Comment les communautés d’arbres façonnent le fonctionnement souterrain des forêts européennes

Source: The Conversation – in French – By Ludovic Henneron, Maître de Conférences en écologie, Université de Rouen Normandie

Mieux comprendre comment l’énergie circule à travers le réseau trophique souterrain des écosystèmes forestiers en fonction des espèces d’arbres alentour. Stephan Hattenschwiler, Fourni par l’auteur

Les écosystèmes du monde entier évoluent rapidement sous la pression des changements globaux tels que le réchauffement du climat, les changements d’usage des terres ou les invasions biologiques, mais ce qui se passe sous terre reste encore mal compris. On sait, par exemple, que les plantes jouent un rôle central dans les « réseaux trophiques », ces ensembles d’interactions d’ordre alimentaire entre les êtres vivants d’un écosystème. Cependant, nous connaissons encore mal la manière dont les communautés végétales, les essences d’arbres d’une forêt par exemple, influencent la circulation de la matière et de l’énergie par les interactions trophiques entre organismes du sol, tels que les microbes (champignons et bactéries) et la faune détritivore, herbivore et carnivore.

Dans notre étude récente, publiée le 6 avril dans Nature, nous nous sommes penchés sur 64 forêts européennes, sur les espèces d’arbres qui s’y trouvent et sur le problème de savoir comment celles-ci influencent l’activité du réseau trophique du sol en matière de flux d’énergie au sein de celui-ci.

Nous avons découvert que les forêts dominées par des espèces d’arbres priorisant l’acquisition des ressources (eau, nutriments et lumière) et étant ainsi capables d’une croissance rapide, comme le charme commun (Carpinus betulus) ou le bouleau verruqueux (Betula pendula), présentent une activité du réseau trophique du sol plus élevée. Ces arbres fournissent, en effet, davantage de matière organique fraîche de bonne qualité nutritive et créent des microclimats plus chauds, stimulant le métabolisme des organismes du sol et accélérant des processus comme la décomposition des matières organiques et le recyclage des nutriments du sol.

À l’inverse, les forêts dominées par des espèces d’arbres priorisant la conservation des ressources, comme le pin sylvestre (Pinus sylvestris) ou l’épicéa commun (Picea abies), et dont la capacité de croissance est ainsi plus lente, présentaient une activité du réseau trophique du sol plus faible.

En d’autres termes, l’identité des espèces et leurs « traits fonctionnels » liés à leur stratégie d’allocation des ressources au sein d’une communauté d’arbres sont plus importants qu’on ne le pensait auparavant.

Étonnamment, le simple mélange de différentes espèces d’arbres n’a pas amélioré le fonctionnement du sol – et l’a même souvent légèrement réduit – malgré l’augmentation de la croissance aérienne des arbres induit par cette diversification. Ce décalage met en lumière un point essentiel : ce qui profite aux arbres en surface ne profite pas toujours au réseau trophique souterrain.

Pourquoi c’est important ?

Ces résultats ont des implications importantes pour la gestion forestière. Promouvoir la diversité des arbres à elle seule pourrait ne pas suffire à maintenir des sols sains, c’est-à-dire capables de fonctionner afin d’assurer la fourniture de multiples services bénéficiant à l’humanité. En revanche, sélectionner les espèces d’arbres en fonction de leurs traits fonctionnels, tels que leur activité métabolique ou leur capacité de croissance, pourrait s’avérer plus efficace pour préserver la vitalité des écosystèmes forestiers.

À l’avenir, le changement climatique devrait accroître la fréquence et l’intensité des sécheresses et ainsi favoriser des espèces d’arbres priorisant la conservation des ressources, car ils sont plus résistants à la mortalité par cavitation induite par le stress hydrique. Nos découvertes suggèrent que ce changement dans la composition en espèces des communautés d’arbres pourrait ralentir le fonctionnement du sol, avec des répercussions importantes pour le recyclage de la matière organique du sol, la disponibilité des nutriments et la régénération forestière. Globalement, l’étude souligne la nécessité de prendre en compte les dynamiques aériennes et souterraines dans la gestion des forêts face aux changements climatiques.

schéma des interactions d’ordre alimentaire entre les organismes du sol
Représentation du réseau trophique du sol. Les flèches représentent les flux d’énergie entre les groupes trophiques, leur épaisseur étant proportionnelle à l’intensité des interactions trophiques. La couleur des flèches montre comment les flux d’énergie peuvent être agrégés par type de ressource et de consommateur afin de quantifier les fonctions du réseau trophique du sol. Le niveau trophique correspond à la position qu’occupent les organismes d’un groupe trophique dans le réseau, mesurant sa distance par rapport à la production primaire autotrophe.
Ludovic Henneron, adapté d’après Henneron et al. (2026). Les silhouettes utilisées sont libres de droit (licence Creative Commons Attribution « CC BY ») et proviennent des sites Phylopic.org et Thenounproject.com, Fourni par l’auteur

Quelles sont les suites ?

Cette recherche ouvre la voie à de multiples perspectives de recherche.

Il serait ainsi intéressant d’étudier de nouveau ces communautés d’arbres et le fonctionnement du réseau trophique du sol de ces forêts de manière répétée dans le temps, afin de suivre la dynamique temporelle conjointe des comportements aérien et souterrain en lien avec les changements globaux en cours. Ceci permettrait de mieux comprendre les liens de causalité en jeu.

Ce travail de recherche pose également des questions concernant l’importance relative pour la nutrition des organismes du sol de différentes sources d’aliments fournis à la base du réseau trophique par les plantes. Parmi celles-ci, on compte les litières, qui constituent l’apport dominant de matière végétale sous forme de feuilles, racines et tiges mortes nécessitant une décomposition pour s’en nourrir. On compte aussi les racines vivantes, qui peuvent être consommées directement par les herbivores ou les pathogènes mais apportent aussi au sol des matières organiques fraîches sous forme soluble directement accessible pour les organismes du sol par un phénomène appelé « rhizodéposition ».


Le projet SoilForEUROPE (ANR-16-EBI3-0009) est soutenu par l’Agence nationale de la recherche (ANR), qui finance en France la recherche sur projets. L’ANR a pour mission de soutenir et de promouvoir le développement de recherches fondamentales et finalisées dans toutes les disciplines, et de renforcer le dialogue entre science et société. Pour en savoir plus, consultez le site de l’ANR.

The Conversation

Ludovic Henneron a reçu des financements de l’ANR (Appel à projets générique 2024, projet Jeunes Chercheuses et Jeunes Chercheurs) pour le projet PLASTRAIT (Plasticité de la qualité des litières foliaires d’arbres : conséquences pour le recyclage de l’azote du sol et les interactions plantes-plantes).

Paul Kardol a reçu des financements de BiodivERsA COFUND call for research proposals, with the national funders Agence Nationale de la Recherche (ANR, France), the Belgian Science Policy Office (BELSPO, Belgium), Deutsche Forschungsgemeinschaft (DFG, Germany), the Research Foundation Flanders (FWO, Belgium), the Swedish Research Council (FORMAS, Sweden).

Stephan Hattenschwiler a reçu des financements de BiodivERsA COFUND call for research proposals, with the national funders Agence Nationale de la Recherche (ANR, France), the Belgian Science Policy Office (BELSPO, Belgium), Deutsche Forschungsgemeinschaft (DFG, Germany), the Research Foundation Flanders (FWO, Belgium), the Swedish Research Council (FORMAS, Sweden) et du programme exploratoire français (France 2030) FairCarboN (ANR-22-PEXF-0001).

David Wardle ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Comment les communautés d’arbres façonnent le fonctionnement souterrain des forêts européennes – https://theconversation.com/comment-les-communautes-darbres-faconnent-le-fonctionnement-souterrain-des-forets-europeennes-282772

La concurrence dans l’intelligence générative n’est pas une guerre de marché classique

Source: The Conversation – France (in French) – By Mokhtar Bouzouina, Docteur en sciences de gestion, Université Paris Nanterre

Depuis la médiatisation de ChatGPT, les annonces se sont multipliées concernant l’intelligence artificielle, chaque géant du numérique développant sa solution. En apparence, il s’agit d’une concurrence féroce entre des groupes rivaux. La réalité pourrait être bien plus nuancée. Les concurrents ne cherchent peut-être pas tant à dominer les autres qu’à devenir des briques indispensables aux succès de leurs concurrents.


De prime abord, la concurrence dans l’intelligence artificielle (IA) générative ressemble à une bataille économique classique : Google contre Meta, Meta contre Anthropic, OpenAI contre Google… Cette approche succincte a l’avantage de la simplicité, mais elle a également le défaut de masquer ce qui fait la singularité de ce secteur.

La concurrence sur ce marché ne prend pas seulement la forme d’une confrontation directe et la course à l’innovation. Elle passe aussi par la capacité à rendre les adversaires dépendants de soi.

Cœur de la concurrence

Pendant des années, du moins au cours de l’émergence de l’IA et des premières années de sa croissance, le cœur de la concurrence dans ce secteur a semblé évident. Sur ce marché – pour s’imposer – il fallait disposer du meilleur assistant IA, soit un programme informatique conçu pour comprendre les demandes humaines, les traiter et leur répondre, de manière plus ou moins naturelle. Mais cette lecture devient moins suffisante aujourd’hui.

Le Stanford AI Index 2025 indique que près de 90 % des modèles dits « courants » d’assistants IA de 2024 proviennent du secteur privé, contre 60 % en 2023, tandis que le milieu universitaire reste la principale source de recherche. Et surtout que les écarts de performance entre les meilleurs modèles se resserrent de manière progressive : l’écart entre le premier et le dixième est tombé de 11,9 % à 5,4 % en un an, tandis que les deux premiers ne sont plus séparés que par 0,7 point.

Autrement dit, lorsque les modèles deviennent techniquement plus proches, la seule supériorité du modèle devient moins discriminante. Dès lors, l’avantage concurrentiel tend à se déplacer : il va moins au seul producteur du modèle qu’à celui qui contrôle les actifs complémentaires (Adner, 2017, Teece, 1986).




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La stratégie judicieuse de Microsoft

C’est ce qui rend dans cet esprit la stratégie de Microsoft particulièrement judicieuse. Avec Azure, Microsoft ne propose pas seulement ses propres offres ou celles d’OpenAI, la plateforme met également à disposition des usagers les modèles d’Anthropic, de Cohere, de DeepSeek, de HuggingFace, de Mistral, de Meta ou de Nvidia. L’enjeu stratégique paraît clair : Microsoft peut gagner même si le modèle qui s’impose n’est pas exclusivement le sien. Son pouvoir tiendrait alors moins à la supériorité d’un modèle particulier qu’à sa position d’intermédiaire.

Amazon suit une logique comparable avec Amazon Bedrock, qui permet d’accéder aux modèles proposés par Anthropic, DeepSeek, Meta, Mistral, OpenAI, Qwen, Stability AI et d’autres entreprises. Là encore, le succès de la stratégie ne provient pas seulement de la possession d’un modèle, mais également de l’organisation de l’accès à plusieurs modèles concurrents. Dans un tel système, un acteur peut monétiser la rivalité de ses propres adversaires, c’est-à-dire utiliser l’affrontement entre ses concurrents comme opportunité pour générer des revenus. Le marché devient dans cette veine moins un marché de produits qu’un marché de points d’entrée.

Cette logique n’est pas entièrement inédite. Elle prolonge un mécanisme déjà observé dans d’autres industries de plateforme : les app stores, les marketplaces ou les écosystèmes logiciels.

Ce qui semble toutefois plus spécifique à l’IA générative tient au fait que la concurrence ne porte pas seulement sur le contrôle de l’accès aux modèles concurrents, mais aussi sur la maîtrise des actifs complémentaires qui permettent de convertir leurs performances techniques en solutions utilisables par les clients : infrastructures cloud, puissances de calcul, semi-conducteurs spécialisés, canaux de distribution, données propriétaires, interfaces d’intégration et écosystèmes logiciels.

Devenir indispensable, même pour ses adversaires

Anthropic offre dans cette perspective un bon exemple de cette concurrence inédite. D’un côté, l’entreprise se mesure frontalement à OpenAI et à Google sur les modèles d’assistants d’IA. De l’autre, elle s’appuie sur plusieurs couches technologiques qui ne lui appartiennent pas entièrement. LeMaGit rapportait, le 22 novembre 2024, que l’entreprise utilise des AWS Trainium, des TPU conçus par Google et des GPU Nvidia (« puces » spécialisées pour l’intelligence artificielle, conçues pour entraîner et faire fonctionner des modèles plus rapidement que des processeurs classiques) afin de développer et mettre en œuvre Claude (un assistant d’IA, similaire à ChatGPT, créé par l’entreprise Anthropic).

Cette dépendance à des infrastructures externes s’est précisée en octobre 2025, lorsque Anthropic a annoncé l’extension de son usage des technologies Google Cloud, comprenant jusqu’à un million de TPU. Dans le même temps, Anthropic a annoncé officiellement avoir signé avec Google et Broadcom un nouvel accord portant sur la production de « plusieurs gigawatts » de capacité de calculs (TPU) de nouvelle génération à partir de 2027.

Être concurrent, ici, ne signifie donc pas s’émanciper des autres, s’éloigner d’eux ; cela laisse entendre, le plus souvent, l’apprentissage de la répartition de ses dépendances.

Oligopoles et interdépendance

La relation entre Microsoft et OpenAI illustre une autre variante de cette logique. Dans leur déclaration commune du 27 février 2026, les deux firmes soulignent que leur partenariat a été conçu pour leur laisser « de l’espace [afin de]… poursuivre de nouvelles opportunités de manière indépendante », tout en continuant de collaborer. Cette phrase résume bien la structure du secteur : l’indépendance proclamée n’abolit pas l’interdépendance ; elle s’y superpose. Nous sommes ainsi loin de la quête de l’indépendance sur les marchés oligopolistiques, comme le soulignait naguère l’économiste Alain Cotta.

Dans l’IA générative, nous ne sommes pas non plus dans une coopétition au sens de Brandenburger et Nalebuff (1996), mais dans une dynamique concurrentielle dans laquelle une firme cherche à accroître sa puissance non seulement en surpassant ses rivales, mais en devenant également indispensable à leur fonctionnement. Il ne s’agit donc pas uniquement de préserver son autonomie face aux rivaux, mais de construire des positions telles que cette autonomie devient elle-même relative, parce que médiatisée par des actifs contrôlés par d’autres.

Demain n’est pas un autre jour

La dynamique concurrentielle relative à l’IA se distingue par un autre trait : elle est de plus en plus un affrontement de « préemption » (Ian McMillan, 1983). Les acteurs ne se battent pas seulement pour vendre aujourd’hui ; ils préparent déjà les conditions de leur puissance de demain.

Le quotidien économique belge l’Écho a révélé, il y a quelques jours, que Broadcom a signé avec Google un accord de long terme pour co-développer et fournir ses puces IA jusqu’en 2031. Quelques jours plus tard, Reuters indiquait que Meta avait renforcé son partenariat avec CoreWeave par un nouvel accord de 21 milliards de dollars (plus de 18 milliards d’euros), venant s’ajouter à un précédent contrat de 14,2 milliards (soit 12,2 milliards d’euros), le tout courant jusqu’en décembre 2032. L’enjeu est loin d’être anecdotique ; ces accords donnent accès à de la capacité cloud future et, pour Meta, aux futures « puces » Vera-Rubin de Nvidia via CoreWeave.

Nous saisissons alors, à partir de ces exemples, pourquoi la concurrence dans l’IA générative ne ressemble pas vraiment à une guerre de marché classique. Dans beaucoup de secteurs, la victoire reposerait sur l’évincement, temporaire ou définitif, du rival. Ici, elle consiste souvent à devenir l’infrastructure, l’intermédiaire ou le fournisseur dont l’adversaire ne peut pas aisément se passer. Le pouvoir se déplace, dans cette perspective, vers le contrôle des « points de passage » : l’accès aux utilisateurs, la capacité de calcul, l’hébergement, les plateformes d’intégration, les « puces ».

Et les régulateurs ?

Cette structure de marché explique parallèlement pourquoi les autorités de concurrence regardent désormais au-delà des seuls modèles économiques de chaque entreprise. Le 24 mars 2026, Reuters rapportait que Teresa Ribera, commissaire européenne à la concurrence, élargissait sa vigilance à l’ensemble de la « pile » IA : les modèles économiques proprement dits, les données d’entraînement (informations utilisées pour apprendre à un modèle de machine learning à faire des prédictions, à reconnaître des schémas ou à générer du contenu) et l’infrastructure cloud.

Ce déplacement du regard est somme toute logique. Si le pouvoir de marché réside désormais dans les dépendances organisées, il ne suffit plus alors de se contenter d’observer qui produit le meilleur assistant IA. Il faut nécessairement regarder qui contrôle les points de passage incontournables du secteur. La bonne question ne consiste peut-être plus à identifier celui qui gagnera à terme la course à l’IA. La question la plus juste serait : qui réussira à se rendre indispensable aux autres ?

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. La concurrence dans l’intelligence générative n’est pas une guerre de marché classique – https://theconversation.com/la-concurrence-dans-lintelligence-generative-nest-pas-une-guerre-de-marche-classique-281441

Ebola déclaré urgence de santé publique mondiale : ce qu’il faut savoir

Source: The Conversation – in French – By Alimuddin Zumla, Professor of Infectious Diseases and International Health, UCL

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a récemment qualifié l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo d’« urgence de santé publique de portée internationale », après la confirmation de cas dans l’Ouganda voisin. Voici ce qu’il faut savoir.


Qu’est-ce qu’Ebola ?

Ebola est une maladie infectieuse grave et potentiellement mortelle. Elle provoque de la fièvre, des lésions vasculaires et, dans les cas graves, des hémorragies, une défaillance des organes et la mort. Elle a été identifiée pour la première fois en 1976 en Afrique centrale et la plupart des épidémies se sont produites dans cette région depuis.

En quoi le virus Bundibugyo diffère-t-il d’Ebola « classique »

Ebola est en réalité un groupe de virus apparentés. Le plus connu et le plus mortel est la souche Zaïre, à l’origine des plus importantes épidémies recensées jusqu’à présent. Bundibugyo est une autre souche, identifiée pour la première fois en Ouganda en 2007.

Le virus Bundibugyo tue environ 30 à 50 % des personnes infectées — un taux élevé, mais légèrement inférieur à celui de certaines épidémies de la souche Zaïre.

À titre de comparaison, la grippe saisonnière tue moins d’une personne sur 1000. Au début de la pandémie, la Covid-19 a tué environ une à deux personnes sur 100. Ebola est donc nettement plus mortelle que la plupart des maladies infectieuses.

Les chances de survie dépendent notamment de la rapidité des soins, de la qualité du système de santé et de l’état général du patient

Les vaccins existants contre Ebola ont été conçus pour la souche Zaïre et pourraient ne pas protéger contre la souche Bundibugyo.

Comment Ebola se transmet-il d’une personne à l’autre ?

Ebola se transmet par contact direct avec les liquides biologiques d’une personne infectée, tels que le sang, les vomissures, les selles, la sueur ou le sperme. La transmission survient le plus souvent lors des soins prodigués à des patients malades, lors des rites funéraires ou après un contact avec des animaux infectés. Le virus Ebola ne se transmet pas par voie aérienne, comme la grippe ou la Covid-19, et les personnes infectées ne sont pas contagieuses avant l’apparition des symptômes.




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Pourquoi cette épidémie s’est-elle déclarée en Ouganda, et pourrait-elle se propager à l’échelle internationale ?

L’Ouganda partage une frontière avec la République démocratique du Congo, où des épidémies d’Ebola surviennent régulièrement. Les déplacements fréquents de personnes, d’animaux et de marchandises entre les deux pays peuvent permettre au virus de franchir la frontière avant d’être détecté.

Une propagation internationale par transport aérien demeure possible, mais il est peu probable qu’elle entraîne une épidémie mondiale majeure. Ebola nécessite un contact physique étroit pour se transmettre, et les systèmes de surveillance et de dépistage dans les aéroports permettent généralement de détecter rapidement les cas.

Une « urgence de santé publique de portée internationale », c’est quoi ?

Il s’agit du niveau d’alerte sanitaire mondial le plus élevé de l’Organisation mondiale de la Santé. Cette désignation indique qu’une épidémie présente un risque international potentiel et qu’une réponse coordonnée entre les pays est nécessaire.

Elle permet notamment de débloquer des fonds, d’obtenir un soutien technique et d’accélérer la coopération internationale. Cela ne signifie pas qu’une pandémie mondiale est inévitable, mais vise plutôt à mobiliser une réponse rapide et concertée.




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Quels sont les symptômes de la maladie à virus Bundibugyo ?

Les premiers symptômes ressemblent à ceux de la grippe ou du paludisme : fièvre, fatigue, maux de tête, douleurs musculaires et maux de gorge. Lorsque la maladie s’aggrave, les patients peuvent souffrir de vomissements, de diarrhée, de douleurs abdominales, d’éruptions cutanées, de confusion mentale et d’un état de choc.

Certains patients présentent également des saignements, bien que ce ne soit pas systématique. Comme les premiers symptômes ressemblent à ceux de nombreuses maladies courantes, des tests de laboratoire sont nécessaires pour confirmer le diagnostic.

Pourquoi des épidémies d’Ebola continuent-elles de se produire en RDC ?

Ebola est probablement présente à l’état naturel chez certaines chauves-souris frugivores. Les épidémies surviennent généralement lorsque des humains sont exposés à des animaux infectés, par exemple lors de la chasse ou de la manipulation de viande de brousse.

La République démocratique du Congo est particulièrement touchée en raison de la densité de ses forêts, des contacts fréquents entre humains et faune sauvage, de la fragilité du système de santé, des conflits, de la pauvreté et de l’accès limité aux soins. Le changement climatique et la déforestation pourraient encore accroître ce risque.

En l’absence de vaccin, quels sont les traitements disponibles ?

Il n’existe actuellement aucun vaccin approuvé ni traitement ciblé contre le virus Bundibugyo. Les patients reçoivent des soins de soutien, c’est-à-dire des traitements visant à maintenir les fonctions vitales de l’organisme pendant que le corps combat l’infection. Cela inclut l’administration de liquides, l’oxygène, un soutien nutritionnel et la prise en charge des complications.

Ces soins peuvent améliorer de façon importante les chances de survie. Les chercheurs étudient par ailleurs des médicaments antiviraux et des thérapies à base d’anticorps susceptibles d’agir contre plusieurs souches d’Ebola.

Que fait-on pour enrayer l’épidémie ?

Les autorités sanitaires, appuyées par l’OMS et des partenaires internationaux, cherchent à détecter rapidement les cas, isoler les patients, identifier les personnes ayant pu être exposées et sensibiliser les communautés. Des pratiques d’inhumation sécurisées sont également essentielles.

La capacité mondiale à répondre à Ebola s’est nettement améliorée au cours de la dernière décennie, grâce à de meilleurs tests de laboratoire, à un partage plus rapide de l’information et à une coordination régionale renforcée.

Existe-t-il un vaccin contre Ebola ? Des avancées sont-elles en cours ?

Il existe deux vaccins contre la souche Zaïre d’Ebola, qui se sont révélés très efficaces. Toutefois, aucun n’est approuvé contre le virus Bundibugyo.

Les scientifiques travaillent actuellement au développement de vaccins capables de protéger contre plusieurs souches d’Ebola. De nouveaux traitements par anticorps, susceptibles d’agir de manière plus large, sont également en cours de développement et montrent des résultats prometteurs aux premiers stades de recherche.

Cette épidémie rappelle l’importance d’investir dans des outils plus polyvalents avant la prochaine crise.

La Conversation Canada

Alimuddin Zumla ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Ebola déclaré urgence de santé publique mondiale : ce qu’il faut savoir – https://theconversation.com/ebola-declare-urgence-de-sante-publique-mondiale-ce-quil-faut-savoir-283357

Pourquoi la profusion de cartes ne nous aide pas forcément à être mieux informés

Source: The Conversation – France (in French) – By Carl Bethuel, Docteur en géographie, Université Rennes 2

C’est un des paradoxes de notre époque. Satellites, avions, drones et intelligences artificielles nous permettent de cartographier le monde avec une précision inédite. Pourtant, de nombreuses cartes d’un même endroit montrent des réalités différentes. Comment l’expliquer, et comment faire pour ne pas tomber dans du « map-washing » où chacun prendrait la carte qui l’arrange ?


Jamais nous n’avons autant cartographié la planète. Portés par l’essor des capteurs, des plateformes de calcul et de l’intelligence artificielle, nous disposons aujourd’hui d’une abondance de données qui modifie en profondeur notre manière d’observer la Terre.

Cette révolution s’appuie sur un outil central : la télédétection, qui consiste à observer la surface terrestre à distance grâce à des images acquises par des satellites, des avions ou des drones. Là où la cartographie était autrefois lente et localisée, il est désormais possible de suivre des territoires à l’échelle régionale voire mondiale à un rythme inédit.

Une révolution au service des grands enjeux environnementaux

Cette capacité à observer la Terre répond notamment à des enjeux environnementaux majeurs, largement inscrits dans les Objectifs de développement durable (ODD) des Nations unies, tels que la lutte contre le changement climatique, la préservation de la biodiversité ou la gestion durable des terres.

Disposer de cartes précises est essentiel pour suivre les changements, orienter les politiques publiques et renforcer la transparence des chaînes d’approvisionnement agricoles. Cette dynamique est aujourd’hui portée par une multiplication d’acteurs produisant et mobilisant des cartes : institutions publiques, organisations internationales, chercheurs, organisations non gouvernementales, mais aussi entreprises privées développant leurs propres services de suivi satellitaire.

Cette diversité s’inscrit notamment dans des dispositifs de régulation comme le règlement européen contre la déforestation et la dégradation des forêts, qui impose aux entreprises de démontrer que certaines matières premières ne contribuent pas à la déforestation. Sa mise en œuvre repose largement sur l’usage de cartes mobilisées à différentes étapes des chaînes d’approvisionnement.

Le cas des palmiers à huile : trop de cartes, pas assez de clarté

Dans ce contexte, le cas des plantations de palmier à huile en Indonésie est au centre des préoccupations liées à la conversion des forêts tropicales en monocultures agricoles. Premier producteur mondial depuis 2007, le pays fait face à des défis tels que la fragmentation des habitats, la diminution de la biodiversité et la dégradation des stocks de carbone forestier. L’expansion des plantations s’accompagne également de tensions socioéconomiques, notamment autour des droits fonciers des populations autochtones.

De nombreux produits cartographiques ont ainsi été développés afin de localiser les plantations et d’en suivre l’évolution, en mobilisant des données et des méthodes variées. Cette diversité offre une pluralité de regards sur un même objet d’étude, constituant une richesse scientifique.

Cependant, elle s’accompagne de résultats parfois difficilement comparables. Ainsi quatre cartes de plantations de palmier à huile sur l’île de Sumatra ont donné quatre mesures différentes de l’étendue de ces plantations, avec une différence de parfois presque 2 millions d’hectares, soit plus que la superficie de la Bretagne.

Différentes méthodes de cartographies conduisent à des calculs de superficie différents

Par exemple, la précision des images utilisées ou la période d’observation peuvent varier, influençant les surfaces estimées. Des divergences dans la définition de ce que l’on cartographie peuvent également générer des résultats différents. Dans le cas des plantations de palmier à huile, une question apparemment simple se révèle en réalité complexe : qu’inclut-on exactement ?

Selon les approches, il peut s’agir uniquement de plantations industrielles ou bien comprendre également de petites exploitations paysannes. À cela s’ajoute la question de la temporalité : une plantation mature, immature ou une parcelle en transition ne seront pas toujours représentées de la même manière.

Pour les utilisateurs finaux (décideurs publics, ONG ou acteurs privés) cette diversité de méthodes et de définitions peut alors devenir difficile à interpréter. Face à cette profusion, on peut s’interroger : quelle information utiliser ? Et comment comparer des résultats fondés sur des hypothèses différentes ? En multipliant les représentations d’un même phénomène, l’information se complexifie, en particulier lorsque les incertitudes sont peu visibles.

Trop de cartes : comment y voir plus clair ?

Face à cette multiplication de cartes, plusieurs pistes émergent pour améliorer leur usage et leur comparabilité. L’enjeu n’est plus seulement de produire davantage d’informations, mais d’en renforcer la robustesse et la lisibilité.

La fusion d’information apparaît comme une approche clé. Plutôt que de considérer chaque carte comme une vérité indépendante, il est possible de les combiner, à la manière de plusieurs points de vue sur un même phénomène, afin d’obtenir une vision plus stable. C’est l’approche que nous proposons dans le cadre du projet ANR PALMEXPAND (ANR-20-CE03-0004), mené par une équipe interdisciplinaire (CNRS, Cirad, Inrae). Cette approche s’appuie sur la théorie de Dempster-Shafer, qui permet de croiser plusieurs sources en tenant compte de leurs accords, de leurs désaccords et de leurs incertitudes.

LA THÉORIE DE DEMPSTER-SHAFER

  • La théorie de Dempster-Shafer est une approche mathématique probabiliste développée en sciences de l’information pour représenter et combiner des sources de données incertaines. Contrairement aux méthodes classiques qui cherchent à produire une seule estimation « optimale », elle permet de raisonner en termes de degrés de croyance plutôt que de vérité unique.
  • Concrètement, chaque source d’information (par exemple, une carte issue d’imagerie satellitaire ou un jeu de données existant) ne fournit pas seulement une réponse binaire, mais une indication de confiance associée à différents scénarios possibles. La méthode permet ensuite de combiner ces sources en distinguant trois éléments : ce qui est confirmé par plusieurs sources, ce qui est en désaccord et ce qui reste incertain faute d’information suffisante.
  • L’un des intérêts majeurs de cette approche est qu’elle ne force pas une décision immédiate lorsqu’il existe des contradictions entre données. Elle permet au contraire de conserver et de rendre visibles les zones d’ambiguïté, ce qui est particulièrement utile lorsque les sources sont nombreuses, hétérogènes ou partiellement incompatibles.

Appliquée à Sumatra, cette méthode améliore la précision des résultats tout en rendant visibles les zones de divergence entre les données. Elle met par exemple en évidence des zones agricoles où des cocotiers sont confondus avec des palmiers à huile, tandis que les grandes plantations industrielles sont mieux identifiées et font davantage consensus entre les différentes sources.

Par ailleurs, notre méthode fournit une information plus nuancée. Cette approche représente mieux l’incertitude, souvent invisible mais essentielle pour comprendre les limites des données et éviter une lecture trop déterministe. Plutôt que des cartes binaires (présence ou absence de plantations de palmiers à huile), il devient possible de proposer des représentations graduelles indiquant différents niveaux de confiance. Un seuil de confiance élevé se traduira par des surfaces détectées moins importantes mais avec une forte certitude, tandis qu’un seuil plus faible inclura davantage de zones, au prix d’une incertitude plus importante.

Les utilisateurs peuvent alors adapter ce seuil selon leurs besoins et produire des cartes cohérentes avec leurs objectifs, tout en restant conscients des marges d’incertitude. Par exemple, dans le cadre du suivi des plantations de palmiers à huile, une ONG pourra se concentrer sur les zones où le niveau de confiance est le plus élevé pour documenter des plantations de palmiers à huile effectivement présentes, tandis qu’une administration pourra intégrer des zones plus incertaines pour identifier des zones susceptibles d’être prochainement converties et orienter les contrôles sur le terrain.

De la révolution cartographique au « map-washing »

Réunir ainsi différents acteurs et la société civile pour produire des cartes plus lisibles est une façon de lutter contre ce que certains chercheurs ont appelé le « map-washing », soit un processus de diffusion d’informations spatiales ayant peu de valeur pour les utilisateurs, mais contribuant à construire ou orienter un récit particulier.

Si le chercheur en sciences sociales Rory Padfield et ses collègues ont conceptualisé cette dérive pour analyser des outils cartographiques servant à promouvoir une image de transparence environnementale dans l’industrie de l’huile de palme, cette notion peut être élargie à des situations où la multiplication de cartes et de données finit par complexifier leur interprétation et leur usage.

Le problème n’est pas seulement que les cartes puissent tromper : c’est aussi qu’elles deviennent difficiles à utiliser. Cette situation ouvre la voie à une forme d’instrumentalisation plus diffuse, non par manipulation directe des données, mais par sélection opportuniste de la carte la plus adaptée à un objectif donné.

Ainsi, le map-washing ne relève pas uniquement d’une stratégie délibérée de communication : il peut aussi émerger d’un excès d’information mal articulée.

Produire toujours plus de cartes ne garantit pas une meilleure connaissance. L’enjeu central devient alors de passer d’une logique de production à une logique d’usage : mieux définir les objets cartographiés, rendre visibles les incertitudes et développer des outils capables d’articuler différentes sources d’information.

The Conversation

Carl Bethuel a reçu des financements de la Région Bretagne et de l’Agence Nationale de la recherche à travers le projet ANR Palmexpand (ANR-20-CE03-0004)

ref. Pourquoi la profusion de cartes ne nous aide pas forcément à être mieux informés – https://theconversation.com/pourquoi-la-profusion-de-cartes-ne-nous-aide-pas-forcement-a-etre-mieux-informes-282287

Why talking like Yoda can help you to master British Sign Language

Source: The Conversation – UK – By Victoria-Elliot Bush, PhD Candidate, Linguistics, Queen Mary University of London

I’m not surprised that Talk Like Yoda Day exists. Over 40 years since his Star Wars debut (puppeteered and voiced by Frank Oz), Yoda remains a recognisable figure in pop culture. This is in part due to his distinctive and frequently imitated version of English.

What stands out about Yoda’s speech is his unusual word order. Think of some of his most famous lines: “Patience you must have, my young Padawan” and “Your path you must decide”. This is clearly not the typical English word order, but it’s not random either. Yoda’s word order mirrors the syntax of British Sign Language (BSL). By building your sentences like Yoda, you can master a key aspect of BSL grammar.

In Yoda’s sentences, the topic comes first. In linguistics, the topic of the sentence is the word or phrase that represents what the sentence is about. The other parts of the sentence provide extra details on this topic. Through a syntactic process called topicalisation, the topic is brought to the front of the sentence.

Topicalisation is uncommon in English, but can be used for emphasis. Generally, English sentences follow this word order: subject then verb then object. For example: Anna (subject) ate (verb) a biscuit (object). What is the topic of this sentence? In fact, it could be any of those sentence elements. It depends on which information the speaker thinks is most important.

If the speaker wishes to place emphasis on what they have chosen as the topic of the sentence, topicalisation is a useful tool. Consider the difference between these two sentences:

The biscuit was eaten by Anna.

It was Anna who ate the biscuit.

In the first sentence, what was eaten is important. In the second sentence, who ate the biscuit is important.

Topicalisation is closely linked with question words – who, what, where, why and sometimes how. Each of these questions picks out a different topic. If you were asked, “What did Anna eat?”, it would probably feel odd to answer, “It was Anna who ate the biscuit”. This is because the topic of that response focuses on who, not what. Subconsciously, on a linguistic level, we understand what the topic of the answer should be, even though we may not be used to thinking about sentences in terms of topics.

One of Yoda’s most famous scenes, delivered in his distinctive syntax.

There is an important difference between topicalisation in English and how Yoda structures his sentence. For Yoda, topicalisation only involves moving the topic; the rest of the word order remains intact. Yet, in English, we need some extra words to facilitate the topic moving. In English, it sounds much more natural to say, “Patience is what you must have, my young Padawan”, although this is very unlike Yoda.

Yoda and BSL

British Sign Language (BSL) is the primary or preferred language of the British Deaf community. There are around 151,000 BSL users, of whom 87,000 are deaf.

A common misconception is that BSL has the same grammar as English. BSL has its own syntax, separate from English and from other sign languages. BSL is what linguists call a topic-comment language. A sentence commonly starts with the topic and is then followed by further details that build on the topic, known as the comment.

No matter whether the topic is a subject, verb or object, it comes first. So, how can you sign the sentence “Anna ate a biscuit”? Using our question words as a guide, we can identify three possible topics: Who ate the biscuit? What did Anna do? What did Anna eat? For each of these scenarios, you sign the topic first, followed by the rest of the sentence:

BSL: Anna eat biscuit.

(Translation: “It was Anna who ate the biscuit.”)

BSL: Eat biscuit Anna.

(Translation: “What Anna did was eat the biscuit.”)

BSL: Biscuit Anna eat.

(Translation: “It was a biscuit that Anna ate.”)

As with Yoda’s English, in BSL, topicalisation elegantly rearranges the elements in the sentence, without the need for extra words. As well as a prominent position, topics can be marked with so-called “non-manual features”, such as a head nod or widened eyes during the topic sign, or a pause after signing the topic.

The topic-comment structure is a very important aspect of BSL grammar. Unfortunately, it is something that hearing learners can struggle to use consistently. In the worst case, you may feel tempted to give up and use English word order instead. But this isn’t BSL, and it could make your signing unclear and difficult to follow for a Deaf person.

Frank Oz talks about Yoda’s distinctive speech.

Learning a language with a different grammar might seem difficult, but it is associated with many benefits for the brain, such as increased creativity and improved working memory. It is an opportunity to think about how to express your thoughts differently, which might develop your creative problem solving.

Language is also a powerful social and cultural tool for connecting with other people. In 2021, a survey by the Royal National Institute for Deaf People found that people who are deaf or have hearing loss are twice as likely to experience mental health problems compared to people without hearing loss. The survey reported that nearly 47% of respondents felt excluded in everyday life and 33% felt lonely. By learning some BSL, you are working towards making our society more inclusive of people who are deaf.

Rather than getting lost with verb or subject order, remember: talk like Yoda. Start with what is the most important part of the sentence and then provide details. As I’m sure the wise Yoda would agree, sign language learn you should.

The Conversation

Victoria-Elliot Bush does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Why talking like Yoda can help you to master British Sign Language – https://theconversation.com/why-talking-like-yoda-can-help-you-to-master-british-sign-language-282789

Comment La Réunion est devenue invisible en Afrique du Sud

Source: The Conversation – in French – By Christophe Rocheland, chercheur, Université Paris 8 – Vincennes Saint-Denis

Il y a plus de quarante ans, des leaders réunionnais finançaient clandestinement le Congrès national africain (ANC) de Nelson Mandela. Parmi eux, Paul Vergès, fondateur du Parti communiste réunionnais, arrachait au Parlement européen les premières sanctions internationales contre Pretoria. Aujourd’hui, l’Afrique du Sud, puissance régionale africaine, est statistiquement absente du commerce extérieur de La Réunion.

Entre les deux territoires, les proclamations sur les liens forgés dans la lutte anti-apartheid n’ont pas été suffisants pour susciter la signature par Pretoria du programme Interreg Océan Indien. Il s’agit d’un dispositif européen finançant des projets de coopération régionale dans l’Océan Indien.

De la complicité active à l’indifférence mutuelle : comment deux territoires liés par deux siècles d’histoire commune ont-ils “réussi” à se rendre invisibles l’un à l’autre, et que coûte cette régression aux Réunionnais ?

En 1851, un planteur britannique plante les premières boutures de canne à sucre jamais cultivées au Natal, en Afrique du Sud, venues de La Réunion, par le jeu des relations entre les sucriers colons réunionnais et anglais. C’est sur cette même terre du KwaZulu-Natal que s’enracine la trajectoire du géant sucrier Tongaat Hulett, aujourd’hui l’un des premiers producteurs du continent africain.

Le lieu porte une charge symbolique inversée : l’île qui exporta son savoir-faire agricole vers le continent se retrouve, un siècle et demi plus tard, économiquement marginalisée face à l’industrie qu’elle contribua à faire naître. Cent soixante-quinze ans plus tard, les deux territoires n’ont toujours pas signé le moindre accord de coopération institutionnel durable.

Mes recherches théorisent sur la posture géopolitique structurellement ambivalente de La Réunion, territoire ancré dans l’espace africain et indiaocéanique et une diplomatie territoriale du “faire semblant”. Ce paradoxe a un nom : la géopolitique du sanblan.

Le sanblan, ou l’art de faire semblant de coopérer

Le concept de sanblan (contraction créole de semblant et de sang blanc) désigne une posture géopolitique caractéristique des élites politiques réunionnaises : on en parle sans trop en dire, on en fait sans trop en faire, laissant à l’État le soin de décider sans prendre en main les outils de coopération internationale dont elles disposent.

Dans le cas d’espèce des relations sudafricano-réunionnaises, il décrit trente ans de rendez-vous manqués entre les décideurs des deux territoires : poignées de mains, communiqués sur les « nouvelles perspectives », délégations qui rentrent sans suite opérationnelle, sans lien politique nourri.

Paris conservant le monopole des relations extérieures sans produire de résultat concret pour l’île avec Pretoria. Les collectivités réunionnaises, divisées, peinent à se présenter comme un interlocuteur cohérent. Le programme Interreg Océan Indien (62,2 millions d’euros pour 2021–2027) géré par la région Réunion, présidée par Huguette Bello, une des leaders du combat anti-apartheid, en est le symptôme : l’Afrique du Sud reste le seul pays de la zone à ne pas l’avoir signé depuis deux cycles consécutifs.

Le verrou est politique : Pretoria pose la question de Mayotte comme condition préalable, Paris est embarrassé et c’est l’intégration économique régionale de La Réunion qui trinque.

Les chiffres du commerce extérieur donnent la mesure concrète de cet échec. En 2023, La Réunion importe pour 7,1 milliards d’euros de biens et exporte pour 400 millions d’euros, soit un déficit commercial de 94 %. Les importations depuis la France hexagonale représente à elle seule 59 %, soit près de 4,2 milliards d’euros (acheminés principalement depuis des centrales d’achat situées à 9 400 kilomètres). L’Afrique du Sud, à 2 900 kilomètres, n’apparaît dans aucune rubrique notable des exportations réunionnaises : elle en est statistiquement absente.

Côté importations, sa seule contribution recensée est du charbon, en voie d’extinction : les livraisons de houille sud-africaine ont chuté de 52 % en 2023 avec la conversion des centrales à la biomasse (wood pellets). D’ici deux ou trois ans, ce dernier flux disparaîtra à son tour.

L’île Maurice, voisine, apporte la démonstration contraire : l’Afrique du Sud est son premier client (12,7 % de ses exportations) et son quatrième fournisseur (7,3 % des importations), pour un commerce bilatéral dépassant 800 millions de dollars en 2023. Port-Louis est pourtant à la même distance de Johannesburg que Saint-Denis. L’écart n’est pas géographique, il est politique.

La trajectoire régressive est lisible sur cinquante ans. Dans les années 1980, La Réunion figurait au 7è rang des marchés d’exportation du régime d’apartheid et absorbait près de la moitié de ses exportations fruitières vers l’océan Indien.

Depuis 1994, cette relation s’est effondrée. En 2019, l’ensemble des échanges avec l’Afrique et les îles voisines combinés représentaient moins de 50 millions d’euros. Le charbon a succédé aux fruits, avant de s’effondrer à son tour. Il ne reste que les fruits frais, soit 52 % des volumes importés à La Réunion (agrumes, pommes, poires et raisins).

Une île utilisée, puis ignorée

Entre 1975 et 1990, Pretoria installe son unique consulat général dans le sud-ouest de l’océan Indien à Saint-Denis. La France maintient discrètement des relations économiques incluant une coopération nucléaire, pendant que La Réunion sert à faire transiter des marchandises « sensibles » vers le régime d’apartheid. Selon les statistiques douanières sud-africaines de 1990, l’île figure alors au septième rang des marchés d’exportation du régime, distinctement séparée de la « France » dans leurs propres tableaux.

En face, le Parti communiste réunionnais et ses alliés mènent une résistance qui dépasse le registre symbolique. Son ancien trésorier, Raymond Lauret, a témoigné qu’à la fin des années 1980, Paul Vergès, son Président fondateur, lui demande de retirer discrètement plusieurs centaines de milliers de francs en liquide pour les remettre à l’ANC, alors classée « organisation terroriste » par les Etats-Unis.

En 1979, Vergès dirige une mission du Parlement européen dans les pays de la ligne de front (États africains qui soutenaient la lutte contre l’apartheid : Tanzanie, Zambie, Botswana, Mozambique, Angola, Zimbabwe…).

Le rapport qui en résulte débouche sur les premières sanctions de la Communauté économique européenne (CEE) contre le régime de Pretoria. En novembre 2025, le président français Emmanuel Macron s’est rendu au mémorial de Freedom Park : le nom de Paul Vergès est gravé sur le Mur des Héros de la lutte anti-apartheid le faisant entrer dans le Panthéon sud-africain.

Le sanblan a un coût réel, mesurable, quotidien : des prix à la consommation artificiellement élevée, une dépendance à l’hexagone française que rien ne justifie géographiquement, des retards d’investissements et de développement dans plusieurs secteurs économiques comme l’aérien, le tourisme, les services financiers ou encore la diversification d’une économie trop dépendante des transferts publics de l’Hexagone français.

Pendant que La Réunion invoque la mémoire de la lutte contre l’apartheid, Maurice signe des accords et exporte. Cesser le sanblan, ce n’est pas trahir Paris : c’est enfin assumer, collectivement, que La Réunion est une île africaine dotée d’un passeport français et que cette identité double est une force, non une contradiction. Il ne manque qu’une chose : la volonté d’agir au-delà des discours.

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Christophe Rocheland does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Comment La Réunion est devenue invisible en Afrique du Sud – https://theconversation.com/comment-la-reunion-est-devenue-invisible-en-afrique-du-sud-282077

Patrice Talon au Bénin : le legs contrasté d’une décennie de “rupture”

Source: The Conversation – in French – By Narcisse Martial Yèdji, Sociologue politiste et enseignant-chercheur, University d’Abomey-Calavi de Bénin

Né dans la ville historique de Ouidah (Bénin) en 1958, Patrice Talon apparaît comme le produit d’une trajectoire sociale marquée par une forte ascension dans le monde des affaires. Président, il a dirigé le pays d’avril 2016 à mai 2026. Le 24 mai, il passera le témoin à son successeur et ancien ministre des Finances, Romuald Wadagni, vainqueur de l’élection présidentielle du 12 avril avec 94 % des suffrages.

Connu pour avoir fait fortune depuis les années 1990 dans le secteur du coton béninois, dont il demeure encore aujourd’hui l’une des figures emblématiques, Patrice Talon est présenté comme un businessman à succès.

Naguère discret, il est longtemps resté dans l’ombre, se contentant de mécénat politique et d’une posture de « faiseur de rois » qui lui valent des opportunités d’accumulation matérielle sur le temps long. Mais, dès 2016, il finit par se mettre sur le devant de la scène politique.

En 2006, le magnat du coton avait soutenu son prédécesseur et ancien ami, Thomas Boni Yayi, dans son ascension au pouvoir, avant que les relations entre les deux hommes ne se dégradent. Mis en cause en 2012 par celui-ci dans une affaire de tentative d’empoisonnement du président de la République et d’atteinte à la sûreté de l’État, il s’exile en France d’où il parvient à opérer un retournement de situation.

En combinant une bataille judiciaire intense, une campagne acharnée de communication politique et des alliances stratégiques au pays, il réussit à se faire pardonner par le chef de l’État qui annule les poursuites à son encontre. Rentré à Cotonou en octobre 2015, il accède à la magistrature suprême en remportant l’élection présidentielle de 2016.

Malgré son engagement à faire du mandat unique un idéal politique national, le président finit pourtant par se représenter en 2021.

Le statut d’entrepreneur-politique de Patrice Talon a favorisé la conversion de sa puissance économique en autorité publique. Cette trajectoire n’est pas sans rappeler les pratiques de financiarisation du pouvoir. Toutefois, sa mandature soulève une question centrale : que retient-on de ses dix années à la tête de l’État ?

En tant que sociologue politique étudiant les transformations du système démocratique béninois ainsi que sa sociologie électorale, j’analyse ici les faits saillants des 10 années du règne de Patrice Talon.




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2016 : la promesse d’une gouvernance de « rupture »

Le pouvoir de Patrice Talon est ancré depuis 2016 dans un discours politique fort : celui de la « rupture » (slogan de campagne du candidat). Rupture d’avec un ordre politique et social dit de « pagaille » généralisée, qu’il se destine à redresser par une volonté politique forte et contraignante.

Le projet est unique : transformer radicalement et en un temps record un État jugé inefficace en un pays discipliné, avec une administration transformée et performante, gage de prospérité.

Cette quête affichée de modernité alimente tout au long de ses deux mandats des paquets de réformes aussi ambitieuses les unes que les autres, que le président s’évertue à implémenter. Ces réformes, il avait pris le soin de les consigner méticuleusement dans son Programme d’actions du gouvernement (PAG 1), le « Bénin révélé », qu’il mettra à jour pour son second quinquennat (PAG 2).

Concrètement, cela s’est traduit par la mise en œuvre à tout prix d’innombrables projets multisectoriels, souvent conduits de front, destinés à « révéler » le Bénin au monde entier.

Le bilan du régime sortant comprend sans doute des réussites économiques notables. Le président affiche clairement son intention : relancer durablement le développement économique et social à travers une transformation structurelle de l’économie.

Dans l’espace de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa), le Bénin apparaît comme l’un des rares pays à montrer une croissance économique soutenue et plutôt stable, avec des prévisions estimées pour 2026 à 7 %. Ce résultat est associé au boom de l’investissement dans les infrastructures, l’agriculture et l’industrie.

L’un des principaux acquis du régime a consisté en la mise en place d’un ambitieux complexe industriel au nord de Cotonou. Le pays est devenu le premier producteur de coton en Afrique de l’Ouest.

Si une partie des Béninois adhère à la démarche du président, celui-ci est par ailleurs critiqué pour sa précipitation ainsi que pour l’intransigeance – propre aux milieux des affaires – qui gouverne la réalisation de ses choix de politique. Mais, la position du pouvoir demeure limpide et inébranlable : les réformes engagées sont indispensables pour le développement.




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Refonte et capture progressive du champ politique

Le mandat de Patrice Talon, fondé sur la modernisation de l’État, a été marqué par une profonde recomposition de la vie politique nationale. Les révisions constitutionnelles de 2019 et 2025 – les premières depuis 1990 – ainsi que la réforme du Code électoral et du système partisan ont réduit la fragmentation de l’espace politique dans le pays.

Avant la loi de 2018 sur les partis politiques, le pays comptait plus de 200 partis ; à la veille de la présidentielle de 2021, ils n’étaient plus qu’une quinzaine.

Si l’exécutif présente ces réaménagements comme utiles à la rationalisation de l’action publique, celles-ci sont par contre perçues par nombre d’analystes comme le signe d’un recul du pluralisme démocratique.

L’opposition, absente des législatives violentes de 2019 et de la présidentielle querellée de 2021 ayant contribué à la réduire à un état de figuration politique, a aujourd’hui perdu toute incidence politique réelle au profit de la majorité présidentielle. Sont mises en cause les nouvelles règles électorales qui compliquent l’accès du camp adverse à la compétition politique.

La réforme de la décentralisation intervenue en 2021 a également pu contribuer à ce resserrement de l’espace politique. La nouvelle loi, en retirant à l’exécutif communal le pouvoir – généralement politisé – d’ordonnancement budgétaire, a eu pour effet d’éroder l’influence politique des maires, accentuant leur exposition à l’allégeance au régime.

Les restrictions drastiques de 2018 sur le droit de grève – interdite dans certains secteurs comme l’armée et plafonnée à 10 jours par an pour la plupart–, la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme, ainsi que la loi sur le numérique s’inscrivent dans la même logique de restructuration de l’activité et du champ politiques.

Par un amenuisement des libertés syndicales, un encadrement étroit des pratiques judiciaires et des contenus numériques, ces dispositifs ont contribué à modifier les conditions de la contestation et de l’expression publiques, réduisant notamment les capacités d’opposition au régime.

Instruments de contrôle politique

Les organisations de défense des droits humains voient d’ailleurs dans ces innovations juridiques des instruments de contrôle politique visant les opposants, journalistes et autres voix critiques. De quoi mettre en débat l’état réel des libertés, de l’indépendance judiciaire et des conditions de la compétition politique.

L’évolution du système politique sous Patrice Talon fait ainsi apparaître une vive dynamique de recomposition institutionnelle. Celle-ci est marquée par une recentralisation forte, l’affaiblissement structurel du pluralisme partisan et de l’opposition institutionnelle, ainsi que des controverses autour des libertés publiques.

Par sa maîtrise des réformes initiées, le pouvoir sortant exerce désormais, depuis les élections générales de 2026, un contrôle exclusif sur le pouvoir local et l’Assemblée nationale. Or, l’indépendance des principales institutions électorales fait régulièrement débat.

Les (ré)ajustements politiques survenus semblent ainsi avoir contribué à établir, non sans controverses, les jalons de ce qu’il conviendrait de qualifier d’un ordre politique nouveau, minimalement démocratisé. Celui-ci s’est presque, sans remous social ou politique, radicalement substitué au pluralisme démocratique de février 1990 – fondé sur le consensus –, fort d’ancrages institutionnels favorables à la reconduction du pouvoir en place.

Politiquement, tel est peut-être l’essentiel à retenir du pouvoir Talon : avoir réussi avec une certaine facilité ce que d’aucuns qualifient de coup d’État institutionnel.

Dans la logique de l’éligibilité à la prochaine présidentielle, une formation ne disposant pas présentement d’élus à des fonctions représentatives devra nouer des accords politiques avec le camp au pouvoir pour réunir les parrainages d’élus requis.

Le principal parti d’opposition, Les Démocrates, a déjà été mis en marge des législatives de 2019, de la présidentielle de 2021, ainsi que des élections générales de 2026.

Cette éventualité ne peut être écartée des prochains cycles électoraux. De quoi conjecturer, sous réserve de la stabilité des règles électorales actuelles, sur la possibilité que le système établi puisse se renouveler longtemps à la tête de l’État.

Au-delà des considérations sectorielles, si une interrogation devait résumer les 10 années du règne de Patrice Talon, elle serait sans doute celle-ci : par-delà le mandat populaire, que reste-t-il véritablement à la démocratie béninoise face aux dynamiques actuelles du pouvoir ?

L’analyse s’arrête pour ainsi dire au seuil de l’inachevée. « Le reste attendra », pour reprendre la formule du philosophe Paulin Hountondji.

The Conversation

Narcisse Martial Yèdji does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Patrice Talon au Bénin : le legs contrasté d’une décennie de “rupture” – https://theconversation.com/patrice-talon-au-benin-le-legs-contraste-dune-decennie-de-rupture-283150

Taunting and degrading civilians in armed conflict is a clear violation of international law

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Shannon Bosch, Associate Professor (Law), Edith Cowan University

Ben Gvir/X

In a video posted by Israeli National Security Minister Itamar Ben-Gvir on Wednesday night, detained activists from dozens of countries are shown kneeling on the ground with their foreheads on the floor and hands zip-tied behind their backs.

Some of the activists, who had been intercepted by Israeli forces on a flotilla in the Mediterranean Sea, are then pushed and dragged by Israeli personnel. Ben-Gvir is seen waving an Israeli flag and taunting them.

The video on his X account had a simple message in English: “Welcome to Israel”.

The video sparked widespread international condemnation. Australian Foreign Minister Penny Wong called it “shocking and unacceptable”, while the European Union’s foreign policy chief, Kaja Kallas, said the treatment of the detainees was “degrading and wrong”.

Even Mike Huckabee, the US ambassador to Israel and a stalwart supporter of Prime Minister Benjamin Netanyahu, called Ben-Gvir’s actions “despicable”, saying he had “betrayed the dignity of his nation”.

Netanyahu himself also publicly rebuked Ben-Gvir. He said Israel had the right to stop the flotilla, but the minister’s behaviour had damaged Israel’s image and did not reflect the country’s values.

Even though international lawyers like myself have expressed concern about this on multiple occasions, it bears repeating: international law matters in conflict zones.

So, what obligations does Israel have to treat those detained by its forces, and did the country violate the law?

Why were the activists detained?

Israeli forces began intercepting the Gaza-bound Global Sumud flotilla on Monday in international waters off the coast of Cyprus. Dozens of boats were stopped as they attempted to challenge Israel’s maritime blockade of Gaza.

The flotilla reportedly carried more than 400 activists from over 40 countries. Those on board included humanitarian volunteers, medical personnel, peace activists and civil society figures. Organisers said the vessels were carrying humanitarian relief supplies, including food, medicine and other aid intended for Palestinian civilians affected by the war and blockade of Gaza.

Israel disputed the flotilla’s aid-delivery purpose and described it as “a PR stunt at the service of Hamas”.

After those on board were arrested, they were reportedly subjected to violence, with some suffering suspected broken ribs and other injuries.

In a post on X, the Israeli Foreign Ministry claimed Israel was acting in full accordance with international law.

What does the law say?

Under international humanitarian law, those involved in the transport and distribution of relief supplies must be respected and protected during armed conflict. They are to be treated as civilians so long as they do not directly take part in hostilities.

Bringing aid to the civilians of Gaza does not amount to “direct participation in hostilities”. In fact, the International Court of Justice has ordered Israel to allow aid into Gaza given their obligations under the Genocide Convention.

International humanitarian law also says civilians may not be detained arbitrarily in conflict zones. If civilians are detained, however, they have certain rights under international law. They must:

Internment of civilians is only permitted when “absolutely necessary” for security reasons. It must end once those reasons no longer exist.

In addition, civilians detained during armed conflict must be treated humanely at all times.

They are to be protected from:

The phrase “public curiosity” has historically been understood to prohibit humiliating displays of detainees for propaganda, intimidation or public spectacle.

Intentional attacks against humanitarian personnel can amount to war crimes under the Rome Statute of the International Criminal Court.

Why does this matter?

The public humiliation and degrading treatment of the activists shown in the footage must be scrutinised and investigated. And Israeli officials must comply with their obligations under the law.

These protections exist precisely to preserve a minimum standard of humanity during conflict, and to ensure civilians and humanitarian actors are not stripped of their dignity for political theatre, intimidation or punishment.

When such conduct is normalised or left unchallenged, it risks undermining the broader international legal framework designed to protect all civilians caught up in armed conflict.

The Conversation

Shannon Bosch does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Taunting and degrading civilians in armed conflict is a clear violation of international law – https://theconversation.com/taunting-and-degrading-civilians-in-armed-conflict-is-a-clear-violation-of-international-law-283472

Why has the US indicted former Cuban President Raúl Castro?

Source: The Conversation – Global Perspectives – By James Trapani, Associate Lecturer of History and International Relations, Western Sydney University

After a week of speculation, the US Department of Justice has officially indicted Raúl Castro, the 94-year-old ex-president of Cuba.

The charges relate to a 1996 incident in which the Cuban military allegedly shot down two unarmed civilian planes operated by Brothers to the Rescue.

The news comes amid mounting US pressure on the ailing Cuban Republic to change its system of government after 67 years of revolutionary rule.

So why did the United States act now, and what will happen next?

Who is Raúl Castro?

Raúl Castro is the younger brother of Cuban revolutionary leader, Fidel Castro. He joined Fidel’s movement to overthrow the authoritarian US ally, Fulgencio Batista, starting in 1952. He participated in the assault on the Moncada Barracks on July 26 1953, becoming a founding member of the M-26-7 guerrilla movement, the leading organisation in the Cuban revolution.

In 1958, he rose to the rank of comandante of the Second Eastern Front. He came to Washington’s attention in June when he kidnapped a group of 50 US Marines to prevent the continued aerial bombardment of his troops and local villagers.

This was a pivotal moment when Raúl become more than Fidel’s brother – he was now a key leader of the revolution.

By late 1958, Raúl Castro’s army had liberated much of eastern Cuba from the Batista regime and began marching on Havana to conclude the revolution.

From January 1959, Castro became the defence minister at a time when fighting was ongoing. For decades, he was the face of Cuba’s military and the island’s defence.

When, in April 1961, a group of 1,400 Cuban exiles, supported by the US Central Intelligence Agency (CIA), attacked Cuba at the Bay of Pigs, Castro’s military secured a famous victory against the exiles, and the US.

He would also rise through the civilian and party ranks in Cuba. From 1976, he served as vice president and then succeeded his ageing brother as president from 2008, a position he would hold until 2019.

Raúl Castro remained atop the Communist Party until 2021 and is still viewed as influential in Cuba’s politics. Castro is a soldier, a politician and, above all, a revolutionary who toppled a pivotal US ally and resisted US pressure for decades.

However, Cuba is an authoritarian state that does not tolerate dissent. In 2003, Fidel Castro’s government, of which Raúl Castro was apart, detained dozens of pro-democracy advocates in an event dubbed the “black spring”. One of those detained, José Daniel Ferrer, founder of the Patriotic Union of Cuba, called on the US to stand with the opposition forces in 2025.

What is he accused of doing?

Cuba has been subject to a blockade by the US since 1960. It was also subject to an embargo by the members of the Organisation of American States (OAS), which includes almost all the countries in the Western Hemisphere, between 1964 and 2009.

The economic survival of Cuba has always been dependent on the support of a large nation willing to supply it with fuel.

During the Cold War, that was the Soviet Union, whose 1991 collapse was devastating for Cuba and its government. The “Special Period” following 1991 saw fuel shortages, declining food production, social unrest and large-scale emigration from Cuba.

Cuban exiles boarded unstable flotillas in their tens of thousands, hoping to join other exiles in Florida. The Clinton administration in the US eventually allowed for mass migration and the US Coast Guard was regularly helping to save stranded Cubans. Despite this, dozens of people drowned at sea.

A group of Cuban exiles, led by self-declared “Bay of Pigs veteran”, José Basulto, flew reconnaissance flights and reported the location of stranded Cubans to the Coast Guard.

But the flights had other motives. On several occasions, the planes flew into Cuban airspace, ignored warnings and dropped propaganda designed to trigger anti-government activity.

Records made public by William LeoGrande and Peter Kornbluh, authors of a book on the topic, reveal the US knew of these operations and feared Cuba would eventually shoot down the planes, creating an international incident.

On February 24 1996, the Cuban military indeed shot down two planes, killing all four people on board.

Now, 30 years later, the US Department of Justice alleges that Castro, the then-defence minister, and six others are criminally responsible for the murders of the four men, three of whom were US citizens.

The US attorney for the Southern District of Florida, Jason A Reding Quiñones, said “this passage of time does not erase murder”.

Why is the US acting now?

Cuba is again suffering under a US blockade, this time initiated following the removal of its fuel guarantor, Venezuelan President Nicolas Maduro in January.

New Venezuelan President Delcy Rodriguez was pressured into ending oil shipments to the island, as were Mexico and other regional partners under the threat of crippling tariffs.

Cuba declared last Thursday it had no fuel or diesel remaining at all. Meanwhile, the humanitarian conditions worsen. Amnesty International reported in 2025 that most Cubans were struggling to find sufficient food and medicine.

In a historic visit in recent days, CIA Director John Ratcliffe spoke with members of the Cuban government in a sign of potential regime change.

President Donald Trump has also highlighted his motives on Cuba this week, saying “to a lot of people it’s going to be one of the most important things, they’ve been looking for this moment for 65 years”.

Cuban-Americans have indeed been pushing for the removal of the Castros since the 1960s.

Secretary of State Marco Rubio, himself a Cuban-American, commemorated Cuba’s 1902 Independence Day by delivering the following message to the Cuban people, in Spanish:

and I want to tell you that we, in the US, are offering to help you not only to alleviate the current crisis but also to build a better future.

The message condemned the Cuban government, and Raúl Castro, as corrupt. He called for regime change, referring to the current Cuban president, Miguel Díaz-Canel.

The indictment of Castro is about more than justice for one man. It’s about Cuban-American politics in Florida, and it’s about the looming potential of regime change in Cuba, America’s primary regional foe for the past 67 years.

The Conversation

James Trapani does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Why has the US indicted former Cuban President Raúl Castro? – https://theconversation.com/why-has-the-us-indicted-former-cuban-president-raul-castro-283467

Le « verrouillage carbone », ou pourquoi les majors pétrolières comme Shell renoncent à leurs projets de décarbonation

Source: The Conversation – France (in French) – By Fernanda Arreola, Professor of Strategy and Entrepreneurship, ESSCA School of Management

Les grands groupes pétroliers tels que Shell peuvent-ils réellement accomplir leur transition énergétique ? Derrière les difficultés, on retrouve la notion centrale de « verrouillage carbone ». Celui-ci est d’abord lié à la durée de vie des infrastructures pétrolières, mais un second type de verrou s’y superpose, lié aux attentes des marchés et des actionnaires.


Pourquoi la transition énergétique progresse-t-elle si lentement, alors même que les technologies bas carbone existent, sont de moins en moins onéreuses et gagnent peu à peu des parts de marché ? Cette question d’actualité trouve une réponse dans les travaux fondateurs de Gregory C. Unruh, qui a introduit dès les années 2000 le concept de carbon lock-in, ou verrouillage carbone en français.

Selon lui, nos économies sont enfermées dans une trajectoire fossile, non pas du fait de l’absence d’alternatives, mais parce que les technologies, institutions et comportements permettant les conditions de cette trajectoire se renforcent mutuellement, créant une inertie systémique. Autrement dit, le carbon lock-in, c’est quand un système continue à fonctionner, non pas parce qu’il est optimal, mais parce qu’il est déjà en place.

Ce cadre théorique a depuis été enrichi par de nombreux travaux, notamment ceux de Steven J. Davis, qui montre comment les infrastructures existantes conditionnent les émissions futures et rendent toute bifurcation coûteuse et incertaine. Dans cette perspective, transformer le système énergétique ne consiste pas simplement à innover, mais à défaire un ensemble de dépendances accumulées dans le temps. Cette perspective prend une résonance particulière dans le cas de Shell, que nous avons analysée dans notre étude récente.

Au début des années 2020, l’entreprise fait face à une pression croissante. Régulations climatiques renforcées, attentes sociétales accrues, et décisions judiciaires inédites, notamment aux Pays-Bas. Ces éléments correspondent à ce que la littérature identifie comme des chocs exogènes, des situations externes capables de déstabiliser un système.

La transition de Shell se présente alors a priori comme conforme à la théorie, mais il apparaît rapidement qu’il existe un verrouillage carbone de second ordre, lié aux marchés et aux orientations stratégiques, en particulier les attentes des actionnaires. Explications.




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Shell : une transition qui se heurte à deux verrous

De 2015 à 2024, Shell engage des investissements significatifs dans des technologies bas carbone comme l’hydrogène, les biocarburants et le captage du carbone. C’est en particulier le cas pour sa raffinerie de Rotterdam (Pays-Bas), connue sous le nom de raffinerie Shell Pernis. À première vue, l’entreprise semble amorcer une sortie du carbon lock-in.

Shell semble commencer à franchir un cap. Les activités bas carbone gagnent en importance, la stratégie de l’entreprise évolue, et une réduction de la dépendance aux hydrocarbures paraît envisageable. Notre article montre que cette phase correspond à un désenclavement de premier ordre. Les contraintes technologiques et infrastructurelles, qui définissent le carbon lock-in, commencent alors à s’atténuer. C’est ici que, pour la première fois, les conditions matérielles d’une transition deviennent réellement plausibles.

Cadre théorique permettant de comprendre comment on peut lever le premier verrouillage carbone, appliqué au cas de Shell Pernis.
G. Unruh et coll., 2026, Fourni par l’auteur

Mais cette dynamique ne se stabilise pas. Très rapidement, une autre forme de contrainte émerge : celle des marchés financiers. Les attentes de rentabilité des investisseurs, les logiques de valorisation boursière et les modèles de gouvernance exercent une pression forte sur les choix stratégiques.

Du point de vue des investisseurs, les activités fossiles restent souvent les plus rentables à court terme. Les investissements bas carbone, plus incertains et plus longs à rentabiliser, peinent à rivaliser. Progressivement, la stratégie de Shell se rééquilibre. Les ambitions climatiques sont ajustées, et les activités traditionnelles retrouvent un rôle central.

Ce constat rappelle que le succès de la transition dépend pour beaucoup des organisations, des institutions et des pratiques existantes. Or, les nouvelles activités reposent ici sur les infrastructures, les compétences et les chaînes de valeur héritées du pétrole. Dans le cas présent, la transformation ne remplace pas le système existant, elle s’y superpose.

Cette observation confirme un point clé de notre recherche : les transitions industrielles sont rarement des ruptures, mais plutôt des reconfigurations progressives.

La véritable difficulté ? Sortir du second verrouillage carbone

C’est dans cette tension que réside la contribution principale de notre recherche. Nous montrons en effet que sortir du verrouillage carbone ne suffit pas. Même lorsque les contraintes technologiques s’affaiblissent, un nouveau verrouillage peut émerger, d’ordre financier et stratégique. Nous l’avons appelé « verrouillage carbone de second ordre » (second-order carbon lock-in).

Ce deuxième verrouillage ne repose plus sur seulement sur les infrastructures en place, mais également sur des logiques économiques telles que les attentes des actionnaires, les exigences de rentabilité et les structures de gouvernance. Autrement dit, même lorsque la transition devient techniquement possible, elle peut rester économiquement difficile.

Comment le second verrou carbone conduit finalement à reculer sur les engagements de transition.
G. Unruh et coll., 2026, Fourni par l’auteur

Cette distinction entre les deux formes de verrouillage carbone suggère que les politiques climatiques ne peuvent pas se limiter à soutenir l’innovation ou à adapter les régulations qui s’appliquent aux infrastructures. Elles doivent aussi transformer les incitations économiques et financières qui orientent les décisions des entreprises. Sans cela, les efforts de transition risquent de rester partiels, instables, voire réversibles.




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Comment sortir du piège carbone… sans y retomber ?

L’histoire de Shell n’est pas une exception. Elle révèle une dynamique plus générale, celle d’une transition énergétique qui progresse, mais qui reste contrainte par les logiques profondes du système juridique et économique. Sortir du piège carbone ne consiste donc pas seulement à changer de technologie. Il faut aussi changer les règles du jeu.

Le cas de la raffinerie Shell Pernis met en évidence à la fois l’efficacité et les limites des interventions classiques de décarbonation. Les interventions de premier ordre visent d’abord à réduire les inerties internes aux complexes techno-institutionnels (c’est-à-dire les systèmes regroupant aussi bien des acteurs publics que privés qui participent à la diffusion des nouvelles normes technologiques). Elles sont essentielles pour amorcer la transition, mais demeurent insuffisantes lorsque les entreprises sont insérées dans des systèmes transnationaux, notamment les marchés financiers globaux et la concurrence internationale, qui peuvent réintroduire de nouvelles contraintes.

Ceci a deux conséquences très concrètes :

  • Pour les décideurs publics, cela implique de dépasser les cadres nationaux et d’articuler les politiques climatiques à l’évolution de la gouvernance financière. Une meilleure coordination avec des institutions, telles que la Banque centrale européenne (BCE), l’Autorité européenne des marchés financiers (AEMF) ou l’Organisation internationale des commissions de valeurs (IOSCO), apparaît nécessaire afin de limiter les désalignements entre objectifs climatiques et logiques de marché. Des instruments complémentaires, comme des cadres contractuels de long terme ou des protections contre certaines pressions financières, pourraient également soutenir les entreprises en transition.

  • Pour les entreprises, la transition ne saurait être réduite à un enjeu technologique ou réglementaire local. Et cela d’autant plus pour les firmes multinationales, qui opèrent dans plusieurs cadres nationaux à la fois et doivent gérer des attentes multiples et souvent divergentes, notamment de la part de leurs investisseurs. Les investissements de transition nécessitent des stratégies spécifiques, capables de valoriser leur rentabilité à long terme tout en limitant les pressions à court terme.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Le « verrouillage carbone », ou pourquoi les majors pétrolières comme Shell renoncent à leurs projets de décarbonation – https://theconversation.com/le-verrouillage-carbone-ou-pourquoi-les-majors-petrolieres-comme-shell-renoncent-a-leurs-projets-de-decarbonation-283288