Pourquoi le prix de l’or s’envole-t-il actuellement ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Luke Hartigan, Lecturer in Economics, University of Sydney

Le prix de l’or vient de franchir un nouveau record, porté par une demande mondiale sans précédent. Investisseurs particuliers, fonds indiciels et banques centrales de pays émergents, en particulier la Chine et la Russie, se ruent sur le métal jaune, détaille Luke Hartigan, professeur d’économie à l’université de Sydney.


Mardi 14 octobre, le cours de l’or a franchi pour la première fois la barre des 4 100 dollars américains (3 525 euros) l’once, portant la hausse de cette année à plus de 50 %. La rapidité de cette flambée dépasse de loin les prévisions des analystes et représente quasiment un doublement depuis le début du mouvement, amorcé début 2024.

Cette envolée a séduit investisseurs et épargnants, au point de provoquer de longues files d’attente devant des comptoirs de change et des négociants en métaux précieux.

Qu’est-ce qui explique cet envol ?

Plusieurs raisons ont été avancées pour expliquer cette course record : l’incertitude économique liée à l’endettement croissant des États et à la paralysie budgétaire américaine, ou encore les craintes d’une perte d’indépendance de la Réserve fédérale. Si sous pression politique, elle venait à baisser les taux américains, cela pourrait relancer l’inflation, contre laquelle l’or reste une valeur refuge traditionnelle.

Mais ces facteurs ne suffisent pas à expliquer la hausse fulgurante. D’abord parce que la progression de l’or s’inscrit dans une tendance haussière continue depuis plusieurs années, bien avant que ces éléments ne surgissent.

L’explication la plus plausible se trouve du côté de la demande croissante pour les fonds indiciels cotés en bourse (communément appelés ETF) adossés à l’or. Ces instruments financiers permettent aux investisseurs d’acheter et de vendre de l’or en Bourse aussi facilement qu’une action ou une obligation, ce qui démocratise considérablement l’accès au métal jaune. Avant le lancement du premier ETF or en 2003, il était bien plus difficile pour le grand public de s’exposer à ce marché. Aujourd’hui, l’or peut se négocier comme n’importe quel actif financier, ce qui change la perception de son rôle de valeur refuge en période de turbulences.

À cette demande des particuliers s’ajoute celle de certains pays émergents, en particulier la Chine et la Russie, qui convertissent une partie de leurs réserves officielles en or au détriment des grandes devises comme le dollar. Selon le Fonds monétaire international, leurs réserves physiques d’or ont augmenté de 161 % depuis 2006, atteignant environ 10 300 tonnes, contre seulement 50 % de croissance entre 1955 et 2005.

Cette réorientation s’explique notamment par l’usage accru des sanctions financières par les États-Unis et et d’autres gouvernements émetteurs des principales monnaies de réserve (dollar américain, euro, yen japonais et livre sterling). La Russie, devenue acheteuse nette d’or en 2006, a accéléré ses achats après l’annexion de la Crimée en 2014 et dispose aujourd’hui de l’un des plus gros stocks mondiaux. La Chine, de son côté, réduit ses avoirs en obligations américaines pour renforcer ses réserves en or, dans une stratégie dite de « dédollarisation ».

Après l’exclusion de la Russie du système de paiements Swift et face aux projets occidentaux de saisie d’avoirs russes pour contribuer à financer l’effort de guerre en Ukraine, de nombreuses banques centrales émergentes ont accru leurs réserves d’or. Pour elles, les grandes monnaies occidentales comportent désormais un risque politique, contrairement à l’or. Cette tendance pourrait à terme réduire l’efficacité des sanctions financières comme outil diplomatique.

Jusqu’où l’or peut-il monter ?

La demande persistante des banques centrales russes et chinoises, conjuguée à l’appétit des investisseurs pour les ETF, laisse entrevoir de nouvelles hausses. Les ETF attirent d’autant plus de capitaux que les prix montent, sous l’effet d’un certain « Fomo » (Fear of missing out ou peur de rater le train). Le Conseil mondial de l’or a ainsi fait état en septembre d’entrées record dans ces fonds : 26 milliards de dollars au troisième trimestre (22,4 milliards d’euros) et 64 milliards de dollars (55 milliards d’euros) sur les neuf premiers mois de l’année.

Les achats des banques centrales émergentes, eux, dépendent moins du prix que des facteurs géopolitiques, ce qui continue de soutenir la demande. Sur cette base, Goldman Sachs a déjà relevé son objectif de cours à 4 900 dollars l’once d’ici à fin 2026.

Un atout pour l’Australie

Quelles conséquences pour l’Australie ? Troisième producteur mondial, avec 19 % des réserves connues, le pays est bien placé pour profiter de cette envolée. Le ministère de l’Industrie, des Sciences et des Ressources du pays prévoit même que la valeur des exportations d’or dépassera dès l’an prochain celle du gaz naturel liquéfié. L’or deviendrait ainsi le deuxième produit d’exportation, juste derrière un autre métal « précieux » : le minerai de fer.

The Conversation

Luke Hartigan reçoit des financements de l’Australian Research Council (DP230100959).

ref. Pourquoi le prix de l’or s’envole-t-il actuellement ? – https://theconversation.com/pourquoi-le-prix-de-lor-senvole-t-il-actuellement-267883

SAAQclic : voici comment les dirigeants de PME peuvent éviter de reproduire les mêmes erreurs

Source: The Conversation – in French – By Azouz Ali, Professeur en Entrepreneuriat, Université du Québec à Montréal (UQAM)

Ce devait être la vitrine de la modernisation de l’État. C’est devenu un avertissement pour tous ceux qui rêvent de transformation numérique express. En observant le naufrage du projet SAAQclic, les PME québécoises peuvent tirer trois leçons clés avant de se lancer dans leurs propres virages technologiques.

Lancée en 2023 par la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ), la plate-forme SAAQclic promettait un accès simple et rapide aux démarches d’immatriculation et de permis des citoyens. Mais entre retards, bogues et frustration citoyenne, ce projet technologique (trop) ambitieux est devenu symbole de fiasco.

Alors que son coût pourrait atteindre 1,1 milliard de dollars, presque le double du budget initial, le gouvernement de François Legault a précipitamment mis en place en avril 2025 une commission d’enquête pour comprendre les causes de ce fiasco. Pour les petites et moyennes entreprises (PME), cet épisode rappelle qu’un projet technologique mal géré peut rapidement se transformer en gouffre financier et réputationnel.

Que ce soit pour des projets de refonte de leur site web, l’implantation d’un logiciel de gestion de la relation client (CRM) ou encore l’automatisation de la facturation à l’aide de l’intelligence artificielle, les PME font de plus en plus le choix d’adopter des solutions numériques avancées afin de s’adapter à un environnement mondialisé et concurrentiel.

Bien que les PME soient réputées pour leur agilité et leur capacité d’adaptation, elles ne sont pas à l’abri des mêmes risques que ceux observés dans le projet SAAQclic : sous-estimation de la complexité technique, dépendance excessive aux prestataires externes, communication tardive avec les employés ou les clients, dépassements budgétaires qui plombent la trésorerie. Ainsi, le fiasco SAAQclic rappelle que les projets numériques ne sont pas seulement une affaire de technologie, mais avant tout de gouvernance et d’organisation.




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Trois leçons simples pour les PME

1. Faire confiance, sans perdre le contrôle

Par définition, les PME sont des organisations où la proximité règne. Les liens hiérarchiques y sont plus souples, ce qui favorise naturellement la confiance entre l’entrepreneur et ses équipes internes et/ou externes. Cependant, cette confiance ne devrait pas remplacer un certain niveau de rigueur. Comme les PME ne disposent pas toujours des ressources nécessaires pour mener à bien un projet technologique, confier un mandat à un prestataire externe ne dispense jamais de le suivre de près. Autrement dit, la confiance et le contrôle vont de pair. L’un ne fonctionne pas sans l’autre.

Typiquement, cela implique la nomination d’un référent ou coordonnateur (employé en interne) qui suit le projet au quotidien et s’assure de définir des jalons clairs (maquette, tests utilisateurs, mise en production). L’idéal serait de prévoir aussi des pénalités ou clauses de sortie si les engagements ne sont pas tenus par le prestataire externe.

2. Découper pour mieux maîtriser : avancer par petits pas

L’une des erreurs majeures du projet SAAQclic tient à la décision d’un déploiement intégral et simultané de la plate-forme, une approche connue sous le nom de « big bang ».

Cette stratégie, risquée même pour une grande organisation, laisse peu de place à l’ajustement et amplifie les risques. Dans une PME, mieux vaut fragmenter l’implémentation afin de limiter les risques d’échecs du projet technologique.

Avant de généraliser le projet à toute l’entreprise, il est préférable de lancer d’abord un test sur un module ou une équipe pilote. Par exemple, lors d’un projet de mise en place d’un progiciel de gestion intégré – ou ERP (Enterprise Resource Planning), un système qui centralise les principales fonctions d’une entreprise –, il est plus prudent d’automatiser d’abord la facturation avant d’intégrer le module logistique.

Du point de vue opérationnel, il est aussi essentiel d’adopter des méthodes de gestion de projet flexibles, appelées « méthodes agiles » : avancer par petites étapes (sprints), livrer régulièrement des fonctionnalités, et tester souvent avec les utilisateurs finaux. Ces étapes permettent de détecter et corriger les erreurs rapidement, à moindre coût.

3. Anticiper pour mieux rebondir

L’une des critiques qui ont été faites lors de la commission d’enquête chargée de comprendre les causes du fiasco du projet SAAQclic a été la sous-estimation des risques liés au déroulement du projet : dépassements, retards, résistances internes.

Une PME peut difficilement absorber un tel manque de proactivité. D’un point de vue financier, il est essentiel de prévoir un budget tampon de 10 à 20 % pour absorber les imprévus. Au niveau organisationnel, il est nécessaire d’envisager un plan B si le prestataire externe principal fait défaut.


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Enfin, un plan de communication devrait être établi afin de rester transparent avec les employés et les clients sur les échéances et les problèmes rencontrés. Ainsi, anticiper le pire n’est pas faire preuve de pessimisme, mais plutôt un gage de résilience.




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La transformation numérique, un levier stratégique

La transformation numérique, qu’elle soit publique ou privée, n’est pas qu’une question de technologie. C’est avant tout un exercice de gouvernance, de discipline et de confiance bien placée. Bien menée, une transformation numérique est un formidable levier pour les PME : gain de temps, amélioration de la relation client, meilleure traçabilité et prise de décisions plus rapides. Mais mal préparée, elle peut aussi entraîner perte de crédibilité, stress organisationnel et perte financière lourde.

L’affaire SAAQclic rappelle que les projets numériques sont avant tout des projets humains et organisationnels. Alors qu’il restera sans doute dans les annales comme l’un des grands fiascos numériques publics du Québec, il offre aussi une leçon précieuse pour les PME. En effet, même les projets les mieux intentionnés peuvent échouer lorsque la gouvernance, la communication et la gestion des risques sont insuffisamment réfléchies. Bien que ces principes ne garantissent pas le succès absolu, elles réduisent considérablement le risque d’un fiasco coûteux.

La Conversation Canada

Azouz Ali ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. SAAQclic : voici comment les dirigeants de PME peuvent éviter de reproduire les mêmes erreurs – https://theconversation.com/saaqclic-voici-comment-les-dirigeants-de-pme-peuvent-eviter-de-reproduire-les-memes-erreurs-265835

Le tilapia, un poisson dont le succès pose question, des Caraïbes au Pacifique

Source: The Conversation – France (in French) – By Samson JEAN MARIE, Doctorant en anthropologie et géographie, Ingénieur agronome, Institut de recherche pour le développement (IRD)

Originaire d’Afrique et du sud-ouest de l’Asie, le tilapia est aujourd’hui présent dans 135 pays. Rafael Medina/Flickr, CC BY

Entre promesse de résilience alimentaire et menaces écologiques silencieuses, le tilapia cristallise aujourd’hui les grands enjeux du développement de l’élevage de poissons dans les territoires insulaires. En Haïti par exemple, où il s’est largement développé, le tilapia est présenté comme une solution prometteuse pour renforcer la sécurité alimentaire. Toutefois, cette expansion, souvent promue sans garde-fous écologiques solides, soulève de vives préoccupations environnementales, notamment autour de la gestion de l’eau douce et des risques liés à la diffusion incontrôlée du tilapia dans les milieux naturels.


C’est un poisson que l’on retrouve aujourd’hui sur des îles du monde entier. On l’appelle tilapia, mais derrière ce nom vernaculaire se trouve en réalité un ensemble de cichlidés, des poissons tropicaux d’eau douce, principalement des genres Oreochromis, Tilapia et Sarotherodon, indigènes d’Afrique et du sud-ouest de l’Asie. L’élevage du tilapia est aujourd’hui pratiqué dans plus de 135 pays, de la Chine et de l’Indonésie, dans le Pacifique, au Brésil, au Mexique et à Haïti. Cet engouement s’explique par sa capacité à croître rapidement (atteignant 400 ou 500 grammes en cinq à huit mois en étang), à se nourrir de ressources variées et à s’adapter à des milieux divers, autant d’atouts qui facilitent son élevage par rapport à bien d’autres espèces de poissons d’eau douce.

Importé d’Afrique dans les années 1950, le tilapia (Oreochromis mossambicus) a été largement diffusé à travers Haïti, notamment à partir des années 1980, avec l’appui de la Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et du ministère de l’agriculture, des ressources naturelles et du développement rural, au point de devenir l’un des poissons d’élevage les plus utilisés dans les projets d’aquaculture rurale.

Aujourd’hui, Haïti dispose ainsi de plusieurs initiatives aquacoles d’envergure variable, allant des stations expérimentales aux exploitations privées commerciales comme Taïno Aqua Ferme sur le lac Azuéi. Toutefois, malgré ces efforts, la pisciculture demeure marginale : moins de 4 % des agriculteurs haïtiens y sont engagés, et la consommation annuelle de poisson (4,5 kg/an) reste inférieure à la moyenne caribéenne.

Parmi les freins récurrents figurent l’accès irrégulier aux jeunes poissons et aux aliments (coûts, importations), les contraintes d’eau et d’énergie, l’accompagnement technique limité, l’insécurité et des chaînes du froid et d’écoulement insuffisantes, soit autant d’obstacles qui fragilisent les modèles économiques des petites exploitations.

Malgré ce bilan pour le moins mitigé, certains, à l’instar de l’ancien ministre de l’agriculture Patrix Sévère, ont continué de nourrir l’ambition « de voir tous les plans d’eau du pays peuplés de tilapia ». En voulant « passer de la parole aux actes », l’actuel ministre de l’agriculture Vernet Joseph promettait en août 2024 d’introduire dans quatre plans d’eau du pays (le lac de Péligre, l’étang Bois Neuf, le lac Azuei et l’étang de Miragoâne), trois millions de jeunes tilapias ».

L’opération, selon lui, devait permettre, en deux mois, la production « de 25 tonnes de poissons ». Aujourd’hui, cependant, le projet est suspendu à la suite d’un avis consultatif initial de Caribaea Initiative (organisation consacrée à la recherche et la conservation de la biodiversité caribéenne) soulignant les risques écologiques, notamment pour les espèces de poissons endémiques de l’étang de Miragroâne. Aucune décision officielle n’a encore été actée quant à la poursuite ou non du projet, lequel resterait également conditionné à la mobilisation de financements, « selon un cadre du ministère de l’agriculture ».

Des expériences contrastées en contexte insulaire : l’exemple de Santo (Vanuatu)

À plus de 13 000 kilomètres de là, dans le sud de l’île de Santo au Vanuatu (archipel du Pacifique Sud), une expérience parallèle fortuite permet cependant de tirer des leçons précieuses. En avril 2020, le cyclone Harold a frappé de plein fouet cette île volcanique, provoquant le débordement de nombreux bassins piscicoles artisanaux. Des milliers de tilapias se sont ainsi échappés et ont colonisé les cours d’eau naturels, entraînant une transformation brutale des écosystèmes aquatiques. Les résultats préliminaires des enquêtes menées dans le cadre d’une thèse, conduite au sein du projet « Climat du Pacifique Sud, savoirs locaux et stratégies d’adaptation » (Clipssa), auprès d’une centaine d’usagers de cinq cours d’eau de l’île, révèlent que 87 % des personnes interrogées déclarent avoir constaté une diminution, voire une disparition, de nombreuses espèces de poissons et de crustacés autochtones depuis l’introduction involontaire du tilapia.

« Il y avait des crevettes, des poissons noirs [black fish], des anguilles […]. Maintenant, il n’y a presque plus que du tilapia », témoigne ainsi une habitante du sud-ouest de l’île.

« On ne pêche plus comme avant. Le tilapia est partout, il mange les œufs des autres poissons et tous ceux qu’ils trouvent », ajoute un pêcheur sur la côte est de l’île.

Les études menées par des chercheurs chinois et thaïlandais rapportent que l’introduction de deux espèces de tilapia dans leurs pays respectifs a également entraîné une réduction significative de la biodiversité des poissons natifs. Ces résultats sont corroborés par les données du Global Invasive Species Database, qui soulignent que le tilapia figure parmi les 100 espèces envahissantes les plus problématiques au monde.

Toutefois, il convient de nuancer ce constat. Une introduction maîtrisée de tilapia dans un écosystème ne conduit pas systématiquement à des effets négatifs. Les recherches du biologiste kenyan Edwine Yongo au sujet de la Chine et de Daykin Harohau aux îles Salomon montrent que, dans certaines conditions, l’élevage de cette espèce peut contribuer au contrôle des algues nuisibles, grâce à son régime alimentaire et à ses activités de fouissage des sédiments. Ce processus contrôlé peut ainsi améliorer la qualité de l’eau, tout en soutenant la sécurité alimentaire locale, notamment dans les contextes insulaires ou ruraux.

En somme, c’est donc moins l’espèce en elle-même que les modalités de son introduction et de son suivi qui déterminent si elle devient un facteur de dégradation écologique ou, au contraire, un levier de régulation et de sécurité alimentaire.

Quelles leçons pour Haïti ?

L’expérience de Vanuatu, tout comme les travaux menés en Chine et aux îles Salomon, offre ainsi à Haïti une précieuse grille de lecture pour penser l’avenir de l’élevage du tilapia sur son territoire. Si ce poisson peut devenir un levier de sécurité alimentaire, sa prolifération incontrôlée pourrait également menacer les écosystèmes aquatiques déjà fragiles et nuire à la biodiversité locale. Introduire massivement un poisson « pour nourrir la population locale » sans tenir compte de ces équilibres pourrait donc s’avérer contre-productif, en concurrençant les espèces locales, en perturbant les chaînes alimentaires et, in fine, en fragilisant les moyens d’existence de nombreux ménages. Son introduction dans le lac Miragoâne en Haïti pourrait par exemple entraîner un désastre écologique et conduire à l’extinction de tout un groupe d’espèces de petits poissons du genre Limia, endémiques de ce plan d’eau et que l’on ne trouve donc nulle part ailleurs en Haïti ou dans le monde.

Des exemples d’élevages circulaires ou multitrophiques, c’est-à-dire associant plusieurs niveaux de la chaîne alimentaire (poissons, mollusques filtreurs, algues) afin de recycler les nutriments, menés en Chine, au Sénégal ou d’autres types de projets pilotes en Haïti (comme Taïno Aqua Ferme, Caribean Harvest), montrent qu’il est possible de développer une aquaculture durable, à condition de :

  • maîtriser l’élevage en bassins clos ou cages flottantes sécurisées, de préférence dans des lacs artificiels, afin d’éviter tout risque pour les grands lacs naturels comme le lac Miragoâne, qui abrite une communauté de poissons endémiques ;

  • recourir à des espèces adaptées. Le rapport rédigé par Gilles, Celestin et Belot (2021) à la demande de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) propose un modèle plus durable, adapté aux spécificités haïtiennes : l’élevage du tilapia ouest-africain Sarotherodon melanotheron, une espèce qui se nourrit surtout de débris organiques et d’algues en décomposition et qui tolère de fortes variations de salinité ;

  • valoriser les sous-produits agricoles (son de riz de l’Artibonite, pelures de banane-plantain, tourteaux d’arachide, drêche de sorgho séchée) et limiter la dépendance à des aliments importés ;

  • renforcer la formation technique des éleveurs pour garantir le bon fonctionnement des systèmes d’élevage ;

  • protéger les installations d’élevage contre les évènements météorologiques et climatiques extrêmes.

Poisson miracle pour certains, espèce à risque pour d’autres, le tilapia incarne à lui seul les dilemmes du développement aquacole en Haïti. Tirer les leçons des expériences internationales, notamment celles de Santo au Vanuatu, c’est comprendre qu’une expansion sans garde-fous écologiques pourrait transformer une solution alimentaire en problème écologique. L’avenir de la pisciculture haïtienne ne se jouerait pas seulement dans les bassins : il dépendra aussi de choix politiques éclairés, de modèles durables, et d’une écoute attentive des écosystèmes comme des communautés locales.

The Conversation

Samson JEAN MARIE ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Le tilapia, un poisson dont le succès pose question, des Caraïbes au Pacifique – https://theconversation.com/le-tilapia-un-poisson-dont-le-succes-pose-question-des-cara-bes-au-pacifique-265895

John Singer Sargent et la mode : le peintre américain qui fit briller les soies et les satins

Source: The Conversation – France (in French) – By Serena Dyer, Associate Professor, Fashion History, De Montfort University

_Portrait de Mme ***, dite aussi Madame X_ (1884), pièce maîtresse des expositions londonienne et parisienne. Metropolitan Museum, CC BY

Avant que le musée d’Orsay (Paris) organise son exposition « John Singer Sargent. Éblouir Paris » (jusqu’au 11 janvier 2026), un autre événement avait mis le peintre américain à l’honneur. L’exposition « Sargent and Fashion », à Londres, avait permis en 2024 de redécouvrir le travail de cet amoureux des vêtements. L’historienne de la mode Serena Dyer l’avait alors chroniquée pour « The Conversation UK ». En voici une version traduite en français.


En tant qu’historienne de la mode, je repars toujours des musées avec l’appareil photo saturé d’images de vêtements plutôt que de visages. Je reste fascinée par la manière dont un peintre parvient à saisir les reflets changeants d’une soie bruissante ou la lumière dansante sur des bijoux étincelants.

Dans le monde de la critique d’art, la mode en peinture reste pourtant souvent méprisée. L’exposition « Sargent and Fashion » qui se tenait à la Tate Britain en 2024 a été critiquée pour ses « toiles encombrées de vieux habits » ou son « déferlement de mièvrerie ». Ces jugements révèlent des idées reçues persistantes : la mode serait frivole, secondaire, indigne d’un véritable sujet artistique.

Cette exposition, coproduite par la Tate et le Museum of Fine Arts de Boston, s’attache au contraire à corriger cette vision dépassée et réductrice. Sargent ne serait pas Sargent sans son rapport intime à la mode. Le parcours nous invite à considérer que sa virtuosité du pinceau allait de pair avec une véritable maîtrise des étoffes, des aiguilles et des épingles.

Les élégantes victoriennes qu’il peignait avaient d’ailleurs bien compris le pouvoir que leur donnaient leurs vêtements. En 1878, l’écrivaine Margaret Oliphant remarquait déjà :

« Il existe désormais une classe de femmes qui s’habillent d’après les tableaux, et qui, en achetant une robe, demandent : “Est-ce que ça se peindra bien ?” »

Art et mode étaient alors intimement liés, et la modernité, le dynamisme et la pertinence culturelle de la mode s’expriment dans chaque coup de pinceau de John Singer Sargent (1856-1925).

Sargent, styliste avant l’heure

Dès la première salle, on a l’impression d’entrer dans un salon mondain. Le visiteur est accueilli par le portrait d’Aline de Rothschild, Lady Sassoon (1907). Drapée dans une spectaculaire fantaisie de taffetas noir, son visage émerge d’un tourbillon d’ombre, irradiant sous le velours sombre de sa cape d’opéra. Même si, en tant qu’historienne de la mode, je choisis mes tenues avec soin, mais je n’ai pas pu m’empêcher de me sentir affreusement mal habillée face à tant d’éclat.

Mais sans doute est-ce parce que je ne dispose pas d’un John Singer Sargent comme directeur artistique. Car l’exposition le montre autant peintre que styliste. Il maniait les pinceaux, certes, mais aussi les épingles, modelant les tissus autour de ses modèles pour créer des formes vertigineuses. Les commissaires le comparent d’ailleurs à un directeur artistique de séance photo : ses portraits ne reproduisent pas la mode de son époque, ils construisent sa propre vision esthétique.

La cape de Lady Sassoon, exposée à proximité, en est la preuve. Datée de 1895, elle précède le tableau d’une décennie. Entre ses mains, ce vêtement ancien devient, par un savant jeu de drapés et d’épingles, une image saisissante de modernité.

Tout au long du parcours, les tableaux dialoguent avec des caricatures d’époque moquant la mode, des photographies des modèles dans leur vie quotidienne, ou encore des pièces textiles et accessoires ayant servi à la composition des œuvres.

Les femmes qu’on ne voit pas

Si le rôle de John Singer Sargent comme peintre et styliste est omniprésent, celui des créateurs et créatrices de ces vêtements – souvent des femmes modestes – reste dans l’ombre. À part un court panneau consacré à Charles Frederick Worth, figure surestimée de la couture du XIXe siècle, peu d’hommages sont rendus aux mains qui ont coupé, épinglé et cousu ces merveilles. La plupart des pièces exposées portent la mention « créateur inconnu ».

L’une de ces créatrices est cependant mise en avant : Adele Meyer, dont Sargent a peint le portrait en 1896. Femme élégante et militante, Meyer fut aussi une défenseure des droits des ouvrières du vêtement. Avec Clementina Black, elle publia en 1909 Makers of our Clothes : A Case for Trade Boards, enquête pionnière sur les conditions de travail dans les ateliers de couture.

Le livre est exposé à côté du tableau, quelque peu éclipsé par le rayonnement du portrait. Cette mise en scène rappelle – plus qu’elle ne dénonce – combien la beauté de la mode a souvent invisibilisé le labeur de celles qui la produisent.

Une exposition discrètement féministe

L’exposition interroge aussi, avec subtilité, les rapports de pouvoir. Dans les livres d’art et les catalogues d’exposition, les modèles de John Singer Sargent sont le plus souvent désignées par le nom de leur mari.

Mary Louisa Cushing devient « Mrs Edward Darley Boit », Mathilde Seligman « Mrs Leopold Hirsch ». Suivant l’étiquette victorienne, ces femmes perdent leur identité propre pour n’exister qu’à travers celle de leur époux.

Les commissaires ont pris le parti – subversif en apparence, mais en réalité légitime – d’associer à chaque titre officiel le nom de jeune fille du modèle. Un détail discret, sans doute imperceptible pour la majorité des visiteurs, mais essentiel pour redonner leur individualité à ces femmes.

Au final, cette exposition ne bouleverse pas l’histoire de la mode, mais elle avance dans la bonne direction. L’opportunité de voir ou revoir le célèbre portrait de Madame X, qui représente la mondaine Virginie Amélie Avegno Gautreau dans sa robe noire – un tableau qui a fait scandale à l’époque – a certainement attiré les foules. Mais l’exposition nous rappelle surtout une vérité subtile : si Sargent a su devenir un grand peintre, c’est parce qu’il fut d’abord un immense styliste.

The Conversation

Serena Dyer ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. John Singer Sargent et la mode : le peintre américain qui fit briller les soies et les satins – https://theconversation.com/john-singer-sargent-et-la-mode-le-peintre-americain-qui-fit-briller-les-soies-et-les-satins-267681

Des parasites découverts chez les vers plats envahissants, enfin une piste de lutte ?

Source: The Conversation – France in French (2) – By Jean-Lou Justine, Professeur, UMR ISYEB (Institut de Systématique, Évolution, Biodiversité), Muséum national d’histoire naturelle (MNHN)

Une des espèces de plathelminthes pour laquelle des parasites ont été identifés : _Austroplana sanguinea_. Gastineau et al., CC BY-SA

Les vers plats terrestres (ou, plathelminthes) causent d’importants dégâts écologiques en France, car ces espèces n’ont pas de prédateurs dans l’Hexagone. La découverte très récente de parasites va-t-elle permettre de lutter contre ces espèces ?


Depuis une dizaine d’années, nous étudions l’invasion de la France et de l’Europe par des vers plats terrestres (ou, plathelminthes). Ces animaux exotiques, généralement longs comme le doigt, sont arrivés en Europe par l’intermédiaire du transport des plantes en pots. Une dizaine d’espèces sont maintenant chez nous, venant principalement de l’hémisphère Sud (Argentine, Australie, Nouvelle-Guinée, Asie du Sud-Est). Elles se sont largement installées dans les jardins, en particulier Obama nungara, désormais présent dans plus de 70 départements. D’autres sont aussi connues du public, comme Bipalium kewense, qui peut atteindre une trentaine de centimètres, ou Vermiviatum covidum.

Quand une espèce envahit un écosystème, elle provoque souvent toute une série de problèmes écologiques. Les plathelminthes terrestres sont des prédateurs, et on sait qu’ils consomment (en particulier dans le cas d’Obama nungara) les vers de terre, ces précieux alliés du jardinier pour la fertilité des sols.




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La fameuse théorie du « relâchement de la pression des ennemis »

Et là, se pose la question, comment lutter contre ces envahisseurs ? Aucun produit chimique n’étant homologué ni même testé, oublions immédiatement cette solution. Des prédateurs qui mangeraient ces vers ? On n’en connaît pas en Europe. Des parasites qui pourraient limiter leur prolifération ? Inconnus aussi.

Les scientifiques qui étudient les invasions considèrent généralement qu’une espèce envahissante abandonne derrière elle prédateurs et parasites en arrivant dans un nouveau territoire, ce qui supprime tout frein à sa prolifération : c’est la théorie du « relâchement de la pression des ennemis ». C’est bien le cas des plathelminthes terrestres en France et en Europe.

La découverte de parasites

Nous avons sursauté quand nous avons trouvé les premières traces de parasites dans des plathelminthes terrestres envahissants. Mais, comme vous allez le lire, cette découverte n’a pas été aussi facile qu’on pourrait l’imaginer.

Nous n’avons pas vu ces parasites. Comment, alors, ont-ils été découverts ? Nous faisons, depuis plusieurs années, une analyse moléculaire des plathelminthes terrestres. En particulier, nous avons décrit, non pas le génome entier, ce qui serait très long et coûteux, mais le génome mitochondrial de plus d’une dizaine d’espèces.

Le génome mitochondrial, ou mitogénome, est celui qui permet aux mitochondries, ces petits éléments présents dans toutes les cellules, de fonctionner. Chez les plathelminthes, les organes sont noyés dans un tissu mou appelé parenchyme. Ainsi, lorsqu’on analyse un individu, on obtient non seulement son propre ADN, mais aussi celui de ses proies présentes dans l’intestin. Cela permet de mieux comprendre leur régime alimentaire en identifiant les espèces consommées.

Nous voilà donc faisant une analyse de routine sur deux espèces trouvées en Irlande du Nord, Kontikia andersoni et Australoplana sanguinea. Ces deux espèces viennent d’Australie et de Nouvelle-Zélande et ont envahi les îles Britanniques, mais pas (encore) l’Europe continentale. Les analyses ont rapidement permis de caractériser les mitogénomes des plathelminthes et de déterminer leurs proies, qui sont, dans les deux cas, des vers de terre. Mais une surprise nous attendait.

Des mitogénomes de parasites ?

Dans chacune des espèces de plathelminthes, nous avons trouvé un signal moléculaire d’une espèce du genre Mitosporidium. Jusqu’ici, le genre Mitosporidium ne contenait qu’une seule espèce, Mitosporidium daphniae, qui est un parasite des daphnies, des petits crustacés d’eau douce. Mitosporidium est très original : c’est une microsporidie « primitive ». Que sont les microsporidies ? Des parasites unicellulaires.

Une microsporidie est devenue tristement célèbre dans les années 1980, Enterocytozoon bieneusi, qui infectait les patients atteints du sida dont l’immunité était compromise. Avant la génétique moléculaire, on classait les microsporidies dans les « protozoaires » et on les reconnaissait par leurs spores très caractéristiques. On a depuis compris que ce sont des champignons très modifiés par le parasitisme, en particulier par la perte des mitochondries.

Comme mentionné plus haut, les mitochondries sont des organites présents dans toutes les cellules des eucaryotes, mais les microsporidies, qui vivent dans les cellules de leurs hôtes, n’en ont plus besoin et s’en sont débarrassées.

Une spore typique de microsporidie, colorisée pour montrer les structures internes.
Jaroenlak et coll., 2020, CC BY

Mais la nature aime les exceptions, et les scientifiques aiment les exceptions quand elles permettent de mieux comprendre la nature… Mitosporidium daphniae a toutes les caractéristiques d’une microsporidie, sauf qu’elle a conservé un génome de mitochondrie. C’est pour cela que l’on considère cette espèce comme « basale » : elle représenterait une étape de l’évolution des champignons vers les microsporidies, en ayant déjà la morphologie et la vie intracellulaire d’une microsporidie, mais en ayant gardé le mitogénome.

Et donc, nous avons trouvé deux nouvelles espèces de Mitosporidium, une dans chaque espèce de ver plat. Rien que le fait de faire passer ce genre d’une seule espèce à trois était déjà une découverte significative ; la seule espèce connue avait été décrite en 2014, et aucune depuis.

Les génomes mitochondriaux des deux espèces de microsporidies découvertes.
Gastineau et al, CC BY

Parasites de quoi ?

Un gros problème est apparu. Pour des raisons techniques, nous n’avons pas vu les microsporidies. On ne les reconnaît facilement que quand elles sont au stade de spores, et les autres stades, dans les tissus de l’hôte, sont difficiles à détecter. Et puis surtout, la question a été : de qui sont parasites ces microsporidies ? Rappelez-vous, notre analyse a été faite sur un mélange de tissus : tissus du plathelminthe prédateur et tissus du ver de terre dans son intestin. Ces Mitosporidium étaient-ils des parasites des plathelminthes eux-mêmes ou de leurs proies, les vers de terre ?

Pour l’instant, nous ne pouvons pas trancher définitivement, mais un principe biologique nous guide : la spécificité parasitaire. En effet, un parasite est souvent associé à une seule espèce d’hôte. Or, dans chaque plathelminthe terrestre étudié, nous avons trouvé une espèce unique de Mitosporidium.

Deux hypothèses sont possibles. Soit ces parasites viennent des vers de terre que les plathelminthes consomment – mais il faudrait alors admettre un hasard improbable : que chaque plathelminthe ait mangé une seule espèce de ver de terre, elle-même infectée par son parasite spécifique. Soit, plus simplement, chaque plathelminthe possède son propre Mitosporidium. C’est cette seconde hypothèse qui nous paraît la plus plausible, en attendant des analyses plus larges.

Un avenir pour la lutte contre les vers plats ?

Nous supposons, donc, maintenant avoir découvert des parasites de vers plats envahissants. Selon la théorie générale du « relâchement de la pression des ennemis », un moyen de se débarrasser d’une espèce envahissante est de l’infecter par un parasite ou par un pathogène qui va réduire ses populations. Un exemple classique est celui du lapin en Australie : libéré de ses prédateurs et parasites, il s’est multiplié de façon incontrôlable et seule l’introduction de la myxomatose a permis de réduire un peu sa population. Mais ce n’est pas toujours facile : pour le frelon asiatique, envahissant en Europe, plusieurs parasites ont été identifiés, sans qu’aucun ne puisse freiner réellement son expansion.

Introduire des microsporidies pour réduire les populations de plathelminthes terrestres envahissants ? Une idée séduisante, mais nous en sommes très loin.

D’abord, comme expliqué plus haut, nous ne sommes pas encore sûrs que les Mitosporidium soient des parasites de plathelminthes. Ensuite, on ne sait pas du tout s’ils sont pathogènes ! La seule espèce connue avant notre travail, Mitosporidium daphniae, n’a qu’une petite influence négative sur la fertilité des daphnies infectées. Des années de recherche sont encore nécessaires.

The Conversation

Jean-Lou Justine est Rédacteur-en-Chef de Parasite, la revue scientifique de la Société Française de Parasitologie, dans laquelle a été publiée cette étude. Toutes les précautions éthiques ont été prises, en suivant les recommandations de COPE https://publicationethics.org/ .

Archie K. Murchie a reçu des financements du Department of Agriculture, Environment & Rural Affairs, Northern Ireland

Romain Gastineau a reçu des financements du ministère de la recherche et de l’éducation de Pologne.

Leigh Winsor ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Des parasites découverts chez les vers plats envahissants, enfin une piste de lutte ? – https://theconversation.com/des-parasites-decouverts-chez-les-vers-plats-envahissants-enfin-une-piste-de-lutte-266265

Comment le sens de l’orientation vient aux enfants – et ce que changent les GPS

Source: The Conversation – France in French (3) – By Clément Naveilhan, Doctorant en Sciences du Mouvement Humain, Université Côte d’Azur

Avec le développement des outils numériques, perdons-nous ce sens de l’orientation qui se forge durant les premières années de la vie ? Comprendre comment les enfants apprennent à élaborer ces cartes mentales nous éclaire sur ce qui se joue vraiment derrière ces mutations.


Vous avez prévu un séjour en famille et ça y est, tout est prêt pour le départ. Vous allumez alors le téléphone pour lancer votre application GPS préférée mais, stupeur, rien ne se passe… Vous réessayez alors en lançant une autre application ou en changeant de téléphone mais toujours rien. Il va falloir faire sans.

Après tout, cela ne devrait pas être si difficile, c’est la même route chaque année ; pour rejoindre l’autoroute, c’est sur la gauche en sortant du pâté de maisons. À moins qu’il faille plutôt prendre à droite pour d’abord rejoindre la nationale, et ensuite récupérer l’autoroute dans la bonne direction ?




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Finalement, ce n’est pas gagné… et le départ devra attendre le retour du GPS ou que vous retrouviez cette ancienne carte format papier perdue (elle aussi) quelque part chez vous. En cherchant la carte routière, peut-être vous demanderez-vous comment on faisait pour se déplacer avant les GPS.

Cette technologie nous aurait-elle fait perdre le sens de l’orientation ?

Qu’est-ce que « la navigation spatiale » ?

Attention, nous n’allons pas parler de fusée ou d’astronautes en parlant de « navigation spatiale », l’expression désigne tout simplement l’ensemble des processus qui nous permettent de nous orienter et de nous déplacer dans notre environnement.

Les capacités de navigation reposent à la fois sur l’intégration de nos propres mouvements dans l’environnement via le calcul en continu de notre position. C’est cette capacité qui vous permet de vous orienter aisément dans le noir ou les yeux fermés, sans risquer de confondre la salle à manger avec les toilettes lors de vos trajets nocturnes par exemple.

Mais, avec la distance parcourue, la précision diminue et on est de plus en plus perdu. Afin de garder le cap, nous utilisons en complément des points de repère externes particuliers offerts par le monde qui nous entoure, comme un monument ou une montagne. Grâce à la combinaison de ces deux sources d’informations spatiales, nous sommes capables de créer une carte mentale détaillée de notre environnement.

La création de ce type de carte mentale, relativement complexe, n’est pas la seule stratégie possible et, dans certains cas, on préférera se souvenir d’une séquence d’actions simples à accomplir, par exemple « à gauche, en sortant » (direction l’autoroute), « puis tout droit » et « votre destination sera à 200m sur votre droite ». On est ici très proche des outils digitaux GPS… mais pas de risque de déconnexion… bien pratique, ce système de navigation embarqué !

S’orienter dans l’espace, un jeu d’enfant ?

Dès les premiers mois de vie, les nouveau-nés montrent des capacités étonnantes pour se repérer dans l’espace. Contrairement à ce qu’on pouvait penser il y a quelques décennies, ces tout petits êtres ne voient pas le monde uniquement depuis leur propre point de vue et, dès 6 à 9 mois, ils arrivent à utiliser des repères visuels familiers pour ajuster leur orientation, surtout dans des environnements familiers.

À 5 mois, ils perçoivent les changements de position d’un objet et, vers 18 mois, ils peuvent partiellement mémoriser des emplacements précis. Vers 21 mois, ils commencent à combiner les informations issues de leurs propres mouvements avec les repères extérieurs pour retrouver une position précise dans l’espace.

L’expérience motrice semble jouer un rôle clé ici : plus les jeunes enfants marchent depuis longtemps, plus leurs compétences spatiales progressent. Dans la suite des étapes du développement, les compétences spatiales s’affinent de plus en plus. À 3 ans, ils commettent encore des erreurs de perspective, mais dès 4 ou 5 ans, ils commencent à comprendre ce que voit une autre personne placée ailleurs dans l’espace.




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Entre 6 ans et 10 ans, les enfants deviennent capables de combiner différents types d’informations externes comme la distance et l’orientation de plusieurs repères pour se situer dans l’espace. À partir de 10 ans, leurs performances spatiales se rapprochent déjà de celle des adultes.

Le développement de ces capacités repose notamment sur la maturation d’une région cérébrale connue sous le nom du complexe retrosplénial (RSC). Cette zone est impliquée dans la distinction des endroits spécifiques (comme un magasin près d’un lac ou d’une montagne), ce qui constitue la base d’une navigation spatiale fondée sur les repères.

Des résultats récents montrent que cette capacité à construire des cartes mentales est déjà en partie présente dès l’âge de 5 ans. Mais alors, si ce sens de l’orientation se développe si tôt et est si fiable, pourquoi avons-nous besoin de GPS pour nous orienter ?

Le GPS, allié ou ennemi de notre sens de l’orientation ?

S’il est facile de s’orienter dans les lieux familiers, le GPS devient vite un allié incontournable dès que l’on sort des sentiers battus. Cependant, son usage systématique pourrait tendre à modifier notre manière de nous repérer dans l’espace en général. Dans ce sens, quelques études suggèrent que les utilisateurs intensifs de GPS s’orientent moins bien dans des environnements nouveaux et développent une connaissance moins précise des lieux visités.

Une méta-analyse récente semble confirmer un lien négatif entre usage du GPS, connaissance de l’environnement et sens de l’orientation. Toutefois, certains des résultats nuancent ce constat : les effets délétères semblent surtout liés à un usage passif. Lorsque l’utilisateur reste actif cognitivement (en essayant de mémoriser ou d’anticiper les trajets) l’impact sur les compétences de navigation est moindre, voire nul.

Ainsi, le GPS ne serait pas en lui-même néfaste à nos capacités de navigation. Ce serait davantage la manière dont on l’utilise qui détermine son influence positive, négative ou neutre sur nos capacités de navigation spatiale.

Donc, bonne nouvelle, même si vous n’êtes pas parvenu à retrouver votre carte routière, vous avez remis la main sur votre ancien GPS autonome, celui qui n’a jamais quitté votre tête ! Et, même si désormais la destination est programmée et qu’il ne vous reste plus qu’à suivre le chemin tracé, songez parfois à lever les yeux pour contempler le paysage ; en gravant quelques repères à mémoriser, vous pourriez savourer le voyage et réapprendre à naviguer.

The Conversation

Clément Naveilhan a reçu des financements de l’Université Côté d’Azur.

Stephen Ramanoël a reçu des financements nationaux (ANR) et locaux (Université Côte d’Azur – IDEX)

ref. Comment le sens de l’orientation vient aux enfants – et ce que changent les GPS – https://theconversation.com/comment-le-sens-de-lorientation-vient-aux-enfants-et-ce-que-changent-les-gps-264631

Anatomie des hommes forts : pourquoi les politiques mettent-ils en scène leur musculature ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By François Hourmant, Professeur de science politique, Université d’Angers

Alors que, depuis plusieurs années, les jeunes s’inscrivent en masse dans les salles de sport, leur obsession pour le muscle semble avoir gagné une autre catégorie de population : les responsables politiques. Mais pourquoi donc vouloir « pousser de la fonte » lorsqu’on tutoie déjà les cimes du pouvoir ?


« Emmanuel Macron dégaine les abdos » : sous ce titre, une photo montre le président français torse nu, doté de « tablettes de chocolat ». D’abord publiée sur X, avant d’être reprise par Closer, elle a été prise à la veille de la rencontre entre Donald Trump et Vladimir Poutine en Alaska le 15 août, alors qu’Emmanuel Macron s’adonnait aux joies balnéaires à Brégançon (Var).

Deux ans plus tôt, la photographe officielle l’Élysée Soazig de La Moissonière postait sur Instagram les photos du président en boxeur, visage ridé par l’effort, biceps saillants et sueur perlant. Dieu du ring, « Rocky Macron » imitait Poutine, que l’on vit naguère exposer avec complaisance les attributs d’une virilité offensive.

Rivalité mimétique et « masculinité agonistique »

La séquence témoignait de cette rivalité mimétique opposant Poutine à Macron, qualifié de « coq en pâte » ou « trouillard zoologique » par Dmitri Medvedev, le vice-président du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie. Elle surlignait de façon métaphorique la volonté de rendre coup pour coup.

Symbole de la combativité, de la pugnacité et de l’endurance, mais aussi de l’efficacité et de la maîtrise de soi la boxe stylisait, autant que les déclarations du président français, le « combat de chefs ». Posant en héraut des démocraties libérales contre l’autoritarisme russe, Macron empruntait pourtant l’hexis corporelle hypertrophiée des leaders autocratiques du XXe siècle. Cet étalage de muscles et de sueur était évidemment plus inattendu chez un ancien énarque, banquier d’affaires devenu président de la République que chez un ancien officier du KGB.

Le muscle-spectacle

Mais pour singulières qu’elles paraissent, ces photos font aussi écho à bien d’autres clichés. De Jordan Bardella publiant sur TikTok ses séances de « muscu », à Olivier Véran, adepte, comme Édouard Philippe, Manuel Valls, Valérie Pécresse ou Rachida Dati, de la boxe, et exhibant son biceps au moment du Covid, en passant par Louis Sarkozy, fan de MMA et de jiu-jitsu, ou encore Ian Brossat déclinant l’importance de ses séances quotidiennes sur les bancs de musculation, difficile d’échapper à cette exposition complaisante de muscles. Ce corps ciselé est non seulement érigé en nouvel étalon de la beauté masculine en politique, mais aussi en improbable vecteur de communication et de légitimation.

Et la France n’est pas la seule à succomber à ce muscle-spectacle. Le « challenge de Pete et Bobby », au cours duquel l’actuel ministre de la santé des États-Unis, Robert Jr. Kennedy, a mis au défi le ministre de la défense Pete Hegseth d’effectuer 50 tractions et 100 pompes en moins de dix minutes, a enflammé les réseaux sociaux, consacrant l’avènement d’une culture visuelle du muscle dans les démocraties contemporaines. Si le sport est depuis longtemps une « passion américaine », la croisade du muscle et de la santé a pris néanmoins ces derniers temps un tournant spectaculaire à visée politique et idéologique.

Management des corps et triomphe de la volonté

Longtemps forclos du champ politique démocratique, les muscles s’exposent donc désormais. Ce culte inquiet du moi et cette culture profane du corps indexe un storytelling aussi bien huilé que les muscles exhibés. Dans son discours prononcé au Pentagone, le 30 septembre 2025, devant plusieurs centaines d’officiers de l’armée des États-Unis, Pete Hegseth stigmatisait ainsi « les mecs en robe », les barbes et cheveux longs, dénonçait les « troupes obèses » et « l’hypersensibilité » ou encore le « hot yoga ». L’heure est bien à la fermeté et à la puissance, au lisse et au glabre, pour façonner de nouveaux « warriors ». Et d’en appeler au rétablissement de la « formation de base » telle qu’elle devrait être à ses yeux : « Effrayante, difficile et disciplinée. »

Exit donc ceux qu’il nomme avec mépris les « débris woke » ; exit les « hommes faibles qui ne seront pas qualifiés », selon son expression. Ainsi se décline le nouveau management ultralibéral des corps dans lequel chacun devient gestionnaire de son apparence dans une recherche individualiste de la réussite, entre dépassement de soi et « triomphe de la volonté ». Le muscle est devenu une ressource et le corps un capital qu’il convient de faire fructifier.

Célébration apollinienne et culte de la performance

Les photographies de ces performers politiques fixent les contours de ces nouveaux corps médiatiques. Elles redéfinissent les canons de la beauté masculine où la séduction de la plastique sculptée se conjugue aux règles de l’ascèse, sur fond d’héroïsation. Car ces corps glorieux sont des corps épurés et dégraissés de tout amas adipeux par l’effort endurant, et non par la magie de Photoshop qui permit d’effacer les bourrelets de Nicolas Sarkozy en vacances à Wolfeboro (Nouvelle-Angleterre, chez le président Bush, ndlr).

Label de vigueur et de force, le muscle est aussi synonyme de santé physique et morale. Il signifie hygiénisme, vitalisme et déni du vieillissement. Il participe d’une nouvelle grammaire des apparences et reconfigure les normes de la masculinité en politique, entre célébration apollinienne et culte de la performance.

Ces pratiques infléchissent aussi les représentations de l’affrontement politique. La joute des apparences rivalise avec celle des discours. Chez les hommes politiques, la culture visuelle étend son empire et promeut une rhétorique qui n’est plus seulement discursive et esthétique mais aussi plastique. La politique tend à devenir de plus en plus athlétique et diététique. Le pouvoir et son exercice réclament des hommes forts, des gladiateurs postmodernes n’hésitant parfois pas, comme au Brésil, à régler leurs différends dans les cages de MMA.

Splendeur et misère d’une virilité hégémonique

Ce sacre de la sueur et de la violence contre le « cercle de la raison », ravive avec acuité un vieil imaginaire : celui associant le pouvoir à la virilité, et celle-ci à la masculinité hégémonique.

À la « virilité privilège », celle des élites bourgeoises et politiques, véhiculant des valeurs de tempérance, de droiture, de responsabilité, ces nouvelles incarnations renvoient davantage à la « virilité ressource ». Celle-ci, longtemps plébiscitée par les outsiders, était l’apanage des leaders populistes, fondée sur une rhétorique du parler-vrai, sur une simplicité/proximité affichée avec les électeurs ainsi que sur une agressivité à la fois verbale et corporelle qui a connu, avec les poignées de mains virilistes de Donald Trump, un indiscutable regain.

Cette virilité fait écho au succès rencontré par les nouvelles pratiques sportives où « la fabrique du muscle » participe de la construction identitaire de soi dans un monde incertain. Elle trouve également une visibilité et une amplification sur les réseaux sociaux. La manosphère s’est faite la porte-voix de ces pratiques. Elle promeut un discours antiféministe associant conseils en développement personnels et de remise en forme a un discours intransigeant sur la masculinité traditionnelle. Pour les influenceurs masculinistes comme Andrew Tate, ancien champion de kickboxing, la « revirilisation » par la célébration narcissique de la musculature est une promesse de salut et de réussite sociale, professionnelle et personnelle.

« La fabrique du muscle. »

Difficile de ne pas voir dans cette exaltation du muscle-roi une sur-virilisation compensatoire, le symptôme d’une inquiétude face à la redéfinition des rôles sexués, un backlash face aux revendications féministes post-#MeToo voire même une « surenchère phallique » que pointait déjà l’anthropologue Jean-Jacques Courtine à propos des body builders, ces « stakhanovistes du narcissisme » en qui il voyait « le travail de deuil dénié, la nostalgie travestie d’une très ancienne représentation de la puissance masculine. »

Désymbolisation et érotisation

Ces pratiques s’inscrivent dans des stratégies de présentation de soi où l’exposition des musculatures redéfinit les façades et les identités. Si cette corporalité du politique n’est pas neuve – pensons à Mussolini paradant torse nu –, elle révèle l’existence d’une nouvelle configuration politique dans laquelle la légitimité se construit largement dans et par l’écart à la norme, par une corporéité exhibée, performée et médiatisée, plus spécifiquement plébiscitée par les leaders de droite dans le champ politique.

Pendant longtemps, présidents et compétiteurs ont été prisonniers de la fonction et à ce titre (auto)contraints par le rôle. Ils étaient obligés de se conformer à l’imaginaire de hauteur et de solennité qu’attestait le paradigme du président lettré. Les photos de ces corps façonnés inaugurent un nouveau régime d’incarnation. S’ils attestent une indéniable désymbolisation, ils mettent aussi en jeu une forme exacerbée d’érotisation du politique, entre exhibitionnisme et voyeurisme, où la pulsion scopique est congruente avec celle des réseaux sociaux.

The Conversation

François Hourmant ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Anatomie des hommes forts : pourquoi les politiques mettent-ils en scène leur musculature ? – https://theconversation.com/anatomie-des-hommes-forts-pourquoi-les-politiques-mettent-ils-en-scene-leur-musculature-267387

Informer sur les risques et bénéfices de la migration influence-t-il la décision de migrer ?

Source: The Conversation – in French – By Jean-Michel Lafleur, Associate Director, Centre for Ethnic and Migration Studies / Coordinator of IMISCOE, Université de Liège

Session de sensibilisation sur les risques et dangers de la migration irrégulière à Douala (Cameroun), juin 2022.
Organisation internationale des migrations/Cameroun 2022

Une étude quantitative de 2025 réalisée auprès d’un échantillon représentatif de la population résidente en Algérie confirme que les campagnes d’information sur les risques de la migration irrégulière promues par l’Union européenne et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) n’ont qu’un impact très faible sur la propension à émigrer en dehors des voies légales.


Au printemps dernier, le fonds « Asile, migration et intégration » (Amif), créé par l’Union européenne (UE), lançait un appel à proposition afin de prévenir la migration irrégulière par des campagnes d’information sur les risques liés à ce type de migration.

L’objectif de cet appel doté d’un budget de 10 millions d’euros :

« Dissuader et prévenir la migration irrégulière en fournissant des informations fiables sur les dangers de la migration irrégulière, sur les voies légales d’accès à l’Europe et sur les possibilités économiques alternatives dans les pays d’origine. »

Malgré le fait que les chercheurs s’interrogent depuis longtemps sur l’efficacité de ce type de campagne, l’UE, ses États membres mais aussi l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) dépensent, chaque année, des budgets conséquents dans des campagnes de ce genre.

Des campagnes nombreuses et à l’efficacité douteuse

Les campagnes d’information ciblant les pays d’origine et de transit des migrants, notamment par le biais d’annonces à la radio et à la télévision, dans les journaux ou sur les réseaux sociaux, sont un outil de dissuasion de la migration très fréquemment utilisé par les gouvernements.

Une caractéristique récurrente de ces campagnes est qu’elles mettent en avant les dangers et risques liés à la migration et évoquent rarement les bénéfices que celle-ci peut procurer ni n’informent sur les modalités légales par lesquelles il est possible de rejoindre l’Europe. Dans ces campagnes, l’usage de dispositifs audiovisuels induisant la peur est également fréquent.

Entre 2015 et 2019, au moins 130 campagnes ont été mises en œuvre, dont 104 soutenues par des gouvernements de l’UE. À titre d’exemple, l’OIM et le ministère italien de l’intérieur ont conduit, entre 2016 et 2023, la campagne « Aware Migrants », qui ciblait 11 pays africains d’émigration et de transit. Cette campagne aurait touché, selon ses organisateurs, plus d’un demi-million d’individus. Plus récemment, en 2025, la Belgique a conduit des campagnes visant les demandeurs d’asile camerounais et guinéens transitant par la Bulgarie et la Grèce afin de leur faire savoir que les centres d’accueil du pays sont complets.

Capture d’écran issue d’une vidéo diffusée par l’Office des étrangers (Belgique).
YouTube
Capture d’écran issue d’une vidéo diffusée par The Migrant Project-Edo/Media Coalition and Awareness to Halt Trafficking. Les propos cités ici sont ceux d’un jeune migrant originaire du Nigeria, Ikechukwu Oseji.
Compte Facebook du Migrant Project- Edo/Media Coalition and Awareness to Halt Trafficking

Les chercheurs qui ont analysé ce type de campagnes identifient trois limites récurrentes inhérentes à cet instrument des politiques migratoires européennes.

D’abord, la recherche qualitative existante (une sur le Cameroun, l’autre sur le Ghana) démontre que, contrairement aux hypothèses des financeurs des campagnes, la plupart des candidats potentiels à la migration dans les pays à revenus faible ou intermédiaire sont plutôt bien informés sur les risques liés à la migration irrégulière. Il n’empêche qu’en dépit de leur connaissance des risques encourus, y compris celui de perdre la vie, ils sont nombreux à estimer que, vu l’absence de voies légales pour quitter le pays où ils vivent, l’immigration irrégulière est leur seule possibilité.




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Ensuite, des travaux antérieurs ont déjà montré que les candidats à la migration accordent peu de crédit à la qualité de l’information diffusée dans des campagnes financées par des institutions explicitement motivées par le désir de réduire les flux migratoires. Ces campagnes peinent par conséquent à contrer les récits positifs diffusés par d’autres sources – tels les messages véhiculés par les passeurs et par les migrants de même origine déjà établis en Europe – et sont pour cette raison fréquemment présentées par la recherche comme vouées à l’échec.

Enfin, la communauté scientifique dans le champ des études migratoires souligne l’absence d’évaluation systématique de l’impact de ces campagnes et indique que, lorsque des évaluations sont conduites, celles-ci présentent des problèmes de fiabilité. Certains spécialistes s’interrogent également sur le caractère éthique de ces campagnes, qui visent à légitimer des politiques migratoires restrictives, et dont la capacité réelle à réduire la migration irrégulière paraît douteuse.

Une première évaluation à grande échelle auprès de la population algérienne

En réponse à ces critiques, notre étude a mis sur pied une expérimentation intégrée à une enquête administrée en ligne auprès d’un panel de 1 206 personnes représentatif de la population résidente en Algérie afin de tester l’impact de certaines informations sur la décision de migrer de façon irrégulière vers l’Europe.

La population sans papiers algérienne est en effet l’une des plus importantes en Europe : selon Eurostat, parmi les 918 925 personnes en séjour irrégulier en Europe en 2024, près de 60 000 sont des citoyens algériens. Elle constitue aussi le premier groupe national en nombre d’ordre de quitter le territoire, émis dans l’UE (plus de 38 000 citoyens algériens concernés en 2024).

Dans cette expérimentation, nous avons testé six messages.

Les deux premiers portent sur les risques liés à la migration : une vignette concerne les dangers de la migration irrégulière et comprend les risques de décès en mer, d’arrestation et d’expulsion du continent européen. La deuxième traite des murs et des grillages érigés en de nombreux points du territoire de l’UE dans le but de contenir l’immigration irrégulière. Chacun de ces messages a été testé dans une version « texte seul » et dans une version où le même texte est accompagné d’une photo d’illustration renforçant le caractère inquiétant du message écrit.

Les deux autres messages, testés uniquement en version « texte seul », concernaient l’accès aux droits des personnes migrantes dans le pays d’immigration, fréquemment présentés dans le débat politique comme des éléments susceptibles d’encourager la migration irrégulière vers l’Europe. À cet effet, une vignette fournissait des informations concernant la possibilité pour les sans-papiers de régulariser leur statut sous certaines conditions dans différents États membres de l’UE. L’autre concernait la possibilité pour les migrants algériens d’accéder à certaines prestations sociales en Europe grâce à l’existence d’accords bilatéraux de sécurité sociale.

Chacun de ces messages a été testé auprès d’une partie de l’échantillon. Les participants exposés à l’un de ces messages tout comme le groupe de contrôle (n’ayant pas reçu de message) ont ensuite répondu à trois questions sur leur désir et intention d’émigrer vers l’Europe, y compris de façon irrégulière.

Au terme de notre analyse, et dans la continuité des travaux principalement qualitatifs réalisés jusqu’ici sur la question, notre étude confirme l’absence d’impact des campagnes d’information. Plus précisément, fournir des informations sur les risques et les bénéfices liés à la migration n’a pas d’impact significatif sur la propension à migrer de façon irrégulière des individus résidant dans les pays à niveau de revenus faible et intermédiaire.

Impact insignifiant, débat indispensable

Puisqu’il se confirme que ce type d’information n’a pas d’impact sur la décision de migrer de façon irrégulière, il convient à nouveau d’interroger l’objectif des campagnes d’information menées dans les pays d’origine.

Si leur rôle est uniquement de rassurer les opinions publiques européennes quant à la capacité des États à limiter la migration irrégulière, s’agit-il d’un usage légitime des ressources publiques ? Si, comme cela est fréquemment invoqué, l’objectif est réellement d’informer les candidats à la migration quant à la réalité de l’expérience migratoire, alors l’usage d’informations délibérément incomplètes et inquiétantes sur la migration vers l’Europe pose bien entendu de sérieuses questions éthiques.

Autrement dit, le débat sur les campagnes d’information doit s’inscrire dans un débat plus large sur l’évolution des politiques migratoires en Europe. Comme le réclament la communauté scientifique et la société civile organisée, une politique migratoire qui entend permettre uniquement la migration régulière ne peut privilégier à ce point les réponses répressives et dissuasives sans risquer de continuer à produire des politiques migratoires inefficaces et dangereuses.

Si ces campagnes d’informations doivent être poursuivies, il importe qu’elles prennent désormais en compte deux éléments cruciaux jusqu’ici trop souvent passés sous silence. Il s’agit, d’une part, de reconnaître, outre la nécessité de créer de nouvelles voies d’accès légales et sûres vers l’Europe, qu’il existe des modalités légales limitées de migration, dont ces campagnes ne font pas mention. Informer adéquatement sur ces voies légales est un corollaire indispensable au droit de tout individu à quitter son pays, tel que garanti par la Déclaration universelle des droits de l’homme. D’autre part, dans un souci d’offrir une vision réaliste de l’expérience migratoire en Europe, il importe également que ces campagnes reconnaissent que, lorsque les politiques d’inclusion adéquates sont mises en œuvre, l’aspiration des candidats à la migration à une vie meilleure en Europe peut être rencontrée.

Sans prendre ces éléments en considération, ces campagnes sont condamnées à reproduire une vision partielle de l’expérience migratoire en Europe à laquelle les candidats à la migration ne continueront à accorder que peu de crédit.

The Conversation

Jean-Michel Lafleur a reçu des financements du FRS-FNRS pour conduire cette recherche.

Abdeslam Marfouk ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Informer sur les risques et bénéfices de la migration influence-t-il la décision de migrer ? – https://theconversation.com/informer-sur-les-risques-et-benefices-de-la-migration-influence-t-il-la-decision-de-migrer-265690

Comment observer la comète Lemmon, déjà visible à l’œil nu

Source: The Conversation – in French – By Josep M. Trigo Rodríguez, Investigador Principal del Grupo de Meteoritos, Cuerpos Menores y Ciencias Planetarias, Instituto de Ciencias del Espacio (ICE – CSIC)

La comète Lemmon (C/2025 A6), découverte en janvier 2025, traverse en ce moment notre ciel et s’offre déjà à l’œil nu. Un spectacle rare à saisir avant son départ vers l’espace profond.


Dans les prochains jours, nous aurons l’occasion d’admirer, et de photographier, une comète brillante visible au crépuscule. Il s’agit de la comète C/2025 A6, surnommée Lemmon, découverte le 3 janvier 2025 par l’astronome Carson Fuls dans le cadre du programme de suivi du Mount Lemmon Observatory (Arizona).

La comète parcourt une orbite très excentrique qui peut l’éloigner jusqu’à 36 milliards de kilomètres du Soleil. Il lui faut environ 1 350 ans pour en faire le tour. Autant dire qu’il faut en profiter ce mois-ci, avant qu’elle ne rapetisse à nos yeux et ne reparte vers les confins du système solaire.

Comment repérer la comète Lemmon dans le ciel

Si vous n’avez jamais eu la chance d’observer une comète et que vous voulez tenter l’expérience, pas de panique : avec quelques repères simples, l’aventure est à la portée de tous.

Première règle : trouver un ciel noir, loin des grandes villes et de toute pollution lumineuse. Choisissez de préférence une nuit claire avec l’horizon ouest dégagé, sans lampadaires ni obstacles.

Le meilleur moment pour commencer l’observation est le début de la nuit. Dès l’apparition des premières étoiles, cherchez la silhouette de la Grande Ourse à l’horizon nord-ouest. Cette constellation, formée de sept étoiles, est aussi connue sous le nom de « Grand Chariot » (ou « Grande Casserole »). Les deux étoiles les plus brillantes, situées vers le nord, permettent de tracer une ligne vers l’étoile polaire.

Trajet de la comète parmi les constellations visibles au crépuscule entre la mi-octobre et novembre 2025. La position de la comète doit être interpolée en fonction des repères indiqués pour chaque date. Image adaptée par l’auteur à partir d’une carte réalisée avec le logiciel Stellarium.
Observatorio Astronómico Nacional-IGN

Une fois la Grande Ourse repérée, prolongez en courbe sa « queue », dont la dernière étoile se nomme Alkaïd, jusqu’à atteindre l’étoile la plus brillante de la région : Arcturus. Cette dernière sera précieuse car le mardi 21 octobre, au moment où la comète sera la plus proche de la Terre (101 millions de kilomètres), Lemmon se trouvera dans la constellation du Bouvier, non loin d’Arcturus.

À l’œil nu ou aux jumelles

En ciel sombre, Lemmon est visible à l’œil nu, surtout depuis l’Espagne, le Mexique et l’Amérique centrale (ainsi que la France, NLDT), puisqu’elle se déplace dans l’hémisphère céleste Nord. Sa luminosité devrait se situer entre celle d’Alkaïd (queue de la Grande Ourse) et celle, plus faible, de Kornephoros (Beta Herculis), voire davantage.

En cas de pollution lumineuse, une paire de jumelles astronomiques avec un grossissement de 7 à 12 suffira. Orientez-les vers Arcturus, puis glissez doucement vers Alkaïd jusqu’à distinguer une petite tache nébuleuse prolongée d’une queue tournée à l’opposé du Soleil. N’hésitez pas à répéter le mouvement plusieurs fois.

La comète et sa queue colorée

Ces dernières semaines, les images spectaculaires de Lemmon se multiplient sur les réseaux sociaux. Les astrophotographes raffolent de ces astres changeants. À mesure qu’elle s’approche du Soleil, la surface glacée de Lemmon se réchauffe et commence à se sublimer. Les photos révèlent alors une queue bleutée, dite « ionique », ondulante et sensible au vent solaire.

La comète Lemmon (C/2025 A6) depuis l’ermitage de Santa Bàrbara, à Sant Feliu de Buixalleu (Catalogne, Espagne). Télescope Askar FRA400 à 280 mm avec une caméra Player One Ares-C PRO. Image reproduite avec l’autorisation de l’auteur.
Pau Montplet i Sanz (ACDAM/AstroMontseny)

Sa chevelure diffuse, appelée « coma », s’étend déjà sur plusieurs degrés. On s’attend aussi à l’apparition d’une seconde queue, cette fois poussiéreuse, produite par les particules libérées par les glaces sublimées. Ces minuscules grains réfléchissent la lumière solaire et donnent une queue plus diffuse, jaunâtre, souvent très lumineuse.

Les cartes de l’Observatoire astronomique national espagnol montrent le déplacement progressif de la comète vers l’ouest, nuit après nuit. Fin octobre, elle passera entre Kornephoros (dans la constellation d’Hercule) et Unukalhaï (dans la constellation du Serpent). Mi-novembre, Lemmon se rapprochera d’Antarès, l’étoile la plus brillante du Scorpion.

En ville, les comètes perdent de leur éclat. Voilà donc une belle occasion de fuir l’éclairage urbain, de lever les yeux vers le ciel et de s’offrir quelques minutes de contemplation d’un astre unique.

The Conversation

Josep M. Trigo Rodríguez reçoit des financements du projet du Plan national d’astronomie et d’astrophysique PID2021-128062NB-I00, soutenu par le MICINN et l’Agence nationale espagnole de la recherche.

ref. Comment observer la comète Lemmon, déjà visible à l’œil nu – https://theconversation.com/comment-observer-la-comete-lemmon-deja-visible-a-loeil-nu-267884

Orientation postbac : pourquoi les femmes choisissent moins les sciences que les hommes

Source: The Conversation – in French – By Anne Boring, Associate professor, Erasmus University Rotterdam

Si les filles sont beaucoup moins enclines que les garçons à se diriger vers des filières scientifiques, c’est bien entendu lié pour une part à la persistance des stéréotypes de genre. Mais d’autres facteurs entrent en compte lors des processus d’orientation scolaire. Explications à partir d’une enquête de la Chaire pour l’emploi et l’entrepreneuriat des femmes (Sciences Po).


Comment attirer plus de femmes vers des études supérieures en sciences et technologies ? Depuis plusieurs années, les pouvoirs publics soutiennent des initiatives visant à favoriser la mixité de ces filières d’études, la plus récente étant le plan d’action « Filles et maths », lancé par le ministère de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, en mai 2025.

Deux raisons principales motivent ces initiatives. D’une part, il s’agit de réduire les inégalités femmes-hommes sur le marché du travail, en particulier les écarts de rémunération. D’autre part, l’objectif est de soutenir la croissance économique dans des domaines porteurs, en formant davantage de personnes pouvant contribuer à l’innovation dans des secteurs d’activité stratégiques.

Des différences de choix marquées sur Parcoursup

Les différences d’orientation entre les femmes et les hommes restent très marquées à l’entrée de l’enseignement supérieur. C’est ce qui ressort des choix formulés par les élèves de terminale sur Parcoursup, la plateforme d’accès aux filières postbac, comme on peut le voir dans le graphique ci-dessous, obtenu grâce aux données mises à disposition sur Datagouv. Il représente le nombre de candidatures pour les formations les plus demandées (plus de 4 000 candidatures).

Source : Parcoursup 2024 – vœux de poursuite d’études et de réorientation dans l’enseignement supérieur et réponses des établissements.
Fourni par l’auteur

Les points au-dessus de la diagonale représentent les formations avec une prédominance de candidatures hommes, alors que ceux en dessous représentent les formations avec une prédominance de candidatures de femmes. Les hommes représentent environ 70 % des candidatures aux formations en sciences et technologies, y compris en sciences et technologies des activités physiques et sportives, ou Staps (en orange).

Les principales exceptions concernent des formations en sciences de la vie et de la Terre, pour lesquelles les candidatures par des femmes sont plus nombreuses. Les formations en sciences économiques, en gestion et en commerce (en bleu) sont plutôt mixtes. Enfin, les formations en santé, en sciences humaines et sociales, en lettres, en langues et en arts (en violet) sont majoritairement privilégiées par les femmes, qui constituent autour de 75 % des candidatures.

Certains facteurs permettant d’expliquer ces différences de choix d’études ont déjà été analysés, en particulier le rôle des stéréotypes de genre, des différences de performance scolaire dans les matières scientifiques ou la confiance en soi.

La passion pour un domaine d’études, un facteur déterminant

Afin de mieux comprendre les raisons actuelles des différences entre femmes et hommes dans les choix d’études supérieures, la Chaire pour l’emploi et l’entrepreneuriat des femmes de Sciences Po a mené, en février 2025, une enquête en partenariat avec Ipsos auprès d’un échantillon représentatif de la population étudiante en France, comprenant au total 1 500 réponses. Les résultats de cette enquête ont été publiés par l’Observatoire du bien-être du Centre pour la recherche économique et ses applications (Cepremap).

L’un des résultats marquants de l’enquête concerne les différences femmes-hommes dans l’importance accordée à la passion comme facteur déterminant des choix d’études supérieures.

Les étudiantes sont significativement plus nombreuses à choisir des filières en lien avec leurs passions, et elles semblent faire ce choix en ayant pleinement conscience qu’il risque de les pénaliser plus tard sur le marché du travail. En effet, 67 % des femmes (contre 58 % des hommes) disent « préférer étudier un sujet qui les passionne, même si cela ne garantit pas un emploi bien rémunéré », alors que 33 % des femmes (contre 42 % des hommes) disent « préférer obtenir un emploi bien rémunéré, même si cela ne garantit pas d’étudier un sujet qui les passionne ».

Les femmes qui privilégient la passion ont une probabilité plus élevée de s’inscrire en lettres, arts et humanités, alors que celles qui préfèrent un emploi bien rémunéré ont une probabilité plus élevée de s’inscrire en sciences économiques, gestion et commerce ou en sciences et technologies.

Des parents plus ou moins prescripteurs

Par ailleurs, les résultats de l’enquête mettent en évidence le fait que les parents sont plus prescripteurs pour les garçons que pour les filles, concernant les choix d’études de leurs enfants. En effet, les étudiantes ont davantage le soutien de leurs parents, quel que soit le domaine d’études de leur choix, alors que les étudiants reçoivent moins souvent l’approbation de leurs parents, en particulier pour les domaines d’études qui mènent vers des carrières moins rémunératrices sur le marché du travail (par exemple, en sciences humaines et sociales ou en lettres et arts) ou qui se sont féminisés (par exemple, le droit ou la santé).

Paradoxalement, le manque de prescriptions parentales sur les choix des filles peut expliquer qu’elles suivent plus souvent leur passion, se retrouvant plus contraintes par la suite sur le marché du travail.

Les résultats montrent aussi que les goûts développés pour les différentes matières dans le secondaire permettent d’expliquer plus de la moitié des différences femmes-hommes dans les choix d’études supérieures.

« Les filles et les mathématiques » (France Info, 2013).

Les filles auraient des goûts plus diversifiés, le seul goût pour les maths n’explique qu’une petite partie (environ 10 %) de l’écart dans les choix d’études. Cela permet d’expliquer en partie pourquoi les filles se détournent des formations en sciences et technologies, qui peuvent être perçues comme impliquant un renoncement à d’autres matières appréciées. Les hommes sont quant à eux plus nombreux à n’avoir aimé que des matières scientifiques dans le secondaire (29 % des étudiants contre 14 % des étudiantes).

Filières pluridisciplinaires et « roles models »

Si l’économie française a besoin de davantage de femmes diplômées en sciences et technologies, comment faire alors pour les attirer vers ces domaines d’études ? Le défi principal réside dans le fait de transmettre la passion des sciences et technologies aux femmes.

Cela peut passer par les « role models », avec des personnalités qui viennent communiquer leur enthousiasme pour leur discipline avant que les élèves ne fassent des choix cruciaux, notamment en termes d’options choisies au lycée. Cela peut aussi passer par le développement de filières pluridisciplinaires qui associent sciences, sciences sociales et humanités, de manière à offrir aux jeunes femmes (et aux jeunes hommes) aux intérêts variés la possibilité de poursuivre des études scientifiques sans renoncer à d’autres domaines.

Enfin, les formations scientifiques peuvent adapter leur offre pédagogique afin de rendre les enseignements plus attractifs auprès des étudiantes. En mettant en avant comment les sciences et technologies peuvent contribuer au bien commun et aux défis de nos sociétés contemporaines, une reformulation des intitulés de cours peut par exemple faire ressortir des enjeux leur tiennent à cœur.


Créé en 2007 pour aider à accélérer et partager les connaissances scientifiques sur des questions sociétales clés, le Fonds Axa pour la recherche – qui fait désormais partie de la Fondation Axa pour le progrès humain – a soutenu plus de 750 projets à travers le monde sur des risques environnementaux, sanitaires et socio-économiques majeurs. Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site web du Fonds Axa pour la recherche ou suivez @AXAResearchFund sur LinkedIn.

The Conversation

La collecte de données a été financée par la Chaire pour l’emploi et l’entrepreneuriat des femmes (Sciences Po, Paris).

ref. Orientation postbac : pourquoi les femmes choisissent moins les sciences que les hommes – https://theconversation.com/orientation-postbac-pourquoi-les-femmes-choisissent-moins-les-sciences-que-les-hommes-265639