Accord UE-Inde : les deux géants tracent leur voie, loin des pressions de l’ère Trump

Source: The Conversation – France (in French) – By Catherine Bros, Professeur des universités en économie, Université de Tours – LEO, Université de Tours

La présence d’Ursula von der Leyen en Inde est l’occasion de concrétiser un projet d’accord commercial lancé en 2007 entre l’Union européenne et le pays le plus peuplé du monde. Loin de constituer une réaction aux tarifs douaniers de Donald Trump, ce partenariat repose sur un objectif de long terme: tracer une voie autonome ensemble. Pour comprendre cet accord, retour sur les relations commerciales entre le Vieux Continent et New Delhi.


La visite d’Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, en Inde vient clôturer une série de déplacements en 2025 de dirigeants européens dans ce pays devenu un partenaire convoité à la suite des inquiétudes issues de la prééminence chinoise dans le commerce mondial. À cette occasion est annoncée la conclusion d’un accord de libre-échange négocié depuis 2007 entre l’Union européenne (UE) et l’Inde.

Nous serions tentés, dans le tumulte actuel, de penser que cet accord est le fruit d’une réaction à la politique tarifaire hargneuse des États-Unis, qui ferait de l’Europe un succédané des États-Unis aux yeux de l’Inde et vice versa. Ce serait tout à fait inexact.

Le rappel de la longue gestation de cet accord suffit à montrer qu’il est fondé sur une politique de long terme. Les négociations ont été lancées en 2007, puis suspendues pendant neuf ans – des désaccords sur le degré de libéralisation et le traitement de secteurs sensibles freinaient aussi bien les Indiens que les Européens. Elles ont repris vigueur en 2022, au moment où le monde, et en particulier l’UE, a pris soudainement conscience de sa dépendance à la Chine.

Car l’Inde est le pays le plus peuplé du monde avec 1 471 179 309 d’habitants au 26 janvier 2026, et la quatrième puissance économique mondiale depuis ce début d’année. Ensemble, l’Inde et l’UE représentent 25 % du produit intérieur brut (PIB) mondial et un tiers du commerce international.

Tandis que l’UE est le deuxième marché commercial pour l’Inde, en absorbant 8 % des ventes indiennes à l’étranger en 2025, juste derrière les États-Unis qui en captent près de 13 %, à l’inverse, l’Inde reste un partenaire commercial modeste pour l’UE. Seulement 2 % des exportations européennes lui sont destinées, ce qui place le pays au 10ᵉ rang des clients de l’UE.

Alors, que cherchent l’UE et l’Inde dans cet accord ? Et, concrètement, quelles relations commerciales cet accord vise-t-il à faire évoluer entre les deux blocs ?

Accord de long terme, timing politique

Cet accord commercial s’inscrit dans une vision stratégique de long terme, dont l’accélération a été catalysée par les dynamiques de reconfiguration du commerce mondial depuis la pandémie de Covid-19. Au cœur de cette dynamique, une volonté commune de réduire les dépendances vis-à-vis de la Chine. En 2025, près de 18 % du marché indien et plus de 23 % du marché européen de biens importés proviennent de Chine.

Ainsi, cet accord n’est pas une recherche opportuniste de nouveaux débouchés face à la fermeture relative du marché des États-Unis, mais bien un choix structurant dont la concrétisation à ce moment précis répond, elle, à une logique éminemment politique.

Sous l’administration Trump, tant l’Inde que l’UE subissent les contrecoups d’une politique commerciale agressive, une remise en cause unilatérale des équilibres commerciaux établis. En signant, dans ce contexte, l’accord de libre-échange, l’Inde comme l’UE entendent tracer une voie autonome.

Un marché intérieur indien difficile d’accès

Au moment de la reprise des discussions, en 2022, le taux de croissance de l’économie de l’Inde frisait les 7 %, et sa population venait de dépasser celle de la Chine. En 2024-2025, malgré un niveau de revenus encore modeste, la consommation finale était dynamique, avec une croissance aux alentours de 4 %.

L’Inde a longtemps fait preuve d’une certaine circonspection vis-à-vis du commerce mondial. Elle a pratiqué, bien avant Trump, une politique de droits de douane élevés : 18 % de taxes en moyenne applicable aux marchandises originaires de pays membres de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2021, rendant son marché intérieur relativement difficile d’accès.

Son retrait du commerce mondial a été marqué entre 2014 et 2020. Comme l’illustre le graphique ci-dessous, l’ouverture de son économie, mesurée par le poids des échanges commerciaux (exportations plus importations) dans son PIB, a diminué durant cette période. Cette tendance reflète une réduction de son activité économique à l’international par rapport à son dynamisme interne.

Attirer des investissements en Inde

À partir de 2014, le gouvernement indien a mis en place des programmes, comme le Make in India, visant à attirer les investissements directs étrangers (IDE).

Dans cet objectif, le gouvernement a mis en place des politiques de levée des restrictions sur les IDE, de facilitation administrative et d’investissement dans les infrastructures, dont la défaillance a longtemps été pointée du doigt comme un frein à l’investissement.




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Car l’Inde a un besoin aigu de développer son secteur manufacturier pour ne pas voir son dividende démographique lui échapper, et être en mesure de créer des emplois à un rythme aussi soutenu que la croissance de sa population active.

L’UE, deuxième fournisseur de l’Inde

Dans cet article, nous nous appuyons sur les données du Global Trade Tracker qui compile en temps réel les informations douanières publiées par les administrations compétentes de chaque pays.

L’UE représente un partenaire commercial essentiel pour l’Inde. C’est son deuxième fournisseur, juste derrière la Chine et devant les États-Unis. Entre 2011 et 2025, les importations indiennes en provenance de l’UE sont restées stables, oscillant entre 10 % et 12 %, dépassant systématiquement celle des États-Unis, 8 à 9 % sur les cinq dernières années.

Parmi les produits les plus exportés par l’UE et les États-Unis vers l’Inde, on trouve des produits métalliques à recycler – fer, acier, aluminium –, des avions et des pièces détachées, ou encore des gammes de médicaments. L’UE se distingue des États-Unis par ses exportations de machines-outils, d’appareils de mesure, de véhicules de tourisme et de produits chimiques.

Un autre point clé est la plus grande diversité des exportations européennes comparées aux exportations américaines. Les 25 produits européens les plus exportés vers l’Inde représentent un tiers de ses exportations totales, contre 58 % côté états-unien. Avec cette concentration moindre, l’accord avec l’UE diffusera une baisse des coûts et des prix dans l’économie indienne.

Lente érosion des parts de marché de l’UE depuis 2010

Depuis la fin de la décennie 2010, l’UE a vu s’éroder ses parts de marché dans le monde, en particulier dans les pays en développement. Celles-ci sont passées de 18 % en 2018 à près 15 % en 2025, soit une perte de 20 % de parts du marché mondial. Cette perte concerne la majorité de ses produits, au profit principalement de la Chine.

Même les 100 produits les plus exportés par l’UE vers le reste du monde – avions, véhicules de tourisme haut de gamme, boîtes de vitesse, turboréacteurs, certains médicaments et vaccins, ou encore articles de parfumerie – ont subi une baisse de leurs parts de marché, pour des raisons pas encore bien identifiées par les économistes. Cela a profité à des pays disposant de technologies comparables, telles que les États-Unis ou d’autres membres de l’OCDE.

De surcroît, la pandémie du Covid-19 a accéléré cette dégradation de la position européenne. Ce recul n’est pas sans lien avec la réactivation des négociations qui a conduit à cet accord.

Contrer les gifles et les coups de canif de Donald Trump

Quand l’administration Trump a annoncé sa première salve de taxes en avril 2025, l’Inde, qui pensait qu’elle serait épargnée par rapport à ses voisins sud-asiatiques, a pris une gifle avec l’imposition de droits de douane de 25 %, agrémentée d’un autre 25 % si elle persistait à se fournir en pétrole auprès de la Russie.

Cette ingérence a profondément heurté l’Inde, tant son gouvernement que son opinion publique, alors que le pays tentait de s’affirmer comme un acteur diplomatique majeur, libre de toute allégeance et maître de ses choix en politique étrangère.

Pour l’UE, la tentative d’acquisition du Groenland par les États-Unis n’est que le dernier épisode d’une longue série de coups de canif dans la relation transatlantique.

Cet accord entend montrer une voie singulière entre l’Union européenne et l’Inde, loin des turbulences répétées engendrées par l’administration Trump, et démontrer que le monde ne se limite pas à l’influence, et aux caprices, de la politique des États-Unis.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Accord UE-Inde : les deux géants tracent leur voie, loin des pressions de l’ère Trump – https://theconversation.com/accord-ue-inde-les-deux-geants-tracent-leur-voie-loin-des-pressions-de-lere-trump-274333

« Binge drinking » : ce n’est pas seulement « combien » on boit, c’est aussi « combien de fois » – et le cerveau trinque

Source: The Conversation – in French – By Mickael Naassila, Professeur de physiologie, Directeur du Groupe de Recherche sur l’Alcool & les Pharmacodépendances GRAP – INSERM UMR 1247, Université de Picardie Jules Verne (UPJV)

Les conséquences du binge drinking ne sont pas seulement liées à la quantité d’alcool ingérée. Des travaux de recherche expérimentaux menés sur des rongeurs suggèrent que la fréquence des épisodes d’alcoolisation importante altère la plasticité cérébrale, qui plus est de façon différente selon le sexe. Des résultats qui expliqueraient pourquoi, chez les jeunes, des déficits mnésiques peuvent apparaître dès les premiers épisodes de binge drinking.


Les conséquences délétères du binge drinking, pratique qui consiste à boire une grande quantité d’alcool en un temps très court, sont souvent pensées comme résultant du volume d’alcool ingurgité en une seule occasion.

Or, nos travaux suggèrent qu’un paramètre clé à prendre en compte est le « schéma » de consommation. En effet, la répétition d’épisodes de binge drinking perturbe des mécanismes cellulaires essentiels à l’apprentissage et à la mémoire. Bonnes nouvelles, cependant : certaines altérations semblent réversibles lorsque les épisodes cessent, et des pistes thérapeutiques commencent à émerger.

Le « binge drinking », fréquent et pas anodin

En France, les enquêtes montrent que les comportements de consommation d’alcool chez les jeunes évoluent : la proportion de ceux qui ne boivent pas augmente depuis quelques années. Cependant, des profils à risque persistent, notamment dans certains contextes : formation professionnelle en apprentissage, sortie du système scolaire, précarité…

Pourquoi s’y intéresser ? Parce que l’adolescence et le début de l’âge adulte sont des périodes clés du développement cérébral. À ces âges, le cerveau continue de se remodeler, au moment même où se construisent des compétences essentielles, telles que mémoire, prise de décision, contrôle du comportement, toutes indispensables à la réussite scolaire, professionnelle et sociale.

Un comportement, et non un simple « écart »

On qualifie de binge drinking le fait de consommer rapidement et massivement de l’alcool : boire environ 6 à 7 verres d’alcool en deux heures, ce qui entraîne une alcoolémieAlcoolémie
taux d’alcool par litre de sang ou par litre d’air expiré.
d’environ 1 à 1,5 gramme d’alcool par litre de sang. Certains jeunes atteignent même deux à trois fois ce niveau, ce que l’on qualifie de binge drinking extrême ou à haute intensité.

Surtout, le binge drinking n’est pas un événement isolé. Il s’inscrit dans un pattern de consommation caractérisé par :

  • la vitesse de consommation ;
  • l’intensité des épisodes ;
  • l’alternance entre ivresses et périodes d’abstinence ;
  • et, point crucial, la fréquence des épisodes.

Dans un article de conceptualisation du binge drinking publié récemment, nous avons proposé, plutôt que de se focaliser sur la seule quantité d’alcool consommée, d’analyser conjointement ces différentes dimensions.

En effet, une de nos études menées chez des jeunes a révélé que la fréquence des ivresses contribue fortement à définir la sévérité du comportement de binge drinking. De manière convergente, des travaux français ont montré que le binge drinking fréquent (deux fois par mois et plus, entre 18 et 25 ans) triple le risque de développer une alcoolodépendance après 25 ans, comparativement à l’absence de pratique ou à une pratique occasionnelle.

Depuis plusieurs années, notre équipe explore les effets du binge drinking sur le cerveau et la cognition, chez l’animal comme chez l’humain. Nos travaux ont contribué à élucider les mécanismes cellulaires à l’origine de ces comportements, dont les conséquences peuvent s’avérer particulièrement délétères.

Des effets qui varient selon le sexe

Chez l’animal, nous avons démontré que, dès les premiers épisodes, le binge drinking altère la plasticité synaptique dans l’hippocampe, une région du cerveau essentielle pour la mémoire et l’apprentissage, notamment via des récepteurs impliqués dans les mécanismes de plasticité synaptique : (les récepteurs NMDA).

Nos travaux menés chez le rat ont révélé que la vulnérabilité à ces effets diffère selon le sexe. En effet, les différences entre les sexes ne tiennent pas seulement aux quantités d’alcool consommées, mais aussi au contexte hormonal. Nous avons notamment mis en évidence une interaction entre l’alcool et les œstrogènesŒstrogènes
les œstrogènes sont des hormones féminines qui jouent un rôle clé dans le développement sexuel et la reproduction.
au niveau de l’hippocampe.

Concrètement, à l’adolescence, les œstrogènes potentialisent les effets de l’alcool sur le cerveau : lorsque leurs niveaux sont élevés, l’alcool perturbe plus fortement les mécanismes de la mémoire chez les rats femelles que chez les rats mâles. Ainsi, chez les rates adolescentes, l’alcool altère la plasticité synaptique uniquement lorsqu’il est consommé pendant les périodes de pic d’œstrogènes, autrement dit durant le proœstrus (qui est l’équivalent de la phase préovulatoire chez la femme).

En outre, lorsque l’on administre aux animaux de l’estradiol, un puissant œstrogène, en même temps que l’alcool, les mêmes altérations apparaissent, y compris chez les mâles ou chez des femelles prépubères normalement peu exposées aux œstrogènes.

Cette interaction entre alcool et œstrogènes crée ainsi une fenêtre de vulnérabilité spécifique, à un moment où le cerveau est encore en pleine maturation.

Une prise de décision altérée, même entre les épisodes

Le binge drinking perturbe également la prise de décision et le fonctionnement d’un système clé du cerveau impliqué dans la motivation, l’apprentissage par la récompense et l’évaluation des conséquences des actions (le système dopaminergique striatal). Cette situation peut entretenir un cercle vicieux, une prise de décision altérée favorisant la répétition des ivresses.

Nous avons constaté que le binge drinking altère la prise de décision principalement chez les mâles, qui deviennent moins capables de faire des choix avantageux. Chez les femelles, il augmente surtout l’impulsivité et modifie le fonctionnement du système dopaminergique, sans altération majeure de la décision elle-même.

Soulignons que ces déficits de prise de décision sont observés en période d’abstinence (24 heures après la dernière consommation), ce qui indique que ce problème ne se limite pas aux périodes durant lesquelles les effets de l’alcool sont aigus : il peut persister entre les épisodes de binge drinking.

Dans nos études cliniques (menées chez l’être humain, donc), nous avons observé chez les jeunes binge drinkers des perturbations spécifiques de la mémoire verbale, touchant l’encodage, le stockage et la récupération des informations. Concrètement, ces perturbations pourraient se traduire par des difficultés à retenir un cours ou à restituer spontanément des informations apprises. Elles sont aussi observées en dehors des épisodes d’ivresse, en période d’abstinence, ce qui indique que l’altération de la mémoire persiste là aussi entre deux épisodes de binge drinking.

Le binge drinking et la mémoire.

Tous ces résultats convergent vers une idée simple : le binge drinking n’est pas un « dérapage » ponctuel, mais un mode de consommation susceptible de laisser des traces neurobiologiques mesurables et d’affecter des comportements essentiels de la vie des jeunes.

Les résultats de notre dernière étude vont dans ce sens, puisqu’ils indiquent que la fréquence des épisodes de binge drinking change la signature cérébrale des atteintes des mécanismes cellulaires de la mémoire.

« Binge drinking » et mémoire : la fréquence change la donne

La question peut paraître simple en apparence, mais elle était jusqu’ici restée sans réponse : le temps qui sépare deux épisodes de binge drinking a-t-il un impact sur le cerveau ?

Basée sur un modèle expérimental où des rats adolescents sont exposés à deux fréquences différentes d’épisodes de binge drinking (espacés ou rapprochés), notre dernière étude révèle que les atteintes cérébrales dépendent du rythme des épisodes de binge drinking.

Schéma montrant l’impact d’une haute fréquence d’épisodes de binge drinking (en haut) et d’une basse fréquence (en bas) sur les mécanismes synaptiques dans l’aire CA1 de l’hippocampe jouant un rôle clé dans la mémoire. À droite, on observe qu’une haute fréquence augmente l’amplitude de la plasticité alors que la basse fréquence abolit la plasticité synaptique.
Olivier Pierrefiche / Margot Debris, Fourni par l’auteur

Parmi les points à retenir, ces travaux démontrent que les altérations de certaines formes de plasticité de l’hippocampe dépendent de la fréquence des épisodes de binge drinking, avec des effets opposés.

Lorsque les épisodes sont rapprochés (haute fréquence), l’alcool bloque ou réduit fortement une forme clé de plasticité synaptique impliquée dans la mémoire, ce qui suggère une incapacité du cerveau à affaiblir certaines connexions synaptiques lorsque cela est nécessaire. À l’inverse, lorsque les épisodes sont plus espacés (basse fréquence), cette même plasticité est exagérée, c’est-à-dire plus intense que la normale.

Pour le dire autrement, à quantité d’alcool comparable, répéter les épisodes à des fréquences différentes modifie différemment le fonctionnement cérébral, en augmentant ou en abolissant la plasticité synaptique.

Des effets sur la mémoire et l’apprentissage qui restent à explorer

Ces deux situations sont potentiellement délétères pour l’apprentissage et la mémoire, car elles traduisent un déséquilibre des mécanismes qui permettent normalement au cerveau d’ajuster, de renforcer ou d’affaiblir les connexions neuronales en fonction de l’expérience.

Une plasticité réduite ou absente peut limiter la capacité à modifier des réseaux neuronaux existants, entravant l’acquisition de nouvelles informations. À l’inverse, une plasticité excessive peut rendre les traces mnésiques moins stables ou moins sélectives, favorisant des apprentissages moins précis ou plus labiles.

Toutefois, les conséquences cognitives exactes de ces altérations opposées restent encore à déterminer. L’étude montre clairement des modifications des mécanismes synaptiques clés de la mémoire, mais des travaux complémentaires sont nécessaires pour établir précisément comment ces déséquilibres se traduisent, à long terme, en termes de performances mnésiques et d’apprentissage.

Autre enseignement de ces travaux : l’arrêt des épisodes de binge drinking permet une récupération spontanée de ces perturbations en deux semaines environ, ce qui suggère l’existence d’une capacité de récupération fonctionnelle.

Enfin, ces recherches nous ont également permis d’explorer les possibilités de réparer les atteintes causées par les épisodes de binge drinking grâce à un traitement précoce original.

Les anti-inflammatoires, une piste à explorer

Notre étude montre qu’après une exposition répétée à des binge d’alcool, un traitement par un anti-inflammatoire (minocycline) (anti-inflammatoire) atténue les perturbations de plasticité induites par l’alcool.

Ce résultat s’inscrit dans un ensemble de travaux suggérant que le binge drinking déclenche une réponse neuro-inflammatoire précoce dans le cerveau, en particulier à l’adolescence. L’alcool active notamment les cellules immunitaires du cerveau (microglie) et augmente la production de médiateurs pro-inflammatoires (cytokines), susceptibles de perturber la transmission entre les neurones.

On sait que le binge drinking est particulièrement toxique pour le cerveau, car entraîne une mort neuronale et des atteintes de la substance blanche (les axones, les extensions des neurones). Ces atteintes sont relayées par des processus de neuro-inflammation.

« Binge drinking : quand le cerveau trinque ! »

Attention toutefois : ces résultats ne justifient pas à ce stade une utilisation clinique systématique de médicaments anti-inflammatoire. Leur intérêt potentiel se situerait plutôt en amont de l’addiction, dans une logique de prévention ou d’intervention précoce, par exemple chez des jeunes exposés à des épisodes répétés de binge drinking mais ne présentant pas encore d’addiction à l’alcool.

Par ailleurs, il est important de souligner que ces observations découlent de travaux précliniques, donc menés uniquement chez l’animal. Pour l’instant, les premiers essais de modulateurs neuro-inflammatoires menés chez des patients souffrant de troubles de l’usage d’alcool ont donné des résultats mitigés.

En effet, chez les personnes souffrant d’addiction installée, les mécanismes en jeu sont plus complexes et durables, et l’efficacité de stratégies anti-inflammatoires seules reste à démontrer dans des essais cliniques contrôlés.

Pourquoi est-ce important ?

Les repères de réduction des risques insistent déjà sur des limites hebdomadaires et sur le fait d’avoir des jours sans alcool.

Mais dans la vie réelle, que ce soit en médecine générale ou aux urgences par exemple, les épisodes de binge drinking sont parfois banalisés (« Ce n’est que le week-end »). Or, nos résultats soutiennent que la répétition pourrait être un facteur clé des atteintes neurocognitives : cela plaide pour un repérage systématique de la fréquence des épisodes et pour des interventions brèves ciblées. En consultation, les médecins doivent avoir conscience que demander « combien de fois ? » peut être aussi important que « quelle quantité ? »

Le fait que l’on constate une récupération de certaines atteintes de la transmission synaptique après l’arrêt peut se traduire facilement en un puissant message de santé publique : réduire la fréquence (ou interrompre la séquence d’épisodes) du binge drinking pourrait permettre au cerveau de recouvrer des fonctions essentielles d’apprentissage à l’adolescence. C’est un levier motivant, notamment pour les jeunes : on ne parle pas seulement de risques lointains, mais d’effets mesurables et potentiellement réversibles à court terme.

Enfin, ces travaux pourraient ouvrir des pistes thérapeutiques, cibler la neuro-inflammation, mais avec prudence, car leur efficacité chez l’humain dans le cadre du binge drinking ou de l’addiction à l’alcool n’est pas encore démontrée.

Ces résultats vont dans le sens des constats posés par des synthèses récentes qui soulignent que, chez les jeunes, des déficits mnésiques peuvent apparaître très tôt et impliquer des mécanismes de neuro-inflammation ou d’épigénétique.

Ils renforcent une idée structurante : en matière de binge drinking et de consommation d’alcool en général, il faut sortir d’une vision « dose totale = risque total ». Pour comprendre et prévenir, on doit intégrer le pattern, autrement dit le schéma de consommation, dont la fréquence des épisodes.

The Conversation

Mickael Naassila est Président de la Société Française d’Alcoologie et d’Addictologie (SF2A) et de la Société Européenne de Recherche Biomédicale sur l’Alcoolisme (ESBRA); Vice-président de la Fédération Française d’Addictologie (FFA) et vice-président junior de la Société Internationale de recherche Biomédicale sur l”Alcoolisme (ISBRA). Il est membre de l’institut de Psychiatrie, co-responsable du GDR de Psychiatrie-Addictions et responsable du Réseau Nationale de Recherche en Alcoologie. Il a reçu des financements de l’ANR, de l’IReSP/INCa Fonds de lutte contre les addictions. Il est membre sénior de l’IUF Institut Universitaire de France.

Margot Debris a reçu des financements du ministère français de l’Enseignement supérieur et de la Recherche dans le cadre de son doctorat. Elle est membre de l’ESBRA (European Society for Biomedical Research on Alcohol).

Olivier Pierrefiche est membre de l’ESBRA (European Society for Biomedical Research on Alcoholism) et de la Société française des Neurosciences.

ref. « Binge drinking » : ce n’est pas seulement « combien » on boit, c’est aussi « combien de fois » – et le cerveau trinque – https://theconversation.com/binge-drinking-ce-nest-pas-seulement-combien-on-boit-cest-aussi-combien-de-fois-et-le-cerveau-trinque-273205

Polyarthrite rhumatoïde : en l’absence de traitement pour la guérir, de nouvelles pistes pour la prévenir

Source: The Conversation – in French – By Kevin Deane, Professor of Medicine and Rheumatology, University of Colorado Anschutz Medical Campus

Un massage doux peut aider à soulager les douleurs articulaires et les gonflements liés à la polyarthrite rhumatoïde. Toa55/iStock/Getty Images Plus

La polyarthrite rhumatoïde est une maladie inflammatoire auto-immune qui déforme douloureusement les articulations et handicape parfois lourdement les personnes qui en souffrent. Si les traitements se sont améliorés et permettent parfois une rémission, ils ne peuvent garantir une guérison. Pour cette raison, une partie des recherches s’oriente vers la prévention.


Plus de 18 millions de personnes dans le monde souffrent de polyarthrite rhumatoïde, dont près de 1,5 million d’Américains (et environ 320 000 Français, NdT).

Il s’agit d’une forme de rhumatisme inflammatoire d’origine auto-immune : le système immunitaire s’attaque aux articulations, provoquant une inflammation importante. Celle-ci peut entraîner douleurs, raideurs et gonflements articulaires ; de nombreux patients décrivent aussi une fatigue marquée et une sensation pseudo-grippale.

En l’absence de traitement, la maladie peut entraîner de lourds dommages aux articulations. Mais même lorsqu’elle est prise en charge, elle peut progresser et être à l’origine de handicaps significatifs. Préparer les repas, s’occuper d’enfants, s’habiller… Accomplir les gestes du quotidien peut devenir très difficile, en particulier lorsque la polyarthrite rhumatoïde revêt une forme très active, ou quand elle atteint un stade avancé.

Jusqu’ici, la prise en charge intervenait généralement après l’apparition des symptômes. Or un corpus croissant de données suggère qu’il est possible d’identifier la maladie plus tôt – et laisse même espérer pouvoir peut-être, à terme, la prévenir.

En tant que médecin-chercheur spécialiste de la polyarthrite rhumatoïde, j’ai mené un essai clinique visant à évaluer des traitements ciblant cette affection. Selon moi, ces travaux constituent un pas de plus vers une médecine capable d’identifier les personnes à risque de polyarthrite rhumatoïde avant que la maladie ne se déclare, dans l’optique de leur proposer des stratégies pour en retarder l’apparition, voire l’empêcher. J’espère que ces recherches conduiront dans les années à venir à améliorer la prise en charge de cette affection.

Dépister la maladie avant qu’elle ne cause des dommages

Aujourd’hui, lorsqu’une personne consulte pour des douleurs articulaires ou parce qu’elle manifeste des symptômes évoquant un possible problème auto-immun, elle passe un examen clinique qui consiste notamment à inspecter ses articulations afin de détecter tout gonflement. Il s’agit là de la base du diagnostic, lequel est ensuite confirmé par des analyses sanguines visant à mettre en évidence la présence de marqueurs particuliers, appelés auto-anticorps.

Si tous les patients ne présentent pas de telles anomalies biologiques, il faut savoir que jusqu’à 80 % d’entre eux possèdent dans leur organisme deux auto-anticorps : le facteur rhumatoïde et les anticorps anti-peptides cycliques citrullinés (anti-CCP).

Au-delà des douleurs articulaires, la polyarthrite rhumatoïde affecte l’ensemble du système immunitaire (vidéo en anglais).

Plusieurs études ont par ailleurs confirmé que la polyarthrite rhumatoïde se développe en passant initialement par une phase préclinique. Durant cette période, certains marqueurs biologiques, tels que le facteur rhumatoïde et les anti-CCP, deviennent détectables dans le sang, alors même que les articulations ne sont pas encore atteintes par le gonflement caractéristique de la maladie. Leur présence indique qu’une réaction auto-immune est en cours, même si l’organisme fonctionne encore correctement : durant cette phase préclinique, une personne à risque peut ne ressentir absolument aucun symptôme.

En pratique, maintenant que les chercheurs ont identifié ce stade préclinique, il devient envisageable pour les praticiens de repérer les personnes à risque avant que ne se déclenche l’inflammation articulaire, en s’appuyant sur la présence de certains marqueurs biologiques, tels que les auto-anticorps, ainsi que sur certains signes cliniques évocateurs, tels qu’une raideur articulaire matinale qui se prolonge.

Précisons que, pour l’instant, la capacité à prédire le risque d’évolution de cette phase préclinique vers une polyarthrite rhumatoïde fait encore l’objet de recherches. Cependant, les spécialistes de la polyarthrite rhumatoïde tendent vers la mise en place d’approches permettant d’évaluer ledit risque au cours de visites médicales de routine (à la façon dont la mesure du cholestérol renseigne sur le risque cardiovasculaire).

Explorer le stade préclinique de la polyarthrite rhumatoïde

Grâce aux progrès réalisés en matière de prédiction, les chercheurs peuvent désormais s’atteler à identifier les traitements les plus à même de retarder ou d’empêcher l’apparition de la polyarthrite rhumatoïde.

Des essais cliniques impliquant des personnes positives aux anti-CCP ou présentant d’autres facteurs de risque (tels que des douleurs articulaires et une inflammation infraclinique, c’est-à-dire détectée par des techniques d’imagerie comme l’IRM) ont notamment été menés.

À ce jour, la plupart de ces travaux ont visé à évaluer l’efficacité en matière de prévention de médicaments immunomodulateurs déjà utilisés dans la prise en charge de la maladie une fois celle-ci déclarée. On peut citer par exemple le méthotrexate, l’hydroxychloroquine ou le rituximab. Pourquoi tous ces médicaments présenteraient-ils un intérêt en prévention ? Selon les chercheurs, leur administration sur une courte durée pourrait induire une « réinitialisation » durable du système immunitaire, et ainsi empêcher l’évolution vers la maladie.

Deux études ont en particulier démontré qu’un médicament immunosuppresseur, l’abatacept, était capable de retarder le déclenchement de la polyarthrite rhumatoïde, et ce, même après l’arrêt du traitement.

Bien que pour l’instant, aucune de ces molécules n’a encore reçu d’autorisation dans un contexte de prévention de la polyarthrite rhumatoïde, ces travaux laissent espérer que les chercheurs finiront par identifier la molécule adéquate – ainsi que la dose et la durée optimales de traitement.

Il reste cependant encore plusieurs obstacles à franchir avant que les traitements préventifs ne deviennent la norme. La première difficulté concerne le manque de connaissances concernant la biologie de la phase préclinique, liée au fait que jusqu’à très récemment, la plupart des études portaient essentiellement sur des patients atteints de polyarthrite rhumatoïde déclarée. Les personnes à risque étaient ignorées.

Désormais, il est possible grâce à certains marqueurs sanguins, tels que les anti-CCP, de les identifier plus aisément. De ce fait, un nombre croissant d’études porte aujourd’hui sur des personnes positives aux anti-CCP, éclairant d’une lumière nouvelle les mécanismes biologiques qui sous-tendent le développement de la maladie.

On sait par exemple désormais que le stade préclinique s’accompagne de multiples anomalies : altérations de la régulation de certaines cellules immunitaires, présence d’auto-anticorps, ou encore inflammation systémique. Les chercheurs espèrent maintenant identifier des moyens permettant de cibler ces dérèglements avant que les articulations des patients ne commencent à se déformer.

Les chercheurs ont aussi découvert que les anomalies du système immunitaire observées durant la phase préclinique de la maladie pourraient provenir d’autres endroits du corps que des articulations. Ainsi, selon l’hypothèse des origines muqueuses, les problèmes auto-immuns initiaux résulteraient d’une inflammation des surfaces muqueuses, telles que les gencives, les poumons et l’intestin). Les articulations ne seraient atteintes que plus tard, au cours de la progression de la maladie.

Cette hypothèse, si elle devait être confirmée, expliquerait pourquoi la maladie parodontale, l’emphysème ou d’autres atteintes pulmonaires, ainsi que l’exposition au tabac ou aux fumées d’incendies de forêt sont associées à un risque accru de développer une polyarthrite rhumatoïde. Elle pourrait également expliquer pourquoi certaines bactéries ont aussi été associées à la maladie. Il ne s’agit cependant pour l’instant que d’une hypothèse, et des recherches pour la confirmer (ou l’infirmer) devront être encore menées. De futurs essais cliniques impliquant des approches ciblant les processus muqueux pourraient notamment aider à préciser la nature des mécanismes potentiellement à l’origine de ces observations.

nurse draws blood from patient with outstretched arm
À terme, le dépistage de biomarqueurs de la polyarthrite rhumatoïde pourrait se faire en routine. Toutefois, à l’heure actuelle, les professionnels de santé rencontrent encore souvent des difficultés lorsqu’il s’agit d’identifier parmi leurs patients ceux qui présentent un risque de développer la maladie.
MoMo Productions/DigitalVision via Getty Images

Affiner les prédictions

Même si la présence de biomarqueurs, tels que les anti-CCP, est fortement prédictive du risque de développer une polyarthrite rhumatoïde, en matière de diagnostic, les professionnels de santé se heurtent à une difficulté persistante : certaines personnes positives pour lesdits biomarqueurs ne développeront jamais la maladie.

Selon les études, seuls 20 % à 30 % environ des individus positifs aux anti-CCP développent une polyarthrite rhumatoïde dans les deux à cinq ans qui suivent les analyses ; cependant, la combinaison de la présence de ces biomarqueurs avec d’autres facteurs de risque permet d’identifier les personnes qui présentent un risque supérieur à 50 % de développer la maladie dans l’année qui suit le résultat.

Cette incertitude complique le recrutement pour mener les essais cliniques destinés à évaluer les méthodes de prévention : si l’on ne sait pas précisément qui développera la maladie, il devient difficile de démontrer que les interventions mises en place l’empêchent réellement de survenir…

Jusqu’à présent, les chercheurs ont tenté de recruter pour les essais cliniques des personnes ayant consulté pour des symptômes précoces de la maladie, sans toutefois présenter de gonflements articulaires. Si cette approche s’est révélée efficace, un nombre beaucoup plus important de personnes à risque passent probablement sous les radars des scientifiques, n’ayant pas encore sollicité de soins. Tant que le dépistage systématique des marqueurs sanguins ne sera pas mis en place, les chercheurs devront continuer à s’appuyer sur des réseaux internationaux les plus vastes possibles, afin de recruter – après tests d’identification de facteurs de risque, tels que les auto-anticorps – les candidats destinés à intégrer les essais cliniques de prévention.

Certes, il reste encore beaucoup de travail à accomplir. Toutefois, les avancées actuelles nous rapprochent un peu plus chaque jour du moment où la prévention deviendra enfin une composante de la prise en charge de routine de la polyarthrite rhumatoïde.

The Conversation

Le Dr Deane a reçu des subventions de la Fondation contre l’arthrite, des Instituts nationaux de la santé, de Boehringer Ingelheim, de Gilead et de ThermoFisher, et a participé à des comités consultatifs auprès de Werfen, Boehringer Ingelheim, AllInBio et Lilly. Le Dr Deane fait également partie de groupes de travail sur la prédiction de la polyarthrite rhumatoïde, parrainés par l’American College of Rheumatology et l’European Alliance of Associations for Rheumatology.

ref. Polyarthrite rhumatoïde : en l’absence de traitement pour la guérir, de nouvelles pistes pour la prévenir – https://theconversation.com/polyarthrite-rhumato-de-en-labsence-de-traitement-pour-la-guerir-de-nouvelles-pistes-pour-la-prevenir-274401

Quand l’IA fait parler les morts : une prouesse peu réconfortante

Source: The Conversation – in French – By Tom Divon, Researcher , Hebrew University of Jerusalem

Depuis que les humains enterrent leurs morts, ils cherchent à les maintenir symboliquement à leurs côtés. Les portraits du Fayoum
— ces images saisissantes de réalisme insérées dans les bandelettes des momies égyptiennes — fixaient des visages voués à demeurer présents bien après que la vie a quitté le corps.

Les effigies de différentes cultures avaient le même objectif : rendre présent l’absent, garder le mort à proximité sous une forme ou une autre.

Mais toutes ces tentatives avaient une limite fondamentale. Elles étaient vivantes, mais elles ne pouvaient pas répondre. Les morts restaient morts.

Au fil du temps, une autre idée a émergé : celle des morts actifs. Des fantômes qui revenaient dans le monde pour régler des affaires inachevées, comme des esprits liés à de vieilles maisons. Cependant, lorsqu’ils parlaient, ils avaient besoin d’un médium humain, d’un corps vivant pour leur prêter sa voix et sa présence.

Les médias ont évolué pour amplifier ce désir ancien de faire revenir ce qui est absent. Photographie, cinéma, enregistrements audio, hologrammes. Chaque technique a ajouté de nouveaux niveaux de détail et de nouveaux modes pour faire revivre le passé dans le présent.

Aujourd’hui, l’IA générative promet quelque chose d’inédit : la résurrection interactive.

Elle offre une entité qui converse, répond et s’adapte. Une célébrité décédée, contrainte numériquement à interpréter des chansons qui ne lui ont jamais appartenu. Une femme assassinée dans une affaire de violence domestique réanimée pour « parler » de sa propre mort. Des profils en ligne ressuscitent les victimes de tragédies, « revivant » leur traumatisme à travers des récits présentés comme des avertissements ou des leçons.




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Nous sommes des chercheurs qui étudions depuis de nombreuses années les liens entre la mémoire, la nostalgie et la technologie. Nous nous intéressons particulièrement à la manière dont les gens donnent du sens et se souviennent, et à la façon dont les technologies accessibles façonnent ces processus.

Dans un article récent, nous avons examiné comment l’IA générative est utilisée pour redonner vie aux morts dans des contextes du quotidien. La circulation facile de ces fantômes numériques soulève des questions urgentes : qui autorise ces vies après la mort, qui parle à travers eux et qui décide comment les morts sont mis à contribution ?

Ce qui donne leur force à ces fantômes audiovisuels, ce n’est pas seulement le spectacle technologique, mais la tristesse qu’ils révèlent. Les morts sont transformés en artistes à des fins auxquelles ils n’ont jamais consenti, qu’il s’agisse de divertissement, de consolation ou de messages politiques.

Cette démonstration de la puissance de l’IA révèle également à quel point la perte, la mémoire et l’absence peuvent être facilement adaptées pour atteindre divers objectifs.

Et c’est là qu’une émotion plus discrète fait son apparition : la mélancolie. Nous entendons par là le malaise qui surgit lorsque quelque chose semble vivant et réactif, mais manque d’autonomie.

Ces personnages IA bougent et parlent, mais ils restent des marionnettes, animés selon la volonté de quelqu’un d’autre. Ils nous rappellent que ce qui ressemble à une présence n’est en fin de compte qu’une performance soigneusement mise en scène.

Ils sont ramenés à la vie pour servir, pas pour vivre. Ces personnages ressuscités ne réconfortent pas. Ils nous troublent et nous invitent à une réflexion plus profonde sur ce que signifie vivre dans l’ombre de la mortalité.

À quoi ressemble la « résurrection » ?

Dans notre étude, nous avons recueilli plus de 70 cas de résurrections alimentées par l’IA.

Ils sont particulièrement fréquents sur les plateformes riches en vidéos telles que TikTok, YouTube et Instagram.

Compte tenu de leur prolifération actuelle, nous avons tout d’abord comparé tous les cas et recherché des similitudes dans leurs objectifs et leurs applications. Nous avons également pris note des données et des outils d’IA utilisés, ainsi que des personnes ou des institutions qui les emploient.

L’une des utilisations les plus courantes de l’IA générative consiste à ressusciter numériquement des personnalités emblématiques dont la valeur commerciale, culturelle et symbolique s’intensifie souvent après leur mort. Parmi celles-ci, on peut citer :

  • Whitney Houston – ressuscitée pour interpréter ses propres chansons et celles d’autres artistes, circulant en ligne comme une relique malléable du passé.

  • La reine Elizabeth II – ramenée à la vie sous les traits d’une rappeuse du quartier pour se produire avec une assurance inspirée de la culture urbaine noire. Cette transformation illustre comment des personnalités nationales importantes, autrefois tenues à distance dans leur tour d’ivoire, deviennent une forme de propriété publique après leur mort.

Ces vies après la mort algorithmiques réduisent les défunts à des actifs de divertissement, convoqués à la demande, dépouillés de leur contexte et refaits selon les caprices contemporains. Mais la résurrection par l’IA prend également une tournure plus sombre.

  • Une femme qui a été violée et assassinée en Tanzanie est réapparue dans des vidéos générées par l’IA, où elle est amenée à avertir les autres de ne pas voyager seuls, transformant ainsi sa mort en message d’avertissement.

  • Une femme est convoquée par l’IA pour revivre le jour le plus tragique de sa vie, réanimée numériquement pour raconter comment son mari l’a tuée, intégrant ainsi un avertissement contre la violence domestique.

Ici, les fantômes de l’IA fonctionnent comme des avertissements, des rappels de l’injustice, de la guerre et des blessures collectives non cicatrisées. Dans ce processus, le deuil devient un contenu et le traumatisme un outil pédagogique. L’IA ne se contente pas de faire revivre les défunts. Elle réécrit leurs vies et les remet en circulation en fonction des besoins des vivants.

Si de telles interventions peuvent surprendre au premier abord, leur poids éthique réside dans l’asymétrie qu’elles révèlent : ceux qui ne peuvent refuser sont appelés à servir des objectifs auxquels ils n’ont jamais consenti. Et cela est toujours marqué par un triangle de tristesse : la tragédie elle-même, sa résurrection et le fait de revivre de force cette tragédie.

La mélancolie

Nous suggérons de distinguer deux registres de mélancolie afin de localiser l’origine de notre malaise et de montrer à quel point ce sentiment peut facilement nous désarmer.

Le premier registre concerne la mélancolie liée aux morts. Dans ce mode, les célébrités ou les victimes ressuscitées sont rappelées pour divertir, instruire ou rejouer les traumatismes mêmes qui ont marqué leur mort. La fascination de les voir se produire à la demande émousse notre capacité à percevoir l’exploitation qui est en jeu, ainsi que le malaise, la gêne et la tristesse inhérents à ces performances.

Le deuxième registre est la mélancolie liée à nous, les ressuscités vivants. Ici, le malaise ne provient pas de l’exploitation, mais de la confrontation. En regardant ces spectres numériques, nous sommes rappelés à l’inévitabilité de la mort, même si la vie semble prolongée sur nos écrans. Aussi sophistiqués que soient ces systèmes, ils ne peuvent pas restituer la plénitude d’une personne. Au contraire, ils réaffirment discrètement le fossé entre les vivants et les morts.




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La mort est inévitable. Les résurrections par l’IA ne nous épargneront pas le deuil ; au contraire, elles nous confrontent plus frontalement avec la réalité inéluctable d’un monde façonné par ceux qui ne sont plus là.

Plus troublant encore est le pouvoir spectaculaire de la technologie elle-même. Comme pour tout nouveau média, la fascination exercée par les « performances » technologiques nous captive détournant notre attention des questions structurelles plus difficiles concernant les données, le travail, la propriété et le profit, ainsi que sur qui est ramené à la vie, comment et dans l’intérêt de qui.

Du malaise, pas de l’empathie

Plus une résurrection se rapproche de l’apparence et de la voix humaines, plus nous remarquons clairement ce qui manque.

Cet effet est illustré par le concept connu sous le nom de « vallée dérangeante », introduit pour la première fois par le roboticien japonais Masahiro Mori en 1970. Il décrit comment des figures presque humaines, mais pas tout à fait, ont tendance à susciter un malaise plutôt que de l’empathie chez les spectateurs.

Il ne s’agit pas uniquement d’un problème de défauts techniques dans les résurrections, les imperfections pouvant être réduites grâce à de meilleurs modèles et des données à plus haute résolution. Ce qui reste, c’est un seuil plus profond, une constante anthropologique qui sépare les vivants des morts. C’est la même frontière que les cultures et les traditions spirituelles tentent de franchir depuis des millénaires. La technologie, dans son audace, tente à nouveau de la franchir. Et comme celles qui l’ont précédée, elle échoue.

La mélancolie de l’IA réside précisément ici : dans son ambition de réduire la distance entre la présence et l’absence, et dans son incapacité à le faire.

Les morts ne reviennent pas. Ils ne font que scintiller à travers nos machines, apparaissant brièvement comme des lueurs qui révèlent à la fois notre désir et les limites de ce que la technologie ne peut réparer.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Quand l’IA fait parler les morts : une prouesse peu réconfortante – https://theconversation.com/quand-lia-fait-parler-les-morts-une-prouesse-peu-reconfortante-274146

Tonsils, kidneys and gall: where and why your body makes stones

Source: The Conversation – UK – By Katie Edwards, Commissioning Editor, Health + Medicine and Host of Strange Health podcast, The Conversation

Video_Stock _Production/Shutterstock

The human body, it turns out, is surprisingly good at making stone.

Give it enough time and the right conditions and it will go about crystallising minerals, hardening secretions and, in rare cases, turning tragedy into rock. Gallstones. Kidney stones. Tonsil stones. Salivary stones. And, in one of the strangest and saddest corners of medical history, stone babies.

In the second episode of The Conversation’s Strange Health podcast, we take a tour through the stony side of human anatomy and ask why this keeps happening, where these stones form and which ones you actually need to worry about.

Strange Health explores the weird, surprising and sometimes alarming things our bodies do. Each episode takes a bodily mystery or viral health claim and traces it back to anatomy, chemistry and evidence, drawing on researchers with first-hand experience of these processes. Some discoveries are not ideal mealtime material.

This episode’s guide is Adam Taylor, professor of anatomy at Lancaster University and long-time contributor to The Conversation. Taylor has spent years studying stones in both everyday and extraordinary contexts, including a rare genetic condition called alkaptonuria. In people with this condition, the body cannot properly break down certain proteins, leading to blackened cartilage, dark urine and an unusually high risk of stone formation throughout the body. It is exactly as unsettling as it sounds.

Stones, Taylor explains, form when substances that normally stay dissolved stop behaving themselves. Calcium, phosphate, uric acid and one of the building blocks of protein called cysteine can all crystallise if conditions are right. Once a few molecules stick, more follow. The process snowballs. Over time, a stone appears.

Kidney stones and gallstones are the most familiar examples, and among the most painful. Their jagged crystal edges scrape delicate tissues, trigger spasms and cause bleeding as the body desperately tries to force them through narrow ducts never designed for sharp objects. Larger stones can block urine flow entirely, damaging the kidneys and, if left untreated, causing serious harm.

Smaller stones can form elsewhere. Tonsil stones develop when food debris, bacteria and dead cells collect in the crevices of the tonsils and harden. Salivary stones can form when ducts become blocked by bacteria or foreign material, sometimes something as mundane as a stray toothbrush bristle. These stones are rarely dangerous, but they are often unpleasant, painful and, judging by social media, irresistibly watchable when removed.

Then there are stone babies, or lithopedions. In extremely rare cases, a pregnancy that cannot continue is not expelled from the body. Instead, the immune system encases the remains in calcium, effectively mummifying them to prevent infection. Some have been discovered decades later, only after death.

What unites all of these stones is not toxins or detoxing, but chemistry and fluid balance, and sometimes bad luck. Taylor stresses that dehydration is one of the biggest risk factors. When fluids slow down, materials that are normally carried in fluid begin to solidify. Stones follow.

Listen to Strange Health to understanding why solid things form inside something that is mostly water, and why some stones are medical emergencies while others are just deeply, memorably gross. You have been warned about watching while eating.


Strange Health is hosted by Katie Edwards and Dan Baumgardt. The executive producer is Gemma Ware, with video and sound editing for this episode by Sikander Khan. Artwork by Alice Mason.

In this episode, Dan and Katie talk about a social media clip from tonsilstonessss on TikTok.

Listen to Strange Health via any of the apps listed above, download it directly via our RSS feed or find out how else to listen here. A transcript is available via the Apple Podcasts or Spotify apps.

The Conversation

Katie Edwards works for The Conversation.

Adam Taylor and Dan Baumgart do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Tonsils, kidneys and gall: where and why your body makes stones – https://theconversation.com/tonsils-kidneys-and-gall-where-and-why-your-body-makes-stones-274192

The India-UK trade deal is a prime opportunity to protect some of the world’s most vulnerable workers

Source: The Conversation – UK – By Pankhuri Agarwal, Leverhulme Early Career Research Fellow, University of Bath; King’s College London

AlexAnton/Shutterstock

A new trade agreement between India and the UK is due to come into force this year.
The deal is expected to completely remove tariffs from nearly 99% of Indian goods, including clothing and footwear, that are headed for the UK.

In both countries, this has been widely celebrated as a win for economic growth and competitiveness. And for Indian garment workers in particular, the trade agreement carries real promise.

This is because in recent years, clothing exports from India have declined sharply as well-known fashion brands moved production to places like Morocco and Turkey, which were cheaper.

India’s internal migrant workers (those who move from one region of the country to another looking for work) have been hit hardest, often waiting outside factories for days for the chance of a single shift of insecure work.

Against this backdrop, more opportunities for steadier employment and a more competitive sector under the new trade agreement looks like a positive outcome. But free trade agreements are not merely economic instruments – they shape labour markets and working conditions along global supply chains.

So, the critical question about this trade deal is not whether it will generate employment in India – it almost certainly will – but what kind of employment it will create.

Few sectors illustrate this tension more clearly than the manufacture of clothing. As one of India’s biggest exports, its garments sector is expected to be one of the primary beneficiaries of the trade deal.

But it is also among the country’s most labour-intensive and exploitative industries. From denim mills in Karnataka to knitwear and spinning hubs in Tamil Nadu, millions of Indian workers receive low wages and limited job security.

Research also shows that gender and caste-based exploitation is widespread.

So, if the trade deal goes ahead without addressing these issues, it risks perpetuating a familiar cycle where we see more orders and more jobs, but the same patterns of unfair wages, insecurity and – in some cases – forced labour.

Marginalised

For women workers, who form the backbone of garment production in India, these vulnerabilities are even sharper.

Gender-based violence, harassment and unsafe working conditions have been documented repeatedly across India’s export-oriented factories. Regimes which bound young women to factories under the promise of future benefits that often never materialised show how caste- and gender-based discrimination have long been embedded within the sector.

Even in factories that formally comply with labour laws, wages that meet basic living costs remain rare. Many workers earn wages which are not enough to pay for housing, food, healthcare and education, pushing families into debt as suppliers absorb price pressures imposed by global brands.

On the plus side, the India-UK agreement does not entirely sidestep these issues. There is a chapter which outlines commitments to the elimination of forced labour and discrimination.

But these provisions are mostly framed as guidance rather than enforceable obligation. They rely on cooperation and voluntary commitments, instead of binding standards.

While this approach is common in trade agreements, it limits this deal’s capacity to drive meaningful change. But perhaps even more striking is what has been left out.

Despite the role India’s social stratification system, known as caste, plays in shaping labour markets in India, it is entirely absent from the text of the agreement.

Yet caste determines who enters garment work and who performs the most hazardous and lowest-paid tasks. A significant proportion of India’s garment workforce comes from marginalised caste communities with limited bargaining power and few alternatives.

By addressing labour standards without acknowledging caste, the free trade agreement falls short. It could have required the monitoring of issues concerning caste and gender, and demanded grievance mechanisms and transparency measures that account for social hierarchies.

Instead, a familiar gap remains between commitments to “decent work” on paper and the reality which exists on factory floors.

Missed opportunity

If the India-UK deal is to be more than a tariff-cutting exercise, protections around caste and gender must be central to its implementation.

The deal is rightly being celebrated in both countries as an economic milestone. For the UK, it promises more resilient supply chains and cheaper imports. For India, it offers renewed export growth and the prospect of some more stable employment.

But the agreement’s long-term legitimacy will rest on whether it also delivers social justice.

India can use the deal to strengthen labour protections and ensure growth does not come at the cost of dignity and safety. The UK, as a major consumer market, can use its leverage to insist on enforceable standards for fair wages and decent work.

For trade deals do not simply move goods across borders – they shape the conditions under which those goods are produced.

The Conversation

Pankhuri Agarwal receives funding from the Leverhulme Trust as an Early Career Research Fellow.

ref. The India-UK trade deal is a prime opportunity to protect some of the world’s most vulnerable workers – https://theconversation.com/the-india-uk-trade-deal-is-a-prime-opportunity-to-protect-some-of-the-worlds-most-vulnerable-workers-274055

D’Adolphe Thiers à Édouard Balladur, à qui ont profité les grands emprunts ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Éric Pichet, Professeur et directeur du Mastère Spécialisé Patrimoine et Immobilier, Kedge Business School

En France, un grand emprunt pourrait-il sauver la situation financière de l’État ? D’un côté, un endettement qui ne cesse de croître, de l’autre, des ménages qui épargnent toujours plus. Et si la solution était de demander aux seconds de financer plus ou moins volontairement le premier. Sur le papier, l’idée semble alléchante d’autant que le grand emprunt occupe une place particulière dans l’imaginaire français. Tentant lorsque l’épargne des ménages est une mesure de précaution pour se protéger des conséquences de l’endettement du secteur public.


L’incapacité récurrente des pouvoirs publics en France à ramener le déficit dans les critères de Maastricht a été aggravée par les deux grandes crises récentes, celle des subprimes en 2008 et celle du Covid en 2020. Cette dérive s’est encore accentuée avec l’incapacité de l’Assemblée nationale issue de la dissolution de juin 2024 à s’accorder pour voter une loi de finances qui réduirait ce déficit. En conséquence, ce dernier est attendu à 5,4 % du PIB en 2025 et encore vers 5 % en 2026, soit le plus important de la zone euro relativement au PIB, quel que soit le sort de la loi de finances pour 2026 toujours en suspens, soit très loin du seuil de 3 % fixé par le Pacte de stabilité et de croissance.

Quant à la dette publique, partie de 20 % du PIB en 1980, dernière année d’équilibre des comptes publics, elle culmine à 116 % à la fin de 2025, soit près du double du seuil du Pacte fixé à 60 % du PIB. Ce faisant, elle se situe juste après celle de la Grèce et de l’Italie.

L’inquiétante envolée de la charge de la dette

La longue période de taux d’intérêt très bas voire négatifs auxquels empruntait l’État de 2009 à 2022 était la conséquence directe de l’action inédite des grandes banques centrales pour éviter une dépression mondiale à la suite de la crise des subprimes de 2008. Ce volontarisme monétaire exceptionnel s’est achevé brutalement avec la hausse brutale des taux des banques centrales en 2022-2023 pour juguler la forte inflation qui a suivi l’invasion de l’Ukraine.




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En conséquence, les taux d’émission des obligations françaises à dix ans sont passés de 1 % en 2022 à 3,6 % début 2026, soit à des niveaux supérieurs au Portugal et à l’Espagne et même à la Grèce. Plus grave, la charge de la dette publique (les intérêts versés chaque année aux créanciers des organismes publics) passera de 50 milliards d’euros en 2022 à 75 milliards en 2026 (dont 60 milliards pour le seul État).


Fourni par l’auteur

Source : Programme de stabilité de 2024, charge d’intérêts en comptabilité nationale, Finances publiques et économie (Fipeco).

Le précédent de l’emprunt obligatoire

Face à l’Himalaya de la dette diagnostiqué (avec raison mais un peu tard…) par François Bayrou quand il était premier ministre, les députés socialistes ont repris, au moment des débats sur l’instauration de taxe Zucman l’idée d’un emprunt forcé sur les plus riches en référence à une initiative du premier ministre Pierre Mauroy en 1983. Émis à un taux de 11 % (contre 14 % sur le marché à l’époque) celui-ci avait contraint 7 millions de contribuables à prêter 13,4 milliards de francs (soit environ 5 milliards d’euros) à hauteur de 10 % de leur impôt sur le revenu et de 10 % de leur impôt sur la fortune. Prévu pour trois ans, mais très impopulaire, car touchant également la classe moyenne supérieure, il fut remboursé par anticipation au bout de deux ans et ne fit jamais école.

Si cette idée d’un emprunt forcé a été rejetée par le gouvernement et l’Assemblée nationale le 26 novembre 2025, la piste d’un grand emprunt agite toujours les esprits d’autant que le contexte actuel rappelle celui des précédents historiques, en temps de guerre ou face à des crises budgétaires aiguës, et qu’ils ont toujours été couronnés de succès à l’émission.

L’emprunt de Thiers ou la naissance du mythe

Après la cuisante défaite de la guerre franco-prussienne de 1870-1871, le traité de Francfort du 10 mai 1871 impose à la France, outre la cession de l’Alsace-Lorraine, une indemnité de 5 milliards de francs-or (soit 70 milliards d’euros). Adolphe Thiers, le chef de l’exécutif de l’époque, émet alors un emprunt d’État au taux de 5 % sur cinquante ans garanti sur l’or.

L’engouement des épargnants a permis de payer l’indemnité allemande dès 1873 avec deux ans d’avance mettant ainsi fin à l’occupation militaire. Surtout, le succès de l’emprunt a assis la crédibilité de la toute jeune IIIe République. Puissant symbole de la résilience du pays il inspira d’autres emprunts de sorties de guerre, comme l’emprunt dit de la Libération de 1918 et celui de 1944.

L’emprunt Pinay 1952-1958 ou les délices de la rente

Premier grand emprunt du temps de paix, la rente Pinay – du nom du ministre de l’économie et des finances sous la quatrième et la cinquième République – de 1952 était destinée à sortir le pays des crises alimentaires et du logement de l’après-guerre. L’équivalent de 6 milliards d’euros a été alors levé avec un taux d’intérêt plutôt faible de 3,5 %,, mais assorti d’une indexation de son remboursement sur le napoléon en 1985 (date à laquelle l’emprunt a été complètement remboursé) et surtout une exonération d’impôt sur le revenu et sur les droits de succession.

Cette gigantesque niche fiscale pour les plus riches était d’ailleurs discrètement mise en avant par les agents de change qui conseillaient aux héritiers de « mettre leur parent en Pinay avant de le mettre en bière » pour éviter les droits de succession entraînant au passage de cocasses quiproquos familiaux lorsque le moribond reprenait des forces…

Le succès de la rente Pinay fut tel que de Gaulle, revenant au pouvoir, lui demanda de récidiver avec le Pinay/de Gaulle de 1958 destiné à sauver les finances publiques, restaurer la crédibilité de l’État et accompagner la réforme monétaire qui allait aboutir au nouveau franc de 1960.

L’emprunt Giscard, un grand emprunt coûteux pour l’État

Portant le nom du ministre des finances du président Pompidou, cet emprunt émis en 1973 rapportait 7 % et a levé l’équivalent d’environ 5,6 milliards d’euros sans avantage fiscal mais une obscure sous-clause du contrat prévoyait une indexation automatique sur le lingot d’or en cas d’inflation.

L’or s’étant envolé avec la fin des accords de Bretton Woods de 1971-1974, cet emprunt coûta finalement en francs constants au moment de son remboursement en 1988 près de cinq fois ses recettes.

1993, le dernier grand emprunt

Après la crise des subprimes de 2008, Nicolas Sarkozy avait envisagé l’émission d’un grand emprunt de 22 milliards d’euros pour financer cinq grandes priorités : l’enseignement supérieur, la recherche, l’industrie, le développement durable et l’économie numérique. Il opta finalement pour un financement classique sur les marchés au motif – pertinent – qu’il aurait fallu allécher les particuliers par un taux d’intérêt supérieur.

Le dernier grand emprunt national est donc toujours aujourd’hui l’emprunt Balladur de mai 1993 rapportant 6 % sur quatre ans et destiné à mobiliser l’épargne des Français les plus aisés pour financer l’accès au travail des jeunes et la relance des travaux publics et du bâtiment. Initialement fixé à 40 milliards de francs, son succès fut tel qu’il récolta 110 milliards de francs (30 milliards d’euros) grâce à la souscription de 1,4 million d’épargnants. Le gouvernement Balladur s’étant engagé à accepter toutes les souscriptions des particuliers, il ne put satisfaire les investisseurs institutionnels.

BFM Business, 2025.

Pas (encore) de problèmes de financement pour l’État

Un grand emprunt pourrait-il être la solution dans le contexte actuel pour financer les déficits, comme on l’entend parfois ?

Malgré la dérive des comptes publics, en France, l’État reste crédible avec une note de A+ attribuée par Standard & Poors et par Fitch, et de Aa3 par Moody’s (soit l’équivalent de 16 ou 17/20). Par ailleurs, le Trésor n’a aucune difficulté à emprunter 300 milliards d’euros par an (la moitié pour financer le déficit de l’année et l’autre pour rembourser les emprunts arrivant à échéance), si ce n’est à un taux d’intérêt supérieur de 80 points de base (0,8 %) au taux d’émission des obligations allemandes à dix ans (3,6 % contre 2,8 %). Aujourd’hui la dette publique française s’élève à environ 3 500 milliards d’euros et 55 % de la dette négociable est détenue par les non-résidents.

En France, les particuliers financent environ 10 % de cette dette publique soit 350 milliards d’euros via l’assurance-vie en euros, mais cette niche fiscale est coûteuse et régressive car elle favorise les gros patrimoines. Ainsi, selon le Conseil d’analyse économique, le manque à gagner en recettes fiscales lié à l’assurance-vie au titre des successions serait de l’ordre de 4 à 5 milliards d’euros par an.

Un grand emprunt utile en 2026 ?

Aujourd’hui, les ménages semblent se conformer à la théorie de l’économiste David Ricardo : inquiets de la situation financière du pays, ils augmentent leur taux d’épargne passé de 15 % de leurs revenus en moyenne avant la crise à 18,4 % en 2025. Et leur épargne financière, qui représente 10 % de leurs revenus, culmine à 6 600 milliards d’euros, un niveau bien supérieur à la totalité de la dette publique.

C’est pourquoi un grand emprunt national proposé par un gouvernement stable disposant d’une majorité solide rencontrerait sans doute un grand succès. Il aurait le mérite de redonner confiance au pays et de conjurer ce que The Economist identifie dans un tout récent article publié le 11 janvier 2026 comme le principal problème économique mondial : le pessimisme.

The Conversation

Éric Pichet ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. D’Adolphe Thiers à Édouard Balladur, à qui ont profité les grands emprunts ? – https://theconversation.com/dadolphe-thiers-a-edouard-balladur-a-qui-ont-profite-les-grands-emprunts-273372

What an ancient jellyfish can teach us about the evolution of sleep

Source: The Conversation – UK – By Timothy Hearn, Lecturer, University of Cambridge; Anglia Ruskin University

Cassiopea jellyfish seem to have a sleep state despite the fact they don’t have a brain. THAIFINN/Shutterstock

An upside-down jellyfish drifts in a shallow lagoon, rhythmically contracting its
translucent bell. By night that beat drops from roughly 36 pulses a minute to nearer 30, and the animal slips into a state that, despite its lack of a brain, resembles sleep.

Field cameras show it even takes a brief siesta around noon, to “catch up” after a disturbed night.

A new Nature Communications study has tracked these lulls in cassiopea jellyfish, which belong to a 500 million year-old lineage, as well as in the starlet sea anemone nematostella. The study findings may help settle a long-running debate among biologists about what sleep is for.

Does sleep conserve energy, consolidate memories – or do something more biologically fundamental? Until recently, most evidence for a “house-keeping” role for sleep came only from vertebrates.

When mice sleep, brain and spinal cord fluid surges through the brain and washes away metabolic waste. And a 2016 mouse study found that some types of DNA breaks are mended more quickly during sleep. Time-lapse imaging in a 2019 study of zebrafish showed that sleep lets neurons (nerve cells) repair DNA breaks that build up during waking hours.

The new study showed for the first time that the same process occurs in some invertebrates. That while the jellyfish and sea anemone are awake, DNA damage accumulates in their nerve cells and when they doze, that damage is repaired.

The work pushes the origins of sleep back more than 600 million years, to before the cnidarian branch (jellyfish, anemones, corals) split from the line that led to worms, insects and vertebrates roughly 600–700 million years ago. It also gives weight to the idea that sleep began as a form of self-defence for cells.

The new work moves the discussion to creatures whose nervous systems are much simpler than ours and are little more than thin nets. If sleep repairs their neurons too, that function is probably fundamental because simpler nervous systems evolved first.

The researchers first had to figure out when a jellyfish or anemone is asleep. This is surprisingly tricky: even when they rest, bell muscles keep twitching or the polyp drifts in slow motion. To do this they filmed the animals under infrared light and flashed white light at them or a pulse of food (a tiny squirt of liquid brine-shrimp extract).

Jellyfish that had been pulsing below 37 beats per minute for at least three minutes, and anemones that had stayed still for eight minutes, reacted more slowly. This meets the “reduced responsiveness” criterion for sleep, which is the same across the animal kingdom.

Next, the scientists stained nerve cells in tissue taken from jellyfish in a lab tank to mark where DNA breakages happened. The number of breakages peaked at the end of each species’ active spell (mid-morning for the jellyfish and late afternoon for the anemone) and dropped after a long rest.

When the scientists kept the animals awake by changing the tank’s water currents, both the DNA breaks and the next day’s sleeping time increased, similar to classic “sleep rebound” in humans where your body catches up on sleep.

To test cause and effect, the team shone ultraviolet-B light, which damages DNA, on the animals. This treatment doubled the number of DNA breaks within an hour and prompted extra sleep later the same day. When the animals had dozed, the breaks reduced back toward baseline and the jellyfish resumed their usual daytime rhythm.

Melatonin, the overnight hormone familiar to jet-lag sufferers, was added to the tank water and caused both species to doze during what should have been their busiest stretch (daytime for the jellyfish, night-time for the anemone), leaving their usual rest period unchanged.

The new finding is surprising because melatonin’s soporific role was thought to have evolved alongside vertebrates with centralised brains and circadian rhythms that respond to light cues. Seeing it work in a brainless animal suggests that this evolution took place much longer ago.

Putting these pieces together, it seems wakefulness gradually stresses the DNA in nerve cells. Sleep offers a period of sensory deprivation during which repair enzymes that stitch or swap the components of DNA can work unimpeded.

This logic fits with experiments in fruit-flies and mice which have linked chronic sleeplessness to neurodegeneration. Insomnia has also been linked to build-ups of reactive oxygen molecules (highly reactive by-products of normal metabolism that can punch holes in DNA, proteins and cell membranes).

If jellyfish need sleep to keep their nerve nets intact, the need to sleep probably predates the evolution of brains, eyes and even bodies that are the same on both left and right sides. In evolutionary terms, a nightly repair window could have been vital. Ancient organisms that skipped it may have accumulated mutations in irreplaceable neurons and slowly lost control of movement, feeding and reproduction.

The new study tracked two species in the lab and one in a Florida lagoon, but cnidarians live in many different light levels and temperatures. To be able to generalise this finding, future work will need to confirm that DNA-repair during sleep happens in similar animals that live in different conditions such as cold, deep or turbid waters.

Does this study settle the debate? Not entirely. Sleep almost certainly carries more than one benefit. Tasks such as memory consolidation could have been layered onto an ancient physiological maintenance programme as nervous systems grew more complex.

Yet the new findings strengthen the view that guarding DNA is a core purpose of sleep.

The Conversation

Timothy Hearn does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. What an ancient jellyfish can teach us about the evolution of sleep – https://theconversation.com/what-an-ancient-jellyfish-can-teach-us-about-the-evolution-of-sleep-273307

La lutte contre le changement climatique au Sahel aggrave les conflits : une nouvelle étude montre comment

Source: The Conversation – in French – By Folahanmi Aina, Lecturer in Political Economy of Violence, Conflict and Development, SOAS, University of London

Le Sahel, région semi-aride d’Afrique qui s’étend de l’océan Atlantique à l’ouest à la mer Rouge à l’est, est devenu l’épicentre du terrorisme mondial, en raison du nombre élevé d’attaques perpétrées par des groupes armés et des pertes humaines qui en résultent, y compris parmi les civils. Cette évolution trouve son origine dans un enchevêtrement complexe de facteurs. Parmi ceux-ci figurent la fragilité des États, les économies illicites, la présence limitée du gouvernement dans les zones rurales et les conflits liés à la raréfaction des ressources due aux chocs climatiques.

Je suis politiste et spécialiste des conflits, de la sécurité et du développement en Afrique de l’Ouest. Dans une récente note d’orientation rédigée pour un programme de recherche, j’ai exposé comment les efforts d’atténuation du changement climatique dans les communautés sahéliennes ont intensifié les tensions préexistantes.

La recherche a donné lieu à un travail de terrain approfondi et à des entretiens menés en juillet et août 2025 auprès de membres de communautés au Burkina Faso, au Mali, au Niger et au Nigeria. L’objectif était de comprendre l’interaction entre divers points de tension et les crises auxquelles ils font face.

Les moyens de subsistance sont mis à rude épreuve en raison du changement climatique. Les ressources deviennent rares et réparties de manière inégale. Les structures de gouvernance sont faibles et les groupes armés se disputent le contrôle des territoires.

Les conclusions de l’étude sont claires : l’action climatique peut soit exacerber les crises, soit contribuer à les atténuer.

De nombreux projets de lutte contre le changement climatique prennent la forme d’initiatives de grande ampleur. Il s’agit de parcs solaires, de vastes programmes de reboisement ou de plantations de biocarburants. L’initiative de la « Grande Muraille Verte » et le projet de développement de chaînes de valeur agricole résiliente au climat au Niger en sont des exemples.

Ces projets sont considérés comme essentiels pour réduire l’empreinte carbone. Mais leur mise en œuvre dans des États fragiles présente un risque. Au Sahel, une élaboration de politiques de sécurité environnementale mal conçue peut avoir des effets néfastes et même alimenter l’insécurité qu’elle vise à prévenir. Les approches imposées d’en haut entrent souvent en contradiction avec les réalités sociales et écologiques locales.

A partir de ces constats, je suis arrivé à la conclusion que l’approche des Nations unies en matière d’atténuation du changement climatique au Sahel nécessite une réévaluation. Il faut privilégier des actions d’adaptation :

  • sensibles aux conflits

  • menées par les communautés et adaptées au contexte

  • conçues dans le cadre d’un processus transfrontalier. En effet, les interventions sont susceptibles d’influer sur les économies politiques, les dispositifs de sécurité et les relations communautaires au-delà des frontières, et pas seulement à l’intérieur de celles-ci.

Un environnement fragile

Mes recherches confirment que le changement climatique dans les communautés sahéliennes a exacerbé les tensions préexistantes. Parmi celles-ci, on peut citer :

Insécurité : Les populations locales sont exposées à des conflits aggravés par les pressions induites par le climat. Il s’agit notamment des conflits entre agriculteurs et éleveurs liés à la diminution des pâturages, des affrontements intercommunautaires pour l’accès aux ressources en eau limitées et des tensions ethniques et religieuses aggravées par la concurrence pour les moyens de subsistance.

Les entretiens menés avec des agriculteurs, des éleveurs et des chefs de communauté, entre autres, ont mis en évidence la manière dont les changements dans les régimes pluviométriques, les longues sécheresses et les récoltes imprévisibles compromettent directement les moyens de subsistance. Les populations sont contraintes d’adopter des stratégies de survie au quotidien qui accentuent parfois les conflits locaux.

Fragilité de l’État : Les entretiens menés avec des informateurs clés, notamment des membres des milices locales, montrent l’incapacité des gouvernements à assurer la sécurité, à fournir des services de base ou à servir de médiateurs dans les conflits de plus en plus nombreux.

En conséquence, les communautés sont obligées de se tourner vers d’autres formes de gouvernance et de protection. Il s’agit notamment des milices locales, des autorités traditionnelles et des comités informels de gestion des ressources.

Réseaux criminels : La vulnérabilité climatique et la fragilité de l’État ont créé un environnement qui permet à des organisations extrémistes violentes d’opérer et d’étendre leur influence.

Ces groupes vont de simples bandits armés aux organisations extrémistes violentes telles que Boko Haram et Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM). Ils ne sont pas seulement le résultat d’une idéologie. Ils sont le produit d’un système en crise. Ils exploitent stratégiquement l’insécurité et les griefs créés par le changement climatique et la fragilité de l’État.

Un leader communautaire malien l’a parfaitement exprimé. Il a averti que si une communauté

devient une terre aride … le groupe armé peut profiter de cette occasion pour s’y implanter.

Vers une approche sensible aux conflits

Les propos recueillis lors des entretiens mettent en avant des solutions simples, mais profondes.

Le message principal est clair. Il faut une appropriation locale et une implication de la communauté.

Un chef traditionnel du Burkina Faso, par exemple, a insisté sur le fait que :

si des projets sont mis en place, ils doivent inclure la communauté dès le début, afin que les gens se sentent respectés, que la confiance s’instaure et que les solutions répondent aux besoins réels.

Une personne interrogée au Nigeria a également expliqué que « lorsque les habitants s’engagent auprès du gouvernement, de nombreuses solutions voient le jour ». Au Niger, un acteur local a souligné la nécessité « d’impliquer davantage la population dans le processus décisionnel qui la concerne ».

Ces témoignages plaident pour de nouvelles orientations politiques. Ils militent en faveur d’un abandon du modèle de développement imposé d’en haut, et piloté par les experts.

Pour que l’atténuation du changement climatique soit un facteur de paix, elle doit être intégrée aux efforts de consolidation de la paix et de renforcement de l’État. La participation des autorités locales et des institutions communautaires à la prise de décision peut conduire à des interventions adaptées au contexte, plus légitimes et plus en phase avec les réalités locales.

Cela veut dire concrètement relier le financement climatique à des projets qui ne se limitent pas à des infrastructures d’énergie renouvelable, mais s’étendent aussi à des écoles, des centres de santé et des moyens de subsistance durables. Cela implique un dialogue transparent, mené par la communauté, afin de résoudre les conflits avant qu’ils ne s’étendent à toute la région du Sahel.

Quelques pistes de soltions

La situation critique du Sahel est une leçon importante pour la communauté internationale. L’interconnexion entre le changement climatique, la fragilité des États et les conflits constitue un système complexe et interdépendant. Elle ne peut être résolue par des interventions sectorielles isolées. Les défis sont trop étroitement liés et les enjeux trop importants.

Les politiques internationales en matière de développement et de climat doivent évoluer. L’atténuation du changement climatique n’est pas un exercice technique, mais une occasion de reconstruire les contrats sociaux rompus, de renforcer la résilience des communautés et de promouvoir un développement équitable.

S’attaquer aux causes profondes plutôt qu’aux symptômes peut transformer un cercle vicieux de fragilité en un cercle vertueux de paix et de développement.

The Conversation

Folahanmi Aina does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. La lutte contre le changement climatique au Sahel aggrave les conflits : une nouvelle étude montre comment – https://theconversation.com/la-lutte-contre-le-changement-climatique-au-sahel-aggrave-les-conflits-une-nouvelle-etude-montre-comment-274290

Por qué es tan significativo el tiroteo de Alex Pretti en Minneapolis

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Mark Shanahan, Associate Professor of Political Engagement, University of Surrey

Dos agentes federales de inmigración de la ciudad de Minneapolis están acusados de haber derribado al suelo y luego disparado mortalmente a Alex Pretti, un enfermero de cuidados intensivos de 37 años. El asesinato tuvo lugar a poco más de un kilómetro y medio del lugar donde, semanas antes, otro ciudadano estadounidense, Renee Good, fue presuntamente asesinado a tiros por agentes federales.

El último incidente provocó airadas protestas de los habitantes de Minneapolis, que quieren que se ponga fin a las operaciones de control de la inmigración en su ciudad.

¿Por qué el envío de agentes federales de inmigración ha causado tantos problemas en Minnesota?

Donald Trump ha descrito la inmigración ilegal como “la mayor invasión de la historia”. De hecho, desde su regreso a la Casa Blanca, en enero de 2025, varias ciudades de Estados Unidos han asistido al despliegue de la Guardia Nacional con la intención de sofocarla. Aunque el Tribunal Supremo dictaminó que Trump no tenía autoridad para tales despliegues, hemos visto a agentes federales de la Oficina de Aduanas y Protección Fronteriza y del Servicio de Inmigración y Control de Aduanas de Estados Unidos librando la batalla principalmente contra las minorías en ciudades con liderazgo demócrata. Entre ellas Mineápolis, una ciudad gobernada por los demócratas en un estado liderado por los demócratas.

El gobernador es Tim Walz, que se presentó a la vicepresidencia en la candidatura de Kamala Harris contra Trump en las elecciones de 2024. Walz se ha enfrentado a acusaciones, que él niega, de pasar por alto un supuesto fraude generalizado en la financiación de programas de seguridad social, en el que supuestamente estarían involucrados sectores de la comunidad somalí-estadounidense.

Aunque la mayoría de estas acusaciones han sido refutadas, dieron a Trump motivos para enviar agentes federales. Esto ha aumentado las tensiones entre los funcionarios estatales y la administración, provocando muertes brutales e innecesarias en la comunidad y enfrentando a los ciudadanos de Minnesota con los funcionarios del gobierno federal.

El derecho a portar armas

La segunda enmienda se introdujo en la Constitución de los Estados Unidos en 1791 a través de la Carta de Derechos, debido a una profunda desconfianza hacia el poder militar centralizado y al deseo de garantizar que el recién formado gobierno federal no pudiera desarmar a la población.

Los padres fundadores concebían un “derecho natural de resistencia y autoprotección”. Las acciones de Trump al enviar agentes federales armados para llevar a cabo operaciones de aplicación de la ley en varios estados parecen cumplir las preocupaciones de los padres fundadores.

Los agentes están pisoteando no solo el derecho de los ciudadanos a portar armas, recogido en la segunda enmienda, sino también su derecho a la libertad de reunión, recogido en la primera enmienda.

¿Cómo han afectado los tiroteos mortales a la popularidad de Trump?

La popularidad de Trump está en declive. Su incapacidad para cumplir las promesas económicas esbozadas en su campaña electoral, su enfoque disperso de las relaciones internacionales y la creciente brecha entre la retórica y los logros han dañado su posición en las encuestas.

En una encuesta de la CNN publicada el 16 de enero, casi seis de cada diez encuestados describieron el primer año de Trump en el cargo como un fracaso, ya que el presidente se centró en prioridades equivocadas.

Y el apoyo del que goza está disminuyendo rápidamente, ya que los agentes federales de inmigración parecen estar fuera de control, persiguiendo a muchos más ciudadanos documentados que a inmigrantes ilegales, sembrando el miedo y actuando como si estuvieran por encima de la ley.

Ante lo que parece ser un alto nivel de manipulación psicológica por parte de los funcionarios de Seguridad Nacional, los votantes se están volviendo en contra de la creciente autocracia de esta administración. Y empiezan a creer más en las pruebas difundidas por los medios de comunicación que en las declaraciones altamente polémicas de los lugartenientes de Trump.

Barack Obama y Bill Clinton rompen el silencio

En Estados Unidos existe una larga tradición, y un acuerdo implícito entre los expresidentes, de evitar las críticas públicas al presidente en ejercicio. Esa reticencia a hablar es, por lo general, una muestra de respeto hacia el cargo y un reconocimiento de los retos únicos y difíciles que plantea la presidencia.

Pero Trump 2.0 no es una presidencia normal. El estilo del 47 º presidente es combativo y vengativo, y parece haber una sensación cada vez mayor de que está desfasado con respecto a los deseos y los intereses del país que dirige.

La marcha de Trump hacia la autocracia crea crisis en las que se considera a sí mismo el héroe que el país necesita para superar sus males. Pero us predecesores tienen una opinión diferente.

Tanto Obama denunciando el ataque a los valores fundamentales estadounidenses como Clinton expresando su condena de las “horribles escenas” de Minneapolis, que califica como “inaceptables” y evitables, los expresidentes demócratas no se han contenido. Cabe destacar que el único expresidente republicano vivo, George W. Bush, se ha mantenido hasta ahora en silencio.

¿Qué se puede hacer para evitar más violencia?

Lo más sencillo sería que Trump pusiera fin al despliegue de agentes federales de inmigración en Minneapolis y se abstuviera de tomar medidas similares en el futuro. Es evidente que está buscando una salida y enviar a su “zar de la frontera”, Tom Homan, a Minneapolis para dirigir las operaciones podría ser el primer paso para rebajar la tensión. Pero Trump detesta que le señalen sus errores y, al menos más allá de Minneapolis, es mucho más probable que redoble las actividades de control de la inmigración.

Siendo realistas, lo más probable es que el Congreso muestre su fuerza y se niegue a financiar más actividades federales de control de la inmigración. Los demócratas podrían forzar otro cierre del Gobierno por esta cuestión, y solo necesitan que unos pocos republicanos cambien de opinión para rechazar el presupuesto de 2026 del Departamento de Seguridad Nacional.

A nivel público, cuanto mayor sea el escrutinio de las agencias de control de la inmigración, más rigurosa será la verificación de las declaraciones oficiales y más unánime será la oposición a la política de deportación de Trump.

Estamos en año de elecciones intermedias y, si la presión pública aumenta, los legisladores republicanos podrían alejarse de la línea de Trump. Aunque actualmente controla las palancas del poder, ese control sigue siendo frágil. Incluso Trump podría darse cuenta pronto de que una autocracia abierta, violenta y coercitiva no es sinónimo de votos.

The Conversation

Mark Shanahan tiene una nueva colección editada, Trump Unbound, que saldrá a la venta en octubre de 2026 y será publicada por Palgrave Macmillan.

ref. Por qué es tan significativo el tiroteo de Alex Pretti en Minneapolis – https://theconversation.com/por-que-es-tan-significativo-el-tiroteo-de-alex-pretti-en-minneapolis-274409