Droits de douane américains : encore plus de chaos… et 10 milliards d’intérêts à payer

Source: The Conversation – in French – By Antoine Bouët, Directeur, CEPII

La décision de la Cour suprême des États-Unis concernant les droits de douane mis en place par Donald Trump ne lève pas toutes les questions posées par ce qui ressort désormais comme un abus de Donald Trump par rapport au texte constitutionnel. Car le président possède d’autres moyens pour imposer sa politique sans vote du Congrès. Sans oublier que va se poser la question des droits perçus illégalement et qu’il faudra bien rembourser. Rien que le paiement des intérêts pourrait représenter 10 milliards de dollars (plus de 8,66 milliards d’euros) !


La Cour suprême des États-Unis a jugé illégale l’utilisation de l’International Emergency Economic Powers Act (IEEPA) par l’administration Trump pour imposer des droits de douane et a rappelé qu’aux États-Unis le pouvoir du portefeuille (Power of the Purse) appartient au Congrès.

Ce verdict annule automatiquement :

  • les trafficking tariffs imposés en février 2025 aux produits du Canada, de la Chine et du Mexique du fait de la contrebande de fentanyl et des flux migratoires – les « tarifs réciproques », compris entre 10 % et 50 %, imposés aux produits de tous les pays ayant un excédent commercial vis-à-vis des États-Unis et annoncés le 2 avril 2025, « jour de la Libération »,

  • ainsi que les tarifs sanctionnant certains pays (Brésil, Cuba, Russie, Venezuela).

Cela présage-t-il une accalmie du côté des droits de douane américains ? Au contraire, la situation est devenue encore plus chaotique, et la crédibilité de l’équipe au pouvoir est de nouveau sérieusement écornée. Pour trois raisons.

Pour remplacer l’IEEPA, l’administration américaine a déjà annoncé la mise en place d’une surtaxe généralisée de 10 % au nom de la section 122 du Trade Act de 1974. Cette disposition législative donne l’autorisation au président d’imposer immédiatement un droit de douane de 15 % maximum, en sus des droits existants, pour résoudre un problème de « déficit important et sérieux de balance des paiements ». Cette surcharge tarifaire ne peut s’appliquer que pendant cent cinquante jours et ne peut être prolongée que si le Congrès donne son accord.




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Un argument fallacieux

Ces cinq mois seront l’occasion pour l’administration de procéder à des enquêtes, au titre de la section 301 du Trade Act de 1974, sur les pratiques déloyales de 60 partenaires commerciaux des États-Unis (dont l’Union européenne) accusés de ne pas assez restreindre l’importation de produits fabriqués à l’aide de travail forcé, produits qui seraient une concurrence déloyale pour les exportateurs américains ! Ces enquêtes viennent d’être lancées (12 mars 2026).

C’est bien évidemment un argument fallacieux permettant à l’administration américaine d’essayer de remplacer les droits de douane IEEPA, invalidés par la Cour suprême, par des droits de douane section 301. Ceux-ci, à la différence des droits de douane au titre de la section 122, pourraient être pérennes.

Du temporaire qui peut durer combien de temps ?

Notons néanmoins qu’une « enquête 301 » a pour but de dénoncer la pratique déloyale d’un partenaire et, par le biais d’une menace d’un droit de douane ou de son application, de la faire cesser. Un droit de douane section 301 est donc normalement par nature temporaire. Mais l’administration américaine a manifestement pour objectif d’appliquer ces droits de douane de manière pérenne pour protéger l’économie américaine et faire pression sur ses partenaires de façon à obtenir une ouverture de leur économie aux produits américains.

L’application de la section 122 pose aussi un certain nombre de problèmes qui ont déjà entraîné des contestations juridiques.

D’abord, la surtaxe doit être généralisée et universelle. Elle doit s’appliquer à tous les biens et à tous les pays. Or, les droits IEEPA avaient inclus un certain nombre d’exemptions en matière de partenaires et de biens, et le nouveau droit section 122 confirme ces exemptions.

Quel déficit prendre en compte ?

En outre, et plus fondamentalement, cette loi a pour objet un déficit de la balance des paiements et non de la balance commerciale. La distinction est importante. La balance commerciale synthétise les échanges de biens ou de biens et services. La balance des paiements y ajoute les transferts internationaux de revenus, les investissements directs et les investissements de portefeuille. Par construction, une balance des paiements est équilibrée, mais, par abus de langage, le terme de « déficit de la balance des paiements » s’est imposé pour décrire une situation de déséquilibre externe. Alors qu’un déficit commercial, justification de la politique protectionniste de Donald Trump, décrit un excès d’importations de biens sur les exportations de biens, un déficit de la balance des paiements survient lorsqu’il n’y a pas assez de flux financiers privés entrants pour financer un déficit de la balance courante (qui comprend les échanges de biens, de services et de revenus).

En régime de change fixe, un déficit de la balance des paiements se résout par des pertes de réserves de change et d’or de la banque centrale. Or, les États-Unis ne sont plus en régime de change fixe depuis le début des années 1970. En régime de changes flottants, ce déficit peut se résoudre par une dépréciation de la monnaie nationale, le dollar. Cela correspond bien à la situation actuelle. Or, il est difficile de constater, aujourd’hui, un déficit de la balance des paiements américaine et une absence de flux financiers entrants privés aux États-Unis.

Élément intéressant, lors de la défense de l’utilisation de l’IEEPA par l’exécutif américain devant les tribunaux en juillet 2025, les juristes de la Maison-Blanche ont insisté sur ce point : un déficit commercial ne peut être considéré comme un déficit de la balance des paiements ; donc la section 122 du Trade Act de 1974 ne peut pas être utilisée pour résoudre le problème économique actuel des États-Unis !

L’utilisation de la section 122 du Trade Act de 1974 par l’administration Trump pour appliquer des droits de douane est déjà contestée par la compagnie alimentaire Burlap & Barrel et par les procureurs et gouverneurs de 24 États démocrates. Les arguments précédents, différenciant déficit commercial et déficit de la balance des paiements, sont repris par les plaignants. La Cour du commerce international doit écouter les plaignants et l’administration le 10 avril et pourrait rendre son verdict une semaine plus tard.

Un problème de crédibilité

Une autre dimension du problème écorne aussi la crédibilité de l’administration américaine : le remboursement des droits de douane indûment collectés entre février 2025 et février 2026 sous couvert de l’IEEPA. La Cour du commerce international a, en effet, sommé l’Agence de protection des douanes et des frontières des États-Unis de rembourser ces taxes.

La tâche est compliquée : il y aurait 165 milliards de dollars (plus de 142,9 milliards d’euros) à rembourser à 330 566 importateurs, selon Brandon Lord, le directeur exécutif pour le commerce de cette agence, soit en moyenne 499 143,89 dollars (432 508,18 euros) par opérateur commercial. Il faut évidemment vérifier chaque demande de remboursement, et chaque importateur a fait, sur la période considérée, plusieurs opérations d’importation. Il y aurait au total 53 173 939 opérations à vérifier ! Brandon Lord estime à cinq minutes le temps nécessaire à la vérification d’une opération. Si cela est fait manuellement, il en déduit que l’opération nécessitera 4 431 161 hommes-heures, soit 506 hommes-année !

Près de 10 milliards d’intêts à verser ?

Il faut donc privilégier une procédure automatique de vérification et de remboursement. Mais cette tâche est compliquée, car la plupart des importateurs n’ont pas la possibilité de recevoir des transferts électroniques. L’agence a promis de définir une solution en quarante-cinq jours ! Mais le temps presse, car le Trésor américain devra rembourser les taxes collectées, mais aussi les intérêts qui courent sur les sommes prélevées, évaluées à 650 millions de dollars (soit 563,38 millions d’ euros) par mois. Si le problème n’est pas résolu avant la fin de l’année, cela fera presque 10 milliards de dollars (plus de 8,66 milliards d’euros) d’intérêt à verser !

Dernier tracas pour l’équipe de la Maison-Blanche, les accords commerciaux conclus avec 20 pays en 2025 s’appuient sur les droits de douane appliqués sous couvert de l’IEEPA. Ces accords sont donc fragilisés, car ils mentionnent tous explicitement l’utilisation de l’IEEPA comme base juridique du tarif appliqué par les États-Unis.

France 24, 2026.

Des accords à revoir

Pour illustration, prenons le cas de l’Union européenne. En août 2025, l’accord de Turnberry prévoyait que les exportations européennes taxées traditionnellement à moins de 15 % seraient taxées à 15 %, les produits taxés à plus de 15 % ayant un droit inchangé. Donc un produit taxé traditionnellement à 10 % serait taxé à 15 % du fait du seul accord de Turnberry. Mais, avec la section 122, du fait de l’application de la surcharge tarifaire de 10 points de pourcentage, il pourrait être maintenant taxé à 20 %. L’accord de Turnberry est dans ce cas plus intéressant.

Prenons un autre cas de figure : un produit dont le droit aux États-Unis avant l’investiture de Donald Trump était de 0 %. Quand c’est l’Union européenne qui l’exporte, du fait de l’accord de Turnberry, il passe à 15 %. Mais avec la section 122, les concurrents directs des Européens ne vont être pénalisés que d’un droit de douane de 10 %. La situation est donc défavorable aux Européens si l’accord est conservé.

Pour les Européens, il sera aussi important de connaître le sort, donc le droit de douane, que leur réserve l’enquête 301 : sera-t-il opportun de le contester et de réclamer l’application de l’accord de Turnberry ? Ou, au contraire, d’accepter le nouveau tarif américain sur les exportations européennes ? La position de l’Union européenne est donc difficile à définir, et l’impact du verdict de la Cour suprême sur l’accord de Turnberry est incertain.

Si la Cour suprême des États-Unis a bien rappelé avec force les limites du pouvoir présidentiel, elle n’a pas mis fin au chaos induit par la politique commerciale américaine. Bien au contraire !

The Conversation

Antoine Bouët ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Droits de douane américains : encore plus de chaos… et 10 milliards d’intérêts à payer – https://theconversation.com/droits-de-douane-americains-encore-plus-de-chaos-et-10-milliards-dinterets-a-payer-279017

Demain, qui produira les récits qui façonnent nos sociétés ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Tom van Laer, Professor of Persuasive Language and Storytelling, SKEMA Business School

Ces dernières années, les politiques culturelles sont redevenues un sujet de débat en Europe. Dans plusieurs pays de l’Union européenne, la montée de l’extrême droite s’accompagne de critiques croissantes à l’égard des subventions publiques au secteur culturel, jugées coûteuses ou inefficaces. Dans un environnement médiatique de plus en plus structuré par quelques grandes plateformes états-uniennes, que signifie encore soutenir une production audiovisuelle souveraine ? Que risque une société lorsqu’elle affaiblit sa capacité à produire et à diffuser ses propres histoires ?


Chaque printemps à Lille (Nord), le festival Séries Mania, dont la saison 2026 s’achève ce vendredi 27 mars, rassemble des milliers de spectateurs, professionnels et créateurs autour des séries télévisées du monde entier. Devenu le plus grand événement mondial consacré aux séries, le festival a attiré plus de 108 000 visiteurs et près de 5 000 professionnels issus de 75 pays en 2025. L’événement est en grande partie soutenu par des financements publics : collectivités locales, le Centre national du cinéma (CNC) et l’Union européenne (UE).

Derrière les tapis rouges, le Rassemblement national (RN) a critiqué ce type d’investissements au nom d’un argument simple : la culture devrait fonctionner comme n’importe quel marché. Si une œuvre trouve son public, elle survivra ; sinon, elle disparaîtra.

Mais cette vision fait fi d’un élément central : la production culturelle ne se limite pas à des biens économiques. Elle constitue aussi un écosystème de récits, qui façonne la manière dont une société se comprend et se projette.

Le marché ne mesure pas tout

L’argument du RN repose sur une logique de rentabilité immédiate. Pourtant, des séries comme Dix pour cent (2015-2020), Lupin (depuis 2021), Borgen (Danemark, 2010-2022), ou La Casa de Papel (Espagne, 2017-2021) ne sont pas de simples produits : ce sont des miroirs collectifs. Leur impact social dépasse souvent leurs performances commerciales immédiates, tout en s’inscrivant parfois dans un succès international à long terme, largement amplifié par les plateformes américaines.

Les chercheurs en économie de la culture soulignent depuis longtemps que les biens culturels produisent de nombreuses externalités positives : non seulement le renforcement de la langue (argument fétiche du RN), mais aussi la transmission culturelle, l’innovation et l’inspiration et le rayonnement international.

Le rapport de l’Unesco sur les industries culturelles et créatives face à la pandémie de Covid-19 montre, par exemple, que ces secteurs génèrent non seulement des revenus économiques, mais aussi des bénéfices sociaux, notamment en matière d’éducation et de participation culturelle.

Les festivals, comme Séries Mania, et les mécanismes publics de soutien permettent précisément de prendre en compte ces effets plus larges, que le marché seul peine à valoriser.

Les histoires changent les attitudes et les comportements

Depuis plusieurs décennies, les sciences sociales étudient l’effet des récits sur les individus. Les recherches sur la « transportation narrative », développées par mes collègues et moi, montrent que les histoires peuvent modifier les attitudes et les comportements lorsqu’un public est immergé dans un récit. Dans cet état d’immersion, les spectateurs deviennent plus réceptifs aux idées et aux valeurs portées par l’histoire.

Notre recherche montre ainsi que les récits influencent la persuasion, les émotions et les attitudes du public. Nos travaux sur la narration et sa réception confirment que l’engagement narratif peut même affecter durablement des décisions et des comportements.

Ces résultats dépassent largement la communication commerciale. Ils suggèrent que les récits médiatiques contribuent à structurer les représentations collectives, qu’il s’agisse de valeurs sociales, de visions du futur ou d’identité collective. Comme le résume une maxime souvent attribuée aux Hopis, peuple autochtone d’Amérique du Nord :

« Ceux qui racontent les histoires gouvernent le monde. »

Autrement dit contrôler les récits revient à orienter la manière dont une société comprend la réalité.

Les histoires partagées comme espaces de médiation culturelle

Enfin, les événements culturels jouent aussi un rôle civique. Selon les travaux sur l’expérience culturelle immersive, les histoires partagées créent des lieux de rencontre entre territoires, générations et milieux sociaux. Ils offrent une communauté partagée où les récits circulent et où les spectateurs peuvent débattre de questions contemporaines à travers la fiction.

Dans une période marquée par la fragmentation médiatique et la polarisation politique, ce forum public remplit une fonction non négligeable dans la cohésion démocratique.

Une infrastructure narrative

Au fond, la question n’est peut-être pas seulement celle du financement d’une industrie. Elle concerne la capacité d’une société à maintenir ce que l’on pourrait appeler une infrastructure narrative au-delà du marketing.

Comme les infrastructures physiques (routes, réseaux numériques, etc.), cette infrastructure est rarement visible. Pourtant, loin d’être un luxe, elle permet la circulation des idées, des imaginaires et des identités.

La recherche sur le rôle des récits dans l’imagination des futurs montre que les histoires structurent profondément les perceptions collectives. Elles influencent la manière dont les individus interprètent les événements sociaux ou politiques. Plus largement, le travail sur les imaginaires collectifs souligne que les représentations culturelles contribuent à orienter la manière dont les sociétés envisagent leurs transformations et leur avenir.

Affaiblir les institutions qui soutiennent la création culturelle ne signifie donc pas seulement produire moins d’œuvres. Cela peut aussi réduire la disponibilité des récits.

Produire des récits, une forme de souveraineté

Dans ce contexte, soutenir la création audiovisuelle revient aussi à soutenir la capacité d’un pays à produire ses propres histoires. Ce soutien est donc un levier de souveraineté.

Le politiste Joseph Nye, professeur à Harvard, a popularisé le concept de soft power : l’influence qu’un pays exerce non par la contrainte, mais par l’attraction culturelle et symbolique. Les États-Unis ont longtemps exercé cette influence à travers Hollywood et les séries télévisées. Plus récemment, la Corée du Sud a renforcé sa visibilité internationale grâce à ses films, sa musique et ses séries, phénomène souvent qualifié de K-wave ou de hallyu (« vague coréenne »). Les anime japonais sont aussi souvent cités comme exemples de cette influence narrative.

Les industries culturelles représentent ainsi une part importante de l’économie française : 2,9 % du PIB en 2024, plus de 100 milliards d’euros de chiffre d’affaires et environ 586 000 emplois directs. Comme le souligne le rapport « Creative Economy Outlook » des Nations unies, les secteurs créatifs contribuent aussi au rayonnement international du pays. Dans un contexte où les budgets de production tendent à orienter la création vers des formats facilement exportables, les institutions, comme le CNC en France, ou le Forum européen du film, jouent donc un rôle stratégique.

Dans ce contexte, réduire fortement les soutiens culturels peut avoir un effet paradoxal : affaiblir la capacité d’un pays à produire et à diffuser ses propres récits, au moment même où les plateformes américaines structurent de plus en plus la circulation des contenus. La réalisatrice afghane Shahrbanoo Sadat résume ce problème ainsi :

« L’Afghanistan n’a pas d’industrie cinématographique, et il est souvent mal représenté par les films réalisés par des cinéastes internationaux. Le seul type de film que l’on attend est un drame de guerre. »

Financer des récits, c’est aussi financer une identité collective

À court terme, réduire les subventions culturelles peut sembler une décision budgétaire parmi d’autres. Mais à plus long terme, la question devient celle de la souveraineté narrative : qui produit les histoires qui circulent dans une société ?

Les récits ne se contentent pas de divertir : ils tissent la trame de la démocratie. Les festivals, les institutions et les programmes de soutien contribuent ainsi à maintenir un espace où les récits peuvent être produits, expérimentés et partagés.

Dans un environnement médiatique dominé par quelques grandes plateformes américaines, les politiques culturelles jouent souvent un rôle de contrepoids. Elles permettent de maintenir des voix, des perspectives et des formats français et européens.

Autrement dit, ce que financent les politiques culturelles ne se limite pas à des films ou à des séries. Elles soutiennent un écosystème de création et de circulation des histoires qui participent à la construction d’une identité collective. Et lorsqu’un pays affaiblit cet écosystème, il ne perd pas seulement une industrie. Il risque aussi de perdre une partie de sa capacité à raconter le monde et à se raconter lui-même.

The Conversation

Tom van Laer a participé à des discussions politiques sur l’audiovisuel européen, notamment dans le cadre du Forum européen du film organisé par la Commission européenne. Il ne travaille pas, ne conseille pas et ne reçoit pas de financement d’organisations susceptibles de tirer profit de cet article.

ref. Demain, qui produira les récits qui façonnent nos sociétés ? – https://theconversation.com/demain-qui-produira-les-recits-qui-faconnent-nos-societes-277562

Qu’est-ce que l’« IA agentique » ? Comprendre son histoire pour dépasser l’effet de mode

Source: The Conversation – France in French (2) – By Maxime Morge, Professeur d’Informatique, Université Claude Bernard Lyon 1

Réserver un voyage en comparant des centaines d’offres, rédiger un rapport à partir de plusieurs documents, analyser des données médicales ou corriger automatiquement un programme informatique : ces tâches exigent de la réflexion, de la méthode et des compétences variées. L’« IA agentique » promet désormais de les accomplir de manière autonome, en orchestrant les opérations nécessaires, en utilisant des outils et en corrigeant ses propres erreurs… Toutefois, l’IA agentique actuelle ne recouvre pas encore toute la richesse du concept d’« agent autonome » tel qu’il a été élaboré dans les décennies précédentes.


Le cabinet Gartner a présenté 2026 comme l’année des « agents IA ». Ces systèmes dépassent la simple amélioration des assistants conversationnels. Les agents IA d’OpenClaw sont d’ores et déjà capables de dialoguer entre eux et d’exécuter des tâches complexes avec une supervision humaine limitée. Pour les entreprises, que ce soit dans l’industrie, l’administration ou la santé, la promesse est celle d’une automatisation plus souple qu’avec les logiciels traditionnels, capable de s’adapter à des situations variées plutôt que d’appliquer des règles prédéfinies.

Pourtant, derrière l’apparente nouveauté se cache une histoire plus ancienne. L’IA agentique s’inscrit dans la continuité de plusieurs décennies de recherche sur les agents autonomes et les systèmes multi-agents. Ce qui change aujourd’hui, ce sont les outils, notamment les grands modèles de langage et leur capacité à interagir plus naturellement avec les humains.

De la génération de texte à l’action

Les modèles conversationnels, comme ChatGPT, Gemini ou Claude, impressionnent par leur aptitude à résumer ou à rédiger des textes complexes. Pris isolément, ils restent toutefois essentiellement réactifs : ils produisent une réponse en fonction d’une requête. Un agent autonome va plus loin. Il peut analyser une demande, planifier une séquence d’opérations, utiliser des outils externes (moteur de recherche, base de données, logiciel), évaluer le résultat obtenu et ajuster sa stratégie si nécessaire.

Là où un modèle de langue se limite à écrire un programme informatique, un agent peut l’exécuter dans un environnement sécurisé, observer les erreurs éventuelles, corriger le code, puis le tester à nouveau. En somme, les agents IA ne font pas que parler, ils agissent.

Le passage de la génération de texte à l’action transforme la nature même du logiciel. Alors qu’un programme suit des instructions précisément définies à l’avance, un agent autonome peut, lui, adapter dynamiquement ses décisions en fonction du contexte, des résultats obtenus et des objectifs fixés. Il ne remplace pas nécessairement l’humain, mais modifie la répartition des tâches entre supervision et exécution.

Promesses et risques

Cette évolution ouvre des perspectives considérables. Dans les organisations, des agents peuvent automatiser des processus métiers laborieux. Dans l’industrie, ils peuvent coordonner des systèmes logiciels complexes. Dans le domaine médical, ils peuvent analyser des dossiers, rechercher des publications pertinentes et proposer des synthèses pour assister les médecins. Mais ces promesses s’accompagnent de risques.

En effet, les modèles actuels peuvent produire des informations inexactes, les fameuses hallucinations, et sont susceptibles de reproduire des biais présents dans leurs données d’entraînement. Si les agents sont cantonnés à un rôle d’assistant, ces limites sont déjà problématiques ; elles deviennent critiques lorsqu’elles concernent des systèmes capables d’agir sur des infrastructures techniques, notamment en exécutant des commandes système, en manipulant des fichiers ou en envoyant des requêtes réseau.

La question des agents d’IA n’est donc pas seulement technique : elle est aussi juridique, économique et sociétale. Elle touche à la transformation du travail qualifié et à la gouvernance des systèmes informatiques.

Une filiation historique

L’idée d’un agent autonome n’est pas née avec les modèles de langue. Elle remonte aux origines mêmes de l’intelligence artificielle. En 1956, lors de la conférence fondatrice de Dartmouth (au nord-est des États-Unis), l’un de ses organisateurs, Marvin Minsky, définissait déjà l’IA comme la conception de programmes capables d’accomplir des tâches mobilisant des capacités dites intelligentes telles que comprendre, apprendre, raisonner ou décider.

À partir des années 1980, la notion d’« agent intelligent » devient centrale. Un « agent » est alors défini comme un programme capable de percevoir son environnement, de prendre des décisions et d’agir pour atteindre des objectifs. Très tôt, les chercheurs développent le champ des systèmes multi-agents : des ensembles organisés de programmes autonomes qui interagissent dans un même environnement numérique. L’objectif est de comprendre comment ces entités peuvent se coordonner, coopérer ou entrer en compétition afin de résoudre des problèmes complexes.

Plusieurs travaux emblématiques illustrent concrètement cette approche. Le système HEARSAY-II repose sur un modèle de « tableau noir ». Plusieurs modules spécialisés pour la reconnaissance, l’analyse et l’interprétation du langage contribuent à la compréhension de la parole en partageant leurs hypothèses dans un espace commun structuré. Le Contract Net Protocol propose un mécanisme inspiré des appels d’offres : pour réaliser une tâche, un agent émet un appel à proposition, d’autres agents proposent leurs services, et les plus compétents se voient attribuer le contrat. Autrement dit la coordination entre agents est au cœur de l’IA depuis plusieurs décennies.

Un réservoir d’idées encore sous-exploité

Mais si l’idée d’agent n’est pas nouvelle, l’« IA agentique » s’impose aujourd’hui auprès des non-spécialistes en raison du rôle central joué par les grands modèles de langue. Bien que dénués de compréhension causale et de compréhension du monde physique, ceux-ci fournissent aux agents une capacité linguistique et une forme de « sens commun » statistique qui facilitent l’interaction avec les humains et l’interprétation d’instructions complexes en langage naturel.

Toutefois, l’IA agentique actuelle ne recouvre pas encore toute la richesse du concept d’agent autonome tel qu’il a été élaboré dans les décennies précédentes. Dans la pratique, elle repose encore le plus souvent sur une séquence d’actions où chaque étape est prévue et ordonnée à l’avance. Les travaux menés depuis les années 1990 sur les systèmes multi-agents qui portent sur la coopération, la négociation, l’allocation de tâches et l’adaptation collective offrent un réservoir d’idées encore largement sous-exploitées.

L’intégration de ces mécanismes avec les capacités des grands modèles ouvre pour demain des perspectives nouvelles : des agents capables non seulement d’exécuter un plan mais de s’organiser collectivement, de se spécialiser et de s’adapter à des environnements complexes.

L’IA agentique constitue ainsi une nouvelle étape plutôt qu’une rupture. Elle associe l’héritage théorique des systèmes multi-agents à la puissance récente des modèles génératifs. Comprendre cette filiation historique permet de dépasser l’effet de mode. L’IA agentique représente une tentative de transformer des modèles prédictifs en systèmes capables d’agir, de planifier et, peut-être demain, de s’organiser collectivement dans des environnements complexes.

The Conversation

Maxime MORGE a reçu des financements de Lyon 1 Université et CNRS, .

ref. Qu’est-ce que l’« IA agentique » ? Comprendre son histoire pour dépasser l’effet de mode – https://theconversation.com/quest-ce-que-l-ia-agentique-comprendre-son-histoire-pour-depasser-leffet-de-mode-278682

Quand la pratique médicale perpétue des stéréotypes hérités du racisme scientifique des XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles

Source: The Conversation – France in French (3) – By Élodie Edwards-Grossi, PhD, Associate Professor in Sociology and American Studies, Université Paris Dauphine – PSL

Au XVIIIᵉ puis au XIXᵉ siècle, des scientifiques et des médecins théorisaient une supposée supériorité des personnes blanches, en s’appuyant sur des critères biologiques. Dans le Racisme scientifique et médical (éditions PUF, 2026), Élodie Edwards-Grossi (Université Paris Dauphine-PSL/Institut universitaire de France) et Delphine Peiretti-Courtis (Aix-Marseille Université) expliquent comment, aujourd’hui, la pratique médicale perpétue des stéréotypes et biais raciaux hérités de ces thèses qui nuisent à la prise en charge en santé des personnes racisées. Extraits.


Le 26 décembre 2024, un député français d’extrême droite partageait, sur le réseau social X (anciennement Twitter), une carte censée représenter le Quotient Intellectuel moyen par pays, qui rappelait en tout point les procédés classificatoires du XIXe siècle.

Ce planisphère révèle toute la prégnance et les permanences, à l’heure actuelle, de la ferveur taxinomique et du racisme scientifique nés aux XVIIIe et XIXe siècles, et pose la question de ses ramifications avec la sphère politique.

La notion de « race » relayée sur les réseaux sociaux

Relayée auprès d’un large public francophone par ce député, cette carte avait déjà été abondamment relayée sur les réseaux sociaux en 2019. Elle avait même suscité la création d’un mot-clé « #carte QI », utilisé pour donner une grande visibilité à ces théories.

Cette carte est, hélas, loin d’être la seule occurrence de diffusion de croyances biologisantes et hiérarchisantes à propos de la notion de « race » sur Internet, comme en témoignent de nombreux articles de vulgarisation scientifique, émettant l’idée, pour le grand public, que cette catégorie pourrait, à nouveau, être appréhendée avec la génétique.

Analyser les résurgences actuelles du racisme scientifique

Dans ce contexte, les théories racistes empreintes d’un réalisme biologique recouvrent une fonction sociale et politique bien particulière : celle de la légitimation de courants et d’idéologies inégalitaires, qui, pour exister, doivent avant tout s’appuyer sur l’idée que la déshumanisation d’une partie de la population est la résultante de caractéristiques naturelles et inébranlables, ancrées dans les corps et les esprits de ces mêmes individus.

Le racisme scientifique, à travers le déploiement du réalisme biologique, propose ainsi une caution non négligeable à des programmes politiques façonnant les inégalités. Il revêt une double fonction : il est à la fois le produit et le levier de l’ordre social raciste dans lequel il est façonné, et sans cesse réactivé, tout en fournissant à ses partisans les justifications de son maintien.

Dans quels contextes politiques et géographiques les théories et pratiques qui constituent le racisme scientifique et médical apparaissent-elles ? Pouvons-nous relever des systématicités dans les parcours de leurs auteurs ? Quels positionnements entretiennent-ils vis-à-vis de leurs pairs, des décisionnaires politiques, mais aussi du grand public ? Enfin, quelles résurgences pouvons-nous mettre en exergue ?

C’est précisément le sujet de l’ouvrage le Racisme scientifique et médical : ancré en histoire et en sociologie de la connaissance, celui-ci propose de documenter les modalités de production et de circulation du racisme scientifique et médical et leurs réappropriations sociales et politiques.

Quand les corps et les esprits des personnes racisées sont infériorisés

La notion de racisme scientifique et médical recouvre a priori de nombreuses théories et pratiques. Des historiens ayant travaillé de manière pionnière sur le sujet, tels Claude Blanckaert ou Stephen Jay Gould, ont décrit le racisme scientifique comme l’ensemble des théories et pratiques se réclamant de différents champs scientifiques (on peut citer la biologie, la psychologie, la génétique, l’anthropologie, etc.) proposant une définition altérisant, et infériorisant, les corps et les esprits des personnes racisées.

Présentées comme « scientifiques » par leurs instigateurs et leurs soutiens, ces théories établissent, dans le même temps, la supposée supériorité tacite ou explicite des personnes blanches en utilisant les mêmes critères corporels ou mentaux variés : le QI, la taille des crânes, l’intelligence sont autant de points qui reviennent dans ces études suggérant l’infériorité des uns au profit de la primauté des autres. Ces écrits ont été produits et ont circulé dans des contextes politiques épars et révèlent une forte porosité quant aux liens entre science et politique.

Un fait social contemporain qui touche le champ médical

Réinsérer la question du racisme scientifique et médical dans une approche critique des rapports sociaux de race, grâce à un dialogue transdisciplinaire entre sciences sociales et sciences historiques, c’est comprendre comment les artisans du racisme scientifique bénéficient d’un besoin de méconnaissance pour voir advenir leurs théories. Pour exister, ces théories ont besoin d’un vide épistémologique qui s’inscrit dans une histoire longue de la production de l’ignorance.

Cette production de l’ignorance a largement été produite par l’appareil étatique qui se refusait, et se refuse encore, à produire une analyse rigoureuse des rapports sociaux de race. Celle-ci permettrait notamment de mettre à mal les croyances et itérations, toujours présentes, de la race comme catégorie d’analyse biologique malgré son invalidation dans la deuxième moitié du XXe siècle.

Nous souhaitons insister sur le fait que le racisme scientifique et médical est bien un fait social contemporain, débordant du cadre historique que nous nous proposons d’étudier dans cet ouvrage : bien que l’autorité médicale cherche à entrer dans un rapport d’exceptionnalisme de son champ, le champ médical n’est pas exempt des rapports sociaux qui le modèlent.

Des effets sur les trajectoires de vie des individus

La question des tissages historiques et des résurgences du racisme scientifique et médical est ainsi capitale : loin d’avoir disparu, celui-ci a parcouru les époques et produit un effet encore conséquent.

À titre d’exemple, en décembre 2024, plusieurs quotidiens régionaux rapportèrent qu’une femme racisée avait accouché, sans prise en charge, sur le parking d’un hôpital à Dijon, en Côte d’Or, malgré ses appels à l’aide. L’un des journalistes relatant l’événement avait titré son article « On la refuse aux urgences : cette femme a dû accoucher dans le parking (et ça en dit long sur les préjugés racistes) ». Mettant en lien la mise en danger de cette femme et la longue histoire du syndrome méditerranéen en France, cet article souligne la manière dont des stéréotypes de résistance à la douleur des personnes racisées, formulés dès le XIXe siècle ont pu être transmis et rester vivaces jusqu’à nos jours.

De tels stéréotypes préfigurent bien la manière dont le racisme scientifique et médical produit un effet concret sur les trajectoires de vie et de mort des individus. Pour reprendre les mots toujours aussi actuels de Colette Guillaumin, autrice pionnière dans le champ des études sur le racisme en France, cet exemple met en relief « la réalité de la “race”. Cela n’existe pas. Cela pourtant produit des morts ». Les inégalités et différences de prises en charge de santé du fait de la subsistance de biais raciaux en médecine produisent une mise en danger différentielle et accrue des corps racisés. Ainsi, de cette manière, le racisme scientifique et médical peut être vu comme l’une des facettes matérielles, concrètes et opérantes du racisme structurel.

Stéréotypes, biais et pratiques discriminatoires

Partant du principe que la classe sociale ou les facteurs socio-économiques ne peuvent pas expliquer l’ensemble des trajectoires de soins de ces personnes, le concept de racisme médical s’intéresse par exemple aux biais présents et passés qui modèlent les représentations et les pratiques des médecins et psychiatres, majoritairement issus du groupe dominant blanc envers leurs patients et patientes.

Ces biais ne sont pas la résultante d’actes de discriminations conscients et donc voulus : ils sont le fruit de l’accumulation de stéréotypes sur les corps racisés encore largement diffusés dans les salles de cours, dans les livres de médecine, mais aussi de l’agrégation d’allégations fausses, érigées en « données scientifiques » qui ont traversé les siècles, sans connaître une condamnation explicite, telle que la théorie du syndrome méditerranéen, qui consiste en la croyance erronée en une exagération de la douleur chez les personnes originaires du Maghreb et d’Afrique subsaharienne.

Ces théories, qui débouchent sur la formation de pratiques discriminatoires, entérinent des prescriptions médicamenteuses elles aussi différentielles qui ont pour résultante de nourrir chez la patientèle une certaine défiance à l’égard des médecins et de leurs institutions. Les patients et patientes choisissent parfois de ne plus faire confiance au personnel soignant, ou aux institutions les employant.

La médecine, instrument et vecteur de théories

Écrire de front sur le racisme scientifique, parfois vu comme seul objet historique, et le racisme médical nous semble important à plus d’un titre. Cela permet d’abord d’aller à l’encontre d’un récit exceptionnalisant qui viserait à mettre en exergue les spécificités du champ de la médecine (et de toutes ses spécialités, la chirurgie, la psychiatrie, la gynécologie, la cardiologie, la dermatologie, etc.) vis-à-vis du reste des sciences (sciences naturelles, biologie, pharmacie, etc.).

Les médecins acquièrent un statut sans précédent au cours du XVIIIe siècle, et plus encore durant le XIXe siècle, surnommé le siècle du scientisme. Producteurs de savoirs, ils sont également liés au pouvoir. Ce qui fait la spécificité de la médecine, et qui a notamment été mis en lumière par Michel Foucault par le biais du concept de biopouvoir, réside dans le rôle social et politique spécifique qu’elle détient, à l’instar de l’Église dans les siècles précédents.

En tant qu’experts des corps, des âmes, et donc des sociétés, les médecins s’arrogent la possibilité de statuer sur la normalité ou l’anormalité des corps, et sur ce qui constitue une différence ou une convergence humaine. En cela, la médecine devient le principal instrument et le vecteur de théories objectivant des différences corporelles présentées comme raciales.

C’est bien l’assignation d’une marque biologique à un groupe social donné qui produit la naturalisation de ce groupe, et radicalise, ainsi sa différence.

The Conversation

Élodie Edwards-Grossi a reçu des financements de l’Institut universitaire de France.

Delphine Peiretti-Courtis ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Quand la pratique médicale perpétue des stéréotypes hérités du racisme scientifique des XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles – https://theconversation.com/quand-la-pratique-medicale-perpetue-des-stereotypes-herites-du-racisme-scientifique-des-xviii-et-xix-siecles-279004

La République islamique d’Iran va-t-elle survivre malgré tout ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Philippe Droz-Vincent, Professeur agrégé en sciences politiques et en relations internationales. Spécialiste du monde arabe, Sciences Po Grenoble – Université Grenoble Alpes

Sous le feu de Washington et de Tel-Aviv, abhorré par une grande partie de sa population, très affaibli économiquement, le régime iranien peut tenir à court terme s’il conserve le contrôle de ses forces de sécurité, qui écrasent toute velléité de révolte interne. À moyen terme, il lui faudra se réinventer et retrouver langue avec une société qui le déteste radicalement. Dans le cas contraire, il perdra pied.


La République islamique d’Iran (RII), dont on annonce depuis 1979 la chute imminente, est aujourd’hui à la croisée des chemins, à la merci des aviations américaine et israélienne.

Tel-Aviv affiche la volonté de détruire durablement le potentiel de nuisance iranien, voire la République islamique en tant que telle, son ennemi mortel. La lutte autrefois opérée à distance par des affrontements entre Israël et « l’axe de la résistance » (mehvar-e-moqawame) pro-iranien est désormais directe, à mort. Les buts de Donald Trump sont moins clairs : il n’a pas vraiment pris la peine de justifier l’intervention, lancée en pleines négociations sur le nucléaire, parlant de la nécessité de faire chuter le régime (regime change), sans hésiter à se contredire quand il découvre qu’il y aurait au sein du pouvoir de Téhéran des personnalités avec lesquelles il pourrait négocier une sortie du bourbier.

La réponse d’une RII très affaiblie depuis le 7 octobre 2023 dans ses capacités qu’elle considérait dissuasives face à Israël (tout particulièrement le Hezbollah libanais) ne consiste plus seulement, comme depuis 2024 (après l’attaque israélienne contre le consulat iranien à Damas), à frapper directement Israël par des vagues de missiles et de drones, mais aussi, désormais, au vu du défi existentiel auquel elle est confrontée, à répandre le chaos dans la région en s’en prenant aux monarchies arabes du golfe Persique, et à déstabiliser l’économie globale afin d’exercer une « pression maximale » sur Trump : les marchés pétrolier et financiers et le taux d’inflation sont des éléments auxquels le président américain est particulièrement sensible.

Cette réaction permettra-t-elle à la RII de surmonter la période critique qu’elle traverse actuellement ?

Les sources de survie d’un régime sont plutôt internes

L’un des aspects de la riposte de Téhéran consiste à modifier la perception américaine selon laquelle la RII serait au bord de l’effondrement et donc susceptible de subir un « changement de régime ». Ainsi, la nomination rapide d’un nouveau guide suprême à la suite de l’assassinat d’Ali Khamenei – en l’occurrence son fils Mojtaba – vise à afficher la solidité du système (nezam comme on dit en Iran).

Depuis le début des années 2000, on a pu observer, dans de nombreux pays autoritaires de la région, que la succession dynastique était une méthode éprouvée pour assurer la perpétuation du régime – que ces procédés soient couronnés de succès, comme en Syrie en 2000 avec l’arrivée de Bachar Al-Assad au pouvoir à la suite de son père, ou que d’autres tentatives aient tourné court mais aient été sérieusement envisagées (le Libyen Mouammar Kadhafi en 2009 avec Seif el-Islam, l’Égyptien Hosni Moubarak en 2010 avec Gamal, ou encore le Yéménite Ali Abdallah Saleh à la même époque avec Ahmed).

Mojtaba Khameinei était le chef de cabinet de son père, donc au fait des leviers du nezam et donc naturellement à même de le perpétuer – s’il est bien vivant.

De même, les démonstrations de contrôle dans les villes par les forces de sécurité, constatées par une rare équipe de CNN qui a été autorisée à entrer dans le pays ou par des vidéos envoyées courageusement par les Iraniens, visent à souligner la mainmise pérenne du régime.

La pression de Trump et de Nétanyahou sur la république islamique peut-elle alors, paradoxalement, sauver celle-ci ? Après tout, l’attaque irakienne puis la guerre Iran-Irak (1980-1988) ont sauvé la RII des affres de la guerre civile interne qui a suivi le succès de la révolution de 1979. La différence est cependant forte avec les années 1980. En 1979, à défaut d’autre option, bon nombre d’Iraniens s’étaient ralliés au clergé chiite militant mené par l’ayatollah Khomeini, y voyant une solution pour stabiliser le pays après le départ du Shah. La révolution bénéficiait d’un soutien populaire notable. En 2026, même si le régime cherche à se poser, comme il l’a déjà fait après les attaques israélo-américaines de juin 2025, comme le protecteur d’un pays agressé, il a perdu une large part de sa légitimité et de ses soutiens.

La société iranienne s’est révoltée à plusieurs reprises, avec une fréquence de plus en plus resserrée. Le régime a perdu le contact avec ses citoyens – un élément qu’il maintenait en tentant d’obtenir un taux de participation élevé lors d’élections toujours tronquées (selon une boutade iranienne, « il y avait liberté d’expression mais pas de liberté après l’expression »), organisées pour « choisir » parmi des candidats soigneusement sélectionnés par le système (nezam). En 2009, le truquage évident en faveur de la réélection à la présidence de Mahmoud Ahmadinejad avait d’ailleurs déjà déclenché une importante contestation, le Mouvement vert.

L’abstention a depuis signalé les limites de ce jeu, désormais remplacé par les révoltes à répétition en 2017, 2019, 2021 et sur lesquelles le régime a de plus en plus perdu le contrôle, en particulier avec le mouvement « Femme, Vie, Liberté » de 2022, fortement réprimé, puis celui de décembre 2025 qui a donné lieu à un massacre (de 5 000 à 30 000 morts), selon les sources.

La haine de la grande majorité de la population vis-à-vis du régime (symbolisée par le slogan « mort au dictateur », marg bar diktator, visant directement feu Khameinei) est bien le signe d’une coupure totale. La libération de la société iranienne semble cependant totalement contradictoire avec l’action combinée du gouvernement Nétanyahou et d’une administration américaine violente, brutale, hautaine, pleine d’hubris, voire de mépris et de racisme, qui a expliqué tout et son contraire, même si Trump a parlé, un temps, de venir à l’aide de la société en révolte.

On voit mal comment la révolte pourrait reprendre sous la pluie de bombes actuelle. Quelque part, la logique de tension introduite par Trump 2 depuis son arrivée, la première guerre de juin 2025 au milieu des négociations, puis sa reprise encore plus violente le 28 février 2026 offrent à la RII et à ses durs une échappatoire qui évite de poser les vraies questions… et confisquent ainsi la révolte.

Survie à tout prix du régime à court terme

Le régime a systématiquement laminé toute alternative crédible à lui-même sur la durée et les offensives de ses opposants les plus visibles, en tout cas à l’extérieur – les deux plus importants qui entendent saisir l’opportunité historique sont le fils de l’ancien empereur (Shah), Reza Pahlavi, et les Moudjahidines du peuple (mudjahidin-e-khalq), d’anciens rivaux mortels de 1979 des Khomeinistes (et qui ont révélé le programme nucléaire en 2002). En 1981, les Moudjahidines du peuple, soutiens de Khomeini au départ, avaient affronté les khomeinistes, donnant lieu à des massacres, à une répression tous azimuts… et à l’assassinat dans des attentats en représailles de la plupart des leaders de la RII.

Mais ces deux oppositions sont-elles vraiment une alternative crédible au-delà des réseaux sociaux et de symboles de contestation radicale, la première étant proche des milieux pro-israéliens et la seconde fortement décrédibilisée par son sectarisme et son alliance avec l’Irak durant la guerre ?

À court terme, le système (nezam) se maintiendra s’il garde le contrôle sur ses forces de sécurité alors que la politique israélienne consiste à les frapper systématiquement, de haut en bas, pour les désorganiser et les démotiver, et s’il conserve sa cohérence, alors que la corruption qui y règne est forte, renforcée sous les sanctions dans lesquelles seuls « ceux qui sont du système » (khodi) savent naviguer pour s’enrichir indûment.

Certes, et cela constitue une force sous la pression extérieure, le système iranien est très diffus, entre le guide, la présidence, le judiciaire, le Parlement, les religieux, l’armée, les pasdaran, chacun dépendant des autres. Le nezam, même s’il n’a pas anticipé l’ampleur des pertes par décapitation de ses élites, est construit pour éviter qu’une seule personnalité puisse le contrôler (et par corollaire négocier un « deal à la Delcy Rodriguez » comme au Venezuela).

Mais à moyen terme, tout dépendra quand même fondamentalement non pas de la pression extérieure mais de la capacité du nezam à trouver des compromis ou une solution bancale avec la société. Cela suppose que le nezam soit capable de se muer en une forme de République islamique 2.0 qui abandonnerait les évolutions choisies par Ali Khameinei lorsqu’il avait entamé après 2018 une mutation allant dans le sens de la limitation du pouvoir des élections (du républicanisme), pour pousser du côté de l’islamisme, ce qu’il nommait un « gouvernement islamique » (hukumat-e-islami) de domination totale sur la société. Ce projet de Khameinei s’est soldé par un échec, avec la sécularisation voire la laïcisation de la société iranienne.

De plus, tous ses autres choix stratégiques, en particulier assurer une « dissuasion » (par le programme de missiles, « l’axe de la résistance », le statut de puissance nucléaire au seuil) face à Israël et, pendant un moment, aux États-Unis (« voisins » en Irak et en Afghanistan), censée augmenter le coût d’une attaque contre l’Iran, ont également échoué : le Hezbollah et les autres « proxies » sont très affaiblis, le régime allié d’Assad en Syrie n’est plus, et les programmes balistique et nucléaire ont encaissé des coups sévères.

Pour autant, répétons-le, l’offensive militaire américano-israélienne peut ne pas mener au changement ardemment demandé depuis plus d’une dizaine d’années par la société iranienne, mais plutôt pousser le régime à se réorganiser, à faire le dos rond pendant l’offensive – la simple survie et les capacités de nuisance mettent en difficulté sur la durée la puissance américano-israélienne dans une guerre asymétrique – et ainsi lui permettre de rester en place, tout en continuant d’emprisonner la société iranienne. Vraisemblablement sous la direction des plus durs et des militaires (pasdaran) – s’ils ont encore les capacités de mener leurs politiques après les destructions systématiques de leurs capacités opérées par Israël et les États-Unis.

On l’aura compris : le destin de la République islamique est très ouvert sur le long terme mais, à court terme, l’intervention américano-israélienne ne semble pas de nature à aboutir à une libération de la société iranienne.

The Conversation

Philippe Droz-Vincent ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La République islamique d’Iran va-t-elle survivre malgré tout ? – https://theconversation.com/la-republique-islamique-diran-va-t-elle-survivre-malgre-tout-279058

Groenland : le développement touristique, opportunité ou menace ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Marie-Noëlle Rimaud, Professeur associé, pôle marketing, Excelia

Touristes à Ofjord, dans le parc national du Nord-Est, Groenland, octobre 2014.
GRID-Arendal/Flickr, CC BY-NC

Si le Groenland se trouve depuis un an sous les feux de l’actualité du fait des récurrentes déclarations de Donald Trump, qui affirme vouloir l’annexer aux États-Unis, le territoire a également d’autres enjeux à gérer, à commencer par la gestion du tourisme. Fort de ses paysages spectaculaires et de l’attrait qu’exerce la culture inuit, le Groenland s’efforce de concilier accroissement des revenus générés par le tourisme et protection de ses atouts naturels et culturels face aux dangers d’un surtourisme.


Un dilemme majeur attend les Groenlandais en matière de tourisme dans les années à venir : développer résolument ce secteur… ou ne pas le faire, pour éviter ce que d’aucuns qualifient de « surtourisme ». Le Grand Nord a la cote et la construction d’aéroports capables d’accueillir des vols long courrier accentue les risques. Le géographe Rémy Knafou rappelait fort justement en 2023 que « la seule manière réellement opérationnelle de vouloir contrôler l’impact du tourisme dans des lieux peu ou pas habités est de ne pas s’y lancer ».

Jusqu’à tout récemment, en raison du climat nordique et de la nuit polaire, le tourisme se concentrait sur une courte période de l’année, de juin à fin août, et ne concernait que quelques sites emblématiques : essentiellement Ilulissat et son fjord glacé classé au patrimoine de l’Unesco, et la baie de Disko. Dès lors, le nombre de visiteurs étrangers était relativement limité : en 2023, il s’est élevé à 130 000 personnes.

Les détracteurs du tourisme craignent qu’avec la multiplication des vols directs (notamment entre Nuuk et New York), des développements touristiques exagérés fragilisent les milieux naturels et la qualité de vie locale et entraînent une folklorisation de la culture inuit. L’Organisation internationale du tourisme social alerte sur le risque, via le tourisme communautaire, de figer les identités locales dans une mise en scène artificielle, une image pittoresque généralement promue par les opérateurs touristiques étrangers.

Le réchauffement climatique perturbe déjà les modes de vie des communautés et des conflits d’usage pourraient apparaître autour des projets touristiques trop ambitieux, mal conçus, irrespectueux des coutumes ou des lieux.

Extrait du cas pédagogique Groenland KALAALLIT NUNAAT. Cliquer pour zoomer.
KALAALLIT NUNAAT

Comment réussir une transition touristique harmonieuse ?

Au-delà d’un plan, il semble pertinent d’encourager les autorités groenlandaises à poursuivre leurs réflexions par une identification des ressources naturelles patrimoniales. En plus des sites iconiques cités plus haut, il pourrait s’agir de la région de Kujataa (classée au patrimoine mondial de l’Unesco), le parc national du Nord-Est (réserve de biosphère), la faune et les paysages arctiques : l’inlandsis. Cette cartographie des ressources permettra de repérer les plus attractives, mais surtout les plus vulnérables, car rares et fragiles.

Visit Greenland, site web de promotion touristique appartenant au gouvernement du Groenland, a imaginé un concept, The Big Artic Five : Traîneau, Aurores boréales, Glace & neige, Baleines, Communautés. Attention toutefois à ne pas tomber dans l’aura mystique et le mythe du bon sauvage. Avec raison, plusieurs auteurs mettent en avant un attrait spécifique des régions polaires : l’imaginaire nordique. Alain Grenier soulignait ainsi en 2009 que « l’imaginaire du Nord constitue le premier attrait des régions nordiques et, à plus grande échelle, des régions polaires ». Nicolas Escach constatait en 2020 que « dans un monde saturé, l’Arctique est également associé à la promesse d’une réserve d’espace vierge, une sorte de retour ontologique aux origines ». La question de l’image à donner du territoire et de la manière de communiquer sera donc essentielle.

Bateau d’un opérateur groenlandais qui propose des croisières à la journée entre Ilulissat et Oqaatsut. Il s’agit d’une unité de petite taille adaptée à une visite respectueuse des communautés et dont l’intégralité des revenus demeure dans le pays.
M.-N. Rimaud, Fourni par l’auteur

Dans un second temps, les décideurs groenlandais auront intérêt à conduire un recensement des parties prenantes du secteur du tourisme, afin le moment venu de les informer, de les sensibiliser, peut-être de les inciter à changer de regard, et enfin les accompagner. L’orientation d’une partie des dispositifs de soutien en faveur d’acteurs qui s’engagent dans la transition a montré son efficacité ailleurs.

In fine, il serait souhaitable de conduire une sorte d’auto-diagnostic sur les menaces liées au réchauffement climatique et à une capacité de charge touristique exagérée, par exemple en utilisant une matrice de criticité (ce qui permettrait d’établir une sorte de classement concernant l’exploitation de divers sites, qui irait d’un risque élevé ou considérable à l’absence de risque avéré).

Un documentaire diffusé sur Arte rappelle la dépendance du pays à la pêche (4 000 personnes, soit 10 % de la population, travaillent dans ce secteur), qui l’oblige à rechercher une diversification. Naaja H. Nathanielsen, la ministre des ressources naturelles, confirme dans le documentaire le besoin crucial de trouver des ressources supplémentaires :

« [Près de ] 54 % du budget de l’État vient de l’extérieur : il s’agit de la subvention accordée par le Danemark ainsi que de fonds qui viennent de l’UE. Nous avons donc une tâche très difficile à accomplir. Nous devons gagner plus d’argent par nos propres moyens afin d’être autosuffisants. »

Pour cela, des investissements conséquents devront être réalisés, car le pays manque cruellement d’infrastructures et les conditions climatiques et d’accès y sont beaucoup plus difficiles qu’ailleurs.

La loi de novembre 2024

Comme je le précisais dans un article du Polar Journal, une loi sur le développement touristique est entrée en vigueur en novembre 2024. Elle confirme que le territoire souhaite faire du tourisme un moteur de croissance et offrir des opportunités aux entrepreneurs groenlandais. La question qui reste en suspens est l’équilibre entre les opérateurs locaux et les investisseurs extérieurs, jugés omniprésents. Aude Créquy regrettait déjà en 2012 que pour le tourisme de croisière ou celui d’aventure, l’argent circule plutôt de mains occidentales en mains occidentales.

Le nouveau texte introduit une politique d’investissement et de propriété plus restrictive. La loi impose désormais une autorisation pour exercer une activité touristique et exige que les titulaires de licences soient résidents et imposables au Groenland. Certaines activités, comme les croisières, sont limitées à des zones et périodes spécifiques ; mais l’entrée en vigueur de la loi est prévue au 1er janvier 2027, laissant un temps d’adaptation aux opérateurs.

Dans une analyse d’avril 2025, la banque nationale du Danemark lançait une mise en garde contre une tendance consistant à trop restreindre l’implication des investisseurs étrangers :

« Les investissements étrangers apportent généralement des connaissances et du capital-risque qui favorisent le développement des entreprises et les revenus de la société. Une structure commerciale plus large nécessite des investissements importants, et la base de ces investissements ne peut être créée uniquement à partir de l’épargne et du capital groenlandais. »

Autre mise en garde informelle : l’exemple de l’archipel norvégien du Svalbard. Sa ville principale (est-ce bien cela ?), Longyearbyen, est « envahie » par les visiteurs durant une dizaine de jours l’été, ce qui a obligé le gouvernement à prendre des mesures restrictives. Visit Svalbard invite à réfléchir à la meilleure manière d’organiser le secteur : « Le Svalbard doit atteindre un équilibre optimal sur la destination en garantissant “le bon nombre de visiteurs au bon endroit et au bon moment” – “The right volumes of the right guests in the right place at the right time” (4R). La destination donnera la priorité aux marchés et segments qui contribuent de manière constante à la création de valeur locale la plus élevée avec l’empreinte la plus faible (rendement élevé, faible impact). »

En matière d’organisation agile, le pilotage des croisières d’observation des baleines dans le Saint-Laurent, au Canada peut également servir de modèle.

Des décisions stratégiques à prendre

Les arbitrages finaux seront importants : quel sera le volume de touristes, et s’agit-il de tenter d’attirer un tourisme de masse ou un tourisme de luxe ; la désaisonnalisation est-elle recherchée et si oui, comment, y parvenir ? Quels seront les hauts lieux touristiques (c’est-à-dire ceux sur lesquels la communication groenlandaise insistera le plus) et comment les protéger ? Quels partenaires financiers pour les porteurs de projet locaux et comment s’assurer d’un retour sur investissement suffisant pour les communautés ?

Le Groenland appartient aux Groenlandais ! Mais son avenir dépendra aussi de la capacité des autres nations à reconnaître ce pays et à le respecter. La déclaration de Naaja H. Nathanielsen sur LinkedIn mi-janvier 2026 – « j’inviterai les pays partageant les mêmes idées à rendre notre région sûre dans une collaboration respectueuse : investir, s’engager et être un allié » – peut apparaître comme un programme souhaitable.

The Conversation

Marie-Noëlle Rimaud ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Groenland : le développement touristique, opportunité ou menace ? – https://theconversation.com/groenland-le-developpement-touristique-opportunite-ou-menace-273071

Sovereignty over stereotypes: The data behind false Cherokee identity claims in Canada

Source: The Conversation – Canada – By Daniel Heath Justice, Cherokee Nation citizen, Professor of Critical Indigenous Studies and English, University of British Columbia

From writers and academics to politicians and even convicted murderers, why are people who claim to be Cherokee so prominent in Canadian “pretendian” cases?

Although Métis, Mi’kmaq and Abenaki communities are the Nations most often targeted by unsubstantiated and false claims to Indigenous heritage in Canada, the controversies involving Cherokee claimants may surprise many Canadians.

This is not unexpected. In the United States, it’s so common for non-Native people to claim Cherokee heritage that a family history myth has taken root — one so pervasive that even Ancestry.com warns users against it.

The “Cherokee syndrome” is a phenomenon in which someone claims an unverified distant Cherokee ancestor as the sole foundation on which they build a shallow Indigenous identity.

The roots of ‘Cherokee syndrome’

Most discussions of this phenomenon point to a mix of motivations for these heritage claims.

They include the desire for white settler descendants to distance themselves from their heritage’s history of colonial violence, co-opting Indigeneity for personal or political purposes — often to support right-wing white grievance politics — and basic greed for resources and opportunities belonging to Indigenous Peoples.

In all cases vague, essentialist claims to supposed “blood” are asserted as being more important and more “real” than actual Indigenous cultural belonging, verifiable kinship or confirmed political status.

As a globally recognized Indigenous Nation with a long history of intercultural exchange and intermarriage with newcomers, Cherokees feature prominently in these questionable family mythologies more frequently than other Nations, but only because of stereotypes and visibility, not because of actual relations.

This is increasingly reflected in available data, including national census figures in the U.S. and Canada.

A mismatch between identity and reality

The U.S. Census Bureau has tracked Indigenous heritage claims for decades, and Cherokee is overwhelmingly the group identity most commonly appropriated by Americans.

For example, from 1970 to 2020, Cherokee identification on the U.S. census increased by 2,221 per cent — an astonishing rate far exceeding the general population increase of 63 per cent. This can only be attributed to significant changes in self-identification.

In 2020, “Cherokee” was the top-cited Indigenous affiliation in 35 states, although the three federally recognized Cherokee Tribal Nations and reservations are in only two: Oklahoma and North Carolina. In fact, in 2020, there were more than a million additional Americans who self-declared as Cherokee than there were actual Cherokee tribal citizens.

This is true on the local level as well. The Cherokee National Research Center in Tahlequah, Oklahoma, provides extensive genealogical support for those seeking evidence of Cherokee heritage. Of 4,005 total research requests from 2022 to 2024, only 80 people — two per cent — had any confirmed evidence of Cherokee heritage.

Legitimate Cherokee relations aren’t particularly obscure or difficult to trace. Actual Cherokee scholars like me know that we’re one of the best-documented peoples in the world, with an extensive and detailed documentary archive, as well as community genealogists and researchers who can assess relations with high reliability.

Collating available data from national, tribal and institutional sources indicates that only three to seven per cent of people in the U.S. who assert a public Cherokee identity have any verifiable relationship to living or historical Cherokee communities; 93 to 97 per cent of claimants do not.

This troubling pattern repeats in Canadian census figures as well. In the 2021 census, 10,825 people in Canada identified as being Cherokee. Of the three Cherokee Tribal Nations, the Cherokee Nation has the most inclusive citizenship criteria and the most comprehensive records for genealogical confirmation, yet our own official citizenship data show only 145 Cherokee Nation citizens in Canada.

Figures from the Eastern Band of Cherokee Indians (EBCI) and the United Keetoowah Band of Cherokee Indians (UKB) were unavailable, but would likely be 20 to 30 at most, given their significantly smaller base populations. Even accounting for potential EBCI and UKB figures and a small number of verifiable non-citizen descendants, we would find at most about two per cent of people who claimed Cherokee heritage in Canada having any substantiated relationship with actual Cherokees, past or present.

Tellingly, of the 10,825 “Cherokee” respondents, 5,660 — 52 per cent — are Canadians whose families have been in Canada for three or more generations. Entrenched claims to Cherokee heritage therefore run deep in a surprising number of Canadian families — troubling histories that are only just coming to light in an analysis of the impacts of self-Indigenization and pretendianism.

False claims undermine Indigenous sovereignty

Pretendianism is a direct attack on Indigenous sovereignty and the rights of Native Nations to determine their own protocols of citizenship and belonging.

Believing a quaint family story is one thing, but it becomes deception — and even criminal fraud — when used to unethically access Indigenous relationships and resources, and becomes violence when used to attack Indigenous rights and undermine policies meant to improve Indigenous lives.

The arts, politics, and academia are increasingly sites of fierce debate and even chilling litigation as questionable claims to Indigenous heritage come under increasingly scrutiny from communities, activists and researchers.

The number of Canadians who have used such claims in troubling ways is not insubstantial, and neither are their impacts. Long-celebrated Canadian writer Thomas King and the libertarian Alberta premier, Danielle Smith, are prominent “Cherokee” examples, but they are by no means alone. (Incidentally, Smith is also on record claiming “Métis from America’s Midwest” heritage while consistently pandering to reactionary anti-Indigenous attitudes.)

Cherokee sovereignty and Cherokee people experience real harm when the overwhelming majority of people who insist their unsupported claims are genuine have no actual relationship to Cherokees, no familiarity with or understanding of histories, cultures, languages, struggles or hard-fought rights; no investment in our Nation’s well-being, no respect for our Nation’s political sovereignty and legal orders and no care for or commitment to our actual families or relations.

Using unsubstantiated claims to assert a public Cherokee identity not only misrepresents the ongoing reality of legitimate Cherokee experience, but also deforms how Cherokee belonging and sovereignty are understood in the non-Indigenous cultural imagination, as well as in law and politics. And this, like all the poisonous fruits of colonial violence, is harmful to all Indigenous peoples, not just Cherokees.

Cherokee relations are profound, abiding and verifiable realities. They are far from the self-serving extraction fantasies of colonizers and their claimant descendants, regardless of which side of the 49th parallel they call home.

The Conversation

Daniel Heath Justice has received research funding from the Social Sciences and Humanities Research Council.

ref. Sovereignty over stereotypes: The data behind false Cherokee identity claims in Canada – https://theconversation.com/sovereignty-over-stereotypes-the-data-behind-false-cherokee-identity-claims-in-canada-275903

The raccoon raiding your garbage bin might just be solving a puzzle — for the fun of it

Source: The Conversation – Canada – By Hannah Griebling, PhD Candidate in the Department of Forest and Conservation Sciences, Faculty of Forestry and Environmental Stewardship, University of British Columbia

Ever woken up to find that a crafty raccoon has overturned your garbage bin and spread the discarded contents of your life across the street?

Raccoons — sometimes referred to as “trash pandas” — are renowned as excellent innovators and problem-solvers who can often find their way through the trickiest barriers in their search for food.

A raccoon stands on a clear box, leaning their paws over the side to fiddle with a puzzle.
A raccoon working on opening a multi-solution puzzle box.
(Hannah Griebling)

So how do raccoons adapt their problem-solving strategies as tasks become more difficult? And will they still engage in problem solving even if it doesn’t lead to a food reward? We designed a research experiment to find out.

We were startled to discover that raccoons were intrinsically motivated to solve multiple puzzles within a 20-minute trial, even when finding a solution did not directly lead to an irresistible marshmallow.

Innovative brains, like primates

Raccoons often engage in problem-solving when foraging in human-dominated areas, and have several adaptations that allow them to do this.

First, they have a high number of neurons packed into a relatively small brain. Their neuronal density is more similar to that of primates than other carnivores.

They also have highly dexterous forepaws adapted for foraging in streams, and a generalist diet that allows them to eat nearly everything we throw away.

A raccoon perched on a water fountain, drinking water.
Raccoons frequently use human household equipment and technology for their own purposes.
(Unsplash/Fr0ggy5)

As researchers, we were curious to discover whether raccoons change their strategies as problems become more difficult. For example, what does a raccoon do if the garbage bin is open, versus if it has a lid or if that lid is locked?

We were also curious whether their problem-solving follows what we call an exploration-exploitation trade-off.

An irresistable marshmallow reward

To explore these questions, we gave raccoons a multi-access puzzle box. These boxes are used in animal cognition research to study problem solving and innovation. They have multiple problems to solve so the animal can access a single food reward.

Typically, researchers give the animal a multi-access box and let the animal solve a puzzle of their choosing to access the reward. Then, the researcher locks that solution and the animal must innovate a new way into the box.

Instead of locking the solutions on the box we asked a simple question: What would happen if we left the box unlocked and let the raccoons freely interact with it? Would they keep going back to the same solution type that they already knew how to use, or would they explore and open new solution types?

Would they open the box once, get their food reward — a single marshmallow — and be done? Or would they keep playing with the box even after the food
reward was gone?

A raccoon tries to open a box with turn knobs and padlocks.
A raccoon has successfully opened a turn knob solution on the multi-solution puzzle box and is working on removing an unlocked lock from the hasp latch.
(Hannah Griebling)

Raccoons solve problems for fun

What the raccoons did was surprising. We expected them to find multiple solutions on the box. We did not expect them to continue looking for solutions after they found the single marshmallow inside the puzzle box.

They seemed to be intrinsically motivated to open multiple solutions within a 20-minute trial, even when solving the puzzle didn’t directly lead to a marshmallow reward.

In fact, the raccoons were discovering multiple solutions on the puzzle box even when the problems got more difficult to solve, and they could see and feel with their forepaws that there wasn’t another marshmallow in the box.

When the going gets tougher

As those problems became more difficult, the raccoons began to quickly hone in on a single solution to keep returning to.

This follows an exploration-exploitation trade off, where it’s more beneficial to exploit a single solution when the problems are more difficult, since solving them takes more time and effort from the raccoon.

Racoon stands behind a puzzle box, trying to find a way in.
A raccoon works on a medium difficulty solution.
(Hannah Griebling)

Imagine standing on a city street, feeling hungry. You see your favourite restaurant, where you love the food, and you see an interesting new one next door. Where do you choose to eat?

Humans and non-human animals are faced with these decisions all the time: when to “explore” and try a new thing, and when to “exploit” our own knowledge.

If that new restaurant down the street is expensive, you might be less inclined to try it over your favourite dish served at your usual place.

Success in ever-changing cities

This propensity to innovate and problem-solve, even when it doesn’t directly lead to an extrinsic reward like food, might be familiar to most of us. It’s what drives our desire to solve a crossword puzzle or conquer a new video game.

This intrinsic motivation could help raccoons succeed in urban environments. In cities, resources are often changing rapidly — one night a raccoon might get into someone’s garbage, and the next night there’s a brick on top of the garbage bin to try and keep the raccoon out.

The more problems raccoons learn to solve, the more they might be able to access resources in ever-changing cities. Of course, that might annoy some of us, but we can admire raccoons’ ability to thrive alongside us.

The Conversation

Sarah Benson-Amram receives funding from the Natural Sciences and Engineering Research Council of Canada, the Habitat Conservation Trust Foundation, the University of British Columbia, the Canada Foundation for Innovation, and the British Columbia Knowledge Development Fund.

Hannah Griebling does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. The raccoon raiding your garbage bin might just be solving a puzzle — for the fun of it – https://theconversation.com/the-raccoon-raiding-your-garbage-bin-might-just-be-solving-a-puzzle-for-the-fun-of-it-277942

Millions are protesting – but boycotts might be key to changing government policies

Source: The Conversation – USA (2) – By Lisa Schirch, Professor of the Practice of Peace Studies, University of Notre Dame

The ‘No Kings’ protests have drawn millions of Americans and may grow even larger. Frederic J. Brown/AFP via Getty Images

The organizers of the estimated 3,000 “No Kings” protests, rallies and other events planned for March 28, 2026, say they expect that the protests will be the largest such mass mobilization in U.S. history.

As scholars of peace studies and social movements, we investigate how ordinary people press their governments to change their policies.

An estimated 7 million Americans took part in the 2,100 “No Kings” protests on Oct. 18, 2025, breaking all previous records. But research that we and other scholars have conducted indicates that massive turnouts at protests may not be enough to achieve the goals of a protest movement, such as bringing about changes in government policies.

We believe that protest movements can be more effective when they place more emphasis on boycotts of corporations that support a government’s agenda than on increasing the size and scope of these protests.

That’s because history suggests that boycotts are uniquely suited to expand public participation and reach the scale necessary for political change. Boycotts attract first-time activists with simple “buy this, not that” instructions. They offer easy ways for people to feel heard with little investment of time, money or risk.

Rise of the ‘No Kings’ movement

The “No Kings” movement has been holding nonviolent protests across the U.S. since June 2025 to express mass opposition to the Trump administration’s policies.

Its organizers include a range of nonprofits. They include those supporting civil rights, such as the American Civil Liberties Union; LGBTQ+ rights, like the Human Rights Campaign; progressive political groups, including Indivisible and MoveOn; and unions, such as the American Federation of Teachers.

The protests’ organizers are harnessing growing public opposition to President Donald Trump’s second administration. Gallup’s final presidential poll, for example, conducted in December 2025, found that only about 1 in 3 Americans approved of his performance.

In March 2026, Fox News found that 6 in 10 Americans disapprove of Trump’s immigration enforcement effort, and a CBS poll found that 6 in 10 oppose the U.S. war with Iran.

The “No Kings” movement from the start has objected to harsh federal immigration enforcement tactics, including the rapid growth in the number of immigrants being detained and deported. The March 28 protests will also make the widespread opposition to the costly Iran war more visible.

“No Kings” organizers cite other reasons for their protests, such as the White House’s threats to intervene in elections, health care spending cuts and the cessation of many environmental protections.

Four protesters, some in costumes, stand next to a huge American flag.
Many of the ‘No Kings’ events on Oct. 18, 2025, took place in small towns, like Shelburne, Vt., pictured here.
Robert Nickelsberg/Getty Images

Opposition to Trump is spreading

The “No Kings” protests have spread to more parts of the United States than ever before.

Protests have taken place in every state – in large cities like Dallas, Philadelphia and Phoenix, as well as thousands of smaller towns like Corydon, Indiana, and Hamilton, Montana. The protests even drew thousands of people in some GOP strongholds.

Researchers find that only a small part of the population needs to protest, boycott or strike to create strong pressure. If 3.5% of a population participates in nonviolent protests or boycotts, it can lead to policy changes.

In the United States, 3.5% of the population translates to nearly 12 million people. The “No Kings” movement would need to nearly double in size from its October 2025 levels to reach this threshold.

Boycotts could help reach this tipping point.

How boycotts work

Economic boycotts have a long history as a tool of collective protest as people withdraw their labor, purchases or cooperation to pressure powerful institutions.

Boycotts are a form of mass noncooperation that enables more people to resist without taking time off from work, engaging in confrontation or risking arrest. While demonstrations signal dissent, boycotts change incentives for business leaders. When boycotts cause companies to lose customers and profits slump, they can become unexpected allies in public opposition.

For example, after mass protests against federal immigration raids in Minneapolis, many of the biggest corporations operating in the state released an announcement that called on the government to de-escalate to reduce tensions in the area.

Public support for boycotts

Several consumer boycotts are underway in the U.S., with many taking aim at the Trump administration’s policies.

Boycott leaders focus on major companies, such as Target, Walmart, Amazon and Home Depot, that have donated to the White House ballroom construction project and other causes Trump is personally spearheading,

People’s Union USA, a movement seeking to leverage the power of U.S. consumers, organized what it called a nationwide “economic blackout” on Feb. 28. The organizers urged Americans to avoid spending any money for 24 hours to protest corporate influence over U.S. policies. It’s unclear how effective that boycott was.

Where corporate boycotts have worked

In the 1980s, consumer boycotts of white-owned businesses in South Africa reduced profits and drew global attention to the government’s support of apartheid, a discriminatory system that denied rights to the country’s Black majority. As business suffered, white business leaders pressed for reforms, contributing to the end of apartheid and South Africa’s multiracial elections in 1994.

In the U.S., different boycotts from both the right and the left have compelled Target to change its policies in recent years. Right-wing boycotts demanding the removal of LGBTQ+ Pride merchandise in 2023 caused Target to curtail its embrace of diversity practices.

After Trump’s 2025 executive order banning diversity, equity and inclusion programs, Target faced left-wing boycotts for ending its Racial Equity Action and Change program. The company’s sales fell and its stock declined by 33% in the first three quarters of 2025.

In March 2026, boycott leaders declared victory, saying that the boycotts led to Target’s weak financial performance.

Following the growing wave of consumer boycotts, several media companies have also faced pressure from the public.

In September 2025, Disney suspended late night talk show host Jimmy Kimmel, whose program airs on ABC, after Kimmel suggested that right-wing influencer Charlie Kirk was killed by a fellow conservative. The comedian accused Trump supporters of using his death to “score political points.” Disney owns ABC.

Kimmel’s suspension triggered a rapid public backlash. Three million viewers called for a Disney boycott to disrupt the company’s streaming revenue. Facing mounting risks to its reputation and bottom line, Disney reversed course and put Kimmel back on the air. In December 2025, it renewed his contract for the following year.

The episode illustrated how organized consumer pressure can counter attempts at political intimidation when boycott campaigns focus on a company’s core economic interests.

Uncoordinated boycotts can fail

To be sure, many boycotts fail to meet their goals even when they do succeed at raising awareness.

Their economic impact depends on how many people take part, sustained participation, and clear demands. Boycotts lacking adequate coordination and clear aims are likely to fail, especially when different groups target different companies.

The No Kings protests will no doubt continue to reflect mounting public frustration. But to be effective at their goal of reining in many of Trump’s policies and actions, we believe that this vast movement will likely require a larger, focused boycott that can hurt the revenue and reputation of companies that have financially backed the president or provided support for his policies.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Millions are protesting – but boycotts might be key to changing government policies – https://theconversation.com/millions-are-protesting-but-boycotts-might-be-key-to-changing-government-policies-276256

More people are watching podcasts – how The Harry Hill Show could signal the backward-looking future of the medium

Source: The Conversation – UK – By James McLean, Lecturer in Media Production, Graphic Design, and Media Studies, University of Hull

Poet John Cooper Clark on The Harry Hill Show vodscarf. The Harry Hill Show

Television has become a very difficult concept to pin down. It’s no longer the box situated in the corner of a family living room. Mobile platforms, online streaming and different modes of delivery have diffused our understanding of television. The concept of a podcast has, so far, undergone much less scrutiny, and yet we are seeing a need for a similar conversation: what is a podcast, not just to audiences, but to creators?

The podcast is becoming trickier to define. Where its roots may have been in radio, its relationship, or convergence, with that murky beast of television is becoming ever more visible.

To watch a podcast would seem like a contradiction. But in the US the video streamer Youtube has become the most popular podcasting platform. Video is reshaping the industry, with significant growth in people watching podcasts on living room devices – where people used to gather to watch traditional TV.

The usual video of a podcast features the host or hosts and whoever else is on the podcast chatting in front of microphones – the visual element is second to the listening experience. However, there are a slew of new podcasts which are taking this uptick in “viewers” seriously and creating material for them as much as for “listeners”, including the The Harry Hill Show.

In the stand-up comedian’s own words, The Harry Hill Show is a “vodscarf” – wordplay on podcast and video-on-demand. What makes this “vodscarf” interesting is the television-podcast format it toys with. While it is one product, the experience of watching the Harry Hill Show is different from just listening to it. It’s not that you’ll miss anything important information wise just listening but the visual experience is not secondary to the audio – as sets and camerawork, including visual gags and effects, are worked in. The show also draws on Hill’s own history in television.

Harry Hill is best known for his sketch show Harry Hill, later titled The All-New Harry Hill Show and also referred to as The Harry Hill Show, which ran from 1997 to 2003. In each episode, Hill delivered his surrealist comedy through a series of regular sketches, reoccurring characters and catchphrases that would repeat week-on-week. Into the 2000s, Hill fronted TV Burp for 11 series. The show infused his tried-and-tested formula into the television-clip show format.

Features from both these shows can be found in his podcast, which is clearly infused with a lot of nostalgia for that bygone era of TV comedy. Hill is mostly deskbound, as he was on TV Burp, and he again finds humour through the repetition of gags (“don’t make that noise, Gary, it will limit your appeal” is repeated weekly to his ventriloquist’s dummy, for instance). The segments have a deliberate (and possibly necessary) low-cost aesthetic, a style common to UK comedies from the broadcast television era of the 1990s like Hill’s shows.

But this isn’t simply a TV show masquerading as a video podcast. The Harry Hill Show also acknowledges and embeds common podcast ingredients. Each week the show has a special comedy guest and an educational guest who are interviewed in a traditional podcast style. Yet all the elements are highly reflexive as Hill passively (and sometimes actively) deconstructs podcasts and TV.

The single-guest interview that is at the centre of The Harry Hill Show, is common to the podcasting tradition. Media academics have noted that this format generates content that thrives on intimacy and authenticity. With Hill, this format is subverted by televisual factors where the guest is continually challenged and wrongfooted by his ludicrous segments.

For instance, in Hill’s Name That Seed segment, the special guest must guess the identity of a particular seed from a pack of 8,000 different species. The game is whimsical and deliberately baffles the guest. Like many comedy podcasts, this and other segments create in-jokes with the audience. The more you’ve listened or watched The Harry Hill Show, the stronger a listener/viewer’s relationship becomes with the podcast and the more they are rewarded. After listening to several episodes, they know how the seed segment goes and can laugh along, on the inside of the joke, with Hill.

In essence, Hill takes the scripted comedy format of his television work and rebuilds it into a podcast medium that prefers unscripted and authentic encounters. In doing so, he has created a recipe that provides audiences with familiarity of TV but with the authenticity and intimacy of podcast.

The Harry Hill Show is an example of a podcast that could reshape the medium by mixing older approaches to modern media. Hill does this by reconstructing his identity and past formats through a podcast that clearly enjoys celebrating their mutual deconstruction (or destruction). As special guest Nish Kumar comments to Hill in the show’s trailer: “You’re self-funding your own nervous breakdown!”

With The Harry Hill Show we’re seeing something that’s not strictly television, but not strictly a podcast either. It is an example of the increasing importance of visuals, which could overtake the importance of audio. But who knows? This could be a flash-in-the-pan moment, or it could signal something deeper for the medium – that the podcast might be a media format with a limited shelf life.

The Conversation

James McLean does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. More people are watching podcasts – how The Harry Hill Show could signal the backward-looking future of the medium – https://theconversation.com/more-people-are-watching-podcasts-how-the-harry-hill-show-could-signal-the-backward-looking-future-of-the-medium-278597