Les mythologies du plastique sont-elles réversibles ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Benoit Heilbrunn, Professeur de marketing, ESCP Business School

Le plastique n’est pas que du plastique. Il témoigne de notre rapport au monde et peut-être de notre époque. De la matière quasi magique des années 1950 à la matière problématique des années 2000, le plastique est aussi un discours. Réflexions, sous l’égide de Roland Barthes, sur la mythologie d’une matière qui n’est décidément pas comme les autres.


La campagne « Too Much », portée par la filière de la plasturgie, s’inscrit dans une tentative explicite de réhabilitation symbolique du plastique face à la montée des critiques écologiques. En rappelant le rôle central de ce matériau dans la modernité industrielle – qu’il s’agisse de ses usages médicaux, logistiques, alimentaires ou techniques – elle cherche à déplacer le débat. Le plastique n’y est plus présenté comme un problème moral, mais comme une condition de possibilité de nos modes de vie contemporains.

Il s’agit moins de nier ses effets environnementaux que de les relativiser au nom de ses bénéfices fonctionnels, économiques et sociaux. Ce type de prise de parole témoigne d’une lutte pour la définition symbolique du plastique et, au-delà, pour la légitimation d’un régime de production et de consommation fondé sur l’abondance matérielle. Le plastique y apparaît non comme l’emblème d’un excès, mais comme un matériau injustement stigmatisé, victime d’une critique jugée simplificatrice ou idéologique.

Or le plastique n’est ni un simple matériau ni un pur symbole de la catastrophe écologique : il constitue un dispositif culturel à part entière, qui condense les promesses, les impensés et les contradictions de la société de consommation. L’évolution de son imaginaire peut ainsi se lire comme l’histoire d’une inversion mythologique, révélatrice de notre rapport contemporain à la production, à l’abondance et à la finitude matérielle.

Le plastique comme mythe

Dans Mythologies (1957), Roland Barthes ne s’intéresse pas au plastique comme matériau chimique ou industriel, mais comme pouvoir symbolique : celui de la métamorphose. Ce qu’il décrit n’est pas tant la substance elle-même que l’enthousiasme collectif qu’elle suscite. Le plastique fascine parce qu’il semble abolir les hiérarchies traditionnelles des matières. Le noble et le vulgaire, le rare et le commun, le durable et l’éphémère paraissent s’effondrer devant une substance capable de tout imiter. Bois, cuir, métal, ivoire : tout peut être refait en plastique. Le monde devient malléable.




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De surcroît, le plastique apparaît comme une matière sans passé ni avenir. Il ne porte pas la trace de son origine (le pétrole, l’industrie lourde, les chaînes de production) et ne suggère aucune fin. Dans la vitrine, sur l’étagère ou dans l’objet fini, il semble surgir comme une pure idée de la forme affranchie de toute histoire. C’est en ce sens qu’il relève pleinement du mythe, au sens barthésien : une parole qui naturalise une construction historique, culturelle et technique. Le plastique est alors conçu comme un fait de civilisation qui rend tangible un progrès supposé démocratique. Il promet un monde sans résistance, sans pénurie et sans limites, un monde où la matière obéirait indéfiniment aux formes que l’on souhaite lui donner.

Dieux antiques et alchimie moderne

Chez Barthes, le plastique n’est pas seulement une matière nouvelle : il est investi d’un imaginaire quasi théologique. Il souligne que les plastiques portent des noms qui sonnent grec (polyéthylène, polystyrène, polypropylène), des noms savants, abstraits, qui ne désignent ni des usages ni des matières familières, mais une puissance. Pareils à ceux des dieux antiques, ces noms renvoient moins à des choses qu’à des capacités de transformation.

Cette langue du plastique participe du mythe : elle confère au matériau une aura quasi sacrée, en le soustrayant à l’histoire concrète de sa production. Le plastique apparaît ainsi davantage comme une matière alchimique dotée d’un pouvoir de transmutation que comme une substance. Ce matériau se voit ainsi doté d’un pouvoir qui excède largement sa fonction utilitaire : celui de transformer indéfiniment le monde sans jamais en assumer les conséquences. D’où la tentation d’esquisser un parallèle avec quelques dieux grecs (auquel Barthes ne succombe d’ailleurs pas).

Le plastique condense d’abord la figure de Protée, dieu des métamorphoses, capable de changer de forme à volonté pour échapper à toute assignation. Il imite le bois, le cuir, le métal ou l’ivoire sans jamais se fixer dans une identité stable. Il n’est pas une matière parmi d’autres, mais la promesse d’une matière universelle, toujours prête à devenir autre chose. Cette plasticité infinie nourrit l’enthousiasme décrit par Barthes : un monde où les formes circulent librement, affranchies des contraintes de la substance.

L’imaginaire alchimique

Il relève aussi de Hermès, dieu des passages, des échanges et des médiations. Comme lui, le plastique traverse les frontières : entre noble et vulgaire, durable et jetable, naturel et artificiel. Léger et transportable, il est le matériau de la circulation généralisée, parfaitement adapté à une économie de flux, de mobilité et de vitesse. La fluidité matérielle devient alors un progrès en soi, naturalisé par le mythe.

Cette constellation trouve enfin un écho direct dans l’imaginaire alchimique. Le plastique apparaît comme une version industrielle de la pierre philosophale : une matière capable de tout transformer, de tout égaliser, de faire surgir l’objet sans reste ni perte apparente. Dans les démonstrations que décrit Barthes, la matière brute se dissout pour renaître immédiatement sous une forme nouvelle, comme dans une transmutation parfaite. Le plastique promet une création sans déchet, une production sans fin, un monde où la matière obéirait docilement à la volonté humaine.

Fissures dans le mythe

Mais c’est précisément là que le mythe se fissure. L’alchimie classique visait une transformation spirituelle autant que matérielle ; le plastique, lui, ne transforme que les formes, jamais les conséquences. Ce qui était pensé comme métamorphose se révèle être accumulation. Ce qui semblait relever de Protée devient inertie ; ce qui promettait la circulation devient encombrement.

Ce que le mythe évacue, c’est en effet ce qui définit ordinairement une matière : la durée, la résistance, l’usure, la finitude. À la différence du bois qui vieillit, du métal qui s’oxyde ou du verre qui se brise, le plastique semble ne jamais vraiment mourir. Cette propriété, d’abord perçue comme une victoire technique, va progressivement devenir son principal grief. Pendant plusieurs décennies, cette contradiction reste largement invisible. Le plastique accompagne l’essor de la consommation de masse, l’extension du jetable et la généralisation des emballages sans susciter d’interrogation majeure. Il est léger, propre, hygiénique ; il s’inscrit parfaitement dans un imaginaire de fluidité et de confort.

Le retour du refoulé

Mais à partir des années 1970, puis de manière accélérée à partir des années 1990 et 2000, le refoulé du mythe revient. On découvre que le matériau miraculeux est aussi indestructible. Que sa durabilité, loin d’être une qualité universelle, devient un problème dès lors que les usages sont courts. Ce que le mythe ne montrait pas devient visible : les décharges, les restes, etc. Le plastique devient alors l’un des emblèmes matériels de ce que certains nomment l’anthropocène voire le « poubellocène ».

Derrière la magie de la forme apparaît une figure plus sombre : celle d’Héphaïstos, dieu forgeron, maître des techniques et des artifices. Le plastique est le produit d’un feu moderne – celui du pétrole, des raffineries, des chaînes de production – que le mythe barthésien tendait à effacer. Comme chez Héphaïstos, la puissance technique fascine tout en dissimulant la violence et la pénibilité de son origine. Le dieu moderne de la métamorphose se révèle ainsi trop immortel, incapable qu’il est de disparaître.

Coexistence des récits

Pour autant, le mythe du plastique-miracle ne disparaît pas avec l’émergence du plastique-déchet ; il persiste, se reconfigure et continue d’irriguer de nombreux discours industriels, politiques et techniques. Le plastique demeure ainsi fréquemment présenté comme une solution indispensable : léger, résistant, adaptable, hygiénique, recyclable.

Il est mobilisé pour ses performances, ses économies de matière apparentes, sa capacité à répondre à des contraintes fonctionnelles jugées incontournables. À ce titre, il conserve une forte valeur symbolique de modernité et d’efficacité, en particulier dans les domaines de la santé, de l’alimentation ou de la logistique, où il est érigé en condition de possibilité du monde contemporain.

Cette persistance renvoie à une dynamique propre au domaine des transitions énergétiques, où les nouvelles sources ne remplacent pas les anciennes mais viennent s’y ajouter. Le récit du plastique-déchet n’annule ni ne supplante celui du plastique-miracle ; il s’y superpose. Le discours de la pollution, de la trace et du débordement vient s’ajouter à celui de l’innovation, de la modernité et de l’accessibilité, sans le disqualifier complètement. L’époque contemporaine ne remplace pas un imaginaire par un autre : elle les empile, produisant un régime symbolique instable, traversé de tensions et de contradictions.

INA Archives 2025.

Un fantasme d’immatérialité

Cette superposition se traduit par une oscillation permanente entre plusieurs imaginaires. D’un côté, une nostalgie d’une prétendue vraie matière (bois, verre, métal) investie de valeurs de durabilité et de sobriété. De l’autre, un fantasme d’immatérialité, nourri par le numérique, les services et la promesse d’un monde allégé de ses contraintes matérielles. Entre les deux s’impose la promesse d’une réconciliation par la circularité : il ne s’agirait plus de renoncer au plastique, mais de le rendre compatible avec les exigences écologiques grâce au recyclage et à l’éco-conception.

Dans cette configuration, le discours sur le recyclage occupe une place centrale. Il fonctionne comme un récit de pacification symbolique, promettant de conserver les qualités fonctionnelles du plastique tout en neutralisant sa charge morale. Le plastique ne serait plus un problème en soi, mais un défi technique gérable, appelant des solutions d’ingénierie et des ajustements de comportements.

Un récit dépolitisant

Ce déplacement a toutefois un effet majeur : il dépolitise à nouveau la question. L’attention se déplace des volumes produits vers les gestes individuels et du système industriel vers le tri domestique. En transformant une contradiction structurelle en problème de gestion et de comportement, ce récit permet de maintenir intactes les conditions fondamentales de la production de masse, tout en intégrant partiellement la critique écologique.

Ainsi, l’imaginaire du plastique raconte moins l’évolution d’un matériau que celle de notre rapport au monde. Le plastique a d’abord incarné le fantasme d’une maîtrise totale de la matière ; il en révèle aujourd’hui l’envers : l’impossibilité de faire disparaître les traces de nos modes de vie. Ce qui inquiète dans le plastique n’est pas seulement sa présence matérielle, mais ce qu’elle rend visible : l’écart entre la promesse d’un monde fluide et la réalité d’un monde saturé. À cet égard, l’inversion de l’imaginaire du plastique ne constitue pas un simple retournement moral. Elle signale une crise plus profonde : celle d’un modèle de modernité qui croyait pouvoir produire sans reste, et qui découvre aujourd’hui que même les matières les plus plastiques finissent par opposer une résistance qui est tout sauf politique.

The Conversation

Benoit Heilbrunn ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les mythologies du plastique sont-elles réversibles ? – https://theconversation.com/les-mythologies-du-plastique-sont-elles-reversibles-274207

« Hamnet » ou le roman d’une femme puissante

Source: The Conversation – France (in French) – By Armelle Parey, Professeur de littératures de langue anglaise, Université de Caen Normandie

L’actrice Jessie Buckley dans le rôle d’Agnes, dans l’adaptation cinématographique du roman de Maggie O’Farrell. Allociné

La sortie du film Hamnet de Chloé Zhao et son grand succès critique sont l’occasion de revenir au roman éponyme, publié par la romancière britannique Maggie O’Farrell en 2020, et à la façon dont ce récit met en lumière des personnages en marge de l’histoire littéraire, en particulier l’épouse de Shakespeare, Agnes (dite Anne) Hathaway.


Ce qui frappe probablement le plus sur l’affiche du film Hamnet, outre sa très belle photographie, est ce titre qui ne manque pas d’interpeller le passant ou la passante par sa quasi-homophonie avec Hamlet, l’un des plus célèbres titres et personnages de William Shakespeare. L’affiche, qui représente un couple, nous promet d’ailleurs « L’histoire méconnue qui a inspiré le plus grand chef-d’œuvre de Shakespeare ». En effet, Hamnet est le prénom du fils du dramaturge et le film comme le roman développent la thèse selon laquelle c’est à ce garçon décédé à l’âge de 11 ans pour des raisons inconnues que l’on devrait indirectement Hamlet et, probablement, la Nuit des rois.

Si le point d’orgue du roman est la mort d’Hamnet qui intervient à la moitié du volume et à ses effets sur sa famille, la véritable protagoniste est la mère de l’enfant et épouse de Shakespeare, généralement connue sous le nom d’Anne Hathaway. Dans le scénario du film co-écrit par O’Farrell, comme dans l’adaptation théâtrale proposée par Lolita Chakrabarti en 2023, le propos est quelque peu infléchi pour donner une part plus importante au personnage du dramaturge qui reste en retrait, jamais nommé, dans le roman. Dans Hamnet, Anne Hathaway est Agnes, son nom de naissance, O’Farrell signalant ainsi dès le début que son récit se détache des portraits négatifs et infondés dressés jusqu’au XXe siècle dans des biographies et des romans qui représentaient cette femme dont l’on ne sait pourtant presque rien en prédatrice âgée et ignare. Après une étude exhaustive de ce que l’on sait d’Anne, Katherine West Scheil, professeure de littérature anglaise, a montré la variété des récits faits sur la conjointe de Shakespeare au fil des siècles en fonction des évolutions culturelles, jusqu’à des romances récentes qui font d’elle une influence majeure dans la production shakespearienne.

Un récit alternatif et vraisemblable

Tout en restant dans les limites du vraisemblable, O’Farrell élabore dans Hamnet un récit alternatif plus juste envers cette femme, rappelant qu’elle était en fait un bon parti pour les Shakespeare endettés auprès de la famille Hathaway. O’Farrell cite parmi ses sources la féministe Germaine Greer qui revient sur les interprétations négatives des biographes qui attribuent par exemple les années passées par Shakespeare loin de sa famille au désir d’être éloigné de sa femme, négligeant le fait qu’il prend le soin de l’installer dans la plus grande maison des environs… Greer suggère que cette séparation peut très bien avoir été une décision conjointe puisque Anne n’a pas dénoncé son époux pour avoir déserté le domicile conjugal comme cela aurait été possible. O’Farrell va plus loin en montrant que c’est Agnes qui organise le départ de son mari pour Londres, lui permettant ainsi d’écrire, consciente qu’il étouffe à Stratford dans l’atelier d’un père violent, gantier de son état.

« Le romancier est l’interprète du mystère », dit l’historienne et essayiste Mona Ozouf. C’est en effet le propre du roman en général que de combler les blancs de l’histoire, d’imaginer ce que ce que l’on ne sait pas. O’Farrell utilise la liberté permise par la fiction pour questionner la mémoire officielle qui s’est cristallisée autour du personnage de la femme de Shakespeare et envisager des alternatives.

Lorsqu’elle apparaît de loin au jeune précepteur pour la première fois dans le roman, Agnes est prise pour un garçon, signe d’un caractère transgressif et en dehors des normes souligné tout au long du roman à tel point qu’on la dit folle ou fille d’une sorcière. L’Agnes imaginée par O’Farrell est bien une femme puissante. Certes illettrée, elle est dotée d’une connaissance du monde de la nature qui lui permet de fabriquer des remèdes pour soigner les autres doublé d’un don de prémonition. Inventive et pragmatique, elle sait qu’une grossesse est le moyen de forcer les 2 familles à accepter leur union.

Une évocation féministe du passé

Cette mise au premier plan d’un personnage très secondaire de l’histoire littéraire ne se fait pas aux dépens du poète et dramaturge. Désigné par ses différents rôles dans la vie ordinaire (précepteur de latin, père, mari, etc.) le personnage de Shakespeare est en marge du roman qui explore dans sa deuxième partie la douleur de la mère. Le roman (comme le film) culmine cependant avec la représentation finale d’Hamlet qui permet la réconciliation d’un couple séparé par la perte de leur enfant lorsque Agnes succombe à « l’alchimie » ou illusion théâtrale grâce à laquelle elle retrouve son fils sur scène. Hamnet contextualise l’écriture d’Hamlet et interprète la pièce comme un hommage certain, bien qu’indirect, au fils disparu ; le roman célèbre également le pouvoir de l’art à rendre compte de l’expérience humaine et à offrir du réconfort. Enfin, à travers la réaction finale d’Agnes à la représentation de la pièce, le lecteur est convaincu du talent artistique supérieur de Shakespeare et de son génie des mots.

Quand elle imagine ces histoires de vies ordinaires négligées ou déformées, O’Farrell sauve Hamnet de l’invisibilité et Anne Hathaway de son assujettissement à des rôles négatifs ou improbables. En outre, en se concentrant sur Agnes et les activités quotidiennes des femmes, O’Farrell souligne également l’absence de traces écrites de l’expérience domestique. Dans une certaine mesure, son évocation féministe du passé complète les archives historiques en réinsérant les activités domestiques d’Agnes et des autres personnages féminins dans le récit.

En comblant les lacunes de la mémoire et en soulignant l’impact d’une figure mineure comme Hamnet Shakespeare, en réparant les dommages indûment causés à la réputation d’Agnes Shakespeare, en donnant vie et voix aux invisibles ou personnages perçus comme mineurs, Hamnet s’inscrit dans la lignée du roman historique contemporain et du roman biographique qui réorientent la mémoire culturelle.

The Conversation

Armelle Parey ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. « Hamnet » ou le roman d’une femme puissante – https://theconversation.com/hamnet-ou-le-roman-dune-femme-puissante-275142

Comment la politique familiale généreuse du Danemark réduit de 80% la « pénalité maternelle »

Source: The Conversation – in French – By Alexandra Killewald, Professor of Sociology, University of Michigan

Congé parental, garde d’enfants, allocations familiales : l’expérience danoise montre que le calendrier et la durée des aides comptent autant que leur montant pour réduire la pénalité maternelle.


Pour de nombreuses femmes dans le monde, la maternité se paie au prix fort dans la vie professionnelle. Élever des enfants tend à entraîner des salaires plus faibles et une réduction du temps de travail pour les mères – mais pas pour les pèresdans le monde entier..

Sociologue, j’étudie la manière dont les relations familiales peuvent façonner les situations économiques. Par le passé, j’ai étudié comment la maternité tend à faire baisser les salaires des femmes, un phénomène que les sciences sociales appellent la « pénalité maternelle ».

Les programmes publics qui apportent un soutien financier aux parents peuvent-ils compenser cette pénalité salariale liée à la maternité ?

Une « pénalité maternelle »

Avec Therese Christensen, sociologue danoise, je me suis attachée à répondre à cette question en m’intéressant aux mères au Danemark – un pays scandinave doté de l’un des filets de sécurité sociale les plus solides au monde.

Plusieurs politiques danoises visent à aider les mères à rester en emploi. Par exemple, des services de garde d’enfants subventionnés sont proposés à tous les enfants dès l’âge de 6 mois et jusqu’à leur entrée à l’école primaire. Les parents n’en paient pas plus de 25 % du coût.

Mais même au Danemark, les mères voient leurs revenus chuter fortement, en partie parce qu’elles travaillent moins d’heures.

Une perte de 7 600 euros dès la première année

Dans un article qui sera publié prochainement dans European Sociological Review, Christensen et moi montrons que l’augmentation des revenus versés par l’État aux mères – notamment via les allocations familiales et le congé parental rémunéré – compense environ 80 % des pertes de revenus moyens des mères danoises.

À partir de données administratives de Statistics Denmark, l’agence publique chargée de collecter et de compiler les statistiques nationales, nous avons étudié les effets à long terme de la maternité sur les revenus de 104 361 femmes danoises. Nées au début des années 1960, elles sont devenues mères pour la première fois entre 20 et 35 ans.

Elles sont toutes devenues mères avant 2000, ce qui permet d’observer l’évolution de leurs revenus pendant des décennies après la naissance de leur premier enfant. Si les politiques du gouvernement danois ont évolué au fil de ces années, le congé parental rémunéré, les allocations familiales et d’autres prestations ont existé sans interruption sur cette période. Ces femmes avaient en moyenne 26 ans lors de leur première maternité, et 85 % d’entre elles ont eu plus d’un enfant.

Nous estimons que la maternité a entraîné une perte d’environ l’équivalent de 9 000 dollars américains (7 600 euros) de revenus pour les femmes – mesurés en dollars américains de 2022 corrigés de l’inflation – l’année de la naissance ou de l’adoption de leur premier enfant, par rapport à ce à quoi on pourrait s’attendre si elles étaient restées sans enfant. Si la pénalité maternelle s’atténue à mesure que les enfants grandissent, elle s’inscrit dans la durée.

Ce n’est qu’au bout de 19 ans après la naissance de leur premier enfant que cette pénalité disparaît complètement. La maternité s’accompagne également d’une baisse durable du nombre d’heures travaillées.

Étudier les effets de l’action publique

Ces pénalités annuelles s’additionnent. Nous estimons que la maternité a coûté à la Danoise moyenne plus de 100 000 euros de revenus cumulés au cours des 20 premières années suivant la naissance de son premier enfant – soit près de 12 % de ce qu’elle aurait gagné sur cette période si elle était restée sans enfant.

La majorité des mères de l’échantillon, lorsqu’elles étaient en emploi avant l’accouchement, pouvaient bénéficier de quatre semaines de congé payé avant la naissance et de 24 semaines après. Elles avaient la possibilité de transférer jusqu’à dix semaines de ce congé rémunéré au père de l’enfant. Les modalités de ce dispositif ont changé au cours du temps.

Le gouvernement danois verse également des allocations familiales – des versements destinés aux parents d’enfants de moins de 18 ans. Ces aides sont parfois appelées « allocations pour enfants ».

Le Danemark dispose également d’autres dispositifs, comme les allocations logement, accessibles à l’ensemble de la population mais plus généreuses pour les parents ayant des enfants vivant au foyer.

À partir des mêmes données, Christensen et moi avons ensuite estimé comment la maternité influe sur les montants que les mères danoises reçoivent de l’État. Nous cherchions à savoir si ces revenus publics suffisent à compenser la perte de revenus issus de leur activité professionnelle.

Nous avons constaté que la maternité entraîne une augmentation immédiate des aides publiques perçues par les mères danoises. L’année de la naissance ou de l’adoption de leur premier enfant, les femmes ont reçu plus de 5 900 euros supplémentaires de la part de l’État par rapport à ce qu’elles auraient perçu si elles étaient restées sans enfant. Cette somme ne compensait pas entièrement la perte de revenus d’activité, mais elle en réduisait sensiblement l’ampleur.

L’écart entre les montants versés par l’État aux mères et ceux qu’elles auraient perçus en l’absence d’enfant s’est estompé dans les années qui ont suivi la naissance ou l’adoption du premier enfant. Toutefois, nous avons mis en évidence une hausse durable des revenus issus des aides publiques pour les mères – y compris 20 ans après leur première maternité.

Au total, nous estimons que l’État danois a compensé environ 80 % de la pénalité maternelle sur les revenus pour les femmes étudiées. Si les mères ont perdu environ 101000 euros de revenus par rapport aux femmes sans enfant au cours des deux décennies suivant la naissance de leur premier enfant, elles ont perçu environ 85000 euros d’aides publiques, de sorte que leur perte de revenus totale n’a été que d’environ 16000 euros.

Des aides pour les parents d’enfants plus âgés

Nos résultats montrent que les aides publiques ne compensent pas entièrement les pertes de revenus des mères danoises. Mais elles y contribuent largement. Comme la plupart des pays offrent des prestations parentales moins généreuses, le Danemark ne constitue pas un cas représentatif. Il s’agit plutôt d’un cas test, qui montre ce qu’il est possible d’accomplir lorsque les pouvoirs publics font du soutien financier aux parents une priorité.

Autrement dit, un soutien financier public solide en faveur des mères peut rendre la maternité plus soutenable sur le plan économique et favoriser l’égalité femmes-hommes en matière de ressources économiques.

Comme la pénalité maternelle est la plus forte après la naissances, les aides publiques ciblant les mères de nourrissons, comme le congé parental rémunéré, peuvent être particulièrement précieuses. Les subventions à la garde d’enfants peuvent également aider les mères à reprendre le travail plus rapidement.

Le caractère durable de la pénalité maternelle montre toutefois que ces aides de court terme ne suffisent pas à l’éliminer totalement. Des dispositifs accessibles à toutes les mères d’enfants de moins de 18 ans, comme les allocations familiales, peuvent contribuer à compenser la pénalité maternelle à long terme pour les mères d’enfants plus âgés.

The Conversation

Alexandra Killewald ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Comment la politique familiale généreuse du Danemark réduit de 80% la « pénalité maternelle » – https://theconversation.com/comment-la-politique-familiale-genereuse-du-danemark-reduit-de-80-la-penalite-maternelle-275145

Comment la politique familiale généreuse du Danemark réduit-elle de 80% la « pénalité maternelle »

Source: The Conversation – in French – By Alexandra Killewald, Professor of Sociology, University of Michigan

Congé parental, garde d’enfants, allocations familiales : l’expérience danoise montre que le calendrier et la durée des aides comptent autant que leur montant pour réduire la pénalité maternelle.


Pour de nombreuses femmes dans le monde, la maternité se paie au prix fort dans la vie professionnelle. Élever des enfants tend à entraîner des salaires plus faibles et une réduction du temps de travail pour les mères – mais pas pour les pèresdans le monde entier..

Sociologue, j’étudie la manière dont les relations familiales peuvent façonner les situations économiques. Par le passé, j’ai étudié comment la maternité tend à faire baisser les salaires des femmes, un phénomène que les sciences sociales appellent la « pénalité maternelle ».

Les programmes publics qui apportent un soutien financier aux parents peuvent-ils compenser cette pénalité salariale liée à la maternité ?

Une « pénalité maternelle »

Avec Therese Christensen, sociologue danoise, je me suis attachée à répondre à cette question en m’intéressant aux mères au Danemark – un pays scandinave doté de l’un des filets de sécurité sociale les plus solides au monde.

Plusieurs politiques danoises visent à aider les mères à rester en emploi. Par exemple, des services de garde d’enfants subventionnés sont proposés à tous les enfants dès l’âge de 6 mois et jusqu’à leur entrée à l’école primaire. Les parents n’en paient pas plus de 25 % du coût.

Mais même au Danemark, les mères voient leurs revenus chuter fortement, en partie parce qu’elles travaillent moins d’heures.

Une perte de 7 600 euros dès la première année

Dans un article qui sera publié prochainement dans European Sociological Review, Christensen et moi montrons que l’augmentation des revenus versés par l’État aux mères – notamment via les allocations familiales et le congé parental rémunéré – compense environ 80 % des pertes de revenus moyens des mères danoises.

À partir de données administratives de Statistics Denmark, l’agence publique chargée de collecter et de compiler les statistiques nationales, nous avons étudié les effets à long terme de la maternité sur les revenus de 104 361 femmes danoises. Nées au début des années 1960, elles sont devenues mères pour la première fois entre 20 et 35 ans.

Elles sont toutes devenues mères avant 2000, ce qui permet d’observer l’évolution de leurs revenus pendant des décennies après la naissance de leur premier enfant. Si les politiques du gouvernement danois ont évolué au fil de ces années, le congé parental rémunéré, les allocations familiales et d’autres prestations ont existé sans interruption sur cette période. Ces femmes avaient en moyenne 26 ans lors de leur première maternité, et 85 % d’entre elles ont eu plus d’un enfant.

Nous estimons que la maternité a entraîné une perte d’environ l’équivalent de 9 000 dollars américains (7 600 euros) de revenus pour les femmes – mesurés en dollars américains de 2022 corrigés de l’inflation – l’année de la naissance ou de l’adoption de leur premier enfant, par rapport à ce à quoi on pourrait s’attendre si elles étaient restées sans enfant. Si la pénalité maternelle s’atténue à mesure que les enfants grandissent, elle s’inscrit dans la durée.

Ce n’est qu’au bout de 19 ans après la naissance de leur premier enfant que cette pénalité disparaît complètement. La maternité s’accompagne également d’une baisse durable du nombre d’heures travaillées.

Étudier les effets de l’action publique

Ces pénalités annuelles s’additionnent. Nous estimons que la maternité a coûté à la Danoise moyenne plus de 100 000 euros de revenus cumulés au cours des 20 premières années suivant la naissance de son premier enfant – soit près de 12 % de ce qu’elle aurait gagné sur cette période si elle était restée sans enfant.

La majorité des mères de l’échantillon, lorsqu’elles étaient en emploi avant l’accouchement, pouvaient bénéficier de quatre semaines de congé payé avant la naissance et de 24 semaines après. Elles avaient la possibilité de transférer jusqu’à dix semaines de ce congé rémunéré au père de l’enfant. Les modalités de ce dispositif ont changé au cours du temps.

Le gouvernement danois verse également des allocations familiales – des versements destinés aux parents d’enfants de moins de 18 ans. Ces aides sont parfois appelées « allocations pour enfants ».

Le Danemark dispose également d’autres dispositifs, comme les allocations logement, accessibles à l’ensemble de la population mais plus généreuses pour les parents ayant des enfants vivant au foyer.

À partir des mêmes données, Christensen et moi avons ensuite estimé comment la maternité influe sur les montants que les mères danoises reçoivent de l’État. Nous cherchions à savoir si ces revenus publics suffisent à compenser la perte de revenus issus de leur activité professionnelle.

Nous avons constaté que la maternité entraîne une augmentation immédiate des aides publiques perçues par les mères danoises. L’année de la naissance ou de l’adoption de leur premier enfant, les femmes ont reçu plus de 5 900 euros supplémentaires de la part de l’État par rapport à ce qu’elles auraient perçu si elles étaient restées sans enfant. Cette somme ne compensait pas entièrement la perte de revenus d’activité, mais elle en réduisait sensiblement l’ampleur.

L’écart entre les montants versés par l’État aux mères et ceux qu’elles auraient perçus en l’absence d’enfant s’est estompé dans les années qui ont suivi la naissance ou l’adoption du premier enfant. Toutefois, nous avons mis en évidence une hausse durable des revenus issus des aides publiques pour les mères – y compris 20 ans après leur première maternité.

Au total, nous estimons que l’État danois a compensé environ 80 % de la pénalité maternelle sur les revenus pour les femmes étudiées. Si les mères ont perdu environ 101000 euros de revenus par rapport aux femmes sans enfant au cours des deux décennies suivant la naissance de leur premier enfant, elles ont perçu environ 85000 euros d’aides publiques, de sorte que leur perte de revenus totale n’a été que d’environ 16000 euros.

Des aides pour les parents d’enfants plus âgés

Nos résultats montrent que les aides publiques ne compensent pas entièrement les pertes de revenus des mères danoises. Mais elles y contribuent largement. Comme la plupart des pays offrent des prestations parentales moins généreuses, le Danemark ne constitue pas un cas représentatif. Il s’agit plutôt d’un cas test, qui montre ce qu’il est possible d’accomplir lorsque les pouvoirs publics font du soutien financier aux parents une priorité.

Autrement dit, un soutien financier public solide en faveur des mères peut rendre la maternité plus soutenable sur le plan économique et favoriser l’égalité femmes-hommes en matière de ressources économiques.

Comme la pénalité maternelle est la plus forte après la naissances, les aides publiques ciblant les mères de nourrissons, comme le congé parental rémunéré, peuvent être particulièrement précieuses. Les subventions à la garde d’enfants peuvent également aider les mères à reprendre le travail plus rapidement.

Le caractère durable de la pénalité maternelle montre toutefois que ces aides de court terme ne suffisent pas à l’éliminer totalement. Des dispositifs accessibles à toutes les mères d’enfants de moins de 18 ans, comme les allocations familiales, peuvent contribuer à compenser la pénalité maternelle à long terme pour les mères d’enfants plus âgés.

The Conversation

Alexandra Killewald ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Comment la politique familiale généreuse du Danemark réduit-elle de 80% la « pénalité maternelle » – https://theconversation.com/comment-la-politique-familiale-genereuse-du-danemark-reduit-elle-de-80-la-penalite-maternelle-275145

Sébastien Lecornu a-t-il bien fait d’utiliser le 49.3 pour l’adoption du budget ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Alexandre Guigue, Professeur de droit public, Université Savoie Mont Blanc

Le premier ministre Sébastien Lecornu a privilégié la recherche de compromis sur les textes financiers avant de changer de stratégie en janvier, face au blocage de la discussion budgétaire. En choisissant finalement le 49.3, le premier ministre est revenu sur sa promesse. Mais quelles options se présentaient à lui ? Le choix du 49.3 était-il justifié ?


Après sa nomination, Sébastien Lecornu a laissé nombre d’observateurs perplexes en déclarant vouloir privilégier la négociation au passage en force, prenant même l’engagement de ne pas recourir au 49.3. Or, depuis les législatives de 2022, les premiers ministres ont fait adopter toutes les lois de finances initiales au 49.3, rendant la procédure presque banale.

Depuis la dissolution de 2024 et la tripartition de l’Assemblée nationale qui en a résulté, le recours au 49.3 semblait plus inéluctable encore. Aussi, l’annonce du nouveau premier ministre marquait une rupture, comme si la composition de l’Assemblée avait fini par contraindre l’exécutif à un changement de méthode. En cherchant la voie du compromis, le gouvernement semblait enfin suivre l’exemple d’autres pays européens où règne la culture du compromis, comme l’Allemagne ou la Belgique.

Mais cette approche était aussi risquée. Si elle a permis l’adoption surprise du projet de loi de financement de la Sécurité sociale en décembre 2025, la loi de finances initiale s’annonçait autrement plus difficile, tant les groupes politiques refusaient de s’entendre. Constatant l’impasse du débat après sa reprise le 13 janvier 2026, le gouvernement a donc demandé la suspension des débats prévus et a commencé à préparer une ordonnance.

En effet, le délai de 70 jours imparti au Parlement pour se prononcer sur le texte était dépassé, ce qui rendait la prise de celle-ci possible à tout moment. Elle aurait présenté l’avantage de doter la France d’un budget complet pour 2026, mais elle n’aurait pas prémuni le gouvernement d’une éventuelle censure spontanée. Interpellée dans l’Hémicycle, le 15 janvier 2026, la ministre des comptes publics Amélie de Montchalin a annoncé que le gouvernement était face à un choix : le 49.3 ou l’ordonnance. L’exécutif a donc hésité, l’Élysée et le gouvernement semblant même s’opposer sur la voie à suivre, avant d’opter pour le 49.3, un choix finalement moins brutal et moins risqué qu’une ordonnance.

Pourquoi choisir le 49.3 plutôt que l’ordonnance ?

Ordonnance et 49.3 sont deux voies exceptionnelles qui malmènent le Parlement. Mais le 49.3 présente au moins deux avantages par rapport à l’ordonnance.

Premièrement, l’ordonnance permet au gouvernement de mettre en vigueur seul le projet de loi de finances. En court-circuitant le Parlement, il le prive de son pouvoir fondamental de consentir à l’impôt. C’est ce qui explique en partie qu’aucun gouvernement n’y a eu recours depuis 1958 alors qu’il en a régulièrement eu la possibilité. En effet, une ordonnance peut être prise dès l’expiration du délai de soixante-dix jours calendaires donné au Parlement pour se prononcer. Mais la Constitution ne le rend ni automatique ni obligatoire. Le gouvernement peut aussi décider d’accorder plus de temps au Parlement pour lui permettre de se prononcer, quitte à le presser un peu en recourant à la procédure du vote bloqué (44.3 ou, bien sûr, au 49.3.

Dans l’esprit des rédacteurs de la Constitution, la menace de l’ordonnance a plus pour objectif d’inciter les parlementaires à tenir leur délai que de les mettre totalement à l’écart. La logique des règles budgétaires françaises est de favoriser l’adoption du projet de loi de finances par des votes, amendement par amendement et disposition par disposition. Si le gouvernement a les moyens juridiques de forcer un peu les choses, le consentement du Parlement reste requis. Même avec le 49.3, les députés conservent un certain droit de regard, puisqu’ils peuvent refuser le texte en renversant le gouvernement. C’est ce qui s’est produit en 2025 pour le gouvernement Barnier. Avec une ordonnance, au contraire, le dessaisissement est total et le texte peut ne pas tenir compte des débats parlementaires.

Deuxièmement, le contenu de la loi de finances peut ne pas être le même selon qu’il est mis en vigueur par ordonnance ou que le texte est adopté par 49.3. En effet, le premier ministre peut choisir la version du texte sur laquelle il engage la responsabilité de son gouvernement, par exemple une version qui comporte des amendements acceptés par les deux assemblées. La situation est moins claire s’agissant de l’ordonnance et la question a divisé les juristes. Pour certains, comme l’article 47.3 indique que « les dispositions du projet peuvent être mises en vigueur par ordonnance », il faut comprendre qu’il s’agit du « projet initial » du gouvernement. Pour d’autres, rien n’empêche le gouvernement de retenir des amendements. Si cette seconde thèse nous paraît la plus convaincante, le gouvernement Lecornu a prudemment suivi la première en reprenant presque intégralement sa copie initiale dans l’ordonnance qu’elle a préparée. Si celle-ci avait été prise, les débats parlementaires n’auraient servi à rien et la mise à l’écart du Parlement aurait été totale, malgré la tentative du premier ministre de rassurer les groupes politiques, en particulier le groupe socialiste. Finalement, en choisissant une telle ordonnance, le premier ministre se serait plus exposé au vote positif d’une motion de censure spontanée qu’en engageant la responsabilité de son gouvernement sur une version du texte qui tient compte d’une partie au moins des débats parlementaires.

Les conséquences du recours à l’article 49.3

Pour faire adopter le projet de loi de finances, Sébastien Lecornu a dû recourir au 49.3 à trois reprises : une première fois sur la première partie du texte, une deuxième fois sur la deuxième partie et une dernière fois en lecture définitive. Avec le rejet de la première motion de censure, l’adoption du texte est devenue certaine. Pourtant, les conséquences de chaque scrutin n’étaient pas les mêmes pour la loi de finances.

En effet, en cas de motion positive après recours au 49.3 sur la première partie ou la deuxième partie du projet, le texte aurait été considéré comme rejeté puis renvoyé au Sénat, c’est-à-dire que la procédure aurait pu se poursuivre. Comme le Parlement ne se serait alors pas définitivement « prononcé » au sens de l’article 47.3 de la Constitution, un nouveau gouvernement nommé par Emmanuel Macron aurait pu prendre une ordonnance financière.

Supposons maintenant qu’une motion de censure ait été votée positivement lors de la lecture définitive du texte à l’Assemblée, c’est-à-dire lors du troisième recours au 49.3. Le renversement du gouvernement aurait entraîné le rejet définitif du projet de loi de finances et le Parlement se serait alors définitivement prononcé, au sens du texte constitutionnel. Le gouvernement démissionnaire aurait alors continué à prélever les impôts existants et à dépenser dans le cadre des services votés sur le fondement de la loi de finances spéciale adoptée fin décembre. Mais, après sa nomination, un nouveau gouvernement n’aurait pas pu prendre une ordonnance, les conditions pour celles-ci n’étant pas réunies. Il aurait été contraint de présenter aux députés un nouveau projet de loi de finances et de relancer une nouvelle procédure budgétaire, avec des conséquences pénibles pour le pays.

Fin du marathon budgétaire

En réussissant son pari grâce au 49.3, Sébastien Lecornu a mis un terme au marathon budgétaire. Mais il a aussi évité une voie brutale qui l’aurait fortement exposé au risque de censure.

Il reste que la loi de finances pour 2026 ne contente personne et que les difficultés ne sont que repoussées. Il sera, en effet, difficile de faire adopter une loi de finances rectificative dans les mois qui viennent.

Par surcroît, le ministère de l’économie et des finances travaille déjà sur le projet de loi de finances 2027. Au mois de juin, les députés devront à nouveau débattre des orientations budgétaires du pays avant que le premier ministre ne revienne à l’automne devant les assemblées pour présenter le nouveau projet. Autant dire que le temps est encore long avant l’échéance de l’élection présidentielle de 2027.

The Conversation

Alexandre Guigue est membre de la Société française de finances publiques et l’Association française de droit constitutionnel qui sont des associations d’intérêt public à caractère purement universitaire et scientifique. Il a reçu des financements de l’Université Savoie Mont Blanc pour différents projets scientifiques dans le cadre de ses fonctions d’enseignant-chercheur.

ref. Sébastien Lecornu a-t-il bien fait d’utiliser le 49.3 pour l’adoption du budget ? – https://theconversation.com/sebastien-lecornu-a-t-il-bien-fait-dutiliser-le-49-3-pour-ladoption-du-budget-275101

Winter Olympians often compete in freezing temperatures – physiology and advances in materials science help keep them warm

Source: The Conversation – USA – By Cara Ocobock, Assistant Professor of Anthropology, University of Notre Dame

The 2026 Milan Cortina Winter Olympics promise relatively mild – but still chilly – temperatures compared to past games. Alex Pantling/Getty Images

The Winter Olympics and Paralympics are upon us once again. This year the games come to Milan and Cortina d’Ampezzo, Italy, where weather forecasts are predicting temperatures in the upper 30s to mid-40s Fahrenheit (1 to 10 degrees Celsius).

These temperatures are a good deal warmer than one might expect for winter, particularly in a mountainous area. They’re warm enough that athletes will need to adjust how they are preparing their equipment for competition, yet still cold enough to affect the physiology of athletes and spectators alike.

As a biological anthropologist and a materials scientist, we’re interested in how the human body responds to different conditions and how materials can help people improve performance and address health challenges. Both of these components will play a key role for Olympic athletes hoping to perform at their peak in Italy.

Athletes in the cold

The athletes taking part in outdoor events are no strangers to cold and unpredictable weather conditions. It is an inherent part of their sports. Though it is highly unlikely the athletes this year will be exposed to extreme cold, the outdoor conditions will still affect their performance.

A group of athletes wearing thick jackets, hats and face coverings take a picture together.
U.S. Olympians bundle up during a welcome event at the 2018 Winter Olympics.
Loic Venance/AFP via Getty Images

One concern is dehydration, which can be less noticeable, as sweating is typically less frequent and intense in cold conditions. However, cold temperatures also mean lower relative humidity. This dry air means the body needs to use more of its own water to moisten the air before it reaches the delicate lungs. Athletes breathing heavily during competition are losing more body water that way than they would in more temperate conditions.

When cold, the body also tends to narrow its blood vessels to better maintain core body temperature. Narrower blood vessels lose less heat to the cooler air, but this results in the body pushing more fluid out of the circulatory system and toward the kidneys, which then increases urine output.

Though the athletes may not be sweating to the same degree as they would in warmer temperatures, they are still sweating. Athletes dress to improve their performance and protect themselves from cold. The layers of clothing and material used in conjunction with the heat produced from physical activity can lead to sweating and create a hot, wet space between the athlete’s body and what they are wearing.

This space is not only another site of water loss, but also a potential problem for athletes who need to take part in different rounds or runs for their competition – for example, the initial heats for skiing or snowboarding.

These athletes are physically active and working up a sweat, and then they wait around for their next heat. During this waiting period, that damp layer of sweat will make them more vulnerable to body heat loss and cold injury such as frostbite or hypothermia. Athletes must stay warm between rounds of competition.

Science of winter apparel

Staying warm is all about materials selection and construction.

Many apparel companies adopt a three-layer system approach to keep wearers warm, dry and comfortable. Specifically, there is a bottom layer – in direct contact with the skin – that is typically composed of a moisture-wicking synthetic fabric such as nylon or a natural fabric such as wool.

The second layer in winter apparel is an insulating one that is generally porous to trap warm air generated by the body and to slow heat loss. Great options for this are down and fleece.

The final layer is the external protection layer, which keeps you dry and protected from the elements. This layer needs to be waterproof and breathable to keep the inner insulating layers dry but to simultaneously let out sweat. Polyester and acrylic are good options here, as they are lightweight, durable and resist moisture.

A snowboarder wearing a puffy jacket, snow pants and an Olympic rings bib, grips his board as he flies through the sky.
Many athletes, like this snowboarder in the 2014 Sochi Olympic Games, must bundle up to compete in chilly temperatures.
Javier Soriano/AFP via Getty Image

The gear athletes wear can be customized to their needs. For example, the synthetic fabrics used on the innermost layer are versatile, and engineers can introduce new properties and functionalities for users. Adding a specific coating to a fabric like nylon can give it new properties – such as wind and water resistance.

Frequently, both the synthetic fibers and the coatings materials scientists add to them are made up of polymers, which are long chains of molecules. They can be human-made and petroleum-based, like polyethylene trash bags, polyester and Teflon. But polymers can also be natural and derived from nature. Your DNA and the proteins in your body are examples of polymers.

In addition to polymer technology, conventional battery-powered heating jackets are also an option.

Smart materials

As an added bonus, there is also a class of smart materials called phase change materials that are made of polymers and composite materials. They automatically absorb excess body heat when too much is created and release it again to the body when needed to passively regulate your body temperature. These materials release or take in heat as they transition between solid and liquid states and respond to the body’s natural cues.

Phase change materials are less about warming you up. Instead, they work by keeping your temperature balanced.

While these aren’t commonly used in the gear athletes wear, NASA has been experimenting with them for a long time, and many commercially available products leverage this technology. Cooling fabrics, such as bedding and towels, are often made of phase change textiles because they do not overheat you.

Risks to the rest of us

Athletes are not the only ones at risk for cold injury.

While most of us will be watching the Games with the comfort of indoor heating, thousands of people and support staff will be watching or working those outdoor events in person. Unlike the athletes, these individuals will not have the added benefit of their bodies producing extra heat from exercise. The nonathletes in attendance will be at greater risk in the cold.

A stand full of cheering fans wearing winter gear and Russian colors.
Spectators put on jackets, hats and layers to watch the biathlon race at the 2014 Olympics in Sochi, Russia.
Alberto Pizzoli/AFP via Getty Images

If you’re planning to spectate or work at an event this winter, drink more water than usual and time your bathroom breaks accordingly. Plan to wear several layers of clothing you can add and remove as needed, and pay special attention to the more vulnerable parts of the body, such as the hands, feet and nose.

Colder temperatures elicit a variety of metabolic responses in the body. One example is shivering, caused by tiny muscle contractions that produce heat. Your body’s brown adipose tissue – a type of fat – also becomes active and produces heat rather than energy.

Both of these processes burn extra calories, so expect to be more hungry if you’re out in the cold for a while. Trips to the bathroom or to get food are a welcome opportunity to warm up – especially those hands and feet.

It is easy to think of Olympians as exceptional athletes at the mercy of Mother Nature’s cold wrath. However, both the human body’s natural physiology and the impressive advances scientists have made in winter apparel technology will keep these athletes warm and performing at their best.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Winter Olympians often compete in freezing temperatures – physiology and advances in materials science help keep them warm – https://theconversation.com/winter-olympians-often-compete-in-freezing-temperatures-physiology-and-advances-in-materials-science-help-keep-them-warm-275070

Why walking in a national park in the dark prompts people to turn off lights at home

Source: The Conversation – UK – By Jenny Hall, Associate Professor in Tourism and Events, York St John University

Andy Burns

As soon as you drive over the top of the Peak District and down into Sheffield you can see the light pollution – and it’s horrible, said a participant in a research project into darkness and light pollution.

In the last 100 years, the places where people can experience darkness have reduced dramatically. Now only 10% of the people living in the western hemisphere experience places with dark skies, where there is no artificial light. And the starry skies they can see are limited by artificial light. The number of stars that people can see from most of the western hemisphere is getting fewer and fewer.

Researchers trying to find out about public attitudes to darkness attended events over three days in the North York Moors National Park. Here, in one of the UK’s seven dark sky reserves (where light pollution is limited), the researchers explored how immersive and fun experiences, such as guided night walks and stargazing and silent discos, reshaped public perceptions of natural darkness and sparked ideas of what they might change in their lives.

Working with a professional film-maker, the research team recorded how people responded to taking part in events in darkness. Participants in the research included five tourism businesses, two representatives from the park and 94 visitors.

People in the dark walking with head torches during a dark sky event.
People walking with head torches in a dark sky event in North Yorkshire.
Andy Burns.

Darkness disappears

Light pollution is increasing globally by approximately 10% per year (estimated by measuring how many stars can be seen in the sky at night), diminishing night skies and disrupting ecosystems.

But increasing awareness of light pollution has led to an increase in national parks hosting events to explore this issue, according to my recent study.

A sign saying international dark sky reserve.

Andy Burns., CC BY-SA

The study’s findings indicated that participants in the North York Moors Dark Sky Festival events not only started to feel more comfortable in natural darkness but also talked about changing their own lifestyle, including using low-impact lighting in their homes, asking neighbours to switch off lights in their gardens at night, and monitoring neighbourhood light levels.

The research team used filming and walking with visitors to capture not just what people said, but what they did in darkness. During guided walks, participants experimented with moving without head‑torches, cultivating night vision, and tuning into sound, smell and learning how to find their way around without artificial light.

Walking in silence helped visitors build a deeper connection with the nocturnal environment. One visitor said that being in the dark just for that moment of peace, and just to listen and tune in to the environment was a privilege and something to conserve.

One said: “I remember as a child I’d see similar stuff from a city [and that] sort of thing, and now we’re doing whatever we can do to save things like this.”

Visitors reported leaving with new skills, greater awareness and commitment, such as putting their lights at home on timers, and working on bat protection projects. These actions demonstrate that this kind of experience in nocturnal environments can change behaviour far beyond festivals.

Dark Sky activists, such as those in the North York Moors National Park, have learned that the public connect with the issues around light pollution and become more engaged if the activities are fun.

Shared experiences help people understand complex messages about climate, biodiversity, and responsible lighting, and help people feel more confident about walking in the dark. Several participants commented that walking without light was good and wasn’t as bad as they thought. Another said: “I find walking at night with a full moon is really quite a magical experience.”

By the end of the walk, some visitors (when on relatively easy ground) were happy to switch head torches off and enjoy feeling immersed within the nocturnal landscape.

Dark‑sky festivals show how joy and fun can build public awareness and an understanding of why darkness matters.

However, limited public transport to rural night events as well as safety concerns about walking in darkness, and the cost of festivals all restrict participation.

Why light is a problem

Research shows that artificial light at night disrupts circadian rhythms, impairs some species ability to find their way around and is a cause of declining populations of insects, bats and other nocturnal fauna.

There is also evidence that outdoor lighting generates needless emissions and ecological harm that is intensifying at an alarming rate.

North Yorks dark skies discussed.

To rethink this shift, the study argues that darkness could be considered a shared environmental “good”, requiring collective care to prevent overuse, damage and pollution.

Small changes in lighting shielding (which controls the spread of light), warmer coloured lights, and half lighting (switching street lighting off at midnight) can be significant and less damaging to animal life.

The national park’s next major step has been to establish a Northern England Dark-Sky Alliance to halt the growth of light pollution outside the park boundaries, particularly along the A1 road in northern England, which would help restore natural darkness for nocturnal migratory species, such as birds like Nightjars.

If we can make living with more darkness in our streets, and in our leisure time, feel more normal and more comfortable, then nighttime becomes not something that needs to be fixed, but a shared commons to be restored.

Jenny Hall is a speaker at an upcoming discussion on Cities Under Stars: Tackling Light Pollution in Cities, in conjunction with The Conversation, as part of this year’s Dark Skies Festival. Find out more, and come along.

The Conversation

Jenny Hall does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Why walking in a national park in the dark prompts people to turn off lights at home – https://theconversation.com/why-walking-in-a-national-park-in-the-dark-prompts-people-to-turn-off-lights-at-home-272321

Melania: how the role of US first lady has changed over the years

Source: The Conversation – UK – By Sarah Trott, Senior Lecturer in American Studies and History, York St John University

The first lady of the US, a title typically held by the wife of the president, has never been a fixed cultural figure. Instead, she has functioned as a screen on to which the nation projects its ideals, anxieties and evolving ideas about womanhood and power.

With the release of Amazon’s new Melania documentary, which details Melania Trump in the 20 days before her husband’s second presidential inauguration in January 2025, that long tradition of reinterpretation is once again visible. It reminds us that the first lady is as much a cultural symbol as a political presence.

The earliest first ladies largely framed themselves as extensions of domestic virtue. Martha Washington, who became the nation’s inaugural first lady in 1789, set the tone as what some people have called a hostess-in-chief. She established her role as one of duty and moral stability, not ambition, helping prove the US could have national leadership without monarchy.

The Washington family.
George Washington (far left) and Martha Washington (far right).
Everett Collection / Shutterstock

Throughout the 19th century, first Ladies like Dolley Madison (wife of James Madison) expanded the role subtly. They used social gatherings and personal charm to shape public opinion and support presidential authority. Madison used social spaces like drawing rooms as informal diplomatic zones, making it socially acceptable – and even expected – for political rivals to mingle politely.

These first ladies achieved this while still being publicly understood as guardians of home and civility. Cultural representations – from portraits to newspaper sketches – emphasised grace, femininity and restraint. This reinforced the idea that women’s power should remain indirect.

Embracing advocacy

In the 20th century, Eleanor Roosevelt marked a decisive shift by embracing advocacy. She became an active moral voice during the New Deal era, a period that saw President Franklin D. Roosevelt enact various programmes and reforms to combat the great depression. Eleanor Roosevelt spoke openly about civil and women’s rights, labour and poverty.

Culturally, she was portrayed not as a decorative spouse but as a reformer and the conscience of the nation. This redefinition opened space for later US first ladies to navigate their public roles more openly.

Jackie Kennedy, for instance, professionalised the role of first lady. Kennedy, who spoke multiple languages and adapted her style to different audiences, used her first ladyship as a legitimate political tool of cultural diplomacy. Foreign leaders and the press were disarmed by her charm and elegance, with President John F. Kennedy jokingly introducing himself as “the man who accompanied Jacqueline Kennedy to Paris” on an official visit to France in 1961.

She also led a project to restore the White House, turning it into a symbol of American civilisation and not just politics. These efforts led to a televised tour in 1962, in which Kennedy invited Americans into the White House and showcased her work in restoring its history. It also humanised Kennedy and made her the first in the role to truly master television.

By the late 20th century, the role of first lady became a site of ideological debate. Hillary Clinton openly engaged in policy work, especially healthcare reform. She led ultimately unsuccessful efforts to pass the Health Security Act in 1993, which aimed to restructure the American healthcare system to ensure universal coverage.

Cultural responses to Clinton were polarised. She was celebrated as a feminist trailblazer by some and criticised for overstepping an unelected role by others. Satire, late-night television and news commentary increasingly treated the first lady as a political figure subject to scrutiny, not merely a symbolic companion to the president.

Like Clinton, Michelle Obama was a visible policy advocate. She used media and popular culture strategically, promoting causes such as support for military families, healthy eating or higher education through social media challenges and television appearances. Obama also spoke candidly about race and identity, framing her position as an active platform for social change and to inspire future first ladies globally.

She looked to position young people – especially girls – as agents of change through her Reach Higher and Let Girls Learn education initiatives. And Obama’s 2020 documentary, Becoming, offered the American public an expanded insight into what a former first lady’s political influence can look like after the White House.

Michelle Obama introduces 2016 Democratic presidential candidate Hillary Clinton at a campaign event.
Michelle Obama introduces 2016 Democratic presidential candidate Hillary Clinton at a campaign event in North Carolina.
Joseph Sohm / Shutterstock

While holding no formal authority, the US first lady occupies one of the most visible platforms in American public life. This makes the role especially revealing of what Americans expect from women and leadership. First ladies have historically been expected to embody the nation’s moral tone, demonstrate unity above partisanship and act as ceremonial “mother” to the nation.

However, since initially becoming first lady in 2016, Melania Trump has largely maintained distance both from the role and traditional advocacy. Her public image has instead leaned heavily on visual symbolism such as fashion, posture and reserve. She has also been widely seen as partisan. In 2018, for example, she wore a jacket emblazoned with “I really don’t care, do you?” during a trip to a migrant child detention centre on the US-Mexico border.

The behind-the-scenes Amazon documentary, which coincides with two West End plays about former first lady Mary Todd Lincoln, comes at a moment of active cultural engagement with how female figures in political spheres are perceived and narrated. It offers the current first lady a chance to shape her own public narrative rather than being defined by the press.

Melania Trump’s editorial control of the documentary suggests she wants the public to see her as a distinct entity from the president, with her own agenda and vision. In the documentary itself, she also hints at having ambitions that extend beyond the traditional ceremonial aspects of the first ladyship.

From references to reinventing the office of first lady to thinking about how lawmakers could do their jobs better, it appears Trump is aiming to cultivate a narrative in which she is seen both as independent and influential enough to shape political culture. Whether she evolves the first lady role in any meaningful way will become clear in the years ahead.

The Conversation

Sarah Trott does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Melania: how the role of US first lady has changed over the years – https://theconversation.com/melania-how-the-role-of-us-first-lady-has-changed-over-the-years-274662

The truth about energy: why your 40s feel harder than your 20s, but there may be a lift later on

Source: The Conversation – UK – By Michelle Spear, Professor of Anatomy, University of Bristol

Some of us remember having more energy in our 20s. We could work late, sleep badly, have a night out, recover quickly and still feel capable the next day. By our 40s, that ease has often gone. Fatigue feels harder to shake. It’s tempting to assume this is simply the ageing process – a one‑way decline.

The truth is that the 40s are often the most exhausting decade, not because we are old, but because several small biological changes converge at exactly the same time that life’s demands often peak. Crucially, and optimistically, there is no reason to assume that energy must continue to decline in the same way into our 60s.

Energetic 20s

In early adulthood, multiple systems peak together.

Muscle mass is at its highest, even without deliberate training. As a metabolically active tissue, muscle helps regulate blood sugar and reduces the effort required for everyday tasks. Research shows that skeletal muscle is metabolically active even at rest and contributes substantially to basal metabolic rate (the energy your body uses just to keep you alive when you’re at rest). When you have more muscle, everything costs less energy.

At the cellular level, mitochondria – the structures that convert food into usable energy – are more numerous and more efficient. They produce energy with less waste and less inflammatory byproduct.

Sleep, too, is deeper. Even when sleep is shortened, the brain produces more slow‑wave sleep, the phase most strongly linked to physical restoration.

Hormonal rhythms are also more stable. Cortisol, often described as the body’s stress hormone, melatonin, growth hormone and sex hormones follow predictable daily patterns, making energy more reliable across the day.

Put simply, energy in your 20s is abundant and forgiving. You can mistreat it and still get away with it.

Exhausting 40s

By midlife, none of these systems has collapsed, but small shifts start to matter.

Muscle mass begins to decline from the late 30s onwards unless you exercise to maintain it. This in itself is a top tip – do strength training. The loss of muscle is gradual, but its effects are not. Less muscle means everyday movement costs more energy, even if you don’t consciously notice it.

Mitochondria still produce energy, but less efficiently. In your 20s, poor sleep or stress could be buffered. In your 40s, inefficiency is exposed. Recovery becomes more “expensive”.

Sleep also changes. Many people still get enough hours, but sleep fragments. Less deep sleep means less repair. Fatigue feels cumulative rather than episodic.

Hormones don’t disappear in midlife – they fluctuate, particularly in women. Variability, not deficiency, disrupts temperature regulation, sleep timing and energy rhythms. The body copes better with low levels than with unpredictable ones.

Then there is the brain. Midlife is a period of maximum cognitive and emotional load: leadership, responsibility, vigilance and caring roles. The prefrontal cortex – responsible for planning, making decisions and inhibition – works harder for the same output. Mental multitasking drains energy as effectively as physical labour.

This is why the 40s feel so punishing. Biological efficiency is beginning to shift at exactly the moment when demand is highest.

A business woman hard at work at her desk.
Midlife is often a time of maximum cognitive load.
Krakenimages/Shutterstock.com

Hopeful 60s

Later life is often imagined as a continuation of midlife decline; however, many people report something different.

Hormonal systems often stabilise after periods of transition. Life roles may simplify. Cognitive load can reduce. Experience replaces constant active decision‑making.

Sleep doesn’t automatically worsen with age. When stress is lower and routines are protected, sleep efficiency can improve – even if total sleep time is shorter.

Crucially, muscle and mitochondria still adapt surprisingly well into later life. Strength training in people in their 60s, 70s and beyond can restore strength, improve metabolic health and increase subjective energy within months.

This doesn’t mean later life brings boundless energy, but it often brings something else: predictability.

Good news?

Across adulthood, energy shifts in character rather than simply declining. The mistake we make is assuming that feeling tired in midlife reflects a personal failing, or that it marks the start of an unavoidable decline. Anatomically, it is neither.

Midlife fatigue is best understood as a mismatch between biology and demand: small shifts in efficiency occurring at precisely the point when cognitive, emotional and practical loads are at their highest.

The hopeful message is not that we can reclaim our 20-year-old selves. Rather, it is that energy in later life remains highly modifiable, and that the exhaustion so characteristic of the 40s is not the endpoint of the story. Fatigue at this stage is not a warning of inevitable decline; it is a signal that the rules have changed.

The Conversation

Michelle Spear does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. The truth about energy: why your 40s feel harder than your 20s, but there may be a lift later on – https://theconversation.com/the-truth-about-energy-why-your-40s-feel-harder-than-your-20s-but-there-may-be-a-lift-later-on-274250

Climate storytelling often ignores young people – arts-based research can change that

Source: The Conversation – UK – By Bobby Smith, Associate Professor of Theatre and Performance, University of Warwick

One autumn evening in 2021, I was co-facilitating the first of ten creative sessions with young people in the Daimler Warehouse, Coventry. It’s home to Highly Sprung Physical Performance, a partner in a pilot project called With One Breath. I was there to use theatre, photography and creative writing to explore the climate crisis.

My collaborator, Becky Warnock, a socially engaged artist, ran an exercise to take stock of how the group were feeling about the issue. She asked them to place themselves on a continuum in response to a series of statements – one end of the room meant they agreed with the statement, while the other end meant they disagreed.

It became clear that many young people are incredibly knowledgeable about the climate crisis. However, when Warnock asked them to respond to the statement, “I have a voice in climate change debates”, most of the group huddled on one side of the room, showing that they “disagreed”.


The climate crisis has a communications problem. How do we tell stories that move people – not just to fear the future, but to imagine and build a better one? This article is part of Climate Storytelling, a series exploring how arts and science can join forces to spark understanding, hope and action.


My research examines what happens when artists engage directly with communities through the co-creation of art. Since 2019, I have worked in collaboration with Rachel Turner-King. We have worked in a range of settings and partnerships including schools, community centres, parks and performance spaces in Coventry, Kampala and Nairobi.

We have called this work Acting on Climate. Underpinning our projects are techniques which engage young people in discussion and act as prompts to explore local environments and share stories. We are also interested in exploring the impact of climate crisis in other parts of the world, and the perspectives of people living in these places.

Young people are often overlooked in discussions about the climate crisis. And yet they stand to be most profoundly affected by it. With One Breath sought to place young people at the heart of this discussion through collaboration across borders.

The project included the use of games and techniques adapted from drama practitioner Augusto Boal’s Theatre of the Oppressed. We tasked young people with using photography and film to document and reflect on the areas they live in. We encouraged them to shape the work and decide what to focus on. Three themes were identified: investigating power and responsibility; reflecting on processes of globalisation; and producing positive visions for alternative futures.

The project prompted dialogue across the two locations. While many young people in the UK felt insulated from the immediate impacts of the climate crisis, hearing from Ugandans already living with and adapting to environmental disruption made those unequal realities impossible to ignore.

Our work highlighted that young people often feel a lack of agency to make change, but also feel simplistically portrayed and tokenised as beacons of hope and change. This tokenisation places responsibility on young people to adapt to, and transform, a problem that they have had little role in creating.

Communities in countries like Uganda are frequently excluded and marginalised when it comes to conversations and action on the climate crisis, so the young people we worked with in that country faced a double bind. They are both marginalised due to their age and where they are from.

As such, this transnational project provided an opportunity to amplify voices not typically heard.

Complexity and collaboration

My research took on new dimensions through Fair Play Kenya 2025, a festival at the National Theatre in Nairobi as part of the British Council’s Kenya 2025 season.

The festival considered relationships between climate crisis, conflict and land justice. One strand involved connecting three groups of young people from Nairobi, Derry/Londonderry and Birmingham through in person and online workshops. To do so, a partnership was formed involving Amani People’s Theatre and ZamaleoACT in Kenya, The Gap Arts Project in Birmingham and The Playhouse in Northern Ireland.

During this short project, young people met online, sharing discoveries and testing ideas. The process is documented in a short film sharing their work and views.

The short film following the young people’s partnership.

In Derry/Londonderry, participants decided to explore land and ancient Celtic culture and the rights of nature, leading them to focus on the mismanagement of Lough Neagh.

Alternatively, in Birmingham young people were concerned by the lack of access to nature, and how this intersects with the climate crisis. Participants in Nairobi explored land justice and what land means to them in their everyday lives. A particularly striking aspect of this group’s work was the reflection on Carbon Credit deals forcing Kenyans off of their land under unjust terms and conditions.

From projects such as Fair Play, we have come to understand that working creatively across borders is inherently messy, complex work. The choices that we all make on a daily basis implicate us in causing environmental harm, but an individualised approach to climate action is unlikely to succeed on its own.

Through artistic projects like ours, such nuance can be engaged with in fun, open-ended ways. For those of us in countries like the UK, the history of industrialisation and colonialism mean we are entangled in processes of exploitation and resource extraction – these must place the burden of responsibility on such countries.

Meanwhile, our work in Uganda highlighted experiences where young people are having to move away from areas that are no longer able to find jobs and how, in Kenya, climate change is one factor fuelling conflict between communities.

For the young people we have worked with, and for us as researchers, arts projects help to make visible the effects of both of this history and the climate crisis in ways that connect and resonate.

The Conversation

Bobby Smith received funding for With One Breath from the Arts and Humanities Research Council. Fair Play Kenya 2025 was funded by the British Council and the University of Warwick’s Arts and Humanities Impact Fund.

ref. Climate storytelling often ignores young people – arts-based research can change that – https://theconversation.com/climate-storytelling-often-ignores-young-people-arts-based-research-can-change-that-272529