro. La verdadera ética exige transparencia total sobre el conjunto de datos usado: saber exactamente con qué se entrenó el sistema.

Esto no es una utopía teórica. Iniciativas como el modelo de lenguaje abierto Olmo han roto la opacidad de la industria, al publicar el registro completo de entrenamiento y su conjunto de datos. Ello permite una trazabilidad real para auditar qué consume el modelo.

Sin embargo, la transparencia es solo el primer paso. El objetivo final es el consentimiento. Proyectos como The Stack demuestran que es posible entrenar modelos de lenguaje de programación respetando escrupulosamente la opción de auto-exclusión (opt-out) de los desarrolladores que eligen que su material no sea empleado para entrenar inteligencia artificial.

De igual forma, certificaciones como Fairly Trained están empezando a distinguir a aquellos modelos que respetan los derechos de autor frente a los que operan mediante una recopilación indiscriminada.

El futuro de la IA apunta hacia modelos más pequeños y especializados, donde se prioriza la calidad de los datos sobre la cantidad. Al final, no se trata de renunciar a la automatización, sino de elegir: herramientas transparentes basadas en el consenso o cajas negras cimentadas en el saqueo. El futuro será colaborativo, ético y humano, o no nos gustará estar en él.

The Conversation

Pino Caballero Gil reciben fondos de MCIN/AEI/10.13039/501100011033, Unión Europea NextGenerationEU/PRTR y Fundación CajaCanarias-La Caixa.

Marcos Rodríguez Vega no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Contaminación de datos digitales: cómo recuperar el control de la IA – https://theconversation.com/contaminacion-de-datos-digitales-como-recuperar-el-control-de-la-ia-270702

Limpia, fija… y se pone al día: la actualización del ‘Diccionario de la lengua española’

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Iván Ramírez Sánchez, Doctorando en Lenguas y Culturas, Universidad de Jaén

Salón de plenos de la Real Academia Española. RAE, CC BY-NC-ND

El Diccionario de la lengua española es la obra insignia de la Real Academia Española. En 2026 verá la luz su 24.ª edición, coincidiendo con el 300 aniversario del Diccionario de autoridades, el primer diccionario académico, publicado entre 1726 y 1739 y precursor del actual.

Sin embargo, entre 2017 y 2025 se realizaron varias modificaciones en la vigesimotercera edición: enmiendas, adiciones de palabras y acepciones, además de algunas supresiones. Entonces, ¿qué diferencia hay entre las actualizaciones y una nueva edición?

Cómo se actualiza la 23.ª edición (en línea)

Una nueva edición de un diccionario general de lengua, como es el caso del diccionario académico (o DLE), implica una revisión profunda de lo que se conoce como macroestructura –la lista de palabras que se definen– y la microestructura –la información que se proporciona de una determinada palabra–. Podría decirse que la obra se revisa de arriba a abajo y de izquierda a derecha. En el caso de la RAE, este trabajo suele ocupar no menos de ocho o diez años.

Gracias a los avances tecnológicos y, en particular, el desarrollo de la informática e internet, es posible actualizar parcialmente los diccionarios. Es lo que hacen, por ejemplo, el Oxford English Dictionary, gestionado en Reino Unido, o el Merriam-Webster, editado en Estados Unidos.

La RAE, con el apoyo de la Asociación de Academias de la Lengua Española –que integra todas las academias que estudian y regulan el uso del español en distintos países hispanohablantes–, empezó a realizar estas actualizaciones en 2017. Desde entonces, entre noviembre y diciembre se han dado a conocer algunos de los principales cambios realizados sobre las versiones en línea del DLE, tanto en web como en aplicación para teléfonos inteligentes y tabletas.

Estos cambios afectan a las palabras (se añaden o se eliminan), las acepciones (aumentan o disminuyen) y las formas complejas, que es el nombre técnico que reciben estructuras del tipo mano izquierda o con la mano en el corazón, que encontraríamos en la entrada mano¹. Todas estas informaciones se amplían –lo que se conoce como adición–, modifican, –denominado en lexicografía como enmienda– o suprimen.

La mayor parte de las adiciones responde a nuevas realidades en la sociedad que se reflejan en el lenguaje y, en particular, en el léxico. Un caso claro es el de la tecnología, pues desde 2017 se han añadido al DLE palabras como clic, mensajear, videollamada, bitcóin, vapeador, cookie o gif, entre otras.

Todos los cambios que se producen en la obra académica están respaldados por datos lingüísticos de diversa procedencia. La documentación de una palabra o un uso concreto se analiza y estudia desde el punto de vista lexicográfico. Esto se hace no solo para describir su utilización, sino también para integrarla en la obra. Hay palabras que en un determinado sentido coinciden con otras, de manera que garantizar la coherencia es fundamental y, a la vez, complejo en una obra que contiene aproximadamente 95 000 entradas y cerca de 200 000 acepciones.

Cambios y novedades: hacia la 24.ª edición

Ese es el estado actual de la 23.ª edición, que se publicó en soporte físico y digital en 2014. Doce años después, la RAE y la ASALE publicarán la 24.ª edición en formato digital, si bien es posible que, con la demanda suficiente, se publique también en papel. Esto quiere decir que, a diferencia de la metodología tradicional, en la que se digitalizaba la obra física terminada, esta edición nace a partir de una base de datos y una estructura electrónica que se visualiza en una página web o en una aplicación. La razón de este cambio viene dada por la tendencia de los usuarios a consultar las versiones electrónicas de los diccionarios.

Portada de la última edición publicada del _Diccionario de la Lengua Española_.
Portada de la última edición publicada del Diccionario de la Lengua Española.
RAE, CC BY-NC-ND

Sin embargo, no solo en el plano técnico hay avances; también en el ámbito lexicográfico habrá cambios significativos. En lexicografía se emplean una serie de marcas para diferenciar palabras de distintos ámbitos, por ejemplo, la zona geográfica. Este tipo de marcas se denominan diatópicas.

Hasta ahora, en el DLE había una distinción entre aquellas palabras propias de los países hispanohablantes y aquellas características de España. En concreto, las primeras se marcaban con una abreviatura del país –Méx. por México, P. Rico por Puerto Rico o Am. para señalar que se usa en general en los países americanos–. Las palabras propias de España recibían marcas concretas por la comunidad autónoma, como And. por Andalucía, Sal. por Salamanca o Can. por Canarias, mientras que la marca Esp. indica que es un sentido general de España.

Esta distinción, fuertemente criticada durante décadas, es una herencia de la tradición en el trabajo lexicográfico de la Academia, que se remonta al siglo XVIII. Desde entonces han existido marcas específicas de regiones de España porque los primeros académicos eran todos españoles y los diccionarios de la RAE de este periodo se centraban en el español de España. No fue hasta el siglo XIX cuando empezó a estudiarse el léxico de los países americanos y las palabras se marcaron consecuentemente.

Banderas de los países hispanohablantes que integran la Asociación de Academias de la Lengua Española.
Banderas de los países hispanohablantes que integran la Asociación de Academias de la Lengua Española.
ASALE

La próxima edición acabará con esta diferenciación por regiones españolas. La anterior directora del DLE, Paz Battaner, señaló que se revisará la marcación diatópica “como reflejo del espíritu de esta nueva edición: […] se garantizará un tratamiento en pie de igualdad de las palabras usadas en un país o en varios”. En este sentido, la incorporación de la lexicógrafa Dolores Corbella Díaz como académica en el año 2023 responde a la intención de la RAE de prestar más atención al léxico diferencial americano.

La Real Academia Española se fundó en 1713 con el objetivo fundamental de estudiar la lengua en todas sus dimensiones. Desde aquel Diccionario de autoridades han transcurrido tres siglos de avances metodológicos y tecnológicos. La 24.ª edición del Diccionario de la lengua española apunta a ser un hito para la lexicografía hispánica que redundará en el beneficio de todos los que hablamos la lengua española.

The Conversation

Iván Ramírez Sánchez no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Limpia, fija… y se pone al día: la actualización del ‘Diccionario de la lengua española’ – https://theconversation.com/limpia-fija-y-se-pone-al-dia-la-actualizacion-del-diccionario-de-la-lengua-espanola-271446

¿Quién manda en alta mar? El tratado que cambia las reglas del juego en el océano

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Paula Lamo, Profesora e investigadora, Universidad de Cantabria

Oleksandr Matsibura/Shutterstock

El 17 de enero entró en vigor un acuerdo internacional que afecta a más de la mitad del planeta: el Tratado de Alta Mar, conocido también como el Acuerdo sobre la Biodiversidad más allá de la Jurisdicción Nacional. El manuscrito intenta regular quién puede pescar, los trayectos de los grandes buques, el tipo de proyectos que se pueden hacer en el océano profundo y quién se beneficia de los recursos marinos del futuro.

Territorio de nadie y de todos

La alta mar empieza más allá de las 200 millas náuticas de cada país, es decir, a 370,4 kilómetros de la costa. Ocupa alrededor del 64 % de la superficie oceánica, lo que la convierte en la mayor “zona sin dueño” de la Tierra. Cada año la cruzan decenas de miles de buques mercantes y militares. Solo la ruta Asia–Europa mueve millones de contenedores atravesando durante semanas aguas que no pertenecen a ningún Estado. Y buena parte de la pesca industrial a gran escala se hace también allí, lejos de cualquier costa y con un control muy limitado.

Durante décadas, la tecnología aplicada al mar ha corrido más rápido que las normas. Los barcos son hoy auténticas fábricas flotantes. Los arrastreros congelan y procesan el pescado a bordo. Algunos buques portacontenedores miden más de 400 metros y transportan más de 20 000 contenedores en un solo viaje. Y los científicos trabajan con robots a seis mil metros de profundidad. Pero las reglas para proteger esos espacios seguían siendo débiles y fragmentarias.

El Tratado de Alta Mar nace para cambiar eso. No crea un gobierno mundial del océano, pero sí un marco común para conservar y usar de forma sostenible los ecosistemas marinos fuera de las aguas nacionales. La medida más visible es la posibilidad de crear áreas marinas protegidas en alta mar. Hasta ahora, más del 90 % de las áreas protegidas estaban dentro de aguas nacionales y cada país protegía la suya propia. En alta mar apenas había ejemplos, porque nadie tenía autoridad clara para decidir.




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Nuevas reglas de juego

Con el nuevo tratado, los países pueden proponer zonas basándose en criterios científicos. Si se aprueban, se fijarán normas de uso, lo que puede afectar a rutas marítimas, a la pesca o a actividades industriales. El objetivo político es proteger el 30 % del océano antes de 2030. Hoy, menos del 8 % del océano está protegido de alguna forma, y solo una pequeña parte de esa protección es realmente estricta.

Pongamos un ejemplo con una ruta típica entre Shanghái y Rotterdam, caracterizada por una travesía de más de 10 000 millas náuticas (18 520 kilómetros), la mayor parte de ella en alta mar. Si un tramo de ese trayecto atraviesa en el futuro una zona protegida sensible, la naviera podría tener que modificar ligeramente la ruta, reducir velocidad o demostrar que su paso no daña un ecosistema concreto. No es un cambio dramático, pero sí una nueva variable en la planificación, junto al combustible, el tiempo y los costes.

Como novedad, el tratado introduce la evaluación de impacto ambiental en alta mar. Hasta ahora, un proyecto podía ejecutarse en aguas internacionales con requisitos ambientales muy desiguales. Pero con el nuevo marco, cualquier actividad que pueda tener efectos significativos deberá estudiarse antes.

Un buen ejemplo de lo que supone este nuevo requisito se evidencia con los tendidos de los cables submarinos. Hoy existen más de 500 cables que cruzan los océanos y transportan más del 95 % del tráfico mundial de datos. Muchos pasan por zonas profundas poco estudiadas. Con el tratado, antes de colocar un nuevo cable habrá que analizar su impacto sobre fondos marinos, especies sensibles o áreas ecológicas relevantes y justificar las decisiones técnicas.

Lo mismo ocurrirá con campañas pesqueras intensivas o con investigaciones que alteren físicamente el entorno. Ya no bastará con que algo sea posible. Habrá que demostrar que se han considerado alternativas y que los daños se reducen al mínimo.

Este aspecto es de gran relevancia porque está directamente relacionado con los recursos genéticos marinos, de lo que existe muy poco conocimiento.

En el océano existen bacterias de fuentes hidrotermales, algas o organismos de profundidad con propiedades únicas. Algunos compuestos ya se usan en medicamentos contra el cáncer o en cosméticos. Una sola molécula descubierta en el mar puede generar millones de euros.

Hasta ahora, quienes tenía capacidad tecnológica para encontrar esos organismos podía explotarlos casi sin restricciones. Pero el tratado introduce la idea de reparto de beneficios: si esos recursos generan valor comercial, parte de los beneficios deberá compartirse, especialmente con países que no tienen medios para explorar el océano por sí mismos. Eso no frena la investigación, pero sí obliga a documentar mejor el origen de los datos y las muestras.




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Un acuerdo histórico que nos afecta a todos

El tratado también apuesta por la transferencia de tecnología. Vigilar la alta mar no es barato: hacen faltan satélite, sensores, drones, buques patrulla y análisis masivo de datos. En la actualidad, pocos países concentran esa capacidad.

El fin del nuevo acuerdo es que, con cooperación y formación, más Estados puedan participar en la vigilancia y protección del océano, lo que tendrá un impacto directo sobre el transporte marítimo. El 90 % del comercio mundial se mueve por mar, por donde cada día navegan más de 50 000 buques mercantes. La alta mar es su gran autopista.

El tratado no quiere bloquearla, pero sí hacerla compatible con la protección ambiental. ¿Por qué? A medio plazo, algunas rutas podrían atravesar zonas protegidas con normas especiales, obligando a integrar criterios ambientales en la planificación de trayectos, en la velocidad, en el consumo y en las decisiones operativas. También aumentará la importancia de demostrar cumplimiento: no bastará con declarar que se cumplen las normas.




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¿Hay algo que quede exento de regulación con el tratado? Sí: la minería de los fondos marinos, que seguirá siendo competencia de la Autoridad Internacional de los Fondos Marinos (ISA). Sin embargo, las evaluaciones de impacto y las áreas protegidas pueden limitar dónde y cómo se podrán hacer esas explotaciones. El mensaje implícito es que ya no todo vale en cualquier parte del océano.

Tras su entrada en vigor, ahora se deben crear órganos de gobierno, comités científicos y sistemas de control. La eficacia dependerá de si se destinan recursos reales a vigilar y hacer cumplir las normas. Sin barcos, satélites y datos, las reglas no trascenderán del papel.

No obstante, con este acuerdo histórico, la alta mar deja de ser el “Lejano Oeste” del planeta. No pasa a tener dueño, pero sí reglas claras para asegurarnos de que el océano sigue existiendo tal y como lo conocemos. Aunque el asunto parece ajeno a nuestro día a día, afecta a lo que comemos, a lo que compramos y a cómo se mueve el mundo. Más de la mitad de la Tierra empieza a tener normas pensadas para durar, no para agotarse. Y eso, aunque ocurra lejos de la costa, nos toca mucho más de cerca de lo que creemos.

The Conversation

Paula Lamo no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. ¿Quién manda en alta mar? El tratado que cambia las reglas del juego en el océano – https://theconversation.com/quien-manda-en-alta-mar-el-tratado-que-cambia-las-reglas-del-juego-en-el-oceano-273969

Zelandia, lo que el continente oculto puede decirnos sobre el cambio climático

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Laia Alegret, Professor in Paleontology, Universidad de Zaragoza

Pirámide de Ball, en las islas Lord Howe, una de las pocas tierras emergidas de Zelandia, aparte de Nueva Zelanda. Wikimedia Commons., CC BY

Hace 80 millones de años, cuando los dinosaurios dominaban la Tierra, una masa continental equivalente a la mitad de Estados Unidos (o algo superior a toda la extensión de la Unión Europea) se separó de Australia y de la Antártida y permaneció separada del resto de continentes durante tantos millones de años que su flora y fauna evolucionaron de manera independiente, con miles de especies endémicas.

Así nació Zelandia, un continente de 4,9 millones de kilómetros cuadrados, protagonista de una larga historia de separación, rotación, elevación y hundimiento, hasta alcanzar su posición actual.

En la actualidad, se encuentra sumergida a miles de metros de profundidad en el océano Pacífico, y solo aflora por encima de las aguas un 6 % de su superficie, que corresponde a sus montañas más altas: las islas de Nueva Zelanda y Nueva Caledonia.

Una región crítica para los estudios climáticos

La historia climática de un continente queda grabada en sus rocas pero, en el caso de Zelandia, solo podemos ver las de sus montañas más altas, que asoman por encima del nivel del mar. El resto del continente está sumergido; por eso, para conseguir muestras de los fondos oceánicos, se necesitan tecnología y muchos recursos. Este es uno de los motivos por los que fue un continente prácticamente desconocido durante décadas.

Además, se trata de una región crítica donde los modelos climáticos presentan deficiencias en sus predicciones. Si no son capaces de reproducir el clima del pasado, que conocemos a través de estudios geológicos, ¿cómo van a predecir el clima del futuro?

El estudio del clima pretérito fue uno de los principales objetivos de una expedición internacional que exploró Zelandia en 2017.

Núcleos de sondeo extraídos del fondo oceánico durante la Expedición 371 (Integrated Ocean Discovery Program) a Zelandia.
Laia Alegret

En ella, se perforó el fondo marino con cilindros huecos para extraer rocas a miles de metros de profundidad. Un material de valor incalculable, que está siendo estudiado por equipos científicos internacionales.

Las muestras recuperadas han permitido reconstruir la historia del continente desde que se separó de Australia y la Antártida hace 80 millones de años. Ahora sabemos que hubo momentos en los que Zelandia emergió de las aguas y hubo tierra firme, cubierta por vegetación. Y otros en los que se hundió a miles de metros de profundidad.

Como si fuera una montaña rusa, estos grandes movimientos verticales se han relacionado con la tectónica de placas. Las mismas fuerzas modelaron el anillo de fuego del Pacífico, sobre el que se sitúa Zelandia. Se trata de la zona del planeta con más volcanes y terremotos, y han afectado al clima global a largo plazo.

Las muestras de Zelandia siguen aportando, además, una gran cantidad de datos sobre el clima del pasado que permitirán mejorar los modelos climáticos.

Bibliotecas rocosas bajo el agua

Las rocas extraídas de los fondos oceánicos son una biblioteca de la historia climática de Zelandia a lo largo de millones de años: el clima existente en un momento concreto se puede deducir a partir del tipo de sedimento, su estructura, su composición y los fósiles que contiene.

Los isótopos de algunos elementos que forman las rocas y los fósiles, como el oxígeno, el carbono o el neodimio, también dan información sobre aspectos relacionados con el clima. Así se puede deducir, por ejemplo, la temperatura de las aguas, la productividad biológica o las corrientes oceánicas.

Finalmente, los cambios climáticos se estudian analizando los estratos que se han ido depositando de manera sucesiva a lo largo del tiempo. Además de transformaciones graduales, en Zelandia se observan varios ejemplos de calentamiento que se consideran rápidos desde el punto de vista geológico. Estos cambios más bruscos dejan huella, por ejemplo, en el tipo de sedimento que se deposita en los fondos marinos y también provocan cambios en los ecosistemas marinos.

La importancia científica de Zelandia

La investigación de Zelandia ha revelado que hace entre 41 y 53 millones de años, durante el Eoceno, se produjeron varios eventos de calentamiento de distinta rapidez y magnitud. La respuesta de los ecosistemas marinos fue diferente, en función del aumento de la temperatura. Estos datos permiten mejorar los modelos y predecir las consecuencias de los distintos escenarios de cambio climático previstos para un futuro cercano.

El calentamiento observado hace 52 millones de años resulta especialmente interesante porque revela cambios inesperados en las corrientes oceánicas. Por ejemplo, la llegada de una nueva masa de agua profunda erosionó los fondos oceánicos y favoreció a organismos marinos que se benefician de corrientes intensas. Así, la composición química de fósiles de peces revela que esta nueva masa de agua profunda se originó cerca de la Antártida.

Se trata de un hecho difícil de explicar en un “planeta invernadero”, sin hielo permanente, porque las aguas necesitan enfriarse en la superficie para volverse lo suficientemente densas como para hundirse. Este descubrimiento desafía nuestra comprensión de la circulación oceánica en un mundo invernadero, hacia el que nos dirigimos en la actualidad.

Entender estos mecanismos del pasado es crucial para anticipar y mitigar los efectos del cambio climático futuro, ya que el océano juega un papel fundamental en la distribución del calor en nuestro planeta.

La investigación de este continente hundido en el Pacífico abre nuevos interrogantes sobre cómo funcionaban los océanos en un mundo más cálido y nos invita a reconsiderar nuestros modelos climáticos actuales.

The Conversation

Laia Alegret recibe fondos de MICIU/AEI /10.13039/501100011033 y FEDER, UE (proyectos PID2023-149894OB-I00, PID2019-
105537RB-I00 y CGL2017-84693-R). Su participación en la Expedición International Ocean Discovery Program 371 y la investigación relacionada fueron también financiadas por ECORD (European Consortium for Ocean Research Drilling), y por una una Beca Leonardo a Investigadores y Creadores Culturales 2017, Fundación BBVA. Esta investigación utiliza muestras proporcionadas por International Ocean Discovery Program.
Laia Alegret es Académica Numeraria de la Real Academia de Ciencias Exactas, Físicas y Naturales de España.

Gabriela J. Arreguín-Rodríguez recibe fondos del proyecto de I+D+i PID2023-149894OB-I00, financiado por MICIU/AEI/10.13039/501100011033/ y FEDER/UE.

Guido Ernesto Mantilla Lucero recibe fondos del proyecto de I+D+i PID2023-149894OB-I00, financiado por MICIU/AEI/10.13039/501100011033/ y FEDER/UE bajo el contrato de Formación de Personal Investigador (FPI) PRE2024-UZ-01

Irene Peñalver Clavel recibe fondos del proyecto de I+D+i PID2023-149894OB-I00, financiado por MICIU/AEI/10.13039/501100011033/ y FEDER/UE bajo el contrato de Formación de Personal Investigador (FPI) PRE2020-092638.

Martina Caratelli recibe fondos del proyecto de I+D+i PID2023-149894OB-I00, financiado por MICIU/AEI/10.13039/501100011033/ y FEDER/UE; y ayuda Juan de la Cierva JDC2023-051289-I financiada por MICIU/AEI /10.13039/501100011033 y por el FSE+

ref. Zelandia, lo que el continente oculto puede decirnos sobre el cambio climático – https://theconversation.com/zelandia-lo-que-el-continente-oculto-puede-decirnos-sobre-el-cambio-climatico-272598

Aristóteles abrió un mejillón hace 2 000 años… y vio algo que seguimos estudiando hoy

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Antonio Figueras Huerta, Profesor de investigación del Consejo Superior de Investigaciones Científicas, Instituto de Investigaciones Marinas (IIM-CSIC)

Aristóteles y Alejandro Magno. Charles Laplante.

En el siglo IV a.C., Aristóteles realizó las primeras observaciones científicas detalladas sobre mejillones mediterráneos en su Historia Animalium (Historia de los animales).

El filósofo griego los denominó μύες (myes) y describió con una precisión sorprendente una estructura que milenios después la ciencia identificaría como proteica: el biso, un conjunto de filamentos proteicos que segregan ciertos moluscos bivalvos para adherirse al sustrato y que históricamente se obtuvo de la nacra (Pinna nobilis) para producir tejidos conocidos como seda marina. En el pasaje IV, 5, 528b, escribió: «οἱ δὲ μύες προσπέφυκασι ταῖς πέτραις καὶ ἐκ τῶν μορίων ἔξω τινα ἔχουσιν, ἐξ ὧν ἀφίενται τὸν ἰσχὺν ὅσον προσκεῖσθαι ταῖς πέτραις». Es decir: «Los mejillones están adheridos a las rocas y poseen una parte del cuerpo que sobresale, de la cual producen un hilo con el que se aferran firmemente a ellas».

Historia animalium de Aristóteles, edición de 1619.
Wikimedia Commons., CC BY

La precisión de Aristóteles al describir el biso, confirmada dos mil años después por investigaciones contemporáneas sobre proteínas adhesivas, demuestra que la observación rigurosa puede trascender las limitaciones tecnológicas de su época.

En la misma obra, también identificó correctamente que los mejillones se alimentan filtrando el agua, una observación que anticipa el concepto moderno de organismos filtradores marinos.

Bivalvos en la literatura clásica

Muchas de las categorías establecidas por Aristóteles coinciden notablemente con las clasificaciones actuales. Los μύες (myes) eran mejillones, que en el Mediterráneo son de la especie Mytilus galloprovincialis y forman densos bancos en áreas rocosas intermareales.

Roca cubierta de mejillones mediterráneos en la costa de Portugal.
Wikimedia Commons., CC BY

Las ὄστρεα (ostreae) eran las ostras, incluida Ostrea edulis, especie nativa europea consumida tanto por griegos como por romanos. Aunque Aristóteles las situó principalmente “en el fondo”, esta especie se adhiere con frecuencia a sustratos duros, formando arrecifes.

Las πίνναι (pinnai) correspondían a la imponente Pinna nobilis o nacra, el bivalvo más grande del Mediterráneo, capaz de alcanzar hasta 120 cm. Muy apreciada en la antigüedad, esta especie se encuentra hoy en peligro de extinción debido al parásito protozoo Haplosporidium pinnae, que desde 2016 ha devastado sus poblaciones.

Fan mussel Pinna nobilis_ en una pradera de posidonias.
Arnaud Abadie / Wikimedia Commons., CC BY

Las τελλίναι (tellinai) incluían almejas y berberechos como Ruditapes decussatus, un bivalvo infaunal que vive enterrado en sedimentos arenosos. Las κτείς (kteis) eran las vieiras, entre ellas Pecten jacobaeus. Precisamente, Aristófanes (ca. 446-386 a. C.) menciona este tipo de productos del mar en su comedia Los Caballeros, donde aparecen como manjares vendidos en el ágora ateniense.

Busto deAristophanes en la Galería Uffizi, Florencia, Italia.
Alexander Matayatsky / Wikimedia Commons., CC BY

Plinio el Viejo describió en su Naturalis Historia (s. I) la capacidad natatoria de las vieiras, un comportamiento confirmado por estudios modernos que han demostrado que los pectínidos nadan expulsando agua al cerrar rápidamente sus valvas.

Las καρδία (kardia) eran berberechos del género Acanthocardia, llamados así por su forma de corazón, y aparecen indirectamente en fragmentos de comedias griegas. Las σωλήν (solen) correspondían a las navajas como Solen marginatus, cuyo comportamiento excavador Aristóteles describió correctamente en su Historia Animalium.

Finalmente, las φωλάδες (pholades) eran dátiles de mar (Lithophaga lithophaga), moluscos perforadores de roca caliza. Su explotación fue tal que hoy están protegidos en el Mediterráneo por la Directiva de Hábitats.

Primera página de la obra Historia Natural, de Plinio el Viejo.
Wikimedia Commons., CC BY

Ecología marina a la griega

Los textos antiguos contienen observaciones sorprendentes sobre la ecología marina, desde referencias a la necesidad de aguas limpias hasta la importancia de la oxigenación del agua.

Estas intuiciones coinciden con el conocimiento moderno: los mejillones del género Mytilus reducen su tasa metabólica cuando las concentraciones de oxígeno disuelto caen por debajo de 5-6 mg/L de oxígeno disuelto para mantener su metabolismo normal, y la agitación del agua garantiza tanto esa oxigenación como el aporte de fitoplancton, su principal alimento. Actualmente, los mejillones son bioindicadores reconocidos de la contaminación y se utilizan en programas internacionales de biomonitoreo, como el Mussel Watch Program.

Moluscos en la mesa

La gastronomía también desempeñó un papel central. Ateneo de Náucratis (s. II) recogió en su obra Deipnosophistae las tradiciones culinarias de toda Grecia, incluyendo referencias a la estacionalidad de los mariscos.

Los textos antiguos señalan que los mejillones eran de mejor calidad antes del verano, lo cual coincide con el ciclo reproductivo de Mytilus galloprovincialis, que presenta dos períodos de desove principales: primavera (marzo-mayo) y otoño (septiembre-octubre). Antes del desove primaveral, los mejillones acumulan reservas de glucógeno que aportan dulzor y firmeza, mientras que, tras el desove, la carne se vuelve más acuosa y menos sabrosa.

Los mejillones ya eran un plato muy apreciado en la antigua Grecia.
Wikimedia Commons., CC BY

Por su parte, Arquéstrato de Gela (s. IV a. C.), el primer gastrónomo occidental, estableció en su obra Hedypatheia jerarquías geográficas de calidad para distintos mariscos, recomendando mejillones de Abdera y Mitilene y ostras del Helesponto –hoy Dardanelos–. Estas diferencias culinarias reflejan gradientes reales de salinidad, temperatura y productividad.

Los bivalvos formaban parte de la dieta cotidiana en la Grecia clásica. Ostras y almejas se consumían crudas con vinagre, aceite y hierbas aromáticas, mientras que los mejillones se cocinaban con frecuencia y podían acompañarse de garum, la popular salsa de pescado fermentado griega.

Vieiras y ostras también se asaban directamente sobre las brasas. A estos mariscos se les atribuían propiedades afrodisíacas, vinculadas a Afrodita y a la fertilidad marina.

A la lonja en ánforas

El comercio de bivalvos está documentado arqueológicamente. Ánforas con sellos comerciales y restos de mercados de pescado en Atenas y otras ciudades costeras evidencian un consumo amplio. Depósitos domésticos de conchas, incluso en viviendas no aristocráticas, confirman su presencia generalizada. En la época romana, las ostras podían conservarse en salmuera para facilitar su transporte, como documentaron Plinio y Columela.

Los romanos llevaron la relación con los bivalvos más lejos mediante el desarrollo de técnicas de ostricultura en el siglo I a.C. Plinio atribuye a Sergius Orata (s. I a. C.) la innovación de los primeros criaderos de ostras en el lago Lucrino, en la Campania, alrededor del 95 a.C. Estas técnicas son las precursoras de los métodos modernos de cultivo suspendido. No existe evidencia directa de acuicultura en Grecia.

Conchas de Bolinus brandaris, de donde se sacaba el tinte púrpura de Tiro.
Luis Fernández García / Wikimedia Commons., CC BY

Aunque no pertenecen a los bivalvos, los múrices merecen mención por su papel en la economía antigua. Estos gasterópodos eran la fuente de la púrpura de Tiro, el tinte más valioso del Mediterráneo. Se necesitaban entre 10 000 y 12 000 individuos para obtener apenas un gramo de pigmento, lo que convirtió la púrpura en un símbolo de poder imperial. La industria está documentada en Creta desde el II milenio a. C., lo que sugiere posibles orígenes minoicos.

Usos simbólicos y curativos

El simbolismo religioso también otorgó un papel destacado a los bivalvos. Los Himnos homéricos describen el nacimiento de Afrodita de la espuma marina y la tradición posterior la asoció con conchas, como muestran depósitos votivos con restos de ejemplares de Pecten, Ostrea y Glycymeris.

La concha representaba el nacimiento y la renovación, la belleza oculta y la fertilidad, un simbolismo que se mantuvo durante siglos.

El nacimiento de Venus (1482-1485), óleo sobre lienzo.
Sandro Botticelli.

Además, los bivalvos también tuvieron usos medicinales. Galeno (129-216) prescribía remedios que incluían polvo de concha de ostra y Dioscórides (40-90) menciona preparaciones similares en su obra De Materia Medica. Estas prácticas tenían una base empírica: las conchas están compuestas mayoritariamente por carbonato cálcico, una fuente eficaz de calcio.

… hasta nuestros días

Hoy, los bivalvos siguen siendo objeto de investigación y constituyen recursos económicos importantes. La producción mundial de mejillones supera los 2,2 millones de toneladas anuales, con China como principal productor y España como líder europeo, gracias a las Rías Gallegas.

Este patrimonio biológico se ve amenazado por muchas actividades humanas. Pinna nobilis está al borde de la extinción y Ostrea edulis ha sufrido declives superiores al 85 % desde el siglo XIX debido a la sobreexplotación, las enfermedades y la degradación del hábitat. El cambio climático y la acidificación oceánica afectan la calcificación de sus conchas, al reducir la disponibilidad de iones carbonato.

Las observaciones antiguas sobre la importancia de las aguas limpias adquieren hoy nueva relevancia en un Mediterráneo amenazado por la contaminación, la eutrofización y la sobrepesca. La herencia intelectual de los naturalistas griegos sigue vigente: comprender el mar con rigor, cuestionar con humildad y reconocer que hasta los habitantes más humildes del océano merecen estudio, respeto y protección.

The Conversation

Antonio Figueras Huerta no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Aristóteles abrió un mejillón hace 2 000 años… y vio algo que seguimos estudiando hoy – https://theconversation.com/aristoteles-abrio-un-mejillon-hace-2-000-anos-y-vio-algo-que-seguimos-estudiando-hoy-271216