Fonderie Horne : quand les citoyens prennent le relais

Source: The Conversation – in French – By Laurie Gagnon-Bouchard, Doctorante en science politique, L’Université d’Ottawa/University of Ottawa

Quand les autorités assouplissent les normes pour l’industrie, le fardeau retombe sur les citoyens. À Rouyn-Noranda, protéger sa santé est devenu un acte quotidien de vigilance.


Le 3 février dernier, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) rappelait que des millions de cancers sont évitables, notamment en réduisant l’exposition à des contaminants environnementaux comme l’arsenic. Deux jours plus tard, le gouvernement de la Coalition Avenir Québec (CAQ) a accepté de maintenir l’autorisation de la concentration d’arsenic de la Fonderie Horne à 45 ng/m3 pour 18 mois supplémentaires. Cela malgré les avertissements d’octobre dernier de la Direction régionale de la santé publique de l’Abitibi-Témiscamingue sur les risques sanitaires liés à ce niveau d’émissions. En modifiant sa position initiale, le gouvernement revient sur les normes imposées en 2023.

Pendant que le débat se cristallise autour d’un chiffre, l’expérience quotidienne des personnes vivant avec ce risque sanitaire s’efface. À Rouyn-Noranda, la gestion du risque ne se joue pas seulement dans les rapports d’experts : elle se déplace dans les cours arrière, les écoles, les corps. Et elle repose de plus en plus sur les citoyens eux-mêmes.

En tant que doctorante à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa, je m’intéresse aux violences environnementales et aux formes de care citoyen – c’est-à-dire aux pratiques de vigilance, d’entraide et de protection mises en place par les communautés elles-mêmes – qui émergent face aux défaillances institutionnelles.

Choc citoyen et imprégnation à l’arsenic

En 2019, la population de Rouyn-Noranda apprenait que les enfants du quartier Notre-Dame étaient en moyenne 3,7 fois plus imprégnés à l’arsenic que ceux d’Amos. La toxicité de cette substance est connue depuis des siècles. Pourtant, malgré ces connaissances, la Fonderie a maintenu un seuil d’émission largement supérieur à la norme provinciale.

Les historiens des sciences Erik N. Conway et Naomi Oreskes ont montré comment certaines industries fabriquent le doute pour retarder l’action politique : multiplication d’études, brouillage des certitudes dans les médias, contestation des expertises scientifiques.

C’est ce qui s’est produit dans le cas maintenant célèbre de l’étude écrite par Monsanto sur le glyphosate. Il s’agit également du type de tactiques auxquelles nous semblons avoir assisté lorsque la Fonderie Horne a lancé son programme de biosurveillance sur l’arsenic. L’enjeu avec cette étude, hormis son manque d’indépendance, est qu’elle pourrait servir à contester les données indépendantes de la santé publique.




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Contrôle du dicible

La pression ne se limite pas au terrain scientifique. Le 10 février, une citoyenne dénonçait au conseil municipal les pressions exercées de la part de certaines entreprises pour décourager la prise de parole critique contre la Fonderie Horne.

Quand la communauté d’affaires affirme ne pas croire la santé publique et que des citoyens se sentent surveillés ou rappelés à l’ordre, le signal est clair : certaines critiques dérangent. Dans ce climat, défendre la science et la santé publique devient difficile.

Dans les entretiens que j’ai réalisés avec des citoyens de Rouyn-Noranda, plusieurs dénoncent une forme d’omerta et l’imposition d’une alternative insoutenable. L’un dit :

La violence environnementale, c’est aussi l’omerta, la désinformation et la division de la communauté sur cet enjeu. Quand on proteste, qu’on parle publiquement contre le pollueur, on perd des amis de longue date et des membres de notre famille nous excluent.

L’enjeu est alors réduit à une question d’opinion ou de croyance – être pour ou contre la santé, croire ou non la santé publique. Pendant ce temps, les impacts concrets sur la population, y compris sur les travailleurs, passent au second plan.

Care entravé ou communautaire

Ces impacts s’inscrivent dans des histoires intimes, familiales, intergénérationnelles de problèmes de santé que plusieurs soupçonnent liés aux rejets historiques de contaminants de la Fonderie. Ce n’est d’ailleurs pas anodin que ce soient principalement des personnes touchées ou en rôles de soin (mères, parents, médecins) qui dénoncent l’injustice environnementale et sanitaire vécue.

Découvrir que l’on a été exposé, ou que ses proches ou ses patients l’ont été, est un bris dans leur relation de soin. Plusieurs parents de Rouyn-Noranda ont d’ailleurs exprimé un sentiment de culpabilité en réalisant avoir exposé leurs enfants sans le savoir. Ce sentiment de trahison fragilise la confiance envers l’État.

Pour les Mères au front, comme Jennifer Ricard Turcotte le développe dans Il en va de notre dignité (2025), se mobiliser pour protéger la santé de sa communauté est un geste d’amour et une nécessité face à un État perçu comme défaillant. Les pratiques de vigilance citoyenne et de sensibilisation du comité Arrêt des rejets et émissions toxiques (ARET) et des Mères au front visent alors à pallier aux lacunes des dispositifs institutionnels.




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Quotidien altéré

Derrière le débat autour des chiffres, de la norme et des emplois se cache un quotidien altéré pour les personnes vivant près de la Fonderie. Prendre conscience du risque sanitaire transforme le quotidien et crée un stress important.

Cette situation impose des choix que la majorité des Québécois ne connaissent pas et ne connaîtront pas. Laisser ou pas son enfant jouer dans sa cour bien que son terrain est contaminé ? Prendre ou non une marche dans son quartier alors que le goût de la mine est présent ? Cette conscience du risque modifie les pratiques quotidiennes et instille une vigilance individuelle et collective.

Ajuster ses habitudes pour limiter l’exposition lorsque le risque est perçu comme plus important, s’avertir entre voisins lorsque les signes de rejets sont présents et alerter les autorités lors d’épisodes extrêmes de contamination, deviennent des mécanismes de protection.

Ce soin contraint, façonné par le risque, s’ajoute à une vigilance face aux stratégies de relations publiques de l’entreprise. Les documents promotionnels envoyés par la Fonderie aux résidents, vantant ses efforts environnementaux, réactivent l’incertitude sur le respect réel de ses engagements. Récemment, l’entreprise a conditionné ses investissements environnementaux à une permission gouvernementale de continuer à dépasser la norme d’arsenic pendant plusieurs années.


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Joute politique et risque évitable

Dans les médias, le care communautaire quotidien, assumé par les personnes qui œuvrent à se défendre de l’injustice environnementale, demeure largement invisible. La couverture médiatique se concentre principalement sur la menace de fermeture brandie par la Fonderie, qui lie son avenir à une « prévisibilité » du seuil sur l’arsenic.

Le gouvernement de la CAQ a d’abord semblé tenir tête aux menaces de fermeture de la Fonderie. Mais les concessions récentes laissent planer le doute : cette posture de courage n’était-elle qu’un mirage ?

D’autant plus que cette décision s’inscrit dans une série d’accommodements face aux demandes de la multinationale suisse, dont l’assouplissement en 2022 de la norme sur le nickel. Elle illustre une fois de plus un compromis politique où les intérêts et considérations économiques du secteur industriel et extractif des minéraux critiques semblent avoir primé sur la santé publique, laissant à la communauté le fardeau de se protéger d’un risque connu.

La Conversation Canada

Laurie Gagnon-Bouchard a reçu des financements des Bourses de l’Ontario.

ref. Fonderie Horne : quand les citoyens prennent le relais – https://theconversation.com/fonderie-horne-quand-les-citoyens-prennent-le-relais-275780

Promesse de référendum : quand le PQ néglige sa base sociale

Source: The Conversation – in French – By Michel Roche, Professeur de science politique, Université du Québec à Chicoutimi (UQAC)

Chaque fois que le Parti québécois a cherché à avancer son projet de souveraineté, il l’a fait en s’appuyant sur une coalition sociale progressiste. Or, sous la direction de Paul St-Pierre Plamondon, cette stratégie semble mise en veilleuse. Le parti peut-il encore prétendre rassembler sans miser d’abord sur la solidarité sociale ?


Parler de « gauche » ou de « droite » éclaire peu la situation actuelle, ces notions étant trop subjectives. La vraie question est celle de la solidarité sociale. Car l’indépendance n’avance que lorsqu’elle s’incarne dans un projet collectif capable de rallier syndicats, groupes communautaires, artistes et jeunesse autour d’une critique – même modérée – de l’ordre établi. C’est ce que j’ai tenté de démontrer dans mon dernier ouvrage.

Leçons des référendums de 1980 et 1995

Comparons l’attitude de la direction actuelle du PQ avec celle des périodes ayant précédé les référendums de 1980 et de 1995. En 1980, le référendum avait lieu après l’adoption d’une série de mesures progressistes par le gouvernement Lévesque, élu en 1976, notamment la Charte de la langue française, la Loi sur la protection des terres agricoles et la Loi sur les normes du travail.

On peut aussi mentionner la Loi sur l’assurance-automobile, le congé de maternité, la limitation de la semaine de travail à 44 heures, la loi contre l’emploi de briseurs de grève, la hausse significative du salaire minimum, la création du BAPE et l’abolition des clubs de pêche privés.

Le gouvernement Parizeau (1994-1995) s’est concentré essentiellement sur le référendum qu’il voulait tenir au plus tard dans l’année suivant son élection. Néanmoins, pendant cette courte période, il a mis fin à quelques mesures contestées par les syndicats et introduit la perception automatique des pensions alimentaires. Il a également créé les carrefours jeunesse-emploi et posé les bases de la future assurance-médicaments et de la Loi sur l’équité salariale.

Par ailleurs, le gouvernement a reconnu officiellement les groupes communautaires en créant le Secrétariat à l’action communautaire autonome et le Fonds d’aide à l’action communautaire autonome (loi 111). À la demande des syndicats, il a aussi adopté la loi 46, rétablissant la réglementation sur la construction résidentielle.

C’est dans ce contexte qu’est formée la coalition « Partenaires pour la souveraineté », réunissant des organisations comme les centrales syndicales, les fédérations étudiantes, l’Union des Artistes, l’Union des écrivains, la Fédération des femmes du Québec et divers organismes communautaires. Son programme résolument progressiste visait à mobiliser la société civile pour soutenir la souveraineté. Françoise David et François Saillant, alors respectivement militants de la Fédération des femmes du Québec (FFQ) et du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), ont ainsi évalué ce gouvernement :

Le 4 juin 1995, Jacques Parizeau vient lui-même devant une foule estimée à 18 000 personnes annoncer que, oui, il construira des logements sociaux avec soutien communautaire. Oui, il augmentera le salaire minimum de 45 ¢ de l’heure. Oui, nous aurons une loi sur l’équité salariale. Nous sommes alors à quelques mois d’un référendum crucial. Cela a-t-il contribué à ses réponses satisfaisantes aux revendications des femmes ? Bien sûr que oui.




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Certes, le premier ministre Parizeau se voulait également un ardent partisan du libre-échange avec les États-Unis, position qu’il ne nuancerait que quelques années plus tard. Il n’empêche que son passage à la tête du Parti québécois et à titre de premier ministre a été principalement marqué par une volonté de construire une large coalition souverainiste, en misant davantage sur la solidarité sociale que sur les principaux fondements du néolibéralisme.




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De Bouchard à PSPP : rupture ou continuité ?

Ce ne sera guère le cas chez Lucien Bouchard, un ancien ministre conservateur qui, tout en adoptant diverses mesures sociales, a misé sur la politique du « déficit zéro », aux conséquences particulièrement négatives pour le réseau de la santé, les écoles et les universités.

Cette politique s’est traduite par un recul de l’appui à la souveraineté, qui avait pourtant grimpé jusqu’à 56 % au cours de l’année 1996. Dans ce contexte, la coalition des Partenaires pour la souveraineté perdait des membres. Dès 1998, la Centrale de l’Enseignement du Québec (CEQ) et la Confédération des Syndicats nationaux (CSN) s’en retiraient. Prétendant créer des « conditions gagnantes » pour un troisième référendum, le gouvernement Bouchard a échoué. Le mouvement indépendantiste avait été démobilisé par ses politiques.

Sous la direction de PSPP, le PQ – au moins jusqu’à maintenant – ne semble guère chercher à construire une coalition progressiste en vue du référendum qu’il promet. À moins d’un revirement inattendu, les mesures annoncées jusqu’à maintenant et les positions adoptées par le parti se révèlent peu susceptibles de mobiliser le monde syndical, la jeunesse, les artistes et le milieu communautaire, base historique du mouvement indépendantiste.

Parmi ses principales promesses pour la première année de son éventuel gouvernement, il évoque son intention de s’en prendre à la « surbureaucratie ». Les syndicats de la fonction publique ont rapidement compris ce que cela signifie puisqu’il prévoit de réduire le nombre de fonctionnaires. « Recentrer » l’État sur ses activités et en « réduire la taille » se traduit généralement par l’élimination de divers programmes dont les principaux bénéficiaires paieront le prix.

Sa vision de l’économie tranche avec celle des gouvernements péquistes plus interventionnistes, en particulier ceux de Lévesque et Parizeau, qui considéraient que l’État devait jouer un rôle dans le développement de secteurs porteurs d’avenir. Même le gouvernement Bouchard/Landry s’y est employé, avec l’industrie du numérique. Dans le cas de PSPP, il a affirmé que « le rôle d’un gouvernement, ce n’est pas de se substituer au marché, en disant : “moi, au pif, je vais vous dire quel secteur a de l’avenir”, c’est de créer un environnement qui est propice aux affaires. »

Un tel discours, fidèle au laissez-faire néolibéral, détonne par rapport à la tendance dominante alors que, à l’échelle mondiale, la plupart des pays s’en détournent du fait de la désindustrialisation et de la perte de contrôle qu’elles entraînent sur les économies nationales.


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Du côté environnemental, le PQ a rejeté par une forte majorité une proposition visant à interdire la construction ou l’agrandissement de gazoducs et d’oléoducs. Une telle position risque non seulement d’entrer en contradiction avec les engagements du Québec, mais se révèle peu susceptible d’attirer la sympathie des organisations et individus préoccupés par le réchauffement climatique. Le gouvernement Marois avait été durement critiqué pour son intention d’exploiter le pétrole de l’île d’Anticosti.

Une question sociale au cœur de l’identité nationale

Certes, le parti s’engage à maintenir les principales missions de l’État. Mais à la lumière de l’expérience passée des premiers référendums, force est d’admettre une certaine rupture. La plate-forme électorale comprendra probablement quelques promesses progressistes, mais à quelques mois des élections, la direction actuelle ne semble guère portée à vouloir mobiliser la base sociale du mouvement indépendantiste.

En somme, j’estime que la question nationale est aussi une question sociale. L’identité est intimement liée à la solidarité au sein d’une communauté politique donnée. Ne pas tenir compte de cette dimension risque fort d’entraîner l’échec du projet national véhiculé par ce parti.

La Conversation Canada

Michel Roche ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Promesse de référendum : quand le PQ néglige sa base sociale – https://theconversation.com/promesse-de-referendum-quand-le-pq-neglige-sa-base-sociale-275730

For thousands of years, solar eclipses have been associated with the fate of rulers

Source: The Conversation – UK – By Michelle Pfeffer, Research Fellow in Early Modern History, University of Oxford

An annular solar eclipse, also known as a ‘ring of fire’ eclipse, occured on February 17. Darkfoxelixir / Shutterstock

The Moon crossed the Sun’s path on February 17, causing what is known as an annular solar eclipse. The Sun was not covered completely, but the Moon blocked enough of its light to leave a fiery ring. Unless you’re deep in the southern hemisphere, you won’t have noticed.

However, astrologically speaking, eclipses have effects regardless of who is watching. In astrology, an ancient tradition that lacks scientific grounding, eclipses are regarded as being powerful and politically significant celestial events. They are traditionally associated with the destiny of rulers – and some astrologers think Donald Trump is no exception.

Astrologers interpret the meaning of eclipses through horoscopes, celestial maps that locate the Sun, Moon and planets within the 12 signs of the Zodiac that encircle our solar system. During the eclipse, the Sun and Moon were at the edges of the sign Aquarius, a position astrologers associate with endings and shakeups.

This, alongside various other factors including Trump being born during a lunar eclipse in 1946, has led some astrologers to suggest that the eclipse could mark the start of a severe crisis for the US president – even his death.

Predictions like this come around fairly often, and Trump has outlasted many of them before. But these extreme forecasts follow a very old script. For thousands of years, eclipses have been treated as political events, read as omens about kingdoms and their rulers.

Bad omens

Eclipses have been connected with the fate of rulers since at least ancient Mesopotamia, around 4,000 years ago. Keen observers there, in what is now modern-day Iraq, kept lists of phenomena they believed were linked to specific outcomes.

“If a lizard gives birth in the walkway of a house, the household will fall” and “if a white partridge is seen in the city, commercial activity will diminish” are two examples. But one omen has long outlived the others: “if there is an eclipse, the king will die”.

With such high stakes, ancient astronomers invested in systematic observation, record-keeping and calculation to predict eclipses with ever-greater accuracy. This enabled the so-called “substitute king” ritual, where royals tried to avoid their fate by temporarily making someone else king until an eclipse passed.

The link between eclipses and the death of kings spread widely in the ancient world. Egyptian papyri show evidence of this belief, and Greek and Roman history is full of stories connecting eclipses with prominent deaths.

Roman historian Cassius Dio recorded a solar eclipse around the death of the first Roman emperor, Augustus, in AD14, during which “most of the sky seemed to be on fire”. In the gospels of Matthew, Mark and Luke, the death of Jesus is also marked by darkened Sun.

In the medieval period, when Arabic chroniclers recorded eclipses, they usually noted concurrent deaths of rulers. And in Europe, a solar eclipse in 1133 was so closely associated with the 1135 death of King Henry I of England that it became known as “King Henry’s Eclipse”.

The Antikythera mechanism, which ancient Greeks used to calculate solar eclipses.
The Antikythera mechanism used rotating concentric rings to calculate eclipses in ancient Greece.
Viacheslav Lopatin / Shutterstock

Premodern rulers often hired astrologers to interpret their birth charts – the horoscope cast for the moment they were born. Ideally, the astrologer would pick out an aspect of the chart they could say justified the ruler’s leadership and foretold a long and prosperous reign. This was useful astrological propaganda.

But rulers were less happy when astrologers did this without authorisation – especially if they forecast illness or death. Astrologers were expelled from ancient Rome on numerous occasions for doing just that.

In his book, Lives of the Caesars, Roman historian Suetonius recounted the fate of an astrologer called Ascletarion (or Ascletario). Ascletarion’s predictions of the Emperor Domitian’s imminent downfall in the first century AD prompted the angry emperor to order his execution.

More than 1,400 years later, an astrologer in Oxford was executed for predicting the death of the reigning English monarch, Edward IV. And in 1581, Queen Elizabeth I of England made it a felony to use horoscopes to predict her death or her successor.

Similarly in France, royal pronouncements in 1560, 1579 and 1628 prohibited astrological predictions about princes, states and public affairs. Around the same time, astrologers in Italy got into serious trouble for predicting the deaths of popes.

This was not just a matter of anxiety on the part of rulers. It was also a question of maintaining public order and political stability. State powers were concerned with the ability of astrological predictions to cause general chaos and even prompt protests and rebellions.

They were right to worry. In a time when astrology was taken very seriously, predictions could cause collective panic. During the so-called wars of the three kingdoms, a series of conflicts fought between 1639 and 1653 in England, Scotland and Ireland, astrologers’ radical political predictions about the fate of the English monarchy fed revolutionary sentiment.

One of these astrologers, Nicholas Culpeper, published predictions of the downfall of all European monarchies on the basis of a solar eclipse in 1652.

Nicholas Culpeper's Catastrophe Magnatum.
Nicholas Culpeper’s Catastrophe Magnatum, an astrological pamphlet written in 1652 about the so-called ‘Black Monday’ solar eclipse that year.
Nicholas Culpeper / Catastrophe Magnatum (1652)

Astrology left the world of universities and political courts in the 17th century, but astrologers did not stop making political predictions. In 1790s London, an astrologer called William Gilbert predicted the death of King Gustav III of Sweden. His prophecy was fulfilled a few months later.

And after his attempted assassination in 1981, the then-US president, Ronald Reagan, asked astrologer Joan Quigley whether she could have predicted it. She said yes. Quigley worked for the Reagans for many years, and claimed that she provided advice not just on personal affairs but also on matters of the state, including the best timing to make political announcements.

Although astrology is no longer counted as a science, it remains a player in contemporary politics. Whether or not eclipse predictions come to pass is almost besides the point. Historically, what made eclipses politically dangerous was the speculation often attached to them.

The Conversation

Michelle Pfeffer does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. For thousands of years, solar eclipses have been associated with the fate of rulers – https://theconversation.com/for-thousands-of-years-solar-eclipses-have-been-associated-with-the-fate-of-rulers-275515

Moon sighting is a key part of Muslim life – how the lunar cycle determines the start of Ramadan and Eid

Source: The Conversation – UK – By Imad Ahmed, PhD Candidate, Faculty of Divinity, University of Cambridge

Each year as Ramadan approaches, more than 2 billion Muslims around the world prepare for a month of fasting, prayer and communality. But Ramadan does not begin on the same day everywhere in the world.

This year, some countries will commence the month of fasting on Thursday, February 19, whereas other countries may begin it a day earlier. Similarly, at the end of Ramadan, different communities will celebrate Eid on different dates.

The reason for this lies in the nature of the lunar visibility calendar – the new crescent Moon is not always visible everywhere on the same date. The prophet Muhammad is reported to have said: “Observe fast on sighting it [the crescent] and break fast on sighting it [the next crescent] – but if the sky is cloudy for you, then complete the number [30 days].”

In modern times, some countries such as Turkey have implemented calendar reforms, removing the act of monthly visual sightings of the crescent. They rely instead on pre-determined calculations.

Nevertheless, the visual sighting of the Moon to determine the start of the month remains the majority practice of Muslims across the world. Most believe this has to be done with the naked eye.

Cloud cover can therefore affect when the month begins in different locations, making it an unpredictable calendar. This imbues Moon sighting occasions with a sense of communal wonder – but it can also make the issue surprisingly contentious.

A very British problem

When Muslim migrants arriving in the UK in the middle of the 20th century tried to sight the new crescent Moon, they would often struggle – in part due to a very British problem: the cloudy weather.

As a result, various mosques and communities would outsource their Moon sightings to different countries. Some followed Morocco, others Turkey or Saudi Arabia. As each country might confirm a first sighting on different days, it meant UK mosques could end up with divided dates for Ramadan and Eid.

This has been a source of pain for some people in the British Muslim community. For me (Imad) growing up in London, it meant my school friends might start celebrating Eid on a different date to me and my family. This felt pretty sad – but I just assumed it had to be like this.

That changed when I witnessed the communal practice of Moon sighting during a family holiday to Cape Town in South Africa. When I saw thousands of Muslims gathering on the beach to celebrate seeing the new crescent Moon, I asked myself: “Why can’t we do this in the UK?”

When I returned from Cape Town, I founded a Muslim calendar lunar observation astronomy club called the New Crescent Society. Our aim is to find a way of celebrating Moon sighting communally throughout the UK – and to develop a viable lunar Islamic calendar here, like they have in other parts of the world.

Sometimes you can see the Moon in Cardiff but not in Cambridge. Sometimes the sky is clear in London but cloudy in Manchester. Our UK-wide astronomy education programme, Moonsighters Academy, now supports Muslims to lead their own lunar observation groups in their communities.

Composite image of the first nine days of the lunar cycle.
The first nine days of the lunar cycle.
Emma Alexander, CC BY-SA

The astronomy of lunar visibility

Every month, the Moon goes from a thin crescent, waxing each night to become gibbous (more than half full) and then full, before waning back down to a crescent and disappearing again. This cycle occurs due to the Moon’s orbit around the Earth, and takes 29 and a half days.

The Moon does not create its own light. What we see is reflected sunlight – and the same side of the Moon is always facing towards us. It rotates on its axis at the same rate it orbits the Earth, a phenomenon called tidal locking.

The precise moment at which some amount of lunar illumination is first visible from Earth each month depends on geometrical physics. At this point, the crescent is so thin that even cameras struggle to determine it.

But as the Moon moves further away from the Sun in the sky, the crescent slowly becomes thicker as the angle of separation increases. There is now a longer “lag” between sunset and moonset, which also makes the new crescent more visible. The best time to view a young crescent is approximately halfway between sunset and moonset, balancing sky brightness with lunar altitude.

Astronomers relish the challenge of spotting a very thin crescent Moon when it is less than 24 hours old. But just how young a Moon can people see with the naked eye? One established landmark of 15 hours 32 minutes was set by the astronomer Stephen James O’Meara, who is also known for first spotting Halley’s comet on its return in 1985.

When you introduce optical aids like binoculars, even younger and thinner crescents can be seen. With the right conditions and technology, you can even image the Moon at the moment of conjunction, with an age of exactly zero hours. This was first achieved by astrophotographer Thierry Legault in July 2013, using an infrared filter on a telescope that had been “baffled” to block out the precariously nearby Sun.

When will Ramadan and Eid start?

This depends on where you are in the world. On February 17, the Moon will only be around three hours old at the time of sunset in Saudi Arabia, and moonset is only a few minutes after sunset at this point in the lunar cycle. So the Moon will be too close to the Sun in the sky for it to be astronomically visible.

Nonetheless, if the Saudi Supreme Court receives a report that someone has seen the Moon, it is likely to accept this, leading to a first day of fasting in Saudi Arabia (and all mosques around the world that follow its calendar) on Wednesday, February 18.

In the UK, Europe and North Africa, we are likely to have positive sightings the day after and commence fasting on Thursday, February 19. Countries further east, such as Australia, will probably see the Moon a day later still, and thus have their first fast on Friday, 20 February.

In March, on Thursday, 19, the Moon will be between 17 and 18 hours old at sunset, so difficult – but not impossible – to see in the UK, Europe and North Africa. So we expect communities following these sightings to start celebrating Eid on Saturday, March 21. Mosques following Saudi Arabia are likely to celebrate Eid a day earlier.

However, this is not just a story about calendars. When people gather to search the horizon for the new crescent Moon, they are participating in a practice that links them to the most ancient of human practices: observing and connecting with the natural world around them. In Britain, we hope our work can help make this an even more unified celebration.

The Conversation

The Moonsighters Academy was funded by a Science and Technology Facilities Council Spark award.

Emma L Alexander receives funding from the Science and Technology Facilities Counci for her research at the University of Leeds.

ref. Moon sighting is a key part of Muslim life – how the lunar cycle determines the start of Ramadan and Eid – https://theconversation.com/moon-sighting-is-a-key-part-of-muslim-life-how-the-lunar-cycle-determines-the-start-of-ramadan-and-eid-276195

Species on east-west coastlines are more likely to go extinct than those on north-south shores – new study

Source: The Conversation – UK – By Cooper Malanoski, Postdoctoral research associate, University of Oxford

MarcelClemens / shutterstock

As the Atlantic warms, many fish along the east coast of North America have moved northwards to keep within their preferred temperature range. Black sea bass, for instance, have shifted hundreds of miles up the coast.

In the Mediterranean, the picture is very different. Without an easy escape route towards the poles, many species are effectively trapped in a sea that is warming rapidly. Some native fish are even being replaced by more heat-tolerant species that have slipped in through the Suez Canal.

It’s a process affecting coastal species around the world: without a continuous pathway to cooler waters, many are in trouble. Escape becomes difficult where coastlines run east–west or are broken into enclosed basins and islands. In these settings, species have to move huge distances just to gain a few degrees of latitude – the so-called “latitudinal trap”.

It’s also a process that has repeated throughout history. When we analysed 540 million years of fossil data for a recent study published in the journal Science, we found that species along east-west coastlines were more likely to go extinct than those with easier movement north-south.

Diagram of coastlines showing why north-south coasts have less extinction risk

Malanoski et al (2026) / Science

We hypothesised that the shape and orientation of coastlines could help species escape – or trap them. If coastlines provide direct, continuous pathways to move north or south, species should be able to better track shifting climates. But, where species have to travel a long way for minimal latitude gain, their extinction risk is raised during episodes of environmental change.

Coastlines themselves are not fixed. Over millions of years, plate tectonics rearrange continents, sometimes producing long north-south coasts, like those of the Americas today, and at other times sprawling east-west seaways such as during the Ordovician a bit over 400 million years ago.

This means climate shocks can produce very different extinction outcomes depending on the layout of continents at the time.

To test this hypothesis, we analysed fossil data for about 13,000 groups of related shallow-marine invertebrate species, such as clams, snails, sponges and starfish, spanning the last 540 million years. We then paired these records with reconstructions of ancient geography.

For each fossil, we estimated how difficult it would have been for that species to shift its latitude along shallow coastlines. We measured this as the shortest number of steps to travel 5°, 10°, or 15° latitude north or south. (For context, Great Britain covers about 9° from top to bottom). Short distances imply a relatively direct escape; long distances imply a long or maybe impossible escape route.

Annotated maps of various coastline shapes
A 5° shift in latitude can be reached quickly along a simple north–south coastline (A), but requires much longer routes—or cannot be reached at all—along convoluted east–west margins (B), interior seaways (C), and islands (D).
Malanoski et al (2026) / Science

We found that, over the last 540 million years, extinction risk was consistently higher for marine animals with long escape routes.

Geography amplifies catastrophe

This pattern intensified during Earth’s five mass extinction events. In our models, species with longer distances showed increases in extinction risk of up to 400% during mass extinctions, compared with about 60% during other intervals, highlighting that geography becomes far more consequential when climate change intensifies.

Although our analyses focused on geologic timescales, our results help us understand how shallow marine species may respond to climate change today. Species living in the Mediterranean or the Gulf of Mexico or other regions with semi-enclosed geography, or around the margins of islands, may have more difficulty as the ocean warms.

Coastline geometry may matter less for species that are good at dispersing themselves, however, especially those that have a long planktonic larvae phase where they drift around the ocean before becoming fixed in place. The survival of those species depends more on factors like ocean currents than coastline orientation.

Estimating whether a species is at risk of extinction is typically done with reference to attributes such as body size or geographic range size. But our work shows that extinction risk also depends on geography. Survival during climate upheaval depends not only on a species’ biology – but on whether the map itself offers an escape.

The Conversation

Erin Saupe receives funding from the UK Natural Environment Research Council (NERC) and the Leverhulme Trust.

Cooper Malanoski does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Species on east-west coastlines are more likely to go extinct than those on north-south shores – new study – https://theconversation.com/species-on-east-west-coastlines-are-more-likely-to-go-extinct-than-those-on-north-south-shores-new-study-275280

Empathie, créativité : lire des histoires aux enfants améliore leurs compétences sociales

Source: The Conversation – in French – By Erin Clabough, Associate Professor of Psychology, University of Virginia

Après deux semaines de lecture quotidienne à voix haute, les chercheurs ont observé une amélioration significative de l’empathie cognitive et l’empathie globale. Marina Demidiuk/Shutterstock

Quatorze soirées de lecture suffisent à améliorer la capacité des enfants à se mettre à la place des autres et à imaginer des solutions originales.


En 2024, 51 % des familles faisaient la lecture à voix haute à leurs très jeunes enfants et 37 % à leurs enfants âgés de 6 à 8 ans.

Certains parents expliquent qu’ils cessent de lire à voix haute à leurs enfants en primaire parce que ces derniers savent désormais lire seuls.

Je suis neuroscientifique et mère de quatre enfants, et je me suis demandé si, avec cet arrêt, les enfants ne perdaient pas davantage que le simple plaisir d’écouter une histoire lue à voix haute. Je me suis notamment interrogée sur les effets possibles sur leur empathie et leur créativité.

Une piste simple issue des travaux scientifiques

J’ai étudié et écrit sur l’empathie et la créativité dans le cadre de ma démarche personnelle pour mieux comprendre comment être une bonne mère. J’ai constaté que ce ne sont pas des talents innés que l’on possède – ou non – à la naissance. Ce sont des compétences qui se développent avec la pratique, tout comme l’apprentissage du piano.

Or, à l’école primaire, mes enfants n’étaient formés ni à l’empathie ni à la créativité. Et les données montrent que l’empathie des jeunes et que leur créativité ont peut-être reculé au cours des dernières décennies.

L’empathie ne se résume pas à la gentillesse. C’est une véritable force qui aide les enfants à anticiper les comportements et à évoluer en sécurité dans des situations sociales complexes. Elle les rend plus aptes à décoder les expressions du visage et les signaux émotionnels.

Quant à la créativité, elle est essentielle pour l’autocontrôle et la résolution de problèmes. Il est bien plus facile de réguler son comportement lorsque l’on peut imaginer plusieurs solutions à une difficulté, plutôt que de se focaliser, par exemple, sur la seule chose qu’il est interdit de faire.

Il y a une dizaine d’années, j’ai commencé à modifier certaines habitudes à la maison pour m’assurer que mes enfants acquièrent ces compétences. Consacrer quinze minutes le soir était parfois le seul moment en tête-à-tête que j’avais avec chacun d’eux, avec des couchers échelonnés à 19 h 30, 19 h 45, 20 heures et 20 h 15. C’était un moment précieux pour moi. Je me suis demandé si utiliser les conflits exposés dans ces histoires du soir comme supports pédagogiques pouvait les aider à développer davantage d’empathie et stimuler leur créativité.

En 2016, j’ai écrit que mes enfants semblaient devenir plus empathiques lorsque nous faisions des pauses au fil de la lecture pour poser des questions comme : « À ton avis, que ressent ce personnage ? » ou « Toi, qu’est-ce que tu ferais ? » Mais cette expérience n’avait jamais été testée à plus grande échelle.

Tester l’hypothèse

À partir de 2017, quatre collègues et moi avons recruté 38 familles dans le centre de la Virginie ayant des enfants âgés de 6 à 8 ans, un âge où les enfants apprennent à gérer leurs relations sociales et connaissent un développement cérébral intense. Tous les enfants de notre étude étaient des lecteurs débutants relativement autonomes ou savaient lire seuls. Dans le cadre de l’étude, les adultes lisaient un album chaque soir pendant deux semaines.

J’ai sélectionné sept livres illustrés : The Tooth Fairy Wars, Library Lion, Cui-Cui, Stuck with the Blooz, Cub’s Big World, Nugget and Fang et A New Friend for Marmalade. Ces livres n’avaient rien de particulier, sinon qu’ils comportaient tous une forme de conflit social – et qu’ils avaient l’approbation de mes enfants.

Ces livres mettaient en scène, entre autres personnages, un ourson polaire séparé de sa mère dans la neige, ou encore un garçon qui cachait ses dents à la petite souris.

La moitié des familles lisaient chaque livre d’une traite, sans interruption. L’autre moitié marquait une pause à un moment clé du conflit pour poser deux questions de réflexion. Par exemple, lorsque la petite souris emportait la dent que Nathan voulait désespérément garder, les parents demandaient : « Comment te sentirais-tu si tu étais Nathan ? » Si l’enfant répondait, les parents se contentaient d’écouter. Sinon, ils attendaient trente secondes avant de poursuivre la lecture.

Avant et après les deux semaines d’expérimentation, nous avons évalué la capacité des enfants à comprendre ce que les autres pouvaient penser et ressentir.

Nous avons également mesuré leur créativité à l’aide de l’« alternative uses task », un exercice qui leur demandait de produire des idées originales – par exemple imaginer des usages inhabituels d’un trombone ou citer un maximum d’objets munis de roues.

Un gain d’empathie dans les deux cas

Après seulement 14 soirées de lecture, nous avons constaté – comme le montre notre étude publiée en 2026 – que les enfants dont les parents faisaient des pauses pour poser des questions comprenaient mieux le point de vue des autres. Mais c’était aussi le cas de ceux dont les parents lisaient simplement l’histoire d’une traite.

Nous avons observé une amélioration significative de ce que les chercheurs appellent l’empathie cognitive et l’empathie globale dans les deux groupes, entre la première évaluation des enfants et la visite de suivi réalisée deux semaines après le début des lectures quotidiennes.

Cela tient peut-être au fait qu’il est plus facile de développer rapidement l’empathie cognitive – c’est-à-dire la capacité à se mettre à la place d’autrui – que l’empathie émotionnelle, qui consiste à ressentir ce que l’autre ressent. L’empathie émotionnelle mobilise d’autres régions du cerveau et nécessite probablement davantage de temps pour modifier des schémas émotionnels profondément ancrés.

Une stimulation de la créativité

Après deux semaines de lectures au coucher, les enfants des deux groupes ont progressé en pensée créative. Nous avons utilisé un test standard de créativité qui mesure à la fois le nombre et l’originalité des réponses lorsque l’on demande aux enfants d’imaginer des usages d’objets du quotidien. Par exemple, à propos d’une brique, une réponse courante serait « construire un mur », tandis qu’une réponse plus originale consisterait à « la réduire en poudre pour fabriquer une craie rouge ».

Et les enfants dont les parents faisaient des pauses pour poser des questions ont produit un nombre d’idées nettement plus élevé au total. Leurs réponses m’ont enchantée : ils ont proposé d’utiliser un trombone comme fil dans une horloge électrique fabriquée avec une pomme de terre, pour aider à enfiler les chaussures d’une poupée, ou simplement pour entendre le bruit qu’il fait en tombant par terre.

Nous avons aussi constaté que les plus jeunes formulaient des idées plus originales que les plus âgés. Cela rejoint d’autres travaux suggérant que la créativité peut s’estomper à mesure que les enfants grandissent et privilégient le fait de se conformer aux autres plutôt que de penser différemment.

Ce qu’il reste à explorer

Notre étude présente des limites : nous ne disposions pas d’un groupe témoin qui n’aurait pas lu du tout. Par ailleurs, la majorité des familles avaient des revenus élevés, 92 % d’entre elles gagnant plus de 50 000 dollars (plus de 42 000 euros) par an.

De futures recherches pourraient combler cette lacune et examiner si les bénéfices observés se maintiennent au-delà de deux semaines – et s’ils se traduisent par davantage de bienveillance dans la vie quotidienne.

Point important : nous n’avons constaté aucune différence entre les sexes. Cette pratique fonctionne aussi bien chez les garçons que chez les filles. Et même si la plupart des familles déclaraient déjà lire régulièrement à leurs enfants, cette approche a malgré tout permis de renforcer leur empathie et leur créativité.

Les histoires du soir ne sont pas qu’un rituel

En tant que neuroscientifique, je sais que les années d’école primaire constituent une période particulièrement décisive, marquée par une intense formation de nouvelles connexions cérébrales. Ces quinze minutes de lecture ne servent pas seulement à préparer les enfants au sommeil ou à leur apprendre à déchiffrer des mots. Elles contribuent à construire des circuits neuronaux liés à la compréhension des autres et à la capacité d’imaginer des possibles. À force de répétition, ces connexions se renforcent, comme lorsqu’on s’exerce au piano.

Dans un monde conçu pour attirer les familles vers les écrans, la lecture du soir reste un refuge où parent et enfant partagent le même espace imaginaire. Bonne nouvelle pour les parents : nul besoin de méthode particulière. Il suffit de lire.

The Conversation

Erin Clabough est associée à Neuro Pty Ltd.

ref. Empathie, créativité : lire des histoires aux enfants améliore leurs compétences sociales – https://theconversation.com/empathie-creativite-lire-des-histoires-aux-enfants-ameliore-leurs-competences-sociales-275744

Avoir un impact positif sur son lieu de vacances : quel avenir pour le tourisme « régénératif » ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Élodie Manthé, Maître de Conférences en Sciences de gestion, Université Savoie Mont Blanc

Le lagon dit de la Voie lactée, dans l’archipel de Palau, en Micronésie. Wikimédia, CC BY

Le rêve d’un tourisme 100 % durable se heurte à une réalité plus complexe. Selon le baromètre 2026 de Skift, société d’information sur les voyages et le tourisme basée à New York, l’industrie traverse une phase de désillusion : entre inflation, priorités politiques fluctuantes et réticence des consommateurs à payer plus, les belles promesses écologiques cèdent souvent la place à une gestion de crise pragmatique. Il existe pourtant des initiatives qui permettent de garder espoir.


Dans un article récent, je m’intéresse aux travaux de l’anthropologue Marcel Mauss dans son Essai sur le don de 1925, une œuvre majeure qui éclaire la dimension sociale et symbolique des échanges et qui nous permet d’ouvrir une troisième voie pour résoudre ce dilemme. Selon cette analyse, le tourisme moderne – qui traverse une phase de désillusion – doit dépasser les solutions purement transactionnelles pour s’ancrer dans une dynamique plus humaine et équilibrée. En s’appuyant sur deux exemples extrêmes d’échange étudiés par Mauss – le potlatch et le kula –, l’article propose un outil précieux pour décrypter les excès du tourisme contemporain.

Donner, recevoir et rendre

Le potlatch, pratiqué sur la côte nord-ouest de l’Amérique et décrit au XIXᵉ siècle, consiste à accumuler des biens pour les détruire ou les distribuer de manière ostentatoire, affichant ainsi pouvoir et prestige. C’est le miroir des dérives du tourisme actuel : une surconsommation d’expériences uniques, luxueuses et « instagrammables », où l’accumulation de souvenirs spectaculaires sert de marqueur social. À l’inverse, le kula, rituel d’échange symbolique entre les îles Trobriand, incarne un modèle régénératif. Les objets circulent selon des règles précises, créant des liens durables entre les communautés.

Pour Mauss, la relation de long terme entre communautés est maintenue grâce aux dons qui circulent entre elles au cours du temps, selon un principe immuable : il faut toujours donner, recevoir, et rendre. Ces rituels reposent sur l’idée que le don est un contrat moral qui engage celui qui reçoit à rendre, non par obligation, mais par reconnaissance.

Et si nous appliquions cette philosophie au voyage ? Pour un tourisme vraiment régénératif, il faudrait s’inspirer du kula : privilégier des échanges équilibrés, où les voyageurs ne se contentent pas de consommer, mais s’engagent à respecter les lieux, valoriser les cultures et contribuer au bien-être des territoires visités. Le voyage devient alors un rituel d’échange, bien au-delà d’une simple transaction. En assumant une « dette morale », c’est-à-dire ce que l’on doit à la communauté qui nous accueille, on pose les bases d’une relation authentique et durable.

En somme, l’éthique du voyage de demain se mesure moins à ce que l’on paie qu’à ce que l’on rend. Cette idée peut sembler décalée, voire utopique, dans une société occidentale où le tourisme se réduit souvent à une transaction : on paie, on consomme, on part. Pourtant, à travers le monde, des destinations réinventent l’art du voyage en exigeant des visiteurs qu’ils s’engagent dans une relation de respect et de réciprocité. Ces initiatives, loin d’être anecdotiques, dessinent les contours d’un tourisme plus conscient, où l’hospitalité n’est plus un dû, mais un échange.

Des serments pour voyager autrement

En 2017, l’archipel de Palau, en Micronésie, a lancé une initiative pionnière : le Palau Pledge. Chaque visiteur doit signer, à son arrivée, une déclaration solennelle s’engageant à respecter et préserver l’environnement et la culture locale.

Ce « passeport moral » va au-delà des mots : il s’accompagne d’actions concrètes, comme une vidéo de sensibilisation diffusée à bord des vols vers Palau. Les enfants locaux ont même participé à sa création, renforçant son ancrage communautaire. Résultat ? Palau protège aujourd’hui 80 % de ses eaux grâce à un sanctuaire marin, tout en intégrant la conservation dans son système éducatif.

Autre exemple, inspiré du terme maori tiaki (« protéger »), la charte Tiaki Promise qui invite les voyageurs visitant la Nouvelle-Zélande à adopter des comportements responsables : minimiser leur empreinte écologique, ne laisser aucune trace et aborder la culture locale avec respect. Le serment est clair  :

« Je protégerai la terre, la mer et la nature, et je traiterai la culture locale avec un esprit et un cœur ouvert. »

Citons encore l’Aloha Pledge de Kauai, inspirée d’une philosophie hawaïenne millénaire : « He Aliʻi Ka ʻĀina ; He Kauwā ke Kanaka » (« La terre est chef, l’humain est son serviteur »). Les voyageurs s’engagent à respecter la culture, les écosystèmes et les ressources naturelles, en évitant par exemple les crèmes solaires toxiques pour les coraux ou en ne prélevant ni fleurs ni roches.

L’Islande et la Finlande ont également adopté des serments similaires. Le premier, accompagné de capsules vidéo éducatives, encourage les touristes à adopter des comportements écoresponsables pour préserver les paysages islandais. Le second, porté par Visit Finland, vise à faire du pays la première destination touristique durable au monde, en intégrant le respect de l’environnement et des communautés locales.

Un changement de paradigme : le voyage comme échange, non comme consommation

Ces initiatives partagent un point commun : elles replacent l’hospitalité au cœur du voyage. Qu’il s’agisse de garder « le cœur et l’esprit ouverts » en Nouvelle-Zélande, d’interagir « avec bienveillance » à Hawaï, ou de « rester responsable » en Finlande, chaque serment reflète les valeurs profondes de la société qui l’a créé.

Loin d’être de simples effets de mode, ces engagements marquent une volonté de transformer l’état d’esprit des voyageurs. Ils rappellent que voyager, c’est entrer dans un cercle de réciprocité : on reçoit l’hospitalité comme un cadeau, et on s’engage à le rendre, ne serait-ce qu’en respectant la terre et ceux qui nous accueillent. C’est finalement une réponse concrète à l’appel du géographe français Rémy Knafou de « réinventer (vraiment) le tourisme ».

De manière très opérationnelle, Copenhague, la « capitale du cool », a transformé l’engagement écologique et social en une expérience touristique désirable. Avec son programme CopenPay, la ville danoise propose aux voyageurs de prolonger leur séjour pour participer à des actions citoyennes, en échange de récompenses locales. L’idée ? Remplacer le tourisme de consommation par un tourisme de contribution, où chaque visiteur devient acteur de la ville.

Pour s’adapter à tous les profils, Copenhague a imaginé des activités courtes et accessibles, assorties de contreparties immédiates :

  • ramasser des déchets (trente à soixante minutes) avec l’ONG Drop in the Ocean pour obtenir un bon de réduction de 50 % dans des hôtels du centre-ville ;

  • jardiner en ville, les jeudis, dans une ferme urbaine, en échange d’un café et d’une discussion avec les bénévoles ;

  • aider à la production de fraises en introduisant des insectes auxiliaires (une heure) pour gagner un jus de fraises frais.

Contrairement à d’autres initiatives où la responsabilité sociale reste abstraite, CopenPay mise sur l’immersion et la rencontre. Les récompenses (visites guidées, réductions, accès à des lieux insolites) ne sont pas qu’un bonus : elles transforment les touristes en contributeurs, leur offrant une expérience authentique, proche de celle des locaux.

Cette approche répond à une quête croissante d’authenticité, sans tomber dans la théâtralisation. Les actions sont utiles, courtes et peu contraignantes, mais surtout, elles créent du lien social. Comme le soulignent les recherches récentes, c’est la dimension relationnelle qui rend ces expériences mémorables et souhaitables.

On peut toutefois se demander si le tourisme durable ne représente pas non pas une rupture mais une intégration progressive des principes du développement durable dans les activités touristiques existantes. Il semble que les destinations qui s’en emparent sont déjà matures et plutôt attirantes pour une clientèle privilégiée qui évite le tourisme de masse.

Bien sûr, chaque acteur du secteur – hébergeurs, voyagistes, guides, ou même collectivités – peut adopter les principes énoncés en adaptant ses pratiques et en enrichissant son offre avec des critères responsables. D’où l’importance que des acteurs touristiques gérant d’importants flux touristiques (paquebots, centres de vacances, tour opérateurs, etc.) s’en emparent, même à petite échelle, pour avoir un impact plus conséquent, au-delà d’un marché de niche de voyageurs en quête de bien faire.

The Conversation

Élodie Manthé ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Avoir un impact positif sur son lieu de vacances : quel avenir pour le tourisme « régénératif » ? – https://theconversation.com/avoir-un-impact-positif-sur-son-lieu-de-vacances-quel-avenir-pour-le-tourisme-regeneratif-274355

L’essor des patients partenaires dans les soins de santé

Source: The Conversation – France in French (3) – By Michel Goldman, Président de l’institut I3h, Université Libre de Bruxelles (ULB)

L’exercice de la médecine connaît de profonds bouleversements, liés non seulement aux progrès spectaculaires des sciences et des technologies de la santé, mais aussi à des changements radicaux dans les relations entre les médecins et leurs patients. L’essor du concept de « patient partenaire », qui se traduit notamment par une plus grande implication des malades dans les décisions en lien avec les traitements, illustre cette reconfiguration.


Le temps où le médecin exerçait son pouvoir sans partage est révolu. Cette relation paternaliste cède du terrain face à une approche dans laquelle le patient devient acteur de sa santé, en partenariat avec l’équipe soignante.

De multiples initiatives qui intègrent les patients dans des activités liées aux soins de santé se sont ainsi développées de par le monde : la plateforme internationale Patient Engagement Synapse en a dénombré plus de 1 000. Le Canada et la Suisse sont à l’avant-garde dans ce domaine, avec des programmes mis en place depuis depuis plusieurs années au sein d’institutions hospitalières. Voyons de quoi il retourne.

Devenir acteur de son traitement

L’Université de Montréal a été pionnière dans la mise en place de cette nouvelle relation entre patients et médecins, dont les bénéfices sont aujourd’hui bien documentés.

Ce changement de perspective favorise l’engagement volontaire et actif du patient dans sa prise en charge et la rigueur avec laquelle il suit son traitement médical. La réticence qui peut survenir quand on « subit » un traitement se transforme en engouement quand on en devient l’acteur.

Mieux encore, investi d’un rôle actif, le malade contribue aux décisions le concernant ; il exprime ses préférences après avoir été dûment informé des avantages et des inconvénients des choix de traitement qui s’offrent à lui. Il participe au suivi de son affection et guide ainsi les adaptations thérapeutiques nécessaires.

Ce nouveau paradigme est particulièrement important dans les affections chroniques. En effet, il implique le patient dans la prise en charge à long terme de sa pathologie. Elle est facilitée par les nouvelles technologies numériques, qui permettent aux patients de suivre des paramètres essentiels de leur santé. La mesure de la glycémie par glucométrie et de différentes données vitales par montre connectée en sont les premiers exemples.

Bien entendu, l’approche participative nécessite un niveau minimal de connaissances du patient sur les maladies et leurs traitements ; on regroupe ces connaissances sous le terme de « littératie en santé ».




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Pour qu’elle ne soit pas réservée à une élite intellectuelle, les bases de la littératie en santé devraient être abordées dans les programmes scolaires. Il s’agit notamment de faire prendre conscience, dès l’école primaire, des facteurs essentiels qui gouvernent la santé (la nutrition, l’exercice physique, l’hygiène…) et d’expliquer le rôle des microbes, des prédispositions génétiques et de l’environnement dans le déclenchement des maladies.

En outre, on rêverait que les réseaux sociaux régulièrement consultés par les patients y contribuent, mais beaucoup d’entre eux véhiculent malheureusement des informations erronées qui mettent à mal la relation de confiance entre le malade et son médecin. Il est donc important que chacun soit formé à s’orienter vers des sources scientifiquement validées, et à détecter celles qui sont problématiques.

Impliquer des « patients ressources » et former les soignants

L’approche participative peut aussi être facilitée par des « patients ressources » qui accompagnent les patients atteints de la même affection qu’eux. En partageant leurs expériences et leurs connaissances, ces personnes permettent aux malades de dialoguer plus sereinement avec l’équipe soignante.

Certains de ces patients ressources ont suivi une formation diplômante, et en font même leur nouvelle profession. On parle alors de « pair aidants ».

Par ailleurs, les membres de l’équipe soignante, à commencer par les médecins, doivent eux-mêmes être formés au dialogue participatif, car celui-ci requiert des compétences pédagogiques spécifiques.

Il s’agit en effet d’aller au-delà des échanges habituels avec le patient et de prêter une attention particulière aux préférences qu’il exprime.

Des patients qui jouent un rôle dans les soins et la recherche

Parallèlement à cette évolution de la relation médecin-malade, les patients sont invités à exprimer leurs avis sur de multiples aspects des soins de santé. Ils se retrouvent ainsi dans nombre de comités mis en place notamment par les autorités de santé, les hôpitaux, et les industriels du médicament et des dispositifs médicaux.

Ce sont habituellement les associations de patients qui désignent les patients qui les y représentent. C’est ainsi que s’est forgé le concept de « patient partenaire ». Cette dénomination est préférable à celle de « patient expert » comme l’a souligné l’Académie nationale de médecine de France dans son excellent rapport sur le sujet.

Longtemps confinés dans un rôle passif de sujets d’expérience, les patients tendent aussi à devenir partenaires à part entière de la recherche médicale. Ils sont de plus en plus impliqués dans la conception des essais cliniques où ils sont particulièrement utiles pour définir des critères d’efficacité pertinents (notamment en ce qui concerne les critères liés à la qualité de vie).

Ils aident aussi au respect des règles éthiques, en particulier pour le consentement éclairé préalable à l’enrôlement dans les études cliniques. Ils sont particulièrement actifs dans le développement de nouveaux traitements pour les maladies rares comme les maladies neuromusculaires d’origine génétique, domaine dans lequel l’AFM-Téléthon a joué un rôle déterminant. Rappelons aussi que ce sont des associations de patients qui ont accéléré le développement des traitements contre le VIH.

Il arrive aussi que des patients ou leurs parents prennent l’initiative de fonder eux-mêmes une organisation dédiée à la recherche. C’est le cas de deux organisations qui contribuent remarquablement à la recherche sur les cancers pédiatriques, Imagine for Margo en France et KickCancer en Belgique.

Parfois, les patients participent eux-mêmes activement aux recherches. C’est le cas de Sharon Terry, mère d’enfants atteints de pseudoxanthome élastique, qui a contribué à l’identification du gène causal. Un des derniers exemples frappants est celui de Romain Alderweireldt et Ludivine Verboogen, parents d’un enfant atteint du syndrome de Marfan, qui sont à l’origine de la Fondation 101 Génomes.

Grâce à leurs lectures approfondies et leurs participations à des réunions scientifiques, ils ont acquis de réelles compétences en génétique qui leur ont permis de suggérer de nouvelles recherches pour éclairer le rôle des gènes modificateurs dans les différentes formes cliniques du syndrome.

Parallèlement à cet investissement, ils ont facilité le recrutement de nombreux patients pour ces recherches et mis à profit leur formation de juriste pour développer un système original de protection des données personnelles des patients qui acceptent que leur génome soit utilisé à des fins de recherche.

Des limites dont il faut avoir conscience

Si l’inclusion de patients dans la prise de décisions les concernant au premier chef est sans aucun doute souhaitable et source de progrès, elle comporte différents pièges qu’il convient d’éviter.

Certes, le vécu et le ressenti du patient lui permettent d’apporter un témoignage essentiel sur sa maladie. Cependant, cette expérience très personnelle, au plus près de la réalité clinique, ne doit pas masquer l’importance d’une vision globale de la maladie, telle qu’elle apparaît à travers le suivi contrôlé de larges populations de patients.

Par ailleurs, l’influence grandissante des associations de patients sur les décisions politiques qui les concernent incite l’industrie pharmaceutique à agir à travers les prises de position de ces associations. Les entreprises apportent fréquemment à ces associations un soutien financier par lequel elles tentent d’attester que le patient est au centre de leurs préoccupations.

Ce soutien s’avère aussi, et c’est plus grave, une source possible de biais dans la manière dont les patients exposent leur point de vue face aux autorités de santé. La mission de « patient partenaire » ne s’improvise pas, et devrait donc faire l’objet d’une formation adéquate.

Quelles formations pour les patients partenaires ?

Les patients souhaitant s’engager dans une voie ou l’autre de partenariat sont de plus en plus nombreux et différentes formations leur sont proposées. Plusieurs institutions académiques ont développé des programmes d’enseignement dédiés, au premier rang desquels figure l’Université des patient·es en Sorbonne, qui propose des formations académiques diplômantes.

Cette initiative a été suivie par d’autres, telle que l’Union francophone des patients partenaires (UFPP) et l’Académie européenne des patients (EUPATI-European Patient’s Academy on Therapeutic Innovation).

Elles ont un rôle essentiel à jouer pour que les partenariats évoqués dans cet article rencontrent leur objectif majeur, à savoir améliorer la qualité des soins en intégrant l’expérience des patients à tous les niveaux des soins de santé.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. L’essor des patients partenaires dans les soins de santé – https://theconversation.com/lessor-des-patients-partenaires-dans-les-soins-de-sante-275570

Midterms 2026 : le logement, talon d’Achille de Trump

Source: The Conversation – France in French (3) – By Élisa Chelle, Professeure des universités en science politique, Université Paris Nanterre

La crise du logement aux États-Unis – il en manque 4 millions actuellement – a été aggravée par la politique de Donald Trump, en 2025. L’expulsion massive de migrants prive le secteur du bâtiment d’une main-d’œuvre indispensable, et les décisions erratiques en matière de droits de douane ainsi que les tensions avec l’Union européenne font planer une incertitude au long cours sur l’économie du pays, ce qui incite les investisseurs à la prudence. Ce dossier pourrait jouer un rôle central dans les élections de mi-mandat de novembre prochain, d’autant que plusieurs États supposés acquis aux républicains sont particulièrement touchés.


Une réforme « agressive » du logement : c’est ce qu’a promis Donald Trump pour 2026. Depuis la pandémie de Covid-19, les États-Unis traversent en effet une crise du logement sans précédent. Il s’agit d’un enjeu électoral majeur à l’approche des élections de mi-mandat du mois de novembre prochain. Trump avait bâti une partie de sa campagne de 2024 sur la promesse de résoudre cette « crise de l’accessibilité » (affordability crisis). En 2025, il manquait 4 millions de logements à l’échelle du pays.

Un an après le retour à la Maison-Blanche du « président du peuple », les politiques mises en œuvre révèlent les profondes tensions entre objectifs économiques, impératifs sécuritaires et contraintes géopolitiques. Le logement n’est plus seulement une question sociale : il est devenu un terrain d’affrontement entre protectionnisme commercial, rivalités internationales et équilibres budgétaires.

Une crise locative qui frappe les grandes villes, les jeunes… et les républicains

Entre 2021 et début 2023, les loyers aux États-Unis ont explosé, avec un pic à + 16 % au cœur de la crise pandémique. Ils sont, depuis, revenus à une inflation ordinaire, autour de 4 %. Les prix n’ont pas baissé pour autant. Ils ne font qu’augmenter moins rapidement. Résultat : les loyers n’ont jamais été aussi chers.

Tous les Américains ne sont pas affectés de la même manière. Les habitants des petits logements (studios, deux-pièces) subissent une hausse supérieure à la moyenne. Les jeunes se mettent en ménage de plus en plus tard, préférant le domicile parental ou la colocation pour faire des économies.

Paradoxe : les États « rouges » sont ceux qui sont le plus… dans le rouge. Le Montana et l’Idaho, deux bastions républicains du nord-ouest, ont connu des hausses de loyers de respectivement 20,7 % et 20,3 % en 2024 et 2025, soit plus de quatre fois la moyenne nationale, qui s’élève à 4,8 %. L’ironie ? Cette explosion est notamment due aux Californiens (souvent des démocrates) qui fuient un coût de la vie devenu exorbitant pour emménager dans ces zones moins tendues.

D’autres États plutôt conservateurs, comme la Virginie, le Tennessee ou l’Utah, figurent parmi les plus concernés. Pour les résidents, cela représente jusqu’à plusieurs centaines de dollars supplémentaires sur leur quittance de loyer. Ces hausses dépassent les 30 % dans les grandes villes.

Droits de douane et chasse aux migrants : un secteur de la construction au ralenti

Plusieurs facteurs freinent la construction de nouveaux logements. L’imposition de taxes douanières de 25 % sur l’acier et l’aluminium, ainsi que sur le bois d’œuvre canadiens se répercute sur le coût des projets résidentiels. La dévaluation du dollar est, de plus, défavorable aux importations. Le prix des matériaux augmente en moyenne de 7 %, ce qui représente plusieurs milliers de dollars par maison.

Les tensions géopolitiques mondiales perturbent la logistique internationale, déjà complexe et fragilisée par la période du Covid. Les équipements de chantier mettent plus de temps à être acheminés. Les calendriers de livraison sont perturbés. Les promoteurs, et par conséquent les acheteurs, doivent payer plus pour obtenir moins.

Parallèlement, les politiques migratoires restrictives de l’administration Trump ont réduit la main-d’œuvre disponible dans le secteur du bâtiment, qui souffrait déjà d’un déficit d’ouvriers qualifiés. Selon un sondage réalisé par une organisation professionnelle du secteur, environ 1 entreprise sur 10 et 1 sous-traitant sur 5 auraient perdu du personnel à la suite des raids, ou des menaces de raids, de la police de l’immigration (Immigration and Customs Enforcement, ICE). Les retards sur les chantiers sont en partie dus à cette pénurie de main-d’œuvre. Et ce, malgré une politique de recrutement volontariste des employeurs qui ont doublé les augmentations de salaire par rapport à la moyenne nationale (+ 8 %).




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L’administration Trump affirme que les expulsions massives de migrants ont contribué à faire baisser les prix de l’immobilier dans certaines villes. Selon la Maison-Blanche, les prix médians affichés ont baissé d’une année sur l’autre de 7,3 % à Austin (Texas), de 6,7 % à San Diego (Californie) et de 4,3 % à Miami (Floride). Le président attribue ces baisses à la réduction de la population immigrée clandestine dans les grandes villes. Pourtant, ce sont des États républicains, comme le Texas ou la Floride, qui demeurent disproportionnellement atteints par les hausses des loyers, par rapport aux terres démocrates de Californie ou du New Jersey.

Le moindre nombre de logements disponibles maintient les prix de l’immobilier (achat ou location) à un niveau élevé. Et la tendance est appelée à se poursuivre en 2026.

Les menaces sur le Groenland pourraient coûter cher aux acheteurs américains

La volatilité des droits de douane – avec les exemptions et reports à répétition – place les investisseurs dans une position attentiste. L’immobilier américain reste, certes, perçu comme un actif relativement sûr par comparaison avec d’autres régions du monde plus instables, comme l’Europe de l’Est ou le Moyen-Orient. Mais le style trumpien prive les détenteurs de capitaux de la prévisibilité essentielle à leurs calculs.

La rhétorique expansionniste au sujet du Groenland a des conséquences sur l’économie réelle américaine. Le 20 janvier 2026, lorsque Donald Trump brandit la menace de nouveaux tarifs douaniers contre l’Europe dans le cadre de ses ambitions d’acquisition du territoire autonome danois, les marchés financiers réagissent immédiatement. Le taux d’intérêt des prêts immobiliers à trente ans (le plus courant aux États-Unis) a augmenté de 14 points de base, passant par exemple de 6,50 % à 6,64 %. Cette hausse apparemment minime rend pourtant l’achat d’une maison plus coûteux : pour un prêt de 400 000 dollars (environ 337 700 euros), cela représente environ 40 dollars (33,7 euros) de plus à payer chaque mois, soit près de 14 400 dollars (plus de 12 000 euros) supplémentaires sur la durée totale du prêt.

Pourquoi cette réaction ? Les analystes de la Deutsche Bank ont rappelé un fait crucial : les pays européens (Allemagne, France, Royaume-Uni…) détiennent ensemble plus de 8 000 milliards de dollars (soit 6 750 milliards d’euros) d’actifs américains, dont une part importante en bons du Trésor. Ces bons du Trésor sont des prêts que les États étrangers accordent aux États-Unis. Si l’Europe décidait de vendre massivement ces bons en représailles aux menaces de Trump, cela ferait grimper les taux d’intérêt américains dans tous les domaines, y compris pour les prêts immobiliers.




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En d’autres termes, une dispute géopolitique sur le Groenland peut directement affecter le portefeuille des Américains qui souhaitent devenir propriétaires, illustrant le degré d’interdépendance entre politique étrangère et marché immobilier. C’est le facteur qui peut in fine freiner Donald Trump : la protestation dans les urnes des acquéreurs mécontents.

Loger la génération Z sans ruiner les boomers : une équation sans solution ?

Acheter une maison est la composante de base du « rêve américain ». Une accélération de la construction de nouveaux logements pourrait théoriquement permettre à plus d’Américains de le réaliser. En plus des obstacles pratiques déjà évoqués, cette augmentation poserait un inconvénient majeur : diminuer mécaniquement la valeur des biens immobiliers par la hausse de l’offre. Or la résidence principale est la première source de richesses des ménages. Si son prix diminue, c’est un manque à gagner pour tous les propriétaires actuels, de la génération des « boomers » pour la plupart. Aucune majorité n’a intérêt à se les mettre à dos.

Dans le même temps, l’âge médian du premier achat immobilier a atteint un record de 40 ans en 2025, contre 33 ans en 2020 et 29 ans en 1981. La part des primo-accédants est tombée à un niveau historiquement bas de 21 %. C’est un recul du niveau de vie pour plusieurs générations d’Américains. Cette évolution reflète les obstacles croissants à l’entrée sur le marché immobilier et contribue à retarder d’autres étapes importantes de la vie des jeunes adultes.

La solution proposée par l’administration Trump est de tirer vers le bas les intérêts d’emprunt tout en maintenant, voire en augmentant, la valeur des biens immobiliers. Les acquéreurs sont soutenus par deux principales mesures. Un décret du 20 janvier 2026 interdit aux investisseurs l’acquisition de maisons individuelles destinées à la location. L’État fédéral a par ailleurs acquis des titres hypothécaires en masse, ce qui a pour effet de diminuer les taux d’intérêt par une augmentation artificielle de la demande.

Mais, les budgets publics étant contraints, le président a ordonné en janvier 2026 à Fannie Mae et Freddie Mac – les deux agences hypothécaires sauvées par l’État fédéral lors de la crise financière de 2007-2008 – d’acheter pour 200 milliards de dollars de titres adossés à des créances hypothécaires. C’est une intervention très forte dans les mécanismes de marché. L’État se substitue à la Réserve fédérale (Fed), pour des effets encore incertains.

Un référendum sur le pouvoir d’achat

Un an et demi après son retour triomphal à la Maison-Blanche, Donald Trump s’apprête à affronter un test électoral crucial : les élections de mi-mandat de novembre 2026. Le logement pourrait bien devenir le talon d’Achille des Républicains. Les bastions conservateurs du Montana, de l’Idaho, du Tennessee et du Texas – ces États « rouges » où les prix du logement ont explosé –risquent de sanctionner une administration qui a promis l’accessibilité mais n’a pu contenir l’inflation immobilière.

Le risque politique est majeur. Si Trump s’aliène les jeunes générations qui ne peuvent plus acheter une résidence principale et entrent plus tard dans l’emploi du fait des transformations de l’IA, celles-ci pourraient bouder les urnes, ou préférer le camp d’en face. Les démocrates l’ont bien compris après l’élection de Zohran Mamdani à New York, mais surtout avec les deux victoires dans le New Jersey et la Virginie.

Dans les quelques États clés où se joueront les majorités au Congrès, le logement abordable est devenu leur principal argument de campagne. Si les taux d’intérêt et les loyers continuent leur ascension, novembre 2026 pourrait marquer un tournant. La géopolitique trumpiste – avec sa politique commerciale erratique et ses menaces sur l’Europe – aura alors produit son effet le plus inattendu : transformer la crise du logement en crise politique, et faire de l’immobilier le champ de bataille décisif des Midterms.


Élisa Chelle est l’auteure de La Démocratie à l’épreuve du populisme. Les leçons du trumpisme, (Odile Jacob, 2025).

The Conversation

Elisa Chelle a reçu des financements de l’Institut universitaire de France.

ref. Midterms 2026 : le logement, talon d’Achille de Trump – https://theconversation.com/midterms-2026-le-logement-talon-dachille-de-trump-274871

Des États-Unis ébranlés par leur offensive de « domination énergétique » ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Patrice Geoffron, Professeur d’Economie, Université Paris Dauphine – PSL

Cela pourrait bien être la quadrature du cercle énergétique : peut-on à la fois être une puissance mondiale exportatrice et promettre à ses électeurs de baisser le prix de l’énergie ? Si on ajoute le frein mis sur les renouvelables, on se retrouve dans la situation des États-Unis de Donald Trump. Les promesses et les actions contradictoires ne touchent pas de la même façon tous les États. Si les gagnants se frottent les mains, les perdants se rebelleront-ils ? Et, dans ce cas, comment dit-on « gilet jaune » du côté du Dakota ?


Un an s’est écoulé depuis que Donald Trump a prêté serment pour son second mandat. Sa campagne de 2024 s’était construite sur la promesse du « retour de l’abondance ». L’un des engagements était de diviser par deux les factures énergétiques des Américains en douze à dix-huit mois, en « libérant » les hydrocarbures des réglementations de l’administration Biden. Un an après, le bilan d’étape de cette politique énergétique révèle un contraste saisissant entre promesses et réalités.

L’exploitation massive des énergies fossiles a effectivement battu des records, faisant des États-Unis le premier producteur et exportateur mondial de pétrole et de gaz. Mais cette « domination énergétique » se construit aux dépens des ménages et des entreprises américaines, qui font face à des coûts en nette hausse, à rebours des espoirs suscités. Analyse d’un piège économique qui se referme sur la base électorale du président républicain et résonne mal avec les promesses de l’America First.

Le retour de l’inflation

Le 20 janvier 2025, jour de son investiture, le nouveau président signait une déclaration d’« urgence énergétique nationale ». Ce texte a activé des leviers d’exception, notamment pour contourner les études d’impact environnemental. L’offensive s’est poursuivie avec le One Big Beautiful Bill Act, promulgué en juillet 2025, qui a enclenché le démantèlement de l’Inflation Reduction Act (IRA), ciblant les subventions à l’éolien et au solaire.




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L’idée maîtresse de ces trumponomics était que la suppression de ces subventions, couplée à une dérégulation massive, permettrait de baisser le prix des « vraies énergies », c’est-à-dire les fossiles. Pourtant, le ruissellement de cette abondance vers les ménages s’est brisé sur deux écueils : l’intégration mondiale des marchés et la révolution de l’IA.

Les chiffres de l’inflation publiés par le Bureau of Labor Statistics pour l’année 2025 dessinent un tableau problématique. Une baisse est certes enregistrée sur les carburants liquides (– 7,5 % sur 12 mois), mais sans rapport avec ce qui avait été promis (passer de 3 à 2 $, entre 2,54 et 1,69 €, le gallon, soit une baisse d’un tiers). L’administration Trump ne manque évidemment pas de mettre en scène la baisse (même timide) de cet indicateur qui s’affiche en lettres néon au bord des routes. Mais, dans l’intimité des foyers, l’inflation énergétique est douloureusement ressentie. Sur la même période, l’électricité a augmenté de 6,3 % et le gaz naturel de 9,8 %.

Les États républicains en première ligne

L’organisation Public Citizen estime que, sur les neuf premiers mois de 2025, les consommateurs américains ont payé 12 milliards de dollars (plus de 10 milliards d’euros) de plus pour leur gaz par rapport à 2024. Ce choc frappe de plein fouet les États du Nord et du Midwest, souvent des bastions électoraux clés pour les républicains, où l’hiver 2025-2026 est particulièrement rude.

Ces tensions sont d’autant plus aiguës que la Maison-Blanche a également rendu plus difficile l’accès des Américains aux aides, avec la suppression de crédits d’impôt pour les améliorations énergétiques des logements visant à réduire les coûts. Elle a également restreint le programme d’aide énergétique aux ménages à faibles revenus (LIHEAP), qui soutenait chaque année 6 millions de familles américaines pour le paiement de leurs factures. Le programme a survécu, mais il a été considérablement entravé après que l’administration avait licencié l’ensemble du personnel du LIHEAP, dès le début du mandat.

L’importation de la volatilité mondiale

La politique d’exportation produit des effets mécaniques, à rebours des promesses présidentielles de baisse des factures énergétiques. Sous l’administration précédente, un moratoire et des contraintes logistiques limitaient les exportations de gaz naturel liquéfié (GNL). Donald Trump, en levant tous les freins à l’exportation dès janvier 2025 et en inaugurant de nouveaux terminaux sur la côte du Golfe du Mexique, a contribué au bond des exportations de près de 25 % en un an. Mais, cela a une conséquence : le prix du gaz américain ne dépend plus seulement de facteurs locaux, mais de la demande à Paris, Berlin ou à Shanghai.

En voulant faire des États-Unis la « superpuissance énergétique », l’administration a importé la volatilité mondiale sur le sol américain. Et le pire est à venir, car si l’Energy Information Administration (EIA) prévoit une pause en 2026, les prix de gros du gaz pourraient croître de… 33 % en 2027 (avec la mise en service de nouvelles infrastructures d’exportation).

Ce dilemme révèle l’impossibilité à maximiser la rente d’exportation des producteurs et tout en protégeant les consommateurs locaux d’une hausse de prix. Entre les profits de l’industrie gazière (soutiens majeurs du Parti républicain) et le pouvoir d’achat des ménages, la politique a tranché en faveur des premiers, créant une tension interne au sein même de la coalition trumpiste, entre les « globalistes » de l’énergie et les « localistes » du pouvoir d’achat.

Voracité électrique des data centers

Le prix de l’électricité est à la fois tiré vers le haut par celui du gaz et par les besoins de l’IA, qui a cessé d’être virtuelle pour devenir un problème d’infrastructure physique lourde. Les data centers nécessaires pour faire tourner les modèles de langage et le cloud computing sont devenus de nouveaux ogres énergétiques, de sorte que la demande électrique de ce secteur est en train de doubler, voire de tripler dans certaines régions. Et le réseau électrique américain, déjà vieillissant, sature par endroits. La loi de l’offre et de la demande joue à plein face à une capacité de production qui peine à suivre et des goulets d’étranglement dans les lignes à haute tension, de sorte que les prix de gros s’envolent. Selon l’EIA, la moyenne des prix de gros régionaux a augmenté de 23 % en 2025, progression qui pourrait se poursuivre à hauteur de 8 % en 2026.

La responsabilité de l’administration Trump est, a minima, engagée par omission. En supprimant les incitations aux énergies renouvelables, elle a réduit le déploiement de nouvelles capacités rapides à installer (solaire, éolien, batteries). Et le One Big Beautiful Bill Act a créé un attentisme chez les investisseurs verts, alors même que la demande explosait. Pour combler le trou, le réseau s’est tourné vers les solutions de dernier recours, souvent les plus chères à opérer dans un contexte de prix du gaz croissant.

Le retour du charbon

Face à la pénurie, les États-Unis ont également réactivé leur assurance-vie du XXe siècle : la production électrique charbonnière a augmenté de 13 % en 2025, une première après des années de déclin. Des centrales thermiques qui devaient fermer ont été prolongées par décrets. Si cela a permis d’éviter des black-out majeurs, ce choix a un coût, car le charbon n’est plus l’énergie « bon marché » d’antan. Extraire, transporter et brûler du charbon dans des centrales en fin de vie, coûte cher, surtout comparé au coût marginal nul du solaire. D. Trump, habile à orchestrer les symboles, a même obligé le Pentagone à signer un contrat d’approvisionnement en électricité produite au charbon. Sans surprises, ce retour du charbon a fait repartir les émissions de CO₂ à la hausse (+ 2,4 % en 2025).

Autre contradiction : la promesse de réindustrialisation reposait sur un avantage compétitif majeur : une énergie abondante et à prix cassé par rapport à l’Europe ou l’Asie. Or, cet avantage s’érode avec un gaz plus cher et une électricité volatile, les secteurs électro-intensifs (acier, aluminium, pétrochimie, engrais) voient leurs atouts érodés, d’autant que les droits de douane rehaussent le coût de certaines matières premières importées. L’incertitude réglementaire créée par l’abolition de l’IRA réduit, en outre, la capacité des industriels à signer des contrats d’achat d’énergie verte à long terme, qui leur offrent une visibilité sur quinze ou vingt ans.

Des gagnants et des perdants

Cette crise énergétique ne frappe pas les États-Unis de manière uniforme. Une géographie des tensions sur les prix émerge, débouchant sur des tensions politiques régionales. Les États du Sud-Est (comme la Floride ou la Géorgie), très dépendants du gaz naturel pour leur électricité et historiquement réticents aux renouvelables, subissent les hausses les plus fortes. À l’inverse, des États comme l’Iowa ou le Kansas, qui ont massivement investi dans l’éolien au cours de la décennie précédente, ou la Californie avec vaste parc solaire, amortissent mieux le choc. Bien que l’électricité californienne reste chère dans l’absolu, ses prix ont tendance à se stabiliser voire à baisser légèrement grâce à la pénétration massive des renouvelables, à rebours de la tendance nationale.

France 24, 2026.

Cette disparité met à mal le récit national unifié de D.Trump. Les gouverneurs républicains des États producteurs (Texas, Louisiane) se félicitent du boom économique local lié aux exportations. Simultanément, les élus du même parti dans les États consommateurs doivent répondre à la colère de leurs électeurs, confrontés aux factures qui flambent.

Vers une « gilet-jaunisation » états-unienne ?

À l’orée de 2026, l’administration Trump se trouve face à une impasse stratégique. Le pari de la baisse des prix par la seule production fossile a échoué car il a ignoré le levier de la demande (sobriété et efficacité énergétique) et la réalité des marchés internationaux. Politiquement, le danger est réel, car l’inflation énergétique nourrit un sentiment de déclassement et d’injustice. Tyson Slocum, directeur du programme énergie de l’organisation Public Citizen, résume la situation :

« La priorité donnée par Trump aux exportations de GNL est directement en contradiction avec les efforts pour rendre l’énergie abordable. Les coûts énergétiques des ménages ont grimpé trois fois plus vite que l’inflation générale. »

Même si le pouvoir cherche à reporter la responsabilité sur les responsables démocrates, le slogan « Drill, baby, drill » risque de virer au « Pay, baby, pay »…

Pour sortir du piège, Donald Trump devra peut-être commettre l’impensable pour son camp : admettre que dans un monde globalisé et numérisé, l’indépendance énergétique et les prix bas ne passent plus seulement par des puits de pétrole et de gaz, mais aussi par la maîtrise de la demande, la modernisation des réseaux et, ironiquement, ces énergies renouvelables qu’il met toute son énergie à démanteler.

Sous pression, le pouvoir trumpiste pourrait également décider de réduire les volumes d’exportation de gaz, notamment vers l’Europe qui en est la principale destination, revenant aux racines de l’America First. Motivation essentielle de l’effort de décarbonation dans l’Union européenne (UE), pour réduire ces menaces sur la sécurité d’approvisionnement, et sortir de la zone de domination énergétique américaine.

The Conversation

Patrice Geoffron est membre fondateur de l’Alliance pour la Décarbonation de la Route. Il siège dans différents conseils scientifiques: CEA, CRE, Engie.

ref. Des États-Unis ébranlés par leur offensive de « domination énergétique » ? – https://theconversation.com/des-etats-unis-ebranles-par-leur-offensive-de-domination-energetique-275941