Les manchots d’Afrique sont en danger : comment éviter leur extinction

Source: The Conversation – in French – By Jacqui Glencross, Seabird ecologist, University of St Andrews

L’Afrique du Sud abrite 88 % des colonies mondiales de manchots d’Afrique. L’espèce est classée en danger critique d’extinction par l’Union internationale pour la conservation de la nature. Cela signifie qu’il existe un risque élevé que ces oiseaux disparaissent à l’état sauvage suite au déclin rapide de leur population.

Cette espèce était autrefois abondante le long des côtes d’Afrique du Sud et de Namibie. Mais sa population a chuté d’environ 78 % au cours des 30 dernières années, en raison du manque de nourriture, des marées noires et des changements climatiques dans l’environnement marin. Les manchots d’Afrique se nourrissent principalement d’anchois et de sardines.

Les changements dans les conditions océaniques et la surpêche ont rendu plus difficile pour les manchots de trouver suffisamment de nourriture. Ces dernières années, les organisations de conservation, les scientifiques et les agences gouvernementales ont intensifié leurs efforts pour enrayer ce déclin.

L’une des avancées les plus significatives a été une décision de justice rendue en mars 2025 qui a soutenu la mise en place de zones d’interdiction de pêche améliorées autour des principales colonies de reproduction, afin de protéger les zones d’alimentation des manchots. Robben Island (à 11 km au nord-ouest du Cap) est l’une de ces colonies.

La protection des eaux adjacentes aux colonies de reproduction est essentielle pour le rétablissement à long terme de l’espèce. Le manque de nourriture dans ces zones, dû en partie à la concurrence avec la pêche à la senne coulissante (qui utilise un grand filet pour encercler les bancs de poissons), a été directement lié au déclin de la survie des poussins et à l’effondrement continu de la population.

Le procès (mené par les organisations BirdLife South Africa et Southern African Foundation for the Conservation of Coastal Birds) a conclu que la pêche ne pouvait plus être pratiquée dans un rayon de 20 km autour de Robben Island.

Nous sommes des chercheurs spécialistes des manchots, issus de l’université de St Andrews, de l’université d’Exeter, du ministère sud-africain des Forêts, de la Pêche et de l’Environnement, et de BirdLife South Africa.

Nos travaux ont examiné en détail les interactions entre les manchots et les activités de pêche, et peuvent fournir des informations utiles pour orienter la gestion de leurs besoins respectifs.

Chevauchement avec l’industrie de la pêche

Des recherches sur les effets de la pêche sur les populations de manchots ont principalement porté sur des paramètres tels que la quantité de poissons prélevés par la pêche. Mais la technologie permettant de suivre les lieux de pêche et les déplacements des animaux nous permet désormais d’avoir une vision précise à l’échelle spatiale. Nous pouvons voir où et dans quelle mesure la pêche commerciale et les pingouins se chevauchent, ce qui nous aide à identifier les zones qui devraient être protégées.

Nos récentes recherches ont utilisé les données de suivi des manchots des îles Robben et Dassen, dans la province du Cap-Occidental en Afrique du Sud. Nous avons mesuré le chevauchement spatial au niveau de la population entre les manchots et la pêche locale. Une petite partie des manchots a été suivie à l’aide d’appareils GPS, ce qui nous a permis de simuler les déplacements de la majeure partie de la colonie.

Savoir où une grande partie de la population de manchots partage un espace particulier avec des navires de pêche permet de cibler plus facilement les zones à protéger et les périodes où cela est nécessaire. Cela présente des avantages à la fois pour l’industrie de la pêche (en lui permettant de pêcher dans des zones moins importantes pour les manchots) et pour ces derniers (en réduisant la concurrence avec la pêche pendant la saison de reproduction).

Nous avons également développé une nouvelle mesure, l’« intensité du chevauchement », qui permet non seulement de déterminer l’espace partagé par les manchots et les navires de pêche, mais aussi le nombre de manchots concernés. Les mesures traditionnelles du chevauchement spatial se contentent de calculer le pourcentage de zone partagée entre les prédateurs (manchots) et les navires de pêche. Mais cela peut conduire à une sous-estimation considérable du degré réel d’interaction, en particulier lorsque seules quelques zones sont partagées mais que de nombreux animaux les utilisent.

Cela permet de mieux comprendre la pression écologique et la concurrence, ce que le chevauchement de zones seul ne permet pas. Par exemple, cela suggère une concurrence plus forte pour les proies que ne le laissent entendre les mesures de chevauchement spatial. Cette méthode peut non seulement être étendue à d’autres colonies, mais aussi, plus largement, à d’autres espèces et écosystèmes.

Nos résultats montrent que le chevauchement augmente fortement les années où les poissons se font rares. En 2016, une année où les stocks de poissons étaient faibles, environ 20 % des manchots se nourrissaient dans les mêmes zones que les navires de pêche actifs. Cependant, les années où les stocks de poissons étaient plus importants, le chevauchement est tombé à seulement 4 %. Cette tendance indique que la concurrence entre les manchots et la pêche s’intensifie lorsque les proies sont limitées. Le risque est le plus élevé pendant les périodes sensibles telles que l’élevage des poussins, lorsque les adultes doivent se nourrir efficacement pour subvenir aux besoins de leurs petits.

Un nouvel outil pour la gestion des risques

En quantifiant l’intensité du chevauchement au niveau de la population, notre étude offre un nouvel outil puissant pour évaluer les risques écologiques et soutenir la gestion des pêcheries basée sur les écosystèmes. Elle fournit également des conseils pratiques pour la conception de zones marines protégées dynamiques qui répondent aux changements en temps réel dans les interactions prédateurs-proies.

Nos résultats montrent en outre que la nouvelle zone d’interdiction de pêche autour de Robben Island protégera une zone d’alimentation clé au nord-est de la colonie. Cette région était auparavant l’une de celles où le chevauchement entre les manchots et les navires de pêche était le plus important.

Une surveillance continue sera essentielle pour déterminer comment le chevauchement évolue en réponse à la nouvelle interdiction de pêche à la senne coulissante pendant dix ans autour des deux colonies. Des évaluations similaires devraient également être menées sur d’autres sites de reproduction, y compris d’autres îles concernées par l’interdiction. Les zones d’alimentation des manchots et les zones couvertes par les zones d’interdiction de pêche varient d’une colonie à l’autre.

Par ailleurs, au cours des dernières années, des ponts-bascules ont été installés dans certaines colonies (y compris Robben Island) afin de peser les manchots lorsqu’ils partent se nourrir et lorsqu’ils reviennent. Les données recueillies à l’aide de ces grandes balances nous en apprendront davantage sur l’impact des fermetures sur le succès de l’alimentation des manchots.

The Conversation

Jacqui Glencross does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Les manchots d’Afrique sont en danger : comment éviter leur extinction – https://theconversation.com/les-manchots-dafrique-sont-en-danger-comment-eviter-leur-extinction-277329

Les microbes qui vivent sur les feuilles : un monde invisible essentiel à la santé des plantes

Source: The Conversation – France (in French) – By Mathilde Bouteiller, Chargée de recherche en microbiologie & biologie moléculaire de l’unité AGHYLE, UniLaSalle

Plant de tomate, feuille de tomate avec du microbiote cultivable et empreinte de feuille sur boîte de Pétri. Fourni par l’auteur

Les humains ne sont pas les seuls à être dotés de microbiotes. Les plantes aussi. Les milliers de microorganismes qui vivent sur leurs feuilles sont encore peu connus, mais pleins de potentiels pour accroître leur croissance ou améliorer leur rendement, ou encore leur résistance au stress.


À l’heure où l’utilisation des pesticides et des engrais de synthèse pose de plus en plus question, des alternatives efficaces doivent être trouvées. Parmi les solutions qui sont à l’étude, l’utilisation de produits d’origine naturelle, aussi appelés biosolutions, montre des résultats prometteurs.

Les biostimulants font partie de ces alternatives. Ils peuvent être de diverses origines et contiennent par exemple des extraits d’algues, des microorganismes, comme des champignons ou des bactéries, des extraits végétaux, des acides aminés… On les applique de multiples manières, en les pulvérisant sur les feuilles, en enrobant les graines ou directement dans le sol.

Ces produits fonctionnent en stimulant les processus biologiques naturels des plantes pour améliorer leur nutrition, leur croissance, leur rendement ou leur résistance au stress. Là où un engrais va apporter directement un élément nutritif (comme l’azote, le phosphore, le potassium) propice à la croissance des plantes et où un pesticide sera utilisé pour éradiquer les agresseurs des plantes, les biostimulants vont, eux, permettre à la plante d’augmenter ses propres capacités.

Quels sont les avantages à utiliser des biostimulants foliaires ?

Il existe ainsi plusieurs avantages à utiliser des traitements foliaires plutôt que des traitements au sol.

Premièrement, ces traitements ont une activité plus rapide puisque la solution va pouvoir agir directement sur le métabolisme de la plante, sans trop dépendre de l’environnement très complexe que représente le sol. De plus, les doses utilisées en traitement foliaire sont bien moins importantes que lors d’une application au sol, ce qui rend ces traitements moins onéreux.

Par ailleurs, il est fréquent d’appliquer ce type de traitement en association avec d’autres traitements foliaires (herbicide, fongicide), dont l’effet négatif semble contrebalancé par l’effet du biostimulant.

Quelle est l’influence des biostimulants sur les microbiotes de la plante ?

Ce qui rend également les biostimulants particulièrement intéressants réside dans leur possibilité d’interagir avec le microbiote des plantes. Car les humains ne sont pas les seuls à vivre aux contacts d’une myriade de bactéries, de champignons, et autres microorganismes, qui exercent des fonctions importantes.

Les organismes présents dans les microbiotes de la plante comprennent :

  • des bactéries (microorganismes unicellulaires sans noyau) ;

  • des archées (microorganismes unicellulaires sans noyau formant un règne à part entière différent des bactéries) ;

  • des champignons pluricellulaires produisant du mycélium ;

  • des champignons unicellulaires (comme les levures) ;

  • des algues (végétaux unicellulaires) et des protistes (cellules unicellulaires non classifiables dans le règne animal, végétal ou fongique) ;

  • des virus et des bactériophages (virus qui attaque exclusivement les bactéries).

Chez les végétaux, ces microorganismes sont notamment présents au niveau des sols, des racines et des parties aériennes (tiges, feuilles, fruits et fleurs).

Les biosolutions ou les produits de lutte chimique vont être directement en contact avec ces microorganismes qui constituent le microbiote de la plante.

Plusieurs études ont déjà montré l’impact des biostimulants sur le microbiote au niveau des racines et du sol. Ces microorganismes du sol et des racines sont regroupés sous le nom de rhizosphère. Des biosolutions appliqués au sol sont, par exemple, capables de modifier les communautés microbiennes du sol, notamment en augmentant l’abondance en champignons mycorhiziens (champignons connus pour améliorer l’acquisition de nutriments par les plantes, qui favoriseraient la croissance et le rendement des cultures).

Malheureusement, à l’heure actuelle, peu d’études sur les microorganismes présents au niveau des parties aériennes des plantes, aussi appelés phyllosphère, sont recensées. Pourtant, nous savons que ces microorganismes exercent une activité globalement positive sur les plantes hôtes et qu’ils sont directement influencés par les produits appliqués sur les feuilles.


Fourni par l’auteur

Au sein de la phyllosphère, les microorganismes sont capables d’interagir entre eux ainsi qu’avec leurs plantes hôtes avec lesquelles ils entretiennent une relation symbiotique, c’est-à-dire une association biologique, durable et réciproquement profitable, entre deux organismes vivants.

De ce fait, ce microbiote joue un rôle important dans le développement et la nutrition des plantes. Par ailleurs, comme cela est observé pour le microbiote cutané chez l’humain, la présence de microorganismes sur la surface des parties aériennes permet à la plante de se protéger et de prévenir de l’attaque d’organismes pathogènes. Une étude montre par exemple que certains membres de la communauté microbienne des feuilles fournissent une protection significative contre un agent pathogène chez l’arabette des dames, une plante à fleur très commune en Europe.

Mais pour mieux comprendre toutes les potentialités des alliances bénéfiques qui se jouent au niveau des feuilles des plantes, point de mystère, il faut mieux les connaître, et les étudier.

Étudier la phyllosphère

Pour étudier les microbiotes, on analyse généralement l’ADN des microorganismes.

La métagénomique est une méthode d’analyse fondée sur la technique de séquençage des ADN (déterminer la séquence des bases de tous les gènes du génome) d’un environnement donné. Avec cette méthode, l’étude des microorganismes prédominants dans un milieu spécifique est possible grâce à l’identification de ces microorganismes, en comparant leurs séquences avec des séquences de microorganismes déjà identifiés dans des bases de données appelées BLAST. Avec la métagénomique, on peut également connaître les fonctions que jouent ces microorganismes. Ces techniques, très à la mode, sont utilisées puisqu’elles présentent l’avantage de ne pas être basées sur la mise en culture de microorganismes parfois très difficile voire impossible.

Cependant, les études basées sur l’ADN ne permettent pas de distinguer l’ADN de microorganismes morts ou vivants et de savoir si ces microorganismes sont actifs. Au sein du laboratoire AGHYLE, le microbiote de la phyllosphère est donc étudié en parallèle par la mise en culture de certains microorganismes sur boîte de Pétri, bien que ces derniers ne représentent que quelques pourcents du microbiote total.

Les bactéries obtenues et isolées de la phyllosphère présentent généralement une grande diversité de couleur, de texture et d’aspect. La coloration permet aux microorganismes de mieux résister aux UV, ce qui est un avantage sélectif, car ils doivent être capables de résister aux rayons du soleil à la différence de ceux de la rhizosphère. Certaines bactéries forment des colonies très mucoïdes (grasses) ce qui les rendent également plus résistantes à la sécheresse.


Fourni par l’auteur

Plusieurs études indiquent que des microorganismes provenant de la phyllosphère présentent des activités bénéfiques pour les plantes. Par exemple, sur la phyllosphère, les bactéries Methylobacterium sont reconnues pour stimuler la croissance des plantes et les protéger des bioagresseurs.

D’autres bactéries isolées de la phyllosphère de la tomate, comme Bacillus velezensis 83, sont également dotées de capacité de stimulation de la croissance des plantes et de protection des cultures.

Au sein du laboratoire, nous avons identifié des bactéries et les champignons isolés de la phyllosphère de la tomate Solanum lycopersicum (variété MicroTom) et du maïs (Zea mays L. variété DATABAZ). En comparant les séquences d’ADN obtenues avec une banque de données internationales (BLAST), nous avons pu identifier le genre et parfois aussi l’espèce de ces microorganismes et vérifier qu’ils s’agissaient bien de microorganismes connus et provenant de la phyllosphère.

Parmi les microorganismes identifiés, plusieurs sont connus dans la littérature et pourraient appartenir aux bactéries ou aux champignons promoteurs de la croissance des plantes et/ou présenter des effets de biocontrôle. D’autres ne sont que partiellement identifiés, et nous ne pouvons donc pas encore savoir s’ils sont bénéfiques ou pathogènes.


Fourni par l’auteur

Bien qu’il soit possible d’utiliser directement des bactéries ou des champignons isolés de l’environnement naturel pour booster la croissance et la protection des plantes, la colonisation et la capacité des microorganismes à fonctionner en champ reste difficile à prévoir.

De plus, le stockage de microorganismes est bien plus compliqué que ne l’est un biostimulant. Dans ce sens, le développement de solutions agissant directement sur les microorganismes déjà présents sur les plantes, reste une alternative prometteuse pour l’agriculture. Ainsi, pour tester des biostimulants de manière peu onéreuse et rapide, nous réalisons au laboratoire des tests in vitro (en boîte de Pétri) sur les microorganismes de la phyllosphère. Le développement des microorganismes est suivi au cours du temps et la morphologie du développement bactérien et mycélien est observée.


Fourni par l’auteur

Dans la figure ci-dessus, on observe l’effet d’un biostimulant foliaire sur un champignon, isolé de la phyllosphère du maïs. Bien que la taille du mycélium ne semble pas impactée, la présence du biostimulant semble affecter le champignon. Mais plusieurs questions restent en suspens : est-ce que ce biostimulant induit la même chose chez tous les microorganismes de la phyllosphère ? Ne va-t-il pas stimuler la croissance d’organismes pathogènes ?

Ces résultats préliminaires offrent des perspectives intéressantes, mais doivent encore être approfondis.

The Conversation

Les premières expérimentations portant sur la phyllosphère ont été initiées dans le cadre des travaux menés au sein de la Chaire Biomes, en partenariat avec l’entreprise Gaïago.

Guillemette Garry ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les microbes qui vivent sur les feuilles : un monde invisible essentiel à la santé des plantes – https://theconversation.com/les-microbes-qui-vivent-sur-les-feuilles-un-monde-invisible-essentiel-a-la-sante-des-plantes-276204

Violences sexuelles au collège : ce que ne disent pas les chiffres officiels

Source: The Conversation – France (in French) – By Margot Déage, Maîtresse de conférences en sociologie, Université Grenoble Alpes (UGA)

Début 2026, le ministère de l’éducation nationale a lancé l’alerte sur les violences sexistes et sexuelles en milieu scolaire. Près de 15 % des filles et 12 % des garçons auraient été exposés à au moins une forme de violence sexuelle, selon la dernière enquête de victimation du ministère. Mais ces données officielles reflètent-elles toute l’ampleur du phénomène ? Une autre enquête, menée en Île-de-France pour le Centre Hubertine-Auclert pour l’égalité femmes-hommes, estime qu’environ un élève sur deux serait concerné. Explications.


Le 29 janvier 2026, le gouvernement a publié un communiqué de presse sur les violences sexistes et sexuelles en milieu scolaire. On y apprend qu’au collège, « 15 % des filles et 12 % des garçons déclarent avoir été exposés à au moins une forme de violence sexuelle ».

Ces chiffres renvoient aux données collectées dans une enquête de climat scolaire et de victimation réalisée par le ministère de l’éducation nationale au printemps 2022. Concrètement, cette enquête interroge les élèves sur des faits survenus depuis le début de l’année scolaire : atteintes aux biens, attaques physiques, psychologiques et sexuelles. Celles-ci recouvrent le voyeurisme dans les toilettes ou les vestiaires, les attouchements, les caresses au sein du collège ou à proximité et les baisers forcés. Les violences sexuelles y sont donc appréhendées essentiellement en présentiel. Les cyberviolences font l’objet d’une catégorie distincte, incluant notamment le visionnage non consenti d’images à caractère sexuel, qui concerne 4,4 % des collégiens et collégiennes.

Malgré l’absence de données sur l’effet du numérique sur les violences sexuelles, le communiqué désigne les réseaux sociaux comme « un puissant facteur d’amplification de ces violences » et appelle à une interdiction des plateformes numériques avant 15 ans. Cette lecture appelle discussion.

Des violences sexuelles plus fréquentes qu’annoncé

Au printemps 2023, nous avons conduit pour le Centre Hubertine-Auclert une étude sur les (cyber)violences de genre à l’adolescence. Celles-ci sont définies comme tout acte préjudiciable commis contre une personne en raison de son sexe ou de sa non-conformité aux rôles de genre, en face-à-face ou dans l’espace numérique. L’objectif était notamment de documenter finement les violences sexuelles et leur circulation entre espaces scolaires, extérieurs et numériques.

L’enquête a été menée dans 14 établissements d’Île-de-France, représentatifs de la région, auprès d’élèves de la sixième à la terminale. Parmi les 1 669 réponses recueillies au collège, 847 proviennent de filles, 801 de garçons et 21 de personnes non binaires.

Premier constat : 43 % des collégiens et collégiennes déclarent avoir subi au moins une forme de violence sexuelle au cours de l’année écoulée. Les filles et les personnes non binaires sont plus nombreux à rapporter au moins une forme de violence sexuelle (44 % contre 41 % des garçons).

Ces chiffres sont sans commune mesure avec ceux issus de l’enquête institutionnelle. Pourquoi un tel écart ? Essentiellement parce que le périmètre des faits étudiés diffère.

Notre enquête inclut, au-delà des agressions et attouchements, des violences souvent minimisées ou invisibilisées : les outrages sexuels (36 %), comme les mimes sexuels (22 %), les propos sexuels imposés (20 %), les sollicitations sexuelles insistantes (9 %) et le visionnage forcé d’images sexuelles (12 %) ; les agressions sexuelles (14 %), comme les attouchements (11 %) et les baisers forcés (7 %) ; ou encore, les atteintes à l’image intime (7 %), comme la réalisation forcée d’image intime (3 %), la sextorsion (4 %), la divulgation (3 %), le vol (2 %) ou encore le montage d’image intime (1 %). Par ailleurs, 2 % des collégiennes et collégiens ont déclaré avoir subi d’autres formes de violences sexuelles, un chiffre qui inclut potentiellement des viols.

Dans 71 % des cas, les auteurs sont des garçons mineurs qui agissent seuls (47 %) ou en groupe (24 %).

Autrement dit, lorsqu’on s’intéresse à l’entièreté du continuum de violences sexuelles, leur ampleur apparaît bien plus importante.

Où ces violences ont-elles lieu ?

Deuxième constat : les violences sexuelles sont plus fréquentes dans l’établissement scolaire qu’ailleurs.

Sur l’ensemble des faits rapportés, 43 % se sont produits dans l’espace scolaire, 24 % dans l’espace numérique et 5 % à la fois en ligne et au collège. Les 29 % restants ont eu lieu à l’extérieur (dans des espaces privés ou publics en présentiel).

La plupart des violences sexuelles se produisent très majoritairement dans le cadre scolaire, comme les agressions (53 % contre 3 % en ligne et 1 % en hybride) ou les outrages (46 % contre 24 % en ligne et 6 % en hybride).

Campagne de communication du gouvernement  : « Réagir peut tout changer » (2018).

Ce sont les atteintes à l’image intime qui sont les plus fréquemment commises en ligne (63 % contre 8 % au collège et 5 % en hybride). Ces violences sont en effet facilitées par les outils numériques qui permettent de capturer, de sauvegarder, d’éditer et de diffuser des images. Néanmoins, 15 % des actes de sextorsion (et 4 % en hybride) et 9 % des divulgations d’image intime (et 11 % en hybride) ont eu lieu dans l’enceinte scolaire, ce qui suggère la persistance de formes de captation et de diffusion d’images déconnectées des réseaux sociaux.

Ces résultats invitent à penser la porosité et l’imbrication des violences entre les espaces numériques et scolaires. Une image produite sous contrainte dans une chambre peut être imprimée et diffusée au collège ; un mime sexuel en classe peut être filmé et partagé sur une messagerie, etc.

Le numérique, amplificateur ou révélateur ?

Attribuer aux seuls réseaux sociaux la responsabilité des violences sexuelles pose plusieurs problèmes.

D’une part, la majorité des violences recensées se déroulent principalement dans l’espace scolaire. En d’autres termes, les violences sexuelles n’ont pas besoin des plateformes numériques pour exister, et c’est d’abord au collège qu’il faut agir. Ces plateformes jouent plutôt un rôle de révélateur des violences, qui en amplifient certaines dimensions : l’extension du public, le partage d’informations et d’images personnelles, la permanence des contenus, la vraisemblance des rumeurs, la libération des paroles toxiques ou le sentiment d’impunité.

Les (cyber)violences sexuelles s’inscrivent dans des enjeux de réputation propres aux sociabilités juvéniles. Les plateformes numériques ne créent pas ex nihilo les normes de genre, mais elles en accélèrent la circulation et en renforcent la visibilité. Une image intime diffusée sans consentement peut ainsi produire une stigmatisation durable, particulièrement pour les filles.

Interdire l’accès aux plateformes avant 15 ans ne saurait donc constituer une réponse suffisante. Une telle mesure laisse intacts les dynamiques de genre et les rapports de pouvoir qui structurent les interactions adolescentes, en ligne comme au collège.

Décloisonner les politiques de prévention

Pour changer la donne, il faut d’abord reconnaître l’ampleur réelle des violences sexuelles à l’adolescence, ce qui suppose d’en élargir la définition. Il est nécessaire également de décloisonner les dispositifs existants. Les programmes de lutte contre le harcèlement (comme le programme Phare), l’éducation aux médias et à l’information (EMI) et l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (Evars) travaillent encore en silos. Or, nos données montrent que les violences sexuelles se situent précisément à l’intersection de ces champs : rapports de genre, usages numériques, dynamiques de groupe.

Une prévention efficace suppose d’articuler ces dimensions : travailler sur les normes de genre, sur le consentement, sur la gestion des images et des données personnelles, mais aussi sur les logiques de réputation, de confidentialité et de modération propres aux réseaux sociaux.

Enfin, les actions doivent associer les élèves eux-mêmes pour qu’elles et ils apprennent à reconnaître les violences sexuelles, qu’elles et ils se sentent légitimes pour les contester. La plateforme de sensibilisation « Gênant, surtout violent » propose des ressources pédagogiques pour objectiver des situations souvent banalisées.

En définitive, la question n’est pas de choisir entre régulation du numérique et action éducative. Elle est de comprendre que les violences sexuelles à l’adolescence forment un système relationnel qui traverse les espaces. Car, si le numérique transforme les modalités de circulation des violences, le problème premier réside dans la persistance de rapports de genre inégalitaires, que l’école a précisément pour mission de déconstruire.

The Conversation

Margot Déage a reçu des financements du Ministère de l’Éducation nationale et de la Région Île-de-France pour réaliser l’enquête présentée dans cet article.

ref. Violences sexuelles au collège : ce que ne disent pas les chiffres officiels – https://theconversation.com/violences-sexuelles-au-college-ce-que-ne-disent-pas-les-chiffres-officiels-278024

Des patrons ou des salariés, qui a abusé des ruptures conventionnelles ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Brigitte Pereira, Professeur de droit du travail, droit pénal des affaires et droit des contrats, HDR, EM Normandie

La réflexion sur l’encadrement de la rupture conventionnelle doit être mise en perspective avec la chute du contentieux prud’homal depuis 2009. Sabthai/Shutterstock

Alors que la rupture conventionnelle, outil de flexisécurité (ou flexicurité), connaît un franc succès – 515 000 en 2024 –, les critiques quant à son coût se multiplient. Un accord du ministère du travail avec les partenaires sociaux doit être validé au plus tard le 23 mars, puis être voté par le Parlement pour entrer en vigueur. L’enjeu : générer entre de 700 millions à 900 millions d’euros d’économies.


Plébiscitée à la fois par les salariés et les employeurs depuis sa création, la rupture conventionnelle recouvre de multiples facettes, comme nous le montrions déjà en 2015 dans « Flexicurité et rupture conventionnelle du contrat de travail : de l’oxymore à l’ambiguïté de la pratique » (Annales des Mines-Gérer et comprendre, 2015/4, n° 122, pp.13-20).

Cet accord gagnant-gagnant constitue l’unique mode de rupture amiable d’un contrat à durée indéterminée (CDI) encadré par la loi selon articles L. 1237-12 et suivants du Code du travail. Il permet à un employeur et à un salarié de mettre fin à leur relation d’un commun accord, en ne passant ni par le licenciement ni par la démission.

Pour l’employeur, la rupture conventionnelle permet d’éviter d’engager une procédure de licenciement, s’il existe un doute sur le bien-fondé des motifs et un risque de contentieux devant le conseil des prud’hommes. Pour le salarié qui souhaite démissionner – insatisfaction au travail, projet de création d’entreprise ou encore mésentente avec l’employeur ou les collègues –, il bénéficie d’une indemnité de départ au moins égale à l’indemnité légale de licenciement, tout en conservant ses droits à l’assurance-chômage.

Alors quel bilan depuis son introduction dans le Code du travail avec la loi du 25 juin 2008 ?

Accroissement du coût

Chaque année, plus de 500 000 ruptures conventionnelles sont homologuées – 515 000 en 2024. Le dispositif comporte donc un coût important. Selon l’Unedic, 9,4 milliards d’euros ont été versés consécutivement à une rupture conventionnelle.

Le succès de la rupture conventionnelle n’est pas exempt d’abus des deux côtés (employeurs et salariés). Elle est un mode de gestion en ressources humaines permettant à la fois d’éviter la procédure de licenciement, de terminer une situation y compris de harcèlement (sous réserve d’un vice de consentement) ou de répondre à une volonté de démissionner. Dès lors, le législateur a cherché à pérenniser le dispositif.

Nombre annuel de ruptures conventionnelles individuelles et nombre annuel d’ouvertures de droits chômage à la suite d’une rupture conventionnelle, entre 2008 et 2024.
Unedic

Encadrement plus fort

Depuis le 1er janvier 2026, le forfait social a été remplacé par une contribution patronale unique, qui est passée de 30 % à 40 %, afin d’accroître le coût de la rupture conventionnelle pour l’employeur.

Le régime de la rupture conventionnelle est désormais unique, quel que soit l’âge du salarié concerné. Les distinctions entre salariés proches de la retraite, qui imposaient un régime de contributions plus important, et les autres profils sont supprimées (article 15 de la loi de finance de la Sécurité sociale (LFSS) 2026 ; article L. 137-12 du Code de la Sécurité sociale).

Répartition des ruptures conventionnelles par âge en 2021.
Unedic

L’objectif est la limitation des stratégies de contournement des régimes du licenciement et des démissions et la maîtrise des dépenses d’assurance-chômage.

Cette évolution n’est pas neutre. Elle conduit les employeurs à ne plus recourir aussi facilement à la rupture conventionnelle pour résoudre des situations complexes. La rupture conventionnelle, comportant une contribution plus dissuasive, perd progressivement sa dimension de simplicité pour sécuriser la rupture du contrat de travail. Il s’agira pour les responsables des ressources humaines de davantage comparer les différentes stratégies possibles.

Négociation avec les partenaires sociaux

Ces mesures ne constituent qu’une amorce, puisqu’il a été demandé aux partenaires sociaux de négocier sur des ajustements possibles de ce mode de rupture. S’ils ne parviennent pas à un accord, de nouvelles restrictions légales devraient être proposées. Or, le 25 février 2026, un accord a été trouvé entre deux syndicats (CFDT et CFTC) et le patronat. Le choix des partenaires sociaux s’est porté vers la période d’indemnisation.

Indemnités médianes perçues par catégorie socioprofessionnelle et par ancienneté.
Unedic

L’objectif est la mise en place d’un accompagnement personnalisé intensif par France Travail, avec un examen de situation au 12e mois, et de raccourcir la « durée maximale d’indemnisation » :

  • Quinze mois pour ceux qui ont moins de 55 ans, contre dix-huit mois aujourd’hui ;

  • Vingt mois et demi pour ceux âgés de 55 ans et plus, contre vingt-deux mois et demi pour ceux qui ont de 55 à 56 ans et vingt-sept mois pour ceux qui ont au moins 57 ans, aujourd’hui.

Ces éléments nécessitent une transposition législative qui risque de s’échelonner dans le temps.

Chute du contentieux prud’homal

La réflexion sur l’encadrement de la rupture conventionnelle doit être mise en perspective avec la chute du contentieux prud’homal depuis 2009, dans le bilan du barème d’indemnisation que nous analysions en 2024. Car la justice prud’homale a du plomb dans l’aile : en une dizaine d’années, le nombre de saisines des conseils des prud’hommes a pratiquement diminué de moitié.

Les raisons avancées tiennent aux coûts et aux délais de cette justice : 16,3 mois en moyenne pour le traitement des dossiers en 2021 selon un rapport de la Cour des comptes.

Il faut ajouter la consécration du barème plafonnant les indemnités en cas de licenciement sans cause réelle et sérieuse au sein de la justice prud’homale, qui n’est pas neutre non plus. Le montant de ces indemnités est désormais encadré par un barème, appelé en pratique « barème Macron ».

Les salariés ayant peu d’ancienneté ont moins intérêt à contester leur licenciement, compte tenu des indemnités limitées prévues par le barème. Dans ce cas, on pourrait penser que l’existence d’un barème prud’homal est de nature à favoriser la négociation entre employeur et salariés en amont de toute rupture du contrat de travail, ce qui conduit à plébisciter encore la rupture conventionnelle.Toutefois, cela n’a pas encore été démontré.

Même dans le cadre d’une rupture conventionnelle, et dans un contexte de chute du contentieux prud’homal, le risque de contentieux n’est pas absent. Alors que la rupture à l’amiable du contrat de travail est destinée à réduire les contentieux judiciaires, ceux-ci n’ont jamais été exclus ; bien au contraire les décisions de justice sont nombreuses comme cela a été souligné dans notre étude.

En définitive, les problématiques du coût de la rupture conventionnelle en révèlent bien d’autres. Si la flexibilité des relations de travail est une nécessité (d’où l’intérêt de la rupture conventionnelle), la sécurisation des parcours des salariés reste encore à développer de même que l’accès à la justice.

The Conversation

Brigitte Pereira ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Des patrons ou des salariés, qui a abusé des ruptures conventionnelles ? – https://theconversation.com/des-patrons-ou-des-salaries-qui-a-abuse-des-ruptures-conventionnelles-276318

Les seniors au travail ne sont pas ceux que vous croyez. Et c’est aussi pour cela que la guerre des générations n’existe pas

Source: The Conversation – France (in French) – By Hippolyte d’Albis, Professeur, ESSEC

[Bonnes feuilles] Régulièrement, l’existence d’une opposition irréconciliable entre les seniors et les plus jeunes est mise en avant. Pour payer les retraites de premiers, on sacrifierait l’avenir de la jeunesse. Cette opinion régulièrement reprise ne résiste pas à l’examen des faits, estime l’économiste Hippolyte d’Albis.

Dans Economie des âges de la vie (Editions Odile Jacob), il décrypte, au-delà des fausses évidences et du bon sens, la réalité des flux financiers entre les générations. Dans l’extrait que nous publions, Hippolyte d’Albis revient sur le profil des salariés seniors… en opposant des faits aux clichés. À commencer par le fait que le boomer est souvent une boomeuse. OK ?


Contrairement aux pratiques managériales, les employés seniors ont changé. Le plus étonnant est finalement ce retournement de situation à la fin des années 1990, marqué par le retour des 55-64 ans sur le marché du travail. Examinons les causes profondes de cette révolution pour la comprendre et identifier ce qui permettrait de l’amplifier.

Le point crucial est que la population des seniors a changé car elle est en meilleure santé, plus qualifiée et plus féminisée. Les seniors ont tout d’abord rajeuni car ils sont en meilleure santé et physiquement plus aptes à travailler. L’état de santé d’un groupe de personnes peut être synthétisé par son risque de décès dans l’année. En 2023, le risque pour une personne de 60 ans était de 0,6 %, soit celui d’une personne de 54 ans trente ans plus tôt. Cette amélioration impressionnante de la santé humaine à ces âges explique en partie le maintien en emploi des seniors. Les progrès dans la prévention et le traitement des maladies cardiovasculaires, de certains cancers et du diabète ont directement profité à l’économie en préservant la population active. Or on oublie trop souvent que les politiques de santé publique sont aussi des politiques économiques.

Il ne faut cependant pas nier le vieillissement des corps : même s’il est faible, le risque de décès d’une personne de 60 ans reste près de cinq fois plus élevé que celui d’une personne de 40 ans. Les questions d’ergonomie, de pénibilité et d’aménagement des horaires deviennent ainsi de plus en plus cruciales avec l’âge. Elles ne doivent ni être éludées, ni considérées comme des coûts inutiles ou subis. Les organisations doivent se défaire de la représentation type du salarié, forcément trentenaire et évidemment jamais malade et toujours enthousiaste. Reconnaître la diversité physiologique est une première étape nécessaire pour une meilleure inclusion des seniors dans le monde du travail.

Des seniors de plus en plus qualifiés

L’évolution de la population des seniors est marquée par une nette élévation de leur niveau de qualification. Aujourd’hui, près de 30 % des 55-64 ans sont diplômés de l’enseignement supérieur, contre moins de 9 % il y a trente ans. Cette progression influence leur emploi de deux manières. D’une part, les études supérieures retardent mécaniquement leur entrée sur le marché du travail. D’autre part, elles renforcent leur capacité à s’adapter aux mutations organisationnelles et technologiques.




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Avec des carrières qui s’étendent sur quarante ans, la nécessité de se former en continu et, parfois, de se reconvertir devient incontournable. Les pays où le taux d’emploi des seniors est le plus élevé sont d’ailleurs ceux qui ont intégré depuis longtemps la formation tout au long de la vie, notamment bien avant l’âge de 50 ans. Les reconversions professionnelles, comme celles des militaires qui quittent l’uniforme en milieu de carrière pour exercer un métier civil, montrent que ces transitions sont non seulement possibles, mais aussi bénéfiques. Elles méritent d’être mieux acceptées et valorisées afin d’être généralisées.

Des défis pour la gestion des carrières

Dans les années à venir, l’arrivée massive de seniors diplômés du supérieur – près de la moitié des 35-44 ans le sont déjà – va marquer le paysage professionnel. Si cette démocratisation des études supérieures est une tendance positive, elle présente aussi des défis pour la gestion des carrières des seniors. D’un côté, ces diplômes ouvrent l’accès à des métiers mieux rémunérés, plus stimulants ou socialement valorisants, ce qui encourage la prolongation de l’activité. Ceux qui prolongent le plus leur vie professionnelle sont typiquement les médecins, les artistes, les scientifiques ou les entrepreneurs. De l’autre, les diplômés attachent une importance croissante au sens de leur travail, ce qui explique que certaines trajectoires professionnelles génèrent des sentiments de frustration ou de déclassement.

Un exemple frappant est celui des jeunes diplômés recrutés sur des postes d’expertise qui évoluent vers des fonctions managériales, parfois avant même d’atteindre la quarantaine. Or ces postes, exigeants physiquement et psychologiquement, poussent après quelques années certains à vouloir céder leur place. En France, cependant, les opportunités pour les anciens managers restent limitées. La logique hiérarchique et une certaine conception de l’honneur rendent difficile l’idée de se retrouver sous la direction d’une personne qu’on a autrefois dirigée. Face à la prochaine arrivée massive de diplômés seniors, de nombreuses pratiques restent à réinventer.

La révolution des boomeuses

Les seniors ont aussi changé du fait de leur féminisation, décisive depuis l’arrivée des baby-boomeuses. Le taux d’emploi des femmes entre 55 et 64 ans est aujourd’hui proche de 60 %, soit près du double de ce qu’il était au début du siècle. Toutes les politiques permettant le maintien en emploi des femmes après leur maternité sont par ricochet favorables à l’emploi des seniors. Ainsi, les congés maternité courts et bien compensés, les dispositifs efficaces permettant la garde des enfants et les politiques d’entreprises conciliantes doivent être encouragés et renforcés. La féminisation du salariat a engendré une révolution dans les organisations en imposant progressivement l’idée qu’elles devaient permettre la conciliation des vies personnelles et professionnelles. Les enfants ont ainsi fait irruption dans les discussions du monde du travail et les contraintes qu’ils imposent à leurs parents sont mieux prises en compte par les managers.




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La question des équilibres de vie se pose aussi après 55 ans, mais pas dans les mêmes termes qu’à 30 ans : s’il n’y a plus d’enfants à récupérer à la crèche, il y a parfois un parent devenu dépendant dont il serait bien de se soucier. Cette réalité est encore aujourd’hui taboue dans les entreprises et administrations où l’on parle des enfants mais pas des personnes âgées. Ainsi, une mère qui a pu s’absenter pour emmener sa fille chez le médecin ne pourra pas, vingt ans plus tard, faire de même avec sa propre mère. La conciliation des vies personnelles et professionnelles doit être pensée tout au long de la carrière.

Le 14 octobre 2025, lors de sa déclaration de politique générale devant la représentation nationale, le nouveau premier ministre Sébastien Lecornu annonce la suspension jusqu’à la prochaine élection présidentielle de la réforme des retraites votée en 2023. Pour éviter la censure de son gouvernement, il offre à la cohorte 68 la possibilité de partir plus tôt en retraite, mais prive le système de ressources nécessaires au financement des pensions qu’il s’est engagé à verser. L’équilibre des régimes de retraites est une équation très simple, avec finalement peu de paramètres. L’allongement de la durée du travail en est un essentiel mais il est évident qu’il faut accompagner les personnes concernées. Profitons de cette suspension pour modifier nos organisations, écouter les attentes des travailleurs concernés, et préparer les prochains reports de l’âge de la retraite, qui inéluctablement devront être assumés.

The Conversation

Hippolyte d’Albis a reçu des financements de l’ANR.

ref. Les seniors au travail ne sont pas ceux que vous croyez. Et c’est aussi pour cela que la guerre des générations n’existe pas – https://theconversation.com/les-seniors-au-travail-ne-sont-pas-ceux-que-vous-croyez-et-cest-aussi-pour-cela-que-la-guerre-des-generations-nexiste-pas-278475

« Pétrole » de Pasolini adapté au théâtre : le dévoilement de l’obscénité fossile

Source: The Conversation – France (in French) – By Frédéric Caille, Maître de Conférences HDR en Science Politique, ENS de Lyon

Avec son texte Pétrole, récemment adapté au théâtre par Sylvain Creuzevault, Pasolini livre une œuvre visionnaire, dans laquelle l’industrie fossile apparaît comme une force de destruction implacable, imprégnant en profondeur l’imaginaire occidental.


Peu après la COP30, dix ans après la prise de conscience officielle par le genre « homo sapiens » de sa contribution active à la destruction irrémédiable de sa propre biosphère, sur la scène nationale de Bonlieu, à Annecy (Haute-Savoie), le metteur en scène Sylvain Creuzevault a inauguré son adaptation théâtrale du texte posthume et visionnaire de l’écrivain, poète et cinéaste italien Pier Paolo Pasolini, Pétrole.

Cette œuvre foisonnante, baroque, inclassable, où se mêlent l’enquête, la critique littéraire, la déconstruction de la sexualité moderne et de ses liens intimes au pouvoir et à l’ordre socio-économique du capitalisme international, est un texte qui anticipe de manière saisissante sur la mise au jour actuelle par la théorie critique anglo-saxonne des dimensions les plus sombres et inconscientes de l’imprégnation par les énergies fossiles de la culture occidentale contemporaine, telle que la décrit l’artiste et activiste Brett Bloom dans son essai Petro-Subjectivity : De-Industrializing Our Sense of Self (2015) (non traduit en français) :

« La pétro-subjectivité est quelque chose que chacun d’entre nous vit constamment. C’est une perception de soi et du monde qui façonne notre identité et notre façon de penser. Elle découle en partie du fait que l’utilisation du pétrole est présente dans tout ce que nous faisons. Elle a façonné les concepts qui régissent notre pensée. Notre utilisation du langage et les concepts fondamentaux qui structurent notre existence sont imprégnés de la logique des relations pétrolières et forment l’univers métaphorique dans lequel nous baignons lorsque nous parlons entre nous de qui nous sommes, de ce que nous faisons et de ce qui compose le monde qui nous entoure. » (Traduction de l’éditrice, ndlr)

Enquête sur le pétropouvoir

« Pétromasculinité », « pétrosexualité », « pétropornographie », « pétro ou carbofascisme », « pétrosubjectivité » : tels sont les concepts qu’évoquent et exposent, avec les mots et les visions de Pasolini, Sylvain Creuzevault et ses comédiennes et comédiens. Le propos échappe de fait à la seule évaluation esthétique et scénique, tant le texte Pétrole s’est en effet aussi construit, chez son propre auteur, sur la base d’une enquête concernant le « [ pétropouvoir] » central de l’Italie du vingtième siècle : l’ENI (Entente Nazionale Idrocarburi).

Cet organisme de supervision de la recherche, de l’achat et de la distribution des ressources énergétiques pétrolières du pays, équivalent de la Compagnie française des pétroles (CFP), ancêtre de Total, et super-major pétrolière (9e mondiale, présente dans 69 pays, 28 000 employés et première entreprise d’Italie aujourd’hui encore), est présidée à partir de 1953 par Enrico Mattei, modèle du personnage d’Ernesto Bonocore dans le texte de Pasolini. Mattei est tué dans un accident d’avion, sans doute commandité par le vice-président de la compagnie – qui lui succède en 1962 – et dans son projet « Naphta », le jeune artiste français Gaëtan Bas Lorant a mené récemment une enquête sur les lieux et témoins de cet évènement.

Corruption universelle

La corruption du monde de l’industrie pétrolière, mais surtout ses liens intimes à la corruption de la vie, des corps, des imaginaires et des idéaux des jeunes Italiennes et Italiens de l’après-guerre est au centre du roman de Pasolini. La sexualité, sous une forme provocatrice et non maîtrisée surgit en de nombreuses scènes du livre et de l’adaptation théâtrale, qui n’en contourne pas, et même parfois en surligne, la violence exercée sur les autres et sur soi-même (surtout pour le héros Carlo), ainsi que le caractère profondément insatisfaisant et destructeur.

Cette sexualité mortifère est utilisée et interrogée par Pasolini à la fois comme un corrélat logique, corporel, intime et subjectif de sa dénonciation géopolitique du capitalisme « faschisto-fossile » qu’incarne l’ENI, et comme une allégorie de l’hubris qui soutient plus profondément le développement et l’usage de l’industrie pétrolière. La transgression des limites et la démesure « s’écoulent » littéralement de « l’or noir » pour toucher les dirigeants des entreprises d’approvisionnement ou de diversification (notamment dans la pétrochimie et le plastique), en même temps que chaque Italienne ou Italien accédant à l’automobile et à la société de consommation.

Cette hubris, certes, est pour Pasolini, au moins partiellement, une hubris de classe, associée au « plus fasciste des pouvoirs que l’Italie ait connu », selon ses propres termes, dissimulé sous les apparences trompeuses de la social-démocratie. Le recyclage des dirigeants et des capitaux fascistes, au nom de la grandeur nationale, est ainsi un axe de dénonciation politique central, directement repris de l’enquête et des sources sur lesquelles s’appuie Pasolini.

Au centre du livre de Pasolini se trouve l’ouvrage du mystérieux Steimetz qui, à ce jour pourtant non identifié, contacte et rencontre Pasolini à deux reprises dans le scénario du film la Machination. L’affaire Pasolini (2019) avant d’y être assassiné. Le scénario du film tire vers la manipulation politique l’essentiel de la démarche profonde à l’origine de l’écriture de Pétrole, mais également les causes de l’assassinat de Pasolini, qui y est montré comme parfaitement prémédité. À l’inverse, quelques années plus tôt, le Pasolini d’Abel Ferrara (2014), qui se déroule durant les derniers jours de son existence, privilégie le meurtre crapuleux et homophobe.

En synthétisant de ce point de vue le propos de Pasolini, on peut dire que dans certaines des scènes récurrentes de la pièce, il s’agit pour l’auteur de nous faire prendre conscience que, quand bien même l’on appartient à la bourgeoisie libérale de gauche, que l’on soit au Parti communiste, que l’on aime le jazz, la mixité, l’art moderne, pour sa propre satisfaction hédoniste, on se trouve objectivement et structurellement complice et associé aux machinations prédatrices, néocoloniales et destructrices de la planète conduites en sous-main par les grandes entreprises pétrolières.

C’est en effet cette mise à jour que Pasolini veut exprimer durant les trois années de travail qu’il consacre à son texte. Une mise à jour inextricablement – c’est la leçon qu’il tend à notre époque – intime et collective, et où résonnent en échos les inclinations masculinistes et machistes les plus communes. Elles sont formidablement incarnées dans la pièce, par le héros lui-même en ses deux « êtres » contradictoires, ou par d’autres « hommes puissants » soumis à la peur-fascination de l’homosexualité et de la femme (extrémisé jusqu’à l’inceste avec la mère), à l’attrait de la consommation sexuelle bourgeoise tarifée de jeunes filles et garçons de catégories populaires, et même à l’humiliation-attirance pour les personnes du Moyen-Orient, lieu où se trouve le pétrole, et où les individus reprennent et endossent à leur tour l’indécence et la violence de l’hubris fossile.

Un jeu de société édité en 1973, en plein accord avec l’imaginaire de la conquête des énergies fossiles et de leurs promesses de puissance que déconstruit l’œuvre-monstre de Pier Paolo Pasolini.

Déchéance et ambivalence

Pasolini, c’est là son génie, malgré une force de propos (magnifiée par la mise en scène), qui peut décontenancer une part du public, explore la déchéance de nos êtres profonds. Il dévoile nos pantomimes et la dégradation dans laquelle nous entraîne inexorablement le pacte signé avec le diable fossile. L’inoubliable personnage d’Aldo Troya (Eugenio Cefis, 1921-2004 dans la vraie vie), commanditaire probable lié à la CIA américaine du meurtre de Mattei, l’incarne de manière inoubliable. Fasciste dissimulé et homme du moment, il mène à la fin d’une civilisation en prétendant travailler à la grandeur du pays et révèle son ambivalence par son patronyme inventé par Pasolini : « le Troyen », « la truie » (voir les « notes 36-40 » et les remarques du traducteur René de Ceccatty dans la dernière édition de Pétrole, Gallimard 2022). La pièce suit précisément son destin et son « bond en avant dû non pas tant à une volonté ambitieuse qu’à l’accumulation objective et massive des forces guidées par cette volonté », ainsi que l’écrit Pasolini.

Pétrole est donc l’histoire d’une déchéance qui est celle du personnage principal, mais en quelque mesure aussi bien entendu, telle est la force du poète-prophète dont Pasolini enfile la toge, la nôtre. Elle culmine peut-être dans ce moment de la pièce où le héros, nu et debout comme un mâle humain urinant, tient le tuyau d’une pompe à pétrole qui inonde la scène comme aujourd’hui la nuit fossile menace de recouvrir le monde.

« Tous victimes et tous coupables »

Cette part la plus politique, ou « infra-politique », est celle assurément que la mise en scène fait émerger du pétrole pasolinien, c’est-à-dire non pas seulement la dénonciation du pouvoir fossile et des multinationales apparentées, mais celle de la collaboration et de la participation profonde et semi-inconsciente de nos êtres propres et de nos subjectivités à toutes et tous.

Pasolini tisse la géopolitique et le pétrofascisme de l’or noir avec l’intime, l’avilissement, la dégradation morale. Il hybride la véritable histoire politique avec l’allégorie et les figures mythiques, au travers de l’épopée dérisoire d’un jeune bourgeois italien dédoublé, jouet d’autres puissants autant que de lui-même, lancé dans l’ascension sociale dans une société minée, « forée », « drillée » littéralement, de part en part, par le pétrole, et qui se précipite derrière les sourires, exactement comme la nôtre, vers l’effondrement.

Telle est la voie visionnaire où s’engage Pasolini sans peut-être le comprendre tout à fait : sur la voie d’une fiction s’emparant enfin de « l’impensable », de « l’irreprésentable » et du « grand dérangement » climatique. Il ramène le « non-humain » au sein même du corps, c’est-à-dire le carburant fossile et son « mal-être », barbouillé de faux plaisir, jusqu’aux entrailles, jusqu’au corps devenu insensé du héros, multi et dé-genré, incestueux, phallique et femelle tout à la fois.

« Nous sommes tous en danger », dira Pasolini dans sa toute dernière interview, quelques heures avant sa mort. « Tous victimes et tous coupables », rongés et envahis dans une société de l’hypermarchandisation par les désirs insatiables « de la possession et de la destruction ». « Il existe un désir de mort qui nous lie tous comme des frères. »

De cette étrange prophétie, un demi-siècle plus tard, emportés sans force vers l’abîme climatique par les énergies fossiles, nous pouvons mesurer la profondeur. De l’autre côté de l’Atlantique, à la même date, Donald Trump a alors 29 ans. Il entame le chemin à tous points de vue improbable, sauf pour Pasolini, par l’outrance et le virilisme devenus politiques, qui le conduira vers l’une des plus fantastiques et morbides [ ascensions sociales] de l’histoire humaine. La personnification de l’obscénité fossile.

The Conversation

Frédéric Caille ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. « Pétrole » de Pasolini adapté au théâtre : le dévoilement de l’obscénité fossile – https://theconversation.com/petrole-de-pasolini-adapte-au-theatre-le-devoilement-de-lobscenite-fossile-271709

Yellowstone, merveille géologique : aux frontières du feu, de l’eau et du vivant

Source: The Conversation – France in French (2) – By Olivier Pourret, Enseignant-chercheur en géochimie et responsable intégrité scientifique et science ouverte, UniLaSalle

La Morning Glory Pool du Yellowstone National Park, aux États-Unis. Olivier Pourret, CC BY

Le parc national de Yellowstone, aux États-Unis, présente l’un des spectacles géologiques les plus fascinants au monde : geysers en éruption, bassins aux couleurs intenses, terrasses de travertin sculptées par des eaux thermales. Derrière ces paysages se dissimule l’un des systèmes volcaniques les plus actifs de la planète, dont la chaleur souterraine façonne chaque fontaine, chaque couleur, chaque dépôt minéral, et rappelle que la Terre est une planète vivante.


Le parc national de Yellowstone est le plus ancien parc national du monde et est situé dans l’ouest des États-Unis, entre le Wyoming, le Montana et l’Idaho. Inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, il est célèbre pour sa faune et ses paysages, mais surtout pour une activité géothermique exceptionnelle, unique par son intensité et sa diversité.

Le parc se situe sur une large caldeira volcanique (c’est-à-dire une vaste dépression circulaire formée par l’effondrement du toit d’une chambre magmatique après une éruption), formée par plusieurs éruptions majeures qui se sont produites il y a 2,1 millions, 1,3 million et environ 640 000 ans. Même en l’absence d’éruptions explosives actuellement, le volcan reste actif : son activité se traduit par une augmentation de température en profondeur et une série de phénomènes hydrothermaux observables en surface.

L’entrée ouest du parc national de Yellowstone, aux États-Unis.
Olivier Pourret, CC BY

Une chaudière souterraine toujours en activité

Des réservoirs magmatiques partiellement fondus se situent sous Yellowstone, alimentés par un flux venant du manteau, à grande profondeur. La chaleur émise réchauffe les eaux de pluie et de fonte des neiges qui s’infiltrent dans le sous-sol. Ces eaux peuvent atteindre des températures supérieures à 200 °C tout en restant liquides grâce à la forte pression.

Lorsque les conditions sont réunies, avec un approvisionnement en eau suffisant, des fractures suffisamment étroites et une chaleur stable, l’eau qui devient surchauffée est soudainement expulsée vers la surface : ce phénomène est connu sous le nom de « geyser ». Plus de la moitié des geysers du monde se trouve à Yellowstone, le transformant en un laboratoire naturel pour les géologues.

Le plus célèbre, Old Faithful, entre en éruption toutes les 60 à 90 minutes, projetant une colonne d’eau et de vapeur pouvant dépasser 50 mètres de hauteur. D’autres geysers sont beaucoup moins prévisibles, rappelant que ces systèmes sont fragiles et sensibles à de légères variations de pression ou de circulation de fluides.

photo d’un grand geyser
Le geyser Old Faithful du Yellowstone National Park, aux États-Unis.
Olivier Pourret, CC BY

Dans des régions géothermiques telles que le Norris Geyser Basin, l’hydrothermalisme n’est pas réparti aléatoirement dans la roche : il est largement guidé par le réseau de fracturation affectant la roche, véritable « route » pour l’eau chaude, qui régule la circulation des fluides et détermine la position des geysers et des sources chaudes. Les études effectuées au niveau du Steamboat Geyser démontrent que même de petites fractures ou de simples pores interconnectés peuvent être suffisants pour expulser rapidement l’eau lors des éruptions.

Le sous-sol ressemble donc moins à un système de conduits bien définis qu’à un milieu complexe, constitué d’un enchevêtrement de fractures et de pores interconnectés et de dimensions variables. Cette organisation contrôle la circulation de l’eau et de la vapeur en profondeur, et conditionne le déclenchement des éruptions hydrothermales, soulignant combien la structuration et la constitution des roches régissent le fonctionnement des systèmes hydrothermaux.

Sources chaudes et travertins : quand la géologie se fait art

Les geysers ne représentent qu’un aspect du spectacle. Les bassins aux couleurs vives sont principalement formés par l’abondance de sources chaudes. Le plus célèbre et plus large à Yellowstone (60 à 90 mètres de large) d’entre eux est Grand Prismatic Spring, il est aussi le plus photographié pour illustrer ces sources chaudes.

À l’inverse de ce que l’on pourrait penser, ces couleurs ne sont pas celles des minéraux, mais celles de micro-organismes extrémophiles. Chaque communauté microbienne, adaptée à une plage de température spécifique, forme autour des bassins de véritables cercles de couleur : les espèces qui prospèrent dans les zones plus froides en périphérie arborent des teintes jaune et orange, tandis que les températures plus élevées au centre favorisent des micro-organismes bleus ou verts. Dans les premiers cas, les couleurs résultent à la fois des pigments caroténoïdes propres aux bactéries, et des oxydes de fer et de manganèse précipités par leur activité métabolique. Ces bactéries et archées doivent ainsi leurs teintes à leurs pigments photosynthétiques (chlorophylles ou caroténoïdes) dont l’expression varie selon les conditions de température et de lumière. Lorsque la température des sources baisse, l’expansion bactérienne s’intensifie.

Des dépôts de travertin peuvent aussi se former à partir de sources abondantes en carbonate de calcium. Le travertin est une roche calcaire poreuse qui se dépose en surface lorsque de l’eau chaude, ayant dissous du CO2 et du carbonate de calcium en profondeur sous l’effet de la pression et de la température, remonte à la surface : en se refroidissant et en se décomprimant, elle libère le CO2 dissout, ce qui provoque la précipitation de calcite.

Cette calcite forme des terrasses et des cascades minérales blanches ou crème, tandis que les oxydes de fer précipités simultanément par l’activité bactérienne leur confèrent leur teinte orange caractéristique ; comme celles de Mammoth Hot Springs, qui se modifient sans cesse en fonction des changements des conditions hydrologiques et de température.

Les sources chaudes dites de « Mammoth Hot Springs », au Yellowstone National Park, aux États-Unis.
Olivier Pourret, CC BY

Un volcan sous surveillance : quels dangers ?

Yellowstone est fréquemment décrit comme un « supervolcan », une expression médiatique qui fait référence à des volcans susceptibles de générer des éruptions de très grande ampleur, correspondant à l’émission d’au moins 1 000 km3 de matériaux. Deux des trois grandes éruptions de Yellowstone ont atteint ce seuil, il y a environ 2,1 millions et 640 000 ans. Les chances d’une telle éruption à Yellowstone dans les prochains millénaires sont jugées infimes par les géologues de l’USGS.

Cependant, le parc est le siège d’une activité sismique quasi permanente : chaque année, des milliers de petits séismes témoignent de la circulation des fluides et des ajustements de la croûte. Les scientifiques du service géologique américain, l’USGS, dotés d’un réseau sophistiqué d’instruments, surveillent de près ces signaux pour détecter la plus petite anomalie.

Ainsi, les dangers les plus immédiats à Yellowstone ne relèvent pas d’une éruption dévastatrice, mais plutôt d’explosions hydrothermales locales susceptibles de projeter des roches et des fluides bouillants sur quelques mètres à plusieurs dizaines de mètres autour du point d’émission. Plusieurs incidents illustrent ce risque dans l’histoire récente du parc : une série d’explosions puissantes s’est produite à Excelsior Geyser dans les années 1880–1890, projetant de gros blocs jusqu’à 15 mètres de distance, tandis qu’une explosion notable a eu lieu à Porkchop Geyser en 1989. En juillet 2024, l’explosion à Biscuit Basin a détruit une passerelle touristique, sans faire de blessés alors que l’explosion d’Echinus Geyser il y a quelques jours n’a pas fait de dégâts majeurs.

Par ailleurs, les forêts du parc restent vulnérables aux incendies, dont la fréquence et l’intensité augmentent avec le changement climatique, un facteur de risque distinct de l’activité volcanique, mais tout aussi réel pour les écosystèmes de Yellowstone.

Yellowstone, une leçon de géologie à ciel ouvert

Yellowstone nous rappelle que notre planète est vivante et en constante évolution. Les geysers, les sources thermales et les terrasses minérales qui émerveillent les visiteurs ne sont pas de simples curiosités naturelles : ils sont la manifestation visible de processus profonds, à la frontière entre le manteau terrestre, la croûte, l’eau de surface et même le vivant.

Yellowstone n’est pas une exception : en Islande, l’interaction entre un point chaud et la dorsale médio-atlantique produit des paysages analogues, à l’image du site de Geysir. En Italie, les champs Phlégréens, à l’ouest de Naples, offrent une autre démonstration de la connexion entre volcanisme, fracturation et fluides.

Le geyser Geysir, en Islande.
Airflore, Flickr, CC BY-NC-ND

Ces comparaisons montrent que les phénomènes observés à Yellowstone suivent des lois universelles : partout où se rencontrent chaleur, eau et fractures, des phénomènes géologiques se manifestent parfois de façon impressionnante. Devant ces paysages en constante transformation, la géologie ne demeure plus une science abstraite confinée aux laboratoires et aux modélisations. Elle est concrète, perceptible et associée à notre compréhension des mécanismes internes de la Terre.

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Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Yellowstone, merveille géologique : aux frontières du feu, de l’eau et du vivant – https://theconversation.com/yellowstone-merveille-geologique-aux-frontieres-du-feu-de-leau-et-du-vivant-278212

Santé publique : les incertitudes sur les financements sont préjudiciables, comme le montre l’exemple des États-Unis

Source: The Conversation – France in French (3) – By Max Crowley, Professor of Human Development, Family Studies and Public Policy, Penn State

Centres de vaccination, inspections sanitaires dans la restauration ou systèmes de surveillance des maladies sont autant de structures et de missions gérées par les services de santé publique locaux et régionaux. Sean Rayford/Stringer via Getty Images

Les incertitudes que font peser les menaces de coupes budgétaires ne sont pas sans conséquences sur la santé publique, même lorsque les financements sont en fin de compte rétablis.


Aux États-Unis, depuis le début de l’année 2025, plusieurs subventions fédérales d’envergure ont été suspendues dans le secteur de la santé, avant d’être rétablies à la suite de recours judiciaires.

Ainsi, le 13 février 2026, le gouvernement fédéral a entrepris de suspendre environ 600 millions de dollars (plus de 520 millions d’euros) de subventions de santé publique destinées à quatre États, avant qu’une cour fédérale ne vienne temporairement faire obstacle à cette mesure. Des centaines de millions de dollars, pourtant déjà alloués par le Congrès, ont ainsi été brièvement gelés avant l’intervention de la justice.

De telles annulations ne sont pas sans précédent, et pourraient, de prime abord, être considérées comme de banals différends entre les États et le gouvernement fédéral. Toutefois, dans ce secteur, ces soubresauts ont des conséquences plus lourdes, que ce soit dans les agences de l’état ou au sein des communautés concernées, et ce même si les États finissent par percevoir les fonds initialement prévus. En effet, l’incertitude qui résulte de cette situation peut entraver des programmes de santé publique vitaux.

En tant qu’universitaire, j’étudie la façon dont sont construites les infrastructures destinées à prévenir la souffrance humaine. De ce fait, je suis aux premières loges pour observer comment une telle instabilité, fût-elle transitoire, modifie les capacités de planification, de recrutement et d’investissement des agences, ainsi que des populations dont elles s’occupent.

Même lorsque le financement est, in fine, rétabli, la répétition de ce genre de cycles de gels et de déblocages partiels, lesquels dépendent des résultats des recours juridiques, peut gripper le fonctionnement des systèmes de santé publique. Cette situation érode, par ricochet, l’infrastructure de santé publique que les fonds fédéraux ont précisément vocation à bâtir et à pérenniser.

Le périmètre de ladite infrastructure est large, puisqu’il englobe notamment les centres de vaccination, les services responsables des inspections sanitaires dans le secteur de la restauration, les unités de prise en charge des addictions aux opioïdes, celles missionnées pour prévenir la violence en milieu scolaire, les programmes en lien avec la santé maternelle, ainsi que les systèmes de surveillance épidémiologique.

Tous ces dispositifs jouent un rôle cardinal en matière de santé publique. Si la plupart des perturbations qui les affectent ne font jamais la une des journaux, elles n’en influencent pas moins les services dont dépendent les citoyens. Cependant, ceux-ci étant destinés à juguler les problèmes en amont, leur caractère indispensable est méconnu d’une grande partie de la population… jusqu’à ce qu’une crise ne survienne.

En matière de santé publique la continuité est essentielle

Si, lors de crises sanitaires telles que la pandémie de Covid-19, l’attention médiatique se focalise sur la gestion de l’urgence, il faut avoir conscience qu’en matière de santé publique, l’essentiel des actions s’inscrit dans le temps long, et s’articule autour de stratégies de prévention pluriannuelles.

Aux États-Unis, les subventions fédérales permettent par exemple de rémunérer des épidémiologistes, des spécialistes de la prévention ou de l’analyse des comportements, ainsi que des analystes de données. Elles financent les systèmes de surveillance des maladies, les initiatives menées pour garantir la santé maternelle et infantile, les programmes de lutte contre les addictions et les partenariats avec les organisations communautaires. Ces projets requièrent des efforts s’inscrivant dans une temporalité longue, qui s’étire sur plusieurs années. Les mener requiert notamment de recruter du personnel, de mobiliser des prestataires externes et de mettre en place des systèmes de suivi des résultats.

Lorsque leurs financements sont subitement suspendus, ou que le cadre réglementaire fluctue, les agences ne peuvent pas se contenter d’attendre que l’horizon s’éclaircisse. Le rythme des recrutements ralentit. Les dirigeants élaborent des plans pour parer à l’éventualité d’une suspension définitive. Dans une telle situation, un nombre conséquent d’employés de l’état fédéral ou des différents États concernés commencent à chercher des opportunités d’emploi plus stables.

Diverses enquêtes nationales ont révélé qu’environ un employé sur quatre du secteur de la santé publique envisageait de quitter son poste d’ici un an. En 2023, les services de santé locaux ont perdu en moyenne 19 % de leurs effectifs, ce qui témoigne de l’épuisement qui a résulté de la pandémie de Covid-19. Or, dans un service de santé de petite taille, qui ne compte parfois que quatre à sept personnes, la perte d’une seule infirmière ou d’un enquêteur sanitaire peut être à l’origine d’une désorganisation considérable.

Si les fonds sont ultérieurement débloqués, comme ce fut le cas à plusieurs reprises en 2025 et début 2026, les agences doivent alors opérer un virage à 180 degrés. Elles doivent émettre de nouvelles directives, renégocier les contrats et rassurer leurs partenaires. Mais le mal est fait : la perturbation a déjà consommé un temps précieux. Et des deniers publics. Certains projets et certaines communautés pourraient ne jamais s’en remettre. Autrement dit, la volatilité engendre des coûts, même lorsque l’argent finit malgré tout par arriver.

Le coût financier et administratif des batailles judiciaires

Assigner le gouvernement fédéral en justice pour suspension de financement est une entreprise onéreuse. Lorsque les États contestent des décisions fédérales, les procureurs généraux y consacrent une part importante de leur temps et de leurs ressources juridiques. Les départements de la santé alors doivent se coordonner avec les juristes, compiler des dossiers volumineux et modéliser divers scénarios budgétaires. L’attention des cadres dirigeants est détournée de la supervision des programmes de santé, au profit de la gestion des risques juridiques et fiscaux.

Ce travail administratif est financé par le contribuable. Toutes ces heures passées représentent ont un coût réel, même si celui-ci ne fait que rarement l’objet de débats publics. Et, tandis que le contentieux suit son cours – souvent durant des mois – les agences doivent se préparer à la multitude d’issues possibles.

L’incertitude elle-même façonne la façon dont est menée la planification. Les agences peuvent hésiter à lancer de nouvelles initiatives, de peur de voir les fonds se tarir en cours de route. Elles tendent à privilégier des contrats courts, à différer les embauches ou à restreindre leurs plans d’expansion afin de limiter leur exposition. À terme, cette prudence peut freiner la mise en œuvre des politiques de santé, et brider l’innovation.

Une instabilité qui dépasse les seuls enjeux budgétaires

La suspension des financements n’est pas l’unique source d’instabilité. Le gouvernement fédéral a également annoncé des remaniements structurels au sein de certaines agences de santé, à commencer par une réorganisation majeure du ministère de la Santé et des Services sociaux (HHS), en mars 2025. Ces mutations introduisent, elles aussi, une part d’aléa dans le fonctionnement des systèmes de santé publique.

Des responsables fédéraux ont par exemple récemment indiqué leur intention de réduire considérablement l’activité de l’Office de planification, de recherche et d’évaluation (OPRE) au sein de l’Administration pour les enfants et les familles (ACF). Depuis 1995, cet organisme étudie l’impact des programmes destinés aux familles et aux enfants, tels que Head Start, le système de placement familial, ou l’Assistance temporaire aux familles nécessiteuses (TANF). Des organisations de recherche et de conseil indépendantes, telles que la Data Foundation et Results for America, ont averti que l’interruption de ces études pourrait compromettre la capacité des États à évaluer et améliorer ces programmes.

De même, les récentes résiliations de subventions et les restructurations au sein de la Substance Abuse and Mental Health Services Administration (SAMHSA), qui gère d’importantes aides aux États en matière de santé liés aux comportements, ont instauré un climat délétère. Lorsque les postes financés par ces subventions sont supprimés ou que les conditions de financement changent brusquement, les versements peuvent accuser du retard, les directives de signalement deviennent floues et les prestataires de soins locaux peinent à se projeter. Pour les communautés qui luttent contre les overdoses d’opioïdes ou gèrent l’augmentation des besoins en soins liés à la santé mentale, une interruption des financements, même brève, peut devenir une question de vie ou de mort.

Suspendre ou réorganiser de telles études à mi-parcours empêche de distinguer les interventions efficaces de celles qui ne le sont pas. Des experts chevronnés risquent de démissionner. Reconstruire une telle expertise pourrait prendre des années.

La prévention, maillon faible face à l’incertitude

La prévention – presque par définition – ne se remarque pas : si les programmes de vaccination, de traitement des addictions et de prise en charge des problèmes de santé mentale des jeunes sont efficaces, les crises qu’ils sont destinés à éviter n’adviennent jamais.

Cependant, la prévention est tributaire de la continuité : pérennité des effectifs, stabilité des partenariats et constance en matière de collecte de données. Les effets d’une interruption des financements sont difficiles à évaluer sur un seul cycle budgétaire, mais ils modifient la façon dont les agences peuvent investir en confiance dans des stratégies de long terme. En ce sens, l’instabilité des subventions peut devenir un problème de santé publique en soi.

Les priorités politiques continueront toujours à évoluer. Les tribunaux continueront à examiner les actions de l’exécutif, et le Congrès poursuivra les révisions des allocations. Le changement fait partie intégrante de la gouvernance. Cependant, si les décideurs aspirent à une infrastructure de santé publique plus robuste et plus résiliente, ils doivent comprendre que la stabilité n’est pas un simple confort administratif : elle est le socle même sur lequel reposent la prévention et la préparation aux crises.

The Conversation

Max Crowley ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Santé publique : les incertitudes sur les financements sont préjudiciables, comme le montre l’exemple des États-Unis – https://theconversation.com/sante-publique-les-incertitudes-sur-les-financements-sont-prejudiciables-comme-le-montre-lexemple-des-etats-unis-278503

Une décentralisation française toujours dans l’impasse

Source: The Conversation – France in French (3) – By Daniel Behar, Géographe Professeur des Universités, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC)

Faut-il croire à un « nouvel acte » de la décentralisation à la française promis par Sébastien Lecornu ? Depuis quarante ans, la promesse d’une action publique plus lisible et plus efficace se heurte à une réalité complexe et confuse. Et si le problème n’était pas le manque de décentralisation mais le modèle même que la France s’obstine à poursuivre, à rebours de ses voisins européens ?


Depuis un demi-siècle maintenant, les gouvernements successifs annoncent de façon récurrente un « nouvel acte de décentralisation ». Tous reposent sur les deux mêmes intentions : plus de décentralisation, c’est-à-dire davantage de compétences transférées par l’État (loi Raffarin en 2004 par exemple) et plus d’efficacité, par une spécialisation des échelons territoriaux (loi Notre en 2015 notamment). En dépit de cette constance et de résultats peu convaincants, les projets gouvernementaux les plus récents relatifs à la décentralisation affichent la même perspective : il faut transférer les pans de l’action publique qui relèvent encore de l’État (le logement, par exemple) et le faire autour d’un objectif de clarification des rôles de chaque niveau de collectivité.

Et s’il fallait rompre avec cette antienne et viser un autre modèle, en s’inspirant notamment de ce qu’ont fait la plupart de nos voisins européens ?

Une spécialisation illusoire

Rationnaliser tout d’abord. Dès son émergence en 1982, la décentralisation « à la française » repose sur un principe singulièrement daté, celui d’une forme de transposition au territoire du modèle du taylorisme industriel. L’action publique territoriale sera efficace si les différents niveaux de collectivités se spécialisent dans un registre sectoriel : aux régions l’économie, aux départements le social et aux communes l’aménagement. Lisible sur le papier, ce principe se heurte à une réalité où tout le monde est contraint de faire un peu de tout.

Dans une société de plus en plus complexe, il faut agir globalement, réguler les interactions entre ces approches sectorielles. Depuis des décennies, le monde de l’entreprise a abandonné ce mode d’organisation. Dès le toyotisme, la souplesse et la coordination des fonctions ont été mises avant. Depuis, le management par projet privilégie l’organisation en équipes et la « coopétition »u prix assumé de ces fréquents doublons ou redondances tant honnis en matière d’action publique. Il n’y a plus que dans ce domaine de l’action territoriale que la référence à l’ordre et la symétrie du jardin à la française fasse sens pour penser les modes d’organisation collective.

En dépit d’un cadre législatif de plus en plus contraignant (suppression, en 2015, de la clause de compétence générale pour les départements et les régions), aucune collectivité – ou presque – ne respecte ce principe de spécialisation. On ne peut à la fois imposer à telle collectivité de cantonner son intervention aux enjeux sociaux et à telle autre de se limiter aux questions environnementales, alors que dans le même temps, on attend de l’action publique qu’elle intègre étroitement ces deux dimensions de la transition écologique. Le défi de l’action publique contemporaine n’est pas celui de la répartition des rôles mais plutôt celui de la coordination et des synergies entre ses institutions et les autres opérateurs qui y contribuent – entreprises et associations notamment. Parce que, désormais, la délivrance de services collectifs prime sur la construction d’équipements, l’heure est davantage à la régulation de « chaînes de production » des politiques publiques locales qu’à la définition toujours plus fine des champs de compétences respectifs.

Par contrecoup, le législateur a peu à peu été contraint d’abandonner la spécialisation par grands domaines de compétences, tel qu’affichée dans la loi initiale de 1983, pour une spécialisation plus limitée des prestations délivrées : aux régions la fonction d’animation des filières économiques, mais aux intercommunalités les aides à l’immobilier d’entreprises ; aux régions les transports mais aux départements le transport scolaire. Cette sophistication du partage des rôles est contre-productive : on imagine les coûts de coordination générés par cette fuite en avant dans la spécialisation, au nom de la clarification…

Pourquoi un tel acharnement à poursuivre dans une voie sans issue ?

Un argument est généralement avancé : la clarification des rôles entre collectivités permettrait de renforcer le lien entre élus et citoyens. Mais peut-on considérer qu’un élu départemental est jugé au moment des élections cantonales en fonction de sa gestion des archives départementales, compétence dévolue au Conseil départemental depuis 1983 ? En réalité, plus on fragmente et technicise les champs d’intervention des collectivités, plus on les « dépolitise », et on les rabat de fait sur des fonctions assurées par des « agences » (la SNCF, la Caisse d’allocations familiales…). Les collectivités locales sont des institutions politiques, qui s’adressent autant au citoyen qu’à l’usager. Or, l’intérêt du citoyen pour la chose publique passe par l’explicitation de choix politiques globaux sur le territoire qui intègrent ces registres d’action fragmentés.

Ajoutons qu’en dépit des efforts accrus des régions et des départements pour se rendre visibles et valoriser leurs contributions financières, en multipliant les supports de communication, c’est (quasi exclusivement) le maire qui est jugé responsable des différents équipements et services mis en œuvre sur les territoires.

Il est convenu parmi les élus locaux d’invoquer la lisibilité de l’action publique aux yeux du citoyen pour justifier la nécessaire clarification (« qui fait quoi ?) ». Mais l’observation locale montre que les citoyens n’attendent pas qu’on leur rende visible le back office de l’action locale dans sa complexité. Ils sont demandeurs d’un accès et d’une réponse efficaces. Le succès des maisons France Services en constitue une illustration probante. Elles ne prétendent pas réduire la complexité de nos services publics. Elles proposent simplement d’organiser une interface efficace entre chaque citoyen et le maquis bureaucratique.

La clarification par la hiérarchisation ?

En réalité, les législateurs successifs persistent dans cette conception de la clarification des rôles parce qu’ils imaginent pouvoir ainsi préserver la spécificité française, attachée à la référence à l’égalité (ici entre collectivités territoriales) et éviter le chemin suivi par nos voisins – avec des résultats divers – dans la mise en œuvre de leurs processus de décentralisation.

Ailleurs, bien souvent, la mise en ordre du « millefeuille » s’effectue non par la spécialisation, mais par la hiérarchisation. Des formes diverses de leadership régional sont mises en place, principalement incarnées par la détention d’un pouvoir normatif, et donc d’encadrement de l’action des collectivités de rang inférieur. Cette hiérarchisation s’oppose donc radicalement au principe français d’égalité entre collectivités.

Évidemment, la hiérarchisation ne fait pas disparaître les conflits de pouvoirs et les exigences de négociation. Dans la plupart des pays européens, les communes disposent en effet de la clause de compétence générale et exercent une action généraliste. Cela nécessite des ajustements entre leurs actions et celles des régions. Mais ces transactions s’inscrivent dans un cadre politique reconnu qui fixe, en quelque sorte, les limites de ces négociations. Ainsi en Allemagne, ce sont les Länder qui établissent les champs de compétences des communes. Clarification des rôles (via la hiérarchisation des fonctions) et coopération deviennent alors les maîtres mots d’une organisation pluraliste de l’action publique territoriale.

Cette perspective devrait passer par une révision constitutionnelle pour mettre fin au principe de « non-tutelle d’une collectivité sur une autre ». Cela signifierait une évolution vers un modèle plus fédéral éloigné du jacobinisme français, qui conforterait les échelons intermédiaires, notamment les régions. Avec l’atout que constitue le changement de taille de ces dernières, n’est-il pas temps d’engager ce débat ?

The Conversation

Daniel Behar ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Une décentralisation française toujours dans l’impasse – https://theconversation.com/une-decentralisation-francaise-toujours-dans-limpasse-271543

Mères et championnes : la double bataille des sportives de haut niveau

Source: The Conversation – France in French (3) – By Allane Madanamoothoo, Associate Professor of Law, EDC Paris Business School

La maternité n’a jamais freiné l’ambition des sportives. Certaines ont conquis des titres majeurs alors qu’elles étaient enceintes, d’autres quelques mois seulement après un accouchement. Pourtant des inégalités persistent : pertes de contrats, baisse de revenus… autant de manifestations de la motherhood penalty qui pèse encore sur les carrières féminines dans le sport professionnel.


Dans le sport professionnel de haut niveau, comme dans de nombreux autres secteurs, les femmes sont aujourd’hui encore confrontées à divers obstacles lorsqu’elles décident d’avoir un enfant.

Ces obstacles, qui dépassent les frontières, conduisent certaines sportives de haut niveau à repousser leur projet de maternité après leur retraite sportive ; ce fut le cas, parmi bien d’autres exemples, de la judokate française Frédérique Jossinet médaillée mondiale, européenne et olympique, retraitée à 37 ans et devenue mère à 43 ans.

Or, qui dit report de maternité, dit augmentation du risque de complications lors d’une future grossesse et d’infertilité liée à l’âge. C’est ainsi que Valérie Nicolas, ancienne gardienne de l’équipe de France de handball, championne du monde en 2003, n’a pas pu concrétiser son désir de maternité. Lorsqu’elle a voulu avoir un enfant une fois sa carrière sportive terminée, la voie naturelle, l’insémination artificielle et les nombreuses fécondations in vitro, dont certaines avec des dons d’ovocytes, ont toutes échoué.

Pourtant, il devrait être possible pour les femmes de conjuguer maternité et carrière sportive professionnelle de haut niveau avec suffisamment d’accompagnement médical, organisationnel et psychologique, de soutien financier, et de protection dans l’exercice de leurs droits. Si quelques avancées notables ont été réalisées par différentes parties prenantes, des progrès restent à faire.

Une équation possible avec des cas concrets

La conciliation entre maternité et carrière chez les sportives professionnelles de haut niveau n’est plus un phénomène exceptionnel, que ce soit dans les sports individuels ou dans les sports collectifs. Certaines ont participé à des compétitions alors qu’elles étaient enceintes, avant de mettre momentanément leur carrière entre parenthèses le temps d’une courte pause maternité. D’autres sont revenues de leur congé maternité au bout de plusieurs mois, parfois avec de grandes difficultés, parfois, au contraire, avec un niveau supérieur à celui d’avant leur maternité. Quelles que soient les situations – qui témoignent, par la même, de la singularité de chaque femme et de chaque grossesse –, elles sont nombreuses à avoir démontré qu’il est tout à fait faisable d’allier maternité et sport de haut niveau. Voici quelques cas emblématiques.

La sprinteuse américaine Alysia Montano, spécialiste du 800 mètres et championne des États-Unis plusieurs années consécutives, disputa sa série lors des championnats outre-Atlantique à huit mois de grossesse en 2014 et à   mois de grossesse en 2017.

Sa compatriote Allyson Felix, considérée comme une légende avec ses 7 médailles d’or olympiques et ses 14 médailles mondiales d’or, arracha sa 12e médaille d’or aux championnats du monde en 2019 après une pause maternité de treize mois consécutive à la naissance de sa fille, née prématurément en 2018 par une césarienne pratiquée en urgence.

La Britannique Paula Radcliffe, ancienne recordwoman du marathon, remporta le marathon de New York neuf mois après la naissance de son premier enfant en 2007. Valérie Adams, ancienne lanceuse de poids néo-zélandaise et référence dans l’histoire de sa discipline en ayant été quatre fois championne du monde, décrocha une médaille d’argent aux Jeux du Commonwealth 2018, six mois après avoir donné naissance à sa fille et décrocha une médaille d’argent.

La judokate française Clarisse Agbegnenou, détentrice de trois médailles de bronze olympique et de six médailles d’or aux championnats du monde, reprit la compétition cinq mois après la naissance de sa fille en 2022. Sa compatriote Estelle Mossely, sacrée championne olympique en 2016, reprit la boxe trois mois après la naissance de son premier enfant en 2017.

La hockeyeuse sur gazon belge Aisling D’Hooghe reprit l’entraînement six semaines après son accouchement en 2021 et rejoua dix semaines plus tard. En 2012, la tireuse malaisienne Nur Mohamed Taibi Suryani, médaillée de bronze des Jeux asiatiques en 2010, a participé aux Jeux olympiques (JO) de Londres à huit mois de grossesse. Quelques années plus tard, la sabreuse égyptienne Nada Hafez a participé aux JO de Paris en 2024 en étant enceinte de sept mois.

La cycliste française Aude Biannic reprit la compétition deux mois et demi après avoir accouché de son fils en novembre 2024 et participa au Tour de France Femmes en août 2025. L’Américaine Kristin Armstrong, championne olympique du contre-la-montre à Pékin en 2008, conserva ses titres à Londres en 2012 et à Rio en 2016 après avoir eu un fils en 2010.

La tenniswoman britannique Dorothea Douglass, la première grande joueuse de tennis de l’histoire, remporta le tournoi de Wimbledon en simple après la naissance de son premier enfant en 1910, puis trois autres fois au cours des quatre années suivantes. En 1971, l’Australienne Margaret Court disputa la finale de Wimbledon en étant enceinte d’un mois. Après avoir donné naissance à son premier enfant en 1972, elle revint sur le circuit en 1973 et fut sacrée trois fois en Grand Chelem. Sa concitoyenne Evonne Goolagong s’imposa à l’Open d’Australie 1977 six mois après avoir donné naissance à sa fille. Elle remporta ensuite Wimbledon en 1980, devenant la deuxième mère sacrée à Wimbledon après Dorothea Douglass. La Belge Kim Clijsters connut également du succès après sa pause maternité de deux ans et demi en gagnant l’US Open 2009 et l’Open d’Australie 2011.




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Et bien sûr l’Américaine Serena Williams, l’une des plus grandes tenniswomen de tous les temps avec ses 39 titres du Grand Chelem en simple et en double, remporta l’Open d’Australie 2017 en étant enceinte de deux mois. Bien qu’elle connût dans la même année de graves problèmes de santé après la naissance de sa fille, elle revint sur les courts un an après sa maternité, de même que, tout récemment, l’Ukrainienne Elina Svitolina.




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Enfin, les footballeuses mères ne sont plus rares. Citons les Américaines Amy Rodriguez, Sydney Leroux, Alex Morgan et Julie Ertz, la Brésilienne Tamires, l’Espagnole Irene Paredes ou encore la Française Amel Majri.

Une équation semée de « motherhood penalties » sous différentes formes

Les motherhood penalties – littéralement « pénalités de maternité » – désignent les désavantages auxquels les femmes sont confrontées dans le cadre de leur carrière en devenant mères, que ce soit en termes de salaires, d’opportunités ou de promotions. Les sportives professionnelles de haut niveau n’y échappent pas. Certaines sont pénalisées dès l’annonce de leur grossesse. Wendy Lawson, handballeuse française, témoigne :

« Le week-end après avoir annoncé à mon président que j’attendais un bébé, j’ai dû m’asseoir en tribune. Manière de me dire, “Très bien, dans ce cas, tu ne joues plus”. »

Il en va de même pour la cycliste britannique Lizzie Deignan, qui, après avoir été lâchée par son équipe en 2018 lorsqu’elle a révélé sa grossesse, a dû rejoindre une autre équipe à six mois de grossesse. Dans un article du Times, elle révéla le sexisme quotidien dont elle a été victime :

« Je sentais que je devais m’excuser d’être enceinte. »

D’autres sont pénalisées par leur sponsor après la naissance de leur enfant. En 2018, le montant du contrat d’Allyson Felix avec Nike a été réduit de 70 % à la naissance de sa fille, en vertu d’une clause de performance post-partum insérée dans son contrat, sans compter les pressions subies pour reprendre l’entraînement rapidement en dépit des complications de grossesse et d’un accouchement par césarienne. Elle ne manquera pas de le dénoncer dans une tribune du New York Times en 2019. En 2023, la navigatrice française Clémence Crémer a été évincée par son sponsor Banque populaire après être devenue maman en 2022, au motif qu’elle n’avait pas cumulé suffisamment de miles pour participer au Vendée Globe 2024 suite à sa grossesse et son congé maternité.

Bien plus grave est le cas de la volleyeuse italienne Lara Lugli. En 2019, après avoir annoncé sa grossesse à son club, le Maniago Pordenone, la joueuse fut licenciée sans préavis ni indemnités conformément à une clause contractuelle prévue en ce sens. Un mois plus tard, elle fit une fausse couche. Par la suite, elle a été poursuivie en justice par son ancien club, qui l’accusait d’avoir dissimulé son désir de maternité lors de la signature de son contrat de la saison 2018-2019. Le club lui imputa également les mauvaises performances de l’équipe pendant la saison ainsi que la perte des fonds de sponsoring et lui réclama des dommages et intérêts pour les préjudices subis. À la suite du tollé provoqué dans les milieux sportif et politique, le club finit par retirer sa plainte mais le mal était déjà fait.

Dans toutes ces situations, la femme sportive professionnelle est « sanctionnée » pour être tombée enceinte. Privée de compétition, elle est privée de gains financiers et d’opportunités dans sa carrière sportive. Ainsi, les motherhood penalties la rattrapent, opérant des inégalités de traitement entre les mères sportives et les pères sportifs et creusant par la même occasion les inégalités de genre déjà existantes dans certaines disciplines sportives.




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Quelques avancées

Incontestablement, des progrès ont été réalisés par certaines parties prenantes. En 2020, l’Union cycliste internationale (UCI) a instauré une clause de congé maternité dans les contrats entre les cyclistes indépendantes et les équipes du World Tour féminin. En vertu de cette clause, chaque équipe du World Tour féminin est tenue de rémunérer ses coureuses pendant au moins huit mois, dont trois mois à 100 % et cinq mois à 50 %.

En décembre de la même année, la FIFA a introduit une série de mesures dans son Règlement du statut et du transfert des joueurs (RSTJ) (article 18 quater), relatives à la grossesse, le congé de maternité et les droits des joueuses professionnelles. Entrées en vigueur en 2021 et renforcées en 2024, celles-ci prévoient notamment l’instauration d’un congé maternité d’au moins quatorze semaines dont huit après la naissance, rémunéré au minimum aux deux tiers du salaire contractuel de la joueuse ; l’interdiction de « soumettre la validité des contrats au fait que la joueuse soit enceinte ou le devienne », sous peine de sanction financière et sportive ; l’obligation d’intégrer la joueuse au sein du club à la fin de son congé maternité ; la fourniture d’un suivi médical et physique adapté ; ou encore la possibilité pour la joueuse d’allaiter son bébé ou de tirer son lait dans des locaux adaptés fournis par l’employeur.

Du côté des sponsors, après la polémique suscitée par les révélations d’Allyson Felix dans le New York Times, Nike a revu ses politiques liées à la maternité en supprimant les clauses de performance pendant une période post-partum de dix-huit mois.

Les perspectives

Malgré ces progrès notables, le chemin est encore long. Dans le cadre du football, par exemple, les règles adoptées par la FIFA en 2020 pour sécuriser juridiquement la maternité des sportives professionnelles ne sont pas appliquées par la totalité de ses 211 membres en dépit des sanctions prévues à cet effet.

Le litige opposant la footballeuse islandaise Sara Björk Gunnarsdóttir à son ancien club, l’Olympique lyonnais (OL), en témoigne. Enceinte en 2021, elle retourna en Islande avec l’accord de l’OL pour poursuivre sa grossesse dans sa famille. Toutefois, elle ne reçut pas l’intégralité de son salaire pendant cette période. La joueuse a dû engager une procédure auprès du Tribunal de la FIFA pour faire valoir ses droits, conformément aux réglementations relatives à la maternité mentionnées dans le RSTJ. Elle obtint gain de cause : les juges condamnèrent l’OL à lui verser le reliquat de 82 094 euros de salaire qu’il lui devait.

Pour conclure sur une note positive, en dépit des motherhood penalties qui persistent, certaines actions déployées lors des deux derniers JO méritent d’être soulignées. Durant les JO de Paris en 2024, des dispositions particulières ont été mises en place en faveur des mères allaitantes, en partie grâce à la judokate Clarisse Agbegnenou, qui avait milité en ce sens. Elles ont été logées dans des hôtels près du village des athlètes. Aussi, pour la première fois, avec le concours de l’ancienne championne olympique Allyson Felix, le Comité international olympique (CIO) avait aménagé un espace réservé aux enfants des sportives dans le village olympique, afin qu’elles puissent les voir régulièrement.

France 24.



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Cette année, lors des JO d’hiver de Milan-Cortina, l’État a pris en charge la moitié des frais de logement des familles françaises participantes avec des enfants en bas âge, qui ont été logées à proximité des différents villages des athlètes. Preuve que la performance des sportives professionnelles de haut niveau passe aussi par une politique (FIFA, CIO) favorisant l’équilibre entre maternité et carrière professionnelle. Sauf avis contraire du médecin, la maternité ne doit plus être un frein à la réussite sportive…

The Conversation

Moustapha Kamara a reçu une Bourse de recherche Havelange de la FIFA.

Allane Madanamoothoo et Daouda Coulibaly ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. Mères et championnes : la double bataille des sportives de haut niveau – https://theconversation.com/meres-et-championnes-la-double-bataille-des-sportives-de-haut-niveau-276994