L’histoire méconnue de la Vierge Marie, sainte patronne des États-Unis

Source: The Conversation – France in French (3) – By Stephanie Shreffler, Religious Collections Librarian/Archivist and Associate Professor, University Libraries, University of Dayton

Depuis 1847, la Vierge Marie est officiellement la patronne des États-Unis sous le vocable de l’Immaculée Conception. The Marian Library, University of Dayton (Ohio)

L’ESSENTIEL

  • Les États-Unis ont une sainte patronne depuis près de 180 ans : la Vierge Marie, sous le titre de l’Immaculée Conception.

  • Cette histoire éclaire les liens complexes entre catholicisme, identité nationale et mémoire américaine.

  • En 2025, l’Église catholique a élu le premier pape né aux États-Unis, Léon XIV, et le pays connaît une forte hausse des conversions.


Chaque année, au mois de mars, des dizaines de milliers d’Américains descendent dans les rues et envahissent les bars pour célébrer la Saint-Patrick, le saint patron de l’Irlande. En décembre, ce sont les Américains d’origine mexicaine qui célèbrent la fête de Notre-Dame de Guadalupe, la sainte patronne du Mexique.

Mais saviez-vous que les États-Unis ont eux aussi leur propre sainte patronne ? Il y a près de deux cents ans, en mai 1846, les évêques et prêtres catholiques ont proclamé la Vierge Marie patronne des États-Unis d’Amérique, sous le vocable de l’Immaculée Conception, en référence à la croyance selon laquelle elle a été conçue sans péché originel.

Selon le catéchisme de l’Église catholique, qui résume la doctrine catholique, un saint est une personne qui « mène une vie en union avec Dieu par la grâce du Christ et reçoit la récompense de la vie éternelle ». Les catholiques peuvent vénérer les saints et leur demander d’intercéder auprès de Dieu en leur faveur. Certains sont reconnus, officiellement ou non, comme les « patrons » de situations, de conditions, d’identités ou de lieux particuliers, en raison de leur vie terrestre.

Nous sommes bibliothécaires à l’Université de Dayton, dans l’Ohio, où nous travaillons à la Marian Library et à l’U.S. Catholic Special Collection. Nous avons récemment conçu une exposition numérique présentant des objets qui retracent l’histoire de cette dévotion à Marie en tant que l’Immaculée Conception aux États-Unis. Ces pièces témoignent à la fois du patriotisme américain et de la foi catholique.

L’Immaculée Conception

L’Immaculée Conception, du peintre espagnol du XVIᵉ siècle Juan de Juanes.
Fundacion Banco Santander/Google Art Project via Wikimedia.

Marie est connue sous de nombreux noms et titres, parmi lesquels la Vierge Marie, Marie de Nazareth, Notre-Dame de Lourdes, la Sainte Mère de Dieu, la Reine du Ciel, le Siège de la Sagesse ou encore la Rose mystique.

L’un de ses titres les plus importants est celui d’Immaculée Conception, qui renvoie à la croyance catholique selon laquelle Marie a été préservée à sa conception du « péché originel » et était ainsi digne de devenir la mère de Jésus-Christ. L’Église catholique enseigne que tous les autres êtres humains naissent marqués par le péché originel, conséquence de la désobéissance d’Adam et Ève à Dieu dans le jardin d’Éden.

À l’origine, l’idée selon laquelle Marie aurait été préservée du péché originel a longtemps fait l’objet de débats au sein de l’Église catholique. Cette doctrine n’a été érigée en dogme que le 8 décembre 1854 par le pape Pie IX. Depuis, les catholiques célèbrent chaque année la fête de l’Immaculée Conception le 8 décembre. Bien avant cette reconnaissance officielle, la dévotion à l’Immaculée Conception avait déjà profondément influencé l’art et l’enseignement de l’Église catholique.

La patronne des États-Unis

Comment Marie, sous le titre de l’Immaculée Conception, est-elle devenue la patronne des États-Unis ?

John Carroll, premier évêque catholique des États-Unis (1790), a voué toute sa vie une profonde dévotion à Marie. En 1791, avec d’autres membres du clergé catholique américain, il consacra le diocèse de Baltimore à Marie, lui demandant de « préserver de tout mal » les fidèles du diocèse.

Portrait de John Carroll, premier évêque catholique des États-Unis, peint par Rembrandt Peale (1778-1860).
Wikimédia.

Un demi-siècle plus tard, en 1846, un concile réunissant des prêtres et des évêques venus de tout le pays proclama officiellement Marie, sous son titre de l’Immaculée Conception, patronne de l’ensemble des États-Unis, en lui demandant « le secours de ses prières ».

La dévotion à l’Immaculée Conception demeure aujourd’hui un élément important de la vie spirituelle de nombreux catholiques américains, même si beaucoup ignorent qu’elle est la patronne des États-Unis. Cette dévotion se manifeste notamment par les nombreuses églises placées sous l’appellation de l’Immaculée Conception, les bijoux à son effigie ainsi que par l’inscription de la fête de l’Immaculée Conception parmi les fêtes d’obligation aux États-Unis, des jours où les catholiques sont tenus d’assister à la messe.

Le 7 février 1847, le Vatican approuva officiellement la demande faisant de Marie, en tant qu’Immaculée Conception, la patronne des États-Unis. Cette reconnaissance intervint sept ans avant que le pape proclame officiellement le dogme de l’Immaculée Conception, preuve de la popularité de cette dévotion bien avant sa consécration doctrinale.

Une image pieuse pour le bicentenaire

De nombreux objets conservés dans la collection de la Marian Library, notamment des images pieuses, témoignent également de la dévotion des catholiques américains envers Marie l’Immaculée Conception. Une image pieuse est un petit objet de dévotion, facile à emporter, qui représente généralement Jésus ou un saint sur son recto. Au verso figurent le plus souvent une prière, un texte de dévotion, un passage des Écritures ou la commémoration d’un événement important.

L’une de ces images pieuses représente Marie sous les traits de l’Immaculée Conception, au-dessus de l’inscription :

« Immaculée Marie, patronne des États-Unis, priez pour nous. »

Au verso, elle commémore le bicentenaire des États-Unis, célébré en 1976, et reprend la devise officielle du pays : « In God We Trust » (« Nous plaçons notre confiance en Dieu »).

L’image de Marie est une reproduction de l’Immaculée Conception de l’Escurial, un tableau du peintre espagnol du XVIIᵉ siècle Bartolomé Esteban Murillo, conservé au Museo del Prado de Madrid. Cette œuvre s’inscrit dans une tradition artistique qui traduit visuellement la théologie de l’Immaculée Conception.

Cette image pieuse reprend des symboles inspirés du Livre de l’Apocalypse.
The Marian Library, University of Dayton (Ohio)

Marie est représentée vêtue d’un manteau bleu, une couleur associée à la foi, à l’humilité, au ciel et à la mer. Les pigments bleus étant extrêmement coûteux à la Renaissance, cette couleur était réservée aux personnages les plus importants, en particulier dans les représentations de la Vierge Marie.

D’autres symboles, en revanche, sont propres à Marie l’Immaculée Conception. Elle se tient debout sur un croissant de lune, une image inspirée de la « femme de l’Apocalypse » décrite dans le Livre de l’Apocalypse :

« Une femme revêtue du soleil avait la lune sous les pieds et une couronne de douze étoiles sur la tête. »

Les théologiens catholiques interprètent cette figure comme une référence à Marie, qui devient ainsi la mère de tous les chrétiens.

Dans d’autres représentations de l’Immaculée Conception, Marie apparaît avec un serpent sous les pieds, une couronne de douze étoiles ou encore un dragon, autant de symboles inspirés du chapitre 12 du Livre de l’Apocalypse.

Un chapelet américain

Autre objet majeur de la dévotion catholique, le chapelet invite les fidèles à méditer sur la vie de Jésus et de Marie. Le mot désigne à la fois un objet matériel – une succession de 50 grains ou nœuds enfilés sur un cordon – et un ensemble de prières, notamment le « Je vous salue Marie » et le « Notre Père ». En faisant glisser les grains entre leurs doigts, les catholiques comptent les prières qu’ils récitent.

Ce chapelet associe la dévotion religieuse aux couleurs du patriotisme états-unien.
The Marian Library, University of Dayton

L’American Rosary conservé dans notre collection a été conçu en 1956 par Marie George, de New York, même si les archivistes ignorent aujourd’hui qui était exactement cette dernière. Il est composé de grains aux couleurs patriotiques rouge, blanc et bleu et comporte une médaille miraculeuse, qui représente Notre-Dame de l’Immaculée Conception. Une carte jointe au chapelet invite les catholiques à offrir leurs prières « pour la paix dans le monde, dans la justice et la charité ».

À travers les siècles

Pendant une grande partie de l’histoire des États-Unis, les catholiques ont souvent été victimes de préjugés et de discriminations. Au milieu du XIXᵉ siècle, lorsque Marie en tant qu’Immaculée Conception fut proclamée patronne des États-Unis, la majorité protestante du pays se méfiait profondément de la fidélité des catholiques envers le pape.

L’image pieuse du bicentenaire et le chapelet américain du siècle suivant, tous deux consacrés à l’Immaculée Conception, montrent que les catholiques américains cherchaient encore à démontrer que leur foi et leur patriotisme étaient parfaitement compatibles.

En 2026, année du 250ᵉ anniversaire des États-Unis et du 180ᵉ anniversaire du patronage de Marie, cette histoire peut sembler lointaine. En 2025, l’Église catholique a élu le premier pape né aux États-Unis, Léon XIV, et les États-Unis connaissent en 2026 une forte hausse des conversions au catholicisme. Pourtant, les catholiques continuent de demander à Marie, patronne des États-Unis, d’intercéder non seulement pour eux-mêmes, mais aussi pour leur pays.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. L’histoire méconnue de la Vierge Marie, sainte patronne des États-Unis – https://theconversation.com/lhistoire-meconnue-de-la-vierge-marie-sainte-patronne-des-etats-unis-284472

L’atoll de Clipperton, un laboratoire unique pour étudier les extinctions déjà engagées, mais encore invisibles

Source: The Conversation – in French – By Romain Garrouste, Chercheur à l’Institut de systématique, évolution, biodiversité (ISYEB), Muséum national d’histoire naturelle (MNHN)

Vue satellite de l’atoll de Clipperton, prise en 2022. Contains modified Copernicus Sentinel data 2022, CC BY

L’ESSENTIEL

  • L’île de Clipperton tient de l’énigme écologique : l’écosystème terrestre, très pauvre, subsiste avec trois fois rien et surtout grâce aux apports de l’écosystème marin voisin.

  • Cet atoll presque désert peut nous aider à comprendre les notions de dette d’extinction, de puits écologique, de microévolution et de dépendance entre écosystèmes marins et terrestres.

  • Pour les scientifiques, ce cold spot (point froid) de biodiversité constitue un véritable laboratoire pour mieux comprendre l’évolution.


Au milieu du Pacifique oriental, Clipperton – ou île de la Passion, le 13ᵉ territoire ultramarin français – ressemble à une énigme écologique. L’atoll est minuscule, isolé et difficile d’accès. Pauvre en biodiversité terrestre, il est entouré d’un milieu marin riche et original. À première vue, il pourrait passer pour un simple « point froid » de biodiversité terrestre : peu de plantes, peu d’insectes, peu de vertébrés…

Il y règne de surcroît des conditions de vie rudes, avec des submersions lors des tempêtes marines fréquentes, une pollution plastique majeure, de la pêche illégale, des narcotrafiquants et, désormais, des intérêts miniers dans les fonds marins ainsi que des velléités d’installations portuaires. Un cocktail de conditions étonnantes pour les 2 kilomètres carrés et 10 kilomètres linéaires de cette couronne corallienne et de son lagon. Un presque atoll avec son rocher volcanique de 23 mètres de haut.

Pourtant, cette pauvreté apparente en fait précisément un objet scientifique passionnant, car Clipperton permet d’observer, presque à nus, les mécanismes élémentaires qui maintiennent une biocénose (c’est-à-dire l’équilibre des différentes espèces au sein d’un biotope donné) minimale. Ces mécanismes permettent d’expliquer l’évolution dans les systèmes insulaires et, par analogie, l’évolution tout court.

Gravure de l’île de Clipperton datant de 1899.
Artiste inconnu, d’après une photographie de J. T. Arundel.

Sur une grande île continentale, les interactions écologiques sont nombreuses, enchevêtrées, parfois difficiles à démêler, même si elles sont réduites par rapport aux continents. À Clipperton, au contraire, tout semble réduit à l’essentiel : une couronne terrestre étroite, un lagon presque fermé, des oiseaux marins, des crabes terrestres, quelques plantes, quelques insectes, des espèces introduites et des flux permanents entre la mer et la terre.

L’atoll devient alors un laboratoire naturel. Non pas parce qu’il serait riche, mais justement parce qu’il est pauvre, contraint, instable et, de ce fait, plus facile à lire, et qu’il y est parfois plus facile d’expérimenter.

Une île pauvre en biodiversité terrestre

La biodiversité terrestre de Clipperton est limitée. Les travaux de Marie-Hélène Sachet, dans les années 1960, ont décrit une île de faible diversité végétale, marquée par son isolement, son histoire humaine et les effets d’espèces introduites par l’être humain.

Photographie de 1897 montant trois résidents de l’île, ouvriers de l’exploitation de phosphate, à côté de porcs et d’un cocotier, des espèces importées sur l’île.
Service historique de la Marine

Les synthèses plus récentes confirment que l’atoll a connu de fortes transformations écologiques.

Par exemple, l’introduction de porcs en 1897 pour subvenir à la consommation des ouvriers chargés de l’exploitation du phosphate, porcs qui ont vécu en liberté jusqu’au départ de ces derniers. Ou encore l’explosion des populations de crabes terrestres, les modifications de la végétation (le seul végétal d’apparence arborée – qui n’est pas un arbre, au plan scientifique – est le cocotier, apporté par l’humain lors des tentatives d’exploitation du phosphate), la présence plus récente de rats ou encore les changements dans les populations d’oiseaux marins.

En 2005, l’expédition scientifique Jean-Louis Étienne, menée par le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) et à laquelle j’ai participé, a entrepris un inventaire complet de la faune et de la flore terrestre de l’atoll, qui se poursuit depuis.

Spécimen de Gecarcinus johngarthia planatus ou crabe rouge de Clipperton. On retrouve également cet espèce sur d’autres îles du Pacifique, comme Malpelo, Revillagigedo ou Socorro. Il se nourrit d’algues, de feuilles de cocotiers et de charognes.
Cedricguppy, CC BY-SA

Mais pauvreté ne signifie pas absence d’écosystème fonctionnel. La partie terrestre de Clipperton dépend fortement du milieu marin qui l’entoure. Les oiseaux marins transfèrent vers l’île des nutriments produits en mer, notamment par le guano ; les crabes déplacent et transforment la matière organique ; les laisses de mer, les embruns et les tempêtes redistribuent des ressources sur la couronne littorale.

La zone de contact entre récif, plage, lagon et végétation fonctionne ainsi comme un écotone, c’est-à-dire une zone de transition écologique entre l’écosystème terrestre et l’écosystème marin. C’est une interface active, où les flux biologiques et chimiques permettent le maintien d’une biocénose terrestre minimale.

Cette idée rejoint la notion de « subventions » en écologie : des ressources produites dans un habitat peuvent structurer les réseaux trophiques d’un autre habitat, notamment au niveau des écotones, ces frontières entre écosystèmes. Dans ce cadre, les flux de nutriments, de proies, de détritus ou de consommateurs entre milieux voisins peuvent profondément modifier les équilibres écologiques.

Dans les îles océaniques, ces transferts mer-terre sont souvent essentiels. Clipperton en offre un exemple extrême : la terre est pauvre mais nourrie par l’océan.




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Un puits écologique sous perfusion marine

La notion de « puits écologique » vient du modèle source-puits, issu de la théorie de distribution des espèces.

Dans un habitat source, une population produit plus d’individus qu’elle n’en perd. Dans un habitat puits, en revanche, la reproduction locale ne suffit pas à compenser la mortalité et la population ne persiste que grâce à des apports extérieurs. Cette idée peut être appliquée à Clipperton : la terre émergée n’y est pas seulement un habitat pauvre : elle est aussi un système « subventionné ».

L’île fonctionne moins comme un écosystème terrestre autonome que comme une extension du système marin. Les oiseaux, les crabes, les dépôts organiques et les échanges littoraux apportent l’énergie et les nutriments qui manquent au substrat terrestre.

Emoia cyanura est l’unique espèce de lézard que l’on retrouve sur l’île de Clipperton.
Charles J. Sharp, CC BY-SA

En ce sens, Clipperton peut être décrit comme un puits écologique trophique : une biocénose terrestre se maintient localement grâce à des ressources venues d’ailleurs. Même les lézards dépendent indirectement des oiseaux, puisqu’ils se nourrissent de leurs tiques gorgées de sang et fréquentent assidûment les colonies.

Cette dépendance rend l’atoll très vulnérable. Si les populations d’oiseaux déclinent, si l’abondance de crabes change, si les rats perturbent la reproduction des oiseaux, si les tempêtes modifient la végétation ou si la pollution plastique transforme la zone littorale – et c’est souvent le cas –, alors c’est tout le fonctionnement terrestre qui peut basculer.

Vidéo de TF1 montrant l’ampleur de la pollution plastique sur les plages de Clipperton (22 janvier 2026).

Sur une île plus grande, les effets seraient amortis. À Clipperton, ils deviennent immédiatement visibles.

La dette d’extinction, ou quand une disparition encore invisible est déjà engagée

La dette d’extinction désigne une situation où des espèces persistent encore dans un milieu, alors que les conditions qui permettaient leur maintien durable ont déjà disparu.

En effet, l’extinction n’est pas instantanée : elle peut être différée. Une population peut survivre quelques années, quelques décennies, parfois davantage, avant de s’éteindre réellement. Cette notion a été développée en conservation pour comprendre les effets retardés de la fragmentation, de la destruction des habitats ou des perturbations écologiques.

Clipperton permet d’illustrer cette idée à petite échelle. Lorsqu’un habitat est réduit, fermé, simplifié ou perturbé, certaines espèces peuvent subsister quelque temps, mais leur trajectoire est déjà compromise. Le cas du lagon est particulièrement parlant. Dans les années 1960, Aguesse et Gaillot ont signalé deux espèces d’odonates (c’est-à-dire des libellules) sur l’atoll, dans un contexte où le lagon jouait encore un rôle d’habitat d’eau douce ou saumâtre pour certains organismes.

Anax amazili est l’une des espèces d’odonates (libellules) identifiées sur l’atoll dans les années 1960, mais qui n’ont pas été revues en 2005.
Eric Haley, CC BY-SA

Lors de l’expédition Jean-Louis Étienne en 2005, le fonctionnement écologique du lagon n’était plus le même. L’inventaire entomologique publié a montré une faune d’insectes très pauvre et fortement contrainte, où les populations d’odonates mentionnées antérieurement n’ont pas été retrouvées.

Cet exemple peut être lu comme une petite histoire de dette d’extinction. Les espèces d’odonates avaient peut-être persisté tant que le lagon conservait certaines caractéristiques favorables : eau libre, végétation aquatique ou rivulaire, conditions physico-chimiques compatibles avec le développement larvaire.

Lorsque le lagon a changé de fonctionnement – fermeture, eutrophisation, stratification de l’eau, modification des habitats littoraux –, ces populations ont pu disparaître. La disparition observée en 2005 n’était peut-être que la conséquence tardive d’une transformation déjà ancienne.




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Un laboratoire de microévolution

Les petites îles isolées sont des lieux privilégiés pour étudier la microévolution. Les populations y sont souvent de petite taille, esseulées, soumises à des événements fondateurs, à la dérive génétique, à des goulots d’étranglement et à des pressions de sélection particulières.

Clipperton pousse cette logique à l’extrême : l’espace est réduit, les habitats sont peu nombreux, les ressources fluctuantes, les introductions biologiques brutales, et les recolonisations (retour ultérieur d’une biodiversité perdue) probablement rares.

Dans un tel système, chaque population devient intéressante à étudier. Une cicindèle, une mouche, un orthoptère, un coléoptère, une punaise marine ou un petit arthropode du sol ne sont pas seulement des espèces présentes sur une liste : ce sont des témoins de colonisation, de persistance, d’adaptation ou d’échec écologique.

Notre inventaire des insectes de Clipperton réalisé à partir de l’expédition de 2005 insistait déjà sur cette dimension, en considérant l’atoll comme un microcosme où les peuplements terrestres doivent être compris à la fois par leur pauvreté, leur isolement et leurs relations avec les milieux marins et littoraux.

La microévolution peut s’y manifester de plusieurs façons : différenciation de populations isolées, perte ou modification de comportements, adaptation à des ressources inhabituelles, dépendance accrue aux oiseaux ou aux crabes, tolérance à la salinité, aux embruns, à la chaleur, à la sécheresse ou à d’autres perturbations. Même lorsqu’il y a peu d’espèces, il peut y avoir beaucoup d’écologie.




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Ce que les « cold spots » de biodiversité nous enseignent

La conservation se concentre souvent sur les points chauds de biodiversité : forêts tropicales, récifs coralliens, montagnes riches en endémismes. C’est évidemment nécessaire. Mais les points froids ont, eux aussi, une valeur scientifique. Ils révèlent les limites du vivant et son fonctionnement.

Clipperton permet d’observer ce que devient un écosystème lorsque presque tout dépend de quelques flux : les apports marins, les oiseaux, les crabes, le littoral, le lagon. Si l’un de ces éléments change, l’ensemble peut se réorganiser. À ce titre, l’atoll n’est pas seulement un territoire isolé du Pacifique français ; c’est un modèle miniature pour penser les écosystèmes fragiles, les extinctions différées et les dépendances invisibles.

Dans un monde marqué par les changements climatiques, la montée du niveau marin, les invasions biologiques, la pollution plastique et la simplification des habitats, ce type de système devient précieux. Il nous rappelle qu’un écosystème peut paraître stable alors qu’il est déjà en déséquilibre. Il nous montre qu’une extinction peut être en cours avant d’être visible. Il nous apprend aussi qu’une biodiversité pauvre n’est pas une biodiversité sans intérêt.

À Clipperton, la vie terrestre tient à peu de choses : des oiseaux qui reviennent, des crabes qui circulent, des plantes qui résistent, des insectes qui persistent, un lagon qui change, une mer qui nourrit. C’est peu, mais c’est assez pour faire de cet atoll un observatoire exceptionnel du fonctionnement des écosystèmes que nous devons étudier et préserver. Mais le niveau de la mer devrait monter, et Clipperton y est particulièrement vulnérable.

The Conversation

Romain Garrouste a reçu des financements de MNHN, CNRS, Sorbonne Université, ANR, Labex BCdiv et CEBA, WWF, National Geographic, MRES, MRETE, MRAE, MITI CNRS, Institut de la Transition Écologique et de l’Ocean de Sorbonne Université

– ref. L’atoll de Clipperton, un laboratoire unique pour étudier les extinctions déjà engagées, mais encore invisibles – https://theconversation.com/latoll-de-clipperton-un-laboratoire-unique-pour-etudier-les-extinctions-deja-engagees-mais-encore-invisibles-288645

Restauration des sols africains : les idées visionnaires d’Amílcar Cabral restent d’actualité

Source: The Conversation – in French – By Anselmo Matusse, Research officer, University of Cape Town

Jusqu’à 80 % des terres cultivées d’Afrique sont aujourd’hui dégradées sous l’effet de l’agriculture intensive et du changement climatique.

En collaboration avec l’économiste du développement Carlos Lopes et la chercheuse en politique de l’environnement Lesley Green, le chercheur en environnement Anselmo Matusse a récemment coédité un ouvrage regroupant des traductions des écrits de l’agronome et leader indépendantiste Amílcar Cabral sur l’agriculture et les moyens de subsistance ruraux.

Il présente ici les idées de Cabral sur la manière de restaurer les sols du continent. Pour lui, cela suppose de dépasser la seule question agricole et de prendre en compte les liens entre l’environnement, l’histoire, la politique et la société.

Qui était Amílcar Cabral ?

Amílcar Cabral était une figure anticolonialiste, poète, panafricaniste et agronome originaire de Guinée-Bissau et du Cap-Vert.

Né en 1924, Cabral est surtout connu pour son engagement dans la lutte pour l’indépendance de la Guinée-Bissau. Il y a dirigé une lutte armée contre le gouvernement portugais, jusqu’à son assassinat en 1973.

Une facette moins connue de la carrière de Cabral est son travail d’agronome. Dans les années 1940, il a étudié l’agronomie au Portugal. Cette formation allait marquer durablement sa pensée sur l’indépendance de l’Afrique. Pour lui, l’indépendance devait passer notamment par le rétablissement d’une relation de soin entre l’humain et le sol.

Les idées de Cabral sur une relation fondée sur le soin entre les humains et les sols ont eu un large écho à travers le continent. Elles ont influencé les luttes pour l’indépendance et les mouvements panafricanistes, comme le Mouvement de la conscience noire en Afrique du Sud.

En quoi consistent ses écrits sur l’agriculture ?

La science des sols développée par Cabral dans les années 1940 et 1950 s’appuie sur un important travail de terrain. Il a exercé comme agronome au Portugal, en Guinée-Bissau et au Cap-Vert. Il a réalisé notamment un recensement agricole en 1956 de la Guinée portugaise de l’époque (aujourd’hui la Guinée-Bissau), qui couvrait plus de 60 000 km². Les conversations, les visites et les enseignements tirés de ce recensement ont nourri ses textes. Il y dénonçait l’exploitation coloniale des sols et des populations africaines.

Les écrits de Cabral de cette période se concentraient sur la relation entre les sols et les êtres humains au sein des systèmes agricoles coloniaux et capitalistes. Il a notamment mis en évidence les ravages causés par les méthodes agricoles coloniales.

L’agriculture coloniale visait à produire le plus possible dans un but lucratif. Elle a introduit la propriété foncière privée, chassé de nombreuses petites exploitations de leurs terres, clôturé des terres que les communautés partageaient, et laissé de nombreux sols dégradés et vulnérables à l’érosion.

Cabral soutenait que le sol ne devait pas être étudié uniquement sous l’angle de ses caractéristiques physiques, telles que sa composition, le climat, la végétation et le paysage. Il estimait que qu’il fallait aussi tenir compte de son histoire. Il s’agit notamment de la manière dont les populations avaient utilisé la terre et la façon dont le colonialisme l’avait transformée. Cabral affirmait que la fertilité ou non du sol résulte des interactions et des relations entre les humains et le sol, y compris celles liées à l’exploitation coloniale et capitaliste.

En quoi les idées de Cabral sur le sol et l’agriculture sont-elles pertinentes aujourd’hui ?

Revenir aux travaux agronomiques de Cabral ne se résume pas à lire des textes historiques. C’est l’occasion de réexaminer des idées sur la souveraineté africaine (la capacité des pays africains à se gouverner eux-mêmes et à prendre leurs propres décisions), la liberté et la prospérité, profondément ancrées dans les expériences africaines.

Beaucoup d’États africains ont hérité de systèmes agricoles coloniaux. Ils ignoraient les approches plus participatives, menées localement ou axées sur la conservation. Ils privilégiaient des méthodes agricoles axées sur l’augmentation de la production plutôt que sur la protection des sols pour l’avenir.

Les travaux agronomiques de Cabral s’appuient sur une observation minutieuse, un engagement social et une résistance à l’exploitation écologique. Ils offrent un cadre convaincant pour la transformation des systèmes alimentaires, fondé sur la souveraineté nationale et la résilience écologique.

L’observation pertinente de Cabral selon laquelle « défendre la terre, c’est défendre l’humain » nous invite à nous demander ce qui pourrait changer si nous considérions la libération des peuples comme indissociable de la fertilité des sols.

Le message central de Cabral pour l’Afrique d’aujourd’hui est clair : on ne peut pas dissocier la libération du sol de celle des peuples. Ses écrits sont bien plus qu’un simple compte-rendu technique de son travail agricole. Ils fournissent également un cadre politique et philosophique permettant de repenser l’avenir de l’Afrique. Dans cette vision, prendre soin du sol est le fondement de l’autodétermination.

En tant qu’ancien président du Cap-Vert et actuel président de la Fondation Amílcar Cabral, Pedro Pires a déclaré lors du lancement du livre le 24 juillet 2026 : « Personnellement, nous pensons que l’avenir ne réside pas dans le pétrole et la guerre ; il réside dans la terre, dans l’agriculture, dans la production et dans la redistribution de la richesse au service du peuple. »

Quels enseignements concrets peut-on tirer de ces idées ?

On estime que 75 % à 80 % des terres cultivées d’Afrique sont aujourd’hui dégradées – et donc impropres à la production agricole. Cabral nous laisse de nombreux enseignements concrets sur le processus de restauration. J’en souligne trois ci-dessous :

L’écologie est essentielle

Le chercheur sud-africain en agroécologie Raymond Auerbach a décrit Cabral comme « le père de l’agroécologie sur le continent et un visionnaire ». Même si le terme « agroécologie » n’avait pas encore été inventé à l’époque de Cabral, ses principes fondamentaux étaient au cœur de sa pensée. Il reconnaissait la relation étroite entre les personnes, les plantes, l’eau, les nutriments et les sols.

Cabral estimait que l’agriculture devait travailler avec les écosystèmes locaux plutôt que contre eux. Ses idées suggèrent que les approches agroécologiques peuvent non seulement restaurer les sols, mais aussi contribuer à libérer les populations des systèmes d’exploitation.

Modèles locaux

Qu’il s’agisse de la séquestration du carbone, de la conservation de type « forteresse », ou encore des semences brevetées de la « Révolution verte », de nombreuses approches des problèmes environnementaux imposent aux paysages locaux des solutions venues d’ailleurs.

Il est important de penser à l’échelle mondiale. Mais Cabral mettait également en garde contre l’importation de modèles agricoles qui ignoraient les paysages et les traditions agricoles africaines. Au contraire, il prônait ce qu’il appelait « l’agriculture africaine ». Cela consistait notamment à laisser les champs en jachère pendant une ou deux saisons afin que le sol puisse se régénérer, et à considérer la terre comme une ressource partagée plutôt que comme une propriété privée.

Il estimait que ces approches contribuaient à restaurer la santé des sols et encourageaient les communautés à travailler ensemble. Avant tout, Cabral affirmait que la restauration des sols africains devait s’appuyer sur les savoirs, l’expérience et les pratiques agricoles locales.

La science du peuple

Cabral était attaché à une science proche de la société. Il présentait ses résultats sans rhétorique ni jargon technique, et comblait le fossé entre scientifiques, agriculteurs et décideurs politiques. La culture de la « science du peuple » prônée par Cabral offre une perspective porteuse d’espoir. Elle invite à développer une science et des solutions en dialogue avec la terre et ses habitants.

James Granelli est co-auteur de cet article.

The Conversation

Les travaux de recherche qui ont abouti à la publication de cet ouvrage ont été financés par la Fondation Science for Africa (SFA) dans le cadre du programme « Developing Excellence in Leadership, Training and Science in Africa » (DELTAS Africa II) (numéro de subvention : Del:22-010), avec le soutien du Wellcome Trust et du ministère britannique des Affaires étrangères, du Commonwealth et du Développement, dans le cadre du programme EDCPT2 soutenu par l’Union européenne.

– ref. Restauration des sols africains : les idées visionnaires d’Amílcar Cabral restent d’actualité – https://theconversation.com/restauration-des-sols-africains-les-idees-visionnaires-damilcar-cabral-restent-dactualite-289541

Les chats deviennent-ils plus dociles, ou est-ce plutôt les humains qui changent ?

Source: The Conversation – in French – By Grace Carroll, Lecturer in Animal Behaviour and Welfare, School of Psychology, Queen’s University Belfast

Il y a environ 15 ans, j’ai créé une page Facebook pour ma chatte, Sandi. Mes amis trouvaient ça bizarre. Aujourd’hui, les comptes de réseaux sociaux dédiés aux chats attirent des millions d’abonnés, les chats voyagent dans des sacs à dos et des poussettes, et des sondages montrent régulièrement que la grande majorité des propriétaires considèrent leurs animaux de compagnie comme des membres de la famille.


J’ai déjà écrit un article sur la façon dont les chats ont été domestiqués. Mais la domestication n’est pas nécessairement un processus qui s’achève à un moment donné. Se pourrait-il qu’elle se poursuive encore aujourd’hui ?

Des exemples tirés du monde animal suggèrent que l’adaptation à la cohabitation avec les humains peut se poursuivre longtemps après la première rencontre entre les animaux et les humains.

Les recherches menées par le biologiste Kevin Parsons à l’université de Glasgow constituent l’un des exemples les plus frappants de ce processus. En 2020, Parsons et son équipe ont comparé les crânes de renards roux urbains et ruraux provenant de Londres et de la campagne environnante, et ont constaté des différences constantes entre les deux populations.

Les renards urbains avaient un museau plus court et plus large, ainsi qu’une boîte crânienne plus petite – la partie arrondie du crâne qui renferme le cerveau. Ce sont là des changements qui accompagnent souvent la domestication. Les chercheurs suggèrent que la vie en ville pourrait favoriser les renards moins craintifs envers les humains et plus aptes à tirer parti de la nourriture et des abris fournis par ces derniers.

Une situation similaire se dessine au Phoenix Park de Dublin. En 2022, les écologistes Laura Griffin, Simone Ciuti et leurs collègues de l’University College Dublin ont constaté que, si certains daims vivant à la lisière de la ville s’approchaient rarement des humains, d’autres n’hésitaient pas à s’approcher régulièrement des gens pour obtenir de la nourriture. Environ un quart de la population était composée de « mendiantes assidues », et ces femelles plus audacieuses donnaient naissance à des faons plus lourds – ce qui suggère que les animaux disposés à s’approcher des gens pourraient bénéficier d’un avantage.




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Ces études montrent que la cohabitation avec les humains peut entraîner des changements évolutifs chez les espèces sauvages et semi-domestiquées.

Mais cela s’applique-t-il également aux chats, une espèce domestiquée il y a des milliers d’années ? Deux réponses sont possibles. Soit les chats continuent d’évoluer, soit ils n’ont pas beaucoup changé et c’est notre relation avec eux qui a évolué.

La domestication des chats

Par rapport aux chiens, les chats ont traditionnellement été considérés comme « moins » domestiqués. Les chiens ont été élevés pour travailler à nos côtés – garder les troupeaux, surveiller les habitations et aider à la chasse – tandis que les chats se sont en grande partie domestiqués eux-mêmes.

Attirés par les rongeurs que les premiers établissements agricoles attiraient, les chats ont choisi de vivre près des humains parce que cela leur convenait, et non parce que nous les avons sélectionnés pour remplir des tâches spécifiques.

L’une des raisons pour lesquelles les chats ont si bien réussi est leur flexibilité. Contrairement à de nombreuses espèces, ils sont capables d’adapter leur comportement à l’environnement dans lequel ils vivent.

Lorsque la nourriture se fait rare, les chats ont tendance à vivre seuls et à défendre leur propre territoire. Mais là où la nourriture est abondante, comme à proximité des humains, ils peuvent se tolérer les uns les autres et former des groupes sociaux stables. En effet, certains chercheurs suggèrent que les chats ont d’abord évolué pour tolérer la présence d’autres chats à proximité, avant d’étendre cette tolérance aux humains.


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Bien que la génétique joue un rôle, les chatons qui ont des interactions positives fréquentes avec les humains pendant une période critique (entre environ deux et sept semaines d’âge) ont beaucoup plus de chances de devenir des adultes confiants et amicaux.

Cela suggère que les chats ont depuis longtemps la capacité de nouer des relations étroites avec les humains lorsque les conditions s’y prêtent. Plutôt que de devenir des animaux fondamentalement différents, ils expriment peut-être simplement une capacité qu’ils possèdent depuis longtemps. Si tel est le cas, le plus grand changement n’est peut-être pas survenu chez les chats, mais chez nous.

L’évolution des besoins de la population

Au cours du siècle dernier, le mode de vie d’une grande partie de la population a considérablement changé. Dans la plupart des régions du monde, les taux de fécondité ont chuté de manière spectaculaire, passant de près de cinq enfants par femme en 1950 à un peu plus de deux aujourd’hui. Les gens ont moins d’enfants, repoussent l’âge de fonder une famille, vivent seuls plus longtemps et comptent de plus en plus sur les animaux de compagnie pour combler des besoins autrefois satisfaits par des relations familiales étroites.

Ces évolutions démographiques ont modifié non seulement la structure des familles, mais aussi qui ou quoi occupe le centre de la vie familiale.

En Finlande, pays qui a connu bon nombre de ces évolutions démographiques, une enquête de 2023 menée auprès de 857 propriétaires d’animaux de compagnie a révélé que, lorsqu’ils s’adressaient à leur famille et à leurs amis, les personnes sans enfants avaient davantage tendance que les parents à se désigner comme « maman » ou « papa » en parlant de leurs animaux de compagnie. Elles avaient également davantage tendance à décrire leurs animaux de compagnie comme des « gamins », des « enfants » ou des « membres de la famille », et faisaient état d’un attachement émotionnel plus fort à leur égard.

Alors que de plus en plus de personnes repoussent le moment d’avoir des enfants ou choisissent de ne pas en avoir, cette façon d’entretenir une relation avec les animaux de compagnie pourrait devenir de plus en plus courante. Cette évolution pourrait également se refléter dans la popularité croissante de races de chats telles que le ragdoll, appréciées pour leur nature affectueuse et docile.




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L’évolution des mentalités a transformé la vie que mènent aujourd’hui les chats. Une espèce autrefois principalement appréciée pour sa capacité à lutter contre les rongeurs est désormais tout aussi susceptible de bénéficier d’une assurance santé, de consulter un comportementaliste et de suivre un régime alimentaire spécialisé.

Cela ne signifie pas pour autant que les chats ont cessé d’évoluer. La cohabitation avec les humains pourrait encore façonner leur comportement au fil de nombreuses générations. Mais les faits suggèrent que la transformation la plus spectaculaire a eu lieu chez leurs propriétaires.

Nous avons changé la place que les chats occupent dans nos vies et, ce faisant, nous avons transformé la vie qu’ils mènent aujourd’hui. À l’époque où j’ai créé une page Facebook pour Sandi, les gens trouvaient cela excentrique. Aujourd’hui, il semble que beaucoup plus de personnes se soient ralliées à ma façon de penser.

La Conversation Canada

Grace Carroll ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Les chats deviennent-ils plus dociles, ou est-ce plutôt les humains qui changent ? – https://theconversation.com/les-chats-deviennent-ils-plus-dociles-ou-est-ce-plutot-les-humains-qui-changent-289575

Monopoly, Hitster, Cranium… Qu’est-ce qui explique le succès d’un jeu de société ?

Source: The Conversation – in French – By Alain d’Astous, Professeur de marketing émérite, HEC Montréal

Les jeux de société qui remportent le plus de succès ne sont pas toujours ceux auxquels on s’attend. Une récente étude isole les critères favoris des joueurs et des joueuses. Certains résultats sont étonnants !


Vous connaissez le scénario : vous êtes invités à souper, les discussions vont bon train et voilà que quelqu’un propose de jouer à un jeu de société. Peut-être êtes-vous ce type de personne ou êtes-vous plutôt le genre qui se dit « hum… pourquoi pas », ou celle qui peste tout bas en allant se verser un autre verre de vin (un double svp !) ?

Karine Gagnon, enseignante au Collège Ahuntsic, et moi, professeur de marketing émérite à HEC Montréal, faisons partie de ceux qui aiment les jeux et l’expérience sociale qu’ils procurent. Mais nous sommes aussi des chercheurs intrigués par ce qui explique l’appréciation d’un jeu de société. Pourquoi tel jeu remporte-t-il un grand succès et tel autre non ? Pour répondre à cette question, nous avons adopté une approche méthodique.

Dans un premier temps, nous avons interrogé des professionnels de l’industrie (créateurs et distributeurs de jeux de société au Québec) ainsi que des joueurs de jeux de société (tous profils confondus : âge, sexe, fréquence et type de jeux joués) dans une démarche exploratoire.

Notre objectif était de dresser une liste des caractéristiques qui peuvent avoir un impact sur l’appréciation d’un jeu de société : compréhensibilité (règles simples, objectifs clairs), divertissement, rythme (durée, temps d’attente), imprévisibilité, pouvoir de décision (influence du hasard), niveau de défi (complexité) et caractère échappatoire (expérience unique).

Une fois cette liste en main, corroborée en partie par diverses opinions qui circulent dans les médias et sur le web ainsi que par quelques études qui ont tenté d’expliquer pourquoi les gens aiment le jeu en général, nous avons mené une enquête auprès d’un échantillon de 169 joueurs adultes choisis de façon probabiliste dans le Grand Montréal. Notre objectif était de vérifier à quel point chacune des caractéristiques mises au jour dans la première étape de cette recherche a un impact significatif sur l’appréciation d’un jeu.




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Sortir du quotidien, se changer les idées, avoir du plaisir

Fondamentalement, les résultats de notre enquête montrent que les raisons premières qui font qu’on apprécie un jeu de société s’apparentent à celles qui font qu’on accepte une invitation à souper : on veut sortir du quotidien, se changer les idées, avoir du plaisir.

En effet, le critère ayant le plus d’impact est la capacité du jeu à faire vivre une expérience hors du commun comme se propulser, l’espace d’un moment, dans la vie d’un valeureux conquérant ou dans l’habit d’une richissime femme d’affaires.

Le deuxième facteur en importance qui explique l’appréciation d’un jeu est son potentiel de divertissement, c’est-à-dire sa capacité à nous faire interagir, rire et argumenter dans un esprit de plaisir collectif. Nos résultats montrent que le niveau d’appréciation est significativement supérieur quand le jeu permet des interactions sociales, par opposition à un jeu qui requiert d’attendre son tour calmement.

Contrastons Rummy et Scrabble, où les interactions sont moins fréquentes, avec des jeux comme Cranium ou Carcassonne, qui sont propices aux échanges et à l’argumentation. Ou encore, considérons le jeu de société Hitster, dont l’immense popularité auprès des amateurs pourrait sans doute être expliquée en partie par ce critère.

Hommes et femmes : des résultats différents

D’autres caractéristiques influencent le niveau d’appréciation d’un jeu de société, mais de façon variable. Ainsi, les surprises et rebondissements vécus au cours d’une partie constituent un élément ayant un impact positif significatif chez les hommes, mais pas auprès des femmes. Nos résultats montrent en effet que les hommes aiment les jeux qui génèrent des situations imprévues, des péripéties.

À titre d’illustration, Cranium est un jeu ayant un tel potentiel étant donné l’imprévisibilité des défis à relever, des changements constants de parcours et des cartes « club » qui risquent à tout moment de générer un affrontement collectif entre les équipes.

Clue est aussi un jeu imprévisible du fait que les personnages ou les objets peuvent être transportés d’une pièce à l’autre et que des indices peuvent être dévoilés à tout moment, bouleversant ainsi le plan des joueurs. L’effet de l’imprévisibilité n’est donc pas observé chez les femmes. De plus, cette différence de genre est la même, quel que soit l’âge de la personne interrogée.


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Contrairement aux croyances des joueurs et des professionnels, le niveau de défi et l’influence du hasard ne sont pas des caractéristiques qui influent de façon significative sur l’appréciation de celui-ci. Par contre, le rythme du jeu est un élément important aux yeux des femmes. Un jeu dynamique et sans temps morts gagne la faveur de celles-ci, mais n’a pas d’impact significatif du point de vue des hommes.

Finalement la clarté et la simplicité des règles n’ont pas eu d’impact significatif sur l’appréciation. Il s’agit toutefois d’un résultat à interpréter prudemment, car les participants connaissaient les tenants et aboutissants des jeux évalués.

Rebondissements, durée, rythme… les formules gagnantes

Ces conclusions ont des implications réelles pour les concepteurs de jeux et les entreprises qui en font la promotion. Il appert que le succès d’un jeu repose sur deux facteurs principaux : sa capacité à nous faire décrocher de la réalité et le niveau de divertissement qu’il génère. Dans une moindre mesure, les jeux qui comportent des rebondissements et des surprises, de durée ni trop longue, ni trop courte, se déroulant avec un bon rythme, sont plus appréciés. Ces éléments peuvent guider la conception et la mise en marché de nouveaux jeux.

Gardons à l’esprit toutefois que notre recherche s’est centrée sur les caractéristiques du jeu. D’autres facteurs peuvent aussi influencer l’appréciation, comme les relations entre les coéquipiers. Ainsi, dans le volet qualitatif de la recherche, quelques joueurs ont mentionné la coopération et la rivalité pour décrire ce qu’ils aimaient ou n’aimaient pas d’un jeu de société.




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Toutefois, puisque cela était souvent associé aux interactions entre les joueurs, nous avons traité ce facteur sous l’angle du divertissement. Dans les entrevues individuelles, quelques joueurs ont aussi souligné l’importance d’être à l’aise avec les personnes avec qui elles jouent (degré de familiarité des joueurs entre eux). Cependant, nous n’avons pas exploré cette variable d’un point de vue quantitatif à cause de son caractère ponctuel et situationnel.

Enfin, il est possible que l’appréciation d’un jeu de société soit relative, que celle-ci repose non seulement sur ses attributs, mais aussi sur les comparaisons qu’on peut faire avec d’autres jeux. En ce sens, un facteur à considérer dans les recherches futures est le niveau de connaissance que les joueurs ont des jeux de société en général.

La Conversation Canada

Alain d’Astous ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Monopoly, Hitster, Cranium… Qu’est-ce qui explique le succès d’un jeu de société ? – https://theconversation.com/monopoly-hitster-cranium-quest-ce-qui-explique-le-succes-dun-jeu-de-societe-284234

Tous à confesse : lorsque la confession était au cœur de la vie sociale des Français

Source: The Conversation – in French – By Caroline Muller, Maîtresse de conférences en histoire contemporaine ; membre de l’IUF. Spécialiste d’histoire du XIXe siècle, du catholicisme et d’histoire des femmes et du genre, Université Rennes 2

Le passage au confessionnal (au moins une fois par an) concernait encore 51 % des Français en 1952.
Dabarti CGI/Shutterstock (no reuse)

L’ESSENTIEL

  • La confession est souvent envisagée comme une pratique spirituelle individuelle, touchant l’intimité et le secret des consciences.

  • Mais au XIXe siècle, en France, elle était bien plus que cela : une pratique sociale centrale, engageant l’ensemble de la communauté.

  • Cette histoire éclaire la question du secret de la confession, qui a fait débat à propos des violences sur mineurs.


Quelques jours avant le début du carême de 1888, un incident provoque les murmures et bientôt des protestations des habitants de Carfantain, une petite commune proche de Rennes (Ille-et-Vilaine) : curé du lieu, le recteur L. (En Bretagne, le curé est appelé « recteur », ndlr) a refusé d’entendre en confession une partie des paroissiens. Le dénommé Louis L., 63 ans, cultivateur, fait partie de ceux qui écrivent à l’évêque :

« Je suis arrivé à une heure et demie de l’après-midi au confessionnal : nous étions d’hommes et de femmes à attendre au nombre de quarante environ. Lorsque vers les six heures moins le quart, le recteur est arrivé à l’église, un petit bruit de satisfaction général s’est produit après cette longue attente. »

Les paroissiens manifestent bruyamment leur soulagement de voir arriver le curé si longuement attendu, eux qui patientent dans le froid depuis près de quatre heures. Cette manifestation discrète de mécontentement contrarie le curé qui, s’estimant outragé, renvoie l’essentiel des présents – dans l’idée sans doute aussi de réduire le temps qu’il s’apprête à passer au confessionnal. Louis L. explique qu’il était prêt à patienter au moment où le curé le renvoie :

« J’ai dit à mon pâtre qui était là de passer que j’allais l’attendre. Monsieur le Recteur a levé le rideau du confessionnal en me disant “N’attendez pas, je ne vous confesserai pas, ni avant ni après” ; de sorte que je suis retourné chez moi tellement impressionné que j’en suis resté malade toute la semaine. »

L’organisation sociale de la confession

Cette scène nous invite à nous replonger dans un moment de vie sociale et spirituelle globalement oublié en France, alors même que ce passé n’est pas si lointain : l’attente puis le passage au confessionnal, qui concernait encore, au moins une fois par an, 51 % des Français·es en 1952. Si la pratique de la confession concerne toujours aujourd’hui des millions de gens dans le monde, son usage s’est effondré en France, tout comme l’assistance à la messe dominicale évaluée aujourd’hui à moins de 2 % de la population.

Faire l’histoire de la confession demande alors de faire l’effort de nous projeter dans un monde peu éloigné dans lequel l’ensemble de la population d’une commune allait présenter l’état de sa conscience au curé de paroisse ou à l’un de ses confrères. Aller se confesser ne relevait donc pas simplement d’une pratique spirituelle individuelle, puisque le paroissien était sous le regard d’une communauté qui savait qui se confessait, à qui, quand, tout en contrôlant étroitement le comportement du curé.

Sacrement de l’Église catholique qui a eu plusieurs noms et a pris des formes variées, la confession est pour tout catholique une obligation annuelle, formalisée depuis le quatrième concile du Latran (1215), qui se déroule dans le cadre du confessionnal. Elle consiste à énoncer ses péchés à un prêtre afin d’obtenir le pardon. Bien des historiens s’y sont déjà intéressés : Jean Delumeau, en particulier, lui a consacré de nombreux travaux dans les années 1980.

Dans l’ensemble cependant, le mot de « confession » a tendance à nous emmener sur le terrain de l’individuel, du privé, de l’intime, et du lien entre une conscience, un confesseur et Dieu. Si nous revenons à Carfantain en 1888, c’est pourtant bien une protestation collective qui s’élève : le refus répété du curé de confesser provoque finalement la décision des paroissiens d’écrire à l’évêque ; ils défendent leur droit à un accès convenable au confessionnal, en matière d’horaires comme de qualité d’écoute.

Ne pas se confesser, c’est rester dans un état de péché, ne pas pouvoir s’approcher de l’autel pour communier et, dans l’ensemble, risquer son salut, en particulier quand on a une santé fragile et que l’on craint de mourir subitement. C’est l’une des raisons pour lesquelles il est interdit au curé de quitter sa paroisse inopinément : en cas de maladie mortelle d’une de ses ouailles, il doit pouvoir administrer les derniers sacrements et assurer le salut des âmes.

À Carfantain, nous n’avons malheureusement pas de traces de la réponse de l’évêque dans les archives. En général cependant, l’évêché commence par mener son enquête sur les agissements du curé, avant d’écrire ou de rendre visite au curé si c’est jugé nécessaire. Mais ce n’est pas la seule administration concernée par ces situations : les conflits laissent aussi des traces dans les archives du ministère des cultes.

La confession sur le bureau du préfet

Des dizaines de dossiers semblables existent dans les archives départementales, classées sous l’appellation de « police des cultes » : c’est là que l’administration consigne, jusqu’en 1905 au moins, les conflits liés aux cultes. On y trouve des histoires de curés jugés trop sévères, trop absents, et qui dans l’ensemble ne se comportent pas comme les paroissiens et paroissiennes le souhaiteraient.

Une partie de ces dossiers nous montrent la confession non pas telle que la théologie la définit, mais telle que les fidèles eux-mêmes l’envisagent dans leur vie quotidienne. Jusqu’en 1905 et la loi de séparation des Églises et de l’État, le curé de chaque paroisse est, par le jeu du concordat, un fonctionnaire qui reçoit une solde. À ce titre, il fait l’objet d’un suivi et d’une surveillance administrative comme les autres agents de l’État – activités qui laissent des traces dans les archives.

Un paroissien mécontent peut donc aussi bien s’adresser à l’évêque qu’au préfet. En 1897, à Montromant, bourg de 500 personnes dans les monts du Lyonnais, c’est le maire qui prend la plume pour écrire au préfet. Une jeune mère de famille, explique-t-il, est allée se confesser ; le curé est entré avec elle « dans certains détails très minutieux sur la cohabitation » (comprendre : sur sa vie intime) lui expliquant qu’elle devait, sous certaines conditions, refuser des relations sexuelles à son mari, et cela, même s’il se fâchait.

Il s’agit sans doute là, très simplement, d’un rappel à l’obligation d’une sexualité procréative et d’une interdiction de pratiquer le « retrait » permettant de limiter les naissances. Le mari, furieux, décide d’aller « demander raison » au curé ; et le maire intervient pour éviter le scandale.

La Confession, tableau peint en 1712 par l’artiste italien Giuseppe Maria Crespi.

Cette petite scène met en présence tout un jeu d’autorités concurrentes : celle du confesseur, convaincu que rien de ce qui touche à la vie du couple ne lui échappe quand il s’agit d’appliquer le dogme de l’Église en matière de sexualité ; celle du mari, qui vit cette ingérence comme une atteinte à sa position ; celle du maire enfin, qui s’institue gardien de la paix conjugale et relaie l’affaire à l’administration.

Dans cette histoire, la confession échappe largement au confessionnal, puisque l’écho des échanges parvient jusqu’à la préfecture du Rhône.

Des autorités en concurrence

D’autres paroisses montrent une mobilisation plus collective. À Bérat (Haute-Garonne), gros bourg viticole et agricole de plus d’un millier d’habitants, une pétition signée par plusieurs dizaines de paroissiens dénonce, en 1844, un curé accusé tout à la fois d’entretenir une liaison avec une veuve et de poser des questions déplacées en confession.

Le grief touchant à la confession n’est ici qu’un élément parmi d’autres, mais il est révélateur : ce qui se dit derrière la grille circule, se commente, nourrit la rumeur, et finit par s’écrire dans une lettre à plusieurs mains.

Ces deux affaires nous montrent à quel point la confession du XIXᵉ siècle n’est pas réductible au secret ou à la conscience des individus. Le confessionnal n’est pas qu’un lieu d’aveu : il peut devenir un point de friction où se mesurent, très concrètement, les périmètres de l’autorité d’un curé face à celles d’un mari, d’un maire, d’une communauté paroissiale.

Bien sûr, ces dossiers de police de culte comportent un biais : on y voit apparaître les moments qui posent problème, et l’ordinaire de la confession y est beaucoup moins visible, en particulier son rôle de réconfort, de réconciliation et de soutien des âmes, bien montré par les historiens et historiennes par ailleurs. Les confesseurs et autres directeurs de conscience accueillent, par exemple, confidences et discussions touchant à la vie conjugale et familiale, en particulier de la part de paroissiennes soucieuses de la discrétion des échanges.

Dans le quotidien des curés et autres desservants, cette attention aux uns et aux autres se traduit par de très longues heures passées au confessionnal : on trouve trace des lassitudes provoquées par la confession dans la plupart des biographies consacrées aux prêtres du siècle. Il arrive au curé d’Ars (Ain) Jean-Marie-Baptiste Vianney de passer douze heures par jour dans son confessionnal.

Écrire une histoire sociale de la confession

Écrire cette histoire invite alors à se replonger dans le quotidien des paroisses du XIXᵉ siècle, des plus fidèles aux plus distantes de l’Église, pour y retrouver l’ordinaire des expériences et interactions des paroissiens : une jeune mère de famille, un cultivateur soucieux de son salut, un père inquiet pour sa fille, un maire hostile au curé ou cherchant au contraire à préserver l’harmonie dans sa commune.

De cette vie collective de la confession, si dense au XIXᵉ siècle, il ne reste aujourd’hui presque rien en France. La pratique a reflué, les confessionnaux ont bien souvent été déplacés, ou restent vides dans beaucoup d’églises. Il reste pourtant dans les archives de quoi documenter de ce que la confession a longtemps été au-delà du confessionnal et de la dimension spirituelle du sacrement de pénitence. Ces traces offrent alors de la matière pour écrire une histoire sociale du XIXᵉ siècle à hauteur de l’expérience des paroissiens et des paroissiennes et de leurs préoccupations.

Cela nous offre un autre point de vue sur la question du secret de la confession, sujet relancé par les travaux de la commission indépendante sur les abus dans l’Église et qui suscite bien des débats puisque l’Assemblée nationale a finalement renoncé à supprimer le secret de la confession en cas de violences sur mineurs.

L’histoire sociale de la confession nous révèle que ce qui se passe dans le confessionnal n’y reste jamais totalement circonscrit, en particulier quand celui ou celle qui se confesse a des raisons de se plaindre. Cela nous invite à déplacer le regard et à réfléchir aux silences de l’entourage et à l’invisibilisation des plaintes plutôt qu’à son secret.

The Conversation

Caroline Muller a reçu des financements de l’Institut Universitaire de France.

– ref. Tous à confesse : lorsque la confession était au cœur de la vie sociale des Français – https://theconversation.com/tous-a-confesse-lorsque-la-confession-etait-au-coeur-de-la-vie-sociale-des-francais-287418

Le séquencement des politiques climatiques : quand l’ordre des priorités devient une question de survie économique

Source: The Conversation – France (in French) – By Marion Davin, Associate professor, Aix-Marseille Université (AMU)

Cet été, l’Europe suffoque. Derrière les bilans sanitaires et les records de température, une question s’impose : faut-il s’adapter au réchauffement ou poursuivre la réduction des émissions de gaz à effet de serre ?


Les vagues de chaleur que nous traversons ravivent les débats autour des politiques climatiques. Faut-il accroître les efforts de réduction des émissions, intensifier les investissements en adaptation, ou combiner les deux ? Dans le contexte de rigueur budgétaire que nous traversons, cet arbitrage soulève une question encore peu présente dans les débats : celle du séquencement.

À quel moment faut-il mettre le curseur sur l’adaptation, et à quel moment sur l’atténuation ? Le concept de « distance au point de bascule » permet d’y répondre.

Quand la distance se réduit, les priorités changent

La distance au point de bascule mesure la proximité d’une économie avec un seuil critique, au-delà duquel un effondrement économique et environnemental peut survenir. C’est cette distance qui détermine à la fois l’ampleur et la nature des politiques climatiques à mettre en œuvre.




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Les événements récents l’illustrent concrètement. Les canicules se succèdent à un rythme inédit : celle de juin dernier a duré onze jours et s’est traduite, selon Santé publique France, par un excès de mortalité d’environ 5 764 décès (+ 36 %), entre le 17 juin et le 2 juillet 2026. Ces données constituent une première estimation et devront être confirmées par les analyses plus précises du bilan de fin de période de surveillance estivale, à l’automne.

Au-delà du bilan humain dramatique, ces épisodes pèsent sur les infrastructures et la productivité. Cette intensification des dommages climatiques peut être le signe que la distance qui nous sépare du point de bascule se réduit. Comme des recherches scientifiques le montrent, le risque de franchissement de points de bascule augmente à mesure que le réchauffement progresse.

Le mécanisme que nous considérons est le suivant : la pollution dégrade la productivité globale, puisqu’elle abîme les infrastructures, affecte la santé, réduit les rendements. Moins de productivité, c’est moins de revenus, moins d’investissements, et donc moins de capacité à financer des politiques climatiques. Et les dommages n’augmentent pas de façon linéaire : passé un certain seuil, ils peuvent s’accélérer brutalement. Un cercle vicieux s’enclenche, conduisant à une dégradation continue de l’économie.

Le piège climatique : ni soutenable ni encore effondré

À long terme, une économie peut s’orienter vers deux scénarios :

Entre les deux se situe une zone à risque, que nous qualifions de « piège climatique ». Dans cette zone, la pollution progresse plus vite que l’activité économique. La croissance économique ralentit, tandis que les dommages environnementaux s’accumulent. Si rien n’est fait, l’économie glisse progressivement vers le point de bascule.

Ce scénario n’est pas inévitable. Mais la nature de la réponse dépend précisément de la position de l’économie dans cette zone.

Lorsque la pollution est encore modérée (la distance au seuil de bascule est grande), les politiques de réduction des émissions sont les plus efficaces. Elles permettent d’éviter l’accumulation de dommages et préservent la croissance à long terme. En revanche, lorsque la pollution est élevée (la distance se réduit), les priorités doivent changer. Les dommages sur la productivité deviennent si importants qu’il faudrait d’abord protéger l’activité : renforcer les infrastructures, les systèmes de santé, les dispositifs d’alertes et de protection… Les politiques d’adaptation passent alors au premier plan.

Ainsi, plus l’économie est proche du point de bascule, plus la réponse politique doit être rapide et ambitieuse. Cette réponse impose un effort financier accru en faveur de l’adaptation, qui peut passer par deux voies : la réallocation des ressources existantes à recettes fiscales inchangées, au détriment de l’atténuation, ou la hausse globale des prélèvements fiscaux.

Deux mécanismes expliquent ce résultat. D’une part, lorsque la pollution est élevée, ses effets négatifs sur la productivité sont tels que l’adaptation devient urgente pour préserver la création de richesses. D’autre part, les deux types de politiques n’ont pas les mêmes effets dans le temps. L’adaptation produit des effets immédiats : elle améliore la production, les revenus et donc les recettes fiscales, ce qui permet de financer davantage d’actions climatiques. À l’inverse, l’atténuation agit avec un décalage. Elle réduit la pollution aujourd’hui, mais ses bénéfices économiques n’apparaissent que dans le futur.

Stabiliser d’abord, décarboner ensuite

Ce séquencement a aussi une dimension générationnelle. Les politiques de réduction des émissions sont les plus bénéfiques à long terme, car elles limitent les dommages futurs. Mais à court terme, ces politiques ont un coût pour les générations qui les subissent immédiatement, notamment en raison de la hausse des impôts. Les politiques d’adaptation, à l’inverse, améliorent rapidement les conditions économiques et sont donc plus favorables aux générations présentes. Elles sont aussi, de ce fait, politiquement plus acceptables. Le séquencement des politiques climatiques est ainsi un arbitrage entre présent et futur, au cœur des décisions publiques.

Ministère de l’écologie, 2025.

Ce que suggèrent ces travaux est une logique en deux temps : quand l’économie approche du point de bascule, il est prioritaire de renforcer l’adaptation afin d’éviter un basculement irréversible. Une fois la situation stabilisée, les efforts peuvent progressivement se réorienter vers la réduction des émissions, afin de limiter les dommages à long terme.

La bonne politique au bon moment

Cette approche permet de concilier deux objectifs souvent perçus comme contradictoires : préserver l’activité économique aujourd’hui et garantir sa soutenabilité.

Dans un contexte de réchauffement accéléré, le véritable enjeu n’est donc pas de choisir entre adaptation et atténuation, mais de déterminer à quel moment chacune de ces stratégies doit être mobilisée. Car plus la distance au seuil critique se réduit, plus les marges de manœuvre disparaissent, et plus les décisions deviennent urgentes.

Cette approche, pourtant simple, reste toutefois difficile à mettre en œuvre. Les incertitudes scientifiques qui subsistent quant aux seuils critiques climatiques (leur niveau de déclenchement, leur probabilité et leurs conséquences), les intérêts économiques en présence, les pressions de certains groupes d’acteurs et l’inertie de la décision publique constituent autant d’obstacles à son application.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. Le séquencement des politiques climatiques : quand l’ordre des priorités devient une question de survie économique – https://theconversation.com/le-sequencement-des-politiques-climatiques-quand-lordre-des-priorites-devient-une-question-de-survie-economique-288626

Un « mur d’investissements » pour l’adaptation au changement climatique, vraiment ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Vivian Dépoues, Research associate – I4CE, Institut de l’Economie pour le Climat., Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ) – Université Paris-Saclay


L’ESSENTIEL

  • La France est-elle vraiment bloquée devant à un « mur d’investissements » en matière d’adaptation au changement climatique, comme l’affirmait, fin juin 2026, la ministre de la transition écologique Monique Barbut ?

  • Cette déclaration doit être forcément nuancée : le montant de la facture dépendra avant tout des arbitrages que nous réaliserons, tant aux niveaux national que local.

  • Tant que ceux-ci ne seront pas débattus publiquement, parler du coût de l’adaptation climatique en France reviendra à discuter de l’addition salée d’un repas dont on n’aurait même pas encore commandé les plats.


Fin juin 2026, en pleine canicule, la ministre de la transition écologique Monique Barbut, a affirmé que la France était face à un « mur d’investissements » en matière d’adaptation au changement climatique. Or, si la hauteur du mur est bien connue quand on parle de décarbonation de l’économie
– notamment depuis la publication du rapport de Jean Pisani-Ferry et Selma Mahfouz en 2023, les choses sont moins évidentes pour ce qui est de l’adaptation.

Certains pays se sont déjà posé ces questions, allant jusqu’au chiffrage consolidé des besoins d’adaptation. Au Royaume-Uni par exemple, les travaux menés sous la houlette du Committee on Climate Change
– l’équivalent britannique du Haut Conseil pour le climat – estiment à une fourchette d’environ 10 milliards à 11 milliards de livres sterling (de 11,7 milliards à 13 milliards d’euros) par an les investissements supplémentaires nécessaires pour l’adaptation d’ici 2030.

Une autre étude menée en Allemagne par le think tank et cabinet de conseil Adelphi pour le compte de la plateforme scientifique sur le climat (groupe d’experts créé par le gouvernement fédéral allemand en 2019) les estime, pour sa part, dans une fourchette de 8,6 milliards à 10,6 milliards d’euros par an.

Ces deux études mobilisent une approche dite « énumérative », ou « bottom up », que nous utilisons également à l’Institut de l’économie pour le climat (I4CA). Elle consiste à identifier des listes d’actions à mettre en œuvre, de projets à mener pour l’adaptation (par exemple, un nombre d’opérations de rénovation, de chantiers de renforcement d’infrastructures, de construction de nouveaux équipements de protections, d’opérations de renaturation…), à estimer des coûts moyens par opération et à faire le total, comme on ferait l’addition de l’entrée au dessert pour obtenir sa note au restaurant.

Un autre type d’études existe, s’appuyant sur des travaux de modélisation dits « top down », consistant à établir à partir d’études statistiques ou de modélisation des phénomènes physiques des relations entre des évènements climatiques et des pertes économiques. Il est ainsi possible de calculer l’optimum théorique d’investissements. Cet optimum doit permettre d’entreprendre des actions d’adaptation jusqu’à ce qu’un euro investi ne permette plus de réduire de plus d’un euro les pertes.

Construire des ordres de grandeur économiques du coût de l’adaptation en France et pouvoir composer plusieurs « menus » en fonction des choix politiques opérés est essentiel. Dans notre étude « Adapter la France à + 4 degrés : moyens, besoins, financements » (2025), nous avions ainsi évalué les coûts de nombreuses « briques » d’adaptation au niveau national. Pour autant, ces chiffrages ne doivent pas éluder les débats cruciaux que nous devons avoir sur les arbitrages à réaliser.

Autrement dit, avant de débattre du montant total de l’addition et de comment en partager le coût, il faut déjà se mettre d’accord sur ce que l’on veut manger au restaurant.




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Calculer l’ordre de grandeur du coût de l’adaptation en France

La Commission européenne a confié à différents organismes de recherche la conduite d’une étude passant en revue tous les éléments d’évaluation des coûts de l’adaptation, dont on dispose en Europe, issus de travaux utilisant l’une ou l’autre des approches présentées ci-dessus. À noter que ce n’est pas le seul ni le premier travail réalisant cet exercice, mais il est probablement le plus précis et le plus abouti.

Les différentes études donnent des chiffres qui se situent dans des fourchettes plus ou moins larges : en 2024, un rapport de la Banque mondiale estimait les besoins d’investissement pour l’Europe entre 15 milliards et 64 milliards d’euros par an ; en 2021, la Banque européenne d’investissement les estimait de son côté, sur la base d’études existantes, entre 35 milliards et 500 milliards d’euros par an.

Sur cette base, et sans nier la grande hétérogénéité ni le caractère incomplet des données, l’étude a extrapolé les résultats à l’échelle de l’Union européenne, par secteur et par État membre. Elle conclut que :

« Les besoins d’investissement annuels et totaux jusqu’en 2050, tous secteurs confondus, sont estimés à 69 milliards d’euros par an et à 1 200 milliards d’euros en valeur actuelle nette (VAN) cumulée » à l’échelle européenne.

Pour la France, cela représente un peu plus de 10 milliards d’euros par an.

Ces résultats donnent un ordre de grandeur qui permet de fixer quelques repères. Cependant, réalisés à partir de la documentation préexistante et sans concertation sectorielle et nationale, ils court-circuitent des débats extrêmement importants qu’il nous faut avoir avant de signer le devis de l’adaptation.




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Des arbitrages qui doivent être débattus

C’est parce que l’on ne peut pas passer outre ces débats que l’on n’a pas de chiffres précis sur les besoins de l’adaptation en France. Dans la plupart des secteurs, on n’a pas encore délibéré sur les manières dont on souhaitait s’adapter.

Or, on ne demande pas l’addition avant d’avoir choisi ce qu’on allait manger. Et en l’occurrence, ce choix est ici composé de décisions structurantes, par exemple :

  • Mise-t-on sur la construction de nouvelles infrastructures pour sécuriser l’accès à l’eau ou entreprend-on de vastes opérations d’ingénierie écologique pour ralentir l’écoulement des eaux de pluie et favoriser leur infiltration dans les nappes ?

  • Est-on prêt à végétaliser cette place quitte à réduire un peu le nombre de places de parking ?

  • Maintient-on ce camping si près de la mer ou a-t-on l’espace pour le déplacer un peu plus dans les terres ?

  • Isole-t-on les appartements au dernier étage des immeubles parisiens, les climatise-t-on, imagine-t-on une transformation des toits en zinc ou bien encore renonce-t-on à leur usage actuel ?

  • Accepte-t-on de ralentir (voire d’annuler en prévention) certains trains quand une vigilance météo est déclarée ou engage-t-on un grand programme de travaux pour renforcer la résilience de l’infrastructure ? La réponse ne sera probablement pas univoque d’une ligne à l’autre, en fonction de la fréquentation ou de l’existence d’alternatives faciles.

Ce sont autant de décisions à prendre sujet par sujet, territoire par territoire.

Le troisième plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC) et la trajectoire de référence (TRACC) sur laquelle il est construit ne donnent pas les réponses à ces questions. Mais ils invitent très explicitement à se les poser et donnent tous les outils (les données, les méthodes…) pour le faire en partant d’études de vulnérabilité et en mettant sur la table les options disponibles.

En attendant de disposer de réelles trajectoires d’adaptation par territoire et par secteur, il nous semble plus prudent de ne pas avancer de chiffres agrégés qui invisibiliseraient ces débats. En revanche libre à chacun – et, notamment, à chaque responsable politique actuel ou futur – de composer son propre menu à partir des options disponibles à la carte. De même, chaque citoyen peut se faire, grâce à ces données, une idée des investissements nécessaires et donc de la crédibilité des différentes propositions.

Les tableaux publiés avec notre étude « Adapter la France à + 4 °C : moyens, besoins, financements » donnent de très nombreuses briques de coûts pour accompagner cet exercice au niveau national.

Au niveau local, des éléments similaires – ainsi qu’une approche simplifiée de chiffrages – sont proposés dans la méthode de plan pluriannuel d’investissement aligné climat développé par l’I4CE. Celle-ci, gratuite et en accès libre, a été conçue pour aider les collectivités à concilier leur plan d’investissements avec leurs objectifs climatiques.

Le chiffre de 2,3 milliards d’euros est parfois cité. Il est en réalité issu d’une étude de 2022, soit donc avant de disposer de la référence de la TRACC. Il renvoie à une liste de mesures qui étaient prêtes à être mises en œuvre sans regret au moment de la publication du rapport « Se donner les moyens de s’adapter aux conséquences du changement climatique en France : de combien parle-t-on ? ». Ces mesures immédiates ne constituaient toutefois que la première étape d’une stratégie plus structurante à mettre en œuvre, nécessitant, on l’a vu plus haut, des arbitrages.

S’agit-il vraiment d’un « mur » ?

Revenons-en à la déclaration de la ministre de la transition écologique. L’adaptation au changement climatique se heurte-t-elle, finalement, à un « mur d’investissements » ?

L’expression a été largement utilisée pour évoquer les besoins pour la décarbonation – de l’ordre de 200 milliards d’euros par an, dont 70 milliards manquent encore à l’appel –, mais elle l’est probablement moins pour l’adaptation.

  • D’abord, parce que, si on se fie à l’estimation de la Commission européenne, on parle de besoins inférieurs d’un ordre de grandeur : on l’a vu, les premières estimations tournent autour de 10 milliards d’euros par an, pas 200.

  • Ensuite, parce que certaines options d’adaptation pourraient, in fine, ne demander que peu d’investissements en dur. Par exemple, si on choisissait de s’organiser pour décaler les horaires de certains services publics en période de fortes chaleurs plutôt que de transformer entièrement le bâti.

  • Enfin, parce que l’adaptation doit être intelligemment déployée dans le temps, en faisant en sorte que le climat futur soit bien intégré au fil de tous les nouveaux investissements, qu’ils soient explicitement reliés au climat ou non (rénovations diverses, modernisation des infrastructures, constructions neuves, aménagement du territoire…).

Si on voulait tout adapter en cinq ans, alors oui, on ferait probablement face à un mur. Mais si on arrêtait de manquer toutes les opportunités d’intervention pour progressivement rendre nos économies plus robustes et plus résilientes, ce serait plutôt une rampe, plus ou moins pentue. Alors, à nos Lego et calculettes pour la construire !




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The Conversation

Le principal projet d’I4CE sur lequel s’appuie cette analyse a été conduit avec le soutien de l’ADEME, du CGDD et de la DGEC.
Vivian Dépoues est également membre du conseil d’administration de l’association ADAPT

– ref. Un « mur d’investissements » pour l’adaptation au changement climatique, vraiment ? – https://theconversation.com/un-mur-dinvestissements-pour-ladaptation-au-changement-climatique-vraiment-288564

ReneWable Rangers, un jeu pour éveiller les enfants aux énergies renouvelables

Source: The Conversation – in French – By Moleboheng Mokhele, Senior lecturer, North-West University

La petite enfance est une étape importante. C’est à cette période que les enfants développent leur curiosité, leurs valeurs et leurs capacités à résoudre des problèmes. Cette période charnière de leur développement constitue une base solide pour l’apprentissage tout au long de la vie. Elle est donc un point d’entrée idéal pour introduire des concepts clés tels que la protection de l’environnement, l’identité culturelle et la responsabilité sociale.

C’est l’idée qui sous-tend « ReneWable Rangers », un prototype de jeu éducatif. Il utilise le jeu, la narration et l’aventure pour enseigner aux jeunes enfants les sciences et les principes des énergies renouvelables. Ce jeu contribue au débat actuel sur le développement d’approches pédagogiques équitables, adaptées au contexte local et soucieuses des enjeux mondiaux. Moleboheng Mokhele, chercheuse innovante dans le domaine de l’éducation aux sciences, technologies, ingénierie et mathématiques (STEM) pour la petite enfance, présente ici les conclusions d’un article conceptuel qu’elle a co-écrit. Il montre comment « ReneWable Rangers » pourrait servir de modèle pour le STEM.

Pourquoi privilégier l’apprentissage par le jeu ?

Les défis mondiaux, tels que le changement climatique, la perte de biodiversité et l’épuisement des ressources, nous obligent à repenser la manière dont nous préparons les générations futures. Ces enjeux ne sont pas éloignés de la vie des enfants.

L’éducation a un rôle à jouer. La petite enfance — de la naissance à 8 ans — est une période durant laquelle les enfants développent leurs valeurs et leurs capacités à résoudre des problèmes. Elle se caractérise par un développement rapide des capacités cognitives. Les enfants sont aussi curieux et prennent progressivement conscience du monde qui les entoure.

Cependant, en Afrique du Sud, une grande partie de l’enseignement des STEM, en particulier des sciences, n’est enseignée comme matière à part entière qu’à partir de la 4e année du primaire. Ce retard fait perdre des occasions importantes de développer la pensée critique. Il crée un fossé entre ce que les enfants apprennent à l’école et ce qu’ils vivent à la maison et au sein de leur communauté.

Mes recherches portent sur la manière dont l’éducation précoce aux STEM peut être rendue plus pertinente, plus attrayante et plus inclusive pour les enfants. Les enfants apprennent mieux lorsqu’ils prennent plaisir à apprendre, posent des questions et participent activement.

C’est l’idée qui sous-tend « ReneWable Rangers », un jeu éducatif associant la narration, la recherche guidée, l’activité physique et l’apprentissage visuel. L’objectif est d’aider les jeunes enfants à découvrir les sciences et les énergies renouvelables de manière amusante, enrichissante et adaptée à leur âge.

Qu’est-ce que « ReneWable Rangers » et quels sont ses objectifs ?

Dans de nombreux cas, l’enseignement des STEM reste principalement axé sur les compétences techniques et la réussite scolaire. Par conséquent, il ne prépare pas pleinement les enfants aux défis environnementaux, culturels et éthiques auxquels ils seront confrontés au cours de leur vie.

Notre document conceptuel répond à cette lacune. Cette initiative éducative repose sur le jeu comme outil d’apprentissage. Elle cherche à montrer comment une approche ludique, inclusive et ancrée dans la culture peut mieux préparer les enfants à comprendre les défis mondiaux. Elle permet également de mieux valoriser leur environnement local et de se considérer comme des acteurs actifs du changement pour un avenir plus durable.

Le jeu me met en scène, moi, le Dr Mummy Ranger, et mes deux fils, Wavhudi et Rivhavhudi, alors que nous parcourons l’Afrique du Sud avec pour mission de contribuer au rétablissement de l’électricité dans le pays après une panne de courant généralisée. Nous voyageons à bord de notre véhicule Ranger écologique, apportant de l’espoir aux communautés et encourageant les enfants à devenir de jeunes héros des énergies renouvelables.

Depuis 2007, l’Afrique du Sud connaît des pénuries d’électricité persistantes dues à une capacité de production insuffisante, à des infrastructures vieillissantes et à un mauvais entretien. Bien que les délestages à l’échelle nationale aient diminué ces dernières années, de nombreuses communautés subissent encore des coupures de courant localisées causées par des problèmes de réseau.

Au fur et à mesure que les personnages voyagent d’une province à l’autre, ils découvrent les différentes sources d’énergie renouvelable présentes dans chaque région, telles que l’énergie solaire et l’énergie éolienne. Ils explorent également la diversité des cultures, des langues et des modes de vie propres à chaque province. Chaque province devient ainsi un espace d’apprentissage enrichissant où les concepts des STIM sont mis en relation avec des expériences de la vie quotidienne, de manière ludique et captivante.

Au fil de leur aventure, les enfants apprennent :

  • comment l’électricité est produite

  • quelles sont les causes des coupures de courant

  • comment utiliser les énergies renouvelables

Cet apprentissage s’effectue à travers des récits et des activités pratiques. Plutôt que de se contenter d’enseigner des faits aux enfants, le jeu leur permet d’explorer des idées par l’expérience.




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Le jeu met également fortement l’accent sur l’identité et la culture en créant des histoires et des personnages auxquels les enfants peuvent s’identifier. Les personnages aident les enfants à se reconnaître dans l’histoire.

ReneWable Rangers est plus qu’un simple jeu. C’est une invitation à repenser ce dont les enfants sont capables et à quel type d’avenir nous voulons les préparer.

À quoi ressemble le jeu ?

À ce stade, ReneWable Rangers est un prototype soigneusement conçu. Il combine la prise en compte culturelle, la durabilité, l’apprentissage autonome et une pédagogie ludique au sein d’une expérience d’apprentissage intégrée.

Contrairement à de nombreux jeux éducatifs qui importent des modèles étrangers et tentent de les adapter a posteriori, ReneWable Rangers a été conçu dès le départ pour les élèves sud-africains. La pertinence culturelle et la prise en compte de la voix des élèves ne sont pas des éléments ajoutés après coup. Elles sont au cœur de l’expérience proposée.

Cela dit, une conception solide doit être confrontée aux réalités du terrain. Elle doit faire l’objet d’une validation empirique rigoureuse. La prochaine étape consiste à introduire ReneWable Rangers dans de véritables salles de classe, à observer comment les élèves interagissent avec le jeu et à mesurer son impact sur leur compréhension, leur confiance et leur curiosité.

The Conversation

Moleboheng Mokhele occupe le poste de maître de conférences à l’université du Nord-Ouest (NWU). Elle bénéficie d’un financement du programme SotL de la NWU. Elle est rattachée à l’unité de recherche sur l’apprentissage autonome.

– ref. ReneWable Rangers, un jeu pour éveiller les enfants aux énergies renouvelables – https://theconversation.com/renewable-rangers-un-jeu-pour-eveiller-les-enfants-aux-energies-renouvelables-289274

Marjane Satrapi, Joann Sfar, Lewis Trondheim… comment l’atelier Nawak a changé la bande dessinée

Source: The Conversation – France (in French) – By Pierre Poinsignon, Enseignant-chercheur, Burgundy School of Business

Dans les années 1990, un petit atelier parisien de bande dessinée réunit, presque par hasard, plusieurs auteurs devenus depuis des figures majeures : Marjane Satrapi, Joann Sfar, Christophe Blain, Emmanuel Guibert ou encore Lewis Trondheim. Comment un lieu aussi ordinaire a-t-il pu devenir l’un des symboles d’un renouvellement majeur de la bande dessinée française ?


Au début des années 1990, dans un local sombre de la rue Quincampoix, à Paris, quelques auteurs de bande dessinée partagent un espace de travail. Le lieu est modeste. Il n’a ni manifeste, ni programme esthétique, ni ambition collective clairement formulée. Il s’appelle Nawak, presque par plaisanterie, après une remarque lancée lors d’une soirée : « C’est nawak ! » (une expression familière qui signifie « n’importe quoi »).

Pourtant, quelques années plus tard, cet atelier sera associé à certains des noms les plus importants de la bande dessinée francophone contemporaine : Lewis Trondheim, Joann Sfar, Christophe Blain, Emmanuel Guibert, Émile Bravo, David B., Marjane Satrapi, Nicolas de Crécy, Frédéric Boilet ou encore Marc Boutavant.

Comment expliquer qu’un simple lieu de travail partagé soit devenu, dans les récits du secteur, l’un des berceaux de la « Nouvelle Bande dessinée » ? L’atelier Nawak a-t-il réellement produit ce renouvellement ? ou a-t-il surtout révélé, concentré et rendu visible une transformation déjà à l’œuvre ?

C’est cette question que nous avons explorée à partir d’une recherche menée sur l’histoire de l’atelier Nawak, fondée sur 17 entretiens avec des auteurs et autrices passés par ce lieu, complétés par des sources secondaires, des archives éditoriales et des documents visuels.

Un secteur très codifié

Pour comprendre le rôle de Nawak, il faut revenir à la situation de la bande dessinée française au début des années 1990. Le secteur est alors largement structuré autour de grandes maisons d’édition, comme Dargaud, Dupuis, Casterman ou Le Lombard. Le modèle dominant repose sur des formats très codifiés : albums cartonnés de 46 pages, séries à héros récurrents, narration claire, couleur, lisibilité commerciale.

Ce modèle n’empêche néanmoins pas toute expérimentation. Des revues ou maisons, comme Métal Hurlant, À suivre ou Futuropolis, ont déjà ouvert d’autres voies. Mais, pour beaucoup de jeunes auteurs, l’accès aux circuits éditoriaux reste difficile. Les projets trop personnels, trop graphiques, trop autobiographiques ou trop éloignés des codes commerciaux sont souvent jugés invendables.

Ce sentiment de décalage conduit une partie de cette génération vers des maisons indépendantes, comme L’Association, créée en 1990, ou Cornélius, créée en 1991. Ces structures offrent un espace à des formes plus libres : récits autobiographiques, noir et blanc, formats atypiques, dessin moins académique, sujets intimes ou politiques.

La « Nouvelle Bande dessinée » ne naît donc pas d’un seul lieu, ni d’un seul groupe. Elle correspond plutôt à une transformation progressive des conventions du secteur. Mais l’atelier Nawak va en devenir l’un des points de cristallisation.

Un atelier né par nécessité

L’histoire de Nawak commence en 1991, dans un ancien local de l’éditeur Guy Delcourt, situé à Paris, rue Quincampoix. Celui-ci souhaite conserver la location sans y installer sa maison d’édition. Il propose alors au scénariste et dessinateur Thierry Robin d’y créer un atelier partagé. La logique est d’abord matérielle : il faut réunir assez d’auteurs pour payer le loyer.

Une première équipe se forme : Thierry Robin, Brigitte Findakly, Lewis Trondheim, Karim Bensemane, Dominique Hérody et Laurent Vicomte. Rien ne ressemble alors à une avant-garde organisée. Le local est petit, peu confortable, parfois sombre. Mais il offre quelque chose de décisif : une table, un espace, une adresse dans Paris, et la possibilité de ne plus travailler seul chez soi.

Les auteurs ne rejoignent pas Nawak pour participer à un mouvement artistique. Ils cherchent un lieu où travailler, maintenir une routine, rencontrer d’autres auteurs, voir des planches en cours, discuter de narration, de dessin, d’édition.

L’atelier fonctionne sans règle formelle. Les arrivées se font par relations personnelles, bouche-à-oreille, disponibilité d’une place. Il ne s’agit pas d’un collectif au sens fort, encore moins d’une école esthétique. Les auteurs ont des styles, des ambitions et des trajectoires très différentes.

C’est précisément ce qui rend le cas intéressant. Nawak n’est pas un manifeste. C’est un espace de travail ordinaire, mais traversé par des trajectoires extraordinaires.

Une proximité sans programme commun

En 1995, l’atelier déménage place des Vosges. Il devient alors l’atelier des Vosges, même si beaucoup continuent à parler de Nawak. Le lieu est plus vaste, plus lumineux, plus prestigieux. Mais l’esprit reste le même : pas de règles explicites, pas de direction artistique, pas de projet collectif imposé.

Cette proximité produit néanmoins des effets. Plusieurs œuvres majeures sont conçues ou réalisées dans cette période de cohabitation. Lewis Trondheim travaille à Lapinot et à ses Carottes de Patagonie. Emmanuel Guibert et Joann Sfar collaborent sur la Fille du professeur. Marjane Satrapi réalise Persepolis, publié à partir de 2000 par L’Association.

Il ne faut pas en conclure que ces œuvres sont le produit direct de l’atelier. Les collaborations existent, mais elles restent ponctuelles. L’atelier n’est pas une fabrique collective au sens strict.

Son rôle est plus discret. Il rend visibles des manières de travailler différentes. Il permet de voir que d’autres auteurs prennent des risques, inventent des formats, s’autorisent des récits atypiques. Il crée une forme d’émulation, sans imposer de norme commune.

Quand le lieu devient un label

Le basculement se produit lorsque plusieurs auteurs passés par Nawak accèdent à une reconnaissance critique, éditoriale et médiatique. Les prix s’accumulent. Les journalistes s’intéressent au lieu. Les éditeurs viennent voir ce qui s’y passe. Des auteurs jusque-là perçus comme marginaux deviennent des figures centrales.

Le cas de Persepolis est emblématique. Publié chez L’Association à partir de 2000, le récit autobiographique de Marjane Satrapi dépasse rapidement les frontières habituelles de la bande dessinée. L’œuvre connaît un succès international et montre que des formes auparavant jugées trop singulières peuvent rencontrer un large public.

À partir de ce moment, le regard des grandes maisons d’édition change. Elles créent ou renforcent des collections plus ouvertes à l’expérimentation. Dargaud lance « Poisson Pilote » en 2000. Gallimard crée « Bayou » en 2005 sous la direction de Joann Sfar. Les formats se diversifient. Les récits autobiographiques, littéraires ou graphiquement plus libres trouvent davantage de place.

Nawak devient alors autre chose qu’un atelier. Il devient un signe. Être passé par ce lieu fonctionne comme un indicateur informel de singularité. Les éditeurs, les journalistes et les prescripteurs du secteur relisent rétrospectivement l’atelier comme le foyer d’un renouvellement esthétique.

Ce phénomène peut être appelé un effet d’éclairage. Ce n’est pas parce que Nawak se serait pensé dès le départ comme un lieu majeur qu’il le devient. C’est parce que plusieurs auteurs reconnus y sont passés que le lieu est ensuite requalifié comme important. La réussite des œuvres éclaire le lieu en retour.

Berceau ou révélateur ?

La question posée par Nawak est donc moins simple qu’il n’y paraît. A-t-il été le berceau de la Nouvelle Bande dessinée ? Oui, si l’on entend par là un espace où plusieurs auteurs majeurs ont travaillé, échangé et développé des œuvres importantes. Non, si l’on imagine un lieu fondateur, organisé autour d’un projet esthétique commun.

Nawak a surtout été un révélateur. Il a concentré, à un moment donné, des trajectoires qui participaient déjà à une transformation plus large du secteur. Il a permis à des auteurs situés à la marge des circuits dominants de se côtoyer, de se renforcer et, progressivement, d’être identifiés comme appartenant à une même génération.

Ce processus montre que les industries culturelles ne se transforment pas seulement par de grandes décisions éditoriales, des politiques publiques ou des innovations techniques. Elles changent aussi par des configurations locales, fragiles et contingentes : un local disponible, un loyer à partager, quelques auteurs qui se connaissent, des conversations quotidiennes, des œuvres qui circulent.

Une reconfiguration du secteur

L’histoire de Nawak éclaire ainsi un mécanisme plus général dans les industries culturelles et créatives. Des lieux modestes, informels, peu institutionnalisés, peuvent acquérir une importance considérable lorsqu’ils se trouvent associés à des trajectoires créatives reconnues.

Dans le cas de la bande dessinée, cette dynamique accompagne une transformation profonde : montée en légitimité du roman graphique, reconnaissance de récits autobiographiques, diversification des formats, déplacement des frontières entre bande dessinée populaire, littérature et art contemporain.

Les auteurs passés par Nawak ont contribué à rendre publiables des formes auparavant jugées périphériques. Ils ont participé à redéfinir ce qu’un éditeur pouvait accepter, ce qu’un festival pouvait consacrer, ce qu’un lecteur pouvait attendre de la bande dessinée.

L’ordinaire et le mythe

Ce que montre finalement l’histoire de Nawak, c’est le décalage entre la banalité initiale d’un lieu et la valeur symbolique qu’il peut acquérir après coup. Pour ses membres, l’atelier était d’abord un endroit où poser ses planches et travailler. Pour le secteur, il est devenu progressivement un repère, puis presque un mythe.

Cette transformation rappelle que les mondes de l’art ont besoin de récits pour comprendre leurs propres changements. Lorsqu’un secteur se reconfigure, il cherche des lieux, des noms, des moments pour donner forme à ce qui s’est passé. Nawak a rempli cette fonction.

L’atelier Nawak n’a pas été seulement un décor. Il n’a pas non plus été une cause unique. Il a été un espace d’agrégation, de visibilité et de relecture. Un lieu ordinaire devenu, par les trajectoires qu’il a réunies et les récits qui se sont ensuite attachés à lui, l’un des symboles d’une nouvelle manière de faire de la bande dessinée.

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Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. Marjane Satrapi, Joann Sfar, Lewis Trondheim… comment l’atelier Nawak a changé la bande dessinée – https://theconversation.com/marjane-satrapi-joann-sfar-lewis-trondheim-comment-latelier-nawak-a-change-la-bande-dessinee-286909