Source: The Conversation – France in French (3) – By Pauline Guillou, Chargée de projet scientifique, Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses)
L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a conclu, en janvier 2025, à un lien fortement probable entre la présence d’acide glyoxylique, un ingrédient utilisé dans certains produits de lissages capillaires, et la survenue de cas d’insuffisances rénales aiguës. En attendant une évaluation des risques au niveau européen, cette substance ne fait l’objet d’aucun encadrement ni restriction d’usage. Les consommateurs sont appelés à ne pas utiliser ces produits afin de limiter les risques pour leur santé.
Après plusieurs signalements de cas d’insuffisance rénale aiguë à la suite de la réalisation de lissages capillaires en France et à l’étranger, des études scientifiques ont montré qu’une substance contenue dans ces produits, l’acide glyoxylique, pouvait être à l’origine de ces effets.
Dans un avis rendu en janvier 2025, l’Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a confirmé un lien fortement probable entre cet ingrédient et cet effet indésirable et préconise une évaluation des risques au niveau européen.
Quelles recommandations pour la sécurité des consommateurs ?
Pour l’heure, les autorités sanitaires conseillent d’éviter d’utiliser des produits capillaires contenant de l’acide glyoxylique et d’être vigilant en cas de symptômes inhabituels après un lissage.
En attendant d’éventuelles mesures réglementaires, l’Anses émet les recommandations suivantes :
- Ne pas utiliser de produits de lissage capillaire contenant de l’acide glyoxylique ;
- En cas de symptômes inhabituels pendant l’application ou dans les heures suivant la réalisation d’un lissage capillaire (douleurs lombaires, fatigue, nausées…), que le produit contienne de l’acide glyoxylique ou non, il est recommandé de consulter un médecin ou de contacter un centre antipoison en indiquant la réalisation d’un lissage capillaire ;
- Pour contacter un centre antipoison : se rendre sur le site Internet Centres-antipoison.net ou appeler le (33)1 45 42 59 59 ;
- En cas de symptômes inhabituels pendant l’application ou dans les heures suivant la réalisation d’un lissage capillaire (douleurs lombaires, fatigue, nausées…), que le produit contienne de l’acide glyoxylique ou non, il est également recommandé de déclarer l’incident sur le portail de signalement des évènements sanitaires indésirables du ministère en charge de la santé : Signalement.social-sante.gouv.fr/
À noter que la vigilance doit être de mise pour des lissages capillaires réalisés chez le coiffeur, en salon ou à domicile, mais aussi directement par le consommateur. Les produits capillaires lissants susceptibles de contenir de l’acide glyoxylique (même si leur étiquetage ne le précise pas) sont en effet disponibles dans le commerce et peuvent être achetés directement par le grand public. Ces lissages sont parfois – mais pas systématiquement – présentés sous certaines dénominations (« lissages brésiliens », « lissages indiens », etc.).
Une première alerte auprès du dispositif de cosmétovigilance en France
En janvier 2024, l’Anses, nouvellement en charge de la cosmétovigilance en France, a reçu de la part d’un néphrologue le signalement d’un cas d’insuffisance rénale aiguë supposée en lien avec l’utilisation d’un produit de lissage capillaire. Ce signalement concernait une femme ayant connu trois épisodes d’insuffisance rénale aiguë en trois ans qui se sont déclarés systématiquement quelques heures après la réalisation d’un lissage capillaire. Le seul événement commun aux trois épisodes était en effet l’application d’un soin capillaire le jour du début des symptômes (La cosmétovigilance consiste à assurer une surveillance et, le cas échéant, à identifier des effets indésirables chez l’humain liés à des produits d’hygiène ou de beauté que l’on classe, selon la réglementation, dans la catégorie dite des « cosmétiques », ndlr.)
Lors des trois épisodes, les premiers symptômes étaient une sensation de brûlure du cuir chevelu durant toute la durée de l’application, puis l’apparition d’ulcérations du cuir chevelu. Une douleur lombaire apparaissait dans l’heure suivant le soin, suivie de nausées et d’asthénie le jour même. Les produits utilisés lors des deux premiers soins lissants n’ont pu être identifiés. Le troisième produit, lui, était connu.
Des effets indésirables graves qui suscitent l’attention
Les néphrologues ayant pris en charge cette patiente ont mené des recherches afin d’identifier l’origine de cet effet. Ils ont ainsi établi un lien de causalité entre l’insuffisance rénale aiguë et une substance contenue dans le produit utilisé lors du troisième soin, l’acide glyoxylique. Ces conclusions résultent, d’une part, de l’observation de la toxicité rénale de l’acide glyoxylique chez la souris et, d’autre part, de l’existence de cas humains similaires identifiés dans plusieurs pays, notamment en Israël.
L’acide glyoxylique est utilisé dans les produits de lissage capillaire en remplacement du formaldéhyde. Le formaldéhyde était utilisé dans les produits cosmétiques et notamment pour les lissages capillaires, mais a été interdit en 2019 du fait de son classement comme substance cancérogène en 2014 dans le cadre du règlement européen CLP. L’industrie a alors développé des alternatives, dont l’acide glyoxylique.
Au regard de ces éléments, l’Anses s’est autosaisie pour dresser un état des lieux des connaissances sur la toxicité rénale de l’acide glyoxylique présent dans les produits lissants et déterminer si un encadrement des conditions d’utilisation de cette substance était nécessaire.
En août 2024, deux nouveaux signalements d’insuffisance rénale aiguë chez des personnes s’étant fait lisser les cheveux ont été adressés à l’Anses. Ces signalements concernaient des femmes, ayant présenté des symptômes tels que des maux de tête, des douleurs lombaires, des nausées, de la fatigue, ou encore une soif excessive dans les heures suivant le soin. Leurs analyses de sang ont mis en évidence une augmentation significative des taux de créatinine, un marqueur biologique de l’insuffisance rénale. Aucune autre cause explicative n’a pu être identifiée. L’évolution de leur état de santé a été favorable, après une hydratation, voire une hospitalisation de plusieurs jours pour l’une d’elles.
Appliqué sur le cuir chevelu, l’acide glyoxylique peut pénétrer dans l’organisme
L’analyse de la littérature scientifique menée par l’Anses a permis d’identifier des données à la fois expérimentales et cliniques établissant un lien entre l’utilisation de produits lissants pouvant contenir de l’acide glyoxylique et la survenue d’une insuffisance rénale aiguë dans les heures qui suivent.
Concernant les 26 cas similaires survenus entre 2019 et 2022 en Israël, pour certains d’entre eux, des biopsies rénales ont révélé la présence des dépôts de cristaux d’oxalate de calcium. Ces derniers peuvent constituer des calculs rénaux qui altèrent le fonctionnement des reins de façon parfois sévère. Parmi ces 26 cas, 11 patientes ont été exposées à des produits de lissage à base de kératine affichant, dans leur composition, des « dérivés de l’acide glycolique ». Pour les autres, le type de produit lissant n’a pas été identifié.
À également été recensé en Suisse, et présenté dans une publication datant de 2024, le cas d’une femme d’une quarantaine d’années ayant développé une insuffisance rénale aiguë après un lissage des cheveux. La biopsie rénale avait également montré des dépôts de cristaux d’oxalate de calcium. La composition du produit utilisé reste cependant inconnue.
Par ailleurs, des tests expérimentaux menés sur des rongeurs ont confirmé le rôle néphrotoxique de l’acide glyoxylique lors d’une exposition par voie cutanée. Enfin, la formation de cristaux d’oxalate dans l’organisme à partir de l’acide glyoxylique a également été démontrée.
L’ensemble de ces données suggèrent donc que l’acide glyoxylique, lorsqu’il est appliqué sur le cuir chevelu, peut pénétrer dans l’organisme et se transformer en oxalate de calcium.
Une substance dont l’utilisation n’est ni encadrée ni limitée
À la suite de l’analyse de l’ensemble des données existantes, l’Anses a donc publié en janvier 2025 un avis qui conclut au rôle causal fortement probable de l’acide glyoxylique dans la survenue d’insuffisances rénales aiguës observées après l’application de produits lissants.
À ce jour, cette substance ne fait cependant pas l’objet de dispositions spécifiques dans le cadre du règlement cosmétique (en particulier selon les annexes II et III, qui correspondent respectivement aux substances interdites et aux substances faisant l’objet de restrictions). Son utilisation n’est donc ni encadrée ni limitée.
Comme l’interdiction ou la restriction d’une substance cosmétique ne peut se faire au niveau national, l’Anses recommande donc de réaliser une évaluation des risques au niveau européen afin de statuer sur la sécurité de l’utilisation de cette substance dans les produits de soins capillaires et, par voie de conséquence, sur la nécessité de telles mesures réglementaires.
De plus, l’Anses préconise qu’une attention particulière soit portée aux substances (présentes dans les produits capillaires et autres produits cosmétiques) pouvant se métaboliser en acide glyoxylique.
En mars 2025, l’Anses a présenté ses travaux devant le groupe de travail sur les cosmétiques organisé par la Commission européenne réunissant les États membres et les parties prenantes. À la suite de quoi, un appel à données a été lancé par la Commission européenne dans le but de compiler toutes les informations scientifiques disponibles afin d’évaluer la sécurité de cette substance dans les produits cosmétiques. Cet appel à données est ouvert jusqu’au 8 avril 2026.
Se mobiliser pour protéger le public en Europe et dans l’Union européenne
Il est à noter que, depuis octobre 2024, 15 nouveaux cas d’insuffisance rénale aiguë ont été signalés en France. Ces nouveaux cas ont, par ailleurs, montré que l’acide glyoxylique pouvait être présent dans les produits même si ce n’était pas mentionné sur l’étiquette.
En effet, parmi les six produits pour lesquels il n’était pas fait mention de la substance dans la composition, l’analyse de trois d’entre eux a confirmé qu’ils en contenaient. Deux nouveaux cas ont également été publiés dans la littérature scientifique en Tunisie et en Algérie.
Cet exemple démontre par ailleurs l’importance de signaler tout effet indésirable lié à ces produits et aux produits cosmétiques sur le portail de signalement des événements indésirables du ministère en charge de la santé. Ces signalements sont essentiels afin de mieux comprendre les risques et protéger les consommateurs.
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Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.
– ref. Lissages capillaires : attention au risque d’insuffisance rénale aiguë – https://theconversation.com/lissages-capillaires-attention-au-risque-dinsuffisance-renale-aigue-275738








