Coupe du Monde 2026 : le football a-t-il gagné ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Laurent Grün, Enseignant-chercheur, Université de Lorraine


Ce qu’il faut retenir

  • La Coupe du monde a été décevante en termes purement footballistiques, avec de nombreux matches de bas niveau et d’innombrables problèmes d’arbitrage.

  • Au-delà du terrain de jeu, le prix exorbitant des places, les décisions de l’administration américaine à l’égard de l’arbitre somalien et de l’équipe iranienne, et les ingérences directes de Trump laissent un goût amer.

  • L’avenir ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices : le patron de la FIFA Gianni Infantino sera reconduit à son poste l’année prochaine et poursuivra la course vers la gigantomanie de la compétition.


Au lendemain de la victoire de l’équipe d’Espagne de football, unanimement qualifiée de méritée dans la presse internationale, certains titres célébraient « la victoire du football ». Par cette expression, les médias du monde entier se réjouissent du triomphe de l’équipe ayant produit le jeu le plus séduisant, au détriment de celles — dont l’Argentine parvenue en finale est le parangon — qui se sont acharnées à refuser de jouer, à souscrire à des stratégies extrêmement défensives, doublées souvent de méthodes d’intimidation de l’adversaire allant bien au-delà du tolérable.

Pour autant, le football a-t-il vraiment gagné à l’issue de cette compétition 2026 ?

Côté terrain : matches décevants, arbitrage contesté, « pauses fraîcheur » douteuses

Le football ne se résume pas au jeu. Ses dimensions économiques, sociales, culturelles, politiques… sont largement étudiées depuis les années 1990 et suscitent toujours débats, analyses, polémiques, mais également études académiques.

De ce fait, il paraît judicieux de distinguer ce qui est de l’ordre du terrain de ce qui ne l’est pas, même si ces deux aspects sont interdépendants l’un de l’autre. Pour ce qui est du jeu proprement dit, que penser du contenu des matches ? Cette Coupe du monde, malgré une finale qui compte parmi les plus décevantes de l’histoire récente, a livré quelques rencontres à l’issue incertaine jusqu’au bout, qui ont ravi les amateurs de suspense : Belgique-Sénégal, Pays-Bas-Maroc, Portugal-Croatie, Allemagne-Paraguay, sans oublier tout le parcours de l’Argentine, dont les affrontements contre le Cap-Vert, l’Égypte, la Suisse, l’Angleterre et enfin l’Espagne ont tous été acharnés.

En revanche, les tours préliminaires ont donné lieu à bon nombre de matches dont l’intérêt sportif laissait à désirer. La faute sans doute à ce nouveau système qui consacre la présence, pour la première fois, de 48 équipes, ce qui permettait non seulement aux deux premiers de chacune des seize poules de quatre équipes, mais également aux huit meilleurs troisièmes, de se qualifier pour les seizièmes de finale. Autant dire qu’il y eut peu de surprises notables.

Le 14 juin, à Houston, Allemagne-Curaçao, opposant la 10ᵉ équipe au classement FIFA à la 82ᵉ, s’est achevé sur le score de 7-1 en faveur des Allemands.
TheG3NERAL John 3 :16/Wikimedia

Ce choix de rassembler 48 équipes lors de la phase finale incombe principalement à Giovanni Infantino, l’omnipotent président de la FIFA, même si cette mesure a été votée à l’unanimité par le Conseil d’administration de l’institution. Avec l’augmentation substantielle du nombre de rencontres, passé de 64 lors des éditions précédentes à 104, la manne financière supplémentaire est indéniable pour l’instance dirigeante du football.

La FIFA se glorifie d’une Coupe du Monde lors de laquelle plus de buts ont été marqués en moyenne (2,85) que lors de l’édition 2022 au Qatar (2,5) et d’un jeu plus « propre », en raison d’un nombre de fautes sifflées en diminution par rapport à l’édition 2022.

En réalité, l’attitude de certaines équipes pose de nombreuses questions relatives à cette baisse des fautes, dans la mesure où toutes les infractions n’ont sans doute pas été réellement sanctionnées. En effet, pour ne citer que ces exemples, plusieurs joueurs argentins (contre l’Angleterre ou l’Espagne) et paraguayens (contre l’Allemagne ou la France) ont pu échapper à des sanctions alors qu’ils se sont livrés tout au long des matches à de véritables agressions délibérées envers leurs adversaires.

Certes, les consignes envers le corps arbitral étaient de « laisser jouer » un maximum, ce qui est bénéfique pour le spectacle autant que l’esprit du jeu… à condition que la faute commise ne soit pas dangereuse et ne profite pas à son auteur.

Or, en oubliant de sanctionner ce bellicisme exacerbé, l’arbitrage a pu donner à certaines équipes l’impression qu’elles pouvaient exercer « leurs talents » en toute impunité. Ce constat vaut par ailleurs pour l’ensemble des équipes sur certaines phases de jeu. Ainsi, lors de chaque corner, on a assisté à une véritable foire d’empoigne, avec tirages de maillots, ceinturages, luttes au corps à corps, projections à terre de l’adversaire.

L’arbitrage a donné lieu à un autre rendez-vous manqué, malgré des évolutions positives destinées à accélérer le jeu, comme lors des changements de joueurs, des expulsions, malgré les avertissements adressés aux joueurs coupables d’avoir masqué avec leur main des propos tenus envers l’adversaire.

Ce rendez-vous manqué, c’est celui des contestations de chaque décision arbitrale. Lors de chaque faute, y compris les plus évidentes, non seulement son auteur, mais également ses coéquipiers se précipitaient vers l’arbitre pour vociférer, parfois à quelques centimètres de son visage. Les adversaires les plus proches n’étaient pas en reste et venaient systématiquement exiger des sanctions plus fermes, à grand renforts de gestes. Ces images insupportables pour les amoureux du beau jeu sont évidemment suivies par les footballeurs amateurs, dont de nombreux jeunes, et ne manquent pas d’interpeler quant à l’exemplarité fournie par les footballeurs de haut niveau. On a l’impression qu’à l’instar de ce qui se passe au hockey sur glace, où des joueurs spécialistes jouent le rôle d’intimidateur, la FIFA tolère ce genre de comportement parce que cela fait partie du folklore. Pourtant, en la matière, la plupart des autres sports collectifs, y compris ceux au sein desquels l’impact physique est le pus important, ont réglé ce problème de respect de l’arbitrage avec beaucoup de réussite.

Enfin, un exemple significatif d’évolution du jeu a été mis en évidence par l’adoption systématique des « pauses fraîcheur », systématiquement sifflées par les spectateurs présents dans les stades, et pas seulement ceux qui étaient climatisés.

Institutionnalisées au milieu de chaque mi-temps, elles ont eu pour conséquence de diviser les rencontres en quatre quarts-temps, à l’instar de ce qui se passe dans les sports vedettes aux États-Unis tels que le basket-ball et le football américain.

Les effets de ces pauses supplémentaires sont indéniablement économiques. En effet, les diffuseurs, et bien évidemment la FIFA, profitent des deux minutes trente supplémentaires pour enchaîner des spots publicitaires particulièrement rémunérateurs, alors même que les températures ressenties lors de nombreux matches ne justifient pas cette interruption.

Hors terrain : prix délirants, atteintes aux droits, ingérence de Trump

Il y a aussi, voire surtout, énormément à redire sur les à-côtés de la compétition.

D’abord, le prix des billets, à plusieurs centaines d’euros l’unité en moyenne, a tenu à l’écart une partie des fans de base habitués des éditions précédentes, évidemment les moins nantis financièrement.

Surtout, les atteintes liberticides de l’administration Trump ont été mises en évidence dans un rapport d’Amnesty International qui témoigne des exactions alarmantes de la police fédérale de l’immigration américaine (ICE) envers des dizaines de milliers d’étrangers et, à l’instar de ce qui avait été reproché au pouvoir qatari en 2022, d’atteintes cruciales aux droits des femmes et des personnes LBGTI+. Même si l’apolitisme revendiqué par les dirigeants de la FIFA tient du mythe depuis longtemps, l’interventionnisme du président des États-Unis a cette fois révélé au grand jour les compromissions des dirigeants de l’instance.

La vassalisation de Giovanni Infantino aux injonctions de Donald Trump s’est traduite par le refoulement de l’arbitre somalien Abdulkadir Artan, déclaré indésirable sur le territoire américain pour des liens supposés, et fermement contestés par l’intéressé, avec l’organisation terroriste Al-Shebab, de même que par le traitement totalement inéquitable infligé à l’équipe nationale d’Iran, contrainte d’effectuer des heures de voyage supplémentaires avant et après ses rencontres pour se rendre à son camp de base au Mexique, en raison de son interdiction de résider aux États-Unis.

Cette inféodation de la FIFA a atteint des sommets inégalés avec l’épisode de l’annulation de la suspension de l’attaquant états-unien Folarin Balogun avant le huitième de finale contre la Belgique. Balogun ayant reçu un carton rouge direct en seizièmes de finale contre la Bosnie, il était automatiquement suspendu pour le match suivant. Mais après que Trump a personnellement contacté Infantino, celui-ci a annulé la suspension au mépris de toutes les règles en vigueur et faisant fi des réactions indignées de nombreuses fédérations, à commencer par celle de la Belgique.

Comment s’étonner de cet exercice décomplexé du pouvoir, alors que le dirigeant suisse de la FIFA voue à Trump une admiration sans borne, au point de lui avoir décerné au prix d’une flagornerie extrême, un « prix spécial de la paix » lors du tirage au sort de la Coupe du Monde 2026 ?

L’Infantinisation du football

Infantino, qui a su étouffer dans l’œuf toute velléité d’opposition au sein de la vénérable institution du football, au prix de manœuvres électorales habiles, notamment auprès des fédérations africaines, sud-américaines et celles du Moyen-Orient, est quasiment assuré d’être réélu lors des prochaines élections de 2027.

Et dans ce cas, rien ne pourra s’opposer à ses projets d’extension de la compétition, pourtant jugés totalement néfastes par bon nombre d’experts. En effet, en 2030, la compétition à 64 équipes (!) se tiendra dans trois pays (Maroc, Espagne, Portugal), avec l’adjonction de trois matches supplémentaires dans chacun des états que sont le Paraguay, l’Uruguay et l’Argentine, ce qui aura pour effet de faire rivaliser l’impact carbone de la future édition avec celui de 2026, de loin le plus élevé de l’histoire des Coupes du monde. De surcroît, l’intérêt sportif de nombreuses rencontres sera encore moindre que lors de l’édition 2026, et la santé des joueurs encore plus menacée avec l’allongement de la durée de la compétition.

Et que dire du choix de l’Arabie saoudite et de son sponsor la Saudi Arabian Oil Company (Aramco, entreprise la plus émettrice de CO2 au monde) pour organiser la Coupe du monde 2034 ? Cette désignation a été prononcée par acclamation (!) à l’issue d’un simulacre de fonctionnement démocratique, après que l’omnipotent Giovanni Infantino ait pris soin de modifier les règles du jeu afin de décourager toute velléité de concurrence. Bref, les problématiques environnementales surgies en 2022 ne sont pas près de disparaître, bien au contraire.

Le football a perdu

En résumé, lorsque certains médias prétendent que lors de cette Coupe du Monde 2026 « le football a gagné », ils se trompent lourdement. Certes, l’équipe qui pratiquait l’un des jeux les plus séduisants a gagné, et c’est tant mieux pour le ballon rond. En revanche, sur le terrain, la politique d’arbitrage laxiste envers les équipes les plus agressives, dans le mauvais sens du terme, n’a pas envoyé de message positif envers les amateurs du beau jeu. Et les sempiternels actes d’intimidation et de contestation perpétrés par les joueurs au moindre coup de sifflet de l’arbitre ternissent toujours davantage l’image du football, alors que la Coupe du monde 2026 aurait pu constituer un terrain d’expérimentation idéal pour réfréner ce type de comportement agressif.

Et hors du terrain, en raison des ingérences politiques totalement désinhibées de la part de Donald Trump et de la dénaturation de la compétition par Giovanni Infantino et ses sbires, le football a perdu, contredisant les déclarations tapageuses du locataire de la Maison Blanche sur la portée humaine, culturelle et sociale de l’évènement.

Et malheureusement, cet échec n’est pas prêt à être remis en question, surtout pas lors des éditions de 2030 et 2034.

The Conversation

Laurent Grün est membre du comité de rédaction de la revue Football(s).

ref. Coupe du Monde 2026 : le football a-t-il gagné ? – https://theconversation.com/coupe-du-monde-2026-le-football-a-t-il-gagne-288223

La surprenante araignée qui chasse les moustiques et préfère nos vieilles chaussettes

Source: The Conversation – France in French (3) – By Fiona Cross, Researcher in Animal Cognition, University of Canterbury

Avec ses grands yeux, son cerveau minuscule et son goût prononcé pour les moustiques porteurs de sang, Evarcha culicivora intrigue les chercheurs. Ses capacités cognitives pourraient changer notre regard sur les araignées.


Enfant, la simple vue d’une araignée me faisait hurler et courir me mettre à l’abri. J’étais convaincu que les araignées étaient mes ennemies. J’avais l’impression qu’elles en avaient après moi. Aujourd’hui, c’est l’inverse : je cours vers les araignées au lieu de les fuir. Et je le dois en partie à une espèce bien particulière, affectueusement surnommée la « tueuse de moustiques ».

Les « tueuses de moustiques » (Evarcha culicivora) sont de petites araignées d’environ 5 mm de long. Elles appartiennent à la famille des salticidés (Salticidae), la plus vaste famille d’araignées. Comme toutes les araignées sauteuses, ces minuscules prédatrices possèdent une excellente vue et traquent leurs proies avec la discrétion et la précision de petits félins.

Les araignées sauteuses vivent presque partout dans le monde – on en a même trouvé sur le mont Everest. Elles présentent une grande diversité de formes, de tailles et de couleurs. Le moyen le plus simple de les reconnaître est de les regarder : si elles vous fixent en retour avec deux grands yeux à l’avant de la tête, il s’agit d’une araignée sauteuse.

Comme la plupart des araignées sauteuses, elles se nourrissent principalement d’insectes. Les « tueuses de moustiques » ne font pas exception et consomment une grande variété d’espèces. Mais elles ont une proie de prédilection. À l’image du Terminator incarné par Arnold Schwarzenegger, ces petites prédatrices ont une mission : traquer et éliminer les moustiques.

Une araignée sur une feuille
Une tueuse de moustique.
Fiona Cross, CC BY-NC-ND

Les tueuses de moustiques poussent toutefois cette préférence à l’extrême. Elles apprécient tout particulièrement les moustiques gorgés de sang. Si on leur présente un moustique ayant récemment pris un repas de sang en même temps qu’un autre insecte – ou même qu’un moustique à jeun –, elles choisissent le moustique gorgé de sang neuf fois sur dix.

Ces moustiques constituent un élément essentiel du régime alimentaire de cette araignée. Ils jouent aussi un rôle dans sa reproduction. Après avoir dévoré un moustique gorgé de sang, les tueuses de moustiques acquièrent une véritable « odeur de sang », qui attire ensuite les individus du sexe opposé.

Elles aiment le rouge et les chaussettes sales

Ces araignées vivent dans la région du lac Victoria, à cheval sur le Kenya et l’Ouganda. Les maladies transmises par les moustiques, comme le paludisme, y sont très répandues et causent la mort de centaines de milliers de personnes chaque année.

Les moustiques du genre Anopheles, qui peuvent transmettre le paludisme, sont dits anthropophiles : ils apprécient la proximité des humains. Ils sont attirés par notre souffle ainsi que par l’odeur de nos pieds. Rester près de nous leur permet de trouver plus facilement leurs repas de sang.

Les tueuses de moustiques vivent elles aussi à proximité des humains. Et, étonnamment, elles apprécient également l’odeur de nos pieds. Comme les Anopheles, elles sont davantage attirées par des chaussettes déjà portées que par des chaussettes propres. À ce jour, les tueuses de moustiques sont les seules araignées connues pour être anthropophiles. Vivre près de nous leur permet probablement de trouver plus facilement leurs proies préférées.

Mes recherches se sont ensuite intéressées à cette préférence alimentaire et à la manière dont ces araignées utilisent leur minuscule cerveau. De façon remarquable, elles sont capables d’identifier un moustique gorgé de sang à son odeur ou à son apparence, même si elles n’ont jamais auparavant vu ni mangé de moustique. Cela suggère que cette préférence pour les moustiques gorgés de sang est inscrite dans leur patrimoine biologique, autrement dit qu’elle est innée.

Une araignée suspendue.
Une araignée sous une feuille.
Fiona Cross, CC BY-NC-ND

Mes recherches ont également cherché à déterminer si la couleur rouge revêt une importance particulière pour ces araignées. Au fil de la digestion, le sang contenu dans un moustique gorgé de sang s’assombrit. Or, cette teinte plus foncée devient moins attirante pour ces araignées.

L’importance du rouge ne se limite pas à leurs proies : elle concerne aussi leur propre apparence. Les femelles tueuses de moustiques sont principalement brunes, tandis que les mâles arborent un petit visage rouge vif. Si l’on masque ce rouge avec un trait d’eye-liner noir, les mâles reconnaissent moins facilement un rival potentiel. Les femelles, elles aussi, se montrent moins enclines à choisir un mâle dont le visage rouge est dissimulé, préférant ceux qui affichent un rouge éclatant à découvert.

Les tueuses de moustiques sont inoffensives pour l’être humain et ne sont pas des vampires : elles sont incapables de nous mordre pour boire notre sang. Elles ne permettront pas non plus d’éradiquer le paludisme. En particulier, il ne suffirait pas d’introduire ces araignées dans d’autres habitats pour résoudre le problème.

Elles n’en jouent pas moins, comme les autres araignées sauteuses, un rôle important dans les écosystèmes. Alors, la prochaine fois qu’une araignée se retourne pour vous observer, prenez le temps de la regarder à votre tour : votre nouvelle amie à huit pattes est peut-être une araignée sauteuse.

The Conversation

Fiona Cross a reçu des financements du Royal Society of New Zealand Marsden Fund.

ref. La surprenante araignée qui chasse les moustiques et préfère nos vieilles chaussettes – https://theconversation.com/la-surprenante-araignee-qui-chasse-les-moustiques-et-prefere-nos-vieilles-chaussettes-288290

Peut-on combattre les moustiques avec des moustiques ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Nigel Beebe, Professor, The University of Queensland

Des millions de moustiques mâles stérilisés pourraient bientôt être relâchés aux États-Unis pour freiner la propagation de maladies comme la dengue ou le Zika. Joao Paulo Burini, CC BY

Face à l’expansion mondiale du moustique Aedes aegypti et aux limites des insecticides, une stratégie de lutte biologique gagne du terrain. Les résultats obtenus en Australie suggèrent qu’elle pourrait devenir un outil majeur de santé publique.


Aux États-Unis, l’initiative Debug de Google (Alphabet) a demandé au gouvernement fédéral l’autorisation de relâcher jusqu’à 32 millions de moustiques mâles stérilisés en Californie et en Floride. Les mâles ne piquent pas et ne transmettent pas de maladies. L’objectif est qu’ils s’accouplent avec les femelles porteuses de maladies afin que les œufs ne puissent pas éclore, ce qui ferait diminuer les populations de moustiques.

Sans surprise, ce projet suscite de nombreuses interrogations aux États-Unis : est-il sans danger ? Peut-il fonctionner à grande échelle ? Et que se passera-t-il ensuite ? Le plan de Google/Alphabet prévoit de relâcher plus de 16 millions de moustiques par an pendant deux ans.

Il y a plus de dix ans, j’ai dirigé un projet avec la division des sciences de la vie de Google (désormais connue sous le nom de Verily) afin de tester une nouvelle stratégie de lutte contre les moustiques dans l’extrême nord du Queensland, en Australie.

Les résultats ont montré que le lâcher de moustiques mâles pouvait réduire de manière spectaculaire les populations d’Aedes aegypti, une espèce de moustique exotique et invasive, responsable de la transmission de maladies potentiellement mortelles comme la dengue, le virus Zika, le chikungunya et la fièvre jaune. Alors que les États-Unis envisagent sérieusement de recourir à cette méthode, l’expérience australienne offre des enseignements précieux.

Utiliser les moustiques contre eux-mêmes

L’histoire commence en 2015, lorsque nous nous sommes rendus dans la Silicon Valley pour rencontrer les scientifiques de Verily, qui souhaitaient mettre au point une technologie de réduction des populations de moustiques. Leurs objectifs rejoignaient étroitement les nôtres : développer, grâce à un financement du Conseil australien de la recherche en santé et médecine (NHMRC), des méthodes respectueuses de l’environnement pour limiter les moustiques invasifs.

La stratégie repose sur les moustiques mâles, car ils ne piquent pas, et sur le fait que les femelles Aedes aegypti ne s’accouplent généralement qu’une seule fois au cours de leur vie. Si cet accouplement est incompatible – c’est-à-dire que les embryons ne se développent pas –, il ne peut donner naissance à une descendance viable. Tout l’enjeu consistait donc à rendre l’accouplement inefficace.

La méthode que nous avons finalement testée repose sur Wolbachia, une bactérie naturellement présente chez de nombreux insectes. Certaines souches de Wolbachia provoquent une forme d’incompatibilité reproductive, selon le mécanisme décrit plus haut.

Le principe est simple : relâcher un nombre suffisant de mâles porteurs de Wolbachia dans une population et, au fil du temps, celle-ci décline. Ces mâles sont en outre remarquablement adaptés pour repérer les dernières femelles : leurs grandes antennes plumeuses agissent comme de véritables super-radars.

Le nord du Queensland, un laboratoire idéal

La région de la Cassowary Coast, dans le nord du Queensland, réunissait des conditions idéales pour un essai à grande échelle de cette méthode. Elle comptait plusieurs villes où les populations d’Aedes aegypti étaient abondantes, tandis que les zones agricoles environnantes limitaient les déplacements des moustiques entre les différentes communautés. Le soutien des habitants, des autorités locales et des dirigeants des Premières Nations a également été déterminant.

Aedes aegypti serait arrivé dans le Queensland à la fin du XIXᵉ siècle. Il se distingue des moustiques indigènes de l’Australie par son degré élevé d’adaptation à l’environnement humain et parce qu’il se nourrit presque exclusivement de sang humain.

Avant le moindre lâcher de moustiques, l’équipe du projet a consacré deux années à des relevés de terrain et à des consultations avec les communautés locales. Nous avons rencontré des habitants, des organisations locales, des représentants des Premières Nations et des élus afin de présenter cette technologie et de répondre à leurs questions. Baptisé « Debug Innisfail », le projet a finalement obtenu les autorisations réglementaires de plusieurs autorités.

Trois millions de moustiques mâles relâchés

Les relevés de terrain ont débuté en 2015, mobilisant une équipe réunissant des chercheurs d’institutions australiennes et américaines. Pendant une période de lâchers de 20 semaines, en 2018, environ trois millions de moustiques mâles porteurs de Wolbachia ont été relâchés dans trois villes test. Parallèlement, des villes témoins, où aucun moustique n’était relâché, ont fait l’objet d’un suivi.

Le système de lâcher lui-même témoignait du savoir-faire de Verily en ingénierie. L’entreprise a développé des technologies sur mesure, notamment des systèmes fondés sur l’apprentissage automatique capables de séparer les moustiques mâles des femelles, une étape cruciale pour garantir que seuls des mâles soient relâchés.

Les résultats ont été spectaculaires : par rapport aux villes témoins, les populations de moustiques dans les villes où des mâles avaient été relâchés ont commencé à diminuer en l’espace de quatre semaines. Ces résultats, publiés en 2021, ont montré que le lâcher de moustiques mâles incompatibles permettait de réduire très fortement les populations.

Dans deux des trois villes test, cet effet de suppression a perduré l’année suivante. Dans l’une d’elles, le suivi n’a détecté qu’une poignée d’Aedes aegypti douze mois plus tard, soit une réduction d’environ 95 % de la population.

Ce que cela signifie pour les États-Unis

Les essais menés en Australie apportent des réponses fondées sur des données scientifiques à nombre des inquiétudes aujourd’hui exprimées aux États-Unis.

Premièrement, les conséquences écologiques devraient être très limitées. Aedes aegypti est une espèce invasive en Australie, comme dans de nombreux autres pays. Comme il vit presque exclusivement à proximité des humains et se nourrit de leur sang, son élimination des zones urbaines entraîne des effets écologiques minimes.

Deuxièmement, cette approche peut fonctionner à grande échelle. Même si les moustiques adultes ne vivent que quelques jours, des lâchers continus de mâles très compétitifs peuvent réduire de manière significative les populations à l’échelle de villes entières.

Troisièmement, les bénéfices peuvent perdurer après la fin des lâchers. En effet, l’effet de suppression ne disparaît pas immédiatement et peut se prolonger au cours des saisons suivantes. Cela ne signifie toutefois pas que l’on puisse faire abstraction de la biologie des moustiques : le succès de cette stratégie dépend aussi de facteurs tels que l’écologie locale, les déplacements des moustiques et l’adhésion des communautés. La technologie, à elle seule, ne suffit pas.

Un modèle pour la lutte contre les moustiques de demain

L’enseignement le plus important de ces essais est peut-être la valeur de la collaboration. Ce projet a réuni des chercheurs de six universités et de Verily. En combinant expertise scientifique et capacités d’ingénierie à l’échelle industrielle, il a permis de faire passer un concept de laboratoire à un essai en conditions réelles en un temps remarquablement court.

Nous continuons à travailler sur des méthodes biologiques et mécaniques permettant de séparer efficacement les moustiques mâles des femelles, afin de développer des solutions plus adaptées aux pays en développement.

À mesure qu’Aedes aegypti étend son aire de répartition et que les insecticides perdent de leur efficacité, utiliser le moustique contre lui-même comme outil de lutte biologique deviendra de plus en plus important.

Les essais menés dans le Queensland ont contribué à poser les bases des programmes aujourd’hui déployés aux États-Unis. Ils rappellent surtout que lorsque la science, la technologie et les communautés travaillent ensemble, il est possible de résoudre des problèmes qui comptent vraiment.

The Conversation

Nigel Beebe a reçu des financements du National Health and Medical Research Council et de la Fondation Gates.

ref. Peut-on combattre les moustiques avec des moustiques ? – https://theconversation.com/peut-on-combattre-les-moustiques-avec-des-moustiques-288289

Les « peaux à moustiques » : mythe ou réalité ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Yannick Simonin, Virologiste spécialiste en surveillance et étude des maladies virales émergentes. Professeur des Universités, Université de Montpellier

L’ESSENTIEL
  Les moustiques utilisent un arsenal complexe et sophistiqué pour nous détecter ;
  Nous ne sommes pas tous égaux face à la détection par les moustiques, qui par ailleurs nous trouvent plus ou moins attractifs selon nos activités ;
  Les réactions aux piqûres varient d’une personne à l’autre, ce qui peut renforcer l’impression d’attirer davantage les moustiques.
  


Avec l’été, ils sont de retour, piqueurs insatiables, furtifs comme une brise d’été, virtuoses de l’esquive… Vous avez évidemment reconnu nos minuscules adversaires ailés, les agaçants moustiques, qui peuvent transformer nos vacances en festival de démangeaisons et nos nuits en véritable calvaire !

Que ce soit lors d’un apéritif en terrasse, d’un pique-nique en pleine nature ou d’un repas familial à l’ombre d’une treille, nous avons tous déjà entendu des collègues, des amis ou des proches être convaincus d’attirer systématiquement les moustiques, et de se faire dévorer, tandis que les autres convives ne remarqueraient qu’à peine la présence de ces piquants acrobates ailés.

Alors, les peaux à moustique : impression trompeuse ou réalité scientifique ?

Une idée fausse : le sang « sucré », un aimant à moustique

Selon une croyance populaire, la principale explication à des piqûres à répétition serait à chercher du côté de la composition sanguine : les personnes ayant « du sang sucré » seraient plus sujettes à attirer les moustiques que les autres. Mais aussi répandue soit-elle, cette explication ne repose sur aucune connaissance scientifique.

En effet, les moustiques n’ont aucun moyen de connaître la composition de notre sang, puisqu’ils ne le « goûtent » pas avant de nous piquer. Sa teneur en sucre n’entre donc absolument pas en ligne de compte !

De même, on entend parfois dire que manger de l’ail, de la banane ou de la vitamine B éloignerait les moustiques. Autant de croyances qui relèvent plutôt du folklore que de la science, puisqu’aucune étude sérieuse n’a pour l’heure confirmé ces effets.

Disons le tout net : les moustiques ne sont effectivement pas attirés de la même façon par tous les épidermes. Nous ne sommes donc pas tous égaux devant le risque d’être piqué par des moustiques. Mais les raisons qui expliquent ces différences sont bien plus complexes et fascinantes qu’une simple question de composition sanguine.

Pour les comprendre, il faut s’intéresser à la façon – particulièrement élaborée – dont les moustiques choisissent leurs cibles, en détectant à distance de nombreux signaux différents, à la fois physiques et chimiques. Dont certains dépendent même des microbes qui vivent à la surface de notre peau !

Un équipement de détection de haut vol

On sait que pour nous piquer, les moustiques disposent d’une boîte à outils conséquente, constituée de plusieurs lames perforatrices.

Au-delà de ce kit de microchirurgie miniature qui les aide à percer notre épiderme en toute discrétion, ils sont aussi particulièrement bien équipés pour nous détecter.

Leur système de repérage fonctionne comme une succession de radars complémentaires, qui agissent à tour de rôle à mesure que l’insecte se rapproche de sa cible :

– le dioxyde de carbone (CO2), un signal détectable à plusieurs dizaines de mètres de distance : les moustiques peuvent nous identifier grâce au dioxyde de carbone (CO2) que nous expirons à chaque respiration. Ce gaz, invisible et inodore pour les êtres humains, forme autour d’eux un véritable panache que l’insecte peut suivre, un peu comme une piste odorante. Ce taux de CO2 n’est pas figé : chez une femme enceinte, dont le métabolisme s’accélère, chez un sportif en plein effort, ou encore après avoir consommé de l’alcool, ce taux peut varier suffisamment pour nous rendre plus ou moins appétissants selon nos activités ou notre état physiologique du moment. Au cours d’une même journée, les moustiques peuvent donc nous trouver plus ou moins attractifs, simplement en fonction de ce que nous faisons comme activité ou ce que nous ingérons !

– silhouette, couleurs et chaleur corporelle, le repérage de proximité : à proximité de leur cible, les moustiques affinent leur approche en se fiant à notre silhouette et aux couleurs que nous portons. Peu sensibles aux détails, leurs yeux distinguent plus facilement les teintes sombres, car elles contrastent davantage avec l’environnement et sont donc plus facilement repérables. Les vêtements clairs, au contraire, tendent à se fondre dans le décor et à être moins visibles pour l’insecte. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles le port de vêtements clairs est souvent recommandé dans les zones les plus à risque de piqûre !

À courte distance, le moustique ne se contente plus de repérer une forme. Il affine encore sa trajectoire grâce à la chaleur dégagée par notre corps, qu’il détecte par des récepteurs thermosensibles situés sur ses antennes. Cette chaleur peut varier selon les individus et selon la période de la journée, d’environ un degré (de 36,5 à 37,5 °C), ce qui suffit à nous rendre plus ou moins facilement détectables par les moustiques ! Les zones les plus chaudes du corps, comme le cou ou les chevilles, deviennent alors des cibles privilégiées pour l’atterrissage final et la piqûre fatidique.

– l’odeur de notre peau, une signature chimique unique : d’autres facteurs jouent également un rôle important dans la détection. C’est le cas de certains composés volatils émis par la peau, ainsi que d’autres signaux chimiques propres à chacun d’entre nous. Parmi ces derniers figurent des composés appelés acides carboxyliques. Produits dans notre sébum puis transformés par les bactéries qui colonisent naturellement notre peau, ils dégagent une odeur caractéristique que les moustiques détectent avec une précision remarquable, même en très faible concentration, grâce à des récepteurs olfactifs extrêmement sensibles, répartis sur leurs antennes.

L’acétoïne, un autre composé généré par certaines bactéries de notre peau, renforce encore cette signature olfactive individuelle et contribue à guider l’insecte dans les derniers centimètres de son approche.

Suivant la composition de notre microbiome cutané (la communauté de bactéries qui vit à la surface de notre peau, et qui diffère d’une personne à l’autre) nous produisons en plus ou moins grande quantité ces composés, ce qui modifie directement l’attrait que les moustiques ont pour notre peau.

Deux personnes assises côte à côte peuvent ainsi être perçues très différemment par le même moustique !

Le rôle possible du groupe sanguin

Différentes études montrent que d’autres facteurs entrent également en jeu dans cette équation.

Parmi eux, le groupe sanguin semble jouer un rôle non négligeable : les personnes de groupe O émettent à la surface de leur peau des marqueurs chimiques spécifiques qui semblent particulièrement détectables et attractifs pour certaines espèces de moustiques.

Ces molécules, libérées avec la sueur ou présentes dans le film lipidique cutané, créent une signature olfactive légèrement différente de celle des groupes A, B ou AB, ce qui pourrait expliquer pourquoi les individus de groupe O sont piqués plus fréquemment dans les études expérimentales menées en laboratoire.

La réaction de notre peau à la piqûre : très variable d’un individu à l’autre

Au-delà de ces questions d’attractivité, un autre facteur explique pourquoi certains d’entre nous semblent « plus touchés » que d’autres par les moustiques : la réaction à la piqûre elle-même.

En effet, lorsqu’il pique, le moustique injecte un peu de sa salive, laquelle contient des protéines anticoagulantes destinées à fluidifier le sang et faciliter ainsi son repas de sang.

Or, notre système immunitaire réagit à ces protéines étrangères en libérant notamment de l’histamine, une protéine qui mobilise nos défenses immunitaires. Cette libération d’histamine est responsable du gonflement, de la rougeur et surtout de cette démangeaison si caractéristique de la piqûre.

Cette réponse immunitaire varie considérablement d’une personne à l’autre sans que cela ait le moindre lien avec le nombre réel de piqûres : certains développent des boutons volumineux et une intense envie de gratter après une seule piqûre, quand d’autres ne remarquent presque rien, sans que cela ait le moindre lien avec le nombre réel de piqûres reçues.

Par ailleurs, cette sensibilité se modifie avec le temps. À force d’être exposé aux piqûres, l’organisme peut développer une forme de tolérance et réagir de moins en moins, un phénomène bien connu de celles et ceux qui ont grandi dans des régions à forte densité de moustiques, comme dans le sud de la France.

À l’inverse, les enfants, dont le système immunitaire n’a pas encore rencontré ces protéines salivaires, sont bien souvent les plus touchés : leurs réactions peuvent être plus marquées, avec des boutons plus gros et plus persistants que ceux des adultes.

Ainsi, deux personnes piquées un même nombre de fois au cours d’un repas peuvent vivre un ressenti radicalement différente, l’une étant démangée pendant plusieurs jours, l’autre totalement épargnée par la gêne (cette dernière ne remarquant parfois même pas qu’elle a été piquée !).

Heureusement, pour déjouer l’arsenal des moustiques et se protéger de leurs piqûres, les moyens de prévention fonctionnent quel que soit notre type de peau : moustiquaires pour bloquer leur entrée dans nos logements, répulsifs pour brouiller leur perception de nos odeurs, vêtements amples pour éviter qu’ils n’atteignent notre épiderme…

Et n’oublions pas la limitation du nombre de moustiques, qui passe notamment par l’élimination de l’eau stagnante, indispensable à la ponte de leurs œufs !

The Conversation

Yannick Simonin a reçu des financements de Horizon Europe, ANR, ANRS-MIE, PREZODE, région Occitanie, Université de Montpellier.

ref. Les « peaux à moustiques » : mythe ou réalité ? – https://theconversation.com/les-peaux-a-moustiques-mythe-ou-realite-287323

Moustiques, tiques et autres vecteurs de maladies : quelles sont les dernières recommandations pour s’en protéger ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Nathalie Boulanger, Professeur de parasitologie et mycologie médicales, UR3073: PHAVI: groupe Borrelia, Université de Strasbourg

Moustique tigre qui poursuit sa conquête de la France hexagonale, nombre de cas de maladie de Lyme en augmentation, arrivée de la tique invasive Hyalomma sur le littoral méditerranéen… Les raisons de se protéger des arthropodes potentiellement vecteurs de maladies ne manquent pas. Voici les dernières recommandations en la matière, basées sur les connaissances scientifiques les plus récentes.


On estime que près de 80 % de la population mondiale est exposée au risque d’être victime de maladies dites « à transmission vectorielle », autrement dit transmises par des « vecteurs » dont les plus connus sont, par exemple, les moustiques et les tiques.

Ces maladies, qui comptent pour 17 % des maladies infectieuses et causent plus de 700 000 décès par an, sont en progression, notamment en France.

Le Haut Conseil de la Santé publique vient d’éditer de nouvelles recommandations pour la protection personnelle antivectorielle (PPAV) afin de clarifier et d’homogénéiser les messages de prévention destinés aux acteurs de santé et à la population.

Elles tiennent compte des évolutions épidémiologiques et réglementaires, et des nouvelles connaissances acquises sur l’efficacité et la toxicité des produits et moyens utilisés. Voici ce qu’il faut en retenir.

Qu’est-ce que la protection personnelle antivectorielle ?

Qu’elles soient dues à des bactéries, des virus ou des parasites, les maladies à transmission vectorielle sont sujettes à des expansions ou des réémergences, lesquelles sont influencées notamment par les changements climatiques et socio-économiques, ainsi que par les flux internationaux de personnes et de marchandises.

Au niveau mondial, parmi les arthropodes les plus susceptibles de propager de telles maladies figurent majoritairement les tiques (qui transmettent notamment la borréliose de Lyme, les rickettsioses ou la fièvre hémorragique de Crimée-Congo, par exemple) et les moustiques (qui participent à la circulation du paludisme, de la dengue, du chikungunya, de la maladie due au virus du Nil occidental, de la fièvre jaune, etc.).

Pour se protéger de leurs piqûres et, idéalement, empêcher la transmission d’agents infectieux, la protection personnelle antivectorielle est essentielle : il s’agit de mettre en œuvre des moyens physiques ou chimiques pour protéger les êtres humains et leur entourage.

On distingue trois niveaux de protection personnelle antivectorielle, complémentaires et synergiques : la protection de l’individu, celle de son habitat intérieur et celle de son habitat extérieur.

La lutte antivectorielle, qui vise à contrôler les populations de vecteurs, s’effectue quant à elle plutôt à l’échelle communautaire.

Comment se protéger le plus efficacement possible ?

Le premier principe est de privilégier la protection mécanique, en portant des vêtements couvrants, amples et de couleur claire.

Cette recommandation est valable non seulement pour se protéger des moustiques et des autres insectes vecteurs (phlébotomes, glossines, simulies…), mais aussi des tiques, et ce, en zone tropicale comme en zone tempérée.

Cette protection mécanique peut être complétée par des répulsifs cutanés destinés à perturber le système olfactif que les vecteurs utilisent pour repérer leurs hôtes, sur lesquels ils vont prendre leur repas sanguin.

Ces répulsifs doivent être appliqués sur la peau découverte, selon des modalités précises décrites sur l’emballage du produit (nombre de pulvérisations, fréquence d’application et classe d’âge).

Actuellement, au niveau européen, trois substances actives ont été approuvées par l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) et plusieurs autorisations ont été délivrées par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) : le DEET, l’IR3535 et l’icaridine (ou KBR3023). Ces produits ont fait l’objet d’une évaluation rigoureuse quant à leur efficacité et leurs risques pour la santé humaine et l’environnement.

L’huile d’eucalyptus citronné, hydratée et cyclisée, est encore en cours d’évaluation au niveau européen. Toutefois, des produits répulsifs la contenant peuvent être commercialisés sous un régime dit « transitoire » vis-à-vis de l’autorisation de mise sur le marché.




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Qu’en est-il, plus largement, des huiles essentielles ? De par leur composition chimique complexe et variable selon l’origine géographique de la plante, elles ne sont pas recommandées. Bien que naturelles, elles présentent en effet des risques de photosensibilisation et d’allergie. De plus, elles sont très volatiles, et leur efficacité répulsive ne dépasse généralement pas une heure.

Le point sur les produits chimiques biocides

Un grand nombre de moyens de protection personnelle antivectorielle reposent sur l’utilisation de produits chimiques dits « biocides ». Ces substances sont destinées à détruire, repousser ou rendre inoffensifs les organismes jugés nuisibles. Elles sont, depuis 2012, soumises à une règlementation européenne spécifique (voir encadré).

Comment sont évalués les produits biocides ?

Dans un premier temps, les fabricants soumettent à l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) un dossier complet relatif à l’efficacité de la substance active vis-à-vis des arthropodes cibles (moustiques et tiques), à sa toxicologie et son risque environnemental. Après évaluation par un état membre, son statut se voit approuvé ou rejeté ;

Dans un second temps, le produit biocide qui contient la (ou les) substance(s) active(s) approuvée(s) doit ensuite faire l’objet d’une autorisation de mise sur le marché qui peut être valable soit uniquement dans un pays donné, soit au niveau de l’Union européenne. En France, c’est l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) qui évalue et délivre ces AMM, depuis 2016.

En matière de protection personnelle antivectorielle, les pyréthrinoïdes sont largement utilisés. Ces molécules de synthèse dérivent d’une famille de molécules naturelles, les pyréthrines, produites par le chrysanthème (Tanacetum cinerariifolium). Par rapport à ces dernières, les pyréthrinoïdes présentent l’avantage d’être plus stables.

Ces produits ont remplacé les organochlorés dont le représentant le plus emblématique était le DDT : ceux-ci ne sont plus autorisés en Europe, compte tenu de leur toxicité pour les êtres humains et pour l’environnement.

En 2021, un rapport de l’Inserm alertait sur des risques accrus de troubles du neurodéveloppement pour des enfants exposés aux pyréthrinoïdes in utero ou durant les premières années de vie, ainsi que sur des risques pour certains cancers. En 2025, l’Anses émettait à son tour une alerte sanitaire relative au risque de troubles du neurodéveloppement de l’enfant.

En conséquence, l’usage des produits à base de pyréthrinoïdes n’est plus recommandé pour les femmes enceintes et les enfants en bas âge, à l’exception de l’emploi de moustiquaires imprégnées, dans les zones tropicales où un risque de transmission du paludisme existe. En ne recommandant plus l’usage de la perméthrine (et, plus largement, des pyréthrinoïdes), la France se démarque des autres pays.

Vêtements imprégnés et bracelets répulsifs : qu’en est-il ?

Les vêtements peuvent également être traités chimiquement. Du fait des risques mentionnés précédemment, l’imprégnation vestimentaire avec de la perméthrine n’est plus recommandée.

Il faut souligner qu’à l’heure actuelle, en France, aucun produit à base de pyréthrinoïdes ne dispose d’une autorisation de mise sur le marché pour cet usage d’imprégnation vestimentaire.

En revanche, certains répulsifs à base de DEET et d’IR3535 disposent d’une autorisation, et font désormais l’objet d’une recommandation d’usage.

Les bracelets répulsifs, quant à eux, sont inefficaces vis-à-vis des insectes et des tiques et leur usage devrait être proscrit. Ils présentent notamment un risque de fuite, et des lésions cutanées ont été observées chez les enfants.

Bien utiliser les moustiquaires imprégnées

L’anophèle femelle, vectrice du paludisme est un moustique nocturne. En zone tropicale, où le risque de paludisme potentiellement mortel est élevé, il convient donc de dormir sous une moustiquaire imprégnée de pyréthrinoïdes. Ces molécules n’étant pas volatiles, l’exposition des dormeurs est fortement limitée. La moustiquaire imprégnée doit cependant être bien bordée sous le matelas, pour éviter que les jeunes enfants ne la mettent à la bouche.

Selon les recommandations faites aux voyageurs, une chimioprophylaxie contre le paludisme sera associée (cette approche consiste à prendre des médicaments contre le paludisme avant de se rendre dans des zones où il sévit), en fonction du niveau de transmission de la maladie dans le pays de destination.

En France hexagonale et dans les territoires ultra-marins, de plus en plus touchés par certaines maladies virales transmises par les moustiques (dengue, chikungunya, Zika, virus du Nil occidental), l’utilisation de répulsifs cutanés en journée est recommandée (le moustique tigre, Aedes albopictus, qui les transmet, est en effet diurne).

L’isolement des patients infectés sous des moustiquaires non imprégnées de pyréthrinoïdes est aussi recommandé. Il s’agit là d’une démarche altruiste qui vise à protéger son entourage.

Comment protéger l’intérieur de son habitat ?

Installer des moustiquaires aux ouvertures constitue une protection mécanique efficace vis-à-vis des insectes, quels qu’ils soient. Leur utilisation, fortement recommandée, doit permettre de limiter celle de produits biocides à l’intérieur des habitations.

En cas d’épidémie de maladie à transmission vectorielle, des produits à base de pyréthrinoïdes peuvent être utilisés, comme les diffuseurs électriques. Les restrictions d’exposition des femmes enceintes et des jeunes enfants s’appliquent ici également. L’usage des bombes aérosol d’insecticide, sans efficacité dans la durée, n’est quant à lui pas recommandé.

La ventilation (brasseurs d’air, ventilateurs) et les climatiseurs ont aussi une efficacité démontrée. Ils perturbent en effet le système de repérage et le vol des insectes, et diminuent ainsi le contact avec les êtres humains.

D’autres méthodes d’appoint existent, mais leur usage doit être limité compte tenu de leur inefficacité (ultrasons) ou d’une efficacité limitée (bougies parfumées et raquettes électriques).

À l’extérieur des habitations, quelle protection ?

En ce qui concerne l’extérieur des habitations, les serpentins fumigènes ne disposent pas d’autorisation de mise sur le marché délivrée par l’Anses et ne sont donc plus recommandés. Si l’on choisit de les utiliser malgré tout, ils doivent être installés à l’extérieur uniquement et à distance des personnes. En effet, leur combustion met en suspension dans l’air non seulement les pyréthrinoïdes qui les composent, mais également d’autres substances et particules susceptibles d’aggraver des maladies respiratoires.

Avec l’extension du moustique tigre Aedes albopictus et des risques associés en France hexagonale, d’autres dispositifs se sont développés ces dernières années, comme les pièges à moustiques. Leur efficacité est toutefois inégale selon les pièges et n’est démontrée que pour un usage communautaire (à l’échelle d’un quartier, par exemple).

Ces dispositifs doivent être placés à l’ombre, près de la végétation et à distance des lieux d’activité. En effet, s’ils attirent les moustiques pour les capturer, ces derniers préfèreront toujours l’humain s’il s’en trouve à proximité…

L’élimination des gîtes larvaires – vider, combler, rendre étanches les collections d’eau – reste la mesure la plus importante à appliquer, puisque c’est là que pondent les femelles, et donc que sont « produits » les moustiques. Il est impératif de limiter les eaux stagnantes et, pour le moustique tigre Aedes albopictus, tout récipient susceptible de collecter l’eau (coupelles des pots de fleurs, les arrosoirs, couvercles, bâches, etc.).

En effet, la moindre réserve d’eau résiduelle peut être propice au développement des larves. Des larvicides biologiques sont maintenant autorisés pour le grand public. Ils permettent de traiter des collections d’eau non réductibles.

Le cas particulier des tiques

Pour se préserver des tiques, qui sont de plus en plus présentes autour des habitations, il est recommandé de limiter la pousse de la végétation en coupant l’herbe et les broussailles. Il faut aussi ramasser les feuilles mortes.

Il est également conseillé d’installer des barrières autour des habitations, afin de tenir la faune sauvage à distance. C’est en effet sur elle que les tiques, qui se nourrissent exclusivement de sang, prélèvent leur repas sanguin. Ainsi, la tique Ixodes ricinus, présente partout en France et vectrice, notamment, de la maladie de Lyme, est plutôt une tique forestière. Elle se nourrit principalement sur les rongeurs, les oiseaux et les ongulés sauvages (chevreuils, sangliers…).

Pour s’en protéger lors des promenades dans la nature, le port de vêtements couvrant et de chaussures fermées est conseillé. Ces tiques chassent à l’affût, perchées sur la végétation. Ce n’est pas le cas de la tique Hyalomma, qui s’est installée récemment dans le Sud de la France, dans les écosystèmes secs, tels que garrigues et maquis. Arrivée avec les oiseaux migrateurs en provenance d’Afrique, cette tique chasse activement : elle court littéralement vers son hôte ! Là encore, les promeneurs avisés s’équiperont de vêtements couvrants et de chaussures fermées, malgré la chaleur…

Dans tous les cas, la mise en œuvre d’une protection personnelle antivectorielle ne dispense pas, au retour de promenade dans des zones infectées, de procéder à un examen corporel minutieux afin de repérer d’éventuelles tiques et de les extraire rapidement, ce qui permet d’éviter la transmission de certains micro-organismes pathogènes.

Si une tique a été retirée, le point de piqûre doit être surveillé dans les jours qui suivent. L’apparition d’une inflammation cutanée qui s’étend, ou de tout autre signe clinique inhabituel devra amener à consulter un professionnel de santé.

Il n’existe pas de solution unique

Pour conclure, soulignons que l’association de plusieurs mesures est impérative pour bien se protéger. En effet, aucun moyen unique de protection n’est à lui seul efficace.

Une protection personnelle antivectorielle doit, par exemple, être associée à d’autres moyens de prévention, quand ils existent (comme la chimioprophylaxie antipaludique ou la vaccination, lorsqu’un vaccin contre le micro-organisme considéré est disponible).

Le choix du moyen de protection doit également être guidé par la notion de rapport bénéfice-risque : quelle est l’efficacité attendue des produits chimiques utilisés – leur impact sur la maladie vectorielle ciblée – en regard de leur toxicité pour la santé humaine ?

Il faut en particulier accorder une attention particulière aux catégories de personne les plus sensibles : femmes enceintes, enfants, et personnes présentant une pathologie sous-jacente.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Moustiques, tiques et autres vecteurs de maladies : quelles sont les dernières recommandations pour s’en protéger ? – https://theconversation.com/moustiques-tiques-et-autres-vecteurs-de-maladies-quelles-sont-les-dernieres-recommandations-pour-sen-proteger-284137

Alcools américains invendus : faut-il profiter des nouveaux droits de douane de Trump pour les écouler ?

Source: The Conversation – in French – By Michael J. Armstrong, Professor of Operations Research, Brock University

Le président américain Donald Trump intensifie sa guerre commerciale avec le Canada. Le 19 août prochain, toute une gamme de produits allant du vin aux bâtons de hockey en passant par le ciment et les produits laitiers seront frappés d’un droit de douane de 50 %.

Cette hausse, imposée en vertu d’une disposition légale rarement utilisée, se veut une mesure de rétorsion contre la « discrimination et le traitement déraisonnable et inégal envers le commerce américain », selon la Maison-Blanche, qui vise spécifiquement le boycottage de l’alcool américain en Ontario et au Québec.

Au cours des seize derniers mois, onze provinces et territoires ont cessé d’importer de l’alcool américain. La plupart ont écoulé leurs stocks existants, sauf l’Ontario et le Québec, qui détiennent ensemble environ 96 millions de dollars d’invendus.

Les deux provinces devraient profiter de cette annonce de Donald Trump pour écouler leur stock sans pour autant lever l’interdiction d’importation. Cette branche d’olivier tendue aux responsables américains serait un signal diplomatique fort qui permettrait aux contribuables d’économiser des millions de dollars.

Ce bras de fer autour de l’alcool devrait figurer parmi les sujets abordés à la rencontre des premiers ministres cette semaine à l’Île-du-Prince-Édouard.

Unis en théorie, divisés en pratique

Le boycottage de l’alcool américain remonte à février 2025. En réaction aux premiers droits de douane imposés par Donald Trump, les dix provinces et les trois territoires ont ordonné la cessation des ventes de boissons alcoolisées américaines, et n’en ont plus commandé.

Dès juin 2025, les provinces de l’Alberta et de la Saskatchewan ont repris le commerce d’alcools américains, mais les onze autres gouvernements ont continué de faire front, quoiqu’avec certaines différences quant à la manière de gérer les invendus.

La Colombie-Britannique, le Nouveau-Brunswick et le Yukon ont écoulé leurs stocks en le vendant au prix du gros aux restaurants et aux bars, mais sans remettre les alcools américains sur les tablettes de leur agence provinciale.

Le Manitoba, le Nunavut et les provinces de l’Atlantique ont plutôt écoulé la réserve en l’offrant aux consommateurs, parfois au rabais, parfois en remettant le produit de la vente à des organismes de bienfaisance.

L’Ontario, lui, n’a vendu aucun des 79 millions de dollars d’alcools américains retirés des rayons. Ce geste lui a coûté jusqu’ici 2,6 millions de dollars en produits périmés plus 8 millions pour stocker le reste. Sans compter la perte d’intérêt sur des invendus immobilisés.

Le Québec se situe entre les deux extrêmes. Il a initialement entreposé de l’alcool évalué à 27 millions de dollars. Il a par la suite fait don de produits à courte durée de conservation d’une valeur de 300 000 $ à des organismes de bienfaisance.

En 2026, le Québec a ensuite réalisé 8,6 millions $ de ventes au rabais, puis a versé le bénéfice net à des banques alimentaires. Les coûts de toutes ces opérations étaient estimés à 2,3 millions de dollars. Son stock restant semble donc être tombé à 17 millions de dollars.

Contrecoup à Washington

Sans surprise, ces mesures ont suscité des réactions aux États-Unis, dont les exportations vers le Canada ont chuté de 76 % pour les vins et de 46 % pour les spiritueux en 2025. La perte à ce jour se chiffre à 1,2 milliard de dollars, et se creuse de 62 millions chaque mois.

Un graphique linéaire présente les importations annuelles de boissons alcoolisées du Canada en provenance des États-Unis, exprimées en millions de dollars canadiens. En 2025, ces importations ont chuté, repassant sous les niveaux de 2004
Importations canadiennes de boissons alcoolisées en provenance des États-Unis, en millions de dollars canadiens par an.
(Statistique Canada), CC BY

Les producteurs américains redoutent de perdre des parts de marché à long terme. Si les Canadiens prennent goût à leur production locale ou à d’autres produits, une partie de la demande pourrait ne jamais revenir.

En réactions, les élus américains n’ont pas tardé à se faire entendre. Ce mois-ci, une membre de la chambre des représentants a proposé un projet de loi punitif contre les provinces participant au boycottage, tandis qu’un sénateur démocrate a plaidé pour la reprise des ventes de vins californiens.

Donald Trump y est allé de ses propres mesures tarifaires en menaçant d’en rajouter en raison la fumée transfrontalière provenant des nombreux feux de forêt qui ravagent le nord du Canada actuellement.

Vendre les stocks, maintenir l’interdiction

Évidemment, les boycottages provinciaux visaient justement à piquer les Américains là où ça fait mal.

Mais maintenant que cet objectif est atteint, l’Ontario et le Québec auraient avantage à infléchir leur approche pour écouler leur stock sans pour autant lever l’interdit.

Outre des considérations diplomatiques, le geste serait financièrement judicieux. Cet alcool ayant déjà été payé, le refus de le vendre n’a aucune incidence sur les producteurs américains. Et son stockage coûte près d’un million de dollars par mois.

Au prix régulier, les ventes rapporteraient, conformément aux marges bénéficiaires habituelles des régies provinciales, environ 163 millions de dollars à l’Ontario et 33 millions au Québec.

Ce geste de bonne volonté pourrait apaiser un peu les négociateurs commerciaux américains, sans pour autant réduire la pression, car l’interdiction d’importation serait maintenue.

Cette approche aurait aussi le mérite de constituer une manière de délai symbolique, puisque la portée du geste s’éteindrait avec les stocks — tel un sablier.

Il rappellerait également que les Canadiens ne détestent pas l’industrie américaine de l’alcool, mais qu’ils souhaitent simplement que Donald Trump respecte un traité qu’il avait lui-même qualifié comme étant « le plus grand, le plus important, le plus moderne et le plus équilibré de l’histoire » au moment de le signer en 2020.

Et la suite ?

Les nouveaux droits de douane de 50 % imposés par Trump, s’ils sont effectivement mis en œuvre, causeront beaucoup de tort aux entreprises canadiennes, qui les contesteront devant les tribunaux américains. Mais les Américains en paieront aussi le prix. Car ce sont les consommateurs américains qui supporteront d’abord la hausse des prix, qui alimentera l’inflation aux États-Unis.


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Mais comme Donald Trump change sans cesse d’avis et dit n’importe quoi, il est assez difficile de prédire la suite — et même de saisir son intention réelle.

Cette dernière escalade est-elle véritablement une réponse aux pratiques commerciales du Canada ? À l’approche des élections de mi-mandat, le président ne chercherait-il pas plutôt à faire oublier sa guerre ratée contre l’Iran et son coût financier et humain ?

Il semble peu probable que le commerce transfrontalier revienne à la normale rapidement. Mais si jamais cela devait se produire, les consommateurs canadiens et américains pourront toujours porter un toast.

La Conversation Canada

Michael J. Armstrong ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Alcools américains invendus : faut-il profiter des nouveaux droits de douane de Trump pour les écouler ? – https://theconversation.com/alcools-americains-invendus-faut-il-profiter-des-nouveaux-droits-de-douane-de-trump-pour-les-ecouler-288145

Le foot et la foi : l’évangélisme a-t-il réellement privé le Brésil de la Coupe du monde ?

Source: The Conversation – in French – By André Gagné, Full Professor, Department of Theological Studies, Concordia University

Après l’élimination du Brésil de la Coupe du monde de la FIFA 2026, de nombreux partisans n’ont pas tardé à attribuer la piètre performance de l’équipe aux convictions évangéliques de plusieurs de ses joueurs. Sur les réseaux sociaux, certains ont affirmé que la Seleção était bien meilleure lorsque ses joueurs « se comportaient comme des catholiques » et que « la stérilisation protestante évangélique a aplati leur ballon, détruit leur samba et anéanti leur style ».

Si ce genre de commentaire relève en partie de la plaisanterie footballistique, il témoigne néanmoins des profondes transformations religieuses qui traversent l’Amérique latine. Les protestants, souvent appelés evangélicos, représentent aujourd’hui environ 11 % de la population de la région, une évolution marquante dans un espace où la majorité des chrétiens s’identifiaient traditionnellement au catholicisme romain.

Mais l’expression la plus importante du religieux en Amérique latine est constituée des fidèles des Églises pentecôtistes et charismatiques. Ensemble, ces courants rassemblent environ 30 % de la population latino-américaine, soit près de 195 millions d’adhérents. Cette mouvance compte des protestants, des catholiques, des anglicans et des orthodoxes.

Le terme « pentecôtiste » désigne généralement des mouvements chrétiens qui mettent l’accent sur le « parler en langues » (glossolalie) comme signe initial du « baptême de l’Esprit », ainsi que sur une expérience personnelle et directe avec Dieu. Le terme « charismatique » (ou « néo-pentecôtiste ») renvoie aux expressions de cette spiritualité tant au sein de nouveaux mouvements religieux que des Églises historiques, y compris le catholicisme, l’anglicanisme et les Églises orthodoxes.

Le christianisme pentecôtiste et charismatique est particulièrement présent dans les pays du Sud. Sa croissance est d’ailleurs spectaculaire : il compte 676 millions d’adhérents en 2026, soit un chrétien sur quatre dans le monde, et les projections estiment qu’il pourrait atteindre 1,1 milliard de fidèles d’ici 2075, soit un chrétien sur trois à l’échelle mondiale.

Mes travaux de recherche et mon enseignement portent sur l’étude du christianisme pentecôtiste et charismatique mondial, ainsi que sur ses interactions avec la société, la culture et la politique. Mon ouvrage paru en 2026, Chrétiens en quête de puissance. Présence globale et politique des pentecôtismes, propose une histoire des pentecôtismes, examine leur rayonnement mondial à partir des données statistiques, analyse leur conception des « dons spirituels » et étudie leur engagement politique, aux États-Unis et ailleurs dans le monde.

Les évangéliques en Amérique latine

En Amérique latine, le mouvement pentecôtiste et charismatique trouve son origine dans un réveil religieux en 1909, dirigé par Willis Hoover, un missionnaire méthodiste américain qui exerce son ministère à Valparaiso et établit l’Église méthodiste pentecôtiste du Chili.

Les Églises pentecôtistes et charismatiques attirent souvent des fidèles parce qu’elles favorisent une expérience profondément personnelle et corporelle avec Dieu. Cette approche trouve un écho auprès de ceux qui jugent les Églises traditionnelles trop rigides, trop formalistes ou davantage préoccupées par des idées abstraites que par une foi vécue.

Pour les pentecôtistes, quelle que soit leur appartenance, le Saint-Esprit rend la présence de Dieu réelle et perceptible dans la vie du croyant. Les pentecôtistes et les charismatiques mettent l’accent sur la diversité des expériences corporelles de la foi et accordent une grande importance aux charismata, c’est-à-dire aux « dons » de l’Esprit, tels que la guérison, le parler en langues (glossolalie) ou encore la prophétie, pour n’en citer que quelques-uns.

Comme mes recherches l’ont démontré, chez les charismatiques et les néo-pentecôtistes, le « parler en langues » n’est qu’un don parmi d’autres et n’est pas nécessairement considéré comme le signe initial du « baptême de l’Esprit ».

Les croyants considèrent les dons spirituels comme des capacités surnaturelles accordées par Dieu. Ces dons sont destinés à servir les autres membres de la communauté et à témoigner de la foi en manifestant concrètement la puissance divine par des « signes et des prodiges ».

Le Brésil au cœur du mouvement pentecôtiste

Le Brésil compte aujourd’hui environ 105 millions de pentecôtistes et de charismatiques. C’est aussi le pays d’origine des Assemblées de Dieu (Assembleias de Deus) et de l’Église universelle du Royaume de Dieu, qui figurent respectivement parmi les plus importantes dénominations protestantes et indépendantes d’Amérique latine.

Issu du réveil d’Azusa Street de 1906 à Los Angeles, le mouvement pentecôtiste brésilien s’est développé grâce à deux premières initiatives missionnaires.

La première est celle du missionnaire italien Luigi Francescon, qui fonde en 1910, à São Paulo, la Congregação Cristã do Brasil afin de desservir les immigrants italiens. La seconde débute en 1911, lorsque des missionnaires suédois fondent à Belém la Mission de la foi apostolique (Missão da Fé Apostólica), une communauté qui va devenir les Assemblées de Dieu et se répandre dans tout le pays.

Fondée en 1977 par Edir Macedo, l’Église universelle du Royaume de Dieu devient l’une des principales dénominations néo-pentecôtistes du Brésil. Présente dans plus de cent pays, elle fonctionne comme une organisation transnationale dotée d’importantes ressources médiatiques, notamment un réseau national de télévision. Son Temple de Salomon, situé à São Paulo, s’élève à 55 mètres de hauteur et peut recevoir jusqu’à 10 000 fidèles.

Le foot et l’église

Au Brésil, le football professionnel et les Églises pentecôtistes fonctionnent selon des logiques étonnamment semblables. Tous deux se disputent le même public en recourant à des stratégies commerciales éprouvées : les médias de masse, les produits dérivés, les grands rassemblements dans des enceintes imposantes et des figures charismatiques capables de capter l’attention de leurs publics.

En raison de leur forte visibilité publique, les footballeurs professionnels constituent d’importants relais entre l’univers du football et celui des Églises pentecôtistes. Lorsqu’ils témoignent publiquement de leur foi pentecôtiste, ils deviennent l’incarnation même de « l’évangile de la prospérité ». Ils donnent à voir que la foi, conjuguée au travail et à la persévérance, attire la faveur divine et se traduit par des bénédictions, tant sous la forme de la réussite matérielle que de la gloire sportive.

Sur le plan de l’expérience vécue, un culte dominical et un match de football dans un stade peuvent être considérés comme deux produits culturels fondés sur l’expérience. Tous deux rassemblent des foules autour d’une activité collective qui favorise l’expression corporelle, provoque de fortes émotions et nourrit un profond sentiment d’appartenance à un groupe.

Au Brésil, le pentecôtisme exerce un attrait particulier auprès des populations pauvres et marginalisées. À l’instar des traditions religieuses afro-brésiliennes, il s’agit d’une religion de l’esprit qui accorde une place centrale aux expériences corporelles. Toutefois, comme il est en concurrence avec d’autres traditions religieuses pour attirer les fidèles et qu’il affirme offrir une voie spirituelle plus satisfaisante, le pentecôtisme entre fréquemment en conflit avec elles.

Le zèle missionnaire de nombreux pentecôtistes brésiliens se traduit fréquemment par des tensions et une hostilité déclarée à l’égard des traditions religieuses afro-brésiliennes.

Il appartient aux amateurs de foot de juger si les convictions religieuses des joueurs ont réellement contribué à la contre-performance du Brésil. L’équipe traverse une période difficile depuis plusieurs années, et son élimination lors de cette Coupe du monde n’était peut-être pas si surprenante. Il convient d’ailleurs de rappeler que le Brésil a remporté la Coupe du monde de 2002, en Corée du Sud, avec plusieurs evangélicos dans ses rangs, notamment Kaká, Lúcio et Edmílson.

Il est possible, au fond, que le pentecôtisme ait simplement connu davantage de succès que le foot brésilien. Peut-être aussi que les Églises pentecôtistes et charismatiques offrent aujourd’hui à certains joueurs et à leurs partisans ce que la culture du football peine désormais à fournir : un soutien personnel durable, un fort sentiment d’appartenance et une expérience porteuse de sens.

La Conversation Canada

André Gagné ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Le foot et la foi : l’évangélisme a-t-il réellement privé le Brésil de la Coupe du monde ? – https://theconversation.com/le-foot-et-la-foi-levangelisme-a-t-il-reellement-prive-le-bresil-de-la-coupe-du-monde-288032

Soledad, IA y mayores: lo que la ciencia dice y lo que aún no sabe

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Sacramento Pinazo-Hernandis, Profesora titular de Psicología Social en Universidad de Valencia, Universitat de València

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La soledad lleva con nosotros toda la vida, pero durante décadas pocos se molestaron en medirla. Afortunadamente eso está cambiando y, en un contexto de investigación emergente, la inteligencia artificial (IA) aparece como una herramienta prometedora, aunque limitada, para acompañar a quienes más solos están.

Hablar de epidemia de soledad induce a error porque sugiere que el problema es reciente, creciente y urgente en un sentido de emergencia. Ninguna de las tres cosas es cierta. Las tasas de soledad han sido estables en las últimas décadas. Lo que sí es nuevo es que ahora la investigamos con rigor.

En España, no fue hasta 2001 cuando se publicó uno de los primeros trabajos científicos serios sobre la soledad en personas mayores, un tema prácticamente invisible en la academia. En 2017 dirigí una tesis doctoral que puso el foco en las mujeres mayores que viven solas, un colectivo con décadas de invisibilidad estadística. También publicamos La soledad de las personas mayores, un volumen que diferencia con claridad los conceptos de vivir solo, estar aislado y sentirse en soledad, tres realidades distintas que en el debate público se confunden con demasiada frecuencia.

Poco a poco, el campo fue construyendo un cuerpo de conocimiento propio. Es desde ahí, y no desde el pánico, desde donde tiene sentido preguntarse qué puede aportar la IA.

Cuatro tecnologías y resultados diferentes.

Nuestra revisión sistemática, publicada este año, analizó cuatro tipos de tecnologías basadas en IA aplicadas a la soledad en personas mayores:

  1. Robots sociales: dispositivos físicos capaces de reconocer emociones, mantener conversaciones y simular una presencia humana.
  2. Asistentes de voz inteligentes: permiten interacciones a través de lenguaje natural desde casa.
  3. Sistemas de telepresencia: conectan en tiempo real a personas distantes mediante pantallas y cámaras con control remoto.
  4. Agentes conversacionales como chatbots: ofrecen interacción textual o vocal continua, disponible a cualquier hora.

Todas ellas son tecnologías distintas y también lo son sus resultados. Y son los robots sociales los que muestran resultados más consistentes.

Los estudios que reportaron reducciones significativas de la soledad coincidían en un factor clave: la necesidad de interacciones frecuentes, sostenidas y personalizadas. Los que no encontraron efectos eran, en su mayoría, intervenciones cortas, con bajo contacto o protocolos estandarizados aplicados por igual a personas con historias de vida y necesidades muy distintas.

La conclusión es clara: cuanto más se centra la intervención en la persona, más funciona. Cuanto más se estandariza, menos sirve.

Hay un patrón que se repite: las mejoras aparecen mientras dura el estudio y se desvanecen cuando termina. La baja frecuencia de uso diluye el efecto hasta hacerlo insignificante. La ausencia de personalización es uno de los factores que más debilita los resultados.

La falta de acceso amplía la soledad

Uno de los hallazgos más incómodos del estudio es que la tecnología llega menos a quienes más la necesitan. Quienes viven más aislados, en zonas rurales, con menor nivel educativo y sin red de apoyo cercana, son quienes encuentran más barreras para usar estas tecnologías. Estas no son solo individuales, sino psicosociales: incluyen la confianza en uno mismo, la autoeficacia percibida, la alfabetización digital y, sobre todo, la disponibilidad de alguien que acompañe el aprendizaje.

En zonas como Campoo-Los Valles, en Cantabria, donde hemos trabajado directamente con personas mayores en situación de soledad, la barrera a veces es más básica: ni llega el wifi. La conclusión es que diseñar soluciones tecnológicas sin resolver primero el problema del acceso no reduce la soledad, la amplía.

La pregunta es ética y no retórica

¿Queremos que una máquina nos acompañe o preferimos invertir en comunidad humana? La pregunta tiene implicaciones directas de política pública y gasto sanitario. La evidencia muestra beneficios reales, pero también límites que obligan a ser prudentes.

El riesgo no es la IA en sí sino utilizarla como excusa para no invertir en los vínculos que de verdad protegen: la presencia de otro ser humano que te ve, te escucha y al que le importas y te importa.

La IA puede ser un puente, pero no debería convertirse en el destino.

Lo que aún no sabemos.

La ciencia avanza, pero quedan lagunas importantes: escasos estudios europeos, poca investigación de calidad en España, ausencia de estudios a largo plazo y una brecha digital que convierte en invisibles a quienes más solos están.

La tecnología avanza más rápido que la evidencia, y por eso conviene ser precisos. La IA no cura la soledad. Puede, en el mejor de los casos, reducirla un poco para quienes no tienen otra alternativa. Eso no es poco, pero el objetivo debe ser que no sea la única opcion.

La soledad no ha llegado de repente. Lleva con nosotros toda la vida, aunque durante décadas nadie en España se molestara en medirla ni en estudiarla en serio. El problema es que no es una epidemia, sino un desafío antiguo y persistente que, por fin, estamos aprendiendo a investigar con rigor.

La urgencia es real, pero no exige respuestas de emergencia: exige respuestas sostenidas, centradas en las personas y construidas sobre evidencia.

The Conversation

Sacramento Pinazo-Hernandis no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Soledad, IA y mayores: lo que la ciencia dice y lo que aún no sabe – https://theconversation.com/soledad-ia-y-mayores-lo-que-la-ciencia-dice-y-lo-que-aun-no-sabe-282301

La crispación política también enferma: así afecta al bienestar emocional de los jóvenes

Source: The Conversation – (in Spanish) – By José Miguel Rojo Martínez, Profesor del Departamento de Ciencia Política, Universidad de Murcia

Pixel-Shot/Shutterstock

Con frecuencia escuchamos en nuestras conversaciones que “oír hablar de política me pone enfermo”. Más allá de esta frase hecha, ya hay investigaciones que apuntan a que el ambiente de crispación política pasa factura a la salud de las personas y a sus relaciones sociales.

Por ejemplo, una encuesta asoció la percepción de mayor polarización partidista con hasta un 57 % más de probabilidades de depresión y ansiedad, y un trabajo posterior del mismo grupo encontró que quienes perciben más polarización acumulan hasta dos días más de mala salud física y mental al mes.

Otro interesante hallazgo viene de la mano del equipo de la profesora de Psicología Brett Ford, de la Universidad de Toronto. Estos investigadores solicitaron a unos voluntarios que anotaran cada noche cómo les hacía sentir la política. En el 81 % de los días, solo pensar en un acontecimiento político bastaba para desencadenar fatiga, insatisfacción vital o síntomas depresivos.

Sobre la consolidación de la política como potencial estresor ya advirtió la American Psychological Association. Su informe de 2017 Stress in America: Coping with Change detectó un aumento de las conversaciones sobre política en las sesiones clínicas tras la primera victoria de Donald Trump. Algo más de la mitad de sus asociados indicaron que el clima político se había convertido en un disparador de ansiedad y malestar. Pero este malestar no se queda solo en la mente: algunos trabajos han documentado incluso consecuencias fisiológicas.

La mayor parte de estos hallazgos provienen de Estados Unidos; en España apenas hay pruebas que confirmen esta relación.

Para comenzar a explorarla pusimos en marcha el proyecto europeo POLEMO (Managing Political Emotions), financiado por la alianza de universidades EUniWell (Universidad Europea del Bienestar), en el que participaron 2 446 estudiantes de las universidades de Murcia y Santiago de Compostela.

Hostilidad y ansiedad para los universitarios

Les preguntamos a los participantes qué emociones sienten cuando leen noticias o escuchan hablar de política y con qué intensidad las experimentan, en una escala de 1 a 5. El resultado está claramente inclinado hacia lo negativo: más de tres de cada cuatro (77 %) dice sentir bastante o mucha (4-5) preocupación; dos de cada tres (67 %), vergüenza, y un 63 %, enfado. Más de la mitad (53 %) reconoce experimentar desprecio con esa misma intensidad y casi uno de cada dos (47 %), miedo. Las emociones positivas, en cambio, casi no aparecen: solo un 8 % dice sentir esperanza u orgullo con intensidad; un 7 %, entusiasmo, y un 5 %, tranquilidad.

El odio merece una mención aparte: un tercio de los estudiantes (34 %) afirma sentirlo con intensidad al pensar en política. Y este dato es especialmente relevante porque es la antesala de comportamientos intolerantes o de exclusión más preocupantes que los creados por el simple desacuerdo.

Estas siete emociones pueden agruparse en tres bloques diferenciados: uno de hostilidad (odio, enfado, desprecio, vergüenza), otro de ansiedad (miedo, preocupación, ansiedad) y uno positivo (orgullo, entusiasmo, esperanza, tranquilidad).

Con esta muestra exploratoria queda claro que para los estudiantes entrevistados la política es, sobre todo, una actividad que genera hostilidad y ansiedad. Este cóctel emocional puede resolverse de dos maneras, y ninguna es especialmente buena para la convivencia democrática. Por un lado está la desafección, dejar de participar y desengancharse de la política al ser fuente de vivencias negativas. Y por otro, la radicalización, culpar al rival del malestar que provoca la actualidad política e incrementar la hostilidad para tratar de derrotarlo y superar el estado emocional desagradable.

El impacto emocional de la derrota electoral

Una forma de calibrar cuánto puede llegar a pesar la política en el bienestar emocional de alguien pasa por plantearle un escenario concreto de máxima tensión: ¿qué pasaría si mañana mismo tu partido perdiera las elecciones con claridad y gobernara uno con ideas muy distintas a las tuyas? Formulamos esta pregunta a los estudiantes y los resultados nos sorprendieron. Más de la mitad (51 %) anticipa que esa derrota tendría un impacto alto en su bienestar emocional (7 o más sobre 10).

Esto sugiere que las elecciones, el momento político por excelencia, se viven cada vez más como escenarios de alta activación emocional. Eventos que la gente vive de forma visceral y personal, donde no solo están en juego unos escaños, también la felicidad de los simpatizantes de cada grupo.

Cuando la victoria de los nuestros se siente así de importante para el propio bienestar, cuando existe una fuerte percepción de amenaza para los propios intereses, el riesgo es que crezca la disposición a que nuestro grupo gane, cueste lo que cueste.

En definitiva, estos resultados nos animan a pensar que una política menos tóxica, es decir, una confrontación partidista más saludable y con menos dinámicas que no aportan nada, no solo será buena para las instituciones, sino también para el bienestar emocional de la ciudadanía.

The Conversation

Los autores de este artículo reciben fondos de la alianza EUniWell para el desarrollo del proyecto de investigación POLEMO.

Alejandro Soler Contreras recibe fondos del Plan Propio de la Universidad de Murcia para el desarrollo de su Contrato Predoctoral FPU.

Los autores de este artículo reciben fondos de la alianza EUniWell para el desarrollo del proyecto de investigación POLEMO.

María Isabel López Palazón recibe fondos del Ministerio de Ciencia, Innovación y Universidades (Gobierno de España) a través de la Universidad de Murcia, en el marco del programa FPU, así como de la alianza EUniWell para el desarrollo del proyecto de investigación POLEMO.

ref. La crispación política también enferma: así afecta al bienestar emocional de los jóvenes – https://theconversation.com/la-crispacion-politica-tambien-enferma-asi-afecta-al-bienestar-emocional-de-los-jovenes-285310

Vacaciones en la ciudad: ¿qué necesitamos para un ocio infantil de calidad?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Mª Pilar Rodrigo Moriche, Prof. Ayudante Doctor del departamento de Pedagogía – Directora Escuela UAM de Animación, Universidad Autónoma de Madrid

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Campamentos, actividades deportivas, escuelas urbanas, semanas con los abuelos, jornadas de teletrabajo o vacaciones repartidas entre distintos momentos del verano forman parte de las estrategias con las que muchas familias intentan acompañar a sus hijos e hijas durante un periodo mucho más largo que las propias vacaciones laborales.

Para quienes permanecen en la ciudad, el verano se convierte en una experiencia peculiar. La actividad escolar desaparece, muchos amigos se marchan temporalmente, algunos servicios reducen sus horarios y las rutinas cambian por completo. Mientras los adultos trabajan (en un frenesí, a menudo, de calendarios, llamadas, cambios de horario y búsqueda de alternativas que permitan organizar la vida cotidiana), niños, niñas y adolescentes viven un tiempo tan fundamental para su desarrollo como los días de clases.

¿Cómo viven los niños el verano?

Cuando hablamos de conciliación pocas veces nos detenemos a pensar cómo viven los niños y adolescentes ese tiempo sin escuela. Porque no necesitan únicamente supervisión: necesitan jugar, descansar, relacionarse con otras personas, desarrollar progresivamente su autonomía, descubrir nuevos intereses y participar en experiencias significativas. El verano constituye un tiempo especialmente valioso para todo ello.

Hasta la ley de protección de la infancia de España, por ejemplo, advierte de que proteger no es únicamente evitar situaciones de riesgo, sino también garantizar entornos seguros y oportunidades adecuadas para su desarrollo personal, social y emocional.

¿Cómo podemos podemos hacerlo en una ciudad en los meses de más calor?

Espacios urbanos de ocio

Aunque la organización del verano suele recaer principalmente sobre las familias, otros actores también influyen en cómo se vive este periodo: las empresas, que pueden contribuir mediante fórmulas de flexibilidad horaria, adaptación de jornadas o modalidades de teletrabajo; y las administraciones y organizaciones responsables de una oferta de ocio adecuada.

Bibliotecas, centros culturales, polideportivos, centros juveniles, ludotecas, asociaciones vecinales y proyectos de ocio educativo pueden desempeñar un papel fundamental. No solo porque ofrecen actividades, sino porque generan oportunidades para encontrarse con otras personas, mantener rutinas positivas, participar en propuestas culturales o deportivas y seguir formando parte de la vida comunitaria durante el verano.




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Algunos ejemplos pueden encontrarse en numerosas ciudades españolas. Barcelona ha impulsado una amplia red de refugios climáticos en bibliotecas, centros cívicos y equipamientos municipales para ofrecer espacios seguros durante los episodios de calor.

Valencia desarrolla cada verano escuelas municipales y actividades deportivas dirigidas a la infancia y la adolescencia, mientras que Zaragoza, Sevilla y Bilbao programan campamentos urbanos y actividades culturales en bibliotecas y centros cívicos, así como propuestas de ocio educativo que mantienen activa la vida comunitaria durante los meses estivales.




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A ello se suman las iniciativas de miles de asociaciones vecinales, entidades juveniles y organizaciones de tiempo libre que organizan talleres, actividades deportivas, espacios de encuentro y proyectos de participación en los barrios. Estas experiencias muestran que el verano puede convertirse en una oportunidad para fortalecer los vínculos comunitarios, favorecer la participación y ampliar las oportunidades educativas más allá del ámbito escolar.

Muchas familias organizan el verano en función de los recursos existentes en su barrio o municipio. Por ello, una oferta suficiente y cercana, en la que se coordinen los servicios de educación, juventud, cultura, deporte y servicios sociales, puede marcar una diferencia importante en la experiencia cotidiana de niños, niñas y adolescentes.

Veranos en ciudades cada vez más cálidas

A los desafíos tradicionales de la conciliación se suma una cuestión cada vez más presente: el impacto de las altas temperaturas. Las olas de calor son más frecuentes e intensas que hace apenas unas décadas. Durante buena parte del verano, muchas ciudades registran temperaturas que dificultan el uso habitual de calles, plazas y espacios abiertos, especialmente en las horas centrales del día.

Esta realidad obliga a pensar el bienestar infantil también desde las condiciones ambientales en las que se desarrolla la vida cotidiana. Disponer de parques con sombra, zonas verdes accesibles, espacios de juego adaptados y equipamientos climatizados se ha convertido en una necesidad creciente.

En este contexto han adquirido especial relevancia los llamados refugios climáticos. Bibliotecas, centros culturales, centros juveniles, polideportivos y otros equipamientos públicos pueden ofrecer espacios seguros y confortables durante los episodios de calor extremo. Al mismo tiempo, estos lugares pueden seguir desempeñando funciones educativas, culturales y de socialización.




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La adaptación de las ciudades al cambio climático exige también repensar los espacios urbanos desde la perspectiva de la infancia: más sombra, más vegetación, más espacios de encuentro y más equipamientos abiertos durante los meses estivales.

Una nueva mirada sobre el verano

Quizá ha llegado el momento de dejar de entender el verano únicamente como un problema de calendario o como un periodo que hay que llenar de actividades mientras los adultos trabajan. Además de preguntarnos cómo conciliar, conviene preguntarnos cómo queremos que vivan el verano quienes pasan buena parte de estos meses en la ciudad.

Las respuestas no pasan necesariamente por crear nuevos recursos, sino por fortalecer y coordinar mejor los que ya existen. Ampliar la programación estival de bibliotecas y centros culturales, abrir instalaciones deportivas durante más horas, consolidar programas municipales de ocio educativo, reforzar los refugios climáticos, facilitar medidas de flexibilidad laboral y mejorar la coordinación entre los distintos servicios públicos son algunas de las iniciativas que pueden contribuir a mejorar la experiencia estival de la infancia.

The Conversation

Mª Pilar Rodrigo Moriche no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Vacaciones en la ciudad: ¿qué necesitamos para un ocio infantil de calidad? – https://theconversation.com/vacaciones-en-la-ciudad-que-necesitamos-para-un-ocio-infantil-de-calidad-286683