La Chine se réarme à marche forcée, mais peut-elle vraiment rivaliser avec les États-Unis ?

Source: The Conversation – in French – By Laurent Vilaine, Docteur en sciences de gestion, ancien officier, enseignant en géopolitique à ESDES Business School, ESDES – UCLy (Lyon Catholic University)

La Chine se réarme massivement pour réduire son écart avec les États-Unis et consolider son statut de grande puissance. Son budget de défense augmente régulièrement, finance une modernisation rapide (marine, missiles, nucléaire) et place déjà les dépenses militaires de Pékin au rang des toutes premières mondiales, même si Washington demeure loin en tête de classement. Reste que l’Armée populaire de libération n’a plus mené de guerre majeure depuis le conflit sino‑vietnamien de 1979, si bien que l’on ignore comment elle encaisserait, en conditions réelles, une confrontation longue et coûteuse, par exemple autour de Taïwan.


Le réarmement chinois répond à une logique assez claire : il s’agit de rattraper les États-Unis dans la course au statut de première puissance mondiale et de se doter des moyens de reconquérir Taïwan dans les années à venir. Pékin veut dissuader, contraindre et se hisser au rang de superpuissance complète, non seulement économique et normative, mais également militaire. La montée en puissance est impressionnante. Les usines chinoises produisent avions, véhicules, bâtiments de guerre et missiles, entre autres, de manière massive. Reste à savoir si cette montée en puissance, impressionnante, réelle, traduit déjà un avantage face aux États-Unis en cas de confrontation militaire.

Le budget officiel de la défense de la République populaire de Chine (RPC) fait l’objet d’une hausse continue, et ses forces sont modernisées de manière accélérée, notamment en matière navale, nucléaire et de missiles. Le réarmement chinois n’est plus une perspective lointaine, c’est une réalité documentée. Si l’on se réfère aux bases de données internationales, la Chine est désormais parmi les tout premiers acteurs mondiaux en matière de dépenses militaires.

Néanmoins, la puissance militaire ne se réduit ni à la qualité ni à la quantité dde troupes et de matériels qu’un pays peut accumuler. Elle se juge également au travers de l’expérience opérationnelle réelle, de la qualité du commandement et de la capacité à durer en guerre moderne. Un parallèle peut être trouvé en Europe. La Pologne et l’Allemagne ont entamé un processus de réarmement réel. Mais ces armées mettront encore longtemps à devenir aussi performantes que l’armée française, habituée aux interventions extérieures et n’ayant pas la crainte des inévitables pertes humaines.

Un réarmement visible, chiffrable, assumé

Le mouvement se lit d’abord dans les budgets. Le budget de la défense chinoise se situe autour de 250 milliards de dollars (210,7 milliards d’euros), soit environ quatre fois le budget français, même si la RPC est encore loin du budget des États-Unis (autour de 962 milliards de dollars, soit plus de 810 milliards d’euros).

Le montant officiel des dépenses chinoises n’est pas toujours strictement comparable à celui d’autres pays en raison de périmètres budgétaires différents, mais il est l’expression d’une tendance : des hausses régulières, sur la durée, qui financent équipements, entraînement, recherche et développement (R&D) et transformation organisationnelle.

Certes, l’augmentation des dépenses militaires est un phénomène perceptible à l’échelle mondiale ; mais l’effort chinois est particulièrement vigoureux. La zone Indo-Pacifique, qui est la zone directe d’intérêt des Chinois, est devenue un centre de gravité de la compétition stratégique.

Pourquoi maintenant : rattrapage, modernisation, obsession du « retard » à combler

Dans le narratif chinois, la modernisation de l’armée n’est pas qu’un symbole de l’aspiration à devenir la première puissance mondiale en 2049 (année du centième anniversaire de l’avènement de la Chine communiste). La Chine ne veut plus « subir » et a donc décidé de combler, avant tout vis-à-vis des États-Unis, son écart technologique, capacitaire et organisationnel. Il s’agit de passer d’une armée principalement terrestre, très nombreuse en hommes, à un outil capable d’opérations conjointes.

Comme l’indique explicitement le dernier livre blanc officiel chinois, l’interopérabilité des différentes armées (terre, air, mer, espace, cyber) n’est pas totalement achevée et la numérisation du champ de bataille doit être accélérée, afin d’obtenir une force « de classe mondiale » au milieu du siècle. Pour les Chinois, cette modernisation reflète une obsession de crédibilité. En effet, exister comme superpuissance implique, aux yeux de Pékin, d’avoir une armée capable de dissuader, de contraindre et, si nécessaire, de vaincre.

Une logique de compétition avec Washington, mais pas le même type de puissance

La rivalité sino-américaine est centrale dans le réarmement chinois. Il ne s’agit pas seulement d’une course aux budgets mais d’une course aux capacités. Les États-Unis financent une posture mondiale, en rapport avec la superpuissance dominante qu’ils demeurent. Leur armée est structurée dans certaines parties du monde dans le cadre d’alliances, est capable de déploiements multi-théâtres et possède une expérience des opérations extérieures. Autant de capacités dont la Chine n’a pas encore fait la démonstration.

Mais la Chine cherche d’abord à réduire la liberté d’action américaine dans sa zone d’intérêt immédiat. Pour cela, elle aspire à rendre toute intervention de Washington plus risquée et plus coûteuse. Dans ce cadre, Pékin effectue d’importants efforts en matière de missiles, de défense aérienne, de capteurs, de guerre électronique, de capacités cyber et spatiales, tout en développant, comme nous venons de le voir, ses moyens navals et aériens.

L’objectif n’est donc pas nécessairement de « copier » la puissance américaine. Il s’agit de compliquer sa projection de puissance, en saturant les défenses des États-
Unis et de leurs alliés (principalement Taïwan, la Corée du Sud et le Japon).

Taïwan en ligne de mire : dissuader l’intervention, crédibiliser l’option militaire

Taïwan est une obsession chinoise de longue date et justifie en partie la montée en puissance de l’armée de la RPC.

Pékin peut conquérir l’île par divers moyens : la contraindre à se rendre à travers un blocus naval ou l’envahir militairement. Dans tous les cas, la Chine veut pouvoir imposer un fait accompli ou, si l’intervention armée est décidée, décourager l’aide extérieure à Taipei en tablant sur la crainte que pourraient inspirer ses nouvelles capacités.




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Comment la Chine s’y prendrait-elle pour envahir Taïwan ?


La gesticulation régulière à laquelle procède la RPC autour de Taïwan (pression aérienne et navale, exercices, démonstrations de lancements de missiles) a pour fonction de montrer à Washington et à alliés que, sur ce dossier, la détermination de Pékin est absolue. Dans l’optique chinoise, l’objectif demeure de lui faire comprendre que le coût de l’escalade pourrait être très élevé. En rendant l’environnement opérationnel plus contesté, elle rend tout engagement des États-Unis plus coûteux.

Le nucléaire, accélérateur de statut – et de méfiance

Le nucléaire est l’expression parfaite de la bascule chinoise vers la puissance totale souhaitée à l’horizon 2049, parce qu’il touche au cœur de la dissuasion.

Les estimations publiques concluent à une expansion et à une modernisation de l’arsenal chinois, avec l’objectif d’atteindre 1 000 têtes à l’horizon 2030. Une telle progression de l’arsenal chinois modifie les calculs de stabilité stratégique et alimente les inquiétudes régionales.

Certes, les chiffres exacts restent incertains. Mais l’augmentation de l’arsenal nucléaire est une certitude. Ce phénomène change de facto la posture chinoise qui s’éloigne d’une posture de dissuasion minimale – l’équivalent de la « stricte suffisance » française – pour évoluer vers des capacités intimidantes et donc, par définition, plus agressives et démonstratives. L’augmentation de l’arsenal nucléaire chinois renforce le statut du pays, mais accroît aussi la méfiance qu’il suscite et durcit la compétition.

« Puissante sur le papier » : l’angle mort du « combat proven »

C’est ici que la prudence s’impose et doit être répétée. Les matériels, les budgets et les exercices ne remplacent pas l’épreuve du conflit. Or la Chine n’a pas, sur la période récente, l’expérience opérationnelle d’une guerre comparable à celle qui a forgé les réflexes de plusieurs armées, notamment américaine, française, britannique ou russe (même si cette dernière offre plutôt un contre-exemple en termes d’efficacité).

Le fait que la Chine n’ait plus combattu depuis 1979 ne prouve pas une faiblesse intrinsèque, mais questionne l’efficacité réelle de son armée le jour où elle se retrouvera sous stress, face à la surprise. Quelle sera son endurance morale ? Saura-t-elle supporter des pertes et s’adapter quand le plan initial devra être modifié sous la pression de la réponse adverse ? Une partie de la littérature stratégique rappelle au demeurant que moderniser une armée n’est pas qu’un processus technique et industriel, mais relève aussi d’une transformation humaine et organisationnelle.

Guerre moderne : ce que les chiffres ne mesurent pas (coordination, logistique, commandement, attrition)

Le grand public mesure souvent la qualité d’une armée à ses capacités létales. Pour autant, l’efficacité d’une armée se joue également au regard de qualités plus discrètes, telles la logistique, la maintenance, la capacité à durer, la formation des cadres, la circulation de l’information ou encore la résilience des communications sous attaque, comme la guerre entre la Russie et l’Ukraine l’a encore bien démontré, le plus souvent au détriment des Russes.

Un scénario militaire autour de Taïwan, objectif permanent de Pékin, serait un test majeur pour l’armée chinoise. En effet, l’invasion de l’île s’opérerait sous contraintes sévères : opérations maritimes et aériennes complexes ; distances maritimes importantes à parcourir (ce qui implique une grande vulnérabilité des flux) ; intensité de la guerre électronique ; et, probablement, une attrition rapide. Le matériel compte, c’est une affaire entendue. Mais la « capacité système », c’est-à-dire la capacité de planifier, de coordonner, de ravitailler, de réparer ou de remplacer, compte au moins tout autant. La qualité du haut commandement sera également vite testée dans sa capacité à réagir justement et vite dans l’incertitude.

La Chine est-elle capable de rivaliser avec les États-Unis ? Assurément. Est-elle capable de les dominer ? Non, à brève échéance. Mais la question reste ouverte pour les décennies à venir. La Chine a su construire, et continue de le faire, un outil militaire redoutable, surtout dans sa zone d’intérêt immédiat. Son plan de réarmement est cohérent, réel et fait l’objet d’une volonté politique assumée. Pour autant, l’écart est encore grand entre une armée chinoise en construction et sans expérience du combat et une armée américaine, elle aussi en cours de modernisation mais expérimentée. La maîtrise éprouvée d’opérations complexes sous le feu, sur la durée, avec des pertes et des imprévus est ce qui fait d’une armée moderne une armée moderne et efficace. C’est la réduction de cet écart, pas seulement en volume et en budget mais en qualité opérationnelle, qui seule permettra à la Chine de peut-être, un jour, supplanter la domination des États-Unis.

The Conversation

Laurent Vilaine ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La Chine se réarme à marche forcée, mais peut-elle vraiment rivaliser avec les États-Unis ? – https://theconversation.com/la-chine-se-rearme-a-marche-forcee-mais-peut-elle-vraiment-rivaliser-avec-les-etats-unis-275457

A history of pancake recipes – from Elizabethan ale to the invention of self-raising flour

Source: The Conversation – UK – By Sara Read, Lecturer in English, Loughborough University

Pieter Aertsen’s The Pancake Bakery (1560). Wikimedia

With Pancake Day fast approaching, let’s go back in time to look at the history of the humble dish.

Recipes from the first published cookbooks show that in England, pancakes were made very thinly – hence the phrase “flat as a pancake” – from lots of wet ingredients that were forbidden during the impending pre-Easter Lenten Fast. Eggs, cream, butter and animal fats are all products from which people were meant to abstain, alongside all other meats.

It makes sense, then, that the dish, generally eaten year-round, became associated with Shrovetide – the days before Lent – when cooks wanted to clear out their pantries to avoid temptation in the long fast before Easter.

Early pancakes were cooked until crispy and served warm with butter and sprinkled with sugar.

It’s common to see a recipe in old cookbooks that used ale, much like the coating of beer-battered fish we’re familiar with today. One recipe from a book published in the reign of Elizabeth I is a rich affair which mixes:

A pint of thick cream
4 or 5 egg yolks
A handful of flour
2 or 3 spoonfuls of ale

This is seasoned with “a good handful of sugar, a spoonful of cinnamon, and a touch of ginger”.

The batter is set aside while the cook takes a knob of butter “as big as your thumb” in a frying pan and heats it until it is “molten brown”. Now tip the fat out and ladle the batter into the tilted pan as thinly as possible over a low heat. Flip when one side is “baked” and cook the other until the pancake is as dry (crispy) as possible, but not burned.

English poet and writer Gervais Markham’s bestselling book of household management The English Housewife, which ran to at least nine editions from its first publication in 1615, has a recipe for “the best pancakes”.

In this dish, there are two or three beaten eggs to which you mix in “a pretty quantity of fair running water”. The eggy mixture is seasoned with salt, cloves, mace, cinnamon and nutmeg, and thickened with “fine Wheate-flower”. You then fry a thin layer of batter in sweetened butter or seam (pig lard) and serve sprinkled with sugar.

The frontis page of The English Housewife

Wikimedia, CC BY-SA

Markham recommends using water over milk or cream because dairy “makes them tough, cloying and not crisp, pleasant and savoury as running water”.

Fritters or pancakes?

On Shrove Tuesday in 1661, which fell on February 26, diarist Samuel Pepys paid a visit to his cousin Jane Turner’s house, where he found her mixing pancake batter with her daughters Theophila and Joyce. After leaving them to their preparations, he later returned to dine “very merry and the best fritters that ever I eat in my life”.

In the 16th and 17th centuries, the names pancake and fritter were often used interchangeably, although fritters (like the modern incarnation) were cooked with fruit in them.

One of the reasons Pepys enjoyed his pancakes so much might be found in a contemporary recipe book, The Gentlewoman’s Cabinet Unlocked (1675), which boasts in its title that it will provide “directions for the best way of making pancakes, fritters, tansies, puddings, custards, cheesecakes; and such like fine knacks and other delicate dishes, which are most frequently used in gentlemen’s houses”.

The author doesn’t include a specific pancake recipe, since there is one for fritters. A glance through the ingredients listed shows why these were more likely to end up on the table of a gentleman than a that of a labourer:

Take nine eggs, yolks and whites, beat them very well, then take half a pint of sack [Spanish wine], a pint of ale, some ale yest. Put these to the eggs and beat them all together, put in some spice and salt, and fine flower. Then shred in your apples and let them be well tempered, and fry them with beef-suet, or half beef and half higs-suet dried out of the leaf.

While earlier recipes mention topping pancakes with sugar and sometimes things like rose water, it isn’t until the 19th century that the combination of lemon juice and sugar appears in print. But lemon juice had probably been used for a long time before then.

A 1600s painting of a family making pancakes.
A 17th-century painting of a family making pancakes, by Adriaen Rombouts.
Wikimedia

Elizabeth Hammond’s Modern Domestic Cookery (1819) includes this pancake recipe: “Take eggs, flour and milk, with which make a light batter. Add nutmeg, ginger and salt, fry them in plenty of hot lard. Serve with lemon juice and powdered loaf sugar.”

A modern cook might be surprised to see Hammond recommending substituting “snow” for eggs during the winter, “when they are generally very dear”. This is a tip for making eggs go further by using just the whites beaten until fluffy, leaving you free to use the yolks in another dish.

While Markham and many other cookbooks recommend it, refined wheat flour was the most expensive of grains and largely something that more affluent families ate regularly. It only gradually became the ubiquitous ingredient it is today.

In 1923, the flour brand Be-Ro (founded in 1880 in the north-east of England) began giving away a recipe book to encourage sales of the relatively novel self-raising flour. This small cookbook ran to over 40 editions and is still available.

Like many northern homes, my family still have our copy, which is the 16th edition from 1953. While pancakes aren’t normally made with a raising agent, Be-Ro still offered a recipe for them.

5oz Be-Ro flour
Quarter teaspoonful salt
One egg
Half a pint of milk

The very thin batter was cooked on a “fairly brisk fire” in lard which had been heated to smoking point, and served with sugar or syrup and lemon or orange.

We can see from this how modern recipes became much more precise with their measurements. The pamphlet ends with a warning that all its recipes are especially designed for Be-Ro self-raising flour: “Ladies are warned that unless Be-Ro is used, satisfactory results may not be obtained.”

Whether you’re planning to have a rather austere Be-Ro style pancake or are tempted to switch things up with something a little boozier, perhaps the key takeaway from history is that there is no reason to reserve pancakes just for Shrove Tuesday.


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The Conversation

Sara Read does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. A history of pancake recipes – from Elizabethan ale to the invention of self-raising flour – https://theconversation.com/a-history-of-pancake-recipes-from-elizabethan-ale-to-the-invention-of-self-raising-flour-275708

Does the cold really ‘seep into your bones’?

Source: The Conversation – UK – By Adam Taylor, Professor of Anatomy, Lancaster University

Mix and Match Studio/Shutterstock

Another cold snap is approaching. Some people deal with it by taking an invigorating walk outside, while others hibernate with a cozy blanket and biscuits.

But one thing seems to be common when temperatures drop: we like talking about how cold it feels. Comments such as “I am so cold, I can feel it in my bones” are a common greeting in wintertime.

So, is there any truth to this particular complaint?

In the UK, the relatively high humidity even in cold temperatures means moisture in the air moves the warm air next to our bodies away quite quickly. It also sees moisture absorbed into our clothes, which then conducts heat away from the body. Water has an almost 70-fold higher rate of heat transfer than air.

The body is most efficient at approximately 37°C, but our extremities can be up to 6°C cooler. And there are variations around this body temperature dependant on sex, age and health status. Older people tend to feel the cold more, and women are more sensitive to the cold than men.

How cold affects our bones

Our bones don’t actually feel the cold as we sense it. They lack the same temperature-sensitive receptors that we have in our skin. There is a good reason for this, given our major bones are buried under layers of muscles, connective tissue and skin, so temperature sensing isn’t really key for them.

However, just because bones don’t “feel” the cold, it doesn’t mean the cold doesn’t have an affect on them. They can sense temperature change, particularly cooling, from nerves in the outermost lining of bone, known as the periosteum. This layer has what many scientists view as a net of neurons (cells that transmit signals) arranged in a fishnet-like pattern that senses distortion or injury of the underlying layers of bone.

Although short-term exposure of the body to the cold isn’t a problem for bones, prolonged exposure over a number of weeks can shorten their length, reduce their thickness, and decrease bone mineral density.

Other musculoskeletal tissues are much more susceptible to the changes in temperature and pressure. Synovial fluid, the lubricant of most major joints, becomes thicker when temperatures decline. This makes it harder and more uncomfortable for joints to move normally, which is exacerbated in people with underlying joint conditions such as rheumatoid or osteoarthritis.

The cold also causes contraction of tissues, making things tighter and stiffer. Tendons, which connect muscles to bone, increase in stiffness. Ligaments, which attach different bones around joints, also become stiffer.

Both of these changes make it harder for muscles to exert their action to move bones, requiring more force and decreasing their range of motion. This is exacerbated with humidity, which is common in the UK all year round.

Woman sits with pink mug and feet against radiator
Don’t even try getting through the cold snap without plenty of hot drinks.
AstroStar/Shutterstock

These effects happen in tandem with reduced blood flow to our extremities. This protective mechanism is designed to ensure our core, where all our critical major organs are, doesn’t drop from the optimum operating temperature of 37°C. Reduced blood in these tissues also contributes to the tissue contraction, as less blood is entering them.

All of these changes result in an increase in mechanical strain or pressure upon receptor cells in the bones and surrounding tissues. This can trigger pain receptors, which may be perceived as cold.

The brain also plays a role. In the UK, grey skies often accompany the cold and damp. London averages 3.4 hours of sunshine in December, for example, while the US state of Colorado averages around eight hours of sunlight in the same month.

These dark winter months in the northern hemisphere mean many of us don’t get sufficient sunlight to synthesise enough vitamin D. You may know vitamin D deficiency is associated with poor bone health and conditions such as rickets (in children) and osteomalacia (adults). But it also has other implications in how cold feels.

Research suggests that people with low vitamin D levels have increased sensitivity to pain, particularly musculoskeletal pain.

This isn’t the only nervous-system effect that vitamin D has on cold perception. It is also linked with increased anxiety and depression symptoms. People with these conditions have altered tolerance when it comes to temperature.

Sunlight exposes the skin to the Sun’s radiation and visible light, both of which have a natural warming effect. So sunny and dry cold feels very different to damp, grey cold.

The good news is that taking on extra calories can help you ride out the latest cold snap. Wearing lots of layers and moving around as much as possible will also help keep you warm, by generating and trapping as much heat as possible against the body.

The Conversation

Adam Taylor does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Does the cold really ‘seep into your bones’? – https://theconversation.com/does-the-cold-really-seep-into-your-bones-275870

Economists and environmental scientists see the world differently – here’s why that matters

Source: The Conversation – UK – By Manuel Suter, Postdoctoral Researcher in Ecological Economics, Lund University

santypan/Shutterstock

Imagine someone has chronic pain. One doctor focuses on the body part that hurts and keeps trying to fix that single symptom. Another uses a more comprehensive brain-body approach and tries to understand what’s keeping the nervous system stuck in alarm mode – perhaps stress, fear of symptoms or learned triggers. Because they’re looking at the problem differently, they’ll resort to completely different treatments.

Something similar happens in environmental debates. Experts sometimes argue about which solutions work best and often disagree about priorities and trade-offs. But my colleagues and I recently published a study suggesting that the divide may start even earlier: economists and environmental scientists have different perceptions of which environmental issues are most relevant.

In a global survey of 2,365 researchers who publish in leading economics and environmental science journals, we asked them to list up to nine environmental issues they think are most relevant today. The answers show two fields looking at the same planet through different lenses.

The environmental issues that researchers notice are linked to the solutions they recommend. If they mainly recognise climate change, they are more likely to see potential in conventional, market-based solutions (such as introducing a carbon tax). If they recognise further environmental issues such as biodiversity loss or pollution, they are more likely to see potential in broader, more systemic solutions.

Climate change was by far the most often mentioned issue category across the entire sample. About 70% of respondents listed it. The second most common category mentioned by 51% was biosphere integrity, which is essentially the loss of nature.

Several environmental pressures that are critical for our planet’s stability were mentioned by far fewer researchers. Novel entities, which include synthetic chemicals and plastics, were listed by about 43%. Biogeochemical flows, which include fertiliser, were at about 9%. Ocean acidification was about 8%.

Economists and environmental scientists have different problem maps. When we compared fields, environmental researchers listed more and broader issue categories than economists.

earth, left side blue green, right side burning red
Economists and environmental scientists see the world from different perspectives.
World pieces/Shutterstock

Both were equally likely to mention climate change and other closely related issues like greenhouse gas emissions or air pollution. The gaps appeared for issues less directly tied to carbon such as biodiversity, land system change, novel entities and pollution.

One possible reason for these differences is that distinct disciplines are trained to notice different things. Like photographers, we tend to focus on what our field puts in the frame. Economists often study prices, incentives and policies around carbon emissions, so climate change is a natural centre of gravity.

Different solution preferences

We also asked respondents to rate the potential of seven approaches for mitigating environmental issues. All approaches were rated with at least moderate potential.

Overall, technological advances were rated highest and non-violent civil disobedience lowest. Economists rated market-based solutions and technological advances higher than environmental researchers. Environmental researchers rated degrowth of the global economy and non-violent civil disobedience higher than economists.

Then, we looked at whether researchers who named a broader range of environmental issues also tended to favour different kinds of solutions, even after accounting for things like political orientation and research field.

A pattern emerged: naming more categories was associated with higher perceived potential for more systemic approaches such as environmental regulation, degrowth and non-violent civil disobedience. Naming more issues was also associated with lower perceived potential for technological advances.

Economists and environmental scientists often advise governments, sit on expert panels and shape what counts as a solution. If two influential expert groups are starting from different shortlists of what the problem is, it’s no surprise they end up championing different fixes.

It also helps explain why some debates feel stuck. If climate change is the only relevant issue you see, it’s easier to put your faith in cleaner tech and market incentives. If you also see biodiversity loss, chemical pollution and land system change as problems, it no longer looks like an engineering issue. It starts to look like lots of connected pressures that need changes in how we produce, consume and organise the economy.

That topic comes up in our related work on green growth, the idea that countries can keep increasing GDP while reducing environmental harm. Using data from our survey, we found that researchers across disciplines were far from convinced that societies can keep growing GDP while cutting emissions and resource use fast enough.

Economists were generally more optimistic than Earth, agricultural and biology scientists. Those differences lined up with faith in technology and markets.

You can’t agree on the route if you don’t agree on the map. A more shared picture of the environmental crisis, beyond carbon alone, might not magically solve it. But it can lead to more fruitful research and discussions about trade offs and widen the scope of solutions being considered.


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Manuel Suter receives funding from the Swiss National Science Foundation (Postdoc Mobility Fellowship: P500PS_225579) and is a member of the organisation “Degrowth Switzerland”.

ref. Economists and environmental scientists see the world differently – here’s why that matters – https://theconversation.com/economists-and-environmental-scientists-see-the-world-differently-heres-why-that-matters-275032

Why the UK has announced a border security deal with China – and what it could mean for small boat crossings

Source: The Conversation – UK – By David L. Suber, Departmental Lecturer in Criminology, University of Oxford

Simon Dawson/Number 10 Downing Street, CC BY-NC-SA

The UK’s prime minister, Keir Starmer, recently visited China to announce what was described as a reset in relations between London and Beijing. Among the economic and diplomatic announcements was a surprising element: a new agreement on border security.

Under the deal, the UK and China committed to closer cooperation to disrupt the supply of engines and equipment used in small boat crossings of the English Channel.

Numbers of small boat arrivals to the UK in 2025 were the second-highest on record. The prime minister is under pressure to deliver on his commitment to “smash the gangs” and reduce unauthorised arrivals.

At first glance, China might appear an unlikely partner in this regard. Chinese nationals are nowhere close to the top nationalities crossing the Channel by small boat.

But the agreement is part of the British government’s efforts to tackle people smuggling by targeting the global supply chain of small boats and engines used for crossings. The aim is to disrupt Channel crossings well before migrants reach the French coast.

Engines and dinghies recovered in the Channel often carry serial or registration numbers. These can be traced back through distributors and intermediaries to manufacturers, many of which are based in China. The UK-China agreement broadly involves sharing intelligence to identify suspect sales of engines by Chinese manufacturers.

For several years, disrupting supply chains has been a central pillar of UK countersmuggling policy. From an enforcement perspective, this approach has obvious appeal. If there are no boats, engines, life vests or fuel, crossings cannot happen.

The logic behind this strategy is to drive up the prices of crossing the Channel, making it unaffordable for migrants and refugees and hijacking the smugglers’ business model.

The deal with China builds on a growing web of agreements the UK has with countries along the migration routes leading to the Channel. In 2023, it signed a similar border security deal with Turkey, focused on sharing intelligence to allow the Turkish authorities to intercept shipments of dinghies and engines manufactured in China.

Both Conservative and Labour governments then went on to expand Project Invigor, the National Crime Agency-led international taskforce, to target organised immigration crime. Border security deals were extended with countries in the western Balkans as well as Iraq, Tunisia, Romania and Bulgaria, and France.

Last year, the Labour government also expanded its global sanctions list, allowing asset freezes, travel bans and other financial restrictions against individuals and companies involved in smuggling from abroad.

Stopping the boats

The crucial question is whether these strategies will achieve the stated goal of reducing Channel crossings. Disrupting supply chains only works if partner states are willing and able to investigate, prosecute and seize.

Research on migrant smuggling consistently shows that deterrence rarely eliminates demand. On the contrary, it increases demand for smugglers’ services. People still attempt the journeys – what changes is how they travel.

Years of independent monitoring by journalists and migrant support groups – including Alarmphone, Captain Support and Calais Migrant Solidarity – point to a clear link between the surge in British and European investment aimed at stopping unauthorised maritime crossings, and the rising number of deaths in the Channel.

Efforts to choke off equipment supplies and intensify policing might lead to reduced number of crossings, but also create the conditions in which they become more lethal: overcrowded inflatables, rushed departures, violence on beaches and a narrowing of options for those unable to pay smugglers.




Read more:
Deaths of 31 people in UK’s worst small boat disaster caused by government’s ‘systemic failure’ – the Cranston inquiry conclusions explained


Supply-chain crackdowns in the central Mediterranean, often driven by European agreements with key transit countries such as Tunisia and Libya, have coincided with shifts towards heavier, improvised and less seaworthy vessels. For example, “metal boats” used to cross the Mediterranean are often assembled by migrants themselves, and are much more prone to sinking than wooden boats.

When more than 380 people shipwrecked in the Central Mediterranean last week during cyclone Harry, political responses focused on accusing smugglers for allowing departures in dangerous weather.

Yet organisations working on the ground, as well as migrants themselves, point out that setting off during rough weather conditions has increasingly become a strategy to evade coastal patrols and pushbacks from Tunisian or Libyan police. Similarly, migrants have reported crossing mountainous borders during winter blizzards to avoid detection on the Turkey-Iranian border.

In the Channel, this pattern is already evident. As boats and engines become harder to obtain, supply tightens while demand remains. The result has been chronic overcrowding, deteriorating equipment quality, and increasingly chaotic launch conditions. Fewer boats do not mean fewer people attempting to cross – they mean more people per boat.

From the government’s perspective, cooperating with China fits neatly into its “smash the gangs” approach to people smugglers. But supply-chain disruption is not a neutral technical fix. In practice, it is likely to make those attempting to cross borders turn to more dangerous methods.

If the UK wants to reduce irregular arrivals and deaths in the Channel, supply chain crackdowns and enforcement will not be enough. The visa schemes for Hong Kong residents, and Ukrainian and Afghan refugees suggest that when lawful pathways are available, irregular journeys like small boat crossings lose their appeal.

Expanding safe and legal routes for the main nationalities seeking asylum to the UK should be tested to see if this holds true.

The Conversation

David L. Suber receives research funding from the Leverhulme Trust and from the John Fell Fund at the University of Oxford.

ref. Why the UK has announced a border security deal with China – and what it could mean for small boat crossings – https://theconversation.com/why-the-uk-has-announced-a-border-security-deal-with-china-and-what-it-could-mean-for-small-boat-crossings-275590

Michelin-star restaurants’ quiet luxury approach to marketing has to adapt in the era of social media

Source: The Conversation – UK – By Christina O’Connor, Associate Professor in Marketing, University of Limerick

Johnathan Ball/Shutterstock

Chanel, Christian Louboutin and Hermès are names that are synonymous with luxury, signifying elegance, craftmanship and prestige. These brands often use subtle, mysterious signals to communicate their status – things like minimalist designs or the red sole on a Louboutin shoe. Often termed “quiet luxury”, this trend is also seen in the world of high-end dining.

This approach to luxury branding is aimed at creating a desire in consumers to learn these signals. In this way, you become part of an exclusive group that can interpret them. Even if the brands are out of reach price-wise, the ability to “speak their language” brings a cache and status.

But social media has challenged this concept of quiet luxury by bringing brands closer to consumers. More than four billion people around the world use social media, so brands that once felt difficult to reach can now be accessed instantly.

When it comes to the services and hospitality sectors, the “luxury” is embedded in an experience rather than a product. The recent Michelin Awards were hosted in Dublin and saw two new Michelin-star restaurants being added in Ireland and 20 in the UK.

For these high-end dining establishments, social media has raised a different set of challenges for marketers trying to capture the magic of their offering while preserving some mystique. After all, giving too much detail away in a social media post may spoil the eventual experience for the consumer.

For example, the (now closed) Ultraviolet Shanghai restaurant in China boasted three Michelin stars. But its secret location was disclosed only to diners who reserved one of the ten seats available per night.

Going for the soft sell

In our recent study of luxury dining in the UK and Ireland, we interviewed the chefs, owners and marketing managers of 29 Michelin-star restaurants. Specifically, we asked them how they can sustain visibility and engagement in the noisy, ever-evolving world of social media – while preserving the core elements of luxury.

We found that luxury restaurants tend to favour a soft-sell approach to using social media to send these signals of quality. The idea is not to simply state what they offer. Rather, it is about a “show, don’t tell” approach that hints at the signals for those who can read between the lines.

As the consumer, you get a flavour (pun very much intended) of the luxury, which is meant to entice but not to reveal all. It’s about leaving you to speculate on what other ingredients and flavour combinations may await or other clues or hints about the luxury experience.

What also emerged from our interviews was the variety of experiences that these restaurants offer. Michelin (although secretive on its awarding criteria) applies consistent standards across all markets where it publishes its guide to the finest restaurants.

But at the same time, it describes a rich tapestry of varied dining experiences. There is no one-size-fits-all when it comes to delivering world-class food or communicating the quality of a restaurant on social media. For restaurants seeking to ascend to that luxury level, it’s about crafting a story on social media showcasing their quality and what makes them stand out, while maintaining that mysterious allure.

blurry shot of a table at a high-end restaurant.
Keep the mystery under wraps until diners arrive.
BorisK9/Shutterstock

One of the main takeaways from our study is how luxury restaurants preserve mystery to create excitement and inspire customers to visit. So-called “low-mystery” signals (like in-depth descriptions of dishes) hype up the restaurant. But elements of the experience that mark it as luxury (the service, ambience and ingredients, for example) can be strategically curbed in social media posts – “high-mystery” signals. In this way, the restaurant can hope to provoke a sense of surprise and awe in customers once they arrive.

In the future, agentic AI will undoubtedly play a bigger role in enhancing luxury hospitality by doing things like designing bespoke dining experiences. From a marketing perspective right now, gen-AI tools offer quick and convenient ways of generating social media content. But there’s a risk that this could hinder luxury allure rather than help it. Attempts to prompt gen-AI tools to create a sense of mystery and anticipation could go wrong and produce the opposite effect.

Whether in fashion or food, luxury brands that want to communicate superiority appear to be best served by using the soft-sell approach. High-mystery social media marketing can create desire in potential customers by preserving the mystique and allure of the product or service. Because if you know, you know – right?

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Michelin-star restaurants’ quiet luxury approach to marketing has to adapt in the era of social media – https://theconversation.com/michelin-star-restaurants-quiet-luxury-approach-to-marketing-has-to-adapt-in-the-era-of-social-media-275640

Dégradation alarmante de la santé mentale des jeunes et des seniors en entreprise

Source: The Conversation – in French – By Julien Granata, Professeur à Montpellier Business School – Responsable d’axe de la Chaire MIND, Montpellier Business School

Un livre blanc consacré au « “care” pour repenser des organisations » vient d’être publié. Il met en lumière la nécessité d’une prise en compte spécifique des vulnérabilités des salariés jeunes et moins jeunes en entreprise, « Fear Of Missing Out » contre « Fear Of Becoming Obsolete ». L’idée : passer d’une logique de réaction à une logique de prévention.


Alors qu’un Français sur quatre sera confronté à un trouble mental au cours de sa vie selon le ministère du travail, l’étude Ipsos 2024 « Mind Health Report » révèle que, dans 75 % des cas, le travail en constitue un facteur déterminant. L’activité professionnelle, longtemps perçue comme un espace de socialisation et d’épanouissement, devient pour beaucoup une source de fragilisation psychique, allant du stress chronique à l’épuisement, voire aux idées suicidaires.

Dans le cadre de la chaire MIND de MBS School of Business, un think tank consacré au « “care” pour repenser des organisations au service du vivant » a été créé en 2024. Il a donné lieu à la production d’un livre blanc autour notamment des enjeux de prise de soin au travail.

Les travaux menés ont mis en lumière l’importance du lien humain et de la qualité des relations dans la préservation de la santé mentale, puisque « chaque personne connaît au cours de son existence des moments de vulnérabilité ». Ils ont permis d’identifier de nouveaux facteurs de dégradation, amplifiés par le contexte post-pandémie de Covid-19 et par l’hyperconnexion.

Stress numérique

Avec 45 % des collaborateurs en souffrance psychologique en 2025, contre 25 % en 2018, il y a bel et bien un après la pandémie de Covid-19. Depuis la crise sanitaire, le télétravail et l’usage intensif des outils numériques se sont durablement installés. Si ces évolutions offrent davantage de flexibilité, elles contribuent aussi à fragiliser les équilibres psychiques. Le stress digital, l’infobésité et les sollicitations multicanaux fragmentent l’attention et entretiennent un sentiment d’urgence permanent.

La peur de manquer une information essentielle, ou « Fear Of Missing Out » (FOMO), entraîne une vigilance excessive, qui érode progressivement les capacités de concentration. Cette peur de louper quelque chose d’important conduit à vérifier plusieurs fois par jour les nombreuses notifications et courriels, entrainant une fragmentation cognitive par des interruptions nocives pour les capacités d’attention.

Vulnérabilités des jeunes et des moins jeunes

Les fragilités psychiques se manifestent de façon hétérogène en fonction de l’âge.

Le fait d’être jeune, longtemps considéré comme facteur de protection mentale, devient un facteur de risque depuis la pandémie de Covid-19. Près de 21 % des 18-24 ans sont concernés par la dépression et le stress en 2021, contre 12 % en 2017. Des facteurs explicatifs spécifiques touchent particulièrement la jeunesse comme l’isolement social, causé par le départ du foyer familial et l’éloignement des proches.

La solitude est renforcée par l’hyperconnexion aux réseaux sociaux au détriment de relations réelles. Le contexte géopolitique et économique rend les plus jeunes moins confiants envers l’avenir, et ce désenchantement conduit à du quiet quitting une forme de démission silencieuse au travail. Pas étonnant que ces derniers souffrent plus d’écoanxiété et se mettent à déserter les postes à responsabilités.




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Concernant les seniors au travail, c’est-à-dire les plus de 45 ans, les déplacements professionnels engendrent plus de fatigues et les responsabilités familiales peuvent générer une surcharge mentale. Ces salariés plus expérimentés peuvent faire face à d’autres défis personnels comme des situations de vie dégradées par le veuvage, la monoparentalité ou la maladie. Même si l’IA-anxiété semble s’être généralisée, les moins jeunes sont plus enclins à développer un sentiment de défiance envers l’utilisation de ces technologies.

Les seniors sont plus sujets au Fobo « Fear Of Becoming Obsolete », une crainte d’un grand remplacement par des machines ou des plus jeunes au travail.

« Care » et intergénérationnel

Préserver la santé mentale au travail implique aujourd’hui de dépasser une approche strictement procédurale. Les démarches de prévention gagnent à s’inscrire dans le care, c’est-à-dire une culture organisationnelle portée sur l’attention aux personnes. Un management par le care consiste à veiller à prendre soin de soi, des autres, et plus largement du vivant.

La mise en place de plans de prévention en santé mentale (PPSM), complémentaires des dispositifs Qualité de vie et des conditions de travail (QVCT) et Risques psychosociaux (RPS), permet de passer d’une démarche réactive à une démarche préventive. Au lieu d’adresser des problématiques générales pilotées uniquement par les directions des ressources humaines, ils rendent les salariés acteurs du dispositif dans la proposition d’outils et d’actions ciblées.

D’après le baromètre Qualisocial de 2025, seules 23 % des entreprises proposent un PPSM complet malgré des effets bénéfiques avérés sur l’amélioration de la santé et l’engagement des salariés. Ces dispositifs permettent d’accompagner les situations individuelles et de construire des actions collectives pour des publics aux besoins spécifiques comme les aidants familiaux, les jeunes isolés, les salariés souffrant de troubles du neurodéveloppement, les femmes ménopausées, etc.

Au-delà des outils, c’est la qualité du lien qui fait la différence. Un véritable management intergénérationnel fondé sur le mentorat, le parrainage, les projets mixtes ou le job sharing, favorise la reconnaissance mutuelle des besoins et aide à lutter contre les stéréotypes. L’ouverture d’espaces de dialogue sur les vulnérabilités vécues, portés par les salariés eux-mêmes, permet également de restaurer la confiance et de prévenir les tensions intergénérationnelles. Ces espaces contribuent à instaurer une culture où la parole est possible, qu’importe l’âge, où la fragilité n’est plus synonyme de faiblesse mais de responsabilité collective.

The Conversation

Julien Granata est cofondateur du think tank “Le Care pour repenser des organisations au service du vivant” et membre de la Chaire MIND

Magalie MARAIS est cofondatrice du think tank “Le Care pour repenser des organisations au service du vivant” et membre de la Chaire MIND

ref. Dégradation alarmante de la santé mentale des jeunes et des seniors en entreprise – https://theconversation.com/degradation-alarmante-de-la-sante-mentale-des-jeunes-et-des-seniors-en-entreprise-272532

L’importation des comics et la crise de la bande dessinée française dans l’entre-deux-guerres

Source: The Conversation – in French – By Benjamin Caraco, Chercheur associé, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne; Université de Caen Normandie

L’arrivée en France des productions états-uniennes dans l’entre-deux-guerres a profondément bouleversé le paysage éditorial de la bande dessinée à l’ancienne. De nouveaux personnages, Mickey en tête, mais aussi de nouveaux univers graphiques et de nouveaux modes de narration, vont donner un coup de vieux aux images d’Épinal.

Cet article est extrait de l’ouvrage Histoire de la bande dessinée en France publié dans la collection « Repères » aux éditions La Découverte.


Dans le sillage de la Grande Guerre, l’américanisation de la culture – d’abord symbolisée par le cinéma et la musique – touche la presse enfantine dans les années 1930. La période allant de 1934 à 1940 est désignée rétrospectivement comme un âge d’or par les bédéphiles des années 1960. En particulier, « trois éditeurs mythiques, Paul Winkler, Ettore Carozzo et Cino Del Duca », sont célébrés par ces amateurs ayant grandi avec leurs publications. Ces patrons de presse sont tous d’anciens combattants, des immigrants, de sensibilité de gauche, et des entrepreneurs investissant la bande dessinée alors que sa présence est encore mal assurée en France.

L’arrivée du Journal de Mickey

Paul Winkler (1898-1982), journaliste d’origine juive né à Budapest et installé à Paris depuis 1925, est un « pionnier de l’introduction massive en France des bandes dessinées américaines » associé à la création du Journal de Mickey. En 1928, il fonde l’agence de presse Opera Mundi Press Service spécialisée dans la traduction et la revente d’interviews de personnalités. Il scelle un accord peu de temps après avec le King Features Syndicate du magnat de la presse américain William Randolph Hearst. Ce syndicate (agence de presse) dispose d’un impressionnant portefeuille de bandes dessinées : Félix le Chat, Mandrake le Magicien, Mickey, etc., et de ressources financières considérables.

Toutefois, Winkler est freiné par l’espace restreint laissé à la bande dessinée dans la presse française lorsqu’il essaie de vendre ces séries, et par le poids du modèle des images d’Épinal qui l’oblige à des adaptations de mise en page. Il noue un accord avec Hachette, qui, en tant que partenaire, lui permet de lancer le Journal de Mickey le 19 octobre 1934 à grand renfort de publicité.

Près de 350 000 exemplaires par semaine

Winkler privilégie l’humour dans ses choix et vise d’abord un public d’enfants grâce aux personnages du catalogue Disney et au comic strip américain Pim Pam Poum. Progressivement, en concurrence avec d’autres titres, le journal s’ouvre de plus en plus aux bandes dessinées d’aventures. Peu onéreux grâce à la publicité, le périodique est un succès qui tire rapidement à 350 000 exemplaires par semaine.

En 1936, Winkler lance Robinson, magazine destiné à un public plus âgé avec l’« introduction de genres ignorés par la presse enfantine française : la science-fiction et le fantastique ». Trois bandes dessinées américaines sont représentatives de ce « choix éditorial original », qui s’écarte des séries du studio Disney et met en avant l’aventure : Guy l’Éclair, Mandrake et Luc Bradefer (traduction française de Brick Bradford).

Popeye incarne le versant humoristique de ce titre qui atteint les 200 000 exemplaires hebdomadaires. Hop-là est publié par Winkler en 1937 et propose plusieurs séries en couleur dont Mac Orian et Prince Vaillant. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, la réussite de Winkler est « incontestable ». Il a su conquérir le jeune public français grâce à des « illustrés structurés autour de bandes dessinées américaines ». Son succès fait rapidement des émules.




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La concurrence italienne

En 1935, le magazine Jumbo offre la réplique au Journal de Mickey. L’illustré est né en Italie. Son directeur, Ettore Carozzo, dirige la succursale parisienne de la Librairie moderne. Jumbo propose des séries italiennes et anglaises avec quelques bandes dessinées américaines. Le démarrage est modeste ; le titre se modernise en 1938 en donnant une plus grande place à la production américaine (Lone Ranger). Il comprend aussi des bandes dessinées yougoslaves, comme Simbad le Marin. Carozzo édite également Aventures (1936), qui propose davantage de bandes dessinées, en particulier policières, avec pour titre phare le Fantôme du Bengale. Superman fait ses débuts français dans ces pages.

Le parcours de Cino Del Duca (1899-1967) ne se résume pas à la seule bande dessinée. Del Duca commence sa carrière en Italie, avec son frère. Il arrive en France en 1932, menacé par le fascisme en raison de son engagement à gauche, mais aussi animé par l’idée d’étendre son entreprise de presse. Il commence par la publication de romans en feuilletons, imprimant ses fascicules en Italie. En 1934, il fonde les Éditions mondiales, qui publient d’abord des ouvrages à caractère politique. Un an plus tard, son magazine Hurrah ! paraît : « Les aventures de Brick Bradford figurent en première page. Cette saga de science-fiction sera immuable jusqu’à la fin du magazine. Explorateur, aviateur, justicier et agent secret, Brick voyage dans le temps comme dans l’espace pour défendre son idéal contre les tyrans. Noble chevalier, généreux, indomptable et fidèle, il se débat dans des aventures extraordinaires. »

Spécialisé dans l’aventure, le magazine propose des bandes dessinées américaines aussi bien qu’italiennes. L’éditeur accorde peu de soin à la mise en page, tout comme au respect du droit d’auteur. Lancé à partir de 1936, L’Aventureux est un titre assez instable qui change régulièrement de format. Il comprend beaucoup de bandes dessinées d’un grand éclectisme : « Tous les genres en vogue sont publiés comme la science-fiction, l’aventure policière, l’espionnage, la guerre, le western, l’aventure historique, la féerie et l’histoire exotique. Il ne manque, là encore, que l’humour. » Les deux titres sont des succès avec 276 000 exemplaires hebdomadaires pour Hurrah ! en 1939. En parallèle, plus de 100 000 exemplaires de collections de récits complets sont vendus chaque semaine.

Réprobations morales et conséquences financières

Outre les réprobations morales qu’elle déclenche, cette arrivée de la bande dessinée américaine a des répercussions sur le paysage : elle entraîne disparitions et adaptations. La Société parisienne d’édition, bousculée, s’ouvre finalement à la « culture de masse américaine tout en préservant une large part de son identité ». Son nouveau journal, Junior (1936), inclut des bandes dessinées américaines comme Tarzan, Terry et les pirates et Futuropolis de Pellos, chef-d’œuvre de la bande dessinée de science-fiction française. L’Épatant, le titre emblématique des Offenstadt, s’arrête en revanche en 1937. Cette fin s’explique aussi par les investissements de l’éditeur dans la publication d’albums.




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Quand Fayard et Albin Michel cessent leurs activités dans le domaine des illustrés, les Éditions du Petit Écho de la mode parviennent à moderniser leur titre Pierrot, qui devient un « bastion de la bande dessinée française des années 1930 » avec des auteurs comme Marijac, Geruy, Liquois, Pellos, Cuvillier ou Le Rallic. De leur côté, la Semaine de Suzette et le plus récent Benjamin font le choix d’un certain conservatisme et résistent à l’américanisation. Le confessionnel Cœurs vaillants réagit en commandant les Aventures de Jo, Zette et Jocko à Hergé. Son concurrent, Mon camarade, propose davantage de bandes dessinées réalisées par des auteurs français. Toutefois, celles-ci restent influencées par le récit en images et sont très verbeuses.

France 24, 2025.

Malgré leurs efforts, parfois tardifs, d’adaptation, les éditeurs français historiques restent dominés par les nouveaux entrants en termes de tirage. En 1949, le modèle dérivé des images d’Épinal est tombé en désuétude sous l’effet de l’importation de la bande dessinée américaine : « non seulement elle apporte le son par les ballons et les onomatopées diverses mais également le mouvement par des cadrages et des découpages plus dynamiques et elle libère l’image de textes qui l’encombraient ».

The Conversation

Benjamin Caraco ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’importation des comics et la crise de la bande dessinée française dans l’entre-deux-guerres – https://theconversation.com/limportation-des-comics-et-la-crise-de-la-bande-dessinee-francaise-dans-lentre-deux-guerres-275154

Pourquoi la conscience pourrait être le prochain atout concurrentiel du luxe

Source: The Conversation – in French – By Stefan Markovic, Full Professor and Head of Marketing Department, Neoma Business School

Le secteur du luxe devra-t-il se réinventer ? En effet, les attentes des consommateurs, notamment les plus jeunes, évoluent à une grande vitesse. S’ils plébiscitent les produits luxueux, ils en attendent davantage. Un luxe conscient, à l’image des gammes développées par la Britannique Vivienne Westwood, montre les prémisses d’un chemin à suivre. Qui pour lui emboîter le pas ?


Peu de consommateurs savent que certaines maisons de luxe détruisent leurs invendus afin de préserver leur aura d’exclusivité. Cette pratique, autrefois discrète, se heurte aujourd’hui à un contexte socioculturel où le gaspillage, la surproduction et le secret sont largement remis en question. Les jeunes consommateurs, en particulier ceux de la génération Z et les milléniaux les plus jeunes, sont animés par des valeurs et profondément préoccupés par les questions sociales et environnementales, accordent désormais une grande attention à la façon dont les produits de luxe sont fabriqués. Ils se demandent si un produit peut encore être considéré comme un produit de luxe s’il a un coût social ou environnemental élevé.

À mesure que les attentes évoluent, les rapports de développement durable soignés et les gestes philanthropiques sélectifs ne suffisent plus. La responsabilité des entreprises a perdu beaucoup de sa crédibilité aux yeux des consommateurs, qui la considèrent de plus en plus comme un outil de gestion de la réputation plutôt que comme un véritable engagement. Cet effritement de la confiance place les marques dans une position difficile. Elles ne peuvent plus compter uniquement sur leur héritage et leur storytelling pour justifier leur valeur. Elles doivent démontrer que l’identité qu’elles souhaitent incarner, soit ce qu’elles prétendent défendre, est cohérente avec leur impact sur le monde.




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Et c’est là que réside la tension non résolue au cœur du luxe. Pour la première fois depuis des décennies, les consommateurs ne demandent pas aux marques de luxe de les éblouir. Ils leur demandent de se justifier. Ce changement n’est pas symbolique, mais structurel. Il oblige l’industrie à répondre à une question qu’elle a longtemps évitée. Quelle est la valeur du luxe s’il ignore ou nuit aux personnes et à l’environnement qui lui permettent d’exister ?

De la responsabilité à la conscience

Ce qui émerge aujourd’hui, c’est le besoin d’aller au-delà de la responsabilité. La responsabilité a trop souvent été considérée comme une exigence externe, comme quelque chose à démontrer, à rapporter ou à communiquer. La conscience, en revanche, commence toujours à l’intérieur. Une marque consciencieuse est guidée par un objectif moral qui façonne la manière dont elle conçoit, s’approvisionne, produit et communique. Ce sens de l’orientation agit comme une boussole morale interne, aidant les marques à prendre des décisions qui privilégient la valeur sociétale et environnementale à long terme en même temps que la performance financière.

La conscience va plus loin que la responsabilité. La responsabilité peut être déléguée. La conscience ne le peut pas. La responsabilité peut être assumée. La conscience doit être vécue. Elle exige que les marques de luxe affrontent les conséquences de leurs choix plutôt que de se contenter de gérer le discours qui les entoure.

Le modèle de « conscience rebelle » de Vivienne Westwood

Aucune marque de luxe n’illustre mieux l’adhésion à la conscience que celle de Vivienne Westwood. Connue pour son esthétique radicale, Vivienne Westwood a passé des décennies à redéfinir la rébellion autour de la conscience. Son insistance à inciter les consommateurs à « acheter moins, bien choisir et faire durer » n’était pas une provocation accrocheuse, mais un appel à repenser la relation entre la mode, la consommation et les limites de la planète.




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Ce qui rend son approche convaincante, c’est sa cohérence. La marque a réutilisé les chutes de tissu pour créer des vêtements en édition limitée, a adopté le coton biologique et régénératif et a rejeté la destruction des invendus. Des partenariats avec des artisans du Kenya ont permis de créer des emplois dignes, fondés sur la transparence et une collaboration équitable. Le choix des matériaux a été guidé par des principes clairs, avec des normes strictes pour les composants d’origine animale et un accent mis sur la recyclabilité grâce à des conceptions à base de matériaux uniques.

Dans l’univers de Westwood, la conscience n’a jamais été une contrainte, mais un catalyseur de créativité et d’originalité. L’ingéniosité est devenue partie intégrante du processus de création, et l’activisme est devenu indissociable de l’esthétique. Il en a résulté un modèle de luxe fondé non pas sur l’excès, mais sur des objectifs moraux, des intentions et l’activisme.

Le luxe comme résistance culturelle

Une attitude similaire peut désormais être observée chez certains créateurs de luxe émergents, tels que Marko Feher, qui construit son travail autour des principes du cruelty free (sans cruauté) et du véganisme et considère le luxe comme une forme de résistance culturelle, un moyen d’exprimer son identité tout en refusant d’ignorer l’état du monde. Sa devise, « Quand la durabilité rencontre la rébellion, c’est moi ! », reflète un état d’esprit plus large chez les jeunes créateurs qui considèrent le design comme une forme de dissidence plutôt que comme une décoration, et reflète l’attente croissante selon laquelle le luxe doit être résolument conscient plutôt que neutre et élégant.

Son récent refus de participer au Black Friday, motivé par le fait que les remises génèrent du gaspillage, illustre la manière dont la nouvelle génération remet en question la logique consumériste qui a longtemps façonné le monde du luxe.

Le Monde, 2024.

La nouvelle ère du luxe

Vivienne Westwood a démontré que luxe et conscience ne sont pas antinomiques. Lorsque la conscience guide la conception, elle devient une source de créativité et d’originalité plutôt qu’une contrainte. Dans un monde où les questions sociales et environnementales sont de plus en plus visibles, cette interaction entre conscience et conception devient un marqueur clé du luxe moderne. Les consommateurs veulent des produits beaux et bien faits, mais aussi des produits qui ont du sens, c’est-à-dire qui correspondent à leurs valeurs et reflètent la conscience de la marque.

France 24, 2025.

L’industrie du luxe a aujourd’hui l’opportunité de se réinventer, non pas en abandonnant son héritage, mais en l’approfondissant. La nouvelle frontière du luxe ne réside pas seulement dans l’exclusivité, la qualité ou le design, mais dans la cohérence entre ce qu’une marque représente et la manière dont elle agit. En ce sens, la conscience pourrait devenir l’atout concurrentiel le plus durable du luxe.

Et cela pourrait être le point décisif. Dans un secteur saturé et scruté à la loupe, les valeurs réellement incarnées permettront de différencier une marque bien plus efficacement que les valeurs affichées. Les maisons de luxe qui en prendront conscience façonneront les normes de demain. Celles qui ne le feront pas pourraient découvrir que l’élément le plus précieux qu’elles possédaient autrefois, la confiance, est le plus difficile à regagner.

C’est peut-être là que réside la vérité déterminante de la nouvelle ère du luxe. Le luxe n’est plus jugé par ce qu’il révèle, mais par ce qu’il refuse de cacher. Et en ce sens, la conscience n’est pas seulement l’avenir du luxe. Elle est peut-être le seul avenir qui reste au luxe.

The Conversation

Stefan Markovic ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Pourquoi la conscience pourrait être le prochain atout concurrentiel du luxe – https://theconversation.com/pourquoi-la-conscience-pourrait-etre-le-prochain-atout-concurrentiel-du-luxe-274211

Pourquoi croit-on encore aux KPI (et à la magie des chiffres) ?

Source: The Conversation – in French – By Sophie Botte, Professeure Associée en Management, SKEMA Business School

Face au sentiment de vide existentiel, un usage conformiste des chiffres peut combler artificiellement le vide par l’accumulation compulsive de mesures. Dcstudio/Shutterstock

Si les nombres ont pris une telle place dans notre rapport au monde, et en particulier au sein des organisations, c’est qu’ils sont d’excellents remparts contre les angoisses existentielles qui nous traversent. Ordonner, classer et quantifier, c’est se donner une prise symbolique sur ce qui nous échappe et nous dépasse de façon ultime : la finitude, la solitude, l’absence de sens et le vertige de la responsabilité.


La magie du chiffre, le prestige qu’ils revêtent dans la pensée occidentale seraient preuve d’efficacité et de scientificité dans la démarche comptable. Si la comptabilité est quantitative par construction, elle n’est pas mathématique malgré l’apparente scientificité des nombres produits. La fascination que nous éprouvons pour les chiffres tient d’abord à la promesse qu’ils contiennent : celle d’extraire des zones grises des organisations une information supposée neutre, utile pour le décideur.

Cette promesse est-elle tenue ? Rien n’est moins sûr. Incertains, parfois arbitraires, les Key Performance Indicators (KPI) sont utiles mais bien imparfaits. À titre d’exemple, un recul historique sur le coût de revient est éclairant.

Le « vrai coût » n’existe pas. Plus de deux siècles après l’émergence de la comptabilité, la question de la détermination du « véritable coût de revient » reste tiraillée entre exigence de précision et recherche de simplicité. Son calcul reste indispensable, mais la quête de vérité semble vaine.

Dès lors, pourquoi croit-on aux KPI ?

Règne de la quantophrénie

Sans les nombres, le monde ne serait pas ce qu’il est. Ils exercent une emprise, domination intellectuelle ou morale, et constituent un empire, autorité absolue. C’est le règne de la quantophrénie, imposée et en même temps souhaitée. Elle a envahi tant le monde du quotidien (la notation des biens, services, professions, institutions, etc.) que le monde professionnel (les comptes et tableaux de bord, la direction par objectifs, etc.). Les nombres sont performatifs pour le meilleur et pour le pire en ce sens qu’ils « décident » à notre insu en limitant l’exercice d’un jugement personnel.

Le pouvoir des nombres tient à leur légitimité scientifique (le savoir objectif de l’ingénieur) et à leur légitimité politique (qui peut être contre la transparence, l’image fidèle ou la juste valeur ?). Le nombre flatte la paresse en se substituant à l’effort d’une coûteuse collecte d’informations et d’un raisonnement pouvant être contestable. Il est plus simple de choisir un produit en regardant sa note (satisfaction des clients, performance énergétique, etc.) qu’en faisant soi-même le travail d’un laboratoire ou en lisant la liste détaillée des composants.

Bref, dans tous les domaines, avec les nombres on sort de la zone grise porteuse d’angoisses, de méfiance, pour établir la confiance nécessaire aux échanges.

Les KPI sont imparfaits

En réduisant la complexité du réel, en ignorant les coûts et les résultats cachés, ne risque-t-on pas de passer à côté de l’essentiel ? Tout n’est pas mesurable, comme le montre la normalisation du reporting de durabilité qui doit prévoir des narratifs en complément des indicateurs. Les nombres sont une manière plus acceptable de surveiller et punir alors que c’est parfois pour le pire en effaçant les valeurs morales.

En ce sens, les KPI sont souvent imparfaits, construits, parfois arbitraires. Par exemple, les coûts ne sont que des constructions et ne disent pas le « vrai ». Ce sont les résultats de conventions, d’opinions, d’hypothèses dans leur construction, mais aussi dans leur lecture, car nous ne tirons pas tous la même conclusion des chiffres. Ils ont aussi un caractère performatif, contribuant ainsi à construire, consciemment ou inconsciemment, une certaine réalité !

Les croyances rationnelles confortent le gestionnaire quant à sa maîtrise des réalités mouvantes. Le calcul du « vrai coût de revient » hante la comptabilité depuis deux siècles. Le célèbre aphorisme d’Auguste Detœuf, décrit ci-dessous, posait déjà le problème, dès 1938, en des termes à la fois simples et efficaces.

Quelles sont les possibilités de répartition des frais de transport d’une personne allant au marché pour acheter 5 kilos de choux pour 10 francs, mais qui en profite pour acheter 5 kilos de carottes pour 20 francs avec une dépense, à l’aller comme au retour, de 3 francs d’autobus ? Doit-elle répartir les frais de transport à raison de un tiers aux choux et deux tiers aux carottes ? Doit-elle les appliquer à égalité aux choux et aux carottes ? Ne doit-elle pas attribuer aux choux le total des dépenses d’autobus ? Selon la méthode adoptée, le coût est différent. Quel est donc le vrai coût de chaque légume ?

Quête de vérité et de transparence

La même question se pose à des degrés divers dans toutes les organisations contemporaines. Pourtant, la quête de la « vérité » des coûts reste un leitmotiv. Cet objectif perdure de nos jours, comme en témoigne la large audience qui lui est donnée par les initiateurs des « nouvelles » méthodes, telles l’ABC,l’UVA ou encore le TDAC. Chacune cherche à fournir le coût le plus précis, alors même qu’une abondante littérature a montré que les méthodes de calcul de coûts complets étaient rarement exemptes d’erreurs et que les conditions sous lesquelles on pouvait les éviter étaient très restrictives.

Il apparaît également des doutes quant à l’objet d’un calcul d’un coût. Dès 1922, McKinsey attirait l’attention sur le fait que la répartition des charges affecte les motivations des managers. Plus proche de nous, pour Anthony dès 1957, le choix d’un système de calcul vise en réalité à inciter les responsables à agir comme les dirigeants le désirent.

Si la quête de vérité et de transparence au travers des chiffres se révèle parfois vaine, pourquoi alors croire aux KPI ? La force symbolique des nombres s’enracine dans le rempart qu’ils dressent contre les angoisses existentielles qui traversent l’ensemble des activités humaines. Le management et la décision n’y échappent en rien, et les managers sont exposés à des peurs profondes liées à la finitude, à la responsabilité, à la solitude et l’absence de sens. Dans ce contexte, les nombres remplissent une fonction évidente d’évitement de ces angoisses.

Laisser une trace

Face à l’angoisse de la mort qui confronte chacun à la perspective de disparaître, les KPI peuvent donner l’illusion d’un contrôle du temps. Figer le réel ou encore le projeter, le prévoir et l’anticiper n’est-ce pas, dans une certaine mesure, chercher à contrôler le temps ?

Pourtant, ces mêmes nombres peuvent jouer une fonction de sublimation. Grâce à eux, il est possible de laisser une trace, voire de transmettre. De même, face au vertige de la liberté et de la responsabilité individuelle fondamentale, la tentation est grande de s’en remettre à une autorité supérieure ou à une forme de magie rationnelle. Les nombres peuvent alors créer le sentiment d’un socle et d’une structure rassurante. Face au sentiment que rien n’a de sens, un usage conformiste, voire mimétique, des chiffres peut combler artificiellement le vide par l’accumulation compulsive de mesures.

Enfin, face à la solitude existentielle, les tableaux de bord et autres outils de pilotage peuvent devenir des instruments redoutablement efficaces de domination. Ces mêmes outils sont un langage commun qui peut constituer un pont entre solitudes bien assumées. Une voie s’ouvre alors pour que les nombres redeviennent des outils au service d’une créativité commune.

La question de savoir si la quantophrénie appliquée au management est un progrès ou une forme d’aveuglement consenti n’est pas tranchée. Une organisation a besoin de l’éclairage produit par les nombres. Pour s’adapter rapidement aux difficultés rencontrées, elle a besoin de laisser des espaces de liberté de décision et donc des zones grises. Il s’agit alors de manier le flou avec précision…

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Pourquoi croit-on encore aux KPI (et à la magie des chiffres) ? – https://theconversation.com/pourquoi-croit-on-encore-aux-kpi-et-a-la-magie-des-chiffres-271899