Comment faire face aux vagues de chaleur à Paris ? La piste du refroidissement passif hybride

Source: The Conversation – in French – By Pascal Clain, Enseignant chercheur en sciences de l’ingénieur, Pôle Léonard de Vinci

Des températures élevées sont attendues en France les prochains jours. Les vagues de chaleur posent un défi inédit pour nos villes de climat tempéré où, pendant longtemps, la priorité était au contraire de lutter contre le froid. Plutôt que de dépendre exclusivement de la climatisation, le refroidissement passif hybride propose de s’inspirer des bonnes pratiques des climats arides et semi-arides. L’approche tient en trois points : empêcher la chaleur d’entrer dans les bâtiments, la stocker grâce à des matériaux présentant une forte inertie thermique et, enfin, la restituer la nuit grâce à des mécanismes de ventilation naturelle.


L’augmentation des vagues de chaleur dans les climats tempérés place le confort thermique d’été au centre des préoccupations urbaines. Or, dans de nombreuses villes européennes, les bâtiments ont d’abord été conçus pour limiter les pertes de chaleur en hiver au moyen d’une isolation performante et d’enveloppes étanches. Ces choix, rationnels face au froid, deviennent problématiques lorsque les températures élevées persistent plusieurs jours et que la nuit ne permet plus d’évacuer l’énergie accumulée en journée.

On parle de « nuits tropicales » lorsque la température ne descend pas en dessous de 20 °C la nuit, empêchant le corps de récupérer. Quand cette situation se répète, la canicule peut devenir une crise sanitaire, avec des risques accrus pour les personnes âgées ou malades, d’autant plus lorsqu’elles vivent dans des logements défavorables à la ventilation. Lors de la canicule de 2003, à Paris, la température a dépassé les 39 °C, avec neuf jours de températures supérieures à 35 °C, causant 14 800 décès, dont un tiers en Île-de-France.

Face à cette situation, la climatisation apparaît souvent comme la réponse la plus directe et immédiate : on baisse la température quasiment instantanément. Mais à grande échelle, cette solution peut devenir une forme de maladaptation en augmentant les consommations électriques lors des pics de chaleur, créant une pression accrue sur les réseaux énergétiques et en rejetant de la chaleur localement dans l’espace extérieur.

Sans oublier que l’accès à la climatisation est socialement inégal. Selon une étude de l’agence de la transition écologique (Ademe), datant de 2020, le principal obstacle à l’achat d’une climatisation est financier, avec 37 % des professions libérales, cadres et professions intellectuelles supérieures qui ont installé une climatisation, contre seulement 19 % des ménages dont la personne de référence est sans emploi ou inactive.

Pour améliorer l’adaptation des villes sans créer de nouveaux problèmes (surconsommation électrique, augmentation locale des températures extérieures…), une autre approche gagne peu à peu du terrain : le refroidissement passif hybride (ou hybrid passive cooling). Il ne s’agit pas d’éliminer toute technologie fondée sur la ventilation mécanique ou la climatisation, mais de les réserver à un rôle d’appoint, en faisant des mécanismes passifs la base du confort.




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Qu’est-ce que le refroidissement passif hybride ?

Pour comprendre ce que recouvre réellement le refroidissement passif hybride, il faut aller au-delà du simple inventaire technique. Il recoupe des mécanismes complémentaires qui remplissent trois fonctions thermiques fondamentales : la prévention, le stockage et la dissipation de la chaleur.

  • Par « prévention », on décrit tout ce qui empêche la chaleur de rentrer dans le bâtiment : ombrage, orientation des espaces, limitation des surfaces vitrées exposées, ou encore dispositifs extérieurs thermoréflectifs, par exemple la technologie développée par la société Cool Roof.

  • La deuxième idée est de stocker temporairement la chaleur afin d’atténuer les pics de température en intérieur. Les matériaux à forte inertie thermique comme le béton, la pierre ou la terre permettent cette accumulation de chaleur. Plus récemment, les matériaux à changement de phase (ou MCP) ont été développés pour augmenter cette capacité de stockage. En absorbant la chaleur lors de leur transition d’état, ils fonctionnent comme un tampon thermique, capable de lisser les variations de température sans augmenter massivement l’épaisseur des parois.

  • La dissipation, enfin, consiste à extraire la chaleur accumulée dans le bâti. C’est ici que la ventilation naturelle occupe une place centrale. Lorsque les conditions extérieures le permettent, notamment la nuit, l’air extérieur plus frais peut être utilisé pour évacuer la chaleur stockée dans la structure. Sans cette étape de régénération, les stratégies de stockage perdent leur efficacité et le bâtiment est progressivement saturé en chaleur.

Ces trois fonctions forment une chaîne : prévenir réduit la quantité de chaleur à stocker, stocker amortit les pics de température, dissiper réinitialise le système. Or, dans la plupart des configurations décrites, la ventilation naturelle apparaît comme l’élément structurant.

Celle-ci est rarement suffisante toute seule, surtout dans des contextes urbains denses où les flux d’air sont contraints par des mécanismes de ventilation spécifiques. En revanche, elle devient déterminante lorsqu’elle est intégrée dans un ensemble de stratégies de refroidissement cohérent. Lorsque les températures deviennent trop élevées ou que les conditions extérieures ne permettent plus d’évacuer suffisamment de chaleur, des systèmes mécaniques (ventilation mécanique contrôlée, voire dans certains cas climatisation) peuvent intervenir. C’est précisément cette combinaison qui caractérise le refroidissement passif hybride




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Architecture et gestion de la chaleur, un héritage avant tout culturel

Les principes mobilisés par le refroidissement passif hybride ne sont pas nouveaux.

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Les badgirs (ou « attrape-vent ») sont des dispositifs architecturaux permettant de tirer parti du vent pour refroidir les bâtiments. L’image représente une de ces tours à Kerman, en Iran.
Bernard Gagnon, CC BY-SA

Dans les régions arides et semi-arides, les populations ont longtemps vécu sans climatisation ni ventilation mécanique, en s’appuyant sur des architectures capables de capter le vent, de créer de l’ombre ou encore d’utiliser l’inertie des matériaux, c’est-à-dire leur capacité à stocker la chaleur le jour puis à l’évacuer la nuit lors de la baisse des températures.

Mais l’efficacité de ces systèmes ne tient pas uniquement à leur conception. Elle repose sur une gestion quotidienne. Les ouvertures, par exemple, ne sont pas réalisées au hasard. Elles sont gérées selon un cycle thermique déterminé. On limite les entrées d’air pendant les heures les plus chaudes, puis on ouvre en grand quand l’air redevient plus frais, notamment la nuit, pour purger la chaleur stockée.

Cette logique contraste avec certaines pratiques contemporaines. En effet, dans de nombreux bureaux climatisés aujourd’hui, les fenêtres restent fermées, car la régulation thermique est confiée presque entièrement à des systèmes mécaniques et électroniques. L’argument est le suivant : ouvrir les fenêtres est contre-productif si le système est en phase de climatisation, mais l’usager des bâtiments n’a que rarement la main sur ces systèmes.

Il faut aussi souligner que, dans les sociétés contemporaines équipées de climatisation, le confort est souvent défini comme une température intérieure stable et constante. Dans de nombreuses pratiques ancestrales, au contraire, le confort repose sur un équilibre plus dynamique : les habitants adaptent leurs comportements, leurs activités ou leur localisation pour maintenir des conditions supportables.

À Yazd, en Iran, les maisons traditionnelles combinent des dispositifs passifs comme les tours à vent, les murs épais et les espaces semi-ouverts, qui maintiennent naturellement des conditions plus fraîches. Mais ces dispositifs ne fonctionnent pas seuls. En milieu de journée, les pièces en étage exposées sont délaissées au profit des espaces plus massifs ou en contact avec le sol, comme les pièces basses ou les sous-sols. Les ouvertures donnant sur l’extérieur chaud sont fermées. Les espaces semi-ouverts ventilés, comme les loggias, sont utilisés en soirée ou la nuit pour dormir et se reposer.

Autrement dit, la performance du refroidissement passif résulte de l’interaction entre les bâtiments et les pratiques. C’est l’architecture qui va rendre certaines actions possibles (ombre, ventilation, inertie) ou impossibles, et ce sont les usages qui les mettront réellement en œuvre.

Des bâtiments innovants à Paris

À l’échelle des villes, la nécessité de solutions de refroidissement sobres en énergie se traduit de plus en plus en dispositifs concrets. À Paris, par exemple, la réponse à la chaleur associe plusieurs familles d’actions : solutions vertes (arbres, végétalisation), bleues (eau) et grises (matériaux, ombrage, aménagements bâtis) comme les « îlots frais » réalisés par Fraîcheur de Paris (société gestionnaire du réseau de froid parisien) en 2018 et 2019.

Dans ce cadre, certains équipements et bâtiments publics mobilisés en période de canicule s’appuient naturellement sur ces principes : ombrage extérieur, matériaux présentant une forte inertie thermique, ventilation et gestion du cycle jour/nuit. La climatisation est mobilisée, mais plutôt comme un filet de sécurité lorsque les conditions deviennent extrêmes. Autrement dit, le refroidissement passif hybride s’intègre déjà, de façon plus ou moins explicite, dans la manière dont une grande ville structure sa stratégie d’adaptation à la chaleur.

Un exemple concret à Paris est la médiathèque James-Baldwin (XIXᵉ), qui articule réhabilitation d’un ancien bâtiment et construction neuve en misant sur une logique de refroidissement passif hybride. On y retrouve ses trois grands principes : prévenir, stocker et dissiper.

  • Pour prévenir l’entrée de chaleur, le bâtiment multiplie les protections : brise-soleil orientables, coursive de bois en façade sud, résille en bois et végétalisation qui accentuent l’ombre et réduisent l’échauffement des parois.

  • Pour stocker sans surchauffer trop vite, la médiathèque tire parti du béton du bâtiment réhabilité, tout en ayant amélioré l’enveloppe au moyen d’une isolation thermique extérieure en fibre de bois.

  • Enfin, pour dissiper la chaleur, la clé réside dans la ventilation naturelle, en particulier nocturne pour purger la chaleur accumulée lorsque l’air extérieur redevient plus frais.

Le refroidissement, un système sociotechnique

Mais le refroidissement passif hybride ne se limite pas à l’ajout de brise-soleil ou de matériaux innovants. En effet, une ventilation nocturne ne produit son effet que si les ouvertures peuvent être utilisées dans des conditions acceptables de sécurité et de confort pour les occupants. Un dispositif d’ombrage n’est protecteur que s’il est correctement positionné et réellement utilisé. Un matériau de stockage n’est utile que si la dissipation ultérieure est assurée.

La performance ne réside donc pas uniquement dans la technologie, mais dans l’articulation entre dispositifs, pratiques et coordination entre concepteurs, gestionnaires et usagers des bâtiments.

À mesure que la chaleur devient un paramètre déterminant pour qualifier l’environnement urbain, le refroidissement ne peut plus être pensé comme un simple équipement individuel ajouté en fin de chaîne. Il doit être compris comme un système sociotechnique à part entière, où la conception architecturale, les principes physiques et l’organisation des usages forment un tout.

Autrement dit, il ne s’agit plus seulement de recourir à des machines pour obtenir un ajustement de température, mais d’organiser durablement la gestion de la chaleur dans les bâtiments.

Cela nécessitera aussi d’impliquer davantage les occupants, en adaptant concrètement l’usage des espaces :

  • éviter les pièces les plus exposées aux heures chaudes,

  • privilégier les zones qui restent naturellement plus fraîches, comme les pièces épaisses ou situées en partie basse,

  • et enfin, déplacer certaines activités selon les moments de la journée, par exemple réserver le repos aux heures les plus chaudes dans les pièces les plus fraîches, et reporter les tâches domestiques aux périodes plus tempérées, le matin ou en soirée.


Cet article a été développé et co-écrit avec Stanislav Mukhamedov, étudiant en école d’ingénieur à l’ESILV majeure EVD, dans le cadre de son travail de recherche sur l’adaptation des grandes métropoles aux vagues de chaleur.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Comment faire face aux vagues de chaleur à Paris ? La piste du refroidissement passif hybride – https://theconversation.com/comment-faire-face-aux-vagues-de-chaleur-a-paris-la-piste-du-refroidissement-passif-hybride-279680

Qu’est-ce que le rafraîchissement passif ?

Source: The Conversation – in French – By Benjamin Brigaud, Professeur en géologie et géothermie, Université Paris-Saclay

Comment rendre la chaleur à l’intérieur des bâtiments plus tolérable ? On pense volontiers d’abord à la climatisation, mais d’autres approches, à la consommation d’énergie réduite, voire nulle, peuvent également être mobilisées. On parle alors de rafraîchissement passif.


Le rafraîchissement passif s’impose depuis plusieurs années. L’expression désigne l’ensemble des solutions permettant d’abaisser la température d’un bâtiment ou de limiter son réchauffement lors des saisons estivales ou des épisodes de fortes chaleurs, tout en ayant une consommation énergétique réduite, voire nulle.

Les épisodes de canicule, de plus en plus longs et fréquents du fait du changement climatique, nous rappellent que refroidir nos bâtiments n’est pas qu’un enjeu de confort, mais aussi un enjeu de santé publique pour les décennies à venir.

C’est particulièrement le cas dans les régions du globe où les températures dépassent régulièrement 40 °C, ou encore pour les personnes vulnérables comme les personnes âgées, les jeunes enfants ou les personnes malades. Le rafraîchissement peut également être tout simplement nécessaire pour des questions de confort thermique.

Climatiser, pour le meilleur ou pour le pire ?

À l’heure actuelle, le rafraîchissement des bâtiments repose aujourd’hui essentiellement sur l’usage des climatiseurs, qui présentent l’inconvénient d’être très énergivores.

La climatisation estivale d’un logement peut ainsi engendrer un surplus de consommation d’électricité de l’ordre de 15 %. Certes, l’impact carbone de cette consommation reste relativement limité en France, grâce à une production d’électricité bas carbone, mais ce n’est pas le cas dans de nombreux pays. À l’échelle mondiale, le refroidissement représentait 18,5 % de la consommation totale d’électricité du secteur du bâtiment en 2016, contre 13 % en 1990.

En plus de leur forte consommation énergétique, les climatiseurs présentent aussi l’inconvénient de rejeter de la chaleur à l’extérieur, contribuant à l’effet d’îlot de chaleur bien connu dans les villes. À titre d’exemple, à Paris, leur usage estival pourrait être responsable d’une augmentation allant jusqu’à 2 °C de la température extérieure dans certains quartiers.




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Les leviers principaux : aération, architecture et urbanisme

Dans ce contexte, les solutions consommant peu ou pas d’énergie (par définition, il s’agit des solutions de rafraîchissement passif) sont de plus en plus recherchées. Celles-ci comprennent une large gamme de pratiques et de dispositifs.

Il existe par exemple des pratiques très simples qui favorisent la ventilation naturelle, comme ouvrir les fenêtres au petit matin pour abaisser la température intérieure de quelques degrés, puis fermer les volets et fenêtres durant la journée afin de limiter les apports de chaleur. Ce premier niveau peut-être actionné facilement, même en l’absence de dispositifs spécifiques.

Les maisons traditionnelles de l’île de Santorin, en Grèce, sont un exemple d’architecture cycladique, avec des bâtiments blanchis à la chaux et une structure traversante (fenêtres sur deux faces opposées) afin de profiter du vent pour aérer et rafraîchir les pièces.
Pexels/Paulo Veloso

La conception architecturale peut également être optimisée afin d’améliorer la ventilation naturelle : par exemple, en orientant les constructions afin de limiter les obstacles à la circulation du vent, en tenant compte de la topographie du milieu (relief, plaine, colline…), ou encore de l’implantation des autres bâtiments alentours.

Il est ainsi possible d’opter pour des architectures favorisant la ventilation naturelle en s’inspirant des constructions traditionnelles, comme les bâtiments en U, ouverts sur les vents dominants, ou les cours intérieures ombragées, équipées de puits fonctionnant comme des cheminées évacuant l’air chaud.

Enfin, on peut réduire l’exposition directe au soleil, par exemple en concevant des rues étroites, comme à Masdar aux Émirats arabes unis.




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Le choix des matériaux et de la végétalisation

Certains matériaux de construction naturels, comme le calcaire (et, par extension, les enduits à la chaux) ou la vase, sédiment composé d’argile, régulent efficacement les températures. Ils absorbent l’eau lors des périodes humides ou fraîches (comme la nuit). Cette eau s’évapore pendant une partie de la journée lors de l’augmentation des températures, provoquant un effet de rafraîchissement diurne.

La végétalisation des zones urbaines participe également au rafraîchissement passif et lutte contre les îlots de chaleur. En effet, en plus de faire de l’ombre aux façades, les arbres rafraîchissent leur environnement grâce à l’évapotranspiration. L’eau émise lors de la transpiration des feuilles et son évaporation limitent ainsi l’échauffement de l’air environnant l’arbre.

Il est également possible d’agir sur les vitrages en travaillant les propriétés optiques des verres. Certains verres isolants filtrent des longueurs d’onde spécifiques dans l’infrarouge solaire tout en permettant l’évacuation du rayonnement infrarouge thermique émis par le bâtiment. Les vitrages dits « actifs », capables de modifier leur teinte au fil des saisons, peuvent grandement limiter le réchauffement des bâtiments en journée.

Tirer parti de la fraîcheur du sous-sol avec la géothermie

Une autre solution très efficace est de mobiliser la fraîcheur de notre sous-sol, autrement dit le potentiel géothermique de surface.

À quelques mètres de profondeur, sous les latitudes tempérées, la température du sous-sol reste stable autour de 12 °C toute l’année. Cette fraîcheur est exploitée depuis l’Antiquité avec la technique du puits climatique, aussi appelé « puits provençal », quand il s’agit de refroidir.

Schéma d’un puits climatique.
Ademe-BRGM

Le principe consiste à faire circuler vers l’habitation de l’air extérieur dans une canalisation enterrée entre 2 et 4 mètres de profondeur. L’hiver, l’air transporté se réchauffe de quelques degrés (le sol étant, à cette profondeur, plus chaud que l’air, car moins soumis aux écarts de températures jour/nuit). L’été, le sol reste plus frais : l’air transporté par la canalisation peut ensuite rafraîchir le bâtiment.

Une autre solution de rafraîchissement passif fondée sur la géothermie consiste à capter l’eau souterraine à 12 à 15 °C dans un puits vertical de quelques dizaines de mètres de profondeur, ou à installer dans un forage une sonde géothermique, constituée généralement d’un tube en U contenant un fluide caloporteur. Grâce à un échangeur thermique, la fraîcheur du sous-sol est alors directement transmise au réseau émetteur du bâtiment (plancher ou plafond rafraîchissant, radiateur à eau, ventilo-convecteur, centrale de traitement de l’air…), sans recourir à une pompe à chaleur géothermique. On parle alors de geocooling, ou géorafraîchissement.

Cette méthode est particulièrement performante, caractérisée par des coefficients de performance de 30 à 50. Autrement dit, pour 1 kilowattheure (kWh) consommé par la pompe de circulation, 30 à 50 kWh de fraîcheur peuvent être restitués.


Cet article est publié en partenariat avec la Délégation générale à la langue française et aux langues de France du ministère de la culture.

The Conversation

Benjamin Brigaud est également membre de l’Institut universitaire de France (IUF). Il a reçu divers financements publics, de l’Université Paris-Saclay, de l’Institut universitaire de France, de la région Ile-de-France et de l’Agence nationale de la recherche (ANR-22-EXSS-0011).

ref. Qu’est-ce que le rafraîchissement passif ? – https://theconversation.com/quest-ce-que-le-rafraichissement-passif-272210

Comment fonctionnent les climatiseurs et pompes à chaleur ? L’éclairage de la thermodynamique

Source: The Conversation – in French – By Alexandre Malley-Ernewein, Maître de Conférence au CETHIL (Centre d’Energétique et de Thermique de Lyon – UMR5008), Université Claude Bernard Lyon 1

De fortes chaleurs sont attendues sur la France dans le courant des prochains jours. Face à des étés toujours plus chauds, la climatisation est de plus en plus incontournable dans les commerces et les logis. Dans le même temps, les pompes à chaleur s’imposent pour chauffer de façon plus performante pendant la saison froide. Comment fonctionnent ces appareils ? Ils s’appuient en réalité sur les mêmes bases thermodynamiques. Mais attention : le changement climatique pourrait bien leur faire atteindre leurs limites physiques.


Après ceux de 2002 et de 2022, l’été 2025 a été le troisème été le plus chaud en France : deux vagues de chaleur l’ont marqué de par leur précocité, leur intensité et leur durée. Ainsi, l’été dernier a enregistré une anomalie thermique de + 1,9 °C (+ 3,3 °C pour juin).

En raison du changement climatique, et même lorsque nos sociétés auront atteint la neutralité carbone, la fréquence et l’intensité de ces épisodes de fortes chaleurs vont continuer à augmenter pendant plusieurs décennies. En conséquence, un sujet s’est imposé dans les discussions : la climatisation, en tant que moyen d’adaptation au changement climatique.




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Avant même de débattre de la pertinence d’installer des climatiseurs et de mesurer leurs impacts (énergétique, sonore, thermique), il faut comprendre comment fonctionnent ces équipements. Les climatiseurs (et plus généralement, les systèmes de refroidissement) sont la directe application des principes d’une branche des sciences physiques, la thermodynamique, dont l’objet est l’étude des transferts d’énergie – en particulier de chaleur.

Spontanément, un transfert de chaleur survient du milieu présentant la température la plus élevée (la source chaude) vers celui de la plus faible température (la source froide). Par exemple, quand la température extérieure est supérieure à celle d’un local, le transfert de chaleur se produit de l’extérieur vers l’intérieur par l’intermédiaire des parois du bâtiment.

Un système de climatisation permet d’effectuer l’opération inverse, grâce à un apport d’énergie externe : prélever de l’énergie de la source froide (l’intérieur) pour la transférer vers la source chaude (l’extérieur). Il est alors possible de refroidir l’intérieur en rejetant l’énergie à l’extérieur, même s’il y fait plus chaud. Le principe de fonctionnement d’une pompe à chaleur (PAC) est le même : un local peut-être chauffé en récupérant de l’énergie à l’extérieur, alors même qu’il y fait plus froid.

Pour comprendre comment tout cela est possible, il faut mobiliser les savoirs issus de la thermodynamique.

Le cycle frigorifique, au cœur des climatiseurs et pompes à chaleur

Pour opérer ce transfert d’énergie, on tire parti des propriétés d’un fluide dit « frigorigène ». Ces derniers ont la particularité de pouvoir changer d’état, c’est-à-dire de passer d’une phase liquide à gazeuse et inversement. C’est souvent cette caractéristique qui sera utilisée pour extraire la chaleur.

On parle de « cycle frigorifique » pour décrire les quatre transformations successives qui sont permises par l’utilisation d’un climatiseur ou d’une pompe à chaleur.

Ces transformations peuvent être représentées sur un diagramme enthalpique, aussi appelé « diagramme de Mollier ». L’enthalpie est une grandeur physique souvent utilisée en thermodynamique. Elle peut être envisagée comme un potentiel énergétique qui inclut à la fois les énergies thermique (chaleur) et mécanique, en lien avec des variations de pression et de volume du système.

Schéma d’un diagramme de Mollier, avec les zones d’états et une isotherme (le long de celle-ci, la température est constante).
Fourni par l’auteur

Cette représentation peut sembler complexe à première vue, mais elle permet de visualiser rapidement l’évolution du fluide frigorigène et, en particulier, ses changements d’état. Elle présente la pression du fluide en ordonnée et son enthalpie en abscisse.

Ce diagramme est divisé en trois parties par la « cloche » qui est en son centre, nommée « courbe de saturation ». Celle-ci indique la limite entre différents états du fluide : à droite, le fluide à l’état de vapeur et, à gauche, le fluide sous forme de liquide. La zone située sous la courbe correspond à l’état de mélange liquide-vapeur du fluide.

Ce diagramme sert à représenter les transformations du cycle frigorifique, comme le montre le schéma ci-dessous.

Schéma d’un diagramme de Mollier, avec représentation des quatre transformations d’un cycle frigorifique simple.
Fourni par l’auteur

Les étapes sont les suivantes :

  • 1 à 2 : le fluide frigorigène est à l’état de vapeur ; il est comprimé, ce qui fait augmenter sa pression et sa température ainsi que son enthalpie. C’est le seul apport d’énergie du cycle. Celle-ci est sous forme d’énergie mécanique, produite par un compresseur, qui lui-même consomme de l’électricité.

  • 2 à 3 : le fluide, toujours à l’état de vapeur, mais à haute pression et haute température, traverse alors un échangeur de chaleur, dans lequel il va céder de l’énergie thermique à la source chaude (pour un climatiseur, l’air extérieur, pour une PAC en hiver, l’air intérieur), celle-ci étant nécessairement à une température plus basse que celle du fluide. Cet échangeur est appelé « condenseur », car ce refroidissement provoque la condensation de la vapeur qui devient liquide. L’enthalpie du fluide diminue alors.

  • 3 à 4 : le fluide traverse un détendeur, où un changement de section de la conduite fait baisser la pression.

  • 4 à 1 : le fluide, désormais majoritairement liquide, à basse pression et basse température, traverse un échangeur où il reçoit de la chaleur de la source froide (pour un climatiseur, l’air intérieur, pour une PAC en hiver, l’air extérieur), son enthalpie augmente. Cet échangeur est appelé « évaporateur », car le fluide frigorigène y passe de l’état liquide à celui de vapeur.

Le cycle frigorifique permet de, simultanément, refroidir et réchauffer les températures de deux milieux, par exemple intérieur et extérieur, en transférant de l’énergie de l’un à l’autre.
MakiZen, CC BY-NC-SA

Ces transformations peuvent sembler contre-intuitives, car le fluide frigorigène cède de la chaleur majoritairement sans changer de température, mais en changeant d’état. C’est la différence entre chaleur sensible – liée à un changement de température – et chaleur latente – liée à un changement d’état de la matière.

Le cycle est entretenu tant qu’il y a un besoin de transférer de la chaleur de la source froide à la source chaude, grâce au fonctionnement du compresseur qui met le fluide en mouvement.

Les « splits » extérieurs des pompes à chaleur et climatiseurs font désormais partie des paysages urbains.
Joost J. Bakker/Flickr, CC BY-NC

Lorsqu’un climatiseur est utilisé pour rafraîchir un local, le condenseur est placé à l’extérieur (le « split » extérieur) et l’évaporateur à l’intérieur (la « cassette »).

Dans le cas d’un système réversible, capable de chauffer en hiver et de refroidir en été, les échangeurs changent de rôle en fonction des saisons, à l’aide d’une vanne 4 voies.

Des systèmes poussés à leurs limites physiques par le changement climatique

Une des principales limites des climatiseurs réside dans leur principe même : leurs performances dépendent des caractéristiques du fluide frigorigène, mais aussi fortement des températures des sources froide et chaude.

Par exemple, l’énergie nécessaire à la compression augmente avec l’écart entre les températures des sources. Le coefficient de performance (COP), c’est-à-dire le rapport entre la chaleur extraite à l’évaporateur et l’électricité consommée, va alors baisser en proportion. C’est d’ailleurs pour cela que la consommation des pompes à chaleur, en hiver, augmente lorsque les températures extérieures diminues. Elles sont parfois munies, pour compenser la baisse du COP lors de températures extérieures très basses, de résistances électriques pour fournir un chauffage d’appoint.

En outre, un fluide frigorigène a des caractéristiques fixes, notamment l’enthalpie de changement d’état (et, en particulier, celle pour passer de l’état liquide à gazeux, que l’on appelle souvent « chaleur latente de vaporisation »), qui dépend de la pression et de la température. Si la température de la source chaude augmente, il ne sera peut-être pas possible de comprimer indéfiniment le fluide pour pouvoir lui céder de la chaleur. Autrement dit, on peut atteindre les limites physiques du cycle frigorifique pour le fluide utilisé.

Or, en France, avec le changement climatique, la température extérieure – la source chaude – va continuer à augmenter en été. Ainsi, un climatiseur installé en 2000 ou en 2020 ne sera pas nécessairement toujours capable de refroidir en 2035.

Par ailleurs, ces fluides ont un pouvoir de réchauffement bien supérieur à celui du CO₂, ce qui questionne leur usage en raison du risque de fuites. C’est pourquoi une réglementation de plus en plus contraignante s’applique à ces produits.

Des risques de « maladaptation » pour les villes

Dans ce contexte, deux problématiques vont se poser pour les villes : l’augmentation de la consommation électrique lors des périodes estivales et celle, locale, de la température dans les zones urbaines due au rejet de chaleur des climatiseurs.

Une étude de 2024 fondée sur des simulations numériques a ainsi montré, pour la ville de Toulouse (Haute-Garonne), que la généralisation de l’usage de la climatisation entraînerait une augmentation de la consommation énergétique en période estivale de 54 %. Si ces climatiseurs sont réversibles et peuvent assurer le chauffage en hiver, en fonctionnant comme une PAC, l’économie d’énergie sur l’année serait de l’ordre de 32 %, car ils ont un meilleur rendement que les chaudières et radiateurs qu’ils remplaceraient.

En 2012 déjà, d’autres simulations numériques montraient que, à Paris, l’augmentation locale de température due au rejet de chaleur pouvait atteindre 2 °C pendant une période de canicule similaire à celle de 2003. Ce résultat est toutefois à nuancer, car le modèle utilisé comporte des simplifications dans la représentation des phénomènes physiques. Ceci appelle à des études complémentaires.

Si les climatiseurs permettent d’évacuer la chaleur de nos lieux de vie, le changement climatique va exacerber leurs limites. Leur généralisation dans nos sociétés nous demande d’étudier leurs impacts sur nos environnements.

Dans tous les cas, elles ne sauraient être l’unique solution qui permettra d’assurer des conditions vivables, en particulier pour les publics les plus vulnérables (par exemple, personnes âgées, jeunes enfants, personnes malades).




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The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Comment fonctionnent les climatiseurs et pompes à chaleur ? L’éclairage de la thermodynamique – https://theconversation.com/comment-fonctionnent-les-climatiseurs-et-pompes-a-chaleur-leclairage-de-la-thermodynamique-273417

Coupe du monde de football : quel échange culturel dans l’Amérique de Trump ?

Source: The Conversation – in French – By Chuka Onwumechili, Professor of Communications, Howard University

La Coupe du monde masculine de football la plus multiculturelle de l’histoire se déroule aux États-Unis, à un moment où les ressortissants étrangers se sentent de moins en moins les bienvenus dans le pays.

La compétition de 2026 débutera le 11 juin avec des matchs au Canada, au Mexique et aux États-Unis. Les États-Unis accueilleront de loin le plus grand nombre de matchs, y compris la finale. Le Mondial 2026 accueillera également le plus grand nombre d’équipes participantes de l’histoire : 48.

Au cours de son histoire longue de près d’un siècle, la compétition est restée l’événement sportif par excellence, attirant le plus grand nombre de voyageurs. Certains dépensent des sommes colossales de leurs économies personnelles pour assister aux matchs et encourager leur pays et leurs équipes favorites.

Organisée tous les quatre ans, la Coupe du monde de la Fédération internationale de football association (FIFA) est un événement sportif majeur qui constitue une formidable occasion de rencontres et d’échanges culturels.

La Coupe du monde 2022 au Qatar a attiré 1,4 million de visiteurs dans un pays qui compte un peu plus de 2 millions d’habitants. Le nombre de voyageurs pour la Coupe du monde 2026 devrait chuter à 1,2 million, en partie à cause des mesures menées par l’Immigration and Customs Services (ICE), l’agence américaine chargée de l’application des lois sur l’immigration et les douanes (ICE). Ce chiffre reste néanmoins significatif.

En tant que professeur de communication interculturelle, fort de plusieurs décennies de recherche sur les liens entre culture et communication, je trouve la Coupe du monde particulièrement fascinante. L’afflux de voyageurs venus des quatre coins du monde crée des échanges culturels et humains d’une ampleur considérable.

La communication interculturelle naît lorsque des personnes ayant des croyances, des valeurs et des normes différentes entrent en contact. Les théoriciens de la communication culturelle décrivent ces échanges sur une courte période comme les premières étapes de l’acculturation, appelées phase de lune de miel.

Il s’agit d’une étape importante de la rencontre culturelle qui contribue à favoriser le bien-être social et l’apprentissage. Elle atténue l’anxiété dans un environnement culturel différent. Ces rencontres vont au-delà des stades qui accueilleront les matchs. Elles se produisent notamment dans les commerces de quartier, les transports, les bars et les hôtels. Même pour ceux qui suivent la compétition à distance.

Les matchs sur le terrain ont le pouvoir de transcender les questions politiques du moment et de créer une unité culturelle.

Football et échanges culturels

Les rencontres culturelles lors des précédentes Coupes du monde ont conduit à la diffusion de la culture des supporters à travers le monde. On peut penser à la célèbre « vague » dans les stades ou à l’utilisation de la vuvuzela, cette trompette en plastique colorée.

La vague consiste pour des groupes de supporters à se lever dans les gradins à tour de rôle, créant un mouvement spectaculaire devenu populaire dans le monde entier. Elle se serait répandue dans la plupart des pays du monde après les magnifiques scènes de « vague » observées lors de la Coupe du monde 1986 au Mexique.

Lors de la Coupe du monde 2010, une tradition sud-africaine consistant à souffler dans la vuvuzela s’est répandue dans le reste du monde. Des tentatives énergiques ont été faites pour la réprimer en raison du bruit qu’elle occasionnait. Mais quelques supporters ont perpétué la tradition.




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Les échanges culturels restent un aspect essentiel de la Coupe du monde. L’édition 2026 ne fera pas exception. Si la plupart des reportages médiatiques se concentrent sur les échanges spectaculaires comme la vague et la vuvuzela, d’autres ont lieu au niveau interpersonnel et au sein de petits groupes. Ces échanges peuvent être tout aussi durables. Ils favorisent des amitiés, l’apprentissage culturel et la lutte contre la haine culturelle et les stéréotypes.

Comment cela fonctionnera-t-il aux États-Unis ?

Les États-Unis constituent un lieu propice à de tels échanges culturels. Le pays a historiquement accueilli le plus grand nombre de migrants au monde et les interactions qui en ont résulté ont eu un impact culturel indélébile sur plusieurs générations. On trouve, par exemple, une importante population asiatique dans le nord-ouest du pays et une importante population mexicaine dans le sud.

Pourtant, en 2026, les États-Unis ont créé une situation peu accueillante pour les voyageurs potentiels. Les raids de l’ICE contre des populations migrantes présumées ont occupé l’actualité pendant des mois. Cela a eu des répercussions sur les chiffres.




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Les réservations d’hôtels sont bien en deçà des prévisions dans les 11 villes hôtes américaines. Un rapport affirme que le rythme des réservations est « inférieur aux attentes, même comparé à un mois de juin ou de juillet ordinaire sans événement majeur ». Human Rights Watch a exhorté la FIFA à faire pression sur le gouvernement américain pour qu’il instaure une « trêve ICE » pendant la compétition.

Un voyage coûteux

Les supporters qui espèrent assister à la Coupe du monde seraient également préoccupés par les prix des billets et des transports. Récemment, la plateforme de revente de la FIFA a mis en vente « quatre billets pour la finale au prix de 2,3 millions de dollars chacun ». Bien que la FIFA ne contrôle pas les prix sur son site de revente, elle prélève 15 % des frais d’achat à l’acheteur et 15 % au vendeur. Ainsi, la FIFA empocherait 690 000 dollars si un seul de ces billets se vendait à ce prix. C’est une somme astronomique pour un match de football.

Le président de la FIFA, Gianni Infantino, a justifié le coût élevé des billets en affirmant que ces prix reflètent le coût du marché américain. Pourtant, ces prix sont près de cinq fois plus élevés que lors de la dernière Coupe du monde au Qatar.

Dans le New Jersey, les responsables du réseau de transport ont finalement fixé le prix du trajet aller-retour en train à 105 dollars américains, suite à un tollé général. Une première proposition prévoyait un tarif de 150 dollars. Ce trajet coûte normalement 18 dollars.

Ces coûts élevés et les contrôles d’immigration très stricts liés à la participation à la Coupe du monde aux États-Unis sont probablement responsables de la baisse des réservations d’hôtels.

Diffusions mondiales

La diffusion mondiale des matchs suscite également des inquiétudes. La Chine et l’Inde, les deux pays les plus peuplés de la Coupe du monde, n’atteignent peut-être pas souvent les phases finales, mais ce sont des spectateurs assidus des matchs. Aucun des deux pays n’y a accès, car la FIFA n’a pas encore conclu d’accords de diffusion télévisée et numérique avec les fournisseurs de ces pays.

Lors de la Coupe du monde 2022, ces deux pays auraient représenté 22,6 % de l’audience télévisée mondiale totale. À elle seule, la Chine représentait 49,8 % des heures de visionnage sur les plateformes numériques et les réseaux sociaux. Le litige porte sur les sommes colossales exigées par la FIFA pour les droits de diffusion.




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La Coupe du monde offre des échanges culturels même à ceux qui la regardent depuis chez eux dans différentes parties du monde. Bien que cela ne soit pas aussi efficace que l’apprentissage culturel par le biais de contacts physiques, il existe tout de même des opportunités d’apprentissage, selon l’angle sous lequel les médias choisissent de couvrir l’événement.

La Coupe du monde masculine, qui fêtera ses 100 ans en 2030 et sera co-organisée par un pays africain (le Maroc), reste un événement clé pour favoriser la compréhension et les échanges culturels. Si la Coupe du monde 2026 continuera de porter cette vocation, elle a aussi révélé qu’elle peut être source de divisions.

The Conversation

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ref. Coupe du monde de football : quel échange culturel dans l’Amérique de Trump ? – https://theconversation.com/coupe-du-monde-de-football-quel-echange-culturel-dans-lamerique-de-trump-283328

L’opinion publique est-elle favorable à la régularisation des personnes sans papiers ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Jean-Michel Lafleur, Associate Director, Centre for Ethnic and Migration Studies / Coordinator of IMISCOE, Université de Liège

Dans un contexte de forte polarisation du débat politique sur les migrations, la question de la régularisation des personnes sans papiers suscite de vifs débats à travers l’Europe. Une nouvelle étude de l’Université de Liège montre à partir du cas belge qu’il existe un soutien dans l’opinion publique pour leur régularisation sous certaines conditions.


En avril 2026, l’Espagne a lancé un nouveau programme de régularisation des sans-papiers dont on estime qu’il bénéficiera à plus de 500 000 personnes. À la fin de l’année 2025, c’est l’Allemagne qui clôturait une campagne de régularisation lancée en 2023 et à laquelle ont candidaté plus de 80 000 personnes. Ces exemples récents – auxquels on pourrait ajouter les campagnes de régularisation italienne et portugaise durant la pandémie de Covid-19 – nous indiquent que ce type de campagne n’est en rien exceptionnel. Comme le soutient la recherche, ces campagnes constituent en réalité un dispositif à part entière des politiques migratoires européennes et permettent de répondre aux situations d’irrégularité causées à la fois par la demande de main d’œuvre des employeurs, par les aspirations des migrants à rejoindre l’Europe et par le nombre limité de voies légales pour le faire.

Bien qu’elles soient fréquentes, ces campagnes n’en suscitent pas moins de vives réactions dans le monde politique où la question des migrations – et, en particulier celle de la migration irrégulière – fait l’objet de débats hautement polarisés. C’est particulièrement le cas en Belgique ; mais aussi en France où Bruno Retailleau – candidat Les Républicains à la prochaine élection présidentielle — proposait récemment de mettre l’Espagne « au ban de l’Europe », du fait que sa récente campagne de régularisation serait contraire à ce que les Européens veulent.

Parmi les opposants à la régularisation, on entend souvent que ce type de politique encouragerait de nouveaux migrants à rejoindre l’Europe et à y séjourner de façon irrégulière, et que la régularisation ne bénéficie pas du soutien de l’opinion publique. Lors d’une précédente recherche conduite auprès de la population algérienne, nous avons déjà pu démontrer que « l’appel d’air » que causerait ce type de campagne de régularisation n’existe pas. En revanche, la question de l’existence ou non d’un soutien de l’opinion publique aux régularisations n’a reçu que peu d’attention des chercheurs jusqu’ici.

Opinion publique et migration

Il existe aujourd’hui de très nombreuses recherches scientifiques sur les facteurs qui façonnent l’opinion sur l’immigration en général. Elles nous informent que les caractéristiques individuelles (âge, genre, éducation, ethnicité…), mais aussi l’exposition aux médias et les contacts interpersonnels avec des personnes immigrées influent sur l’opinion à l’égard de l’immigration.

Par ailleurs, comme en attestent des sondages d’opinion, comme l’Eurobaromètre, l’opinion publique est généralement mal informée sur l’immigration.

S’agit-il dès lors uniquement de mieux informer l’opinion publique pour accroître le soutien aux campagnes de régularisation ? Bien que les études existantes ne permettent pas de conclure définitivement que les informations rectificatives augmentent le soutien à l’immigration, elles indiquent en revanche que la présentation d’informations factuelles sous forme de récits et de témoignages peut s’avérer plus convaincante que la simple présentation de statistiques.

De même, les travaux sur le rôle du cadrage dans l’analyse des discours ont montré que l’appel aux émotions est une stratégie de communication persuasive dans le domaine des migrations. De l’ensemble de ces travaux, nous pouvons donc conclure que le contenu et la forme du message sont susceptibles d’influer sur l’opinion des individus quant à la régularisation des personnes sans papiers.

Une nouvelle enquête à grande échelle auprès de la population belge

Dans une publication scientifique récente, nous présentons les résultats d’une expérimentation intégrée à une enquête conduite en ligne auprès d’un panel de 2 121 personnes représentatif de la population adulte résidant en Belgique.

Depuis la dernière campagne de régularisation organisée en 2009, le débat politique belge sur l’immigration s’est sensiblement polarisé. Le contexte semble donc peu propice à la mise en œuvre d’une nouvelle campagne de régularisation en dépit de la présence d’environ 112 000 personnes sans papiers sur le territoire dans un pays qui compte 11,8 millions d’habitants dont 20,2 % d’immigrés. Au contraire, l’actuel gouvernement fédéral de centre droit dirigé par le nationaliste flamand Bart de Wever entend plutôt mettre en œuvre – selon les termes de la ministre de l’asile et la migration Anneleen Van Bossuyt – « la politique d’asile et de migration la plus stricte jamais adoptée », car il s’agirait de « la politique que les gens demandent ».

Pour vérifier cette affirmation, nous avons voulu mesurer le soutien réel de la population belge à la régularisation des sans-papiers, mais aussi tester l’effet de cinq messages différents sur le niveau de soutien de l’opinion publique aux campagnes de régularisation.

Les participants à l’enquête – mise en œuvre par l’Institut de sondage Bpact en mars 2025 – ont dès lors été répartis aléatoirement entre un groupe de contrôle n’ayant reçu aucun message et cinq groupes expérimentaux ayant reçu un message d’environ 100 mots au sujet de la régularisation.

Ces messages présentaient :

  1. des données scientifiques sur les personnes sans papiers sous forme narrative ;

  2. le parcours émouvant d’une immigrée sans papiers menacée d’expulsion et soutenue par ses voisins ;

  3. les avantages économiques et sociaux de la régularisation des personnes sans papiers ;

  4. le double standard dans le traitement par les autorités des personnes sans papiers et celui des fraudeurs fiscaux ;

  5. les inégalités entre migrants fortunés bénéficiant d’accès privilégiés à la résidence en Europe et migrants défavorisés ayant peu d’options pour rejoindre l’Europe légalement.

Dans notre enquête, il a ensuite été demandé à tous les participants de se positionner par rapport à la régularisation des personnes sans papiers en général mais aussi par rapport à la régularisation qui serait limitée aux personnes sans papiers qui travaillent, à celles qui occupent un métier en tension ou à celles qui ont des attaches sociales durables en Belgique. La raison pour laquelle il est important de distinguer le soutien pour différents profils de personnes sans papiers est que même les programmes de régularisation les plus ambitieux, comme celui de l’Espagne en 2026, conditionnent la régularisation à des critères spécifiques.

Les résultats de notre enquête soulignent l’importance de cette approche différenciée. En effet, seuls 21 % des personnes interrogées estiment que les autorités devraient régulariser tous les immigrés en situation irrégulière. En revanche, 53 % sont favorables à la régularisation des personnes sans papiers qui travaillent, 54 % à la régularisation de ceux qui occupent un métier en tension et 45 % de ceux qui ont tissé des liens sociaux étroits dans le pays. Par ailleurs, il est important de noter qu’entre 20 % et 25 % des participants ne sont ni pour ni contre la régularisation de ces différentes catégories de personnes.

En ce qui concerne l’effet des cinq messages que nous avons testés, seuls deux ont produit un effet significatif. La mise en récit de données scientifiques sur les personnes sans papiers (message 1) produit une augmentation d’environ 7 points de pourcentage du soutien à la régularisation des personnes sans papiers en général, mais aussi de celles qui travaillent. L’exposition au récit de vie émouvant d’une personne sans papiers (message 2) suscite, quant à elle, une augmentation de 8 points de pourcentage du soutien à la régularisation des personnes ayant des attaches durables et même de 10 points de pourcentage pour les personnes occupant un métier en tension.

Que faire du soutien conditionnel de l’opinion publique à la régularisation ?

Au terme de l’analyse du cas belge, deux enseignements principaux se dégagent.

D’une part, si différencier le soutien à la régularisation selon certains critères peut soulever un problème moral – en risquant de hiérarchiser les immigrés entre « méritants » et « indésirables » –, cette approche peut aussi, dans un contexte d’opposition politique forte, servir de point d’entrée pour ouvrir le débat et élargir progressivement l’accès à la régularisation à d’autres groupes de personnes sans papiers.

D’autre part, l’étude apporte deux éléments clés aux responsables politiques. Elle montre qu’un soutien réel à la régularisation existe dans l’opinion publique, contrairement à certaines idées reçues. Elle indique aussi que ce soutien dépend fortement de la manière dont la politique est présentée : le choix du message et de son cadrage peut sensiblement accroître l’adhésion du public et réduire le risque électoral perçu.

The Conversation

Jean-Michel Lafleur a reçu des financements du FRS-FNRS, de la Politique Scientifique fédérale belge et de l’Union européenne

Abdeslam Marfouk ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’opinion publique est-elle favorable à la régularisation des personnes sans papiers ? – https://theconversation.com/lopinion-publique-est-elle-favorable-a-la-regularisation-des-personnes-sans-papiers-282631

La santé du cerveau : une priorité pour les pays du G7

Source: The Conversation – in French – By Guy Rouleau, Professor in the Department of Neurology and Neurosurgery, McGill University

Le cerveau humain, logé dans un crâne osseux, demeure en bonne partie un mystère pour l’ensemble de la communauté médicale.

Avec sa structure et son anatomie complexes, le cerveau compterait plus de 3 000 types de cellules, alors que la plupart des tissus n’en comptent pas plus d’une douzaine. C’est un organe dynamique, qui réagit à son environnement et évolue au fil du temps. Il est également difficile d’accès et fait rarement l’objet d’une biopsie.

Pourtant, le cerveau est au cœur de notre identité et de ce que nous sommes. C’est lui qui nous permet de penser, de communiquer, d’interagir avec les autres, de percevoir, de bouger et de découvrir le monde.

Nos sociétés et nos économies dépendent en grande partie de la capacité de notre cerveau à fonctionner de manière optimale. Compte tenu du vieillissement de la population et de la baisse des taux de natalité, nous sommes confrontés à une situation critique : il y a moins d’enfants et davantage de personnes âgées. Cette situation met en évidence la nécessité d’optimiser la santé cérébrale de chaque citoyen.

La réunion des pays du G7, qui se tient en juin 2026 à Évian, en France, est l’occasion de faire de la santé cérébrale une priorité fondamentale.




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Une population vieillissante

De nombreux facteurs influencent la santé cérébrale tout au long de la vie. Certains enfants naissent par exemple avec des troubles neurodéveloppementaux, comme une déficience intellectuelle, un trouble du spectre de l’autisme ou des troubles d’apprentissage.

D’autres connaissent des conditions de vie défavorables, telles que des soins prénataux insuffisants, une alimentation inadéquate ou des maltraitances, ce qui peut limiter le développement optimal du cerveau et augmenter le risque de troubles de la santé mentale.

Ces enfants pourraient avoir moins de chances de mener une vie heureuse et épanouie, et de contribuer à la réussite de notre société.

Un homme âgé marche bras dessus bras dessous avec une femme âgée qui utilise un déambulateur
Avec le vieillissement de la population, nous devrons accorder davantage d’importance à la santé cérébrale.
(Unsplash)

À l’autre extrémité de la vie, la population vieillissante est exposée à diverses maladies neurodégénératives liées à l’âge, qui sont source de souffrances. Les maladies d’Alzheimer et de Parkinson, la sclérose latérale amyotrophique (SLA) et d’autres formes de démence sont en hausse dans les pays du G7, entraînant une augmentation des dépenses de santé.

Des mesures de promotion de la santé

En tant que société, nous devons déployer des efforts considérables pour améliorer la santé cérébrale. Deux stratégies peuvent nous aider sur ce plan.

Premièrement, nous devons mettre en œuvre des interventions fondées sur des données probantes et dont l’efficacité est démontrée dans le domaine de la santé cérébrale. Pour les enfants, cela comprend notamment de bons soins prénataux, de la stimulation sensorielle, des interactions sociales actives, une alimentation saine, de l’activité physique et la prévention des traumatismes crâniens.

Children walk outdoors
Des études montrent que les enfants peuvent améliorer leur santé cérébrale en faisant de l’exercice et en jouant dehors.
(Unsplash)

Pour les adultes, il s’agit plutôt de réduire les facteurs de risque vasculaires, comme l’hypertension, l’hypercholestérolémie, le diabète, l’obésité et le tabagisme. On leur conseillera notamment d’adopter une alimentation saine, de faire de l’activité physique, de bien dormir et d’avoir une vie sociale.




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Ces stratégies éprouvées doivent être soutenues et encouragées par les gouvernements. Nous avons pu constater le succès spectaculaire des mesures antitabac mises en place dans des pays comme le Canada pour diminuer l’incidence de l’emphysème et du cancer du poumon. D’autre part, nous avons pu observer les effets d’une intervention gouvernementale tardive sur les taux de tabagisme dans des pays comme la France, où l’attachement culturel au tabac est important.

Financer la recherche sur le cerveau

Bien qu’il existe de nombreuses interventions éprouvées dans le domaine de la santé cérébrale, celles-ci sont généralement peu mises en pratique. Et même si tout le monde les adoptait, elles ne permettraient pas de réduire suffisamment les maladies neurodéveloppementales et neurodégénératives. La deuxième stratégie consiste à mettre au point de nouvelles mesures pour améliorer la santé cérébrale.

Pour y parvenir, nous avons besoin d’un financement ciblé et durable pour la recherche sur le cerveau à l’échelle mondiale, en particulier dans les pays du G7, qui sont confrontés au vieillissement de leur population et disposent des infrastructures et des moyens financiers nécessaires pour investir dans la recherche sur la santé cérébrale.

La génomique, la protéomique, la biologie des cellules uniques, l’imagerie cérébrale de pointe, l’intelligence artificielle, les cellules souches pluripotentes induites (CSPI) et les nouveaux modèles animaux doivent tous être mis à contribution pour approfondir notre compréhension du développement, du fonctionnement et de la dégénérescence du cerveau.




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Modèle de science ouverte

La grande complexité du cerveau et les défis liés à son étude nécessitent la collaboration d’importantes équipes scientifiques. C’est pourquoi il est essentiel d’adopter un modèle de recherche en science ouverte, permettant le partage rapide et libre des données, des algorithmes et des ressources, tout en préservant la confidentialité et l’indépendance.


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À titre d’exemple, pour exploiter pleinement le potentiel de l’intelligence artificielle (IA), il est nécessaire de rendre accessibles gratuitement de vastes ensembles de données de haute qualité.

C’est la raison pour laquelle les académies des sciences des pays du G7 recommandent aux dirigeants du G7 de faire de la santé cérébrale une priorité pour tous ses membres. Ils pourront ainsi améliorer la vie des citoyens et contribuer à l’épanouissement de nos sociétés.

La Conversation Canada

Guy Rouleau ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La santé du cerveau : une priorité pour les pays du G7 – https://theconversation.com/la-sante-du-cerveau-une-priorite-pour-les-pays-du-g7-283424

La fin de l’Association internationale des études québécoises : un signal inquiétant

Source: The Conversation – in French – By Christophe Premat, Professor, Canadian and Cultural Studies, Stockholm University

La fermeture annoncée de l’Association internationale des études québécoises (AIEQ) ne signifie pas seulement la disparition d’une organisation parmi d’autres. Elle oblige à réfléchir aux conditions concrètes qui rendent possible la circulation internationale des savoirs sur le Québec.

Dans l’espace académique contemporain, les idées, les corpus et les débats ne circulent pas spontanément. Leur diffusion dépend d’infrastructures souvent invisibles, faites de financements, de réseaux, de dispositifs de médiation et d’acteurs capables de les faire vivre. L’AIEQ a longtemps occupé cette position d’interface, à la fois discrète et structurante. Or, l’association est aujourd’hui menacée de fermeture à la suite du retrait du financement accordé par le ministère des Relations internationales et de la Francophonie (MRIF) du Québec, son principal soutien institutionnel.

Selon les justifications avancées par le gouvernement québécois, cette décision s’inscrirait dans une réorientation des priorités budgétaires et diplomatiques de la province, ainsi que dans une volonté de recentrer les interventions publiques sur des programmes jugés plus directement alignés avec les objectifs économiques et stratégiques du Québec.

Pour plusieurs acteurs du milieu universitaire et culturel, cette suppression de financement fragilise toutefois un instrument essentiel de diplomatie culturelle et scientifique, qui contribuait depuis près de trente ans au rayonnement international du Québec et des études québécoises.

Faire exister un objet d’étude à l’international

Créée en 1997 à l’initiative d’universitaires et d’institutions québécoises, avec le soutien du gouvernement du Québec, l’AIEQ vise à structurer et internationaliser le champ des études québécoises. Son financement repose principalement sur l’appui du gouvernement du Québec, notamment par l’intermédiaire du ministère des Relations internationales et de la Francophonie (MRIF), ainsi que sur des partenariats universitaires et scientifiques. Si le Québec constitue depuis longtemps un objet d’analyse pour les historiens, sociologues ou littéraires, sa reconnaissance internationale reste alors inégale et largement dépendante d’initiatives individuelles.

Être « québéciste », c’est souvent travailler depuis l’extérieur du Québec, que ce soit en Europe, en Amérique latine ou en Asie, sur sa littérature, son histoire, sa vie politique ou ses transformations sociales. C’est aussi, plus largement, participer à la construction d’un espace transnational de production et de circulation des savoirs sur le Québec.

Cet espace se construit d’autant plus difficilement que le Québec ne bénéficie pas, sur la scène académique mondiale, de la centralité d’autres espaces nationaux. L’un des apports essentiels de l’AIEQ a précisément été de contribuer à faire exister ce champ en reliant entre eux des chercheurs dispersés.

En tant que chercheur français en études canadiennes, je m’intéresse à la circulation des savoirs et des littératures francophones, une dynamique qui participe à la compétition de ce que l’on appelle les soft powers, c’est-à-dire les formes d’influence culturelle, intellectuelle et linguistique qu’un État ou un espace francophone exerce à l’international sans recourir à la contrainte politique ou militaire.




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Des réalisations concrètes, au cœur des trajectoires scientifiques

Pour mesurer ce rôle, il faut descendre au niveau des pratiques. Les dispositifs de soutien à la mobilité, à l’organisation d’événements scientifiques ou au développement de réseaux de recherche jouent un rôle structurant dans les parcours académiques. Ils permettent aux chercheurs et aux étudiants d’accéder à des ressources, d’intégrer des communautés scientifiques internationales et de développer des collaborations durables.

Ces initiatives favorisent également la circulation des savoirs et la visibilité des études québécoises et francophones dans différents espaces universitaires. En soutenant colloques, séjours de recherche, publications collectives ou partenariats institutionnels, elles contribuent à inscrire ces objets d’étude dans des dynamiques internationales de recherche et d’enseignement.

Dans un autre registre, les tournées d’écrivains québécois soutenues par l’AIEQ permettent à des publics étrangers de découvrir des œuvres souvent peu diffusées hors du Québec. Lorsqu’un chercheur est invité dans plusieurs universités européennes, ces rencontres ne relèvent pas uniquement de la médiation culturelle : elles alimentent directement les recherches, nourrissent les enseignements et suscitent de nouveaux projets scientifiques.

Ces exemples, parmi d’autres, illustrent une réalité fondamentale : l’AIEQ n’est pas seulement un bailleur de fonds ponctuel. Elle intervient au cœur des trajectoires scientifiques, en facilitant des rencontres, en ouvrant des accès et en rendant possibles des projets qui, autrement, resteraient à l’état d’intention.

Une économie des échanges savants

Pour comprendre pleinement ce rôle, il est utile de mobiliser les outils de la sociologie des champs intellectuels, notamment ceux développés par le sociologue français Pierre Bourdieu. Dans cette perspective, la production des savoirs ne peut être dissociée des conditions sociales de leur circulation. Les idées ne s’imposent pas uniquement par leur contenu, mais aussi par les réseaux qui les portent, les institutions qui les légitiment et les ressources qui permettent leur diffusion.

Dans cette perspective, l’AIEQ peut être envisagée comme un acteur de cette « économie des échanges savants ». Elle contribue à distribuer des ressources – financières, symboliques, relationnelles – qui permettent à certains objets, ici le Québec, de circuler dans l’espace académique international. Elle participe également à la constitution d’un capital collectif pour les chercheurs qui s’y rattachent, en leur offrant des occasions de visibilité et de reconnaissance.


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Dans cette perspective, la notion de québécisme prend un sens particulier. Elle ne renvoie pas seulement à un objet d’étude, mais à une position dans un espace de relations. Être québéciste, c’est occuper une place dans un réseau, bénéficier de certaines ressources, mais aussi contribuer à leur reproduction en participant à des projets collectifs, en organisant des événements ou en formant de nouveaux chercheurs.




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Une diplomatie culturelle sans appareil étatique direct

L’action de l’AIEQ déborde le strict cadre académique. En soutenant la diffusion internationale de la culture québécoise, elle participe à une forme de diplomatie culturelle qui ne passe pas exclusivement par les canaux étatiques traditionnels. Elle met en relation des institutions, des chercheurs et des publics, et favorise des circulations qui échappent en partie aux logiques strictement politiques.

Cette dimension est particulièrement visible dans les contextes où le Québec est peu présent dans les programmes universitaires. Dans certaines universités d’Europe centrale ou d’Asie, les études québécoises existent grâce à l’engagement de quelques individus et au soutien ponctuel d’organisations comme l’AIEQ. Sans ces relais, la présence du Québec dans ces espaces académiques serait beaucoup plus fragile, voire inexistante.

Une fragilité structurelle

Comme beaucoup d’infrastructures de ce type, l’AIEQ repose sur un équilibre précaire. Sa capacité d’action dépend de financements publics limités et de l’engagement d’un réseau de partenaires dispersés. Cette fragilité n’est pas exceptionnelle : elle caractérise plus largement les dispositifs qui soutiennent les sciences humaines et sociales, en particulier lorsqu’ils opèrent à l’échelle internationale.

La disparition de l’AIEQ ne signifie pas la fin des études québécoises. Les chercheurs continueront à travailler, à publier et à enseigner. Mais les conditions dans lesquelles ces activités se déploient seront modifiées. Les occasions de rencontre se raréfieront, les projets collectifs seront plus difficiles à mettre en place, et certains espaces académiques pourraient progressivement se détourner d’un objet devenu plus difficile d’accès.

Ce que révèle la disparition d’une infrastructure

Au-delà du cas particulier de l’AIEQ, c’est la question de la circulation des savoirs qui se trouve posée. Dans un monde académique qui valorise fortement l’internationalisation, les conditions matérielles et institutionnelles de cette internationalisation restent souvent sous-estimées.

L’exemple des études québécoises montre que cette circulation dépend d’acteurs intermédiaires capables de relier des espaces, de coordonner des initiatives et de soutenir des trajectoires. Lorsque ces acteurs disparaissent, ce ne sont pas seulement des structures administratives qui s’éteignent, mais des réseaux, des habitudes de collaboration et des formes de présence intellectuelle.

En ce sens, la fermeture de l’AIEQ ne constitue pas uniquement un événement institutionnel. Elle invite à prendre au sérieux ces infrastructures discrètes qui, sans produire directement des connaissances, en rendent la circulation possible. Et elle rappelle que la visibilité internationale d’un objet d’étude, loin d’être acquise, repose sur un travail collectif, patient et toujours fragile.

La Conversation Canada

Christophe Premat est directeur du Centre d’études canadiennes de l’Université de Stockholm. Il est membre de l’Association Internationale des Études Québécoises (AIEQ). Le Centre d’études canadiennes de l’Université de Stockholm a développé une stratégie de promotion des études québécoises pour la période 2026-2028. Il est co-rédacteur en chef de la Revue Nordique des Études Francophones qui a publié des entretiens avec des auteur.e.s québécois.e.s soutenu.e.s par l’AIEQ.

ref. La fin de l’Association internationale des études québécoises : un signal inquiétant – https://theconversation.com/la-fin-de-lassociation-internationale-des-etudes-quebecoises-un-signal-inquietant-281695

Agricultura de precisión, cuando la IA llega al campo

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Luis F. García del Moral Garrido, Profesor Emérito-Fisiología Vegetal, Universidad de Granada

Prathankarnpap/Shutterstock

Una mayor demanda de alimentos para una población mundial que superará los 9 500 millones en 2050; calentamiento global, con temperaturas récord y eventos extremos que aumentan los riesgos productivos; mayores costes de combustible, fertilizantes y fitosanitarios; envejecimiento rural (la edad media del agricultor español ronda los 61 años); falta de relevo generacional… Son algunos de los retos a los que se enfrenta la agricultura del siglo XXI. Sin olvidarnos de los elevados salarios agrícolas y de la inquietud para el sector agrario derivada de la firma del acuerdo UE-Mercosur.

En este contexto, la inteligencia artificial (IA) ha pasado en los últimos diez años de ser una utopía tecnológica a consolidarse como un apoyo imprescindible para el futuro de la agricultura, que puede ayudar a optimizar los recursos para producir mejor con menos costes.

Cosecha de datos

El primer paso para implementar la IA es recolectar datos valiosos que ayuden a optimizar la producción. Así, para conocer el estado fisiológico de las plantas, pueden usarse sensores electrónicos que miden humedad, temperatura, pH y nutrientes del suelo.

Existen drones con cámaras multiespectrales que sobrevuelan las parcelas midiendo índices de clorofila, estado hídrico y nutritivo de las plantas, así como robots agrícolas con visión computacional dirigidos por GPS.

Representación del satélite Landsat 8.
NASA/Goddard Space Flight Center Conceptual Image Lab., CC BY

Otros ejemplos son las imágenes de alta resolución obtenidas de satélites como Sentinel y LandSat, que detectan anomalías y evalúan la salud del cultivo.

Cultivos de precisión

Una vez enviados estos datos a plataformas digitales, algoritmos de IA pueden organizar en tiempo real el riego automatizado, la detección temprana de plagas y enfermedades antes de que se propaguen, la deficiencia o exceso de nutrientes, la gestión de insumos (energía, agua, fertilizantes y fitosanitarios) y la gestión remota.

Todo ello se engloba en lo que se conoce como agricultura de precisión, cuyo objetivo es aumentar la productividad, reducir costes y promover la sostenibilidad de la explotación agrícola.

Además, la IA permite modelar riesgos y ajustar decisiones en tiempo real, analizar la demanda del mercado, pronosticar precios y determinar los momentos más adecuados para la siembra y la cosecha.

Al mismo tiempo, la automatización basada en IA ayudaría a compensar la escasez de mano de obra.

Réplicas virtuales del campo

Una de las aportaciones más innovadoras a la agricultura son los llamados “gemelos digitales”, réplicas virtuales de un cultivo, de una parcela o, incluso, de toda una explotación. Miles de fotografías tomadas por drones con cámaras de alta resolución procesadas mediante IA permiten recrear un mapa exacto del terreno, con sus particularidades agronómicas, físicas y geológicas.

Esta réplica virtual imita las características y el comportamiento de su contraparte física y se alimenta continuamente en tiempo real con la información procedente de los sensores y demás tecnologías de captura de información indicadas anteriormente, así como de los sistemas públicos.

Los datos se integran en el gemelo digital para visualizar el estado actual del cultivo. Asimismo, mediante programas de aprendizaje automático, es posible simular diferentes escenarios, como la repercusión de la aplicación de fertilizantes o fitosanitarios, la incidencia de las labores agrícolas o los cambios en el régimen de riego.

Decisiones informadas

Al optimizar el uso de recursos y anticipar fallos, se minimizan gastos innecesarios y se aumenta la rentabilidad. Paralelamente, se mejora la sostenibilidad y se reduce el impacto ambiental mediante un uso más preciso y eficiente de insumos y energía.

Por otro lado, pueden detectarse tendencias y predecir resultados futuros, como el rendimiento de la cosecha, posibles problemas de plagas y enfermedades o qué pasaría en caso de sequía, granizo, heladas u otros accidentes, ayudando a decidir con mayor rapidez y precisión.

Una óptima conexión bidireccional es fundamental para que las acciones realizadas en el mundo real se reflejen en el gemelo digital y, a su vez, para que las simulaciones y análisis realizados en el entorno virtual puedan informar y optimizar las decisiones en el campo.

Retos salvables

No obstante, a pesar de sus numerosas ventajas, la adopción a gran escala de estas tecnologías debe superar algunas dificultades. Debemos tener en cuenta los elevados costos iniciales en infraestructura tecnológica, además de que requieren una adecuada formación técnica de los operadores y protocolos de estandarización para garantizar la interoperabilidad entre sistemas y aplicaciones.

Sin embargo, con el continuo avance tecnológico, el abaratamiento de sensores electrónicos y la creciente disponibilidad de datos, estos desafíos están destinados a ser superados.

Todo apunta a que la agricultura del futuro será cada vez más tecnológica, estará interconectada y se orientará a la sostenibilidad, además de generar oportunidades de mercado. Según la empresa estadounidense GMI Insights, el mercado mundial de IA agrícola en 2024 suponía 4 700 millones de dólares y crecerá a una tasa anual superior al 26 % hasta 2034, una de las más elevadas de todo el sector tecnológico.

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The Conversation

Luis F. García del Moral Garrido no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Agricultura de precisión, cuando la IA llega al campo – https://theconversation.com/agricultura-de-precision-cuando-la-ia-llega-al-campo-274869

Descubierto un nuevo exoplaneta de mañanas nubladas y tardes despejadas

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Carlos Vázquez Monzón, Profesor Ayudante Doctor, especializado en Astrofísica y Astrodinámica, Universidad Loyola Andalucía

sdecoret/Shutterstock

El universo vuelve a sorprendernos con un fenómeno meteorológico tan familiar como extraño: un planeta gigante fuera del sistema solar parece tener mañanas cubiertas de nubes y tardes despejadas. La diferencia es que allí no hablamos de brisas suaves ni de lluvias pasajeras, sino de temperaturas extremas y vientos supersónicos en un mundo gaseoso abrasado por su estrella.

El descubrimiento, publicado en la revista Science y realizado con el telescopio James Webb (JWST), aporta una de las imágenes más detalladas hasta ahora de cómo funcionan las atmósferas de los exoplanetas gigantes. Y, además, ayuda a resolver un viejo debate de la astronomía moderna: ¿de qué están hechas realmente las neblinas (hazes) y nubes que envuelven estos mundos?

Nubes de hierro fundido en un exoplaneta gaseoso.
ESO/M. Kornmesser, CC BY

Un “Júpiter caliente” con dos caras

Dos cuerpos orbitando alrededor de uno central (rojo). El más cercano está acoplado, mientras que el más lejano no.
Wikimedia Commons., CC BY

El protagonista del estudio es WASP-94A b, un “Júpiter caliente”: un planeta gaseoso parecido a Júpiter, pero orbitando extremadamente cerca de su estrella. Esa proximidad hace que un año allí dure apenas unos días terrestres y que el planeta esté acoplado de marea, es decir, mostrando siempre la misma cara a su sol.

Como ocurre con la Luna respecto a la Tierra, un hemisferio permanece eternamente iluminado y el otro en oscuridad constante. Entre ambos, existe una franja de transición, llamada “terminador”, donde los astrónomos pueden estudiar la atmósfera observando cómo la luz de la estrella atraviesa sus capas gaseosas durante un tránsito planetario.

Imagen artística de WASP-39, con la línea de terminador.
NASA/ESA/CSA, CC BY

Y fue precisamente allí donde apareció la sorpresa.

Las observaciones del JWST revelaron una diferencia muy clara entre el lado matutino y el vespertino del planeta. En la región donde amanece, predominan densas nubes que amortiguan las señales espectrales del vapor de agua. En cambio, en la zona donde anochece, la atmósfera aparece mucho más limpia y transparente.

El ciclo meteorológico más extremo imaginable

La explicación apunta a un auténtico ciclo meteorológico extraterrestre. Los investigadores creen que las nubes se forman en las regiones relativamente más frías del planeta, probablemente mediante condensación de minerales y compuestos exóticos presentes en la atmósfera. Después, los potentes vientos atmosféricos transportan esas partículas hacia zonas más calientes, donde terminan evaporándose.

En la Tierra, las nubes están formadas por agua líquida o cristales de hielo. Pero en estos mundos abrasadores, podrían existir nubes de silicatos o minerales vaporizados. Las diferencias térmicas entre ambos lados del planeta pueden superar los 280 grados centígrados, suficientes para que los aerosoles aparezcan y desaparezcan continuamente mientras circulan alrededor del globo.

Gigante gaseoso con nubes de silicatos.
Pablo Carlos Budassi, CC BY

Los nuevos datos del JWST sugieren, además, que la distribución de las nubes no es uniforme ni estable. Las observaciones indican una atmósfera extremadamente dinámica, dominada por corrientes capaces de redistribuir calor y materiales a velocidades enormes.

En este escenario, los modelos atmosféricos apuntan a vientos supersónicos que recorrerían el planeta transportando partículas condensadas desde el hemisferio nocturno y las regiones matutinas hacia zonas progresivamente más calientes.

¿Un viejo dilema resuelto?

El hallazgo es importante porque durante años existieron dos hipótesis principales para explicar los aerosoles de los Júpiter calientes. Mientras que una defendía que eran nubes originadas por condensación, la otra proponía neblinas fotoquímicas, creadas por la intensa radiación estelar, similares a las de Titán, la luna de Saturno, o al smog terrestre.

Las nuevas observaciones favorecen claramente la primera explicación: al menos en este tipo de planetas, las nubes parecen comportarse como sistemas meteorológicos dinámicos gobernados por la temperatura y la circulación atmosférica.

El problema de las atmósferas “ocultas”

Aunque las nubes hacen estos mundos más fascinantes, también representan un gran desafío científico.

Para estudiar un exoplaneta, los astrónomos analizan cómo ciertos gases absorben longitudes de onda específicas de la luz. Ese patrón permite identificar moléculas como agua, dióxido de carbono o metano. Pero las nubes y neblinas pueden ocultar parte de esas señales y distorsionar las mediciones.

En algunos casos, un planeta puede parecer pobre en agua simplemente porque las nubes bloquean la observación. De hecho, estudios anteriores ya habían mostrado que muchos Júpiter calientes forman un continuo que va desde atmósferas completamente despejadas hasta otras muy cubiertas por nubes.

Ahora sabemos algo aún más complejo: un mismo planeta puede tener regiones simultáneamente nubladas y despejadas.

Esto obliga a reinterpretar parte de los datos obtenidos durante más de una década con telescopios como el Hubble y a desarrollar modelos atmosféricos tridimensionales mucho más sofisticados.

Más cerca de entender otros mundos

El JWST está inaugurando una nueva etapa en la exploración de exoplanetas. Ya no basta con detectar su existencia: ahora empezamos a estudiar su meteorología, sus ciclos atmosféricos y su química con un detalle impensable hace apenas unos años.

WASP-94A b se ha convertido en uno de los mejores ejemplos de esta nueva astronomía atmosférica. Sus “amaneceres” cubiertos de nubes y sus “atardeceres” despejados muestran que incluso los mundos más extremos poseen dinámicas complejas, cambiantes y sorprendentemente parecidas, en ciertos aspectos, a fenómenos meteorológicos familiares en la Tierra.

Comprender cómo se forman estas nubes exóticas también será fundamental para interpretar planetas más pequeños y potencialmente habitables. Después de todo, la atmósfera es la gran intermediaria entre la superficie de un mundo y el espacio.

Por primera vez, comenzamos a observar cómo cambia el tiempo… en planetas situados a cientos de años luz de distancia.

The Conversation

Carlos Vázquez Monzón no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Descubierto un nuevo exoplaneta de mañanas nubladas y tardes despejadas – https://theconversation.com/descubierto-un-nuevo-exoplaneta-de-mananas-nubladas-y-tardes-despejadas-283197

¿La altura importa? El cuerpo masculino y la presión de ser bajo

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Antoni Aguiló Bonet, Investigador postdoctoral en filosofía contemporánea, Universitat de les Illes Balears

Pixel-Shot/shutterstock

El músico y escritor Abraham Boba ha publicado 163 centímetros, un ensayo autobiográfico sobre lo que significa vivir siendo un hombre con una estatura inferior a la media. A primera vista, podría parecer una cuestión trivial. Sin embargo, la altura (como otros rasgos corporales) no es socialmente neutra.

Durante décadas, la investigación académica sobre la imagen corporal se centró casi exclusivamente en las mujeres. La presión estética sobre ellas (desde la delgadez hasta la juventud) se analizó como un mecanismo de control social y de desigualdad de género.

Sin embargo, las investigaciones muestran que la insatisfacción corporal también está presente entre los hombres. Estudios recientes realizados a nivel europeo señalan que está asociada con la percepción del propio cuerpo, la comparación social y el bienestar psicológico. También con conductas relacionadas con la alimentación o la musculatura. En este sentido, la insatisfacción corporal masculina no es un fenómeno marginal, sino una dimensión de la salud mental en la población en general.

Altura y normas sociales

La altura masculina es un rasgo con implicaciones sociales. Numerosos estudios han documentado la existencia de la llamada “norma del hombre más alto” (male-taller norm): la expectativa cultural de que los hombres midan más que sus parejas femeninas. Estudios recientes confirman que esta preferencia no solo persiste, sino que la altura es valorada como un rasgo más importante por las mujeres que por los hombres en la elección de pareja.

La altura se asocia culturalmente con cualidades como el liderazgo o la protección. Esto ayuda a explicar por qué puede influir en la percepción del atractivo o del estatus social. En este sentido, un rasgo aparentemente trivial (unos centímetros más o menos) puede tener consecuencias en ámbitos tan diversos como las relaciones sentimentales o la autoestima.

El interés de libros como el de Boba radica precisamente en visibilizar cómo características corporales aparentemente banales pueden convertirse en experiencias sociales significativas.

El cuerpo: capital erótico, cultural o social

Para entender por qué el cuerpo adquiere tanta relevancia social, algunos sociólogos han recurrido al concepto de capital erótico. Propuesto por la socióloga británica Catherine Hakim, posteriormente fue discutido por autores como José Luis Moreno Pestaña, en su trabajo sobre cuerpo, estética y desigualdad.

Este concepto describe el conjunto de atributos relacionados con la apariencia física (belleza, estilo, encanto o forma corporal) que pueden traducirse en ventajas sociales o profesionales en determinados ámbitos de la vida social.

En este sentido, el cuerpo puede entenderse como una forma de recurso social que, en determinados contextos, funciona de manera similar a otras formas de capital descritas por el sociólogo francés Pierre Bourdieu, como el capital cultural. Es decir, las competencias, habilidades y conocimientos que permiten a ciertos grupos obtener reconocimiento y estatus.

Masculinidad y silencio corporal

A pesar de esta presión, existe una diferencia cultural importante entre hombres y mujeres: la forma en que se habla del cuerpo.

Las mujeres han desarrollado en las últimas décadas movimientos sociales y culturales que cuestionan los estándares de belleza, como el body positive. Este tiene raíces en tradiciones feministas e interseccionales, orientadas a promover una mayor aceptación corporal frente a los ideales normativos dominantes.

Dichos movimientos han contribuido a visibilizar el impacto psicológico y social de los cánones corporales. Según investigaciones recientes, la exposición a contenidos body positive se asocia con mejoras en la satisfacción corporal y el bienestar emocional.

En cambio, el malestar corporal masculino suele expresarse de forma más indirecta. Diversos estudios señalan que los varones tienden a abordar su relación con el cuerpo como una trayectoria de cambio y gestión.

Es decir, los hombres describen su relación con el cuerpo a través de prácticas concretas, como el ejercicio, la dieta o los cambios físicos, que organizan su experiencia corporal en términos de acción. El cuerpo masculino se presenta como una realidad que se modifica, se gestiona y se optimiza a lo largo del tiempo, más que como una experiencia centrada en la expresión directa del malestar o la vulnerabilidad estética.

Esta diferencia se ha relacionado con normas tradicionales de masculinidad que valoran el autocontrol y limitan la expresión pública del malestar corporal o emocional. En este sentido, algunas autoras han señalado que la presión estética no opera solo como una exigencia externa, sino como una forma de violencia interiorizada que estructura la relación con el propio cuerpo, tal como plantea Elena Crespi.

Hablar del cuerpo masculino

En este contexto, textos autobiográficos como el de Abraham Boba pueden interpretarse como parte de un cambio cultural más amplio: el inicio de una conversación pública sobre el cuerpo masculino.

Más que inaugurar un tema nuevo, estas narrativas contribuyen a hacer visibles experiencias que durante mucho tiempo han permanecido poco nombradas.

Comprender estas dinámicas es relevante no solo para analizar los cambios culturales en torno a la masculinidad, sino también para abordar sus implicaciones en la salud mental y el bienestar.

Por ello, el creciente interés académico por la imagen corporal masculina refleja un cambio en la forma de entender la relación entre cuerpo, género y bienestar. Y abre nuevas líneas de investigación sobre sus implicaciones sociales y psicológicas.

The Conversation

Antoni Aguiló Bonet es miembro de Homes Transitant, asociación sin ánimo de lucro dedicada a la reflexión crítica sobre masculinidades.

ref. ¿La altura importa? El cuerpo masculino y la presión de ser bajo – https://theconversation.com/la-altura-importa-el-cuerpo-masculino-y-la-presion-de-ser-bajo-282322