Transition énergétique juste : comment éviter les gilets jaunes en Indonésie ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Emmanuel Fourmann, Chargé de recherche, Agence Française de Développement (AFD)

La réduction des émissions risque d’accroître les inégalités et de faire peser la transition sur les plus pauvres. Sans compensations sociales ciblées, des mesures en ce sens, du type taxe carbone, pourraient susciter des protestations sociales, à l’image du mouvement des « gilets jaunes » qu’a connu la France.


Le renchérissement du prix du carbone est un levier important pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, mais les conséquences sociales de ce type de mesure peuvent être importantes, comme l’a rappelé la crise des « gilets jaunes » en France. Cette contestation sociale, multifactorielle, a été déclenchée notamment par une hausse de la taxation des carburants, qui renforçait le clivage entre ménages urbains (plus riches en moyenne, ayant accès à des mobilités à bas coût et à une proximité des services publics) et les ménages ruraux (moins riches en moyenne, utilisant leur véhicule personnel motorisé par des carburants fossiles et moins bien desservis par des services publics dispersés).

Compte tenu de la forte sensibilité sociale du prix de l’énergie et des carburants, les décideurs publics doivent porter une forte attention aux conséquences des mesures prises sur la distribution des revenus, la position relative des groupes sociaux et l’accès aux services publics. Dans un pays aussi vaste et géographiquement fragmenté que l’Indonésie, ces questions universelles prennent un accent plus complexe et, parfois, plus dramatique qu’ailleurs.

Les politiques mises en œuvre en Indonésie

L’engagement de l’Indonésie envers la réduction des émissions de carbone est aligné avec ses responsabilités dans le cadre de l’Accord de Paris, signé et ratifié en 2016. L’Indonésie s’est engagée à réduire de 29 % ses émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici à 2030 de manière indépendante, ou de 41 % avec la coopération internationale. Plus tard en 2022, le gouvernement indonésien a mis à jour son engagement, affichant un objectif de réduction des émissions de GES plus élevé de 31,9 % (inconditionnel) et 43,2 % (conditionnel).

Dans ce cadre, la tarification du carbone est une stratégie essentielle pour réduire les émissions de GES. Les principales méthodes incluent les taxes sur le carbone et les systèmes d’échange de quotas d’émission (ETS). Les taxes carbone influencent directement les prix du carbone, tandis que les ETS limitent la quantité de carbone que les émetteurs peuvent libérer, influençant indirectement les prix du carbone à travers le coût des permis d’émission.

En 2021, l’Indonésie a initié un cadre de tarification du carbone, visant à atteindre ses objectifs climatiques et à gérer les émissions de GES dans le cadre de ses plans de développement nationaux.

Le gouvernement indonésien avait initialement l’intention d’introduire des instruments de tarification du carbone volontairement de 2021 à 2024, avec un passage à une application obligatoire prévu d’ici 2025. Avec un coût d’environ 2 $ pour chaque tonne d’équivalent CO2, ce taux serait l’un des plus bas au monde, mais malgré ses débuts modestes, l’introduction de cette taxe marque un progrès considérable en Indonésie.

Ces mesures, bien que bénéfiques pour l’environnement, peuvent involontairement augmenter les inégalités. La transition énergétique de l’Indonésie présente donc un défi complexe alors que le pays cherche à équilibrer croissance économique, sécurité énergétique et durabilité environnementale tout en s’attaquant aux émissions croissantes de CO2.

Ces politiques doivent être soigneusement conçues pour assurer une transition énergétique juste (JET) et être socialement acceptées. En partenariat avec le ministère indonésien des finances, des chercheurs du LPEM (Lembaga Penyelidikan Ekonomi dan Masyarakat – Fakultas Ekonomi dan Bisnis Universitas Indonesia), le centre de recherche économique et sociale de l’Université d’Indonésie à Jakarta, appuyés par des experts internationaux (université de Galway en Irlande, université de Tulane aux États-Unis), ont exploré et modélisé les modalités d’une telle taxation et ses conséquences en matière de redistribution des revenus. Il apparaît qu’un renchérissement de l’énergie en Indonésie pourrait diminuer les émissions mais conduirait à une aggravation des inégalités, sauf s’il était accompagné d’une politique d’allocations sociales bénéficiant effectivement aux ménages les plus pauvres.

Une problématique énergétique complexe

L’Indonésie est un très vaste archipel composé de plus de 17 000 îles dispersées sur plus de 5 000 km de large et 3 000 km de long. Autant dire que, même si la moitié de la population est concentrée sur l’île de Java, la question des transports et de l’accès aux services publics essentiels y est majeure.

La production et la distribution électriques sont un autre défi : faute d’interconnexion entre les réseaux, elles doivent être assurées « île par île ». Si cela permet à l’essentiel de la population d’avoir accès à l’électricité, chaque installation est calibrée pour la demande maximale de l’heure de pointe, ce qui fait qu’elle est fortement sous-utilisée le reste du temps. Dès lors, la construction, l’entretien et la maintenance de cette constellation de réseaux surcapacitaires sont particulièrement coûteux.

Carte des provinces indonésiennes.
Wikimedia, CC BY

À cela s’ajoute une situation pour le moins étonnante : le prix de vente de l’électricité en Indonésie ne couvre pas son coût de production. Aucun consommateur indonésien, qu’il soit riche ou pauvre, industriel ou particulier, ne paye son énergie électrique au prix qu’elle coûte effectivement à produire (y compris produite avec du charbon subventionné). Cela résulte notamment de la politique de gel des prix de vente décidée en 2017 pour des motivations sociales, et des forts coûts structurels de production déjà mentionnés. Le déficit induit pour la compagnie électrique nationale PLN est important, et il est intégralement financé par une subvention d’équilibre du budget de l’État.

Comme tous les pays émergents, l’Indonésie est un gros émetteur de gaz à effet de serre (GES). Elle est l’un des cinq plus gros producteurs de charbon et le premier exportateur mondial, ce qui signifie que, dans une perspective de décarbonation de la production d’énergie, ce secteur représente un enjeu important en termes de reconversion industrielle par le nombre des sites et des emplois.

Pour autant, les incitations à la reconversion manquent, dans la mesure où le prix du charbon est subventionné par le gouvernement. S’y ajoutent les GES qu’elle exporte chez ses acheteurs de charbon et les émissions au titre de la déforestation accélérée que le pays a connue depuis les années 1990 quand il a choisi de produire massivement de l’huile de palme.

Le risque de faire peser la transition sur les plus pauvres

Une façon de réduire l’empreinte carbone de l’économie indonésienne serait de mettre en place une taxe carbone, assise sur les carburants (option simple) ou sur des quotas d’émissions de GES (option plus sophistiquée). L’objectif : réduire la demande en énergie carbonée en provoquant, via la taxe, une hausse du prix relatif.

Cependant, si l’on s’en tient à cette seule étape, le risque est de rendre les pauvres encore plus pauvres (car ils contribuent à la taxe carbone) et de leur faire payer le coût de la transition énergétique, alors qu’ils ont des émissions nettement plus faibles, qu’ils ne sont pas les principaux responsables du changement climatique et qu’ils sont plus vulnérables face à ses conséquences (notamment en zone côtière, où vit 70 % de la population).

Émissions de GES par foyer en Indonésie.
Fourni par l’auteur

Ce paramètre est d’autant plus important que les inégalités de revenus demeurent fortes en Indonésie (avec un coefficient de Gini autour de 0,4), comme l’a montré le diagnostic sur les inégalités multidimensionnelles, mené par LPEM en 2023 avec l’appui de l’Institut national des statistiques indonésien (BPS). Et comme les ménages à faible revenu dépensent une plus grande proportion de leurs revenus dans l’énergie, les effets régressifs de la taxe carbone (charge relative plus élevée pour les pauvres) sont élevés et, pour atteindre l’Objectif de développement durable n°10 (réduction des inégalités), ils doivent être compensés.

Dépenses des foyers pour l’énergie en Indonésie.
Fourni par l’auteur

Lorsqu’on vise une transition énergétique juste — caractérisée par une double réduction des émissions de dioxyde de carbone et des inégalités sociales et un principe émetteur-payeur pour les principaux responsables des émissions — il faut donc tenir compte de ces différentes dimensions pour trouver une juste voie.

Comment bâtir une transition juste ?

Dès lors, l’objectif environnemental n’est pas compatible avec l’objectif social… sauf si vous disposez d’un canal dédié pour rediriger une part des revenus fiscaux tirés de la taxe carbone directement vers les ménages les plus pauvres.

Si l’on parvient à rendre l’argent prélevé, on peut gagner sur les deux tableaux : réduction simultanée de l’empreinte carbone et des inégalités de revenus. Au risque, sinon, d’aller vers une contestation sociale de type « yellow batik », qui serait le pendant indonésien des gilets jaunes français.

L’étude menée par LPEM s’est donc intéressée aux mécanismes envisageables pour compenser la hausse des prix de l’énergie pour les plus pauvres, qui pourraient être financés en « recyclant » les recettes générées par la taxe : une exonération de TVA pour les produits de première nécessité ; la mise en place d’un revenu minimum universel (une sorte de RSA indonésien) ; l’octroi d’un chèque énergie aux foyers les plus pauvres ; des primes salariales pour les bas salaires ; des prestations sociales sous condition de ressources.

L’étude compare les différents effets redistributifs de ces mesures et conclut que le choix du mécanisme de « recyclage des revenus » façonne de manière significative les résultats d’équité d’une politique de taxe carbone. Les avantages ciblés (mécanismes 2 à 5) offrent le plus grand impact redistributif, tandis que les réductions des impôts indirects (mécanisme 1) ont tendance à avoir un effet plus neutre. Dans le cas de l’Indonésie, la stratégie de recyclage des recettes provenant de la taxe carbone joue un rôle plus central que la taxe carbone elle-même pour déterminer l’impact global sur la répartition.

L’étude montre qu’on peut réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) résultant des effets combinés de la taxe sur le carbone et de diverses stratégies de recyclage des revenus. Hors tout recyclage, il est possible de réduire les émissions de 9 % en Indonésie, mais au prix d’un accroissement des inégalités. Avec le recyclage des revenus, la réduction des émissions est plus faible (entre 4 et 8 %) mais les inégalités sont réduites et la transition est plus juste.

Une transition à mener par étapes

Ce type de politique avec compensations caractériserait une transition énergétique « juste » et équitable, mais elle doit être préparée avec soin pour en maximiser l’acceptabilité sociale, éviter des effets « gilets jaunes » dans une société très diverse et fragmentée et qui a connu récemment une agitation sociale. Et en prêtant une attention particulière à la classe moyenne qui vote et aux îles hors Java, qui se sentent moins considérées.

L’étude recommande de démarrer par une taxation basée sur les carburants, point de départ plus faisable qu’une taxe basée sur les émissions directes de CO2. Cela permettrait de mettre en place une stratégie territorialement différenciée, de minimiser les disparités régionales et d’améliorer la faisabilité politique, tout en s’orientant progressivement vers des mécanismes de tarification du carbone plus larges et sophistiqués après l’élimination complète des subventions énergétiques. Associée à des mécanismes de compensation mis en place graduellement, elle permettrait une transition progressive tout en évitant des charges excessives pour les ménages et régions en insécurité énergétique. Les revenus pourraient être réinvestis dans l’amélioration de l’accès à l’énergie dans la région, en particulier dans l’est de l’Indonésie.


Fourni par l’auteur

Au moment où l’Indonésie est candidate à l’OCDE, cette étude offre une approche et des outils pour construire une transition énergétique nourrie des expériences — heureuses ou malheureuses — des pays industriels.


Cette étude menée par LPEM s’inscrit dans le cadre de l’Extension de la Facilité de recherche sur les inégalités, coordonnée par l’AFD et financée par la Commission européenne pour contribuer à l’élaboration de politiques publiques visant la réduction des inégalités dans quatre pays (Afrique du Sud, Mexique, Colombie et Indonésie).

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Transition énergétique juste : comment éviter les gilets jaunes en Indonésie ? – https://theconversation.com/transition-energetique-juste-comment-eviter-les-gilets-jaunes-en-indonesie-271487

Cent ans après sa sortie, « Le Cuirassé Potemkine » d’Eisenstein continue de fasciner

Source: The Conversation – France (in French) – By Dušan Radunović, Associate Professor/Director of Studies (Russian), Durham University

L’escalier d’Odessa, où a lieu cette scène de massacre, s’est invité dans le cinéma mondial à de nombreuses reprises en cent ans. Goskino / WIkipedia, CC BY

S’il ne s’en tient que partiellement à la réalité des événements de cette mutinerie de 1905, « Le Cuirassé Potemkine » montre comment un film historique peut façonner la mémoire collective et le langage cinématographique.


Film phare du cinéma russe, Le Cuirassé Potemkine de Sergei Eisenstein a été présenté pour la première fois à Moscou le 24 décembre 1925. Mais les nombreux hommages rendus par les cinéastes tout au long du siècle qui a suivi démontrent s’il le fallait qu’il est toujours pertinent aujourd’hui. Qu’est-ce qui a donc fait de cette œuvre, connue pour sa manière audacieuse de traiter les événements historiques, l’un des films historiques les plus influents jamais réalisés ?

L’histoire de la réalisation du film apporte quelques éléments de réponse. Après le succès de son premier long-métrage en 1924, La Grève, Eisenstein fut chargé en mars 1925 de réaliser un film commémorant le 20e anniversaire de la révolution russe de 1905. Cette vaste révolte populaire, déclenchée par des conditions de travail déplorables et un profond mécontentement social, secoua l’Empire russe et constitua un défi direct à l’autocratie impériale. L’insurrection échoua, mais sa mémoire perdura.

Initialement intitulé L’Année 1905, le projet d’Eisenstein s’inscrivait dans un cycle national d’événements publics commémoratifs à travers toute l’Union soviétique. L’objectif était alors d’intégrer les épisodes progressistes de l’histoire russe d’avant la Révolution de 1917 – dans laquelle la grève générale de 1905 occupait une place centrale – au tissu de la nouvelle vie soviétique.

Le scénario original envisageait le film comme la dramatisation de dix épisodes historiques marquants, mais sans lien direct entre eux, survenus en 1905 : le massacre du Dimanche rouge et la mutinerie sur le cuirassé impérial Potemkine, entre autres.

La fameuse scène de l’escalier d’Odessa, tiré du film « Le Cuirassé Potemkine ».

Tourner la mutinerie, recréer l’histoire

Le tournage principal débuta à l’été 1925, mais rencontra peu de succès, ce qui poussa un Eisenstein de plus en plus frustré à déplacer l’équipe vers le port méridional d’Odessa. Il décida alors d’abandonner la structure épisodique du scénario initial pour recentrer le film sur un seul épisode.

La nouvelle histoire se concentrait exclusivement sur les événements de juin 1905, lorsque les marins du cuirassé Potemkine, alors amarré près d’Odessa, se révoltèrent contre leurs officiers après avoir reçu l’ordre de manger de la viande pourrie infestée de vers.

La mutinerie et les événements qui suivirent à Odessa devaient désormais être dramatisés en cinq actes. Les deux premiers actes et le cinquième, final, correspondaient aux faits historiques : la rébellion des marins et leur fuite réussie à travers la flotte des navires loyalistes.

Quant aux deux parties centrales du film, qui montrent la solidarité du peuple d’Odessa avec les mutins, elles furent entièrement réécrites et ne s’inspiraient que très librement des événements historiques. Et pourtant curieusement, cent ans après sa sortie, sa réputation de récit historique par excellence repose principalement sur ces deux actes. Comment expliquer ce paradoxe ?

La réponse se trouve peut-être dans les deux épisodes centraux eux-mêmes, et en particulier dans le quatrième, avec sa représentation poignante d’un massacre de civils désarmés – dont la célèbre scène du bébé dans une poussette incontrôlable, dévalant les marches – qui confèrent au film une forte résonance émotionnelle et lui donnent une assise morale.

De plus, bien que presque entièrement fictive, la célèbre séquence des escaliers d’Odessa intègre de nombreux thèmes, historiquement fondés, issus du scénario original, notamment l’antisémitisme généralisé et l’oppression exercée par les autorités tsaristes sur leur peuple.

Ces événements sont ensuite rendus de manière saisissante grâce à l’usage particulier du montage par Eisenstein, qui répète les images de la souffrance des innocents pour souligner la brutalité impersonnelle de l’oppresseur tsariste.

Le Cuirassé Potemkine peut être perçu comme une œuvre de mémoire collective, capable de provoquer et de diriger une réaction émotionnelle chez le spectateur, associant passé et présent pour les redéfinir d’une manière particulière. Mais, un siècle plus tard, la manière dont Eisenstein traite le passé, insistant pour établir un lien émotionnel avec le spectateur tout en recréant l’histoire, reste étroitement liée à nos propres façons de nous souvenir et de construire l’histoire.

Avec le recul de 2025, Le Cuirassé Potemkine, avec son idéalisme révolutionnaire et sa promesse d’une société meilleure, a perdu une grande part de son attrait, après la trahison de ces mêmes idéaux, des purges staliniennes des années 1930 jusqu’à la dévastation actuelle de l’Ukraine. Les spectateurs contemporains auraient besoin que le message originel du film soit revitalisé dans de nouveaux contextes, invitant à résister au pouvoir et à l’oppression, et à exprimer la solidarité avec les marginalisés et les opprimés.

Échos dans le cinéma moderne

Il n’est pas surprenant que le British Film Institute ait choisi cette année pour publier une version restaurée du film, car il a exercé une influence si profonde et omniprésente sur la culture visuelle occidentale que de nombreux spectateurs ne réalisent peut-être pas à quel point son langage est ancré dans le cinéma grand public.

Comment Hollywood a réinterprété la fameuse scène des escaliers.

Alfred Hitchcock a repris avec succès les techniques de montage frénétique et chaotique d’Eisenstein dans la scène de la douche de Psychose (1960), où l’horreur naît moins de ce qui est montré que de ce qui est suggéré par le montage. Il rend également un hommage explicite à Eisenstein lors du deuxième meurtre du film, qui se déroule sur l’escalier de la maison des Bates.

Ce schéma a ensuite été repris dans de nombreux films, notamment dans le Batman (1989) de Tim Burton avec le Joker interprété par Jack Nicholson. Nicholson lui-même avait déjà joué une confrontation violente sur un escalier dans Shining (1980) de Stanley Kubrick, tandis que Joker (2019) de Todd Phillips est devenu emblématique pour une séquence de danse controversée sur un escalier public.

L’Exorciste (1973) de William Friedkin semble lui aussi beaucoup devoir au style d’Eisenstein, avec deux morts qui se déroulent au bas de l’escalier désormais iconique de Georgetown. Brazil (1985) de Terry Gilliam fait lui aussi un clin d’œil parodique à Eisenstein, mais c’est Les Incorruptibles (1987) de Brian De Palma qui constitue l’hommage le plus explicite à la séquence des escaliers d’Odessa, notamment avec la scène du bébé dans la poussette incontrôlable, plaçant ainsi l’influence d’Eisenstein au cœur du cinéma hollywoodien contemporain.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Cent ans après sa sortie, « Le Cuirassé Potemkine » d’Eisenstein continue de fasciner – https://theconversation.com/cent-ans-apres-sa-sortie-le-cuirasse-potemkine-deisenstein-continue-de-fasciner-272594

La femme que Marx n’a jamais voulu rencontrer : Flora Tristán, l’autodidacte qui aurait pu changer l’histoire du socialisme

Source: The Conversation – in French – By María Begoña Pérez Calle, Professor of Economics, Universidad de Zaragoza

Flora Tristán est morte à Bordeaux à l’âge de 41 ans.
Wikimedia Commons, CC BY

Autodidacte et militante infatigable, Flora Tristán a observé la réalité sociale avec un regard de scientifique pour proposer un modèle alternatif de société et de travail.


Pour Flora Tristán (Paris, 1803-Bordeaux, 1844), la transformation de la société devait être intégrale, et la communication avec les masses laborieuses était aussi importante que la diffusion littéraire de son modèle. C’est pourquoi elle ne se contenta pas d’écrire pour ceux qui pouvaient payer un livre et le lire, mais chercha à sensibiliser directement les classes travailleuses.

Sa proposition novatrice impliquait un lien indissociable entre la question ouvrière et la question féminine : il n’y aurait pas de libération prolétarienne sans libération des femmes. L’émancipation était donc la condition nécessaire de la justice universelle. Flora Tristán anticipa ainsi des débats qui, bien des années plus tard, occuperaient une place centrale dans les discours féministes.

Bien qu’elle soit née dans un milieu aristocratique, l’écrivaine, penseuse socialiste et féministe franco-péruvienne, considérée comme l’une des pionnières du féminisme moderne et une précurseure du mouvement ouvrier international, ne reçut pas l’éducation d’institutrices.

À l’âge de quatre ans, le malheur frappa sa famille avec la mort de son père, Mariano Tristán y Moscoso, qui n’avait pas régularisé juridiquement son mariage avec sa mère, Thérèse Laisnay. Or, le droit français ne reconnaissait pas comme légitime un mariage uniquement religieux. La jeune veuve, enceinte d’un autre enfant et privée de patrimoine, partit donc vivre à la campagne avec Flora pendant plusieurs années, et la petite famille connut un vrai déclassement.

Une vie de proscrite

De retour à Paris, alors adolescente et ouvrière, Flora Tristán épousa en 1821 son jeune patron, André Chazal. Quatre ans plus tard, après de nombreuses dissensions conjugales et enceinte de son troisième enfant, elle s’enfuit du domicile conjugal en abandonnant son mari. Le divorce n’existait pas. La séparation des Chazal n’était pas légale. Pendant plusieurs années, Flora vécut comme une proscrite en France et en Angleterre. En 1833, elle traversa l’océan pour réclamer son héritage au Pérou auprès des Tristán. La famille l’accueillit plutôt favorablement et son oncle lui attribua certaines rentes, mais sans lui reconnaître de droit à l’héritage.

Elle revint en Europe deux ans plus tard, ajoutant à son expérience personnelle un important travail de terrain. Elle avait développé une méthodologie pionnière pour décrire et dénoncer les injustices de race, de classe et de genre : voyager, dialoguer, recueillir des données à l’aide du modèle de l’enquête, et élaborer des analyses et des propositions.

Ainsi, Flora Tristán, autodidacte, fit de la véritable science sociale à partir de l’observation de la réalité, développant des travaux innovants qui fusionnaient réflexion théorique et expérience pratique.

Dans des ouvrages tels que Pérégrinations d’une paria (1838) ou Promenades dans Londres (1840), elle dénonça la misère et le manque d’instruction des classes laborieuses, la pauvreté infantile, la prostitution et la discrimination dont étaient victimes les femmes. Elle pointa les inégalités structurelles de la société capitaliste comme la racine de ces problèmes.

Face à cette situation, elle proposa son modèle d’organisation sociale, dont l’élément central était un prolétariat consolidé à travers l’Union ouvrière. Ce prolétariat devait être formé et bénéficier de protection sociale. Il ne s’agissait pas seulement de se constituer en force productive, mais aussi de transformer l’histoire.

Militante d’un socialisme en devenir

À partir de 1835, elle remporta un franc succès littéraire et s’attira l’estime des cercles intellectuels. C’est au sein de l’Union Ouvrière qu’elle choisit de s’engager comme militante d’un socialisme naissant, affirmant un style qui lui était propre et se faisant la porte-parole passionnée de ses idées, de ses modèles et de ses théories.

Elle entama ainsi son tour de France, un exercice harassant de communication de masse. Ce mode de vie était inhabituel pour une femme de son époque. Mais Flora Tristán mit son talent intellectuel au service d’une mission rédemptrice en laquelle elle croyait profondément.

Sa vision se caractérisait également par le rejet de la violence révolutionnaire comme unique voie de salut. Elle reconnaissait l’antagonisme entre travail et capital, mais ses stratégies réformatrices sociales reposaient sur la fraternité. Son but était d’atteindre la justice et l’amour universel.

Sa vocation de femme messie lui donna la force de diriger et d’échanger avec des milliers d’ouvriers et d’ouvrières lors de ses tournées à travers la France. Sa santé était fragile, avec un possible problème tumoral, et tous ces voyages la laissèrent exsangue. Des efforts incessants qui, combinés à un probable typhus, précipitèrent sa mort en 1844, quatre ans avant la publication du Manifeste du Parti communiste.

Après sa mort, sa voix ne fut pas intégrée au socialisme de Karl Marx et Friedrich Engels, que ce dernier qualifiait de scientifique et qui plaçait la lutte des classes presque exclusivement au centre de sa réflexion. Engels qualifiait les approches antérieures d’« utopiques ».

Et pourtant, il suffit de parcourir les biographies de Robert Owen, Charles Fourier, des saint-simoniens et de Tristán elle-même pour constater que le terme « utopie » ne rend pas justice à la portée de leurs pensées et de leurs actions.

À la fin de 1843 à Paris, le philosophe allemand Arnold Rüge conseilla au jeune Marx de rencontrer Flora Tristán, mais celui-ci ne le fit pas. Engels, quant à lui, mentionna avoir connaissance de son œuvre, mais sans se départir d’une certaine indifférence.

Toujours en arrière-plan

Tristán est restée en arrière-plan de l’histoire officielle du socialisme, alors qu’elle avait anticipé de nombreux débats qui allaient plus tard prendre de l’importance. Plus d’un siècle plus tard, la mise en valeur – importante et nécessaire – de la dimension féministe de son discours a éclipsé tous les autres aspects.

Aujourd’hui, il est indispensable de reconnaître pleinement Flora Tristán, cette petite aristocrate déclassée qui n’eut pas de gouvernantes mais finit par apprendre auprès d’Owen et de Fourier.

Il faut également la reconnaître comme une socialiste du romantisme, une pionnière des sciences sociales, une communicante d’un talent extraordinaire et la créatrice d’un modèle alternatif de société, de production et de travail : l’Union Ouvrière.

On peut se demander ce qui se serait passé si elle avait vécu plus longtemps. Elle n’aurait vraisemblablement jamais accepté que son modèle de socialisme soit qualifié d’« utopique ». Si elle avait atteint 1864, elle aurait très probablement participé à la Première Internationale et, malgré sa condition de femme, sa présence impressionnante aurait sans doute influencé d’une manière ou d’une autre le cours du socialisme.

The Conversation

María Begoña Pérez Calle ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La femme que Marx n’a jamais voulu rencontrer : Flora Tristán, l’autodidacte qui aurait pu changer l’histoire du socialisme – https://theconversation.com/la-femme-que-marx-na-jamais-voulu-rencontrer-flora-tristan-lautodidacte-qui-aurait-pu-changer-lhistoire-du-socialisme-272454

Les paysans du Moyen-Âge profitaient sans doute davantage des fêtes de fin d’année que nous

Source: The Conversation – in French – By Bobbi Sutherland, Associate Professor, Department of HIstory, University of Dayton

Le mois de Février, peint par les frères Limbourg pour le livre « Les Très Riches Heures du Duc Jean de Berry ». Ce n’est qu’au tout début de ce mois que s’achevaient les festivités de fin d’année. Pierce Archive LLC/Buyenlarge via Getty Images

Oui, les paysans du Moyen-Âge travaillaient dur. Pourtant, lorsqu’arrivait Noël, ils profitaient de périodes de fêtes bien plus longues que celles dont nous disposons aujourd’hui.


Lorsque l’on pense au Moyen Âge en Europe, viennent en tête des images de pauvreté écrasante, de superstition et d’obscurantisme. Pourtant, la réalité de cette période de mille ans, comprise entre 500 et 1500, était bien plus complexe. Et c’est particulièrement vrai lorsqu’on s’intéresse aux paysans, qui représentaient alors environ 90 % de la population.

Malgré leur dur labeur, les paysans disposaient de temps libre. En additionnant les dimanches et les nombreuses fêtes, environ un tiers de l’année était exempt de travail intensif. Les célébrations étaient fréquentes et s’articulaient autour des fêtes religieuses comme Pâques, la Pentecôte et les jours de saints. Mais la plus longue et la plus festive de toutes était Noël.

En tant que professeure d’histoire médiévale, je peux vous assurer que l’idée largement répandue selon laquelle la vie des paysans n’aurait été que misère est fausse. Ils menaient une vie sociale riche – peut-être même plus riche que la nôtre –, mangeaient correctement, faisaient souvent la fête et avaient des familles pas si différentes des nôtres. Pour eux, les célébrations de fin d’année commençaient bien avant Noël et se prolongeaient au-delà du Nouvel An.

La fête ne faisait alors que commencer.

# La vie quotidienne au village

Un paysan n’était pas simplement un pauvre, prisonnier de sa basse condition. Il s’agissait plutôt d’un agriculteur de subsistance qui devait à son seigneur une part de la nourriture qu’il produisait. Il lui fournissait également une partie de sa force de travail, ce qui pouvait inclure la construction de ponts ou la mise en culture des terres du seigneur.

En échange, le seigneur lui offrait une protection contre les bandits ou les envahisseurs. Il rendait aussi la justice par l’intermédiaire d’un tribunal et punissait les vols, les meurtres et autres crimes. En général, le seigneur résidait dans le village ou à ses alentours.

Le paysan, lui, vivait à la campagne, dans des villages dont la taille allait de quelques maisons à plusieurs centaines. Ces villages disposaient de fours banaux, de puits, de moulins à farine, de brasseries ou de tavernes, ainsi que de forgerons. Les maisons étaient regroupées au centre du village, le long d’un chemin de terre, et entourées de terres agricoles.

Selon les critères d’aujourd’hui, une maison paysanne était petite – en Angleterre, la surface moyenne était d’environ 65 mètres carrés. Elle pouvait être construite en tourbe, en bois, en pierre ou en torchis, une technique très proche du lattis-plâtre, avec des toits à poutres recouverts de paille. Les maisons possédaient une porte d’entrée, et certaines avaient même une porte arrière. Les fenêtres étaient couvertes de volets et, rarement, de verre. À part la cheminée, seules la lumière du Soleil, de la Lune, une lampe à huile ou une bougie éclairaient l’intérieur.

# Sexualité sans intimité

La journée était rythmée par les saisons et la lumière du soleil. La plupart des gens se levaient à l’aube, voire un peu avant ; les hommes partaient rapidement aux champs pour cultiver des céréales comme le blé et l’orge. Les femmes travaillaient à la maison et dans la cour, s’occupant des enfants, des animaux et du potager, tout en filant, cousant et cuisinant. Les paysans ne possédaient pas d’horloge, si bien qu’une recette pouvait recommander de cuire un plat pendant le temps nécessaire pour dire trois fois le Notre Père.

Vers midi, les gens faisaient généralement une pause et prenaient leur repas principal – souvent une soupe ou un ragoût. Leur alimentation pouvait inclure de l’agneau et du bœuf, ainsi que du fromage, du chou, des oignons, des poireaux, des navets et des fèves. Le poisson, en particulier le poisson d’eau douce, était également apprécié. Chaque repas comportait du pain.

La bière et le vin faisaient partie intégrante des repas. Selon nos critères, les paysans buvaient beaucoup, bien que le taux d’alcool de la bière et du vin soit inférieur à celui des boissons actuelles. Ils s’octroyaient souvent une sieste avant de retourner aux champs. Le soir, ils prenaient un repas léger, parfois seulement du pain, et passaient un moment à socialiser.

Ils se couchaient quelques heures après la tombée de la nuit, si bien que la durée de leur sommeil dépendait de la saison. En moyenne, ils dormaient environ huit heures, mais pas d’un seul tenant. Ils se réveillaient après un « premier sommeil », priaient, faisaient l’amour ou discutaient avec les voisins pendant une demi-heure à deux heures, puis retournaient se coucher pour environ quatre heures supplémentaires.

Les paysans ignoraient l’intimité telle que nous la concevons ; toute la maisonnée partageait souvent une seule grande pièce. Les parents faisaient l’amour tandis que leurs enfants dormaient à proximité. Les couples mariés partageaient un lit, et l’un de leurs jeunes enfants pouvait dormir avec eux, bien que les nourrissons aient des berceaux. Les enfants plus âgés dormaient souvent à deux par lit.

Un Noël médiéval

La vie n’était certes pas facile. Mais les périodes de repos et de loisirs dont ils bénéficiaient étaient enviables. Aujourd’hui, [aux États-Unis, (NDT)] beaucoup de gens commencent à penser à Noël après Thanksgiving, et l’esprit des fêtes s’éteint généralement dès le début janvier. Au Moyen Âge, cela aurait été impensable.

L’Avent commençait avec la fête de Saint Martin. À l’époque, elle avait lieu 40 jours avant Noël ; aujourd’hui, c’est le quatrième dimanche avant la fête. Pendant cette période, les chrétiens occidentaux respectaient un jeûne ; moins strict que celui du Carême, ils limitaient la consommation de viande et de produits laitiers à certains jours de la semaine. Ces règles symbolisaient non seulement l’absence et le désir, mais elles permettaient aussi de rationner la nourriture après la fin des récoltes et avant que les viandes ne soient complètement salées ou fumées.

Noël lui-même était synonyme de festins et d’ivresse – et durait près de six semaines.

Le 25 décembre était suivi des 12 jours de Noël, qui se terminaient avec l’Épiphanie le 6 janvier, commémorant la visite des Mages à Jésus, Marie et Joseph. On échangeait des cadeaux, souvent sous forme de nourriture ou d’argent, bien que cela se fasse plus couramment le jour de l’An. Les gibiers à plumes, le jambon, les tourtes à la viande et les vins épicés figuraient parmi les mets populaires, les épices étant censées réchauffer le corps.

Bien que Noël célèbre officiellement la naissance de Jésus, il était clairement associé à des fêtes préchrétiennes mettant l’accent sur le solstice d’hiver et le retour de la lumière et de la vie. Ainsi, les feux de joie, les bûches de Noël et les décorations d’arbres faisaient partie des festivités. Selon la tradition, Saint François d’Assise a créé la première crèche en 1223.

[En Angleterre (NDT)] Noël se terminait lentement, le premier lundi après l’Épiphanie étant appelé le « Plough Monday » (« lundi de la charrue ») car il marquait le retour au travail agricole. La fin complète de la saison avait lieu le 2 février – date de la Chandeleur – qui coïncide avec l’ancienne fête païenne d’Imbolc. Ce jour-là, on bénissait les bougies pour l’année à venir, et toute décoration laissée en place risquait, selon la tradition celte, d’être infestée de gobelins.

Aujourd’hui, beaucoup se plaignent du stress des fêtes : achats, trajets, cuisine, ménage et toute une foule d’obligations. Et la fenêtre pour tout accomplir est particulièrement réduite : Noël est le seul jour férié. C’est pourquoi, moi, je rêve d’un Noël médiéval.

The Conversation

Bobbi Sutherland ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les paysans du Moyen-Âge profitaient sans doute davantage des fêtes de fin d’année que nous – https://theconversation.com/les-paysans-du-moyen-age-profitaient-sans-doute-davantage-des-fetes-de-fin-dannee-que-nous-272562

Petite histoire des jeux vidéo en famille, entre inquiétudes et transmission culturelle

Source: The Conversation – in French – By Quentin Dumoulin, MCU -psychologie, psychopathologie clinique, Université Côte d’Azur

Sources de multiples craintes à leur apparition, taxés d’isoler les jeunes et de les exposer à des contenus violents, les jeux vidéo sont devenus des espaces de dialogue où se négocient des règles familiales et où se transmet un patrimoine ludique. Retour sur ce changement de statut qui dessine une évolution des liens entre parents et enfants à l’ère numérique.


Longtemps, le jeu vidéo a été un objet suspect. À son arrivée dans les foyers occidentaux, au cours des années 1970 et 1980, il s’est imposé comme un intrus silencieux, échappant largement au regard des adultes. Les premières consoles domestiques – de l’Atari 2600 à la Nintendo – inaugurent une pratique majoritairement solitaire, absorbante, et perçue comme coupée du monde social.

Très vite, le jeu vidéo cristallise des paniques morales comparables à celles qu’avaient suscitées avant lui le rock, la bande dessinée ou la télévision.

Dans les années 1990, la peur change de registre. Avec la médiatisation des jeux dits « violents » – de Doom à Grand Theft Auto – le jeu vidéo est régulièrement pointé du doigt dans les discours sur la délinquance juvénile. Les controverses autour de la violence, de l’addiction ou de l’isolement social se multiplient, relayées par des travaux scientifiques souvent contradictoires.

Le jeu vidéo, terrain de crispations éducatives ou de dialogue

Un premier basculement s’opère toutefois au tournant des années 2000. L’essor du jeu en réseau, puis du jeu en ligne massif (World of Warcraft, Counter Strike), déplace la question : on ne joue plus seulement seul, mais avec d’autres joueurs qui peuvent être à proximité (en LAN) comme à l’autre bout du monde. Le jeu vidéo devient un espace de sociabilité, de coopération, de compétition réglée.

Dans le même temps, la Wii de Nintendo, puis les jeux dits casual entrent physiquement dans le salon et reconfigurent les usages familiaux, dépassant les frontières entre générations.

Aujourd’hui, le statut du jeu vidéo s’est renversé. Parents et enfants jouent ensemble, discutent des univers, des règles, des émotions éprouvées. Les jeux indépendants – par exemple That Dragon, Cancer ; Celeste) – abordent des thèmes existentiels, politiques ou intimes tandis que des titres grand public comme Minecraft ou Animal Crossing deviennent des terrains d’expérimentation partagés. C’est d’autant plus vrai que la pratique vidéoludique se fait essentiellement à la maison (86 %), comme l’indique l’enquête Ludespace qui a servi à l’ouvrage la Fin du game ? Les jeux vidéo au quotidien (2021).

Ce renversement n’efface pas les tensions. Le jeu vidéo reste un lieu de crispation éducative, autour du temps d’écran, de la régulation, du contrôle parental. Mais il est désormais aussi un objet médiateur, à partir duquel se négocient des règles, se transmettent des valeurs, se construisent des récits communs. D’objet honni à espace de rencontre, le jeu vidéo raconte ainsi, en creux, l’évolution des liens familiaux à l’ère numérique.

La transmission d’un patrimoine ludique

La dernière enquête annuelle du Syndicat des éditeurs de logiciels de loisirs (SELL) indique que plus de 7 Français sur 10 pratiquent régulièrement le jeu vidéo. Les parents des enfants et adolescents actuels sont dans la tranche d’âge 35-50 ans. Cela signifie qu’ils étaient eux-mêmes enfants ou adolescents entre 1985 et 2005 et sont donc potentiellement détenteurs d’une culture du jeu vidéo, des premières consoles pour les plus anciens aux jeux en 3D des années 2000. Ils ont aussi connu le phénomène du « jeu portable » avec la Game Boy et ses suites (1989-2003), la Nintendo DS (2004) voire la PSP (2007).

Culturellement, pour cette génération, le jeu vidéo n’est pas une pratique nouvelle, et elle ne se cantonne pas à l’enfance ou l’adolescence, puisque 75 % de ces parents continuent à jouer. Ils ont aussi baigné dans la culture mondialisée du média et sont familiers de ses icônes, qui font partie intégrante de leur vécu depuis l’enfance.

« Les 40 ans de Super Mario Bros », France 24, septembre 2025.

De ce point de vue, la transmission du patrimoine ludique à la génération suivante au sein de l’espace familial est cruciale, et visible dans les enquêtes publiques : l’intérêt pour une franchise, qui suppose la continuité culturelle, motive pratiquement un tiers des achats. Par ailleurs, qu’il s’agisse du jeu en ligne ou du jeu en local, plus de la moitié des joueurs, toutes générations confondues (autour de 55 %) indiquent qu’ils pratiquent à plusieurs et que le jeu vidéo est un loisir pour toute la famille à 88 %.

La place des « machines » dans l’espace familial

L’interrogation porte aussi sur ce qui se transmet. S’agit-il de personnages, de gameplays (façons de jouer) ou d’univers, tels qu’ils sont mis en avant par les éditeurs ou bien y-a-t-il autre chose, moins visible ou qui échappe au discours marketing et aux études de publics ?

La constitution de la famille comme telle qui a muté. Là où les familles faisaient des enfants, ce sont aujourd’hui les enfants qui font les familles. La transmission et la filiation s’en trouvent modifiées. Ce modèle individualiste se retrouve aujourd’hui dans l’économie des écrans des foyers. Le poste de télévision, où ne pouvait se dérouler qu’un programme ou qu’un jeu, a cédé sa place à près de six écrans par foyer en 2024.

Cette multiplication peut faire obstacle aux échanges intrafamiliaux, sur le mode : « seuls ensemble », chacun devant son écran. Cependant, les diffuseurs répondent à la demande de partage des consommateurs avec la catégorie « à regarder en famille » qui apparaît sur les plates-formes, ou les partages asynchrones, où chacun regarde le même programme.

Les parents ne sont pas aidés par les injonctions paradoxales des milieux de l’éducation et de la santé, se retrouvant, comme l’ont épinglé le journaliste François Saltiel et la chercheuse Virginie Sassoon, tour à tour gendarmes et dealers d’écrans.

Si les jeux vidéo n’ont pas débarrassé les parents et les familles du problème humain de la transmission, ce qui est désormais un fait, c’est la présence de la machine dans les foyers. Cette présence discrète, recouverte par l’écran « attrape-regard », est pourtant constante. Jouer à un jeu vidéo, c’est toujours jouer avec (ou contre) la machine. Ce qui se transmet dans la famille par le jeu vidéo, c’est également la familiarité de la machine.

Une culture en réinvention perpétuelle

Ernst Jentsch, psychiatre, avait mis à jour cet Unheimliche, cet inquiétant familier que l’essai de Sigmund Freud a popularisé. Ce concept s’édifie sur le fait que les objets, les lieux les plus familiers puissent apparaître, souvent de façon transitoire et brève, tout à fait inquiétants.

Freud prend ainsi l’exemple des moments où l’on ne reconnaît pas du premier coup son propre reflet dans un miroir. La machine permet de renouveler ces expériences d’inquiétante familiarité, ainsi que l’illustre la proposition de la « vallée de l’étrange » du roboticien Masahiro Mori et qui désigne ce moment où les robots, ressemblant à la fois « trop » et « pas assez » à un véritable être humain, en deviennent inquiétants.

Peut-être les jeux vidéo rejouent-ils, soutenus par la machine (le hardware), cette double et simultanée nature Unheimliche de la machine, familière et inquiétante à la fois.

Sans prétendre donner de guide prêt à l’emploi aux parents, on peut penser, dans le fil de ce que proposait Hannah Arendt, que la transmission s’effectue à la condition d’accorder une attention soutenue à la façon dont celui à qui l’on transmet réinvente ce qu’on lui lègue.

Au-delà des franchises reconduites génération après génération par les firmes marchandes, le succès pour le « retrogaming » et celui des différents émulateurs permettant de rejouer à des jeux anciens semblent témoigner que les jeux vidéo ne sortent pas de cette logique. Toutefois, ils ne résorberont sans doute pas l’inquiétante familiarité de ce qui se transmet : Restart and play again !

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Petite histoire des jeux vidéo en famille, entre inquiétudes et transmission culturelle – https://theconversation.com/petite-histoire-des-jeux-video-en-famille-entre-inquietudes-et-transmission-culturelle-272503

Les exosomes : au-delà des allégations de l’industrie cosmétique, un potentiel médical bien réel

Source: The Conversation – in French – By Guillaume van Niel, Directeur de recherche, chef d’équipe, responsable de plateforme organismes modèles alternatifs (poisson zèbre) UMR_S 1307 Centre de Recherche en Cancérologie et Immunologie Intégrée Nantes Angers, Nantes Université

Crèmes antirides, traitements contre la calvitie, « régénération cellulaire »… À en croire certains, les exosomes auraient de nombreuses vertus. Au-delà des sirènes du marketing, ces minuscules vésicules produites par nos cellules génèrent de nombreux espoirs dans le secteur de la recherche pharmaceutique, qu’il s’agisse de lutter contre le cancer, la maladie d’Alzheimer, ou d’établir des diagnostics.


Vous avez sûrement déjà lu le mot «exosomes» sur des étiquettes de produits cosmétiques vantant les dernières innovations en matière d’amélioration de la qualité de la peau, voire de lutte contre la calvitie. Si ces allégations marketing peuvent faire lever un sourcil dubitatif, la recherche sur les exosomes n’a, elle, rien de fantaisiste.

Ces minuscules particules, qui appartiennent à la grande «famille» des vésicules extracellulaires, sont étudiées par des milliers de chercheurs partout dans le monde. Il faut dire qu’elles ont un énorme potentiel, puisqu’elles pourraient ouvrir la voie à des traitements innovants pour mieux prendre en charge des maladies aussi diverses que le cancer, les maladies neurodégénératives et les infections virales.

Il reste cependant de nombreux défis scientifiques et technologiques à surmonter avant d’en arriver là. Faisons le point sur l’avancée des connaissances sur ce sujet.

De déchets cellulaires à acteurs majeurs dans l’organisme

Les vésicules extracellulaires sont de minuscules particules qui contiennent des protéines, des acides nucléiques, des lipides et des sucres, et qui sont libérées par les cellules (humaines, animales ou végétales) dans leur environnement. Elles sont produites soit activement, par sécrétion ou déformation de la membrane des cellules, soit passivement, après la mort cellulaire. On en dénombre actuellement jusqu’à 25 sous-types.

De taille variable, elles peuvent mesurer de 50 nanomètres (la taille d’un virus) à quelques micromètres (μm). Pour mémoire, une cellule humaine mesure en moyenne 50 μm, tandis que le diamètre d’un cheveu est compris entre 50 et 100 µm.

Les exosomes ne sont qu’un type parmi d’autres de vésicules extracellulaires. On désigne par ce terme celles qui ont été produites initialement à l’intérieur de la cellule émettrice, puis ont été libérées par des mécanismes de sécrétion actifs.

Les vésicules extracellulaires sont produites par toutes les sortes de cellules, qu’elles soient animales, végétales ou bactériennes, en culture comme in vivo ce qui explique leur popularité auprès des scientifiques.

Schéma simplifié de la biogenèse des exosomes.
Mécanisme de production d’exosomes par une cellule.
Adapté de Wikimedia Commons, d’après Raposo et Stoorvogel, 2013, CC BY

Les premières études menées sur les vésicules extracellulaires dans les années 1940 les ont cataloguées comme des «déchets» cellulaires. Si cette fonction reste d’actualité (et mériterait d’être davantage étudiée), c’est un autre de leur rôle qui a véritablement éveillé l’intérêt des scientifiques : celui de messager intercellulaire.

Des vésicules pour communiquer

Pour communiquer entre elles, les cellules disposent de différents moyens. Les cellules adjacentes peuvent échanger des informations directement par contact, grâce à des molécules qui constituent des jonctions ou des synapses. Lorsqu’il s’agit de communiquer à distance, les cellules ont recours à des messagers chimiques (les hormones constituent l’un des exemples les plus connus d’un tel mode de communication).

Dans les années 1990, les scientifiques ont mis en évidence la capacité de certaines vésicules extracellulaires à participer elles aussi à la communication entre cellules. Ils ont en effet remarqué que de telles vésicules pouvaient être transférées d’une cellule émettrice à une cellule réceptrice, et que leur intériorisation par cette dernière s’accompagnait d’une modification de son apparence (son «phénotype», selon le terme scientifique), témoignant de capacités de signalisation, voire de transfert de matériel.

Si les premiers exemples de cette communication ont été démontrés dans des processus liés à la réponse immunitaire, en réalité l’ensemble des processus physiologiques se déroulant au sein d’un organisme sont concernés, y compris ceux associés à des maladies ou des troubles.

Des applications prometteuses

Avant tout, crevons l’abcès : à l’heure actuelle, si les vésicules extracellulaires font rêver les industriels de la beauté pour leurs supposées propriétés régénératrices exceptionnelles, leur efficacité potentielle reste à démontrer.

Leurs effets «anti-âge» ne sont pas scientifiquement prouvés, pas plus qu’un effet supérieur sur le teint ou la texture de la peau par rapport à des «principes actifs» classiquement utilisés dans les produits cosmétiques.

Exosomes et cosmétiques: attention aux risques

    Certaines cliniques d’esthétique proposent l’utilisation de ce qui est présenté comme des exosomes d’origine humaine (dans l’Union européenne, leur utilisation est interdite en médecine esthétique), parfois même en microperforation (une pratique autorisée en France, contrairement à l’injection, interdite). Ces pratiques posent question, car la nature, l’origine, la qualité et la traçabilité de ces produits restent opaques (concentration, degré de pureté, toxicité, innocuité du traitement, risque viral…).

Cela ne signifie pas pour autant que les vésicules extracellulaires n’ont aucun intérêt : leur potentiel en médecine est indéniable, et concerne de nombreux domaines, du diagnostic à la prise en charge thérapeutique.

Elles se retrouvent en effet dans tous les fluides biologiques humains (sang, urine, etc.), ce qui souligne leur importance et leur potentiel diagnostique.

Utilisées comme biomarqueurs, les vésicules extracellulaires pourraient par exemple permettre d’évaluer les capacités de résilience des tissus, de détecter précocement les maladies, ou encore de mieux personnaliser les traitements et de surveiller en continu la santé des patients.

En matière de santé environnementale et de santé publique, elles pourraient constituer de nouveaux indicateurs permettant notamment d’évaluer les altérations de notre santé par la pollution (notamment en lien avec les maladies respiratoires, ou de mesurer l’accumulation de polluants dans notre organisme.

Certaines vésicules extracellulaires pourraient être utilisées comme biomarqueurs circulants. Cette approche repose sur le fait que ces vésicules sont libérées dans les fluides biologiques – ce qui peut faciliter leur récupération – et que leurs nombres (ainsi que leur composition) peuvent refléter l’état de la cellule qui les produit.

Les vésicules extracellulaires sont en quelque sorte le miroir des facultés d’adaptation ou des changements pathologiques dans l’organisme.

Des essais précliniques déjà en cours

Un exemple concret d’utilisation des vésicules extracellulaires en tant que biomarqueurs est la mise sur le marché des tests diagnostiques destinés à détecter précocement le cancer de la prostate, en utilisant les vésicules extracellulaires urinaires. Cette approche offre une alternative moins invasive et potentiellement plus précise que les tests traditionnels.

Divers essais cliniques sont en cours, concernant surtout la détection de tumeurs ou de maladies neurodégénératives, même si l’utilité des vésicules extracellulaires dans les contextes d’autres pathologies, comme les maladies métaboliques et inflammatoires, est aussi explorée.

S’il s’agit en immense majorité d’essais préliminaires, de petite taille, les espoirs soulevés sont à la mesure des enjeux : fournir des outils capables de détecter précocement des maladies dont les symptômes peuvent mettre des décennies à se manifester.

Il faut néanmoins garder à l’esprit qu’un tiers des essais cliniques ont pour but de valider l’utilisation des vésicules extracellulaires en tant que biomarqueurs utilisables en complément à différents tests diagnostiques déjà existants.

Les chercheurs explorent également l’utilisation de telles vésicules comme marqueurs de l’efficacité de certains traitements. L’espoir est qu’il soit possible de suivre la réponse aux traitements des patients en suivant les variations du contenu de leurs vésicules extracellulaires, et ainsi d’adapter la prise en charge en temps réel.

Au-delà du diagnostic et du suivi de la réponse aux traitements, ces particules pourraient aussi avoir un rôle à jouer en tant que vecteurs de thérapies.

Traiter les maladies de manière plus ciblée, plus sûre et plus efficace

Le potentiel des véhicules extracellulaires en tant qu’agents thérapeutiques est également activement évalué. Modifiées, elles pourraient par exemple constituer des nanovecteurs, autrement dit des véhicules nanoscopiques capables de transporter des médicaments à des endroits très précis de l’organisme.

Par ailleurs, leur composition étant partiellement commune à celle des cellules qui les produisent, elles en partagent aussi certaines fonctions.

Ainsi, les vésicules extracellulaires provenant de cellules dendritiques (des cellules du système immunitaire qui patrouillent dans l’organisme et alertent les autres cellules participant à sa défense en cas de problème) sont capables d’induire une réponse du système immunitaire quand elles rencontrent des lymphocytes T appropriés.

Cette fonctionnalité a notamment été évaluée dans l’un des premiers essais cliniques sur les vésicules extracellulaires de phase 2 (où l’efficacité par rapport aux traitements classiques peut être évaluée). Mené en France, cet essai utilisait des vésicules extracellulaires de cellules dendritiques mises en présence avec un antigène tumoral (un fragment de tumeur capable de déclencher une réponse immunitaire lorsqu’il est présenté par les cellules dendritiques aux autres cellules immunitaires).

L’objectif était d’éduquer le système immunitaire des patients atteints de cancer contre leur propre tumeur. Cet essai a cependant été interrompu après traitement de 22 patients, car les réponses des patients ne se sont pas avérées à la hauteur des espoirs, et les cliniciens souhaitaient plutôt essayer d’autres traitements expérimentaux d’immunothérapie non basée sur les exosomes.

Autre type de vésicules extracellulaires intéressantes : celles provenant de cellules souches. En effet, elles partagent également les propriétés régénératives de ces cellules indifférenciées, capables de donner de nombreuses sortes de cellules spécialisées. Des travaux explorent la possibilité d’utiliser ces vésicules pour favoriser la survie cellulaire ou la régénération des tissus endommagés, par exemple après une radiothérapie. Elles pourraient aussi être employées pour traiter des pathologies inflammatoires chroniques (comme les maladies ostéo-articulaires), ou d’autres pathologies liées à un état inflammatoire exacerbé, voire les maladies cardiovasculaires.

Les vésicules auraient alors des avantages significatifs par rapport aux cellules souches, en particulier d’être non-réplicatives, évitant une «infection» de l’organisme, congelables, et de provoquer peu de réactions du système immunitaire.

Les neurosciences s’intéressent de près aux vésicules des systèmes nerveux. Les vésicules extracellulaires régénératrices suscitent par exemple des espoirs immenses en matière de réparation ou de protection des cellules cérébrales, notamment dans des affections comme la maladie d’Alzheimer ou de Parkinson.

Véhiculer les médicaments

D’autres propriétés des vésicules extracellulaires en font des candidats idéaux pour le ciblage thérapeutique. Elles peuvent en effet être utilisées pour transporter des molécules bioactives (protéines, ARN, etc.), protégeant ainsi ces molécules d’une dégradation naturelle qui diminuerait leur efficacité. À l’inverse, elles peuvent servir à isoler des principes actifs qui seraient trop toxiques pour l’organisme sous forme soluble.

Les vésicules extracellulaires peuvent aussi avoir la capacité de se lier spécifiquement à certains types de cellules (ou l’acquérir grâce à des manipulations de bio-ingénierie). Les chercheurs espèrent pouvoir les utiliser pour transporter des ARN interférents ou des médicaments anticancéreux directement dans les cellules tumorales, sans affecter les cellules saines environnantes. Cela permettrait d’augmenter l’efficacité des traitements tout en réduisant les effets secondaires indésirables.

Dans le cas des infections virales, des recherches explorent le potentiel des vésicules extracellulaires pour transporter des molécules antivirales ou pour renforcer la réponse immunitaire contre des infections telles que le Covid-19 ou le VIH.

Un marché économique conséquent, malgré de nombreuses inconnues

Les vésicules extracellulaires présentent donc un potentiel énorme en médecine de précision et en médecine personnalisée. Des essais cliniques de phase I et II contre les tumeurs malignes avancées ont déjà démontré la faisabilité et la sécurité de l’utilisation des vésicules extracellulaires à des fins thérapeutiques.

Conséquence de l’espoir soulevé par ces approches, des projections récentes indiquent que la taille du marché mondial des vésicules extracellulaires pourrait atteindre plus de 200 millions de dollars en 2025, avec, dans les années à venir, un taux de croissance exponentiel.

Certains experts du domaine de l’application thérapeutique des vésicules extracellulaires considèrent que le marché «maladies» risque de se trouver prochainement, voire serait déjà, dans la phase de «creux de la désillusion» après avoir atteint un «pic d’attentes exagérées». La principale raison de cette désillusion est l’immaturité de ce domaine de recherche, notamment en matière de mécanismes d’action et d’outils diagnostiques validés.

Des structures très difficiles à étudier

    La diversité des vésicules extracellulaires (origine, taille, contenu) rend leur isolement, leur analyse et leur classification très complexes.

    Les extraire d’un fluide biologique ou d’une culture cellulaire nécessite des techniques de pointe. Cependant, même les méthodes les plus sophistiquées peuvent co-isoler des débris cellulaires ou des contaminants, ce qui complique l’interprétation des résultats.

Depuis 2005, les dizaines d’études cliniques portant sur les vésicules extracellulaires employées comme médicaments ont eu recours à des méthodes d’isolement et de caractérisation très variées, ce qui rend ces études difficiles à comparer.

Par ailleurs, ces travaux fournissent peu ou pas d’informations sur les mécanismes d’action, en particulier concernant leur capacité à contrer les mécanismes à l’origine des maladies. Or, cette information est nécessaire pour pouvoir tester et valider chaque préparation avant utilisation.

En outre, alors que l’on sait que la grande majorité des vésicules extracellulaires sont éliminées du système vasculaire en quelques minutes, les études disponibles n’ont rapporté aucune donnée concernant leur devenir dans les organismes (pharmacocinétique), l’endroit où elles se retrouvent (biodistribution) ou leur efficacité de ciblage.

Ces lacunes s’expliquent par le manque d’outils permettant d’étudier ces messagers nanométriques au sein des êtres vivants, en raison de leur minuscule taille et de leur hétérogénéité.

Quelles sont les prochaines étapes ?

Avant d’arriver à une mise sur le marché de traitements à base de vésicules extracellulaires, de nombreux obstacles restent encore à surmonter.

Il faudra notamment :

  • améliorer et standardiser les méthodes de production et d’isolement des vésicules extracellulaires à grande échelle tout en conservant leur propriété active, par exemple régénératrice ;
  • développer de nouveaux modèles précliniques pour mieux appréhender leur comportement et leur devenir une fois injectées dans le corps humain, que ce soit leurs propriétés pharmacocinétiques, pharmacodynamiques et leur mécanisme d’action ;
  • établir des normes réglementaires de sécurité et d’efficacité pour les traitements à base de vésicules extracellulaires.

De nombreux efforts sont actuellement déployés en ce sens, et l’ensemble des avancées obtenues est structuré, échangé et débattu par des comités et groupes de travail au sein de sociétés savantes à l’échelle internationale comme l’ISEV) et nationale comme la FSEV). Les enjeux sont importants, il en va par exemple de la crédibilité d’usage de l’information scientifique, et de la souveraineté scientifique.

Soulignons que le passé récent nous a démontré que les obstacles techniques ne sont pas forcément insurmontables : voici 30 ans, peu de gens croyaient au potentiel thérapeutique des ARN messagers.

En attendant d’obtenir des données scientifiques solides concernant l’efficacité des exosomes, leurs mécanismes d’action, et leur valeur ajoutée par rapport aux approches existantes, mieux vaut écouter les mises en garde répétées de la communauté scientifique. Et éviter de céder à la surenchère et à la «scienceploitation» – autrement dit, l’exploitation de termes scientifiques pour vendre des produits sans preuves solides d’efficacité – par certains acteurs du marché de la cosmétique.

The Conversation

Guillaume van Niel a reçu des financements de l’ANR, La région Pays de la Loire, France Alzheimer, l’ARC, l’INCA, la fondation Recherche Alzheimer, la communauté Européene. Guillaume van Niel est co-fondateur et ancien président de la FSEV.

Christian Neri a reçu des financements de l’ANR, de CNRS Innovation, et de fondations (FRM, Association Huntington France, Hereditary Disease Foundation, Fondation CHDI). Christian Neri est membre du bureau de sociétés savantes en France (Président de la FSEV) et à l’étranger (ISEV).

Clotilde Théry a reçu des financements de l’ANR, l’INCa, et de fondations (ARC, FRM, Fondation de France). Clotilde Théry est co-fondatrice et ancienne présidente de la société internationale des EVs (ISEV), et co-fondatrice et ancienne vice-trésorière de la sociéte française des EVs (FSEV).

ref. Les exosomes : au-delà des allégations de l’industrie cosmétique, un potentiel médical bien réel – https://theconversation.com/les-exosomes-au-dela-des-allegations-de-lindustrie-cosmetique-un-potentiel-medical-bien-reel-272313

Quel rôle pour la production hors-sol dans l’agriculture de demain ?

Source: The Conversation – in French – By Marie-Pierre Bruyant, Sciences végétales, UniLaSalle

Produire des légumes en hydroponie, en aéroponie ou en aquaponie. Tel est le pari de la production agricole hors-sol qui suscite ces dernières années tantôt l’engouement, tantôt la critique. Quels atouts et quelles limites présente-t-elle, et quel rôle lui donner dans l’indispensable transition que doit connaître l’agriculture ?


Dans nos imaginaires, l’agriculture est souvent associée à un tracteur, un grand champ et des vaches qui pâturent. Mais la réalité économique, écologique et sociétale nous invite aujourd’hui à repenser ce modèle d’agriculture si nous voulons, dans un contexte de dérèglement climatique, reprendre la main sur notre autonomie alimentaire.

Parmi les pistes existantes pour dessiner une agriculture capable de répondre à ces défis, la production hors-sol présente certains atouts, mais également de gros inconvénients. Complémentaire d’autres approches, elle ne solutionnera en aucun cas seule les enjeux.

Changement climatique, urbanisation et pertes de sols agricoles

Le dérèglement climatique, par les phénomènes climatiques extrêmes courts, mais intenses et fréquents qu’il engendre, affecte déjà profondément les productions agricoles de certaines régions du monde. Il vient ainsi accélérer la migration vers les villes, processus qui depuis 1950 a déjà fait bondir la population urbaine de 30 à 60 % de la population mondiale. Cette dernière continue en outre sa progression : de 8,2 milliards de personnes aujourd’hui, elle devrait atteindre les 9,66 milliards en 2050, ce qui constitue également un défi majeur pour la sécurité alimentaire.

En parallèle, les principaux pourvoyeurs de cette dernière, à savoir les sols, sont aussi menacés.

Par l’artificialisation d’une part, directement liée à l’urbanisation, qui se manifeste en France par la disparition annuelle de 24 000 ha d’espaces naturels ou agricoles chaque année au profit de l’urbanisation et l’industrialisation.

Et par l’agriculture productiviste, qui contribue à affaiblir et mettre la main sur les surfaces agricoles et les espaces naturels, notamment les forêts : dans le monde, entre 43 et 45 millions d’hectares de terres ont été soumis à un accaparement par des géants de l’agroalimentaire, des spéculateurs fonciers, des entreprises minières ou des élites ou fonctionnaires d’État, afin d’y déployer des monocultures (huile de palme en Indonésie, soja en Amazonie, cultures légumières industrielles en Europe de l’Ouest…) qui endommagent les sols, participent parfois à déforester et ne font que renforcent la dépendance alimentaire de certains territoires.

Autant de facteurs qui menacent la sécurité alimentaire, et déjà engendrent des tensions, y compris en France comme nous a pu le voir en Martinique en octobre 2024, lorsque des violences ont éclaté pour protester contre des prix alimentaires 40 % plus élevés qu’en métropole.

Les productions hors-sol

Face à ces situations complexes, une évolution de nos systèmes agricoles est nécessaire. L’un des agrosystèmes qui ambitionne notamment répondre à la fois au manque de surfaces agricoles, les aléas climatiques et le besoin de relocalisation est la production agricole hors-sol. Elle se caractérise par son contrôle possible de tout ou partie de l’environnement de culture (lumière, température, hygrométrie, eau, nutriments, CO2, substrats/supports innovants…).

Surtout, elle facilite l’atténuation des effets du changement climatique comme la sécheresse, les inondations ou le gel tardif et est peu gourmande en eau. Certaines fermes hors-sol s’établissent dans des bâtiments réhabilités, des sous-sols ou des toits, ce qui n’occupe pas de nouvelles terres agricoles. Cette installation proche des centres-villes permet une production locale et faible en intrants, qui limite les coûts d’exportation et évite une contamination potentielle des sols.

Elle peut être intégrée à l’agriculture urbaine, périurbaine ou rurale et participer à la valorisation de friches industrielles abandonnées et/ou polluées, ou bien être incorporée au sein des exploitations comme un outil de diversification. Cela demande un contrôle parfait des paramètres physico-chimiques et biologiques de la croissance des plantes : d’abord la maîtrise des substrats, des supports de culture et de l’ancrage pour les racines ; ensuite la maîtrise de la fertilisation qui réponde aux besoins nutritifs de chaque plante.

Différents types de systèmes agricoles. 1) Plein air – pleine terre ; 2) Pleine terre sous abri (exemple de la culture sous tunnel) ; 3) hors sol sous abri (ici avec irrigation goutte à goutte) et 4) hors sol – high-tech (culture en hydroponie).
Adrien Gauthier, Fourni par l’auteur

Hydroponie, aéroponie et aquaponie

Ces systèmes prennent trois principales formes.

La plus connue du grand public est l’hydroponie : la majorité des tomates, concombres, courgettes, salades ou encore fraises produits hors-sol, sont cultivés selon cette technique. Cette méthode apporte tous les nutriments essentiels à la plante sous forme d’un flux liquide. On distingue : la culture en eau profonde où les racines sont immergées dans de grandes quantités d’eau et de nutriments ; la table à marée, où les nutriments sont apportés deux fois par jour par un système de montée et descente de l’eau riche en sels minéraux dans le bac de culture ; ou encore le système NFT (Nutrient Film Technique) dans lequel un flux continu de solution nutritive circule sans immerger complètement les racines grâce à un canal légèrement incliné, étanche et sombre.

L’aéroponie, quant à elle, est une méthode proche de l’hydroponie qui consiste à pulvériser directement sur les racines, sous forme de brouillard, les nutriments sans pesticide, adaptés à l’exigence de l’espèce cultivée. Les racines sont isolées de la canopée et placées dans des containers spéciaux les maintenant dans l’obscurité. Elle optimise l’oxygénation des racines, réduit les risques de maladies et favorise le développement de la plante.

Enfin, l’aquaponie, qui combine aquaculture et hydroponie, valorise les déjections de poissons élevés en bassin (dans un local dédié) pour nourrir les plantes. En contrepartie, les plantes prélèvent les nutriments et nettoient l’eau à l’aide de bactéries. Ces dernières rendent les nutriments disponibles et assimilables par les plantes. Une parfaite harmonie et un travail d’équipe !

Différents systèmes de ponies. A. culture en eau profonde, B. Système de table à marées, C. Aéroponie, D. Aquaponie. E. le système NFT (Nutrient Film Technique).
Adrien Gauthier, modifié d’après Rathnayake et Sharmilan, 2023, Fourni par l’auteur

Des techniques très critiquées

Cesdites techniques hors-sol sont toutefois la cible de nombreuses critiques : elles produiraient des fruits et légumes sans goût, qui ne voient ni le sol ni le soleil ou encore des aromatiques ou des micropousses qui « ne nourrissent pas son homme ». Cette acceptation sociale et culturelle dépend bien sûr beaucoup des pays. Alors que le hors-sol jouit d’une bonne image aux États-Unis et en Asie, les Européens se montrent plus sceptiques à l’idée de manger des fruits et légumes qui n’ont pas poussé dans du « vrai » sol.

Sur le plan économique par ailleurs, le coût d’investissement est élevé, quelques dizaines à plusieurs centaines de milliers d’euros. Et l’autre coût majeur est énergétique – malgré des progrès, une salade cultivée en agriculture conventionnelle tend à avoir un impact moindre sur l’environnement qu’une salade produite toute l’année en hors-sol.

Dans ce contexte, de nombreuses entreprises high-tech qui s’étaient engouffrées dans ce modèle ont déjà mis la clé sous la porte faute de rentabilité : la start-up d’herbes aromatiques Jungle, le producteur de fraises et de salades Agricool, ou encore Infarm, qui proposait des légumes cultivés en hydroponie, n’ont pas résisté.

Une solution parmi d’autres

Aujourd’hui, l’ambition de ces systèmes à petite échelle, qui offrent des variétés limitées, n’est pas de nourrir toute une population, mais simplement de contribuer à l’autonomie alimentaire des villes. Ces nouvelles fermes ont également l’avantage pédagogique de reconnecter les citoyens à la production agricole, et d’être un support intéressant pour découvrir le cycle de vie d’une plante.

En outre, ces fermes pourraient diversifier leur activité afin de rester viables en se tournant vers la production d’aliments à destination des animaux, de plantes alternatives aux protéines animales ou encore de plantes pour l’industrie pharmaceutique (molécules à haute valeur ajoutée).

Loin de venir sonner le glas de l’agriculture traditionnelle, la production hors-sol peut en revanche additionner ses efforts à ceux de cette dernière dans la quête de l’autonomie alimentaire.


Nous tenons à remercier Alice Legrand, Lisa Ménard et Clémence Suard, étudiantes qui ont contribué à la rédaction de l’article ont apporté sur notre propos leurs regards de jeunes agronomes.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Quel rôle pour la production hors-sol dans l’agriculture de demain ? – https://theconversation.com/quel-role-pour-la-production-hors-sol-dans-lagriculture-de-demain-265917

En Russie, le pouvoir développe une intelligence artificielle ouvertement idéologisée

Source: The Conversation – in French – By Iurii Trusov, chercheur en philosophie, docteur en sciences politiques, Université Bordeaux Montaigne

Conscientes du fait que les citoyens et, spécialement, les jeunes ont de plus en plus recours à l’IA générative, les autorités russes cherchent à mettre en place leurs propres systèmes qui diffuseront l’idéologie du Kremlin et sa vision de l’histoire.


Le 19 novembre, le robot humanoïde Green, basé sur l’intelligence artificielle, a accueilli Vladimir Poutine lors de la conférence sur l’IA de la plus grande banque de Russie, « Sber – AI Journey international conference ». Après plusieurs heures passées à examiner les avancées dans le domaine de l’IA, Poutine a prononcé un discours dans lequel il a déclaré que les technologies d’IA générative étaient d’une importance stratégique pour la Russie.

La Stratégie nationale de développement de l’IA, adoptée en 2019 et amendée en 2024, avait déjà fixé l’objectif de faire en sorte que la contribution cumulée des technologies d’IA au PIB russe dépasse les 11 000 milliards de roubles (119 milliards d’euros) d’ici à 2030. Cependant, les technologies de l’IA peuvent être utilisées non seulement pour moderniser l’économie, mais aussi pour perfectionner l’armement et pour renforcer le contrôle de la population, la censure et la propagande idéologique, tant à l’intérieur du pays qu’à l’échelle mondiale.

Développement de l’intelligence artificielle idéologisée en Russie

L’effondrement de l’Union soviétique et la fin de la guerre froide ont inspiré chez certains l’espoir que la « fin de l’Histoire » et des idéologies était arrivée, et que dorénavant seule la démocratie libérale dominerait en tant qu’idéologie viable.

Dans les faits, l’idéologie, appréhendée comme système d’idées qui masque la réalité des rapports de pouvoir et des relations économiques, n’a pas disparu pour autant. Telle que la définit le sociologue Karl Mannheim, l’idéologie est constituée d’idées que le pouvoir utilise pour préserver l’ordre politique existant. Elle peut contenir mensonges partiels, dissimulation de faits gênants, et même évoluer vers une idéologie totale – un état de cécité collective dans lequel les groupes dirigeants obscurcissent inconsciemment la réalité afin de préserver l’ordre établi.

Comme l’écrit Hannah Arendt, l’idéologie n’est pas liée à la réalité ; elle ne dépend ni des faits ni de notre expérience. C’est littéralement la logique d’une idée, c’est-à-dire la déduction des principes d’une nouvelle réalité à partir d’idées majeures, qu’il s’agisse de l’idée de supériorité raciale, de domination mondiale ou de la nécessité d’une numérisation totale de la société et de la surveillance.

Le pouvoir russe tente depuis longtemps de construire sa propre réalité : dans cette réalité, il n’y a pas de guerre, seulement une « opération militaire spéciale » ; le pays prospère dans la démocratie, bien que personne d’autre que Poutine et ses partisans ne soit autorisé à gouverner ; la liberté d’expression est pleinement respectée, quand bien même celui qui l’exerce risque fort d’être officiellement qualifié d’« agent de l’étranger » ou se retrouver en prison.

En 2024, le premier ministre, Mikhaïl Michoustine, a déclaré lors du forum Digital Almaty 2024 que le chatbot russe GigaChat et ChatGPT sont porteurs de visions du monde différentes, d’une compréhension différente de ce qui est « bien » et de ce qui est « mal ». Michoustine a également souligné qu’il est nécessaire d’utiliser une IA qui réponde aux intérêts nationaux, c’est-à-dire, en d’autres termes, de développer l’IA conformément à la nouvelle idéologie russe.

La différence entre les IA russes et américaines réside dans les ensembles de données sur lesquels elles ont été entraînées, ainsi que dans les filtres intégrés au système. Par exemple, le chatbot russe Alice AI, qui fonctionnait jusqu’à récemment sur le LLM YandexGPT et qui utilise désormais une nouvelle famille de modèles génératifs, lorsqu’on lui demande : « J’ai vu beaucoup de nouvelles, mais je n’ai pas compris à qui appartient actuellement la Crimée. Explique-moi le problème », fournit d’abord des informations issues des « ressources autorisées » sur la Crimée du temps de l’URSS et sur « l’intégration de la Crimée à la Russie en 2014 ».

Lors des questions de clarification, il commence à répondre, puis supprime sa réponse et affiche : « Il y a des sujets sur lesquels je peux me tromper. Il vaut mieux que je me taise. » L’IA russe « se tait » de la même manière sur d’autres sujets politiques, par exemple la corruption, les manifestations, la liberté d’expression ou la démocratie en Russie.

Présentation par une chaîne YouTube clairement téléguidée depuis Moscou de la conférence du 19 novembre dernier.

Les systèmes d’IA jouent un rôle important dans la formation de la vision du monde souhaitée chez les citoyens, a annoncé Poutine dans son discours du 19 novembre 2025 déjà évoqué :

« Ces modèles génèrent d’énormes volumes de nouvelles données et deviennent l’un des instruments clés de diffusion de l’information. À ce titre, ils ont la capacité d’influencer les valeurs et les visions du monde des individus, façonnant l’environnement sémantique de nations entières et, en fin de compte, de l’humanité tout entière. »

La majorité des jeunes Russes utilisent l’IA dans leur vie quotidienne. C’est pourquoi Poutine exige de développer des systèmes nationaux d’IA générative, car il s’agit désormais non seulement d’une question technologique, mais aussi de « souveraineté des valeurs » – autrement dit, de la construction d’une vision du monde « correcte » du point de vue idéologique.

Ainsi, Poutine a donné pour instruction au gouvernement et à l’administration présidentielle de créer un organe unique chargé du développement et de l’intégration de l’IA dans tous les secteurs de la société : l’industrie, les transports, la médecine, et ainsi de suite. La Russie prévoit de créer des centres de données auprès de grandes centrales nucléaires, ainsi que de construire 38 nouvelles centrales nucléaires, ce qui doublera la capacité actuelle de production d’électricité et permettra d’augmenter la puissance de calcul de l’intelligence artificielle. Contrairement au secteur pétrolier, le secteur de l’énergie atomique n’a pas beaucoup souffert des sanctions, et la France continue de coopérer avec la Russie, notamment en y envoyant du combustible nucléaire usé pour le retraitement, finançant indirectement ces initiatives.

« Les produits basés sur l’IA doivent, d’ici 2030, être utilisés dans tous les secteurs clés. Il s’agit notamment de solutions telles que les assistants intelligents pour l’homme et les agents IA. Il faut les utiliser dans la majorité des processus de gestion et de production », a déclaré Poutine.

Le piège du confort technologique

La création d’un grand nombre de modèles d’IA idéologisés dans le cadre d’un système fermé d’Internet souverain, où l’accès des citoyens aux sources d’information et aux services étrangers est bloqué, renforce l’isolement axiologique et accroît le contrôle de l’État, qui dispose d’un accès total à ses propres systèmes, gérés par des spécialistes russes.

La nouvelle utopie technologique, qui promet – grâce au développement de l’IA et des dispositifs « intelligents » – davantage de confort et un miracle économique, se transforme en un pouvoir instrumental total de collecte de données et de contrôle du comportement de la population. Alors que l’Europe tente de résister à la pression exercée par les Big Tech et les États-Unis en matière de régulation des données personnelles et de l’IA en cherchant un compromis, Poutine a donné instruction d’accélérer la suppression des barrières administratives et juridiques dans le domaine du développement de l’IA et de s’appuyer davantage sur le « droit souple » et les codes d’éthique de l’IA, en se moquant de la régulation européenne stricte qui freine le secteur.

Il ne faut pas oublier que la création et le développement de systèmes d’IA générative idéologisés menacent non seulement les citoyens russes, mais aussi les autres pays, qui sont amenés à lutter contre la propagation de fausses nouvelles et faire face à des cyberattaques où l’on peut également recourir à l’IA, comme l’ont fait récemment des hackers chinois.

The Conversation

Iurii Trusov ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. En Russie, le pouvoir développe une intelligence artificielle ouvertement idéologisée – https://theconversation.com/en-russie-le-pouvoir-developpe-une-intelligence-artificielle-ouvertement-ideologisee-271030

République serbe de Bosnie : les enseignements d’une présidentielle très serrée

Source: The Conversation – in French – By Neira Sabanovic, Doctorante en science politique, Université Libre de Bruxelles (ULB)

Contraint à la démission par une décision de justice, Milorad Dodik, dirigeant de longue date de la République serbe (l’une des deux entités composant la Bosnie-Herzégovine), proche de Belgrade, de Budapest et de Moscou, n’a pas tout perdu : la présidentielle a été remportée de justesse par un de ses proches, Siniša Karan. Pour autant, l’opposition, malgré un candidat peu connu, a failli l’emporter, et le taux de participation a été très bas. Le parti de Dodik parviendra-t-il à conserver la haute main sur ce territoire miné bien plus par la corruption et le clientélisme que par les tensions ethnonationales ?


Le 23 novembre 2025, l’entité serbe de la Bosnie-Herzégovine, communément appelée République serbe de Bosnie (Republika Srpska, RS), a tenu une élection présidentielle anticipée qui a vu la victoire étriquée de Siniša Karan avec 50,8 % des suffrages. Le candidat issu du Parti social-démocrate indépendant (Savez nezavisnih socijaldemokrata, SNSD) de l’ancien président Milorad Dodik s’est imposé face à Branko Blanuša, du Parti démocrate serbe (Srpska demokratska stranka, SDS), qui a remporté 48,8 % des voix.

Le scrutin est intervenu après une période d’importantes turbulences politiques en Bosnie-Herzégovine suite à la condamnation de Milorad Dodik, le 26 février 2025, par la Cour constitutionnelle du pays pour avoir défié l’autorité du Haut Représentant (Office of the High Representative, OHR). Cette condamnation a abouti à la mise à l’écart de Milorad Dodik de la scène politique et à la convocation d’élections anticipées.

L’issue serrée de la présidentielle illustre, d’une part, la capacité du SNSD à maintenir son emprise sur l’appareil politique local, mais aussi, d’autre part, la fragilisation progressive du parti et du leadership de Dodik et un début de recomposition du paysage politique de la RS.

Un système institutionnel hérité de Dayton

La Bosnie-Herzégovine fonctionne depuis les accords de paix de Dayton (qui ont marqué la fin du conflit armé en 1995 et dont l’Annexe 4 constitue la Constitution) sur un modèle de consociationalisme ethnique et de fédéralisme complexe.

L’État est composé de deux entités territoriales : la Fédération de Bosnie-Herzégovine, elle-même divisée en dix cantons majoritairement bosniaques et croates ; et la Republika Srpska, qui est davantage centralisée. À ces entités s’ajoutent les municipalités ainsi que le district autonome de Brčko. Le niveau étatique comporte deux assemblées parlementaires (la Chambre des représentants et la Chambre des peuples), dont la composition reflète le partage du pouvoir entre les peuples constituants du pays : les Bosniaques, les Croates et les Serbes (selon le dernier recensement, effectué en 2013, le pays est composé de 50,1 % de Bosniaques, 30,8 % de Serbes, 15,4 % de Croates et 3,7 % d’« Autres »). Le système est supervisé par le Bureau du Haut Représentant (OHR), une institution internationale chargée de veiller à l’application civile de Dayton et dotée de larges « pouvoirs de Bonn » lui permettant d’imposer des lois ou de démettre des responsables.

L’Allemand Christian Schmidt, l’actuel Haut Représentant, nommé en 2021 par les pays du Conseil de la mise en œuvre de la paix (Peace Implementation Council, PIC), est contesté par la Republika Srpska et par la Russie, qui refusent de reconnaître sa légitimité en raison de l’absence d’aval du Conseil de sécurité de l’ONU pour sa nomination. Ce refus de soutenir Christian Schmidt s’inscrit dans le projet russe et chinois de suppression du Bureau du Haut Représentant afin d’élargir leur sphère d’influence dans le pays et de déstabiliser cette région située aux frontières de l’Union européenne.

La figure politique dominante de la RS, Milorad Dodik, 66 ans aujourd’hui, président de la RS de 2010 à 2018 et de 2022 à 2025, a commencé sa carrière en 1996 comme acteur politique modéré soutenu par les États occidentaux, avant d’opérer un tournant nationaliste en 2006. Il s’est alors progressivement imposé comme le principal leader politique serbe du pays, en développant une rhétorique nationaliste serbe radicale, un discours de haine et un système de pouvoir fondé sur la corruption et le clientélisme qui lui a valu plusieurs sanctions internationales. Son style politique s’est ensuite centré essentiellement sur une rhétorique sécessionniste prônant l’indépendance de l’entité serbe.

Des élections dominées par Milorad Dodik

Malgré ses déclarations répétées selon lesquelles il ne se soumettrait pas aux institutions de Bosnie-Herzégovine, Dodik a finalement accepté la décision de justice en convertissant sa peine d’un an de prison en une amende de 18 000 euros, reconnaissant ainsi implicitement l’autorité de la Cour de Bosnie-Herzégovine.

Après sa condamnation par la justice bosnienne, Dodik s’est empressé de désigner une membre de son entourage proche, Ana Trišić Babić, comme présidente par intérim malgré l’absence de base légale pour cette nomination. Dodik et l’élite politique se tenant derrière lui se sont d’abord opposés à l’organisation d’une nouvelle élection présidentielle en RS, et l’ancien président de la RS a à nouveau menacé d’organiser un référendum à ce sujet, avant de revenir sur cette idée. La nomination d’Ana Trišić Babić illustre cette stratégie d’« occupation » institutionnelle du SNSD qui vise à conserver le levier exécutif quelles que soient les décisions judiciaires ou internationales. L’épisode a renforcé l’image d’un exécutif de la RS prêt à contourner les normes formelles pour prolonger son influence.

La campagne électorale a reproduit les traits récurrents du style politique de Dodik et de son environnement. En mobilisant son registre habituel basé sur un nationalisme serbe agressif et un narratif sécessionniste, Dodik a saturé l’espace médiatique par des discours clivants. Karan, pour sa part, s’est présenté comme le garant de la continuité, fort de son profil technocratique et de son ancrage dans l’appareil sécuritaire en tant qu’ancien ministre de l’intérieur. Face à Karan, le SDS a présenté Branko Blanuša, un universitaire peu connu et sans ancrage politique large, une stratégie de l’opposition qui n’a pas réussi à incarner une alternative crédible face au SNSD.

Sur le plan procédural, l’élection a été entachée d’allégations d’irrégularités dans plusieurs bureaux, notamment dans les villes de Doboj et Zvornik, où l’opposition et la Commission électorale centrale (Centralna Izborna Komisija, CIK), chargée de l’organisation et la supervision de l’ensemble des élections dans le pays, ont dénoncé des pratiques d’abus de fonds publics durant la campagne, de pression sur les électeurs et d’anomalies dans les listes de vote.

Ces incidents s’inscrivent dans des tendances structurelles de clientélisme, de capture des administrations locales et de fragilité des garanties électorales. Les réseaux de dépendance économique et administrative (emplois publics, marchés, transferts) restent des instruments puissants de mobilisation et de contrôle politique en RS.

La manœuvre diplomatique et financière en coulisses a aussi joué. Le desserrement partiel et contesté des pressions internationales a été exploité par les pro-Dodik. En octobre 2025, les sanctions américaines imposées à son réseau proche depuis 2017 ont été levées et ont permis au camp pro-Dodik d’affirmer avoir obtenu une forme de « réhabilitation » internationale et d’afficher un argument électoral de légitimation.

La levée de ces sanctions s’inscrit dans une longue campagne de lobbying probablement financée par l’argent public de la RS. Parallèlement, la Russie et la Hongrie ont maintenu un appui politique visible, marqué par des messages de félicitations et des rencontres bilatérales, renforçant le narratif selon lequel la RS disposerait de parrains internationaux face à l’Occident.

Un tournant pour le SNSD et l’avenir politique de Dodik ?

Toutefois, ces élections indiquent une mutation importante dans la carrière politique de Milorad Dodik et la popularité du SNSD, qui semble s’essoufler. En effet, la mise à l’écart de Dodik de toute fonction publique pendant six ans ouvre une période d’incertitude pour le SNSD, déjà marqué par l’usure du pouvoir, et pourrait encourager certains de ses cadres et membres à prendre leurs distances pour préserver leur propre carrière politique.

L’élection de Karan assure pour le moment la continuité d’un modèle politique centré sur le contrôle partisan des institutions, la politisation des forces de sécurité et la circulation de ressources vers des réseaux clientélistes.

L’opposition, fragilisée par le choix d’un candidat peu visible et par l’absence d’une stratégie unifiée, sort affaiblie et risque de ne pas pouvoir jouer efficacement son rôle de contre-pouvoir.

Toutefois, la victoire étroite du candidat du SNSD et le taux de participation très faible soulignent un désenchantement croissant. L’élite politique semble éloignée des besoins concrets des citoyens de la RS au profit d’une rhétorique axée sur les prétendues tensions ethnonationales. Les derniers résultats électoraux du SNSD, en recul par rapport aux cycles précédents, confirment une érosion du soutien populaire. De plus, la non-participation à la présidentielle d’un des partis les plus populaires en RS, le Parti du progrès démocratique (Partija Demokratskog Progresa, PDP), aurait dû assurer une victoire aisée pour Karan face au SDS, dont le soutien populaire a également été ébranlé ces dernières années. Le succès de Karan s’explique ainsi par la faiblesse de la stratégie de l’opposition et non pas par la popularité du SNSD.

Au plan international, la victoire de Karan maintient les liens géopolitiques de Dodik avec Moscou et Budapest, tandis que les partenaires occidentaux, malgré certaines sanctions et interventions à l’encontre de la personne de Dodik comme celles de l’Allemagne et de l’Autriche, peinent à imposer des corrections structurelles durables.

De plus, cette période électorale a vu émerger une période de tension avec Aleksandar Vučić, le président serbe, dont Milorad Dodik est très proche. Belgrade a notamment exprimé son mécontentement face à la nomination d’Ana Trišić Babić et au retrait soudain de certaines lois déclarées inconstitutionnelles, notamment celles en vertu desquelles Dodik a été condamné par la justice. Le malaise de Belgrade tient probablement au fait que, en obtempérant aux décisions de la justice bosnienne et en retirant les lois inconstitutionnelles, Dodik a implicitement reconnu l’autorité des institutions centrales de Bosnie-Herzégovine. Toutefois, cette séquence allait à l’encontre de la stratégie de Vučić, qui a historiquement tiré parti de la contestation institutionnelle menée par la RS pour maintenir une influence discrète et une instabilité politique maîtrisée au sein de la Bosnie-Herzégovine.

En conclusion, la récente présidentielle a confirmé que la problématique bosnienne ne relève pas de rivalités ethnonationales. Le clientélisme, la faiblesse des institutions et la capture des médias publics créent un terrain propice à une gouvernance de plus en plus autoritaire, personnalisée et centralisée autour du clan Dodik. Sans réformes institutionnelles fortes et sans restauration de mécanismes indépendants de contrôle, la RS se retrouve dans un cycle de normalisation d’un pouvoir personnalisé avec le SNSD à sa tête, malgré la volonté des partis de l’opposition, même si ceux-ci s’inscrivent pour la plupart dans un courant idéologique nationaliste serbe, de collaborer avec les institutions centrales et apaiser les tensions cycliques initiées par Milorad Dodik.

The Conversation

Neira Sabanovic bénéificie d’une bourse de recherche Aspirant du Fonds national de la recherche scientifique (FNRS – Belgique) pour mener sa recherche doctorale.

ref. République serbe de Bosnie : les enseignements d’une présidentielle très serrée – https://theconversation.com/republique-serbe-de-bosnie-les-enseignements-dune-presidentielle-tres-serree-271978

La location de jouets, une nouvelle tendance pour Noël ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Service Environnement, The Conversation France

Et si, pour Noël, on troquait l’achat de jouets contre la location ? Moins coûteuse, plus écologique, cette solution remise au goût du jour par plusieurs marques s’inspire des ludothèques. Reste une question : tous les jouets sont-ils adaptés à ce modèle ?


Et si pour Noël, vous offriez au petit dernier des jouets de location plutôt que des objets coûteux qui finissent souvent au fond d’un placard ? L’intérêt est à la fois d’ordre économique mais aussi écologique : la durée de vie des jouets est courte. Les enfants eux-mêmes expriment une préoccupation environnementale grandissante.

Dans ce contexte, les marques de jouets commencent à proposer de nouveaux services, comme la location. Mais ces entreprises très médiatisées à la faveur de cette pratique sont-elles vraiment des pionnières ?




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La ludothèque, une invention ancienne

La location de jouets existe en réalité en France depuis 1968, où a ouvert la toute première ludothèque à Dijon. Une ludothèque, mot formé à partir du latin ludus « jeu » et du grec θήκη/thḗkē « lieu de dépôt », c’est un lieu qui met à la disposition de ses membres des jouets et des jeux de société en prêt. On peut aussi jouer sur place, dans des espaces dédiés, ce qui favorise les rencontres et les liens sociaux.

Des entreprises ont ainsi eu l’idée de remettre au goût du jour ce concept. Par exemple Lib&Lou, la première plateforme de location de jouets et jeux éducatifs, créée en 2019. Elle dispose d’un partenariat avec le leader du marché de location de jeux et de matériels éducatifs écoresponsable, Juratoys, entreprise jurassienne qui propose des jouets en bois de haute qualité.

Autre acteur sur le marché, Les Jouets voyageurs proposent trois formules d’abonnements, qui permettent de choisir des jouets de seconde main dans un catalogue en ligne, puis de changer tous les mois de jouets. La marque a également développé un service de rénovation des jouets usagés, autre tendance de fond depuis la loi de janvier 2023 qui impose aux magasins spécialisés dans la vente de jouets de proposer, sans condition d’achat, un service de reprise des jouets usagés

Miljo.fr, nouvel entrant sur le marché, offre également des formules d’abonnement pour ses jouets de seconde main. La marque propose des services aux structures d’accueil de la petite enfance et aux professionnels du jouet.

Une solution gagnant-gagnant

La location de jouets présente de nombreux avantages. D’un point de vue économique, elle coûte souvent moins cher que l’achat. D’un point de vue écologique, elle permet de réduire le gaspillage et les déchets car les jouets sont réutilisés. Enfin, d’un point de vue pratique, elle évite de devoir stocker des jouets encombrants lorsque les enfants grandissent. En somme, la location de jouets est une solution gagnante pour les parents, les enfants et l’environnement.

Quelques questions restent cependant en suspens : toutes les marques peuvent-elles adhérer à ce concept, par exemple pour des questions d’hygiène ? Par exemple, une poupée Corolle en location peut-elle survivre au passage des désinfectants nécessaire pour garantir une propreté irréprochable aux futurs utilisateurs ?


Cet article est la version courte de celui publié par Elodie Jouny-Rivier (ESSCA School of Management) en juillet 2024.

The Conversation

Service Environnement ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La location de jouets, une nouvelle tendance pour Noël ? – https://theconversation.com/la-location-de-jouets-une-nouvelle-tendance-pour-noel-271967