Rénovation, sobriété… Comment améliorer le bilan environnemental des immeubles français ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Sylvain Bessonneau, Ingénieur bâtiment sur l’observation de la Transition Ecologique du secteur, Ademe (Agence de la transition écologique)

L’Agence de la transition écologique, ou Ademe, a lancé en 2025 un observatoire de la transition écologique du bâtiment, dénommé BâtiZoom. Son rôle est d’agréger et de suivre dans le temps les données sur les différentes dimensions de l’impact environnemental du parc immobilier français : consommation d’énergie, émissions de gaz à effet de serre, production de déchets, qualité de l’air, artificialisation des sols… Les leviers permettant de réduire ces impacts, tels que la rénovation énergétique, le décarbonation, la sobriété, la circularité des matériaux, etc., sont également suivis.

L’Ademe a en outre publié, fin 2025, un baromètre portant spécifiquement sur l’année 2024, qui permet de faire un état des lieux. Quelles en sont les principales leçons ? Entretien avec Sylvain Bessonneau, responsable de l’observatoire BâtiZoom au sein du service bâtiment de l’Ademe.


The Conversation France : Quel poids le parc immobilier français pèse-t-il dans l’empreinte environnementale du pays ?

Sylvain Bessonneau : Le parc immobilier pris en compte par BâtiZoom englobe le parc résidentiel et le parc tertiaire, excluant ainsi les bâtiments agricoles et industriels. À l’échelle nationale, les parcs résidentiel et tertiaire couvrent une surface de 4 200 millions de mètres carrés, dont 77 % consacrés au logement. Ces deux parcs représentent 45 % de la consommation d’énergie française totale, répartis entre 30 % pour le résidentiel et 15 % pour le tertiaire.

On pense spontanément à l’énergie utilisée pour se chauffer en hiver ou au fonctionnement d’une climatisation en été, mais cet impact ne se limite pas à l’énergie consommée en phase d’exploitation. Les derniers chiffres de 2019 sur les émissions de gaz à effet de serre du secteur du bâtiment, sur l’ensemble de sa chaîne de valeur, montrent que l’usage des bâtiments est certes responsable d’environ 67 % des émissions totales, mais que la construction et la rénovation – par ailleurs sources de déchets et d’artificialisation des sols – pèsent pour les 33 % restants.

Émissions de GES sur l’ensemble de la chaîne de valeur du bâtiment en 2019.
CSTB/Ademe

Dans ce contexte, la rénovation énergétique constitue un levier central. Toutefois, il convient d’agir sur d’autres leviers, par exemple en produisant des capacités de logement au travers de nouvelles initiatives, comme la lutte contre la sous-occupation des logements, la mutualisation des usages, etc.

L’ensemble du parc résidentiel compte, en effet, 10 % de résidences secondaires, 8 % de logements vacants et 56 % de bâtiments sous-occupés par rapport à leur surface. La mobilisation de ces leviers constitue une opportunité pour répondre aux besoins de logements et de locaux tertiaires tout en respectant les objectifs environnementaux.

Pourquoi y a-t-il urgence à faire baisser cet impact environnemental à l’avenir ?

S. B. : Les enjeux sont nombreux. En premier lieu, les émissions de gaz à effet de serre engendrées par les activités humaines, y compris par le secteur du bâtiment, conduisent à un changement climatique d’une ampleur inédite qui menace la pérennité de nos sociétés modernes. Pour limiter ce dérèglement, il est essentiel d’atteindre les objectifs de long terme de baisse des émissions, que le projet de troisième Stratégie nationale bas carbone, soumis à consultation du public fin 2025, a confirmés.

C’est, en outre, un enjeu d’adaptation : le changement climatique engendre déjà des risques croissants de sinistres sur les bâtiments, en lien avec des sécheresses, des vagues de chaleur et des inondations de plus en plus intenses et fréquentes.

En février 2026, les tempêtes Nils et Pedro ont provoqué en France des inondations majeures. Sur les biens matériels, les dégâts associés sont estimés à 1,2 milliard d’euros. Dans ce contexte, la présidente de France Assureurs a d’ailleurs appelé à « la mobilisation collective en matière de prévention des inondations afin que toutes les parties prenantes se préparent à affronter des évènements naturels à la fois plus fréquents et plus intenses du fait du dérèglement climatique ».

Il y a aussi une nécessité sociale à contenir la consommation d’énergie de notre parc immobilier : entre 2021 et 2024, le prix de l’énergie s’est envolé, avec une hausse pour les ménages de 45 % pour l’électricité et de 70 % pour le gaz. Cela a fait progresser la précarité énergétique, et rappelle l’urgence de donner aux Français les moyens de maîtriser leur facture énergétique.

Le dernier enjeu, enfin, est géopolitique. La baisse des consommations d’énergie et de matière ainsi que leur décarbonation permettraient de limiter notre dépendance aux pays producteurs d’énergies fossiles et de réduire notre vulnérabilité vis-à-vis des fluctuations des prix.




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De quels leviers disposons-nous pour progresser, et de quelles réglementations pour les mobiliser ?

S. B. : La France dispose de quatre grands leviers pour atténuer l’empreinte de notre parc immobilier et s’est dotée, pour les mobiliser, d’un ensemble d’instruments réglementaires ambitieux, complets et complémentaires.

Le premier à activer est la sobriété, à la fois au niveau des usages – fondée sur l’adoption d’écogestes, susceptibles de réduire d’environ 10 % la consommation énergétique globale – ou au niveau de l’optimisation de l’occupation du parc existant, en mobilisant la part vacante et en réduisant la sous-occupation.

Le deuxième levier est l’efficacité énergétique, qui repose en partie sur la rénovation énergétique, aussi bien dans le résidentiel que dans le tertiaire. L’Ademe estime que, pour respecter nos objectifs climatiques, 80 à 90 % des logements devraient avoir un diagnostic de performance énergétique (DPE) A et B d’ici à 2050, ce qui implique un rythme d’environ un million de rénovations performantes par an. La stratégie nationale bas-carbone (SNBC) 3 en consultation propose un scénario alternatif davantage porté sur l’électrification de logements au moyen des pompes à chaleur.

Pour le tertiaire, la trajectoire de baisse de la consommation d’énergie s’appuie sur le dispositif Éco Énergie Tertiaire, réglementation qui fixe des objectifs de réduction de la consommation en 2030, en 2040 et en 2050 aux propriétaires et aux occupants.

Côté construction, la filière progresse et produit des bâtiments neufs plus performants énergétiquement et moins émetteurs de gaz à effet de serre. Ces évolutions sont notamment le fruit de l’application de la Réglementation environnementale RE2020, une réglementation ambitieuse sur le neuf dont les exigences sont progressives, ce qui conduit la filière à faire évoluer ses pratiques au fur et à mesure.

Le troisième levier porte sur la réduction des déchets. Il s’agit d’en diminuer la production et d’encourager le recyclage des matériaux et des produits du secteur, dans une logique d’économie circulaire. Celle-ci est encadrée par la responsabilité élargie du producteur (REP) « Produits et matériaux de construction du bâtiment », qui fixe des objectifs de collecte et de traitement des déchets du bâtiment.

Cette REP permet le financement des opérateurs pour la collecte, le tri et le traitement des déchets. Ce financement permet la reprise gratuite des déchets triés pour les entreprises de travaux, encourageant ainsi le tri à la source.




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Quel rôle peut jouer l’électrification des usages ? Comment décarboner les consommations d’énergie des bâtiments ?

S. B. : La décarbonation de l’énergie constitue le quatrième levier essentiel. En 2025, d’après les données provisoires, 33 % de la consommation d’énergie du bâtiment provenait des énergies fossiles, essentiellement du gaz pour le chauffage. Le développement des réseaux de chaleur, alimentés majoritairement par des énergies renouvelables, est une des solutions à promouvoir.

En parallèle, l’électrification des usages, en parallèle avec l’installation d’équipements plus efficaces, est indispensable. Une récente campagne de mesures a notamment montré que les performances réelles des pompes à chaleur air/eau sont conformes aux attentes, avec un coefficient de performance proche de 3, ce qui signifie que pour 1 kilowattheure (kWh) d’électricité consommé, 3 kWh de chaleur sont produits.

Comment a évolué l’empreinte du parc immobilier ces cinq dernières années et comment analyser ces évolutions ?

S. B. : Le parc immobilier français a connu une baisse significative de sa consommation d’énergie entre 2021 et 2023, du fait notamment des mesures de sobriété prises durant cette période en réponse à la hausse des prix de l’énergie. Pour certains ménages, ces mesures de sobriété se sont traduites par des restrictions, avec pour conséquence une bascule dans la précarité énergétique.

En 2024, la consommation d’énergie a légèrement augmenté, caractérisant un coup d’arrêt dans la baisse amorcée les deux années précédentes. Cette hausse traduit une dynamique insuffisante vis-à-vis des objectifs de réduction nationaux. À ce stade, les éléments disponibles ne permettent pas encore d’identifier clairement les facteurs susceptibles d’expliquer ce ralentissement ni d’anticiper son inscription dans la durée. À titre d’hypothèse, il est toutefois possible que les économies d’énergie liées aux efforts de sobriété d’usage aient atteint un premier palier.

En 2025, les données provisoires indiquent une baisse des consommations qui compense la hausse observée en 2024.

Sur d’autres aspects, des progrès sont à noter : on a déjà évoqué l’amélioration de la performance énergétique et environnementale du neuf permise par la RE2020, mais également la structuration de la filière REP pour encourager la circularité en matière de déchets. Pour le verre et le plâtre, les bénéfices de la filière REP sont déjà visibles : elle a permis de déployer rapidement des filières de collecte séparée et de préparation des matières recyclées, ce qui a répondu à une forte demande de la part des producteurs de plaques de plâtre et de menuiseries vitrées.

Enfin, en matière de rénovation, le nombre de logements ayant bénéficié d’une rénovation d’ampleur aidée par l’Agence nationale de l’habitat (Anah) a connu une augmentation importante en 2024 et en 2025, il s’élève à 120 300 logements en 2025, soit une hausse de 68 % par rapport à 2023. Cette évolution positive montre que, avec ce dispositif ambitieux et incitatif, la demande des ménages est au rendez-vous et que l’augmentation attendue des rénovations peut être enclenchée.

Propos recueillis par Nolwenn Jaumouillé.

The Conversation

Sylvain Bessonneau ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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Jeux d’argent : pourquoi on continue à parier dans les bars-tabacs malgré l’essor du jeu en ligne

Source: The Conversation – in French – By Nicolas Brun, Doctorant, Université Sorbonne Paris Nord

Si les jeux d’argent sont aujourd’hui à portée de clic, les points de vente traditionnels, dans les commerces de proximité, restent des vitrines stratégiques pour les opérateurs. Ce sont aussi des espaces de rencontre importants pour les joueurs eux-mêmes. Car le fait de jouer ne s’arrête pas au pari ou au jeu à gratter mais s’inscrit dans des lieux et une sociabilité générale. Explications.


Le Loto a 50 ans ! Commercialisé pour la première fois en mai 1976 par la Loterie nationale (aujourd’hui FDJ United), le Loto amorce à l’époque le début du renouveau pour les jeux de loterie en France.

Un demi-siècle plus tard, à l’heure de la numérisation croissante des pratiques dans la société, 27 % du produit brut mondial des jeux et 18,5 % de celui réalisé en France se font en ligne. Il est aujourd’hui possible de jouer en quelques secondes, depuis son téléphone, sans contrainte particulière de lieu ni de temporalité.

Dans ce contexte, comment expliquer la persistance des points de vente physiques dans l’organisation du marché des jeux d’argent en France ? Pourquoi est-ce qu’à l’heure du numérique FDJ United continue de disposer du premier réseau commercial de France, avec près de 29 000 commerces partenaires ?

Un levier de visibilité publicitaire

Le réseau physique de la Française des jeux (FDJ) a tout d’abord un poids économique considérable dans les résultats du groupe, puisque, en 2025, 93 % du produit brut des jeux réalisé en France (calcul à partir des données présentées dans les documents financiers de FDJ United), transite encore par ces points de vente. Malgré un réseau moins dense (environ 14 000 points de vente), le constat est similaire pour l’opérateur de paris hippique, le Pari mutuel urbain (PMU).

Mais ce poids économique ne peut être compris indépendamment des stratégies d’implantation mises en œuvre par les opérateurs et des choix de la puissance publique. En effet, dans un marché aussi régulé que le marché des jeux d’argent, ceux-ci « ne sont censés exister que là où ils sont expressément admis ».

La fabrique et le maintien d’un réseau de points de vente ne résultent ainsi pas d’une simple logique de diffusion commerciale uniforme : il est construit de manière ciblée, en fonction des quartiers souvent populaires et défavorisés (Figure 1), des flux de population et des espaces de forte fréquentation.

Figure 1 : La présence du PMU dans l’agglomération parisienne en rapport avec la population vivant sous le seuil de pauvreté.
Nicolas Brun, 2022, Fourni par l’auteur

Dans cette perspective, le choix des emplacements n’est jamais sans conséquences. Il s’agit d’une véritable politique de l’offre, qui vise à maximiser les occasions de contact entre les publics ciblés et les espaces de vente des produits de jeu.

Image 1 : Tabac-Presse affichant fièrement « ICI, un gagnant à 200 000 euros ».
Nicolas Brun, Besançon (Doubs), 8 mai 2026, Fourni par l’auteur

Les points de vente constituent également des vitrines et des rappels de ce qu’il est possible de gagner en jouant (Image 1). Implantés principalement dans des commerces de proximité (bars-PMU, tabacs-presse), les opérateurs de jeux cherchent à être proches des gens et de leurs habitudes. En parallèle, la visibilité du jeu est de plus en plus marquée dans les rues et transports en commun à travers les campagnes publicitaires (Image 2).

Image 2 : De gauche à droite, publicité Winamax à Paris, publicité Unibet à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), publicité Parions Sport en ligne à Stains (Seine-Saint-Denis). Publicité Betclic projetée simultanément sur deux écrans à la gare de Toulouse-Matabiau (Haute-Garonne).
Nicolas Brun, 2025, Fourni par l’auteur

De plus, la pluriactivité des espaces de jeu en France favorise la venue d’une clientèle variée, qui se retrouve alors fortement sollicitée par des messages et des incitations à jouer. Voir le montant de la prochaine cagnotte et des gains réalisés dans ce point de vente, passer devant le présentoir des jeux à gratter (Image 3), devoir ajouter une grille de Loto pour pouvoir payer ses cigarettes avec la carte bancaire sont autant de situations qui facilitent le jeu et incitent à la consommation.

Jouer comme support de sociabilité

Pour essayer de comprendre la place des points de vente dans la pratique du jeu, il faut toutefois dépasser la lecture réductrice qui consisterait à penser que l’on ne joue que dans l’attente très hypothétique de gagner le « gros lot ».

Certes, l’espoir d’un gain financier reste le moteur principal des joueurs. L’imaginaire du jackpot, savamment entretenu par les « Big Gambling », permet de rêver à une vie meilleure. Mais, cette promesse qui n’est qu’exceptionnellement satisfaite ne peut suffire à elle seule à expliquer la persistance des pratiques, en particulier dans les lieux physiques.

Image 3 : Présentoir des jeux à gratter de la FDJ dans un point de vente.
Nicolas Brun, Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), 20 mai 2022, Fourni par l’auteur

En effet, jouer, « c’est avant tout une manière de faire avec l’existence ». Une façon de se soustraire au « temps ordinaire », d’entretenir un rapport au possible et de se projeter au-delà du quotidien.

De nombreux travaux en sciences humaines et sociales nous montrent également que les espaces de jeu sont aussi des espaces de sociabilité dans lesquels des communautés se forment et se retrouvent (turfistes, amis, collègues…). Bien sûr, ceci est particulièrement vrai pour les aficionados du PMU qui, dans sa pratique, favorise le maintien à l’intérieur des espaces de jeu. Mais cela ne signifie pas que les adeptes des loteries, paris sportifs ou jeux à gratter échappent à cette socialisation au sein des points de vente.

On joue en allant acheter ses cigarettes, son journal, en prenant une pause café, ou encore, en sortant du travail. Le jeu n’est pas forcément central, mais il s’intègre à des pratiques quotidiennes qui impliquent des micro-interactions. Les commerces savent articuler habilement ces routines.

Une matérialité qui compte

On ne joue pas seulement à un jeu : on joue quelque part… et (pour l’instant) ce quelque part est encore généralement un point de vente de la FDJ ou du PMU. L’expérience du jeu est consubstantielle au lieu où elle se déroule.

L’ambiance du commerce, les affiches, les écrans, les discussions ou les habitudes de fréquentation participent pleinement à la pratique. L’espace intérieur des points de vente constitue ainsi un dispositif de mise en jeu, entendu ici comme un ensemble d’agencements matériels, spatiaux et sociaux participant à orienter les comportements et les pratiques. Dans ces espaces, rien n’est laissé au hasard, de la localisation du présentoir de tickets à gratter, toujours placé de façon à être visible depuis l’entrée du commerce, aux micro-espaces structurés autour de chaque expérience en fonction de ses jeux de prédilection (Figure 2).

Figure 2 : Représentation simplifiée de l’organisation interne d’un bar-PMU/FDJ à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis).
Nicolas Brun, 2023, Fourni par l’auteur

Cette matérialité du lieu et du jeu compte. Elle introduit ainsi une forme de décalage. Dans ces espaces du quotidien, la pratique du jeu ouvre une parenthèse, le temps du jeu suspend brièvement le cours ordinaire des choses. L’espace mental du jeu, concept avancé par Winnicot, « contribue à bâtir une temporalité » propre au jeu et à ses pratiques dans des lieux spécifiques produits pour cela. En ce sens, les espaces de jeu fonctionnent bien souvent comme des hétérotopies : des espaces à part au sein du quotidien, où les temporalités ordinaires se trouvent momentanément suspendues et où se construit une forme d’illusion collective, celle d’être, face au hasard, toutes et tous égaux dans la possibilité d’une réussite.

Cette suspension du temps est d’ailleurs explicitement mobilisée dans les stratégies de communication des opérateurs eux-mêmes. Dans une récente campagne publicitaire de FDJ United pour sa marque, Parions Sport en point de vente, l’opérateur de jeu met en scène Éric Cantona dans le rôle d’un commerçant. Dans un de ces clips publicitaires, l’ancien joueur de foot et comédien recherche le contact physique avec un parieur en lui serrant la main pendant de longues secondes, qui sont comme suspendues hors du temps. Cette séquence insiste moins sur le résultat du pari que sur l’intensité du moment vécu dans le lieu de jeu lui-même. L’espace socialisé du jeu apparaît ici comme un lieu qui modifie brièvement le rapport ordinaire au temps.

Quand l’espace fait jouer

Les points de vente ne constituent pas de simples relais de distribution de tickets à gratter ou de grilles de Loto. Ils contribuent à organiser les conditions mêmes de la pratique, en inscrivant le jeu dans des lieux connus et parfois fantasmés, à l’intérieur de routines et de sociabilités ordinaires, qui favorisent la pérennité de l’espoir d’un gain important.

Par ailleurs, leur inscription dans l’espace urbain ne relève pas d’une logique neutre de proximité. En effet, il s’agit bien d’une stratégie orchestrée par les opérateurs de jeux, fondée sur le ciblage d’une partie de la population, la captation des flux d’individus et la multiplication des sollicitations aux jeux (pression publicitaire, visibilité dans la rue…). Les points de vente fonctionnent ainsi comme des supports d’exposition permanente du jeu.

L’implantation des espaces de jeu dans des commerces fréquentés pour de multiples raisons, où se superposent consommation (d’alcool), sociabilités et circulations, favorise également la pratique du jeu et en banalise les usages.

C’est cette production organisée de la visibilité et de l’accessibilité du jeu qui permet de comprendre la persistance des points de vente dans un secteur pourtant de plus en plus numérisé.

The Conversation

Nicolas Brun a reçu des financements du Groupement d’intérêt scientifique Jeu et Sociétés.

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Confier la finance à l’intelligence artificielle : quels sont les risques réels ?

Source: The Conversation – in French – By Serge Darolles, Professeur de Finance, Université Paris Dauphine – PSL

Hallucinations, empoisonnement des données, monoculture algorithmique : les vulnérabilités de l’IA appliquée à la finance sont réelles. Surtout, il n’est pas certain que tous ces nouveaux risques soient convenablement appréhendés aussi bien par les intervenants directs du secteur que par les autorités de régulation. Comment faire pour mieux prendre en compte ces différentes failles ?


Faut-il faire confiance à l’intelligence artificielle (IA) pour gérer son épargne ? La question ne relève plus de la science-fiction. La grande majorité des acteurs des marchés financiers français utilisent déjà l’IA ou prévoient de le faire, selon l’Autorité des marchés financiers. Pourtant, les vulnérabilités de ces systèmes restent largement sous-estimées. Parmi les régulateurs et les professionnels de la finance, un constat partagé s’impose : avant de confier davantage la finance à l’IA, il faut en mesurer précisément les risques.

L’enthousiasme pour l’IA est compréhensible. Les modèles de langage (LLM) peuvent analyser en quelques secondes des milliers d’articles de presse, de rapports d’analystes et de données de marché. Certains fonds d’investissement dont les équipes ont développé des compétences en IA affichent des performances supérieures à celles de leurs pairs, comme le montrent des analyses récentes.

Mais ce constat doit être nuancé. Les gains observés se concentrent dans les fonds discrétionnaires, c’est-à-dire ceux où l’IA assiste un gérant expérimenté plutôt qu’elle ne le remplace. La formule gagnante semble être « l’humain avec la machine », et non « la machine au lieu de l’humain ».




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Des vulnérabilités structurelles

Les failles de l’IA ne sont pas accidentelles, elles sont structurelles. Pour Wassim Bouaziz, spécialiste de la sécurité de l’IA chez Mistral AI, « les modèles de langage sont intrinsèquement instables. Une perturbation minimale dans les données d’entrée, comme l’ajout de quelques espaces dans un texte, par exemple, peut inverser complètement le résultat produit ».

Le phénomène d’hallucination, par lequel un modèle génère des informations entièrement fabriquées, a déjà causé des dégâts mesurables. Plus d’un millier de décisions de justice ont ainsi été influencées par des contenus hallucinés produits par des LLM, selon un site spécialisé qui répertorie ces cas.

Plus inquiétant encore, ces systèmes sont vulnérables à des attaques délibérées. L’injection de prompt consiste à insérer des instructions cachées dans les données que traite le modèle. Exemple marquant : un texte invisible intégré dans un CV peut influencer les recommandations de recrutement faites par ChatGPT. Transposé à la finance, le risque est évident. Un agent IA qui consulte des sites d’information ou des bases de données pourrait voir ses décisions détournées par des contenus malveillants.

L’empoisonnement des données d’entraînement représente une menace plus insidieuse. Une étude de 2024 a montré qu’il était possible de contaminer 1 % des données d’entraînement d’un modèle pour un coût dérisoire en rachetant des noms de domaine expirés dont le contenu était référencé dans les corpus d’apprentissage. Dans un secteur où un biais introduit dans un modèle peut se traduire par des milliards d’euros de transactions orientées, ce type d’attaque constitue un risque systémique.

Le piège de la monoculture algorithmique

Au-delà des attaques ciblées, un risque structurel émerge de l’adoption massive des mêmes technologies. Les modèles de langage sont entraînés sur des corpus largement similaires, issus d’internet, avec les biais que cela comporte. Lorsque l’ensemble des acteurs d’un marché utilise des outils fondés sur les mêmes architectures et les mêmes données, leurs décisions tendent à converger. Cette monoculture algorithmique peut amplifier les mouvements de marché. En effet, si tous les modèles se trompent dans la même direction au même moment, les pertes se propagent à l’échelle du système.

Le précédent existe. Le flash crash de 2010, durant lequel l’indice Dow Jones a perdu 9 % en quelques minutes sous l’effet d’interactions entre algorithmes, illustre ce que produit une défaillance corrélée. Avec la généralisation de l’IA générative, dont les mécanismes internes sont beaucoup plus opaques que ceux des algorithmes de trading classiques, le risque d’un événement systémique d’un type nouveau ne peut être écarté.

Un régulateur face à un défi inédit

L’Autorité des marchés financiers (AMF) observe cette transformation avec attention. Comme le rappelle son secrétaire général Sébastien Raspiller, « l’IA est encore principalement utilisée pour des fonctions internes (recherche, conformité, analyse) et peu pour le conseil direct aux épargnantes et épargnants ».

Mais la frontière se déplace. Un chiffre donne la mesure du problème de fiabilité. Interrogés sur des données financières basiques des entreprises (dette nette, résultats), les différents grands modèle d’IA n’ont produit qu’un faible pourcentage de réponses exactes. Un tel taux d’erreur serait inacceptable pour une conseillère ou un conseiller humain.

Université Paris Dauphine – PSL, 2026.

La question de la responsabilité reste ouverte, car un algorithme ne peut être sanctionné. Quand un agent IA effectue un virement ou passe un ordre de Bourse sur la base d’une instruction empoisonnée, la chaîne des responsabilités devient difficile à établir. Le règlement européen sur l’IA classe certaines applications financières parmi les systèmes « à haut risque », exigeant transparence, explicabilité et supervision humaine. Reste à savoir si ces exigences peuvent être satisfaites dans la pratique, quand les décisions se prennent en quelques millisecondes.

Explicabilité, un enjeu de confiance

Dans la gestion d’actifs, la capacité à justifier une décision d’investissement n’est pas un luxe, c’est une obligation fiduciaire. Or, les modèles de langage fonctionnent comme des boîtes noires. Ils ne peuvent pas expliquer pourquoi ils recommandent telle action plutôt que telle autre.

Comme l’ont souligné plusieurs intervenantes et intervenants de la conférence, les sociétés de gestion les plus avancées proposent des réponses à cela. Certaines font par exemple tourner des modèles en parallèle pour détecter les biais. D’autres décomposent le processus de décision en dizaines de sous-tâches confiées à des agents spécialisés afin de mieux identifier la source d’éventuelles défaillances. Enfin, certaines empêchent les analystes débutantes et débutants d’utiliser l’IA afin de préserver l’apprentissage par l’expérience.

Ce dernier point souligne un paradoxe. L’IA transforme un métier dont elle pourrait simultanément appauvrir la transmission des compétences. Si les professionnels de demain délèguent d’emblée le processus de décision financière à une machine sans en maîtriser les fondamentaux, ils perdent la capacité critique nécessaire pour détecter ses erreurs. L’enjeu de formation est donc indissociable de la question technologique. Il ne s’agit pas seulement de former à l’IA, mais de former à penser en présence de l’IA.

Investir dans la recherche publique

Alors jusqu’où peut-on confier la finance à l’IA ? La question posée ici n’appelle pas de réponse binaire. L’IA est déjà dans la finance, et elle y restera. Ce qui reste à déterminer, ce sont les conditions de son déploiement. Quels mécanismes de supervision, quelle transparence, quelle place pour le jugement humain ?

Les travaux de recherche menés à l’Université Paris Dauphine – PSL visent précisément à fournir les éléments de preuve nécessaires pour que ce débat ne soit pas confisqué par les seules promesses commerciales.


Cet article fait partie du dossier « Quand la finance mise sur l’IA, qui garde la main ? » réalisé par Dauphine Éclairages, le média scientifique en ligne de l’Université Paris Dauphine – PSL.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Confier la finance à l’intelligence artificielle : quels sont les risques réels ? – https://theconversation.com/confier-la-finance-a-lintelligence-artificielle-quels-sont-les-risques-reels-281939

Xi warned Trump against the ‘Thucydides Trap’ – here’s what ancient Greece can tell us about US-China relations

Source: The Conversation – UK – By Neville Morley, Professor in Classics, Ancient History, Religion, and Theology, University of Exeter

Thucydides recounted how rising power Athens challenged Sparta, resulting in a destructive 30-year war. Natalllenka.m/Shutterstock

In his opening remarks at his summit with Donald Trump on May 15, the Chinese president, Xi Jinping, invoked the fifth-century BC Greek historian Thucydides to issue a veiled warning to the US president.

“The world has come to a new crossroads. Can China and the United States transcend the so-called ‘Thucydides Trap’ and forge a new paradigm for major-power relations?”

Thucydides has been surprisingly prominent in international affairs this year. In January, Canadian prime minister Mark Carney cited the famous line from the Melian Dialogue, that the “strong do what they can and the weak suffer what they must”, to warn against the decline of a rules-based order. Others have quoted it to describe US military action in Venezuela and Iran – both positively and negatively.

Xi looked instead to Thucydides’ view of the “truest, though least discussed, reason” for the Peloponnesian War between Athens and Sparta. The most familiar translation of his words, from 1875, is that: “It was the rise of Athens, and the fear this aroused in Sparta, that made war inevitable.”

American international relations scholar Graham Allison developed from this the idea of Thucydides’s Trap. Thucydides’ stated goal was that readers would find his history useful for understanding future events. So, Allison argued, we can turn his words into a general principle: when an “established power” like Sparta is confronted with a “rising power” like Athens, conflict is usually the result.

History, claims Allison, bears this out. Across the centuries, 12 out of 16 examples of an established great power facing an upstart rival have resulted in war, including the two world wars. Will this also be the case between the USA, the global hegemon since the Soviet Union collapsed, and a resurgent China challenging its dominance, especially economically?

Three traps

Allison’s idea was much discussed. In 2017, he was invited to the White House to talk about it in relation to China and the US. So Xi’s mention of the Thucydides Trap was less a new idea than a call-back to the first Trump presidency. The theory has been taken seriously by the Chinese government, if only as a guide to American thinking. It has been identified as one of three traps faced by China today, together with the Tacitus Trap and the Middle Income Trap.

Discussion of the Thucydides Trap has largely focused on Allison’s account of the contemporary situation. Debate has centred on whether his characterisation of the US-China relationship is correct, and whether the advent of nuclear weapons and/or economic interdependence has changed the dynamic.

Allison offered the Thucydides Trap as a warning, to encourage both governments to pursue compromise and cooperation. The risk is that the established power might think Thucydides is telling them to suppress potential rivals before they become a threat – even if that makes war more likely. Hence Xi’s emphasis on avoiding the trap. But China hawks see that as a ruse to delay conflict until the balance of power is more even.

Cautionary tale

Since this is presented as a theory grounded in historical data and the authority of Thucydides, it is worth noting that it is questionable on both counts. Characterising many past conflicts as concerning just two rival powers, established and rising, is dubious; was the first world war just about Britain and Germany, for example?

As for Thucydides, the crucial line is a very loose translation of what he actually wrote, which is much more ambiguous. A more literal version: “Athens becoming great caused the Spartans to fear, and compelled towards war.” Compelled whom? Thucydides doesn’t specify. The Spartans? (And if so, were they actually compelled, or simply felt themselves to be compelled?) Both sides? Or the whole situation? Is he just being unclear – or is this deliberate, to push his readers to think more deeply?

Having offered this opaque and slightly ambiguous statement, Thucydides then presented a detailed narrative of the events leading to Sparta’s declaration of war. This included many points where things might arguably have turned out differently. His interpretation emphasised both short- and long-term developments, and both individual decisions and emotions as well as structural factors. His “trap” is much more complex – and it’s definitely not inevitable.

This is very familiar to discerning readers of Thucydides. His work doesn’t offer straightforward laws of war and politics, but sets out the complexity of human behaviour in a way which prompts us to think more deeply about it. But his ideas are often wrongly presented as simplistic principles that supposedly explain the world.

Trump’s response to Xi – that the USA may have been in decline under Biden but it’s now the hottest country ever – is a misreading even of Allison’s simplified version of Thucydides. The “Trap” theory says nothing about decline, only that the established superpower now faces a rival.

But anxiety about decline and decadence now pervades western thought. Perhaps this is evidence for the same sort of fear that came to govern Spartan thinking and, as Thucydides himself recounted, drew both states into a destructive war.

The Conversation

Neville Morley does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Xi warned Trump against the ‘Thucydides Trap’ – here’s what ancient Greece can tell us about US-China relations – https://theconversation.com/xi-warned-trump-against-the-thucydides-trap-heres-what-ancient-greece-can-tell-us-about-us-china-relations-283106

Comment gérer ses émotions lorsqu’on est en pleine transition professionnelle. Surtout lorsqu’on retrouve un travail

Source: The Conversation – France (in French) – By Thomas Pirsoul, Postodoctoral researcher, Université de Liège

Dans une étude, cinq grands profils émotionnels ont été identifiés : optimistes, confiants, sensibles aux enjeux, inquiets, intenses, ambivalents intenses et modérés. PeopleImages/Shutterstock

Face à un marché de l’emploi toujours plus incertain et des transitions professionnelles de plus en plus complexes, une question centrale émerge : comment vivons-nous ces transformations sur le plan émotionnel, et comment apprendre à mieux les traverser ? Du passage du secondaire à l’université, de l’université au monde du travail et du non-emploi à l’emploi, une qualité reste essentielle, celle de l’intelligence émotionnelle.


Les transitions professionnelles constituent une véritable épreuve émotionnelle qui débute bien avant la survenue effective de l’événement. Différents travaux soulignent que les individus n’anticipent pas leur transition de la même manière, surtout sur le plan émotionnel.

Certaines personnes éprouvent des émotions négatives intenses, telles que l’anxiété, la peur ou la tristesse, susceptibles d’être associées à une plus grande incertitude. D’autres, au contraire, anticipent cette étape avec un haut niveau d’émotions positives, comme l’espoir ou l’enthousiasme, qui peuvent jouer un rôle protecteur soutenant la motivation et la persévérance.

La réalité de l’expérience émotionnelle est souvent plus complexe. La plupart des personnes font l’expérience d’émotions mixtes, c’est-à-dire une combinaison simultanée d’émotions positives et négatives. Cette « mixité » émotionnelle reflète la réalité des transitions professionnelles : une étape marquée à la fois par les menaces perçues – incertitude, crainte du nouveau – et par les opportunités présentes – nouveau départ, accomplissements possibles.

Nos recherches récentes que nous avons menées avec des collègues belges et français mettent en lumière ce rôle des émotions mixtes et de l’intelligence émotionnelle dans nos parcours professionnels, notamment dans la transition vers l’enseignement supérieur, la transition entre l’école et un travail, ou pour trouver un emploi.

Alors, comment mieux naviguer dans des eaux incertaines ?

Gymnastique émotionnelle

Que ressent-on quand on espère trouver un emploi, réaliser une transition professionnelle… mais que rien n’est certain ? À cet égard, nous distinguons deux types d’émotions prospectives : les émotions anticipatoires, ce que l’on ressent maintenant face à un événement futur et les émotions anticipées, ce que l’on pense ressentir lorsqu’il surviendra.

Au travers d’une série de recherches auprès d’étudiants et de chercheurs d’emploi, cinq grands profils émotionnels ont été identifiés, vivant différentes transitions majeures comme le passage du secondaire à l’université, de l’université au monde du travail et du non-emploi à l’emploi.

Optimistes confiants

Ils regroupent une minorité d’individus à environ 15 %. Ils vivent des émotions positives – espoir, confiance – à la perspective de la transition et imaginent ressentir surtout de la joie et de la fierté en cas de réussite, tout en minimisant les émotions négatives possibles.

Sensibles aux enjeux

Le plus fréquent à environ 31 %. Ces individus se projettent positivement, sans grande anxiété anticipatoire. Cependant, lorsqu’ils envisagent des transitions, ils anticipent à la fois de fortes émotions positives – joie, fierté ou soulagement – et négatives – déception, culpabilité ou tristesse – montrant une sensibilité élevée aux deux issues possibles.

Inquiets intenses

Ce profil concerne une proportion plus réduite à environ 15 %. Ces personnes se projettent avec inquiétude et nervosité, doutant de leur réussite. Ils imaginent malgré tout ressentir des émotions intenses, positives si la transition se passe bien, négatives si elles échouent.

Ambivalents intenses

Environ 19 % des individus. Ces personnes vivent un mélange d’espoir et d’anxiété lorsqu’elles envisagent la transition, et anticipent à la fois fortement les émotions positives et négatives, qu’elles soient liées à une réussite ou un échec.

Modérés

Ce profil est fréquent à environ 20 %. Il se caractérise par des niveaux modérés d’émotions anticipatoires, mais plus faibles que ceux des autres profils. Les émotions anticipées, positives comme négatives, y sont également présentes, mais à des intensités plus basses. Ces individus envisagent les deux issues possibles, mais de manière atténuée.

Nos travaux rappellent que se projeter vers l’avenir professionnel ne se résume pas à une analyse rationnelle des options disponibles ; c’est un exercice émotionnel complexe, où se mêlent attentes, peurs, souvenirs passés et normes sociales.

Intelligence émotionnelle

Une piste souvent avancée pour gérer ces transitions est celle de l’intelligence émotionnelle (IE), c’est-à-dire la capacité à identifier, comprendre, réguler et utiliser ses émotions et celles des autres, de manière constructive.




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Dans une étude publiée en 2022, des chercheurs ont montré que les individus présentant une intelligence émotionnelle plus élevée ont tendance à aborder les transitions professionnelles avec davantage d’enthousiasme, de fierté et de détermination. En parallèle, ils sont moins enclins à ressentir de la peur, de la nervosité ou encore de la contrariété.

Dans une méta-analyse de 148 études portant sur plus de 50 000 participants, il a également été observé que l’intelligence émotionnelle est étroitement liée à plusieurs indicateurs clés du développement de carrière. Les personnes émotionnellement intelligentes sont plus lucides face à l’incertitude, prennent de meilleures décisions, et se sentent plus capables de relever les défis professionnels.

L’intelligence émotionnelle se manifeste également sous forme de profils distincts. Une étude récente souligne que certains individus parviennent à la fois à comprendre leurs émotions, tout en les régulant. Cette configuration favorise une posture proactive et confiante face aux transitions professionnelles. D’autres, en revanche, disposent d’une bonne capacité de prise de conscience émotionnelle, mais rencontrent davantage de difficultés à réguler ce qu’ils ressentent. Cette dissociation les expose à un risque accru de se sentir moins efficaces face aux obstacles.

Soutien personnalisé

Ces travaux ont des implications concrètes. Les conseillers en emploi et en orientation, psychologues du travail et institutions d’accompagnement pourraient s’en inspirer pour proposer un soutien plus personnalisé. Plutôt que de se concentrer uniquement sur les compétences techniques, il serait judicieux de prendre en compte les profils émotionnels des personnes accompagnées.

Par exemple, un profil « trop positif » pourrait masquer une forme de déni, tandis qu’un profil « anxieux mixte » pourrait bénéficier d’outils de régulation émotionnelle. De même, développer l’intelligence émotionnelle pourrait devenir un objectif en soi, au même titre que l’apprentissage de techniques de recherche d’emploi.

À ce titre, des études ont déjà mis en évidence qu’une formation à l’intelligence émotionnelle permettant d’augmenter l’attractivité auprès d’un panel de recruteurs, diminuer les difficultés dans les prises de décision liées à la carrière et à augmenter la probabilité de retour à l’emplo i.

Considérer ses émotions

Dans un monde professionnel marqué par l’incertitude, la complexité et les ruptures de parcours, les émotions ne sont plus un simple bruit de fond. Elles constituent une boussole intérieure, souvent négligée, mais pourtant essentielle.

En investissant dans le développement de notre intelligence émotionnelle, nous ne faisons pas qu’améliorer notre bien-être au travail : nous devenons aussi plus autonomes, plus résilients et mieux préparés à faire face aux défis du XXIe siècle. Il est temps que les politiques de l’emploi et l’orientation professionnelle prennent au sérieux cette dimension trop longtemps ignorée.


Cet article a été rédigé avec l’aide d’Arnaud Stiepen, expert en vulgarisation scientifique.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Comment gérer ses émotions lorsqu’on est en pleine transition professionnelle. Surtout lorsqu’on retrouve un travail – https://theconversation.com/comment-gerer-ses-emotions-lorsquon-est-en-pleine-transition-professionnelle-surtout-lorsquon-retrouve-un-travail-277022

Une brève histoire des méthodes managériales

Source: The Conversation – France (in French) – By Régis Martineau, Phd. en Management, ICN Business School

Comment bien manager ? Cette question est régulièrement remise à l’ordre du jour suivant un cycle, où la préoccupation sociale est éclipsée puis remise au centre de l’attention. Retour sur plus d’un siècle de management.

Cet article est publié dans le cadre d’un partenariat avec la Revue française de gestion, qui a fêté ses 50 ans en 2025.


On sait depuis Schumpeter que le capitalisme, sous le coup des différentes révolutions technologiques, ne cesse de s’adapter et d’évoluer. Mais on s’intéresse moins à la manière dont les organisations ont fait évoluer leurs méthodes de management pour accompagner ces mutations.

Il est donc intéressant, à l’heure où le management algorithmique déferle sur les organisations, de se retourner sur cette évolution, et de remarquer que ces méthodes ne suivent pas un mouvement linéaire (du plus simple au plus sophistiqué), comme on aurait pu le penser, mais oscillent plutôt entre fermeture et ouverture.

Émergence de l’organigramme

Même s’il existait une pensée gestionnaire sophistiquée dès le XVIe siècle dans les organisations pré-modernes (la comptabilité en partie double, par exemple, remonte au XVe siècle), le management traditionnel était assez peu formalisé. De réels dispositifs de gestion formalisés et largement diffusés apparaissent avec l’arrivée de l’énergie à vapeur et des chemins de fer. En effet, pour faire face à la difficulté de gérer leur taille et leur complexité, de grandes organisations dispersées géographiquement s’appuient sur les lignes hiérarchiques, représentées dans des organigrammes (1850-1870).

En contraste avec l’entreprise traditionnelle qui prévalait avant, l’organisation se professionnalise, avec des délégations de responsabilités claires, et des systèmes de surveillance étroits très peu soucieux des conditions de vie des ouvriers. En réaction, des grèves et des mouvements sociaux secouent alors le monde occidental. Apparaît alors une forme de paternalisme très empreinte de charité religieuse (1870-1900).




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Certains capitaines d’industrie se chargent en effet de la mission d’éduquer le « bas peuple » qui, autrement, livré à lui-même, a la fâcheuse tendance à se livrer à l’ivrognerie (ou, pire, à prêter l’oreille aux agitateurs socialistes). Dans le monde anglo-saxon, se développent par exemple les YMCA (les Young Men’s Christian Association) ; et en France, on voit l’apparition des familistères, comme celui de Guise, que l’on peut encore visiter aujourd’hui, voulu par l’industriel Godin.

Un éternel recommencement

On voit naitre un schéma qui se reproduira dans les cycles suivants : dans un premier temps, des méthodes managériales, en réponse à des changements technologiques, cherchent à trouver une organisation efficace, sans vraiment porter attention aux travailleurs qui n’y sont vus que comme les rouages d’une machine ; puis, dans un deuxième temps, sous la pression des mouvements sociaux et de dysfonctionnements récurrents, de nouvelles méthodes managériales prennent davantage en compte les besoins des individus au travail et font une meilleure part à leurs initiatives.

À partir de 1860, acier et électricité viennent révolutionner les manières de construire les chemins de fer, puis toute l’industrie. Les organisations apprennent à organiser les processus de production, de plus en plus complexes, de manière plus rationnelle. C’est là que Taylor expérimente et met au point le management scientifique (1900-1925), qui soumettra l’ouvrier aux cadences de la machine.

Ensuite, l’histoire est bien connue : en réaction aux dysfonctionnements et aux conséquences aliénantes du management scientifique, des psychosociologues comme Elton Mayo ou Kurt Lewin portent l’attention sur les conditions de travail des salariés. Ces théoriciens du mouvement des relations humaines (1925-1955) démontrent que les employés sont avant tout des êtres sociaux guidés par un besoin d’appartenance et de reconnaissance. Des systèmes de compensation, des méthodes de prise de décision participative et de job enrichment apparaissent.

L’organisation comme un programme d’ordinateur

Ce schéma fermeture/ouverture se poursuit avec la révolution technologique suivante : celle de l’automobile et de l’essence. En réaction à la diversification et à la complexification des marchés et des clients, l’organisation multidécisionnelle se développe, permettant de poursuivre des stratégies de différenciation ; et, dans le même temps, la métaphore de l’organisation comme un programme d’ordinateur (c’est-à-dire un système à rationaliser) domine cette période (1955-1975). Les employés sont largement absents de ces dispositifs.

En réaction (et à cause de la concurrence des entreprises japonaises), un nouveau dispositif, le Total Quality Management, se développe (1975-1990). Ici, la place du travail est centrale : les employés sont vus comme des ressources et sont encouragés à s’exprimer et à participer à l’organisation du processus de production. De même, dans les années 80, on se rend compte de l’importance de la culture organisationnelle pour canaliser l’implication, la motivation et la loyauté des employés.

Retour aux collectifs de travail

Mais, ensuite, les progrès informatiques permettent de plus en plus de standardiser et de rationaliser les interfaces entre services afin de faciliter le flux d’informations intra et inter-firmes (1990-2000). Des systèmes comme ceux de l’entreprise SAP sont diffusés à grande échelle et de manière standardisée, mais ces dispositifs sont critiqués pour leur tendance à être implémentés de manière top down. Depuis, différentes tendances apparaissent, qui visent toutes à porter davantage attention aux collectifs de travail et aux connaissances tacites : Knowledge Management, communautés de pratiques, méthodes agiles, entreprises libérées ou encore coworking spaces.

À chaque fois, en réaction à des modèles managériaux trop standardisés présentés comme des solutions ‘ready-made’, voire des solutions miracles, des dispositifs moins rationalistes et plus attentifs à l’humain sont apparus. Aujourd’hui, avec l’arrivée de l’intelligence artificielle, on voit se développer le management algorithmique.

Et, là encore, un premier mouvement de fermeture est observé : la surveillance des employés se fait plus étroite, plus intrusive, et plus opaque. Mais, déjà, de plus en plus d’appels à une IA plus ouverte se font entendre, préfigurant peut-être un nouveau cycle où des méthodes managériales innovantes redonneraient, à nouveau, une place centrale aux individus au travail.

The Conversation

Régis Martineau ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Une brève histoire des méthodes managériales – https://theconversation.com/une-breve-histoire-des-methodes-manageriales-282795

La curiosité, angle mort du management

Source: The Conversation – France (in French) – By Benoît Meyronin, Professeur senior à Grenoble Ecole de Management, GEM

Mais pourquoi la curiosité n’est-elle jamais mise en avant comme une valeur positive du management ? Peut-être parce que la notion est ambiguë et peut renvoyer à l’indiscrétion, voire à des comportements intrusifs, quand la curiosité est, d’abord et avant tout, intérêt pour autrui. Décryptage d’une notion qui gagnerait à être davantage mobilisée et vécue dans les entreprises. Par les directions, les managers et les autres…


Un collègue rencontre des difficultés dans sa vie personnelle, ou bien la mission qui lui a été confiée dépasse ses capacités. Peu importent les raisons de ces difficultés, deux postures sont possibles : la « dictature du jugement », ou la curiosité (chercher à comprendre pourquoi il en va ainsi).

En effet, « on jugera que tel ou tel collaborateur ne fait pas correctement son travail, qu’il n’est pas sérieux, qu’il se laisse aller, mais à aucun moment on ne s’interrogera sur les raisons d’un tel comportement ».

À l’inverse, la curiosité est cet élan qui nous fait aller au-delà des apparences, pour rechercher les motifs, et, ce faisant, créer les conditions d’une résolution. Ce n’est jamais une garantie. Mais le fait de juger et de condamner a-t-il jamais démontré sa performance ?

Prendre soin

La curiosité est aussi une manière d’incarner une forme de prendre soin, tout autant qu’une condition. Il est intéressant de noter ici qu’il existe un lien ontologique entre la notion de care et la curiosité : « Son sens premier, selon Littré, c’est soin, souci », rappelle Jean-Pierre Martin. Elle « procède d’une attention affectueuse au monde. Le curieux, c’est d’abord celui qui s’inquiète, et qui a grand soin. Curieux et curé ont la même racine latine : cura. Être curieux, avoir cure ».

On peut ainsi considérer que la_ curiosité procède d’une vision humaniste du management_, vision qui se fonde sur le postulat suivant : « Tous les hommes ont, par nature, le désir de connaître ».

Du personnel à l’organisationnel

Que la curiosité relève ou non d’une posture personnelle, elle doit aussi pouvoir figurer au rang des pratiques culturelles promues par l’entreprise : être tout à la fois cultivée en soi, et développée à l’échelle de l’organisation comme une pratique managériale.

Or, si 38 % des managers révèlent un niveau élevé de curiosité, 43 % appartiennent à la catégorie modérée, et 18 % semblent faire preuve d’un faible niveau de curiosité. Ce sont là les résultats d’un score développé par Todd KASHDAN, professeure à George Mason University : le Curiosity Index, pour lequel près de 2.000 managers, dans six pays, ont été interrogés (en dehors de la France).

Elle stimule la créativité, favorise la coopération entre les services ou encore la satisfaction et l’engagement des collaborateurs : elle témoigne aussi d’un climat de confiance et de sécurité psychologique avérés.

De multiples bénéfices

Pour Francesca Gino, professeure à Harvard, elle est un puissant levier de transformation, car elle aide à rendre plus agiles les organisations. Bien plus, elle nous invite à ne pas faire de suppositions relativement aux autres (qui sont-ils vraiment ?), à oser explorer des alternatives : ne pas simplement rechercher les informations qui valident nos croyances, mais quêter tout autant celles qui viennent les contredire.

Dans cet article, elle fait ainsi état d’une étude portant sur dix centres de relation client qui montre que les nouveaux collaborateurs les plus curieux, sont aussi ceux qui sont les plus performants dans la relation client. En effet, ils n’hésitent pas, par exemple, à solliciter leurs collègues plus anciens pour mieux maîtriser leur nouveau métier, en leur posant des questions.

Sans curiosité, nous sommes face à ces silos que déplorent les organisations : « Nous vivons dans des mondes cloisonnés et incurieux les uns des autres », écrit Jean-Pierre Martin, membre honoraire de l’Institut Universitaire de France. Le philosophe évoque ainsi les ravages de l’incuriosité. Car la curiosité est, selon lui, « une passion pour les autres. […] C’est un antidote à l’indifférence. […] C’est le désir de connaître le monde de l’autre […] l’amour de l’altérité. […] C’est aller vers l’autre ».

Une valeur d’entreprise ?

Encouragez vos équipes à poser des questions, lors des séminaires et réunions. Lors de ces mêmes temps, sollicitez leurs avis et leurs idées en vous montrant sincèrement curieux de leurs retours et suggestions. À l’occasion d’une tournée terrain, posez-leur des questions plutôt que de parler. Favorisez les temps d’exploration, idéalement de façon formelle (libérez du temps pour la veille, des projets connexes ou annexes à l’activité professionnelle, comme l’a fait 3M, l’inventeur du post-it).

Vous pouvez aussi mesurer la maturité de votre organisation et bâtir un plan d’action spécifique, en intégrant la curiosité parmi les valeurs de votre organisation. Vous pouvez reconnaître les efforts, même (et surtout) s’ils n’aboutissent pas (une forme de droit à l’erreur). Vous pouvez organiser des Why ? Days pour encourager les équipes à poser des questions qu’elles n’osent peut-être pas évoquer ordinairement. Vous pouvez, enfin, ritualiser des Vis ma vie et des benchmarks pour explorer d’autres réalités. Encouragez les modalités d’enrichissement des connaissances.

Mieux recruter

Faites de la curiosité un critère de recrutement comme le font déjà de grandes marques.

Faites-en, pour finir, un critère d’évaluation. La curiosité doit ainsi devenir une pratique valorisée dans l’organisation, une posture vécue et observable, ritualisée : un élément du langage managérial.

Nombre d’organisations pratiquent le rituel des cinq pourquoi, afin d’inviter leurs équipes à réinterroger leurs pratiques – pourquoi faites-vous cela ? Quel sens cela a-t-il pour nos clients ? Etc. Se poser ces questions, c’est par essence se montrer curieux. Elle est donc déjà présente, sans être nommée, dans des méthodes de gestion et dans de nombreuses organisations.

Comprendre le travail du terrain

C’est le cas chez SNCF Réseau, où l’un des marqueurs de l’entreprise consiste à ritualiser des visites de terrain, comme nous l’a indiqué Christel PUJOL, la DGRH de l’entreprise, lors d’une interview. C’est une formidable opportunité pour se montrer curieux des équipes, de leurs métiers, en assumant le fait de ne pas tout connaître, en soulignant à l’inverse son désir de mieux savoir.

En allant eux-mêmes sur le terrain, via des tournées dûment préparées et débriefées, les dirigeants ont donc la possibilité de se montrer curieux des réalités du travail et de leurs équipes. L’authenticité perçue de la rencontre et de la disponibilité fera le reste – ou non.

De nombreux freins existent pourtant. L’application stricte des procédures, des règles, des processus peut générer une culture de la soumission à l’existant, une obéissance aveugle, une atrophie de l’attention. Ensuite, il y a la peur : pour un dirigeant, cela peut être perçu comme une marque de faiblesse (« Comment ? Il ne sait pas ? »).

Si l’on reconnaît à ces derniers un rôle d’exemplarité, alors il devient difficile d’envisager une telle culture au sein d’une organisation si eux-mêmes ne questionnent pas leurs propres croyances.

Concluons cet article par une histoire vraie : « L’idée de l’appareil photo instantané Polaroid est née d’une question posée par un enfant de trois ans. La fille de l’inventeur Edwin Land était impatiente en effet de voir une photo que son père venait de prendre. Lorsqu’il lui expliqua que la pellicule devait être développée, elle s’interrogea à voix haute : « Pourquoi devons-nous attendre la photo ? »

The Conversation

Benoît Meyronin ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La curiosité, angle mort du management – https://theconversation.com/la-curiosite-angle-mort-du-management-280068

Le mythe du fondateur : quand la Silicon Valley exporte ses récits jusqu’à occulter le fait que l’innovation est d’abord collective

Source: The Conversation – France (in French) – By Marion Trommenschlager, Chercheure en sciences de l’information-communication, laboratoire PREFics, Université Rennes 2

Le numérique a promu une vague de figures d’entrepreneur, de Mark Zuckerberg à Jeff Bezos, bientôt rejoints par celles de l’IA, comme Sam Altman. Mais si les récits, notamment médiatiques, adorent cette représentation, la réalité est beaucoup plus nuancée. Au-delà de ces individus plus ou moins héroïsés, la contribution des écosystèmes au succès des uns et des autres doit être rappelée.


La couverture médiatique et politique des récentes vagues d’IA met au premier plan des visages (Sam Altman, Elon Musk, Mark Zuckerberg, Peter Thiel…), et tend à personnifier la dynamique technologique. La success story devient l’histoire d’un fondateur héroïque, nous noterons d’ailleurs l’absence de fondatrice. Cette lecture simplificatrice masque pourtant la réalité des processus d’innovation, qui sont des produits collectifs et territorialisés, construits par des alliances entre universités, financeurs, marchés publics, incubateurs et réseaux locaux. Déconstruire ces récits individuels pour rendre visibles les mécanismes concrets autour de l’innovation apparaît plus que jamais indispensable. Récemment, nous avons d’ailleurs assisté à une panoplie de discours alarmistes sur les risques de l’IA par les dirigeants eux-mêmes (Sam Altman chez Open AI, Dario Almodei chez Anthropic) de l’industrie de l’IA.

S’agit-il d’alertes sincères ou d’une stratégie de renforcement de leur influence afin de pousser à une régulation qui viendrait davantage toucher les petites start-up et l’open source, plutôt que les grands acteurs déjà installés ? Des prises de paroles que le français Arthur Mensch (Mistral AI), interrogé par le Monde, qualifie « de distraction » occultant le réel enjeu actuel du secteur, celui d’un système oligarchique de l’information, « le vrai risque de l’intelligence artificielle à venir, c’est celui de l’influence massive sur la manière dont les gens pensent et sur la manière dont ils votent ».

Identification politique

La mise en récit des fondateurs n’est pas qu’un biais journalistique : c’est une force performative (c’est-à-dire la capacité d’un récit à produire lui-même la réalité qu’il décrit) qui guide l’action collective. En érigeant un visage seul en porte-voix, le récit facilite l’identification politique et médiatique d’un protagoniste, canalise l’attention publique et légitime des modèles d’organisation particuliers : la scalabilité, la disruption, la domination des marchés globaux.

Anthony Galluzo, chercheur en sciences de gestion, a montré combien le mythe du fondateur héros (ou founder as hero structure les imaginaires entrepreneuriaux contemporains. Or, cette visibilité masque les ressources et les relations qui rendent ces trajectoires technologiques possibles.




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Un triptyque gagnant

Les écosystèmes d’innovation se sont constitués progressivement dès l’après-guerre, et surtout à partir des années 1950, autour d’un triptyque : acteurs académiques, industriels et publics. Aux États-Unis, l’industrialisation des campus (comme Stanford), les transferts technologiques issus de la recherche universitaire, les commandes gouvernementales (défense, spatial), rejoints plus tard par le capital-risque, ont façonné des réseaux d’acteurs interconnectés.

Dès les années 1990, le concept de « triple hélice », en reprenant la collaboration entre l’université, l’industrie et l’État, rend compte de ces imbrications. Il montre comment l’innovation naît d’alliances et se renforce par des institutions, des financements et des infrastructures partagées.

La voie française

Les modèles californien et français diffèrent fortement, l’un articulé autour du capital-risque et des transferts universitaires, l’autre structuré depuis une dizaine d’années par une orchestration étatique (structuration de la French Tech, intervention de Bpifrance, politiques territoriales). Reste que ces deux modèles obéissent à une dynamique profonde commune : l’innovation n’émerge pas d’un acte solitaire mais d’un jeu d’alliances entre acteurs publics, privés et académiques.

Bien que les trajectoires californiennes et françaises se différencient par leurs histoires, leurs ressources et leurs cultures institutionnelles, la différence tient moins au principe collectif qu’à la manière dont ce collectif est financé, organisé et raconté. Malgré les différences marquées dans la façon de produire l’innovation, la Californie n’est pas l’anti-modèle d’une innovation « collective », elle en est au contraire l’une des origines historiques et l’un des laboratoires les plus aboutis. Autrement dit, on n’entreprend pas seul, les succès attribués aux « fondateurs » sont en réalité le produit d’assemblages collectifs, de ressources partagées et de choix politiques et financiers convergents.

Mécanique de l’innovation

Les trajectoires technologiques se construisent au quotidien par des mécanismes concrets et différents selon les acteurs. D’un côté, les fonds de capital-risque légitiment des projets par leur choix d’investissement. En sélectionnant certains modèles et en signalant leur attractivité, ceux que l’on nomme également VC pour Venture Capital, orientent quelles typologies d’innovations accèdent aux ressources et ont la visibilité nécessaire pour se développer.

Les laboratoires publics et universitaires, de leur côté, orientent les agendas de recherche en fonction des expertises locales, des financements disponibles et des besoins territoriaux (santé, mobilité, cybersécurité, etc.). Ces ressources de connaissance et de formation façonnent les capacités d’apparition de filières.

Un acheteur stratégique

L’État, quant à lui, opère par institutionnalisation : appels à projets, critères d’éligibilité, structurent les grandes orientations souhaitables. Mais l’État peut aussi agir comme acheteur stratégique (contrats publics, commandes), le cas particulièrement aux États-Unis, ce qui oriente directement les marchés et les priorités technologiques indépendamment des logiques de marché pures.

Auprès des entrepreneurs, ces trois parties (financeurs privés, centres de recherche et action publique) produisent des « chemins obligés » par lesquels certaines innovations émergent tandis que d’autres restent marginales.

L’IA révélatrice des récits dominants

La montée de l’IA générative révèle au grand jour les hiérarchies de puissance entre acteurs, ce que la chercheuse Kate Crawford décrit comme la matérialité politique de l’IA, à la fois une infrastructure, une industrie et un régime d’extraction. Cette matérialité politique se combine ici à la mise en récit, pour consolider des positions dominantes. La rivalité géopolitique autour de l’IA se raconte souvent comme une « guerre ». Dans cette dramaturgie, chaque espace construit ses propres héros pour justifier une prétention au leadership mondial. La discipline révèle, tout autant qu’elle renforce, des ordres organisationnels préexistants.

Le cas de l’IA chinoise dont tout le monde parlait il y a 18 mois semblait emprunter un autre modèle. En Chine, l’IA est pilotée par une stratégie d’autonomie technologique ( « Made in China 2025 »), avec des investissements massifs dans les puces et l’open-source, et des acteurs comme DeepSeek qui bousculent les équilibres mondiaux.

La personnalisation du récit et la centralité des logiques de marché contribuent à marginaliser d’autres trajectoires d’innovation qui peinent à entrer dans les cadres de légitimation dominants. Des contre-modèles émergent (avec par exemple la civic tech plus largement développée à Los Angeles, ou encore à Taïwan) mais restent fragmentaires face aux flux de capitaux et aux narrations globalisantes.

Arte 2024.

(Ré)investir le débat dans l’innovation

Comprendre les mécaniques concrètes (critères de sélection, de financement, modalités d’achats publics) permet d’identifier des leviers politiques pour orienter l’allocation des ressources. D’autre part, instituer des dispositifs de délibération (conseils citoyens, procédures de co-conception des priorités technologiques) semble nécessaire pour inscrire l’innovation dans un horizon démocratique. Pour le formuler plus directement, il ne s’agit pas seulement d’aider les start-up, mais de déterminer collectivement qui décide des finalités de l’innovation, selon quels critères et au profit de quels usages.

Si les débats médiatiques actuels privilégient souvent l’angle géopolitique dans la quête de la maîtrise technologique, cette perspective, aussi cruciale soit-elle, ne doit pas dissimuler que les trajectoires technologiques se fabriquent au quotidien par des choix nationaux et locaux.

Aux vues des élections de 2027, rappeler que l’innovation est aussi une affaire de proximité, de décisions d’achats locaux, de politiques d’accueil des acteurs, de priorités de services publics, revient à replacer la tech au cœur du débat démocratique. Reprendre la main sur l’innovation, c’est d’abord rendre ces mécanismes lisibles et co-décidables.

The Conversation

Marion Trommenschlager ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Le mythe du fondateur : quand la Silicon Valley exporte ses récits jusqu’à occulter le fait que l’innovation est d’abord collective – https://theconversation.com/le-mythe-du-fondateur-quand-la-silicon-valley-exporte-ses-recits-jusqua-occulter-le-fait-que-linnovation-est-dabord-collective-278456

Charlotte Perkins Gilman, l’économiste qui dénonce l’enfermement domestique des femmes

Source: The Conversation – France (in French) – By Guillaume Vallet, Professeur des Universités, Université Grenoble Alpes (UGA)

À la fin du XIXe siècle aux États-Unis, Charlotte Perkins Gilman (1860-1935) plaide pour la « femme nouvelle », en inscrivant le genre au cœur des sciences économiques. Face à un capitalisme conçu par et pour les hommes, elle met en lumière l’interdépendance des sphères domestique et professionnelle. L’enjeu : créer de nouvelles formes d’organisation du travail plus inclusives, plus coopératives et de facto plus efficientes collectivement.


S’il est commun aujourd’hui de lier les questions de genre à celles des sciences économiques, l’histoire de la discipline nous révèle qu’il n’en a pas toujours été ainsi. Les sciences économiques ont été, et demeurent, une science androcentrique, à savoir un monde envisagé du point de vue des hommes.

C’est pourquoi il est fondamental de revenir au temps des pionniers qui ont insisté sur la primordialité du lien entre genre et sciences économiques. À bien des égards, c’est le cas de Charlotte Perkins Gilman, une écrivaine états-unienne de l’ère progressiste américaine (1890-1920), membre de l’American Economic Association de 1892-1893 à 1895-1896.

« L’homme doit travailler pour être pleinement humain, et la femme aussi », souligne-t-elle en 1895.

Durant cette période marquée par le triptyque industrialisation-urbanisation-immigration qui transforma durablement les États-Unis, elle fut à l’avant-garde de nouvelles réflexions sur le lien précédemment évoqué. Elle publia des livres avec des contributions innovantes telles que Women and Economics (1898), The Home. Its Work and Influence (1903), mais aussi des fictions comme Herland (1915).

Fondé sur un travail d’archives relatif à son œuvre réalisée en 2021, et s’appuyant sur une publication récente sur sa vision de l’économie du foyer, cet article vise à présenter la contribution de cette autrice à la pensée économique.

Indépendance économique des femmes

The Forerunner est une revue mensuelle dirigée par Charlotte Perkins Gilmore entre 1909 et 1916.

Ses différents travaux, au même titre que ses nombreux articles de journaux qu’elle écrivit, dont dans le mensuel The Forerunner, lui permirent de diffuser sa conception nouvelle de l’économie. Progressiste, Charlotte Perkins Gilman visait à déterminer un ordre collectif capable de promouvoir le bien commun dans une société états-unienne en pleine transformation. Si elle porta une attention particulière à la condition des femmes – le terme « féminisme » n’est entré dans le lexique politique états-unienne que dans les années 1910 –, elle se considérait davantage comme une « humaniste » plutôt que strictement « féministe » :

« J’abhorre qu’on me qualifie de féministe », rappelle-t-elle.

Sur ce plan, l’originalité de la pensée de Charlotte Perkins Gilman fut d’insister sur la centralité de l’indépendance économique des femmes par le travail salarié, grâce à une nouvelle articulation entre les sphères domestique, professionnelle et politique :

« L’indépendance économique des femmes implique un changement dans le foyer et dans les relations familiales », souligne-t-elle.

Contrairement à des féministes de l’époque, qui telle Hubertine Auclert en France, priorisent l’acquisition de droits politiques pour les femmes –, droit de vote essentiellement –, Charlotte Perkins Gilman considère que l’obtention de tels droits est dénuée de sens si les femmes ne possèdent pas les capacités économiques réelles de les exercer.

« La banderole proclame “l’égalité devant la loi”, la part de la femme dans la liberté politique ; mais l’axe principal du progrès est et a toujours été l’égalité et la liberté économiques », affirme-t-elle.

Près de 147 357 travailleurs masculins pour 2 femmes

Dans cette perspective, Charlotte Perkins Gilman propose de changer la condition des femmes sur le marché du travail. Dans les États-Unis d’avant les années 1920, la plupart des emplois sur le marché du travail états-unien – particulièrement dans l’industrie – ne sont pas accessibles aux femmes. Par exemple, les industries du fer et de l’acier emploient à l’époque 147 357 travailleurs masculins pour seulement 2 femmes, dans tout le pays.

Les femmes salariées se concentrent dans certains services à la personne, et dans des industries telles que le textile, l’agroalimentaire et le tabac qui englobent les trois quarts des emplois industriels féminins. Elles représentent 20 % de la population active en 1920.




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Cette situation pose problème pour Charlotte Perkins Gilman : les femmes, pourtant de plus en plus diplômées, ne se voient offrir que de mauvais emplois. Elles restent sous la domination économique des hommes. Ces derniers contrôlent les principales activités, créant de facto une mauvaise allocation des ressources, aussi bien pour les femmes que pour la société dans son ensemble.

Femmes dans la sphère domestique

Charlotte Perkins Gilman prêche pour un changement profond du statut et du rôle des femmes dans la sphère domestique, victimes d’une division du travail économique qui leur est défavorable :

« Nous sommes à nouveau aveuglés par la division primitive du “ travail de l’homme ” et du “ travail de la femme ”, et par l’honneur et le déshonneur accumulés arbitrairement attachés à chacun », dit-elle.

Elle insiste en particulier sur le mariage, une institution androcentrique, qui confine les femmes à des fonctions économiques non valorisées bien qu’essentielle :

« Cela suppose soit que le mari soit l’employeur et la femme l’employée, soit que le mariage soit un partenariat et que la femme contribue autant que le mari à la création de richesse. »

Charlotte Perkins Gilman.
Wikimedia

Cette situation pose un problème majeur pour la société états-unienne en recherche d’un nouvel ordre économique, social et moral. Dans son esprit, des femmes non épanouies par leur travail sont de moins bonnes mères. Son objectif est de réformer les institutions pour une « maternité efficiente » ; les femmes doivent pouvoir mieux concilier leurs activités productives et activités reproductives. Le travail devient un devoir moral pour les femmes :

« Une race de femmes cantonnées au rôle de cuisinières et de domestiques n’offre pas une maternité aussi noble que le monde en a besoin », affirme-t-elle.

« Nouvelle femme »

Compte tenu de ce constat, Charlotte Perkins Gilman milite pour l’émergence de la « nouvelle femme ». Ce terme est forgé par la féministe Sarah Grand, caractérisant la nouvelle génération de femmes adultes des années 1890, dont le potentiel économique doit être exploité différemment. Avec ce modèle à l’esprit, Charlotte Perkins Gilman suggère des changements dans deux directions interdépendantes :

  • Faire en sorte que les activités économiques ne dépendent pas uniquement du marché, institution supposée neutre dans la distribution des positions économiques, ce en fonction du mérite individuel. Selon elle, le marché doit être régulé, puisqu’il existe des relations non marchandes dans la société, mais aussi par la mainmise des hommes sur les principales activités économiques. Pour les femmes comme pour la société, il est crucial de valoriser les relations basées sur la réciprocité et la redistribution.

  • Construire une démocratie économique reposant « sur la liberté des femmes », soit un système fondé sur la coopération au sein de l’industrie. Cette société forgerait des relations non oppressives, non hiérarchiques entre les individus, nécessitant un nouveau type de division du travail entre hommes et femmes.

À une époque où la création de grandes entreprises inquiète comme fascine, Charlotte Perkins Gilman propose d’externaliser à cette structure les activités de préparation des repas, de ménage comme de garde d’enfants. La conséquence envisagée : une baisse des coûts de production.

Une consacrée à Charlotte Perkins Gilman dans The Atlanta Journal-Constitution.
Wikimedia

L’utopie « Herland »

L’objectif de Charlotte Perkins Gilman n’est pas uniquement de féminiser la sphère productive, mais de promouvoir de nouvelles formes d’organisation du travail plus inclusives, plus coopératives et de facto plus efficientes collectivement. Elle en fait la démonstration dans son utopie Herland, une société sans hommes où règne l’abondance économique, la coopération sociale et l’épanouissement des femmes.




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Dans ce roman, en l’absence d’hommes, les femmes se voient offrir un large éventail de tâches productives, en fonction de leurs compétences et de leurs préférences personnelles. À Herland, la société est conçue comme une chaîne cohérente d’individus ayant réussi à créer à la fois croissance économique et liens sociaux :

« Avec tous nos efforts, ce pays pourra subvenir aux besoins d’un nombre indéterminé de personnes, en leur offrant le niveau de paix, de confort, de santé, de beauté et de progrès auquel nous aspirons », décrit-elle.

Regard critique sur son œuvre

Au regard de ce qui précède, il importe de souligner l’originalité des propositions économiques de Charlotte Perkins Gilman. Bien que non économiste de formation, elle est parvenue par son expérience, ses intuitions fondatrices ou comme ses relations avec de nombreux chercheurs en sciences sociales influents de l’époque – Edward Bellamy ou Edward Alsworth Ross en particulier –, à montrer qu’il n’est pas possible de réfléchir à l’économie sans s’intéresser aux questions de genre.

Cela n’empêche pas d’adopter un regard critique sur son œuvre, concernant sa vision du féminisme ou par le fait qu’elle s’adresse avant tout – et de façon « brutale » pour les autres catégories selon nos standards actuels – aux femmes blanches de la classe moyenne états-unienne. À l’image du nom donné à son journal The Forerunner, Charlotte Perkins Gilman est une précurseure. Elle a ouvert la voie à nombre d’économistes. Et à ce titre, son œuvre est incontournable et inestimable.

The Conversation

Guillaume Vallet ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Charlotte Perkins Gilman, l’économiste qui dénonce l’enfermement domestique des femmes – https://theconversation.com/charlotte-perkins-gilman-leconomiste-qui-denonce-lenfermement-domestique-des-femmes-273378

The Pennine hills are full of holes – here’s how they’re helping fight climate change

Source: The Conversation – UK – By Adam Johnston, Honorary Research Associate in Peatland Hydrology, University of Manchester

Excavators cut shallow areas in the peatlands as part of a project to develop more wetlands. Adam Johnston, CC BY-SA

Thousands of holes are appearing in the Pennine hills, as part of efforts to improve carbon storage by restoring damaged peatland.

Peat itself is carbon rich and so as it grows it will help to capture the CO₂ that is produced by industrial fossil fuel use that is warming the atmosphere.

Meanwhile, damaged or drained peatlands turn into a carbon source, releasing greenhouses gases themselves. About 15% of the world’s peatlands have been drained, making these kind of restoration projects essential.

But now a new project is attempting to bring these wetlands back to life. On Holcombe Moor in the West Pennines, 3,000 bunds were created in 2021, with a further 700 in 2024 as part of Natural England’s Nature for Climate Peatland Grant Scheme. Improvements are already starting to be seen.

What’s the history here?

The hills of the West Pennines are no stranger to holes, with a long history of lead and coal mining stretching back to the Roman period.

Coal fired the mills nearby during the industrial revolution in cities such as Manchester, Leeds and Sheffield. Smoke drifted back to the hills, carrying the heavy metal impurities of lead and arsenic from coal burning.

The industrial legacy remains visible in the elevated concentrations of heavy metals near the soil surface, which made it difficult for most plants to survive. Areas were stripped of all vegetation, leaving expanses of exposed soil. In the most affected places, these erosional gullies cut deep into the surface, turning places like Kinder Scout into a moonscape.

What was exposed and eroded so quickly had taken over 8,000 years to form. Much of the Pennines are covered in blanket peatland, a type of bog made through the slow accumulation of partially decayed plant matter (the type of soil we call peat).

The conditions for peat to form require a delicate balance, with the water table maintained high enough to limit the decomposition of plant matter, while still allowing plants to grow. Not just any plant can tolerate these harsh growing conditions. One species is truly specialised to bog life and forms the main building block of peat itself – Sphagnum.

A close up of Sphagnum moss.
The Sphagnum moss being used in the peatlands project.
Adam Johnston, CC BY-SA

Finding a super moss

Sphagnum moss is the key ecosystem engineer in peatlands, holding up to 20 times its weight in water to maintain the saturated conditions needed for its growth.

When in a healthy state, new Sphagnum grows up through the older moss, raising the water table with it to leave the older moss submerged, partially decayed, which forms the peat itself. Bogs grow only millimetres per year, but over millennia this can build several metres of peat.

The organic nature of peat means it is carbon rich, so much so that UK peatlands store over 3 billion tonnes of carbon, around ten times more than all UK woodland carbon stocks.

Restored wetlands could also help protect the area from wildfires at the UK starts to see more extreme temperatures.

A close up of a bund pool with a measuring stick in it.
Measuring a bund pool.
Adam Johnston., CC BY-SA

Human pressure and pollution

With human pressures, including past industrial pollution, bog growth has been disrupted. Sphagnum has disappeared from these peatlands.

Now, peatland restoration efforts are under way. From the early 2000s organisations including Moors for the Future Partnership have spent decades blocking gullies to raise water tables, reseeding bare peat and planting Sphagnum moss, transforming the worst affected peatlands from dark moonscapes to vibrant green moss-scapes.

Though blocking erosional gullies with stone or timber dams has proven successful in deeply eroded peat, restoring flatter moorland plateaux presents a different set of challenges. Namely, how to restore the wet conditions required to encourage more Sphagnum moss to grow. However, this hasn’t stopped restoration organisations from trying a novel restoration method which might work to restore flatter peatlands.

Five years on from the start of the project, the original bunds are covered with grasses and many pools are now brimming with Sphagnum moss, looking more like natural bog pools.

Scallop bunds are crescent-shaped pools, created by digging shallow scrapes in the peat surface using special low impact excavators. The aim is to capture surface water which would otherwise run quickly off the hill after rainfall. The water stored in bund pools helps to maintain wetter conditions at the bog surface for Sphagnum moss to re-establish and grow on moorland plateaus.

The National Trust, in partnership with the University of Manchester, is undertaking long-term research to understand the potential for bunds as a peatland restoration method.

The 2025 drought followed one of the driest springs in England for over 100 years.

It provided the first test of extreme weather in this peat bund experiment. Preliminary monitoring during the 2025 drought suggests bunded areas remained wetter for longer than unrestored peat, helping to maintain wetter conditions near the peat surface for longer – the conditions required to support Sphagnum growth.

The excavator machines up on the hills today don’t signal a return to the industrial past, but an attempt to restore the damage it left behind.

The Conversation

Adam Johnston has received funding from charities delivering peatland restoration

ref. The Pennine hills are full of holes – here’s how they’re helping fight climate change – https://theconversation.com/the-pennine-hills-are-full-of-holes-heres-how-theyre-helping-fight-climate-change-282925