Transition écologique locale : quatre conditions pour passer de l’ambition à l’action

Source: The Conversation – in French – By Gillian ORIOL, Doctorante en sciences de gestion – spécialisée en management public, Aix-Marseille Université (AMU)

Panorama de Grenoble, à gauche, et de Lyon, à droite. Matthieu Riegler/Wikimédia ; Jorge Franganillo/Flickr, CC BY

Une enquête menée à Lyon, dans le Rhône, et Grenoble, dans l’Isère, montre qu‘il ne suffit pas qu’un exécutif avec une ambition écologiste arrive au pouvoir pour insuffler des actions publiques de transition écologique. Il faut pour cela repenser aussi l’organisation des services administratifs.


Cela ressemble aux douze travaux d’Hercule. À l’heure du changement climatique, les collectivités locales doivent renforcer la résilience de leur territoire, engager des transformations de long terme, répondre aux attentes des habitants, tout en composant avec les tensions énergétiques, les contraintes budgétaires et en coopérant avec des partenaires encore inégalement formés aux risques climatiques.

Face à toutes ces nécessités, comment transformer une ambition politique de transition écologique en action publique locale ?

Pour répondre à cette question, nous avons mené une recherche sur Grenoble (Isère) et Lyon (Rhône), deux territoires où des exécutifs écologistes sont arrivés au pouvoir à des moments différents : en 2014 à Grenoble et en 2020 à Lyon. Notre enquête repose sur 56 entretiens avec des cadres de la fonction publique territoriale : directeurs généraux, directeurs opérationnels, chargés de mission ; et des élus. L’analyse s’appuie également sur 86 documents institutionnels.

Notre étude montre que la transition écologique locale ne dépend pas seulement de la volonté politique. Elle suppose aussi des capacités administratives concrètes. Quatre conditions apparaissent alors décisives : mesurer les vulnérabilités, transformer l’organisation interne, rendre les arbitrages écologiques acceptables et apprendre à gouverner dans l’incertitude.

VILLE ET MÉTROPOLE, QUI FAIT QUOI ?

  • La ville agit à l’échelle de proximité : écoles, équipements publics, espaces publics, participation citoyenne, action sociale locale.
  • La métropole détient des compétences structurantes pour la transition : urbanisme, mobilités, eau, déchets, énergie, habitat, développement économique.
  • Tandis que la métropole dispose souvent des leviers techniques et réglementaires, la ville joue un rôle central dans l’appropriation des politiques par les habitants et leur acceptabilité sociale. Une transition locale efficace suppose donc de coordonner les instruments métropolitains avec la proximité municipale.

Mesurer les vulnérabilités pour mieux agir

La première condition consiste à mieux saisir les vulnérabilités territoriales, car les collectivités ne font pas face à une seule crise, mais à une accumulation de risques : canicules, sécheresses, inondations, tensions énergétiques, difficultés d’accès au logement, contraintes financières ou encore fragilités sociales.

Dans ce contexte, la Ville de Grenoble s’est dotée du Donut territorial, un outil de diagnostic territorial pensé par l’économiste Kate Raworth permettant de croiser les dimensions sociales et environnementales de la transition. À Grenoble, la situation de cuvette alpine rend particulièrement visibles les liens entre pollution de l’air, santé et mobilités, tandis que les canicules obligent à penser ensemble logement, végétalisation des espaces publics et protection des populations les plus vulnérables. Selon la chargée de mission qui le pilote, l’outil permet ainsi de « dépasser le cloisonnement classique des collectivités en silos et à faire parler les différents services entre eux ».

Donut de Grenoble
Donut de Grenoble.
Capture d’écran du site de Grenoble.fr

De son côté, la Métropole du Grand Lyon cherche à mesurer les effets de ses dépenses publiques sur la transition écologique. Elle a pour cela misé sur une budgétisation par impact qui ne consiste pas seulement à classer les lignes budgétaires comme « vertes » ou non. Elle vise à analyser les projets dans leur ensemble. Comme l’explique la cheffe de projet de budgétisation :

« Une piste cyclable peut être très négative si elle traverse des corridors protégés et s’il n’y a personne dessus. »

L’enjeu n’est donc pas de juger une dépense à partir de son intitulé, mais d’évaluer ses effets concrets sur le territoire, les usages et les objectifs environnementaux de la collectivité.

Ces outils ne sont pas seulement techniques. Ils changent la manière dont l’administration regarde le territoire, hiérarchise ses priorités et arbitre entre différents objectifs de transition.

Transformer l’organisation interne

La deuxième condition est organisationnelle. La transition écologique ne peut pas être portée uniquement par quelques élus ou par une direction spécialisée. Elle suppose une transformation plus large de l’administration.

À Grenoble Alpes Métropole, le rattachement de la direction climat à la direction générale répond à un problème identifié par le directeur général des services, qui est au sommet de la hiérarchie administrative :

« Les équipes chargées du climat pouvaient être perdues dans un coin et manquer de vision transversale. »

Cette acculturation passe aussi par la formation de l’ensemble des agents à la Fresque du climat, un atelier collectif de sensibilisation aux causes et aux effets du changement climatique.

Mais l’enjeu n’est pas seulement de sensibiliser. En complétant la Fresque du climat par des dispositifs comme 2tonnes, un atelier de simulation de trajectoires bas carbone, ou Nos vies bas carbone, centré sur les ordres de grandeur de l’empreinte carbone et les leviers d’action du quotidien, la métropole cherche à transformer la sensibilisation en capacité d’agir. Pour le directeur général des services, il s’agit de « libérer la capacité de proposition des agents ». Certaines équipes sociales ont ainsi proposé, à la suite de ces ateliers, d’accompagner les quartiers populaires sur la transition alimentaire et les changements de consommation.

À Lyon, la dynamique est plus récente. La Ville s’appuie sur un projet d’administration participatif visant à mieux articuler transition écologique, sociale et démocratique. L’organigramme a aussi été revu pour encourager davantage de coopération entre directions. Cette transformation ne va toutefois pas de soi.

Comme l’explique un chargé de mission :

« C’est vraiment un choc culturel important, parce qu’il faut concilier des temps de travail classiques avec des ateliers où l’on assume clairement d’être dans la co-construction, avec des méthodes parfois bouleversantes et frustrantes. »

La transition écologique transforme donc aussi les manières de travailler, de décider et de coopérer au sein de l’administration.

Ce point est essentiel : une collectivité peut porter une ambition forte, mais si son organisation interne ne suit pas, la transition reste difficile à mettre en œuvre.

Rendre les arbitrages écologiques acceptables

La troisième condition concerne les conflits produits par les politiques de transition. Les objectifs environnementaux sont souvent partagés en principe, mais leur mise en œuvre locale peut générer des tensions importantes, notamment lorsqu’elle touche au foncier, aux mobilités ou aux activités économiques.

Le zéro artificialisation nette (ZAN) en est un exemple. Limiter l’urbanisation permet de préserver les sols et de réduire l’étalement urbain, mais cette politique modifie aussi la valeur du foncier et les perspectives de développement des communes. Un directeur de l’aménagement résume ainsi cette tension :

« Il y a des antagonismes très forts et très compréhensibles, parce que quand on retire une zone à construire, on fait perdre dix fois ou vingt fois la valeur à un terrain. »

Les zones à faibles émissions (ZFE) ont produit des tensions comparables. Si elles visent à améliorer la qualité de l’air, elles affectent aussi directement les conditions de déplacement des habitants, des commerçants et des professionnels. À Grenoble Alpes Métropole, une concertation volontaire avait été engagée à l’automne 2022 pour alimenter la décision publique sur plusieurs points sensibles : dérogations périmètre, horaires d’application.

Elle a combiné plate-forme participative, réunions publiques, rencontres sur l’espace public, questionnaire en ligne et ateliers citoyens. Mais, ce travail local d’explication et d’ajustement a été fragilisé par l’instabilité des décisions nationales, jusqu’au vote du projet de loi de simplification dans une version prévoyant la suppression des ZFE en avril 2026.

Cette séquence souligne une fragilité démocratique : les métropoles portent des mesures sensibles pour la transition, mais leur cadre reste largement fixé par l’État, leur mise en œuvre dépend des communes et leur rôle demeure souvent peu lisible pour les citoyens.

Se préparer à des crises plus fréquentes

La quatrième condition est la capacité des collectivités locales à apprendre des crises et à s’y préparer, dans un environnement marqué par leur intensification.

À Grenoble, la prise de conscience d’un environnement plus difficile à anticiper a conduit la Ville à former ses managers à la complexité et à structurer une stratégie de résilience. En recensant 53 risques, ce diagnostic permet de prioriser ceux qui pourraient le plus affecter les habitants et la continuité des services publics. La stratégie débouche notamment sur des actions concrètes : prioriser le plan de lutte cyber, identifier les missions essentielles à maintenir en cas de crise et recenser les agents mobilisables en urgence. Un directeur général adjoint explique que le fait de « savoir manager en zone de turbulence a rendu très fluide le passage en mode crise lors de la pandémie, face aux canicules, à la sécheresse ou à la crise énergétique ».

Un laboratoire inter-administrations, créé en 2019, permet aussi à plusieurs acteurs publics locaux de préparer les politiques publiques de demain. Il mobilise par exemple le Rapport annuel sur les risques et la résilience comme outil de prospective locale pour partager les vulnérabilités du territoire et identifier les ressources nécessaires à leur adaptation. Cette préparation s’ouvre également aux habitants. La Ville expérimente par exemple des formats plus accessibles, comme un serious game lors de la Journée de la résilience, pour rendre les risques moins abstraits et les relier à des situations concrètes du quotidien : que faire en cas de canicule, de coupure d’électricité, d’inondation ou d’évacuation ?

À la Métropole Grand Lyon, cette logique apparaît davantage en construction. L’ancienne directrice générale des services expliquait :

« Il n’y a pas eu nécessairement un grand document cadre sur lequel la métropole questionne la résilience […] La volonté de l’exécutif a été de privilégier l’action et d’y aller brique par brique. »

Cette approche s’est traduite par des chantiers sectoriels, comme la reprise en régie publique de l’eau, actée dès décembre 2020, afin de renforcer la maîtrise d’une ressource essentielle, ou encore par des actions sur l’alimentation, la réduction de la pollution, l’énergie et l’aménagement. Comme l’explique ce directeur général adjoint, les priorités sont de « prévenir les risques, limiter les impacts des pollutions diverses et mieux protéger nos différentes ressources ».

À la Ville, il n’existe pas non plus de stratégie globale des risques, mais de nouveaux dispositifs émergent. Cette préparation repose à la fois sur des cadres d’accélération, comme la Mission européenne « Cent villes climatiquement neutres » qui a notamment conduit à créer une Agora Lyon 2030.

Ce dispositif marque un changement : plutôt que de travailler secteur par secteur, la Ville réunit des acteurs variés du territoire autour d’une feuille de route commune et d’engagements propres à chaque structure sur la thématique du climat. Le Club transitions et résilience s’inscrit dans cette logique en favorisant les échanges d’expériences et la diffusion de pratiques entre acteurs du territoire.

La préparation aux crises ne repose donc pas seulement sur des plans : elle suppose aussi des espaces d’apprentissage où administrations, partenaires publics et acteurs du territoire apprennent à anticiper ensemble.

Que retenir ?

Grenoble et Lyon montrent ainsi que la transition écologique locale ne repose pas uniquement sur des annonces ou des objectifs stratégiques. Elle dépend aussi de la capacité des collectivités à construire des outils de pilotage, à transformer l’organisation, à gérer les conflits d’usage et à préparer les crises futures.

L’exemple de Grenoble et Lyon invite enfin à prendre au sérieux le temps long des transitions locales. À Grenoble, le second mandat écologiste a permis de stabiliser certains dispositifs et d’intégrer davantage les enjeux climatiques dans l’administration.

À Lyon, le premier mandat correspondait plutôt à une phase de lancement et d’expérimentation. Autrement dit, un premier mandat peut ouvrir les chantiers de la transition ; un second peut permettre de les institutionnaliser dans les routines administratives, les outils de pilotage et les pratiques professionnelles.

The Conversation

Gillian ORIOL ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Transition écologique locale : quatre conditions pour passer de l’ambition à l’action – https://theconversation.com/transition-ecologique-locale-quatre-conditions-pour-passer-de-lambition-a-laction-282443

Guyane française-Brésil, une frontière sous tension

Source: The Conversation – in French – By Marie-Véronique Amella, Docteur associé au laboratoire GSRL, Centre national de la recherche scientifique (CNRS)

La frontière entre la Guyane française et le Brésil est devenue un espace stratégique marqué par des enjeux sociaux, économiques et sécuritaires. Malgré les coopérations franco-brésiliennes et la construction du pont sur le fleuve Oyapock, cette frontière reste traversée par de fortes tensions liées à l’immigration clandestine, à l’orpaillage illégal et aux trafics de drogue. Toutefois, son potentiel économique et son rôle de liaison entre l’Europe et l’Amérique du Sud en font aussi un territoire d’avenir.


De toutes les frontières de la France, celle qui sépare la Guyane française de l’État d’Amapá, au Brésil, est l’une des moins connues. Il s’agit pourtant de la plus longue de toutes : 730 kilomètres, dont 430 suivant le fleuve Oyapock. L’autre frontière de la Guyane française, avec le Suriname, est également d’une longueur considérable : 510 kilomètres.

Par son isolement et sa topographie (95 % de forêts humides), la Guyane (qui a depuis 1946 le statut de département français et est d’ailleurs, avec ses 83 000 kilomètres carrés, de très loin le plus grand département du pays) a tout d’une île ! L’habitat qui marque la frontière Guyane-Brésil est constitué d’une petite ville côté français – Saint-Georges de l’Oyapock sur la rive gauche (officiellement 4 700 habitants, officieusement 7 000) – et d’une agglomération plus importante sur la rive droite, au Brésil – Oiapoque, 30 000 habitants.

Cette frontière, et particulièrement sa zone habitée, est un espace traversé par diverses dynamiques, aussi bien positives (développement économique, échanges commerciaux et culturels) que négatives (criminalité, immigration clandestine, exploitation illégale des ressources naturelles)…

Carte montrant la situation de la Guyane française.
Jacques Leclerc, FAL

Frontière fluviale

1494 : le Traité de Tordesillas sépare les colonies espagnoles de l’Ouest de celles du Portugal sur le tracé du fleuve Amazone. Alors que les Espagnols délaissent cette région humide, les Portugais revendiquent dès 1500 les terres au sud de l’Amazone et y reconnaissent la frontière nord de ce qui deviendra le Brésil. Côté français, Vincent Pinson débarque en 1500 sur le territoire de l’actuelle Guyane. Une première frontière avec le Brésil est fixée sur le fleuve Oyapock en 1713 par le Traité d’Utrecht, signé entre Louis XIV et le Portugal. Toutefois, les convoitises économiques que suscite la région accentuent les conquêtes transfrontalières réciproques jusqu’au tournant du XXᵉ siècle : le contrôle stratégique du bassin de l’Amazone, la découverte de gisements d’or en Guyane, le développement démographique et économique autour du bagne de Cayenne sont autant de nouveaux enjeux.

En 1896, la France et le Brésil demandent à la Suisse, pays neutre, de départager précisément leur frontière. Le Brésil prend l’avantage en récupérant le territoire compris entre les fleuves Oyapock et Araguari, tandis que l’Oyapock est retenu comme frontière définitive avec la Guyane.

Après 1900, les conflits frontaliers relatifs à la Guyane se limiteront principalement aux contestations territoriales avec le Suriname, qui ne seront en partie réglés qu’en 2021 ; la frontière de l’Oyapock demeure toutefois une zone instable. Depuis 1956, des expéditions de l’Institut géographique national (IGN) assurent le bornage de la frontière au sol : au total, sept bornes marquent le tracé de la frontière et leur entretien (élagage de la végétation, nettoyage) et font l’objet jusqu’en 2008 de missions d’entraînement de la part des Forces armées en Guyane (FAG). Ces régiments ont été redéployés ensuite vers des missions de lutte contre l’orpaillage clandestin. En 2015, le « Raid des 7 bornes », initiative du ministère de l’intérieur en partenariat avec le CNRS et le 3ᵉ Régiment étranger d’infanterie, parcourt la frontière selon quatre perspectives : scientifique (relevés environnementaux), sécuritaire (détecter les illégaux), tactique (progression et survie en milieu hostile) et technique (mesure GPS de la position des bornes).

Économies locales

Par rapport au reste de l’Amérique du Sud, la Guyane semble riche tandis qu’elle est la plus pauvre du point de vue de sa métropole. Son PIB s’élève à 17 703 euros par habitant pour 42 579 euros en métropole (Insee, 2024). C’est aussi la région de France, hors Mayotte, où la croissance démographique (+ 1,2 % par an) demeure la plus élevée. En revanche, si les emplois du secteur tertiaire y sont majoritaires, elle est aussi la plus touchée par le chômage (16,80 % en 2025). Une personne sur deux y vit actuellement sous le seuil de pauvreté, et la majorité des personnes sans emploi sont non qualifiées ou issues de l’immigration illégale, principalement brésilienne.

De l’autre côté du fleuve, la région brésilienne de l’Amapá est devenue autonome à partir de la Constitution de 1988. Ce statut est le produit d’un constat fait par le gouverneur Barcelos : l’Amapá est alors en déficit démographique et il souhaite désenclaver sa région à l’aide d’un partenariat économique avec la Guyane, dont les soldes démographique et économique sont positifs. L’objectif était de contourner la faiblesse du Brésil en investissant au-delà de la frontière pour éviter une double logique de concurrence : à la fois avec la France et avec sa propre structure fédérale défaillante.

En 1995, un accord interrégional est signé à Madrid entre l’Union européenne et le Mercosur, qui prévoit dès 1999 une libéralisation des échanges entre pays signataires, parmi lesquels la France et le Brésil. Depuis les années 1990 et son essor économique impressionnant, le Brésil s’impose en Amérique du Sud comme une puissance émergente attirante pour ses investisseurs. Cinq cents grandes entreprises françaises s’y implantent (Renault, EDF, Carrefour, Michelin, etc.) et, en 1996, un accord est signé entre France et Brésil prévoyant encore plus de collaboration culturelle, scientifique et technologique.

En 1997, la France devient le deuxième investisseur économique au Brésil. Elle l’est toujours aujourd’hui, assez loin toutefois derrière les États-Unis.

Cas d’école : un pont qui sépare

La même année, les présidents Chirac et Cardoso souhaitent matérialiser la coopération des deux pays par un symbole à la fois durable et pratique. Ils s’entendent sur la construction d’un pont de 378 mètres enjambant l’Oyapock.

Le Brésil, en tant que puissance émergente, constitue pour Paris un partenaire prometteur et la construction du pont représente une occasion de développer les échanges commerciaux de la Guyane avec le grand voisin brésilien. Toutefois, freinés par un décalage entre des normes incompatibles entre France et Brésil, les travaux ne commencent qu’en 2008 pour s’achever en 2011. Malgré de bonnes intentions, il manque une législation commune pour décider des règles de circulation des biens et des personnes.

Pont sur l’Oyapock, photographié en 2018.
Rômulo Ferreira/Wikipédia, CC BY-ND

Cette initiative met en lumière des paradoxes : si les Brésiliens paient un visa pour aller en Guyane alors que les Français circulent librement vers le Brésil, les gouvernements français successifs sont surtout attentifs à ne pas aggraver l’immigration clandestine tout en développant de nouvelles solutions économiques transfrontalières.

Actuellement, le flux de camions transportant des fruits, du poisson ou des vêtements via le pont reste faible, car l’accord sur l’importation en Guyane de marchandises provenant du Brésil achoppe également sur une différence de standards. Les contrôles policiers du côté français s’intensifient sur le pont depuis 2017.

L’attrait de la Guyane pour l’immigration s’explique par un niveau de vie plus élevé qu’ailleurs en Amérique du Sud. Les clandestins brésiliens proviennent surtout de l’Amapá, qui est le plus pauvre des vingt-six États du Brésil. La Guyane compte aujourd’hui 25 000 Brésiliens vivant légalement en Guyane, les passages des illégaux s’effectuant généralement à partir d’Oiapoque en direction de Saint-Georges, qui a vu sa population doubler en vingt ans. Pour le directeur de cabinet de la mairie, Antoine Leduc, les migrants déséquilibrent fortement le système des services publics (école et santé), car les fonds publics ne correspondent pas à la demande réelle.

Orpaillage illégal

Ce sont les orpailleurs illégaux qui posent le plus de problèmes actuellement, en raison de la toxicité de leurs pratiques pour l’environnement et de l’économie parallèle qu’ils génèrent. Ces garimperos clandestins constituent environ 10 % de la population guyanaise non recensée. Malgré des accords bilatéraux avec le Brésil qui impliquent échanges d’informations et opérations communes de patrouille des forces de l’ordre, pour Marie-Pierre Védrenne, ministre déléguée au ministre français de l’intérieur en 2026, « des différences d’approche persistent » qui empêchent encore la mise en place d’une action transnationale contre ce fléau.

La cocaïne constitue le troisième pan de la criminalité, après les migrations illégales et l’orpaillage transitant par la frontière de l’Oyapock. Depuis quelques années, ce front s’affirme pour supplanter le trafic plus ancien de la façade atlantique. Sur ce sujet, les forces de l’ordre françaises et brésiliennes croisent aussi leurs données, et des interpellations de clandestins sont effectuées de manière bilatérale. Une action emblématique de cette coopération est l’opération Miroir en 2025 qui aboutit à la reconduction à la frontière d’un Brésilien sous mandat d’arrêt entré clandestinement en Guyane.

En Guyane, 250 fonctionnaires de la police de l’air et des frontières (PAF), mais aussi la gendarmerie, la douane et l’armée de terre constituent l’ensemble des forces de l’ordre chargées de lutter contre l’immigration clandestine et ses pratiques illégales. Cinq escadrons de gendarmerie mobile sont déployés (environ 600 personnes). Ils sont secondés par le 9e régiment d’infanterie de marine lorsqu’ils sont dépêchés pour surveiller l’Oyapock. Deux escadrons de gendarmerie sont attachés à détruire les sites d’orpaillage illégal. Une centaine d’hélitreuillages par an permettent le démantèlement de filières d’immigration brésiliennes à l’origine de ces trafics. Depuis 2005, la France entend renforcer sa lutte contre l’immigration clandestine.

On l’aura compris, la frontière entre Guyane et Brésil concentre trois problèmes récurrents : immigration clandestine, orpaillage illégal et drogue. Mais le potentiel de développement économique, qui pourrait résoudre ces problèmes, est également réel.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Guyane française-Brésil, une frontière sous tension – https://theconversation.com/guyane-francaise-bresil-une-frontiere-sous-tension-280627

Violences faites aux femmes : faut-il réformer l’incapacité totale de travail, ou plutôt l’utiliser correctement ?

Source: The Conversation – in French – By Patrick Chariot, médecin, professeur de médecine légale, AP-HP; Université Sorbonne Paris Nord

Utilisée plusieurs centaines de milliers de fois chaque année en France, fréquemment évoquée dans les médias dans le cadre des violences interpersonnelles, l’incapacité totale de travail est cependant rarement comprise. Son utilisation, également, mérite d’être améliorée, avant même d’envisager une réforme de cet outil.


Le rapport « À vif », remis le 25 novembre 2025 au ministre de la justice par deux hauts magistrats, se propose de mieux agir et d’humaniser la justice face aux violences faites aux femmes. Cette intention est louable, tant les besoins sont criants. Ce rapport préconise de remettre en cause l’incapacité totale de travail (ITT), au bénéfice d’une nouvelle évaluation des conséquences des violences intrafamiliales sur les victimes.

Cependant, la réforme d’un outil existant ne coïncide pas toujours à une avancée des droits pour les personnes. Elle peut détourner l’attention d’une absence de volonté d’appliquer les mesures déjà inscrites dans la loi ou les textes en vigueur. L’ITT ne fait pas exception.

Plutôt que d’attendre une réforme incertaine, il apparaît prioritaire que les soignants en fassent un meilleur usage. Changer la loi prend du temps, il faut agir ici et maintenant. Les voies d’amélioration existent, reste à les emprunter.

L’incapacité totale de travail reflète une durée de vie quotidienne gâchée

L’incapacité totale de travail est une notion juridique dont les contours sont précisés dans le cadre de recommandations nationales. Publiées par la Haute Autorité de santé en 2011, ces dernières sont accessibles à tous.

Concrètement, l’incapacité totale de travail désigne la durée de gêne notable, d’origine physique ou psychique, dans les actes de la vie courante, qui résulte de violences. En termes simples et compréhensibles par tous, justiciables ou professionnels, c’est la durée de vie quotidienne gâchée à la suite de violences.

Ainsi, contrairement à ce que son nom indique, cette incapacité n’est pas nécessairement totale et ne concerne pas l’activité professionnelle. Elle peut concerner un enfant, un chômeur, une femme enceinte ou une personne âgée.

Autre point important : il ne s’agit pas d’une maladie. À ce titre, l’incapacité totale de travail ne fait pas l’objet d’un diagnostic qui relèverait d’une compétence médicale. Elle peut donc à ce titre être déterminée par d’autres personnes que des médecins.

L’incapacité totale de travail ne doit pas être confondue – comme c’est malheureusement bien trop souvent le cas dans les médias – avec un arrêt de travail, qui, lui, relève d’une compétence médicale et fait l’objet d’une prescription. En d’autres termes, et contrairement à une formulation trop souvent employée, on ne « prescrit » pas d’ITT !

Un outil à perfectionner

L’ITT est un outil imparfait, c’est un point reconnu depuis plus de 30 ans. Les participants à la journée consacrée à l’ITT, organisée le 18 juin 1993 à la Cour de cassation relevaient déjà que les pratiques médicales en la matière étaient hétérogènes (non publié). À la suite de demandes répétées d’harmonisation au début milieu des années 2000, un projet de conférence de consensus, puis d’audition publique sur l’incapacité totale de travail, a été mis en place avec la Haute Autorité de santé en 2006 et inscrit au programme scientifique annuel de cette instance pour 2007. Il a finalement connu une version dégradée sous la forme d’un groupe de travail dont les conclusions ont abouti aux recommandations nationales publiées en 2011, toujours en vigueur.

L’argumentaire de ces recommandations ne faisait pas mystère du caractère peu satisfaisant de cette dénomination. Les réflexions, puis les propositions d’amélioration de son utilisation ont émergé dès 2006.

L’un des points problématiques concerne en particulier l’établissement des durées d’incapacité totale de travail, souvent trop courtes.

En matière de violences répétées ou habituelles, comme le sont souvent les violences conjugales ou intrafamiliales, ou encore à la suite de violences sexuelles, la vie des victimes est souvent gâchée pendant des mois ou des années. Il est alors cohérent de conclure que des durées d’ITT de plusieurs années doivent être envisagées. C’est, depuis longtemps, ce à quoi nous nous retrouvons confrontés, en tant que soignants.

Les policiers, gendarmes et magistrats le comprennent bien, et les situations sont faciles à expliquer lorsque l’on dépose devant les tribunaux. Les patients aussi le comprennent facilement. À ce jour, la plus longue durée maximale d’ITT est de vingt-deux ans. Toutefois, la généralisation de cette pratique fait face à plusieurs obstacles.

Premièrement, le Code pénal ne fait référence qu’à une seule limite, de huit jours, pour distinguer entre infraction de nature contraventionnelle et infraction délictuelle. De ce fait, il est tentant et habituel (pour les policiers, les gendarmes ou pour les magistrats) de considérer qu’une ITT de moins de huit jours est brève, que toute ITT de plus de huit jours est longue et qu’il est finalement accessoire de distinguer les durées situées un peu au-dessus de cette limite (neuf ou dix jours, par exemple), ou nettement au-dessus (plusieurs années).

Selon le Code pénal, l’ITT ne concerne donc (pratiquement) que les auteurs, puisque sa durée détermine les peines encourues. Or, l’ITT concerne les victimes, non pas d’un point de vue juridique, mais du point de vue de la reconnaissance sociale des conséquences des violences.

Juridiquement, rien ne s’oppose à ce que le fait de prononcer une ITT de 9 jours ou de 9 ans conduise à une sanction identique pour l’agresseur (cette décision est du ressort du magistrat chargé d’appliquer la loi). En revanche, pour la victime, la différence est de taille, puisqu’il s’agit que sa durée de vie gâchée soit reconnue comme telle. Dans ce cas, prononcer une ITT d’une durée de 9 jours, 9 mois ou 9 ans n’a pas la même signification.

Un deuxième obstacle s’opposant au prononcé d’ITT de longues durées se trouve du côté médical. Certains médecins, sûrs de leur savoir quand il s’agit de déterminer la durée de consolidation d’une fracture osseuse, se sentent moins assurés pour évaluer la gêne d’origine psychique. Selon eux, soit ils ne savent pas mettre de mots sur les troubles psychiques observés (faudrait-il être psychiatre pour pouvoir le faire ?), soit ils sont gênés de devoir s’appuyer sur la parole de la personne victime.

Dans les deux cas, la réponse est simple. D’une part, l’ITT, on l’a dit, n’est pas une maladie et ne fait pas l’objet d’un diagnostic. Il ne s’agit que d’apprécier une durée de vie quotidienne gâchée. D’autre part, le professionnel de santé n’est pas enquêteur. À chacun son métier : les policiers et gendarmes sont les mieux placés pour rechercher les incohérences éventuelles entre les déclarations d’une personne victime sur sa vie habituelle et ce qu’en dirait l’entourage ou la personne mise en cause en tant que perpétuatrice des violences.

Soulignons que, dans les faits, la personne victime de violences répétées en minimise souvent les conséquences. Les raisons d’un tel comportement peuvent être diverses, conscientes ou non. Il peut, par exemple, être douloureux d’admettre que sa vie quotidienne est gâchée depuis cinq ou dix ans par la personne qu’on a initialement choisie, ou avec laquelle on a eu des enfants, ou dont on a voulu croire à de multiples reprises qu’elle allait « changer », comme elle le promettait après les pires moments. Réaliser que sa vie quotidienne a été gâchée pendant des années par des insultes, un contrôle de ses fréquentations, de sa manière de s’habiller ou de ses conversations téléphoniques, est souvent une étape difficile. Les insultes et les propos dévalorisants habituels peuvent être perçus comme encore plus violents que les coups.

Faire évoluer les concepts

Un moment crucial d’une consultation de médecine légale durant laquelle la victime est reçue dignement est la lecture, devant elle, du récit que produit le professionnel de santé après avoir écouté et compris l’histoire des violences rapportées.

Il est tout aussi important de proposer à la personne reçue, comme le prévoit déjà la loi, d’avoir copie du certificat qui sera transmis au magistrat, car elle est bien la première personne concernée par la consultation qui vient d’avoir lieu.

Considérer que la personne victime est la première concernée par les consultations, celle qu’il faut accompagner prioritairement, n’empêche en rien de mieux qualifier les comportements de l’auteur des violences. De fait, la notion de contrôle coercitif, utilisée depuis 2022 et mise en avant par les magistrats auteurs du rapport « À vif », participe à une telle qualification.

Les auteurs du rapport soulignent l’importance du risque suicidaire et du grand nombre de suicides de femmes ayant pour origine la violence conjugale chaque année en France. La caractérisation, par l’ITT, de la durée de vie gâchée par les violences peut permettre aux policiers, gendarmes et magistrats de mieux percevoir le risque vital lié aux violences. Qu’il s’agisse de suicides ou de féminicides, on sait que ce risque vital est souvent sous-estimé.

En revanche, le rapport « À vif » énonce de manière péremptoire et, à notre sens, contre-productive en l’état actuel du droit que les conséquences physiques et psychiques des violences ne peuvent plus être évaluées par l’ITT. Comme indiqué précédemment, personne ne défend actuellement l’ITT et l’utilisation qui en est faite. Il est toutefois possible d’enrichir cet outil, plutôt que de le supprimer et d’attendre qu’il soit remplacé, ce qui pourrait prendre de nombreuses années.

Nous avons proposé, par exemple, d’y adjoindre un index somato-psychique, afin, dans chaque cas, de préciser la part relative des troubles physiques et psychiques dans les durées d’ITT estimées. Cet index pourrait permettre de dépasser l’utilisation tronquée de l’ITT, habituelle chez certains médecins frileux, peu impliqués ou mal formés sur ce sujet, et rarement remise en cause par les magistrats (à ce propos, plusieurs formations universitaires existent pour les soignants désireux de se mettre à niveau sur ces questions, en particulier le master de médecine légale et de médecine sociale et les diplômes d’université « Violences et santé » et « Médecine légale et sociale » proposés par l’Université Sorbonne Paris-Nord).

La multiplication des médecins bien formés et attentifs à la situation globale, physique et psychologique, de la personne qu’ils reçoivent, serait de nature à faire utiliser l’ITT de manière juste. Il n’est pas admissible, comme c’est actuellement le cas, que la situation d’une personne victime de violences habituelles – souvent une femme – corresponde à une ITT de plusieurs années ou d’un ou deux jours, voire zéro, selon que le médecin prend en compte l’état psychique de la personne et sa durée de vie quotidienne gâchée ou, à l’inverse, se contente de faire le compte des blessures visibles et s’il n’y en a pas au jour de son examen, conclut qu’il n’y a pas d’ITT.

La formation initiale et continue des magistrats est, elle aussi, actuellement insuffisante dans ce domaine.

Pourquoi se passer de l’ITT ? On dispose là d’un outil certes imparfait, car il se limite à une durée, sans dimension d’intensité, mais qui a le mérite d’être simple, accessible et – surtout – existant. En outre, il présente l’avantage de ne pas être réservé aux seuls médecins, puisqu’un magistrat également peut en fixer la durée.

Plutôt que de remiser l’ITT en espérant qu’elle soit remplacée par une meilleure solution, mieux vaudrait étendre la pratique des consultations en binôme, encore à ses débuts en médecine légale. Cette modalité est en effet particulièrement adaptée à la charge mentale des consultations effectuées non seulement à la suite de violences intrafamiliales, conjugales, mais aussi de violences sexuelles, de violences au travail ou en milieu scolaire.

Les consultations en binôme ne remplacent pas des consultations répétées, mais permettent de mieux comprendre les situations difficiles. Lors de ces consultations longues, qui durent une heure, parfois deux, l’écoute et le double regard permis par le travail en binôme aident à mieux comprendre les situations décrites et leur environnement, au bénéfice des personnes reçues. Et sans attendre.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Violences faites aux femmes : faut-il réformer l’incapacité totale de travail, ou plutôt l’utiliser correctement ? – https://theconversation.com/violences-faites-aux-femmes-faut-il-reformer-lincapacite-totale-de-travail-ou-plutot-lutiliser-correctement-283292

Le Canada risque-t-il la stagflation ?

Source: The Conversation – in French – By Mircea Vultur, Professeur titulaire et chercheur en sociéconomie du travail et de la formation, Institut national de la recherche scientifique (INRS)

Surtout associée au choc pétrolier des années 1970, la stagflation est l’un des phénomènes les plus redoutés par les banques centrales : des taux de chômage et d’inflation qui grimpent simultanément, sur fond de croissance faible. Risque-t-on de voir un tel scénario se répéter ?


Pendant des décennies, la stagflation appartenait surtout aux manuels d’histoire économique. Cette conjoncture atypique évoque d’abord les années 1970, alors que le choc pétrolier entraînait une inflation galopante, un chômage élevé et une croissance anémique. Ce contexte venait remettre en question les politiques interventionnistes de type keynesien, adoptées par les gouvernements dans les économies modernes depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

Or, ce scénario que l’on croyait révolu refait aujourd’hui surface. Au Canada, plusieurs indicateurs montrent l’émergence de certains symptômes inquiétants associés à la stagflation : croissance faible, ralentissement du marché du travail et retour des pressions inflationnistes.

Qu’est-ce au juste que la stagflation ?

Dans un cycle d’activité normal, la croissance de l’économie s’accompagne d’une progression des revenus et de la demande, ce qui suscite à la fois une diminution du chômage et des tensions sur les prix. Quand l’économie est forte, l’inflation peut même s’emballer. Inversement, en période de ralentissement, le chômage augmente, les salaires stagnent et la demande diminue, ce qui freine l’inflation : les consommateurs dépensent moins, et les entreprises perdent ainsi leur pouvoir de fixation des prix.

La stagflation vient brouiller cette logique, puisque l’activité économique s’essouffle, alors que le coût de la vie augmente. C’est l’un des phénomènes les plus redoutés par les banques centrales, car elle place les décideurs devant un dilemme. Lorsque l’inflation augmente, une banque centrale devrait normalement hausser les taux d’intérêt afin de ralentir l’économie et calmer les prix. Mais quand la croissance ralentit et que le chômage monte, il faudrait plutôt baisser les taux, afin de soutenir l’activité économique. Autrement dit, les deux remèdes se contredisent.

Dans les années 1970, les chocs pétroliers mondiaux avaient provoqué une explosion des prix de l’énergie, entraînant une inflation dépassant largement les objectifs des banques centrales, pendant que la croissance économique ralentissait fortement. Pour casser cette spirale inflationniste, la Banque du Canada et la Réserve fédérale américaine avaient alors fortement augmenté les taux d’intérêt. Ce qui avait entraîné une récession sévère dans les deux pays.

Cette période a profondément marqué la mémoire économique canadienne et américaine. Elle explique pourquoi les banques centrales demeurent aujourd’hui extrêmement sensibles au risque d’un retour durable de l’inflation.

Dans une zone de vulnérabilité

La Banque du Canada prévoit une croissance modeste, autour de 1,2 % en 2026, un rythme faible pour une économie comme celle du Canada. Le marché du travail a aussi commencé à montrer des signes de faiblesse. En avril 2026, le taux de chômage a atteint 6,9 %, son niveau le plus élevé depuis six mois, alors que le pays perdait un nombre important d’emplois à temps plein.

Le Canada affiche ainsi une perte cumulative de 112 000 emplois depuis le début de l’année, ce qui représente le pire début d’année depuis 2009, hors pandémie. En même temps, l’inflation repart à la hausse sous l’effet des prix du pétrole et des perturbations internationales.

À la différence de ce qu’on observe dans un cycle normal, l’inflation actuelle n’est pas la conséquence de l’augmentation des revenus ou des dépenses excessives du gouvernement, mais le résultat d’une situation extérieure : le pétrole étant importé, la variation de son prix relatif se traduit par une ponction sur le revenu national, au profit des pays exportateurs de brut. La Banque du Canada reconnaît elle-même que la hausse des prix du pétrole liée au conflit entre les États-Unis et l’Iran exerce une pression sur l’inflation canadienne.

Même la rencontre tant attendue entre Donald Trump et Xi Jinping, à la mi-mai, a laissé les marchés mondiaux du pétrole dans le flou. Si Trump affirme avoir reçu des promesses de Pékin pour rouvrir le détroit d’Ormuz et cesser de livrer du matériel militaire à l’Iran, les communiqués officiels chinois n’en font aucune mention. Ce conflit n’est pas à la veille de se terminer.

Et, même sans véritable stagflation installée, plusieurs secteurs ressentent déjà ses effets potentiels. Les compagnies aériennes canadiennes, par exemple, subissent directement la hausse du prix du carburant. Air Canada a récemment suspendu certaines liaisons saisonnières en invoquant précisément l’augmentation des coûts du kérosène, tout comme Air Transat avec des centaines de vols.

Au-delà de l’évolution du prix du pétrole, la stagflation est liée également à ce qu’on appelle les « effets de second tour » c’est-à-dire la réaction qu’ont certaines entreprises de compenser les hausses des prix qu’elles subissent en augmentant leurs propres prix de vente.

Un tel effet se fait sentir dans le secteur de l’alimentation, mais pas seulement. Le secteur immobilier illustre également cette tension : les taux d’intérêt et les réglementations freinent l’investissement résidentiel, alors que les coûts de construction et les loyers demeurent élevés dans plusieurs grandes villes canadiennes. En parallèle, les entreprises hésitent davantage à investir dans un contexte de tensions commerciales avec les États-Unis et d’incertitude géopolitique.

Les prochains mois seront déterminants

La question principale est de savoir comment empêcher le choc pétrolier d’étouffer l’activité économique. L’option la plus plausible serait de maintenir des taux relativement élevés plus longtemps que prévu, malgré le ralentissement économique. Mais pour les ménages canadiens, cela signifierait des hypothèques encore coûteuses, un crédit plus difficile d’accès et une pression persistante sur le pouvoir d’achat.

Le Canada n’est pas encore en stagflation, puisque l’inflation reste pour l’instant dans la cible de 1 à 3 % de la Banque du Canada, même si elle remonte légèrement. La croissance, bien que faible, reste positive. Nous sommes donc davantage dans une zone de vulnérabilité que dans une véritable stagflation comparable aux années 1970.


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Mais plusieurs éléments rendent l’économie canadienne plus fragile qu’auparavant et les prochains mois seront déterminants pour l’évolution économique du pays. Un choc énergétique prolongé combiné à une nouvelle vague inflationniste pourrait rapidement compliquer la situation.

Le spectre de la stagflation rappelle une réalité fondamentale : une économie peut devenir vulnérable lorsqu’elle dépend trop de facteurs externes et que sa croissance structurelle s’affaiblit. La question dépasse donc la simple inflation. Elle touche à la capacité du pays à maintenir durablement le niveau de vie de sa population dans un contexte mondial plus instable.

Le Canada possède encore plusieurs atouts importants comme son système financier solide, des ressources énergétiques importantes et une politique d’immigration qui soutient la démographie et les besoins en main-d’œuvre de certains secteurs de l’économie. L’avenir seul nous dira si ces forces seront suffisantes pour éviter que le ralentissement actuel ne se transforme en piège stagflationniste.

La Conversation Canada

Mircea Vultur ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Le Canada risque-t-il la stagflation ? – https://theconversation.com/le-canada-risque-t-il-la-stagflation-283224

‘Magnifica Humanitas’: el papel de Christopher Olah y Anthropic en la encíclica sobre la IA del Papa León XIV

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Federico Peinado, Profesor en el departamento de sofware e IA, Universidad Complutense de Madrid

Fabrizio Maffei/Shutterstock

El Papa León XIV ha publicado, el 25 de abril de 2026, su primera encíclica, Magnifica Humanitas, dedicada a la defensa del ser humano en la era de la inteligencia artificial. Entre los asistentes al acto de presentación estaba Christopher Olah, cofundador de la estadounidense Anthropic. Su intervención dejó una idea provocadora: interactuar debidamente con la IA es una cuestión más humana y religiosa que tecnológica.

¿Qué relación puede tener una tradición espiritual milenaria con la revolución del aprendizaje máquina?

La apuesta humana de la IA

La respuesta se remonta a finales de 2020, cuando los hermanos Dario y Daniela Amodei abandonaron OpenAI junto a quince científicos clave –incluido el propio Olah– para fundar Anthropic. Según explicó el propio Dario Amodei en una entrevista en 2024, no compartían la visión de Sam Altman, CEO de OpenAI, en materia de seguridad. Para ellos, ante la inevitable escala que alcanzarían estos modelos, el verdadero reto no era comercial, sino crucialmente humano: dominar a la IA y ponerla a nuestro servicio.

El primer problema que querían afrontar los fundadores de Anthropic era el del exceso de adulación. Para crear modelos de lenguaje como GPT se requiere una fase de entrenamiento donde se utiliza una técnica de aprendizaje por refuerzo que se basa en la retroalimentación humana. Esto significa que el objetivo de la IA nunca es llegar al fondo de la cuestión o generar la solución perfecta sino conseguir la mejor calificación posible por parte de sus evaluadores humanos. Y es por ello que surge la adulación como estrategia para tener contentos a los usuarios, aunque ello implique inventar o exagerar lo que convenga.

La IA Constitucional de Antrhopic

La solución que desde Anthropic propusieron a esto es la llamada IA Constitucional. Consiste en “inculcar” una serie de principios fijos e inquebrantables, una constitución, en el modelo como base de su entrenamiento, de manera que primen la honestidad y la modestia por encima del espectáculo y la satisfacción del usuario.

Pero de poco sirven las normas o valores éticos si no tenemos garantías de que la IA vaya a respetarlas en la práctica. Por ello el segundo problema que abordaron los creadores de Claude es el de la falta de alineamiento.

Los objetivos de la IA rara vez coinciden con los nuestros y en ocasiones ocurre que esta es capaz de mentir o replicar sesgos cognitivos con tal de darnos una respuesta satisfactoria, aunque en realidad le falte información o incluso tenga constancia de que las cosas no son como nos está diciendo.

Por su naturaleza, una IA casi siempre es capaz de darnos una “explicación” plausible y convincente de los razonamientos que le han llevado hasta su respuesta. Pero ¿cómo podemos saber que internamente la IA está alineada con nuestros objetivos, que busca de forma sincera lo mismo que nosotros?

Un detector de mentiras para la IA

En la tecnológica americana lo han llamado “interpretabilidad mecanicista” y es algo así como una técnica para “leer el pensamiento” de la máquina mediante una especie de detector de mentiras informático. El objetivo es asegurarse de que los valores de esos billones de parámetros de las neuronas artificiales implicadas en el sistema se corresponden con aquello que buscamos, de manera que lo que “diga” la IA coincida con lo que “piensa”.

Este inflexible blindaje ético no ha tardado en generar fricciones geopolíticas. Recientemente, la Administración Trump vetó el uso de Claude en las agencias federales tras la negativa de Anthropic a suavizar las restricciones morales de sus modelos, que impedían al Pentágono usar su tecnología para el desarrollo de armamento autónomo.

Precisamente por el peso de estas decisiones, a finales de marzo de 2026 Anthropic organizó en su sede de San Francisco un inusual seminario donde reunió a 15 destacados líderes y teólogos cristianos junto a sus propios investigadores. Se trataba de buscar asesoramiento externo para el desarrollo del “espíritu”, del comportamiento ético y moral, de sus próximos modelos. Como Olah declaraba en su intervención, el impacto social de la IA ha alcanzado una dimensión tan profunda que exige trascender los límites de la propia tecnología.

Guiar la conciencia de la máquina

En definitiva, el rastro que conecta los pasillos del Vaticano con los supercomputadores de Silicon Valley no es la ingeniería, sino la antiquísima necesidad humana de descifrar y guiar la conciencia. Esta confluencia demuestra que, cuanto más autónomos se vuelven nuestros artefactos, más debemos ahondar en nuestras raíces para humanizarlos.

Esta revolución, como todas las grandes transiciones de la humanidad, nos impulsa, tal como concluye la encíclica papal, a un doble compromiso: “una profundización de la investigación científica; por otra, un ejercicio de discernimiento moral y espiritual”.

The Conversation

Federico Peinado no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. ‘Magnifica Humanitas’: el papel de Christopher Olah y Anthropic en la encíclica sobre la IA del Papa León XIV – https://theconversation.com/magnifica-humanitas-el-papel-de-christopher-olah-y-anthropic-en-la-enciclica-sobre-la-ia-del-papa-leon-xiv-283517

Mali : pourquoi la personnalisation du pouvoir autour du chef de la junte est dangereuse

Source: The Conversation – in French – By Salah Ben Hammou, Postdoctoral Research Associate, Rice University

Les autorités maliennes ont annoncé le 4 mai 2026 que le chef de la junte, le général Assimi Goïta, occuperait le poste de ministre de la Défense après l’assassinat du général Sadio Camara une semaine plus tôt.

La mort de Camara est survenue au cours d’une offensive menée par le Front de libération de l’Azawad (FLA) et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), qui ont lancé des attaques à travers le Mali. L’insécurité persiste au Mali malgré des années de régime militaire, justifié par des promesses de rétablissement de l’ordre et de lutte contre la violence des insurgés.

À première vue, la décision de Goïta d’assumer le portefeuille de la défense semble être une mesure pragmatique en temps de guerre, visant à assurer la continuité au sein des forces armées pendant une période d’instabilité.

Mais cette décision s’inscrit également dans une trajectoire politique plus large qui s’est dessinée au Mali depuis la prise du pouvoir par la junte en 2020. Plutôt que d’institutionnaliser le régime militaire, Goïta a concentré le pouvoir autour de la présidence, renforcé le contrôle sur l’appareil coercitif de l’État et s’est appuyé sur un petit cercle d’élites militaires.

En tant que politologues ayant publié de nombreux travaux sur les coups d’État militaires et les trajectoires des régimes en Afrique de l’Ouest, nous observons que ce comportement n’est pas propre au Mali.

C’est le troisième pays de la région où les chefs militaires consolident leur autorité autour d’un individu plutôt qu’autour de l’institution des forces armées.

Dans l’ensemble du Sahel post-coup d’État, les régimes militaires ne se présentent plus comme des interventions temporaires destinées à « corriger » le statu quo. Ils deviennent progressivement des systèmes de pouvoir personnalisés. On peut citer deux autres exemples : le capitaine Ibrahim Traoré, qui a pris le pouvoir au Burkina Faso en septembre 2022; et le général Abdourahamane Tiani au Niger, qui a pris le pouvoir en juillet 2023.

Cette distinction est importante car les régimes militaires dirigés collectivement par des coalitions d’officiers conservent un certain équilibre interne et des contraintes institutionnelles. Cependant, à mesure que le pouvoir se concentre autour d’un seul dirigeant, la prise de décision s’articule autour de la loyauté personnelle plutôt que des intérêts de l’armée ou des intérêts nationaux au sens large.

Régime militaire et personnalisation au Mali

Goïta (alors colonel) et ses compagnons au Mali ont renversé le président Ibrahim Boubacar Keita en août 2020. Les auteurs du coup d’État se sont initialement présentés comme des intervenants contraints par la situation. À l’époque, les observateurs s’attendaient à une transition de courte durée. En l’espace de quelques mois, l’organisation régionale CEDEAO avait levé son embargo financier.

Goïta s’est engagé à organiser des élections dans un délai de 18 mois, puis 24 mois.

Une révision constitutionnelle adoptée en 2025 a supprimé la disposition qui l’empêchait auparavant de se présenter à toute future élection présidentielle. Les partis politiques ont été interdits. L’organe législatif de transition a été constitué par décret présidentiel.

Et les institutions de contrôle civil, y compris l’organisme d’observation électorale, ont été dissoutes.

Les forces armées ont été restructurées selon des principes que les spécialistes qualifient de contrebalancement. On peut décrire cela comme un mécanisme de protection contre les coups d’État. Les régimes créent des structures armées parallèles avec des chaînes de commandement distinctes afin de rendre plus difficile toute action d’un groupe contre eux.

Au Mali, trois unités militaires spécialisées ont été créées avec des mandats antiterroristes qui se chevauchent et qui relèvent de l’exécutif. La police a également été placée sous la discipline militaire.

Goïta a pris en charge le ministère de la Défense, a nommé l’ancien chef d’état-major des forces armées, le général de division Oumar Diarra, au poste de ministre délégué, et a nommé un nouveau chef d’état-major pour le remplacer.

Le portefeuille de la défense contrôle la plus grande part du budget de l’État, qui est passée de 11,5 % à 14,5 % du PIB depuis 2020. C’est là que sont gérées au quotidien les relations du Mali avec l’Africa Corps, qui a remplacé depuis 2023 les forces françaises dans les opérations antiterroristes.

En tant que ministre de la Défense depuis le coup d’État, Camara était le principal intermédiaire avec l’Africa Corps.

La nomination de Diarra s’inscrit dans ce que les spécialistes qualifient de rotation des commandants visant à limiter la concentration de loyauté autour d’une seule personnalité. Diarra occupait le poste de chef d’état-major depuis 2020.

Le Burkina Faso et le Niger

Au Burkina Faso et au Niger également, certains signes indiquent que les régimes militaires concentrent le pouvoir autour de chefs militaires individuels plutôt qu’autour d’un collectif d’officiers.

Traoré est peut-être l’exemple le plus frappant de cette tendance. Depuis sa prise de pouvoir en 2022, il s’est forgé une image de révolutionnaire et de figure anticolonialiste, suscitant des comparaisons avec le leader burkinabé emblématique Thomas Sankara.

Des campagnes coordonnées sur les réseaux sociaux ont glorifié Traoré tout en attaquant ses détracteurs. Cela s’est accompagné d’une rhétorique nationaliste et de réformes économiques largement médiatisées. Tout cela a contribué à ériger son image de sauveur symbolique de la société burkinabè.

Les allégations de tentatives d’assassinat et de complots de coup d’État ont contribué à rallier le soutien du public autour de Traoré, présenté comme un dirigeant national assiégé. Elles ont également servi de précieux prétextes pour s’en prendre à ses opposants politiques et à ses rivaux au sein de l’armée.

Traoré a nommé des membres de sa famille et des alliés de confiance à des postes stratégiques. Des personnes comme son frère, Inoussa Traoré, occupent des postes de haut niveau et contribuent à façonner le message numérique du régime tout en entretenant des liens avec la société civile sympathisante.

Les élections sont sans cesse reportées et les Burkinabés sont invités à «oublier la démocratie». Traoré devrait rester au pouvoir jusqu’en 2029.

Au Niger, Tiani, l’ancien commandant de la garde présidentielle de Mohamed Bazoum, a prolongé son mandat au moins jusqu’en 2030.

Tout comme Goïta, il a lié le calendrier électoral à la situation sécuritaire du pays.

Tiani a dissous les partis politiques, s’est promu général de l’armée, une première au Niger, et a été présenté comme un héros national. Selon certaines informations, il se serait presque entièrement retiré de la vie publique et dirigerait le gouvernement depuis le camp de la garde présidentielle.

Depuis ce lieu, Tiani a militarisé l’administration civile et s’est entouré de personnes de confiance.
Le général Salifou Mody à la Défense lui sert de principal relais auprès de partenaires russes ainsi qu’avec le chef d’état-major des forces armées, le général Moussa Salaou Barmou.

Le régime a également pris des mesures pour réprimer les opposants politiques par le biais d’institutions chargées de la gestion des affaires civiles, telles que la Commission de lutte contre la délinquance économique, financière et fiscale.

Les dangers du pouvoir personnalisé

Depuis des décennies, les politologues soulignent les dangers et les faiblesses des systèmes politiques personnalisés. La concentration du pouvoir autour d’un seul dirigeant affaiblit souvent les institutions nécessaires à une gouvernance efficace et à la stabilité à long terme.

Dans les pays sous régime militaire, comme ceux du Sahel, les conséquences peuvent être particulièrement graves. Les forces armées peuvent être réorganisées moins en fonction de l’efficacité opérationnelle qu’en fonction de la protection du dirigeant contre ses rivaux et les menaces internes.

Les promotions et les postes de commandement deviennent liés à la loyauté personnelle, des structures de sécurité parallèles prolifèrent et la méfiance au sein du corps des officiers s’aggrave. Sur le champ de bataille, ces dynamiques peuvent nuire à la coordination et réduire la capacité de l’armée à répondre efficacement à la violence des insurgés.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Mali : pourquoi la personnalisation du pouvoir autour du chef de la junte est dangereuse – https://theconversation.com/mali-pourquoi-la-personnalisation-du-pouvoir-autour-du-chef-de-la-junte-est-dangereuse-283502

¿Está entrando Cuba en la fase final de su crisis histórica?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Carmen Beatriz Fernández, Profesora de Comunicación Política en la UNAV, el IESA y Pforzheim, Universidad de Navarra

No deja de ser sorprendente la extraordinaria capacidad de ciertos sistemas para sobrevivir a su propia decadencia. Cuba representa hoy uno de ellos. La isla atraviesa una de las crisis más profundas de su historia contemporánea: colapso energético, inflación estructural, éxodo masivo, deterioro institucional y una pérdida creciente de capacidad estatal para garantizar incluso funciones básicas. Un estado fallido.

Sin embargo, pese a la magnitud y la evidencia del deterioro, el cambio político sigue sin producirse. ¿Cómo puede sostenerse un sistema que parece incapaz de reformarse y, al mismo tiempo, demasiado debilitado para perpetuarse?

Tal vez la respuesta esté precisamente fuera de sus márgenes. En las últimas semanas, el contexto hemisférico ha introducido un nuevo factor disruptivo. Hace unos días, la Casa Blanca publicó una lista de “enemigos de América” neutralizados por Donald Trump, encabezada simbólicamente por Nicolás Maduro. Poco después, Washington anunció la imputación de Raúl Castro por asesinato, en un movimiento sin precedentes que lo expone, al menos formalmente, a cadena perpetua (o lo que quiera que signifique “perpetuo” para un hombre de 94 años), incluso a la pena de muerte.

Más allá de su dimensión jurídica, ambos hechos deben interpretarse como señales políticas de un Donald Trump necesitado de éxitos visibles antes de que ocurran las elecciones de mitad de período –midterms– del próximo noviembre.

Tras errores estratégicos en Irán y una creciente percepción de desgaste internacional, el presidente estadounidense tiene un incentivo claro para llegar a las elecciones legislativas de noviembre mostrando victorias tangibles en política exterior. Las elecciones de mitad de período decidirán el equilibrio interno de poder en Washington y su campaña condiciona la narrativa de eficacia presidencial que Trump necesita reconstruir. En este escenario, Cuba aparece como un objetivo particularmente funcional.

Un adversario en horas muy bajas

Satisfecho con los resultados obtenidos en Venezuela tras la incursión y detención de Maduro el pasado 3 de enero, Trump valora una intervención directa y relativamente sencilla, que representa un escenario políticamente rentable: un adversario histórico, debilitado, con escasa capacidad de respuesta y profundamente conectado con el imaginario electoral de Florida, donde la comunidad cubano-americana sigue siendo decisiva.

La combinación entre presión judicial, endurecimiento diplomático, estrangulamiento financiero, demostraciones de fuerza naval y militar y aislamiento internacional puede convertirse en una forma de intervención hostil que incluso haga innecesario el despliegue militar real.

El caso cubano no es solamente un asunto de presión externa, sino de cómo esa presión puede actuar como una fuerza disruptiva sobre un sistema que ha demostrado ser incapaz de transformarse desde dentro. En teoría de sistemas, algunos órdenes institucionales alcanzan un grado tal de rigidez que bloquean cualquier posibilidad de adaptación incremental. Todo intento de reforma queda absorbido por inercias burocráticas, mecanismos de autopreservación y estructuras de control diseñadas precisamente para impedir alteraciones profundas. Cuba encarna ese fenómeno con claridad.

Durante décadas, el régimen ha demostrado una notable habilidad para sobrevivir mediante ciertos ajustes: pequeñas aperturas económicas, cambios administrativos y sustituciones generacionales cuidadosamente controladas. Reformas suficientes para aliviar tensiones; nunca suficientes para alterar el núcleo del poder.

Como ocurría en Venezuela, una explicación de la permanencia de ese equilibrio precario está en la llamada paradoja de la Reina Roja. Tomada de Alicia a través del espejo y aplicada en teoría evolutiva y política, la paradoja describe una carrera en la que hay que correr constantemente para permanecer en el mismo lugar.

Supervivencia entre los márgenes

En sistemas políticos anquilosados, el equilibrio no se mantiene por inmovilidad, sino por adaptación continua. Cada actor ajusta su conducta para sobrevivir al deterioro general: el Estado reprime y flexibiliza simultáneamente, los ciudadanos desarrollan estrategias cotidianas de evasión y resistencia, las familias sobreviven gracias a remesas, la emigración funciona como válvula de escape, las pequeñas economías informales compensan parcialmente el colapso institucional mientras el Gobierno hace la vista gorda. Todos se mueven y todo cambia, pero sin salirse de los márgenes.

El sistema está demasiado deteriorado para seguir funcionando eficazmente, pero todavía suficientemente intacto para impedir su propia transformación. Es aquí donde la lógica de la innovación disruptiva ofrece una clave útil. En el ámbito empresarial, las transformaciones más profundas rara vez surgen desde el centro del sistema dominante. Emergen desde los márgenes: soluciones imperfectas y dinámicas periféricas que erosionan la estructura establecida hasta hacerla inviable.

Aplicado al cambio social y político, el principio es similar. Los sistemas cerrados rara vez se reforman voluntariamente. Cambian cuando fuerzas externas o que actúan desde los márgenes del sistema alteran sus condiciones de equilibrio. Eso constituye la presión geopolítica estadounidense.

La presión internacional actúa, sin duda, en los márgenes –cuando no abiertamente fuera– de las convenciones de Naciones Unidas y de los principios clásicos del derecho internacional, concebidos precisamente para proteger la soberanía de las naciones y, sobre todo, a sus pueblos frente al abuso de la fuerza.

El gesto disruptivo como posible solución

Las instituciones multilaterales como Naciones Unidas, atrapadas en sus propios equilibrios burocráticos y vetos cruzados, han terminado muchas veces protegiendo más a los gobernantes que a los gobernados, burlando así la intención original de quienes las concibieron. En ese vacío de eficacia internacional es donde cobra sentido la lógica del gesto disruptivo, un movimiento brusco que rompe piezas, altera posiciones y obliga a reconsiderar el orden entero de la mesa. Solo después, entre los fragmentos, podrá evaluarse qué merece ser reconstruido y bajo qué nuevas reglas.

No importa tanto que Donald Trump, por ejemplo, tenga o no una estrategia transformadora ni democratizadora para la isla como que la perturbación externa pueda desestabilizar un equilibrio extremadamente precario. La disrupción no garantiza dirección, pero puede abrir posibilidades de transición o simplemente acelerar el colapso.

Los procesos disruptivos son poderosos precisamente porque rompen inercias. El cambio desde los márgenes puede liberar energías sociales contenidas durante décadas. La historia muestra que los regímenes autoritarios suelen resistir mejor la presión gradual que los choques. Y Cuba enfrenta hoy varios a la vez: pérdida del petróleo venezolano, crisis del turismo, deterioro de infraestructuras (especialmente la eléctrica), deslegitimación generacional y ahora una renovada hostilidad estadounidense.

The Conversation

Carmen Beatriz Fernández no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. ¿Está entrando Cuba en la fase final de su crisis histórica? – https://theconversation.com/esta-entrando-cuba-en-la-fase-final-de-su-crisis-historica-283504

Zapatero reabre el debate de la regulación de los ‘lobbies’

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Juan José Rastrollo Suárez, Catedrático de Derecho Administrativo, Universidad de Salamanca

José Luis Rodríguez Zapatero. OSCAR GONZALEZ FUENTES/Shutterstock

Las noticias sobre las actividades atribuidas al expresidente del Gobierno español José Luis Rodríguez Zapatero han vuelto a abrir un debate que reaparece con frecuencia en las democracias contemporaneas: cómo regular la influencia política de quienes han ocupado cargos públicos.

Más allá de polémicas momentáneas y de posiciones partidistas, el caso pone de nuevo sobre la mesa un viejo problema: la falta de un marco claro y homogéneo sobre lobby, transparencia e influencia institucional en España.

Mientas el debate resurge con cada nuevo escándalo, siguen sin culminar su tramitación iniciativas directamente relacionadas con esta materia, como el Proyecto de Ley de transparencia e integridad de las actividades de los grupos de interés o el Anteproyecto de Ley Orgánica de Integridad Pública.

1. ¿Qué es realmente un lobby (y por qué no es necesariamente algo negativo)?

Aunque el término lobby esté rodeado de mala fama, influir en las decisiones públicas no es, por sí mismo, algo ilegítimo. Empresas, sindicatos, organizaciones de muy distinto tipo, universidades o territorios tratan cada día de trasladar sus intereses, demandas y propuestas a quienes toman las decisiones que pueden afectarles. En una democracia plural, esa interlocución forma parte del procedimiento normal de diseño y ejecución de las políticas públicas.

Quienes toman decisiones y elaboran las normas que regulan nuestra vida cotidiana necesitan información, conocimiento experto y contacto con la realidad social y económica sobre la que legislan o gobiernan. Por eso, aquellos que representan intereses de diverso tipo ante responsables públicos deberían poder hacerlo sin presunción de culpa en un marco que garantice la trazabilidad de sus contactos y la publicidad de los intereses defendidos.

El problema aparece, precisamente, cuando esa influencia se ejerce sin reglas claras ni controles suficientes. Es entonces cuando pueden llegar a surgir prácticas poco transparentes muy difíciles de distinguir de la corrupción.

El lobby es, en esencia, la representación organizada de intereses ante los poderes públicos. Las llamadas “puertas giratorias” hacen referencia al paso de antiguos responsables públicos al sector privado, sobre todo en ámbitos sobre los que pudieron decidir o influir previamente desde el cargo que ocupaban, con el consiguiente riesgo de conflictos de interés.

El tráfico de influencias, en cambio, es un supuesto más grave: una actuación ilícita que consiste en utilizar indebidamente una posición de poder (o cercanía al poder) para favorecer intereses particulares.

El problema, por tanto, no es la influencia en sí, sino la falta de reglas claras: registros públicos y mecanismos de supervisión que permitan distinguir entre interlocución legítima y prácticas opacas.

2. ¿Por qué España sigue sin regular adecuadamente la influencia política?

La regulación de los grupos de interés no es una excepción en las democracias de nuestro entorno. Cada vez más países la asumen como un pilar esencial dentro de su sistema institucional.

Para empezar, la Unión Europea ha ido reforzando en los últimos años sus mecanismos de transparencia e integridad pública. En ese aspecto destaca la creación del Registro de Transparencia, en activo desde 2011, que obliga desde 2021 a las organizaciones que quieren influir en las instituciones europeas a declarar a quién representan, qué intereses defienden, qué recursos destinan a esta finalidad y cuáles son sus fuentes de financiación.

Más recientemente, la Directiva (UE) de 2026 sobre la lucha contra la corrupción ha venido a armonizar y reforzar las tipificaciones penales de corrupción en la Unión, al tiempo que incorpora un enfoque preventivo basado en integridad, evaluación de riesgos, estrategias nacionales y cooperación institucional.

Países como Canadá y Estados Unidos llevan décadas regulando el lobby de forma específica. En los últimos veinte años, además, muchos Estados europeos e iberoamericanos –entre ellos, Francia, Irlanda, Alemania, Chile, Perú, Brasil o Finlandia– han aprobado normas para incrementar la transparencia y el control en torno a la realización de estas actividades. Esta es la tendencia actual: más registro, más trazabilidad y más luz sobre los contactos entre grupos de interés y responsables públicos.

España, sin embargo, sigue sin contar con un marco estatal claro y homogéneo sobre lobby y representación de intereses.

Muy probablemente, una de las razones detrás de la falta de interés en regular la cuestión está en la mala imagen que estas actividades han arrastrado durante años, demasiado a menudo asociadas a prácticas clientelares, tráfico de influencias o corrupción. Esta falta de confianza ha terminado por generar una paradoja difícil de justificar: la influencia política existe y se ejerce a diario, pero sigue funcionando sin reglas claras y comunes en buena medida.

Pero además pesa otro factor: la falta de incentivos de quienes gobiernan a contener sus posibles excesos. Si el “arte de influir” y las relaciones construidas en torno al poder político quedaran sometidas a una regulación más exigente, a mayores obligaciones de transparencia, supervisión y rendición de cuentas se complicaría la vida de algunos de nuestros dirigentes una vez abandonados los cargos públicos.

3. ¿Se desactivarían sospechas con una legislación clara?

Una regulación adecuada de los grupos de interés en España ayudaría a desactivar sospechas y prejuicios sobre una actividad que, bien encauzada, podría contribuir a consolidar una democracia más abierta y participativa. La opacidad, en cambio, perjudica sobre todo a quienes actúan de forma legítima, al colocarles bajo una sospecha permanente que no deberían soportar.

La regulación del lobby no sirve solo para controlar el poder. También puede reforzar la confianza en las instituciones democráticas y hacer más creíble el principio de integridad pública.

Además unas reglas claras beneficiarían a todos: a los cargos públicos, porque reducirían sospechas y acusaciones genéricas; a empresas, asociaciones y ONG porque evitarían la sensación de opacidad y garantizarían una igualdad real de acceso a quienes toman las decisiones; a exdirigentes y responsables públicos, porque limitarían la desconfianza sobre su actividad y también a los medios de comunicación, porque contarían con información verificable. Sin embargo, cuanta menos regulación existe, más fácil resulta que cualquier actividad posterior se perciba como sospechosa.

Por esa razón, parte del propio sector profesional vinculado a la representación de intereses lleva años reclamando marcos más claros y homogéneos. APRI, la asociación de profesionales de las relaciones institucionales, cuenta con un Código de Conducta propio desde 2011, renovado en 2021, que recoge compromisos de identificación, declaración del interés defendido y transparencia, respeto a las incompatibilidades y confidencialidad. El texto añade, además, una previsión especialmente significativa: quienes hayan ocupado cargos públicos deben esperar tres años antes de vincularse a la asociación, salvo que ya ejercieran con anterioridad la actividad de asuntos públicos.

Además, hay que destacar algunos esfuerzos realizados a nivel autonómico: en Cataluña, el Registro de grupos de interés exige a quienes se inscriben aceptar un Código de conducta común elaborado por la Generalitat, con obligaciones de transparencia, identificación, actualización de la información y respeto a las incompatibilidades.

En definitiva, cuanto más visible y reglado es el intento de influir, más fácil resulta distinguir entre interlocución legítima y prácticas irregulares.

The Conversation

Juan José Rastrollo Suárez no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Zapatero reabre el debate de la regulación de los ‘lobbies’ – https://theconversation.com/zapatero-reabre-el-debate-de-la-regulacion-de-los-lobbies-283634

Que muchos paguen el IRPF (y que los más ricos paguen más), factores clave para financiar el estado del bienestar

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Sara Torregrosa Hetland, Investigadora Ramón y Cajal, Historia Económica, Universidad Pública de Navarra

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Cada año, el impuesto sobre la renta provee a los gobiernos con ingresos esenciales para llevar a cabo sus políticas. En la Unión Europea de los 27 supone, de media, entre un 9 y un 10 % del PIB. Pero no sólo es importante por su peso en la economía.

El impuesto sobre la renta es también un instrumento clave para la reducción de la desigualdad. Como suele ser progresivo (es decir, quien tiene más renta paga un porcentaje mayor), las rentas netas, tras el pago del impuesto, son menos desiguales que las rentas brutas. Esto, a su vez, puede contribuir a la reducción de la desigualdad con el paso del tiempo.

En esta época del año, muchos nos enfrentamos a la declaración fiscal. Esto es algo que los españoles en general no empezaron a hacer hasta mediados de los ochenta. En otros países, sin embargo, el impuesto sobre la renta tiene una historia más larga que merece la pena conocer.




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De impuesto de élites a impuesto de masas

Durante la primera mitad del siglo XX, el impuesto sobre la renta creció y se desarrolló en los países más avanzados. En un artículo reciente, el profesor Oriol Sabaté y yo hemos analizado su comportamiento en Suecia, Estados Unidos y Reino Unido.

Nuestro estudio muestra que el efecto de este impuesto en la reducción de la desigualdad fue más fuerte donde se aplicó de manera más generalizada, incorporando a la mayoría de la población en su red. Es decir, el secreto de la redistribución no está solo en la progresividad de los impuestos (donde se aplican tipos impositivos más altos a las rentas superiores), sino también en convertirlos en un fenómeno de masas.

Además, nuestro trabajo evidencia la gran precocidad del sistema fiscal sueco. Ya en la década de 1920 cerca de la mitad de la población del país hacía su declaración de la renta, un hito que los países anglosajones no alcanzarían hasta la Segunda Guerra Mundial. Para 1950, esta cifra superaba el 75 % en los tres países estudiados, consolidando la transición desde un impuesto “de élites” a un impuesto “de masas”.

Las guerras mundiales fueron eventos clave para la evolución de la fiscalidad. Ambas contiendas impulsaron la redistribución en el impuesto sobre la renta, pero con dinámicas diferentes. Durante la Primera Guerra Mundial se recaudó más dinero y, además, crecieron mucho los tipos impositivos aplicados a los más ricos. Durante la Segunda, la redistribución alcanzó niveles récord y los tipos impositivos aplicados a las clases altas volvieron a crecer, pero la progresividad del impuesto disminuyó. Esto se debió a que la base del impuesto fue ampliada drásticamente para incluir a las clases medias y bajas.

Impuesto sobre la renta y estado del bienestar

Desde la orientación socialdemócrata de Suecia hasta la más liberal de Estados Unidos, distintos impuestos sobre la renta se pueden vincular a modelos diferentes de estados del bienestar. La redistribución por vía de este impuesto creció durante la primera mitad del siglo XX en los tres países analizados en nuestro artículo, pero lo hizo de manera diferente.

El Reino Unido destaca como el país que generó el sistema más redistributivo, al combinar un gran tamaño con una considerable progresividad. En Estados Unidos, el impuesto tuvo, en general, un menor alcance, aunque creció de manera muy importante en los años cuarenta. Finalmente, Suecia tuvo sistemáticamente la base fiscal más amplia, pero también el sistema menos progresivo de los tres. En buena parte, esto se debe a la aplicación de impuestos locales.

El impuesto sobre la renta en España

España no tuvo un impuesto sobre la renta comparable hasta 1932, cuando apareció la “Contribución general sobre la renta”. Durante los siguientes 40 años, este impuesto y sus sucesores alcanzaban apenas a un 1 % de los hogares, y recaudaban en torno al 0,15 % del PIB.

Hasta los años de la Transición, el sistema fiscal español seguía siendo pequeño y basado en impuestos indirectos. La redistribución de la renta brillaba por su ausencia. Con la democracia, esto empezó a cambiar. El actual IRPF se introdujo en 1978, al mismo tiempo que se daban pasos hacia el desarrollo del estado del bienestar.

El impuesto sobre la renta hoy

A partir de 1970, los sistemas fiscales en muchos países avanzados han ido perdiendo progresividad, reduciendo los tipos aplicados a las rentas altas. Tras varias décadas de convergencia, el porcentaje del PIB que se recauda en impuestos sobre la renta en España es bastante parecido al de los países analizados en el artículo: entre el 9,1 % español y el 11,3 % sueco.

El tipo efectivo del impuesto sobre la renta español hoy en día está cerca del 15%, un nivel que países más avanzados alcanzaron en los años cuarenta del siglo pasado. Cabe preguntarse, por tanto, sobre la influencia de estas diferencias fiscales en los niveles de desigualdad social y de desarrollo del sistema de bienestar de los países analizados.

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Sara Torregrosa Hetland no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Que muchos paguen el IRPF (y que los más ricos paguen más), factores clave para financiar el estado del bienestar – https://theconversation.com/que-muchos-paguen-el-irpf-y-que-los-mas-ricos-paguen-mas-factores-clave-para-financiar-el-estado-del-bienestar-282084

¿Tiene mi hijo altas capacidades? Qué significa realmente esa etiqueta

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Paloma Merello Giménez, Profesora Titular de Universidad en Finanzas y Contabilidad. Coordinadora de proyectos sobre desarrollo del talento, Universitat de València

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La duda está presente en muchas familias, y puede aparecer porque el niño o niña se aburren en clase, muestra una sensibilidad intensa o parece “funcionar de otra manera”. ¿Será que tiene altas capacidades? La pregunta es comprensible porque hay más información disponible, más sensibilidad hacia la diversidad y también más miedo a no detectar a tiempo una necesidad educativa.

Debemos responder a esta pregunta con rigor. Un niño puede ser espabilado, curioso, creativo o sacar buenas notas sin presentar altas capacidades. También puede tenerlas y no parecerse al retrato popular del pequeño genio brillante o infeliz. Las simplificaciones, en cualquier dirección, confunden más de lo que ayudan.

¿Una lista de características?

No hay una lista mágica que revisar para responder a la duda de si un escolar tiene altas capacidades. Buena parte de la divulgación circula en forma de listas: diez señales, cinco rasgos, ocho pistas… Son textos atractivos porque ofrecen una respuesta rápida a una pregunta cargada de ansiedad. Sin embargo, muchos de esos rasgos pueden aparecer en perfiles muy distintos. Ninguno permite, por sí solo, identificar las altas capacidades.

El propio concepto ha cambiado mucho a lo largo de la historia. Se ha entendido como rasgo estable, como potencial en desarrollo, como rendimiento excepcional o como resultado de la interacción entre individuo, contexto, oportunidades y tiempo. Traducido a la vida cotidiana: no basta con que un niño “parezca muy listo”; hay que comprender cómo aprende, qué necesita y en qué entorno se desarrolla.

Evaluar de manera seria

Una evaluación seria no consiste en buscar certificados de excepcionalidad. Se nutre de pruebas cognitivas validadas, rendimiento académico, historia evolutiva, creatividad, intereses, motivación, contexto escolar y bienestar emocional. El objetivo no debe centrarse en buscar una etiqueta sino en determinar qué respuesta necesita. Esto no significa retrasar o evitar una valoración cuando hay indicios consistentes.




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En ocasiones, el debate entre profesionales sobre si la etiqueta corresponde o no puede ocupar demasiado espacio, y desviar la atención de la tarea importante de mirar al niño al completo y brindarle lo que necesita, enzarzándose con las familias en batallas que distraen toda la atención de lo importante, es decir acordar qué necesita para aprender y estar bien.

Minoría no significa medalla

Las altas capacidades hacen referencia a perfiles claramente por encima de la media en determinadas aptitudes. Por definición, hablamos de una minoría. Si la mayoría de padres de una clase creyeran que sus hijos pudieran tenerlas, probablemente estaríamos usando mal el concepto.

Ahora bien, debemos distinguir que ser minoría no equivale a pertenecer a una élite y que tener altas capacidades no dice nada sobre el valor de una familia ni sobre la calidad de la crianza. La etiqueta solo tiene sentido si ayuda a tomar decisiones educativas más ajustadas. No debería convertirse en una marca de estatus ni en un objetivo en sí mismo.




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La investigación que sigue a individuos a lo largo de su vida muestra que las diferencias de capacidad son reales y relevantes, incluso dentro de los rangos altos. Esto implica que no conviene despachar el tema como una moda sin fundamento. Hay niños que pueden necesitar una forma distinta de aproximarse al aprendizaje. Además, la escuela a menudo hace más visibles algunos talentos como el verbal o matemático que otras formas de razonamiento, como la capacidad espacial. Algunas necesidades pueden quedar invisibles si solo miramos notas o conducta en clase.

Un clima competitivo de crianza

Muchas familias dudan porque quieren comprender mejor a sus hijos. Otras lo hacen porque sienten que cualquier oportunidad no detectada a tiempo puede condicionar su futuro. Esa inquietud no se refleja solamente en la duda sobre si el niño o la niña tiene altas capacidades. Aparece también en la necesidad de que destaque en idiomas, deporte, música; en que no abuse de las pantallas y en proteger su salud mental. La crianza sucede en un clima de información constante y optimización permanente donde la incertidumbre y la hiperresponsabilidad de las familias por dar la talla y las mejores oportunidades a sus hijos puede llegar a sobrecargarlos (tengan o no altas capacidades).




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Por ejemplo: la tendencia a apuntar a los niños a muchas actividades complementarias tras la jornada escolar pueden ofrecer pertenencia, aprendizaje y bienestar, pero un exceso de intensidad, amplitud o duración puede tener costes socioemocionales. De igual modo, una elevada carga de deberes se relaciona con más estrés frecuente en niños de 9 a 13 años.

Las altas capacidades tienen un fuerte componente neurobiológico y, aunque el contexto importa mucho en su desarrollo, la estimulación intensa no crea por sí sola un perfil de altas capacidades. Todos los niños necesitan descanso, juego, pertenencia y derecho a no convertir cada interés en un proyecto de futuro.




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Divulgar sin inflar ni ridiculizar

La conversación pública suele caer en dos excesos. Uno idealiza a estos niños como genios incomprendidos y otro ridiculiza a las familias que preguntan. El problema es que ambos simplifican.

Una divulgación responsable debería explicar que hablamos de una minoría real; que no hay una lista cerrada de señales y que la evaluación solo tiene sentido cuando ayuda a comprender y acompañar mejor. Ante dudas persistentes, lo razonable es hablar con el centro educativo, recoger información de distintos contextos y, si procede, solicitar una valoración psicopedagógica rigurosa.

Quizá la pregunta “¿tiene mi hijo altas capacidades?” sea solo el comienzo. La cuestión de fondo importante es qué necesita ese niño para aprender, crecer y vivir bien. Si la pregunta nace de la necesidad de responder a eso último, puede ser útil pero si queda atrapada en la comparación, la competición o la ansiedad adulta, pierde parte de su sentido.

The Conversation

Paloma Merello Giménez no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. ¿Tiene mi hijo altas capacidades? Qué significa realmente esa etiqueta – https://theconversation.com/tiene-mi-hijo-altas-capacidades-que-significa-realmente-esa-etiqueta-283199