Management toxique : comment la rivalité narcissique détruit les équipes

Source: The Conversation – France (in French) – By Birgit Schyns, Professor of Organisatonal Behaviour, Neoma Business School

Les dirigeants narcissiques sont plus enclins à adopter des comportements abusifs lorsque les employés transgressent des normes ou règles de l’entreprise ou à leur égard. PrazisImages/Shutterstock

Certains leaders peuvent avoir tendance à croire que les autres leur sont inférieurs. Cette rivalité narcissique est associée à un management abusif. Comment s’exprime-t-elle ? Comment l’empêcher afin de protéger les salariés ?


Le narcissisme n’est pas nécessairement toxique. Une dose de confiance en soi, le désir de reconnaissance ou une vision affirmée peuvent même galvaniser les équipes et susciter l’adhésion. De nombreux leaders à forte personnalité accèdent à des postes de responsabilité grâce à leur assurance et à leur charisme.

Mais ce qui constitue une force peut aussi se transformer en arme destructrice.

C’est particulièrement vrai dans le cas de la rivalité narcissique, caractérisée par la dévalorisation d’autrui, l’agressivité et la quête incessante de suprématie. C’est sur cet aspect précis que se concentrent nos recherches. Nos résultats montrent que le problème ne réside pas dans le narcissisme en général, mais bien dans cette facette antagoniste. Les leaders marqués par une forte rivalité narcissique se révèlent plus enclins à ridiculiser leurs collaborateurs ou à leur faire porter la responsabilité de leurs propres erreurs.

Pourquoi, quand et comment ces managers présentent cette forte rivalité narcissique ?

Échelle de rivalité narcissique

Dans une première étude, nous avons travaillé avec 123 binômes composés d’un manager et de son collaborateur, issus de secteurs variés tels que l’administration publique, l’éducation, la santé ou les services.

Pour ce faire, les managers répondaient à un questionnaire évaluant leur niveau de rivalité narcissique (Narcissistic Admiration and Rivalry Questionnaire), tandis que leurs collaborateurs rapportaient la fréquence des comportements abusifs qu’ils subissaient. Les participants recensaient certains comportements abusifs de la part des managers, tels que des humiliations ou encore la tendance à minimiser leurs réussites. Cette approche croisée nous a permis de confronter l’image que les managers ont d’eux-mêmes, avec la réalité vécue par leurs équipes.

Les résultats indiquent que plus les leaders obtenaient un score élevé sur l’échelle de rivalité narcissique (mesurée de 1 = « pas du tout d’accord » à 6 = « tout à fait d’accord »), plus leurs collaborateurs rapportaient des comportements managériaux abusifs (évalués de 1 = « jamais » à 5 = « toujours »). Ces comportements apparaissaient même lorsque les employés n’avaient commis aucune faute.

Dans les deux études, nous avons demandé aux managers d’indiquer, sur une échelle allant de 1 = « jamais » à 5 = « toujours », la fréquence des comportements négatifs de leurs salariés à leur égard. Les résultats montrent que même en l’absence de menace directe à leur estime de soi, les leaders narcissiques manifestaient des signes d’abus.

Comportements déviants

Dans un second article, nous avons combiné une expérimentation sociale et l’analyse de récits autobiographiques.

Dans un premier temps, 152 participants ont été exposés à des scénarios décrivant différents comportements déviants de la part d’un collaborateur : retards répétés, critiques ouvertes à l’égard du supérieur hiérarchique ou encore attaques dirigées contre un collègue. Ils devaient ensuite indiquer, sur la même échelle que celle utilisée dans le premier article, comment ils réagiraient dans de telles situations.

Dans un second temps, nous avons analysé les récits autobiographiques de 141 managers, invités à décrire une situation réelle de déviance vécue dans leur environnement de travail.

Les résultats croisés de l’expérimentation et de l’étude autobiographique sont unanimes. Les dirigeants narcissiques sont plus enclins à adopter des comportements abusifs lorsque les employés se conduisent mal vis-à-vis de l’organisation ou directement envers eux, mais non lorsque ces comportements négatifs visent d’autres collègues.

Pistes pour éviter la rivalité narcissique

Notre étude met en évidence la nécessité pour les organisations d’adopter une vigilance accrue dans leurs processus de recrutement, en évaluant non seulement les compétences et l’expérience des dirigeants potentiels, mais également leurs caractéristiques psychologiques.

La mise en place d’évaluations psychologiques rigoureuses peut contribuer à identifier les profils à risque et, ainsi, à réduire la probabilité de comportements managériaux abusifs. Avant d’introduire de telles mesures, il est essentiel de s’assurer qu’elles constituent une pratique autorisée et conforme aux cadres légaux et éthiques en vigueur.

Former à un leadership éthique et empathique

Les programmes de formation au leadership devraient également être conçus de manière à tenir compte des comportements abusifs des managers aux traits narcissiques. Les formations qui mettent l’accent sur l’empathie, l’intelligence émotionnelle et la prise de décision éthique peuvent aider les dirigeants à développer un style de leadership plus équilibré et constructif.

Instaurer une culture de confiance et de responsabilité

Une organisation saine repose sur un climat de respect mutuel et de sécurité psychologique. Les collaborateurs doivent pouvoir exprimer leurs préoccupations sans crainte de représailles. Pour cela, il est essentiel de mettre en place des procédures de signalement efficaces – boîte aux lettres anonymes, plateforme de signalement en ligne sécurisée, désignation de référents en matière de harcèlement –, accompagnées de mécanismes disciplinaires clairs.

Soutenir les employés affectés

Les organisations devraient envisager de mettre à disposition un soutien et des ressources adaptés pour les employés susceptibles de subir les effets négatifs d’une supervision abusive. Cela peut passer, par exemple, par la mise en place de lignes téléphoniques consacrées aux problèmes psychosociaux, de permanences de soutien psychologique, ou encore par l’accès facilité à des services de conseil et à des dispositifs de santé mentale.

Face à l’ampleur du phénomène et à ses conséquences sur le bien-être au travail, il devient urgent pour les organisations de prendre ces enjeux au sérieux. Au-delà des coûts humains, les entreprises qui négligent ces aspects risquent de voir leurs meilleurs talents partir vers des environnements plus respectueux et bienveillants.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Management toxique : comment la rivalité narcissique détruit les équipes – https://theconversation.com/management-toxique-comment-la-rivalite-narcissique-detruit-les-equipes-262655

Keir Starmer needs to give voters short-term gain to persuade them he can deliver long-term renewal

Source: The Conversation – UK – By Matthew Barnfield, Postdoctoral Research Fellow, Department of Politics and International Relations, Queen Mary University of London

And if you look way over there, you can just about see the light at the end of this long tunnel. Flickr/Number10, CC BY-NC-ND

Whatever the Labour government is doing, it doesn’t seem to be working, yet. Economic growth – its number one priority – hasn’t taken off. The party is trailing far behind Reform in the polls. It risks presiding over an outright decrease in living standards.

Prime Minister Keir Starmer responds to criticism by reminding us that, from the outset, he has been clear that short-term pain is needed in order to secure long-term gain. He recently repeated this message in his speech to the Labour party conference, proclaiming: “Our path, the path of renewal, it’s long, it’s difficult, it requires decisions that are not cost-free or easy.”

The trouble with this politics of patience is that, funnily enough, many voters care a lot about how things go in the short term. And recent polling data suggests a failure to make improvements in the near term could drive Labour supporters to other parties at the next election – especially those voters who focus more on the short term.

Some admittedly important immediate improvements have been delivered since Labour came to power in 2024. These include public sector pay rises and overall wage growth. But without more meaningful change, including on measures that could make a big difference on living standards, rather than “short-term pain, long-term gain”, what some people might think they are really getting is “all pain, no gain”.

Tackling child poverty is a case in point: a promised strategy from the government did not appear in its first year in office, despite the urgency of the problem.

Polling data I recently collected with my colleagues Philip Cowley and Karl Pike, as part of our ongoing research into short- and long-term policymaking, reveals that the patience this government expects from the British public might be incurring a major electoral cost. Those of its 2024 voters who focus more on the short term in their political thinking are more likely to intend to vote for a different party at the next election.

We tested whether people were short-termists or long-termists by explicitly asking whether they focused on the short or long term when they voted. We also tested this more implicitly by asking a series of other less direct questions about what psychologists call “future orientation”.

We found slightly over a third of Labour voters were more short-termist than long-termist. And the more focused on the short term our participants said they were, the more likely they were to indicate they would vote for a different party in the next election, not vote at all or are not sure how they will vote – that is, do anything other than vote for Labour again next time around.

This ranged from those with the most short-term views having around a 75% chance of saying they would abandon Labour, to those who saw themselves as the most long-termist having a 43% chance.

Self-declared short and long-term thinkers:

A chart showing that self-declared short-term thinkers are more likely to turn away from Labour in the next election
Representative sample of 1997 UK respondents, including 895 who voted Labour in 2024, collected via Prolific 18-25 August 2025.
M Barnfield/P Cowley/K Pike, CC BY-ND

Similar results were in evidence for the implicit measures. According to our model, of the most short-termist, Labour are losing around 83%. Of the most long-termist, they are losing just 35%. In each case, the differences are so great that we can be sure the overall effect is not purely down to chance.

All these probabilities (and margins of error) come from statistical models where we account for people’s age, gender, ethnicity and left-right political views, ruling those other factors out as explanations of what we find.

Implicitly measured short and long-term thinkers

A chart showing that short-term thinkers are more likely to turn away from Labour in the next election
Representative sample of 1997 UK respondents, including 895 who voted Labour in 2024, collected via Prolific 18-25 August 2025.
M Barnfield/P Cowley/K Pike, CC BY-ND

We also asked respondents whether they think the UK is heading in the right or wrong direction. In line with polling in recent years, a huge 70% of our sample says the country is (still) heading in the wrong direction. Only 15% said it is heading in the right direction.

But we found that those voters who focus more on the short term are much more likely than long-termist people to think the country is heading in the wrong direction. A shortage of short-term wins makes it hard to see how the country can be on the right track.

What’s more, of Labour’s 2024 voters, those who think the UK is heading in the wrong direction have about a 74% chance of switching to another party in 2029. But only around 28% of 2024 Labour voters who think the country is heading in the right direction intend to vote for a different party.

The government is right that meaningful change, or “fixing the foundations” of the country, does not happen overnight. But equally if change takes as long as Keir Starmer says, a year into his government it should soon be getting underway.

For the politics of patience to be persuasive, especially to the short-termist voters the party is losing at an alarming rate, a positive trajectory must become clear soon. Otherwise, Labour might not remain in power long enough to secure the gains it is promising in return for patience.

The government should not give up on its long-term missions, but seeing out its “decade of national renewal” by winning the next election will require more obvious short-term change, too.

The Conversation

Matthew Barnfield receives funding from the British Academy.

ref. Keir Starmer needs to give voters short-term gain to persuade them he can deliver long-term renewal – https://theconversation.com/keir-starmer-needs-to-give-voters-short-term-gain-to-persuade-them-he-can-deliver-long-term-renewal-267404

The Mona Lisa, a gold toilet and the now the Louvre’s royal jewels: a fascinating history of art heists

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Penelope Jackson, Adjunct Research Associate, School of Social Work and Arts, Charles Sturt University

The world’s largest art museum, the Louvre has approximately half a million objects in its collection, with about 30,000 on display, and sees on average 8 million visitors per year. That’s big on any scale, with a lot of people and objects to keep watch over. And Sundays are particularly busy.

In a cleverly conceived operation, four men wearing fluorescent vests pulled up at the Louvre in a flat-decked truck at 9.30 Sunday morning. Quickly setting to work, they raised an extendable ladder to the second storey. Climbing it, they cut through a window, entered the Galerie d’Apollon and, brandishing power tools, helped themselves to nine exquisite objects.

The objects taken were France’s royal jewels, formerly belonging to the Empress Eugénie, Napoleon III’s wife and arts patron.

This is where it gets tricky for the thieves: what can you do with these priceless objects? They can’t wear them – too big and glitzy to go unnoticed – and they can’t sell them legitimately, as images are all over the internet.

The jewels.
Jewels of Empress Eugénie photographed in 2020. The diadem, left, and diamond bow brooch, right, have been stolen. The crown, centre, was stolen but has been recovered.
Stephanie de Sakutin/AFP via Getty Images

The best-case scenario, from the thieves’ perspective, is to break them down, melt the precious metals and sell the gems separately.

Empress Eugenie’s crown, which the perpetrators took and subsequently dropped as they fled the scene on motor scooters, contains eight gold eagles, 1,354 brilliant-cut diamonds, 1,136 rose-cut diamonds and 56 emeralds. In short, this amounts to a sizeable stash of individual gems to try and sell.

Timing is everything

For the Louvre, any heist is a major blow. It calls into question their security, both electronic and human. Five security staff were nearby who acted to protect visitors and the alarms did ring, but the entire heist was completed within seven minutes.

Timing is crucial with heists.

A gold toilet.
America, a fully functioning toilet made of 18-karat solid gold, on display here at the Guggenheim in 2017.
MossAlbatross/Wikimedia Commons, CC BY-SA

In 2019, an 18-karat gold toilet titled America (2016), from the artist Maurizio Cattelan, was stolen from Blenheim Palace, England. It was taken in five and a half minutes. It weighed 98 kilograms and was fully functioning. In other words, the two men who took it (and were later caught and served prison sentences for their crimes) worked quickly and efficiently. At the time of the theft, as gold bullion it was estimated to be valued at A$6 million.

Van Gogh’s painting The Parsonage Garden at Neunen in Spring (1884) was stolen from the Singer Laren Museum, in the Netherlands, during their 2020 COVID closure. It was recovered in late 2023 after an investigation by Dutch art detective Arthur Brand.

The 2017 theft of two Gottfried Lindauer paintings from Auckland’s International Art Centre took just a few minutes to complete. The thieves ram-raided the front window of the auction house where the paintings, valued at NZ$1 million, were displayed. The portraits were recovered five years later through an intermediary, with only minor damage.

Recovering the stolen

The National Gallery of Victoria’s Picasso painting Weeping Woman (1937) was famously taken by the Australian Cultural Terrorists in 1986 – but only noticed as missing two days later.

Recovered just over two weeks later, the painting was left for the gallery staff to collect in a locker at Spencer Street railway station. The motivation behind the theft was to highlight the lack of financial support given to Victorian artists, but the true identity of the thieves remains a mystery.

In 1986, 26 paintings of religious subjects were stolen from the gallery at the Benedictine Monastery at New Norcia, Western Australia.

The thieves were poor planners: they hadn’t factored in that three men and the stash of paintings couldn’t fit into a Ford Falcon. The paintings were cut from their frames, ostensibly butchered. One was completely destroyed. The thieves were caught and charged.

Where to next for the thief?

Recovery of objects from heists is low. It’s impossible to put a number on but some say art recoveries globally are possibly as low as 10%.

Paintings are more difficult to sell on – you can’t change their physical appearance to the point of not being recognised.

However, with objects such as the gold toilet or jewels, the precious materials and gems can be repurposed. Time will tell if the Napoleonic jewels will be recovered.

Never say never. The Mona Lisa (1503), undoubtedly the main attraction at the Louvre, was stolen in 1911 and recovered two years later. The thief, Vincenzo Peruggia, was an Italian handyman working at the Louvre and was caught trying to sell it.

Men stand with the Mona Lisa.
The ceremony for the return to France of the Mona Lisa, Rome, 1913.
Mondadori via Getty Images

This latest heist at the Louvre highlights the vulnerability of objects in public collections. The irony being they’re often gifted to such institutions for safekeeping.

Those who guard objects are usually paid a minimum wage and yet they are tasked with a huge responsibility. When budget cuts are made, it’s often security staff that are reduced – such as the Art Gallery of New South Wales’ announcement just last week.

The thieves on Sunday knew what they were after and why. We aren’t privy to their motivation. We know the stolen jewels are part of France’s history and are irreplaceable. Their theft denies visitors of experiencing them individually for their beauty and craftsmanship, as well as collectively within the context of France’s history.

But part of me can’t help thinking how the French were partial to helping themselves to artworks and precious objects belonging to others. So perhaps this could be a case of déjà vu.


Penelope Jackson’s Unseen: Art and Crime in Australia (Monash University Publishing) will be published in December 2025.

The Conversation

Penelope Jackson does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. The Mona Lisa, a gold toilet and the now the Louvre’s royal jewels: a fascinating history of art heists – https://theconversation.com/the-mona-lisa-a-gold-toilet-and-the-now-the-louvres-royal-jewels-a-fascinating-history-of-art-heists-267849

Afrique de l’Ouest : l’effondrement du système de surveillance commerciale met en péril la sécurité alimentaire

Source: The Conversation – in French – By Olivier Walther, Associate Professor in Geography, University of Florida

Il y a dix ans, les pays d’Afrique de l’Ouest ont mis en place un mécanisme unique de surveillance commerciale. Son objectif était de suivre le commerce intra-régional des produits agricoles et du bétail dans la région. Mais le système a été arrêté en 2022 en raison du manque de financement de la part des organisations régionales.

Ce mécanisme fournissait aux pays d’Afrique de l’Ouest des données provenant de plus de 320 marchés et de 10 corridors, permettant ainsi de suivre non seulement les tendances commerciales, mais aussi le bétail et les zoonoses.

L’absence de données commerciales actualisées a de nombreuses répercussions. Des données détaillées sur le commerce intra-régional sont essentielles pour aider à évaluer l’impact des chocs externes qui peuvent affecter de manière significative la sécurité alimentaire et le développement économique. Il s’agit notamment des crises politiques, des phénomènes météorologiques extrêmes, de la dévaluation monétaire ou des épidémies.

Des données fiables sont également essentielles pour cartographier les réseaux commerciaux. Elles renforcent les systèmes d’information sur les marchés et les dispositifs de surveillance sanitaire. Ceux-ci dépendent étroitement de la circulation des biens, des personnes, du bétail et des capitaux dans la région.

À partir des données collectées par le Comité permanent inter-États de lutte contre la sécheresse dans le Sahel entre 2013 et 2017, des chercheurs ont montré l’importance de prendre en compte la structure sociale, la géographie et l’évolution des réseaux commerciaux dans le temps.

Ces éléments sont essentiels pour améliorer les systèmes d’information sur les marchés et la surveillance des maladies, qui dépendent tous deux fortement de la circulation des biens, des personnes, du bétail et des capitaux dans la région.

Les chercheurs ont conclu que les organismes régionaux devraient soutenir la reprise de la collecte de données commerciales. Ils devraient également favoriser le dialogue avec les offices nationaux de statistique et d’autres institutions nationales qui ont de l’expérience dans la collecte de données sur le commerce alimentaire régional informel afin d’élaborer une approche statistique régionale cohérente.

Une base de données unique sur l’économie régionale

En Afrique de l’Ouest, le commerce des produits agricoles et du bétail s’effectue dans des corridors bien établis. Les animaux, par exemple, circulent du Sahel vers les grands centres urbains de la côte atlantique et du golfe de Guinée.

Notre analyse des données commerciales suggère que les marchés frontaliers jouent un rôle clé dans le commerce du bétail et qu’une grande partie des mouvements sont transfrontaliers.

Cette forte mobilité facilite la propagation des maladies animales et [zoonotiques][https://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1155/2023/1880493]. Il s’agit notamment de la fièvre de la vallée du Rift, de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo, de la fièvre aphteuse et de la peste des petits ruminants. Fin septembre 2025, par exemple, une nouvelle épidémie de fièvre de la vallée du Rift a été observée en Mauritanie et au Sénégal. Ces deux pays d’Afrique de l’Ouest
sont étroitement liés par les échanges de bétail.

La nature transnationale du commerce en Afrique de l’Ouest a conduit à la création d’une base de données régionale par le Comité permanent inter-États de lutte contre la sécheresse dans le Sahel en 2013. Les données collectées sur plus de 320 marchés et le long de 10 corridors, de la Guinée et du Sénégal à l’ouest au Nigeria à l’est, étaient uniques sur le continent africain.

Ces données étaient particulièrement adaptées à l’analyse des denrées alimentaires et du bétail produits localement au niveau régional. En effet, elles intégraient à la fois le commerce formel et informel, deux types de commerce très répandus dans toute la région. Nos travaux récents estiment que les activités informelles pourraient atteindre 85 % du commerce total, soit 10 milliards de dollars américains. Ce chiffre est six fois plus élevé que celui présenté dans les statistiques officielles.

Combler le déficit statistique

L’expérience de ces dernières années et la nature transnationale des flux commerciaux suggèrent une mesure clé. Il s’agit de confier la collecte des données à des institutions régionales plutôt qu’à des donateurs bilatéraux.

Au départ, les données ont été collectées dans le cadre du Comité permanent inter-États de lutte contre la sécheresse dans le Sahel du Programme régional d’appui à l’accès aux marchés. Celui-ci a été développé afin d’augmenter le volume et la valeur des échanges commerciaux au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest et de l’ Union économique et monétaire ouest-africaine .

De 2017 à 2019, l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) a financé la création de la base de données via son Bureau régional agriculture pour l’Afrique de l’Ouest. Les données ont finalement été intégrées à la base de données sur le commerce transfrontalier informel de la CEDEAO. Celle-ci a été développée afin de surveiller le commerce transfrontalier informel dans la région en 2019.

Le programme de l’USAID a pris fin en 2019. Par la suite, la collecte de données a été transférée au projet « Agriculture familiale, marchés régionaux et corridors commerciaux transfrontaliers au Sahel ». Lancé en 2020, ce projet avait pour objectif de développer un moyen durable et autofinancé de collecter des données fiables sur le commerce agricole et alimentaire en Afrique de l’Ouest.

Le financement de ces activités a été assuré par le Fonds international de développement agricole (FIDA). Il a été géré localement par l’Association ouest-africaine pour le commerce transfrontalier des produits agroforestiers, pastoraux et halieutiques, basée au Togo.

Cette initiative, qui couvrait 17 pays, a malheureusement pris fin en 2022 (produits agricoles) et 2024 (bétail).

La cessation de ce financement a eu des effets désastreux. Elle a profondément affecté la capacité des chercheurs à mesurer l’impact des changements structurels et politiques qui touchent la région. Par exemple, il est toujours impossible de mesurer dans quelle mesure la fermeture de certaines frontières à la suite des coups d’État successifs au Mali, au Burkina Faso et au Niger ces dernières années a affecté les réseaux commerciaux reliant le Sahel au golfe de Guinée.

De meilleures données pour surveiller le commerce et les maladies animales

Il faut un système permanent pour collecter des données. Ce système doit être soutenu par des associations locales. Ces informations sont indispensables et renforceront l’économie et la santé dans la région.

Le Code sanitaire de l’Organisation mondiale de la santé animale le recommande : il faut centraliser les données sur les déplacements du bétail. C’est la première étape à suivre. C’est la meilleure méthode pour empêcher la propagation transnationale des maladies entre les pays.

Une collecte de données précise, rapide et centralisée pourrait aider à identifier les éventuels foyers et à reconstituer les schémas de transmission. Elle permettrait également de mettre au point des mesures de contrôle et des systèmes d’alerte afin de protéger les zones non touchées.

Au-delà de la santé animale, ces données commerciales sont aussi très utiles. Elles aident à créer des politiques qui préparent l’économie aux changements climatiques et à l’instabilité politique.

Mieux connaître le commerce informel a un autre avantage. Cela peut aider à obtenir des financements pour lutter contre le changement climatique. En montrant son importance réelle, on prouve que cette partie de l’économie mérite d’être soutenue.

Par exemple, dans l’un de nos derniers rapports, nous estimons que les exportations régionales de bétail du Mali, du Niger et du Burkina Faso devraient avoisiner le milliard de dollars américains si l’on tient compte du commerce non déclaré, contre 80 millions de dollars américains selon les statistiques officielles.

La rédaction de cet article s’est appuyée sur les travaux de :
. Brahima Cissé, qui coordonne le programme des marchés régionaux à la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest au Togo ;
. Dr Alban Masaparisi, économiste spécialisé dans la transformation des systèmes alimentaires et la politique agricole au Club Sahel et Afrique de l’Ouest de l’OCDE, en France ;
. M. Koffi Zougbede, économiste travaillant sur les systèmes alimentaires au Club Sahel et Afrique de l’Ouest de l’OCDE, en France.

The Conversation

Olivier Walther bénéficie d’un financement de l’OCDE.

Andrea Apolloni and Lacey Harris-Coble do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Afrique de l’Ouest : l’effondrement du système de surveillance commerciale met en péril la sécurité alimentaire – https://theconversation.com/afrique-de-louest-leffondrement-du-systeme-de-surveillance-commerciale-met-en-peril-la-securite-alimentaire-267456

La démocratie ivoirienne promise à une nouvelle défaite dans les urnes

Source: The Conversation – in French – By Sebastian van Baalen, Associate Senior Lecturer, Uppsala University

La démocratie ivoirienne s’apprête à subir un nouveau revers lors du scrutin présidentiel du 25 octobre. Le président sortant, Alassane Ouattara, brigue un quatrième mandat et, ses deux principaux adversaires – Laurent Gbagbo, Tidjane Thiam et Pascal Affi N’Guessanayant été écartés de la course, sa victoire ne fait aucun doute. Pourtant, alors que les observateurs et les militants prodémocratie alertent depuis longtemps sur la dérive autoritaire du pays, la France, l’Union européenne et la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) gardent un silence assourdissant, laissant la démocratie mourir dans les urnes.

Nous sommes des chercheurs spécialisés dans les dynamiques de violence électorale et de violence post-conflit, avec un accent particulier sur la Côte d’Ivoire. Pour nous, bien avant le jour du vote, l’élection présidentielle de 2025 en Côte d’Ivoire constitue déjà une défaite pour les principes démocratiques. Nous en expliquons ici les raisons.

Capture constitutionnelle

Alassane Ouattara a déjà remporté trois scrutins présidentiels. Le premier, en 2010, a été entaché de violences électorales massives et d’une reprise du conflit armé qui a fait plus de 1 500 morts. Apparu en 2002, le conflit ivoirien avait fait près de 10 000 morts mais était en sommeil depuis un accord de paix de 2007. Le second, en 2015, s’est appuyé sur une large coalition qui s’est ensuite disloquée. Le troisième, en 2020, s’est soldé par un boycott violent de la part de l’opposition.

Les accusations de « capture constitutionnelle » se sont depuis multipliées et, fait rare, l’opposition pourtant fragmentée fait bloc pour dénoncer la candidature du président à un quatrième mandat.

En août dernier, Alassane Ouattara a officialisé sa candidature à un nouveau mandat de cinq ans. Comme en 2020, l’opposition a aussitôt condamné cette décision, tandis que la communauté internationale s’est montrée remarquablement silencieuse. Le camp présidentiel soutient que la révision constitutionnelle de 2016 aurait « remis les compteurs à zéro » et lui permettrait donc de briguer un second mandat sous le régime de la nouvelle Constitution.

Ses adversaires affirment au contraire que la limite est d’un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois, et que les troisième et quatrième candidatures de Ouattara constituent un coup de force constitutionnel, phénomène bien connu sur le continent.

Quelle que soit l’interprétation juridique, cette nouvelle candidature représente un recul majeur pour la démocratie, porté par un dirigeant qui, déjà avant le scrutin de 2020, affirmait que la politique ivoirienne avait besoin d’un profond renouvellement générationnel.

Un terrain biaisé

Au-delà du principe de limitation à deux mandats, l’élection de 2025 mine la démocratie ivoirienne parce qu’elle se joue sur un terrain largement biaisé en faveur du pouvoir en place. En septembre, le Conseil constitutionnel a invalidé les candidatures des deux principaux opposants, Tidjane Thiam et Pascal Affi N’Guessan, pour des raisons techniques. Tidjane Thiam, nouveau chef du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) – le plus ancien parti du pays – était perçu comme le seul capable d’inquiéter le président sortant. Il a été écarté au motif que la renonciation à sa nationalité française aurait été finalisée trop tard.

Quant à Affi N’Guessan, héritier du Front populaire ivoirien (FPI) de Laurent Gbagbo après l’inculpation de ce dernier à la Cour pénale internationale, il a été disqualifié au motif qu’il n’aurait pas réuni le nombre de parrainages requis. Qu’il s’agisse d’une négligence de leur part ou d’un verrouillage bureaucratique orchestré par le pouvoir importe peu : l’absence des deux principaux candidats jette une ombre inquiétante sur le scrutin de 2025.

Dans un climat politique déjà polarisé, marqué par des rumeurs de corruption et la contestation des pratiques controversées d’Alassane Ouattara, une telle compétition tronquée ne fait qu’approfondir les fractures entre le pouvoir et l’opposition, et accentuer la désillusion des électeurs. Cette polarisation et ce désenchantement risquent d’engendrer de nouvelles violences, menace récurrente dans un pays où les élections sont souvent entachées d’affrontements.

Pour parachever ce tournant autoritaire, le Conseil national de sécurité a interdit les rassemblements publics, invoquant des raisons de sécurité. Les autorités cherchent manifestement à prévenir un scénario similaire à celui de 2020, lorsque l’opposition avait appelé à la « désobéissance civile ». Des affrontements entre manifestants, forces de l’ordre et communautés rivales avaient alors fait au moins 83 morts et plus de 600 blessés. Cependant, interdire les manifestations peut facilement produire l’effet inverse, et l’opposition appelle déjà à manifester chaque jour pendant la courte campagne électorale.

Le silence de la communauté internationale

Malgré cette triple atteinte à la démocratie, la réaction internationale reste au mieux timide. Alassane Ouattara demeure le chouchou des partenaires étrangers, notamment la France et l’Union européenne. Depuis son arrivée au pouvoir, il a présidé à une croissance économique record sur le continent, lancé d’importants projets d’infrastructures, et mené la Côte d’Ivoire à une victoire inattendue lors de la Coupe d’Afrique des Nations à domicile, en 2024. Sa popularité auprès des dirigeants européens s’est encore renforcée à mesure que l’influence française s’effondrait dans ses anciennes colonies.

Ouattara est désormais l’un des rares chefs d’État ouest-africains à maintenir des relations diplomatiques avec Paris « comme si de rien n’était ». Craignant d’attiser un nouveau vent d’hostilité anti-française, Paris reste muet face au démantèlement progressif de la démocratie ivoirienne. L’Union européenne, quant à elle, lui emboîte le pas, ne sachant toujours pas définir une politique régionale indépendante du leadership implicite de la France.

Ironiquement, le silence de la France et l’Union européenne face à la dérive autoritaire de Ouattara sapent leur propre crédibilité. Les accusations de double standard et d’hypocrisie quant aux principes démocratiques nourrissent précisément la rhétorique anti-française de dirigeants comme le capitaine Ibrahim Traoré, à la tête du Burkina Faso. En se taisant face à la lente agonie de la démocratie ivoirienne, les dirigeants occidentaux affaiblissent encore leur position en Afrique de l’Ouest.




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La Cedeao dans l’impasse

La Cedeao se trouve quant à elle dans une impasse pareille, en se taisant face aux tendances autocrates du président ivoirien et de son gouvernement. Toujours ébranlée par le retrait de trois États sahéliens dirigés par des juntes militaires, l’organisation régionale compte désormais sur la Côte d’Ivoire et le Nigeria pour préserver sa légitimité. Dans ce contexte, il est peu probable qu’elle prenne une position ferme sur la candidature de Ouattara ou sur les irrégularités électorales.

À l’approche du scrutin, de nombreuses zones d’ombre subsistent. Des coalitions se forment entre les candidats encore en lice, tandis que certains exclus s’allient pour créer un « front commun » réclamant leur réintégration et appelant à descendre dans la rue. Les manifestations s’intensifient : plus de 200 personnes ont été arrêtées, le 11 octobre, lors d’un rassemblement pacifique à Abidjan.

Si la contestation populaire n’a pas réussi à faire fléchir le pouvoir en 2020, les exemples récents de Madagascar et du Kenya montrent que les régimes qui ignorent la soif populaire de changement le font à leurs risques et périls.

Quelles que soient les péripéties des dernières semaines de campagne, la démocratie a déjà subi un revers majeur en Côte d’Ivoire. Avec une quatrième victoire de Ouattara annoncée, la question la plus pressante n’est sans doute pas le résultat du vote d’octobre, mais les séquelles durables qu’il laissera sur la vie politique du pays.

À plus long terme, le président sortant, l’opposition et la communauté internationale partagent la responsabilité de préparer une transition pacifique et constitutionnelle vers l’ère post-Ouattara – dans l’espoir que la démocratie ivoirienne puisse se relever et qu’une nouvelle génération des politiciens puisse diriger de manière pacifique et non polarisante.

The Conversation

Sebastian van Baalen receives funding from the Swedish Research Council (grant VR2020-00914, VR2020-03936, and VR2024-00989. He is a member of the Conflict Research Society steering council, a not-for-profit academic organization.

Jesper Bjarnesen receives funding from the Swedish Research Council (grant VR2024-00989).

ref. La démocratie ivoirienne promise à une nouvelle défaite dans les urnes – https://theconversation.com/la-democratie-ivoirienne-promise-a-une-nouvelle-defaite-dans-les-urnes-267695

Should humans colonise space? We asked 5 experts

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Kirsten Banks, Lecturer, School of Science, Computing and Engineering Technologies, Swinburne University of Technology

SpaceX Crew-2 flight in 2021. SpaceX, CC BY-NC

For roughly 4.5 billion years, the Moon has kept Earth company. In the much shorter span of time that humans have been around, we’ve admired the great silver beacon in the night sky.

The Moon may soon also serve as our launchpad to celestial bodies farther afield in the Solar System. Major space players including the United States, Russia and China all have plans to establish bases on the Moon’s dusty surface within the next ten years. And one of the goals of NASA’s Artemis Moon mission is to enable humans to one day travel to Mars.

Tech billionaire and SpaceX head Elon Musk is even more bullish. “SpaceX will colonise Mars”, he said last year. Musk believes this could happen by 2055 – and would be just the beginning of humans becoming a multi-planetary species in order to save ourselves from future annihilation.

Not everyone agrees this is possible. But it raises a more fundamental question: should humans colonise space?

We asked five experts – four of whom said no. It’s not just a question of whether humans try to live in space, but also about how we do it. Here are their detailed answers.

The Conversation

Alice Gorman receives funding from the Australian Research Council. She is also co-vice chair of the Global Expert Group on Sustainable Lunar Activities and a fellow of the Outer Space Institute.

Art Cotterell, Ben Bramble, Kirsten Banks, and Sara Webb do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Should humans colonise space? We asked 5 experts – https://theconversation.com/should-humans-colonise-space-we-asked-5-experts-267436

Quand l’IA tue la littérature

Source: The Conversation – in French – By Stéphanie Parmentier, Chargée d’enseignement à Aix-Marseille Université (amU), docteure qualifiée en littérature française et en SIC et professeure documentaliste. Chercheuse rattachée à l’IMSIC et au CIELAM, Aix-Marseille Université (AMU)

Les textes générés par l’IA ne laissent pas les lecteurs indifférents. Pexels, CC BY

Qui aurait pensé qu’un jour les intelligences artificielles génératives rédigeraient, corrigeraient et seraient publiées ? Que vaut une littérature née sous IA ? Que devient notre imaginaire sous leur influence ? Et quels bouleversements sont à prévoir dans le monde de la littérature dans les années, ou les mois, à venir ?

Dans son essai Quand l’IA tue la littérature (PUF, 2025), Stéphanie Parmentier examine la place qu’occupent dans le domaine littéraire ces nouvelles marchandes de prose que sont les IA. Extraits.


Lorsqu’il écrit un manuscrit, un auteur cherche très rarement à le conserver uniquement pour lui-même. Dans son for intérieur, sans toujours oser se l’avouer, il espère que la qualité de ses récits captivera des lecteurs toujours plus nombreux.

Dans le circuit du livre, ce sont en effet ces derniers qui dictent l’espérance de vie d’une création littéraire, malgré le rôle majeur que jouent les éditeurs, les distributeurs ou encore les libraires dans la valorisation d’une publication. Les avis des lecteurs et leur comportement d’achat vont souvent contribuer à asseoir la carrière d’un auteur et la longévité d’un livre. Loin d’être de simples acheteurs passifs, les lecteurs possèdent un pouvoir de prescription, qui ne cesse de s’étendre jusqu’à s’imposer au monde des éditeurs.

Les nouveaux supports de communication apportent des repères inédits et redéfinissent les accès à la notoriété. Un lecteur n’a plus besoin d’adresser un courrier à un éditeur pour exprimer sa satisfaction ou sa déception après avoir lu un livre, il peut partager instantanément ses émotions et ses analyses auprès de milliers d’autres lecteurs en toute simplicité.

Depuis les années 2000, les supports permettant de donner son avis sur une publication n’ont cessé de se diversifier. L’apparition des blogs de lecteurs, des espaces de ventes de livres en ligne comme ceux de la Fnac ou d’Amazon, mais aussi des sites de partage de lectures de type Babelio ou Gleeph, sans oublier les réseaux sociaux, offre à de nombreux lecteurs la possibilité de mettre en avant leur coup de cœur, tout en exprimant leurs avis sur leur lecture ou en leur attribuant une note de satisfaction.

« Des personnes passionnées du livre et de la lecture ont investi sans retenue le net et les réseaux sociaux créant une nouvelle “sociabilité littéraire”. […] Pour elles, écrire, lire, et conseiller tout en communiquant sur ces pratiques, pourtant personnelles, sont devenus des comportements courants au point de faire naître de véritables prescripteurs littéraires. », peut-on lire dans les Cahiers du numérique en 2022.

Qu’il s’agisse des BookTubeurs, Bookstagrameurs ou BookTokeurs, ces nouveaux acteurs, appelés communément « influenceurs littéraires », avec leurs vidéos toujours plus animées pour exprimer leurs coups de cœur, occupent une place importante et inédite dans le processus de promotion d’une parution. À l’ère numérique, le pouvoir des lecteurs n’a en effet jamais été aussi grand. Ils peuvent découvrir, partager et promouvoir des œuvres, comme l’explique Chris Anderson dans la Longue Traîne, en soulignant tout le potentiel des consommateurs : « Ne sous-estimez jamais la puissance d’un million d’amateurs qui ont les clés de l’usine. »

Un équilibre constructif et bénéfique s’est établi entre les nouvelles technologies numériques et les plaisirs du lectorat. L’introduction d’IA dans la production littéraire risque pourtant de compromettre l’appréciation des lecteurs confrontée aux interférences d’algorithmes. Face à l’immixtion d’IA dans plusieurs champs littéraires, le lectorat ne semble pas encore réagir. Que pensent les lecteurs des livres nés sous IA ? Vont-ils les défendre ou au contraire, les dévaloriser ? Pour le moment, il n’y a pas encore de réactions d’adhésion ou, au contraire, de désapprobation.

La réception de textes générés par l’IA ne laisse pas pour autant les lecteurs indifférents ; elle induit des réserves et une perception plutôt sceptique. Les personnes attachées aux valeurs fondamentales de la littérature semblent les plus attentives. Redoutant les textes produits par des IA, certains lecteurs n’hésitent pas à exprimer leur crainte, notamment sur le réseau social Reddit :

« Pour moi, le problème principal est qu’en tant que lecteur, c’est que je ne veux pas lire quelque chose qui provient d’un ordinateur. Les livres sont un moyen de se connecter aux autres. Vous pouvez vous connecter à la vision du monde d’un auteur et voir comment son expérience se chevauche avec la vôtre. Il y a une sorte d’humanité partagée dans la lecture de fiction, un sentiment de compréhension et d’être compris. Appelez-moi romantique, mais je pense que c’est une grande partie de la raison pour laquelle nous lisons. Ce n’est pas seulement pour tuer le temps. Ça ne marche pas s’il n’y a pas de personne derrière les mots. »

Quand l’utilisation des IA n’est pas mentionnée dès la page de couverture, les lecteurs sont souvent désabusés en découvrant l’implication des robots génératifs au fil de leur lecture. Sur le réseau Babelio consacré à la littérature, un lecteur, malgré ses doutes, témoigne de la stupeur éprouvée en lisant la bande dessinée Mathis ou la forêt des possibles de Jiri Benovsky évoquée plus haut et dont les illustrations relèvent de l’IA :

« L’histoire commence donc et au bout de quatre ou cinq pages, je trouve qu’il y a quelque chose qui cloche, malgré la beauté époustouflante des images, je ne ressens pas la vie dans cette histoire, les personnages semblent figés, comme s’ils posaient pour la photo, une impression morbide, les textes sont dans des phylactères formatés, presque toujours la même longueur, le rythme est raide et plat. […] À la dernière page, je me suis dit : “c’est joli”. Ce n’est pas un compliment, généralement, j’utilise ce mot péjorativement. À la fin, on y trouve une postface, et sa lecture me laisse sur le cul ! […] Je découvre, avec cette postface, que cette bande dessinée a été réalisée à l’aide d’une intelligence artificielle ! »

Ces deux exemples ne sont pas isolés. Le malaise exprimé est commun à beaucoup d’autres lecteurs, devenus méfiants à l’égard de nouvelles publications dont l’identité de l’auteur n’est pas connue.

« Comment faire l’effort de lire un tel ouvrage [Internes] quand on ne sait pas quelle est l’origine du discours et ce qu’on lit ? », interroge l’auteur expérimental Grégory Chatonsky en évoquant son livre Internes. Soupçonneux à l’égard des créations littéraires qu’ils ont sous les yeux, les lecteurs tendent à modifier leur comportement. Auparavant, ils lisaient un texte écrit et validé par un esprit humain, avec l’ambition d’en savourer toute l’originalité, en toute confiance. Les lecteurs les plus avisés ont tendance à se métamorphoser en « lecteurs-scan » à la recherche de la moindre trace d’IA « fake text », car, si les robots conversationnels demeurent en général inapparents, leur patte, en revanche, est perceptible.

La perte de repère qu’entraînent les IA déstabilise la lecture et peut engendrer une certaine inquiétude chez les lecteurs, comme l’explique la chercheuse Erika Fülüop :

« Cette perte d’orientation peut donner au lecteur l’expérience d’une “inquiétante étrangeté” : les textes semblent “humains”, mais on sent un petit décalage difficile à saisir. »

Il est difficile de dire quelle attitude doivent adopter les lecteurs devant des textes « IA-géniques ». Leur faut-il systématiquement les rejeter au risque de passer à côté d’une littérature expérimentale capable d’enrichir le domaine littéraire ? Pour certains, il faut accepter ces textes malgré leur structure inhabituelle. Selon Grégory Chatonsky :

« Dans ce contexte, c’est la possibilité même d’un contrat de lecture qui est déconstruit. […] La seule façon de lire ce roman [Internes] est peut-être de suspendre la croyance en un contrat de lecture : lire sans préalable, sans attente, sans horizon. J’aimerais y entendre l’impossible des possibles. Cela est beaucoup plus difficile qu’il n’y paraît. »

En dépit de l’atmosphère déstabilisante dans laquelle se trouvent les lecteurs, certains d’entre eux affirment apprécier les textes relevant des IA. Des lecteurs écrivent des avis positifs à propos de livres générés par des IA, notamment celui de Raphaël Doan, coécrit avec une IA, intitulé Si Rome n’avait pas chuté. Sur le site Babelio mais aussi sur Amazon, plusieurs lecteurs s’enthousiasment à propos de ce roman d’anticipation, comme, Jean J. :

« Au-delà des illustrations par IA, le texte est surprenant. […] L’IA (et le coauteur humain peut-être) propose une idée radicalement neuve : une révolution industrielle qui aurait pu être plausible. Elle se débarrasse froidement des “sciences humaines” et attaque directement dans le dur. Et ça fonctionne ! »

Devant le doute que soulève l’immixtion de l’IA dans l’écriture, des chercheurs de l’université de Pittsburg ont mené une étude dont les résultats ont été publiés dans Scientific Report. Leur démarche visait à évaluer la capacité des lecteurs à distinguer des poèmes écrits par des humains de ceux générés par ChatGPT 3.5. Selon les conclusions tirées, il n’est pas simple pour les lecteurs de discerner ce qui relève d’une production humaine ou d’une création artificielle :

« Contrairement à ce qu’indiquaient des études antérieures, les gens semblent aujourd’hui incapables de distinguer de manière fiable la poésie générée par l’IA […] de la poésie écrite par l’homme et rédigée par des poètes bien connus. »

Plus surprenant, les chercheurs révèlent un phénomène inattendu, puisqu’une partie des participants préfèrent les poèmes générés par l’IA à ceux créés par des esprits humains. Pour expliquer un tel résultat, les rapporteurs de l’étude supposent que ce ne sont pas les qualités littéraires des textes générés par le robot génératif qui sont appréciées par les lecteurs mais leur facilité de lecture :

« Les gens évaluent mieux les poèmes générés par l’IA […] en partie parce qu’ils les trouvent plus simples. Dans notre étude, les poèmes générés par l’IA sont généralement plus accessibles que les poèmes écrits par des humains. »

Pour l’heure, à défaut de données précises, des nuances et des réserves s’imposent.

L’opinion n’est pas unanime, mais il serait prématuré de parler de fragmentation entre lecteurs et textes dopés à l’IA, du moins aussi longtemps que le phénomène « IA-génique » reste contenu. Sur le fond, il y a matière à rester optimiste, car il appartient aux lecteurs, sans oublier les éditeurs, de réguler la pénétration de ce type de publication dans le monde du livre. Jusqu’à présent, comme l’indique l’auteur Mark Dawson, cité par la journaliste Marine Protais :

« Si un livre reçoit de mauvaises critiques parce que l’écriture est ennuyeuse, il va rapidement sombrer. »

Mais elle ajoute :

« Enfin… Sauf si d’autres bots se mettent à noter positivement les livres de leurs collègues – hypothèse moins absurde que ce qu’on pourrait croire. »


Quand l’IA tue la littérature, Stéphanie Parmentier, Presses universitaires de France, hors collection, paru le 8 octobre 2025.

The Conversation

Stéphanie Parmentier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Quand l’IA tue la littérature – https://theconversation.com/quand-lia-tue-la-litterature-267361

« L’Automobile de Bécassine » : quand la bande dessinée prend le volant

Source: The Conversation – in French – By Sophie Renault, Professeur des Universités en Sciences de Gestion et du Management, Université d’Orléans

© Hachette/ Gautier-Languereau, 1927, Fourni par l’auteur

Il y a presque cent ans, l’automobile faisait tellement rêver que les aventures de Bécassine y consacraient un album. Que disait cette fascination pour la voiture ? Au-delà, quelle place l’automobile occupe-t-elle dans la bande dessinée ?


Les salons automobiles sont depuis plus d’un siècle les vitrines du progrès technique et des rêves de mobilité. Mais bien avant les véhicules électriques, connectés et autonomes, une figure inattendue avait déjà pris place au volant : Bécassine.

Dans l’album intitulé l’Automobile de Bécassine (1927), la célèbre domestique bretonne conduit une Excelsior, marque belge prestigieuse aujourd’hui disparue. De cette façon, les auteurs, Caumery et Pinchon, offrent un témoignage singulier de la fascination de cette époque pour l’automobile et de l’inscription de ce symbole de modernité au cœur des représentations sociales.

Une héroïne populaire face à la modernité

Née en 1905 dans la Semaine de Suzette, Bécassine est une héroïne comique, souvent caricaturée pour ses maladresses et son langage naïf. Or, ses aventures la placent sans cesse face aux innovations techniques de son temps. Elle découvre le gaz, le téléphone, l’aviation… autant de signes d’un monde en transformation. Pendant la Grande Guerre, la série la montre mobilisée, symbole de l’élargissement du rôle des femmes et de leur engagement durant le conflit.




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Le 6 janvier 1927, c’est l’automobile qui est au cœur de la nouvelle aventure de la célèbre Bretonne. La France des années 1920, marquée par les « Années folles », associe la voiture à la vitesse, au luxe et à la distinction sociale. Voir Bécassine, figure d’origine modeste, entrer dans une salle d’exposition Excelsior et s’installer dans un véhicule prestigieux crée un contraste à la fois comique et révélateur. D’un côté, la naïveté de l’héroïne amuse ; de l’autre, le lecteur est invité à partager son émerveillement.

Un beau joujou

La voiture est alors perçue comme un « beau joujou », pour reprendre les termes de l’album, un objet de rêve encore réservé à une élite. Cette dimension sociale est renforcée par la situation de la marquise de Grand-Air, maîtresse de Bécassine, contrainte par des difficultés financières de se séparer de sa propre automobile et de son chauffeur.

Le beau joujou
Le beau joujou.
Hachette/Gautier-Languereau, 1927, Fourni par l’auteur

L’accès de Bécassine à la voiture passe alors par un détour inattendu : elle remporte le gros lot d’un concours organisé par la Société des confitures Dilecta, fondé sur un lâcher de ballons. Le procédé renvoie aux jeux concours promotionnels des années 1920. En remportant l’automobile (une Torpedo 10 CV de couleur jaune), Bécassine en devient la conductrice et rend ainsi de nouveau possible à sa maîtresse l’usage de la voiture.

Cette bande dessinée a aussi une portée symbolique. Tandis que les femmes n’obtiendront le droit de vote en France qu’en 1944, elles ont eu accès très tôt à la conduite automobile. En 1898, la duchesse d’Uzès est d’ailleurs la première femme à obtenir le certificat de capacité (l’équivalent de l’actuel permis de conduire) et devient dans la foulée la première conductrice verbalisée pour excès de vitesse à… 15 km/h.

Mais dans les faits, la conduite restait dominée par les hommes et les femmes au volant demeuraient rares. En représentant Bécassine conductrice, l’album projette une image d’émancipation féminine.

Quand la bande dessinée flirte avec la publicité

Ce qui frappe dans l’Automobile de Bécassine, c’est la mention explicite d’une marque réelle : Excelsior, constructeur belge, actif de 1903 à 1929. Était-ce de la publicité déguisée ou plus précisément une forme de « placement produit » ? Rien ne permet a priori de l’affirmer. Ce que l’on peut dire, en revanche, c’est que le recours à une marque connue confère au récit une vraisemblance accrue. Il semble a minima s’agir ici d’une forme de réalisme référentiel permettant de donner à une fiction une texture de vérité en s’appuyant sur des objets, des marques et/ou des lieux existants.

Dans le cas de la poupée Bleuette, également mentionnée dans l’album, la dimension commerciale est, cette fois, explicite. Il faut savoir que Bleuette est commercialisée par l’éditeur Gautier-Languereau et vendue aux lectrices de la Semaine de Suzette. Sa présence relève donc d’une véritable stratégie de promotion croisée : la bande dessinée valorise un objet que les enfants pouvaient se voir offrir et la référence à la poupée, en retour, prolonge l’univers de Bécassine dans le quotidien de ses jeunes lectrices.

La poupée Bleuette.
Hachette/Gautier-Languereau, 1927, Fourni par l’auteur

De l’Excelsior à la Fiat 509 : l’automobile, héroïne (et anti-héroïne) de la bédé

Revenons à l’automobile : d’autres grandes séries lui ont très vite accordé une place de choix, en l’intégrant comme accessoire narratif, symbole ou même moteur de l’action. Hergé peuple Tintin de voitures inspirées de modèles réels : on trouve par exemple la Ford T dans Tintin au Congo (1931) ou bien encore la Lincoln Torpedo dans les Cigares du pharaon (1934). La présence de ces véhicules traduit l’esprit d’aventure et l’ancrage contemporain des albums de Tintin. Plus tard, dans l’album intitulé la Corne de rhinocéros (1955), Spirou et Fantasio ont le privilège de découvrir la Turbotraction, bolide au design futuriste, incarnant l’enthousiasme technologique de l’après-guerre.

Avec Michel Vaillant, Jean Graton franchit un cap : l’automobile n’est plus un accessoire, mais l’objet central du récit, donnant lieu à un univers entier de courses et de compétitions. Dans une veine plus populaire, -Bibi Fricotin_ illustre cette appropriation enthousiaste. En particulier, l’album Bibi Fricotin, as du volant (1960) montre combien la voiture devient un espace d’aventure, reflet de sa démocratisation croissante.

À côté de ces représentations héroïques, la bédé a également proposé des incursions comiques. Dans Tintin, la mythique 2 CV des Dupond et Dupont devient elle-même source de burlesque, ses déboires mécaniques faisant écho aux bévues de ses propriétaires. Franquin, avec Gaston Lagaffe, tourne également le mythe automobile en dérision : la vieille Fiat 509 rafistolée et polluante devient l’anti-bolide par excellence, dénonçant par l’absurde la civilisation automobile. Ironie de l’histoire, Fiat rendra hommage à Lagaffe en publiant en 1977 un album promotionnel intitulé « La fantastica FIAT 509 di Gaston Lagaffe », preuve, s’il en fallait, que même la satire peut être récupérée par le marketing.

La Fiat 509 de Gaston Lagaffe sur la place verte de Charleroi.
Wikimediacommons

De l’Excelsior luxueuse de Bécassine à la guimbarde comique de Gaston, en passant par les bolides de Tintin et de Spirou, la bande dessinée met en scène toutes les facettes de notre rapport à la voiture : fascination, appropriation, démocratisation et critique.

L’automobile, d’hier à aujourd’hui : entre innovation et récit

Aujourd’hui, les salons consacrés à l’automobile mettent en avant les enjeux de transition vers l’électrique, les mobilités partagées et connectées. Les aventures de Bécassine rappellent que, dès son apparition, l’automobile a été bien plus qu’un outil de transport : elle a été un objet culturel et symbolique.

France 3 Bretagne, 2025.

L’Excelsior fascinait comme un bijou mécanique ; les concept-cars ou Tesla d’aujourd’hui suscitent une curiosité semblable. Ce parallèle souligne une constante : l’innovation ne se diffuse jamais seule, elle doit être racontée, mise en scène, appropriée. Depuis ses débuts, l’automobile s’accompagne d’un imaginaire qui dépasse la seule prouesse technique.

Raconter, c’est donner à la voiture une histoire, un usage, une promesse : celle de la vitesse, de la liberté ou du confort. Mettre en scène, c’est lui offrir un cadre visible (un salon automobile, une publicité, une bande dessinée) qui transforme la machine en spectacle, en expérience esthétique et sociale. Enfin, s’approprier, c’est permettre à chacun de relier cet objet à sa propre existence, à ses rêves ou à ses valeurs.

Comme les automobiles d’exposition d’aujourd’hui, l’Excelsior de Bécassine ne relevait pas seulement du progrès mécanique : elle participait d’un imaginaire collectif, d’une mise en récit de la modernité où la technique devient le miroir de son époque.

The Conversation

Sophie Renault ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. « L’Automobile de Bécassine » : quand la bande dessinée prend le volant – https://theconversation.com/lautomobile-de-becassine-quand-la-bande-dessinee-prend-le-volant-266840

Ce que les données numériques disent de nous et du monde

Source: The Conversation – in French – By Emmanuel Didier, Sociologue, directeur de recherche CNRS, École normale supérieure (ENS) – PSL

Loin de permettre l’omniscience quant à la vie des individus, les données numériques n’offrent qu’un point de vue sur le social. Elles ressemblent en cela aux méthodes statistiques qui les ont précédées, et s’inscrivent dans une histoire longue de la collecte de connaissances sur les populations.


Les traces que nous laissons lorsque nous naviguons sur Internet – nos données numériques – disent beaucoup de nous. Nous avons même souvent l’impression que les spécialistes de la science des données, en les récupérant et en les assemblant, peuvent finir par tout savoir de nous. Cette prétention à l’omniscience de leur part peut être effrayante pour certains, ou au contraire fascinante pour d’autres.

Pourtant, la science des données n’offre qu’un point de vue sur le social, et comme tout point de vue, elle laisse aussi un grand nombre de choses hors champ. Mais alors, que dévoile la science des données ? Qu’est-ce qui lui échappe ?

Une bonne méthode pour répondre à cette question est de comparer la science des données à d’autres méthodes statistiques plus anciennes dont elle découle et qui, comme elle, donnaient en leur temps un point de vue sur la population. La définition et la comparaison de ces méthodes permet de définir ce que chacune voit, et ce qui lui échappe.

Construire l’État par le recensement

Le recensement de la population est vieux comme la Bible. Dès le livre des Nombres, Dieu commande à Moïse : « Faites le dénombrement de toute la communauté des fils d’Israël par clans, par familles, en comptant nommément tous les hommes, un par un. Tous ceux qui ont vingt ans et plus, ceux qui, en Israël, sont aptes à rejoindre l’armée, toi et Aaron, vous les recenserez par formations de combat. » (NB 1, 2-3). Le recensement sert ici à construire l’armée d’un collectif. Pour le dire de façon moins belliqueuse et plus contemporaine, il participe à la construction de la force de l’État.

L’usage purement militaire est devenu très vite aussi fiscal, le recensement servant à préparer l’impôt, qui n’est qu’un autre aspect de la force de l’État. La Bible donne également les éléments techniques minimaux de cette opération : pour connaître ses propres forces, l’État définit une communauté, et investit une entité spécifique (ici Moïse et Aaron ; aujourd’hui les instituts nationaux de statistique) de la tâche de compter, exhaustivement et sans répétition, les individus membres de cette communauté. Ainsi, le recensement permet de mesurer la force d’une nation, et de construire la souveraineté nationale.

Cela n’empêche pas certains acteurs de biaiser le décompte – à chaque méthode statistique sa forme de déviance. Les histoires de fermes et de fermiers tentant d’échapper au recensement (par crainte de l’impôt ou de la conscription) sont nombreuses ; de même l’entité qui décompte peut fictivement favoriser tel ou tel sous-ensemble contre un autre. Ainsi, le président américain Donald Trump a tenté lors de son premier mandat d’interdire de compter les étrangers en situation irrégulière lors du recensement de 2020. Ce biais statistique aurait renforcé les états républicains où les étrangers sont peu nombreux, et affaibli les états démocrates, où davantage d’entre eux sont présents, le nombre de représentants à la Chambre basse du Congrès américain dépendant du poids démographique d’un état donné. La Cour suprême avait fini par s’opposer à cette mesure.

La précision du recensement engendre par ailleurs une très grande lourdeur dans son organisation. Pour obtenir des données sur des évolutions rapides, comme celles des volumes de marchandises échangés annuellement sur un marché par exemple, il est ainsi complètement inopérant.

Les « correspondants volontaires », les yeux de l’État sur l’économie

Au XIXe siècle, la méthode des correspondants volontaires a été mise au point et utilisée dans le monde entier pour stabiliser les marchés, d’abord agricoles – ceux-ci étant à l’époque les plus importants. Cette méthode reposait sur le constat que les conditions concrètes des travailleurs engendraient ce que l’on appelle aujourd’hui une asymétrie d’information. En effet, le travail de production du paysan l’attache à sa ferme dans laquelle il passe le plus clair de son temps. Au contraire, l’acheteur de produits agricoles se déplace d’exploitation en exploitation pour récupérer les produits. De ce fait, le second se construit une vision bien plus générale de l’état de la production que le premier, qu’il peut mobiliser à son avantage dans les négociations avec les agriculteurs.

Pour que le marché soit plus équitable, il devient ainsi nécessaire de calculer une estimation objective des productions, les prix dépendant des volumes mis en vente. La plupart des États occidentaux ont pris sur eux depuis la fin du XIXe siècle de produire de telles données, qui participent d’une conception libérale de l’économie.

La méthode consistait à désigner des « correspondants volontaires », souvent des fermiers, répartis sur tout le territoire, qui menaient eux-mêmes des enquêtes locales sur la production auprès d’autres fermiers désireux de partager leurs données. Ces correspondants envoyaient leurs informations au gouvernement central, qui les agrégeaient et les rendaient publiques. L’exigence d’exhaustivité est ici remplacée par la bonne volonté des participants, qui ne sont pas représentatifs mais plutôt des « représentants » des autres agriculteurs, motivés à défendre les intérêts de leur profession à l’aide des informations partagées. Cette méthode permet à l’État de « voir » les marchés.

La déviance repose ici sur le fait que les participants sont incités à sous-déclarer leur production : cela tend en effet à faire augmenter les prix – un biais que doit nécessairement redresser l’État, qui agit alors en commissaire-priseur central, fixant les prix de référence.

Cette méthode a perdu son prestige lors de la grande dépression des années 1930. Les longues files de chômeurs, les fermes abandonnées, les suicides de banquiers montraient bien que la seule stabilisation des marchés était inefficace pour retrouver le bon fonctionnement de l’économie. La clairvoyance du New Deal aux États-Unis fut de comprendre qu’il fallait que l’État intervienne plus directement dans l’économie, en offrant du travail aux ouvriers et employés. L’objectif était d’empêcher que ceux-ci ne se laissent dépérir, tant économiquement que moralement, selon la conception du travail majoritaire à l’époque. Mais comment savoir quel projet lancer pour obtenir un impact maximal ?

Quand les sondages guident le bras de l’État

C’est pour répondre à cette question qu’ont été développés les sondages représentatifs. Cette méthode permet d’identifier rapidement et sur des territoires flexibles des corrélations entre ce que l’on appelle des « variables explicatives » et des « variables à expliquer ». Pour pouvoir collecter de l’information avec encore plus de souplesse, les statisticiens ont inventé le principe des échantillons représentatifs : de petite taille, ceux-ci « représentent » cependant en proportion la population entière, dans ses caractéristiques socio-économiques. L’exemple paradigmatique est celui de la mesure du chômage, qui aujourd’hui encore est effectuée de cette façon.

Ici, les individus étudiés dans l’échantillon ne sont pas pensés comme des agents actifs luttant pour se défendre, à l’image de ce qui pouvait se produire dans la méthode des « correspondants volontaires », mais comme des sujets passifs, subissant les forces adverses de la société et bénéficiant des politiques de l’État-providence. Ce que permettent de voir les sondages, ce sont ainsi les déterminants des problèmes socio-économiques – qui échappent aux deux méthodes précédentes.

Cette méthode peut également être pervertie par une déviance : vue à travers les sondages, la population est réduite à une masse susceptible d’être manipulée, ce que dénonçait le sociologue C. Wright Mills. Cette accusation est d’ailleurs toujours portée à l’encontre des sondages préélectoraux, supposés « orienter » le résultat du vote.

Les données numériques, un portrait fidèle des individus ?

Qu’en est-il des données numériques ? Que capturent-elles exactement ? Comme elles sont beaucoup plus récentes, il est plus difficile de l’identifier. Pourtant, on peut déjà lister ce qui leur échappe. Notons d’abord que ces données ne relèvent pas du champ de l’État, comme les précédentes méthodes, mais revêtent un caractère global, puisqu’elles dépassent aisément les frontières. Elles ne sont pas non plus exhaustives, au sens où l’on ne sait pas exactement qui intervient sur la toile et qui « s’abstient ».

On peut aller plus loin, en posant que les données numériques ne sont habituellement pas représentatives de quelque entité que ce soit puisqu’en général il n’y a ni sélection par tirage au sort des participants, ni entité commune dont ils feraient partie et qu’ils pourraient représenter. Les caractéristiques techniques des données numériques les rendent donc par essence incapables de rien voir exhaustivement, ni même de façon représentative.

Si l’on prend l’exemple des réseaux sociaux, certaines personnes peuvent avoir plusieurs comptes, d’autres être complètement absentes, tandis qu’une proportion des comptes ne représente pas des individus, mais des entreprises ou des administrations, par exemple. Lorsqu’on étudie des données numériques, on se trouve ainsi souvent devant de très grosses bases de données, sans savoir à quoi elles se rapportent exactement. Autrement dit, contrairement aux autres méthodes, on ne sait pas ce qu’on mesure avec ces données : elles constituent simplement une agglomération de points d’information sans « question » à laquelle on chercherait à répondre.

Les données numériques impliquent certes, comme dans le cas des correspondants volontaires, un certain degré d’engagement dans la production des données, puisqu’elles résultent de l’activité des utilisateurs. Mais ceux-ci ne souhaitent pas toujours que leurs données soient utilisées, et surtout pas contre leurs intérêts, comme ce fut le cas lors du scandale Cambridge Analytica où les données numériques ont été exploitées pour manipuler des électeurs.

Il n’y a enfin pas d’instance de contrôle de la véracité des déclarations individuelles sur les réseaux sociaux, comparable au rôle de l’administration publique dans les réseaux de correspondants volontaires ; ceci participe aux vagues de fake news auxquelles nous sommes maintenant tristement habitués.

Cela dit, comment synthétiser les caractéristiques de ce que les données permettent d’observer ? Certains chercheurs, comme le sociologue Dominique Boullier, affirment que les données numériques capturent tout ce qui se propage dans la société, comme les informations ou les rumeurs. D’autres, comme Christian Borch, insistent sur le fait que les données illustrent avant tout la tension entre le désir mimétique et le désir anti-mimétique des individus qui agissent sur les réseaux. Par cette opposition de deux désirs concurrents, le sociologue entend que chacun veut à la fois participer au grand flux des échanges numériques, donc en ce sens faire comme tout le monde, tout en se démarquant dans cette mer d’identités.

Ces deux auteurs ont en commun de retourner aux travaux fondateurs du sociologue du XIXᵉ siècle Gabriel Tarde, qui faisait de l’imitation le moteur de la société. Tarde ne tranchait cependant pas la question de savoir si cette « imitation » était une force autonome, opérant au-delà ou en deçà des individus, ou s’il s’agissait tout simplement d’une attitude humaine partagée. Une relecture comparative de cet auteur semble donc nécessaire pour mettre d’accord les deux conceptions opposées, mais sans doute réconciliables, de la part du réel que capturent les données numériques.

The Conversation

Emmanuel Didier a bénéficié d’une aide de l’État gérée par l’Agence Nationale de la Recherche au titre de France 2030 portant la référence ANR-22-PESN-0004

ref. Ce que les données numériques disent de nous et du monde – https://theconversation.com/ce-que-les-donnees-numeriques-disent-de-nous-et-du-monde-262574

10 effective things citizens can do to make change in addition to attending a protest

Source: The Conversation – USA – By Shelley Inglis, Senior Visiting Scholar with the Center for the Study of Genocide and Human Rights, Rutgers University

A crowd gathered for a “No Kings” protest on October 18, 2025 in Anchorage, Alaska. Hasan Akbas/Anadolu via Getty Images

What happens now?

That may well be the question being asked by “No Kings” protesters, who marched, rallied and danced all over the nation on Saturday, Oct. 18, 2025.

Pro-democracy groups had aimed to encourage large numbers of Americans to demonstrate that “together we are choosing democracy.” They were successful, with crowds turning out for demonstrations in thousands of cities and towns from Anchorage to Miami.

And while multiple GOP leaders had attacked the planned demonstrations, describing them as “hate America” rallies, political science scholars and national security experts agree that the current U.S. administration’s actions are indeed placing the world’s oldest continuous constitutional republic in jeopardy.

Once a democracy starts to erode, it can be difficult to reverse the trend. Only 42% of democracies affected by autocratization – a transformation in governance that erodes democratic safeguards – since 1994 have rebounded after a democratic breakdown, according to Swedish research institute V-Dem.

Often termed “democratic backsliding,” such periods involve government-led changes to rules and norms to weaken individual freedoms and undermine or eliminate checks on power exercised by independent institutions, both governmental and non-governmental.

Democracies that have suffered setbacks vary widely, from Hungary to Brazil. As a longterm practitioner of democracy-building overseas, I know that none of these countries rival the United States’ constitutional traditions, federalist system, economic wealth, military discipline, and vibrant independent media, academia and nonprofit organizations.

Even so, practices used globally to fight democratic backsliding or topple autocracies can be instructive.

In a nutshell: Nonviolent resistance is based on noncooperation with autocratic actions. It has proven more effective in toppling autocracies than violent, armed struggle.

But it requires more than street demonstrations.

One pro-democracy organization helps train people to use video to document abuses by government.

Tactics used by pro-democracy movements

So, what does it take for democracies to bounce back from periods of autocratic rule?

Broad-scale, coordinated mobilization of a sufficient percentage of the population against autocratic takeover and for a renewed democratic future is necessary for success.

That momentum can be challenging to generate. Would-be autocrats create environments of fear and powerlessness, using intimidation, overwhelming force or political and legal attacks, and other coercive tactics to force acquiescence and chill democratic pushback.

Autocrats can’t succeed alone. They rely on what scholars call “pillars of support” – a range of government institutions, security forces, business and other sectors in society to obey their will and even bolster their power grabs.

However, everyone in society has power to erode autocratic support in various ways. While individual efforts are important, collective action increases impact and mitigates the risks of reprisals for standing up to individuals or organizations.

Here are some of the tactics used by those movements across the world:

1. Refuse unlawful, corrupt demands

When enough individuals in critical roles and institutions – the military, civil servants, corporate leaders, state government and judges – refuse to implement autocratic orders, it can slow or even stop an autocratic takeover. In South Korea, parts of the civil service, legislature and military declined to support President Yoon Suk Yeol’s imposition of martial law in 2024, foiling his autocratic move.

2. Visibly bolster the rule of law

Where would-be autocrats disregard legal restraints and install their supporters in the highest courts, individual challenges to overreach, even if successful, can be insufficient. In Poland, legal challenges in courts combined with public education by the judiciary, lawyers’ associations initiatives and street protests like the “March of a Thousand Robes” in 2020 to signal widespread repudiation of the autocratic government’s attacks on the rule of law.

3. Unite in opposition

This year’s Nobel Peace Prize winner, Maria Corina Machado from Venezuela, is an example of how political parties and leaders who cooperate across differences can offer an alternative vision.

Novel candidates can undermine the ability of autocrats to sow division and demonize major opponents. However, coalitions can be difficult to form and sustain to win. Based on experiences overseas, historian Anne Applebaum, author of “Autocracy Inc.,” has called for a pro-democracy coalition in the U.S. that could unite independents, Libertarians, the Green Party, dissident Republicans and the Democratic Party.

4. Harness economic power

Everyday consumers can pressure wealthy elites and corporations that acquiesce to, or prop up, would-be autocrats through boycotts and other methods, like the “Tesla Takedown” in the U.S. that preceded a drop in Tesla share value and owner Elon Musk’s departure from his government role. General strikes, led by labor unions and professional associations, as in Sudan or Myanmar, can be particularly effective.

5. Preempt electoral manipulation

Voting autocrats out of office remains the best way to restore democracy, demonstrated recently by the u-turn in Brazil, where a pro-democracy candidate defeated the hard-right incumbent. But this requires strategic action to keep elections truly free and fair well in advance of election day.

6. Organize your community

As in campaigns in India starting in 2020 and Chile in 2019, participating in community or private conversation forums, local town halls or councils, and nonpartisan student, veterans, farmers, women’s and religious groups provides the space to share concerns, exchange ideas and create avenues to take action. Often starting with trusted networks, local initiatives can tap into broader statewide or national efforts to defend democracy.

7. Shape the story

Driving public opinion and communicating effectively is critical to pro-democracy efforts. Serbian students created one of the largest protest movements in decades starting in 2024 using creative resistance – artistic expression, such as visual mediums, satire and social media – to expose an autocrat’s weaknesses, reduce fear and hopelessness and build collective symbolism and resilience.

8. Build bridges and democratic alternatives

Bringing together people across ideological and other divides can increase understanding and counter political polarization, particularly when religious leaders are involved. Even in autocratic countries like Turkey or during wartime as in Ukraine, deepening democratic practices at state and local levels, like citizen assemblies and the use of technologies that improve the quality of public decision-making, can demonstrate ways to govern differently.

Parallel institutions, such as schools and tax systems operating outside the formal repressive system, like during Slobodan Milosevic’s decade-long crackdown in Kosovo, have sustained non-cooperation and shaped a future vision.

9. Document abuses, protect people, reinforce truth

With today’s technologies, every citizen can record repressive incidents, track corruption and archive historical evidence such as preserving proof of slavery at danger of being removed in public museums in the U.S., or collecting documentation of human rights violations in Syria. This can also entail bearing witness, including by accompanying those most targeted with abusive government tactics. These techniques can bolster the survival of independent and evidence-based media, science and collective memory.

10. Mitigate risk, learn and innovate

The success rate of nonviolent civil resistance is declining while repressive tactics by autocrats are evolving. Democracy defenders are forced to rapidly adjust, consistently train, prepare for diverse scenarios, try new techniques and strategically support each other.

International solidarity from global institutions, like European Union support for democrats in Belarus or Georgia, or online movements, like the Milk Tea Alliance across Southeast Asia, can bolster efforts.

Democracy’s future?

The end of American democracy is not a foregone conclusion, despite the unprecedented rate of its decline. It will depend, in part, on the choices made by every American.

With autocracies outnumbering democracies for the first time in 20 years, and only 12% of the world’s population now living in a liberal democracy, the future of the global democratic experiment may well depend on the people of the United States.

The Conversation

Until July 1, 2025, Shelley Inglis served as a Senior Policy Advisor in the Bureau for Democracy, Human Rights and Governance of the United States Agency for International Development (USAID).

ref. 10 effective things citizens can do to make change in addition to attending a protest – https://theconversation.com/10-effective-things-citizens-can-do-to-make-change-in-addition-to-attending-a-protest-266432