Attaques du 25 avril au Mali : les limites d’une stratégie sécuritaire sans solution politique

Source: The Conversation – in French – By Christian Abadioko Sambou, Dr en Sciences Politiques, spécialiste en paix & sécurité, Université Numérique Cheikh Hamidou Kane

Les attaques simultanées du 25 avril 2026 contre plusieurs villes du Mali rappellent une réalité persistante : malgré cinq années de transition, la situation sécuritaire y demeure critique. Par leur coordination, leur extension géographique et leur capacité à atteindre des centres urbains majeurs tels que Bamako, Kati, Sévaré, Gao, Kidal, ces offensives marquent une nouvelle phase du conflit.

Comment, en effet, expliquer que la situation sécuritaire continue de se dégrader malgré un renforcement militaire réel ?

En tant que chercheur, spécialiste du Sahel, j’analyse depuis plusieurs années les dynamiques sécuritaires en Afrique de l’Ouest et du Centre, notamment les conflits, les transformations politiques des régimes. L’évolution des conflictualités au Mali constitue un enjeu majeur de sécurité régionale et internationale.

Ces dernières années, les Forces armées maliennes (FAMa) ont connu une montée en puissance notable. Le Mali se positionne aujourd’hui parmi les armées les plus structurées et les plus puissantes de la sous-région, selon le rapport 2026 du Global Firepower qui le classe deuxième armée de la sous-région, après le Nigéria.

La création de l’Alliance des Etats du Sahel (AES) et l’opérationnalisation progressive d’une force conjointe, adossée à la charte du Liptako-Gourma, témoignent également d’une volonté de mutualiser les capacités sécuritaires entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Cette dynamique s’est traduite par une intensification des opérations militaires, une amélioration des capacités logistiques et une diversification des partenariats.

Cependant, ces évolutions ne suffisent pas à enrayer la dynamique du conflit. Les attaques récentes traduisent moins une simple intensification de la violence qu’une transformation stratégique. Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM, proche d’al-Qaida) et le Front de libération de l’Azawad (qui revendique l’indépendance du nord du Mali) ont ciblé des espaces hautement symboliques du pouvoir. Kidal incarne la souveraineté militaire revendiquée par le régime militaire après sa reconquête en 2023. Kati représente le cœur du pouvoir militaire malien d’où sont partis la plupart des coups d’État militaire dont celui d’août 2020.




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En s’attaquant à ces lieux, les assaillants contestent directement la capacité de l’État à stabiliser durablement le territoire.

Le message est double. Militaire, d’abord : conquérir n’est pas gouverner. Politique, ensuite : une stratégie de reconquête sans compromis politique peut favoriser la convergence d’acteurs aux idéologies de lutte différentes tels que les mouvements indépendantistes et ceux djihadistes.

Ainsi, le Mali fait face moins à une insurrection qu’à une reconfiguration du conflit où le politique s’exprime par les armes. Cette séquence invite à dépasser une lecture strictement sécuritaire : l’insécurité apparaît avant tout comme le symptôme d’un déficit de légitimité et de cohésion nationale.

Une détérioration sécuritaire

Depuis les coups d’État de 2020 et 2021, les autorités de transition maliennes ont engagé un tournant souverainiste marqué par la rupture avec plusieurs partenaires internationaux et la redéfinition des alliances sécuritaires.

Cette réorientation s’est notamment traduite par la remise en cause de l’Accord d’Alger de 2015, pourtant central dans la régulation du conflit au Nord. Malgré ses limites (lenteur de mise en œuvre, défiance entre parties), cet accord constituait un cadre politique essentiel. Sa remise en cause par le régime militaire en janvier 2024 a contribué à durcir les positions, notamment au sein de la rébellion touareg, et à réactiver des logiques de confrontation.

Parallèlement, les mécanismes locaux de gestion de la sécurité ont été profondément fragilisés. Dans les régions septentrionales, ces mécanismes relevaient de formes de « sécurité hybride », combinant acteurs étatiques, communautaires et armés. L’engagement croissant de supplétifs russes dans la lutte contre les groupes terroristes a perturbé ces arrangements, accentuant la militarisation des rapports sociaux et affaiblissant les capacités d’auto-régulation locale. Cette évolution alimente les tensions intercommunautaires et délégitime une action étatique perçue comme imposée plutôt que négociée.

À l’échelle régionale, la création de l’AES illustre une volonté de coordination entre régimes militaires. Mais cette dynamique, essentiellement sécuritaire, ne traite pas les causes structurelles des conflits.

Dans le même temps, la dégradation des relations avec l’Algérie affaiblit un acteur clé de la médiation. L’implication croissante de la Russie, à travers Africa Corps, répond à une logique d’appui militaire sans nécessairement apporter des solutions politiques durables.

Cette reconfiguration a néanmoins permis au Mali de retrouver une capacité d’initiative stratégique et de réduire certaines formes de dépendance vis-à-vis de partenaires internationaux classiques tels que la France.




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Il demeure qu’au cœur de cette crise persiste une question centrale : celle de la légitimité. L’absence de mandat électoral renouvelé (il n’y a pas eu d’élection depuis les législatives contestées de mars-avril 2020), la centralisation du pouvoir et la restriction des espaces politiques ne fragilisent-elles pas le contrat social ? Or, c’est précisément dans ces contextes d’État contesté que prospèrent les groupes armés, prolongeant une insécurité que la seule réponse militaire ne peut résoudre.

D’un point de vue sécuritaire, ACLED (Armed Conflict Location & Event Data, une organisation qui recueille des données sur les conflits violents et les manifestations) classe le Mali à la 27ème place des 50 conflits les plus sévères au monde.

Comment comprendre l’entente entre groupes armés ?

La dynamique actuelle entre le JNIM et les mouvements de l’Azawad doit être interprétée avec prudence. Elle s’apparente plus à une « alliance opportuniste » qu’à une fusion idéologique. D’un côté, le Front de libération de l’Azawad portent une revendication politico-territoriale centrée sur le Nord du Mali. De l’autre, le JNIM s’inscrit dans un projet djihadiste transnational affilié à Al-Qaïda, visant l’instauration d’une gouvernance islamique à l’échelle régionale. Ce décalage doctrinal suggère que l’entente observée relève davantage d’une coordination circonstancielle que d’une alliance stratégique durable.

Une configuration similaire est apparue en 2012 avec Ansar Dine (aujourd’hui le JNIM dirigé par Iyad Ag Ghali) et le MNLA de Bilal Ag Chérif. Cette situation a conduit à l’intervention de l’Opération Serval en 2013. Elle brouille la distinction entre rébellion et djihadisme, renforce la rhétorique étatique assimilant toute opposition armée au terrorisme et favorise l’ancrage local du JNIM.




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Cette recomposition intervient dans un contexte profondément transformé. La fin de l’accord d’Alger en janvier 2024 a supprimé un cadre de dialogue essentiel, même imparfait, avec les groupes du Nord. Le retrait de la force de l’ONU au Mali, la MINUSMA, fin 2023 et la sortie de le CEDEAO en 2024, réduisent les capacités de médiation.

Par ailleurs, la reconquête de Kidal par l’armée malienne en 2023, présentée comme une victoire militaire, n’a pas résolu les enjeux politiques sous-jacents, alimentant des logiques de revanche.

Dans ce contexte, l’éventuelle négociation du retrait des forces russes de Kidal par des groupes armés soulève la question de la souveraineté réelle et montre les limites de l’externalisation sécuritaire. Les partenaires extérieurs peuvent appuyer militairement, mais ne remplacent pas un règlement politique durable du conflit.

La reconquête de Kidal, bien que stratégique, n’a pas résolu les causes profondes et a parfois ravivé tensions et violences intercommunautaires.




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Une relation indissociable

La lutte contre le terrorisme ne peut donc être réduite à une réponse strictement militaire. Elle repose sur une capacité plus fondamentale : celle de l’État à incarner une communauté politique reconnue, légitime et inclusive. Dans les contextes sahéliens, les groupes armés terroristes ne progressent pas uniquement par leur force opérationnelle, mais surtout en exploitant les failles de gouvernance, les injustices perçues et les fractures sociales. Dès lors, la réponse la plus structurante ne réside pas uniquement dans la coercition, mais dans la construction d’un État-nation inclusif et légitime.

Les opérations militaires récentes ont permis un retour partiel de la présence de l’État dans des localités comme Gao, Kidal et Mopti. Mais sans dialogue politique crédible ni élections transparentes et inclusives, ces avancées sécuritaires risquent de rester fragiles et insuffisantes pour refonder le contrat social.

Par ailleurs, le renforcement de la cohésion sociale implique la reconstruction des mécanismes locaux de régulation des conflits, longtemps au cœur des équilibres sahéliens. Sans ces médiations, l’action de l’État risque d’être perçue comme imposée plutôt que négociée. Les opérations militaires doivent ainsi être articulées à une stratégie politique cohérente, sous peine de produire des effets contre-productifs.

Les conflits prolongés évoluent dès lors qu’une offre politique crédible est proposée. Les dynamiques récentes au Mali illustrent un conflit qui s’adapte et prospère sur les fragilités structurelles de l’État. Si le régime de transition a renforcé les capacités militaires et affirmé une souveraineté stratégique, ces acquis restent insuffisants sans cadre politique inclusif.

La région ouest-africaine se trouve ainsi à un tournant : persister dans une approche sécuritaire risque d’alimenter la violence, tandis qu’une réouverture politique, appuyée notamment par la Communauté économique des État de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), pourrait créer les conditions d’une stabilisation durable fondée sur une gouvernance légitime.

The Conversation

Christian Abadioko Sambou does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Attaques du 25 avril au Mali : les limites d’une stratégie sécuritaire sans solution politique – https://theconversation.com/attaques-du-25-avril-au-mali-les-limites-dune-strategie-securitaire-sans-solution-politique-281754

What is hantavirus, the disease that has killed 3 cruise ship passengers?

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Thomas Jeffries, Senior Lecturer in Microbiology, Western Sydney University

CFOTO/Getty

Three people have died after a suspected outbreak of hantavirus on a cruise ship in the middle of the Atlantic ocean. At least one other passenger is in intensive care in South Africa.

The World Health Organization announced the deaths in a social media statement on Monday, along with one confirmed case of the rare disease. Authorities are investigating another five suspected cases among passengers travelling on the MV Hondius.

So, what is hantavirus? And why can it be so deadly?

As the investigation unfolds, here’s what we know.

What is hantavirus?

Hantavirus is a rare but severe respiratory illness that can cause severe bleeding, fever and even death.

The virus is spread by rodents, such as mice and rats, mainly through the urine and droppings of infected animals.

Hantavirus does not typically spread from person to person. However, in rare cases it may spread between people.

Globally, there are an estimated 150,000 to 200,000 cases of hantavirus each year.

It is less contagious than airborne viruses such as COVID and influenza, as it typically does not spread from person to person.




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What makes it so deadly?

There are two main types of hantavirus, each with different symptoms.

Hantavirus pulmonary syndrome, which affects the lungs, is mainly found in the United States. If a person becomes infected with this type of hantavirus, within days they will likely experience coughing and shortness of breath.

As the illness progresses, they can develop symptoms such as fatigue, fever and muscle aches. They may also get headaches, dizziness, nausea, vomiting and abdominal pain. This is the most deadly kind of hantavirus. Tragically, about 38% of people who develop these symptoms die from the disease.

Hemorrhagic fever with renal syndrome is mainly found in Europe and Asia, but the strain known as the Seoul virus has spread around the world. This form of hantavirus mainly affects the kidneys.




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People usually develop symptoms within two weeks of being exposed to this virus. Early symptoms include severe headaches, abdominal pain, nausea and blurred vision. More advanced symptoms include low blood pressure, internal bleeding and even acute kidney failure. This disease can be caused by different viruses and some are more deadly than others, meaning between 1% and 15% of cases can be fatal.

Unfortunately, there is no specific treatment or cure for either type of hantavirus. However, early medical treatment may increase a person’s chance of survival. This can include using respirators, oxygen therapy and dialysis.

Authorities are still investigating which type of hantavirus the passengers were exposed to.

How did it get on a cruise ship?

In a closed environment such as a cruise ship, there are two possible ways passengers could have contracted hantavirus.

One is being exposed to the virus while on a shore excursion.

The other possibility is that rodents may have entered the ship on cargo, and then spread the disease to passengers through their infected urine or droppings. Other factors such as hygiene standards and food storage practices may have caused the infection to spread more quickly.




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To contain this suspected outbreak, authorities must first ensure any rodents are safely contained and removed from the ship. They should then monitor all passengers for hantavirus symptoms. The virus is diagnosed with a PCR test, similar to those used to diagnose viruses such as COVID.

Given there is no specific treatment for the disease, authorities must help any infected passengers manage their symptoms. This involves checking that they are breathing normally and their kidneys are functioning properly.

So, how worried should we be?

Although alarming, cases of hantavirus remain are extremely rare. But it can look similar to other respiratory illness, so you should always get symptoms checked. If you’ve been in regions where the virus is found and experience shortness of breath, fever or any other flu-like symptoms, see your GP.

The Conversation

Thomas Jeffries does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

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L’intelligence artificielle va-t-elle mettre fin à la recherche en sciences sociales ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Dejan Glavas, Professeur associé en finance, ESSCA School of Management, École Nationale des Ponts et Chaussées (ENPC)

L’impact de l’intelligence artificielle générative sur les sciences sociales peut être compris à travers la métaphore du roman Things Fall Apart de Chinua Achebe. Ce livre retrace les bouleversements de la société nigériane face à l’intrusion coloniale. Il offre une approche pertinente pour comprendre les tensions actuelles du monde académique.


Il y a quelques mois maintenant, un collègue m’a envoyé son article pour avoir une seconde lecture. Tout y était : problématique ciselée, revue de littérature exhaustive, méthodologie rigoureuse. Trop, justement. En y regardant de plus près, certaines formulations m’ont alerté : « crucial », « dans le monde dynamique de », « il est impératif de noter que ». Le vocabulaire typique de ChatGPT. J’ai demandé des explications. Réponse gênée : « Oui, j’ai utilisé l’IA pour rédiger certaines parties, mais j’ai relu, évidemment. »

Ce malaise révèle une vérité qui dérange : nous, chercheurs en sciences sociales, sommes en train de perdre le contrôle de notre métier. Et nous faisons semblant de ne pas le voir. Cette réflexion m’a amené à proposer un article à la Revue française de gestion à l’occasion du numéro de son 50ᵉ anniversaire.

Quelques chiffres illustratifs du changement de paradigme

Environ 13,5 % des résumés d’articles biomédicaux publiés en 2024 contiennent des traces d’utilisation d’intelligence artificielle (IA) générative selon une étude parue dans Science Advances. Plus inquiétant encore : une étude de chercheurs de Stanford révèle que jusqu’à 17 % du texte des évaluations d’articles dans les grandes conférences sur l’IA pourrait avoir été substantiellement modifié par l’IA elle-même. Nous sommes entrés dans une boucle où l’IA évalue l’IA.

Par ailleurs, des équipes de recherche analysent en quelques semaines des corpus qui auraient nécessité des années de travail. En sociologie numérique, par exemple, une étude publiée dans Science a examiné la diffusion de près de 126 000 informations vraies et fausses partagées par environ trois millions d’utilisateurs sur Twitter, soit plus de 4,5 millions de partages, un volume inimaginable sans outils d’analyse automatisés.

Ruptures dans les sciences sociales

Mais au-delà de ces gains de productivité, quelque chose se fissure. L’IA ne bouleverse pas seulement nos méthodes de travail. Elle remet en question ce que signifie « faire de la recherche ».

Comment valider des résultats produits par un algorithme dont les rouages internes restent opaques ? Comment garantir la rigueur scientifique quand l’IA peut « halluciner » et inventer des références bibliographiques qui n’existent pas ? Comment protéger notre pensée critique dans ce contexte ?




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Nous sommes actuellement confrontés au même dilemme que les personnages du roman de l’écrivain nigérian Chinua Achebe, intitulé Tout s’effondre (Things Fall Apart, en anglais). Dans ce récit, une société africaine traditionnelle se retrouve confrontée aux missionnaires européens qui viennent imposer de nouvelles croyances. Certains membres de cette société traditionnelle s’adaptent à cette arrivée, d’autres résistent. Tous comprennent que rien ne sera plus comme avant.

Technophiles contre traditionalistes

La communauté scientifique connaît aujourd’hui des divisions. Certains, les « technophiles », accueillent l’IA avec enthousiasme, convaincus qu’elle va accélérer les découvertes et ouvrir la recherche au monde en développement. D’autres, les « traditionalistes », dénoncent une course à la productivité aux dépens de la profondeur de pensée.

Cette fracture ne se limite pas aux questions techniques et technologiques, elle touche aussi à notre identité, collective et individuelle, de chercheurs. Sommes-nous en train de devenir de simples opérateurs validant des productions issues d’algorithmes ? Notre expertise se réduit-elle à savoir poser les bonnes questions à un modèle d’IA ?

Les jeunes chercheurs sont les premiers exposés. Ils jonglent entre la pression de publier rapidement et l’injonction implicite à ne pas trop utiliser l’IA. Résultat : beaucoup l’utilisent en cachette, créant une culture du secret qui a des conséquences pour la transparence scientifique.

Quelles solutions ?

Nous avons trop longtemps préféré détourner le regard. L’intelligence artificielle est là, et ignorer sa présence n’est plus tenable. Il nous faut repenser notre manière de faire de la science. Imaginer un nouveau cadre.

Trois grands principes pourraient nous servir de boussole.

Le premier, c’est la transparence. Chaque recours à l’IA devrait être précisé noir sur blanc dans nos publications : quels outils ont été utilisés, pour quels usages, et dans quelles limites. Certaines revues, comme Nature, commencent déjà à l’imposer.

Ensuite, la responsabilité. L’IA peut analyser des données, suggérer des pistes, rédiger des brouillons. Mais c’est au chercheur qu’il revient d’interpréter et de valider avec un esprit critique. Cette ligne rouge ne doit jamais être franchie. Une étude récente le rappelle cruellement : 52 % des réponses générées par l’IA à des questions de programmation contiennent des erreurs, et la supervision humaine échoue à les corriger dans 39 % des cas.

Enfin, le pluralisme. Il devient nécessaire d’accepter que certains chercheurs intègrent l’IA dans leur travail tandis que d’autres la refusent. Cette diversité peut devenir une richesse, si les débats ont lieu au grand jour, dans les conférences et les séminaires qui constituent la tradition scientifique.

Un nouveau paradigme scientifique

L’intelligence artificielle va continuer de gagner en puissance et en omniprésence.

Nous sommes à l’aube d’un tournant dans le monde de la recherche où l’intelligence humaine devient une « des » formes d’intelligences. Il semble clair que cette cohabitation ne portera ses fruits que si elle s’appuie sur des règles mises en place par les chercheurs eux-mêmes.

Le vrai risque ne provient pas de l’intelligence artificielle, mais de notre inertie. Notre envie de profiter de ce qu’elle offre sans trop s’interroger. D’accepter, sans résister, une facilité qui pourrait, à terme, nous échapper. Chinua Achebe raconte comment une société s’effondre lorsqu’elle perd le contrôle de son destin. Nous, chercheurs, avons encore le choix. Nous pouvons décider comment intégrer l’intelligence artificielle, à quelles conditions, mais aussi avec quelles limites.

L’enjeu n’est pas de résister au changement. Il est de le guider vers une science plus rigoureuse, plus transparente, plus consciente d’elle-même. Une science qui utilise l’IA sans s’y soumettre. Une science qui reste, avant tout, une aventure humaine.

The Conversation

Dejan Glavas ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’intelligence artificielle va-t-elle mettre fin à la recherche en sciences sociales ? – https://theconversation.com/lintelligence-artificielle-va-t-elle-mettre-fin-a-la-recherche-en-sciences-sociales-281380

Preuves illicites, déloyales, et témoignages anonymes en droit du travail

Source: The Conversation – France (in French) – By Stéphane Lamaire, Professeur associé au CNAM en droit du travail, Conservatoire national des arts et métiers (CNAM)

*Un tournant jurisprudentiel ? La Cour de cassation a récemment modifié les règles de recevabilité des preuves devant un tribunal. Si, désormais, même des preuves obtenues par des moyens illicites, déloyaux ou anonymes sont malgré tout acceptés par le juge, il convient toutefois de ne pas faire n’importe quoi. *


Enregistrements, photos, témoignages, comptes rendus d’entretiens, rapports, expertises, données comptables, courriers classiques ou électroniques, tous les moyens de preuve sont, en principe, recevables sauf ceux obtenus par des procédés illicites, déloyaux ou fondés sur des témoignages anonymes.

Toutefois, la Cour de cassation admet désormais ces derniers éléments s’ils sont indispensables à la découverte des faits, au respect de l’équité du procès et si l’atteinte aux droits est strictement proportionnée au but poursuivi.

Il s’avère que, en droit, la charge de la preuve est théoriquement répartie, car le juge apprécie le caractère réel et sérieux des motifs invoqués, en formant sa conviction au vu des « éléments fournis par les parties après avoir ordonné, au besoin, toutes les mesures d’instruction qu’il estime utiles ». Cela signifie que la partie qui forme des reproches doit s’appuyer sur des éléments objectifs, précis, vérifiables, ainsi qu’imputables à celui qui est mis en cause. Par la suite, ce dernier dispose de la possibilité de présenter en retour ses propres moyens de preuves. En pratique, la responsabilité principale en la matière revient généralement à l’employeur, notamment dans le cadre du contentieux du licenciement pour une cause inhérente à la personne du salarié. De surcroît, si un doute subsiste, il profite au salarié.




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Des dispositifs de surveillance très encadrés

Par ailleurs, l’employeur peut mettre en place des dispositifs de surveillance de l’activité des salariés sous réserve que ceux-ci soient légitimes, proportionnés et respectueux de leur vie privée. Ils doivent être déclarés, et portés à la connaissance des salariés ainsi que des représentants du personnel.

Dès lors, leurs mises en place, à l’insu des salariés et du comité social et économique, ou détournés de leur finalité, constituant des intrusions dans la vie privée, sont jugées illicites et, par voie de conséquence, irrecevables en justice. Il en ressort que les filatures ou les stratagèmes, constituant des pièges destinés à confondre un salarié que l’on suspecte de faute, sont considérés comme des moyens de preuves irrecevables. Toutefois, les fouilles, les perquisitions, les tests d’alcoolémie, les dépistages de drogues constituent des méthodes licites mais dont les modalités déterminées par le règlement intérieur, strictement encadrées par la Loi, doivent être proportionnées au but poursuivi.

De surcroît, propriétaire du matériel ou du réseau informatique, l’employeur a un libre accès aux informations qui s’y trouvent, sauf pour les documents que le salarié a clairement identifiés comme étant personnels. En outre, il ne peut pas en principe se prévaloir de propos tenus ou de photos publiées par le salarié sur des réseaux sociaux non accessibles au public. En effet, si le salarié en a limité l’accès, les informations diffusées sur son compte à des groupes publics relèvent de la sphère privée.

Le statut du témoignage anonyme

En matière prud’homale, la preuve étant libre, toute personne ayant été en rapport avec le salarié dans son activité professionnelle peut témoigner. De surcroît, tous ses collègues, sans exception, peuvent également apporter leurs attestations. Néanmoins, il existe quelques limites à la liberté de formation des témoignages. En effet, leur recueil ne doit pas avoir fait l’objet de pressions, car la subornation de témoins constitue un délit. Par conséquent, il est généralement nécessaire de recueillir des témoignages écrits et signés. Toutefois, il ressort de la jurisprudence que le témoignage « anonyme » peut être admis à la condition de ne pas constituer la seule et unique preuve à charge.

Par conséquent, pour la Cour de cassation, le témoignage « anonyme » n’est recevable que s’il consolide d’autres éléments allant dans le même sens.

Au cas par cas

Il s’avère que le juge civil a longtemps considéré que les moyens de preuve illicites, obtenus au mépris d’une disposition légale, ou constituant une atteinte à la vie privée, ainsi que déloyaux car procurés au moyen d’un stratagème, étaient irrecevables. Or, deux arrêts de la Cour de cassation en date du 22 décembre 2023, ont bouleversé les règles en la matière, en affirmant un droit à la preuve.

En effet, le juge détermine, désormais, les conditions de production des moyens de preuve illicites ou déloyaux à l’issue d’un examen de proportionnalité. À l’occasion de cet exercice, il doit apprécier si ceux-ci portent atteinte au caractère équitable de la procédure dans son ensemble. Par la suite, il met en balance le droit à la preuve et le droit ou la liberté auquel il porte atteinte. À ce titre, le droit à la preuve ne peut pas leur porter préjudice de manière disproportionnée, l’atteinte devant strictement être proportionnée au but poursuivi. Enfin, leur production doit s’avérer indispensable. En effet, il ne doit pas exister d’autres moyens de faire la démonstration de ce qui est reproché.

À titre d’illustration, une pharmacie avait installé dans ses locaux un système de vidéosurveillance afin de prévenir les vols et agressions de la clientèle. À l’occasion de deux inventaires, elle constate des écarts de stocks importants sur des produits de puériculture. Les enregistrements vidéo révèlent la culpabilité d’une des caissières. Toutefois, ni le comité social et économique ni le personnel n’ayant été informés que le dispositif de surveillance pouvait servir à contrôler ses employés, la caissière se prévaut du caractère illicite de l’enregistrement. Or, après contrôle de proportionnalité, le juge conclut que les conditions permettent la production de la preuve illicite.

En outre, la Cour de cassation tolère désormais les témoignages « anonymisés », dont l’identité est connue et pourra éventuellement être révélée au juge, correspondant à la situation selon laquelle le nom est retiré de l’attestation afin de protéger son auteur d’éventuelles représailles. Ainsi, le juge a franchi un cap, en admettant qu’un employeur puisse établir le comportement fautif d’un salarié en produisant exclusivement des témoignages anonymisés par un huissier, non étayés par d’autres éléments de preuve, dès lors que leur production était indispensable à l’exercice du droit à la preuve et que l’atteinte aux droits et libertés du salarié était strictement proportionnée au but poursuivi. Par conséquent, comme en matière de preuve illicite ou déloyale, le juge civil doit réaliser un contrôle de proportionnalité mettant en balance les intérêts en présence, et estimer le caractère indispensable de la présentation du témoignage « anonymisé ».

Des méthodes déloyales acceptées sous condition

Au bout du compte, les évolutions récentes du droit à la preuve ont donc conduit le juge à admettre comme recevables des preuves obtenues de manière déloyale ou illicite, ainsi que des témoignages « anonymisés », sous réserve d’un strict contrôle dit de « proportionnalité ». Pour autant, il ne faudrait pas tirer rapidement la conviction que l’employeur peut désormais faire ce qu’il souhaite des règles qui protègent les données personnelles du salarié, de son droit au respect de sa vie privée ou encore de la nécessité de l’informer des moyens mis en place pour surveiller son activité.

Les moyens de preuve illicites, déloyaux ou « anonymisés » restent prohibés, sauf s’ils représentent le seul moyen permettant de parvenir à la démonstration de ses reproches. Malgré tout, si ces évolutions permettent aux uns et aux autres de mieux se défendre, elles induisent de profonds bouleversements des comportements au sein de l’entreprise.

The Conversation

Stéphane Lamaire ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Preuves illicites, déloyales, et témoignages anonymes en droit du travail – https://theconversation.com/preuves-illicites-deloyales-et-temoignages-anonymes-en-droit-du-travail-279711

Au travail, la répétition nous tue-t-elle à petit feu ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Thomas Simon, Assistant Professor, Montpellier Business School

La répétition au travail use-t-elle seulement les corps ou ronge-t-elle aussi les esprits ? Des chaînes d’usine décrites par la philosophe Simone Weil aux open spaces contemporains, la routine professionnelle peut devenir une mécanique aliénante. Mais l’écriture et la littérature offrent peut-être une voie inattendue pour rompre avec cet enfermement quotidien.


« Un manœuvre spécialisé n’a en partage que la répétition automatique des mouvements, pendant que la machine qu’il sert enferme, imprimée et cristallisée dans le métal, toute la part de combinaison et d’intelligence que comporte la fabrication en cours. Un tel renversement est contre-nature ; c’est un crime. »

C’est par ces mots que la philosophe Simone Weil décrit le quotidien de travail d’un « manœuvre sur la machine » au début du XXᵉ siècle dans les usines françaises.

De 1934 à 1935, Weil est en immersion dans le monde ouvrier chez Alstom à Paris, aux forges de Basse-Indre puis chez Renault à Boulogne-Billancourt (dans les Hauts-de-Seine actuelles, ndlr). Ces journées passées sur les chaînes de production ont donné naissance à plusieurs écrits rassemblés en 1951 sous le titre la Condition ouvrière. Weil y dépeint avec une grande acuité les tâches répétitives, abrutissantes et l’enfermement toxique de ses journées de travail.

20 Minutes, 2024.

La tyrannie des horloges

C’est à cette même période que Charlie Chaplin dénonce la répétitivité du travail à la chaîne dans son film les Temps modernes. Il y fustige notamment la réduction de l’ouvrier à un geste mécanique, mais dénonce avant tout la tyrannie des horloges qui imposent une cadence et un rythme effrénés dans l’usine.

En somme, Chaplin fait de la répétition, de l’automatisme et de la déshumanisation du geste quotidien les signes d’un travail désormais réduit à une succession de mouvements machinaux, vidés de toute conscience.

BAFS – Old School, 2017.

On retrouve cette toute-puissance de la routine sous la plume d’Albert Camus dans son essai le Mythe de Sisyphe (1942). Il évoque spécifiquement la cyclicité des journées de travail :

« Lever, tramway, quatre heures de bureau ou d’usine, repas, tramway, quatre heures de travail, repas, sommeil et lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi et samedi sur le même rythme. »

Par cette accumulation d’actions quotidiennes et l’énumération des jours de la semaine, Camus met en scène la monotonie d’une vie répétitive et mortifère. Le rythme régulier souligne l’enfermement dans une routine qui finit par faire surgir le sentiment de l’absurde.

Avec Camus, la routine se mue en questionnement existentiel. On n’est plus seulement dans l’organisation d’un travail machinal, mais dans une répétition de l’existence elle-même. Cette répétitivité des tâches dénoncée par Weil ou par Chaplin a-t-elle pour autant disparu de nos emplois du XXIᵉ siècle ?




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Quand la répétitivité meurtrit les corps

Dans le secteur secondaire, où dominent les activités industrielles et manufacturières, la répétition incessante des gestes use le corps en profondeur. Visser, soulever, assembler ou porter des charges lourdes pendant des heures expose les travailleurs à une fatigue constante. À long terme, la répétitivité provoque des troubles musculo-squelettiques (TMS), comme les tendinites, les lombalgies ou le syndrome du canal carpien, transformant des douleurs passagères en souffrances chroniques.

Dans le secteur tertiaire, la pénibilité physique demeure souvent invisible, mais ses effets sont loin d’être négligeables. Derrière l’apparente sédentarité des emplois de bureau se cache une sollicitation continue du corps, soumise à la répétition incessante des mêmes gestes et au maintien prolongé de postures statiques. À terme, cette accumulation silencieuse de contraintes favorise l’apparition de TMS et installe une fatigue musculaire profonde et durable.

ASMT, 2022.

Standardisation relationnelle

Dans les centres d’appels, le professeur Laerte Idal Sznelwar et ses collègues établissent un lien évident entre empêchement au travail et apparition de TMS. Au-delà des gestes répétitifs, les TMS trouvent leur origine dans l’effort constant pour réprimer ses propres mouvements, pensées et émotions. L’organisation rigide du travail impose une immobilité physique et une standardisation relationnelle qui bloquent le développement du sujet.

Qu’il s’agisse de l’ouvrier à la chaîne ou de l’employé de bureau, la répétitivité des gestes révèle une même réalité : le travail imprime sa marque sur les corps. Pour le formateur Corentin Chasles, il est essentiel de prévenir les TMS en proposant des solutions concrètes applicables au quotidien. Tandis que l’ergonomie permet d’aménager le poste de travail, la formation aux bons gestes et aux postures adaptées aide à prévenir les douleurs musculaires.

L’impact psychique de la répétition

Dans le cadre de ma thèse en sciences de gestion consacrée aux situations absurdes en entreprise, certains jeunes diplômés interrogés ont insisté sur les conséquences psychiques de la répétition au travail. Jules* en a fait un obstacle au désir et à l’engagement :

« Ce qui est difficile, c’est de motiver les gens à faire un travail routinier. »

La répétition produit alors une forme d’usure intérieure. Julia* était, par exemple, épuisée par les petites situations absurdes au point qu’elle était devenue complètement désabusée :

« Le problème, c’est que moi, tous mes jobs, (…) je trouvais que c’était tellement absurde que, de toute façon au fond, je m’en foutais mais grave en fait. (…) C’était vraiment pourri ma vie. »

Et si on parlait du blasement

Ce qui conduit au blasement et au désengagement, c’est une forme d’usure par accumulation, une répétition du minuscule. Dès lors, la routine n’est pas seulement formelle, elle a un effet psychique éminemment corrosif.




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Les jeunes diplômés interrogés mettent finalement en évidence que la répétitivité au travail ne se limite pas à une cyclicité des tâches, mais se déploie comme une répétition du temps vécu, des trajets, des gestes et des interactions, produisant un sentiment d’enfermement, de fatigue et de perte de sens.

Sortir de la boucle par la littérature

À première vue, le développement des robots et de l’intelligence artificielle (IA) est une solution adéquate aux problématiques de répétitivité au travail. Les cobots et autres algorithmes assurent une automatisation des tâches physiques et répétitives tout en réduisant la fatigue et les erreurs, mais ce n’est pas la voie que nous retenons ici pour sortir de l’enfermement mécanique.

C’est plutôt l’écriture et la littérature qui apparaissent comme parmi les principaux moyens de rompre avec la répétitivité du travail, non en supprimant matériellement la routine, mais en la transformant en objet de pensée, de mise à distance et parfois de réinvention de soi.

Mettre en pause les automatismes

Le premier effet de l’écriture, c’est qu’elle brise l’automatisme du quotidien. La répétitivité au travail fonctionne comme une suite de gestes enchaînés : métro, bureau, tâches, retour, fatigue et recommencement. Cette cadence donne une impression d’engloutissement, comme nous le rappelle Guillaume* dans un de ses entretiens :

« Tu es noyé dedans. »

Écrire, au contraire, oblige à arrêter le flux. C’est ce que souligne à merveille Joseph Ponthus dans son roman autobiographique À la ligne (2019) qui est une véritable cantate en vers libres dans laquelle il inventorie avec précision les gestes du travail à la chaîne,

« la fatigue, les rêves confisqués [et] la souffrance [des] corps ».

Librairie Mollat, Bordeaux (Gironde), 2019.

Si Ponthus est convaincu que la littérature lui a sauvé la vie, c’est parce qu’il vit ses journées de travail à travers les textes de Dumas, les poèmes d’Apollinaire et les chansons de Trenet.

« C’est sa victoire provisoire contre tout ce qui fait mal, tout ce qui aliène. »

L’écriture de soi comme planche de salut

Mettre en mots les actions quotidiennes, c’est finalement suspendre le mouvement répétitif pour le regarder. Dès lors, le geste scriptural convertit le vécu subi en vécu observé puis en vécu interprété et donc réapproprié. C’est déjà une première sortie de la répétition, car ce qui revenait inlassablement et machinalement devient pensable.

Dans notre article récemment paru dans European Management Journal et co-écrit avec Ghislain Deslandes, nous invitons les jeunes diplômés à tenir un journal de bord pour jeter pêle-mêle leurs impressions, leurs observations et leurs déceptions sur leur quotidien en entreprise. Écrire, c’est ici reprendre possession de son expérience. Tandis que le quotidien répétitif impose un temps extérieur (horaires, réunions, deadlines, trajets…), le journal de bord crée au contraire un temps à soi, un temps pour soi. Le salarié n’est plus enfermé dans le train-train quotidien, il devient narrateur de la routine, et c’est à cette condition seulement que la catharsis peut exprimer toutes ses potentialités.

L’écriture permet finalement une évacuation symbolique de ce qui pèse. Si le quotidien routinier accumule (fatigue, frustration et absurdité), l’écriture assure une exhumation et offre une planche de salut pour le corps et pour l’esprit. En parvenant à nommer ce qui semblait informe, le geste de l’écrivain donne une forme au chaos du quotidien tout comme le geste du potier transforme la glaise en objet de fierté.


*Les prénoms ont été changés.

The Conversation

Thomas Simon ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Au travail, la répétition nous tue-t-elle à petit feu ? – https://theconversation.com/au-travail-la-repetition-nous-tue-t-elle-a-petit-feu-280322

La selección: contaminantes invisibles en el agua del grifo

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Lucía Caballero, Coordinadora internacional / Editora de Medio Ambiente y Energía, The Conversation

chaogeng/Shutterstock

Si existiesen unas gafas especiales que nos permitiesen ver los contaminantes que alberga el agua que sale por nuestros grifos, nos sorprenderíamos. Aunque, en general, se considera potable en los países desarrollados, cada vez es más frecuente que contenga pequeñas cantidades de compuestos químicos y microorganismos difíciles de eliminar totalmente en las depuradoras. La presencia de estos agentes indeseados, de hecho, está relacionada con la actividad humana.

El cambio climático, por ejemplo, proporciona las condiciones ideales para que proliferen bacterias (como Escherichia coli y Legionella), virus y protozoos causantes de enfermedades, así como cianobacterias productoras de toxinas. Por un lado las altas temperaturas facilitan el crecimiento, la dispersión y la resistencia de estos microorganismos y reducen la eficacia de los desinfectantes. Por otro, las inundaciones y las sequías pueden generar un empeoramiento de la calidad del agua e incluso epidemias de estos patógenos.

Así, tras la dana que afectó al levante español a finales de 2024, se detectaron microorganismos infecciosos en el agua de consumo de la Comunidad Valenciana.

También terminan en el agua productos químicos utilizados en la industria, la agricultura o nuestra vida diaria. Es el caso de los microplásticos que, aunque en bajas concentraciones, se han detectado en el agua del grifo de ciudades como Barcelona. Si bien es cierto que el líquido elemento que llega a nuestras casas ha pasado primero por las depuradoras, la capacidad de estas para eliminar microplásticos depende de la tecnología que empleen.

Aun así, la cantidad de estas pequeñas partículas que podemos ingerir a través del agua del grifo es menor que la presente en el agua embotellada.

Otro tipo de contaminante que las depuradoras no pueden eliminar por completo son los fármacos o los metabolitos de estos que excretamos a través de la orina o las heces. Si bien la presencia de los residuos de medicamentos en los recursos hídricos todavía no está regulada, la Unión Europea ha publicado “listas de observación” en las que figuran nombres como el antibiótico sulfametoxazol, el antidepresivo venlafaxina y el antidiabético oral metformina.

Un riesgo añadido de los restos de antibióticos, que llegan también a las aguas subterráneas, es que contribuyen a la diseminación de resistencias antimicrobianas, consideradas por la Organización Mundial de la Salud como una de las mayores amenazas para la salud global.

Afortunadamente, investigadores y empresas están desarrollando nuevas soluciones para mejorar la vigilancia y la eliminación de estos contaminantes, considerados “de preocupación emergente”. Por ejemplo, pueden utilizarse biofiltros formados por bacterias que consumen fármacos.

Muchos países, sin embargo, están lejos de garantizar siquiera una calidad del agua adecuada para consumo humano. Si bien la Organización de las Naciones Unidas reconoce el derecho humano al abastecimiento y saneamiento del agua, cada año mueren cinco millones de personas en el mundo por beberla contaminada.

The Conversation

ref. La selección: contaminantes invisibles en el agua del grifo – https://theconversation.com/la-seleccion-contaminantes-invisibles-en-el-agua-del-grifo-281819

¿Tecnologías médicas para quién? Cuando la innovación amplía las desigualdades

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Juan Antonio López-Rodríguez, Profesor de Medicina Familiar y Comunitaria, Universidad Rey Juan Carlos

Media_Photos/Shutterstock

Mi madre tardó años en empezar a usar WhatsApp. No por falta de interés ni de inteligencia, sino porque no era nativa en la escritura digital ni en los códigos de comunicación de los chats. La inmediatez, la asincronía o los mensajes fragmentados no eran intuitivos para ella. Solo cuando la aplicación integró el audio –una forma de comunicación más cercana a su experiencia previa– incorporó la herramienta con naturalidad.

En el extremo opuesto, mi sobrino de cuatro años, que aún está aprendiendo a leer y escribir, es capaz de enviar correos electrónicos desde una tablet. Como cualquier otro niño, no redacta textos, envía imágenes. Para él, la interfaz es suficientemente intuitiva como para permitirle comunicarse antes incluso de dominar el lenguaje escrito.

Los anteriores ejemplos, aparentemente cotidianos, ilustran una cuestión clave: la adopción de la tecnología no depende solo del acceso, sino de cómo está diseñada y de si se adapta a las capacidades reales de las personas. En sanidad, sin embargo, este principio se olvida con frecuencia.




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Barreras a la innovación digital

La narrativa dominante presenta la digitalización como una solución casi universal. Las aplicaciones de salud prometen empoderar al paciente, la telemedicina mejorar el acceso y la inteligencia artificial optimizar la toma de decisiones clínicas. Y, en muchos casos, estos beneficios son reales. Pero también lo es que estas herramientas exigen unas competencias –digitales, sanitarias y comunicativas– que no están igualmente distribuidas en la población.

Cuando un paciente no comprende cómo funciona una app, no sabe interpretar sus resultados o no se siente cómodo en una videoconsulta, la tecnología deja de ser una herramienta de acceso y se convierte en una barrera. Lo mismo ocurre cuando el lenguaje utilizado –técnico, fragmentado o descontextualizado– dificulta la comprensión. En estos casos, la innovación no reduce desigualdades: las amplifica.

Este fenómeno no afecta solo a los pacientes. Los profesionales sanitarios, a menudo percibidos como usuarios “avanzados”, también enfrentan dificultades similares. La incorporación constante de nuevas herramientas digitales, muchas veces sin una integración adecuada en los flujos de trabajo ni formación suficiente, genera sobrecarga, fatiga y, en ocasiones, rechazo. La tecnología, diseñada para ayudar, puede acabar añadiendo complejidad a entornos ya de por sí exigentes.

Desde la perspectiva del factor humano, esto no supone un detalle menor. Las herramientas que no se adaptan a las capacidades cognitivas, al contexto de uso o a las limitaciones reales de quienes las utilizan tienden a fallar. No porque sean técnicamente deficientes, sino porque no están diseñadas para el mundo real.




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Comprender para poder ser útil

En un estudio reciente que realizamos sobre una herramienta tecnológica orientada al autocuidado en pacientes con una media de edad de 75 años y con multimorbilidad, observamos precisamente lo anterior: la utilidad de la tecnología no depende únicamente de su funcionalidad, sino de su usabilidad, su comprensión y su integración en la vida cotidiana de pacientes y profesionales. Cuando estos elementos no se tienen en cuenta, incluso las soluciones mejor intencionadas pueden quedar infrautilizadas o generar nuevas formas de exclusión.

De hecho, aunque la herramienta mostraba una alta efectividad técnica –el 89,3 % de las tareas se completaron–, solo el 40 % de los pacientes fue capaz de realizarlas de forma completamente autónoma, y más de la mitad (56,7 %) necesitó ayuda en algún momento. Es decir, completar una tarea no implicaba necesariamente comprenderla ni poder repetirla sin apoyo.

Incluso en un entorno controlado, prácticamente todos los pacientes cometieron errores durante el uso, lo que pone de manifiesto la existencia de fricciones relevantes en la interacción con la herramienta. Estas dificultades se hacían más evidentes en tareas de mayor complejidad: por ejemplo, añadir un recordatorio solo se completó en el 73,3 % de los casos, y hasta un tercio de los pacientes necesitó ayuda en funciones básicas como consultar recordatorios.

A ello se suma un nivel de satisfacción limitado, con una puntuación media de 55 sobre 100, apenas en el umbral de aceptabilidad. Esto sugiere que los pacientes pueden ser capaces de usar una tecnología sin que esta les resulte realmente útil o comprensible en su vida cotidiana

Por eso, la pregunta clave no es si una tecnología funciona, sino para quién funciona y en qué condiciones. Si queremos que la digitalización contribuya a mejorar la salud y no a fragmentarla, es necesario cambiar el enfoque. No basta con desarrollar herramientas innovadoras: hay que diseñarlas desde la diversidad real de usuarios, evaluar su impacto en términos de equidad y acompañar su implementación con formación y adaptación de los sistemas.

La tecnología sanitaria no debería empezar por lo que es posible hacer, sino por lo que las personas –pacientes y profesionales– pueden y necesitan realmente utilizar. Porque, si no se entiende, no se usa. Y si no se usa, no mejora nada.

The Conversation

Juan Antonio López-Rodríguez no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. ¿Tecnologías médicas para quién? Cuando la innovación amplía las desigualdades – https://theconversation.com/tecnologias-medicas-para-quien-cuando-la-innovacion-amplia-las-desigualdades-261919

Cuando el odio se disfraza de broma: así se normaliza entre adolescentes en las redes sociales

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Alicia Presencio Herrero, Doctora en Comunicación Audiovisual, Publicidad y RRPP. Profesora en la Facultad de Ciencias Sociales de la UEMC, Universidad Europea Miguel de Cervantes

Rawpixel.com/Shutterstock

Un meme, una frase irónica, un vídeo que “solo busca hacer gracia”: muchas veces, el discurso de odio no entra en la vida de los adolescentes con la forma de un insulto evidente o de una amenaza directa. Circula envuelto en humor, en provocación y en contenidos virales que parecen inofensivos. Cuando un mensaje discriminatorio se presenta como una broma, cuesta más reconocerlo, resulta más fácil compartirlo y termina encontrando menos resistencia.

En un estudio reciente con adolescentes hemos analizado cómo perciben, interpretan y responden a estos mensajes en su vida digital cotidiana.

Gráfico basado en nuestra investigación.
Elaboración propia.

En redes sociales, buena parte de la comunicación juvenil se mueve con rapidez y utiliza códigos compartidos que mezclan exageración e ironía. Dentro de ese marco, ciertos mensajes pueden pasar desapercibidos o parecer menos graves. Un contenido que ridiculiza a mujeres, personas migrantes, personas LGTBIQ+ o minorías religiosas puede difundirse como un simple chiste. Sin embargo, el formato no borra el efecto: el mensaje sigue transmitiendo desprecio, refuerza prejuicios y ayuda a que ciertas formas de exclusión parezcan normales.

¿Cómo se normaliza un insulto?

Nuestra investigación muestra que esa normalización rara vez se produce de golpe. Suele avanzar a través de formas cotidianas y repetidas de exposición: el meme, la broma, la ironía o el comentario viral. Son formatos fáciles de compartir, rápidos de consumir y menos cuestionados socialmente que una agresión abierta. Precisamente por eso pueden resultar eficaces para banalizar el daño y reducir la percepción de gravedad. Esa fue una de las ideas que más se repitió en los grupos de discusión: el odio no siempre se reconoce cuando adopta una forma ligera o humorística.

Para entender cómo se produce esa normalización, conviene fijarse en tres elementos que se refuerzan entre sí: los algoritmos, la presión del grupo y la repetición. Cada uno cumple una función distinta, pero juntos crean un entorno en el que el discurso de odio puede circular con más facilidad y asentarse en la vida cotidiana de los adolescentes.

Gráfico realizado con los resultados de nuestro estudio.
Elaboración propia.

Algoritmos: árbitros de la visibilidad

Los algoritmos son una parte central del problema porque organizan lo que vemos y determinan qué contenidos ganan visibilidad. Las plataformas suelen mostrar aquello que genera reacción, y los mensajes provocadores funcionan bien en esa lógica. No hace falta que una plataforma promueva un contenido de odio para que este se difunda. Basta con que premie la interacción.

Si un vídeo ofensivo provoca comentarios, risas, enfado o reenvíos, tendrá más posibilidades de seguir apareciendo. Según la UNESCO, en la actual economía de la atención, los discursos de odio encuentran un terreno favorable porque generan respuestas rápidas y ofrecen una sensación de pertenencia.




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Adolescentes y búsqueda de pertenencia

Ese mecanismo pesa especialmente en la adolescencia, una etapa en la que las redes forman parte de la construcción de la identidad y del reconocimiento entre iguales. Lo que aparece en el feed deja de percibirse como algo excepcional y empieza a integrarse en el paisaje cotidiano. Por eso, cuando mensajes discriminatorios se mezclan con memes y bromas compartidas, su presencia constante puede hacer que dejen de parecer problemáticos y empiecen a asumirse como una forma habitual de hablar y relacionarse en internet.

A esa dinámica se suma la presión del grupo, que en esta etapa tiene un peso enorme. Compartir lo que todos comparten, reír lo que todos ríen o repetir una frase que circula en el grupo puede ser una manera de encajar. En nuestros grupos, esa lógica apareció con claridad: muchas veces no había una adhesión abierta al contenido, pero sí una aceptación práctica que facilitaba su circulación. El problema es que ese gesto contribuye a dar visibilidad y legitimidad al mensaje, aunque la presión del grupo no siempre se manifieste de forma abierta.




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Repetición y desgaste de la sensibilidad

La repetición completa ese proceso. Lo que se repite mucho acaba perdiendo capacidad de sorprender, y aquello que ya no sorprende se percibe como menos grave. Un mensaje aislado puede generar rechazo, pero un mensaje que aparece una y otra vez termina desgastando la sensibilidad. Y una mayor exposición a contenidos online de riesgo se relaciona con una mayor aceptación de la ciberagresión.

Gráfico realizado con los datos del estudio.
Elaboración propia.

Avance del discurso de odio

Viendo cómo muchas formas de violencia en línea se trivializan entre adolescentes cuando aparecen envueltas en humor o en códigos compartidos en redes, podemos entender por qué el discurso de odio avanza sin presentarse de manera abierta. A veces no llega con amenazas, sino con memes, ironías y bromas que parecen ligeras, pero que repiten una misma idea: hay grupos que merecen ser ridiculizados o colocados en una posición inferior.

Pero las consecuencias de esta normalización son reales. UNICEF España recuerda que las formas de violencia en línea, como el ciberacoso, pueden tener efectos psicológicos profundos y duraderos y generar ansiedad y depresión. En la misma línea, el Ministerio de Igualdad ha advertido de que la violencia digital afecta especialmente a mujeres y menores y exige una respuesta integral, educativa y tecnológica.




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Educación mediática y digital

La respuesta no puede limitarse a prohibir o castigar. Hace falta educación mediática y digital para que los adolescentes entiendan por qué les aparece un contenido, qué emociones intenta activar y qué visión del mundo transmite.

Si los algoritmos amplifican, el grupo valida y la repetición normaliza, la mejor defensa pasa por aprender a mirar con sentido crítico y a poner nombre a lo que ocurre.

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

ref. Cuando el odio se disfraza de broma: así se normaliza entre adolescentes en las redes sociales – https://theconversation.com/cuando-el-odio-se-disfraza-de-broma-asi-se-normaliza-entre-adolescentes-en-las-redes-sociales-279285

¿Por qué son importantes los ríos secos?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By María Luisa Suárez Alonso, Catedrática de Ecología, Universidad de Murcia

Quintanilla/Shutterstock

Eso de “ríos secos” igual parece un contrasentido (siempre nos han enseñado que son corrientes continuas de agua), pero lo cierto es que hay ríos que nunca –o casi nunca– transportan agua. En la región del levante español, los conocemos bien: los llamamos “ramblas”.

En el mundo de la limnología –rama de la ecología que estudia los ecosistemas acuáticos continentales–, lo que existe es un gradiente que va desde los cauces que llevan agua durante todo el año (ríos permanentes), pasando por aquellos que se secan en verano (ríos temporales), hasta los más extremos, que no llevan agua casi nunca (ríos secos). En una definición más formal, podemos describirlos como aquellos que solo transportan agua durante poco tiempo tras las fuertes lluvias y no están conectados con las aguas subterráneas, por lo que, en ellos, no pueden vivir organismos acuáticos.

Rambla Chirivel (Vélez Rubio).
M.L. Suárez

No solo se encuentran en nuestra región. Aparecen en todo el mundo y reciben distintos nombres: wadis o oueds en el norte de África, creeks, en la región mediterránea de Australia, o ramblas, en el levante español, donde su presencia marca el paisaje.

En realidad, los ríos secos son sistemas híbridos cuya dinámica se parece más a la de los ecosistemas terrestres que a la de los ríos permanentes. Sin embargo, su morfología y procesos ecológicos están fuertemente condicionados por las lluvias torrenciales episódicas que remueven y transportan los sedimentos y la materia orgánica de la cubeta y que, de alguna manera, los conecta con toda la red de ríos de su cuenca.

Rambla de La Azohía (Murcia. España).
Rambla de La Azohía (Murcia. España).
M.R. Vidal-Abarca

¿Cómo son estos ríos?

Los ríos secos incluyen muchos tipos de cauces: desde aquellos estrechos, con una pendiente elevada y un sustrato compuesto por grandes bloques y rocas, hasta los más anchos, con pendientes suaves, cuyo sustrato es de sedimentos finos tipo arenas o limos. En general, todos presentan una elevada capacidad para acumular sedimentos procedentes de la erosión de las laderas, que suelen tener una vegetación muy limitada.

Las lluvias torrenciales actúan removiendo los sedimentos y recolocándolos en la cubeta. Por eso, en muchos de ellos, aparecen islas o barras de arena que constituyen nuevos ambientes para muchos organismos vegetales y animales.

Los ríos secos son los grandes olvidados dentro de los ecosistemas mediterráneos. En la imagen, rambla de Zarzadilla (Totana).
M.L. Suárez.

La acumulación de materia orgánica, que proviene del medio terrestre, arrastrada por las lluvias, es una característica interesante de estos ríos. Son materiales que pueden permanecer durante mucho tiempo en los cauces y actúan como un reservorio de carbono y nutrientes.

¿Quién vive en ellos?

A pesar de la ausencia de agua durante la mayor parte del año, los habitan comunidades biológicas diversas, compuestas principalmente por organismos terrestres. Las condiciones microclimáticas del lecho, caracterizadas por una mayor humedad respecto a las zonas circundantes, favorecen el establecimiento de ecosistemas vegetales formados por helófitos (plantas que, a pesar de estar enraizadas en el suelo, viven principalmente con raíces y brotes cubiertos por agua), arbustos y especies arbóreas.

Debido a que las condiciones de humedad en los ríos secos pueden ser mayores que en los alrededores, es posible encontrar una abundante y rica comunidad vegetal de helófitos, arbustos e, incluso, árboles. Rambla Los Valientes (Murcia. España).
R. Gómez.

Estas formaciones vegetales desempeñan un papel clave en la retención de sedimentos, la estabilización del sustrato y la generación de microhábitats que facilitan el asentamiento de otras especies. Además, contribuyen a la acumulación de materia orgánica, que constituye el principal recurso para los organismos descomponedores, como hongos y bacterias.

Los invertebrados terrestres son muy abundantes en estos cauces secos. En la foto, escarabajo longicornio (familia Cerambycidae).
M.R. Vidal-Abarca.

En los ríos secos también se encuentra una fauna diversa con una amplia variedad de invertebrados –hormigas, arañas, escarabajos, etc.–, que utilizan estos hábitats para su alimentación, como refugio y para su reproducción. Asimismo, diversos vertebrados terrestres –reptiles, aves y mamíferos– emplean estos cauces como corredores ecológicos (para moverse de un lugar a otro), como áreas de descanso o para hacer allí sus nidos, y desempeñan funciones ecológicas relevantes, como la dispersión de semillas o el reciclado de nutrientes.

La tortuga mora del Mediterráneo (Testudo graeca) selecciona lechos arenosos en los ríos secos como lugares de anidación en el sureste de España.
M.R. Vidal-Abarca.

Cuna de procesos biogeoquímicos

En los ríos secos también se producen procesos más complejos, como la descomposición de la materia orgánica acumulada en los cauces. Esta se desarrolla, sobre todo, en condiciones aeróbicas (con oxígeno) debido a la exposición directa de los sedimentos a la atmósfera. Las comunidades microbianas, especialmente hongos, se ocupan de degradar los compuestos complejos presentes en los tejidos vegetales.

Por otra parte, en regiones caracterizadas por elevados niveles de radiación solar, como es la nuestra, la fotodegradación (mecanismo por el cual se descomponen distintos materiales por la radiación ultravioleta de la luz) transforma compuestos difíciles de degradar, lo que facilita su total descomposición por los hongos y las bacterias. Asimismo, la oxidación del nitrógeno favorece la acumulación de nitratos en el sedimento, que pueden ser utilizados posteriormente por la vegetación terrestre y contribuir al reciclaje de nutrientes dentro del sistema.

¿Qué aportan al bienestar humano?

Los ríos secos proporcionan múltiples servicios ecosistémicos: mejoran la calidad del aire mediante la absorción de dióxido de carbono, disminuyen la erosión, contribuyen a la formación y fertilización del suelo y regulan el microclima local.

Además, la vegetación presente en sus cauces puede ralentizar el flujo de agua durante episodios de avenidas (crecidas del ríos o riadas), al favorecer la infiltración y contribuir a la recarga de acuíferos. Pero, sobre todo, son las vías de evacuación del agua en grandes crecidas y disminuyen, así, el peligro de desbordamiento y los daños a las personas.

También constituyen hábitats para numerosas especies que participan en procesos ecológicos esenciales, como la polinización o la dispersión de semillas.

A esto se suma que los ríos secos pueden proporcionar plantas y animales que sirven de alimento o poseen propiedades medicinales –lavanda, caracoles terrestres, espárragos trigueros…– o materiales utilizados en la construcción (por ejemplo, gravas y arenas). Por último, también ofrecen oportunidades para el desarrollo de actividades recreativas y educativas por su facilidad de acceso, contribuyendo al bienestar físico y psicológico de las poblaciones locales.

Impactos antrópicos y retos de gestión

Poco apreciados por la población humana, estos ecosistemas se encuentran entre los más maltratados del mundo; entre otras razones, porque las personas los consideran sistemas improductivos y sin vida, al no transportar agua de forma permanente.

Esta consideración ha favorecido su ocupación por infraestructuras como las canalizaciones, explotaciones agrícolas intensivas o actividades extractivas, que alteran su morfología natural y reducen su capacidad para infiltrar agua durante las avenidas.

Las rodaduras de los vehículos como motos o quads alteran profundamente la morfología del cauce y muchas funciones ecológicas.
M.R. Vidal-Abarca.

Así, el desarrollo urbanístico en los lechos de estos cauces ha aumentado su vulnerabilidad frente a los episodios de lluvias torrenciales, con importantes riesgos para las poblaciones humanas. Por otro lado, la modificación de sus condiciones ambientales facilita la colonización por especies invasoras, muy difíciles de eliminar.

El desarrollo urbanístico, ocupando total o parcialmente el lecho de estos cauces, provoca pérdidas materiales e incluso de vidas humanas durante las fuertes avenidas de agua.
M.L. Suárez.

Ante este panorama, la conservación y gestión de los ríos secos no es fácil. Choca con el desconocimiento por parte de la población humana y de los tomadores de decisiones. Conocer y divulgar sus valores naturales es un primer paso para abordar una mejor convivencia con ellos, porque pueden desempeñar un papel clave para reducir los impactos asociados al cambio climático global. Ojalá seamos capaces de hacerlo para no perder estos valiosos ecosistemas.

The Conversation

María Luisa Suárez Alonso recibe fondos de: Ministerios de Economía, Industria y Competitividad (Ref:
CGL2017-84625-C2-2-R), y de Ciencia, Innovación y Universidades (Ref: RTI2018-097950-B-C22).

María Rosario Vidal-Abarca Gutiérrez recibe fondos de los Ministerios de Economía, Industria y Competitividad (Ref: CGL2017-84625-C2-2-R), y de Ciencia, Innovación y Universidades (Ref: RTI2018-097950-B-C22).

ref. ¿Por qué son importantes los ríos secos? – https://theconversation.com/por-que-son-importantes-los-rios-secos-277282

Veinte años de control del tabaco en España: qué hemos logrado y qué queda por hacer

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Julia Rey Brandariz, Profesora ayudante doctora, Universidade de Santiago de Compostela

Studio.image/Shutterstock

En 2005, España ratificó el Convenio Marco de la Organización Mundial de la Salud (OMS) para el Control del Tabaco, dando inicio a una etapa de desarrollo normativo orientada a reducir el consumo y a proteger a la población frente al humo ambiental de tabaco (HAT). Desde entonces, se han implementado medidas clave, como la regulación de espacios sin humo o las restricciones a la publicidad, que han tenido un impacto claro en la salud pública.

Con motivo de los 20 años de su aplicación, el grupo de trabajo de tabaco de la Sociedad Española de Epidemiología ha analizado cómo han cambiado los indicadores y el ecosistema de control del tabaquismo en España, lo que permite hacer balance de los avances y de los retos pendientes.

Un avance incompleto

Tras la aprobación de las leyes de 2005 y 2010, uno de los cambios más evidentes ha sido la reducción de la exposición al HAT, especialmente en espacios públicos cerrados. Estas leyes han contribuido a modificar normas sociales en torno al consumo de tabaco y a disminuir la exposición involuntaria de la población, con un impacto directo en la reducción de la carga de patologías asociadas. Así, estudios realizados en España observaron un descenso en la tasa de ingresos hospitalarios por dolencias cardiovasculares y enfermedad pulmonar obstructiva crónica tras la implementación de las citadas leyes.

Sin embargo, este avance no ha sido completo: en los últimos años se observa cierta estabilización y persisten niveles elevados de exposición al HAT en espacios abiertos como las terrazas de hostelería, donde se han detectado concentraciones de nicotina ambiental comparables a las de viviendas de personas fumadoras.

En paralelo, el descenso de la prevalencia de consumo de tabaco ha sido más lento de lo esperado. Aunque ha disminuido respecto a décadas anteriores, continúa siendo elevada. En 2020, el 22,1 % de la población adulta en España fumaba y en 2023, el porcentaje se situaba en el 19,3 %. Además, tampoco se ha producido una aceleración clara en el abandono del consumo tras la implementación de las principales medidas regulatorias.

Desigualdades persistentes y nuevos retos

El impacto del tabaco en la salud sigue siendo muy elevado. En España, se estiman entre 50 000 y 60 000 muertes anuales atribuibles a su consumo, lo que lo sitúa como una de las principales causas evitables de mortalidad. Asimismo, esta carga presenta diferencias importantes por sexo: mientras que en hombres la mortalidad atribuida está disminuyendo, en mujeres continúa en ascenso, reflejando la evolución más tardía de la epidemia de tabaquismo en ellas.

Al mismo tiempo, se continúan observando desigualdades en el consumo de tabaco, ya que sigue siendo más frecuente en personas con menor nivel educativo, especialmente en hombres. Además, el abandono del hábito es menos probable en ese grupo, sin distinción de sexos. Esto contribuye a consolidar un patrón de inequidad en salud que plantea importantes desafíos para las políticas de prevención.

Adicionalmente, el contexto actual es más complejo que hace dos décadas. La aparición de nuevos productos, como los cigarrillos electrónicos, el tabaco calentado o las bolsas de nicotina, ha modificado los patrones de consumo, sobre todo entre población joven. Esto plantea nuevos retos regulatorios.

A ello se suma que algunas medidas recomendadas a nivel internacional, como el empaquetado neutro o una mayor fiscalidad, no se han implantado plenamente en España. También persisten formas de promoción indirecta de los productos del tabaco, especialmente en entornos digitales como las redes sociales, que siguen siendo difíciles de controlar.

Del control al “endgame”: el reto de las próximas décadas

A pesar de las limitaciones, los avances logrados en estas dos décadas han sido posibles gracias a la acción coordinada de instituciones públicas, sociedades científicas, organizaciones sociales y una ciudadanía cada vez más implicada. Este esfuerzo conjunto ha permitido generar evidencia, impulsar medidas regulatorias y consolidar el control del tabaquismo como una prioridad en salud pública.

En la actualidad, el enfoque está evolucionando hacia estrategias más ambiciosas, conocidas como endgame, que plantean reducir la prevalencia de fumadores por debajo del 5 %. Algunos países europeos ya han incorporado estos objetivos en sus políticas públicas y España ha iniciado el camino con el Plan Integral de Prevención y Control del Tabaquismo 2024-2027, que plantea avanzar hacia una generación libre de tabaco para 2040.

Sin embargo, la situación actual muestra que el objetivo está aún lejos de alcanzarse. Avanzar en esa dirección requerirá reforzar las medidas existentes, poner en marcha nuevas medidas de control del tabaquismo, abordar de forma específica las desigualdades sociales, mejorar la regulación de nuevos productos y reforzar el apoyo social y político.

Veinte años después de la ratificación del Convenio Marco, la evidencia es clara: las políticas de control del tabaquismo funcionan. El reto ahora es aplicarlas con mayor intensidad y adaptarlas a un contexto cambiante para seguir reduciendo el impacto del tabaco en la salud de la población.


Artículo escrito con el asesoramiento de la Sociedad Española de Epidemiología.


The Conversation

Miembro del grupo de trabajo de tabaco de la Sociedad Española de Epidemiología

Miembro del grupo de trabajo de tabaco de la Sociedad Española de Epidemiología.

Mónica Pérez Ríos no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Veinte años de control del tabaco en España: qué hemos logrado y qué queda por hacer – https://theconversation.com/veinte-anos-de-control-del-tabaco-en-espana-que-hemos-logrado-y-que-queda-por-hacer-281907