Les débuts prometteurs de la voiture électrique au XIXᵉ siècle

Source: The Conversation – France (in French) – By Gilles Garel, Professeur titulaire de la chaire de gestion de l’innovation, Conservatoire national des arts et métiers (CNAM)

À droite, la *Jamais Contente* de Camille Jenatzy, première voiture à avoir franchir la vitesse de 100 km/h. À gauche, un taxi new-yorkais Electrobat, modèle construit en 1894 par l’ingénieur mécanique Henry G. Morris et le chimiste Pedro G. Salom. Max de Nansouty/New York Tribune, CC BY

On ne le sait pas toujours, mais l’histoire de l’automobile électrique commence au XIXᵉ siècle, époque où elle battait des records de vitesse et dominait parmi les flottes de taxis de grandes villes comme New York. Alors que le véhicule électrique s’impose aujourd’hui comme une alternative incontournable pour un transport individuel moins carboné, retour sur ses débuts oubliés et les raisons de son déclin avec Gilles Garel, professeur titulaire de la chaire de gestion de l’innovation du Cnam et membre du conseil scientifique de l’exposition à succès Flops ? ! du Musée des arts et métiers.


L’histoire de l’automobile est indissociable de celle des moteurs. À la fin du XIXᵉ siècle, trois modes de propulsion se partagent le marché naissant de l’automobile : le moteur à essence (ou thermique), le moteur électrique et le moteur à vapeur.

En 1800, Alessandro Volta invente la pile voltaïque zinc-argent, permettant de stocker de l’énergie électrique. Avec l’invention de la première batterie rechargeable au plomb-acide en 1850, puis les améliorations du physicien Gaston Planté et de l’ingénieur chimiste Camille Alphonse Faure, les premiers véhicules électriques (VEL) apparaissent en Europe et aux États-Unis à la fin des années 1880, même si des prototypes isolés ont déjà circulé cinquante ans auparavant. L’essor des VEL s’appuie ensuite sur trois grandes pratiques.

Du sport et des records de vitesse

Les usages sportifs jouent d’abord un rôle essentiel dans la mise au point et la fiabilisation. Les moteurs électriques fournissent alors un couple maximal dès le démarrage, c’est-à-dire qu’ils délivrent une forte puissance pendant un court moment sans la complexité mécanique des moteurs thermiques de l’époque (vibrations, surchauffe, carburateurs imprécis…).

Dès 1895, des VEL participent ainsi aux premières grandes courses automobiles. Entre 1896 et 1904, plusieurs records de vitesse sont battus : le pilote belge Camille Jenatzy franchit les 100 km/h en 1899 avec la Jamais Contente, tandis que la Baker Torpedo Kid atteint 167 km/h en 1904 aux États-Unis. La presse est friande de ces exploits et relate les exploits des pilotes.

Camille Jenatzy et sa femme lors de la célébration du record établi avec la Jamais Contente en 1899 aux Tuileries
Camille Jenatzy et sa femme lors de la célébration du record établi avec la Jamais Contente en 1899 aux Tuileries.
Jules Beau

Des taxis fiables

Les flottes de taxis pour le service urbain, en lieu et place des fiacres hippomobiles, constituent un second usage des premiers VEL. Ici, la vitesse importe moins que la fiabilité et l’autonomie.

Dès les années 1890, des compagnies se développent aux États-Unis et en Europe avec des infrastructures de recharge et d’échange de batteries. Les producteurs d’électricité y voient un débouché pour lisser leur production grâce à des recharges nocturnes.

À l’instar de la London Electric Cab Company, créée en 1896, ou de l’Electric Vehicle Company Service, créée en 1897, à New York, des sociétés investissent dans les infrastructures électriques de transports, support d’un service urbain intégrant tramways, trolleys et taxis électriques. D’autres grandes villes américaines, comme Boston et à Baltimore, installent des centres d’échanges de batteries. Ces dernières sont remplacées en quelques minutes. À New York, plus de 600 taxis Electrobat circulent en 1900 sur un total de 1 000 VEL et le marché projeté à cinq ans est alors évalué à 15 000 taxis.

Des taxis Electrobat Taxis à Manhattan en 1898
Des taxis Electrobat à Manhattan en 1898.
« New York Tribune », novembre 1919.

À Paris, plusieurs entreprises lancent des fiacres électriques et organisent la reconversion des cochers en chauffeurs. La Compagnie française des voitures électromobiles est créée en 1898 et exploite des fiacres électriques. Sa station de recharge parisienne traite 40 véhicules à la fois. L’année suivante, la puissante Compagnie générale des voitures, alors en charge d’une cavalerie de 12 000 chevaux, franchit le pas de la mécanisation.

Des véhicules pour les femmes aisées

Enfin, un premier marché privé du VEL va se développer en Europe et aux États-Unis. Le cas américain est intéressant, car en raison du piètre réseau routier interurbain, la faible autonomie des VEL permet de concentrer les trajets sur les grandes villes où se trouve aussi une clientèle aisée et féminisée. Lorsque la Ford T est lancée en 1908, le démarrage de son moteur (à essence) nécessite l’activation d’une grosse manivelle, là où les VEL de la fin du XIXᵉ siècle se démarrent en activant un interrupteur.

À New York en 1900, 38 % des voitures sont des VEL, 22 % sont des voitures à moteur à thermique et 40 % sont des voitures à vapeur. L’Electric Vehicle Association of America est fondée en 1909. Elle offre des tarifs préférentiels en heures creuses, exploite directement des garages publics, promeut les VEL dans un système intermodal taxi-train.

Toutefois, en dépit de ces débuts prometteurs, les VEL disparaissent presque en près d’une génération. Comment expliquer cela ?

Une autonomie limitée et un conflit mondial

Les partisans de l’approche déterministe expliquent la marginalisation du VEL par des facteurs techniques et économiques qui le rendent intrinsèquement inférieur aux véhicules à essence : autonomie limitée (l’essence stocke énormément plus d’énergie par kilogramme qu’une batterie), contrainte de recharge, manque de fiabilité des batteries et prix.

Alors que la guerre de 1914 justifie des besoins d’autonomie et d’approvisionnement distribués, les progrès sur les batteries stagnent. Le lancement de la Ford T en 1908 a déjà commencé à démocratiser le véhicule thermique personnel.

La production de masse abaisse durablement les prix par l’effet d’économie d’échelle. En 1913, la production annuelle atteint 180 000 véhicules. Le prix de vente passe de 850 $ en 1909 (soit entre 27 000 et 31 000 euros selon le taux de change, NDLR) à 260 $ en 1925 (soit 4 500 euros environ, NDLR).

En 1912, un véhicule thermique se vend pour environ 650 $ (environ 18 000 euros, NDLR) contre 1 750 $ pour un VEL (environ 50 000 euros, NLDR. Dans le même temps, l’offre pétrolière s’élargit avec la découverte de nouveaux gisements et les prix baissent.

Des facteurs sociaux et institutionnels

De son côté, l’approche constructiviste analyse l’échec des technologies par des facteurs contingents, sociaux, culturels et institutionnels. Le conflit de 1914 développe une formation massive à la conduite de camions à essence et une construction massive de grandes usines de fabrication. Après la guerre, ces développements facilitent l’expansion de la motorisation à essence.

La bascule se joue aussi du côté des usages et des infrastructures. L’arrivée du démarreur électrique chez Cadillac en 1912, puis chez rapidement tous les constructeurs, rend inutile la manivelle de démarrage du moteur thermique. Cette innovation met fin à l’avantage du démarrage facile et non salissant des premiers VEL.

En parallèle, les fonctions aval se structurent pour le véhicule thermique : entretien, distribution, réparation, alors que l’électrique demeure organisé autour de dépôts et de recharges planifiées de flotte et ne parvient pas à développer le marché individuel.

Un verrouillage progressif

Les recherches historiques ne montrent pas l’existence d’un « complot » délibéré des lobbies pétroliers pour éliminer le VEL, mais un verrouillage progressif du système automobile autour du pétrole et du moteur thermique.

On peut toutefois citer le célèbre cas de National City Lines, une entreprise de transport en commun créée en 1936 à Chicago (Illinois) par des actionnaires des secteurs de l’automobile, du pétrole et des pneumatiques, qui ont intérêt à voir disparaître les transports publics et, en particulier, les tramways électriques qui occupent la chaussée, entravant la circulation de leurs voitures.

National City Lines rachète de très nombreux réseaux de tramways américains, officiellement pour les gérer, en réalité pour les remplacer par des bus. L’entreprise sera condamnée lors d’un procès antitrust en 1949, mais aura anéanti les réseaux de tramways.

Relevons aussi que les constructeurs, les agences publicitaires et les industries pétrolières contribueront à la construction d’un imaginaire et d’une mythologie virilisée de l’automobile thermique.

La généralisation des stations-essence

Ainsi, aux États-Unis, malgré les efforts de l’Electric Vehicle Association of America, les infrastructures de recharge restent insuffisantes, freinées par une électrification domestique incomplète. Les difficultés de l’Electric Vehicle Company (retards, incendies, faillite) fragilisent durablement la filière.

Parallèlement, le développement des liaisons interurbaines favorise le moteur thermique, plus adapté aux longs trajets et au ravitaillement rapide. L’accès à l’essence est aussi facilité. Si les stations-service se généralisent en Occident après la Première Guerre mondiale, on trouve déjà de l’essence auparavant chez les commerçants de proximité. Plus il y a de voitures thermiques, plus les infrastructures essence deviennent rentables et se développent.

Des pénuries de pétrole qui questionnent

Le VEL ne disparaît pas complètement, mais se niche sur des petits marchés (taxis, livraison). En 1942, une étonnante petite voiture en aluminium, l’Œuf électrique, œuvre du designer français Paul Arzens, avec son autonomie de 100 kilomètres et une vitesse de 70 km/h, circule à Paris, en pleine période de pénurie de carburant. Mais il s’agit d’un exemplaire unique.

L’Œuf électrique du designer industriel parisien Paul Arzens
L’Œuf électrique du designer industriel parisien Paul Arzens (1903-1990).
Rob Oo, CC BY

Le choc pétrolier de 1973 relance temporairement l’intérêt pour l’électrique. En France, une petite série de Renault 5 électrique est développée avec EDF. L’ère moderne du VEL débute véritablement en 1996 avec le lancement de l’EV1 par General Motors, mais le véritable tournant intervient en 2017 avec la Tesla Model 3, dont le lancement suscite 450 000 précommandes en une semaine. À partir de 2020, le marché mondial des VEL et des hybrides rechargeables connaît une forte accélération, dominée par la Chine.

Qualifié par certains d’« éternellement émergent », le VEL traverse actuellement le début de la période qui lui permettra enfin de s’imposer.

The Conversation

Gilles Garel ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Les débuts prometteurs de la voiture électrique au XIXᵉ siècle – https://theconversation.com/les-debuts-prometteurs-de-la-voiture-electrique-au-xix-siecle-283821

Comment fonctionnent les climatiseurs et les pompes à chaleur ? L’éclairage de la thermodynamique

Source: The Conversation – France in French (2) – By Alexandre Malley-Ernewein, Maître de Conférence au CETHIL (Centre d’Energétique et de Thermique de Lyon – UMR5008), Université Claude Bernard Lyon 1

De fortes chaleurs sont attendues sur la France dans le courant des prochains jours. Face à des étés toujours plus chauds, la climatisation est de plus en plus incontournable dans les commerces et les logis. Dans le même temps, les pompes à chaleur s’imposent pour chauffer de façon plus performante pendant la saison froide. Comment fonctionnent ces appareils ? Ils s’appuient en réalité sur les mêmes bases thermodynamiques. Mais attention : le changement climatique pourrait bien leur faire atteindre leurs limites physiques.


Après ceux de 2002 et de 2022, l’été 2025 a été le troisème été le plus chaud en France : deux vagues de chaleur l’ont marqué de par leur précocité, leur intensité et leur durée. Ainsi, l’été dernier a enregistré une anomalie thermique de + 1,9 °C (+ 3,3 °C pour juin).

En raison du changement climatique, et même lorsque nos sociétés auront atteint la neutralité carbone, la fréquence et l’intensité de ces épisodes de fortes chaleurs vont continuer à augmenter pendant plusieurs décennies. En conséquence, un sujet s’est imposé dans les discussions : la climatisation, en tant que moyen d’adaptation au changement climatique.




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Avant même de débattre de la pertinence d’installer des climatiseurs et de mesurer leurs impacts (énergétique, sonore, thermique), il faut comprendre comment fonctionnent ces équipements. Les climatiseurs (et plus généralement, les systèmes de refroidissement) sont la directe application des principes d’une branche des sciences physiques, la thermodynamique, dont l’objet est l’étude des transferts d’énergie – en particulier de chaleur.

Spontanément, un transfert de chaleur survient du milieu présentant la température la plus élevée (la source chaude) vers celui de la plus faible température (la source froide). Par exemple, quand la température extérieure est supérieure à celle d’un local, le transfert de chaleur se produit de l’extérieur vers l’intérieur par l’intermédiaire des parois du bâtiment.

Un système de climatisation permet d’effectuer l’opération inverse, grâce à un apport d’énergie externe : prélever de l’énergie de la source froide (l’intérieur) pour la transférer vers la source chaude (l’extérieur). Il est alors possible de refroidir l’intérieur en rejetant l’énergie à l’extérieur, même s’il y fait plus chaud. Le principe de fonctionnement d’une pompe à chaleur (PAC) est le même : un local peut-être chauffé en récupérant de l’énergie à l’extérieur, alors même qu’il y fait plus froid.

Pour comprendre comment tout cela est possible, il faut mobiliser les savoirs issus de la thermodynamique.

Le cycle frigorifique, au cœur des climatiseurs et pompes à chaleur

Pour opérer ce transfert d’énergie, on tire parti des propriétés d’un fluide dit « frigorigène ». Ces derniers ont la particularité de pouvoir changer d’état, c’est-à-dire de passer d’une phase liquide à gazeuse et inversement. C’est souvent cette caractéristique qui sera utilisée pour extraire la chaleur.

On parle de « cycle frigorifique » pour décrire les quatre transformations successives qui sont permises par l’utilisation d’un climatiseur ou d’une pompe à chaleur.

Ces transformations peuvent être représentées sur un diagramme enthalpique, aussi appelé « diagramme de Mollier ». L’enthalpie est une grandeur physique souvent utilisée en thermodynamique. Elle peut être envisagée comme un potentiel énergétique qui inclut à la fois les énergies thermique (chaleur) et mécanique, en lien avec des variations de pression et de volume du système.

Schéma d’un diagramme de Mollier, avec les zones d’états et une isotherme (le long de celle-ci, la température est constante).
Fourni par l’auteur

Cette représentation peut sembler complexe à première vue, mais elle permet de visualiser rapidement l’évolution du fluide frigorigène et, en particulier, ses changements d’état. Elle présente la pression du fluide en ordonnée et son enthalpie en abscisse.

Ce diagramme est divisé en trois parties par la « cloche » qui est en son centre, nommée « courbe de saturation ». Celle-ci indique la limite entre différents états du fluide : à droite, le fluide à l’état de vapeur et, à gauche, le fluide sous forme de liquide. La zone située sous la courbe correspond à l’état de mélange liquide-vapeur du fluide.

Ce diagramme sert à représenter les transformations du cycle frigorifique, comme le montre le schéma ci-dessous.

Schéma d’un diagramme de Mollier, avec représentation des quatre transformations d’un cycle frigorifique simple.
Fourni par l’auteur

Les étapes sont les suivantes :

  • 1 à 2 : le fluide frigorigène est à l’état de vapeur ; il est comprimé, ce qui fait augmenter sa pression et sa température ainsi que son enthalpie. C’est le seul apport d’énergie du cycle. Celle-ci est sous forme d’énergie mécanique, produite par un compresseur, qui lui-même consomme de l’électricité.

  • 2 à 3 : le fluide, toujours à l’état de vapeur, mais à haute pression et haute température, traverse alors un échangeur de chaleur, dans lequel il va céder de l’énergie thermique à la source chaude (pour un climatiseur, l’air extérieur, pour une PAC en hiver, l’air intérieur), celle-ci étant nécessairement à une température plus basse que celle du fluide. Cet échangeur est appelé « condenseur », car ce refroidissement provoque la condensation de la vapeur qui devient liquide. L’enthalpie du fluide diminue alors.

  • 3 à 4 : le fluide traverse un détendeur, où un changement de section de la conduite fait baisser la pression.

  • 4 à 1 : le fluide, désormais majoritairement liquide, à basse pression et basse température, traverse un échangeur où il reçoit de la chaleur de la source froide (pour un climatiseur, l’air intérieur, pour une PAC en hiver, l’air extérieur), son enthalpie augmente. Cet échangeur est appelé « évaporateur », car le fluide frigorigène y passe de l’état liquide à celui de vapeur.

Le cycle frigorifique permet de, simultanément, refroidir et réchauffer les températures de deux milieux, par exemple intérieur et extérieur, en transférant de l’énergie de l’un à l’autre.
MakiZen, CC BY-NC-SA

Ces transformations peuvent sembler contre-intuitives, car le fluide frigorigène cède de la chaleur majoritairement sans changer de température, mais en changeant d’état. C’est la différence entre chaleur sensible – liée à un changement de température – et chaleur latente – liée à un changement d’état de la matière.

Le cycle est entretenu tant qu’il y a un besoin de transférer de la chaleur de la source froide à la source chaude, grâce au fonctionnement du compresseur qui met le fluide en mouvement.

Les « splits » extérieurs des pompes à chaleur et climatiseurs font désormais partie des paysages urbains.
Joost J. Bakker/Flickr, CC BY-NC

Lorsqu’un climatiseur est utilisé pour rafraîchir un local, le condenseur est placé à l’extérieur (le « split » extérieur) et l’évaporateur à l’intérieur (la « cassette »).

Dans le cas d’un système réversible, capable de chauffer en hiver et de refroidir en été, les échangeurs changent de rôle en fonction des saisons, à l’aide d’une vanne 4 voies.

Des systèmes poussés à leurs limites physiques par le changement climatique

Une des principales limites des climatiseurs réside dans leur principe même : leurs performances dépendent des caractéristiques du fluide frigorigène, mais aussi fortement des températures des sources froide et chaude.

Par exemple, l’énergie nécessaire à la compression augmente avec l’écart entre les températures des sources. Le coefficient de performance (COP), c’est-à-dire le rapport entre la chaleur extraite à l’évaporateur et l’électricité consommée, va alors baisser en proportion. C’est d’ailleurs pour cela que la consommation des pompes à chaleur, en hiver, augmente lorsque les températures extérieures diminues. Elles sont parfois munies, pour compenser la baisse du COP lors de températures extérieures très basses, de résistances électriques pour fournir un chauffage d’appoint.

En outre, un fluide frigorigène a des caractéristiques fixes, notamment l’enthalpie de changement d’état (et, en particulier, celle pour passer de l’état liquide à gazeux, que l’on appelle souvent « chaleur latente de vaporisation »), qui dépend de la pression et de la température. Si la température de la source chaude augmente, il ne sera peut-être pas possible de comprimer indéfiniment le fluide pour pouvoir lui céder de la chaleur. Autrement dit, on peut atteindre les limites physiques du cycle frigorifique pour le fluide utilisé.

Or, en France, avec le changement climatique, la température extérieure – la source chaude – va continuer à augmenter en été. Ainsi, un climatiseur installé en 2000 ou en 2020 ne sera pas nécessairement toujours capable de refroidir en 2035.

Par ailleurs, ces fluides ont un pouvoir de réchauffement bien supérieur à celui du CO₂, ce qui questionne leur usage en raison du risque de fuites. C’est pourquoi une réglementation de plus en plus contraignante s’applique à ces produits.

Des risques de « maladaptation » pour les villes

Dans ce contexte, deux problématiques vont se poser pour les villes : l’augmentation de la consommation électrique lors des périodes estivales et celle, locale, de la température dans les zones urbaines due au rejet de chaleur des climatiseurs.

Une étude de 2024 fondée sur des simulations numériques a ainsi montré, pour la ville de Toulouse (Haute-Garonne), que la généralisation de l’usage de la climatisation entraînerait une augmentation de la consommation énergétique en période estivale de 54 %. Si ces climatiseurs sont réversibles et peuvent assurer le chauffage en hiver, en fonctionnant comme une PAC, l’économie d’énergie sur l’année serait de l’ordre de 32 %, car ils ont un meilleur rendement que les chaudières et radiateurs qu’ils remplaceraient.

En 2012 déjà, d’autres simulations numériques montraient que, à Paris, l’augmentation locale de température due au rejet de chaleur pouvait atteindre 2 °C pendant une période de canicule similaire à celle de 2003. Ce résultat est toutefois à nuancer, car le modèle utilisé comporte des simplifications dans la représentation des phénomènes physiques. Ceci appelle à des études complémentaires.

Si les climatiseurs permettent d’évacuer la chaleur de nos lieux de vie, le changement climatique va exacerber leurs limites. Leur généralisation dans nos sociétés nous demande d’étudier leurs impacts sur nos environnements.

Dans tous les cas, elles ne sauraient être l’unique solution qui permettra d’assurer des conditions vivables, en particulier pour les publics les plus vulnérables (par exemple, personnes âgées, jeunes enfants, personnes malades).




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The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. Comment fonctionnent les climatiseurs et les pompes à chaleur ? L’éclairage de la thermodynamique – https://theconversation.com/comment-fonctionnent-les-climatiseurs-et-les-pompes-a-chaleur-leclairage-de-la-thermodynamique-273417

100 millions d’enfants africains ne sont pas scolarisés : les causes de cette tendance et comment y remédier

Source: The Conversation – in French – By Moses Ngware, Senior Research Scientist, African Population and Health Research Center

De nombreux pays africains ont adopté des politiques d’éducation de base universelle au cours des dernières décennies. Cependant, des données récentes ont révélé que plus de 100 millions d’enfants et d’adolescents ne sont toujours pas scolarisés, sur une population potentielle totale de 469 millions. Les dernières statistiques indiquent qu’après plusieurs années de progrès, la situation se détériore. Moses Ngware, spécialiste de l’éducation et de l’autonomisation des jeunes, et ses collègues chercheurs ont récemment mené une analyse des tendances sur les 25 dernières années. Leurs principales conclusions sont présentées ci-dessous.

Quelles sont les tendances en matière de fréquentation scolaire en Afrique pour l’ensemble des tranches d’âge ?

En 2000, le nombre d’enfants non scolarisés dans le primaire, le premier cycle du secondaire et le deuxième cycle du secondaire dépassait les 100 millions. Il est tombé à environ 90 millions en 2014, puis est remonté à 100 millions en 2025.

Au regard de la forte croissance démographique de l’Afrique, supérieure à 2,5 %, ces chiffres absolus suggèrent que la scolarisation ne suit pas le rythme.

Néanmoins, entre 2000 et 2024, la proportion d’enfants et d’adolescents non scolarisés a diminué à tous les niveaux d’enseignement. Elle est passée de 37 % à 20 % pour le primaire, de 47 % à 35 % pour le premier cycle du secondaire et de 56 % à 47 % pour le deuxième cycle du secondaire. Et ce, bien que les chiffres absolus d’enfants non scolarisés restent élevés.

Parmi les pays ayant enregistré les progrès les plus importants figurent la Côte d’Ivoire, l’Éthiopie, la Guinée, Madagascar et le Mozambique. Ces progrès ont été favorisés par au moins deux facteurs principaux. Premièrement, des mesures politiques ciblées qui leur ont permis d’atteindre une bonne couverture en peu de temps. Deuxièmement, une forte volonté politique combinée à une approche multisectorielle. Ces approches comprenaient la combinaison de transferts monétaires conditionnels aux ménages, de distributions alimentaires, de l’élargissement de l’accès à l’école et de la mise en œuvre de politiques d’éducation universelle réduisant le coût de la scolarité pour les ménages.

D’autre part, certains pays n’ont réalisé que peu ou pas de progrès. Il s’agit notamment de l’Angola, du Cap-Vert, du Lesotho, du Soudan du Sud et du Zimbabwe. Les principaux facteurs expliquant ces faibles progrès sont :

  • l’instabilité politique, comme on le voit au Soudan du Sud

  • de mauvais résultats économiques, comme on le constate au Zimbabwe

  • le coût d’opportunité élevé de la scolarisation, comme on le voit au Lesotho, où les garçons abandonnent l’école en raison de mécanismes d’adaptation liés à la pauvreté, notamment l’élevage du bétail, et où seul un garçon sur cinq termine la 12e année.

Quels sont les changements notables observés ces dernières années ?

Au cours des cinq dernières années, nous avons constaté une augmentation constante du nombre absolu d’enfants et d’adolescents non scolarisés. Il est passé de 95 millions à 100 millions, avec en moyenne environ 1 million d’enfants qui ne passent pas du primaire au secondaire, abandonnent l’école ou ne se sont jamais inscrits.

Deux facteurs principaux expliquent cette tendance. Premièrement, le financement : les subventions à l’éducation de base universelle mises en place au début des années 2000 ont perdu de leur efficacité. Ces subventions avaient rendu l’éducation de base abordable pour de nombreux ménages.

Sur les 42 pays africains ayant inscrit la gratuité de l’éducation dans leurs politiques, seuls trois étaient en mesure d’offrir une scolarité gratuite en 2025. Le financement de l’éducation par les organisations multilatérales a également été réduit. L’aide à l’éducation en Afrique a également diminué de de 7 % en 2024. Le second facteur est l’impact de la pandémie de COVID-19. Environ 10 millions d’élèves ayant quitté l’école en raison des confinements ne sont jamais revenus. Parmi les raisons figurent les mariages forcés chez les filles et le travail des enfants chez les garçons.

À tous les niveaux de scolarité, des taux plus élevés qu’auparavant d’enfants et d’adolescents non scolarisés ont été observés dans la région du Sahel, en République centrafricaine, au Tchad, en Mauritanie et dans le nord du Nigeria. Ces pays ou régions sont caractérisés par des violences à motivation politique, de rudes changements climatiques et une faible tradition de scolarisation.

Pourquoi l’achèvement de la scolarité est-il important pour les sociétés ?

Les principaux avantages de l’achèvement de la scolarité pour les sociétés comprennent l’accès à un emploi décent, l’autonomisation des filles et l’amélioration des résultats en matière de santé. Une année supplémentaire de scolarité augmente les revenus sur toute la durée de vie d’un individu d’environ 10 % en moyenne, avec un potentiel d’augmentation du pouvoir d’achat de cet individu. Ces avantages peuvent également se répercuter sur les ménages en leur apportant une stabilité financière et un meilleur soutien familial.

Pour les filles, l’achèvement de la scolarité est essentiel pour leur participation à la prise de décision au niveau de la société. Des recherches montrent que le pouvoir de décision d’une femme, notamment en matière d’éducation de ses enfants ou d’investissements, augmente avec son niveau d’éducation. Cela a une incidence sur l’indépendance économique et l’égalité des sexes au sein de la société.

De plus, et en lien avec ces deux avantages, les enfants de mères ayant achevé leurs études secondaires présentent un taux de mortalité avant l’âge de 3 ans inférieur de 45 %.

Cela signifie que ces enfants ont environ deux fois moins de risques de mourir avant l’âge de 3 ans que ceux nés de mères sans instruction.

Quelles sont les dynamiques de genre ?

En 2025, la proportion de garçons non scolarisés, à 51 %, n’était que légèrement supérieure à celle des filles. Cependant, le taux de filles non scolarisées était en hausse — en augmentation de deux points de pourcentage en dix ans.

Si cette tendance se poursuit, la proportion de filles non scolarisées dépassera celle des garçons dans les années à venir. Cela aggravera les vulnérabilités auxquelles les filles défavorisées sont confrontées tout au long de leur parcours scolaire et lors de leur transition vers le monde du travail.

De plus, les progrès réalisés au cours des trois dernières décennies pour réduire les écarts entre les sexes dans l’éducation seront compromis. L’érosion des acquis en matière d’éducation a de graves conséquences, en particulier pour les filles. Par exemple, nous risquons d’assister à une augmentation du nombre de femmes se mariant beaucoup plus tôt et à une hausse de la natalité chez les adolescentes.

Quels enseignements peut-on tirer des pays les plus performants ?

Il y a un certain nombre d’enseignements importants à tirer des pays qui ont réduit le nombre d’enfants et d’adolescents non scolarisés.

Premièrement, l’Algérie, le Ghana, le Kenya et le Rwanda se sont appuyés sur un cadre politique national solide soutenu par une volonté politique, une bonne coordination de l’État et le soutien des bailleurs de fonds et des partenaires.

Deuxièmement, il est important de mettre en place un soutien social ciblé, tel que l’alimentation scolaire et les transferts monétaires conditionnels. Des évaluations rigoureuses s’appuyant sur des données concrètes sont nécessaires.

Troisièmement, il faut supprimer les frais ou taxes au niveau de l’enseignement de base, ainsi que des versements financiers en temps opportun et la fourniture de matériel scolaire.

Quatrièmement, il ressort que les mesures d’action positive en faveur des populations vulnérables constituent un investissement inestimable. Ces populations comprennent les filles défavorisées, les enfants issus de zones rurales reculées, les enfants en situation de handicap et les enfants issus de ménages pauvres.

Enfin, d’autres interventions peuvent apporter une valeur ajoutée selon le contexte. Il s’agit notamment de réduire les distances de trajet grâce à l’extension des infrastructures et d’assouplir les conditions d’entrée à l’école, par exemple en autorisant une inscription tardive afin d’améliorer la participation. Une autre solution consiste à mettre en place des programmes de rattrapage, c’est-à-dire à accélérer la progression pour rattraper le temps perdu et combler les lacunes d’apprentissage.

The Conversation

Moses Ngware bénéficie d’un financement du Centre africain de recherche sur la population et la santé (APHRC)

– ref. 100 millions d’enfants africains ne sont pas scolarisés : les causes de cette tendance et comment y remédier – https://theconversation.com/100-millions-denfants-africains-ne-sont-pas-scolarises-les-causes-de-cette-tendance-et-comment-y-remedier-283286

Soins de longue durée : qu’est-ce qui influence le choix des enfants pour leurs parents âgés?

Source: The Conversation – in French – By Marie-Louise Leroux, Professeure titulaire en Sciences Economiques, Université du Québec à Montréal (UQAM)

Qui s’occupera de nous en vieillissant, et à quel prix pour ceux qui restent ? Entre obligations familiales et contraintes professionnelles, les choix des futurs proches aidants sont loin d’être évidents. Dans un contexte de vieillissement rapide de la population, cette question devient centrale.


Qui prendra en charge les personnes âgées en cas de perte d’autonomie ? Si les systèmes publics jouent un rôle essentiel, ils ne peuvent répondre seuls à la demande croissante de soins de longue durée. Actuellement, une large part des soins repose sur les proches.

Comment les individus envisagent-ils ce rôle ? Qui sont-ils prêts à aider, de quelle manière et à quel prix ?

À partir d’une enquête que nous avons menée en 2023 auprès de 2300 personnes âgées de 45 à 58 ans au Québec et en Ontario, nous avons pu mettre en évidence des tendances dans les choix envisagés par les proches aidants potentiels.

L’enquête s’appuie notamment sur des questions visant à mieux comprendre leurs intentions futures en matière de conciliation entre travail et famille, dans l’éventualité où un parent ou un beau-parent perdrait en autonomie. Nos résultats montrent que ces décisions relèvent d’arbitrages complexes, qui ne sont pas uniquement déterminés par l’affection ou les ressources financières.


Cet article fait partie de notre série La Révolution grise. La Conversation vous propose d’analyser sous toutes ses facettes l’impact du vieillissement de l’imposante cohorte des boomers sur notre société, qu’ils transforment depuis leur venue au monde. Manières de se loger, de travailler, de consommer la culture, de s’alimenter, de voyager, de se soigner, de vivre… découvrez avec nous les bouleversements en cours, et à venir.





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Aider ses parents… plutôt que ses beaux-parents

Premier enseignement : les liens familiaux jouent un rôle déterminant et la solidarité familiale reste fortement structurée par la filiation directe. Lorsqu’on demande aux répondants s’ils seraient davantage enclins à aider leurs parents ou leurs beaux-parents, une majorité nette privilégie ses propres parents : 79 % des femmes et 68 % des hommes aideraient prioritairement leurs parents.

Cette préférence est encore plus marquée chez les personnes qui ne sont plus en couple. Lorsque le lien conjugal disparaît, les obligations envers la belle-famille s’effacent presque entièrement, avec plus de 90 % des répondants qui aideraient leurs parents.

Rester à domicile… ou entrer en établissement ?

Dans un deuxième temps, l’enquête demandait aux futurs aidants quels types de soins ils souhaiteraient privilégier entre des soins à domicile assurés par la famille ou les proches, des soins à domicile assurés par des professionnels ou un placement en CHSLD.

Parmi les répondants ayant exprimé une préférence claire (environ 74 %), près de la moitié anticipent un recours aux CHSLD, tandis qu’environ 30 % privilégieraient les soins familiaux à domicile.

Ces choix semblent fortement liés à des contraintes concrètes auxquelles font face les proches aidants. En particulier, les personnes travaillant à temps plein sont plus susceptibles de vouloir recourir à des soins professionnels à la maison plutôt que de prendre en charge ces soins eux-mêmes. De même, lorsque les répondants anticipent une espérance de vie de la personne dépendante plus longue, et donc si la perte d’autonomie est perçue comme durable, les solutions institutionnelles sont plus souvent envisagées.

Un engagement souvent limité par le manque de temps

Enfin le troisième volet de l’enquête abordait le temps que les personnes interrogées seraient susceptibles de consacrer à leur proche. Parmi les personnes ayant exprimé une préférence stricte pour un nombre d’heures donné (environ 83,5 % d’entre eux), 8 % envisagent un engagement de moins d’une heure, et environ 41 % un engagement entre une heure et dix heures par semaine. À l’autre extrême, environ 15 % des répondants déclarent vouloir donner plus de 20 heures par semaine.

Les 54 à 58 ans déclarent plus souvent vouloir offrir une aide minimale (moins d’une heure par semaine) plutôt qu’un faible volume d’heures (1 à 10 heures), surtout lorsque l’état de santé du bénéficiaire est jugé très bon ou excellent, ce qui suggère que l’aide s’ajuste aux besoins perçus.

À l’inverse, plusieurs facteurs diminuent la probabilité d’un engagement aussi limité : le fait d’avoir un diplôme secondaire, de disposer d’un niveau d’épargne plus élevé, ainsi que le fait que le bénéficiaire soit un parent plutôt qu’un beau-parent.

Pour une aide intensive (plus de 20 heures par semaine), plusieurs facteurs ressortent clairement. Ce type d’engagement (par rapport à un nombre d’heures faible) est plus souhaité chez les répondants femmes et ceux âgés de 54 à 58 ans.

Elle est également fortement liée aux besoins du bénéficiaire, notamment lorsque son état de santé est jugé passable ou mauvais. L’anticipation d’un départ tardif à la retraite est associée à une plus forte probabilité d’engagement intensif. Le lien filial joue ici encore un rôle central, en augmentant significativement la probabilité de fournir un volume d’aide élevé.

En revanche, le fait d’occuper un emploi à temps plein constitue un frein majeur, en réduisant fortement la probabilité d’un tel engagement, ce qui souligne le rôle contraignant des obligations professionnelles.

Somme toute, les résultats de cette étude démontrent clairement que les décisions d’aide ne relèvent ni d’un altruisme pur, ni d’un simple calcul économique. Elles résultent essentiellement d’arbitrages où interviennent les contraintes professionnelles, les normes de genre, la relation filiale et les besoins perçus du proche. Mais leur poids varie selon les situations.




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Anticiper aujourd’hui pour mieux vieillir demain

Cette étude met en avant que les décisions d’aide se construisent en amont des situations de dépendance. Elles reposent sur des anticipations, des contraintes perçues et des normes sociales. Mieux comprendre les mécanismes à l’origine des décisions prises par les proches aidants permettra d’anticiper les besoins futurs et d’adapter les politiques publiques en conséquence.

Si les proches aidants doivent jouer un rôle central, encore faut-il leur en donner les moyens. Plusieurs pistes apparaissent essentielles : faciliter la conciliation entre emploi et rôle d’aidant ; offrir un soutien financier pour limiter les pertes de revenus ; développer une offre de services professionnels accessible et complémentaire à l’aide familiale.

Dans un contexte de vieillissement accéléré, la reconnaissance de ces enjeux et la mise en place de politiques efficaces sont nécessaires afin de garantir à la fois le bien-être des personnes proches aidantes et de leurs parents, ainsi que la viabilité des systèmes de soins.

La Conversation Canada

Marie-Louise Leroux a reçu des financements du FRQSC- Société et Culture.

Raquel Fonseca et Witnie Compère ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

– ref. Soins de longue durée : qu’est-ce qui influence le choix des enfants pour leurs parents âgés? – https://theconversation.com/soins-de-longue-duree-quest-ce-qui-influence-le-choix-des-enfants-pour-leurs-parents-ages-279043

Et si une caméra couplée à l’IA pouvait aider à diagnostiquer des troubles moteurs chez le nourrisson ? L’exemple de l’amyotrophie spinale

Source: The Conversation – in French – By Imen Trabelsi, Chercheuse en intelligence artificielle, École pratique des hautes études (EPHE)

Détecter le plus tôt possible après la naissance une motricité altérée grâce à une caméra ordinaire couplée à des systèmes intelligents et aider ainsi à établir le diagnostic dans des maladies du nourrisson caractérisées par une hypotonie, c’est-à-dire la baisse ou la disparition des mouvements actifs, des muscles. C’est la piste que poursuit une équipe de recherche à partir de travaux menés sur des bébés atteints d’amyotrophie spinale, une maladie neuromusculaire génétique rare.


En 2019, le médicament Zolgensma défrayait la chronique en étant le traitement le plus cher du monde. Le prix de ce médicament contre l’amyotrophie spinale (SMA) a été fixé à près de 2 millions d’euros l’injection.

Et, en même temps, quel progrès extraordinaire ! Il promet de traiter de manière définitive, une maladie génétique létale, qui entraîne en cas de survie des handicaps extrêmement lourds chez les enfants atteints par ce qui est la première maladie neurologique périphérique héréditaire au monde.

Derrière ces chiffres vertigineux se cachait une réalité médicale urgente. Pour que ces thérapies fonctionnent, il est essentiel d’identifier la maladie le plus tôt possible. C’est précisément ce défi que notre équipe a cherché à relever, en utilisant une caméra ordinaire couplée à des systèmes intelligents.

L’objectif était clair, dès le départ. Trop de retards diminuent de manière drastique l’efficacité du traitement. En effet, le traitement peut empêcher les neurones de mourir, mais ne peut pas les ressusciter. Tout retard à la mise en place du traitement et, donc, au diagnostic est une perte de chance intolérable pour les patients.

Qu’est-ce que l’amyotrophie spinale ?

La SMA est une maladie génétique rare qui entraîne la dégénérescence progressive des neurones moteurs qui commandent les muscles.

Quand elle frappe sous sa version la plus sévère – qui correspond à l’amyotrophie spinale de type 1 –, les nourrissons atteints perdent rapidement la capacité de bouger, de s’asseoir puis de respirer. Sans traitement, l’espérance de vie dépasse rarement deux ans. En France, on compte un cas toutes les 6 000 à 10 000 naissances.

Depuis l’arrivée de nouveaux traitements, le pronostic s’est radicalement transformé pour les enfants traités très tôt. L’amyotrophie spinale est, d’ailleurs, intégrée depuis 2025 au dépistage néonatal systématique en France. Tous les pays ne disposent pas encore de ce dépistage. Et même là où il existe, un outil complémentaire d’évaluation clinique rapide garde toute son utilité.

L’hypotonie désigne la diminution, voire la disparition, des mouvements actifs. Ce symptôme n’est pas spécifique et peut concerner beaucoup d’autres maladies de l’enfant, mais il reste le premier point d’appel, celui qui permet d’évoquer rapidement le diagnostic.

Un enjeu autour du diagnostic clinique

Avant les tests génétiques, le diagnostic repose sur l’observation clinique. Un spécialiste scrute le tonus musculaire chez le nouveau-né et ses réflexes. Souvent, on parle de « nourrisson hypotonique » : le bébé semble mou, ses membres retombent sans résistance.

Mais cette évaluation est subjective, car elle varie selon les praticiens, en plus d’intervenir trop souvent bien tard alors que les signes ont déjà largement progressé.

Le vrai défi est donc là : la fenêtre thérapeutique est étroite.

Notre approche : filmer pour analyser

Notre étude a porté sur 25 nourrissons hospitalisés en réanimation pédiatrique : 5 ayant une SMA confirmée génétiquement et 20 témoins avec un examen neurologique normal. Nous avons utilisé la vision par ordinateur pour analyser les mouvements spontanés des nourrissons. Le principe est simple : le nourrisson repose sur un fond uni pendant qu’une caméra classique le filme durant soixante secondes ; un algorithme d’intelligence artificielle analyse ensuite cette vidéo image par image.

Concrètement, cette étude repose sur un pipeline d’analyse vidéo en trois étapes, comme le montre la figure 1.

Le système reconstruit d’abord un « squelette numérique » du nourrisson, sous forme de douze points articulaires, huit segments correspondant aux membres, et quatre angles de mouvement (estimation de la pose), grâce à une méthode d’estimation de la pose humaine en temps réel appelée Alpha Pose.

À partir de ce squelette animé sont calculés des centaines de paramètres (amplitude des gestes, profondeur des mouvements, symétrie, fréquence…). Au total, 108 caractéristiques ont été extraites. Nous avons ensuite entraîné un algorithme d’apprentissage supervisé (de type XGBoost) capable de distinguer une motricité typique d’une motricité altérée, caractéristique de l’amyotrophie spinale.

Des résultats prometteurs

Les résultats sont encourageants : l’algorithme a classifié correctement les deux groupes avec une précision de 97 %.

En tête des paramètres les plus discriminants, on trouve la profondeur des mouvements, autrement dit la capacité du nourrisson à déplacer ses membres dans l’espace. Les bébés atteints de SMA présentent une différence significative de motricité dans l’axe de la profondeur avec une sensibilité de détection supérieure à 97 %. L’outil développé le mesure avec rigueur, transformant une impression visuelle en données objectives. Ce que l’œil du clinicien perçoit intuitivement, l’algorithme le quantifie avec précision.

Pour rendre la décision de l’IA explicable, et donc utilisable en pratique clinique, nous avons utilisé une méthode mathématique appelée Shapley Additive Explanations (SHAP), qui permet de visualiser les paramètres qui ont le plus pesé dans chaque décision de l’algorithme.

Un outil pour d’autres maladies provoquant une hypotonie chez le nourrisson

Notre étude a été menée avant 2025, à une époque où aucun dépistage systématique n’existait encore en France. Depuis, la SMA a été intégrée au programme national de dépistage néonatal, ce qui confirme rétrospectivement l’urgence qui motivait notre étude.

Mais au-delà de la SMA, de nombreuses autres maladies provoquent une hypotonie chez le nourrisson sans qu’aucun outil d’évaluation rapide n’existe. C’est vers cette direction que nos travaux se poursuivent. Cet outil ne cherche pas à remplacer le médecin, mais à lui donner, en quelques minutes et sans équipement spécialisé, un premier signal objectif pour orienter son diagnostic.

L’intelligence artificielle ne fait pas de miracle, mais elle peut rendre visible ce qui est difficile à percevoir à l’œil nu. Son apport devient précieux quand chaque semaine compte pour un nourrisson.


Le mécénat scientifique d’AXA fait désormais partie du Fonds Axa pour le progrès humain, qui regroupe les engagements philanthropiques du Groupe et des mutuelles d’assurances Axa dans les domaines de la science, de la nature, de la solidarité et de la culture. Avant 2025, ce mécénat scientifique global était assuré par le Fonds Axa pour la recherche, qui a soutenu plus de 750 projets à travers le monde depuis sa création en 2007. Pour en savoir plus, rendez-vous sur Fonds Axa pour le progrès humain.

The Conversation

Imen Trabelsi a reçu des financements du fonds AXA.

François Jouen a reçu des financements du fonds AXA.

Jean Bergounioux a reçu des financements du fonds AXA.

– ref. Et si une caméra couplée à l’IA pouvait aider à diagnostiquer des troubles moteurs chez le nourrisson ? L’exemple de l’amyotrophie spinale – https://theconversation.com/et-si-une-camera-couplee-a-lia-pouvait-aider-a-diagnostiquer-des-troubles-moteurs-chez-le-nourrisson-lexemple-de-lamyotrophie-spinale-283430

Joueuses de tennis : derrière les paillettes de Roland-Garros, la fragilité des carrières sportives

Source: The Conversation – in French – By Marine Fontaine, Maîtresse de conférences en STAPS, Université Gustave Eiffel

Derrière les stars de tennis qui accèdent aux demi-finales et aux finales des grands tournois, une majorité d’athlètes participent activement au circuit, sans pour autant en vivre pleinement. Éclairer ces carrières invisibles remet en question notre vision parfois idéalisée du sport de haut niveau.


Chaque année, Roland-Garros remet le tennis au centre de l’attention médiatique. Pendant trois semaines, de nombreuses athlètes retiennent l’attention de milliers de spectateurs et marquent le souvenir des passionnés de la petite balle jaune. Des figures emblématiques du tournoi, comme Iga Świątek, d’Aryna Sabalenka ou de Coco Gauff, constituent l’élite du tennis. Elles ne représentent pourtant que la partie émergée de l’iceberg.

Loin des lumières des Internationaux de France et de ses millions de gains se cache une réalité bien plus sombre : des athlètes « invisibles » qui participent activement au circuit sans pour autant en vivre pleinement.

Avant d’atteindre le court central, les joueuses traversent des trajectoires longues, coûteuses et particulièrement sélectives. Comment y sont-elles parvenues ? Et surtout, à quel prix ?

À partir de 29 récits de vie recueillis auprès de joueuses françaises de haut niveau, nos travaux montrent que, pour comprendre les carrières tennistiques, il faut dépasser l’image idéalisée du sport de haut niveau et interroger les conditions sociales qui rendent possibles certaines trajectoires, et en fragilisent d’autres.

Une vocation qui ne doit rien au hasard

Dans l’imaginaire collectif, on retrouve souvent l’idée que les athlètes auraient des prédispositions qui les distingueraient dès l’enfance. En réalité, les carrières des joueuses de tennis se construisent tôt, dans des environnements familiaux, scolaires et sportifs particuliers.

Si l’entrée dans le monde tennistique peut s’expliquer par des histoires singulières, toutes les joueuses qui commencent ce sport ne disposent pas des mêmes ressources pour poursuivre une carrière au plus haut niveau. On voit peser, dès l’entrée dans la pratique, les conditions sociales et familiales qui expliquent l’engagement des joueuses : le fait d’être porteur d’un capital à la fois culturel et économique et d’avoir été socialisées précocement à l’activité par la famille (en moyenne à l’âge de 5 ans).

Des transformations profondes sont ensuite opérées dans le quotidien des joueuses pour augmenter leurs chances de réussite : en moyenne trente-cinq heures d’entraînements par semaine, mise à distance de la scolarité classique, relations sociales recentrées sur le milieu tennistique, éloignement de toute activité susceptible de compromettre les performances sportives.

L’univers tennistique tend à devenir le seul horizon possible, au détriment des autres aspects de leur vie.

Deux voies pour atteindre le haut niveau

Contrairement à des pratiques sportives, comme le football ou encore le basket-ball, dans lesquelles la formation se réalise essentiellement au sein d’une « organisation enveloppante », articulant les différents aspects de la vie des jeunes sportifs, le tennis voit coexister deux voies distinctes pour tenter d’atteindre le plus haut niveau.

D’une part, la voie fédérale, réservée à une infime partie des joueuses sélectionnées, donne accès à « un monde à part ». Cette voie offre des conditions favorables – encadrement qualifié, accompagnement en tournois, aides financières, double cursus aménagé –, mais impose ses propres contraintes. Organisée selon des paliers d’âge, elle exige un rythme de progression qui ne correspond pas toujours au développement de chaque joueuse, au risque d’écarter celles dont l’évolution est plus tardive.

D’autre part, une partie des joueuses passent par la voie privée ou familiale. En l’absence de soutien fédéral, ce sont les parents qui ont la charge organisationnelle, temporelle, administrative ou encore financière : identifier les entraîneurs, organiser les déplacements en tournoi, négocier les aménagements scolaires, financer la pratique. Malgré le caractère incertain de la carrière, la famille devient donc un relais indispensable dans un projet qui engage l’ensemble du foyer.

L’entrée sur le circuit international

L’entrée sur le circuit international constitue un passage clé dans leur carrière. Si les joueuses ont connu une réussite rapide sur le plan national, elles font face à une réalité bien souvent éloignée de l’image des championnes. Le circuit repose sur une logique de tournois dans lesquels les revenus sont directement indexés sur les résultats.

Il n’existe ni contrat de travail, ni salaire fixe, ni protection sociale. Ce système, que les économistes qualifient de « théorie des tournois », concentre l’essentiel des gains sur une infime fraction des joueuses, laissant la majorité dans une instabilité financière.

Deux profils de joueuses se distinguent à ce stade de la carrière. D’un côté, les « équilibristes », qui font de leur pratique leur activité principale, sans parvenir à sortir de la précarité. Ces « sans-grades » du tennis s’accrochent à leur « rêve », dans l’espoir de devenir un jour la « consacrée ». Se tenant sur un fil, elles adoptent des stratégies court-termistes : emprunts bancaires, mutualisation des frais d’hébergement avec d’autres joueuses, choix des tournois dictés davantage par les contraintes financières, transports et hôtels à bas coûts.

Bande-annonce de Cinquième Set (2021), de Quentin Reynaud, avec Alex Lutz, qui met en lumière les coulisses d’une carrière dans le tennis de haut niveau.

C’est à cette étape que les effets de l’origine sociale se manifestent. Les joueuses issues de milieux favorisés qui disposent de ressources suffisantes peuvent continuer leur carrière et maintenir un encadrement de qualité. Celles qui ne disposent pas de ces ressources sont parfois contraintes d’interrompre leur parcours faute de moyen.

De l’autre côté, les « consacrées » parviennent à sortir de la précarité financière grâce aux résultats obtenus sur les tournois de la Women’s Tennis Association (WTA) et aux avantages qu’ils procurent : prise en charge de l’hébergement et de la restauration, partenaire d’entraînement mis à disposition, gains significatifs, dispositif de retraite proposé par la WTA.

Ces joueuses peuvent désormais envisager plus sereinement leur carrière au quotidien et anticiper leur reconversion. Elles sont moins tributaires de facteurs externes, tels que le soutien de la famille qui était nécessaire pour faire face aux frais dans les débuts de leur carrière. Leur trajectoire illustre ce que Rosen (1981) désignait par le terme de « Supertars », c’est-à-dire un système dans lequel une infime minorité concentre la quasi-totalité des bénéfices symboliques et matériels, au détriment du plus grand nombre.

Dans un sport dont les coûts annuels atteignent rapidement 60 000 euros, cette réalité signifie que toutes les joueuses ne disposent pas des mêmes chances d’envisager une carrière de haut niveau. Le nombre restreint de championnes qui arrivent à se démarquer en gagnant des tournois du Grand Chelem ou à se situer parmi les meilleures mondiales interroge, alors même que la France dispose de structures propices au développement de carrières sportives.

The Conversation

Lauréate du prix de thèse de l’INJEP et de l’Observatoire national du sport 2024 – Mention « Sport et pratiques sportives »

– ref. Joueuses de tennis : derrière les paillettes de Roland-Garros, la fragilité des carrières sportives – https://theconversation.com/joueuses-de-tennis-derriere-les-paillettes-de-roland-garros-la-fragilite-des-carrieres-sportives-283789

« Magnifica Humanitas » : le manifeste politique de Léon XIV

Source: The Conversation – in French – By Jean-Pierre Darnis, Full professor at the University of Côte d’Azur, director of the master’s programme in “France-Italy Relations”. Associate fellow at the Foundation for Strategic Research (FRS, Paris) and adjunct professor at LUISS University (Rome), Université Côte d’Azur

Sous-titrée « Sur la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle », l’encyclique (lettre solennelle du pape adressée à l’ensemble de l’Église catholique) « Magnifica Humanitas », premier texte de ce type publié par Léon XIV depuis qu’il a accédé au fauteuil de saint Pierre, est un document fondateur. Non seulement pour ses réflexions sur l’IA, mais aussi pour ses prises de position sur diverses questions politiques et sociales actuelles de première importance.


L’encyclique « Magnifica Humanitas » (« Magnifique humanité »), publiée le 25 avril 2026 par le pape Léon XIV, revêt une importance particulière. Sous le pontificat précédent, celui de François, « Laudato Si’ » (2015) avait constitué un jalon en matière de prise de conscience par l’Église du changement climatique et des problématiques écologiques, tandis que « Fratelli Tutti » (2020) apparaissait comme un plaidoyer pour la fraternité au-delà des appartenances religieuses – un message loin d’être anodin dans un contexte marqué par des débats politiques intenses autour de la question des migrations.

Ces deux textes s’inscrivaient dans le cadre d’un magistère global et prolongeaient la doctrine sociale de l’Église catholique, qui entend ne pas séparer la sphère spirituelle de la sphère temporelle en investissant le terrain de l’action politique et sociale.

« Magnifica Humanitas » s’impose d’ores et déjà comme une étape majeure. Publiée quelques semaines après la passe d’armes ayant opposé Donald Trump et son vice-président J. D. Vance au pape Léon XIV, elle apparaît, à bien des égards, comme une critique fondamentale des versions les plus modernes de la puissance – et donc de l’évolution actuelle du pouvoir aux États-Unis.

Un texte en écho à une encyclique fameuse de Léon XIII

Le texte s’ouvre sur le rappel de « Rerum Novarum », l’encyclique publiée en 1891 par Léon XIII (pape de 1878 à sa mort en 1903, en hommage duquel Mgr Prevost a choisi le nom de Léon XIV quand il a été élu pape à son tour en mai 2025).

« Rerum Novarum » avait été un moment fondateur de la doctrine sociale de l’Église ; « Magnifica Humanitas » entend donc se placer au même niveau que ce texte de la fin du XIXᵉ siècle qui, face aux déchirures sociales causées par la condition ouvrière de l’époque – époque déjà marquée par les interrogations relatives à l’impact des évolutions techniques sur la société –, positionnait l’Église comme actrice sociale et politique.

Dans « Magnifica Humanitas », la mise en avant des principes du « bien commun » et de la « destination universelle des biens » constitue un rappel à l’ordre visant à condamner les tendances à la concentration industrielle en matière de technologies digitales et d’algorithmes, une situation qui produit de nouvelles formes d’exclusion.

Mais ce n’est pas la seule référence : Léon XIV prend également en exemple l’action du pape Pie XII (1939-1958) pour rappeler qu’il est indispensable de défendre les syndicats et les corps intermédiaires, fonctions nécessaires à l’équilibre sociétal.

Par ailleurs, à de nombreux endroits, le texte défend l’État de droit et la démocratie, et souligne que l’économie de marché ne doit pas se déployer au détriment de la solidarité.

De même, les différentes mentions de la question migratoire, guidées par les concepts de justice sociale et de fraternité, apparaissent comme une prise de position nette contre les tendances de rejet et de traitement policier à l’œuvre dans les contextes européen et états-unien.

La nécessaire régulation de l’IA

Dès l’introduction, le sujet de l’intelligence artificielle est abordé de front. L’encyclique pose le constat de la dangerosité d’un paradigme techno-démocratique dans lequel des technologies jugées plus efficaces exercent de facto un contrôle déterministe sur les choix personnels et sociaux. « Magnifica Humanitas » approfondit l’analyse critique d’une intelligence artificielle définie comme moralement non neutre.

Pour faire face à ces risques avérés, l’encyclique défend les instruments juridiques et, partant, l’État de droit, appelant à une régulation renforcée. Elle prône également de « désarmer l’IA », c’est-à-dire d’empêcher que celle-ci ne contrôle l’humain, un concept qui pourrait même se prolonger par des formes d’interdiction, comme le suggèrent les mises en garde sur la dangerosité des technologies numériques pour la formation psychologique des enfants.

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Cet ensemble de considérations sur l’IA reprend et systématise les réflexions apparues depuis quelques années au Vatican. Par exemple, l’Académie pontificale pour la vie avait organisé, en février 2020, le lancement de la plateforme Rome Call for AI Ethics, un appel à promouvoir une intelligence artificielle respectueuse de la dignité humaine signé par IBM, Microsoft, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le gouvernement italien.

Ces réflexions ont depuis progressé, tant au sein des différentes instances vaticanes que des institutions italiennes, dans une forme de symbiose romaine où a émergé le concept d’« algor-éthique », proposé par l’universitaire franciscain Paolo Benanti. Benanti promeut une régulation éthique des algorithmes, sans exclure que, au-delà de certains niveaux de dangerosité, on puisse interdire ou limiter leur usage, comme dans le cas des systèmes militaires.

Cette contamination culturelle entre le Saint-Siège et l’État italien se reflète également dans la convergence des positions de « Magnifica Humanitas » avec l’approche européenne en matière de régulation numérique.

Une Église résolument impliquée dans les affaires du monde

Fait significatif : la demande de pardon formulée dans l’encyclique pour la condamnation tardive de l’esclavage par l’Église catholique (en 1888) sonne comme un manifeste politique. Par cette repentance, Léon XIV renforce l’image d’une Église ouverte et capable d’autocritique et donne l’exemple aux États ou auxforces politiques qui se cloisonnent dans des récits historiques nationaux en occultant les erreurs passées.

Cette reconnaissance de culpabilité permet de renforcer la légitimité de la dénonciation des nouvelles formes de colonisation ou d’esclavage présentes dans les chaînes de production technologique (notamment l’extraction de terres rares, indispensables à la fabrication des appareils) et de l’utilisation de l’IA par des réseaux criminels, notamment pour la traite des êtres humains.

Le passage de l’encyclique qui s’oppose au réalisme, conçu comme une pensée « naturelle » des relations internationales, mérite d’être mis en exergue. Si, d’un côté, le pape réfute le concept de « guerre juste » récemment évoqué par l’administration Trump à propos de son action en Iran, il s’inscrit également dans un débat intellectuel qui a longtemps structuré les relations internationales, pour dénoncer fermement l’approche de la realpolitik, qui privilégie une lecture fondée sur les rapports de force et conçoit la guerre comme inévitable. Il faut peut-être ici se souvenir que ce concept était apparu dans le débat allemand du XIXᵉ siècle, un moment historique marqué par l’opposition entre le chancelier Otto von Bismark et l’Église catholique.

Le pape introduit une évaluation éthique et morale pour rejeter cette vision de l’inéluctabilité d’une guerre permanente, qu’il qualifie de « Mal ». Mais il le fait aussi en appelant les intellectuels et les responsables à ne pas se contenter de cette lecture simpliste et univoque, pour produire une appréhension du monde plus nuancée, sans pour autant basculer dans un idéalisme béat. Le concept de « sain réalisme » adopté par le pape invite à la recherche d’une voie de progrès qui, tout en acceptant le constat réaliste, privilégie la conciliation pacifique comme scénario d’amélioration.

Léon face à Donald

Cette encyclique apparaît donc comme un texte charnière, par lequel le magistère de l’Église catholique entend se projeter dans une série de stratégies concrètes. La défense globale de la doctrine sociale de l’Église se présente comme le socle à partir duquel sont formulées des critiques qui appellent immédiatement une confrontation avec le modèle de puissance technologique, capitaliste et militaire dont les États-Unis de la présidence Trump apparaissent comme un archétype.

La présence aux côtés du pape d’un des fondateurs d’Anthropic Christopher Olah, lors de la conférence de presse de présentation de l’encyclique, illustre la volonté de mobiliser différentes communautés dans le cadre d’une stratégie globale qui se positionne également à l’échelon des États-Unis, en cherchant à peser sur le débat interne. Ce texte dessine par ailleurs les contours d’une défense de la social-démocratie, matérialisant ainsi une volonté de peser sur un débat européen marqué par la progression des formations souverainistes.

Le pape Léon XIV, d’origine américaine, prend ainsi pied dans le débat politique mondial en définissant les coordonnées d’une action politique réformatrice – un dessein qui n’est pas sans rappeler celui de Jean-Paul II dans le contexte de la fin de la guerre froide.

The Conversation

Jean-Pierre Darnis ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. « Magnifica Humanitas » : le manifeste politique de Léon XIV – https://theconversation.com/magnifica-humanitas-le-manifeste-politique-de-leon-xiv-283816

Antony Gormley, l’art de redéfinir la nature et les limites du corps humain

Source: The Conversation – in French – By Joël Chevrier, Professeur des universités physicien, Université Grenoble Alpes (UGA)

À travers ses sculptures, Antony Gormley questionne les limites du corps humain. Youtube/capture d’écran.

Le sculpteur britannique Antony Gormley, 75 ans, a été, comme Anish Kapoor en 1991, Damien Hirst en 1995 ou la Française Laure Prouvost en 2013, l’un des récipiendaires en 1994 du prix Turner, décerné au Royaume-Uni depuis 1984 aux jeunes artistes contemporains. Son œuvre explore notamment la représentation du corps humain, de sa nature et de ses relations au monde. Un travail qui questionne la nature même de la sculpture.


Antony Gormley a étudié l’anthropologie, l’archéologie et l’histoire de l’art au Trinity College de Cambridge, puis passé trois ans en Inde. Son œuvre, surtout présente au Royaume-Uni, s’inscrit dans une quête qui est au cœur de la sculpture depuis toujours : le corps humain. En déconstruisant sa représentation, il explore, au-delà du corps, notre relation à l’espace et aux autres, à l’aide d’une grande variété de matériaux : acier, fer, pierre, béton…

Ses sculptures soulèvent d’emblée une question : où sont les limites du corps humain ? A-t-il même des limites ? Dans son œuvre, la sculpture devient une mise en scène matérielle qui explore notre présence au-delà de notre enveloppe corporelle. Pourtant, la sculpture s’appuie habituellement sur une caractéristique immédiate de la matière solide : sa surface.

Antony Gormley, Feeling Material XIV, 2005.
Christie’s

Les physiciens, les chimistes et les biologistes décrivent la surface de la matière dense (les solides mais aussi les liquides) comme une interface sans épaisseur : on passe du plein au vide en une distance atomique. Cette surface est la même pour tous, scientifiques et artistes. La sculpture, comme, en particulier, la physique et la chimie des surfaces, se construit sur cette caractéristique de la plupart de ses matériaux : le marbre, les métaux, le bois, la cire, le plâtre… Les œuvres de Richard Serra et de César Baldaccini explorent explicitement ces notions d’intérieur (la matière dense), d’extérieur (l’air qui peut être vu ici comme le vide) et de surface comme lieu de la séparation brutale entre les deux.

Pour que la sculpture puisse utiliser ces matériaux pour reproduire le corps humain, il faut que ces notions de vide et de plein séparés par une surface abrupte s’appliquent au corps humain mou comme à la matière dense dure. Et c’est bien le cas – dans le cas du corps, cette surface est celle de la peau. Les physiciens des matériaux, eux par contre, se séparent ici. Il y a les spécialistes de la soft condensed matter, la matière dense molle, (c’est donc notamment la matière biologique faite de carbone), et de la hard condensed matter, la matière dense dure (comme le silicium à la base du numérique et de l’intelligence artificielle, ou les aciers).

Copier les formes de la nature

Un des défis permanents de la sculpture a été la reproduction des formes de la nature, y compris des corps humains, souvent en les idéalisant ou en les interprétant. À travers les siècles, la variété des styles est inouïe, et la taille du marbre ou du bois, le moulage du plâtre, de la cire ou des métaux a révélé une variété de techniques et une maîtrise impressionnantes, sidérantes même. Il en résulte aussi une impression de court-circuit temporel : avec l’aurige de Delphes, le siécle de Périclés est là devant nous, aujourd’hui.

Voltaire nu, sculpture de Jean-Baptiste Pigalle, 1776. Musée du Louvre.
Wikimedia, Coyau, CC BY

En 1770, Voltaire donne son accord à Jean-Baptiste Pigalle pour être représenté en vieillard quasi nu. Le réalisme de la représentation est saisissant. Cette précision dans la reproduction de la surface du corps telle que nous la voyons toujours a aussi permis d’inscrire une expression fascinante du visage. Avec cette statue criante de vérité, Voltaire est toujours là. Sept cent trente-cinq kilos de marbre ont permis ce tour de force. Cette statue est évidemment pleine – comment faire autrement en taillant du marbre ? Mais elle pourrait aussi bien être vide et avoir la même apparence. Seule compte ici la surface extérieure qui définit la forme dans tous ses détails. Plus précisément, seuls comptent les détails que notre vision est capable de percevoir… mais notre vue est très exigeante.

« Pas seulement la forme mais la vie »

Dans le livre Rodin, le livre du centenaire, l’historienne d’art Catherine Lampert, ancienne directrice de la célèbre Whitechapel Gallery à Londres, rapporte cette citation d’un anonyme :

« Mon principe, disait Rodin, ce n’est pas d’imiter seulement la forme mais d’imiter la vie. Cette vie, je la cherche dans la nature, mais en l’amplifiant, en exagérant les trous et les bosses, afin de donner plus de lumière ; puis je cherche dans l’ensemble une synthèse. »

L’homme qui marche, Auguste Rodin, 1907 – Fonte réalisée par la fonderie Alexis Rudier en 1913. Musée Rodin.
Agence photographique du musée Rodin — Jérôme Manoukian

L’homme qui marche manifeste ces trous et ces bosses qui sont au service de la volonté d’imiter la vie, d’imiter ses expressions. Effectivement, nous voyons d’une part à quel point la vie paraît émerger ainsi de la matière inerte, et d’autre part combien Rodin s’éloigne ici du projet de Jean-Baptiste Pigalle. Il n’y a pas de trous et de bosses sur la statue représentant Voltaire autres que ceux de la peau et des muscles fatigués !

Avec Antony Gormley, on explore l’étendu de ce corps vivant

Antony Gormley a exposé au musée Rodin en 2023.

Paradoxalement, il me semble que les œuvres montrées dans la vidéo ci-dessous rapprochent beaucoup Antony Gormley du propos de Rodin alors que son œuvre Feeling Material XIV à l’image d’une multitude d’autres, me semble s’inscrire dans une vision radicalement différente. Je le vois comme une marque de la richesse du travail d’Antony Gormley. Toujours dans Rodin, le livre du centenaire, Sophie Biass-Fabiani, conservatrice au musée Rodin, souligne, dans son article « L’expressionisme aujourd’hui : filiations et confrontations », à propos d’Antony Gormley :

« Antony Gormley, tout en se limitant à la forme humaine, déplace le sujet de son travail en direction du rapport de l’espace du corps à l’espace environnant. »

Dans mon langage de physicien, après Jean-Baptiste Pigalle et Auguste Rodin, on passe ici à un troisième modèle qui fonde une nouvelle sculpture et une autre forme de perception de l’objet. Ici, pour le montrer dans l’espace, l’artiste revient sur la nature même d’un corps vivant, sur sa présence, son extension. L’œuvre ne rend plus si évidents le vide et le plein, l’extérieur et l’intérieur. Au contraire, elle les questionne immédiatement par le choix des matériaux.

Il est pratiquement impossible de créer une masse compacte avec le fil métallique utilisé par l’artiste. Pour obtenir une structure métallique compacte, on passe en général par la phase liquide, comme l’indique cette explication sur le site du musée Rodin :

« Deux procédés permettent de passer du modèle en plâtre au bronze : la fonte à la cire perdue et la fonte au sable, utilisée à l’époque de Rodin mais très rare aujourd’hui. Dans les deux cas, le bronze en fusion est coulé dans un moule autour d’un noyau qui sera ensuite retiré. Au final, l’œuvre en bronze est creuse, ce qui allège son poids et son coût. »

À l’image d’un grand nombre d’œuvres de cet artiste, les fils métalliques de Feeling Material XIV installent une figure humaine au centre de l’œuvre. Autour et au loin tourbillonnent les mêmes fils pour figurer un corps vivant qui ne saurait se limiter à son enveloppe corporelle. Parce qu’un corps vivant parle, bouge, se déplace, mais aussi respire, transpire, émet sans arrêt des particules de natures et de tailles multiples, de la vapeur d’eau, voire des liquides, etc. Mais bien sûr Antony Gormley permet de penser une infinité d’autres échanges entre une personne et le reste du monde, au-delà du regard scientifique sur le corps.

Un corps toujours renouvelé par la technologie, mais est-il encore humain ?

Parmi les sculptures de Gormley, ces corps-pixels semblent nous demander si un corps transformé par la technologie est encore humain.

Antony Gormley et des œuvres de sa série « Beamers ».
Artnet/Sean Kelly Gallery

Sur cette image, on voit Antony Gormley et deux de ses sculptures à l’échelle un – sont de la taille de l’artiste. Ce ne sont pas des robots, même si on pourrait le croire au premier abord. L’intérieur et l’extérieur du corps ne sont plus si évidents tant ils s’interpénètrent. Et si le corps est matérialisé par un réseau de barres métalliques très denses, extrêmement rigides, elles enserrent du vide – on aperçoit des espaces entre les barres. Un corps humain vivant, ce sont au contraire des organes mous qui se lient, s’enchevêtrent, des organes aux courbes arrondies, lisses, compacts, ronds ou allongés, qui ne laissent aucun espace vide.

Les deux statues de droite semblent nier systématiquement le corps de l’artiste : des lignes droites verticales et horizontales, uniquement des angles droits. Les vides viennent souligner la brutalité de cette structure. Ces corps, très semblables, semblent restructurés par une technologie omniprésente qui n’aime rien tant que les formes évidentes et binaires, à l’opposé de la complexité, de la singularité, de la subtilité, de la finesse, voire de la souplesse – pensons au Voltaire de Jean-Baptiste Pigalle.

En physicien des solides rigides, qui travaille sa proximité avec la physique de la matière molle, celle du vivant, je me sens ici dans une forme de proximité. C’est ainsi que je reçois ces œuvres et cette seconde métaphore : la figuration d’un monde toujours moins humain…

The Conversation

Joël Chevrier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Antony Gormley, l’art de redéfinir la nature et les limites du corps humain – https://theconversation.com/antony-gormley-lart-de-redefinir-la-nature-et-les-limites-du-corps-humain-271707

Comment nourrir les oiseaux de jardin sans propager les maladies ?

Source: The Conversation – in French – By Richard Gregory, Honorary Professor of Genetics, Evolution & Environment, UCL

Deux verdiers se nourrissant à une mangeoire pour oiseaux. (Erni/Shutterstock)

L’apparition d’une mystérieuse maladie mortelle chez les pinsons des jardins britanniques en 2005 a sonné l’alarme dans les milieux de la conservation. Dix ans plus tard, l’ampleur de la maladie chez les verdiers et les pinsons était désormais bien établie. Aujourd’hui, les ornithologues commencent à mieux comprendre les liens entre le nourrissage des oiseaux dans les jardins, leur santé et leur survie.


Dans de nouvelles recommandations sur l’alimentation des oiseaux, la plus grande association caritative britannique de protection de la nature, la Royal Society for the Protection of Birds (RSPB), encourage le public à adopter des pratiques de nourrissage saisonnières et sécuritaires.

Nourrir les oiseaux dans les jardins est utile, surtout en hiver, lorsque les ressources alimentaires se raréfient. En été, toutefois, il vaut mieux arrêter, puisque les oiseaux ont alors accès à une abondance de nourriture naturelle, comme les chenilles, les insectes et les mouches. Les bénéfices du nourrissage sont alors moins évidents, tandis que les risques de propagation des maladies augmentent lorsque de nombreux oiseaux se rassemblent autour des mangeoires et des points d’eau.

Les scientifiques savent désormais que la maladie détectée chez les pinsons dans les années 2000 est la trichomonose, causée par un parasite microscopique appelé Trichomonas gallinae. Elle infecte généralement la gorge de l’oiseau et affecte depuis longtemps les pigeons, les tourterelles, ainsi que rapaces. Les oiseaux peuvent être porteurs du parasite ou succomber à la maladie. On ne sait pas exactement comment celui-ci s’est propagé aux pinsons, mais la transmission se serait probablement faite par le partage de nourriture ou d’eau.




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Des études montrent que ce parasite peut survivre dans la nourriture humide pour oiseaux jusqu’à cinq jours et dans l’eau jusqu’à 30 heures, en particulier dans des conditions climatiques plus douces. La période de juillet à octobre correspond au pic des épidémies chez les pinsons.

pinson des arbres sur une mangeoire
Un pinson des arbres se nourrit de boules de graisse.
Ballygally View Images/Shutterstock

La maladie provoque des lésions dans la gorge qui empêchent l’oiseau d’avaler correctement. Les oiseaux infectés finissent par régurgiter leur nourriture et leur eau, ce qui entraîne généralement leur mort. Elle peut se transmettre lorsque les oiseaux se nourrissent entre eux pendant la parade nuptiale, lorsqu’ils nourrissent leurs oisillons ou par régurgitation à proximité des sources de nourriture ou d’eau dans les jardins. Les oiseaux malades apparaissent hirsutes et léthargiques. Certains présentent des plumes en désordre ou humides autour du bec et secouent souvent la tête en tentant d’avaler. La scène est saisissante.

La trichomonase a eu des conséquences dévastatrices sur les populations d’oiseaux à travers le Royaume-Uni et en Europe continentale. Les verdiers et les pinsons ont été les plus touchés. Le nombre de verdiers a baissé de 65 % et celui des pinsons de 36 % depuis 1995.

Les bouvreuils contractent également cette maladie et en meurent, et toute une série d’autres oiseaux peuvent la contracter – dont certains voient déjà leurs effectifs diminuer.

Sans une action urgente, la situation risque de s’aggraver pour ces oiseaux et d’autres espèces, sous l’effet de multiples pressions. Parmi celles-ci figurent la perte d’habitats naturels, la disponibilité limitée de nourriture, ainsi que l’accélération du changement climatique.

Les nouvelles recommandations de la RSPB s’appuient sur une étude détaillée des effets du nourrissage des oiseaux qui porte à la fois sur la survie des oiseaux d’une année à l’autre et sur leur succès de reproduction. L’analyse examine également les bénéfices de cette pratique pour les humains, tout en intégrant des travaux de terrain récents sur la maladie et les moyens d’en limiter la propagation. La plupart des recherches ont été menées en milieu naturel, notamment en forêt, plutôt que dans des environnements résidentiels, urbains ou suburbains. Les principales conclusions restent toutefois claires.

L’étude montre que le nourrissage peut contribuer à augmenter les populations d’oiseaux. Mais cette pratique soulève deux préoccupations importantes en matière de conservation. D’une part, elle favorise la transmission des maladies, comme la trichomonose et d’autres infections. D’autre part, si de nombreuses espèces ont bénéficié du nourrissage dans les jardins, cela pourrait s’être fait au détriment d’autres espèces.

Une étude de 2009 a révélé qu’environ 12,6 millions de foyers britanniques (48 %) fournissaient une alimentation complémentaire aux oiseaux, dont 7,4 millions utilisaient des mangeoires spécialement conçues. À mesure que la demande augmente, la gamme de nourrices et de mangeoires pour oiseaux s’élargit également.

Cette popularité présente des avantages et des inconvénients pour différents oiseaux, mais a probablement de grands bienfaits pour notre propre lien avec la nature, notre bien-être et notre santé.

Les oiseaux qui utilisent les mangeoires, comme le pic épeiche, le pigeon ramier, la tourterelle turque, la mésange charbonnière et la mésange bleue, ont tous connu une augmentation marquée de leurs populations à long terme. Toutefois, à mesure que leurs effectifs croissent, les spécialistes de la conservation s’inquiètent de plus en plus de leur impact sur des espèces plus vulnérables. Les mésanges bleues et charbonnières dominent souvent les sites de nidification et peuvent évincer la mésange boréale, une espèce menacée, de ses cavités, tandis que cette dernière peut elle-même être la proie des pics épeiches. Ces interactions complexes restent encore à mieux documenter.




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Comment aider

Deux changements simples peuvent permettre de nourrir les oiseaux de façon plus sûre et adaptée aux saisons.

En été et en automne, le risque de propagation des maladies est plus élevé. C’est aussi à cette période que les oiseaux disposent d’une abondance de nourriture naturelle. Il est donc conseillé d’arrêter de distribuer des graines et des cacahuètes entre le 1er mai et le 31 octobre. Vous pouvez toutefois continuer à proposer de petites quantités de vers de farine, de boules de graisse ou de suif, qui présentent un moindre risque de transmission. Pensez également à planter des espèces favorables aux oiseaux afin de leur offrir des sources de nourriture naturelles, comme les tournesols, les cardères et le lierre.

Entre le 1er novembre et le 30 avril, il est possible de nourrir les oiseaux avec une plus grande variété d’aliments, y compris des graines et des cacahuètes, mais avec modération, afin d’éviter que la nourriture ne se détériore et que de fortes concentrations d’oiseaux ne se forment au même endroit. Mieux vaut nourrir peu, mais régulièrement.

D’autres recommandations portent sur l’hygiène, essentielle pour limiter la propagation des maladies. Il est conseillé de nettoyer les mangeoires et les abreuvoirs au moins une fois par semaine, de renouveler l’eau quotidiennement et de déplacer régulièrement les points de nourrissage. Enfin, il vaut mieux privilégier les mangeoires suspendues plutôt que les plates-formes ouvertes (tables à oiseaux, mangeoires de fenêtre ou plateaux), qui favorisent davantage la transmission des infections.

La Conversation Canada

Richard Gregory travaille pour la Royal Society for the Protection of Birds (RSPB) à titre de responsable du suivi en science de la conservation.

– ref. Comment nourrir les oiseaux de jardin sans propager les maladies ? – https://theconversation.com/comment-nourrir-les-oiseaux-de-jardin-sans-propager-les-maladies-281100

Le double dilemme de Kevin Warsh : satisfaire Donald Trump (et accroître l’inflation) ou les membres de la Fed (et obtenir un taux de croissance moins élevé)

Source: The Conversation – France (in French) – By Christophe Blot, Directeur adjoint, Département Analyse et Prévision de l’Observatoire Français des Conjonctures (OFCE), Sciences Po

Resserrement monétaire, statu quo ou assouplissement : le futur président de la Réserve fédérale états-unienne Kevin Warsh devra choisir entre ces trois politiques monétaires. Dans un contexte de crise géopolitique avec l’Iran et de hausse des prix énergétiques, ses décisions seront scrutées de près. Se montrera-t-il conciliant avec la volonté de Donald Trump de privilégier la croissance quitte à accroître l’inflation, ou sera-t-il le garant de l’indépendance de la banque centrale des États-Unis ?


Le 13 mai 2026, le Sénat a approuvé la nomination de Kevin Warsh à la tête de la Réserve fédérale. Le candidat choisi par Donald Trump fin janvier pour succéder à Jerome Powell – dont le mandat en tant que président s’est terminé le 15 mai 2026 – devrait donc diriger la prochaine réunion de politique monétaire prévue les 16 et 17 juin.

Dans un contexte marqué par un rebond de l’inflation et les pressions exercées par Donald Trump sur la conduite de la politique monétaire, les premiers pas de Kevin Warsh seront attentivement scrutés.

À court terme, il est probable que la Réserve fédérale maintiendra son taux directeur entre 3,5 et 3,75 %. Mais ensuite, va-t-elle augmenter ce taux pour lutter contre l’inflation ou ne pas le faire pour soutenir la croissance et, ainsi, satisfaire le locataire de la Maison-Blanche ?

Prudence de la Fed

Alors que l’inflation baissait progressivement depuis son pic de juin 2022, la forte augmentation des droits de douane imposés par les États-Unis sur les importations, puis l’envolée récente des prix de l’énergie ont conduit à une nouvelle accélération des prix. Selon le BLS (Bureau of Labor Statistics), l’inflation est passée de 2,4 % en février à 3,8 % en avril 2026. Dans le même temps, l’activité a ralenti en 2025, avec une croissance de 2,1 % en 2025 contre 2,8 % l’année précédente ; les créations d’emplois ont nettement baissé, passant de plus de 1,8 million en 2024 à moins de 750 000 en 2025.

Jusqu’ici, la Réserve fédérale s’est montrée prudente quant à l’orientation de la politique monétaire états-unienne. Après une première série de baisses du taux d’intérêt en 2024, elle a marqué une pause début 2025, invoquant l’incertitude liée aux effets de la guerre commerciale sur les prix et l’activité.

La crainte d’une dégradation de la situation sur le marché du travail l’a conduite à décider de trois nouvelles baisses d’un quart de point lors des réunions de septembre, octobre puis décembre 2025, portant ainsi le taux directeur à 3,75 %. Le déclenchement de la guerre contre l’Iran s’est traduit par une inflation plus élevée que la cible de 2 % retenue par la Réserve fédérale, compromettant la poursuite de l’assouplissement.

Resserrement monétaire

Kevin Warsh devrait être confronté à l’éternel arbitrage des banques centrales, lorsque l’économie est frappée par des chocs qui ont à la fois pour effet d’augmenter l’inflation et de réduire la croissance.

Contrairement à la Banque centrale européenne, dont l’objectif prioritaire est la stabilité des prix, le mandat de la Réserve fédérale n’établit pas de hiérarchie entre la stabilité des prix et le plein-emploi. Les autorités monétaires états-uniennes doivent arbitrer entre le risque de maintenir l’inflation au-dessus de sa cible si le choc est plus durable que ce qu’elle avait anticipé et celui de peser sur la croissance avec un resserrement monétaire.

Lorsque ces chocs sont temporaires, il est préférable de ne pas (trop) resserrer la politique monétaire, c’est-à-dire augmenter les taux d’intérêt directeurs, le principal outil dont disposent les banques centrales pour atteindre leur objectif de croissance et d’inflation. Une hausse de taux directeurs se répercute en effet sur les conditions de financement, ce qui réduit le crédit, les dépenses d’investissement et de consommation. Le ralentissement induit de la demande conduit ensuite à une baisse de l’inflation.

D’une part, la hausse des taux d’intérêt n’aura pas d’effet sur les sources de l’inflation puisque celle-ci est tirée par les droits de douane et le prix du pétrole, sur lesquels la politique monétaire n’a pas d’effet. En effet, les prix des biens importés augmentent du fait de la guerre commerciale, et la hausse du prix de l’énergie est directement liée au conflit engagé contre l’Iran. Un resserrement monétaire se traduirait alors par une baisse de l’inflation domestique hors énergie provoquée par un ralentissement de la demande.

D’autre part, les effets de la politique monétaire se font sentir après plusieurs trimestres et donc, potentiellement, une fois la crise terminée. Il pourrait alors y avoir un sous-ajustement de l’inflation par rapport à sa cible si les prix de l’énergie sont revenus à leur niveau initial et si les prix hors énergie ont ralenti.

Un resserrement monétaire peut être optimal en cas d’effet de second tour, c’est-à-dire si la hausse des prix des biens importés et de l’énergie se diffuse aux autres prix ou aux salaires. Dans ce cas, les entreprises répercutent la hausse de leurs coûts de production sur les prix et les salariés cherchent à compenser leur perte de pouvoir d’achat en demandant des hausses de salaire. Il en résulterait une hausse de l’inflation hors énergie.

Inversement, la baisse du pouvoir d’achat des ménages réduit la demande et peut entraîner une baisse de l’inflation domestique. Selon l’importance relative de ces effets, la réponse optimale de politique monétaire peut alors être restrictive (une hausse des taux d’intérêt) ou expansionniste (une baisse des taux d’intérêt).

Pressions politiques

Kevin Warsh tiendra nécessairement compte du contexte politique. Depuis janvier 2025, Donald Trump n’a cessé de faire pression pour que les taux soient réduits plus fortement et rapidement. Il a régulièrement critiqué Jerome Powell, allant même jusqu’à faire planer la menace de son renvoi, portant de fait atteinte à l’indépendance de la Réserve fédérale.

La désignation des gouverneurs de banque centrale est une décision souvent très politique. En choisissant Kevin Warsh, on peut imaginer que Donald Trump espère obtenir une politique monétaire plus en phase avec son souhait de baisse des taux, même si lors de son audition devant le Sénat, Kevin Warsh a indiqué que le président n’avait pas formulé de telle demande, et a tenu à affirmer son indépendance.




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Les premières décisions qu’il prendra ne devraient pas forcément nous éclairer, car comme indiqué précédemment, le contexte actuel pourrait justifier un resserrement monétaire, un statu quo ou un assouplissement. Cette dernière option semble la moins légitime à court terme avec une inflation qui devrait rester au-dessus de 2 % jusqu’en fin 2027 et un taux de chômage – 4,4 % au premier trimestre 2026 – proche de son niveau naturel estimé par le CBO (Congressional Budget Office).

Des travaux académiques récents, comme ceux de Carola Binder (2021) ou de Thomas Drechsel (2025), suggèrent que les pressions politiques conduisent in fine la banque centrale à mener une politique monétaire plus accommodante, ce qui se traduit par une inflation plus élevée.

Dans le contexte actuel, reléguer au second plan l’objectif de lutte contre l’inflation pourrait réduire la crédibilité de l’action de la Réserve fédérale et éroder encore un peu plus la confiance des Américains après l’épisode inflationniste de 2021-2023, comme le suggère l’enquête du Michigan Survey.

Obtenir un consensus

Kevin Warsh devra donc choisir entre mécontenter le président qui vient de le nommer et risquer de réduire la crédibilité de la Réserve fédérale.

Rappelons que les décisions de politique monétaire ne seront pas prises par Kevin Warsh seul, mais par les douze membres du Federal Open Market Committee (FOMC), un organe de la Fed. Quand bien même Warsh agirait sous l’influence de Donald Trump, encore faudra-t-il qu’il parvienne à convaincre les onze autres membres de le suivre, ce qui semble peu réaliste. Les votes sur les décisions prises depuis janvier 2025 montrent un large consensus sur l’orientation de la politique monétaire américaine.

Sur les douze membres, il n’y a jamais eu plus de deux voix en faveur d’une politique plus accommodante que celle proposée par Jerome Powell. Avec un renouvellement régulier mais partiel des membres du FOMC, l’équilibre entre les « colombes », plus enclines à soutenir l’activité, et les « faucons » qui accordent plus d’importance à l’inflation évolue lentement. Dans les faits, Kevin Warsh cherchera à obtenir un large consensus entre ces positions.

Paradoxalement, c’est sans doute Donald Trump qui a en main les clés d’un éventuel assouplissement monétaire. En mettant un terme au conflit au Moyen-Orient et en renonçant à sa guerre commerciale, il pourrait agir assez rapidement sur l’inflation, ce qui donnerait alors à la Réserve fédérale les marges de manœuvre nécessaires pour qu’elle baisse le taux directeur.

The Conversation

Christophe Blot ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Le double dilemme de Kevin Warsh : satisfaire Donald Trump (et accroître l’inflation) ou les membres de la Fed (et obtenir un taux de croissance moins élevé) – https://theconversation.com/le-double-dilemme-de-kevin-warsh-satisfaire-donald-trump-et-accroitre-linflation-ou-les-membres-de-la-fed-et-obtenir-un-taux-de-croissance-moins-eleve-282653