L’eau claire du lac Léman, bonne nouvelle ou symptôme d’invasion ? Le cas de la moule quagga

Source: The Conversation – in French – By Elora Chatain, Doctorante, Inrae

Moules quagga sur un tuyau au fond du lac Léman. Linda Haltiner/Eawag

L’eau du Léman, lac franco-suisse, n’a jamais été aussi limpide, mais ce n’est pas forcément une bonne nouvelle pour le plus grand lac d’Europe occidentale. Derrière cette apparence de carte postale se cache en réalité une invasion silencieuse : celle de la moule quagga, qui filtre massivement l’eau, au risque de bouleverser en profondeur l’équilibre du lac. Des espèces de poissons pourraient être menacées, mais aussi les activités humaines : cette espèce colonise aussi, en effet, les conduites permettant l’approvisionnement en eau.


Depuis 2015, l’eau du Léman, lac frontière entre la France et la Suisse, devient progressivement cristalline. Une aubaine pour les baigneurs : visibilité parfaite, reflets couleur turquoise… un léger air des Maldives en plein cœur de l’Europe !

Mais derrière cette carte postale séduisante se cache une question dérangeante : une eau trop claire est-elle forcément synonyme de bonne santé écologique ? Car ce changement spectaculaire n’est ici pas dû à un miracle naturel, mais en bonne partie à l’action silencieuse d’une minuscule bivalve d’à peine deux centimètres : la moule quagga.

Et si cette transparence nouvelle semble anodine, voire réjouissante, elle est en réalité le symptôme visible d’un bouleversement profond. Car sous la surface du Léman, l’équilibre du lac est en train de se redéfinir autour d’un envahisseur durablement installé. Cela pourrait à terme entraîner le déclin du phytoplancton et des poissons qui en dépendent, ainsi que des proliférations d’algues.

Jusqu’à deux litres d’eau filtrée par jour… et par moule !

Discrète, cette moule filtre l’eau avec une redoutable efficacité : jusqu’à deux litres d’eau filtrés par jour et par moule. À première vue, cela paraît insignifiant, presque anodin. Mais multipliez ce chiffre par le nombre d’invidivus, en moyenne, 4 000 individus par mètre carré, et vous obtenez une machine biologique de filtration d’une puissance vertigineuse.

Aujourd’hui, c’est une armée silencieuse qui tapisse le fond du Léman et d’autres lacs en Europe et dans le monde, transformant en profondeur son fonctionnement. Car dans un écosystème, aucun changement d’une telle ampleur ne saurait être neutre. Cette filtration massive bouleverse les équilibres biologiques et complique sérieusement la gestion du lac.

Instrument de mesure scientifique entièrement colonisé par la moule quagga après une année d’immersion dans le lac à la profondeur de 8 mètres.
LéXPLORE, Sébastien Lavanchy

De nom scientifique Dreissena rostriformis bugensis, la moule quagga est une espèce exotique envahissante. Elle n’est pas née dans le Léman.

Originaire d’estuaires du bassin pontocaspien et plus précisément du delta du Dniepr, en Ukraine, elle a voyagé malgré elle – ou plutôt grâce et à cause de nous. Transportée dans les eaux de ballast des navires ou accrochée aux coques des bateaux, elle a traversé continents et océans, colonisant les Grands Lacs d’Amérique du Nord dès 1988, bien avant d’atteindre les lacs européens. Elle est morphologiquement et écologiquement proche de la moule zébrée (Dreissena polymorpha), autre espèce invasive bien connue, mais la quagga semble présenter une capacité d’adaptation encore supérieure.

La plongée sous-marine est l’un des moyens d’évaluer l’ampleur de la colonisation de la moule quagga en profondeur du lac.
S. Jacquet, Fourni par l’auteur

On estime que le Léman a été touché en 2015, le lac voisin du Bourget en 2017. Depuis 2022, l’espèce est aussi signalée dans le lac de Garde, première occurrence au sud des Alpes. Sa présence dans le lac Majeur est désormais fortement suspectée à la suite de la détection de son ADN.

Capable de s’installer durablement, de se reproduire rapidement et de se disperser à grande échelle, la moule quagga ne se contente pas de s’ajouter à l’écosystème : elle le redessine. Elle menace les espèces locales, modifie les équilibres biologiques et impacte directement certaines activités humaines.




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Une niche écologique idéale pour l’envahisseur

Cette invasion a pourtant commencé à bas bruit. En 2015, un premier individu était observé à la station de Riva-Gare, dans le canton de Vaud en Suisse. Dix ans plus tard, le constat est saisissant : le fond du Léman est recouvert d’un véritable tapis de moules (jusqu’à 18 000 individus par mètre carré), avec une présence observée à des profondeurs supérieures à 150 mètres, bien au-delà de ce que l’humain peut explorer facilement.

Avec la plongée sous-marine, on peut voir à quel point la moule quagga colonise facilement le fond du lac et toutes sortes de substrats, ici une épave de bateau.

Cette expansion fulgurante de la moule quagga dans le Léman s’explique par une nourriture abondante, des courants favorables, l’absence de prédateurs naturels. Toutes les conditions sont réunies pour une colonisation éclair.

D’autant plus que l’espèce ne se laisse pas freiner par les contraintes extrêmes du milieu. Pression élevée, obscurité totale, températures basses ? Cela ne semble pas lui poser problème. Des individus ont été observés à 250 mètres de profondeur, certains atteignant des âges surprenants : plus de dix ans, là où sa longévité moyenne est plutôt de deux ou trois ans à proximité du littoral.

Comment parviennent-elles à survivre dans de telles conditions ? Peuvent-elles s’y reproduire ? À quel rythme ? Autant de questions auxquelles plusieurs équipes de recherche tentent aujourd’hui de répondre.

Une menace pour la production d’eau potable

Dans le fond du lac Léman, on peut retrouver de véritable tapis sous-marins de moules quagga.
Silvan Rossbacher/EAWAG

La moule quagga n’est pas difficile : elle s’installe sur tous les types de fonds. Sédiments divers, cailloux, roches… Même les fonds meubles de vase, limon et sable semblent lui convenir. Elle ne s’arrête toutefois pas aux milieux naturels.

Elle se fixe sur tous les supports disponibles sous l’eau, y compris les structures artificielles. Crépines, conduites et tuyaux de captage d’eau, notamment ceux destinés à la production d’eau potable, deviennent des supports de choix. À terme, ces infrastructures peuvent être partiellement ou totalement obstruées, compromettant l’approvisionnement en eau.

Les acteurs concernés n’ont alors d’autres choix que d’intervenir : nettoyages répétés, désencrassement des installations, ajout de filtres pour empêcher l’aspiration des moules… Autant de mesures indispensables, mais coûteuses. La présence de la moule quagga se traduit ainsi par un surcoût économique non négligeable, payé directement par les gestionnaires et indirectement par la collectivité.

Une bombe à retardement ?

Mais les dégâts causés par la moule quagga ne se limitent pas à une simple invasion de l’espace. Son mode de vie, discret en apparence, agit comme une bombe écologique à retardement pour le lac.

Gros plan sur le mollusque envahissant.
Fourni par l’auteur

Car la moule quagga est un organisme filtreur redoutablement efficace. En permanence, été comme hiver, elle aspire l’eau du lac et en extrait le plancton grâce à ses branchies. Cela n’a rien d’un détail.

Le phytoplancton, composante végétale du plancton, constitue le socle même de la vie lacustre : sans lui, c’est toute la chaîne alimentaire classique qui vacille. En effet, le phytoplancton nourrit le zooplancton (composante animale du plancton, dont les plus petits représentants peuvent aussi être ingérés par la moule). Or les alevins, ces poissons à peine éclos, dépendent directement de l’abondance du zooplancton pour survivre.

L’exemple des Grands Lacs nord-américains est sans appel. Là-bas, l’arrivée massive de la moule quagga a provoqué l’effondrement des populations de whitefish (ou corégone), un poisson emblématique qui est le pilier économique des pêcheries, tant au niveau local que dans les grands lacs profonds tempérés et froids en général : une catastrophe sociale et écologique.

Pour l’instant, le Léman n’a pas encore connu un tel scénario. Mais l’histoire nous a déjà montré comment cela peut finir.

Quand une eau « trop propre » devient un problème

En filtrant le phytoplancton à très grande échelle, les moules quagga rendent l’eau plus claire et donc plus transparente. À première vue, cela peut sembler positif, presque un argument touristique. Pourtant, cette clarté inhabituelle bouleverse, elle aussi, profondément l’écosystème.

Une eau plus limpide laisse en effet pénétrer la lumière plus profondément, stimulant la croissance des macrophytes, ces plantes aquatiques enracinées. Ces plantes, productrices d’oxygène, zones de nourricerie et de nurserie des poissons, constituent une composante importante du fonctionnement lacustre.

Mais les plantes et le phytoplancton sont en compétition et se disputent les mêmes nutriments. Résultat : plus les macrophytes prolifèrent, plus elles privent le phytoplancton de ressources, accentuant encore son déclin.

Ce cercle vicieux, connu sous le nom de boucle de rétroaction négative, s’autoentretient et verrouille le système dans un nouvel équilibre bien moins favorable à la biodiversité originelle du lac et à son fonctionnement pélagique, c’est-à-dire, dans la colonne d’eau. On parle alors de benthification des lacs (voir encadré ci-dessous).

Qu’est-ce que la benthification ?

  • La benthification est le processus par lequel l’énergie et la biomasse d’un écosystème aquatique sont déplacées de la colonne d’eau vers le fond (zone benthique).
  • Dans les lacs envahis par la moule quagga, ce phénomène est amplifié par sa forte capacité de filtration. En pompant le phytoplancton et les particules en suspension, la moule clarifie l’eau et transfère la matière organique vers les sédiments sous forme de fèces et de pseudofèces. Cette accumulation enrichit le fond, modifie les cycles des nutriments (notamment le phosphore) et peut favoriser le développement d’algues et de bactéries benthiques.
  • Les enjeux sont écologiques et socio-économiques : transformation des réseaux trophiques, déclin d’espèces planctoniques et de poissons dépendants du zooplancton, proliférations d’algues filamenteuses ou toxiques, et altération des habitats littoraux. La benthification liée à la moule quagga illustre ainsi une réorganisation profonde et durable du fonctionnement des lacs.



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Alors, pourquoi ne pas simplement éliminer la moule quagga ?

La réponse est simple et brutale : parce qu’il est déjà trop tard et la colonisation du mollusque quasi totale. Imaginer son éradication complète du Léman relève aujourd’hui de la fiction, et tenter de le faire risquerait de provoquer un désastre écologique encore plus grave.

La seule option réaliste consiste désormais à apprendre à vivre avec cette espèce, comme c’est souvent le cas avec les espèces exotiques, à mieux comprendre son écophysiologie, à observer l’adaptation des écosystèmes, et surtout, à éviter que l’histoire ne se répète ailleurs. Cela passe par des gestes simples mais cruciaux : rincer soigneusement les coques de bateaux, le matériel de plongée et les équipements de loisirs avant de passer d’un lac ou d’un cours d’eau à un autre.

Car si la moule quagga a déjà gagné la bataille du Léman, la guerre contre sa propagation n’est pas encore perdue pour d’autres lacs. Et il reste à étudier et tester l’ensemble des pistes disponibles pour aider à la conservation des espèces natives du Léman, notamment en travaillant sur la restauration des habitats.

The Conversation

Jean-Nicolas Beisel a reçu des financements de l’ANR (projet QUALAG pour la période 2025-2029).

Stéphan Jacquet a reçu des financements de l’ANR (projet QUALAG pour la période 2025-2029)

Elora Chatain et Théo Gonin ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. L’eau claire du lac Léman, bonne nouvelle ou symptôme d’invasion ? Le cas de la moule quagga – https://theconversation.com/leau-claire-du-lac-leman-bonne-nouvelle-ou-symptome-dinvasion-le-cas-de-la-moule-quagga-278611

Teens and young adults are driving the demand for online abortion pills via telehealth – new research

Source: The Conversation – USA (3) – By Dana Johnson, Postdoctoral Fellow in Health Disparities Research, University of Wisconsin-Madison

Abortion pills have been shown to be safe and effective. MementoJpeg/Moment via Getty Images

Teens in the U.S. are obtaining medication abortion pills through telehealth, and young people age 18 to 24 are ordering medication abortion at much higher rates than older adults.

Those are the key findings of a new study that my colleagues and I published in the journal JAMA Health Forum.

We examined requests for medication made to an online telemedicine service – one of the few to support people in all 50 states, without age restrictions. We compared average weekly request rates both before and after the Supreme Court overturned Roe vs. Wade in June 2022. Over time, we examined request rates across three age groups (15-17, 18-24 and 25-49) and by the severity of state-level abortion restrictions.

After Roe was overturned, researchers expected the number of abortions across the U.S. to fall. Intuitively, this makes sense, as most states have at least one law substantially restricting abortion services, which limits access at a clinic.

However, research from the Society of Family Planning #WeCount project shows the opposite: that the number of abortions has increased nationwide. The trend was even seen in states that ban abortion.

The main reason for this is the steep rise in medication abortion services through telehealth, which has expanded access for tens of thousands of people. As of early 2025, an estimated 1 in 4 abortions are done via telehealth. Until now, research and media attention have largely focused on this phenomenon among adults rather than among teenagers.

Why it matters

Understanding this trend among adolescents is important because minors – or teenagers under 18 – face a unique legal situation when it comes to abortion.

More than 7 million teenage girls age 13 to 17 live in a state with an abortion ban, and the legal landscape is quickly changing for teens.

In most states, adolescents seeking abortion services must navigate parental involvement laws, which require a minor to obtain consent for, or notify a parent of, their abortion. Such laws make it difficult or even impossible for many teens under 18 to obtain care, even in states like Massachusetts or Pennsylvania that have moved to protect abortion access.

In some cases, teens seek judicial bypass services, which help them avoid the parental involvement process. In addition to legal barriers, teens who seek abortion may already face stigma around teen pregnancy and sex, likely lack reliable access to a car – or may not even have a driver’s license – and probably don’t have US$600 or more on hand to pay for an abortion at a clinic.

To circumvent these barriers, minors are bypassing parental involvement requirements and requesting telehealth at higher rates in states with parental involvement laws, compared with their counterparts in more liberal abortion access states.

This is important because this trend may be evidence of the huge barrier of parental involvement laws. It may also signal that states with parental involvement laws also have additional policies restricting abortion – such as mandatory waiting periods or gestational bans – and that minors are living in an even more restrictive policy context than adults.

What still isn’t known

More research is needed to understand how and why teens are turning to online providers. Findings will help clinicians and advocates support adolescents who are ordering telehealth medication abortion online.

There are some very real legal risks involved for any teenager ordering pills online, and young people have been criminalized for taking abortion pills ordered from online sources.

Furthermore, anti-abortion prosecutors and lawmakers frequently target teens. For example, Idaho has become notorious for passing an “abortion trafficking” law, which makes it illegal to help minors access abortion.

At the federal level, attempted revisions to the Food and Drug Administration’s approval of the abortion drug mifepristone have explicitly tried to ban access for minors, and federal officials continue to spread misinformation about the safety of medication abortion for teens.

The Research Brief is a short take on interesting academic work.

The headline of this article has been updated to more accurately reflect the 18-24 age group that is driving this trend.

The Conversation

Dana Johnson receives funding from the National Institute of Health, the Society of Family Planning Research Fund, and the UW-Madison Collaborative for Reproductive Equity. She also serves on the Board of Directors for Jane’s Due Process.

Laura D. Lindberg is affiliated with Youth Reproductive Equity and Power to Decide

ref. Teens and young adults are driving the demand for online abortion pills via telehealth – new research – https://theconversation.com/teens-and-young-adults-are-driving-the-demand-for-online-abortion-pills-via-telehealth-new-research-277943

The unseen challenges of life on the Moon

Source: The Conversation – UK – By Damian Bailey, Professor of Physiology and Biochemistry, University of South Wales

For the first time since the Apollo era, humans are preparing not just to visit the Moon, but to live and work there for weeks, months – and eventually years.

But what would it really be like to spend an extended period on the lunar surface? The answer is exhilarating – and brutally unforgiving. An exciting new era of deep-space exploration is opening up. The US Artemis programme aims to set up an outpost on the Moon’s surface. It marks a fundamental shift in how we explore space.

Rather than just leaving “flags and footprints” as the Apollo missions did, Nasa wants to establish a sustained human presence on the Moon, beginning at the lunar South Pole.

The programme unfolds in stages. In 2022, the Artemis I mission successfully tested the Space Launch System (SLS) rocket and Orion spacecraft as an integrated system on an uncrewed mission around the Moon.

On April 1, 2026, Nasa launched Artemis II a ten-day mission, carrying four astronauts around the Moon.

The four Artemis II astronauts arrived at Kennedy Space Center in Florida on March 27, 2026 to begin final preparations for launch.
NASA/Jim Ross

As Nasa’s first crewed flight of Orion and SLS, Artemis II is a pivotal mission designed to verify that life-support systems, navigation, thermal protection and deep-space operations all function safely with humans onboard.

Before astronauts can live on the Moon, the journey there must be proven reliable.

Beyond these early missions, Nasa’s long-term vision extends far beyond a single landing. Nasa plans to spend US$20 billion (£15 billion) on a lunar surface base, intended to support repeated and progressively longer surface stays. This is designed to teach us how to operate sustainably beyond Earth – knowledge that will ultimately feed forward to future human missions to Mars, the horizon goal.

Health challenges

Living on the Moon will challenge every organ system in the human body. The lunar environment exposes astronauts to a unique space exposome – the combined set of
physical, chemical, biological and psychological stressors encountered beyond Earth.

Japanese astronaut Satoshi Furukawa works out on the International Space Station.
Regular exercise will be critical for staying healthy on the Moon. Here, Japanese astronaut Satoshi Furukawa works out on the International Space Station.
Nasa

These include reduced gravity (about one-sixth of Earth’s), chronic exposure to cosmic radiation, extreme temperature swings, toxic lunar dust, isolation, disrupted sleep-wake cycles, and prolonged confinement.

Unlike astronauts in low-Earth orbit, lunar crews operate largely outside Earth’s protective magnetic field. This increases exposure to space radiation, which can damage DNA, disrupt immune function and affect the brain and cardiovascular system in subtle but potentially serious ways.

Reduced gravity also fundamentally alters how blood, oxygen and fluids move around the body. Microgravity can disrupt how blood, oxygen and glucose are delivered to the brain, potentially increasing vulnerability to neurological and vascular dysfunction over time.

This figure was modified with permission.
The physiology of survival: Space.

To properly understand these risks, we need to look beyond individual organs and instead consider the space integrome – the way that the brain, heart, blood vessels, muscles, bones, immune system and metabolism interact as an integrated whole under space conditions. A small disturbance in one system sends ripples through others.

One of the most challenging aspects is that many space-related physiological changes develop insiduously. Astronauts may feel well while complications simmer beneath the surface, only becoming apparent months or even years later.

That is why Nasa places such emphasis on long-term physiological monitoring and human risk mitigation in its Artemis science strategy.




Read more:
Nasa plans to have a permanent base on the Moon by 2030 – how it can be done


Reducing the risk

The encouraging news is that humans are remarkably adaptable. The challenge is guiding that adaptation in safe and sustainable ways. Space countermeasures are the tools used to reduce risk and preserve astronaut health.

Exercise remains the cornerstone. On the International Space Station, astronauts spend around two hours per day exercising to protect muscle mass, bone density and cardiovascular function. On the Moon, however, exercise systems must be redesigned for partial gravity, where familiar Earth-based loading no longer applies.

Lunar regolith (soil) could be used to create structures that protect habitats from radiation and micrometeoroids.
Foster + Partners

Nutrition is another powerful countermeasure. Diet influences bone health, muscle maintenance, immune resilience and even how the body responds to radiation.

Personalised nutrition strategies, tailored to individual physiology rather than a “one-size-fits-all” menu, are likely to become increasingly important during long lunar missions.

Artificial gravity is also being explored. Short-radius centrifuges could expose astronauts to brief periods of increased gravitational loading, potentially helping stabilise cardiovascular and neurovascular systems. While still experimental, this approach may prove valuable for future surface missions.

Vegetables grown in a lunar base greenhouse could enhance astronaut nutrition.
Nasa

Radiation protection will rely on multiple layers of defence: habitat shielding – potentially using structures made of lunar soil – early warning systems for solar storms, and operational strategies that limit exposure during high-risk periods.

Crucially, countermeasures should be proactive rather than reactive. Continuous physiological monitoring, wearable sensors and advanced data analytics may allow mission teams to detect early warning signs and intervene before small problems become mission-limiting ones.

Spending extended time on the Moon will be awe-inspiring. Imagine watching Earth hang motionless above a stark, silent horizon, or working under a sky that never turns blue.

Lunar base
A lunar base would teach humans how to operate sustainably beyond Earth.
RegoLight, visualisation: Liquifer Systems Group, 2018

But it will also be demanding, uncomfortable and unforgiving. The Moon is not just a destination – it is a test of our biology.

If we can learn how to keep humans healthy, resilient and productive on the lunar surface, we take a decisive step toward becoming a truly spacefaring species. Artemis shows that exploration is no longer about brief heroics.

It is about sustainability, adaptability and understanding ourselves as deeply as the worlds we seek to explore.

In learning how to live on the Moon, we may ultimately learn as much about life on Earth as we do about our future beyond it.

The Conversation

D.M.B. is the outgoing Chair of the Life Sciences Working Group and member of the Human Spaceflight and Exploration Science Advisory Committee to ESA. He is a current member of the ESA-HRE-Biology Panel and Space Exploration Advisory Committees to the UK and Swedish National Space Agencies. He is also affiliated to Bexorg, Inc. (USA) focused on the technological development of novel biomarkers of cerebral bioenergetic function in humans. He is supported by a Royal Society Wolfson Research Fellowship (Grant No. WM170007).

ref. The unseen challenges of life on the Moon – https://theconversation.com/the-unseen-challenges-of-life-on-the-moon-273370

Trump risks falling in to the ‘asymmetric resolve’ trap in Iran − just as presidents before him did elsewhere

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Charles Walldorf, Professor of Politics and International Affairs, Wake Forest University

Little has seemingly gone as Washington planned in the war against Iran.

The Iranian people have not risen up, one hard-line leader has been replaced by another, Iranian missiles and drones keep hitting targets across the Middle East, Iran closed the Strait of Hormuz, driving oil and gas prices up worldwide, and in sharp contrast to Trump’s demand for “unconditional surrender,” Tehran has rejected a 15-point U.S. plan for a ceasefire.

So how did things go so wrong?

As a scholar who researches U.S. forever wars, I believe the answer is simple: Trump, like other U.S. presidents before him, has fallen into what I call the trap of asymmetric resolve. In short, this occurs when a stronger power with less determination to fight starts a military conflict with a far weaker state that has near boundless determination to prevail. Victory for the strong becomes tough, even close to impossible.

When it comes to Iran, the Islamic Republic wants – and needs – victory more than the United States. Unlike the U.S., the Iranian government’s very existence is on the line. And that gives Tehran many more incentives – and in many cases very effective countermeasures – through which to fight on.

The trap of asymmetric resolve

Typically, in asymmetric wars the stronger side does not face the same potential for regime death as the weaker side. In short, it has less on the line. And this can lead to lesser resolve, making it hard to sustain the costs of war required to defeat the weaker, more determined rival.

Such dynamics have played out in conflicts dating back to at least the sixth century B.C., when a massive Persian army under Darius I was checked by a much smaller, determined Scythian military, leading in the end to a humiliating Persian retreat.

For the U.S. in the modern era, wars of asymmetric resolve have likewise not been kind.

In the Vietnam War, an estimated 1.1 million North Vietnamese civilians and Viet Cong fighters died compared to 58,000 U.S. troops. Yet, the U.S. proved no match for the North’s resolve. After eight years of brutal war, the U.S. gave up, cut a deal, withdrew and watched North Vietnam roll to victory over the South.

In 2001, the U.S. unseated the Taliban in Afghanistan, set up a new government and built a large Afghan army supported by U.S. firepower. Over the next 20 years, the remnants of the Taliban lost about 84,000 fighters compared to around 2,400 U.S. troops, yet the U.S. ultimately sued for peace, cut a deal and left. The Taliban immediately returned to power.

Many other great powers have fallen into this same trap – and at times in the same countries. Despite far fewer casualties than the Afghan resistance, the mighty Soviet Union suffered a humiliating defeat in its nine-year war in Afghanistan during the 1980s. The same happened to the French in Vietnam and Algeria after World War II.

Asymmetric resolve in the Iran war

A similar asymmetry is now playing out in Iran.

Unlike 2025’s 12-day war that largely targeted Iranian military installations, including its nuclear sites, Trump and the Israelis are now directly threatening the survival of the Iranian government. Killing the supreme leader, a slew of other powerful figures, and encouraging a popular uprising made this crystal clear.

Tehran is responding as it said it would were its survival to be at stake. Prior to the current war, Iran warned it would retaliate against Israel, Arab Gulf nations and U.S. bases across the region, as well as largely close the Straight of Hormuz to commercial traffic.

In short, it is going all-in to cause as much pain as it can to the U.S. and its interests.

Iran has suffered the disproportionate number of loses in the current war, both in terms of human casualties and depleted weaponry. As of mid-March, there have been upward of 5,000 Iranian military casualties and more than 1,500 Iranian civilian deaths, compared to 13 dead U.S. service members.

Yet, Tehran isn’t backing down, saying on March 10, “We will determine when the war ends.”

Such Iranian resolve seemingly confounds Trump. Before the war, he wondered why Iran wouldn’t cave to his demands, and he has since conceded that regime change – seemingly a major U.S. goal at the war’s onset – is now a “very big hurdle.”

This conflicts with how Iran was being presented to the American public prior to the war. Secretary of State Marco Rubio said in January that “Iran is probably weaker than it’s ever been.” It has no ballistic missiles capable of hitting the U.S. homeland, a decimated nuclear program and fewer allies than ever across the Middle East.

No wonder a Marist poll from March 6 found that 55% of Americans viewed Iran as a minor threat or no threat at all.

With Iran proving resilient, American public opinion on the war has been definitively negative. This aspect of war resolve can be especially challenging for democracies, where a disgruntled public can vote leaders out of power.

Fading or low U.S. public support for war was likewise a primary driver in past U.S. asymmetric quagmires.

Indeed, the Iran war is more unpopular than just about any other U.S. war since World War II, with polling consistently finding around 60% of Americans in opposition.

For Iran, as a nondemocracy there are far less reliable figures to compare this to on its side. Before the war, the government faced a major public crisis with widespread protests, but for many reasons – including its brutal crackdown and a potential “rally around the flag” effect – Iranian public opinion has proved far less salient.

What’s next?

The Trump administration is attempting to mitigate the impact that asymmetrical resolve has by saying the length and scope of the operation will remain limited.

To reassure the public and calm financial markets, Trump keeps promising a short war and delaying bigger strikes to give space for negotiations that he, not the Iranians, says are ongoing.

History suggests that once faced with a smaller military power showing greater resolve, the larger power has two trajectories. It can succumb to the hubris of power and escalate, such as was the case in Vietnam, Iraq and Afghanistan. Or it can wind down the conflict in an attempt to save face.

Often in the past, leaders of a stronger side opt for the first option of escalation. They just can’t escape thinking that a little more force here or there wins the conflict. President Barack Obama wrongly thought a surge of 30,000 additional U.S. troops into Afghanistan would bring the Taliban to their knees.

Despite signs that he wants out of the Iran war, Trump could still fall to the hubris of power. More U.S. troops are on the way to the Gulf, and B-52 bombers have been flying over Iran for the first time.

As Korea, Vietnam, Iraq and Afghanistan show, following hubris into escalation against a determined foe like Iran will probably come at great cost to the U.S.

The other option – that of winding down the war – is still available to Trump.

And Trump has gone down this route before. He signed a deal in 2020 with the Taliban to end the war in Afghanistan rather than surge more troops in. And just last year, Trump declared victory and walked away from an air war in Yemen when he realized ground forces would be required to overcome the resolve of the Houthis.

The U.S. president could try the same with Iran – saying the job is done then walking away, or entering real, sustained negotiations to end the war. Either way, he’ll need to give something up, such as unfettered access through Hormuz or sanctions relief.

Trump likely won’t like that. But polling suggests Americans will take it. After all, who wants another Vietnam?

The Conversation

Charles Walldorf is a Senior Fellow at Defense Priorities.

ref. Trump risks falling in to the ‘asymmetric resolve’ trap in Iran − just as presidents before him did elsewhere – https://theconversation.com/trump-risks-falling-in-to-the-asymmetric-resolve-trap-in-iran-just-as-presidents-before-him-did-elsewhere-279374

A New York Times critic used AI to write his review – but criticism is deeply human

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Bec Kavanagh, Senior Tutor in Publishing & Creative Writing, The University of Melbourne

Alex Preston, and the book he reviewed, with the help of AI. Hachette/Allen & Unwin

An author and freelance journalist has admitted to using AI to help him write a book review for the New York Times.

Alex Preston’s review of Jean-Baptiste Andrea’s novel Watching Over Her, published by the New York Times in January 2026, draws phrases and full paragraphs from Christobel Kent’s Guardian review. The “error” was brought to light by a reader, who alerted the New York Times to the similarities.

Preston told the Guardian he is “hugely embarassed” and “made a huge mistake”.

a man in a buttoned long sleeved t-shirt
Alex Preston has admitted to using AI to help write a book review.
Hachette

The Times promptly dropped Preston, calling his “reliance on A.I. and his use of unattributed work by another writer” a “clear violation of the Times’s standards”. An editor’s note now precedes the review online, advising readers of the issue and providing a link to the Guardian review.

Preston’s apology to the Guardian raises more questions than it resolves. The portion quoted online seems to speak more to the issue of unattributed work than his use of AI. It reads: “I made a serious mistake in using an AI tool on a draft review I had written, and I failed to identify and remove overlapping language from another review that the AI dropped in.” This implies that if he had removed the “overlapping” language, the issue would have been avoided.

As a literary critic and scholar, I believe the deeper question isn’t whether or not critics should do more to hide their use of AI – but the ethics of using it at all.

Why AI can’t do criticism

The role of the critic isn’t to summarise or repackage art, but to actively participate in a conversation about it. “Good criticism thrives in the complexity of its environment,” writes critic Jane Howard, who is also The Conversation’s Arts + Culture editor. “Each review sits in conversation with every other review of a piece of art, with every other review the critic has written.”

In other words, the critic is in conversation with both the artist and the audience. The critic’s emotional and intellectual engagement with art – and their translation and communication of meaning – is intrinsic to their role as mediator. That role is deeply human.

Perhaps information can be outsourced, but emotional engagement can’t. Nor can an individual perspective, filtered through one human’s reading, viewing, listening and experiences.

Art and AI controversies

There are valid arguments outlining the functional uses of AI, and warning against significant climate repercussions. But there is also an escalating concern around the intrusion of AI into creative expression.

book cover - Shy Girl - with sad dog
Shy Girl was cancelled due to AI accusations against its author.

Last month, author Mia Ballard was accused of using AI to write her horror novel, Shy Girl. It was withdrawn from publication in the UK and cancelled from scheduled publication in the US, after “readers on platforms such as Goodreads and Reddit had questioned whether sections of the text bore hallmarks of AI-generated prose”, according to the Guardian.

In 2023, German artist Boris Eldagsen sparked controversy when he revealed that his prize-winning photograph The Electrician was AI generated. In 2025, Tilly Norwood, the first fully AI-generated “actress” ignited debate around whether so-called synthetic actors were a tool for creative expression, or a threat to human creators.

In 2025, writers were “horrified” to discover that their work had been pirated by Meta to train AI systems.

If the question that underlies these examples is “what is the role of art”, this latest debacle adds “and what is the responsibility of the critic”?

Breaking a pact

Art criticism in Australia is what Howard describes as a “niche within a niche”. The sector is unbearably small, so most critics have an additional day job and are in close professional and personal proximity to the artists whose work they review.

Some critics of the critics, such as writer Gideon Haigh, have suggested this has led to a culture of what literary academic Emmett Stinson called “too-nice” criticism.

But I would argue generosity is fundamental to public-facing criticism – and that the critic reviewing in the public sphere has a responsibility to writers and readers.

The writer might safely assume that when we’re publishing a review that surmises their book’s successes and failings against its ambition, we have, at the very least, taken the time to read and carefully consider their work, and our own response to it.

This unspoken pact is broken when the writer begins to use AI – particularly when a professional reviewer like Preston seems to outsource his assessment to it.

Such fiascos point to a disturbing future where readers’ opportunities to build community and develop empathy through engagement with literature is outsourced entirely to AI.

Australian literature academic Julieanne Lamond has said “when we write reviews we have to do it ‘naked’ – as individual readers, with a public to judge our judgements”. In other words, we sit at the middle of a pact between the writer of a book and their potential readers.

Criticism can be literature

Done well, criticism is literature. As Australian author, playwright and critic Leslie Rees argued in 1946, good literary criticism is a “real and creative service to literature”.

book cover: Watching Over Her
Watching Over Her is at the centre of a controversy over the use of AI in writing a New York Times book review.

Popular criticism, written for the general public and published as journalism, might sit on a different playing field from scholarly criticism. But its obligation to readers – to convey real and honest opinions about books and bring readers into a conversation about literature – is no less significant. There is a shared obligation to be honest, and surely this honesty extends to a transparency about AI use.

French professor and essayist Phillipe Lejeune, best known for his work on autobiography, used the term the “autobiographical pact” to describe the relationship between the writer of a memoir and the reader. That is, the reader accepts what the memoirist says as truth, based on the writer’s acknowledgements of their own biases and subjectivity.

We might transfer a similar pact to the reviewer and their reader. Should the reader not be able to trust that the review they’re reading is the critic’s own?

Hannah Bowman, a literary agent from Liza Dawson Associates, recently described mistrust as the book industry’s greatest peril: “it’s essential for all parties in the publishing process to have transparency and clarity in conversations about how AI tools are being used by any party, especially in the creative process”.

In failing to disclose his use of AI, Preston has not only embarrassed himself, but broken the trust of his readers.

The Conversation

Bec Kavanagh is a freelance critic for The Guardian.

ref. A New York Times critic used AI to write his review – but criticism is deeply human – https://theconversation.com/a-new-york-times-critic-used-ai-to-write-his-review-but-criticism-is-deeply-human-279742

How Taiwan is viewing the Iran war – and what it reveals about US credibility

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Bonnie Yushih Liao, Assistant Professor of Diplomacy & International Relations, Tamkang University

The United States and Israeli strikes on Iran have become increasingly concerning for the world due to the risks of further escalation and the impact on energy markets.

In Taiwan, however, the focus has shifted in a different direction.

Rather than treating the war as geographically distant, Taiwanese political leaders and analysts are viewing it as a real-time indicator of how the United States operates under strategic pressure.

The key question is less about whether the United States would act if a conflict with China were to break out in the Indo-Pacific region, and more about how it would manage competing pressures if multiple crises unfolded at once.

A test of limits, not intentions

There is growing recognition in Taiwan that US resources are not unlimited.

The Middle East war has caused energy prices to fluctuate and stoked fears of rising inflation in the United States, demonstrating the domestic costs of military operations.

US President Donald Trump’s approval ratings have also taken a hit, with some in his own party now questioning his rationale for going to war.

Some reports have indicated US supplies of interceptor missiles are running low. The US military has, for example, had to move some THAAD missile interceptors from South Korea to the Middle East. The US has also struggled to defend against Iran’s use of asymmetrical fighting tactics.

This has direct implications for the deterrence Washington has long maintained in the Indo-Pacific. This deterrence depends not only on US war-fighting capability, but on the expectation this capability will remain intact under strain.

Conflicts elsewhere may not weaken the US resolve to intervene if China were to invade or pressure Taiwan in some fashion. But they can drain American resources and influence where these items are prioritised.

Shifting thresholds for the use of force

The US has also framed its strikes on Iran as a “preventive” action aimed at mitigating a future threat rather than responding to an imminent attack. This raises broader questions about the changing threshold for the use of force in the Indo-Pacific.

For Taiwan, this is not an abstract notion. If the threshold for military action is lowered from imminent threat to potential risk, the strategic environment becomes less predictable in the Indo-Pacific.

This broadens the range of circumstances under which force by the United States may be justified.

The speed with which the Trump administration has acted in Iran has also increased uncertainty for regional partners like Japan and South Korea in assessing when and how the United States would act against China.

The US’ NATO partners weren’t told about the Iran strikes before they happened. This could make Japan and South Korea similarly worried about a lack of communication on potential US actions over Taiwan.

Wars rarely follow anticipated pathways

The Iran war has also raised broader questions about how the United States adapts as crises evolve.

Much of the discussion around Taiwan has traditionally centred on the possibility of a large-scale Chinese invasion. However, recent developments suggest escalation may be less linear than this.

Rather than following a single, predictable pathway, conflicts can develop through a sequence of smaller decisions, the ambiguity over signals sent by an adversary, or rapidly changing political conditions.

This has contributed to a shift in strategic discussion in Taiwan. Recent defence policy debates and security forums have increasingly examined scenarios in which China pressured Taiwan with grey-zone tactics, blockades and incremental escalatory moves, rather than focusing solely on full-scale invasion.

As a result, attention is shifting to how such pressure might build over time – through cyber operations, maritime restrictions or limited military actions – and possibly spiral out of control.

The current crisis in the Strait of Hormuz has been watched closely in Taiwan as an example of how disruption of a strategic chokepoint can quickly impact the world. This raises questions about whether similar dynamics could emerge in the Taiwan Strait, and how prepared external actors – including the US – would be to respond.

The US has also been unable to prevent the Iran war from spilling over into the Persian Gulf states. This raises questions about whether a war over Taiwan could be contained or produce wider regional effects.

The risk of misinterpretation

For Taiwan, the most immediate challenge comes from how China interprets US actions in Iran. If Beijing concludes that diminishing military resources or domestic pressures would limit the US’ ability to wage a sustained conflict in the Indo-Pacific, it may reassess the risks of applying coercive pressure on Taiwan.

This does not imply immediate conflict is likely over Taiwan. However, it increases the likelihood that China would try to pressure or coerce Taiwan just below the threshold of full-scale war.

History suggests that escalation is often shaped by how situations are interpreted by adversaries, rather than by clear shifts in power. When states believe conditions are more favourable than they actually are, the risk of misjudgement increases.

For Taiwan, the challenge is therefore not only to assess developments in the Middle East, but to ensure that its own position is not misunderstood. This involves:

  • maintaining credible defensive capabilities
  • reinforcing internal cohesion against possible threats
  • signalling clearly that any attempt at coercion would face robust resistance.

Deterrence depends not only on what a country can do, but what others believe it will do — and whether those beliefs discourage risk-taking.

The Conversation

Bonnie Yushih Liao does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. How Taiwan is viewing the Iran war – and what it reveals about US credibility – https://theconversation.com/how-taiwan-is-viewing-the-iran-war-and-what-it-reveals-about-us-credibility-279102

A popular horror novel was pulled over AI concerns – here’s what it means for publishing

Source: The Conversation – UK – By Natalie Wall, PhD in English Literature, University of Liverpool

One of the largest book publishers in the US has pulled an upcoming horror novel from its scheduled release later this year following accusations that the author used artificial intelligence to write it.

Hachette Book Group was approached with what The New York Times claimed was evidence that Shy Girl by Mia Ballard was allegedly AI-generated. Following this, the publisher said its imprint Orbit was removing the book from publication in the US and UK.

The novel follows Gia, a young woman who is “lonely, broke and depressed with a serious case of OCD”. She encounters a mysterious and rich man who, in exchange for her living as his devoted pet, promises to erase all her debts. The novel follows her time in captivity as she becomes increasingly animalistic in nature.

In an email to The New York Times, Ballard said the controversy “has changed my life in many ways and my mental health is at an all time low”. Ballard has denied personally using AI to write the novel. But she has said that an acquaintance she hired to work on an earlier self-published version incorporated AI tools.

Many people disagree with the use of AI for a host of reasons, from environmental to ethical concerns. But cultivating a climate of distrust around writing and authors is also not necessarily productive, and further pushes AI use into secrecy.

The author now faces a challenging situation, as Hachette withdrawing the book will appear to some to validate the accusations, even if it simply reflects uncertainty.

What happened?

The book was initially self-published in February 2025 before it was bought by Orbit Books, following a growing industry trend to traditionally publish successful self-published or fan-fiction works.

Issues started to arise regarding the novel’s provenance in mid-2025 on Reddit when one user, who claimed they were a book editor, made a post which pointed out several issues with the novel that suggested it was AI generated.

Their main claim was based on the novel’s repetitive style, something also pointed out by other critical readers. Specifically, they highlighted that almost every noun is preceded by an adjective, actions are frequently described with similes, descriptions came in lists of three and certain words are overused.

The discussion spread to other platforms such as the BookTok community (TikTok users dedicated to discussing books and publishing), Instagram and YouTube.

There is still no final consensus about how Shy Girl was written and Ballard has removed herself from the public eye and taken her social media accounts offline following the scandal. Hachette told The Independent that they “remain committed to protecting original creative expression and storytelling”. They have made no definitive statement on the claims but did tell the NYT that they conducted a thorough and lengthy review of the text.

How should readers and publishers respond?

Readers and publishers have spent years debating the impact of AI in the abstract but 2026 is the year these debates have become reality.

Stories like Shy Girl and The New York Times’ profile of AI romance author Coral Hart, who boasted of using AI to write and self-publish 200 hundred books across 21 pen names in a recent profile by The New York Times, demonstrate that theoretical disputes did not prepare us to be confronted with the reality of AI.

It’s clear that even the suggestion of AI writing inspires immense disgust in many readers. This means that regardless of the truth (if we ever find it out) Shy Girl and Ballard will likely be tainted by this scandal. Therefore, we must ask whether it is possible for publishing and reading to survive not just AI’s increasing normalisation but also the hostile and suspicious environment its use is creating for writers.

As a researcher of contemporary and digital reading culture, I believe we should cultivate an openness around the use of AI in writing by lobbying publishers to provide this information openly and clearly. This is already starting to happen. The Society of Authors, which is the UK’s largest writers’ trade union, has launched a logo to be used to identify “human authored” books – a step toward empowering consumers to know what they are choosing to support with their money.

Copyright law also needs to reflect AI’s reshaping of the creative field. A work requires a human author to be covered under copyright law in the US and any doubts about this are potentially a big part of Hachette pulling Shy Girl from publication due to the publisher’s inability to copyright.

This creates a difficult position for the novel and author. The book’s cancellation looks like confirmation of guilt whereas it may just be doubt. However, UK copyright law does offer protection for computer-generated works. This creates a murky area where AI-generated or assisted works can receive certain legal protections, but not necessarily the same rights as human-authored works.

Under UK law, computer-generated works can qualify for copyright, with authorship attributed to the person who made the necessary arrangements for the work’s creation. However, these works do not benefit from the full range of protections afforded to human authors, particularly moral rights, such as the right to be identified as the author or to object to derogatory treatment of the work.

This framework may change following a recent consultation led by the UK government on copyright and artificial intelligence. The consultation has now closed and the government has not yet implemented definitive legislative changes. However, its stated priorities suggest any reforms will aim to balance protecting creators’ rights with supporting innovation, investment and growth in the AI sector.

It’s an undeniably fraught situation, which is continually developing. In the near future we may unfortunately see more authors like Ballard made examples of while, behind the scenes, many more may be using AI undetected.

The Conversation

Natalie Wall does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. A popular horror novel was pulled over AI concerns – here’s what it means for publishing – https://theconversation.com/a-popular-horror-novel-was-pulled-over-ai-concerns-heres-what-it-means-for-publishing-279714

How to build a digital ‘twin’ of the human brain – what existing models overlook

Source: The Conversation – UK – By Andrea Luppi, Senior Research Associate, Department of Psychiatry, University of Oxford

The potential to create personalised digital “twins” of your brain and body is a hot topic in neuroscience and medicine today. These computer models are designed to simulate how parts of your brain interact, and how the brain may respond to stimulation, disease or medication.

The extraordinary complexity of the brain’s billions of neurons makes this a very difficult task, of course, even in the era of AI and big data. Until now, whole-brain models have struggled to capture what makes each brain unique.

People’s brains are all wired slightly differently, so everyone has a unique network of neural connections that represents a kind of “brain fingerprint”.

However, most so-called brain twins are currently more like distant cousins. Their performance is barely any closer to the real thing than if the model were using the wiring diagram of a random stranger.

This matters because digital twins are increasingly proposed as tools for testing treatments by computer simulation, before applying them to real people. If these models fail to capture fundamental principles of each patient’s unique brain organisation, their predictions won’t be personalised – and in worst cases could be misleading.

In our latest study, published in Nature Neuroscience, we show that realistic digital brain twins require something that many existing models overlook: competition between the brain’s different systems.

Our findings suggest that without competition, digital twins risk being overly generic, missing out on what makes you “you”.

Excess of cooperation

The human brain is never static. The ebb and flow of its activity can be mapped non-invasively using neuroimaging methods such as functional MRI. A computer model can be built from this, specific to that person and simulating how the regions of their brain interact. This is the idea of the digital twin.

The brain is often described as a highly cooperative system. Yet everyday experiences such as focusing attention or switching between tasks tells us intuitively that brain systems compete for limited resources. Our brains cannot do everything at once, and not all regions can be active together all the time.

Despite this, the vast majority of brain simulations over the past 20 years have not taken these competitive interactions between regions into account. Rather, they have “forced” neighbouring regions to cooperate. This can push the simulated brain into overly synchronised states that are rarely seen in real brains.

In a large comparative study of humans, macaque monkeys and mice, our international team of researchers used non-invasive brain activity recordings to show that the most realistic whole-brain models not only require cooperative interactions within specialised brain circuits, but long-range competitive interactions between different circuits.

To achieve this, we compared two types of brain model: one in which all interactions between brain regions were cooperative, and another in which regions could either excite or suppress each other’s activity. In humans, monkeys and mice, the models that included competitive interactions consistently outperformed cooperative-only models.

Using a large-scale analysis of over 14,000 neuroimaging studies, we found that spontaneous activity in the competitive models more faithfully reflected known cognitive circuits, such as those involved in attention or memory. This suggests competition is crucial for enabling the brain to flexibly activate appropriate combinations of regions – a hallmark of intelligent behaviour.

Visual summary of our study:

When whole-brain models of humans, macaques and mice are allowed to treat interactions between some brain regions as competitive, they consistently do so.
When whole-brain models of humans, macaques and mice are allowed to treat interactions between some brain regions as competitive, they consistently do so – generating activity patterns that closely resemble those associated with real cognitive processes.
Luppi et al/Nature Neuroscience, CC BY

We concluded that competitive interactions act as a stabilising force, allowing different brain systems to take turns in shaping the direction of the brain’s ebbs and flows without interference or distraction. This ability to avoid runaway activity may also contribute to the remarkable energy-efficiency of the mammalian brain, which is many orders of magnitude more efficient than modern AI systems.

Crucially, models with competitive interactions were not only more accurate but also more individual-specific. This means they were better at capturing the unique brain fingerprint that distinguishes one person’s brain from another’s.

No longer lost in translation?

The fact that our findings hold across humans and other mammals suggests they reflect fundamental principles of how intelligent systems work. In each case, we found models with competitive interactions generated brain activity patterns that closely resembled those associated with real cognitive processes.

This could have major implications for translational neuroscience. Animal models are routinely used to test treatments before human trials, yet differences between species often limit how well these results translate. Around 90% of treatments for neuropsychiatric disorders are “lost in translation”, failing in human clinical trials after showing promise in animal trials.

Combining brain imaging data from human patients with whole-brain modelling could radically change this. A framework that works across species would provide a powerful bridge between basic research and clinical application.

If someone needs intervention in the brain, for example due to epilepsy or a tumour, their digital twin could be used to explore how the patient’s brain activity would change when stimulated with different levels of drugs or electrical impulses. This might significantly improve on existing trial-and-error approaches with real patients, and thus provide better treatments.

The general principles of brain organisation across species also offer a path for understanding how to shape the next generation of artificial intelligence. In the not-too-distant future, we may be able to construct digital twins that are more faithful in reproducing the salient features of the human brain – and potentially, AI models that are more faithful to the human mind.

The Conversation

Andrea Luppi receives funding from the Wellcome Trust, St John’s College, Cambridge, and the Canadian Institutes of Health Research.

Gustavo Deco receives funding from the European Regional Development Fund, EU ERC Synergy Horizon Europe, and the Department of Research and Universities of the Generalitat of Catalunya.

Morten L. Kringelbach has received research funding from Pettit, Carlsberg and Cillo Foundations as well the ERC. Deco and Kringelbach are the authors of Whole-brain Modelling: Cartography of the Dynamics of Mind. This open-access title is available at https://hedonia.kringelbach.org/whole-brain-modelling/

ref. How to build a digital ‘twin’ of the human brain – what existing models overlook – https://theconversation.com/how-to-build-a-digital-twin-of-the-human-brain-what-existing-models-overlook-279681

Livreurs des plateformes : une enquête inédite lève le voile sur leur extrême précarité

Source: The Conversation – in French – By Marwân-al-Qays Bousmah, Chargé de Recherche, Ined (Institut national d’études démographiques)

Une étude inédite menée auprès de plus de 1 000 livreurs de plateformes décrit les conditions de travail indignes de cette population sur laquelle les données manquaient. Ces travailleurs sont sur le pont plus de 63 heures par semaine, de six à sept jours sur sept, pour un revenu très inférieur au seuil de pauvreté. Une enquête éclairante à l’heure où la directive européenne sur les travailleurs des plateformes numériques, qui vise à leur apporter davantage de protection, doit être transposée dans le droit français.


Si la silhouette des livreurs à vélo ou en scooter est devenue familière du paysage urbain et si beaucoup de citadins font appel à eux pour déposer leurs repas à domicile, ces travailleurs précaires demeurent en grande partie invisibles dans les enquêtes et les statistiques publiques.

Pourtant, la disponibilité de données de qualité sur les livreurs des plateformes numériques de travail constitue un enjeu majeur. Sur le plan juridique, la transposition en droit français de la directive européenne (UE) 2024/2831 sur l’encadrement juridique du travail de plateforme (qui vise à mieux protéger les travailleurs des plateformes), attendue avant le 2 décembre 2026, rend indispensable une meilleure connaissance de cette population pour éclairer les choix de régulation.

Sur le plan sanitaire, un rapport de l’Anses de mars 2025 faisait état d’une situation alarmante, mais soulignait aussi le manque de données permettant d’appréhender l’état de santé de ces travailleurs et de mettre en place des politiques publiques adaptées.

C’est dans ce contexte qu’a été lancé le projet Santé-Course. Mené par une équipe de recherche interdisciplinaire de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et de l’Institut national d’études démographiques (Ined), des acteurs associatifs travaillant auprès des livreurs (Association de mobilisation et d’accompagnement des livreurs, AMAL ; Collectif pour l’insertion et l’émancipation des livreurs, Ciel ; Maison des livreurs de Bordeaux ; Maison des coursiers de Paris ; Médecins du monde) et un groupe de pairs constitué de livreurs ou d’anciens livreurs, ce projet s’est attaché à documenter les conditions de travail ainsi que l’état de santé physique et mentale des livreurs à partir d’une enquête menée auprès de plus de 1 000 d’entre eux à Paris et à Bordeaux.

L’étude se penche également sur l’exposition aux risques professionnels, les contrôles policiers et les discriminations subies. Dans ce qui suit, nous mettons l’accent sur leur profil et leurs conditions de travail, mais l’intégralité des résultats est consultable ici.

Le travail de plateforme, de quoi parle-t-on ?

L’essor des plateformes numériques de travail en France remonte à une quinzaine d’années et résulte de la conjonction de deux séries de facteurs : l’adoption de nouvelles normes juridiques (notamment la loi Novelli de 2008 instaurant le statut d’auto-entrepreneur), d’une part, et la généralisation des technologies de l’information et de la communication ainsi que la démocratisation de leur usage, d’autre part. La première a progressivement flexibilisé le marché du travail et ouvert la voie à l’emploi massif de travailleurs indépendants par les plateformes tandis que la seconde a fourni à ces dernières les conditions de leur déploiement à grande échelle.




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Requalifier ou réguler ? Les controverses du dialogue social des travailleurs des plates-formes


Dans le secteur de la livraison de repas, les plateformes numériques jouent un rôle d’intermédiaires entre restaurateurs et clients, et entre restaurateurs et livreurs. Leur fonctionnement repose sur des algorithmes de mise en relation, de tarification et de déconnexion qui leur permettent de piloter une vaste main-d’œuvre statutairement indépendante, sans avoir à recourir aux modes de gestion traditionnels des entreprises.

Quant aux livreurs, leur statut d’auto-entrepreneur les place en dehors du cadre réglementaire de la santé et de la sécurité au travail applicable aux salariés. Leur situation s’apparente à un retour du travail à la tâche, entendu comme une contractualisation mission par mission entre des donneurs d’ordre et des exécutants.

De ce fait, l’ensemble des cotisations ouvrant droit à la protection sociale ainsi que les obligations légales liées à la protection des travailleurs sont transférées du donneur d’ordre vers le travailleur indépendant lui-même. Cette organisation place les livreurs dans une situation de forte précarité et de dépendance économique vis-à-vis des plateformes, lesquelles contrôlent l’accès aux courses ainsi que les modalités de rémunération.

Une population difficile à saisir dans les enquêtes

Enquêter auprès des livreurs de plateforme se heurte à plusieurs obstacles méthodologiques, dont le principal est d’ordre administratif : aucun des répertoires recensant les entreprises et leurs établissements implantés en France (Sirene, Sirus ou Sine), habituellement utilisés comme bases de sondage pour tirer les échantillons des enquêtes annuelles d’entreprises, ne permet d’identifier de façon fiable et exhaustive les livreurs de plateforme. Il est donc difficile de connaître avec précision leur nombre total et leur répartition géographique en France, ce qui rend impossible toute approche par échantillonnage traditionnel.

Une autre difficulté est posée par le phénomène de location de compte qui permet à des livreurs d’exercer leur activité sous le compte d’un tiers. Ce phénomène compromet également le recours aux données des plateformes elles-mêmes, lesquelles manquent de transparence (voir le rapport de l’Anses de mars 2025)

Il en résulte que seul un protocole de démarchage direct dans l’espace public ou dans des lieux associatifs est à même de produire des données fiables. C’est le choix fait par l’équipe du projet Santé-Course : aller à la rencontre des livreurs, sur leurs lieux d’attente, à Paris et à Bordeaux.

Ces deux villes ont été retenues parce qu’elles concentrent une part significative de ces travailleurs en France et abritent les structures associatives partenaires du projet. Afin de garantir une bonne représentation de la diversité des situations vécues par les livreurs et, ainsi, d’obtenir des résultats qui reflètent au mieux la réalité de l’ensemble de la population étudiée, un travail préalable de cartographie précise des lieux d’attente et du nombre de livreurs les fréquentant à différents moments de la journée a été effectué par arpentage, qui a ensuite servi de base au déploiement des enquêteurs.

L’enquête a été réalisée au cours du premier semestre 2025, auprès de livreurs de plus de 18 ans, ayant réalisé au moins une livraison via une plateforme numérique au cours du mois précédant l’enquête et en capacité de donner un consentement éclairé. Au total, respectivement 519 et 485 livreurs ont été interrogés à Paris et à Bordeaux.

Près d’un livreur sur deux a passé une journée entière sans manger, au cours des douze derniers mois

Les résultats dressent un portrait sociodémographique remarquablement homogène sur plusieurs dimensions. Les livreurs sont quasi exclusivement des hommes (98,9 %), immigrés (97,8 %) et relativement jeunes – leur âge médian est de 30 ans. Leur niveau de diplôme est en revanche hétérogène : si un quart d’entre eux n’a pas dépassé le niveau primaire, près d’un sur cinq a suivi des études supérieures, avec des écarts sensibles entre Paris (28,3 %) et Bordeaux (9,6 %).

La plupart sont arrivés récemment en France (depuis 2020 en médiane) et sont principalement originaires d’Afrique de l’Ouest et d’Asie du Sud à Paris, d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique du Nord à Bordeaux. Leur situation administrative est extrêmement fragile : près des deux tiers sont sans titre de séjour.

Cette précarité administrative se double d’un dénuement matériel. La majorité ne dispose pas d’un logement personnel : la colocation et l’hébergement chez des connaissances dominent à Paris, tandis que les foyers et logements collectifs sont plus fréquents à Bordeaux.

Plus préoccupant encore, près de 18 % déclarent vivre dans des conditions de logement instables (hébergement d’urgence, squat ou hôtel social). La précarité alimentaire est tout aussi marquée : près d’un livreur sur deux à Paris (48 %) et plus d’un sur trois à Bordeaux (36,7 %) déclarent avoir passé au moins une journée entière sans manger, par manque d’argent, au cours des douze derniers mois.

Près de 73,5 % travaillent sous le compte d’un tiers

Les enquêtés exercent leur activité depuis peu : les trois quarts n’avaient jamais travaillé pour une plateforme de livraison avant 2021, et plus d’un tiers des livreurs parisiens ont démarré en 2024 ou en 2025. Deux plateformes, Uber Eats et Deliveroo, dominent très largement le marché, mais le recours simultané des livreurs à plusieurs applications (ou « multi-apping ») demeure très minoritaire, concernant moins de 2 % d’entre eux.

La dépendance économique vis-à-vis de cette activité est massive : 91 % déclarent que la livraison constitue l’essentiel de leurs revenus, et environ 95 % n’exercent d’autre activité rémunérée ni ne suivent une formation en parallèle. La dépendance au travail de livraison apparaît d’ailleurs largement contrainte : neuf livreurs sans titre de séjour sur dix déclarent qu’ils cesseraient ou réduiraient drastiquement cette activité en cas de régularisation.

Enfin, le phénomène de location de compte est massif : les trois quarts des livreurs travaillent sous le compte d’une tierce personne, une proportion atteignant 81 % à Paris. Ce phénomène, qui découle de la précarité administrative des livreurs dont beaucoup sont sans papiers, brouille considérablement la lecture des statistiques produites par les plateformes et souligne la nécessité d’enquêtes menées directement auprès des travailleurs sur le terrain.

En moyenne, 63 heures de travail par semaine à 5,83 euros bruts de l’heure

Les livreurs perçoivent en moyenne 1 480 euros bruts par mois, soit 880 euros nets une fois déduits l’ensemble des frais liés à l’activité (incluant les dépenses d’équipement et de carburant, les frais d’assurance, les impôts et, pour les trois quarts d’entre eux, le coût de location du compte qui s’élève en moyenne à 528 euros mensuels et absorbe à lui seul plus d’un tiers du revenu brut).

Le taux horaire brut moyen s’établit à 5,83 euros, soit bien en deçà du smic horaire (11,88 euros, au moment de l’enquête), pour des volumes de travail considérables : en moyenne 63 heures par semaine, six à sept jours sur sept, dix mois par an, et plus encore pour ceux qui louent un compte. À ce rythme, ils parcourent en moyenne plus de 800 kilomètres par mois, un kilométrage vraisemblablement sous-estimé en raison de l’omission de certains trajets dans les données des plateformes.

Ce tableau d’ensemble dessine le portrait d’une population de « working poor », contrainte à une intensité de travail extrême pour dégager un revenu net qui reste très inférieur au seuil de pauvreté (fixé à 1 288 euros nets par mois pour une personne seule).

Les analyses qui seront conduites par notre équipe dans les prochains mois visent à éclairer dans quelle mesure cette situation se répercute sur l’état de santé des livreurs. Plus de la moitié des livreurs interrogés ont déjà eu au moins un accident dans le cadre de leur travail, et 44,8 % d’entre eux estiment que leur état de santé s’est dégradé par rapport au moment où ils ont débuté leur activité de livraison.


Ce projet a bénéficié de financements de l’Agence nationale de la recherche, de l’Institut Convergences Migrations, de la Ville de Paris, de l’Inserm et de l’Institut Paris Public Health de l’Université Paris Cité.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Livreurs des plateformes : une enquête inédite lève le voile sur leur extrême précarité – https://theconversation.com/livreurs-des-plateformes-une-enquete-inedite-leve-le-voile-sur-leur-extreme-precarite-279699

Livreurs à domicile : comment le « management algorithmique » dégrade la santé des travailleurs

Source: The Conversation – France (in French) – By Dina Attia, Scientifique, chef de projet senior, Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses)

Si le statut professionnel des livreurs fait l’objet d’une surveillance accrue, les effets sur leur santé du management algorithmique mis en place par les plateformes restent encore trop peu considérés. Ils sont pourtant délétères, comme le souligne l’Agence nationale de sécurité sanitaire dans son expertise consacrée à la question.


Qu’il s’agisse de réserver une location pour le week-end, de trouver un moyen de transport au milieu de la nuit ou de passer une commande en ligne, ces dernières années les plateformes numériques ont profondément transformé notre quotidien.

Les services de livraison de repas, notamment, ont connu un essor fulgurant depuis leur apparition au début des années 2010. Les plateformes qui les proposent ont attiré des milliers de travailleurs et modifié la manière dont les consommateurs accèdent aux services de restauration.

Pendant longtemps, les débats à propos de ces transformations ont surtout porté sur la concurrence générée par ces nouveaux entrants sur le marché ou sur le statut professionnel des livreurs. Les conditions de travail de ces derniers et leurs effets sur leur santé ont jusqu’à récemment été relégués au second plan.

Les conclusions de l’enquête Santé-Course, rendues publique fin mars 2026, jettent une lumière crue sur les conditions de travail indignes des livreurs (63 heures hebdomadaires, six à sept jours sur sept, pour un revenu très inférieur au seuil de pauvreté). Pour compléter ces données quantitatives, il n’est pas inutile de revenir sur les conclusions de l’expertise que l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) avait consacré à cette question en mars 2025.

L’agence avait en effet décrit les effets sanitaires de ces difficiles conditions de travail, et en avait décrypté les mécanismes sous-jacents. Pierre angulaire de l’activité de ces plateformes, le management algorithmique (autrement dit, dans ce contexte, l’emploi d’algorithmes informatiques pour gérer l’activité des livreurs) était en particulier pointé du doigt en raison de son impact sur la santé.

Ce système génère non seulement des risques psychosociaux, mais il exacerbe aussi d’autres atteintes aux travailleurs, concernant leur santé physique et leurs relations sociales.

Le management algorithmique : une source de stress chronique

Selon l’agence de l’Union européenne en matière de sécurité et de santé au travail (EU-OSHA), le management algorithmique peut être défini comme « l’utilisation d’algorithmes pour attribuer, surveiller et évaluer les tâches de travail ainsi que pour surveiller et évaluer le comportement et les performances des travailleurs […] ».

Cette organisation, mise en place par l’ensemble des plateformes de livraison, crée une asymétrie d’information entre les plateformes et les livreurs. Le fonctionnement de l’algorithme étant régi par des règles opaques et changeantes, les livreurs n’ont que peu, voire pas, de possibilité de recours ou de dialogue humain.

Les travaux de l’Anses révèlent que, dans les faits, cette modalité de management soumet les travailleurs à une pression permanente.

Les notifications incessantes, les évaluations automatisées basées notamment sur les retours clients, qui ne tiennent pas compte des réalités de terrain, et la peur de la désactivation du compte créent un état d’hypervigilance.

À titre d’illustration, le livreur ne peut pas vérifier les conditions de conditionnement des marchandises empaquetées dans un sac fermé par le restaurateur. Or, celui-ci peut se déverser durant le transport, causant le mécontentement du client. À cela s’ajoute le fait que les livreurs n’ont pas d’informations claires sur la façon dont les notes et commentaires laissés par les clients après chaque livraison (ou possiblement d’autres aspects de leur prestation) vont influer sur d’éventuelles sanctions.

L’impossibilité d’anticiper les revenus ou lesdites sanctions engendre des sentiments permanents d’impuissance et d’insécurité économique. Pour maximiser leurs gains, les livreurs adoptent de ce fait des stratégies risquées basées sur l’« auto-accélération ».

En d’autres termes, ils choisissent de réduire leurs temps de pause ou d’augmenter leurs cadences de travail, espérant ainsi être mieux évalués par les algorithmes. Une situation qui favorise l’épuisement professionnel et l’émergence d’effets sur la santé mentale (états anxieux chroniques, risque de burn out).

Autres effets sur la santé : un tableau alarmant

Au-delà de la santé mentale, l’expertise de l’Anses met en lumière d’autres risques sanitaires liés à l’activité de livraison. Ainsi, cette expertise a identifié que 26,4 % des livreurs en Île-de-France ont subi un accident de la route.

Leur activité de livraison est par ailleurs à l’origine de troubles musculo-squelettiques, tels que des douleurs lombaires et des tendinopathies.

Elle perturbe aussi leurs rythmes circadiensLes rythmes circadiens sont des cycles d’une durée proche de 24 heures qui rythment de nombreux processus biologiques : alternance veille/sommeil, variations de la température corporelle, de la pression artérielle, production d’hormones, fréquence cardiaque, et influent sur la mémoire, l’humeur, les capacités cognitives, etc., ce qui peut avoir pour conséquences une fatigue chronique et, à plus long terme, des effets métaboliques délétères)

Enfin, les livreurs sont particulièrement exposés aux pollutions urbaines, ce qui se traduit par des risques respiratoires et cardiovasculaires accrus.

Ces effets sanitaires sont encore aggravés par le statut sociojuridique des livreurs : en leur imposant le statut d’« indépendants », les plateformes leur transfèrent la quasi-totalité des responsabilités liées au travail.

Les déterminants sociojuridiques du risque

Les plateformes ont une implication limitée concernant la prévention et la réparation en lien avec des accidents du travail. Plus généralement, il n’y a pas de suivi de la santé des livreurs.

En outre, cette structuration du travail limite la possibilité de construire des collectifs ou des stratégies d’entraide, ce qui accroît encore l’isolement professionnel des travailleurs.

De telles conditions ont des répercussions sur la santé physique, mentale ainsi que sur la vie personnelle et familiale des livreurs.

La situation est encore plus critique pour une partie des livreurs, à savoir ceux qui travaillent « sous compte loué ». Ces personnes, qui ne peuvent créer leur propre compte, louent l’identité et le compte d’un livreur officiellement inscrit sur la plateforme, moyennant une commission, car ils ne peuvent pas créer leur propre compte. Selon les chiffres de l’enquête Santé-Course, cette situation, qui concernerait les trois quarts des livreurs, leur coûterait mensuellement 528 euros en moyenne, sur un revenu brut de 1 480 euros.

Souvent sans papiers, ces travailleurs cumulent une absence totale de protection sociale, une surdépendance économique vis-à-vis du loueur du compte, une invisibilité statistique (aucune donnée les concernant), des prises de risques accrues (plus d’heures, moins d’arrêts), et une impossibilité de faire valoir des droits ou de déclarer un accident. Cette situation représente un enjeu de santé publique majeur, et une zone aveugle des dispositifs de prévention actuels.

Pour améliorer la situation des livreurs, l’Anses insiste sur la nécessité d’une affiliation obligatoire à un régime de sécurité sociale professionnelle, quel que soit le statut (salarié ou indépendant). Elle préconise également une couverture des accidents du travail pour les travailleurs indépendants et la mise à disposition de lieux de repos et de rencontre pour faciliter l’entraide.

Les experts soulignent également le risque que font courir les outils d’IA sur le monde du travail.

Quel encadrement pour l’IA en milieu professionnel ?

Les outils d’IA utilisés par les plateformes numériques permettent désormais de mesurer en temps réel une certaine forme de productivité.

Dans la logistique, par exemple, des algorithmes analysent chaque mouvement des préparateurs de commandes dans les entrepôts ; dans les centres d’appels, l’IA évalue le ton de voix, le débit de parole et le taux de conversion des téléopérateurs ; dans certains bureaux, des logiciels mesurent les frappes au clavier, les clics de souris ou le temps passé sur chaque application..

Cette quantification pose question, car elle réduit le travail à des métriques mesurables, mais ignore les dimensions relationnelles, créatives ou réflexives de l’activité professionnelle. Un bon service client ne se résume pas à un temps d’appel court, et la qualité d’un travail intellectuel ne se mesure pas à l’aide d’indicateurs parfois simplistes…

Face à ces dérives, le cadre juridique européen évolue. L’AI Act (règlement UE 2024/1689), entré en vigueur progressivement depuis 2024, classe les systèmes d’IA utilisés pour évaluer les performances des salariés parmi les « systèmes à haut risque » nécessitant un encadrement strict.

En France, à partir du 2 août 2026, tout travailleur soumis à une évaluation par intelligence artificielle devra obligatoirement en être informé. L’IA ne pourra plus fonctionner en autonomie totale : une supervision humaine active sera obligatoire, et aucune décision impactant un salarié (promotion, sanction, licenciement) ne pourra reposer exclusivement sur un algorithme.

Des risques qui concernent tous les travailleurs

La pression de la performance constante, sans possibilité de déconnexion, crée un climat d’anxiété permanente et expose les travailleurs à un stress chronique. Comme le montrent les études sur le management algorithmique, les décisions automatisées (affectation des tâches, évaluations) réduisent la marge de manœuvre des travailleurs et entraînent une perte d’autonomie.

Le recours à l’intelligence artificielle facilite également la fragmentation des contrats (microtâches, statuts hybrides), limitant l’accès aux protections sociales et menant à une précarisation des statuts des travailleurs.

Enfin, l’absence d’interactions humaines et de collectifs de travail aggrave la solitude et le sentiment d’insécurité, aboutissant à leur isolement et à une déshumanisation du milieu professionnel.

Si, actuellement, les travailleurs des plateformes sont les principaux concernés par cette situation, ces pratiques pourraient bientôt s’étendre à de nombreux secteurs d’activité et types d’emploi.

Quel avenir pour le travail ?

Au-delà des enjeux économiques ou technologiques, le management algorithmique et les conditions de travail mises en place par les plateformes de livraison traduisent un enjeu sociétal. On l’a vu, le modèle des plateformes, fondé sur la flexibilité et l’hyperoptimisation, externalise les risques sur les livreurs. Une question se pose aujourd’hui avec acuité : comment concilier innovation et protection des travailleurs dans un monde de plus en plus numérisé ?

Alors que la directive européenne 2024/2831 relative à l’amélioration des conditions de travail dans le cadre du travail via une plateforme doit être transposée en droit national d’ici novembre 2026, les acteurs publics disposent d’une fenêtre d’opportunité pour intégrer ces enjeux de santé dans les textes nationaux et inciter à la responsabilisation des plateformes.

Sans cadre réglementaire, l’implémentation de l’IA au travail risque d’étendre ces dérives à d’autres travailleurs, dans tous les secteurs. Avec l’introduction croissante de l’IA dans les entreprises, les salariés sont de plus en plus exposés à des mécanismes de surveillance algorithmique, de notation automatisée et de précarisation des statuts (contrats courts, indépendants). Surveillance intrusive, pression constante, et absence de recours pourraient se généraliser.

L’enjeu n’est donc pas seulement de protéger les travailleurs des plateformes, mais bien de repenser le travail à l’ère numérique pour éviter l’émergence d’une société où la surveillance, la précarité et le stress deviendront la norme. C’est l’avenir du travail qui est en jeu.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

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