La solitude des étudiants décrocheurs : quelques mois de formation et déjà face à l’échec

Source: The Conversation – France (in French) – By Sandra Gaviria, Professeure de sociologie, Université Le Havre Normandie

Le début des études supérieures n’est pas seulement un cap vers l’autonomie, cela peut être aussi une période de vulnérabilité, surtout lorsque les jeunes découvrent que les choix d’orientation faits en terminale ne correspondent pas à leurs attentes réelles. Se réorienter reste une épreuve, pour eux comme pour leurs familles. Explications.


Trois ans après leur première inscription en licence en 2020-2021, seuls 55 % des bacheliers sont encore en licence. Autrement dit, près d’un jeune sur deux connaît, à un moment de son cursus, une interruption, un réajustement de parcours ou une situation d’échec. Durant cette période, les sentiments éprouvés comme les solutions envisagées tendent à s’individualiser : chacun affronte seul ses doutes, ses inquiétudes et la recherche de voies possibles pour rebondir.

Au bout de quelques mois, les désillusions émergent, la solitude dans le logement ou dans l’établissement peut devenir pesante. Chaque année, en fin de premier semestre, « les décrocheurs », ces étudiants qui découvrent que la formation obtenue via Parcoursup ne correspond pas à leurs attentes ou qui ne se sentent pas bien dans leur vie étudiante, refont surface. Les notes, les partiels et les premiers bilans les obligent à se rendre à l’évidence.

Les établissements mettent en place de nouvelles initiatives pour essayer d’y remédier. Plusieurs travaux ont montré que ce phénomène ne peut être réduit à un simple échec scolaire, d’autres facteurs étant en jeu. En effet, il s’agit d’un phénomène souvent multicausal, où plusieurs éléments se conjuguent au cours de ces premiers mois d’études.

Des démarches de réorientation complexes

Pour une partie de ces jeunes femmes et de ces jeunes hommes commence alors la longue et souvent complexe démarche de réorientation. D’autres entrent dans une période d’attente indéterminée, sans véritable projet, dans l’espoir diffus de trouver leur voie, leur place ou simplement une direction. Cela s’accompagne du sentiment de « ne servir à rien », l’impression de ne pas avoir une place dans ce monde. Marie, 20 ans, explique son ressenti après trois mois passés à Sciences Po :

« J’ai eu tout le temps de me rendre compte que les cours ne m’intéressaient pas autant que ce que je pensais et, en plus, qu’il n’y avait pas la vie étudiante ou les associations à côté pour compenser. En janvier, j’ai décidé d’arrêter les cours à Sciences Po et, à ce moment-là, ce n’était pas très marrant. C’était, je pense, un début de dépression, où j’avais l’impression que rien n’avait de sens, ni les études ni la société. »

Pour certains jeunes, ces doutes s’ajoutent à des contextes personnels déjà fragiles, marqués par des problèmes familiaux, des difficultés matérielles, des histoires personnelles difficiles ou un mal-être antérieur qui empêche d’avancer dans les études. C’est aussi le moment où des fragilités du passé peuvent refaire surface. Carine, inscrite en sciences du langage, aujourd’hui infirmière, l’explique :

« Alors, moi, j’avais demandé les écoles d’infirmière dès la fin du bac, sauf que j’étais sur liste d’attente, et je ne me voyais pas faire autre chose que ça… J’avais une inscription à l’université, sauf que moi, je suis dyslexique et dysorthographique, du coup, je savais que j’allais décrocher tout de suite… Enfin, après, ça dépend des endroits, mais je savais qu’il y aurait eu trop de monde et que ça n’allait pas le faire au niveau de mon apprentissage. »

Le difficile repérage des jeunes en difficulté

Si le phénomène du décrochage est visible et comptabilisé statistiquement, les solutions restent encore limitées pour ces jeunes qui sortent du cadre des études après seulement quelques mois. Lorsqu’ils abandonnent leurs études supérieures, les parcours deviennent difficilement lisibles. Certains s’engagent dans un service civique, d’autres se retrouvent dans la catégorie des « NEET » (« not in employment education or training », « ni en emploi, ni en formation, ni en études »).

Cette répartition entre différentes catégories statistiques ne permet pas un réel suivi des trajectoires. Le repérage de ces jeunes reste difficile, en particulier lorsqu’ils ne sollicitent aucun dispositif d’accompagnement public. Certains peuvent se réorienter, mais devront « rattraper » le travail du premier semestre au second semestre. Les dispositifs sont souvent complexes à mobiliser, peu visibles, ou trop tardifs pour répondre à cette période de vide existentiel et de sentiment d’échec.




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À l’incertitude vécue par les étudiants s’en ajoute une autre, plus silencieuse, qui touche leurs parents. Après une année de terminale éprouvante, marquée par la pression du bac – où leurs enfants avaient eu le sentiment de « jouer leur vie » à chaque épreuve, les choix imposés par Parcoursup et la crainte de l’échec, ils se retrouvent face à leurs enfants en souffrance, qui doutent de leur vie et d’eux-mêmes.

Commence un temps où chacun tente de savoir s’il faut encourager la poursuite des études, accompagner un changement de filière ou financer (pour ceux qui le peuvent) une année dans l’attente d’un nouveau projet.

Des différences de ressources sociales

Les enquêtes soulignent la diversité des trajectoires de ces jeunes et mettent en évidence le rôle du milieu social dans la probabilité de décrocher ou, au contraire, de poursuivre des études supérieures. Les ressources familiales, les histoires personnelles et la capacité à se projeter dans l’avenir façonnent des parcours profondément différents.

Il y a une individualisation dans la recherche des solutions. Pour ceux qui sont dotés de ressources économiques et culturelles suffisantes, des alternatives sont envisagées : une prépa privée, une école hors Parcoursup. Trouver la bonne option devient un parcours assez solitaire, où les ressources relationnelles et économiques sont mobilisées pour commencer la chasse aux informations. Ainsi, ces jeunes accompagnés par leurs familles concoctent des recettes variées où interviennent de multiples professionnels, tels que psys, coachs en orientation…

Pour les autres, issus de milieux moins bien dotés, la situation est plus difficile. Les jeunes risquent de se retrouver sans solution claire, oscillant entre petits boulots précaires (le temps de trouver ce qu’ils veulent faire), longues périodes d’attente et, pour une minorité, l’accompagnement des structures du service public.

Un manque de lisibilité des dispositifs

Nous observons la difficulté de tous les parents face à l’impossibilité pour leurs enfants de réaliser leurs projets. Certains n’ont pas les compétences ni les moyens pour les accompagner, d’autres pas d’idées ou de connaissance des dispositifs. Les jeunes, de leur côté, ont aussi des souffrances communes telles que se sentir « en dehors du tapis roulant », à l’arrêt dans la course collective et étant en « retard » par rapport aux autres.

L’analyse de l’abandon après ces premiers mois dans l’enseignement supérieur met en lumière le manque de lisibilité des dispositifs d’accompagnement des jeunes qui n’ont pas trouvé leur voie ou n’ont pas pu accéder à leurs vœux. Pour une partie d’entre eux, cette période restera celle d’un simple ajustement. Pour d’autres, elle marque la première rupture d’un parcours plus long et irrégulier. Cette période entraîne, parfois, une accentuation de leurs dépendances – alcool, drogues, jeux vidéo – et de l’incertitude sur le long terme.

Le début des études supérieures n’est pas seulement le début de l’autonomie, mais aussi un temps de vulnérabilité sous-estimé. Le sentiment d’échec face aux études cristallise l’ensemble des insécurités des jeunes et les plonge dans l’impression d’être seuls face au monde. Ils ont le sentiment que les autres avancent tandis qu’eux restent à l’arrêt, sans possibilité de se projeter, uniquement traversés par des questions : qu’est-ce que j’aime ? Qu’est-ce que je peux faire ? Comment puis-je réussir ?

The Conversation

Sandra Gaviria ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La solitude des étudiants décrocheurs : quelques mois de formation et déjà face à l’échec – https://theconversation.com/la-solitude-des-etudiants-decrocheurs-quelques-mois-de-formation-et-deja-face-a-lechec-271871

Les performances RSE des entreprises françaises nourries par la recherche de résilience

Source: The Conversation – France (in French) – By Hugues Poissonnier, Professeur d’économie et de management, Directeur de la Recherche de l’IRIMA, Membre de la Chaire Mindfulness, Bien-Etre au travail et Paix Economique, Grenoble École de Management (GEM)

Les pratiques en matière de responsabilité sociétale des entreprises françaises progressent. En particulier, les efforts en direction des fournisseurs. Les plus critiques trouveront qu’au regard de l’urgence des objectifs, cela va trop lentement. Les plus optimistes noteront que les choses bougent dans le bon sens.


Publiée en octobre 2025, la sixième édition de l’étude réalisée par le médiateur des entreprises et la plateforme de notation Ecovadis, intégrant en plus de la photographie habituelle une analyse dynamique fondée sur cinq années de données (2020-2024), témoigne pour l’essentiel de la poursuite des tendances observées à l’occasion des éditions précédentes (tous les deux ans depuis 2015).

Concernant la France, l’échantillon utilisé pour l’étude était constitué de toutes les entreprises françaises de 25 salariés et plus, évaluées par EcoVadis. Soit pour cette nouvelle édition : 9 372 entreprises françaises étudiées sur cinq ans, dont 5 576 avec une évaluation RSE en 2024. Au-delà de la taille de l’échantillon, constituant l’un des principaux atouts de l’étude, la méthodologie, validée depuis une dizaine d’années, repose sur des analyses statistiques poussées permettant de faire émerger des enseignements clairs et précis sur plusieurs dimensions (nationalités et tailles d’entreprises, axes principaux de la RSE…).

De réels progrès

Un certain nombre de progrès sont ainsi clairement identifiés sur chacune des grandes dimensions appréhendées par l’étude, tant au niveau international que dans le cas précis des entreprises françaises : environnement, social et droits humains, éthique, et achats responsables. Des disparités sont bien sûr observées entre pays et grands ensembles (OCDE, BICS…).

Si les fameux « Nordics » (Finlande, Suède, Norvège, Danemark et Islande), dont les performances remarquables avaient justifié la création d’une catégorie particulière lors de la précédente étude, sont toujours bien classés et assez largement en avance par rapport aux autres pays (avec un score moyen de 60,2 à comparer à ceux de l’Union européenne, de l’OCDE et des BICS (groupe Brésil, Inde, Chine et Afrique du Sud), respectivement de 57,8, 55,8 et 46,1), les grandes économies que sont la Chine et les États-Unis obtiennent, à travers leurs entreprises, des performances demeurant modestes, avec des scores respectivement de 45,2 et 50,1.




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Le score des entreprises françaises apparaît, à la lumière des résultats présentés ci-dessus, une nouvelle fois particulièrement remarquable, s’établissant à 60,4, en hausse de 2,8 points par rapport à 2022. Avec ce score, la France se hisse à la troisième place du classement par pays, derrière la Finlande et la Suède, mais devant la Norvège.

Des progrès plus ou moins marqués selon les grandes dimensions de la RSE

Bien sûr, le rythme des progrès réalisés n’est pas le même sur chaque dimension. Un focus sur les performances des entreprises françaises permet notamment de mesurer une progression de 3,7 points depuis 2022 sur la dimension « environnement » (pour un score de 62,0), permettant à la France de prendre la quatrième place du classement sur cette dimension. Avec son score de 63,5 (et une progression de 2,9 points) sur la dimension « social et droits humains », la France conserve, grâce aux politiques et pratiques mises en œuvre par ses entreprises, la deuxième place sur cet axe. Avec un score de 50,8 et une progression de 2,7 points par rapport à 2022, nos entreprises offrent à la France la troisième place du classement sur l’axe « achats responsables ». Enfin, l’« éthique » reste le domaine sur lequel le classement est le moins favorable à la France avec une sixième place obtenue grâce à une note de 54,6 (et une progression de 0,9 point).

Au-delà de ces classements globaux, les performances enregistrées par tailles d’entreprises fournissent d’intéressants constats. Les PME et ETI françaises (25-999 salariés) « surperforment » par rapport aux grandes entreprises, mais aussi par rapport aux progressions de leurs pairs dans d’autres pays (avec une première place atteinte à la fois sur l’axe social et des droits humains et sur l’axe des achats responsables). Ceci témoigne de la diffusion d’une culture RSE dans toute l’économie et non dans les seules grandes entreprises ayant sans doute davantage de moyens à y consacrer.

Les PME premières pour les achats responsables

Sur le score thématique brut, les performances mesurées en matière d’achats responsables des entreprises françaises demeurent en retrait par rapport aux autres dimensions évaluées (avec un score global de 50,8 en progrès de 2,7 points depuis 2022 sur cet axe). Les progrès sont ici massivement le fait des grandes entreprises (gain de 7,3 points pour un score de 58,3), même si les PME et ETI, avec des scores moindres, obtiennent la première place mondiale sur cette catégorie de taille. Ces chiffres témoignent du rôle des achats en tant que « nouvelle frontière », au sens américain du terme, comme nous l’évoquions en janvier 2022 sur le Cercle les Échos.

La véritable montée en maturité en matière de RSE passe désormais principalement par cet axe essentiel consistant à étendre les bonnes pratiques à toute la chaîne de fournisseurs. Il est particulièrement intéressant de noter l’engagement des entreprises françaises en matière de réalisation et de mobilisation d’une cartographie des risques RSE liés aux achats (l’une des dix actions considérées comme essentielles pour un programme d’achats responsables performant). Ainsi, 54 % des grandes entreprises françaises disposaient en 2024 d’une cartographie des risques, contre seulement 47 % des entreprises de même taille dans l’UE, 38 % dans l’OCDE et 20 % chez les BICS.

Ceci témoigne clairement d’une vision très « défensive », alimentée par la volonté de se prémunir, plus qu’ailleurs, des risques en tout genre (géopolitiques, économiques, financiers…) auxquels nos entreprises sont désormais exposées.

Dynamique de progrès

Bien qu’il soit toujours possible de regretter une trop grande lenteur face à l’importance des enjeux, la dynamique de progrès, observée depuis la première étude de 2015, demeure réelle.

Si, sur la période considérée, les valeurs des dirigeants ont peu évolué, le renforcement des contraintes légales (devoir de vigilance, CSRD, CS3D…) a incontestablement joué un rôle très important dans les progrès accomplis par les entreprises françaises sur les quatre grandes dimensions, et, en particulier sur l’axe achats responsables.

Au-delà, ce sont sans doute les intérêts économiques bien compris qui ont le plus contribué aux progrès. De plus en plus, les dirigeants et décideurs sont conscients de la pertinence économique et financière de la RSE et des achats responsables. Il n’existe, en effet, bien souvent pas d’investissement aussi rentable, à long comme à plus court terme, que ceux qui consistent à mieux se comporter, de façon générale, vis-à-vis des parties prenantes au sens large. Ceci est particulièrement vrai en période de crise, et a fortiori face aux difficultés posées par la polycrise et, a fortiori, par la permacrise.

BPI, 2025.

La recherche de résilience requiert la possibilité de s’appuyer sur un écosystème économique robuste et des relations de qualité avec clients, fournisseurs et concurrents, des relations renforcées par les efforts accomplis en matière de RSE. Cet enseignement rejoint d’ailleurs les conclusions de la troisième édition du Baromètre achats responsables « RSE : la parole aux fournisseurs ! », récemment publiée par l’Observatoire de la responsabilité sociétale des entreprises (ORSE), PwC et Bpifrance. Ce dernier met ainsi en lumière plusieurs constats clés, dont l’attente forte de collaboration des fournisseurs qui aspirent à faire évoluer la relation client-fournisseur vers un véritable partenariat durable.

Dans ce contexte, il est particulièrement intéressant de constater que les difficultés diverses rencontrées ces dernières années par nos entreprises, loin de décourager leurs efforts en matière de RSE, les incitent plutôt à persévérer. L’effet de mode est clairement dépassé et les motivations assumées, même si le chemin reste long et les progrès potentiels importants.

The Conversation

Hugues Poissonnier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les performances RSE des entreprises françaises nourries par la recherche de résilience – https://theconversation.com/les-performances-rse-des-entreprises-francaises-nourries-par-la-recherche-de-resilience-272948

Violences au travail : de multiples formes pour un même fléau

Source: The Conversation – France (in French) – By Régis Martineau, Phd. en Management, ICN Business School

Il existe plusieurs formes de violence dans les organisations. Nous distinguons les formes « chaudes » des « froides ». Volodymyr Tverdokhlib/Shutterstock

À quoi pensez-vous spontanément quand vous entendez parler de violences au travail ? La question mérite d’être posée, tant les manifestations de ce phénomène sont nombreuses et parfois invisibles. Pour lutter contre toutes les formes de violence, mieux vaut être armé pour les reconnaître. Tentative de classification de ces dernières.


Le retentissant procès France Telecom ou le non moins remarqué scandale Orpea nous ont rappelé que la souffrance au travail peut prendre des formes étonnamment violentes, et qu’elle peut frapper tout le monde (les salariés, les managers et jusqu’aux clients eux-mêmes, comme dans le cas Orpea).

Plutôt que le nier ou le minimiser, il faut donc clarifier ce phénomène de violence au travail, pour peut-être savoir mieux l’éviter. Cette violence au travail, qui est souvent réduite au seul harcèlement moral, prend des formes très variées.

Il faut tout d’abord distinguer la violence chaude de la violence froide. La première est plus visible et manifeste, elle est celle qui frappe avec soudaineté et fracas – coups, insultes, rejets, etc. La seconde, plus insidieuse, est celle qui blesse progressivement sans que l’on s’en rende vraiment compte.




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Violences physiques

La première forme de violence, sans doute la plus ancienne, est la violence physique. Dans nos organisations modernes occidentales, elle a certes quasiment disparu, mais elle existe toujours dans certaines usines qui fournissent des multinationales, à l’instar de celles révélées par le scandale Foxconn au Bangladesh ou des logistiques transnationales qui pratiquent l’esclavage moderne. Pour autant, on aurait tort de croire que la violence physique s’arrête aux portes de l’Occident.

Le scandale Orpea a révélé que le système de réduction drastique des coûts aboutissait assez directement à des maltraitances physiques sur les résidents : sanglage sur les lits, soins insuffisants, dénutrition, etc. On note aussi que, parfois, l’usage de la force existe encore dans certaines « institutions totales », comme les prisons ou les camps de réfugiés.

Quand la quête de performance vire au harcèlement

Mais la violence chaude prend le plus souvent une forme plus psychologique, avec le harcèlement moral. Sous sa forme chaude, le harcèlement moral prend la forme d’humiliations, d’agressions verbales, de vexations, ou encore d’intimidations. Cette forme est de plus en plus condamnée par la loi (articles L1152-1 à L1152-6 du Code du travail).

Il faut cependant noter qu’elle est, malgré tout, parfois encore considérée comme « productive » et motivante dans certaines cultures organisationnelles en quête d’excellence (conservatoires de musique élitistes, comme le montre le film Whiplash), dans la haute cuisine, ou encore dans le mannequinat.

Enfin, on peut aussi voir se déployer, dans certaines situations de crise ou d’urgence, ce que l’on peut appeler une violence symbolique chaude. Elle arrive, par exemple, lors de restructurations et de changements imposés de manière descendante et brutale. Ces moments de crise sont vécus de manière particulièrement violente par des individus qui se voient dépossédés soudainement de leur identité métier, de leur culture, de leurs liens sociaux, de leurs routines, et de leur espace de travail. Ce fut le cas à France Telecom, dont les membres durent subir des changements rapides (plan Next, plan Time to Move) et des licenciements massifs (objectif de départ de 22 000 personnes) pour sauver l’entreprise d’un péril financier.

Ces formes chaudes frappent avec soudaineté et sont visibles et manifestes, et donc sans doute plus facilement condamnables par la loi. Mais il n’est pas certain qu’elles causent davantage de souffrances que les formes froides de violences, plus insidieuses et invisibles.

Les formes froides de violence au travail

On ne pense pas toujours, tout d’abord, à la violence physique froide, qui pourtant affecte directement les corps. Ici, je fais référence aux dommages corporels causés par la manière dont le travail est organisé – pénibilité, accidents du travail, cadences excessives, etc. Bien sûr, on pense au taylorisme, système dont l’essence même est d’asservir les corps aux cadences de la machine.

Là encore, on aurait tort de penser que celle-ci n’existe plus que dans les Temps modernes, révolus, de Charlie Chaplin. Il y a toujours des métiers par nature pénibles – éboueurs, aides à domicile, etc. –, et il existe toujours des cadences élevées dans certaines activités. Par exemple, des cas de chauffeurs-livreurs managés par des applications incités à enfreindre la prudence sur la route ont été révélés.

Harcèlement insidieux

Le harcèlement moral prend aussi une forme froide. C’est une violence psychologique, plus insidieuse, dont les victimes n’ont pas toujours conscience. Cela regroupe un ensemble de « techniques » variées, mais qui se ressemblent finalement assez : la placardisation, la mise en bulle, l’emprise, en passant par la stigmatisation de certaines catégories de personnes (les « boulets », les « bois morts » ou dead woods en anglais…).

Indirectement, il y a aussi le déni de violence, qui consiste à nier ou à minimiser la violence ressentie par un salarié (cas des caissières, des infirmières ou des agents d’accueil insuffisamment soutenus face à des clients violents).

France TV, 2025.

La violence de l’euphémisme

Enfin, la violence symbolique froide est la plus invisible et insidieuse. Elle est causée par une forme de rhétorique managériale qui tend à euphémiser ou à nier la réalité organisationnelle, souvent conflictuelle. Elle adopte un langage managérial qui se présente comme la seule alternative possible face à la concurrence et aux marchés.

Il y a aussi, dans un autre registre, les outils de gestion, qui, sous couvert de neutralité et de rationalité, masquent des idéologies et des cadres coercitifs, auxquels les individus sont sommés de se conformer. Par exemple, un entretien d’évaluation professionnel où des indicateurs dans un tableau de bord vont mettre l’accent sur certains aspects du métier ou de l’activité qui ne correspondent pas forcément à ce que le salarié estime comme important. Il lui faudra pourtant se plier à ce cadre remettant parfois en cause radicalement ses valeurs ou son identité professionnelle.

Organisation pathologique et leadership toxique

Ce panorama (non exhaustif) des violences au travail invite à nous interroger sur les organisations pathologiques et les styles de leadership toxiques qui favorisent leur émergence. Cela invite aussi à anticiper les nouvelles formes de violences numériques au travail, et l’on peut déjà entrevoir un lien entre souffrance et intelligence artificielle (surveillance intrusive, stigmatisations automatisées, etc.).

Cependant, en reconnaissant ces formes de violences, il ne s’agit pas de rendre responsables les managers, qui en sont souvent les premières victimes. Le management peut tout autant être empathique, bienveillant et source de bien-être. Au contraire, il s’agit plutôt d’encourager les managers à mieux identifier la violence au travail pour mieux l’empêcher.

The Conversation

Régis Martineau ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Violences au travail : de multiples formes pour un même fléau – https://theconversation.com/violences-au-travail-de-multiples-formes-pour-un-meme-fleau-265103

Comment les censeurs des conseils d’administration sont un moyen de contourner la loi

Source: The Conversation – France (in French) – By Etienne Redor, Responsable du département finance, Audencia

Le censeur n’est pas soumis aux contraintes règlementaires de limite d’âge, de quota de genre ou du nombre de ses membres. EverettCollection/Shutterstock

Au sein des entreprises françaises, un censeur est un membre du conseil d’administration sans droit de vote ni responsabilité légale, mais qui participe aux débats. Pourquoi sa multiplication ces dernières années ? Quelles stratégies des entreprises derrière cette nouvelle tendance ?


L’imaginaire collectif tend à voir le conseil d’administration (CA) d’une entreprise comme un groupe d’administrateurs qui votent, conseillent le directeur général et assument une lourde responsabilité juridique. En réalité, dans 25 % des grandes sociétés cotées françaises, une personne supplémentaire siège à la table, qui ressemble à un administrateur et s’exprime comme tel, mais qui n’en est pas officiellement un : le censeur.

Les censeurs assistent aux conseils d’administration, accèdent aux mêmes informations que les administrateurs et peuvent influencer les décisions en coulisses. Leur rôle est à la fois informationnel et lié au contrôle. Ils peuvent fournir de l’information et des conseils lors des réunions du conseil d’administration, mais également transmettre de l’information aux parties prenantes qu’ils représentent.

Pourtant, ils n’ont ni droit de vote ni responsabilité légale et échappent aux règles de gouvernance, comme la limite d’âge ou le genres. Résultat : les entreprises recrutent ou gardent les profils qu’elles veulent, tout en respectant les règles existantes.

Pourquoi les grandes entreprises françaises cotées ont-elles de plus en plus recours à cette pratique ? Sur quels aspects cette « innovation » est-elle problématique ou au contraire bénéfique ?

Notre étude, la première du genre, s’appuie sur des milliers de rapports annuels d’entreprises appartenant au SBF120 (2010–2022) et tente d’apporter un éclairage nouveau au rôle de censeur.

Un « dispositif » populaire

En 2010, 17 % des grandes entreprises françaises avaient un censeur au sein de leur conseil d’administration ; en 2022, elles étaient 22 % et 25 % en 2024.

Les censeurs ont la possibilité d’assister à toutes les réunions, de recevoir les mêmes informations que les administrateurs, de poser des questions, de contester la direction, et ils exercent souvent une influence majeure en coulisses.

La différence avec les autres administrateurs ? Ils n’ont ni droit de vote, ni obligation fiduciaire, ni responsabilité juridique personnelle en cas de problème. Plus important encore, ils sont ignorés par toutes les règles de gouvernance, y compris le Code Afep-Medef de gouvernance d’entreprise et le Code de commerce français.

Ils ne sont pas pris en compte dans le calcul de la taille maximale du conseil d’administration, du ratio d’indépendance ou du quota obligatoire de 40 % de femmes ni dans la limite d’âge qui s’applique à eux. En bref, les entreprises peuvent conserver les membres qu’elles souhaitent au sein du conseil d’administration, tandis que le conseil officiel semble parfaitement conforme sur le papier.

Trois raisons du recours aux censeurs

Nous avons cherché à répondre à la question suivante : pourquoi les censeurs sont-ils devenus si populaires dans les entreprises françaises cotées en bourse ? Notre étude est la première à traiter cette question à grande échelle en recueillant des données sur cette pratique et en expliquant pourquoi elle s’est autant répandue.

Un nombre limité d’administrateurs potentiels

Recruter les meilleurs profils reste difficile pour certaines entreprises. Les petites entreprises cotées en bourse ou celles qui sont récentes ont du mal à convaincre des cadres supérieurs d’accepter un poste d’administrateur à part entière. Pourquoi ? Parce que cela demande un investissement en temps considérable et comporte un risque personnel réel.

Ces mêmes cadres acceptent souvent volontiers un poste de censeur ; ils ont la même influence, mais cela comporte beaucoup moins d’inconvénients. Les données montrent clairement que les entreprises plus petites, plus récentes et moins bien connectées sont nettement plus susceptibles d’avoir des censeurs au sein de leur conseil d’administration.

Aucune restriction légale

Le rôle de censeur au sein du conseil d’administration est un excellent outil pour gérer les contraintes réglementaires. La France impose des limites strictes ; les conseils d’administration ne peuvent compter plus de 18 membres ; pas plus d’un tiers des administrateurs ne peuvent être âgés de plus de 70 ans ; les administrateurs perdent leur statut « indépendant » après douze ans d’exercice et au moins 40 % d’entre eux doivent être des femmes.

Lorsqu’un administrateur apprécié atteint la limite d’âge, perd son « indépendance », ou que le conseil d’administration a déjà atteint la limite de taille, ou encore que l’entreprise a besoin d’un homme supplémentaire sans enfreindre le quota de genre, la solution la plus simple est de faire de cette personne (ou d’un nouveau membre) un censeur.

Rampe de lancement pour de futurs administrateurs

Le poste de censeur est un mécanisme idéal pour « essayer avant de nommer définitivement ». Les conseils d’administration français sont en grande majorité échelonnés, de sorte que chaque administrateur est engagé pour une durée de trois à six ans. Choisir la mauvaise personne coûte cher et peut être pénalisant.

Le fait d’accueillir d’abord quelqu’un en tant que censeur permet au conseil d’administration d’observer comment le candidat se prépare, comment il réfléchit sous pression et comment il interagit avec la direction. Le candidat acquiert une véritable expérience du conseil d’administration sans en assumer la responsabilité.

Environ 25 % des censeurs sont ensuite promus au poste d’administrateur à part entière, et ceux qui le sont, sont généralement plus jeunes et moins expérimentés, ce qui correspond exactement au profil que l’on attendrait pour une période d’essai.

Encadrer cette pratique

Notre étude souligne que le recours aux censeurs peut être considéré sous deux angles différents.

Ce rôle va clairement à l’encontre de l’esprit des quotas de genre, des règles d’indépendance et des limites d’âge, raison pour laquelle les régulateurs français et les sociétés de conseil en vote par procuration, tels que les entreprises ISS et Glass-Lewis, font pression pour le restreindre ou le supprimer. Ces acteurs défendent les intérêts des actionnaires et les meilleures pratiques en matière de gouvernance d’entreprise. Si une entreprise propose un mécanisme allant à l’encontre de la bonne gouvernance, ils s’y opposent.

D’un autre côté, la suppression totale du rôle de censeur nuirait à la capacité des petites entreprises d’attirer des talents et rendrait plus difficile la succession harmonieuse des administrateurs.

Nous recommandons une réforme équilibrée :

  • compter les censeurs dans le calcul des quotas afin de mettre fin aux abus les plus évidents ;

  • exiger un vote des actionnaires pour leur nomination ;

  • ajouter des limites de mandat ;

  • renforcer la transparence ;

  • et maintenir l’absence de responsabilité afin que le poste reste attractif pour les personnes hautement qualifiées.

Car le censeur est l’une des innovations les plus créatives et les plus efficaces en matière de gouvernance de ces deux dernières décennies. Elle souligne que lorsque les régulateurs multiplient les règles, les entreprises sophistiquées trouvent toujours le moyen de conserver les personnes dont elles ont besoin au sein de leur conseil d’administration. Le censeur au conseil d’administration est la réponse polie mais ferme du monde des affaires à une forme de sur-réglementation.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Comment les censeurs des conseils d’administration sont un moyen de contourner la loi – https://theconversation.com/comment-les-censeurs-des-conseils-dadministration-sont-un-moyen-de-contourner-la-loi-272520

Les Français prudents envers les entreprises à mission, contrairement aux Italiens et aux Espagnols

Source: The Conversation – France in French (3) – By Monica Riviere, Associate Professor of Management, INSEEC Grande École

Les Français et les Françaises affichent une plus grande prudence vis-à-vis des promesses faites par les entreprises, et expriment une attente forte à l’égard de la capacité de ces dernières à transformer leurs engagements en impact réel. Kues/Shutterstock

Società Benefit en Italie, Sociedad de Beneficio e Interés Común en Espagne, société à mission en France, cette qualité juridique séduit de plus en plus de pays en Europe. Contrairement à leurs voisins transalpins et ibériques, confiants dans ces entreprises durables, les Français et Françaises restent méfiants. Pourquoi ? Réponses en graphiques.


Depuis la loi Pacte en 2019, la France promeut activement les sociétés à mission, ces entreprises qui s’engagent à poursuivre un ou plusieurs objectifs sociaux ou environnementaux dans le cadre de l’exercice de leurs activités.

Lorsqu’on interroge les actifs français, la confiance dans la capacité réelle des sociétés à mission de produire un impact sociétal reste plus fragile qu’en Italie ou en Espagne. Ces trois pays de l’Union européenne ont adopté un cadre juridique spécifique pour les entreprises à finalité sociétale. Par exemple, l’Italie compte 5 161 entreprises au 30 juin 2025, la France 2 300 entreprises aujourd’hui.

En France, le concept même de raison d’être (purpose, en anglais) a parfois été critiqué pour être détourné en outil de communication plutôt qu’en engagement réel. Notre étude quantitative, menée auprès de plus de 1 200 actifs en France, en Italie et en Espagne, met en évidence des différences de manière dont ces entreprises sont perçues dans ces trois pays européens.

Scepticisme français

Ces pays présentent des démarches institutionnelles comparables en faveur des entreprises engagées, mais se distinguent par le rythme et l’ampleur de l’adoption de ces statuts. Le graphique ci-dessous s’appuie sur les données recueillies par questionnaire dans les trois pays.

Il met en évidence un contraste clair. Si la sensibilité environnementale est comparable, la confiance dans l’impact réel des entreprises à mission est plus faible en France.

L’Italie, qui a introduit la qualité juridique de Società Benefit dès 2015, affiche les niveaux de confiance les plus élevés tandis que l’Espagne, où le statut de Sociedad de Beneficio e Interés Común a été introduit en 2022, occupe une position intermédiaire.

Ce résultat suggère que le scepticisme français ne traduit pas un moindre attachement aux enjeux sociaux ou environnementaux. Il renvoie davantage à une évaluation plus prudente des promesses affichées par les entreprises, et à une attente plus forte quant à leur capacité à transformer leurs engagements en impact réel.

« D’accord, il y a une raison d’être, mais certaines activités associées au luxe ou à des usages fortement carbonés peuvent-elles être perçues comme compatibles avec une image exemplaire ? », témoigne une personne interrogée.

Ni rejet ni naïveté

L’exigence des Français ne se limite pas aux jugements abstraits sur l’impact des entreprises : elle se manifeste concrètement dans leur attractivité comme employeurs. Le graphique ci-dessous met en évidence des différences marquées, la France se distinguant par une attractivité plus faible des entreprises à mission.

Par contraste, certaines études menées en Italie suggèrent que l’engagement social et environnemental des entreprises joue un rôle plus direct dans l’attractivité perçue.

Rôle clé des expériences passées de RSE

Cette spécificité française s’éclaire lorsque l’on intègre dans l’analyse le rôle des expériences passées de RSE dans l’attractivité des entreprises à mission.

Lorsque les individus ont été confrontés à des démarches de RSE jugées crédibles et cohérentes avec les pratiques réelles de l’entreprise, leur confiance envers les entreprises à mission augmente nettement. À l’inverse, des expériences perçues comme opportunistes ou principalement déclaratives alimentent une défiance durable.

Cette exigence accrue s’inscrit dans un contexte marqué par plusieurs décennies de discours sur la RSE au cours desquelles les salariés ont développé une capacité critique plus affirmée face aux engagements affichés.

Quelles implications pour les acteurs économiques et politiques ?

Pour les entreprises à mission, ces résultats rappellent que le cadre juridique constitue un point de départ, non une garantie de crédibilité.

En France, la confiance se construit dans la durée, par la concordance entre discours et actions. En ce sens, la qualité juridique d’entreprise à mission ne doit pas être adoptée à titre expérimental. Lorsqu’elle est adoptée sans la capacité réelle d’en assumer les exigences, elle devient contre-productive non seulement pour l’entreprise elle-même, mais aussi en affaiblissant l’attractivité des entreprises à mission et en sapant la crédibilité du dispositif dans son ensemble.

Pour les pouvoirs publics, ces résultats soulignent l’importance des dispositifs de vérification des entreprises à mission, en particulier le rôle des organismes tiers indépendants (OTI), qui encadrent strictement les engagements tout en formulant des attentes particulièrement élevées.

En Italie, la logique est différente. La crédibilité des engagements repose sur un contrôle institutionnel, assuré par l’Autorità Garante della Concorrenza e del Mercato (AGCM) qui veille à la conformité des déclarations des entreprises, en sanctionnant des pratiques jugées trompeuses.

Ces configurations différentes suggèrent que la confiance ne dépend pas seulement de l’existence de mécanismes de vérification, mais aussi de leur lisibilité et de la manière dont ils sont perçus. Mieux rendre visibles et compréhensibles ces dispositifs – qu’ils soient fondés sur la vérification indépendante ou sur le contrôle institutionnel – pourrait renforcer la crédibilité des engagements et encourager l’ensemble des entreprises à ancrer leurs actions dans des pratiques concrètes et durables.

The Conversation

Monica Riviere ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les Français prudents envers les entreprises à mission, contrairement aux Italiens et aux Espagnols – https://theconversation.com/les-francais-prudents-envers-les-entreprises-a-mission-contrairement-aux-italiens-et-aux-espagnols-272916

Ce que les consultations citoyennes et le jet de soupe sur « la Joconde » ont en commun

Source: The Conversation – France in French (3) – By Chiara Armeni, Professeure de droit de l’environnement, Université Libre de Bruxelles (ULB)

Les manifestations et actions de désobéissance civile pour le climat sont de plus en plus réprimées, et souvent perçues comme incompatibles avec les consultations publiques, le mode classique de participation aux décisions environnementales. Pourtant, les deux relèvent du même édifice juridique environnemental.


Au cours des dernières années, les manifestations exigeant – souvent de façon créative – que les États et les entreprises agissent contre le changement climatique se sont multipliées dans de nombreux pays européens, suscitant souvent une forte répression.

À première vue, il n’y a pas nécessairement de lien direct entre, d’une part, ces actions de protestation et, d’autre part, la pratique moins médiatisée, plus routinière – et certainement moins risquée – de la consultation publique sur des sujets tels que la mise en place d’un parc d’énergie renouvelable ou la destruction d’un espace vert local. Et pourtant, ces consultations publiques, les manifestations et la désobéissance civile sont plus liées qu’on pourrait le croire. De fait, les unes comme les autres font partie du même édifice juridique environnemental.

La participation publique aux questions environnementales, un salon parisien du XVIIIᵉ siècle

Dans notre dernier article, nous explorons les liens entre consultation, protestation et désobéissance civile en matière environnementale. Nous suggérons que la participation politique se constitue comme un continuum de trois pratiques interdépendantes : la participation à des processus juridiques formels, tels que les consultations publiques sur les décisions d’aménagement du territoire (concernant des projets très divers, ayant trait aussi bien à l’énergie renouvelable qu’au logement ou au traitement des déchets) ; les manifestations de rue, telles que les marches « Friday for Future » ; et les pratiques de désobéissance civile conçues pour maximiser les perturbations ou attirer l’attention en enfreignant les règles, telles que les barrages routiers des militants pour le climat ou la dégradation du verre protégeant le tableau le plus célèbre du monde.

Ces trois types d’activités coexistent dans l’espace civique, c’est-à-dire « la couche entre l’État, les entreprises et la famille dans laquelle les citoyens s’organisent, débattent et agissent ». Et lorsque les organisations, les débats et les actions concernent l’environnement, notre espace civique devient un espace civique environnemental.

Nous pouvons appréhender la participation comme un salon parisien du XVIIIe siècle, caractérisé par une enfilade, « une succession de pièces dont les portes sont alignées le long d’un axe où [« l »]es invités découvraient une série d’espaces soigneusement aménagés par les propriétaires et conçus comme une composition en plusieurs mouvements ».

À l’instar d’un salon parisien, les différentes formes de participation au sein de l’espace civique environnemental sont reliées au sein d’un même espace, mais les différentes pièces ont des caractéristiques juridiques et des implications différentes pour les visiteurs.

Les trois salles de participation et le rôle du droit

S’appuyant sur les travaux de Brian Wynne relatifs à la participation « invitée » et « non invitée » et les développant, nos trois salles de participation comprennent la participation invitée, la participation non invitée et – ajoutons-nous – la participation interdite.

Les citoyens peuvent être invités dans une salle ; ils peuvent explorer légalement une autre salle sans invitation formelle ; et ils peuvent décider d’entrer illégalement dans la salle suivante, même si l’entrée leur est interdite.

Dans la première salle, les citoyens sont invités à participer, exerçant pleinement leur droit de débattre et d’exprimer leurs opinions sur une décision. Ce droit est juridiquement protégé, conformément notamment à la Convention d’Aarhus (1998), un traité international clé qui protège l’accès des citoyens et des ONG à l’information, la participation du public et l’accès à la justice en matière d’environnement. L’Union européenne et ses États membres, ainsi que le Royaume-Uni, sont parties à la Convention d’Aarhus et sont donc légalement tenus à s’y conformer. La participation au sein de cette chambre peut consister à être consultés (« invités ») sur une décision relative à une activité spécifique (par exemple, l’octroi d’un permis d’environnement pour l’extension d’un aéroport, ou sur un plan, un programme ou une politique en matière environnementale, notamment en ce qui concerne les activités pouvant être autorisées dans une certaine zone).

Les citoyens ne sont pas expressément invités à entrer dans la deuxième pièce de l’enfilade, mais le droit protège la participation non invitée – à savoir, en l’occurrence, la protestation – en tant qu’exercice légitime des droits humains, en particulier les droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique protégés par les articles 10 et 11 de la Convention européenne des droits de l’homme ; ainsi que par d’autres accords internationaux.

La troisième salle est fermée par le droit, qui interdit certaines formes de participation, rendant les manifestations illégales et les actions civiles désobéissantes. On y retrouve un éventail de pratiques allant de l’organisation de manifestations spontanées, non déclarées à l’avance, devant des lieux de prise de décision politique pour protester contre le report et le détricotage d’une loi environnementale (comme la loi européenne contre la déforestation), jusqu’à des actions spectaculaires de désobéissance civile telles que l’interruption d’une étape du Tour de France ou le jet de soupe sur la Joconde.

Le continuum de la participation en Europe

En tant que spécialistes du droit de l’environnement, nous avons travaillé ensemble et séparément pendant plusieurs années, principalement sur la participation sur invitation, sur ce qui se passe dans la première salle. Même si cela ne se traduisait pas toujours par une véritable inclusion, la valeur de la participation du public dans la prise de décision environnementale était plus ou moins admise, et il n’était certainement pas nécessaire de défendre la prise de décision démocratique à partir des principes fondamentaux.

Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Les droits et les protections procédurales nécessaires à la participation sur invitation sont remis en cause par des mouvements populistes situés aux deux extrémités du spectre politique qui pensent déjà connaître la bonne réponse : d’un côté, ceux qui contestent l’existence ou la gravité du changement climatique, de l’autre, le populisme climatique qui estime que l’urgence climatique justifie de s’affranchir des temporalités et des procédures démocratiques.

En même temps, l’urgence de nos diverses crises environnementales peut détourner les anciens partisans de la participation citoyenne vers des processus dirigés par des experts qui voient les réponses dans des solutions techniques plutôt que dans le débat démocratique. Prise entre les populistes et les technocrates, la valeur de l’engagement citoyen – des décisions mieux informés et plus solides sur le plan politique – est oubliée.

L’espace réservé à la participation invitée, ouvert à tous et à toutes les opinions, est de moins en moins bien entretenu et protégé. Mais le salon de l’espace civique va au-delà de ces occasions ordinaires, bien qu’importantes, pour les citoyens de s’engager auprès du pouvoir.

Nos recherches ouvrent les portes de l’enfilade et explorent le continuum entre la participation invitée, non invitée et interdite à travers l’Europe. Nous examinons le rôle joué par le droit (par exemple le droit environnemental, public, routier, pénal) dans la détermination de la possibilité pour les citoyens d’entrer dans l’une des salles de participation et de quelle manière. Nous avons constaté, conformément aux signaux d’alarme internationaux et européens, que l’évolution des règles juridiques qui façonne l’espace civique environnemental en Europe démontre une « tendance répressive » croissante.

Cette répression se manifeste par une combinaison de réformes législatives qui criminalisent les pratiques des manifestants, telles que les barrages routiers ou le verrouillage (« lock-in »), ainsi que par un durcissement des pratiques policières, judiciaires et pénales, telles que le recours accru à la force, augmentation des arrestations et alourdissement des peines.

Ces réformes sont accompagnées par une multitude d’autres pratiques intimidantes allant des poursuites stratégiques des grandes compagnies pétrolières contre les ONG environnementales, comme dans le cas de Energy Transfer contre Greenpeace (souvent appelées « poursuites-bâillons ») à la surveillance des manifestants.

La répression pousse les citoyens vers la troisième salle. Ici, le droit punit très sévèrement ceux qui ont réussi à y entrer et à exprimer leur désaccord, comme les condamnations à des peines d’emprisonnement inédites pour les activistes de Just Stop Oil au Royaume-Uni. Le droit restreint simultanément la portée de la participation invitée, interdit ce qui était auparavant non invité mais légal, et augmente le coût personnel de la désobéissance civile interdite (mais pacifique).

Toute la maison compte

Nous ne sommes pas les premières à affirmer que la consultation des citoyens et les manifestations de rue peuvent constituer une forme de participation politique, ou que l’espace public se réduit dans toute l’Europe.

Nous sommes convaincues que l’espace civique se trouve dans la routine quotidienne et banale qui consiste à s’adresser au pouvoir, ainsi que dans des moments clés telles que les élections. Et qu’il se trouve aussi dans la théâtralité des pratiques de protestation, même si elles sont criminalisées, ainsi que dans les institutions sobres de la délibération démocratique, comme la Convention citoyenne pour le climat en France. Mais la tendance transnationale à limiter simultanément ces approches très différentes de la participation politique souligne la profondeur du rétrécissement de l’espace public environnemental.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Ce que les consultations citoyennes et le jet de soupe sur « la Joconde » ont en commun – https://theconversation.com/ce-que-les-consultations-citoyennes-et-le-jet-de-soupe-sur-la-joconde-ont-en-commun-272203

Qu’est-ce qui remplit les salles de concerts ? La nostalgie, pardi !

Source: The Conversation – France (in French) – By Joan Le Goff, Professeur des universités en sciences de gestion, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC)

Le spectacle « One night of Queen » vise à faire revivre au public le mythique concert de Queen à Wembley, en 1986. Youtube/capture d’écran.

Sur les scènes françaises, les tournées « best of » ou les « tribute bands » occupent le terrain, remplissent les salles et structurent un véritable marché de la « nostalgie live ». Portés par une demande de réconfort émotionnel et de communion mémorielle, ces spectacles du passé remixés au présent interrogent. Comment comprendre un tel engouement pour ces pastiches et jusqu’où cette économie de la copie peut-elle prospérer sans trop étouffer la création ?


Une semaine ordinaire en France permet d’aller voir « One Night of Queen » (le plus célèbre tribute band de Queen) le 20 janvier à Paris, « Covertramp » (hommage à Supertramp), le 24 janvier à Reims et « Cloudbusting » (tribute à Kate Bush) le même jour à Paris. D’autres préféreront « Génération Céline » (Céline Dion) à Aix-en-Provence, le 21 janvier, « Balavoine, ma bataille » à Nantes (23 janvier) ou « Soul Cages Trio » (un hommage jazzy à Sting), le 28 janvier à Paris. Il y en a pour tous les goûts ! Le défilé de ces groupes qui rendent hommage à un artiste est ininterrompu sur les scènes françaises et les salles ne désemplissent pas.

Notre recherche sur cette tendance nostalgique du spectacle vivant a conduit à distinguer trois registres différents, tout aussi couronnés de succès.

D’abord, les tournées « best of » où les artistes rejouent leur propre catalogue : les Rolling Stones (tournée Sixty, 2022) enchaînent 14 concerts en Europe devant plus de 750 000 spectateurs pour environ 120 millions de dollars (102,2 millions d’euros) de revenus, complétés par un merchandising intensif qui donne lieu, en moyenne, à deux achats à 40 euros par spectateur. La célébration d’albums iconiques renforce le mécanisme à l’image de U2 et de son LP emblématique The Joshua Tree avec ses 2,7 millions de spectateurs sur une cinquantaine de dates. En France, les chiffres illustrent la robustesse et le caractère massif de cette demande, qu’incarne par exemple Étienne Daho porté par ses 50 concerts pour environ 300 000 billets vendus. Dans cet ensemble, on peut inclure des groupes qui persévèrent à jouer leur catalogue et à se produire sur scène, alors même qu’aucun des membres fondateurs n’est encore présent, à l’instar de Dr Feelgood !

Ensuite, les concerts de reprises réalisés par des artistes déjà identifiés, qui utilisent des standards pour élargir l’audience et sécuriser la billetterie. L’exemple central est la tournée associée à l’album Imposteur de Julien Doré daté de 2024, fondée sur des reprises et présentée comme un succès majeur correspondant à plus de 500 000 billets sur environ 60 dates, dont la majorité vendue avant le lancement.

Poussée à son paroxysme, cette logique mène des artistes à s’approprier non pas quelques chansons, mais tout le répertoire d’un autre, plus connu et suffisamment fédérateur pour remplir des salles. C’est le cas de la chanteuse américaine minimaliste Cat Power qui, en 2022, a sorti un album reprenant un concert entier de Bob Dylan, celui de 1966 à Manchester. Elle ne se contente pas de chanter ses chansons : elle recrée l’ambiance, l’ordre des morceaux, l’intensité de l’époque. C’est une façon de rendre hommage, mais aussi d’augmenter sensiblement son audience personnelle, alors que la carrière de Cat Power connaissait un creux. Le succès est tel que la chanteuse a élargi le répertoire, en se focalisant toujours sur le Dylan première période et les titres qu’il refuse obstinément de jouer sur scène.

Enfin, il apparaît que le phénomène le plus structurant est celui des « groupes hommage » (tribute bands), qui reproduisent le répertoire
– et souvent l’esthétique – d’un groupe mythique. Il met en lumière la professionnalisation des artistes via des tourneurs spécialisés. En France, une entreprise, comme Richard Walter Productions, revendique à elle seule environ 700 000 entrées payantes en 2025 aux hommages à plusieurs artistes ou groupes qualifiés souvent de « mythiques », tels que Queen, ABBA, Pink Floyd, Genesis, etc. Sur ce segment spécifique des tribute bands, le marché mondial était évalué en 2018 entre 500 millions et 750 millions de dollars (soit entre 425 millions et 638,9 millions d’euros) et reste en forte croissance.

Alors que les tournées best of sont appelées à disparaître avec la mise à la retraite inévitable des groupes phares de la fin du XXᵉ siècle et qu’un artiste qui ne fait que des reprises risque d’y perdre son identité, les tribute bands constituent la tendance majeure de l’expression de la nostalgie sur scène.

Une salle, deux ambiances : un atout majeur pour tous les artistes

Le public qui se rend aux concerts de simili-Queen ou de faux Beatles correspond à deux catégories de consommateurs, aux logiques d’achat assez différentes. La première est constituée de fans « historiques », plus âgés et plus aisés, recherchant l’authenticité (musicale, visuelle, narrative) et dépensant davantage en produits dérivés. Les tribute bands qui s’adressent à cette frange fanatique du public font dans le haut de gamme, avec des shows à la qualité musicale très travaillée, aux costumes, décors et effets visuels reproduisant scrupuleusement les spectacles connus des adeptes présents dans la salle.

La seconde est plus orientée « grand public ». Elle est attirée par la dimension festive et intergénérationnelle, et par des prix plus accessibles : des tribute bands proposent des billets autour de 30–40 €, quand certains concerts de stars atteignent des niveaux nettement supérieurs. C’est le cas pour U2 (autour de 300 euros, contre 30 euros pour son cover band 4U2) comme ce le fut pour Beyoncé au Stade de France… avec des places à plus de 600 euros !

L’inflation du prix des places de concert alimente mécaniquement la demande de substituts crédibles. Cela s’est avéré flagrant lors de la reformation du groupe Oasis : le manque de billets et la spéculation à la hausse des enchères (officielles ou non) ont entraîné un report du public vers des groupes comme Definitely Oasis, à moins de 20 livres sterling (23 euros environ) l’entrée.

Si les tarifs des tribute bands augmentent d’environ 15 % lorsque l’artiste original est décédé, il y a aussi des effets d’entraînement avec les artistes toujours en activité : quand l’original repart en tournée, la promotion bénéficie indirectement aux copies tandis que la rareté et la concentration des dates dans les grandes villes laissent des territoires entiers accessibles aux tribute bands, sans cannibaliser frontalement les tournées des stars dont ils s’inspirent.

La nostalgie musicale, un réconfort émotionnel attesté

Pourquoi cette tristesse douce-amère qui se mêle à la quête d’expériences révolues est-elle tant recherchée par les fans qui communient lors de shows passéistes ? L’explication n’est pas seulement économique.

La nostalgie est un mécanisme de réconfort émotionnel, de réduction du stress et de renforcement du sentiment d’appartenance, particulièrement recherché en périodes d’incertitude (crises sanitaires, géopolitiques, climatiques). Ces résultats scientifiques qui attestent des effets positifs du sentiment de nostalgie montrent aussi que la musique s’avère justement le meilleur moyen de générer ces réactions analgésiques et apaisantes.

En outre, le concert nostalgique fonctionne comme une « communion mémorielle » : on y revit une époque, on y transmet (parents/enfants), et l’on y partage une identité culturelle. Cet aspect positif de la nostalgie n’a pas échappé au marketing, qui s’en est largement emparé : packaging rétro, rééditions, retours de marques et d’objets…

La lassitude peut-elle gagner le public ?

Cette exploitation intensive de la nostalgie live n’est pas sans risque. D’une part, si les tribute bands se calquent sur les logiques inflationnistes des concerts originaux, le public acceptera-t-il de payer très cher pour une copie, même (presque) parfaite ? C’est loin d’être acquis et pourtant c’est le mouvement constaté par les professionnels. D’autre part, la saturation est de plus en plus probable. Les gains potentiels attirent de nouveaux entrants, au risque d’une baisse de qualité et d’une fatigue du public. Sans compter qu’une industrie trop centrée sur l’hommage peut freiner la création et la rupture, alors même que la musique est aussi un laboratoire d’innovation.

À l’heure où le numéro 1 des ventes d’album en Angleterre est Wish You Were Here des Pink Floyd, sorti en septembre 1975, la nostalgie musicale live en tant que spectacle vivant innovant apparaît comme un marché robuste, structuré et technologiquement dopé (notamment par les hologrammes et par l’intelligence artificielle). Il est tiré par une demande de réconfort et par des modèles économiques efficaces fondés sur une billetterie et un merchandising habile. Toutefois, sa durabilité dépendra de sa capacité à éviter l’inflation mimétique, la saturation qualitative et le basculement vers une « nostalgie de substitution » qui étoufferait l’émergence des nouveautés.

À moins que le « mashup 100 % live » vienne au contraire réinventer la nostalgie et la marier avec le présent comme le proposent des groupes, comme Analog Society dont le succès récent est tout à fait rafraîchissant.

The Conversation

Pour cette recherche, Joan Le Goff a bénéficié d’un financement du Centre national de la musique.

Marc Bidan a reçu, pour cette recherche, un financement en provenance du centre national de la musique (CNM Lab)

Pour cette recherche, Sylvie Michel a bénéficié d’un financement en provenance du Centre national de la musique.

ref. Qu’est-ce qui remplit les salles de concerts ?
La nostalgie, pardi ! – https://theconversation.com/quest-ce-qui-remplit-les-salles-de-concerts-la-nostalgie-pardi-272744

Les secrets des entreprises japonaises pour embarquer leurs salariés grâce au principe du « ba » (場)

Source: The Conversation – France (in French) – By Mélia Arras-Djabi, Maîtresse de conférences en management et GRH, IAE Paris – Sorbonne Business School

Les nouveaux salariés sont encouragés à apprendre en observant et en imitant leurs aînés. Une expression décrit cette réalité : « Apprendre en regardant le dos des _senpai_. » Metamorworks/Shutterstock

La réussite de l’intégration au Japon n’apparaît dans aucun manuel de gestion en ressources humaines. Tout se joue dans le ba, un espace-temps relationnel où la nouvelle recrue apprend l’implicite, où l’apprentissage se fait au contact direct des équipes dans et en dehors du lieu de travail. Plongée dans les coulisses de cette immersion pas comme les autres.


Dans de nombreuses organisations, le processus d’intégration est structuré par des dispositifs d’onboarding mettant principalement l’accent sur la formation formelle, la transmission explicite des règles du métier et la diffusion d’informations relatives au fonctionnement des différents services.

Cette manière de concevoir l’intégration n’a rien d’évident ni de généralisable. Elle reflète des choix organisationnels et culturels particuliers. Les entreprises japonaises offrent, à cet égard, un contrepoint éclairant, en s’appuyant sur des formes de socialisation plus informelles, relationnelles et situées.

Notre étude récente met en lumière trois caractéristiques clés pour comprendre les pratiques d’intégration japonaises : leur nature tacite, leur déploiement hors situation de travail et leur organisation au plus près des équipes, sans pilotage centralisé. Bien que distinctes, ces pratiques s’articulent autour du ba, cet espace-temps relationnel au sein duquel les nouveaux arrivants apprennent progressivement leur métier à travers les interactions, l’observation et le partage du quotidien.

Le ba (場), l’espace-temps de relations émergentes

Pour une nouvelle recrue dans une entreprise japonaise, s’intégrer ne signifie pas seulement apprendre un poste ou acquérir des compétences. Il s’agit avant tout de trouver sa place au sein d’une équipe, avec ses habitudes, ses relations et ses contraintes propres. Cette manière de concevoir l’intégration repose sur un concept culturel japonais central, le ba (場), défini comme un « espace-temps de relations émergentes ».

Dans l’entreprise, le ba le plus important est le genba (現場), le lieu réel où le travail se fait. C’est là que se construit la compréhension du travail réel et que se transmettent les manières de faire. Le genba est l’unité de base où se déroule la socialisation. Cela explique pourquoi l’intégration au Japon est si décentralisée. Plutôt que de suivre un programme en ressources humaines unique et standardisé, l’intégration se fait au sein de la microculture de l’équipe. Pour une nouvelle recrue, l’objectif est de « se fondre dans le lieu » (genba ni tokekomu).

« Se fondre dans le lieu (littéralement “se dissoudre dans le ba”). […] Se fondre dans l’équipe de travail, oui, et être proactif, je pense que c’est la meilleure façon de progresser », rappelle une manager interviewée.

Cet accent mis sur l’harmonie entre l’individu et le contexte collectif est peut-être la différence la plus fondamentale avec les approches occidentales. Ces dernières tendent davantage à se concentrer sur le rôle, les objectifs et les compétences de l’individu, souvent détachés de son environnement immédiat. Cette forte décentralisation permet un ajustement fin aux réalités locales du travail, mais peut aussi conduire à des expériences d’intégration très contrastées selon les équipes.

« Apprendre en regardant le dos des senpai (先輩) »

Dans les grandes entreprises en Occident, l’apprentissage d’un nouveau poste passe souvent par des formations structurées et une documentation détaillée. A contrario, au cœur de l’approche japonaise se trouve la relation senpai–kohai (senior-junior), où le senpai (先輩), qu’il soit officiellement désigné comme tuteur ou non, sert de repère au quotidien pour le nouveau venu.

L’apprentissage auprès du senpai est avant tout tacite. Les nouvelles recrues sont encouragées à apprendre en observant attentivement et en imitant leurs aînés. Cette philosophie est résumée par l’expression « apprendre en regardant le dos des senpai », ou senpai no senaka wo mite oboeru.

Cette méthode repose sur l’idée d’une appropriation des savoir-faire par immersion et par observation, désignée par l’expression japonaise shigoto wo nusumu – littéralement, « voler le travail ». Ici, le terme « voler » décrit une démarche proactive où le nouvel employé s’approprie les connaissances par l’observation active.

« J’ai appris le travail en le suivant, en regardant comment il (le « senpai ») faisait », témoigne un salarié qualité junior.

Cette approche repose sur l’idée que les savoirs du métier sont indissociables des situations de travail ; ils se construisent par l’immersion, l’observation et l’ajustement progressif au contexte, plutôt que par une transmission formalisée et détachée de l’activité. Si ce mode d’apprentissage favorise une compréhension fine du travail réel, il rend l’intégration dépendante de la qualité des relations et de la stabilité dans l’équipe, ainsi que de la disponibilité des senpai.

Se connaître en dehors du bureau

Les relations professionnelles prennent une dimension quasi institutionnelle au Japon avec la pratique de « nomunication ». Ce mot-valise, combinant le verbe japonais nomu (boire) et le mot anglais communication, désigne les réunions informelles autour d’un verre, appelées nomi-kai.

Ces réunions ne sont pas de simples sorties entre collègues, elles jouent un rôle important dans l’intégration, en permettant de construire une confiance mutuelle et une compréhension partagée des non-dits, indispensables dans une culture où la communication s’appuie sur l’implicite plutôt que sur des échanges explicites.

Dans ces contextes détendus, les barrières hiérarchiques et formelles s’abaissent. C’est l’occasion de construire des relations plus profondes, de comprendre l’histoire non officielle du service et, pour les kohai (le junior), de faire part des éventuelles difficultés qu’ils rencontrent.

« On parle de “nomunication”. On sympathise en parlant de tout et de rien en mangeant ; on développe de bonnes relations, et puis ça facilite le travail », rappelle une chargée de publicité senior interviewée.

Ces formes de sociabilité professionnelle témoignent d’une porosité historiquement marquée entre sphère professionnelle et sphère personnelle dans de nombreuses organisations japonaises.

Comprendre le contexte institutionnel japonais et ses évolutions

Les pratiques d’intégration observées dans les entreprises japonaises s’inscrivent dans un cadre institutionnel spécifique et… en évolution. La formation initiale des Japonais et Japonaises y est largement généraliste, et le lien entre diplôme et poste occupé reste relativement faible.




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Cesser sa profession : le rôle de la mémoire dans la fin de la vie professionnelle


Le modèle d’emploi de longue durée, longtemps dominant, a favorisé des carrières internes marquées par la mobilité et la polyvalence, plutôt que par une spécialisation immédiate. L’intégration n’est alors pas pensée comme une étape brève, mais comme un processus progressif, étalé dans le temps, au plus près du terrain.

Des enquêtes indiquent une évolution des attentes des travailleurs en matière d’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, pouvant venir entraver les pratiques de socialisation hors travail.

Repenser l’intégration au-delà des manuels

Selon le modèle japonais, intégrer durablement un nouveau collaborateur, c’est avant tout lui faire une place au sein d’un « nous ». Même évolutive, cette vision japonaise invite à interroger nos propres standards d’intégration.

Aller au-delà du « kit d’accueil »

L’intégration ne se joue pas seulement au niveau du siège, des modules en e-learning ou des journées d’onboarding. Elle dépend fortement de ce qui se passe dans l’équipe, dans le quotidien du travail, dans la manière dont on montre et laisse découvrir les coulisses du métier.

Reconnaître le rôle clé des situations informelles

Les moments informels jouent un rôle décisif sur le fonctionnement des collectifs, la prise de décision et la transmission des savoirs et savoir-faire clés. La question n’est pas de les multiplier à tout prix, mais de les penser comme des espaces de socialisation à part entière.

Travailler l’implicite

L’étude rappelle que beaucoup de règles du jeu sont implicites. Une bonne socialisation suppose, sinon de rendre explicite ces attendus, d’inviter des tuteurs/mentors à acculturer les nouvelles recrues à cette part invisible des kits d’intégration et des modules de formation formels.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Les secrets des entreprises japonaises pour embarquer leurs salariés grâce au principe du « ba » (場) – https://theconversation.com/les-secrets-des-entreprises-japonaises-pour-embarquer-leurs-salaries-grace-au-principe-du-ba-272521

How to include fossil fuel communities in Canada’s clean energy transition

Source: The Conversation – Canada – By Ekaterina Rhodes, Associate Professor, School of Public Administration, University of Victoria

Fossil fuel-dependent communities in Western Canada sit at the centre of Canada’s energy decisions. A just and inclusive clean energy transition will depend on how well governments listen to these communities and how fast they deal with the forces working to slow down energy decarbonization.

When it comes to the energy transition, public discussion tends to focus on emissions targets and policies to achieve them. These are important, but they’re just one aspect of the issue. In the oil- and gas-producing regions of Western Canada, conversations and concerns centre on livelihoods, identity and a nagging doubt: does anyone in power grasp rural realities?

Our ongoing research across the region — based on large citizen surveys to focus groups with municipal leaders and analysis of disinformation — highlights that emotions, narratives and perspectives of communities at the heart of Canada’s energy transition politics. As we mark the United Nation’s International Day of Clean Energy today, these voices demand attention before divides deepen further.

Focus groups with municipal staff from 10 oil- and gas-producing communities in British Columbia and Alberta revealed a delicate balancing act. They’re actively pursuing diversification — geothermal projects, hydrogen pilots, tourism expansion, data centres, manufacturing hubs, even rare-earth mineral processing — but most of these efforts build around, rather than beyond, oil and gas.

For many communities, the industry isn’t just jobs. It’s the economic engine funding hospitals, schools, arenas, roads and the very existence of their towns. Abstract talk of an energy transition can feel threatening when it overlooks this.

An Alberta official captured the fear bluntly:

“If you took oil and gas out of our community, I would suggest that there would be no hospital. There would be no schools. There would be no town. The only reason our community exists is to service the oil and gas industry.”

Deep emotional divides

Our 2025 survey of 3,400 residents in non-metropolitan communities across British Columbia, Alberta, Saskatchewan and Manitoba helps explains why climate policy ignites public backlash.

Affective climate polarization, which describes the emotional distance between those who support and oppose climate policy, rivals partisan left-right divides in intensity. These emotional climate identities help explain differences in support for climate policy that ideology alone can’t capture — particularly on the political right, where views on climate action are more diverse.

Policy design nuances are critical but complicated by affective polarization. Clean technology mandates and renewable electricity requirements tend to draw broader backing than carbon taxes, which are generally less popular and spark fierce resistance from right-leaning citizens.

Bundling climate policies with just transition measures, such as government-funded training for new jobs, community-owned energy, low-carbon incentives and public transit, can boost support for carbon pricing among the less polarized. However, for those with stronger emotional commitments, these just transition supports are often ineffective and can even trigger backlash.

Climate policy details matter less to people who score high on affective climate polarization. This helps explain why climate policy debates remain so deeply politicized: when emotional attachments to climate identities are strong, people respond more to elite cues and identity-based judgments than to policy design itself.

Municipalities grapple with limitations

Municipal officials battle structural voids. Officials in northeastern B.C. and Alberta juggle economic ambitions and governance limitations. They craft economic strategies and chase low-carbon investments, while being hamstrung by thin staffing and permitting delays stalling projects for years.

The sharpest barrier to the clean energy transition is the absence of coherent, regionally tailored visions from other levels of government. Federal clean growth plans promote critical minerals and hydrogen. Provincial strategies mix liquefied natural gas with renewables.

Locally, these strategies ring hollow — they seem contradictory and urban-centric. A municipal official in B.C. we spoke to decried a “one-size-fits- all” approach, citing propane-powered electric vehicle chargers in -40 C winters: “How do you gain the support … when even the province isn’t actually addressing” regional realities?

We’ve found that public attitudes differ by age, with youth embracing climate sustainability but veterans of oil-tied lives viewing transition as a “hard sell.” Without a common vision recognizing municipal governance limitations, community leaders hesitate on bold plans, wary of backlash in towns deeply connected to the promise and precarity of oil’s boom–bust cycles.

These tensions are being wilfully intensified by the fossil-fuel industry’s propaganda machine, which uses bad-faith arguments to suggest that climate policies and fossil-fuel communities are at odds.




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Fossil-fuel propaganda is stalling climate action. Here’s what we can do about it


These arguments often ignore the potential for a well-managed energy transition to improve public health, foster regional development and increase community resilience in these regions.

These are not the only narratives the fossil-fuel industry is using to slow climate action. Our research on Canada’s climate delays shows that fossil-fuel propaganda is being used to falsely portray Canadian oil as low-emissions, to urge Canada to wait for others to act first and to claim that climate policies are more detrimental to workers more than climate change.

Fostering a just energy transition

Governments must engage in genuine listening. Fossil-fuel communities aren’t barriers, but key participants in all energy transition risks and benefits. Co-creating policies with them rather than imposing top-down visions can help grow jobs, revenues and services in Western Canada.

Engagement with communities must also be emotionally attuned. Overcoming climate polarization means restoring trust via local messengers, consistent follow-through and deliberative forums like public assemblies.

At the same time, governments must confront misinformation and propaganda. They can can step in with policies that challenge disinformation legally, regulate ads and fund community energy transformations beyond fossil fuel extraction.

The International Day of Clean Energy spotlights promise. In Western Canada, it also spotlights peril. The energy transition’s success hinges on centring fossil fuel communities as protagonists, not peripherals — turning the transition into a shared opportunity.

The Conversation

Ekaterina Rhodes receives funding from Canada First Research Excellence Fund as part of the University of Victoria-led Accelerating Community Energy Transformation Initiative.

Megan Egler received funding from the Canada First Research Excellence Fund as part of the University of Victoria-led Accelerating Community Energy Transformation Initiative.

Rowan Hargreaves received funding from the Canada First Research Excellence Fund as part of the University of Victoria-led Accelerating Community Energy Transformation Initiative.

Samuel Lloyd receives funding from the Canada First Research Excellence Fund as part of the University of Victoria-led Accelerating Community Energy Transformation Initiative. He also received funding from the Pacific Institute for Climate Solutions for a research project that inspired one of the papers included in this article.

ref. How to include fossil fuel communities in Canada’s clean energy transition – https://theconversation.com/how-to-include-fossil-fuel-communities-in-canadas-clean-energy-transition-273331

With ‘KPop Demon Hunters,’ Korean women hold the sword, the microphone — and possibly an Oscar

Source: The Conversation – Canada – By Hyounjeong Yoo, Instructor, School of Linguistics and Language Studies, Carleton University

When I was a child in South Korea, the New Year often began with a familiar song: “Kkachi Kkachi Seollal.” Seollal refers to the Lunar New Year, one of Korea’s most important family holidays, and kkachi means “magpie,” a bird associated with good fortune and joyful beginnings.

Singing the song, we believed, would invite pleasant guests into the home. For my siblings and me, those guests were usually our grandparents — and their arrival marked warmth, continuity and belonging.

Decades later, I now live in Canada, where distance has made such visits from my home country rare. Yet it feels as though the magpie has arrived again — this time on a global screen.

Netflix’s animated film KPop Demon Hunters, which follows adventures of a fictional Kpop girl group (Huntrix) whose members hunts demons by night, now has an Academy Award nomination for Best Animated Feature and Best Original Song. This follows recent Golden Globe wins.

The film, created by Korean Canadian Maggie Kang, has musical production by Teddy Park and is voiced by Korean American actors such as Arden Cho, Ji-young Yoo and Audrey Nuna.

I’m interested in how KPop Demon Hunters marks a new phase of the Korean Wave. In this phase, folklore and women’s musical labour come together to challenge how Asian stories have long been sidelined in western media.




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In music and film, a new Korean wave is challenging Asian stereotypes


KPop Demon Hunters, like the success of some other recent popular Korean cultural production in the West, reflects diasporic creativity, notes scholar Michelle Cho, whose research focuses on on Korean film, media and popular culture.

Folklore as cultural authority

One of KPop Demon Hunters’s most striking features is its unapologetic use of Korean symbols. The demon hunters wear gattraditional horsehair hats associated with scholars during Korea’s Joseon dynasty — while battling demons alongside the tiger, long regarded as a guardian spirit of Korea. These elements function as assertions of cultural authority.

Historically, western film and animation have often relegated Asian characters to stereotypes or erased them altogether through whitewashing.

By contrast, KPop Demon Hunters places Korean folklore at its narrative centre. The gat evokes dignity and discipline; the tiger represents protection and resilience. Together, they counter the lingering assumption that mainstream entertainment led by Asian characters is somehow niche or inferior.

By using distinctly Korean imagery — such as the satirical minhwa art style of the film’s Derpy Tiger — the movie firmly anchors itself in a specific Korean context that cannot be generalized or mistaken for a broad, pan-Asian esthetic.

For many in the Korean diaspora — including myself, who grew up rarely seeing people like me centred in mainstream media — this visibility carries emotional weight.

Research in media and cultural studies shows that representation matters not only for how groups are seen by others, but also for how people understand their own place in society. Seeing Korean symbols treated with respect offers a quiet but powerful form of cultural validation.

A matrilineal line of survival

One of the film’s powerful moments is the opening montage. Through a rapid succession of shamanic figures, flappers and disco-era performers, the sequence offers what can be read as matrilineal homage to female Korean musicians across generations.

As writer Iris (Yi Youn) Kim notes, citing a lecture by Asian American studies scholar Elaine Andres, this lineage echoes the real-life story of the Kim Sisters, often described as Korea’s first internationally successful female pop group. After losing their father during the Korean War, the sisters were trained by their mother, the renowned singer Lee Nan-young — best known for the anti-colonial song “Tears of Mokpo” — to perform at U.S. military bases as a means of survival.

The Kim Sisters perform ‘Fever’ on the Ed Sullivan show.

The Kim Sisters later became regular performers on The Ed Sullivan Show, captivating American audiences while navigating racist expectations that framed Asian women as approachable, non-threatening and exotic.

Symbolic labour of representing a nation

The fictional group Huntrix inherits this legacy. Like the Kim Sisters, they are expected to embody discipline, professionalism and national representation.

For example, the film shows the group grappling with perfectionism and the intense discipline demanded of them, often maintaining polished public performances while suppressing personal vulnerability to fulfil their dual roles as idols and protectors. On a meta-narrative level, Huntrix is framed as a cultural representative through the use of Korean folklore imagery, like the gat and the tiger.

As “cultural diplomats” both on and off the screen, Huntrix carry not only entertainment value but also the symbolic labour of representing a nation to a global audience.

By embedding this lineage into a mainstream animated film, KPop Demon Hunters acknowledges that KPop’s global success rests on decades of women’s labour, sacrifice and negotiation with western power structures.

Beyond soft power

The film’s success arrives amid the continued expansion of the Korean Wave across global media.

South Korean cinema and television have already reshaped international perceptions through landmark works such as Parasite and globally streamed series like Squid Game. Netflix has publicly committed hundreds of millions of dollars to Korean content, signalling that this cultural shift is structural rather than fleeting.

KPop Demon Hunters demonstrates how Korean popular culture now moves fluidly across media forms — music, animation, film and streaming — while retaining cultural specificity. Its reception challenges the persistent assumption that stories rooted in Asian experiences lack universal resonance.

Recognition alone does not erase inequality, nor does it dismantle the racialized hierarchies built into global media industries either. But sustained visibility can matter. Studies suggest that repeated exposure to multidimensional, humanized portrayals of marginalized groups helps reduce racial bias by normalizing difference rather than exoticizing it.

Holding the sword and the microphone

While the film grows out of cultural histories shaped by U.S. military presence and Cold War politics, it reshapes those influences through diasporic storytelling that centres Korean voices and perspectives.

The magpie’s promise has finally been kept. Korean characters are no longer merely “pleasant guests” or supporting figures in someone else’s narrative. They are protagonists — holding the sword, the microphone and perhaps, one day, an Oscar.

Recently, I found myself rewatching KPop Demon Hunters while eating kimbap and instant noodles, the same comfort foods the characters share on screen. The moment felt small, but meaningful.

It reminded me of something one of my students once said: seeing this level of representation allows those who have long felt wounded by exclusion to finally feel seen.

The Conversation

Hyounjeong Yoo does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. With ‘KPop Demon Hunters,’ Korean women hold the sword, the microphone — and possibly an Oscar – https://theconversation.com/with-kpop-demon-hunters-korean-women-hold-the-sword-the-microphone-and-possibly-an-oscar-273443