L’Odyssée : voyage d’un mythe au cinéma

Source: The Conversation – in French – By Anne Gangloff, Professeure d’histoire ancienne, Université Rennes 2

Capture d e cran a Allociné

En 2024 est sorti Le Retour d’Ulysse, coproduction internationale du réalisateur italien Uberto Pasolini ; en 2026, c’est le britannico-américain Christopher Nolan qui réalise L’Odyssée. Comment expliquer le succès actuel d’une épopée écrite dans la seconde moitié du VIIIᵉ siècle avant notre ère ?


Le retour d’Ulysse a été beaucoup moins porté à l’écran que la guerre de Troie : l’encyclopédie des films sur l’Antiquité de l’historien du cinéma Hervé Dumont consacre 24 pages aux adaptations du « cycle de Troie », contre neuf aux « errances d’Ulysse ». Ces dernières sont surtout présentes à l’écran à partir des années 1970. Il est certes plus difficile d’adapter l’Odyssée, poème découpé en 24 chants qui met en scène la virtuosité de la parole : les aèdes, poètes itinérants qui célèbrent les exploits des héros, y ont une place significative et Ulysse qui raconte ses aventures à la cour de Phéacie (chants 9-12) peut être considéré comme l’un d’eux.

Les thèmes y sont nombreux et la narration n’est pas linéaire, puisqu’elle est interrompue par le long flashback dû au récit d’Ulysse. Une place particulière était reconnue à l’Odyssée dès l’Antiquité. Si elle fait partie du cycle des retours des guerriers après la guerre de Troie, elle rapporte un voyage exceptionnel, hors du monde connu et habité par les hommes. Ulysse y est confronté à des divinités ou à des créatures sauvages qui ne respectent pas les règles humaines. Dans l’Antiquité déjà, l’Odyssée était plutôt le livre des philosophes, d’où l’on tirait des leçons de vie.

L’intérêt actuel pose ainsi la question de l’adaptabilité et de la modernité de l’Odyssée. Les adaptations les plus abouties ont en exploré deux grands aspects, complémentaires mais divergents.

Ulysse aux mille tours et détours

La capacité du héros à surmonter les épreuves est au cœur des films Ulysse de Mario Camerini (1953) et O’Brother du réalisateur américain Joel Coen (2000).

La genèse du premier est très intéressante. Il est commencé entre 1950 et 1953 par le réalisateur autrichien Georg Whilhelm Pabst. Dans le contexte de l’après-guerre, celui-ci veut faire d’Ulysse un soldat traumatisé, pacifiste, illustrant la supériorité de l’intelligence sur la force. Les coproducteurs américains, jugeant le scénario trop noir, imposent alors M. Camerini, spécialiste italien des péplums qui rapportent les exploits de héros ou héroïnes antiques.

Le rôle d’Ulysse est confié à la star américaine Kirk Douglas, dont la personnalité déteint sur le héros, comme on le voit dans l’épisode des concours en Phéacie. Chez Homère, Ulysse se distingue au lancer de disque (chant 8), alors que dans le film, il triomphe à la lutte, sport dans lequel l’acteur excellait. Celui-ci incarne un Ulysse enjoué, optimiste et sûr de lui jusqu’à la témérité, partagé entre son goût pour l’aventure et son aspiration à rentrer chez lui, ce qui est une vision anachronique car le héros d’Homère désire surtout retrouver sa patrie. Une autre particularité est que la star italienne Silvana Mangano interprète à la fois Circé et Pénélope, afin de montrer, dans une vision très datée, deux visages de « la femme » – femme fatale et épouse fidèle.

Soulignant l’adaptabilité et l’universalité de l’Odyssée, la comédie de J. Coen déplace les aventures d’Ulysses Everett McGill (George Clooney) et de ses compagnons Delmar et Pete dans le Sud des États-Unis, pendant la Grande Dépression des années 1930. La sauvagerie est réintégrée dans le monde des hommes, représentée par exemple par la trahison d’un homme ruiné par la crise ou par le Klu Klux Klan. Le merveilleux et les dieux sont néanmoins très présents : Ulysse dénonce l’exploitation de la crédulité religieuse, mais ses compagnons et lui-même sont finalement sauvés par un déluge miraculeux. Surmonter les épreuves est possible grâce à la débrouillardise, l’amitié (alors que chez Homère Ulysse perd tous ses compagnons), l’éloquence et la musique. Ulysses est un faux avocat, un menteur, qui parvient à rebondir grâce au succès de son interprétation de Man of Constant Sorrow (« L’homme au chagrin constant »), une chanson folk bien adaptée au héros homérique.

Errances et souffrances

Le héros persécuté par le dieu Poséidon, luttant pour retrouver sa place dans son foyer et son royaume, a inspiré des interprétations plus sombres, comme celle de L’Odyssée du réalisateur italien Franco Rossi (1968). Cette minisérie est très riche et fidèle au poème d’Homère dont elle respecte la trame narrative. Elle creuse une thématique essentielle, le rapport du héros aux dieux qui se manifeste en particulier dans le refus de l’immortalité que lui offre la nymphe Calypso (chant 5).

Elle amplifie le goût d’Ulysse pour l’exploration et fait ressortir, dans le contexte de la guerre du Vietnam, l’image de l’ancien combattant, en développant les difficultés du chef à se faire obéir de ses hommes épuisés (par exemple au chant 12), et en transformant le concours de lancer de disque chez les Phéaciens en combat à l’épée.

Elle montre aussi la diversité et l’importance des femmes dans l’Odyssée d’Homère. Pénélope est interprétée par l’actrice grecque Irène Papas, spécialiste des rôles d’héroïnes tragiques au cinéma. Ce choix semble entraîner naturellement dans la tragédie le dernier épisode où Pénélope affirme l’impuissance des hommes, dont la destinée est entre les mains des dieux. Décor et costumes font osciller le film entre un passé antique, rappelé par les références archéologiques, et les années 1960. L’histoire apparaît hors du temps, ce qui est le propre du temps mythique.

Le retour d’Ulysse d’U. Pasolini (2024) se focalise sur la difficulté d’Ulysse, figure d’ancien combattant traumatisé, à réintégrer son foyer, et sur sa vengeance sanglante envers les prétendants de Pénélope. Écartant toute référence au merveilleux et aux dieux, le film prend le parti du réalisme pour dénoncer les conséquences familiales, sociales et politiques de la guerre, à un point tel qu’on peut se demander pourquoi les prétendants restent à Ithaque, étant donné la misère dans laquelle est plongé le royaume.

Le cinéaste revendique une adaptation intime pour faire redécouvrir « l’universalité intemporelle de la vision grecque de la condition humaine ». L’interprétation est cependant beaucoup plus moderne qu’antique. Uberto Pasolini dit s’être inspiré de travaux de philologues féministes, aussi bien que de lettres d’épouses de combattants du Vietnam, pour concevoir la psychologie de Pénélope et comprendre pourquoi celle-ci, contrairement aux serviteurs ou à son fils Télémaque, peine à reconnaître Ulysse au chant 16 de l’Odyssée.

Modernité de l’Odyssée

Ces adaptations montrent donc le caractère universel de l’Odyssée et son ambivalence, car elle peut être interprétée dans un sens positif ou plus sombre. Son caractère adaptable et moderne repose beaucoup sur Ulysse, qui est un héros complexe. S’il a beaucoup de qualités, il est aussi orgueilleux, impitoyable et individualiste, et ce dernier trait est considéré comme caractéristique de nos sociétés contemporaines.

C’est un héros guerrier qui excelle à l’arc, mais c’est surtout un héros culturel, qui explore des mondes inconnus, tiraillé entre sa curiosité, bien visible dans l’épisode fameux où il s’attache au mât de son navire pour écouter les sirènes (chant 12), et son attachement au foyer. Bien qu’il soit le favori d’Athéna avec qui il a en partage l’intelligence rusée, la mètis, il est du côté des hommes car il refuse l’immortalité. Comme tous les héros épiques, il pleure, mais il est le héros endurant par excellence, capable de surmonter toutes les épreuves.

On peut donc l’associer à l’idée, rebattue depuis l’épidémie de Covid-19, de résilience. Ulysse enfin permet de s’interroger sur la notion de masculinité : c’est un grand séducteur qui ne maltraite pas les femmes, contrairement à Héraclès qui tue son épouse Mégara ou à Énée qui cause le suicide de Didon, la reine de Carthage, en l’abandonnant. Autant d’aspects qui expliquent les retours de l’Odyssée à l’écran.

The Conversation

Anne Gangloff a reçu des financements d’Erasmus + (Chaire Jean Monnet FABER 2021-2024 sur la Fabrique des héros/héroïnes)

ref. L’Odyssée : voyage d’un mythe au cinéma – https://theconversation.com/lodyssee-voyage-dun-mythe-au-cinema-285778

La polémica de Rajoy revela un viejo debate: ¿quién tiene derecho a representar a un país?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Raúl Martínez-Corcuera, Lecturer in Communication Studies. Researcher on hate speech: racism, sexism, LGTBIphobia… in the news media, sports, advertising…, Universitat de Vic – Universitat Central de Catalunya

Eduardo Camavinga (de la selección francesa), Nico Williams (de la española) y Jules Koundé (de la francesa) se disputan un balón en las semifinales de la Eurocopa 2024. Vitalii Vitleo/Shutterstock

El expresidente del Gobierno Mariano Rajoy (PP) ha generado una intensa polémica al afirmar que la selección masculina de Francia juega “a un gran nivel”, pero “sin franceses”.

La respuesta del ministro francés de Asuntos Exteriores, Jean-Noël Barrot, fue inmediata: “Francia no tiene color de piel. Cualquier afirmación en sentido contrario es una estupidez, racismo o una combinación de ambas cosas”.

Este episodio se enmarca en relatos que acompañan el deporte internacional desde hace décadas. Reaparece cuando las selecciones nacionales reflejan la creciente diversidad de las sociedades contemporáneas.

El deporte del más alto nivel se utiliza para establecer fronteras simbólicas: ¿quién puede ser considerado verdaderamente francés, español, alemán o italiano?

Las selecciones y la comunidad imaginada

El profesor de ciencias sociales en la Loughborough University (Reino Unido) Michael Billig acuñó el concepto “nacionalismo banal”. La nación se construye mediante grandes discursos patrióticos, pero también con pequeños gestos simbólicos y rituales cotidianos, como el uso de banderas, el canto de himnos, ceremonias públicas o competiciones deportivas.

Por su parte, el experto en política internacional Benedict Anderson definía las naciones como comunidades imaginadas. Supone colectivos cuyos miembros se perciben como parte de una misma comunidad política pese a no conocerse personalmente.

Las selecciones nacionales son un escenario privilegiado de esa comunidad imaginada representada por sus mejores futbolistas. En consecuencia, cuando cambia la composición social de una selección, también cambian los debates sobre la propia nación.

Francia como escenario de la realidad diversa

La profesora de Estudios Europeos y de Sociología de la Universidad de Harvard Michèle Lamont desarrolló el concepto de fronteras simbólicas. Determinan quién es reconocido como “auténtico” miembro de la comunidad nacional y quién, con la misma ciudadania, permanece bajo sospecha. Y estas fronteras de la identidad nacional evolucionan.

La victoria en el Mundial de fútbol masculino de 1998 convirtió a la selección francesa en símbolo de una república diversa y plural, más allá del modelo blanco y de cultura cristiana. La expresión black-blanc-beur resumía la celebración de una Francia negra, blanca y de origen magrebí representada por Zidane, Thuram, Desailly o Karembeu.

También aparecieron voces discrepantes. Para el líder del xenófobo Frente Nacional, Jean-Marie Le Pen, no representaban a la auténtica Francia. Eran jugadores negros y de origen inmigrante. También criticó a Zidane por no cantar el himno nacional.

Racismo y clasismo

Para el lingüista, Teun A. van Dijk, las formas contemporáneas de exclusión rara vez utilizan un lenguaje biológico explícito. No afirman la superioridad racial, pero construyen diferencias culturales aparentemente legítimas.

No se considera inferior la alteridad, pero se cuestiona si representan realmente al país. Se afirma que no comparten sus valores, que no sienten el himno, que no respetan las tradiciones nacionales, se pone en cuestión la sinceridad de sus sentimientos hacia el país. Sencillamente, se piensa que no son verdaderamente franceses.

Las derrotas en la Eurocopa 2000 o el Mundial 2010 desplazaron estas fronteras simbólicas. Eran la demostración del fracaso de la integración social francesa. Los discursos transformaron a los internacionales franceses en “raperos, cabecillas de las banlieues –barriadas–” o jóvenes incapaces de compartir los valores republicanos. Esta perspectiva intersecciona el racismo y el clasismo. El origen familiar devino en rasgo principal de la identidad pública y afirmación de la no pertenencia.

Las declaraciones de Rajoy reproducen esta lógica. Al afirmar que Francia juega “sin franceses”, la condición jurídica de ciudadanía deja de ser suficiente. Definir quién puede ser francés o español supone una idea etnocéntrica y racista de la nación.

En este punto, cabe mencionar que esas palabras fueron interpretades por dirigentes del Partido Popular como una expresión “sarcástica” y “sin mala intención”. Debe apuntarse que son estrategias de negación o atenuación del racismo y pretenden cuestionar la legitimidad de interpretarlas como excluyentes y racistas.

El racismo en el deporte trasciende el caso francés. Brasil, en el Mundial 1950, responsabilizó del “maracanazo” a los futbolistas negros. Sin embargo, cuando Brasil ganó los Mundiales de 1958, 1962 y 1970, la diversidad multicultural se celebró como símbolo del éxito nacional.

Décadas después, el futbolista alemán de ascendencia turca Mesut Özil resumía esa misma experiencia: “Soy alemán cuando ganamos, pero inmigrante cuando perdemos”. En esta línea, la voleibolista italiana Paola Egonu confesó estar cansada de tener que justificar continuamente por qué era italiana. Nacida en Italia, representaba a la selección nacional y era una de las mejores jugadoras del mundo. Sin embargo, seguía siendo tratada por algunos sectores como una extranjera.

Reflejan un mismo patrón. La pertenencia nacional deja de ser incondicional y está constantemente sometida a examen.

¿Y “nuestros” deportistas?

Estos discursos sobre la selección francesa proyectan una interpretación excluyente de la nación. Aplicada de forma coherente, alcanza inevitablemente a la propia selección española.

Lamine Yamal, Nico Williams, Dean Huijsen, Aymeric Laporte o Robin Le Normand representan trayectorias familiares, culturales o religiosas diferentes.
Hemos escuchado gritos de “musulmán el que no bote” en un partido de la selección. En plazas públicas y redes sociales se escuchan también insultos contra Lamine Yamal cuando se anuncia la alineación de la selección. Numerosos mensajes afirman que “no representa” a España. La opinión de Rajoy incide en esta perspectiva.

Más que un debate futbolístico

Cada megaevento deportivo reactiva preguntas que trascienden el deporte. ¿Quién puede representar al país? ¿Quién es miembro legítimo del “nosotros”? La camiseta de una selección simboliza el rendimiento deportivo, pero también el reconocimiento de una pertenencia colectiva, de una identidad imaginada.

En este contexto, las palabras de Mariano Rajoy trascienden una puntual polémica política. No son ocurrencias aisladas. Suponen un nuevo episodio de una larga tradición de discursos que cuestionan la pertenencia nacional de ciudadanía racializada, especialmente cuando ocupan espacios de máxima visibilidad pública.

El problema nunca ha sido el deporte. Está en juego definir quién tiene derecho a ser reconocido como parte de la nación y quién decide quien puede pertenecer a ella.

The Conversation

Raúl Martínez-Corcuera no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. La polémica de Rajoy revela un viejo debate: ¿quién tiene derecho a representar a un país? – https://theconversation.com/la-polemica-de-rajoy-revela-un-viejo-debate-quien-tiene-derecho-a-representar-a-un-pais-287505

El cerebro no recuerda mejor las tareas inconclusas que las terminadas, pero sí les da más vueltas

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Adriana González Prizzio, Profesor de Psicología, Universidad Francisco de Vitoria

Marcarnos un plan para terminar tareas ayuda a disminuir pensamientos rumiativos. Glenn Carstens Peters / Unsplash, CC BY-SA

Durante casi un siglo, la psicología ha dado por buena una idea intuitiva: el cerebro recuerda mejor aquello que dejamos a medias. El fenómeno se conoce como efecto Zeigarnik y su origen suele situarse en una observación del psicólogo alemán Kurt Lewin en el Berlín de los años 1920. Lewin advirtió que los camareros recordaban con precisión los pedidos pendientes de pago, pero los olvidaban en cuanto la cuenta quedaba saldada. La interpretación fue que una tarea sin concluir genera una tensión psicológica que mantiene su contenido accesible en la memoria; al completarla, la tensión se libera y el recuerdo se desvanece.

Inspirada por esa observación, la psicóloga y psiquiatra soviética Bluma Zeigarnik trasladó la cuestión al laboratorio. En su trabajo de 1927 encargó a los participantes diversas tareas, interrumpiendo algunas a mitad de ejecución y permitiendo terminar otras. Al pedirles después que recordaran en qué habían trabajado, comprobó que las tareas interrumpidas se recordaban con mayor frecuencia que las completadas, aproximadamente el doble.

El efecto Zeigarnik fue descrito por la psicóloga Bluma Zeigarnik en 1927, después de que ella y otros notaron que los camareros recordaban los pedidos antes de servirlos, pero luego los olvidaban.
Wikimedia Commons., CC BY

Resultados no concluyentes

El problema es que, cuando otros investigadores intentaron reproducir el resultado, la ventaja de memoria se mostró inconsistente: en unos estudios aparecía y en otros no, sin un patrón claro.

En 2025, investigadores de la Universidad de Berna abordaron este tema y, tras una exhaustiva revisión, concluyeron que no existe una ventaja de memoria para las tareas inacabadas. Al analizar los estudios hasta la fecha, concluyeron las tareas interrumpidas representaban en torno al 49 % de lo recordado, una proporción casi equivalente a la de las tareas completadas. En sus propias palabras, el efecto “carece de validez”.

¿Cómo se explica entonces el resultado original? Los autores señalan las condiciones particulares de los laboratorios: la autoridad del experimentador, la presión de sentirse evaluado y la implicación personal en la tarea. Cuando esas circunstancias se atenúan, el efecto desaparece. No se trataría, por tanto, de un mecanismo de la memoria, sino de un fenómeno dependiente de un contexto concreto y poco replicable en el día a día.

Dificultad para desconectar

El estudio, sin embargo, evidenció un sesgo más: el efecto Ovsiankina. Descrito por la psicóloga María Ovsiankina en 1928, es la tendencia a reanudar de forma espontánea una tarea interrumpida en cuanto surge la oportunidad. Aquí las cifras sí que se sostienen, con una tasa de reanudación cercana al 67 %, por encima de lo esperable por azar. Lo inacabado no nos hace recordar más, pero sí nos empuja a terminar lo que dejamos a media.

La investigación reciente documenta efectos similares, especialmente en el contexto laboral. Otro estudio, realizado este año, resaltó que las tareas que quedan sin concluir al final de la jornada se asocian con pensamientos intrusivos sobre el trabajo durante el tiempo de descanso y, de manera particular, con la rumiación. Los investigadores concluyeron que no influye tanto el recuerdo, sino la dificultad para desconectar.

Un mecanismo afín opera al alternar entre tareas sin cerrar la anterior. La psicóloga organizacional Sophie Leroy lo describió como “residuo de atención”: parte de los recursos cognitivos permanece implicada en la tarea previa, en detrimento de la actual. En sus experimentos, la presión por finalizar una tarea facilitaba, soltarla por completo antes de pasar a la siguiente.

Propósitos por cumplir

Conviene precisar que la evidencia en neuroimagen es limitada; no hay identificadas áreas, regiones ni redes cerebrales específicas relacionadas con el efecto Zeigarnik, ni confirmación tampoco de la noción de “tensión” cuando una tarea está incompleta. Sí están documentados otros fenómenos: las intenciones pendientes permanecen más accesibles en la memoria, la corteza prefrontal participa en el mantenimiento de los propósitos por cumplir y la rumiación se vincula a determinadas redes cerebrales.

Así, del efecto Zeigarnik pueden extrapolarse dos conclusiones. Por un lado, ilustra cómo un hallazgo intuitivo y repetido durante décadas puede no superar el escrutinio metodológico: la supuesta ventaja de memoria es, en el mejor de los casos, frágil y dependiente del contexto.

Por otro, muestra que el núcleo del fenómeno es conductual y no mnésico –relacionado con la memoria–: lo inacabado no se recuerda mejor, pero impulsa a la acción y puede interferir en el descanso.

De ahí se desprende una orientación práctica. Algunos investigadores sugieren que, aunque una meta sin cumplir genera pensamientos intrusivos que dificultan concentrarse en otras tareas, formular un plan concreto –es decir, decidir cuándo, dónde y cómo se retomará– basta para disolver esa interferencia, sin necesidad de completar la tarea.

El cierre, en definitiva, no parece imprescindible para descansar: lo es, más bien, el compromiso creíble de que ese cierre llegará.

The Conversation

Adriana González Prizzio no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

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Interdiction des médias sociaux aux moins de 16 ans : les effets (et les limites) du projet de loi canadien

Source: The Conversation – in French – By Laurence Grondin-Robillard, Professeure associée à l’École des médias et doctorante en communication, Université du Québec à Montréal (UQAM)

Avec le projet de loi C-34 sur les médias sociaux sécuritaires, le Canada rejoint la liste croissante des pays qui veulent imposer une limite d’âge pour l’accès aux médias sociaux. Mais les mesures prévues atteindront-elles les objectifs ?


Présenté le 10 juin dernier par Marc Miller, ministre de l’Identité et de la Culture canadiennes et ministre responsable des Langues officielles, le projet de loi C-34 fait déjà couler beaucoup d’encre. Parmi les mesures proposées, l’une retient particulièrement l’attention : l’interdiction des médias socionumériques aux moins de 16 ans.

Seulement au courant de la dernière année, la viralité de publications prônant la minceur extrême sur TikTok, les publicités pour acheter de la cocaïne sur Facebook et la propagation d’hypertrucages à caractère sexuel créés par le robot conversationnel Grok et diffusées sur X sont quelques-uns des nombreux problèmes propagés par les géants du numérique.

Plus largement, le projet de loi soulève une question essentielle : cherche-t-on seulement à éloigner les enfants des plates-formes, ou veut-on aussi transformer les environnements numériques qu’ils fréquentent ? En tant que professeure associée à l’École des médias de l’UQAM et doctorante étudiant les médias socionumériques depuis plusieurs années, j’ai examiné cette tension.

Réguler les géants du numérique

Au-delà d’une interdiction d’accès aux médias socionumériques pour les enfants, le projet de loi propose d’encadrer certains services en ligne, de les responsabiliser et de restreindre l’accès à des contenus jugés préjudiciables. Il toucherait les médias socionumériques, mais également les robots conversationnels, les sites pornographiques et des plates-formes de diffusion en direct.

C-34 imposerait aux exploitants divers devoirs : mettre en place des mesures de vérification ou d’estimation de l’âge, réduire les risques d’exposition à des contenus haineux ou violents, offrir des outils de blocage et de signalement, identifier les publications générées par intelligence artificielle et intégrer des mécanismes de conception plus sécuritaires. De plus, les contenus les plus problématiques, notamment ceux liés à l’exploitation et à la victimisation sexuelle de mineurs, devraient être rendus inaccessibles dans les 24 heures suivant un signalement.




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Afin d’appliquer le tout, le projet de loi créerait la Commission canadienne de la sécurité numérique. Cet organisme traiterait les plaintes, serait doté de pouvoirs d’enquête et pourrait appliquer des sanctions en fonction des règles fixées par le gouvernement. Quelques activités demeureraient toutefois exclues du cadre proposé, dont les services de messagerie privée, les jeux vidéo en ligne et les moteurs de recherche. Différentes plates-formes pourraient aussi être exemptées si elles démontrent avoir mis en place les mesures nécessaires pour protéger les enfants.

De belles intentions avec des angles morts

L’ensemble de C-34 paraît cohérent au premier regard. Cependant, divers éléments sont bancals. Pour commencer, bien des géants du numérique ont des conditions d’utilisation qui ressemblent aux dispositions du projet de loi… et qui se révèlent déjà insuffisantes. La plupart des plates-formes ont un âge minimal d’accès, quoique souvent fixé à seulement 13 ans plutôt que 16 ans. Et beaucoup d’entre elles, dont Meta, YouTube et TikTok, affirment restreindre ou interdire certains contenus préjudiciables, violents ou à caractère sexuel dans les fils d’actualités et les recommandations algorithmiques, et offrir des mécanismes de signalement. Or malgré tout cela, la plupart des adolescents canadiens ont été confrontés en ligne à des scènes violentes ou sanglantes, selon une étude réalisée en 2026 pour l’organisation universitaire DIY : Digital Safety et le Centre canadien de protection de l’enfance

Par ailleurs, des dispositions visant à établir l’âge des utilisateurs soulèvent, tant en Europe qu’en Australie, des préoccupations marquées quant au respect de la vie privée. Plus de 350 chercheurs internationaux ont même demandé, en mars dernier, un moratoire sur les différents projets de vérification de l’âge des internautes, qu’ils jugent très intrusifs.

Quant aux agents conversationnels fondés sur l’intelligence artificielle, ils devront mieux prévenir la diffusion de contenus préjudiciables, sans pour autant être interdits aux moins de 16 ans, ce qui soulève aussi des questions. Selon Marc Miller, les études ne démontrent pas encore suffisamment leurs effets nocifs chez les jeunes. Il reste que, à la différence des médias socionumériques, nous savons peu de choses sur ce que les jeunes voient et consomment dans leurs échanges privés avec ces robots. Or, le gouvernement semble compter ici sur la bonne volonté des entreprises pour assurer leur sécurité.

Que retenir de C-34 à ce stade ? Le texte apparaît comme une ébauche incomplète. On peut au moins espérer, s’il franchit l’étape de la deuxième lecture, que son examen en comité permette aux experts des médias socionumériques et de l’intelligence artificielle, exempts de conflits d’intérêts, de mettre en lumière les nombreuses zones grises.

Le précédent australien

L’Australie a précédé le Canada en la matière : depuis le 10 décembre 2025 eSafety, un régulateur en place depuis 2015 supervise plusieurs médias socionumériques, qui ne peuvent plus offrir de comptes aux moins de 16 ans. Mais toutes les plates-formes ne sont pas automatiquement visées : eSafety priorise celles qui dénombrent le plus d’utilisateurs australiens mineurs et dont les fonctionnalités peuvent exposer les enfants à des préjudices.

Parmi les services concernés, on retrouve Facebook, Instagram, Kick, Reddit, Snapchat, Threads, TikTok, Twitch, X et YouTube. À l’inverse, Discord, Messenger, Pinterest, Roblox, WhatsApp et YouTube Kids ne sont pas actuellement considérés comme assujettis.

Dans la foulée, d’autres pays, dont le Brésil, l’Indonésie, la France, la Grèce, la Norvège, le Royaume-Uni et la Suède déploient ou envisagent des restrictions semblables.




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Mais la situation est loin d’être simple pour la commissaire australienne Julie Inman Grant. Dans son rapport de mars 2026, eSafety soulève plusieurs préoccupations : certains messages adressés aux jeunes par les plates-formes facilitaient la multiplication des tentatives de validation d’âge ou permettaient de modifier celui déclaré après détection. Les outils d’estimation demeurent aussi imparfaits, surtout autour des seuils concernés.

À cela s’ajoutent les stratégies de contournement : des jeunes déplacent leurs usages vers d’autres espaces numériques, où les problèmes peuvent les suivre. Plus révélateurs encore, près de sept enfants sur dix qui possédaient déjà un compte en conservaient un sur au moins l’une des plates-formes visées. Dans l’immédiat, les résultats escomptés se font attendre.

Si C-34 obtient sa sanction royale, les bénéfices de cette législation pourraient prendre des années, voire une décennie à se manifester, étant donné le peu d’impact constaté en Australie à court terme. Au final, le projet de loi risque moins de faire disparaître les problèmes que d’en retarder l’apparition chez les prochaines générations. Et les adultes resteront les cobayes de ces technologies.

Le chien de Pavlov, le rat de Skinner

L’expérience de Pavlov, dans laquelle un chien, qui entendait une cloche chaque fois qu’on lui présentait sa nourriture, finissait par saliver à l’unique son de la cloche, nous a permis de comprendre comment une notification peut devenir un signal qui attire presque automatiquement notre attention.

Mais un autre principe, la boîte de Skinner, aide d’autant plus à appréhender les effets des médias socionumériques. Cette expérience, célèbre en psychologie comportementale, consiste à placer un animal, souvent un rat ou un pigeon, dans une boîte munie d’un levier ou d’un bouton. Lorsque la bête appuie dessus, elle reçoit elle aussi une récompense, par exemple de la nourriture, mais de façon aléatoire. Elle apprend à répéter ce geste, encore et encore, espérant obtenir cette gratification qui arrive de manière imprévisible. Cette expérience a montré que le renforcement des comportements par des récompenses intermittentes les rend particulièrement persistants.


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Les plates-formes numériques ne sont évidemment pas de simples boîtes de Skinner appliquées aux humains. Mais plusieurs facteurs, notamment les notifications, les récompenses sociales et la variabilité des interactions, rappellent ces mécanismes : ils encouragent des retours fréquents, parfois compulsifs, en jouant sur l’attente d’une gratification incertaine. Ajoutez à cela un flux infini et personnalisé de vidéos verticales par recommandation algorithmique, et vous obtenez une architecture redoutable pour capter l’attention. C’est d’ailleurs sur cette base que Meta et Google ont récemment reçu des condamnations, suite à deux procès intentés aux États-Unis.

C’est précisément là que C-34 montre ses limites. Le projet encadre l’accès à ces environnements sans remettre en question les mécanismes qui les rendent si puissants. Il peut éloigner temporairement les enfants des plates-formes, mais il ne modifie ni leur modèle d’affaires, ni leurs algorithmes, ni le pouvoir des géants du numérique. Il repousse donc l’entrée dans la boîte, sans jamais chercher à changer réellement le dispositif.

La Conversation Canada

Laurence Grondin-Robillard ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Interdiction des médias sociaux aux moins de 16 ans : les effets (et les limites) du projet de loi canadien – https://theconversation.com/interdiction-des-medias-sociaux-aux-moins-de-16-ans-les-effets-et-les-limites-du-projet-de-loi-canadien-284995

Las matemáticas del Mundial de fútbol 2026

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Raquel Villacampa Gutiérrez, Doctora y profesora de Geometría y Topología, Universidad de Zaragoza

kovop/Shutterstock

¿Por qué éste Mundial tiene 48 equipos? ¿Por qué en unas ediciones pasan terceros de grupo a las rondas eliminatorias y en otras no? Aunque pueda parecer una decisión puramente deportiva, la respuesta depende de unas reglas matemáticas muy concretas. Detrás del mayor torneo de fútbol del mundo se esconden múltiplos de cuatro, potencias de dos y algunos problemas clásicos de combinatoria.

Las matemáticas están en todas partes y en el deporte son fundamentales tanto en su diseño como en las estadísticas o estrategias que idean los entrenadores para ganar. En el caso del Mundial de fútbol, hay unos números muy concretos que rigen su desarrollo.

Puntos al ganador

Desde 1986, los equipos seleccionados juegan en primer lugar la llamada fase de grupos, en la que se constituyen grupos formados por 4 equipos. Estos juegan todos contra todos y tras acabar los 6 partidos posibles se ordenan según puntuación.

Cada partido (desde el mundial de EE UU de 1994) suma 3 puntos al ganador y 0 al perdedor, o bien 1 punto a cada equipo en caso de empate. Con estos criterios, cada grupo finaliza esta fase con una ordenación de sus 4 equipos, colocando en primera posición a aquel que ha obtenido mayor puntuación, y así sucesivamente.

Una vez finalizada la fase de grupos, los 2 o 3 equipos mejores de cada grupo entran en las rondas eliminatorias en las que se disputan varios partidos simultáneamente, cada uno de los cuales enfrenta a dos equipos en un único partido.

El ganador de cada uno de estos partidos pasa a la ronda siguiente, que se rige por el mismo procedimiento que la anterior, pero con la peculiaridad de que ahora solo participan la mitad de los equipos que había en la ronda anterior.

Cuando solo quedan 4 equipos, se juegan 2 semifinales: los ganadores de las mismas disputan la final (y de allí se obtienen el campeón y el subcampeón del mundial) y los perdedores se disputan el tercer puesto.

A partir de esta base, las matemáticas obligan a determinados sucesos.

¿Cuántos equipos participan en un mundial?

Este número no es fijo y ha ido modificándose a lo largo de los años. Si nos fijamos en los mundiales que tienen la misma estructura que el actual, se ha pasado de 24 (EE UU 1994) a 32 (Francia 1998 – Catar 2022) hasta alcanzar los 48 equipos en el mundial actual. Nos podemos preguntar qué tienen en común estos números, 24, 32 y 48, o porqué se han elegido precisamente esos y no otros.

La respuesta la encontramos en la fase de grupos: el número inicial de participantes debe ser múltiplo de 4 para que sea posible formar grupos de 4 equipos. De este modo, con 24 equipos se forman 6 grupos; con 32 se forman 8 grupos; y con 48 aparecen 12 grupos.

Como vemos, podría haber mundiales con 28 equipos, 36, 40… siempre y cuando se mantengan los grupos de 4 participantes en la fase de grupos. No parece que vaya a haber cambios en esto: la estructura de grupos de 4 equipos se mantiene desde 1950, aunque el desarrollo tras la fase de grupos se ha visto modificado.

¿Cuántos terceros de grupo pasan a las fases eliminatorias tras la fase de grupos?

En el mundial de 1994, además de los 2 primeros de cada grupo, pasaron los 4 mejores terceros de los 6 grupos.

Entre los años 1998 y 2022 no pasó ningún tercero de grupo a la siguiente fase, mientras que este año han sido 8 terceros quienes han pasado a las rondas eliminatorias. ¿Por qué este número va cambiando?

En este caso la clave no está en el número 4, sino en el 2.

Para entenderlo hagamos el recorrido inverso: desde la final del mundial hasta la fase de grupos, recordando que en cada ronda hay el doble de equipos que en la ronda anterior.

La final se la disputan 2 equipos; en las semifinales participan 4; en los cuartos de final hay 8 y en los octavos de final hay 16.

Recordamos que el mundial de 2026 es el primero de la historia en el que se han jugado los dieciseisavos de final, con 32 equipos. Los números 2, 4, 8, 16 y 32 son potencias de 2 pues se consiguen como 2¹ , 2² , 2³ , 2⁴ y 2⁵ respectivamente, siendo cada número doble que el anterior.

Es decir, para entrar en las rondas eliminatorias necesitamos tener un número de equipos clasificados que sea potencia de 2. Si solo se permite que pasen 2 equipos por grupo, puede que no consigamos estos números, ya que va a depender del número de grupos que tengamos. Esto es lo que pasó en 1994, cuando había 6 grupos. Al clasificar 2 equipos por grupo (los 2 primeros), se tienen 12 equipos para las rondas eliminatorias. Como el número 12 no es potencia de 2 fue necesario añadir 4 equipos más (los mejores terceros) para alcanzar el número 16 y poder así iniciar los octavos de final.

Entre 1998 y 2022, con 32 equipos en el mundial no hubo necesidad de elegir a ningún tercero pues directamente con 2 seleccionados por grupo se llegó a los 16 equipos que jugaron los octavos de final.

Este año, se han jugado los dieciseisavos de final, por lo que fue necesario seleccionar 32 equipos tras la fase de grupos. Para alcanzar este número, partiendo de los 48 equipos iniciales repartidos en 12 grupos, se han tenido que seleccionar 8 terceros, que junto a los 24 que vienen de los primeros y segundos de cada grupo hacen los 32 necesarios para los dieciseisavos de final.

Un mundial con 64 equipos (2⁶ ) no necesitaría recurrir a los terceros de cada grupo. ¿Lo veremos dentro de unos años?

Como dato adicional, los 4 torneos del Gram Slam de tenis (Roland Garros, Wimbledon, Abierto de Australia y Abierto de Estados Unidos) se rigen únicamente por rondas eliminatorias y participan 128 (2⁷ ) tenistas en cada cuadro (masculino y femenino).

¿Cuántos puntos puede sumar un equipo en la fase de grupos?

Debemos recordar que cada equipo juega 3 partidos y en cada uno de ellos puede sumar 3 puntos si gana (G), 1 punto si empata (E) o 0 puntos si pierde (P). Por tanto, para responder a esta pregunta debemos averiguar cuántos partidos podemos ganar, empatar o perder si jugamos 3 y luego sumar los puntos asociados a cada posibilidad encontrada. En esta situación no es importante el orden en el que suceden las victorias o derrotas, tan solo importa cuál ha sido el resultado final de los 3 partidos.

El conteo de opciones posibles en un determinado problema es algo habitual en la investigación matemática. La disciplina que lo analiza es la combinatoria y es en general difícil de abordar. Para los problemas combinatorios, como es este que nos ocupa, es importante disponer de una estrategia para asegurarnos de no perder ningún caso ni de repetir ninguno en el conteo. En nuestro problema, contaremos cuántos partidos se pueden ganar (tres, dos, uno y cero) y para cada caso, qué sucede con aquellos que no ganamos, comenzando siempre con el empate. Así, obtenemos la siguiente secuencia de opciones ordenadas de mayor a menor, entendiendo por mayor ganar el partido y por menor perder el partido.

Los puntos asociados a cada posibilidad son: 9, 7, 6, 5, 4, 3, 3, 2, 1, 0.

El resultado más bajo posible

Ningún equipo puede obtener nunca 8 puntos en la fase de grupos y 3 puntos se pueden obtener de dos formas distintas: ganando 1 partido y perdiendo 2 o empatando los 3 partidos.

Una pregunta bastante más difícil es averiguar cuáles pueden ser las puntuaciones finales posibles de los 4 equipos al finalizar la fase de grupos, es decir, cómo se pueden agrupar, siguiendo las reglas de puntuación, los números 0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7 y 9 en grupos de 4.

No todas las posibilidades son válidas ya que hay que tener en cuenta, por ejemplo, que si un equipo ha ganado un partido es porque otro equipo lo ha perdido.

En el gráfico se muestran todos los resultados obtenidos por los 74 grupos desde 1994 junto a su frecuencia. El grupo que obtuvo el resultado más bajo fue el grupo E (México, Irlanda, Italia y Noruega) en el mundial de 1994: sus cuatro integrantes obtuvieron 4 puntos, correspondiente a ganar 1 partido y empatar otro, y solo ha ocurrido una única vez.

Dejamos como pregunta abierta: ¿existe alguna combinación de puntos inferior a la (4,4,4,4) con el sistema de puntuaciones actual? ¡Hagamos matemáticas!

The Conversation

Raquel Villacampa Gutiérrez no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Las matemáticas del Mundial de fútbol 2026 – https://theconversation.com/las-matematicas-del-mundial-de-futbol-2026-287194

Traite atlantique : ce que révèlent les archives sur le rôle oublié de la Gambie

Source: The Conversation – in French – By Pape Chérif Bertrand Bassène, Senior Lecturer, Université Cheikh Anta Diop de Dakar

Alors que les débats sur la mémoire de la traite atlantique s’intensifient, des demandes de réparations de la Communauté caribéenne (une institution intergouvernementale engagée dans la réclamation de réparations auprès des pays européens pour les crimes de la traite atlantique), aux relectures des frontières coloniales dans la reconstruction des identités africaines, la Gambie continue d’être décrite comme une anomalie engloutie par le Sénégal.

Cette vision, purement géographique et largement relayée dans les mémoires collectives, réduit cet espace central de la Sénégambie à un simple accident géopolitique. Le terme « Sénégambie » renvoie pourtant à une réalité historique ancienne : à la suite du Traité de Paris du 10 février 1763, qui mit fin à la guerre de Sept ans, l’Angleterre administra le Sénégal et la Gambie sous le nom de « Province of Senegambia » entre 1765 et 1779.

Pourtant, historiquement, les sources portugaises et britanniques des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles révèlent une tout autre réalité ; celle d’un espace littoral autonome, structuré par ses propres dynamiques politiques et par une longue tradition de résistance. C’est ce que permet de saisir le concept de “Sierragambie”, qui définit un espace atlantique né entre 1779 et 1785 comme un laboratoire impérial où se mêlent rivalités franco‑britanniques et capacité d’action africaine pré‑abolitionniste, et que je développe dans mes travaux.

Le point de départ de cette relecture est un épisode naval révélateur. Le 2 novembre 1780, à l’embouchure du fleuve Gambie, la corvette française Le Sénégal est capturée par le navire britannique HMS Zephyr. Derrière cette confrontation se dessine l’initiative des acteurs africains, une alliance stratégique entre les marins britanniques et les populations Joola du “Fogni” (partie sud du fleuve Gambie).

Cet épisode invite à une seconde interprétation de notre historiographie pour restituer aux acteurs africains leur pleine capacité d’action – qu’elle s’exprime par alliance ou par résistance – dans la transformation du système atlantique en un réseau d’échanges.

Mes travaux portent entre autres sur l’histoire de la Gambie et la région sud du Sénégal. Au moment où la traite atlantique est commémorée, il convient de rappeler que la Gambie constitue le cœur d’un espace historique autonome. Les sociétés africaines y ont joué un rôle décisif dans les dynamiques politiques, commerciales et antiesclavagistes de l’Atlantique.

Repenser une problématique héritée

Les commémorations de la traite atlantique se multiplient, tout comme les revendications de réparations et les initiatives de patrimonialisation. Pourtant, une partie essentielle de l’histoire ouest‑africaine demeure prisonnière d’une vieille problématique façonnée par le type de sources explorées.

La Gambie en est l’exemple le plus frappant. Souvent présentée comme une anomalie géopolitique, elle serait le produit d’un découpage arbitraire entre puissances européennes. Cette lecture tend à absorber les spécificités littorales sous de grands ensembles continentaux comme le Grand Djolof (État d’Afrique de l’Ouest médiéval) ou la Grande Sénégambie (espace géopolitique historique incluant plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest).

Or, l’examen des sources britanniques et portugaises permet de postuler l’existence d’une Sierragambie, un espace littoral insoumis, structuré par ses propres logiques politiques. Même Boubacar Barry, l’un des principaux théoriciens de la Grande Sénégambie, a reconnu la fragmentation intrinsèque de cet espace, sans toutefois en tirer toutes les conséquences pour les zones côtières.

Une nouvelle interprétation

Pour dépasser cette impasse, cette contribution s’appuie sur les travaux que je mène, fondés sur une analyse croisée de deux corpus d’archives européens. Ces archives sont abordées non comme des reflets objectifs de la réalité, mais comme des discours géopolitiques à déconstruire, dans une approche enrichie par la linguistique.

Les archives britanniques sur la Gambie, les sources portugaises sur la Gambie et la Guinée-Bissau éclairent la genèse des réseaux d’intermédiation littorale et la maîtrise des voies fluviales par des “Banhüns” (Baynunks) ou “gourmets” , catégories par lesquelles les Européens définissaient les acteurs intermédiaires locaux de la traite atlantique.

L’analyse de ces corpus fait apparaître la persistance des structures politiques africaines et leur capacité à négocier, résister ou instrumentaliser les rivalités impériales.




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Appolonia : l’histoire d’un royaume africain qui a résisté à la traite transatlantique des esclaves


La crise de 1779–1785

Les sources portugaises décrivent la Casamance précoloniale comme un territoire jalousement défendu par les sociétés du littoral. Loin d’être une zone de pénétration fluide, la région impose un protocole d’accès strict. Les Européens doivent passer par les Banhuns‑Grumetes, intermédiaires issus des communautés locales et autres “lançados” (exilés) portugais. Ces différents acteurs contrôlent les marigots, filtrent les flux marchands et dictent les conditions du troc.

Cette configuration locale détermine l’issue des conflits impériaux au lendemain de la guerre d’indépendance américaine. En 1779, les forces françaises détruisent Fort James, scellant l’effondrement de la Province britannique de la Sénégambie. Mais l’administration française ne parvient pas à fortifier durablement le comptoir d’Albréda (un ancien poste colonial situé dans l’actuelle Gambie), dépendance commerciale de Gorée, dans l’actuel Sénégal. Les navires britanniques reprennent rapidement leurs activités.

Le paroxysme de cette rivalité est atteint en octobre 1780, lorsque la corvette française Le Sénégal arraisonne quatre bâtiments anglais à l’embouchure du fleuve. La réplique britannique ne tarde pas.

Le 2 novembre 1780, le navire HMS (His Majesty Ship) Zephyr, secondé par le corsaire Polly (navire civil), engage le combat. Douze marins français sont tués et vingt‑huit blessés, contre deux morts du côté britannique. Capturé, Le Sénégal est convoyé vers Gorée, où il explose peu après.

L’intérêt de cet épisode réside dans son ancrage terrestre. Acculés dans le rivage enclavé du fleuve Gambie, les marins britanniques obtiennent le soutien logistique et militaire des populations Joola du Fogni (sud du Sénégal). L’alliance scellée avec l’autorité locale, qualifiée dans les textes britanniques d’« Empereur du Fogni », débouche sur un blocus fluvial asymétrique.

Par le refus de ravitaillement, le harcèlement des chaloupes françaises et le sabotage des opérations de traite, les sociétés littorales (les “Niuminkés”, au nord du fleuve, favorables aux Français et les Fognis au sud alliés aux Anglais) influencent directement le statu quo territorial entériné par le traité de Paris de 1783.

Bien que ce traité maintienne Albréda au nord du fleuve sous pavillon français, la réalité du contrôle fluvial échappe à Paris. En décembre 1783, le HMS Bulldog intercepte quatre navires marchands français et les renvoie à Gorée.

L’accord de 1785, négocié après la visite du gouverneur du Sénégal, ne constitue qu’un répit dans un cycle prolongé de conflictualité entre Français et Britanniques, marqué par les guerres de course, l’expédition de l’explorateur écossais Mungo Park et, finalement, l’abandon d’Albréda par la France en 1857.

Un laboratoire antiesclavagiste

Au lendemain de la perte de ses treize colonies américaines, la Grande‑Bretagne reconfigure ses priorités économiques. Devenue puissance industrielle, elle instrumentalise l’abolitionnisme pour affaiblir ses rivaux mercantilistes. C’est dans la Sierragambie que ce projet trouve un terrain favorable, en s’appuyant sur le capital de confiance accumulé auprès des réseaux locaux.

La fondation de Bathurst (actuelle ville de Banjul, capitale de la Gambie) en 1816 ne doit pas être comprise comme une simple imposition de l’humanisme colonial, mais comme la formalisation juridique d’une autonomie politique préexistante, construite durant la traite atlantique et annonçant les principes antiesclavagistes.

En définitive, elle démontre que les structures de l’Afrique coloniale au XIXᵉ siècle ont été paradoxalement préfigurées par les espaces d’autonomie et les rapports de force que les populations de la côte avaient elles-mêmes bâtis au cœur de l’économie de traite.

Parallèlement, même si le fort de Barra sur la rive nord du fleuve Gambie servait à protéger les routes commerciales, la région sud devint un espace d’émancipation, de dissidence et de recomposition sociale, où se croisèrent anciens captifs libérés, populations littorales et autorités locales cherchant à négocier leur marge d’action face aux puissances européennes.

Au XIXᵉ siècle, à mesure que se consolide sa singularité politique vis-à-vis des territoires voisins, l’actuelle Gambie est progressivement transformée en sanctuaire pour les esclaves fugitifs et en foyer de contestation.

Plus au sud de Banjul, les Français tentent d’imiter ce modèle en projetant de créer un village de liberté sur l’île de Carabane.

Ce qu’il faut retenir

L’opérationnalisation du concept de Sierragambie invite à une réévaluation critique des concepts de frontière et de territorialité en Afrique de l’Ouest. Loin d’être de simples lignes tracées lors des conférences impériales européennes, les frontières de la sous‑région doivent être analysées en termes d’interactions complexes façonnées par le système atlantique, de choix diplomatiques africains et de rapports de force locaux.

Ainsi, intégrer la problématique de la capacité d’action dans les débats contemporains sur les réparations permet de dépasser la grille binaire qui oppose un oppresseur omnipotent à une victime passive. L’effondrement de l’économie de la traite atlantique n’a pas été décidé uniquement dans les salons de Londres ou de Paris, il s’est joué sur le terrain, dicté par des résistances locales et les mutations économiques globales.

Il a parfois été devancé au cœur des territoires Joola du sud du Sénégal, dont les structures de résistance continuent de modeler les réalités transfrontalières de la Casamance contemporaine. C’est dans cette région que se déroule une « Guerre Incivile », expression utilisée pour désigner le conflit armé qui sévit dans le sud du Sénégal depuis plus de quarante ans.

The Conversation

Pape Chérif Bertrand Bassène does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Traite atlantique : ce que révèlent les archives sur le rôle oublié de la Gambie – https://theconversation.com/traite-atlantique-ce-que-revelent-les-archives-sur-le-role-oublie-de-la-gambie-286972

Le trouble développemental du langage, un enjeu de santé publique

Source: The Conversation – France in French (3) – By Marcela Perrone-Bertolotti, Enseignante-Chercheuse au Laboratoire de Psychologie et NeuroCognition (UMR 5105, CNRS), Université Grenoble Alpes (UGA)

Peu connu, le trouble développemental du langage affecterait 7,5 % de la population française. Souvent confondu avec de la timidité, un problème d’attention, ou des difficultés intellectuelles, ce handicap invisible, dont les causes sont encore mal comprises, gâche la vie de nombreux enfants, et a aussi des répercussions sur leur vie d’adulte.


La consigne donnée était simple : « Prenez vos cahiers et écrivez la date du jour ». Pourtant, dans la classe, un élève reste immobile, les yeux fixés sur la page blanche. L’enseignant se dit qu’une fois de plus, l’enfant ne l’a pas écouté, qu’il a encore « la tête dans les nuages ».

Il ne voit pas l’effort considérable que déploie cet élève : dès le début de sa journée, l’enfant a dû mobiliser toute son énergie pour décoder les sons, assembler les mots et en extraire le sens. Pendant que les autres ont déjà commencé à écrire, lui essaie encore simplement de comprendre ce qu’on lui demande. Cet enfant vit avec un trouble invisible : le trouble développemental du langage (TDL).

Anciennement désigné sous les termes de « dysphasie » ou de « trouble spécifique du langage oral », le TDL fait partie des troubles neurodéveloppementaux. Ces troubles débutent précocement au cours du développement et altèrent durablement le fonctionnement personnel, social, scolaire et professionnel tout au long de la vie (DSM-5). Voici ce qu’il faut savoir sur le TDL.

Des difficultés de langage

L’acquisition et le développement du langage oral sont très rapides : vers l’âge de cinq ans, un enfant est capable d’établir et de maintenir une conversation similaire à celle d’un adulte, alors qu’il ne sait pas encore faire ses lacets. Derrière cet apprentissage qui semble aller de soi se cache l’une des fonctions les plus complexes du cerveau humain. Une complexité qui devient particulièrement tangible lorsque des dysfonctionnements surviennent durant le développement, comme c’est le cas dans le TDL.

Le langage autour du monde : raconté par Julianne, 16 ans, qui vit avec un trouble du développement du langage.

Le TDL est généralement diagnostiqué lorsqu’un enfant présente des difficultés significatives et persistantes dans la compréhension ou la production du langage, avec une répercussion fonctionnelle dans la vie quotidienne. De plus, les enfants concernés ont bénéficié d’une exposition linguistique adéquate, et ne présentent aucune condition biomédicale (c’est-à-dire aucun déficit sensoriel, neurologique ou intellectuel) qui permettrait d’expliquer ces difficultés.

Les difficultés langagières rencontrées par les enfants présentant un TDL peuvent être très diverses. Elles peuvent concerner la production des sons de la langue, l’utilisation du vocabulaire, la structuration des phrases, l’application des règles grammaticales, la capacité à raconter une histoire, le respect des règles de communication et de conversation, la mémorisation d’informations verbales ou encore la compréhension des mots et des consignes.

Il est important de souligner que ces manifestations sont très hétérogènes d’un individu à l’autre. De plus, le langage évoluant avec l’âge, les difficultés se transforment au cours du développement. Ainsi, les manifestations du TDL diffèrent non seulement d’une personne à l’autre, mais elles peuvent également évoluer chez une même personne au fil du temps.

Dans tous les cas, ces difficultés langagières ont un impact significatif sur la vie quotidienne de l’enfant, que ce soit en famille, dans ses apprentissages, dans ses relations avec ses pairs, ou encore concernant son estime de lui-même.

Des causes mal comprises

Le TDL affecterait 7,5 % de la population, soit environ 2 enfants par classe, ce qui représente environ 50 000 naissances par an et près de 5 millions de personnes en France. À titre de comparaison, le trouble du spectre de l’autisme, davantage connu du grand public, concerne environ 1 à 2 % de la population, soit environ 15 000 nouvelles naissances concernées chaque année en France.

L’histoire de Darcie – Une vidéo sur les troubles du développement du langage (vidéo en anglais).

Les causes du TDL ne sont pas entièrement comprises. Il s’agit d’un trouble multifactoriel, résultant de l’interaction de facteurs génétiques, biologiques et environnementaux. À ce jour, aucun gène unique n’a été identifié comme responsable du TDL. Toutefois, une composante héréditaire est bien établie : le risque de présenter ce trouble est plus élevé lorsque d’autres membres de la famille sont concernés.

Certains facteurs biologiques ou environnementaux précoces ont aussi été associés à un risque accru de difficultés langagières, sans pour autant être considérés comme des causes directes du TDL. C’est par exemple le cas de la prématurité, d’un faible poids à la naissance ou d’autres complications périnatales.

Les recherches montrent également qu’un faible niveau socio-économique ou un manque de stimulation (dans le cas de parents qui parleraient peu à leur enfant, par exemple) représentent des facteurs de risque de présenter un trouble du langage et, à l’inverse, le fait de vivre dans un environnement langagier riche (lire des livres aux enfants, faire des activités stimulant le langage, bénéficier de situations sociales de qualité et variées) constitue un facteur de protection, favorisant le développement du langage chez tous les enfants, mais il n’empêche pas à lui seul l’apparition d’un TDL.

Il est important de souligner que le bilinguisme, ou plus largement l’exposition à plusieurs langues, ne provoque pas de TDL. Les enfants sont capables d’apprendre plusieurs langues dès la petite enfance.

À l’heure actuelle, aucun marqueur biologique, neurologique ou environnemental spécifique ne permet d’expliquer à lui seul ou de déterminer la présence du trouble, ni d’en prédire l’apparition avec certitude.

Des difficultés qui débutent très tôt et persistent

Il est souvent difficile de poser un diagnostic de TDL avant l’âge de 3 à 4 ans, car les difficultés langagières transitoires peuvent ressembler à celles associées au TDL. Toutefois, des difficultés persistantes de compréhension ou de production du langage entre 18 mois et 5 ans sont associées à un risque accru de TDL.

Les efforts de clarification et de diffusion d’informations autour du TDL se sont nettement structurés ces dernières années. Un tournant majeur a été l’établissement du consensus international CATALISE, issu d’un panel pluridisciplinaire de 59 experts internationaux et coordonnées par plusieurs chercheurs et cliniciens, dont la psychologue britannique Dorothy Bishop.

Parmi les recommandations, l’appellation « trouble développemental du langage » est préconisée lorsque les difficultés langagières persistent au-delà de l’école maternelle (après six ans) et entraînent un retentissement fonctionnel notable dans la vie quotidienne, sans qu’aucune condition environnementale ou biomédicale puisse venir expliquer ce développement atypique.

En harmonisant la terminologie et les critères d’identification, ce consensus fournit un cadre commun aux travaux scientifiques, ce qui facilite l’acquisition progressive de données scientifiques et leur comparaison. Des repères concernant le développement de la communication, du langage et de la parole ont également été discutés dans le cadre de ce consensus.

En effet, des signes d’un développement atypique du langage chez l’enfant peuvent alerter. Ils varient en fonction de l’âge de l’enfant (pour en savoir plus sur ces signes d’alertes, vous pouvez consulter le site allo-ortho).

À partir de cinq ans, lorsque des difficultés sont toujours présentes, il est probable qu’elles persistent. Il est donc important, si des questionnements existent quant au développement du langage d’un enfant, de les prendre en considération sans attendre.

Au cours de l’enfance, ce sont souvent les difficultés d’apprentissage qui alertent. Les enfants avec un TDL ont six fois plus de risques de rencontrer des difficultés d’apprentissage du langage écrit, quatre fois plus de risques de présenter des difficultés en mathématiques, et jusqu’à douze fois plus de risques de cumuler l’ensemble de ces difficultés.

Au-delà des enjeux scolaires, les conséquences du TDL s’étendent à la sphère psychosociale. Ces enfants sont davantage sujets à l’anxiété et à la dépression et aux troubles du comportement.

Des difficultés qui persistent à l’âge adulte

Les vulnérabilités qui touchent les enfants atteints de TDL tendent aussi à persister à l’âge adulte. Elles se traduisent par des difficultés en matière d’insertion professionnelle, de bien-être psychologique et de vie sociale.

Jusqu’à présent, les expériences vécues par les adultes avec un TDL ont fait l’objet d’un nombre limité de recherches. En 2024, des travaux ont été menés pour comprendre comment le TDL impacte la vie quotidienne des adultes tout au long de leur parcours. Leurs auteurs ont recueilli les points de vue d’adultes vivant avec ce trouble au Royaume-Uni. Les résultats ont révélé que ce trouble a un impact durable sur la vie des adultes qui en sont atteints.

Ils ressentent notamment un sentiment d’exclusion, et rencontrent des difficultés à suivre les conversations, ce qui peut entraîner un sentiment de solitude, d’isolement et d’anxiété. Sur le plan professionnel, ils ont souvent du mal à trouver ou à conserver un emploi, en raison de malentendus, de discrimination ou de la crainte de devoir révéler leur trouble.

Vivre et travailler avec un TDL, une vidéo de Regroupement TDL Québec.

Si plusieurs études internationales soulignent une persistance des vulnérabilités sur le plan académique, professionnel et psychosocial, aucun travail de grande ampleur n’a, à ce jour, documenté ces trajectoires en France. Cette absence de données empiriques constitue un frein important à l’élaboration de dispositifs d’accompagnement ciblés et fondés sur des preuves.

Un enjeu de santé publique invisibilisé

Le TDL présente toutes les caractéristiques d’un enjeu de santé publique (prévalence, impacts fonctionnels significatifs au quotidien). Pourtant, il demeure relativement méconnu du grand public et bénéficie d’une visibilité plus limitée que d’autres troubles neurodéveloppementaux dans la recherche, les médias et les politiques publiques.

Ce manque de visibilité du TDL est directement observable dans les travaux de recherche. En effet, en 2020, on ne dénombrait que 0,03 publication scientifique pour 100 enfants atteints de TDL aux États-Unis. Pour les troubles du spectre autistique, par exemple, ce ratio s’élève à 7,94. Cette disproportion n’est pas anodine et est au centre d’enjeux majeurs concernant non seulement la production de connaissances fondamentales sur le TDL, mais aussi la mise au point d’outils de diagnostic, ou encore les recommandations de prise en charge et la disponibilité des financements pour la recherche et la clinique.

L’une des raisons principales de cette invisibilité est, entre autres, la grande hétérogénéité des termes diagnostiques utilisés dans le passé. Le TDL a porté plus de 30 appellations différentes : dysphasie, trouble spécifique du langage, aphasie développementale, etc. En France, le terme « dysphasie » lui est encore souvent préféré pour l’évoquer au sein des troubles “DYS”. Cette grande variabilité terminologique entrave encore nettement la caractérisation et à la prise en charge de ce trouble.

Elle reflète aussi la complexité inhérente au langage. En effet, une autre raison importante expliquant l’invisibilisation du TDL est sa nature « cachée » : les difficultés langagières peuvent être subtiles (par exemple, chercher ses mots, utiliser des mots-valises comme « truc » ou « machin », formuler des phrases simples), mal interprétées (confondu avec de la timidité, ou avec un problème d’intelligence) ou masquées par des stratégies de compensation, ce qui complique l’identification précise des difficultés.

Parler davantage du TDL

Donner de la visibilité au TDL permettra aux recherches sur le sujet de progresser.

Les connaissances acquises favoriseront la mise en place de méthodes de repérage plus précoce et d’interventions plus ciblées. Elles amélioreront l’identification des compétences préservées chez les enfants concernés (leurs points forts), ainsi que celle des facteurs de protection à renforcer, susceptibles d’améliorer leur situation, pendant l’enfance et à l’âge adulte (interactions sociales de qualité, activités épanouissantes permettant de renforcer l’estime de soi, etc.).

Car il faut le répéter : le TDL peut nécessiter des interventions adaptées tout au long de la vie, notamment dans les moments de transition (à l’adolescence, passages aux études supérieures, vie active…). Le premier pas vers une meilleure prise en charge est des plus simples : il faut parler davantage du trouble développemental du langage !


Pour aller plus loin :

Rendre visible le TDL dépasse le champ académique : c’est aussi une démarche portée par des personnes concernées, des familles et des professionnels. Le mouvement international Raising Awareness of Developmental Language Disorder, fondé en 2012, en est l’illustration. Coordonné par un comité bénévole international et actif dans plus de 40 pays, dont la France, ce mouvement organise chaque année en octobre une Journée internationale de sensibilisation au TDL, pour rendre visible ce trouble invisible.

D’autres ressources sont aussi disponibles :

_ – Des vidéos explicatives réalisées par Estelle Gillet-Perret, orthophoniste au Centre de référence des troubles du langage et des apprentissages du CHU Grenoble Alpes ;_

_ – Le site de l’association Avenir Dysphasie TDL France ;_

_ – Du matériel visuel explicatif, tel que des cartes postales et posters ; _

_ – L’actualité du regroupement EVEIL TDL France peut être consultée sur Instagram (@radldfrance) et LinkedIn (RADLDFRANCE)._

_ – Des informations sur le langage et le TDL se trouvent également sur les sites Internet Allo-ortho, Fédération française de dys et Regroupement TDL Quebec. _

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Le trouble développemental du langage, un enjeu de santé publique – https://theconversation.com/le-trouble-developpemental-du-langage-un-enjeu-de-sante-publique-285501

Si l’IA est capable de tout traduire, pourquoi encore apprendre des langues étrangères ?

Source: The Conversation – in French – By Olivia Maurice, PhD, Cognitive Neuroscience, Western Sydney University; University of Sydney

Même à l’heure de la traduction instantanée par intelligence artificielle, l’apprentissage d’une nouvelle langue demeure bénéfique. En effet, de nombreux indices suggèrent qu’elle améliore la résilience cognitive du cerveau à mesure que l’on avance en âge. Par ailleurs, elle permet de saisir des nuances culturelles que les traducteurs automatiques sont encore incapables de rendre correctement.


Traduction audio en temps réel durant les visioconférences, doublage automatique des vidéos sur TikTok… L’abolition des barrières linguistiques grâce à la technologie semble aujourd’hui s’être concrétisée. La traduction en temps réel par intelligence artificielle (IA) fait désormais partie de notre quotidien.

Les outils mis au point par OpenAI, Meta, Google et bien d’autres sociétés proposent désormais une traduction quasi instantanée dans des dizaines de langues, et ne cessent de s’améliorer.

Cette situation pose une question cruciale : si des machines peuvent traduire plus vite et plus précisément que les humains, cela vaut-il encore la peine de s’investir, des années durant, dans l’apprentissage d’une langue étrangère ?

D’un point de vue purement logique, la situation a quelque chose de séduisant. En effet, au fil de leur histoire, les humains n’ont jamais hésité à déléguer une part de leur travail cognitif à des outils. Grâce à l’écriture, nous avons pu alléger les contraintes pesant sur notre mémoire. Les calculatrices nous ont libérés du fardeau du calcul mental. L’IA s’inscrit elle aussi dans cette longue tradition : bien utilisée, elle peut constituer une aide à l’apprentissage, et l’améliorer de diverses façons.

Cependant, il existe une différence de taille entre le fait d’utiliser un outil pour étendre ses capacités et celui de s’en servir pour, purement et simplement, éviter de produire tout effort.

Cette distinction s’avère essentielle dès lors que l’emploi d’un nouvel outil ne se résume pas au remplacement d’une capacité donnée, mais aboutit aussi à l’effacement de l’engagement cognitif et culturel qui lui est associé.

Ce qui compte, c’est l’effort

L’effort joue un rôle central dans la manière dont nous acquérons des connaissances.

Les psychologues emploient l’expression « difficultés désirables » pour désigner des défis qui peuvent sembler inutiles sur le moment, mais qui, sur le long terme, aboutissent à une rétention et à une compréhension renforcées.

Se débattre avec la grammaire, chercher le mot juste ou chercher à construire du sens dans différentes langues mobilise des réseaux cérébraux qui renforcent non seulement la mémoire, mais aussi l’attention et la flexibilité cognitive. Au fil du temps, ces activités consolident bien plus les connaissances que dans le cas d’une simple exposition passive aux langues.

Le fait de s’investir dans un engagement mental soutenu contribue à ce que les chercheurs appellent la résilience cognitive (une expression désignant la capacité de notre cerveau à préserver ses fonctions à mesure que nous vieillissons et que celles-ci déclinent). Passer d’une langue à l’autre requiert un tel engagement : le cerveau doit en effet arbitrer entre plusieurs langues concurrentes, tout en surveillant le contexte et en s’y adaptant de façon dynamique.

Se plier à de telles exigences n’a rien d’anodin. Or, lorsque nous nous contentons de recourir passivement à des outils de traduction pour comprendre, d’un simple clic, le sens d’une phrase rédigée ou prononcée dans une langue étrangère, le niveau d’effort demandé est loin d’être le même…

Ce que révèlent les recherches sur le multilinguisme

Les données sur le multilinguisme sont souvent résumées par une formule simpliste : « l’avantage bilingue ».

Ce raccourci masque une réalité bien plus complexe que cette expression ne le laisse supposer. En effet, si certaines études sur le multilinguisme rapportent que celui-ci pourrait être lié à l’existence de bénéfices en matière d’attention ou de mémoire de travail, d’autres ne relèvent aucune différence. La réalité semble plus sélective.

Au cours de nos récents travaux, nous avons examiné les performances cognitives de 94 adultes âgés de 18 à 83 ans, à l’aide de tâches à la fois visuospatiales et auditives impliquant la mémoire de travail, l’attention et l’inhibition. Concrètement, nous avons observé comment les participants traitent les informations qu’ils voient ou se représentent mentalement dans l’espace (dimension visuospatiale) ainsi que les informations qu’ils entendent (dimension auditive), et comment ils y réagissent. Il pouvait s’agir, par exemple, de mémoriser des sons, de se concentrer sur des motifs visuels ou d’ignorer des distractions.

Ces travaux indiquent que le multilinguisme est plutôt un continuum qu’une catégorie aux contours bien définis. Cette approche nous a en particulier permis de mieux saisir la diversité des parcours et des expériences linguistiques. Les participants multilingues parlaient en effet tout un éventail de langues, avec des niveaux de maîtrise variables. D’un participant à l’autre, l’usage quotidien de chaque langue variait également. Autant de différences reflétant la diversité linguistique propre aux communautés multiculturelles.

Nos résultats ont révélé que, concernant la plupart des tâches, les performances des personnes multilingues et monolingues étaient similaires. Un résultat s’est toutefois démarqué des autres : les personnes ayant une expérience multilingue plus riche et plus diversifiée ont affiché des performances nettement meilleures dans les tâches mobilisant la mémoire de travail visuospatiale. Ces effets étaient en outre plus marqués chez les personnes âgées.

Ces données suggèrent que le multilinguisme n’améliore pas la cognition de manière générale, comme certains le prétendent. Le fait de parler plusieurs langues contribuerait plutôt à préserver certaines fonctions spécifiques au fil du temps.

Des recherches distinctes, menées à l’échelle des populations, ont également établi un lien entre le multilinguisme et le fait de déclencher plus tardivement la maladie d’Alzheimer, ainsi qu’avec le fait de globalement mieux vieillir. Toutefois, les mécanismes en jeu font encore l’objet de débats.

L’ensemble de ces travaux suggèrent cependant que pratiquer plusieurs langues de façon soutenue constitue une forme d’activité mentale dont les effets se cumulent tout au long de l’existence.

Ce que la traduction par IA ne fait pas

Certes, la traduction par IA est rapide, et facile d’accès. D’un point de vue purement pratique, elle fonctionne remarquablement bien. Mais elle procède par reconnaissance de motifs, et non par une compréhension découlant d’un vécu. En conséquence, elle se heurte parfois à des difficultés dans certains contextes culturels, ou face à l’humour, à certains registres de langage ou lorsque le sens est chargé d’émotion. C’est d’autant plus le cas pour les langues les moins bien représentées dans les données d’entraînement.

Au mieux, l’IA saisit les dimensions littérales du langage, mais passe à côté de ses dimensions sociales. Pour le comprendre, il suffit de voir ou revoir la scène du film Love Actually (2003), où Jamie, interprété par Colin Firth, formule une demande en mariage maladroite, mais sincère, à Aurelia, dans un portugais hésitant.

Cette scène fonctionne précisément parce que ses mots imparfaits traduisent à la fois son effort, sa vulnérabilité et son intention. S’il avait utilisé un logiciel de traduction en temps réel, sa phrase n’aurait transmis qu’une simple information.

C’est là une distinction fondamentale à garder en mémoire : traduction ne rime pas toujours avec participation. Apprendre une langue implique de comprendre la manière dont les gens pensent, leurs valeurs, et la façon dont le sens se construit à travers un contexte, une histoire. Acquérir cette culture se fait par des interactions et des expériences. Elle ne peut pas être entièrement déléguée à des systèmes qui traduisent à la demande.

Les participants multilingues de notre étude en témoignent directement :

« Je pense assurément en télougou, mais je me souviens des nombres et je compte en anglais. »

« L’afrikaans est la langue de mon cœur, celle qui exprime le mieux les émotions intenses. L’anglais est la langue des affaires, utilisée surtout dans la vie quotidienne. »

Il ne s’agit pas là des descriptions de simples basculements entre divers modes de traduction. Ces témoignages décrivent des façons différentes d’habiter sa propre identité.

L’IA continuera de transformer notre rapport à l’apprentissage des langues. Elle pourra être utilisée pour personnaliser l’enseignement, franchir certains obstacles et offrir un accompagnement à grande échelle. En revanche, elle ne pourra pas se substituer au travail cognitif et culturel qu’implique l’apprentissage d’une langue. Cet investissement nous connecte plus fortement avec la manière dont les autres perçoivent le monde, et avec la façon nous nous exprimons nous-mêmes. Et aujourd’hui encore, cette différence importe.

The Conversation

Olivia Maurice a obtenu son doctorat à l’Institut MARCS de l’Université de Western Sydney.

Mark Antoniou bénéficie d’un financement du Conseil australien de la recherche.

ref. Si l’IA est capable de tout traduire, pourquoi encore apprendre des langues étrangères ? – https://theconversation.com/si-lia-est-capable-de-tout-traduire-pourquoi-encore-apprendre-des-langues-etrangeres-287436

Analyses stratégiques, timing et feintes : comment les gardiens réussissent l’exploit d’arrêter un penalty

Source: The Conversation – France in French (2) – By Nicolas Benguigui, Professeur en sciences cognitives, sciences du sport et de la motricité – Laboratoire GREYC – UMR 6072 UNICAEN CNRS – UFR STAPS, Université de Caen Normandie

Le penalty au football est sans doute une des situations les plus marquantes de ce sport qui concentre toute la dramaturgie du jeu et le stress extrême que peuvent ressentir les joueurs ou joueuses impliquées. Un ballon placé à 11 mètres, un tireur face à un gardien de but, quelques dixièmes de seconde pour décider et agir… et parfois tout un match et même un titre prestigieux qui se jouent sur ce duel. Quelles stratégies les gardiens mettent-ils en place pour réussir à stopper ces frappes ?


La Coupe du Monde qui se déroule actuellement est le théâtre de dénouements marquants dans l’épreuve des tirs au but d’autant plus que l’augmentation du nombre de participants a doublé le nombre de matchs à élimination directe. Et on se souvient si bien de l’issue défavorable pour l’équipe de France lors de la dernière finale de cette compétition. Il y a seulement quelques semaines, le Paris Saint-Germain en remportant la Ligue des Champions 2026, a confirmé une tendance remarquable qui a permis au club parisien de remporter ses six dernières séances de tirs au but. Derrière ces succès se cache un travail considérable de préparation, tant sur le plan technique que psychologique, devenu aujourd’hui incontournable au plus haut niveau.

Dans ce duel, l’attention est souvent portée aux tireurs qui font face à une pression psychologique très importante dans la mesure où le droit à l’erreur n’est pas autorisé, sachant l’énorme avantage pour le tireur dans cet exercice qui se traduit par un taux de conversion des penaltys en buts qui peut monter jusqu’à plus de 90 % pour les meilleurs tireurs. Mais l’histoire du football regorge d’exemples où un gardien a fait basculer le destin d’une équipe. L’un des cas les plus célèbres reste celui de Petr Čech lors de la finale de la Ligue des Champions 2012 entre son club de Chelsea et le Bayern Munich. Ce soir-là, le gardien tchèque arrête trois penaltys au cours de la rencontre et de la séance de tirs au but. Plus impressionnant encore, il plonge du bon côté sur l’ensemble des six penaltys auxquels il est confronté. Cette performance exceptionnelle n’était pas le fruit du hasard. Elle reposait sur un travail d’analyse minutieux réalisé en amont avec l’entraîneur des gardiens et les autres gardiens du club, visant à identifier les habitudes et préférences des tireurs adverses.

La performance exceptionnelle de Petr Čech lors de la finale de la Ligue des Champions 2012.

Aujourd’hui, cette préparation spécifique constitue l’un des principaux axes de travail des gardiens professionnels et de leurs entraîneurs. Les séances vidéo, l’analyse statistique des habitudes des tireurs, l’étude des courses d’élan ou des zones de frappe privilégiées font désormais partie intégrante de la préparation des grandes compétitions. Concernant les études scientifiques, une large majorité des travaux s’est intéressée aux tireurs dont les échecs dans cet exercice sont souvent décrits comme une défaillance psychologique. Le cas du gardien a été moins étudié.

Pourquoi est-il si difficile d’arrêter un penalty ?

La première constatation qui peut être faite est que le duel entre le tireur de penalty et le gardien de but est très défavorable à ce dernier. Une étude de la Société d’analyse de données sportive a établi à partir d’une base de 100 000 penaltys tirés dans des matchs de haut niveau que le taux de conversion se situait autour de 75 % aussi bien pour les hommes que pour les femmes.

Cette supériorité du tireur s’explique par les contraintes spatiales et temporelles auxquelles le gardien doit faire face. Une frappe peut dépasser 100 km/h et atteindre le but en moins d’une demi-seconde (500 ms) alors que le gardien doit défendre un but de 7,32 m de large et 2,44 m de hauteur. Or il faut environ 200 ms pour identifier une information et initier une réponse motrice dans une situation aussi complexe même pour des athlètes super-entraînés, puis encore 500 à 600 ms pour produire un plongeon couvrant efficacement le but. Attendre le départ du ballon conduit donc presque toujours à une action trop tardive. Les gardiens doivent ainsi anticiper, c’est-à-dire engager une action avant la frappe adverse sur la base d’informations prédictives mais partielles.

Le sujet de l’anticipation a été très largement étudié en sport et certaines études ont porté précisément sur celles des gardiens de but au football. Pour prédire la direction du tir avant la frappe, il a été montré que les gardiens de but sont capables d’utiliser des connaissances préalables sur les tireurs en termes de probabilités de choix ainsi que des indices biomécaniques relatifs à la course d’élan et la préparation de la frappe des tireurs – orientation des hanches, du pied d’appui, des épaules ou posture générale. Cela a été montré avec des dispositifs permettant d’occulter certaines parties du corps de tireurs ou d’analyser les stratégies visuelles mises en œuvre par les gardiens pour extraire des informations significatives.

Pour autant, les stratégies d’anticipation présentent des limites. Les informations extraites avant la frappe sont nécessairement imprécises d’autant plus qu’elles sont prélevées tôt et se répercutent par des erreurs de décision. De plus, les meilleurs tireurs retardent parfois leur décision ou modifient leur geste afin de masquer leurs intentions ou de tromper le gardien en choisissant le côté du tir après avoir vu le gardien partir d’un côté, comme le fait avec beaucoup d’habileté le joueur brésilien Neymar.

Le penalty de Neymar contre la Norvège : on voit la tentative de déstabilisation du gardien et la course d’élan de Neymar.

Les gardiens font ainsi face à de nombreuses feintes possibles des tireurs. Cela a été étudié notamment dans une étude menée en 2012 qui a reproduit expérimentalement sur la base de vidéos les effets des feintes pour des gardiens de haut niveau. Par exemple, pendant son élan, le tireur pouvait délibérément fixer du regard la direction opposée à son tir. L’angle de la course d’élan vers le ballon était aussi manipulé et rendu opposé à la relation qui pourrait être attendue entre la direction de la course d’élan et la direction du tir. Ces deux feintes se traduisaient par une diminution du taux de bonne décision des gardiens de but passant d’environ 65 % pour les tirs sans feinte à seulement 45 % pour les tirs avec feintes et même 25 % quand deux feintes étaient additionnées.

Si les gardiens subissent les feintes de tireurs, ils peuvent aussi en produire pour perturber le tireur. Une analyse rétrospective réalisée en 2016 sur un total de 322 penaltys frappés lors des Coupes du monde de la FIFA (1986-2010) et des Championnats d’Europe de l’UEFA (1984-2012), a permis de montrer que les scores de réussite de tireurs diminuaient lorsque les gardiens de but réalisaient des actions de distraction avant le tir comme de se déplacer sur leur ligne ou faire des mouvements de bras. Cela était aussi le cas quand les joueurs portaient une attention plus importante au gardien de but montrant que cette dernière met en difficulté les tireurs.

Une étude réalisée en 2024 s’est intéressée à l’efficacité des feintes que pouvaient produire les gardiens pour gêner les tireurs où les conduire à tirer du côté où le gardien avait décidé de plonger. Pour cela, les chercheurs ont analysé 714 penaltys tirés lors de matchs de la Premier League anglaise et de la Bundesliga allemande, couvrant les saisons 2016-2017 à 2019-2020. Les résultats ont montré que les gardiens de but recouraient à des feintes dans la moitié des tirs au but, ce qui se traduisait par un nombre de buts nettement inférieur par rapport aux tirs au but sans feinte. Cet avantage était similaire pour les différents types de feintes, mais plus marqué lorsque les tireurs prêtaient attention aux gardiens.

Le dilemme du gardien : partir tôt… ou attendre ?

Une des questions qui reste en suspens concerne le timing du plongeon du gardien de but. En effet, le gardien fait face à un dilemme : partir tôt au risque d’être pris à contre-pied, ou attendre davantage pour disposer d’informations plus fiables, tout en réduisant le temps disponible pour atteindre le ballon. Ce compromis est d’autant plus contraignant que les règles du jeu imposent au gardien de conserver au moins un pied en contact avec la ligne de but au moment où le tireur frappe le ballon. Cette obligation limite sa capacité à avancer significativement avant la frappe et réduit la marge temporelle disponible pour réagir, accentuant ainsi l’importance du choix du moment optimal pour initier le plongeon.

Une étude de 2018 a montré que les gardiens professionnels déclenchent majoritairement leur plongeon environ 200 ms avant la frappe. Une autre plus ancienne avait distingué des stratégies précoces et tardives, suggérant un avantage pour ces dernières, mais sur un échantillon limité de 108 penaltys étudiés.

Une nouvelle étude sur près de 1000 penaltys

Pour répondre à cette question du timing du gardien, nous pouvons présenter les premiers résultats issus d’une étude que nous menons à l’heure actuelle et qui a porté sur une analyse de 938 penaltys professionnels à l’aide d’un logiciel d’analyse vidéo image par image. Chaque plongeon du gardien a été mesuré avec une précision de 10 millisecondes afin de déterminer exactement à quel moment le mouvement débutait par rapport à la frappe du ballon. En général il s’agissait de l’apparition d’un décalage des appuis pour permettre une poussée latérale ou bien une inclinaison du buste. En complément de ce timing, nous avons ensuite analysé la pertinence du choix du gardien dans la direction de son plongeon et le taux d’arrêt.

Notre principal résultat est l’identification d’une véritable « fenêtre optimale » de déclenchement. Les gardiens les plus performants initient leur plongeon autour de 240 ms avant la frappe, avec une efficacité élevée entre -200 et -300 ms. Dans cette fenêtre, ils plongent plus souvent du bon côté et obtiennent les meilleurs taux d’arrêt. À l’inverse, les plongeons très précoces (avant -360 ms) sont associés à de faibles performances, tandis que les plongeons tardifs permettent parfois de mieux lire la direction du tir sans améliorer le taux d’arrêt.

On le voit clairement, ce duel entre tireur et gardien illustre parfaitement les enjeux cognitifs, perceptifs et moteurs du sport de haut niveau, cristallisés autour de l’anticipation. Nos résultats ouvrent plusieurs perspectives pour l’entraînement des gardiens. La préparation doit d’abord s’appuyer sur l’analyse des préférences des tireurs, de leurs probabilités de choix et des indices perceptifs révélant leurs intentions durant la course d’élan et la préparation de la frappe.

Le comportement préparatoire du gardien mérite également une attention particulière : attirer l’attention du tireur par des comportements de distraction autorisés ou des feintes de départ peut réduire son avantage et améliorer les chances d’arrêt, dans le respect des règles et du fair-play. Les résultats soulignent aussi l’intérêt de développer les routines de préparation et l’analyse vidéo des indices corporels utiles à la prise de décision.

Enfin, la maîtrise du timing décisionnel apparaît déterminante. Nos données montrent qu’un déclenchement entre -200 et -300 ms avant l’impact constitue le meilleur compromis entre anticipation et temps d’intervention. Les gardiens doivent donc apprendre à synchroniser leur plongeon avec la frappe, y compris lorsque le tireur ralentit ou interrompt brièvement sa course. Ces pistes constituent des leviers prometteurs pour optimiser la performance des gardiens et, espérons-le, permettre à celui de l’équipe de France de devenir un véritable héros.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Analyses stratégiques, timing et feintes : comment les gardiens réussissent l’exploit d’arrêter un penalty – https://theconversation.com/analyses-strategiques-timing-et-feintes-comment-les-gardiens-reussissent-lexploit-darreter-un-penalty-287314

Algoritmos y precios dinámicos en vuelos, entradas de conciertos y hoteles: ¿por qué compramos lo mismo a diferente precio?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Luis Matosas López, Profesor e Investigador Tecnología Aplicada a la Empresa, Universidad Rey Juan Carlos

tsingha25/Shutterstock

Con la gira de conciertos del cantante puertorriqueño Bad Bunny en España, muchos criticaron el sistema de fijación de precios de las entradas: los interesados podían ver cómo el importe aumentaba mientras esperaban para hacer su compra. Algo similar ocurre con vuelos, hoteles, y otros servicios de transporte. La sensación es siempre la misma: alguien decidió subir el precio justo cuando queríamos comprar.

Sin embargo, en la mayoría de estos casos no es una persona quien altera el precio. Generalmente, este tipo de fluctuaciones responde a los dictados de un algoritmo que, dependiendo del caso, podrán actuar de manera automatizada, o bajo supervisión humana.

Oferta, demanda y precios

Las estrategias de precios dinámicos forman parte, cada vez más, de nuestra vida cotidiana. Sin embargo, todavía generan dudas. ¿Cómo funcionan? ¿Qué información utilizan? ¿Y quién decide realmente cuánto pagamos?

Estas estrategias modifican los precios de productos y servicios según cambian las condiciones del mercado. Así, los precios dejan de ser fijos, pudiendo cambiar varias veces al día. Incluso pueden fluctuar en cuestión de minutos.

La idea no es nueva. Por ejemplo, las compañías aéreas llevan décadas utilizando estas estrategias de precios. La diferencia es que, ahora, los algoritmos son capaces de analizar enormes cantidades de información. Y, lo más importante, lo hacen casi en tiempo real. Además, la inteligencia artificial permite detectar patrones cada vez más complejos en esos conjuntos de datos.

En estas estrategias, el factor más importante suele ser la demanda. Cuando muchas personas quieren comprar al mismo tiempo los precios suben. Por el contrario, cuando la demanda disminuye, los precios bajan.

No obstante, también pueden influir otros elementos. La hora del día, la época del año o la proximidad de una fecha señalada pueden modificar el importe. Lo mismo sucede cuando quedan pocas unidades disponibles. En algunos sectores, los algoritmos también hacen un seguimiento de la competencia. Si otras empresas cambian sus precios, el sistema reacciona casi de inmediato.

¿Por qué las estrategias de precios dinámicos son atractivas para la empresa?

Muchas personas creen que las empresas suben el precio porque saben quiénes somos. Piensan que el sistema detecta que hemos visitado varias veces una página o que utilizamos un determinado dispositivo.

Aunque esto es técnicamente posible, esa explicación no siempre es esta. En muchos casos, los cambios tan solo reflejan que la demanda ha aumentado. Así, dos personas pueden ver precios diferentes simplemente porque consultan un sitio web en momentos distintos. No necesariamente porque el algoritmo haya identificado a cada una de ellas.

De manera general, estas estrategias son enormemente atractivas para muchas empresas porque permiten ajustar el precio a las realidades cambiantes del mercado. Pero, sobre todo, porque posibilitan que esto se produzca de manera automatizada. Si un producto tiene mucha demanda, un precio más alto aumenta los ingresos. Si la demanda es baja, una rebaja puede estimular las ventas.

En muchos sectores, además, existe otro motivo. Algunos productos no pueden almacenarse para venderse más tarde. Un asiento vacío en un avión o una habitación sin ocupar representan ingresos perdidos para siempre. Ajustar continuamente los precios reduce estos riesgos.

Pero los consumidores también pueden beneficiarse de este fenómeno. Comprar con antelación o elegir momentos de menor demanda suele permitir acceder a mejores precios. Muchas ofertas existen, precisamente, porque los algoritmos detectan que la demanda será inferior a la prevista.

Límites a la utilización de estas estrategias

A pesar del atractivo que tiene para una empresa recurrir a estas estrategias, su aplicación también plantea retos éticos y legales. Algunas de las preocupaciones del consumidor están relacionadas con la concepción de lo que puede considerarse justo o injusto. Una de las consecuencias de la aplicación de estrategias de precios dinámicos es que una persona pague más que otra por el mismo producto y se genere una sensación de injusticia que, además, aumenta cuando nada explica el porqué de ese cambio. Esto acaba generando recelo y desconfianza en los consumidores.

Más allá de lo anterior, existen reservas de tipo legal. Las estrategias de precios dinámicos pueden perturbar los mecanismos naturales de la competencia. Si varias empresas utilizan algoritmos similares para ajustar sus precios podrían terminar elevándolos al mismo tiempo y alterando las condiciones de libre competencia (una práctica muy vigilada por los organismos encargados de supervisar los mercados). Pero lo más importante es que esto ocurriría sin que fuera necesario un acuerdo explícito entre compañías.

Por consiguiente, la aplicación de este tipo de estrategias abre la puerta a que varias empresas puedan manipular los mecanismos de fijación de precios a espaldas (y en perjuicio) del consumidor. Y que esto ocurra, además, sin que los organismos reguladores encargados de perseguir y penalizar estas prácticas (ilegales) puedan demostrarlo.

Alguien manda sobre el algoritmo

Sea como sea, los algoritmos no deciden por sí solos qué quieren conseguir. Alguien les dice cuál es el objetivo. Pueden programarse para maximizar beneficios, aumentar las ventas, fidelizar clientes o combinar varios objetivos al mismo tiempo. El algoritmo simplemente busca la mejor forma de alcanzarlos.




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Por eso, la pregunta importante no debería ser si los algoritmos fijan nuestros precios. La cuestión es quién decide los criterios que siguen y qué límites deben respetar. La inteligencia artificial hará estos sistemas cada vez más rápidos y sofisticados. Por eso, el reto no será únicamente desarrollar mejores algoritmos. También será necesario establecer reglas que garanticen la transparencia, la competencia orgánica, y la protección del consumidor.

Al final, el problema, rara vez, es el algoritmo. Lo verdaderamente importante es decidir para quién trabaja, qué intereses persigue y bajo qué normas debe hacerlo.

The Conversation

Luis Matosas López no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Algoritmos y precios dinámicos en vuelos, entradas de conciertos y hoteles: ¿por qué compramos lo mismo a diferente precio? – https://theconversation.com/algoritmos-y-precios-dinamicos-en-vuelos-entradas-de-conciertos-y-hoteles-por-que-compramos-lo-mismo-a-diferente-precio-286540