In a moment being celebrated by global marine conservationists, a new UN high seas treaty comes into force on January 17 providing a new way to govern the world’s oceans.
Formally known as the Biodiversity Beyond National Jurisdiction agreement, it will allow for the creation of protected areas in international waters, like national parks. It will also set out ways of sharing genetic materials from the high seas – and any future profits derived from them.
Agreed in June 2023, the treaty enters into force after Morocco became the 60th country to ratify it in September. Since then it has been ratified by a further 21 countries, and signed by another 64 who are committed to doing so. There are some notable absences. Russia has not signed the treaty. The US signed it in 2023 under the Biden administration, but has not ratified it.
The treaty has some grey areas – notably its powers to regulating fishing in international waters. It also won’t be able to regulate mining on the seabed, something already covered by the International Seabed Authority.
Yet, at a time of heightened geopolitical tensions, this is a rare moment when most of the world has come together in agreement to try and protect our oceans. In this episode of The Conversation Weekly podcast, we speak to Callum Roberts, professor of marine conservation at the University of Exeter in the UK, about how the treaty came to be and the challenges now facing its implementation.
“I think that the high seas treaty will be breaking new ground for international regulation because at the moment what we have doesn’t do the job effectively,” says Roberts, adding that “this will be a test of our ability to move in a cooperative direction.”
This episode of The Conversation Weekly was written and produced by Mend Mariwany and Gemma Ware. Mixing by Michelle Macklem and theme music by Neeta Sarl. Gemma Ware is the executive producer.
Listen to The Conversation Weekly via any of the apps listed above, download it directly via our RSS feedor find out how else to listen here. A transcript of this episode is available via the Apple Podcasts or Spotify apps.
Callum Roberts receives funding from Convex Insurance Group and EU Synergy, and UK Natural Environment Research Council. He is a board member of Nekton and Maldives Coral Institute. He was awarded a Pew Fellowship in Marine Conservation in 2000.
Ils fondent comme glace au soleil. Aux Jeux olympiques de Milan-Cortina, en février, aucun joueur québécois ne portera l’uniforme de l’équipe nationale canadienne. Un fait inédit, qui s’inscrit dans un déclin beaucoup plus large : jamais, en plus de cent ans d’histoire, les joueurs du Québec n’ont été aussi peu nombreux, et aussi peu dominants, dans la Ligue nationale de hockey (LNH) que ces dernières années.
C’est ce qui ressort d’une analyse de la totalité de la base de données de la LNH qui couvre ses 108 années d’histoire. Cette analyse fait écho aux inquiétudes, relayées récemment dans plusieursmédias, sur la raréfaction des joueurs québécois dans le hockey masculin. Le déclin est multi-factoriel : popularité d’autres sports chez les jeunes et coût de plus en plus important pour progresser font partie des causes probables rapportées.
Quatre « équipes »
Pour mesurer l’évolution de la place des joueurs québécois, je les ai regroupés selon leur lieu de naissance en quatre ensembles : Québec, reste du Canada, États-Unis et reste du monde.
Sur les 7826 patineurs ayant disputé au moins un match dans l’histoire de la LNH, moins d’un sur dix est né au Québec. Un simple décompte sous-estime toutefois leur contribution réelle : des légendes comme Ray Bourque, qui a joué 1612 matches en saison régulière pendant 23 saisons, ou Luc Robitaille, qui a participé à 1431 parties en 19 saisons, valent autant que George McNaughton, Stéphane Brochu ou les 26 autres n’ayant joué qu’une seule partie en carrière. Ce n’est pas juste.
C’est pour cela que j’ai compté le nombre de fois que chaque joueur apparaît dans l’alignement de chacune des parties de l’histoire de la ligue. Cela permet de pondérer les données en calculant presque le temps de glace de tout le monde.
Les Québécois jouent plus et « scorent » plus
En faisant ce calcul, on obtient un total de 2,2 millions de « présences par parties ». Plus de 223 000 l’ont été par des joueurs québécois, une proportion de 10 %. Cela signifie que les attaquants et défenseurs du Québec ont été mis sur la glace relativement souvent par rapport aux autres.
Autrement dit, chaque Québécois a joué plus souvent que la moyenne : près de 299 matches en carrière. Le joueur moyen de la LNH en a joué 15 de moins, comme le montre le tableau ci-dessous.
Non seulement les joueurs du Québec ont-ils davantage joué, mais ils ont aussi marqué un plus grand nombre de points chacun. Un peu plus d’un million de points ont été enregistrés dans l’histoire de la LNH (buts et assistances). Plus de 115 000 l’ont été par des attaquants ou des défenseurs du Québec. C’est 11,1 % de l’ensemble, ce qui signifie que les Québécois ont été les hockeyeurs les plus productifs de l’histoire de la ligue avec 154 points en carrière chacun, en moyenne, contre 132 pour le joueur lambda.
Un lent déclin
Mais ce portrait flatteur appartient de plus en plus au passé. Saison après saison, la proportion de joueurs québécois, leur temps de jeu et leur contribution offensive déclinent.
En un coup d’œil, que la nostalgie peut rendre humide, on voit que les saisons 1955-56 à 1975-76 ont été l’âge d’or du hockey québécois. Grâce aux Maurice Richard, Guy Lafleur et autres compatriotes, la Sainte-Flanelle a gagné 12 des 20 coupes Stanley en jeu dans cette période.
En 1957-58, des joueurs du Québec ont marqué près de 29 % de tous les points dans la Ligue nationale, alors qu’ils ne représentaient que 18 % des troupes.
Depuis cette glorieuse époque, cependant, la proportion québécoise pour le nombre de joueurs, de parties auxquelles ils participent, de points qu’ils marquent ou de temps qu’ils passent sur la glace diminue inexorablement.
La débandade depuis la pandémie
Examinons de plus près les 20 dernières années, après le lockout de 2004-05.
Si on se concentre sur la ligne rouge (nombre de points), on s’aperçoit que jusqu’en 2012, les hockeyeurs d’ici ont tout de même continué de s’inscrire souvent au pointage par rapport à leur nombre sur la patinoire. La proportion de points marqués par des Québécois (entre 7 % et 9 % de tous les points marqués dans la LNH) est supérieure à la proportion de joueurs québécois dans les alignements et sur la glace (autour de 6 %).
En d’autres mots, ils étaient peut-être peu présents, mais ils étaient bons !
À partir de la pandémie, par contre, c’est la débandade. Les joueurs du Québec ne marquent plus que 4 % à 5 % des points dans la ligue, un pourcentage inférieur à leur place dans les alignements et sur la glace.
Dans la première moitié de la saison actuelle, seulement 3,8 % des points marqués dans le circuit Bettman l’ont été par des hockeyeurs québécois. Jamais leur productivité n’a été aussi faible de toute l’histoire de la LNH.
Productivité anémique
À partir de la décennie 1980, la LNH a accueilli de plus en plus de joueurs européens. Il est donc normal que la place des joueurs du Québec ait diminué à partir de cette époque. Mais la productivité des hockeyeurs québécois a-t-elle baissé pour autant ?
Pour le mesurer, j’ai utilisé le nombre de points comptés par partie. L’ensemble des joueurs depuis 1917 a compté en moyenne 0,46 point à chaque partie. On trouve 75 joueurs qui ont même enregistré plus d’un point dans chacune des parties auxquelles ils ont participé. Wayne Gretzy est le champion, à ce chapitre, avec 2857 points en 1487 matches, ou 1,92 point par match en moyenne !
Le Québec (ligne en bleu) est souvent le groupe le plus productif. C’est le cas, et de loin, au cours des années 1950. Ce l’est également à quelques reprises dans les années 1970 et 1980.
Mais le graphique ci-dessous, qui se concentre sur les 20 dernières années, montre que les joueurs québécois dans la LNH ont été les plus productifs entre 2010-11 et 2012-13, ainsi qu’au cours des saisons 2015-16 et 2018-19.
Il montre aussi que la dernière saison et l’actuelle sont les moins productives de l’histoire de la LNH pour les hockeyeurs du Québec.
Et les gardiens ?
Le constat est similaire chez les gardiens. Bien que le Québec ait fourni une proportion élevée de gardiens à la LNH, leur efficacité moyenne est désormais inférieure à celle de leurs homologues américains et européens. Et ils sont passablement utilisés. Dans près d’une partie sur cinq, de toute l’histoire de la Ligue nationale de hockey, il y avait un Québécois dans les buts.
Chez un gardien, une mesure de l’efficacité est la proportion de tirs au buts qu’il parvient à arrêter. Feu Ken Dryden, n’a accordé que 1230 buts, ce qui signifie qu’il a arrêté plus de 92,2 % des lancers dirigés contre lui, un des meilleurs taux de l’histoire. La moyenne de tous les gardiens ayant joué dans la LNH est de 89,1 %.
Les gardiens québécois ont une efficacité à peine supérieure. Qui plus est, ils se font dépasser par les gardiens américains et par les gardiens du reste du monde.
Le pays qui a fourni les meilleurs gardiens ? Le Kazakhstan ! Ses cinq cerbères ont eu un taux d’efficacité de 91,2 % dans les 972 parties au cours lesquelles ils ont été placés devant les filets.
Conclusion : les joueurs québécois qui évoluent dans la LNH, qu’ils soient attaquants, défenseurs ou gardiens de but, n’ont jamais été aussi mauvais qu’en cette première moitié de la saison 2025-2026.
Jean-Hugues Roy ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
La fascination pour Heated Rivalry, la nouvelle romance de Crave adaptée du roman populaire de Rachel Reid, ne tient pas seulement à l’originalité de l’intrigue, mais aussi au fait que les deux personnages principaux s’épanouissent dans « une joie queer » malgré des circonstances difficiles.
Ainsi, la série ouvre de nouvelles perspectives sur les relations, la masculinité et la société.
La série est centrée sur une romance entre deux joueurs de hockey professionnels, Ilya Rozanov (Connor Storrie) et Shane Hollander (Hudson Williams), qui sont rivaux dans une ligue de hockey fictive.
La joie queer dans Heated Rivalry bouscule l’ordre de la masculinité traditionnelle dans le hockey et rend possibles de nouvelles façons de se connecter aux autres. Comme l’explique ma recherche sur la joie queer, cette forme de joie possède un pouvoir transformateur et collectif, capable de réinventer le monde au-delà des normes oppressives.
25-35 ans : vos enjeux, est une série produite par La Conversation/The Conversation.
Chacun vit sa vingtaine et sa trentaine à sa façon. Certains économisent pour contracter un prêt hypothécaire quand d’autres se démènent pour payer leur loyer. Certains passent tout leur temps sur les applications de rencontres quand d’autres essaient de comprendre comment élever un enfant. Notre série sur les 25-35 ans aborde vos défis et enjeux de tous les jours.
Culture du hockey et masculinité
Dans l’univers de Heated Rivalry, Ilya et Shane sont constamment confrontés à la dure réalité de la culture du hockey et à ses attentes envers les hommes. Ces attentes reflètent fidèlement la réalité du hockey professionnel.
Comme le dit le joueur vétéran Scott Hunter (joué par François Arnaud) aux médias après avoir révélé publiquement son homosexualité : « Je ne voulais pas être cette chose que les joueurs de hockey utilisent comme une insulte. » Sa déclaration montre clairement que la masculinité dans le hockey repose sur la nécessité de prouver que l’on n’est ni faible, ni efféminé, ni homosexuel.
Scott et Kip s’embrassent dans « Heated Rivalry ». (Crave).
Ce contexte explique l’absence actuelle de joueurs ouvertement gais dans la Ligue nationale de hockey (LNH).
Répression émotionnelle
La colère est la seule émotion que les hommes sont autorisés à exprimer dans le hockey. Les bagarres alimentées par la rage et le jeu physique punitif sont récompensées par des acclamations et des gestes érigés en spectacle. Cette restriction émotionnelle a des conséquences au-delà de la patinoire.
Elle contribue à normaliser une culture où la misogynie, le racisme, l’homophobie, la transphobie et le capacitisme sont souvent rejetés comme des « propos de vestiaire ».
Un rapport publié en 2022 par Hockey Canada a révélé que sur les 512 pénalités infligées pour harcèlement sur la glace, 61 % visaient l’orientation sexuelle ou l’identité de genre, devant celles liées à la race (18 %) et au handicap (11 %).
Ce n’est pas un environnement où les joueurs homosexuels, en particulier ceux qui sont racisés ou handicapés, peuvent se sentir en sécurité, et encore moins s’épanouir dans leur homosexualité.
Pourtant, Heated Rivalry met l’accent sur la joie, ce qui rend la série particulièrement captivante. Voir Ilya et Shane tisser une connexion profonde et passionnée dans un sport conçu pour maintenir les hommes émotionnellement fermés est particulièrement marquant. La joie queer émerge malgré la dureté de la culture du hockey et se forge dans un milieu hostile.
Visibilité et résistance
Heated Rivalry a suscité un véritable engouement sur Internet qui a donné lieu à des soirées de visionnage publiques, des discussions de groupe et des conversations en ligne sur les types d’hommes — et de relations sexuelles — que nous pouvons imaginer. Cette excitation partagée reflète le plaisir de voir quelque chose qui était longtemps tabou devenir visible et célébré.
Cette perturbation est particulièrement puissante lorsqu’elle est mise en parallèle avec les réalités du hockey contemporain. En 2024, la LNH a brièvement interdit le ruban arc-en-ciel, confirmant ainsi que le hockey n’est pas accessible à tous.
À peu près à la même époque, certains joueurs ont refusé de porter les maillots Pride lors de matchs spéciaux, invoquant principalement leurs convictions religieuses ou les lois anti-LGBT du Kremlin. La LNH a réagi en interdisant complètement ces maillots.
L’interdiction du ruban Pride a été levée après un tollé général, mais celle des maillots spéciaux reste en vigueur. Ces réalités expliquent pourquoi les joueurs homosexuels continuent de se cacher et pourquoi l’histoire d’un joueur russe contraint au secret résonne autant.
Il en va de même pour le choix de Hudson Williams, qui est à moitié coréen, pour incarner Shane Hollander dans un sport encore largement dominé par les Blancs.
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Consentement et intimité
L’hypermasculinité du hockey a des conséquences réelles. En 2022, il a été révélé que Hockey Canada avait versé 8,9 millions de dollars depuis 1989 dans le cadre d’accords à l’amiable pour des affaires d’abus sexuels, mettant au jour une culture du droit acquis, du silence et de l’impunité.
La joie queer dans Heated Rivalry se révèle transformatrice grâce à son érotisme éthique. Dans mes recherches, j’ai montré que la joie sexuelle queer peut détourner les cultures sexuelles de celle du viol, favorisant la réciprocité, l’authenticité et un plaisir pleinement vécu.
C’est pourquoi les moments où Ilya demande le consentement à Shane avant l’acte sexuel sont si importants : ils démantèlent l’idée selon laquelle les hommes ont droit au corps des autres et que les processus de consentement gâchent le moment.
Ce qui rend les scènes de sexe de Heated Rivalry différentes, c’est qu’elles ne reposent pas sur le cliché familier des hommes gais qui se battent pendant les rapports sexuels alors qu’ils luttent contre leur homophobie intériorisée. Au contraire, elles montrent de la tendresse, de la curiosité érotique et un engagement affectif.
Même les podcasts populaires de type « hockey bros » Empty Netters et What Chaos ont abordé la série avec sérieux, commentant ouvertement son impact émotionnel et son érotisme.
De telles conversations commencent à assouplir les normes rigides autour de la masculinité, du désir et du plaisir accepté. Une fois la joie queer rendue visible, il devient plus difficile d’accepter une culture sportive — et une société — qui insiste pour la rendre impossible.
JJ Wright reçoit des financements du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada et de Sécurité publique Canada.
La barrière technologique à l’entrée a sauté : générer des deepfakes est désormais plus accessible _via_ les outils IA grand public.Image générée par Siwei Lyu/IA Google Gemini 3
En 2025, la génération de deepfakes a explosé : visages, voix et mouvements du corps créés par des systèmes d’intelligence artificielle deviennent presque indiscernables des humains, bouleversant la perception et la sécurité des contenus en ligne.
Au cours de l’année 2025, les techniques de génération de deepfakes ont connu une évolution spectaculaire. Les visuels de visages, de voix et de corps entiers générés des systèmes d’IA ont gagné en qualité – bien au-delà de ce que beaucoup d’experts imaginaient encore il y a quelques années. Ces vidéos sont aussi davantage utilisées pour tromper ceux qui les regardent.
Dans de nombreuses situations du quotidien – en particulier les appels vidéo de faible résolution et les contenus diffusés sur les réseaux sociaux –, leur réalisme est désormais suffisant pour berner à coup sûr des publics non spécialistes. Concrètement, les médias synthétiques sont devenus indiscernables d’enregistrements authentiques pour le grand public et, dans certains cas, même pour des institutions.
Et cette flambée ne se limite pas à la qualité. Le volume de deepfakes générés a lui aussi explosé : l’entreprise de cybersécurité DeepStrike estime qu’on est passé d’environ 500 000 vidéos de ce type présentes en ligne en 2023 à près de 8 millions en 2025, avec une croissance annuelle proche de 900 %.
Je suis informaticien et je mène des recherches sur les deepfakes et d’autres médias synthétiques. De mon point de vue, la situation risque encore de s’aggraver en 2026, à mesure que les deepfakes évolueront vers des entités synthétiques capables d’interagir en temps réel avec des humains.
Des améliorations spectaculaires
Plusieurs évolutions techniques expliquent cette escalade. Tout d’abord, le réalisme a franchi un cap grâce à des modèles de génération de vidéos conçus spécifiquement pour maintenir la cohérence temporelle. Ces modèles produisent des vidéos aux mouvements cohérents, avec des identités stables pour les personnes représentées et un contenu logique d’une image à l’autre. Ils dissocient les informations liées à la représentation de l’identité d’une personne de celles relatives au mouvement, ce qui permet d’appliquer un même mouvement à différentes identités ou, inversement, d’associer une même identité à plusieurs types de mouvements.
Ces modèles génèrent des visages stables et cohérents, sans les scintillements, déformations ou anomalies structurelles autour des yeux et de la mâchoire qui constituaient des signes techniques fiables de deepfakes auparavant.
Deuxièmement, le clonage vocal a franchi ce que j’appellerais le « seuil d’indiscernabilité ». Quelques secondes d’audio suffisent désormais pour générer un clone convaincant – avec une intonation, un rythme, des accents, des émotions, des pauses et même des bruits de respiration naturels. Cette capacité alimente déjà des fraudes à grande échelle. De grands distributeurs indiquent recevoir plus de 1 000 appels frauduleux générés par l’IA chaque jour. Les indices perceptifs qui permettaient autrefois d’identifier des voix synthétiques ont en grande partie disparu.
Troisièmement, les outils grand public ont fait chuter la barrière technique à un niveau proche de zéro. Les évolutions d’OpenAI avec Sora 2, de Google avec Veo 3 et l’émergence d’une vague de start-up font qu’il suffit aujourd’hui de décrire une idée et de laisser un grand modèle de langage comme ChatGPT d’OpenAI ou Gemini de Google rédiger un script, pour générer en quelques minutes des contenus audiovisuels aboutis. Des agents d’IA peuvent automatiser l’ensemble du processus. La capacité à produire à grande échelle des deepfakes cohérents et construits autour d’un récit s’est ainsi largement démocratisée.
Cette combinaison d’une explosion des volumes et de figures synthétiques devenues presque indiscernables d’êtres humains réels pose de sérieux défis pour la détection des deepfakes, en particulier dans un environnement médiatique où l’attention est fragmentée et où les contenus circulent plus vite qu’ils ne peuvent être vérifiés. Des dommages bien réels ont déjà été constatés – de la désinformation au harcèlement ciblé et aux arnaques financières – facilités par des deepfakes qui se propagent avant que le public n’ait le temps de comprendre ce qui se passe.
Le temps réel, nouvelle frontière
Pour l’année à venir, la trajectoire est claire : les deepfakes se dirigent vers une synthèse en temps réel capable de produire des vidéos reproduisant fidèlement les subtilités de l’apparence humaine, ce qui facilitera le contournement des systèmes de détection. La frontière évolue du réalisme visuel statique vers la cohérence temporelle et comportementale : des modèles qui génèrent du contenu en direct ou quasi direct plutôt que des séquences préenregistrées.
La modélisation de l’identité converge vers des systèmes unifiés qui capturent non seulement l’apparence d’une personne, mais aussi sa façon de bouger et de parler selon les contextes. Le résultat dépasse le simple « cela ressemble à la personne X » pour devenir « cela se comporte comme la personne X sur la durée ». Je m’attends à ce que des participants à des appels vidéo soient synthétisés en temps réel ; à voir des acteurs de synthèse pilotés par l’IA dont le visage, la voix et les gestes s’adaptent instantanément à une consigne ; et à ce que des arnaqueurs déploient des avatars réactifs plutôt que des vidéos fixes.
À mesure que ces capacités se développent, l’écart perceptuel entre humains authentiques et synthétiques continuera de se réduire. La véritable ligne de défense ne reposera plus sur le jugement humain, mais sur des protections au niveau des infrastructures. Cela inclut des mécanismes de traçabilité sécurisée, comme la signature cryptographique des médias et l’adoption par les outils de génération IA des spécifications de la Coalition for Content Provenance and Authenticity. Cela dépendra également d’outils d’analyse multimodaux, comme le Deepfake-o-Meter que je développe avec mes équipes dans mon laboratoire.
Se contenter d’examiner les pixels attentivement ne suffira plus.
Siwei Lyu ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
Maghla, une des streameuses les plus connues en francophonie, a dénoncé publiquement le cyberharcèlement sexiste dont elle était victime.Maghla, CC BY
La cyberviolence est omniprésente dans le domaine du streaming – en particulier de jeux vidéo – et touche particulièrement les personnes minorisées, au point d’infléchir carrières et pratiques. Quels mécanismes sont à l’œuvre ? À l’heure où la visibilité se paie cher, comment rendre ces espaces numériques plus vivables ?
Depuis le milieu des années 2010, l’intérêt porté par la recherche et par le grand public s’est progressivement déplacé des « effets des jeux vidéo violents » ou des jeux vidéo « qui rendent violents » à la place de la violence ordinaire dans les interactions entre membres d’une situation de jeu. Parmi les terrains de la cyberviolence, la diffusion en direct de sessions de jeux vidéo (streaming) est fortement concernée.
D’une part, les comportements violents surgissent de manière cyclique dans les environnements multijoueurs et les chats : les provocations et la toxicité entre les joueurs et joueuses sont monnaie courante, la violence peut même être encouragée par les streameurs et streameuses. D’autre part, le public peut se comporter en perturbateur intentionnel et faire dérailler la performance de la webdiffusion par des propos inappropriés, voire violents, publiés dans le chat, surtout quand ces propos deviennent collectifs et prennent la forme de « raids haineux ».
« On reçoit des compliments, des propositions sexuelles, mais aussi des menaces de mort. »
Ces agressions semblent même encouragées par le modèle économique des plateformes, dans la mesure où elles suscitent des controverses qui permettent d’augmenter le nombre de vues, mais aussi d’abonnés (followers) et de dons monétaires de leur part.
Les micro-agressions s’y accumulent de telle sorte qu’elles peuvent créer un environnement hostile et excluant pour les personnes minorisées qui s’adonnent à l’activité de webdiffusion. Par « groupes minorisés », on désigne notamment les femmes, les personnes racisées ou encore les personnes LGBTQIA+, qui sont statistiquement très exposées aux attaques : 49 % des femmes, 42 % des personnes noires et 39 % des personnes LGBTQIA+ déclarent avoir été harcelées en ligne sur la base de leur identité, tandis que 82 % des victimes de violences sexistes ou sexuelles sont des femmes ou des filles.
Une brutalisation croissante
Dans le contexte de la culture vidéoludique, historiquement façonnée par la masculinité hégémonique toxique et geek, la position exposée des streameurs et streameuses est loin de garantir aux personnes minorisées la légitimité accrue qu’elle confère aux joueurs (blancs et) masculins.
Cette visibilité fonctionne de manière différenciée : si elle tend à renforcer la crédibilité des hommes, elle offre en revanche davantage de prises aux critiques et aux attaques visant celles et ceux qui n’appartiennent pas à cette catégorie, les exposant à la surveillance de leurs comportements en jeu, à la mise en cause de leur légitimité et à du cyberharcèlement, ce qui rend leur maintien dans les environnements en ligne comparable à une course d’obstacles.
Participant à part entière à la dynamique de la webdiffusion, que ce soit par le soutien ou la moquerie, mais aussi l’insulte, le public contribue à la présence systémique de comportements sexistes, racistes, et parfois à l’humiliation constante de streameurs et streameuses. Ce dernier point s’est tristement et fatalement illustré avec le décès en direct du streameur Jean Pormanove en août 2025 sur Kick, une plateforme critiquée pour la faiblesse de son système de modération. Ici, les encouragements du public ont conduit au pire, poussant les personnes humiliant Jean Pormanove à poursuivre leurs sévices des jours durant.
Une régulation déficiente, des stratégies d’adaptation épuisantes
Les règles de modération sur les plateformes de streaming oscillent entre approches réactives punitives – fondées sur la sanction a posteriori et, dans les cas les plus extrêmes, le bannissement définitif – et approches proactives, qui visent à prévenir les comportements offensants.
Sur Twitch, la régulation consiste essentiellement à punir les fauteurs de troubles. Elle s’exerce, d’une part, de manière centralisée, via des algorithmes et des lignes de conduite générales. Ces règles peuvent mener à la suppression de contenus, une suspension temporaire ou un bannissement, mais leur application dépend largement des signalements et du travail de modérateurs et modératrices bénévoles. D’autre part, la régulation s’opère de manière décentralisée par l’entremise des streameurs et streameuses (qui disposent d’un pouvoir discrétionnaire sur leur chaîne) et de leurs équipes. Son efficacité est limitée puisqu’elle repose aussi en grande partie sur le travail gratuit des modérateurs et modératrices qui font face à des offenses massives et continues.
Dans ce contexte, les streameurs et streameuses subissant des agressions entreprennent de nombreux efforts pour se préserver en essayant de « recadrer » les membres de leur audience qui les agressent. Nous avons étudié à ce propos le cas de l’expulsion d’un spectateur sexiste par une streameuse amatrice, et celui d’un streameur à succès qui, confronté à des sous-entendus racistes et par ailleurs harcelé en dehors de la plateforme, a fini par renoncer à son activité. D’autres travaux montrent que, face à l’absence de communication et de soutien technique de Twitch, certains streameurs et streameuses s’organisent en réseau pour partager des outils et des stratégies permettant de gérer le public pendant les attaques et d’apporter un soutien émotionnel à leurs pairs.
Ces exemples témoignent d’un important travail de sensibilisation du public, souvent épuisant, entrepris par les streameurs et streameuses_minorisés pour pallier le manque de régulation offert par les plateformes qui hébergent leur activité. Ce travail, destiné à rendre moins acceptables les actes de cyberviolence, est encore insuffisamment étudié à ce jour.
Accompagner les streameurs et streameuses dans leur travail de régulation
La recherche pourrait venir prêter main-forte aux acteurs et actrices du streaming dans leur effort crucial pour favoriser une dynamique saine des interactions avec le public. Mobiliser le savoir expérientiel des joueurs et des joueuses, des modérateurs et des modératrices est essentiel pour comprendre comment les streameurs et streameuses peuvent transformer, au quotidien, un environnement parfois hostile en espace viable.
Dans cette optique, une démarche participative associant chercheurs et communautés vidéoludiques permettrait d’identifier des moyens de réparer l’offense et de formaliser des dispositifs de régulation plus inclusifs que les outils techniques existants. À l’heure où la cyberviolence pousse nombre de personnes minorisées à abandonner leur activité de streaming, il est urgent de débrutaliser les pratiques vidéoludiques.
Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.
Source: The Conversation – France in French (3) – By Pierre Firode, Professeur agrégé de géographie, membre du Laboratoire interdisciplinaire sur les mutations des espaces économiques et politiques Paris-Saclay (LIMEEP-PS) et du laboratoire Médiations (Sorbonne Université), Sorbonne Université
Des frappes états-uniennes sur des cibles en Iran semblent possibles à ce stade, mais, en tout état de cause, une simple série de bombardements ne suffira pas à faire chuter le régime. L’option la plus efficace consisterait, pour Washington, à approvisionner en armes des groupes locaux, à commencer par ceux des Kurdes, et à les appuyer par une campagne aérienne. C’est ainsi que, il y a près de vingt-cinq ans, en Afghanistan, les Américains avaient soutenu leurs alliés locaux, qui avaient chassé les talibans et pris Kaboul. Il reste que plusieurs puissances régionales ne verraient pas d’un très bon œil une issue qui aboutirait à un net renforcement des Kurdes…
Alors que le régime des mollahs s’engage dans un massacre à huis clos de son propre peuple afin d’étouffer la révolution commencée dans le bazar de Téhéran le 28 décembre 2025, tous les observateurs guettent l’annonce d’une campagne de bombardements américains. La réussite spectaculaire de l’enlèvement de Nicolas Maduro au Venezuela le 3 janvier et les déclarations récentes de Donald Trump – le régime iranien sera « frappé très durement, là où ça fait mal » – semblent en effet plaider en ce sens. Trump pourrait profiter de l’extrême fragilité de la République islamique d’Iran pour lui porter le coup de grâce à en frappant les lieux de pouvoir, décapitant ainsi le régime.
Toutefois, cette perspective abondamment relayée dans la presse présente plusieurs écueils évidents : même si une campagne de bombardement pourrait « décapiter » le régime, on voit mal comment des frappes aériennes pourraient permettre au peuple désarmé de tenir tête aux milliers de pasdaran, la milice des Gardiens de la révolution, bras armé du régime, et des bassidji, forces paramilitaires estimées à 600 000 ou 700 000 combattants, qui massacrent aujourd’hui les manifestants pour écraser la révolution.
Seule une campagne de frappes très longue et massive, mobilisant sur la durée plusieurs centaines d’appareils, pourrait vraiment fragiliser ces milices au point de permettre aux civils, désarmés pour la majorité, de renverser un régime qui s’apparente de plus en plus à une dictature militaire. Or, les déclarations de Trump suggèrent pour l’instant une opération courte et spectaculaire et rien n’indique que les États-Unis veuillent s’impliquer dans une campagne de longue durée comme celles menées contre la Serbie lors de la guerre du Kosovo en 1999 ou contre les armées de Saddam Hussein au Koweït lors de la phase initiale de l’opération Tempête du désert en 1991. Un autre indice semble aller en ce sens : pour l’heure, la Maison Blanche n’a déployé aucun porte-avions au large du Golfe persique, ce qui réduit la masse d’appareils disponibles et semble confirmer l’hypothèse d’une offensive aérienne éclair sur le modèle de la guerre des douze jours de l’été dernier.
Dans ce contexte, on pourrait se demander si le type d’opération apparemment choisi par la Maison-Blanche est réellement de nature à renverser le régime. Quelles sont les autres options dont dispose Washington pour parvenir à cette fin ?
Armer les minorités en lutte contre le régime
Les rares vidéos qui nous parviennent de la répression menée par les pasdaran et leurs auxiliaires bassidji montrent à quel point le peuple iranien manque d’armes pour se défendre et pour renverser le régime aux abois.
Équiper matériellement la résistance iranienne semble donc davantage répondre aux demandes immédiates des manifestants qu’une campagne de bombardements qui détruirait certes les centres du pouvoir mais pas l’appareil sécuritaire et répressif qui maille tout le territoire iranien. Dans cette optique, les Américains pourraient décider d’équiper des groupes armés déjà existants et opérationnels en Iran parmi les minorités iraniennes : les Baloutches, les Azéris et les Kurdes sont en lutte pour l’autonomie contre Téhéran depuis des décennies et disposent de milices comme le PJAK kurde ou Jaish al-Adl baloutche qui, si elles étaient correctement équipées, pourraient tenir tête aux pasdaran.
Les Kurdes seraient, dans l’optique américaine, la minorité la plus intéressante, puisque les Kurdes iraniens pourraient s’appuyer sur les bases arrière que leur fournit le Kurdistan irakien – et ce, d’autant plus facilement que les Américains sont très présents dans cette région frontalière.
La base américaine d’Erbil pourrait servir de hub logistique pour équiper la résistance kurde iranienne depuis les provinces kurdes de l’Irak.
Situation de la ville d’Erbil, dans le nord de l’Irak, au Kurdistan irakien. Google Maps
Washington a récemment renforcé cette base pour lutter contre l’État islamique et y a déployé des unités d’élite, particulièrement la Delta Force et la 101e division aéroportée. Cette dernière unité possède une importante flotte d’hélicoptères CH-47 Chinook et UH-60 Blackhawk qui pourraient acheminer les armes depuis le carrefour d’Erbil jusqu’au Kurdistan iranien.
Dès lors, les Américains pourraient mener une guerre par proxy sur le sol de la République islamique, sans envoyer d’importants contingents au sol, conformément aux promesses électorales faites par Trump à sa base MAGA.
Les États-Unis pourraient effectuer une campagne de bombardements en soutien à leurs alliés locaux comme ils l’avaient fait contre le régime des talibans en Afghanistan après les attentats du 11 Septembre. Pendant les mois d’octobre et de novembre 2001, les Américains avaient soutenu la minorité tadjique, organisée autour de la milice rebelle l’Alliance du Nord, formée en 1992 par le commandant Massoud, par une campagne de bombardements ciblés et par l’envoi de forces spéciales capables de coordonner les bombardements et de coordonner les rebelles sur le terrain.
Il semble probable que les succès américains obtenus lors de cette première phase de la guerre d’Afghanistan constituent un modèle pour Trump : rappelons que Kaboul a été prise le 13 novembre 2001 par l’Alliance du Nord sans que les Américains ne déploient des contingents massifs au sol.
C’est bien l’occupation de l’Afghanistan dans un deuxième temps qui mobilisera beaucoup de troupes américaines, entraînera d’importantes pertes parmi ces militaires et se soldera par un échec cuisant. Fort de ce double enseignement, Trump pourrait soutenir les rebelles via des bombardements et l’envoi de forces spéciales, sans chercher à occuper l’Iran.
Une politique risquée… mais inévitable ?
Il reste que la mise en œuvre d’une telle stratégie expose à plusieurs risques de déstabilisation régionale, ce qui pourrait dissuader Washington d’armer massivement les minorités iraniennes.
Trump pourrait se montrer réceptif aux craintes des puissances régionales comme la Turquie ou la Syrie, qui ne veulent surtout pas voir une contagion sécessionniste se diffuser au Moyen-Orient. Il est probable d’Ankara ou Damas considéreraient le développement d’une guérilla kurde iranienne comme un danger nourrissant les velléités de leurs propres communautés kurdes.
De plus, les régimes autoritaires du Golfe comme l’Arabie saoudite ou le Qatar pourraient percevoir le succès de la révolution iranienne comme une menace pour le maintien de leurs propres systèmes, sachant notamment que l’Arabie est confrontée au mécontentement de la minorité chiite à l’est du pays, spécialement depuis le Printemps arabe et la révolte de Qatif en 2011.
Ces facteurs expliquent sans doute les hésitations de Trump ces jours derniers et le temps que prend Washington pour lancer ses frappes contre l’Iran. Cela dit, l’ampleur de la répression perpétrée par le régime de Téhéran est telle qu’un point de non-retour a sans doute été franchi et que la perspective d’une guerre civile entre les milices du régime et les franges les plus déterminées et les mieux équipés des révolutionnaires iraniens soit devenue presque inévitable. Fort ce constat, Washington pourrait accepter les risques qu’implique l’envoi d’armes en Iran et consentir à une opération armée plus longue que prévu, mais dont la perspective de gain reste énorme pour le président américain, lequel pourrait ainsi se prévaloir d’avoir apporté un appui décisif à une révolte populaire contre un ennemi déterminé des États-Unis et, aussi, de leur allié le plus proche dans la région, à savoir Israël.
Pierre Firode ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
Source: The Conversation – Africa – By Clive Jimmy William Brown, Teaching Practice Coordinator, Lecturer & Faculty of Education Transformation Chairperson , Cape Peninsula University of Technology
South Africa’s schools still carry the imprint of apartheid, where resources, language and geography were deliberately divided according to “race”. Many communities today remain deeply unequal in terms of school infrastructure and resources.
For student teachers, this means that placement for practical experience in one school can feel worlds apart from a placement just a few kilometres away.
One school may offer smaller classes and well-resourced classrooms with access to textbooks and digital tools. Another contends with overcrowded classes, limited teaching materials and little to no digital infrastructure.
These disparities are not abstract. They shape daily teaching decisions, classroom management strategies and professional confidence. This makes one placement feel like a supported apprenticeship, and another an exercise in endurance and improvisation.
My doctoral research in education studies shows that many final-year student teachers actively avoid schools that differ from their own schooling backgrounds. Instead, they select placements that feel comfortable and familiar, even if this limits their professional growth and reinforces historical divides in education.
My research, drawing on in-depth interviews and institutional documents, reveals why this happens, and why it matters for equity, learning and justice in education.
Understanding student teachers’ choices matters for any country grappling with inequality and diversity in teacher preparation. Countries need teachers who can work confidently across different school contexts.
In the programmes I oversee as a teacher educator, student teachers are placed in schools twice a year for teaching practice blocks of four weeks at a time. This amounts to about 32 weeks over a four-year degree. Placements are formally coordinated by universities. However, operational pressures and the growing number of student teachers mean that, in practice, many students find the placements themselves. The options are often shaped, too, by whether schools are willing to host students from particular universities.
A policy framework that took effect in 2016 sought to standardise teacher qualifications nationally and provide learning across diverse schooling contexts. But when student teachers select schools for their compulsory teaching practice, they are able to fine-tune the placement programme to suit their own needs rather than its broader transformative purpose.
Their choice appears simple: go where you feel you will “fit in”, be supported and pass.
The students I followed over several years consistently chose schools that:
resembled their former schools
matched their language and cultural norms
felt socially “safe”, meaning that these environments aligned closely with their own ethnic, class and racial backgrounds, and offered predictability, familiarity and reduced emotional risk during an already demanding practicum period
promised minimum disruption to completing the four-year degree quickly.
Many framed their decisions in terms of pragmatism:
I just want to finish and qualify.
Others spoke honestly about their fears, including fear of failing, not belonging or being judged in communities unlike their own. As one student confessed,
Teaching is already stressful. Why add discomfort?
A sense of comfort reduced anxiety and helped them “get through” their degrees. But it also meant that many avoided the kinds of classrooms where they might have learned how to work across differences, the very classrooms they might encounter later in their careers.
My future research aims to examine how early teaching practice placements shape graduates’ later career choices.
Expedience over authenticity
Many students themselves came from historically marginalised and economically impoverished communities. But they still worried that more challenging placements might expose them to failure, conflict or unsupportive mentors. Some feared that schools with limited resources would make it harder for them to demonstrate their teaching competence, manage classrooms effectively and access the kinds of support needed to learn how to teach well.
Only two chose placements in unfamiliar contexts. For most others, the comfort of familiarity mattered more than challenge.
In effect, the practicum became a credential-seeking exercise rather than a transformative professional learning experience.
This is not a moral failing on the part of the students. It reflects:
pressure to complete degrees quickly
fears about employability
uneven support systems across schools
deeply embedded memories of their own unequal schooling experiences.
My findings also caution against romanticising discomfort.
A small minority of students chose unfamiliar placements in poorer, more diverse or conflict-affected school contexts. This was driven by personal convictions and a desire to challenge themselves. In interviews, reflective journals and post-placement discussions, they reported feeling more confident and adaptable as teachers and classroom managers. They had a deeper sense of professional purpose.
These positive outcomes were closely tied to strong mentoring and consistent university support. Without that, they reported feelings of panic, isolation and emotional exhaustion.
Exposure to diversity must be intentional, scaffolded and humane. When unsupported student teachers are faced with large class sizes, multilingual classrooms, limited resources, long and costly commutes, or concerns about personal safety, it could be a risk rather than a growth opportunity.
What universities and policymakers can change
The research suggests several levers for re-designing teaching practice.
Structured placement pathways: ensure that every student rotates through at least one context that differs meaningfully from their own, with a clear rationale and adequate preparation.
Mentor development: invest in mentor-teachers who understand how to support novices across cultural and socioeconomic divides.
Shared responsibility for placements: universities, schools and education departments must collaborate to distribute opportunities equitably.
Reflective supervision: create guided reflective spaces where students make sense of discomfort rather than flee from it.
Transparent expectations: frame teaching practice not as a hurdle to clear, but as an ethical apprenticeship into public-serving professionalism.
South Africa’s education system still reflects deep structural inequality. If future teachers primarily work in schools that resemble their own histories, those divides could be cemented into the next generation.
Clive Jimmy William Brown does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.
Israel’s decision to recognise Somaliland as an independent nation has been described as historic by Somaliland’s president, Abdirahman Mohamed Abdullahi. He framed the December 2025 declaration as the first decisive breach in the wall of diplomatic isolation that has surrounded Somaliland for more than three decades.
Somaliland has operated as a fully functional de facto state with defined territory, population and government since declaring independence from Somalia in 1991. But it lacks international recognition. This would allow it full participation in the global community, such as membership in the United Nations, as well as boosting its economic opportunities.
I am a scholar of peace and conflict resolution, constitutional design and constitutional law, with a regional focus on the Horn of Africa. My work includes examining regional peace and security.
Based on this deep knowledge of the region, I would argue that Tel Aviv’s decision is indeed consequential. But not because it resolves anything.
Its significance lies in the fact that it has elevated a question of legal status into a strategic contest unfolding within the world’s most volatile geopolitical corridor.
Over the last decade the Red Sea – which links the Mediterranean to the Indian Ocean – has become the frontline of a new multipolar order. The region has been transformed into a dense arena of overlapping crises. These include state collapses in Sudan, Yemen and Somalia, and Ethiopia’s destabilising quest for maritime access. There is also the intensification of Gulf rivalry and great power competition, which includes China’s consolidation of a coastal arc of influence.
Against this backdrop, Israel’s recognition unsettles an already fragile equilibrium. While the decision alters the board, it doesn’t end the game. It increases Somaliland’s strategic value while increasing its geopolitical toxicity in a region already under strain.
The African Union and the fear of precedent
The African Union viewed the Somaliland question as a dangerous exception that must not be entertained. Its position rests on a single overriding fear: that recognition would weaken the postcolonial settlement built on inherited borders.
Somaliland’s claim is that it merely reasserts the boundaries of the former British protectorate. But the AU’s doctrine is rigid by design. It does not distinguish between border revisionism and constitutional secession within colonial lines. For the AU, the precedent is intolerable.
If African politics were governed by doctrine alone, the matter would end there. But it doesn’t.
For Ethiopia, the Somaliland question is inseparable from the Red Sea itself. Landlocked, populous and strategically exposed, Ethiopia treats maritime access as a condition of state survival. Recognising Somaliland would not automatically grant Ethiopia access to the sea. But it would fundamentally change the bargaining structure through which such access could be secured. Recognition would convert what is currently an informal, reversible commercial arrangement into a sovereignty-linked exchange.
With nearly all its trade flowing through Djibouti at enormous cost, Addis Ababa’s anxiety is real – and destabilising.
Here the wider Red Sea crisis intrudes directly. Ethiopia’s quest for access unfolds amid collapsing neighbours, proliferating militias, drone warfare supplied by Gulf states and external powers, and an increasingly militarised coastline.
It is not yet clear which direction Ethiopia has decided to take in its relations with Somaliland. Last year, prime minister Abiy Ahmed quietly retreated from the memorandum of understanding signed in 2024 with Somaliland. This was after it became clear that the move would provoke severe African Union repercussions.
For the present, therefore, any meaningful external support for Somaliland recognition comes only from Israel and the United Arab Emirates (UAE).
What is emerging in the region is an increasingly polarised alignment. On one side are Egypt, the Sudanese Armed Forces, Turkey, Qatar, Saudi Arabia, Eritrea, Djibouti and Somalia. On the other are the UAE, the Rapid Support Forces in Sudan, Libya, Somaliland, Israel – and Ethiopia, despite its efforts to conceal the extent of its involvement.
Some states continue to hedge. South Sudan, Uganda and Kenya have sought to avoid choosing sides.
Israel, the United Arab Emirates and Saudi Arabia
In Israel’s recognition announcement, the country’s prime minister, Benjamin Netanyahu, explicitly situated Somaliland within the logic of the Abraham Accords. Signed in 2020, the accords are a set of US-brokered agreements that normalised relations between Israel and several Arab states. They link diplomatic recognition to security cooperation, economic integration and regional realignment.
By invoking the accords, Netanyahu is seeking to pull Somaliland into the gravitational field of the Gulf. And, above all, to signal the influence of the United Arab Emirates. The UAE’s imprint in the Horn of Africa in recent years is evident in ports, bases, logistics corridors, and paramilitary finance across the region.
Israel’s recognition of Somaliland, therefore, is a strategic move that aligns it with the UAE’s economic and security architecture in the Red Sea. It is not that Israel has suddenly developed an interest in Somaliland’s legal merits, nor that it is simply acting at the UAE’s behest. Rather, recognition makes sense because Israel is choosing to embed itself within an Emirati-centred political economy of the Red Sea.
Saudi Arabia, on the other hand, condemned Israel’s decision on the grounds that it entrenched unilateral secession and violates international law. In doing so, it aligned itself with the African Union’s position while asserting independent leadership in the Red Sea arena.
China
Beijing’s resistance to Somaliland’s recognition is not about Africa alone. It is about precedent in a maritime corridor central to China’s global strategy to develop an unbroken arc of influence from the Horn to the Suez. It already has a military base in Djibouti and is expanding naval diplomacy along the African coast.
Recognition of Somaliland by major powers would validate a dangerous idea from Beijing’s perspective: that durable quasi-states can eventually overcome diplomatic isolation through persistence.
The outcome is ambiguity, but not necessarily failure
Seen whole, the Somaliland question is not a recognition cascade but a coordination failure unfolding in the world’s most dangerous maritime corridor. Multiple enforcers – the African Union, China, Saudi Arabia and others in the Middle East – raise the cost of recognition. Multiple bargainers – Ethiopia above all – demand compensation commensurate with those costs.
As a consequence, recognition has developed into a scarce and risky currency, spent only when the return justifies the danger.
History suggests that unresolved questions of sovereignty rarely disappear. They linger, reshaped by power and circumstance, until either violence settles them or institutions adapt. In the Red Sea today, institutions lag behind reality. What emerges is not resolution, but managed contradiction.
This may disappoint advocates of clarity. It should not surprise students of history. International order has never been sustained by justice alone. It endures through arrangements that most actors find tolerable and none find ideal. In the Red Sea – now the frontline of a new global order – ambiguity is not failure. It is the price paid for avoiding something worse.
In the absence of a power willing to bear the full costs of finality, ambiguity will persist – not as a failure of will, but as the international system’s preferred substitute for resolution.
Alemayehu Weldemariam does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.
Depuis la fin du XX<sup>e</sup> siècle, la pratique du tarot tend à se tourner vers le développement personnel.StayGoldDesignCo/Shutterstock
En 2026, les tarologues sont devenus influenceurs à l’ère du tout-numérique. Ces nouveaux entrepreneurs doivent maîtriser la communication numérique et les attentes de leurs clients en termes de développement personnel. Témoignage de la stratégie de plusieurs tarologues sur le réseau social Instagram.
D’après un sondage Ifop de 2022, 29 % des Français déclarent croire à la cartomancie. Les chiffres financiers l’attestent. Le marché des cartes de tarot est en pleine expansion, estimé à 515 millions d’euros en 2024 et à un milliard d’euros d’ici 2033.
De nombreuses personnes consultent un tarologue davantage pour mieux gérer leurs émotions et développer leurs capacités à réaliser des objectifs personnels et professionnels que pour connaître leur avenir. Ces objectifs s’inscrivent dans une logique de développement personnel, comme le montre ce compte Instagram.
Notre étude cherche à comprendre la stratégie de marketing digital des tarologues et leur rapport au marché du développement personnel. Elle est issue de l’observation régulière de dix comptes Instagram de tarologues sur une période de six mois, complétée par cinq entretiens.
Perspective divinatoire et développement personnel
Alors, l’utilisation du tarot dans une perspective divinatoire a-t-elle totalement disparu ? À étudier les réseaux sociaux des tarologues, ces derniers continuent à proposer leurs services de divination, cette façon de prédire l’avenir par l’interprétation de certains phénomènes sur demande. Les contenus en lien avec la magie et l’ésotérisme sont toujours légion.
En 2024, notre étude montre que le langage des tarologues s’inscrit dans la recherche de bien-être émotionnel et de l’amélioration de l’estime de soi. Cela ne doit rien au hasard. Le réseau social Instagram est caractérisé par un vocabulaire tourné vers l’action, l’expression de valeurs individuelles et les compétences émotionnelles : « focus », « énergies », « travail sur soi », « être aligné », « fluide », « transformation », « changement », etc.
Le tarot apparaît comme un outil permettant d’identifier des points de résistance et de se (re)mettre en mouvement.
« Le tarot dit quelque chose, mais c’est à la personne de continuer sa vie et de prendre ses décisions, elle doit agir, sinon il se ne passera rien », souligne Emily, tarologue.
La notion de « libre arbitre », souvent mentionnée, met en valeur la responsabilité du client qui doit être prêt à faire des efforts pour obtenir des résultats : « Le tarot te donne une longueur d’avance pour prendre la direction qui te convient », explique Will. Et d’après Leena : « Il y a un côté mindset, tu as tiré une carte qui t’invite à voir ta journée sous un jour positif, comme ça même si tu ne te sens pas super bien le matin, ça va te motiver à passer une bonne journée malgré tout. »
Recherche de visibilité
L’insertion des tarologues dans le monde numérique passe par le suivi des usages des réseaux sociaux et la compréhension de leur fonctionnement. L’influence de l’algorithme qui, par ses changements réguliers, modifie les règles du jeu. Sandrine, tarologue interviewée dans notre étude, constate que « l’algorithme ne met en valeur que les reels ».
Les grandes tendances impactent la façon de catégoriser les services proposés par le tarologue via la formulation de la bio, le choix des photos ou la manière de monter les vidéos. D’après la psychologue Listhiane Pereira Ribeiro et l’anthropologue Candice Vidal e Souza, les pratiques de tirage de cartes sont influencées par les codes de l’entrepreneuriat numérique.
Leena, tarologue, adapte ses choix de publication aux différents formats : « Je vais créer plus de proximité en stories et plus d’information dans les posts. »
Les outils proposés – stories, reels, emojis, recours à des plateformes telles que Canva – permettent d’adapter les publications aux habitudes du public tout en essayant de retenir son attention. Will, tarologue, explique que « quelque chose de long n’a en général pas d’impact ».
Les stories à la une sont utilisées pour publier des contenus stratégiques qui doivent rester permanents : l’histoire du tarologue, les prestations proposées, les tarifs, les témoignages, etc. Inversement, les stories classiques sont utilisées pour lancer des événements promotionnels. Exemple : « Jusqu’à ce soir 22 heures, deux questions pour 10 euros », ou « Pour vous, qui est le Bateleur ? »
Le Magicien – ou le Bateleur dans le tarot de Marseille – traduit le passage de l’idée à la réalité. Emzzi/Shutterstock
Le Bateleur, parfois appelé le Magicien, est la première carte du tarot de Marseille. Elle représente un jeune homme debout devant une table recouverte de différents objets, dont la symbolique oriente vers tous les potentiels et vers les nouveaux départs.
La difficulté reste de capter un public à la fois peu disponible et soumis à des offres similaires concurrentes. Au-delà de l’utilisation adaptée des formats existants, la clé réside dans l’authenticité perçue de la personne du tarologue et de ce qu’il propose.
« Il y a une sorte d’uniformité sur Instagram. Tous les dimanches soir, tu as l’énergie de la semaine, les “guidances” de la semaine… Il faut essayer de sortir de ça », explique Will.
L’utilisation des outils contribue à rendre ludique le rapport aux cartes, à travers leur mise en scène sur le réseau. Les cartes elles-mêmes par leur esthétique qui varie suivant le style du jeu (gothique, antique, tarot de Marseille traditionnel, humoristique, etc.) contribuent à la communication visuelle. Elles peuvent être mises en valeur par la couleur du fond, certains objets apparents sur la photo, etc. Certains tarologues adoptent une vision relativement humoristique du tarot, permettant de le dédramatiser.
J’ai interviewé des tarologues dans le cadre de la recherche ayant donné lieu à un article dont ma proposition pour The Conversation est issue. Certaines citations des ces entretiens apparaissent dans le texte.
L’intelligence artificielle remet profondément en cause la raison d’être des médias et leur modèle d’affaires. Leur survie pourrait passer par une rapide réflexion sur ce qui fait leur cœur de métier, à l’image de la politique suivie par le New York Times. Au risque de sombrer dans des offres très low cost ou de devenir des fournisseurs des géants de l’IA.
Trois ans après l’irruption de ChatGPT, les médias cherchent comment se positionner vis-à-vis de l’intelligence artificielle (IA) générative. Avec les précédentes vagues de numérisation (Web, plateformes sociales), les entreprises de médias ont dû faire face à une baisse d’audience ou à des problèmes de distribution de leurs contenus. L’arrivée de l’IA pose une question beaucoup plus existentielle à ces entreprises : celle de la pérennité à très court terme de leur modèle d’affaires, soit la façon dont l’entreprise opère et crée de la valeur pour ses parties prenantes.
Déstabilisés, les médias abordent cette nouvelle phase dans une position affaiblie. Faiblesse économique avec des pertes massives d’audiences, qui se traduisent pour certains par une chute des recettes publicitaires et d’abonnés. WPP, la principale agence mondiale de publicité, prévoit que les recettes publicitaires sur les plateformes (Instagram, TikTok, YouTube, etc.) de contenus générés par les utilisateurs dépassent en 2025 les recettes des médias historiques. Seuls 11 % des Français sont abonnés à un média en ligne en 2025.
La valeur du journalisme discutée
À cela s’ajoute un affaiblissement du rôle institutionnel des médias historiques. La confiance dans les médias connaît une érosion continue, particulièrement marquée en France. Seuls 29 % des Français ont confiance dans les médias contre 38 % en 2015, ce qui place la France au 41e rang mondial de l’indice de confiance analysé par le Reuters Institute dans son digital report].
Dans cette situation difficile, les enjeux de l’IA peuvent apparaître différents pour la radio, la télévision et la presse. Clonage de voix, génération automatisée de vidéo, avatar (présentateur), génération automatique d’articles, chaque famille de médias doit relever ses propres défis. Mais la transformation des médias historiques en plateformes multimédias produisant des contenus dans des formats toujours plus nombreux (vidéo, podcast, article vocalisé, transcription de vidéo, sous-titrage) leur forge un destin commun face à l’IA.
Si, pour l’heure, les médias ont pour la plupart évité de repenser leur modèle d’affaires dans la phase de numérisation précédente, le déploiement des infrastructures cognitives, l’arrivée des moteurs de réponses (answer engine) remplaçant les moteurs de recherche (search engine), leur impose de le repenser entièrement sous peine de disparation.
Choisir un modèle low cost
Comme de nombreux marchés, les médias font face à l’irruption d’un modèle low cost que l’IA générative rend de plus en plus possible en compressant les coûts de plusieurs maillons de la chaîne de valeur. Génération de titres, édition d’articles, production d’images et de vidéos, doublage, traduction multilingue, sous-titrage, indexation automatisée, le champ d’applications de l’IA générative est très large et offre de substantielles sources de réduction de coûts. Dans ce modèle low cost, l’IA est déployée sur les processus internes, sur les fonctions de production de l’information (back-office) sans être utilisée directement dans la relation directe avec l’audience.
Par ailleurs, les usages croissants des outils conversationnels fondés sur l’IA, comme ChatGPT, devraient conduire à modifier profondément la construction des audiences numériques. Le modèle actuel repose très largement sur les flux générés par les grandes plateformes, à commencer par Google. Le passage d’un moteur de recherches (search engine Google) à un moteur de réponses (answer engine, ChatGPT) pourrait réduire fortement le trafic vers les sites des médias, les utilisateurs se contentant de la réponse des outils d’IA. La captation par les producteurs d’IA d’une part substantielle des recettes de médias historiques les affaiblirait à nouveau.
Dans ce monde nouveau du « zéro clic », les acteurs de l’IA réintermédient la relation entre les médias et les audiences. Cette position pourrait les amener à développer une offre publicitaire qui produirait une nouvelle baisse des recettes des médias. Dans un tel environnement, les médias se trouveraient dans la position de fournisseur des acteurs de l’IA. Les médias peuvent proposer des données d’entraînement des modèles d’IA grâce à leurs archives indexées et des données fraîches dont les modèles d’IA sont dépourvus par définition.
L’enjeu pour les entreprises du secteur est alors de négocier au mieux la valeur des contenus fournis. Mais le rapport de force n’est pas forcément en faveur des médias et risque de conduire à des accords de licence peu rémunérateurs, l’information étant vue comme une commodité – une matière première – par les acteurs de l’IA.
Certifier et labelliser l’information
Afin d’augmenter la valeur de ces contenus, les médias pourraient les certifier comme provenant d’un média labellisé JTI (Journalism Trust Initiative) (1), si tant est que traçabilité et certification soient valorisées par les utilisateurs, justifiant une rémunération supérieure. Compte tenu de la faible confiance accordée aux médias, on peut douter de leur capacité à imposer un tel modèle de valeur aux producteurs d’IA.
Dans ce modèle business-to-business-to-consumer (B2B2C) de producteur certifié, dans lequel les médias produiraient des contenus en marque blanche, la valeur de leur marque risque de s’éroder. Ce modèle n’est donc guère souhaitable à long terme. En effet, il est hautement probable qu’il se combine au modèle low cost afin de maintenir des coûts de production d’autant plus faibles que les producteurs d’IA chercheront à obtenir des prix plus bas. Détenant la relation avec le consommateur final, ils pourront aisément mettre en concurrence les différents médias.
Un nouveau modèle ?
Être un des fournisseurs des producteurs d’IA ne pouvant suffire à garantir la pérennité des médias à long terme, repenser la proposition de valeur des médias est donc essentiel. Si le cœur de celle-ci doit rester la fourniture d’une information fiable et/ou d’une expérience de divertissement riche et unique, les médias cherchent depuis plusieurs années à enrichir cette proposition de valeur par des diversifications d’activités, qui n’ont pas abouti pour le moment à des offres distinctes à même d’assurer le développement et la pérennité des médias.
Le développement des agents d’IA crée de nouvelles expériences pour les utilisateurs. Davantage conversationnelles, elles nécessitent d’adapter l’offre proposée. Autrement dit, les médias devront franchir le pas de l’utilisation de l’IA dans l’interaction avec les audiences.
Cette véritable mutation devrait être l’occasion de repenser l’offre en termes de services. La transformation numérique est la généralisation d’une tendance plus vaste de transformation des produits en services, dont les médias se sont tenus éloignés jusqu’à aujourd’hui. Ce mouvement déplace le cœur de la création de valeur de l’échange vers l’usage. La valeur n’est plus tant dans la transaction et le transfert vers le client d’un produit (le journal, le film, l’article, etc.) que dans l’usage que le client en fera. Dans l’espace numérique, cet usage peut être approché, géré, développé grâce aux données produites par les dispositifs qui soutiennent ses services.
Le « New York Times », exemplaire ?
Le cas du New York Times illustre bien cette logique servicielle. Après avoir acquis plusieurs acteurs (WireCutter, 2016, The Athletic, Wordle 2022), le New York Times a cessé de promouvoir l’offre dite « news-only » dans ses campagnes marketing et pousse systématiquement l’accès via l’offre groupée News + Games + Cooking + Wirecutter + The Athletic + Audio.
En 2025, la refonte de l’application mobile fait de l’offre groupée la porte d’entrée unique d’un ensemble Read-Play-Swipe où l’on accède indifféremment aux articles, aux rubriques jeux, cuisine et audio. Chaque verticale proposée est conçue autour d’usages concrets : s’informer, se détendre, préparer à manger, choisir un produit, suivre son club, remplir un temps mort.
Cette offre multiservice repose sur plusieurs tâches de la vie quotidienne. La logique n’est plus seulement « le journal du jour », mais une disponibilité permanente de services d’actualités : push personnalisés, dossiers, explications pédagogiques (explainers, chronologies), alertes thématiques. L’abonné à l’offre groupée est en relation quasi permanente avec la marque via des usages variés tout au long de la journée, ce qui augmente son engagement et facilite la rétention des clients.
Dans cette logique de servicisation, le New York Times vend de moins en moins un produit (un PDF, un numéro) et de plus en plus un flux continu d’aides pour comprendre le monde, accessible partout, synchronisé entre web, app et audio. Les jeux servent de porte d’entrée vers l’offre groupée. Les nouveaux abonnés arrivant par ce canal sont ensuite orientés vers les autres services. Les jeux fonctionnent comme un service de fidélisation. Quand l’actualité est déprimante, ils offrent un usage positif et stable, qui protège la relation d’abonnement. On est typiquement dans une logique de valeur d’usage. Le consommateur ne paie pas pour « avoir des grilles de mots croisés ou de sudoku », mais pour un moment quotidien de détente intellectuelle, ritualisé.
Nouveaux liens avec le client
NYT Cooking fonctionne comme une application de service culinaire, pour répondre quotidiennement à la question « Qu’est-ce qu’on mange ce soir ? » Là encore, la valeur n’est plus seulement informative (lire des recettes). Elle est aussi pratique en proposant des outils d’aides à la planification des repas, la gestion du temps, l’inspiration. Surtout, le service s’intègre dans la routine familiale. Le New York Times a même signé un partenariat avec le service de livraison de courses Instacart pour les abonnés du service NYT Cooking.
France Culture, 2025.
Wirecutter est, quant à lui, un service d’aide à la décision (choisir un aspirateur, un smartphone, un matelas), une sorte de « conseiller personnel » plutôt qu’une rubrique consommation classique. Pour le New York Times, c’est une source de revenus diversifiés (affiliation) et un moyen de couvrir une autre dimension de la vie quotidienne, complémentaire de l’information et du divertissement.
The Athletic est un service de suivi sportif, organisé par club, ligue, compétition, avec analyses et podcasts qui captent des abonnés dont le besoin est davantage de « suivre [s]on équipe/[s]on sport » que l’actualité générale. C’est un service pour passionnés. Désormais, le quotidien offre un ensemble de contenus, notifications, podcasts, analyses autour d’une communauté de fans.
Un actif insuffisamment inexploité : les archives
Ce cas de servicisation d’un média se décline pour d’autres, comme la presse locale. Des services centrés sur la ville, le territoire, sont envisageables y compris le suivi fin de la démocratie locale grâce aux données ouvertes.
La presse magazine peut dans la logique de Wirecutter du New York Times bâtir des services de coaching sur de nombreux sujets dont elle a l’expertise nécessaire. Cette logique servicielle permet aux médias d’être un moteur de réponses (answer engine) et de rivaliser grâce à leurs expertises avec des services d’IA.
Dans cette perspective, les actifs accumulés (archives) retrouvent de la valeur. Articulés avec les compétences journalistiques, elles constituent la base d’un avantage concurrentiel face aux IA conversationnels en fournissant des réponses fiables, documentées et articulées. Il n’en demeure pas moins que cette transformation profonde du modèle de média est une source de tensions au sein des médias et appelle à un véritable aggiornamento culturel.
Ne pas répéter les erreurs du passé nécessite de dépasser des logiques de stratégies individuelles qui ne garantissent pas la pérennité à long terme. À cet égard, les tentatives d’actions collectives, comme la mutualisation des inventaires publicitaires, la création d’un identifiant unique pour les médias à des fins publicitaires, les négociations avec les grandes plateformes numériques, montrent bien que les médias n’ont pas réussi jusqu’ici à se coaliser de façon efficace face aux enjeux communs.
La situation appelle à l’abandon de telles postures tant l’avenir apparaît sombre. Il est urgent de dépasser les antagonismes pour bâtir un espace numérique informationnel et faire émerger de nouveaux modèles d’affaires pérennes.