Un manager qui veille plutôt qu’un chef qui surveille, ce qu’attendent les jeunes diplômés

Source: The Conversation – France (in French) – By Manuelle Malot, Directrice Carrières et NewGen Talent Centre, EDHEC Business School

Les jeunes diplômés redoutent le micro-management, véritable frein à leur engagement, et appellent à des pratiques managériales qui favorisent un environnement de travail bienveillant, responsabilisant où la confiance est un pré-requis. Fizkes/Shutterstock

Pourquoi certains jeunes diplômés s’épanouissent dès leur premier jour de travail, tandis que d’autres vivent difficilement leur insertion en entreprise ? La réponse tient souvent à une figure pivot : le manager.


Nous avons passé au crible près de 2 000 réponses d’anciens d’écoles de management et d’ingénieurs en début de carrière avec moins de six ans d’expérience professionnelle. Entre statistiques massives et verbatims sans filtre, un portrait-robot clair et moderne d’un « bon chef » se dessine.

Un bon chef veille ? Surveille ? Éveille ?

Rôle modèle

Premier enseignement : la nouvelle génération place la transparence et l’honnêteté tout en haut des attentes vis-à-vis de leurs supérieurs. Cela implique une clarté dans les objectifs :

« Un manager doit avoir les idées claires, savoir expliquer les attendus à l’équipe, créer une dynamique de travail et assurer une bonne circulation des informations »,

résume un des diplômés interrogés.

Facilitateur pour son équipe, le manager apporte la vision à grande échelle. Il doit être capable d’engager ses troupes dans le projet commun. Il assoit sa légitimité sur son exemplarité et ses compétences, autant techniques qu’humaines. Aujourd’hui, un manager dont l’autorité ne serait que statutaire a peu de chance de réussir.

Les attentes vis-à-vis des managers par les jeunes diplômés.
Fourni par l’auteur

En plus de toutes ces qualités, 40 % pensent qu’il est très important qu’un chef soit inspirant. Ce besoin de role model est plus prégnant auprès des jeunes diplômés d’écoles de management : 50 % d’entre eux considèrent très important d’avoir un manager inspirant alors que ce n’est le cas que pour 34 % des diplômés d’écoles d’ingénieurs. Un des répondants décrit le profil du manager parfait :

« Il doit être passé par mon poste, posséder une solide expertise technique et faire preuve d’une bonne communication sur les projets et le travail à accomplir, tout en veillant au bien-être de son équipe. »

Peur du micro-management

La relation de confiance est l’autre élément clé que les jeunes souhaitent fortement retrouver auprès de leurs managers : ils redoutent le micro-management, véritable frein à leur engagement et appellent à des pratiques managériales qui favorisent un environnement de travail bienveillant, responsabilisant où la confiance est un préalable. C’est un double défi pour les managers qui doivent à la fois déléguer avec sérénité et se montrer rassurants :

« Pour moi, le manager idéal accorde sa confiance, ne me micro-manage pas, me laisse être autonome tout en me donnant un cadre. »

La figure du manager qui veille plutôt que celui qui surveille fait consensus parmi ces jeunes diplômés. Ils sont relativement satisfaits de leur situation actuelle : près de 8 d’entre eux sur 10 déclarent bénéficier de cette transparence, et 9 sur 10 de la confiance, si importante à leurs yeux.

La moitié d’entre eux estiment aussi « très importante » la reconnaissance des managers vis-à-vis de leurs performances et des efforts qu’ils déploient dans leurs missions. Cette reconnaissance est plus souvent recherchée par les jeunes issus d’écoles de management (54 %) que ceux d’écoles d’ingénieurs (45 %).

C’est une génération qui a un fort désir d’évaluer leurs impacts non seulement au sein de l’entreprise, mais aussi plus largement dans la société. Le manager devient leur boussole du travail bien fait et de son utilité. Il doit être « franc autant sur les succès que les points à améliorer, reconnaissant du travail accompli », mentionne un des interviewés, « il doit donner une direction et un sens au travail de ses collaborateurs ».

« À notre écoute »

En parallèle, l’écoute est la qualité le plus souvent mentionnée dans les descriptions d’un manager idéal : 4 verbatims sur 10 mentionnent cette attitude. Elle est souvent associée à la capacité d’un supérieur hiérarchique à bien gérer la charge de travail en vue de « protéger ses collaborateurs du stress » et « prendre position vis-à-vis de demandes externes qui seraient trop exigeantes ». Ce rôle de protecteur et son aptitude à défendre les intérêts de l’équipe sont d’ailleurs jugés très importants par la moitié des répondants (49,4 %).




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L’étude montre aussi que ces jeunes actifs rêvent d’un manager attentif à leurs aspirations de carrière et envies de progresser. Leur premier objectif professionnel est de continuer à acquérir des compétences et se développer personnellement. Conscients des évolutions très rapides des compétences recherchées sur le marché de l’emploi, ils espèrent pouvoir compter sur leur N+1 pour jouer le rôle de coach/mentor en étant « à leur écoute, en accompagnant leur montée en compétences et en les conseillant sur les possibilités d’évolution au sein de l’entreprise en matière de responsabilités et de salaire ».

Que ce soit pour évaluer leur performance ou pour progresser professionnellement, les jeunes d’aujourd’hui tablent beaucoup sur les feed-backs de leurs managers.

Ils sont un tiers à estimer que c’est un rôle très important de leur supérieur (86 % si on additionne les modalités « important » et « très important »). Un jeune nous explique que « le manager doit prendre le temps de revoir les travaux et donner des conseils pour s’améliorer ».

Pourtant, le feed-back ne semble toujours pas faire complètement partie des pratiques managériales : 43 % des interrogés n’en bénéficient pas de manière régulière, 36 % des jeunes actifs issus d’écoles de management vs 47 % de ceux issus d’écoles d’ingénieurs. Près de la moitié (47 %) ne reçoivent pas non plus d’aide de leur responsable d’équipe pour développer leur employabilité que ce soit par le partage de compétences ou de réseau.

« À la fois guide, mentor et protecteur »

Les jeunes actifs diplômés brossent aujourd’hui un portrait sans ambiguïté de ce qu’ils attendent de leur manager : un leader accessible, à l’écoute, qui inspire confiance, donne du sens au travail et donne « envie d’avoir envie » et de s’engager… Trop souvent, nous disent les jeunes collaborateurs, le manager se plaint d’être pris en étau entre ses objectifs fixés par sa hiérarchie et les états d’âme de ses équipes.

Finie donc l’époque du chef autoritaire et distant : place à un encadrant capable de conjuguer clarté des objectifs, reconnaissance des efforts et accompagnement dans le développement professionnel. Pour cette génération en quête de sens et d’impact, le manager idéal est à la fois guide, mentor et protecteur, capable de créer un cadre de travail stimulant et bienveillant.

Si de nombreux jeunes déclarent déjà bénéficier de relations managériales satisfaisantes, les marges de progression restent réelles, notamment en matière de feed-backs réguliers et de soutien à l’employabilité. Plus que jamais, la qualité du management s’impose comme un levier décisif d’engagement et de fidélisation pour les jeunes talents en entreprise.

Portrait type d’un manager idéal

« Une personne qui fait confiance et laisse toute autonomie dans les tâches du quotidien. Qui est consciente des points forts et points faibles et aide à s’améliorer et à progresser. Qui valorise le feed-back et en donne régulièrement. Qui manage par l’exemple, en instaurant elle-même une culture bienveillante, ambitieuse, intelligente. Qui joue un rôle de mentor, défend et représente son équipe. Qui est à l’écoute et présente quand on a besoin d’elle. »

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Un manager qui veille plutôt qu’un chef qui surveille, ce qu’attendent les jeunes diplômés – https://theconversation.com/un-manager-qui-veille-plutot-quun-chef-qui-surveille-ce-quattendent-les-jeunes-diplomes-261286

Qui gardera les gardiens ? Quand les plateformes d’IA redéfinissent les règles de la « servitisation »

Source: The Conversation – France (in French) – By Wafa Khlif, Professeure de contrôle de gestion, TBS Education

L’adoption de l’intelligence artificielle dans les entreprises ne se limite pas à l’intégration d’un outil supplémentaire aux process existants. Elle modifie profondément la manière dont l’entreprise et les écosystèmes fonctionnent. Pour ces raisons, elle pose de nouveaux dangers qu’il convient d’intégrer à la réflexion, plutôt que de foncer tête baissée uniquement sur des questions d’éthique.


L’intelligence artificielle (IA) est souvent présentée comme une révolution technologique dont l’impact dépasse largement le cadre des entreprises et du marché. Dans le domaine du management, la majorité des chercheurs s’accordent à souligner l’importance d’une utilisation éthique de l’IA : il s’agit d’éviter les biais algorithmiques, de protéger les données personnelles, ou encore de garantir une prise de décision transparente. Toutefois, cette approche occulte une question plus structurelle : la concentration du pouvoir au sein des plateformes d’IA et de leurs possesseurs, ainsi que leur influence croissante sur la dynamique des marchés et des sociétés.

L’essor des plateformes d’IA s’accompagne d’une centralisation progressive du pouvoir informationnel entre les mains de leurs propriétaires. Cette concentration ne se limite pas à une domination technologique, mais soulève des enjeux concurrentiels et oligopolistiques. Ces plateformes ne se contentent pas d’assurer l’accès aux données : elles structurent les flux d’informations, définissent les standards et redéfinissent progressivement les règles du marché. À travers des mécanismes algorithmiques de recommandation, de classification et d’évaluation, elles exercent une domination qui dépasse la simple gestion technique des bases de données et qui influence directement les décisions économiques dans les écosystèmes qui les adoptent.




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La confiance comme moteur de domination

L’IA est perçue comme un levier d’optimisation des processus décisionnels et d’amélioration de la performance organisationnelle. Son adoption repose sur la conviction que ses capacités de prédiction et d’analyse renforcent la rationalisation des décisions et l’efficience des systèmes économiques. Cette confiance dans l’IA justifie son intégration dans un nombre croissant d’écosystèmes, où elle redéfinit la relation entre fournisseurs et clients, y compris la « servitisation ».

Ce terme désigne la manière dont les entreprises déplacent leur orientation stratégique vers l’offre de services comme principaux moteurs de croissance, et ce, dans de nombreux secteurs.

Toutefois, cette dynamique d’adoption généralisée comporte plusieurs effets structurants. L’intégration des plateformes d’IA dans la servitisation introduit une standardisation accrue des processus et une homogénéisation des offres de services, réduisant ainsi la flexibilité et la capacité d’adaptation des entreprises. Les manufacturiers, historiquement au centre des écosystèmes de servitisation, se trouvent déplacés vers la périphérie face à la domination croissante des fournisseurs de ces plateformes.

En parallèle, cette dépendance aux infrastructures d’IA renforce la position de contrôle des plateformes. Ce phénomène ne se limite pas à une dépendance technique, mais englobe également des dimensions stratégiques et psychologiques.

L’exemple de la décision unilatérale d’OpenAI en 2023 est assez édifiant. Elle a retiré les anciennes interfaces de programmation d’applications (API), obligeant ainsi les premiers utilisateurs de la plateforme en tant que service (PAAS) à migrer vers des modèles plus récents. Une fois la dépendance établie, la marge de manœuvre pour adopter des alternatives se réduit, et les normes imposées par les plateformes deviennent des standards « naturels ».

Une nouvelle gouvernance invisible ?

L’essor des plateformes d’IA ne se traduit pas uniquement par une domination économique, mais s’accompagne également d’une transformation des modes de gouvernance. Rouvroy et Berns (2013) le conceptualisent avec la « gouvernementalité » algorithmique. Contrairement aux formes traditionnelles de pouvoir qui reposent sur des décisions explicites, le pouvoir algorithmique fonctionne de manière diffuse et normative, en orientant les comportements et en redéfinissant les cadres de référence à l’insu des acteurs.

Les plateformes ne contraignent pas directement les choix des acteurs économiques et sociaux, mais modèlent l’environnement décisionnel à travers l’organisation des informations, la hiérarchisation des priorités et l’imposition de métriques de performance spécifiques. Dans ce cadre, les décisions humaines se trouvent encadrées et influencées par des systèmes algorithmiques qui orientent implicitement les choix perçus comme pertinents ou efficaces. Un peu comme le fait l’application Waze pour orienter vers les chemins les plus courts.

Un problème de transparence et de contestabilité

Dans le domaine hospitalier, un algorithme conçu pour optimiser l’attribution des lits ne se limite pas à répartir efficacement les patients : il redéfinit les critères de priorité, influençant ainsi les décisions médicales sous couvert de rationalisation des ressources.

De la même manière, les écosystèmes de servitisation vont être dirigés par ces algorithmes de recommandation qui ne se contentent pas d’organiser l’information ; ils conditionnent la visibilité de certains contenus et l’occultation d’autres, structurant ainsi les priorités et les stratégies des acteurs.

Ce mode de gouvernance algorithmique pose un problème fondamental de transparence et de contestabilité. Contrairement aux décisions humaines, les décisions algorithmiques s’inscrivent dans des processus opaques et automatisés, rendant leur remise en question plus complexe. L’absence de responsabilité clairement identifiable et la difficulté d’accès aux logiques sous-jacentes des algorithmes limitent la possibilité d’une contre-offre ou d’une régulation efficaces.

Un risque de verrouillage

Comme le décrivent Canboy et Khlif (2025), l’intégration croissante des plateformes d’IA dans les écosystèmes de servitisation soulève des problématiques de dépendance et de verrouillage. Deux types de risques interdépendants émergent : la perturbation des modèles d’affaires traditionnels (effet de verrouillage algorithmique et dépendance aux fournisseurs) et la dépendance opérationnelle accrue (coûts de changement élevés et impossibilité d’adopter d’autres solutions).

Face à ces enjeux, une régulation à l’échelle internationale apparaît nécessaire pour limiter les effets oligopolistiques des plateformes dominantes. Plusieurs pistes d’intervention sont envisageables : démocratisation des données, application des lois antitrust, promotion des standards ouverts (open source) ou encore soutien aux plateformes alternatives. Dans cette perspective, la reconnaissance des données comme un bien partagé, et non comme un actif exclusivement privatisé, s’inscrit dans une logique de développement économique équitable et de démocratisation des savoirs.

France 24, 2025.

Enfin, si ces technologies permettent des gains d’efficience, elles impliquent également une consommation énergétique et matérielle considérable. L’idée selon laquelle l’IA contribuerait automatiquement à une trajectoire de développement durable nécessite une interrogation critique. L’adoption généralisée des plateformes d’IA, sans une réflexion sur leur impact social et environnemental, risque de renforcer des formes de dépendance structurelle et d’accroître les déséquilibres au sein des écosystèmes économiques.

Un effet Frankenstein

Dans le célèbre roman de Mary Shelley (1797-1851), le docteur Frankenstein crée une créature rationnelle qui se veut supérieure à l’humain, mais dont l’existence propre devient rapidement insoutenable. L’IA, comme la créature de Frankenstein, incarne cette quasi-perfection rationnelle qui finit par révéler les failles de son créateur. Conçue pour optimiser, prédire et rationaliser, elle finit par refléter les inégalités, les jeux de pouvoir et les choix de société qui la façonnent. Comme le monstre du roman, elle pose une question centrale à ses créateurs : « Pourquoi m’avez-vous donné vie si c’est pour me laisser semer la destruction ? »

Le problème n’est donc pas tant l’IA elle-même, mais les dynamiques de pouvoir et de contrôle qu’elle maintient et renforce. Plutôt que de nous focaliser uniquement sur ses biais ou ses portées éthiques, nous devrions interroger les intérêts qui la contrôlent, à quelles fins et avec quelles conséquences pour le vivant.

The Conversation

Wafa Khlif ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Qui gardera les gardiens ? Quand les plateformes d’IA redéfinissent les règles de la « servitisation » – https://theconversation.com/qui-gardera-les-gardiens-quand-les-plateformes-dia-redefinissent-les-regles-de-la-servitisation-254491

Researchers watched 150 episodes of Bluey – they found it can teach kids about resilience for real life

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Bradley Smith, Senior Lecturer in Psychology, CQUniversity Australia

Dad (Bandit), Mum (Chilli), Bluey and Bingo. Ludo Studios

She’s six years old, lives in Brisbane and might just be one of the best resilience coaches on television.

We’re talking about Bluey, the animated Aussie pup whose adventures have captured the hearts of families around the world.

But as our new study reveals, Bluey isn’t just entertaining kids, she’s modelling how to to deal with life’s ups and downs.

Why is resilience so important?

Resilience isn’t just about “toughing it out”. It’s the ability to cope with challenges, adapt to setbacks and recover from difficulties. It’s a vital part of healthy child development.

Research shows resilience helps children manage stress, regulate their emotions, build better relationships, and even perform better at school. Without it, children may be more vulnerable to anxiety, depression and poor coping skills later in life.

Children today face growing mental health challenges, including around anxiety and emotional dysregulation. For example, a 2023 national resilience survey of almost 140,000 students found more than one in four primary and one in three secondary students reported high levels of psychological distress.

Research shows the earlier we support resilience-building, the better. Early interventions help build healthy coping skills before negative patterns take hold.

How TV can help

Storytelling in films, books and TV can show children how to navigate challenges – not through lectures, but by modelling behaviours like emotional regulation, problem-solving and empathy.

Animal characters in storytelling also offer valuable learning opportunities for children, who are naturally drawn to animals.

Bluey first aired in 2018. It has since become Australia’s most successful children’s program, with billions of views worldwide.

It is known for its realistic portrayal of young family life. Yet until now, no one had systematically examined how it – or any kid’s TV show – presents resilience on screen.

So we watched all 150 Bluey episodes

In our study, we analysed every episode of Bluey from seasons one to three. The 150 episodes added up to 18 hours of Bluey, Bingo, Chilli, Bandit and their friends.

For each episode, we looked closely at the storyline, characters and themes, identifying moments where a character faced a challenge and showed a resilient response.

To guide our analysis, we used the Grotberg Resilience Framework. This is a widely recognised model in psychology that breaks resilience into three key elements.

1. I have: involving the support systems around a child, such as family, friends, and community role models they can rely on.

2. I can: involving practical coping skills, like solving problems, managing emotions and asking for help when needed.

3. I am: involving a child’s inner strengths like confidence, optimism, emotional regulation and a sense of self worth.

‘It’s out of our hands’

Our research found nearly half of all episodes (73 out of 150) included a clear resilience message as either a primary or secondary theme.

Nearly two-thirds of the resilience moments were facilitated by a parent — most often Bluey’s mum. This fits with the “I have” category of resilience, which highlights how children draw strength from caring adults when things get tough.

For example in The Show (season two episode 19), Bingo accidentally drops a breakfast tray and bursts into tears. Mum gently models emotional coaching explaining her coping process: “I have a little cry, I pick myself up, dust myself off, and keep going.” Research shows that when caregivers model how to acknowledge distress, express feelings, and then recover with calm, children gradually learn to manage negative emotions effectively.

Later in the episode, Bingo repeats those exact words when things go wrong again.

‘Well, that was fun’

Bluey and her sister also frequently demonstrate practical coping skills on their own.

In Keepy Uppy (season one, episode three), the final balloon in a game pops. The kids pause, take it in, and smile. “Well, that was fun,” they say.

In a single moment, we see disappointment, emotional regulation, and reframing – the core of the “I can” category.

Everyday moments, powerful messages

We also see characters overcoming challenges with their own inner strength. In Seesaw (season two, episode 26) Pom Pom shows determination and self-confidence to get to the top of the seesaw and save her friends, in an example of “I am”. As she declares, “Pomeranians are a small but hardy breed”.

We found Bluey touches on almost all of the core elements of resilience: trusting relationships, emotional communication, problem-solving, self-regulation, empathy and more.

In Sheepdog (season three, episode 11), mum Chilli tells her family she needs “20 minutes” of alone time. Bluey is worried she’s done something wrong. Later, during play, Bluey gently echoes her mum’s words to a toy: “It’s hard work looking after you. I just need 20 minutes.”

That simple moment models self-care and perspective-taking as well as empathy. For kids, learning that grown-ups need rest too is a powerful message.

How to watch Bluey with your kids

Of course, no screen can replace real relationships. But when parents watch shows like Bluey with their kids, they become powerful teaching tools.

So the next time your child wants to watch an episode for the tenth time, don’t feel guilty – join them. When parents watch too, those moments become conversation starters. For example, “What do you think Bluey felt then?”, “Have you ever felt like that?” or “What would you do in that situation?”

Talking about what kids see on screen can help them reflect, process, and build the skills they need to cope, adapt and grow.


CQUniversity student Kelly Bohl and co-host of Bluey podcast Gotta Be Done Mary Bolling contributed to the original research on which this article is based.

The Conversation

Bradley Smith does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Researchers watched 150 episodes of Bluey – they found it can teach kids about resilience for real life – https://theconversation.com/researchers-watched-150-episodes-of-bluey-they-found-it-can-teach-kids-about-resilience-for-real-life-262202

Why do I feel so emotional when I listen to music from my teenage years?

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Sandra Garrido, NHMRC-ARC Dementia Research Development Fellow, Western Sydney University

stockbusters/Getty Images

Deep in your memory, your brain has created a playlist of music from your teenage years. Even though life has moved on, hearing that music now likely still brings up some really powerful emotions.

Why?

Well, as with anything to do with the brain and with emotions, it’s hard to say for sure. But it’s likely a bit to do with evolution, and a bit to do with some key neurological changes that occur in the teenage years.

Imagine the world of a prehistoric teenager

Changing hormones supercharge the limbic system, which is the emotional centre of the brain. Teens become emotionally sensitive and susceptible to intense mood swings.

At the same time, we start to become less reliant on our parents.

This increasing independence accelerates the need to forge close relationships with peers. We need to learn very quickly how to interpret the emotions of others, and develop strong memories of things that are safe or unsafe.

Imagine the world of a prehistoric teenager. No longer a child wholly dependent on their parents, the adolescent feels an instinctive drive to explore new territory and strike out on their own.

Away from their family’s protection, survival now hinges on bonds with peers.

Going it alone is fraught with danger. Belonging to a group becomes a matter of life or death.

The teen finds a new pack, which communicates crucial information to each other using body language or non-linguistic verbalisations. Variations in the voice pitch or the speed of speech signal urgency or excitement.

Strong emotional reactions – the fear of danger, the thrill of a successful hunt, an intense connection with a potential mate – ensure memories about what to fear and what to seek are deeply carved into this teenage brain.

The stronger the emotion, the deeper the memory.

The brains of modern teens aren’t much different

In today’s world, we seldom need to hunt for food or protect ourselves from predators trying to eat us. But modern teenage brains are still wired to react quickly and instinctively.

Modern teens will still strike out away from the safety of the family circle, learning to navigate the treacherous world of adolescent relationships.

As we all know – often from searingly painful personal experience – teenage brains are keenly attuned to non-linguistic social cues that signal acceptance or rejection by the pack.

We are evolutionarily wired to lay down deep memories in our brains of events that have had a strong emotional impact on us.

A young womand and a young man kiss.
The teen years are a time of many firsts.
Photo by cottonbro studio/Pexels

So what’s this got to do with teen music tastes?

Music can convey linguistic and non-linguistic emotion.

Lyrics can tell a story that makes us feel heard and understood. They might signal we belong and are connected – with the artist, with other fans, and with broader human experiences such as love, lust or loneliness.

The melody and beat communicate emotion too.

In fact, some scholars believe the very reason music exists is related to the non-linguistic elements of speech that our prehistoric ancestors may have used to communicate before spoken language developed.

Our brains may respond to these signals in music the way our prehistoric ancestors responded to expressions of urgency, excitement or peace from other members of the tribe.

The way music communicates and evokes emotion is what makes it so important in life, particularly during the teenage years.

Teenagers may spend several hours per day listening to music, particularly when going through periods of psychological distress.

During this period – when emotional experiences and the learning that comes from them are so crucial to learning to survive – music becomes a powerful tool.

It can act as a simulator for practising emotional skills, a guide to navigating emotional ups and downs and a key to finding connection and belonging.

In other words, the music that we hear in our teenage years becomes closely intertwined with the strong emotions we experience at that time.

An older man listens to music with a wistful look on his face.
Listening to the music of one’s youth can be bittersweet.
kupicoo/Getty Images

A time of many firsts

The music of your teens was likely the backdrop to your first kiss, the anthem you sang along to with friends, and a source of comfort when your heart was first broken.

Evolution has programmed you to feel every moment of your teenage years profoundly, so you can learn important lessons about how to survive, become independent and connect with others.

At the same time, music may be tapping into an ancient, pre-language part of our brains.

The music that accompanied high-stakes moments of your youth is forever linked to the powerful emotions you experienced then, and deeply embedded in the brain.

That is why, for the rest of our lives, those songs act as a kind of musical key to a neurological time capsule.

The Conversation

Sandra Garrido does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Why do I feel so emotional when I listen to music from my teenage years? – https://theconversation.com/why-do-i-feel-so-emotional-when-i-listen-to-music-from-my-teenage-years-260819

World Athletics’ mandatory genetic test for women athletes is misguided. I should know – I discovered the relevant gene in 1990

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Andrew Sinclair, Deputy Director of the Murdoch Childrens Research Institute, Murdoch Children’s Research Institute

World Athletics president Sebastian Coe recently announced a new rule for women athletes, requiring mandatory genetic tests to verify their biological sex.

This test must be done if athletes wish to compete in September’s World Athletics Championships in Tokyo.

World Athletics has said all athletes competing as women must have an SRY gene test to identify whether a male Y chromosome is present.

Any athlete whose test shows the presence of the SRY gene will be banned from competing in the women’s category in elite events.

Coe said the decision was made to ensure “the integrity of women’s sport” with World Athletics asserting:

The SRY gene is a reliable proxy for determining biological sex.

I argue the science does not support this overly simplistic assertion.

I should know, because I discovered the SRY gene on the human Y chromosome in 1990. For 35 years I have been researching it and other genes required for testis development.

A brief primer on testes and ovary development

If a human embryo has XY chromosomes, then at six weeks of development the SRY gene on the Y chromosome triggers a cascade of events involving some 30 different genes that lead to the formation of testes.

In simplest terms, the testes then produce hormones including testosterone, leading to male development.

However, if an embryo has XX chromosomes, a whole different group of genes come into play, ovaries form and the hormones produced result in a female.

We know making testes or ovaries requires a complex network of many interacting genes and proteins.

Some genes promote testis development while others promote ovary development.

Other genes either suppress ovary formation or antagonise testis formation.

Even once ovaries or testes are fully formed, we require other genes to maintain them. These genes don’t always function as expected, affecting the development of these organs.

How does this relate to sex testing of elite women athletes?

Changes or variants in the many genes that regulate the development of a testis or ovary can result in sex reversal or a non-functioning testis or ovary.

What do I mean by this?

If there is a change in the SRY gene so it does not function as usual, then a person can fail to develop testes and be biologically female. Yet they carry XY chromosomes and under the World Athletics tests they would be excluded from competition.

Other XY individuals may have a functioning SRY gene but are female – with breasts and female genitalia, for example – but have internal testes.

Importantly, the cells of these people are physically unable to respond to the testosterone produced by these testes. Yet, they would receive positive SRY tests and be excluded from competition.

At the 1996 Olympic Games in Atlanta, eight of 3,387 women athletes had positive test results for a Y chromosome. Of these, seven were resistant to testosterone.

The SRY test isn’t cut-and-dried

World Athletics asserts the SRY gene is a reliable proxy for determining biological sex. But biological sex is much more complex, with chromosomal, gonadal (testis/ovary), hormonal and secondary sex characteristics all playing a role.

Using SRY to establish biological sex is wrong because all it tells you is whether or not the gene is present.

It does not tell you how SRY is functioning, whether a testis has formed, whether testosterone is produced and, if so, whether it can be used by the body.

Other problems with the SRY testing process

World Athletics is recommending all women athletes take a cheek swab or blood sample to test for the presence of SRY.

Normally, the sample would be sent to a lab that would extract DNA and look for the presence of the SRY gene.

This may be easy enough in wealthy countries, but what is going to happen in poorer nations without these facilities?

It is worth noting these tests are sensitive. If a male lab technician conducts the test he can inadvertently contaminate it with a single skin cell and produce a false positive SRY result.

No guidance is given on how to conduct the test to reduce the risk of false results.

Nor does World Athletics recognise the impacts a positive test result would have on a person, which can be more profound than exclusion from sport alone.

There was no mention from World Athletics that appropriate genetic counselling should be provided, which is considered necessary prior to genetic testing and challenging to access in many lower- and middle-income countries.

I, along with many other experts, persuaded the International Olympic Committee to drop the use of SRY for sex testing for the 2000 Sydney Olympics.

It is therefore very surprising that, 25 years later, there is a misguided effort to bring this test back.

Given all the problems outlined above, the SRY gene should not be used to exclude women athletes from competition.

The Conversation

Andrew Sinclair receives funding from NHMRC

ref. World Athletics’ mandatory genetic test for women athletes is misguided. I should know – I discovered the relevant gene in 1990 – https://theconversation.com/world-athletics-mandatory-genetic-test-for-women-athletes-is-misguided-i-should-know-i-discovered-the-relevant-gene-in-1990-262367

Research: Endemic anoa and babirusa show surprising resilience on small islands

Source: The Conversation – Indonesia – By Sabhrina Gita Aninta, Postdoctoral research fellow, University of Copenhagen

● Small-island populations are thriving in their small numbers.

● Small islands can be natural refugia for endangered megafauna.

● Protecting ecosystems on small islands is crucial for national conservation plans.


Animal populations on small islands are often thought to be unlikely to survive in the long term. Continued exploitation of small islands—such as mining in Raja Ampat, West Papua—poses a serious threat to local wildlife.

Governments often overlook biodiversity in these island ecosystems. Some small Indonesian islands are even listed for sale on websites like Private Island.

However, our new study in the Proceedings of the National Academy of Sciences found that endemic large mammals on small islands may, in fact, be thriving.

This finding is based on the genomic sequencing of two endemic species from the Wallacea region: the anoa (a dwarf buffalo) and the babirusa (a pig with upward-curving tusks that resemble antlers).

Although their populations are small and genetically less diverse, anoa and babirusa appear to thrive better on smaller islands than on larger ones. This could help them survive in the long term—contrary to previous assumptions.

In other words, small islands can serve as natural refuges for their native biodiversity—provided their ecosystems remain undisturbed. Thus, protecting these ecosystems is essential for their survival.

Resilient small population of large mammals

In theory, large-bodied mammals on small islands are prone to extinction due to limited mating opportunities. Restricted movement can lead to inbreeding, which reduces genetic diversity and jeopardises long-term health.

However, that may not be the full story. Through genomic analysis, we explored the population history of the anoa and babirusa to uncover what has happened over the past few hundred generations.

We sequenced the whole genomes of 67 anoa and 46 babirusa from across the Wallacea islands, including the large island of Sulawesi (in the north and southeast regions) and nearby smaller islands such as Buton and Togean.

We found that anoa and babirusa on Buton and Togean had lower genome-wide diversity and higher levels of inbreeding. Surprisingly, however, these populations were more efficient at purging harmful mutations compared to those on the larger island.

This suggests that small-island populations, having been isolated for long periods, have undergone natural genetic filtering—leaving individuals that are genetically “safe” and capable of thriving.

In contrast, populations on the larger Sulawesi Island carry a higher “genetic load.” This is likely a consequence of external, human disturbances such as forest degradation, mining, hunting, and poaching, which have fragmented their habitats and populations. As a result, these groups may be more genetically compromised.

According to the Kunming-Montreal Global Biodiversity Framework (2022), maintaining a sufficient effective population size (Ne) is crucial for long-term species survival. To avoid the risk of extinction, an Ne of at least 500—or roughly 5,000 individuals in total census size—is recommended.

Illustration of time to extinction based on effective popualtion size (Ne), reproduced from Kunming-Montreal Global Biodiversity Framework metadata page for Target A4: https://www.gbf-indicators.org/metadata/headline/A-4. The smaller Ne, the faster the rate of genetic diversity loss. The left illustration showed not all individual in census (Nc) provide genetic contributions.
CC BY-SA

Interestingly, our findings show that even small populations can remain viable over the long term—so long as they are protected from intense external pressures such as habitat loss, hunting, or disease outbreaks.

Therefore, before conducting any animal translocation to boost genetic diversity, it’s critical to carefully assess the ecological and genetic context of each population.




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Small islands as refugia

Our study shows that mammals on small islands can be genetically resilient, even with small population sizes.

Unfortunately, small-island habitats are often overlooked in national development plans.

While conservation of small islands is legally regulated, the reality on the ground is starkly different. Indonesia’s outermost islands have frequently been allocated for resource exploitation—often without adequate protection of their ecosystems.

Wallacea is just one example among many island groups that act as a natural laboratory for evolution. These islands have nurtured unique species for millions of years—species that are irreplaceable once lost.

As an archipelagic nation, Indonesia must prioritise biodiversity conservation by putting greater focus on habitat protection in small islands.

These islands can serve as natural refuges for endemic species—offering a more cost-effective and ecologically sound alternative to artificial captive breeding programmes.

The Conversation

This research is a collaboration between researchers from Queen Mary University of London (QMUL), Ludwig Maximilian Munich (LMU) Germany, and Universitas Indonesia, with the support of joint funding from NERC-Ristekdikti. Sabhrina Gita Aninta were funded by QMUL for her doctoral study that resulted in this research.

ref. Research: Endemic anoa and babirusa show surprising resilience on small islands – https://theconversation.com/research-endemic-anoa-and-babirusa-show-surprising-resilience-on-small-islands-261063

Climatisation : quelles alternatives au quotidien, quelles recherches pour le futur ?

Source: The Conversation – in French – By Brice Trémeac, Professeur et directeur du Laboratoire du froid et des systèmes énergétiques et thermiques, Conservatoire national des arts et métiers (CNAM)

Dans un contexte de réchauffement climatique accéléré, la climatisation apparaît comme une réponse évidente à la multiplication des épisodes de chaleur extrême. Pourtant, généraliser la climatisation dite « de confort » – c’est-à-dire en dehors des cas de besoin médical ou professionnel strict – n’est ni pertinente d’un point de vue environnemental ni tenable sur les plans économique et social. Car rafraîchir nos intérieurs à coups de kilowatt-heures, c’est souvent aggraver la chaleur à l’extérieur du local ou bâtiment climatisé, et creuser encore davantage les inégalités entre ceux qui peuvent se payer la fraîcheur et les autres.


L’été 2024 a battu de nouveaux records, et notamment de températures. Selon Santé publique France, 3 700 décès ont été liés à la chaleur, et plus de 17 000 passages aux urgences enregistrés. Alors que les canicules deviennent plus fréquentes, la question de la climatisation revient avec insistance dans le débat public. Faut-il équiper systématiquement nos logements, écoles, bureaux ? Pour beaucoup, la climatisation semble une solution simple et immédiate. Mais elle soulève de sérieux enjeux.

De fait, la climatisation est parfois indispensable. Pour les publics vulnérables (personnes âgées, jeunes enfants, personnes malades) ou pour certains métiers exposés (travailleurs du bâtiment, métiers en environnement confiné ou bruyant, opérateurs manipulant des machines dégageant de la chaleur), elle peut littéralement sauver des vies. On peut également citer la climatisation nécessaire pour les data centers ou dans les musées afin de préserver les œuvres. Mais pour le reste de la population, on parle de « climatisation de confort », dont la pertinence mérite d’être interrogée.

Si la recherche avance sur des innovations technologiques vers des systèmes moins énergivores et plus efficaces, ils ne pourront remplacer une réflexion globale sur notre rapport au confort thermique. La climatisation peut être un outil utile, parfois vital. Mais elle ne doit pas devenir une fuite en avant.

À l’heure du changement climatique, la question n’est pas de bannir la climatisation, mais de repenser nos façons de vivre et nos actions afin qu’elles restent soutenables, équitables et vraiment efficaces.

Pourquoi la climatisation peut poser problème

D’abord sur le plan énergétique. D’après l’Agence de la transition écologique (Ademe), un logement équipé d’une climatisation consomme en moyenne 304 kilowatts-heures par an pour la climatisation, une valeur qui grimpe à 482 kilowatts-heures dans le sud-est de la France. L’impact carbone reste limité grâce au mix électrique français majoritairement bas carbone, mais la facture, elle, est bien réelle : selon EDF, une climatisation peut augmenter de 15 % la consommation d’électricité d’un foyer en été, soit de 76 à 120 euros par an au tarif réglementé.

Ensuite, la généralisation de la climatisation creuse des inégalités sociales. La précarité énergétique d’été est de plus en plus présente en France. Dans de nombreux quartiers populaires, où les logements sont mal isolés, la climatisation est soit absente, soit assurée par des équipements peu performants, souvent bon marché et énergivores (les climatisations mobiles achetées dans un supermarché, par exemple).

Autrement dit, climatiser une « bouilloire thermique » mal conçue revient parfois à climatiser… l’extérieur. Le service rendu est faible, mais la facture salée.

Et pendant ce temps, les rejets de chaleur de ces appareils contribuent à accentuer la température extérieure, aggravant l’îlot de chaleur dans le cas des villes, notamment.

C’est l’un des paradoxes de la climatisation : comme un réfrigérateur, elle rafraîchit d’un côté mais rejette de la chaleur de l’autre. Plus on climatise, plus on chauffe ailleurs : la chaleur rejetée égale à l’énergie pour refroidir additionnée à l’énergie électrique consommée. À Paris, une étude menée par Météo France et le Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) dans le cadre du projet Clim2 a montré que les rejets de chaleur des climatiseurs pouvaient faire grimper la température de plusieurs degrés à deux mètres du sol.

Quelles alternatives à la climatisation au quotidien ?

Alors, faut-il renoncer à la fraîcheur ? Pas nécessairement. Des alternatives existent et peuvent répondre efficacement aux besoins de confort thermique, tout en étant bien moins énergivores.

Le programme Climeco, porté par l’Association française du froid (AFF), a ainsi publié un guide d’« écogestes » pour limiter le recours à la climatisation, initialement destiné aux territoires ultramarins, mais parfaitement transposable à d’autres territoires.

Parmi ces gestes simples : limiter les apports de chaleur (en fermant les volets, en réduisant l’usage d’appareils électriques), ne pas régler la température de la climatisation trop bas, choisir un équipement adapté à ses besoins, ou encore entretenir régulièrement son appareil. Mais l’un des conseils les plus efficaces reste : rafraîchir sans climatiser.

Cela passe par des solutions dites passives, comme la ventilation naturelle. Ouvrir les fenêtres la nuit ou tôt le matin, lorsque l’air extérieur est plus frais, permet d’abaisser significativement la température intérieure. Certes, cette stratégie se heurte parfois à un sentiment d’insécurité ou à des contraintes d’environnement sonore, en particulier dans les logements en rez-de-chaussée ou en zone dense.

Côté solutions actives, les ventilateurs ont largement fait leurs preuves. Contrairement à la climatisation, ils ne refroidissent pas l’air, mais créent un courant d’air qui favorise l’évaporation de la sueur, renforçant la sensation de fraîcheur. Certains modèles sont équipés de brumisateurs ou d’humidificateurs, efficaces surtout dans les climats secs.

Les ventilateurs de plafond, ou brasseurs d’air en plafonnier se révèlent particulièrement performants : silencieux, peu gourmands en énergie, ils assurent un brassage homogène de l’air, même à basse vitesse, et sont bien adaptés à un usage nocturne.

Ces équipements, bien choisis et bien utilisés, constituent une alternative crédible et accessible à la climatisation de confort dans une réflexion plus large, qui inclue végétalisation, isolation, protections solaires et optimisation de l’aération : une approche plus systémique que la seule réponse technologique, quand cela est possible.




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Trop souvent, les appareils de climatisation sont surdimensionnés, mal installés ou mal entretenus. Le rôle du professionnel est de dimensionner correctement le système en fonction des besoins réels (on ne choisit pas une voiture de course pour aller chercher son pain !), d’optimiser l’installation, et de garantir un fonctionnement efficace dans le temps.

Les recherches sur la clim du futur

La recherche, de son côté, avance sur plusieurs fronts.

Les industriels et laboratoires travaillent sur des fluides frigorigènes alternatifs ayant un faible pouvoir de réchauffement global (abrégé PRG, c’est un indicateur qui permet de comparer l’impact du réchauffement climatique d’un gaz à effet de serre à une référence, le CO2, sur cent ans), pour remplacer les fluides actuels aujourd’hui très encadrés par la réglementation européenne F-Gas.

On développe aussi des systèmes hybrides, combinant climatisation et récupération de chaleur au niveau du condenseur (l’équivalent de la façade arrière d’un réfrigérateur ménager) pour des applications de réseaux thermiques, par exemple, ou des dispositifs de rafraîchissement par évaporation, moins énergivores.

D’autres axes visent à augmenter l’efficacité énergétique des machines de climatisation – en améliorant les échangeurs thermiques, les compresseurs ou la régulation intelligente – afin de produire plus de froid pour une même quantité d’électricité.


Les projets Analyse de méthodes asymptotiques robustes pour la simulation numérique en mécanique  (ARAMIS) et Évaporateur compact pour systèmes à sorption (Ecoss) sont soutenus par l’Agence nationale de la recherche (ANR), qui finance en France la recherche sur projets. L’ANR a pour mission de soutenir et de promouvoir le développement de recherches fondamentales et finalisées dans toutes les disciplines, et de renforcer le dialogue entre science et société. Pour en savoir plus, consultez le site de l’ANR.

The Conversation

Brice Trémeac est membre et administrateur de l’association française du froid industriel (Aff) et est membre de l’Institut international du froid (IIF). Il a reçu des financements de l’ANR (ANR-12-BS01-0021, ANR-11-SEED-0007), de l’Ademe, France2030 ainsi que différentes entreprises privées dans le cadre de projets de recherche.

ref. Climatisation : quelles alternatives au quotidien, quelles recherches pour le futur ? – https://theconversation.com/climatisation-quelles-alternatives-au-quotidien-quelles-recherches-pour-le-futur-262072

Football financiarisé : l’Olympique lyonnais, symptôme d’un modèle de multipropriété en crise

Source: The Conversation – France (in French) – By Matthieu Llorca, Maitre de conférences en économie, spécialiste des politiques économiques, Université Bourgogne Europe

La crise de l’OL illustre la multipropriété, ou « Multi-Club Ownership ». Son patron John Textor gère également les clubs Botafogo au Brésil et RWD Molenbeek en Belgique. MarcoIacobucciEpp/Shutterstock

La crise traversée par l’Olympique lyonnais (OL) n’est pas un cas isolé dans le football français et européen. Une illustration de la financiarisation du ballon rond ?


Le 9 juillet 2025, la commission d’appel de la Direction nationale du contrôle de gestion (DNCG), le « gendarme financier » du football français, a infirmé la décision de relégation de l’Olympique lyonnais (OL) en Ligue 2, initialement prononcée le 24 juin, pour cause de graves déséquilibres financiers.

Cet épisode, au-delà de son retentissement national, illustre les dérives d’un modèle de gouvernance fondé sur l’endettement et la multipropriété (Multi-Club Ownership [MCO]), aujourd’hui sous le feu des critiques dans le football européen.

Si le cas lyonnais est emblématique, il ne constitue pas une exception. Il illustre des dérives plus larges à l’œuvre dans les structures multiclubs, où se combinent opacité financière, conflits d’intérêts et atteintes potentielles à l’équité sportive.

Tendance dans le football financiarisé

La multipropriété désigne la situation où « un investisseur unique – un individu ou une personne morale – détient des parts du capital de deux (ou plusieurs) clubs », pour l’économiste Wladimir Andreff, parfois répartis sur plusieurs continents.

Longtemps marginal, ce phénomène s’est considérablement accéléré au cours de la dernière décennie : on dénombrait moins de 40 clubs concernés en 2012, contre plus de 180 en 2022 selon l’Union des associations européennes de football (UEFA), et même plus de 280 selon le Centre international d’études du sport (CIES). Le City Football Group, la galaxie Red Bull, 777 Partners, BlueCo, Eagle Football ou encore RedBird Capital figurent parmi les principales entités de cette nouvelle cartographie du football mondial.

Le modèle repose sur une logique pyramidale : détection de talents dans des clubs satellites, valorisation dans des ligues intermédiaires, puis intégration (ou revente) via un club « étendard ». À travers ces structures, les investisseurs cherchent à diversifier leurs risques, optimiser les chaînes de production de joueurs, ou conquérir de nouveaux marchés. Mais ces stratégies supposent des arbitrages qui peuvent entrer en contradiction avec l’autonomie sportive, financière et symbolique des clubs concernés.

Eagle Football Holding : une multipropriété à la gestion opaque

L’exemple de l’OL reflète bien plusieurs tensions propres à la multipropriété. En décembre 2022, l’OL est racheté pour 800 millions d’euros par l’homme d’affaires américain John Textor, via sa holding Eagle Football Holding, déjà propriétaire de Botafogo (Brésil), RWD Molenbeek (Belgique) et actionnaire de Crystal Palace (Angleterre). Le montage financier reposait sur un endettement massif à un taux insoutenable auprès du fonds de pension américain Ares Management : une première tranche de 278,1 millions d’euros à un taux de 2 à 8 % et une deuxième de 151,7 millions d’euros à un taux de 15 % (avec une clause de pénalité pouvant porter le taux à 20 %).

Ce schéma financier a rapidement fragilisé l’OL, ce qui s’est traduit par une instabilité en interne, avec la mise à l’écart du directeur général Laurent Prud’homme en avril 2025 et du directeur administratif et financier Baptiste Viprey. Dans ce système tentaculaire et pyramidal, la stratégie de John Textor a été de mutualiser les ressources sportives entre ses clubs d’Eagle Football Holding. Des transferts croisés (comme ceux de Jeffinho, Almada ou Nuamah) entre Botafogo, RWD Molenbeek et l’OL ont soulevé des soupçons de contournement des règles du marché et de manipulation des bilans.

Un phénomène comparable avait déjà été observé dans les transferts circulaires entre Chelsea et Strasbourg (groupe BlueCo), ou entre Salzbourg et Leipzig (groupe Red Bull), remettant en cause les principes de transparence sur le marché des transferts, et de compétition équitable.

Le modèle multiclub, une atteinte à l’équité sportive

La multiplication de ces montages financiers dans le football soulève une question centrale : celle de l’équité sportive. Que se passe-t-il lorsque deux clubs d’une même structure se qualifient pour une même compétition européenne ?

Conformément à sa règle « d’intégrité des compétitions », l’UEFA interdit à une même entité de contrôler ou d’exercer une influence déterminante sur plusieurs clubs engagés dans une même compétition européenne.

Un seul club par groupe de multipropriété est autorisé à participer ; celui qui dispose du coefficient UEFA le plus élevé. C’est justement ce qui s’est produit dans le cas d’Eagle Football Holding, avec l’UEFA qui autorise l’OL a participer à l’Europa League 2025/2026 au détriment du club anglais de Crystal Palace. Quelques semaines plus tôt, Drogheda United (Irlande) avait été exclu de la Ligue Conférence pour non-conformité aux nouvelles règles, en raison de sa propriété commune avec Silkeborg (Danemark).

Des solutions juridiques ont été trouvées pour contourner cet obstacle (modification des conseils d’administration, dilution des parts), comme ce fut le cas en 2023 lors de l’Europa League, pour Toulouse et l’AC Milan (fonds RedBird), ou pour Brighton et l’Union Saint-Gilloise. Mais ces ajustements soulignent aussi les limites d’un système dont les règles peinent à s’adapter aux nouvelles logiques financières du football mondial.

Le modèle multiclub questionne ainsi les conditions de l’intégrité des compétitions européennes, déjà menacées par les écarts budgétaires croissants et les stratégies de contournement des règles du mécanisme de « fair-play financier (FPF) ».

Identité club affaiblie par la multipropriété

Au-delà des enjeux financiers et réglementaires, la multipropriété influe aussi sur l’identité même des clubs. Une partie des supporters lyonnais considère que leur club a été instrumentalisé et sacrifié par Textor au profit de Botafogo.

Là encore, des parallèles existent : les débats récurrents sur la subordination du RC Strasbourg aux intérêts de Chelsea (groupe BlueCo) ou sur le statut du Girona FC dans la galaxie du City Football Group montrent que les supporters s’interrogent sur la place réelle de leur club dans les stratégies globales de la multipropriété.

Le modèle Red Bull (avec Leipzig et Salzbourg), tout en affichant de bons résultats sportifs et économiques, est souvent critiqué pour sa standardisation des identités visuelles, sa logique purement marketing et son effacement des spécificités locales.

Redresser la barre

Sous la direction de Michele Kang, nouvelle présidente de l’OL depuis juin 2025, le club tente de redresser la barre : réduction de la masse salariale, limitation des transferts, discipline budgétaire, nouvelles garanties bancaires. Mais les conséquences de la multipropriété continuent de peser sur le club, placé sous haute surveillance par l’UEFA en raison de ses dérapages financiers. L’Instance de contrôle financier des clubs (ICFC) de l’UEFA a d’ailleurs sanctionné le club d’une amende de 50 millions d’euros (dont 12,5 millions d’euros ferme payable en deux fois et 37,5 millions d’euros en sursis, conditionnés aux respects des objectifs financiers exigés par l’UEFA).

Le cas de l’OL, loin d’être isolé dans le football européen, révèle ainsi les tensions internes du modèle multiclub : entre diversification financière et perte d’autonomie, entre promesses de synergies et réalités opaques.

The Conversation

Matthieu Llorca ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Football financiarisé : l’Olympique lyonnais, symptôme d’un modèle de multipropriété en crise – https://theconversation.com/football-financiarise-lolympique-lyonnais-symptome-dun-modele-de-multipropriete-en-crise-260365

Pourquoi acceptons-nous de nous déchausser à l’aéroport ?

Source: The Conversation – in French – By Emmanuel Carré, Professeur, directeur de Excelia Communication School, chercheur associé au laboratoire CIMEOS (U. de Bourgogne) et CERIIM (Excelia), Excelia

Des files d’aéroport aux bacs de contrôle, un rituel discret façonne nos comportements et nous fait accepter sans y penser la logique sécuritaire.


7 h 30, terminal 2E de Roissy. Dans la file qui mène au contrôle, un cadre détache sa ceinture d’un geste mécanique, une mère sort les biberons de son sac, un touriste soupire en délaçant ses chaussures. Tous avancent dans un silence ponctué de bips, à peine troublé par le bruit des casiers sur des tapis roulants.

Cette scène se répète inlassablement : selon l’Association internationale du transport aérien, 4,89 milliards de passagers ont pris l’avion en 2024, soit plus de 13 millions de personnes chaque jour qui traversent ces dispositifs de contrôle.

On pourrait n’y voir qu’une procédure technique nécessaire. Pourtant, observé avec un œil anthropologique, ce moment banal révèle une transformation d’identité aussi efficace que discrète. Car il se passe quelque chose d’étrange dans ces files d’attente. Nous entrons citoyens, consommateurs, professionnels – nous en sortons « passagers en transit ». Cette métamorphose, que nous vivons comme une évidence, mérite qu’on s’y arrête.

La mécanique d’une transformation rituelle

Ce qui frappe d’abord, c’est la dépossession progressive et systématique. Objets personnels, vêtements, symboles de statut disparaissent dans des bacs plastiques standardisés. Cette logique semble arbitraire : pourquoi les chaussures et pas les sous-vêtements ? Pourquoi 100 ml et pas 110 ml ? Cette apparente incohérence révèle en réalité une fonction symbolique : créer un dépouillement qui touche aux attributs de l’identité sociale.

L’ethnographe Arnold van Gennep avait identifié dès 1909 cette première phase des rites de passage : la séparation.
L’individu doit abandonner son état antérieur, se délester de ce qui le définissait dans le monde profane. Ici, le cadre cravaté devient un corps anonyme, dépouillé provisoirement de son costume, soumis au même regard technologique que tous les autres. Cette égalisation forcée n’est pas un effet de bord mais le cœur du processus : elle prépare la transformation d’identité en neutralisant temporairement les hiérarchies sociales habituelles.

Puis vient l’examen : scanners, détecteurs, questions sur nos intentions. « Pourquoi voyagez-vous ? Qui allez-vous voir ? Avez-vous fait vos bagages vous-même ? » Chaque voyageur devient temporairement suspect, devant prouver son innocence. Cette inversion de la charge de la preuve – renversement du principe fondamental « innocent jusqu’à preuve du contraire » – passe inaperçue tant elle semble « logique » dans ce contexte.

Cette phase correspond à ce que Van Gennep appelait la marge ou période liminale, que l’anthropologue Victor Turner a ensuite développée : un moment où le sujet, privé de ses attributs sociaux habituels, se trouve dans un état de vulnérabilité qui le rend malléable, prêt à être transformé. Dans cet entre-deux technologique, nous ne sommes plus tout à fait des citoyens, pas encore des voyageurs.

Bande-annonce du film Border line (2023), de Juan Sebastián Vásquez et Alejandro Rojas, qui illustre le tout-sécuritaire lors des contrôles aux frontières.

Enfin, la réintégration, selon l’ethnographe Arnold van Gennep : nous voilà admis dans l’espace post-contrôle. Nous sommes officiellement devenus des « passagers » – un statut qui suppose docilité, patience, acceptation des contraintes « pour notre sécurité ». L’espace post-contrôle, avec ses duty free et ses cafés hors de prix, marque cette transformation : nous ne sommes plus des citoyens exerçant un droit de circuler, mais des consommateurs globaux en transit, doublement dépossédés de notre ancrage politique et territorial.

Un théâtre sécuritaire paradoxalement efficace

Ces dispositifs présentent un paradoxe troublant. D’un côté, ils détectent effectivement des objets interdits (couteaux oubliés, liquides suspects) et exercent un effet dissuasif réel. De l’autre, ils peinent face aux menaces les plus sophistiquées : en 2015, des équipes de test états-uniennes ont réussi à faire passer des armes factices dans 95 % de leurs tentatives.

En six ans (de 2007 à 2013), le programme de détection comportementale états-unien SPOT a coûté 900 millions de dollars et n’a détecté aucun terroriste. Il a raté les seuls vrais terroristes qui sont passés dans les aéroports, mais il n’y a eu aucun détournement aux États-Unis. Le programme semble donc à la fois inutile (pas de menace réelle) et inefficace (échec sur les vraies menaces).

Cette inefficacité opérationnelle se double d’un déséquilibre économique majeur : selon l’ingénieur Mark Stewart et le politologue John Mueller, les dizaines de millions investis annuellement par aéroport génèrent si peu de réduction effective du risque terroriste que les coûts dépassent largement les bénéfices escomptés.

L’expert en sécurité Bruce Schneier parle de « théâtre sécuritaire » pour désigner cette logique : des mesures dont l’efficacité principale est de rassurer le public plutôt que de neutraliser les menaces les plus graves. Ce n’est pas un dysfonctionnement mais une réponse rationnelle aux attentes sociales.

Après un attentat, l’opinion publique attend des mesures visibles qui, bien que d’une efficacité discutable, apaisent les peurs collectives. Le « théâtre sécuritaire » répond à cette demande en produisant un sentiment de protection qui permet de maintenir la confiance dans le système. Les chercheurs Razaq Raj et Steve Wood (Leeds Beckett University) décrivent sa mise en scène aéroportuaire, rassurante mais parfois discriminatoire.

Dans cette logique, on comprend pourquoi ces mesures persistent et se généralisent malgré leurs résultats limités. En outre, elles contribuent à renforcer une adhésion tacite à l’autorité. Ce phénomène s’appuie notamment sur le biais du statu quo, qui nous enferme dans des dispositifs déjà établis et sur une dynamique sociétale de demande toujours croissante de sécurité, sans retour en arrière semblant possible.

L’apprentissage invisible de la docilité

Car ces contrôles nous apprennent quelque chose de plus profond qu’il n’y paraît. Ils nous habituent d’abord à accepter la surveillance comme normale, nécessaire, bienveillante même. Cette habituation ne reste pas cantonnée à l’aéroport : elle se transfère vers d’autres contextes sociaux. Nous apprenons à « montrer nos papiers », à justifier nos déplacements, à accepter que notre corps soit scruté « pour notre bien ».

Le système fonctionne aussi par inversion des résistances. Résister devient suspect : celui qui questionne les procédures, qui refuse une fouille supplémentaire, qui s’agace d’un retard, se transforme automatiquement en « problème ». Cette classification morale binaire – bons passagers dociles versus passagers difficiles – transforme la critique en indice de culpabilité potentielle.

À force de répétition, ces gestes s’inscrivent dans nos habitudes corporelles. Nous anticipons les contraintes : chaussures sans lacets, liquides prédosés, ordinateurs accessibles. Nous développons ce que le philosophe Michel Foucault appelait des « corps dociles » : des corps dressés par la discipline qui intériorisent les contraintes et facilitent leur propre contrôle.

Au-delà de l’aéroport

Cette transformation ne se limite pas aux aéroports. La pandémie a introduit des pratiques comparables : attestations, passes, gestes devenus presque rituels.

Nous avons pris l’habitude de « présenter nos papiers » pour accéder à des espaces publics. À chaque choc collectif, de nouvelles règles s’installent, affectant durablement nos repères.

Dans la même veine, l’obligation de se déchausser à l’aéroport remonte à une seule tentative d’attentat : en décembre 2001, Richard Reid avait dissimulé des explosifs dans ses chaussures. Un homme, un échec… et vingt-trois ans plus tard, des milliards de voyageurs répètent ce geste, désormais inscrit dans la normalité. Ces événements agissent comme des « mythes fondateurs » qui naturalisent certaines contraintes.

Le sociologue Didier Fassin observe ainsi l’émergence d’un « gouvernement moral » où obéir devient une preuve d’éthique. Questionner un contrôle devient un marqueur d’irresponsabilité civique. Ce qui rend cette évolution remarquable, c’est son caractère largement invisible. Nous ne voyons pas le rituel à l’œuvre, nous vivons juste des « mesures nécessaires ». Cette naturalisation explique sans doute pourquoi ces transformations rencontrent si peu de résistance.

L’anthropologie nous apprend que les rituels les plus efficaces sont ceux qu’on ne perçoit plus comme tels. Ils deviennent évidents, nécessaires, indiscutables. Le système utilise ce que le politologue américain Cass Sunstein appelle le « sludge » : contrairement au « nudge » qui incite subtilement aux bons comportements, le sludge fonctionne par friction, rendant la résistance plus coûteuse que la coopération. Les travaux de psychologie sociale sur la soumission librement consentie montrent que nous acceptons d’autant plus facilement les contraintes que nous avons l’impression de les choisir. En croyant décider librement de prendre l’avion, nous acceptons librement toutes les contraintes qui s’y rattachent.

Questionner l’évidence

Identifier ces mécanismes ne signifie pas qu’il faut les dénoncer ou s’y opposer systématiquement. La sécurité collective a ses exigences légitimes. Mais prendre conscience de ces transformations permet de les questionner, de les délibérer, plutôt que de les subir.

Car comme le rappelait la philosophe Hannah Arendt, comprendre le pouvoir, c’est déjà retrouver une capacité d’action. Peut-être est-ce là l’enjeu : non pas refuser toute contrainte, mais garder la possibilité de les penser.

The Conversation

Emmanuel Carré ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Pourquoi acceptons-nous de nous déchausser à l’aéroport ? – https://theconversation.com/pourquoi-acceptons-nous-de-nous-dechausser-a-laeroport-261487

Ubuntu matters: rural South Africans believe community care should go hand-in-hand with development

Source: The Conversation – Africa – By Simphiwe Gongqa, PhD candidate, Rhodes University

The failure of many development initiatives has led some scholars, especially those associated with the post-development and decolonial schools of thought, to call for alternatives to development.

The idea of development is a very influential way of explaining inequalities between different parts of the world. Most people think of some parts of the world as ‘developed’ and others as ‘developing’ and believe that those in the ‘developing’ world need to follow in the footsteps of those ahead of them on a universal path to development.

However, critics of development reject this way of thinking. They believe that development damages the environment and is a form of cultural imperialism and that people should rather look to Indigenous concepts and practices to find alternative ways to live a good life. The African concept of Ubuntu is often mentioned.

This term can be explained with reference to the isiZulu saying ‘umuntu ngumuntu ngabantu’ which means ‘a person is a person through other people’. It entails an ethics of care, compassion and cooperation.

Concepts like Ubuntu are often contrasted with the idea of development. Advocates of alternatives believe that people in the Global South can draw on these concepts, rather than the idea of development, in order to improve their lives.

We both study development and are interested in how communities in Africa understand development, including the question of whether or not people in Africa are pursuing alternatives to development.

Based on our work, we contributed a chapter to a recent book which explores the question of alternatives to development in the Global South. Our contribution to this book looks specifically at the question of how South Africans understand development and Ubuntu and whether they see Ubuntu as a possible alternative to development.

We spoke to people living in four marginalised communities in KwaZulu-Natal and the Eastern Cape. Such communities would be regarded by mainstream development thinkers as in need of development. These communities were also chosen because the people living there would be likely to have some understanding of the concept of Ubuntu as residents are isiZulu or isiXhosa speakers, two of the sociolinguistic groups commonly associated with the idea of Ubuntu.

We found that people in these communities value both development and Ubuntu and see the two concepts as related to each other, but not necessarily in the way that either development or post-development theorists imagine. This study supports our previous research suggesting that people continue to value development.

Respondents’ views on development and Ubuntu

There were some differences in the way in which the communities spoke about development and Ubuntu. The KwaZulu-Natal communities placed emphasis on infrastructure, education and health, when asked to define how they understand development.

Typical responses of KwaZulu-Natal residents to the question ‘What is development?’ included:

  • We want development … in order to have roads, [government housing], clinics and farming initiatives.

  • When we say that a place is developed, we see schools, libraries, roads, churches and clinics.

  • Things like water, houses [government housing], electricity, and sewerage systems.

  • There should be libraries, schools, houses [government housing], water, electricity, sewerage systems and hospitals.

In the Eastern Cape, where only rural respondents were interviewed, residents mentioned infrastructure (roads, houses and schools) less often than those in KwaZulu-Natal and placed greater emphasis on income-generation opportunities, employment opportunities and support for farming. Some of the responses are given below:

  • Development means the creation of jobs to me.

  • Development means building. For example, building creches in the village, planting crops and creating jobs.

  • Development is growth. For example, rearing chickens and other animals for you to grow financially.

When defining Ubuntu, respondents emphasised care, compassion, cooperation, helpfulness, mutual respect, harmony, consideration, dignity and a willingness to share.

Here are some of the typical responses given when people were asked to define Ubuntu:

It is being able to live with one another, you see. A person is a person because of other people kind of thing, and you must get along with all people and there shouldn’t be a person that you hate. You must be able to help another person in need if you can and there must be harmony with everyone.
Ubuntu is about unity and empathy and love, yes. If we speak of Ubuntu, we speak of thinking for each other, and helping each other.

When asked about the relationship between Ubuntu and development, most respondents suggested that Ubuntu and development can and should work together.

Respondents commonly argued that development could best be advanced if people showed Ubuntu, which was presented as an ethic of care and cooperation. Consider the following comment:

[Development and Ubuntu] go hand in hand because when I have something, I have to pull up a person that I see who is struggling and place them at an equal footing with me or maybe higher than me. I don’t look down on them because they are struggling, and I shouldn’t watch them walk to town everyday whilst I have a car that can help them because they are disadvantaged. If I have food, and a fellow person is hungry; I must give them food for free, yes, that is Ubuntu.

The strong sense from our interviews is that people want development (understood as the provision of basic services and the general improvement of their lives) and they want it to be brought about in a way that is characterised by an ethics of Ubuntu (understood as an ethic of care and cooperation).

Advocates of alternatives need to be cautious

Our research suggests that at least some Global South communities engage with concepts like Ubuntu and development in ways that do not support claims that people should abandon development and live according to Indigenous concepts and practices to have a better life. Rather than viewing Ubuntu as an alternative to development, the people we interviewed suggest that development and Ubuntu are complementary.

When seeking to articulate alternatives, it is important to be attentive to what people mean by development and Ubuntu so that activists and scholars from different communities can work together to build better lives for all.

We acknowledge the role of Nhlanhla Mkhutle who conducted the KwaZulu-Natal fieldwork for this study and who co-authored the chapter upon which this article is based.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Ubuntu matters: rural South Africans believe community care should go hand-in-hand with development – https://theconversation.com/ubuntu-matters-rural-south-africans-believe-community-care-should-go-hand-in-hand-with-development-259422